Dans le journal : M. Dugast
Le futur mari d’Andrée. Il entre dans le journal par une ligne d’apparence anodine, le 26 septembre 1924 : « reçu la visite de M. Dugast de Luçon » — mais l’en-tête de l’entrée le signale, ce qui laisse penser qu’Andrée, ou sa transcriptrice, a relu cette page plus tard en sachant ce qui allait suivre.
Au fil du journal
- 26 septembre 1924 — Première mention, en une incise : « Jeudi, pluie toute la journée, reçu la visite de M. Dugast de Luçon, puis de Mme Loizeau. » L’entrée est pourtant intitulée « visite de M. Dugast de Luçon ».
- 26 avril 1925 — La demande arrive par un détour de famille, un soir de retour de la prière : « Maman et Tante, après quelques phrases de préambule, m’ont annoncé la grande nouvelle : M. Dugast me demande en mariage ! j’étais assise heureusement, sans cela j’aurais pu tomber !… »
- 30 avril 1925 — Trois jours de réflexion : « si je dois me marier, je ne trouverai jamais un parti réunissant ainsi toutes les conditions désirables : M. Dugast est un jeune homme sérieux… il est très bon chrétien et cela est pour moi de la plus haute importance ; enfin, bien que je ne le connaisse guère et que je l’aie très peu vu, il m’est évidemment sympathique. »
- 3 mai 1925 — Première entrevue, chez Mme Lucas, sous prétexte d’aller couvrir des livres à la bibliothèque : « je ne savais que devenir, j’ai cru que je serais capable de me mettre à quatre pattes sous le canapé, ou de monter sur le piano ». La réponse est donnée aussitôt après.
- 10 mai 1925 — Demande officielle, faite par Jacques et sa mère au cours d’une visite au Poiré.
- 2 juin 1925 — Fiançailles, le lundi de Pentecôte, aux Sables : remise de la bague choisie à Nantes, « un brillant entouré d’un peu d’émail noir… le jonc est en platine incrusté de quelques petits brillants ».
- 16 juin 1925 — Journée à Luçon dans sa famille : « Jacques évoquait en marchant ses souvenirs d’autrefois, de ses années passées à Richelieu. »
- 19 juin 1925 — Il vient chaque soir à sept heures et demie ; ils marchent dans la grande allée du jardin. « Je ne pourrai jamais remercier Dieu de m’avoir donné un tel fiancé. »
- 6 octobre 1925 — Mariage au Poiré-sur-Vie.
- 26 novembre 1925 — Deux mois de mariage : « Jacques m’a dit qu’il n’avait pas passé depuis longtemps une aussi bonne soirée, il est heureux de se sentir chez lui, et moi je fais tout ce que je peux pour qu’il s’y plaise. »
- 5 janvier 1926 — Premier jour de l’an du ménage : « le soir j’ai fait un peu de musique pour Jacques… Il pleut toujours, c’est une humidité pénétrante, nos travaux n’avancent pas… mais j’ai du soleil plein le cœur. »
- 30 avril 1926 — Pendant qu’Andrée est alitée, il congédie la bonne : « nous avons appris sur son compte des choses tellement formidables qu’il était impossible… »
- 25 septembre 1926 — Les journées de repos forcé : « dès que j’étais descendue, Jacques me portait ma chaise longue à l’ombre et je m’installais là avec un livre ou un ouvrage, et je ne rentrais que pour les repas ».
- 29 janvier 1927 — Les veillées d’hiver, la première année de mariage : « Jacques travaille, je tire l’aiguille, nous ne parlons guère, un mot de temps en temps… souvent je joue du violon un moment et j’y prends grand plaisir ».
- 12 mars 1927 — À quatre heures du matin, il va chercher le docteur Lucas et réveiller les parents d’Andrée ; il reste auprès d’elle en salle d’accouchement.
- 11 août 1927 — Il fait la navette entre l’étude du Poiré et les Sables pendant le mois de vacances : « Jacques doit trouver le temps bien long sans son petit chéri ».
- 11 août 1928 — Resté seul au Poiré pendant le mois des Sables, il tombe malade : « c’est Jacques qui m’inquiète, il m’écrit qu’il a toujours de l’entérite et je suis bien tourmentée ».
- 16 août 1928 — Le médecin des Sables lui impose « son régime d’il y a quelques années », à suivre strictement. Andrée n’en obtiendra pas de meilleures nouvelles avant la rentrée.
- 23 juin 1929 — « Jacques a fait une crise d’entérite encore cette semaine, en resserrant le régime, la voilà encore une fois enrayée. »
- 5 août 1929 — Pendant les cinq semaines d’attente à Nantes, il écrit chaque jour et vient chaque dimanche. « Chaque matin j’ai de bonnes lettres de Jacques. »
- 21 août 1929 — Il ne la quitte pas de la journée de l’accouchement.
- 3 novembre 1929 — Pendant qu’elle déballe les colis du retour de Nantes, il réorganise la cuisine « pour que nous puissions nous y installer le soir même, ce que j’apprécie infiniment ».
- 13 avril 1930 — Un soir où « la coupe était pleine », elle trouve chez lui « une compréhension… il m’a réconfortée et soutenue ».
- 2 novembre 1930 — Un soir de liberté rare : « il a été heureux de voir ses deux petits chéris en chemise de nuit, de faire dire la prière de Jean et de les border tous deux dans leurs petits lits ».
- 2 novembre 1930 — Il offre à sa femme, pour sa fête, une semaine à Paris.
- 8 mars 1931 — Pendant les mois de nausées : « je me lève assez tard, Jacques faisant chauffer mon déjeuner et préparant toutes choses ».
- 23 octobre 1931 — Il arrive à Nantes le soir même du drame avec Jacqueline et la bonne : « sa présence m’a été un grand réconfort… puis nous avons pleuré ensemble, appuyés l’un sur l’autre ! »
- 25 janvier 1932 — « Heureusement j’ai mon Jacques sur qui m’appuyer. »
- 17 avril 1932 — « Nous avons eu tantôt un moment exquis, Jacques et moi, un de ces moments dont le souvenir embaume mes journées et me donne ensuite du courage pour des semaines, des mois… il comprend parfaitement la peine que je me donne pour leur bonheur et leur bien-être à tous. Combien je rends grâce à Dieu de m’avoir donné un tel compagnon de route. »
- 16 août 1932 — Aux Sables, sans lui : « le pire est qu’ici je ne peux m’épancher avec personne, hier seulement avec Jacques, j’ai eu une longue conversation, après dîner, au balcon… le reste de la semaine, il y a des moments où je me trouve bien seule ! »
- 29 janvier 1933 — Grippe et bronchite en janvier, en même temps que la bonne et le clerc : « j’ai passé mon temps en allées et venues entre la chambre de Jacques, l’étude et le grenier où les ouvriers dégelaient le service d’eau ».
- 28 mai 1933 — Pendant sa longue convalescence à elle : « Jacques m’apporte des roses, il y en a de superbes, paraît-il, dans le jardin ! » — elle n’a pas vu le jardin depuis un mois.
- 13 août 1933 — Malade au Poiré en plein mois d’août, il la fait revenir des Sables : « je suis arrivée hier soir vers 10 heures et demie… tout le monde dormant, j’ai eu de la peine à me faire entendre, enfin Jacques était content de m’avoir auprès de lui et plus tranquille ».
- 17 mars 1935 — Le maire vient le solliciter comme conseiller municipal : « encore une nouvelle charge pour lui ! »
- 12 mai 1935 — Élu sur la liste Tenailleau, contre « la liste Rocheteau dite d’opposition paysanne, pour laquelle une campagne effrénée a été faite par les ennemis de la municipalité ».
- 18 août 1935 — Un 15 août à deux : « Jacques et moi avons passé un grand moment à lire au balcon de la chambre des enfants… Le soir, une grande promenade tous deux encore ; cela me fait tant de bien de causer. »
- 4 septembre 1935 — Dix ans de mariage : « il m’a été infiniment doux de me retrouver chez nous… et surtout de nous retrouver ensemble, Jacques et moi, plus unis que jamais après bientôt dix ans de mariage ! »
- 16 février 1936 — Une grippe avec bronchite le tient deux semaines au lit : « le pauvre est très faible, il a des transpirations fréquentes qui l’épuisent et ne peut encore s’alimenter ».
- 23 février 1936 — Le jour où il se relève : « la TSF nous donne une symphonie de Beethoven, les trois petits jasent dans le salon à côté de leur papa ; c’est une heure exquise, une heure de paix ».
- 25 octobre 1936 — Une veillée à deux dans les papiers du grenier — l’origine directe du travail généalogique de la maison.
- 2 janvier 1938 — L’année s’ouvre sur une peur pour lui : « inquiétudes au sujet de la santé de Jacques ».
- 9 janvier 1938 — « Jacques est allé consulter un chirurgien, qui l’a pleinement rassuré sur son état, voilà toujours un grand soulagement. »
- 23 mai 1938 — « J’ai eu, à causer avec Jacques, des moments de si parfaite compréhension qu’ils compensent tous les ennuis que je puis avoir ! »
- 16 novembre 1938 — Président de la section cantonale des chefs de famille, « accepté un peu à contre-cœur car c’est une nouvelle charge venant s’ajouter à tant d’autres. J’ai un peu insisté pour que Jacques accepte, c’est un devoir pour lui et on ne peut reculer devant le devoir ! »
- 19 août 1939 — Pendant les cinq rougeoles de l’été : « grâce au dévouement de Jacques, qui a revendiqué la corvée de garder son fils, j’ai pu aller un peu sur la plage ».
- 28 août 1939 — Dans les derniers jours d’août : « Jacques est arrivé hier plutôt optimiste, il m’a bien réconfortée… pour le moment ».
- 16 septembre 1939 — Quatorze ans de mariage, treize jours après la déclaration de guerre : « quatorze années de bonheur avec mon Jacques, puissions-nous en voir ensemble beaucoup d’autres ! »
- 21 décembre 1939 — « Ce qui m’ennuie, c’est que Jacques est surmené et je ne voudrais pas qu’il tombe. »
- 17 mai 1940 — L’arrivée des réfugiés : « ton pauvre Papa est harcelé de tous côtés, obligé de s’occuper de toutes choses pour l’arrivée et l’installation des réfugiés ».
- 16 juin 1940 — Le 15 juin : « c’est à l’étude un défilé perpétuel, je crois qu’il a été logé hier plus de cinquante personnes, et combien d’autres il faut renvoyer, et encore essuyer des reproches et même des menaces ».
- 10 juillet 1940 — « Obligé, pour les intérêts de la commune, de collaborer avec les autorités allemandes, c’est un travail bien lourd, qui lui pèse beaucoup. »
- 11 juillet 1940 — « Le travail qu’il doit faire ne l’enchante pas, et il faut qu’il le fasse dans l’intérêt de la commune ; certains ne le comprendront sans doute pas ! Certains qui pourraient l’aider ne le feront pas. »
- 6 août 1940 — « Il assume une responsabilité écrasante, et, ce qui me met hors de moi, c’est que certains semblent se figurer qu’il est responsable… »
- 7 août 1940 — Les réquisitions : « chaises, draps (cinq cents pour le canton), torchons, tables de toilette, paillasses ! … ce qui n’était rien à demander pour les réfugiés est bien dur à demander cette fois-ci ».
- 4 mars 1941 — « Jacques est surmené, il va sans doute être nommé maire et c’est une bien lourde charge, aussi cela me tourmente et m’ennuie. »
- 26 mars 1941 — « Il y a bien des choses ennuyeuses, petit chéri, tu ne connaîtras pas ces jalousies, ces mesquineries, toutes ces choses qui empoisonnent l’existence. »
- 15 juin 1941 — Convoqué à la gare par le garde qui vient de tuer un prisonnier : « un des gardes est venu convoquer Monsieur le Maire pour trois heures à la gare, le capitaine du stalag devant venir ».
- 13 juillet 1941 — Une chute en cueillant les dernières cerises : « son bras, ayant porté sur la grille du jardin, a été transpercé de part en part ».
- 7 novembre 1941 — Il va négocier à Nantes de quoi faire la cuisine à l’électricité, faute de charbon.
- 29 janvier 1942 — Les voyages à Nantes, seule détente qui lui reste : « ces voyages à Nantes lui font tant de bien, c’est pour lui une telle détente que cela me fait plaisir aussi — seulement… je voudrais bien être à samedi ! »
- 25 août 1942 — « C’est le Papa, bourrelé de travail, de responsabilités et de tracas. »
- 20 décembre 1942 — Le car de Nantes plein : « Jacques a dû courir la ville sous la pluie pour trouver une bicyclette » — et rentrer au Poiré à vélo.
- 20 août 1944 — La seule page où le journal enregistre un reproche de lui : « Jacques me reproche de ne pas assez parler et d’avoir sans cesse l’air fâchée, il ne peut savoir qu’il y a en moi quelque chose de brisé et que je suis lasse à mourir de tout cela. »
- 1er octobre 1944 — Les semaines qui suivent la Libération : « le début de la semaine a été empoisonné par toutes sortes d’ennuis pour Jacques et une certaine agitation des esprits qui pouvait faire craindre bien des choses ».
- 6 novembre 1944 — Il part pour Versailles conduire Jean, dans un camion, « sans savoir où ils passeront et quand ils reviendront ».
- 10 novembre 1944 — « Il a fallu rouler pendant vingt-quatre heures de suite, ce qui a dû être éreintant. »
- 2 mai 1945 — Une charge de maire : « Jacques a dû aller hier soir annoncer la mort d’un prisonnier, victime d’un bombardement ; mission bien pénible. »
- 5 septembre 1945 — Une crise d’entérite « telle qu’il n’en avait pas eue depuis des années ».
- 16 septembre 1945 — Candidat au Conseil général : « on lui dit que c’est son devoir et il l’accepte, non sans faire un réel sacrifice ; c’est une épreuve de plus pour nous… un peu moins de présence ici. »
- 16 septembre 1945 — « Ce matin, avons eu une bonne conversation, bien intime, c’est une chose si rare… »
- 11 novembre 1945 — Premier 11 novembre où il parle au monument : « il a d’ailleurs fort bien parlé, rappelant des souvenirs peut-être trop oubliés, et disant à ses administrés quelques vérités ».
- 17 février 1946 — « Il est tellement pris, tellement surmené, tellement excédé qu’il lui faut absolument une détente. »
- 24 octobre 1946 — « Inquiétudes au sujet de la santé de Jacques, il a le cœur fatigué… il suppose que cela provient de fatigue trop longtemps accumulée et cela ne m’étonne pas trop. »
- 17 novembre 1946 — « Jacques surmené encore ces jours-ci par la préparation des listes des grands électeurs… Tout cela est bien lourd pour lui. »
- 28 février 1947 — Congrès de l’Union catholique des hommes de Vendée, sous la présidence de l’évêque.
- 29 octobre 1947 — Après la défaite municipale : « toute la liste de Michaud est passée ; un pareil revirement ne s’explique pas très bien, et Jacques était si fâché qu’il parlait de tout abandonner ; réellement la chose n’était pas possible vis-à-vis… »
- 13 mars 1948 — Malade pendant qu’elle est en Touraine : « il n’avait pas de fièvre et comptait se lever pour déjeuner ».
- 13 octobre 1948 — La récolte de miel, faite avec Jean : « nous n’en avons eu cette année… »
- 19 octobre 1948 — Les veillées d’hiver ont changé de forme : « avons repris nos veillées dans la salle à manger ; Jacques tape à la machine ».
- 20 mars 1949 — Élections cantonales : « Jacques se présente devant les électeurs avec deux autres candidats, radical et communiste ».
- 21 mars 1949 — Réélu : « tout s’est bien terminé, puisque Jacques a été élu à une belle majorité ». Andrée dîne à dix heures, lui à onze heures passées.
- 27 novembre 1949 — L’évêque le convoque : « Monseigneur a téléphoné à Jacques, lui disant qu’il voulait causer longuement avec lui et l’invitant à d… »
- 17 juillet 1950 — Au retour de la cure, c’est lui qui ordonne le repos : « Jacques m’a ordonné de rester au lit ».
- 12 septembre 1950 — Noces d’argent, le 15 septembre 1950 fêté le 12 : « cette journée dont nous avions parlé depuis si longtemps, et dont nous nous promettions tant de joie ; et s’il y a eu beaucoup de bonheur pour nous à être tous les deux, Jacques et moi, et à célébrer cette fête, il y a eu aussi la grande peine de ne pas avoir Jean ».
- 12 septembre 1950 — Le cadeau des six enfants, organisé par l’aîné depuis sa garnison : « un bon poste de radio avec pick-up et disques ». Il avait tout monté pendant quatre jours aux Sables, et ses frères et sœurs l’ont installé en cachette le matin même.
- 11 juillet 1952 — « Hier soir, une bonne et intime conversation avec Jacques. Nous comprenons les choses de la même façon. Jean est vivant et heureux au ciel, sa vie trop courte a été bien remplie et nous ne devons rien regretter pour lui. »
- 14 septembre 1952 — Leur vingt-septième anniversaire de mariage : « il y a sept ans, pour nos 20 ans, nous avions tous les enfants autour de nous. »
- 27 avril 1953 — Élections municipales : « les élections se sont passées dans le calme. À 10 heures, les résultats étaient proclamés. Jacques arrivait en tête de liste, qui passait tout entière, à une très belle majorité. »
- 9 août 1953 — « Je viens de parler avec Jacques de notre Jean chéri ; lui non plus ne peut s’habituer à la pensée de ne plus le revoir ici-bas, et comme moi, il le revoit sur la plage qu’il aimait tant. »
- 8 novembre 1953 — Il parle au Monument aux Morts, comme chaque 11 novembre — un an après avoir dû le faire en pensant à son fils.
Papiers de famille
- « Le nouveau notaire du Poiré, Me Jacques Dugast » : il a repris l’étude de M. Dorion en 1924, un an avant le mariage. Sa mère est la veuve d’un pharmacien de Palluau ; son frère Armand est pharmacien à Thouars. — Mémoires de Jacqueline Granger (Tante Canette)
- « Jacques Dugast, notaire, 1er adjoint à la mairie du Poiré ». — Souvenirs de guerre d’Andrée Potier
- Une fiche du corpus généalogique le donne « 1894-1935, négociant au Poiré-sur-Vie ». Les deux mentions sont fautives : le journal le montre notaire, et vivant bien après 1935. La date de 1935 est écartée. (contradictoire) — Recherche généalogique (tableau DUGAST)