Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Dimanche matin 8 janvier 1947

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 8 janvier 1947 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Passé toute la semaine enfermée ici ; j’ai dû faire les premiers jours un peu de bronchite dont je ne suis pas remise, aussi Jacques m’a interdit de sortir aujourd’hui… j’en profite pour beaucoup travailler, mais cela me fatigue aussi, bien que je tricote le plus possible allongée, avec le dos bien appuyé au fauteuil. J’ai pu terminer en temps voulu les bas de Jacquie ; elle les a emportés, mais je me demande bien si elle les mettra ; Geneviève m’a aidée si bien que j’ai pu faire un bas modèle et lui terminer maintenant la seconde paire, mais pour tout cela il a fallu faire vite. Le jour de la rentrée a été assez dur, j’avais à terminer des chaussettes pour Yves, et il fallait qu’il les mette le soir pour partir… les filles et Jean se sont occupés eux-mêmes de leurs préparatifs de départ. Maman et Jacqueline sont venues déjeuner pour souhaiter la fête de Geneviève, Jacquie avait confectionné deux très bonnes tartes. Jacques est arrivé trop tard pour déjeuner, j’ai été dérangée au milieu du repas, enfin cela n’a pas été de tout repos ; il m’a fallu ensuite tricoter sans désemparer jusqu’à quatre heures et demie, eu ensuite le temps de faire goûter les enfants, préparer la valise d’Yves, le dîner de Jean qui devait voyager de nuit et il était l’heure du car, qui passe maintenant à 6 heures 20. Le lendemain matin, surprise ! Nous avons vu arriver Yves par le premier car, il s’était trompé d’un jour ; la rentrée n’était que le 3 au soir. Il a donc passé la journée ici, j’ai eu le temps de lui réparer des moufles qui en avaient grand besoin ; j’ai fait ensuite une paire de moufles rouges pour Anne pendant que j’y étais, et me suis remise aux bas de Jacquie. J’ai maintenant à travailler pour Yves, une paire de chaussettes neuves à lui tricoter, une autre à réparer, une paire de chaussettes blanches à réparer pour Jacquie, un petit chandail à tricoter pour Anne… J’ai pu expédier Dimanche mes lettres de Nouvel An, mais personne ne répond, ou presque personne, serait-ce à cause du prix des timbres qui ont de nouveau augmenté…

Mercredi matin 8 janvier

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1947-01-08-b pour la distinguer de 1947-01-08.

Viens d’écrire à Jean, puis aux filles et, après un petit tour à la cuisine, vais me mettre à tricoter… j’ai commencé une paire de chaussettes à Yves hier matin et voudrais les finir ce soir… Enfin, je ne sors pas encore, quoique je sois beaucoup mieux, et cela me donne du temps ; il pleut, le temps est sombre, il fait froid, les journaux annoncent de la neige dans le midi… Dimanche passé une journée reposante, j’en avais grand besoin, j’ai lu, écrit et très peu parlé…

Dimanche soir 12 janvier

Passé une semaine sans sortir, il a plu presque chaque jour, avec un grand vent, et j’aimais mieux prendre quelques précautions ; j’avais d’ailleurs grand besoin de repos et de calme, j’étais lasse, avec le système nerveux à vif, il l’est encore, il y a des moments tellement énervants d’ailleurs, quand Anne se met à crier sans rime ni raison ou quand Pierre traîne pour apprendre ses leçons, que Jacqueline est ici et qu’il écoute la conversation au lieu de s’occuper de ses livres…enfin, j’ai déclaré aujourd’hui que j’étais parfaitement remise et suis allée à la grand-messe… Ce soir Jacques et moi sommes allés à la salle paroissiale pour une séance récréative donné par les hommes, on jouait « Les Oberlé », la pièce, qui est une transposition du roman, n’est pas mal, et, la troupe est toujours bonne ; avons passé un agréable moment. J’en ai profité, ces dernières semaines, pour relire le roman de Bazin qui ne « date » pas le moins du monde… Lorsque je suis enfermée, j’adore les livres qui me dont voyager et me transportent au loin, dans des contrées que je ne connaîtrais jamais, ou qui me rendent l’impression de la nature dont j’aime si profondément tous les aspects et dont je suis actuellement plutôt privée. Lu ces derniers jours un voyage à travers le Tibet, jusqu’à Lhassa, autre que celui précédemment lu, moins bien peut-être, mais intéressant tout de même, et quelques livres sur le Canada, sur la vie des animaux sauvages, particulièrement des castors et « Clairière » de Constantin Weger (ou Meyer) que je trouve merveilleux par ses descriptions de différentes saisons. Comme j’ai eu un peu de temps devant moi, de silence et de solitude, j’ai pu prier et méditer… J’ai aussi pu tricoter ferme, fait en trois jours une paire de chaussettes pour Yves, et en trois autres jours, un chandail pour Anne, encore j’ai perdu une journée à faire des calculs et des essais, comme je n’avais pas assez de laine, il m’a fallu calculer pas mal, mais le résultat est assez heureux… Tiré le gâteau des Rois lundi dernier avec Maman et Jacqueline ; Marie a été reine, mais comme elle a choisi Pierre pour roi, je me suis vue dans l’obligation, par ordre de mon souverain, de confectionner un gâteau aujourd’hui, un gâteau marbré qui était d’ailleurs bien bon. Pierre a été roi et tante Canette reine, aussi elle nous fera un gâteau un de ces jours. J’avais fait un gâteau qui a été vendu aux enchères aujourd’hui et a atteint la somme de mille francs, j’étais ravie. Ce soir un peu de correspondance, les occupations ne manquent jamais.

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 janvier 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Après une journée de tempête mardi, voilà que nous avons eu hier un vrai temps de printemps… Aujourd’hui, il fait un peu plus froid, mais le soleil paraît quand même, et c’est déjà beaucoup… J’ai recommencé à sortir et n’ai pas beaucoup de temps pour tricoter. Mardi, à La Roche, réunion de la Ligue et quelques visites ; ce soir, j’irai chez Maman.

Dimanche 19 janvier

Les filles nous ont fait la surprise d’arriver hier soir – il est vrai que nous avons depuis jeudi Vincent Auriol, comme président de la République, et qu’il a généreusement octroyé à tous les écoliers une journée de congé – Aussi, Marie-Annick a téléphoné hier après-midi que les trois filles nous arrivaient hier soir par le car – nous avons maintenant un car qui quitte Nantes à 4 heures et demie pour arriver ici à six heures et quart - si bien que nous avons eu un bon moment avec elles avant dîner, et nous sommes couchés très tard tant nous avions à parler.

Quelques jours de temps splendide, mais ce matin il fait froid et humide, bien que le soleil paraisse. Hier après-midi, sommes allés à Cugand…sommes entrés dans un brouillard qui couvrait toute la vallée de la Sèvres… de toute la journée nous n’avons pas vu le soleil. Jeudi après-midi suis allée chez Maman, un peu tard, car c’était la foire et Jacques était venu déjeuner vers une heures et demie, je suis rentrée un peu avant dîner… Vendredi après-midi, c’était le Conseil de révision aussi Jacques a reçu le préfet, le commissaire militaire et tous les maires du canton – pas à déjeuner, cette fois-ci ! – J’avais de très bons petits gâteaux, mais le plus amusant est que, alors que tous ces messieurs sortaient, on a vu la porte de la salle à manger s’entrouvrir et la petite frimousse d’Anne, apparaître, toute curieuse ; son papa l’a appelée, elle est venue aussitôt, s’est laissée regarder, embrasser, et elle n’a pas voulu partir avant que toutes les autos aient démarré, parce qu’elle « voulait voir ». (grand souvenir, je revois encore le regard sévère de Papa, et la gentillesse du préfet qui m’a pris dans ses bras, disant qu’il avait un petit garçon de mon âge) .La voilà tout de même un peu moins sauvage ! Les filles partent demain soir…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 23 janvier 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

C’est décidément le jour où nous recevons la lettre de Jean, je viens de lui répondre, bien que j’aie très froid aux doigts ; il fait depuis hier un vent terriblement glacial et le feu n’arrive pas à chauffer. Hier, à Nantes pour le docteur, il a trouvé Jacques plutôt mieux, et ne le reverra plus d’ici cinq ou six mois. Il faisait froid, mais du soleil et pas de vent ; nous avons encore eu de la chance. Les filles sont parties lundi après-midi. Mardi, suis allée à la Roche, conférence sur les origines du monde d’après la Bible, intéressante. Vu Yves, qui a la figure un peu tirée et ne travaille pas énormément ; j’enverrai un autre fortifiant….

Dimanche matin 26 janvier

Je n’arrive pas à écrire tellement j’ai froid aux mains, depuis jeudi, nous avons un temps particulièrement pénible, la maison est une glacière, et, pour la première fois depuis des années, le service d’eau a gelé à la sortie des cuves, et nous sommes à sec depuis ce matin, ce qui complique un peu les choses. Aujourd’hui, il a dû geler très dur, mais il n’y a pas de vent, si bien que le soleil va sans doute chauffer tout à l’heure…. Avec tout cela, on ne sait plus quoi manger ; les choux ont disparu, impossible d’arracher poireaux et scorsonères, les légumes de printemps sont probablement gelés et qui sait si les abeilles n’ont pas du miel….

Jeudi après-midi, suis allée chez Maman avec les enfants, suis rentrée avant eux pour avoir un peu de temps à moi ; le soir, au patronage, réunion, présidée par M. le Curé, des dirigeants des Mouvements d’Action Catholique, plusieurs choses intéressantes… Vendredi, une visite à Marguerite, puis suis allée un peu chez Maman. Hier ne suis pas sortie, le froid me fait beaucoup souffrir… Maman, étant momentanément sans domestiques, a passé la journée ici ; elle a même couché et ne rentrera chez elle que ce soir. J’ai tout de même avancé mes tricots ; la série chaussettes paraît achevée, à part une paire pour Jean, laquelle ne presse pas ; j’ai mis à l’ordre toutes celles d’Yves et de Jacquie, je vais me mettre demain au chandail de scout d’Yves…

Nous n’avons pas encore commencé les visites du Jour de l’An, et cela nous prendra plusieurs après-midi, et Jacques étant très enrhumé du cerveau, préfère, vu la température, prendre quelques précautions ; il faudrait ensuite, pour bien faire, aller aux Sables, voir un peu ce que devient la maison, mais il faudrait, pour cela, qu’il fasse un peu moins froid… J’ai lu ces derniers jours quelques livres très intéressants, infiniment supérieurs à tant de romans : récits de voyage et souvenirs comme les ‘Enfances diplomatiques » de Wladimir d’Ormesson. J’ai également un livre sur la liturgie, un autre sur le Protestantisme…. Mercredi, rapporté de Nantes la Bible, dont j’étais privée depuis plusieurs mois, depuis que je l’avais portée à la reliure. Lu hier soir les différents récits de la conversion de Saint Paul…. Il faut revenir aux sources.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 29 janvier 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toujours le même temps, désespérément dur… Ce matin, de la neige, puis le temps s’est éclairci, il a neigé de nouveau pendant le déjeuner, puis ce soir, c’est un temps bizarre, avec des brusques rafales et des bourrasques cinglantes. Nous allons avoir une catastrophe avec le service d’eau ; les water sont gelés, en haut comme en bas, et, un peu avant le cabinet de toilettes des garçons, les tuyaux sont durement travaillé sous la poussée de la glace ; il est à craindre qu’ils n’aient encore quelque crevaison. J’ai été malade de froid dimanche et lundi aussi aujourd’hui, prenant mon courage à deux mains, je suis sortie marcher pendant une demi-heure pour me réchauffer. D’un côté, cela m’ a fait du bien, puisque je me suis retrouvée seule dans la campagne, ce qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps… mais cela ne m’a pas beaucoup réchauffée quand même. Maintenant, Pierre apprend ses leçons ; Anne nous a laissé la paix en partant à la cuisine ; Jacques est à La Roche où il a dû avoir bien froid, et ne va sans doute pas tarder à rentrer. Une lettre des filles hier matin.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 30 janvier 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier soir, pendant que Pierre apprenait ses leçons, panne d’électricité, il a fallu allumer les lampes à pétrole – heureusement qu’elles sont toujours prêtes – et le courant ne nous est pas revenu de la nuit, une nuit plus triste, plus lugubre qu’aucune autre nuit de cet hiver ; Il a neigé très fort hier soir, à six heures la couche était très épaisse… Ce matin, ni les uns ni les autres n’avions le courage de nous lever, excepté Anne qui avait hâte de voir « le beau tapis blanc ». Tous deux sont partis chez grand-mère avec Thérèse, et ils n’étaient pas plutôt là-bas que la neige a recommencé à tomber, puis nous avons eu du soleil, puis de nouvelles chutes de neige. Après déjeuner, suis sortie un peu dans le jardin, Jacques a préféré que je n’aille pas chez Maman, les routes étant assez difficiles, mais j’avais besoin de prendre l’air, j’avais aussi envie de voir le jardin, tout enseveli et les arbres parés de floraisons irréelles. Depuis le temps a changé, il souffle un vent âpre et dur qui cependant vient de l’ouest… le car n’est pas venu ce matin de La Roche, j’espérais avoir au courrier une lettre de Jean.

Vendredi 31 janvier

Ce matin, au réveil, un brouillard épais, pesant… puis le ciel s’est dégagé et nous avons eu du soleil, une bourrasque nous a bien ramené des flocons de neige pendant le déjeuner, mais nous avons eu tout l’après-midi une température délicieuse. Je me suis risquée à aller chez maman… Pierre a joué dans le neige jusqu’au moment du goûter ; il en est revenu trempé et ravi… Je compte aller à La Roche demain, mais le car ne circule pas, cela va peut-être devenir gênant !

Dimanche 2 février

J’espère que nous allons pouvoir sortir tout à l’heure, assister à la procession et à la bénédiction des cierges – la messe de la Chandeleur étant remise à demain, la Septuagésime se trouvant aujourd’hui - … la neige n’est pas fondue, mais le soleil ne s’est pas montré… cela fait par endroits une couche de glace et cela devient dangereux. J’espère toutefois arriver à l’église avec l’aide de Dieu ! Hier, il y a tout de même eu du courrier, apporté vendredi soir, en auto, de La Roche ; les cars n’ont toujours pas recommencé à circuler ; il y avait une lettre de Jean ; il a passé mardi le conseil de révision, on l’a, bien entendu, déclaré bon pour le service armé. Suis allée chez Maman un peu ces deux après-midi, mais suis revenue avant les enfants, afin d’avoir, avant leur retour, un moment de tranquillité ici…

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 6 fevrier 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’attends aujourd’hui une lettre de Jean et une des filles, du moins je l’espère, et je mettrais à leur répondre aussitôt ; le courrier passe toujours un peu tard les jours de marché. Il fait tout de même moins froid, c’est-à-dire que la neige fond lentement, qu’il ne gèle pas, et que nous pouvons recommencer à dormir la fenêtre ouverte, ce que nous aimons beaucoup tout les deux…

Lundi, sommes allés tous deux à la grand-messe de la Chandeleur, une grand-messe solennelle, mais, à part les enfants des écoles lesquels n’étaient pourtant pas au complet, il y avait bien peu de monde. Suis allée chez maman dans l’après-midi, mais sans emmener Anne, car il pleuvait très fort. Le soir, le temps s’étant éclairci, fait quelques visites avec Jacques. Mardi après-midi à La Roche, vu Yves un peu grippé, mais pas très malade, assisté à une conférence sur la démographie en France et en Vendée… Hier, Pierre était en congé mais il a classe aujourd’hui ; les deux petits ont déjeuné chez grand-mère ; y suis allée moi-même un moment. Tante Chailloux s’est éteinte au début de l’après-midi, c’est avec elle un peu du passé qui s’en va. J’y suis allée à plusieurs reprises, puis suis rentrée assez tôt ici – j’ai deux livres très intéressants sur le protestantisme, il y a des tas de choses à remarquer, à noter, toute une étude à faire et je trouve qu’il est nécessaire de préciser ce qui nous rapproche de nos frères séparés, en même temps ce qui nous sépare ; cela peut nous amener à des redressements nécessaires.

Dimanche matin 9 février

La grand-messe ne va pas tarder à sonner… il fait froid encore aujourd’hui, un temps sombre, humide, brumeux… nous avons presque 10° au thermomètre de la salle de bains, ce qui est presque merveilleux… il faut se couvrir encore et se tenir près du feu… Les enfants viennent cette semaine pour les vacances de Carnaval, Yves, vient jeudi soir et les filles samedi, de bonne heure, dans l’après-midi ; Jean nous écrivait ces jours-ci qu’il n’aura peut-être pas de vacances pour le Mardi-gras, de toutes façons il ne devait pas venir ici mais aller à La Haye ; cela lui aurait coupé le trimestre…

Pas allée chez maman ces jours derniers, à part jeudi, où j’y ai passé une partie de l’après-midi. Vendredi, réunion de la Ligue, nous n’étions pas très nombreuses… J’ai commencé dès aujourd’hui à préparer la prochaine réunion. Continué ces jours-ci à travailler les livres sur le Protestantisme… J’ai en train deux chandails, que je voudrais prêts à essayer pour les vacances, un à Yves et un à Jacquie…

L’enterrement de Tante Chailloux a eu lieu hier. Vendredi soir, nous avons tous été bouleversés par la mort subite de Fillâtre – mécanicien – depuis longtemps il ne pratiquait plus et affichait des opinions plutôt antireligieuses – cependant, le lendemain de sa mort, j’ai appris, non sans surprise, qu’il avait depuis la fin d’Août une médaille de Notre-Dame de Lourdes et qu’il la portait presque toujours sur lui… Jacques est allé aux deux enterrements hier, moi à un seul, celui de Tante Chailloux, puis suis rentrée en vitesse sous la pluie battante, et même une averse de grêle, recevoir ici notre famille de Vieillevigne ; Il est bientôt six heures… Aussitôt déjeuner, suis allée avec Pierre à la salle paroissiale pour une petite représentation organisée par le groupe jaciste, on y donnait quelques tableaux de Blanche Neige, c’était très simple, mais très gentil. Il y avait des gâteaux vendus dans la salle, d’autres aux enchères. Tout cela a été organisé par deux jeunes filles de la Bouchère, lesquelles s’en sont très bien tirées. Il est bon de faire confiance aux jeunes, de leur laisser un peu d’initiative et souvent ils s’en tirent à merveille. Assisté ensuite aux Vêpres, avec les deux petits, puis fait des visites avec Jacques ; j’ai encore à écrire d’ici ce soir, les enfants étant chez Maman, suis heureuse d’avoir un peu de solitude et de silence…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 10 fevrier 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Après avoir goûté chez maman, suis sortie pour marcher une demi-heure et prendre l’air, tant la température était calme et douce…. Maintenant, Pierre apprend ses leçons, nous sommes tous trois, avec Anne, sous la lampe. Dehors traîne un reste de jour, on commence à avoir un avant-goût du printemps…

Nous devons aller aux Sables mercredi.

Jeudi 13 février

Fait mon marché ce matin, puis plusieurs courses urgentes ; parlé aux unes et aux autres, c’est ainsi que l’on peut avoir des contacts personnels et faire un peu de travail. Trié des pommes, rangé un peu en haut et ici, il y en avait grand besoin, maintenant je vais me mettre à écrire à Jean, et cette matinée sera vite passée. Journée aux Sables hier, sommes partis avant le jour, et arrivions là-bas à l’aube, les lumières des phares brillaient encore. Couru tout un moment chez les différents ouvriers, que nous avions convoqués ce jour-là, enfin, nous avons pu avoir tous ceux dont nous avions besoin : électricien, menuisier, serrurier, plombier. Il y a eu bien du travail de fait, mais il faudra y retourner fin mars pour le serrurier et le menuisier, le plombier aussi, après quoi, le peintre n’aura plus qu’à terminer, et nous aurons, du moins je l’espère, une maison en ordre pour les vacances. En attendant, Yves nous arrive ce soir, les filles samedi, Jean n’aura pas de vacances, il comptait aller à La Haye et se trouve un peu déçu. Ne suis pas sortie mardi, que le matin, pour une messe de mariage. Vu Mme Bonnaud une minute, et Joseph Baron qui m’a fait une petite visite ; le bébé est attendu pour le mois prochain et la future maman se tourmente. Que Dieu les protège tous deux.

Suis allée mercredi voir Mlle Chalard ; J’ai eu beaucoup de plaisir à marcher le long du remblai, malgré la brume froide, à contempler la mer. Mlle Chalard vient encore d’être malade, elle est souvent seule et ma visite a eu l’air de lui faire plaisir. Si seulement je pouvais lui faire un peu de bien… Suis allée ensuite voir Mme Boisseau ; il paraît que Pierre et Françoise se séparent officiellement, parce que de fait la chose existait déjà. Mme Boisseau ne m’en a pas parlé. C’est une bien triste chose.

Dimanche matin 16 février

Depuis mercredi, où il a eu l’air de faire une petite apparition, nous n’avons pas vu de soleil, toujours une brume grise et froide, pas de vent… J’ai repris l’habitude de sortir un peu chaque soir, si possible, à la nuit tombante… Jeudi soir, sommes allés au car chercher Yves, mais il n’est pas venu, toute sa section ayant eu une punition collective, leur sortie était repoussée au lendemain matin, il est donc arrivé vendredi matin, suis allée le chercher en sortant de la messe, il est gai et paraît remis de sa grippe. Les filles sont arrivées hier vers quatre heures et demie, Jean nous manque bien… Je me presse tant que je peux pour mon travail. Le chandail d’Yves ne va pas mal, il faut que je le couse et termine l’encolure, mais je n’ai pas fini celui de Jacquie…. Ces jours-ci les Quarante Heures, tâcherai d’aller un peu chaque jour à l’église.

Dimanche matin 23 février

Ne suis pas sortie depuis lundi, avec un peu de bronchite ou d’asthme, ou je ne sais quoi, en tous cas, cela souffle dur dans la poitrine, et vu le temps plutôt dur, je suis obligée de rester enfermée…. Enfin, espérons que le beau temps va revenir, ce matin le soleil a tout de même daigné paraître, seulement il y a une forte gelée blanche… Dimanche nous sommes sortis un peu, mais le temps était brumeux et très dur, lundi, il soufflait un vent glacial ; en sortant de l’église… je suis allée chez Maman manger des crêpes, depuis ne suis pas sortie. Jeudi, il a fait un temps lamentable, il a neigé puis il a plu ; Jacques, qui était allé au Moulin-Guérin assister aux essais du tracteur, est revenu transi ; vendredi, il faisait meilleur, mais le froid est revenu. Les enfants ont passé de très bonnes vacances, du moins, je le suppose. Dimanche, Jacques leur a fait une séance de cinéma, ce qui amuse toujours petits et grands. J’avais beaucoup à écrire et n’ai pu arriver à tout. Yves a pu emporter son chandail et son foulard de scout ; j’ai pu essayer à Jacquie ce que j’avais préparé pour elle… Les enfants sont partis mardi soir vers 6 heures et quart, les filles pour Belleville, avec Marie-Annick, et Yves pour prendre le car ; avant, ils ont demandé à goûter sérieusement, sous le prétexte que les filles arrivaient après dîner ; je leur ai donné un petit rôti de porc, qui y est passé presque en entier. Tous ces jours-ci, tricoté avec acharnement, il fallait que je termine une paire de chaussettes à Jean pour la lui envoyer vendredi, et je voulais en tricoter une autre – chaussette- pour servir de modèle, cela représente bien des points….Je ne sais pas si je sortirai pour la grand-messe, cela dépendra de ce que Jacques me dira en rentrant. J’ai pour aujourd’hui plusieurs lettres à écrire et n’ai pas terminé mon petit travail sur le protestantisme….

Anne et Pierre ont été très enrhumés eux aussi, Pierre a recommencé à aller en classe vendredi ; quant à Anne, elle trouve le temps long d’être toujours enfermée ici, aussi elle se console en allant passer des petits moments à l’étude. Elle est mieux d’ailleurs, et va recommencer, si le temps le permet, à aller souvent « chez Mémé » ; En attendant, elle n’est pas trop désagréable et bien amusante et intéressante.

Vendredi matin 28 février

Jacques a assisté hier à un congrès de l’Union Catholique des Hommes de Vendée, avec le concours de M. Lacour-Grandmaison, et sous la présidence de Monseigneur. Nous en avons parlé hier soir, en revenant de la Roche, où j’ai passé l’après-midi… Comme directives, de plus en plus il y a la nécessité de rechristianiser les messes, mais comment faire ? La religion pour beaucoup n’est plus qu’une façade, une habitude. Puisque les gens de la campagne ne viennent pas aux réunions, il faut aller à la campagne, mais cela fait une tâche très lourde, trop lourde pour un seul dirigeant, ou une seule, il faudrait travailler en équipe, mais comment trouver de bonnes volontés, des militants ou militantes, qui se donnent de tout cœur à cette tâche…

Dimanche matin 2 mars

De nouveau ce matin un froid glacial ; je ne suis pas allée à la communion, mais Jacques, en rentrant, m’a dit qu’il avait gelé très dur ; ce froid n’en finira donc pas… Je ne suis guère sortie cette semaine, mais le travail ne manque pas ; j’ai des chaussettes à faire, un chandail à Pierre, j’en aurai certainement à faire un pour Yves… Suis donc restée à la maison jusqu’à jeudi, Maman est venue presque chaque jour. Jeudi, suis allée déjeuner chez elle avec les enfants, puis ai pris le car pour passer l’après-midi à La Roche ; suis revenue le soir avec Jacques, ce qui m’a permis de rentrer un peu plus tôt que par le car. Vendredi, temps de nouveau très froid, j’ai eu au début de l’après-midi une réunion de la Ligue, pour essayer d’organiser des secteurs paroissiaux, afin de pouvoir atteindre plus facilement les dizainières et adhérentes, il faut toujours essayer. Hier matin, profité que le temps était meilleur pour sortir, suis allée chez Maman, à la boucherie, chez M. le Curé, chez Mme Dorion ; suis restée ici l’après-midi….

Je revis ces jours-ci mes souvenirs d’il y a vingt ans ; cette journée du 2 mars avait été pour moi bien triste et pleine d’angoisse ; la Divine Providence a tout arrangé ensuite !

Mercredi matin 5 mars

Anne a eu quatre ans hier soir, et elle n’en est pas peu fière, elle se trouve bien grande, alors qu’elle est encore une bien petite fille, et je voudrais tant qu’elle reste encore longtemps ma toute petite chérie…. Assisté hier à La Roche à une conférence sur la Liturgie, c’était intéressant, au plus haut point, et cette heure-là a été bien vite passée… Parlé de tout cela avec M. le Curé, venu hier soir, pour la paroisse il y aurait bien à faire pour que les fidèles retrouvent le sens de la Messe. Après-midi très remplie, une minute à la Maison des œuvres, une séance chez le dentiste ; j’avais ensuite un essayage à faire, mais il pleuvait tellement que je n’ai pas eu le courage d’y aller, je suis restée bavarder avec Mme Lesaffre.

Dimanche matin 9 mars

Je pense me décider à partir à Paris, samedi prochain, j’y serai pour les vingt ans de Jean, ce qui me fera plaisir, sans doute plus qu’à lui, et surtout je voudrais assister au Congrès de la Ligue, lequel aura lieu le 19 et 20 mars….

Bien à faire aujourd’hui, des lettres naturellement et quelques comptes aussi. Tantôt il y aura à l’église la bénédiction des petits enfants, je tiens à emmener Anne aux Vêpres, ensuite, je tiens à assister à l’inhumation d’Yvonne Morinière, décédée, non pas subitement, mais très soudainement jeudi soir, c’était une très bonne fille que nous regretterons beaucoup, très dévouée, très complaisante, toujours prête à rendre service. Ensuite, j’ai quelques visites à faire ce qui ne m’amuse pas beaucoup. Demain, nous allons à Nantes, mardi après-midi je vais à la Roche où j’aurai beaucoup à faire : le dentiste, un essayage, voir à faire renouveler les cartes de réduction pour les chemins de fer, sans compter que je voudrais bien voir Yves, faire quelques courses, passer à la bibliothèque et à la Maison des œuvres…. Dimanche après-midi, sommes allés à La Rhéorthe voir le ménage Joseph Baron, Joseph paraissait tellement désemparé à son dernier passage ici que cela m’a fait de la peine ; j’avais d’ailleurs écrit à Renée quelques jours plus tôt pour le remonter un peu. Dimanche, cela avait l’air d’aller un peu mieux. Nous avons fait un bon voyage, avons vu, des Herbiers à Saint-Mars, une sorte de Bocage que nous ne connaissions pas, et avons pu causer ensemble, Jacques et moi, ce qui ne nous arrive pas souvent. Lundi, il faisait un temps très froid, avec une pluie glaciale, ne suis pas sortie de la journée. Mardi, après-midi à La Roche, pluie, mais il ne faisait pas froid. Mercredi, suis allée un peu chez Maman, puis fait une tournée de visites, ou plutôt de malades – chez les Mignen – tous deux étaient au lit et Tante Abel ne valait guère mieux. Mme Baron est au lit depuis presque huit jours, avec un peu de congestion pulmonaire, elle est fatiguée, les nerfs malades, elle pleure à tous propos, cela sera plus dur pour elle de se remettre. Jeudi, suis allée chez Maman, et revenue par le cimetière. Vendredi matin à La Roche, dentiste, quelques courses, l’après-midi, réunion de la L.F.A.C., nous n’étions guère nombreuses, cependant la réunion a été animée et vivante. M. le Curé n’était pas là ; si nous voulons maintenant nous réunir, il faudra de temps en temps le faire sans lui. Hier, suis un peu sortie, Mme Bonnaud est grippée à son tour. Le chandail de Pierre avance ; je n’ai plus que les manches à faire, et comme ce sont des manches courtes, ce ne sera pas très long…

Mercredi matin 12

Je vais me mettre à ranger le bureau ou du moins commencer cet important travail ! il fait doux, on se sent revivre, aussi j’envisage notre installation là aussitôt mon retour de Paris et des Sables. Lundi, à Nantes, vu deux fois les filles, vu aussi l’établissement où nous mettrons Jacquie l’année prochaine – peut-être ! Cela paraît vraiment bien. Après-midi d’hier à la Roche, temps affreux…

Dimanche 16 mars

Mon voyage à Paris a été modifié ; Maman a eu mardi, une lettre de Tante Juliette, disant que Jean était pris toute la journée d’aujourd’hui, aussi cela ne me disait rien de passer à Paris un dimanche où je ne pouvais pas voir mon fils, aussi, j’ai préféré retarder mon départ à demain… je vais être passablement chargée et cela m’ennuie un peu, c’est toujours une certaine fatigue. Le programme du congrès de la L.F.A.C. paraît intéressant… Anne a été fatiguée ces deux derniers jours. Dans la nuit de jeudi à vendredi elle a vomi, le matin… elle n’était pas très en train. L’après-midi elle a dormi presque tout l’après-midi dans un fauteuil… le matin, elle paraissait nettement mieux… je suis allée à La Roche où j’avais à faire, laissant la malade aux soins de sa grand-mère. Le docteur est venu l’après-midi, il a conclu à un peu d’embarras gastrique avec réaction hépatique. Ce matin, pas de fièvre du tout, mais la fille est enrhumée ; tout cela nous vaut quelques petites comédies : quand il faut faire boire du lait, ou manger de la soupe, quand il faut défendre telles ou telles choses qui tentent, mais pourraient faire du mal ; enfin ce soir il a fallu faire un badigeonnage et mettre des gouttes dans le nez, enfin j’espère que cela ne s’aggravera pas pendant mon absence… mercredi après-midi suis allée voir Mme Baron dont le moral était bien bas ; j’ai passé tout un grand moment à essayer de la remonter…. Jeudi, suis allée chez Maman, ces deux derniers jours restée ici avec ma petite fille. Hier matin, à La Roche, suis allée voir Charlotte…

Le Mans, lundi soir 17

Voyage bien passé jusqu’ici. Nous sommes partis du Poiré à cinq heures ce matin ;… j’ai pu avoir une place assise dans l’autorail ; vers Montaigu le jour s’est levé, seulement la ville de Nantes était en plein brouillard. J’avais une bonne place dans le train, mais la glace devait mal fermer, et j’ai été arrosée de suie, chose qui ne m’était jamais arrivée, si bien qu’en arrivant ici la chose la plus urgente était de me débarbouiller. Jeanne et son mari étaient au-devant de moi en auto, si bien que je n’ai pas été fatiguée le moins du monde ; il n’en sera pas de même demain lorsque je débarquerai à Montparnasse. A Angers, vu Jean de Baynast, lequel m’a dit que Tante Marguerite était tombée, s’est cassé je ne sais quoi, qu’elle a été transportée à l’hôpital Pasteur où son état est jugé très grave. Sera-t-elle encore en vie lorsque j’arriverai à Paris, Madeleine est près d’elle. Je pars ici demain vers 10 heures… passé une bonne journée avec Jeanne, nous nous sommes promenées du côté de la cathédrale…. Que fait petite Anne aujourd’hui, je voudrais bien avoir des nouvelles de tous mes chéris…

Jean a eu ses vingt ans aujourd’hui…

Paris mercredi 19

Fait un bon voyage hier, aurais beaucoup à écrire, mais je me presse pour ne pas arriver en retard à la première réunion. Assisté ce matin, à Saint François-Xavier, à une grand-messe vraiment belle….

9 heures soir – La lumière n’éclaire pas très bien, j’ai un peu de migraine…Suis partie ce matin d’ici vers 9 heures et demie, le métro conduit directement, à toutes les stations montent beaucoup de « Marguerites » ; je lie conversation avec l’une d’elles déléguée du Nord… A l’entrée je trouve l’abbé Robin, puis la baronne Taylor, avec laquelle je descends à la salle des séances ; Nous retrouvons quelques vendéennes, dont Mme de Tinguy du Pouët… Mme de Baudry d’Asson, assez en retard. Première conférence splendide… Suis revenue déjeuner en vitesse, avec Françoise et ses filles, trouvé deux lettres de Jacques, tout va bien à la maison. Me suis rendue là-bas à trois heures, nous avons eu un exposé d’une grande richesse dogmatique…, Mlle du Rostou a parlé ensuite et elle a été merveilleuse…. J’avais ensuite deux visites à faire, à Cécile et à Tante Denise, et n’ai pu rester que dix minutes à chaque endroit. Demain déjeunerai avec Madeleine de Baynast et dînerai chez Aline. Hier, je suis montée un peu et vu Mme Souillet, vu Jean quelques minutes seulement…. Le verrai plus longuement dimanche. Fait hier après-midi mon petit pèlerinage à la chapelle de la rue du Bac.

Vendredi soir 21 mars

Je voudrais avoir une demi-heure de repos si possible, car je suis un peu lasse ; j’ai eu deux journées très dures…. Je vais dîner chez Cécile et voudrais bien ne pas me coucher trop tard…. Hier matin, je me suis rendue comme d’habitude place Maubert et retrouvé la bande habituelle des vendéennes….. Déjeuné avec Madeleine ; l’après-midi, un exposé du chanoine Rod’hain, un du Père Avril…. En sortant hier soir, il était tard, suis montée une minute chez Michel, y retournerai demain soir. Dîné chez Aline, mais suis rentrée de bonne heure. Ce matin, partie pour le Sacré-Cœur vers 8 heures et quart, dans le métro, rencontré des ligueuses du Nord…. Dans l’ascenseur des Abbesses, retrouvé Mme Taylor, à la Basilique, le groupe a pu se retrouver presque au complet. Nous étions très nombreuses, c’était, devant le Sacré-Cœur, comme un raccourci de toute la France priante… Mme de Baudry d’Asson nous a ensuite emmenées chez elle, elle a un appartement délicieux, avec de grandes fenêtres sur le quai d’Orsay, et nous a offert de quoi nous réconforter. Suis allée ensuite rejoindre, avec une demi-heure de retard, Marie-Thérèse qui m’attendait devant le Bon Marché, et m’a conduite chez Tante Denise. Déjeuné en vitesse pour aller voir Jean qui m’avait fait dire hier de m’y rendre entre midi et demie et une heure et demie. J’y suis allée pour m’entendre dire qu’il était à la P. M !. Suis retournée passer un moment chez Tante Denise, il pleuvait à verse, puis le temps s’est éclairci, suis allée à Pasteur voir Tante Marguerite, elle est mieux, mais pas guérie. Suis allée ensuite voir Mme Souillet ; vu ensuite Jean une minute ; passé à la Gare Montparnasse retenir ma place et prendre mon billet, et me voilà de retour légèrement éreintée. Je vais redescendre un moment avant de partir chez Cécile. Demain, je déjeune chez Françoise et dîne chez Suzette. Dimanche, nous allons chez Marie-Thérèse.

Les Sables, mercredi soir 26

Depuis mon retour de Paris, n’ai guère eu de temps à moi, enfin, me voici ce soir au calme – trop peut-être puisque je suis seule dans la maison - enfin j’ai fini le peu de travail que je pouvais avoir…. J’aurais eu fini plus tôt, si Mme Dereure n’était venue me faire, vers 7 heures et quart, une visite légèrement intempestive, quoi que fort aimable, et m’a empêchée de me mettre à table…. Je reprends mes derniers jours à Paris. Vendredi soir, je suis allée dîner chez Cécile, nous avons causé un moment après dîner, tout en tricotant, puis suis rentrée de bonne heure. Samedi matin, ne suis pas sortie… mis au net une grande partie de mes notes du Congrès…. Suis allée voir Louise-Marie qui travaillait à son atelier, puis suis allée déjeuner chez Françoise Félix ; son appartement est clair, on aperçoit au loin les coteaux de Meudon, nous avons eu là aussi une bonne conversation. Suis allée ensuite voir Tante Marguerite, pour qui les docteurs ont de plus en plus d’espoir, vu près d’elle Solange, son mari et Perrine. Suis rentrée un moment rue Duroc et ne suis sortie qu’un moment avant 6 heures pour aller voir Michel. De là, je suis allée dîner chez Suzette, tout près de cette église Sainte Clotilde où je suis allée si souvent jadis. Nous avons bien causé en dînant et Suzette est venue me raccompagner rue Duroc…. Dimanche matin, me suis levée assez tard, pour aller à neuf heures à la grand messe de Saint-François Xavier… Louise-Marie m’a fait déjeuner en arrivant, puis en fin de matinée suis allée chez Marie-Thérèse, où Jean est venu me rejoindre. Nous avons passé un agréable moment ; sommes allés un moment prier sur la tombe du Père Brottier dans la chapelle des Orphelins d’Auteuil, goûter chez Tante Denise, où nous avons rencontré Mme Souillet. Passé un moment chez Suzette qui désirait connaître Jean. Dîné chez les Gaston, puis Jean est parti, et j’ai préparé ma valise pour le lendemain matin, ce qui était assez difficile, car j’emportais plus de choses que je n’en avais apporté, ayant récupéré certaines choses en souffrance dans la cantine de Jean ; Lundi matin, j’étais très chargée ; Louise-Marie est venue me conduire à la gare ; j’étais bien installée dans le train et le voyage s’est fait de façon confortable… j’étais à La Roche à 5 heures 20, suis allée chez le dentiste, puis à Richelieu où j’ai vu l’abbé Bouhier, Yves, toujours gai et Auguste qui m’a dit que Jacques étais aussi à La Roche. Après l’avoir un peu cherché, j’ai fini par le trouver place du théâtre et j’ai été bien contente d’arriver plus tôt au Poiré, ce qui m’a permis de défaire mes valises et de m’installer un peu avant dîner. Mardi matin, bien des rangements à faire, l’après-midi, Maman est venue. Ce matin, étions ici à 8 heures ; le serrurier est venu ce matin ; le plombier et le menuisier viendront demain, je ne sais pas si je partirai demain soir ou vendredi matin. Nettoyé bien des choses aujourd’hui. Jacques est parti vers trois heures, suis allée voir Mlle Chalard ce soir ; la mer était splendide….

Jeudi soir 9 heures et quart

Je vais monter me coucher et préparer bien des choses… le train est un peu avant neuf heures ; j’aurai quelques heures à passer à La Roche et serai au Poiré pour déjeuner. A 3 heures, nous avons une réunion de la Ligue… Le menuisier et le plombier sont venus ce matin, et le plombier a fini ce soir de monter le lavabo de Jacqueline ; il y aura encore du travail pour un prochain voyage, sans doute avant les vacances de Pâques….

Dimanche 30 mars

Me voici réinstallée ici pour quelques jours… Hier, toute la journée, j’avais un abcès à une dent, pas assez mal pour prendre un cachet calmant, mais assez pour que ce soit énervant, aussi j’étais peu sociable et j’ai demandé qu’on me laisse seule tout l’après-midi ; cela a dû faire de la peine à Maman qui n’admet pas de plus grand bonheur que de causer en tricotant, même si l’on a rien à dire, mais parler me faisait souffrir davantage, et j’avais réellement besoin de solitude… je me sens mieux aujourd’hui. Je crois que de toute façon il ne faut pas aller jusqu’au bout de ses forces. J’ai manqué hier une réunion de la Ligue organisée pour entendre le Père de Chalendar, aumônier général, seulement j’étais vraiment trop « claquée » pour aller à La Roche ! Mon voyage de retour des Sables s’est bien passé, j’ai pris à 9 heures 10 un autorail qui m’a menée à La Roche à 9 heures et demie, j’ai eu largement le temps de faire mes courses et de voir Yves, et j’étais ici à midi et demie, et après avoir vidé mon sac, je suis allée chez Maman, puis à la réunion de la Ligue où nous étions bien peu nombreuses… Jean est arrivé hier soir ; Yves vient mardi, les filles mercredi. Il ne fait pas bien beau encore ; de la pluie assez souvent ; je me suis pourtant réinstallée dans le bureau où j’ai plus de place pour mettre mes livres, mon tricot et mes papiers, seulement il ne fait pas très chaud, je n’allume pourtant dans la salle à manger que pour dîner… J’ai bien avancé les chaussettes d’Yves et en suis à la troisième paire…

Soir du Jeudi-Saint 3 avril

Jacques et les trois aînés sont à l’église pour la prédication de la Passion, les autres dorment. Je suis seule pour la première fois de la journée, et cela me fait du bien, mais il fait, depuis le début de l’après-midi, une tempête effroyable, pas de pluie mais un vent furieux qui siffle de façon sinistre et pénètre partout, j’ai rarement vu quelque chose de semblable – peut-être il y a bien longtemps, au moment du naufrage de « l’Afrique » sur le plateau de Rochebrune – Naturellement, l’électricité est coupée et c’est bien peu commode… Je suis allée à La Roche lundi matin pour ma dent, et, bien que l’abcès ne soit pas tout à fait terminé, je ne souffre plus – ou à peu près plus - … Pour comble de bonheur… il a plu toute la matinée d’aujourd’hui, et il ne faisait pas chaud… Lundi après-midi, suis allée chez Maman, puis fait une série de courses et de visites. Mardi matin, Yves nous est arrivé de bonne heure, ayant préféré venir à pied de la Genétouze que d’attendre le car de 12 heures 20 ; l’après-midi, il a plu, suis allée à la Jamonière. Hier, les filles sont arrivées dans l’après-midi ; depuis le travail ne manque pas ; prévoir les repas pour ces solides appétits, refaire les doigts de gants, les poignets de chandail, les pieds de chaussettes, etc… Il faut prévoir des tas de choses…N’ai pu aller, faute de temps, à l’office du Jeudi Saint…

Les Sables Jour de Pâques 6 avril

Installés ici depuis hier soir ; nous partons demain pour revenir peut-être à la fin de la semaine, seulement, pour un jour de Pâques, la température n’a rien de printanier ; hier, il faisait beau et on croyait presque à l’arrivée des beaux jours, mais dès hier soir, le vent a repris plus violent que jamais ; ce matin il a plu, heureusement il ne fait pas froid, mais la mer est splendide, d’autant plus que c’est demain la grande marée. Nous sommes allés tout à l’heure, tous ensemble, au bout du remblai ; Anne courait devant comme une petite folle ; les aînés étaient heureux de voir la mer qu’ils n’avaient guère vue qu’en été. Nous les avons laissé au bout du remblai, ils ont dû continuer plus loin ; Jacques et moi sommes rentrés avec Anne qui aurait été lasse, d’ailleurs, au retour, nous avions le vent de face, il était plus pénible de marcher et les petites jambes commençaient à en avoir assez. La mer doit maintenant commencer à descendre, mais, du balcon, on voit des vagues formidables passer par-dessus la grande jetée ; Ce matin, je suis allée communier à la messe de 7 heures, Jacques et les enfants à celle de 8 heures, puis nous sommes retournées à la grand-messe, qui était très belle, très solennelle, avec des chants liturgiques vraiment beaux, cependant je préfère maintenant les chants plus simples, plus populaires, que toute l’assemblée peut chanter…Rien de nouveau ces derniers jours, je n’ai pu aller à l’office du Vendredi, j’avais trop à faire… Il faut cette semaine que je fasse des gants pour les filles et c’est un travail assez absorbant. Yves s’embarque mardi matin pour les Epesses où il doit participer à un camp scout, et il a fallu, un peu à l’avance, préparer son paquetage. Hier matin, suis allée à l’office, puis préparé le départ, puisque les deux filles et moi avons pris le car à deux heures, nous avons eu la correspondance pour les Sables et étions ici à trois heures et demie. Nous avons ouvert et aéré la maison, les filles ont fait les lits pendant que je préparais le dîner, seulement le gaz ne marchait pas et nous avons dîné très tard d’une façon sommaire. Ce soir cela ira mieux car j’ai pu préparer bien des choses ce matin. Nous partons pour Le Poiré demain soir avec Yves et Anne. Les trois grands et peut-être Pierre resteront ici jusqu’à mardi soir, cela les amuse beaucoup de passer une journée seuls ici….

Jeudi matin 10 avril

Je reviens de la messe, mais dans quelques minutes il faudra monter faire lever les enfants… Depuis que nous sommes revenus des Sables, lundi soir, beaucoup à faire. Mardi, tout à remettre en place, mon déjeuner d’hier à préparer et l’enterrement du père Arsène Remaud. Hier, bien des choses encore, une messe de mariage qui nous a pris une bonne partie de la matinée, nous avons eu à déjeuner l’Abbé Bouhier, Daniel Boutelier et Rémi Charron. Je pense que les jeunes se sont bien amusés. Mme Boutelier est venue les chercher le soir. J’ai été ennuyée ces jours-ci pour Yves, il a accompagné ses frères et sœurs dimanche au Puy d’Enfer, où ils se sont largement fait doucher, et, en rentrant, il se plaignait beaucoup des chevilles et des poignets, il avait certainement de la fièvre, mais je n’avais pas de thermomètre. Lundi, il avait moins mal et paraissait mieux, il est resté au lit la matinée et nous l’avons ramené le soir pour dîner. Il a fait toute la journée de lundi un brouillard épais, mais moins de vent ; Jacques et les enfants sont sortis à plusieurs reprises, j’ai fait la cuisine et arrangé certaines choses dans la maison. Nous avons ramené Anne le soir, mais laissé aux Sables les trois aînés et Pierre, avec quelques provisions pour une journée ; je crois qu’ils se sont tout de même débrouillés, avec quelques petits incidents. Le docteur est venu mardi voir Yves ; il croit à un peu de rhumatismes articulaires, mais ce serait, pour cette fois du moins, une crise sans gravité ; c’est cependant à surveiller de très près. Le printemps a l’air de venir, ce matin nous avons eu un beau soleil bien qu’il ne fasse pas chaud. Les pêchers sont en fleurs, les cerisiers commencent.

Dimanche 23 avril

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 23 avril 1947 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Un temps superbe depuis quelques jours, si seulement cela pouvait durer… Hier soir, pour la première fois, nous n’avons pas fait de feu pour le dîner… Nous dormons avec la fenêtre ouverte et c’est infiniment agréable. Je voudrais bien reprendre mes habitudes matinales et assister à la messe chaque jour, mais je traverse une période de telle fatigue que ce n’est pas possible…. Mercredi, Marie était absente et j’ai passé ma matinée à faire la cuisine, aussi mon tricot s’en ressent. J’ai fait deux paires de gants à Jacquie… pour Jean ce sera prêt pour mardi… le paletot de classe pour Anne n’est pas terminé et elle rentre demain ! Je voudrais faire aussi une petite robe ou tout autre chose pour Marie-Thérèse Baron, née le 25 mars dernier… J’avais un peu espéré que les filles m’auraient aidée à quelque chose, mais elles n’ont aucune bonne volonté pour ce genre de chose et cela me fatigue trop d’insister continuellement… Geneviève d’ailleurs passe une grande partie de ses journées à travailler avec les clercs, elle collationne et fait pas mal de petites choses utiles, mais Jacquie, à part la pâtisserie, il ne faut rien lui demander. Yves paraît aussi bien que possible, sa petite crise semble enrayée… Vendredi, Jacques est allé à Nantes, voir la foire, il a emmené les trois garçons et Tachou qui était ravie de faire le voyage, surtout par le car, elle s‘est d’ailleurs très bien comportée, mais le départ a été tout à fait comique : l’heure du car arrivait, et Anne qui ne sait pas encore ce que c’est de se presser, était quelque peu en retard ; Thérèse la peignait pendant que je lui faisais avaler son chocolat, puis lui mettais ses souliers, pendant qu’on lui attachait ses rubans, bref, elle était encore sur son pot quand le car est passé ; le Papa est parti devant avec Pierre, Yves avait suivi, et Jean était resté pour attendre sa sœur ; aussitôt la fille culottée, il l’a attrapée sous le bras, et a piqué une charge en destination du car, comme il y avait beaucoup de monde à monter, ils ont eu largement le temps de s’y rendre. Il paraît qu’Anne a été très facile et mignonne là-bas, et les garçons étaient ravis de leur promenade à la foire….

Mercredi matin 16 avril

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1947-04-23). Texte conservé tel quel.

Jean est parti hier soir. Jacques est revenu assez tôt de sa journée au Conseil général pour le conduire à La Roche. Nous avons dîné en vitesse un peu avant sept heures, ce qui était plus agréable pour tous. Après dîner, il nous restait donc un grand moment, pendant lequel les enfants ont pu jouer au ping-pong et s’amuser dehors ; Quant à moi je suis allée dans le jardin, tout en tricotant, voir le coucher du soleil, c’était un soir merveilleux… quel contraste avec de soir terrible d’il y a sept ans – je ne sais plus quel temps il faisait ce soir terrible où Jacques et moi, de chaque côté du berceau, assistions notre tout petit qui allait nous quitter…

Vendredi soir 18

Je viens de coucher Anne et j’attends qu’elle soit endormie pour aller me coucher à mon tour… Les vacances sont terminées, les filles sont parties hier soir vers 6 heures et Yves après dîner… J’ai fait la dernière semaine trois paires de gants, dont une, vraiment très réussie, à Geneviève ; le dernier jour, j’ai terminé différentes choses et réparé un chandail à Yves, il a même fallu que je travaille pendant le dîner pour y arriver, aussi, aujourd’hui, cela n’allait plus très bien ; maintenant la maison est un peu trop vide.

Dimanche matin 20 avril

Temps incertains, avec alternatives de nuages et de belles éclaircies, ce n’est pas le radieux soleil de ces jours derniers… on demande déjà un peu d’eau, mais le jardin est ravissant, tout paré des fleurs blanches des arbres fruitiers… Hier, suis allée avec Jacques à La Clopière, où nous avons vu des expériences de tracteur ; de là, sommes allés tous les deux à Beauséjour, où Toinette Chevillon a eu, il y a un mois, une petite fille qui n’a pas vécu. Jacques a filé sur Aizenay, pendant que je suis restée un moment avec la pauvre petite maman bien désolée. J’ai voulu m’arrêter chez Lucie, elle n’y était pas. Suis allée ensuite au Plessis où j’avais quelques visites à faire ; vu trois pouponnes en bon état, mai je regrette de ne pouvoir transcrire ici les propos de Marie Gilaizeau – propos pleins de saveur – sur la façon dont elle alimente sa petite fille, en lui faisant manger « d’aux patardes » et aussi de la pomme râpée, elle est décidément à la page, et le résultat est magnifique. Suis passée à Saint-Louis voir une autre pouponne, celle-là nouvellement née, et j’étais ici un peu avant le dîner, bien lasse, mais contente de ma promenade… Vendredi, après-midi très remplie à La Roche, aussi je suis plutôt fatiguée aujourd’hui, j’ai aussi les nerfs fatigués et suis incapable de penser et de réfléchir à quoi que ce soit… j’ai repris mes tricots en souffrance, et il y en a quatre actuellement en chantier : un chandail pour Pierre, qui devrait être bientôt fini, un paletot pour Anne presque à moitié fait, des chaussettes pour Jean et pour Geneviève… Thérèse s’absente deux jours cette semaine pour aller à un mariage, il faut que j’aille deux jours à la Roche, pour des journées de formation destinées aux présidentes cantonales, je ne sais pas comment je m’arrangerai, surtout le mercredi, le jeudi Thérèse sera là. Il faudrait que j’aille à Nantes pour un chapeau, c’est même assez pressé et je voudrais passer une journée aux Sables pour voir si les grands ont fermé convenablement la maison. Pour la Ligue, je devrais faire des réunions…. Pour comble de bonheur, on me demande de faire jeudi un petit exposé sur la « façon de comprendre mon rôle de présidente cantonale, je me sens incapable de faire quoi que ce soit de bien…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 21 avril 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je viens de coucher Anne, après la lutte habituelle pour les gouttes dans le nez, et de donner une douche à Pierre, il me reste, avant de monter moi-même, un petit moment de tricot, de recueillement dans lequel je vais faire le point de la journée… Suis allée un peu chez Maman, avancé mes tricots. Hier soir au cinéma pour « La dernière chance » qui est un très beau film, un peu triste peut-être, mais d’une réelle valeur, la salle n’était guère pleine alors qu’il doit avoir foule pour un film de Fernandel ou de Tino Rossi.

Jeudi soir 24 avril

Deux journées à La Roche, hier et aujourd’hui, pour des réunions de formation destinées aux Equipes cantonales, deux journées merveilleuses, je suis ravie, quoiqu’un peu « claquée », je viens de me coucher, car j’étais incapable de rester debout. Je ne vais pas tarder à dormir. Hier matin, la première réunion étant assez tard, j’ai pu assister à la messe puis lever les enfants et organiser la maison, Thérèse étant à un mariage, suis allée à La Roche en auto avec Jacques, j’ai même eu le temps de passer chez le dentiste…. Une discussion nous a menés au moins jusqu’à midi. Déjeuner en commun, tout à fait charmant et « famille » ; la Baronne Taylor épluchait un œuf dur ; Mme de Tinguy du Pouët sortait des tartines, Mme de Baudry d’Asson finissait son repas avec du pain et du chocolat. C’est un des moments les plus intéressants, on cause avec les unes et les autres, on échange quantité d’aperçus et d’idées… Hier soir, après dîner, au Patronage une représentation intéressante sur les jeunes filles de Saint-Christophe qui nous ont donné « Esther » et « Les femmes savantes » de façon remarquable, nous avons pris un très vif plaisir seulement il a fallu se coucher tard, et ce matin, je ne pouvais plus me lever. Suis arrivée comme la veille pour l’allocution du chanoine Loué… Avons déjeuné dehors, tout un bon groupe. Suis allée ensuite voir Yves, mais arrivée trop tard, il venait de partir en promenade. Après-midi très intéressante… suis allée ensuite voir Yves qui a une récréation à six heures et quart, il a encore un peu souffert des pieds, mais moins et sans fièvre, seulement, il est « cafardeux » et cela m’ennuie ; je ne l’avais jamais vu ainsi, est-ce la conséquence de ce qu’il nous a fait ?

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 25 avril 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le soir est admirablement beau et les lilas embaument, la journée a été belle et chaude bien qu’il y ait eu un peu trop de vent. Rangé et tricoté ce matin, suis allée chez Maman et Mme Dorion cet après-midi… Anne chante dans son lit, j’attends qu’elle soit endormie pour monter à mon tour (je me souviens de la tapisserie de la chambre, des bouquets de fleurs, tout cela très sombre et angoissant, j’avais peur que quelqu’un se cache derrière…). Les fleurs des arbres fruitiers sont tombées, le jardin est devenu vert.

Dimanche matin 27 avril

Je me presse car j’ai une journée remplie… J’ai eu ce matin du linge à ranger et des lainages à emballer ainsi que mon manteau de fourrure… Thérèse va à Lourdes cette semaine, elle part demain soir et reviendra samedi matin, j’aurais bien à faire, car je ne peux tout laisser à Marie qui serait « claquée » en peu de jours, j’aurais voulu rester tranquillement ici tous ces après-midi et vois au contraire que j’aurais beaucoup à faire… Hier, suis allée chez Maman puis chez Mme Baron, quelques courses ensuite et il était plus de six heures quand je suis rentrée. Mon travail n’avance pas, je croyais avoir fini un chandail à Pierre, mais l’encolure est trop étroite, il faut que je le reprenne demain, je voudrais maintenant terminer le paletot pour Anne… De temps en temps je voudrais faire un peu de musique, c’est le meilleur moment de détente et de repos, mais je ne peux toujours pas y arriver.

Mardi matin 28

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 28 avril 1947 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Thérèse est partie hier soir en pèlerinage, aussi le travail ne manque pas ces jours-ci et pourtant aujourd’hui je n’ai pas fait de ménage… Suis allée à la Roche ; vu Yves, qui paraissait mieux et avait bien eu dimanche les pieds enflés et douloureux à la suite d’une journée scoute qui était passionnante, mais hier, c’était fini. Il semble d’ailleurs un peu remonté et j’espère que les remèdes apportés lui feront du bien….

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 30 avril 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Malgré l’absence de Thérèse, tout a bien marché jusqu’ici, mais j’ai toujours peur que Marie se fatigue…. Hier, n’ai pas bougé de l’après-midi, mais les Gourraud sont venus, et M. le Curé le soir. Ce matin, fait pas mal de courses et écrit à Jean ; la ration de pain étant réduite, je suis ennuyée pour lui, d’autant plus que les tickets de province n’auront plus cours à Paris. Tantôt, suis allée au Recredy, voir la dernière pouponne chez Léon Berthomé, fait des visites dans le village et suis rentrée ici pour le retour d’Anne. Aujourd’hui du soleil, mais un grand vent froid bien pénible ; Jacques a peur qu’il gèle cette nuit…

Les Sables, samedi 3 mai

Nous avions projeté de venir avec les petits et Maman passer ici la journée de dimanche, et voilà que Jacques, retenu par une réunion, ne peut s’absenter, je le regrette, parce que cela aurait été une journée de détente et de repos dont il a grand besoin, mais d’un autre côté il ne fait guère beau… Ce matin, il fait un vent fou, on ne peut songer à rester dehors, encore moins à se tenir avec les enfants sur la plage. Bref, voyant que notre séjour était raté, j’ai brusquement décidé mon voyage, afin de voir dans quel état les grands avaient laissé la maison aux vacances de Pâques ; elle était d’ailleurs en excellent état, sauf que la porte était simplement tirée et non fermée à clé. J’ai fait des courses ce matin, je viens de déjeuner, j’irai tout à l’heure prendre le café chez Mme Dereure, je tricoterai en attendant le car et je partirai à 5 heures pour être au Poiré à 7 heures. Ce sera, malgré le voyage, une journée de détente et de repos, car Anne est particulièrement pénible, elle fait des caprices et piaille pour un rien ; certains repas sont un supplice. En plus de cela, traversé des jours de « cafard » intense… Hier, nous avons eu notre cercle d’études habituel, bien peu de présence, certaines se sont excusées… Mme Thorette est une dizainière épatante, elle comprend son devoir mieux que beaucoup d’autres. Vu ensuite Mme Dorion, qui suit toujours cela passionnément. Jeudi, nous avons eu Yves à déjeuner, il avait un très bon bulletin, et une récompense s’imposait. Nous avions compté sur un car pour l’amener, mais comme c’était le 1er mai, le car était au repos et Jacques a fait les deux voyages à La Roche pour aller chercher le garçon et le rentrer. Je ne crois pas qu’il soit plus fatigué, au contraire le moral est meilleur et l’appétit excellent, il est vrai que j’avais soigné le menu en son honneur. Pierre et Anne sont allés hier soir reconduire leur frère….

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 4 mai 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Mon voyage de retour s’est bien passé hier soir ; dans ces conditions, ce n’est pas fatigant du tout. J’ai eu au contraire quelques bons moments de calme et de repos. Avec le trajet en car et l’arrêt à La Roche, j’ai pu arriver à tricoter la moitié d’un soutien-gorge à Jacquie… Heureusement que Thérèse est de retour de Lourdes, mais mes tricots n’avancent pas. J’ai en train un paletot destiné à Marie-Thérèse Baron, le paletot de classe d’Anne, avec des poches, est en panne, de même qu’une paire de chaussettes de coton blanc pour Geneviève… Aujourd’hui, je voudrais, s’il ne pleut pas, aller au Mois de Marie de la Rételière…

Mardi matin 6

Hier après-midi, une visite de Mme des Rochettes et de Mlle Parois, venues pour me parler de la Ligue, et de ce qu’on peut faire dans la paroisse, cela fait du bien que de rencontrer ainsi des âmes apostoliques, au-dessus des petites mesquineries et désireuses de faire le plus de bien possible. Un moment paisible après leur départ, travaillé d’arrache-pied, c’est une chose tellement rare. Avant le dîner, une visite d’Odile. Dimanche, pendant le déjeuner, l’idée nous a brusquement pris d’aller passer l’après-midi aux Sables, nous sommes partis un peu après deux heures. Passé seulement une minute à la maison pour les provisions du dîner et filé au Puy d’Enfer, où la mer était bien belle, quoi que moins forte que samedi. Nous sommes promenés un peu le long de la côte, et amusés à suivre le manège d’un oiseau, puis filé en auto jusqu’à Cayola, là, nous avons pu rentrer dans les bois et aller jusqu’à la pointe ; il faisait bien bon ; le bois a été très abîmé par les Allemands, qui, à la pointe, avaient construits plusieurs blockhaus, le long de la côte, il y a une tombe avec une croix, mais pas de nom. Sommes revenus par le terrain d’aviation, juste au moment où un avion allait prendre son départ, cela nous a intéressés, surtout Pierre qui était ravi. De retour à la maison, vivement préparé le dîner, tout le monde avait faim, ensuite j’ai lavé la vaisselle, Pierre l’a essuyée, Jacques l’a rangée ; nous avons tout fermé et étions ici à 9 heures et quart. Je crois que nous recommencerons.

Les Sables, dimanche matin 11 mai

Arrivés hier soir, vers sept heures, depuis le travail ne m’a pas manqué ; j’ai rapidement fait le dîner et, aussitôt la vaisselle expédiée, couché les enfants. Ce matin… Jacques est sorti avec les enfants ; tantôt, nous pourrons sans doute nous promener, ou aller à la plage avec les petits ; le temps est doux, très calme, et Jacques, qui a tout de même réussi à se procurer des films pour la moto-camera, voudrait filmer Anne qui ne l’a jamais été (et ne l’a pas été). Nous partons ce soir, aussitôt le dîner. Jacques paraît content d’être ici, c’est aujourd’hui une détente qui lui fait grand bien ; Semaine très remplie, voyage à La Roche, mardi après-midi, vu Yves qui paraît bien portant, beaucoup marché. Mercredi, sommes partis à Nantes par le car, Jacques et moi, fait pas mal de courses ce jour-là, vu Geneviève à 4 heures, Jacques a repris le car de 6 heures ; Jeudi, c’était la réunion des anciennes élèves, assisté à la messe à 8 heures, toujours avec le même joie de se retrouver dans cette chapelle ; vu beaucoup d’anciennes connaissances… Déjeuné en face de Madeleine Lauprêtre-Decré, qui est déjà grand-mère ! (de Roselyne Buet, elle était dans ma classe à Chavagnes, avec sa tante Catherine Decré !) ; vu Andrée Jaffré, mais assez peu, au milieu du brouhaha du déjeuner ! Suis allée ensuite avec Jacquie, rue Haute-Forêt ; je pense qu’il y a pour elle, quelque chose à faire de ce côté-là. Mère Anne et Mère Armelle, à qui j’en ai parlé, sont du reste de cet avis.

Je reprends du Poiré lundi matin, j’ai été interrompue hier par le déjeuner, ces journées aux Sables, si elles sont reposantes pour Jacques, ne le sont pas tellement pour moi, qui doit faire la cuisine et la vaisselle, enfin, j’y arrive quand même. Nous sommes partis samedi soir vers six heures, après avoir fait goûter les petits et préparé le chargement ; nous étions aux Sables à sept heures, j’ai fait un dîner rapide et nous nous sommes couchés aussitôt. Hier après-midi, sommes allés à la plage où les enfants ont joué un moment, puis, après le goûter, Jacques nous a emmenés un moment à La Chaume, du côté des parcs à huîtres, et les enfants se sont promenés sur les rochers avec leur Papa pendant que je lisais dans un coin, à l’abri du vent, cela a été pour moi un bon moment de détente. Il a fallu rentrer faire le dîner, la vaisselle, les bagages, nous sommes partis vers neuf heures pour être ici à 10 heures ; Anne, qui avait dormi, n’a pas été pénible à coucher… Ce matin, suis un peu lasse, et vais reprendre aussitôt mon tricot habituel…

Mardi soir 13 mai

Suis très lasse et vais monter me coucher ; la journée a été lourde et orageuse, malgré cela je suis allée cet après-midi au Beignon, où je voulais voir Mme Moreau, dizainière de Ligue, suis passée aussi aux deux Moulin-Guérin, et rentrée pour cinq heures, complètement flapie… Ce matin, procession des Rogations, cérémonie qui pourrait être si belle, mais qui, par faute de celui qui marchait en tête (Tringlot, il avait une cloche à chaque mains et marchait avec entrain), a été transformée en galopade ! Dans le calme, la douceur ravissante du printemps, chacun s’en va distraitement, les uns égrènent leur chapelet, les autres ne pensent pas à grand-chose ; personne ne suit, sur son missel, ces prières si belles des Litanies des Saints que le chantre égrène, tout au bout de la procession, il est d’ailleurs impossible de rien en entendre, aussi, après avoir vainement tendu l’oreille, j’ai pris mon parti, au retour, de méditer chacune des invocations. Nous avons demandé d’être délivrés de la peste, de la famine et de la guerre, et, depuis ce matin, les boulangeries sont fermées ; quand aurons-nous du pain ? Souhaitons que cette situation ne se prolonge pas plus de quelques jours ; je me tourmente pour l’arrivée des enfants la semaine prochaine…

Le rhododendron rose est une splendeur.

Jeudi matin – Ascension

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 15 mai 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une journée assez remplie en perspective, j’ai pas mal à écrire et je voudrais caller cet après-midi au Mois de Marie de Montorgueil, si je peux y arriver, je suis encore très lasse de mon après-midi d’hier à La Roche, quand il faut courir aux quatre coins de la ville de chez le dentiste à la rue de Lorraine, puis à la Maison des Œuvres, et enfin à Richelieu, cela représente quelques kilomètres en ville, surtout quand il y a des colis à porter. J’ai trouvé Yves en bon état, il a repris sa gaieté, son entrain et il n’a pas souffert des chevilles depuis plus de quinze jours…J’ai beaucoup à faire d’ici les vacances de la Pentecôte pour que chaque enfant ait une paire de chaussettes convenable à se mettre à ce moment là, et j’ai en perspective pas mal de dérangements d’ici la fin de la semaine. Les Nida, qui devaient arriver demain soir, viennent samedi soir seulement. Je suis fatiguée, j’ai les nerfs à vif, et suis excédée des taquineries de Pierre ainsi que des cris d’Anne ; la paix, même chez soi, est bien difficile à obtenir. Les boulangeries sont ouvertes aujourd’hui, cela donne un peu d’espoir.

Dimanche matin 18 mai

Trente-quatrième anniversaire de ma Communion Solennelle… Il faisait beau ce jour là, aujourd’hui, il pleut, le temps est sombre, il fait froid, je voudrais bien cependant que nous puissions aller cet après-midi au Mois de Marie de la Pampinière et de l’Aumère, j’ai beaucoup de visites à faire là-bas, beaucoup de monde à voir, nous tâcherons d’y aller en auto, si la Simca, dont les accus sont en panne, consent à marcher. Hier, la Chenard a failli flamber : Jacques a eu très peur, un court-circuit s’étant produit, on ne sait pourquoi, les fils rougissaient et commençaient à griller ; Jacques a pu les couper et se faire dépanner par un garagiste d’Aizenay ; cela va faire une réparation assez importante et l’auto immobilisée pour quelques jours. (Je me souviens de la Chenard, elle était restée longtemps sur cale dans le garage sans roues, et Pierre s’amusait à la conduire, je faisais la passagère, je me souviens des glands qui pendaient le long des portières et des stores aux fenêtres) Les Nida sont arrivés hier soir ; ils sont venus ici un peu après dîner et doivent déjeuner avec nous aujourd’hui ; mardi, nous déjeunerons chez Maman et ils partiront je crois mercredi ; Jeudi, nous avons fait une jolie promenade à Montorgueil, il faisait bon à marcher, sommes revenus, ainsi que nous l’avons fait bien souvent, par le vieux chemin de Belleville. Pierre a coupé dans un champ de genêts de grandes branches fleuries. Vendredi, suis restée ici, ai trouvé cela bien agréable, c’était la foire, et j’ai été dérangée pas mal de fois, cependant j’ai pu sérieusement avancer mon tricot ; une des paires de chaussettes à Jacquie sera vite terminée…

Mercredi matin 21

Jean doit être depuis lundi matin en plein concours, cela nous tourmente bien Jacques et moi. Anne est malade depuis hier matin, un peu de blanc dans la gorge…. Elle fait des caprices, pour le moment, elle dort, mais il ne faut pas que je tarde à remonter près d’elle. Dimanche, reçu les Nida à déjeuner ; l’après-midi, Mois de Marie à la Pampinière et à l’Aumère, visites traditionnelles, sommes rentrés après neuf heures. Lundi, meeting organisé par les classes moyennes et les artisans, à La Roche ; après le défilé, des manifestants sont allés piller les dossiers du contrôle économique, est-ce un début de révolution ?

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 22 mai 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Anne est mieux mais non guérie… le docteur a trouvé sa gorge plutôt mieux, mais a ordonné de lui débarrasser l’intestin. Un lavement, hier soir, n’a donné aucun résultat, un autre ce matin, non plus ; enfin deux cuillerées de sirop Manceau ont tout de même liquidé tout cela. Ce matin 38°7, après une nuit assez agitée : « veux boire… veux faire pipi. La journée a été meilleure sans vomissements, et la fille moins assoupie…

Samedi matin 24

Anne est de mieux en mieux…. Il est vrai qu’elle a été à la selle hier, et elle est insupportable parce qu’on ne peut arriver à lui faire manger quelque chose ; elle ne veut que de l’eau, et encore non sucrée. Il est vrai qu’aujourd’hui elle accepterait volontiers des gâteaux ou une tartine, ou du chocolat, mais j’ai eu toutes les peines du monde, tout à l’heure, à lui faire avaler un peu de bouillon de légumes au vermicelle ; elle dort maintenant, elle a d’ailleurs bien dormi cette nuit, espérons que cela va s’arranger maintenant. Les pensionnaires arrivent ce soir, même Yves sur lequel nous ne comptions que demain. Hier, à La Roche, pas mal de courses ; une visite à Mme Lesaffre ; ai rapporté de la bibliothèque paroissiale un cahier de Maison-Dieu sur la célébration du dimanche ; j’ai de quoi lire, méditer et me nourrir pendant un mois.

Les Sables, vendredi soir 30 mai

Beaucoup de choses à raconter, mais suis couchée et ne vais pas tarder à dormir, malgré la chaleur pourtant excessive ce soir. Sommes arrivés ici hier soir, vers dix heures, avec Anne, Thérèse, Pierre, Jean et Auguste par-dessus le marché ; nous avons en passant déposé Yves à Richelieu, et il trouvait amer de n’avoir pu nous accompagner ici, surtout avec le temps superbe que nous avons depuis plusieurs jours. En arrivant, couché Anne en vitesse, puis procédé à l’installation qui a été vite faite, c’est tout de même agréable de pouvoir se retrouver ainsi tout de suite chez soi. Ce matin, dès la première heure, battu le rappel des ouvriers, j’ai tout de même réussi à avoir le plombier aujourd’hui, le peintre doit venir demain ; il faudra aussi le menuisier et l’électricien, mais je pense qu’ils auront vite fait. Jacques et Maman arrivent demain soir. Nous passerons la journée de dimanche ici et repartiront lundi matin. J’aurais aimé passer ici la journée de lundi, c’est le 22ème anniversaire de nos fiançailles qui avaient eu lieu ici, mais Jacques ne peut pas, Jean, d’ailleurs, part lundi soir pour Paris et il lui faut préparer son départ. Je suis allée de bonne heure au marché, fait quelques courses urgentes et suis allée un moment à la plage ; Anne étai ravie ; son grand chapeau la protège bien du soleil et Thérèse l’avait sérieusement pommadée. Les garçons se sont baignés et bien amusés seulement il faisait vers midi une chaleur vraiment tropicale. Tantôt, suis restée ici à cause du plombier, ne suis sortie que vers 4 heures et demie. A partir de 10 heures, il faisait délicieusement bon, maintenant les petits sont couchés. J’espère que ce court séjour fera du bien à Anne, dont la petite maladie s’est prolongée plus que nous n’avions cru. Samedi, elle paraissait très bien, je l’avais même laissée pour aller à la Bardinière voir Thérèse Brochard, je suis même tombée là-bas presque pour assister à la naissance, un bébé était venu et un autre est arrivé peu après, malheureusement le second était mort. Quand je suis arrivée, les filles et Jean étaient arrivés, Yves est arrivé le soir par le car. Dimanche matin, Anne avait 37°2 et paraissait bien, Thérèse l’a levée un peu avant déjeuner ; les Granger et Maman étaient là, nous avions des palourdes, un gigot et une glace très réussie. Anne paraissait si bien que je l’ai laissée à Maman pour aller à la Maldemée, où nous avons fait, ainsi qu’à la Côtrelière, nos visites traditionnelles, seulement, le soir, elle avait 38°3, le lundi matin 39° et elle nous a fait une belle petite rechute de son embarras gastrique ; cela n’a d’ailleurs pas duré, puisque mardi elle allait beaucoup mieux et nous avons pu préparer notre départ ; elle a d’ailleurs repris tout son entrain et son appétit.

Lundi après-midi, visite du ménage Joseph Baron et de leur fille ; après, nous avons eu Armand, Suzanne et Michel, ainsi que Madeleine ; il aurait fallu être partout à la fois. Mardi matin, messe de mariage ; l’après-midi, départ des Granger, après quoi, il a fallu aller un moment à la noce. Mercredi, une journée très dure pour arriver à tout terminer ; j’étais à bout de nerfs le soir ; les filles sont parties hier matin.

Dimanche matin 1er juin

Jacques est parti se promener avec les enfants ; j’ai tout mis en ordre, préparé les légumes du déjeuner et du dîner, maintenant j’ai un moment de repos avant de me mettre à faire cuire le veau et les petits pois. Le temps qui était radieux ce matin, se couvre… Sommes allés à la messe de sept heures, c’est aujourd’hui la Communion Solennelle, et l’église aurait été encombrée pour la messe de huit heures qui est la messe de Communion… Hier, suis allée au marché, e en même temps j’ai relancé le menuisier et l’électricien qui ne venaient pas. Enfin tous se sont décidés, et nous avons pu faire ce qui était prévu. La chambre de Jacqueline est tapissée, le plancher du cabinet de toilettes réparé, le plombier a démonté le chauffe-eau qui pendait de partout et a placé la cheminée prussienne ; je crois que pour lui nous en avons fini, à moins que nous puissions faire réparer le chauffe-eau à gaz ou en avoir un électrique, ce à quoi je tiendrais beaucoup. L’électricien a fait hier soir une petite réparation urgente dans la chambre des garçons. Il n’y a plus que les cabinets de toilettes à peindre et la maison sera à peu près à l’ordre. J’en ai tellement assez de relancer les ouvriers ! Suis allée sur la plage un peu hier matin retrouver les enfants ; il faisait un temps bizarre et brumeux puis, il s’est mis à pleuvoir, j’ai rentré Anne en vitesse, il était temps, la pluie a forcé, puis le temps s’est éclairci… Après déjeuner, j’ai voulu mener Anne à la plage, mais nous avons du rentrer, tant la mer était forte et le vent violent. Ne suis pas sortie ensuite, j’avais d’ailleurs pas mal à voir avec les ouvriers, mais Thérèse a promené Anne et les garçons sont allés à la grande jetée. Jacques est venu hier soir, mais Maman ne s’est pas décidée à l’accompagner.

Avancé mon tricot, j’aurai bientôt terminé une paire de socquettes à Geneviève, mais j’en ai d’autres à réparer aux deux filles. Il faudrait que je fasse pour Anne, des petites culottes bouffantes pour la plage, des chandails pour les garçons et des maillots de bains pour les filles.

Jeudi 5 juin

Il pleut à verse ce soir, alors qu’il faisait si beau la semaine dernière alors que nous arrivions aux Sables ; ce soir, cela ne me dirait rien d’y partir… Dimanche après-midi, sommes allés à Cayola, et, assis sur les rochers – ou les galets – avons attendu la mer à descendre après quoi, Jacques et Pierre ont pêché quelques crabes, quelques crevettes et une petite assiette de berniques. Il faisait très bon, j’ai pu lire et écrire un peu – bien mal – Sommes rentrés pour dîner, Thérèse était déjà là et avait tout préparé. Lundi matin, nous avons tout mis en ordre et sommes partis vers le milieu de la matinée ; passé une heure à Aizenay, où il y avait la foire, en ai profité pour voir M. le Curé et lui parler de la Ligue, qui ne va guère. Etions ici pour déjeuner ; il faisait très chaud, après avoir rangé, suis allée chez Maman, puis il a fallu préparer le départ de Jean qui prenait le train vers 6 heures et quart. Quand viendra-t-il et dans quelles conditions ? Mardi, courses le matin, il faut organiser la garde-robe d’Anne pour les jours chauds. Après-midi à La Roche, vu Yves, fait quelques courses et suis rentrée tricoter dans un jardin. Hier, après-midi assez pénible, il fallait faire pas mal de visites pour l’organisation de la Fête des Mères, le 22 juin, aussi suis allée chez M. le Curé et dans les trois écoles, sans compter quelques autres visites ou courses ; j’étais éreintée en rentrant le soir. Ce matin, pas mal de rangements, suis allée tantôt chez Maman. Les réparations des socquettes s’avancent, encore trois à réparer et je pourrais me mettre aux neuves.

Dimanche matin 8 juin

Semaine très remplie, celle qui vient ne le sera pas moins, d’autant plus qu’il faudra commencer les confitures – cerises et gelée de castilles – aller mardi à La Roche et vendredi à Nantes. Je suis plongée en plein dans la réparation et confection des socquettes… Vendredi réunion de la L. F.A.C., nous étions bien peu nombreuses, je m’efforce pourtant de rendre ces réunions vivantes et intéressantes, mais comment faire pour attirer quelques unes à qui cela pourrait faire du bien ? et faire comprendre à beaucoup que ces réunions sont plus importantes que quantité de choses qui pourraient se remettre. Suis ensuite allée voir Mme Dorion, selon mon habitude. Hier, une visite à Marguerite, passé un petit moment chez Maman, puis suis revenue ici cueillir des roses pour les envoyer par les enfants pour le reposoir de la Jamonière ; il pleuvait presque continuellement, une petite pluie fine, pas froide, mais désagréable… je me presse… j’ai deux lettres très importantes à écrire, des papiers à ranger et surtout des bons à classer pour la préparation de la fête des Mères dans quinze jours.

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 12 juin 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Beaucoup d’occupations, beaucoup de travail, je viens d’écosser des petits pois pendant une partie de la matinée ; au début de la semaine, j’ai fait des confitures – cerises et castilles – hier, les ai couvertes, rangé le linge de la lessive… Je tricote comme une enragée… Lettre de Jean ce matin, il espère avoir son résultat à la fin du mois…

Dimanche matin 15 juin

Si rien ne survient – et il peut survenir tant de choses – dans un mois nous serons en route pour Rome, je suis ravie de ce voyage… d’assister aux fêtes pour la canonisation du Père de Montfort, d’avoir une audience pontificale… Seulement, je ne crois pas encore que cela puisse arriver ; nous avons beau avoir fait préparer nos passeports, les photos pour le visa italien, il en faut six, je ne peux croire encore que cela soit une chose réelle, qui puisse arriver ! Nous serions absents du 16 au 31 juillet ; le grand inconvénient est que les enfants seront tous en vacances, et que je ne sais comment cela se passera sous la surveillance de grand-mère et de Marie ; Yves, en principe, doit aller à Sargeau pour un camp scout, mais que feront les autres ici … Sommes allés à Nantes vendredi, fait quelques courses et vu les filles ; Jacquie doit venir jeudi soir pour rentrer à Nantes dimanche soir à Nantes et passer son examen lundi et mardi. Pour moi, je pense aller la semaine prochaine à Chavagnes en Paillers pour la retraite annuelle, du lundi soir au vendredi matin… En attendant, j’ai beaucoup de travail en perspective, gelée de castilles sans doute demain, et mes tricots qui pressent, il me reste une paire de socquettes à faire, puis je dois préparer des culottes de plage pour Anne, des maillots de bain pour les filles, des slips pour les garçons et j’aurais besoin d’un vêtement de laine blanche pour moi… Deux jours de temps ravissant mardi et mercredi, mais de nouveau le temps est sombre… Anne est un peu enrhumée. Dimanche nous aurons la fête des mères… La grève des chemins de fer est terminée, mais avec toutes ces grèves qui se multiplient, la situation est quelque peu inquiétante. Nous aurons tout à l’heure la seconde procession de la Fête Dieu, si une averse malencontreuse ne survient pas, celle de dimanche dernier était assez suivie et ordonnée, mais la foule ne prie pas ! Il ne faudrait pas que ce soit seulement une pieuse promenade d’un reposoir à l’autre !

Dimanche 22 juin

Pas écrit de toute la semaine tellement je me presse à tricoter, à travailler de tous côtés…. Les fruits me prennent aussi beaucoup de temps. Dimanche dernier, nous avons passé notre après-midi à cueillir des castilles, il y en avait quelques kilos et j’ai fait 26 pots de gelée bien réussie. Mardi, j’ai fait cueillir les cerises de la cour et fait de la confiture mercredi matin… les cerises étaient délicieuses, nous nous sommes régalés, nous avons fait des fars vraiment très bons et une salade de fruits dont tout le monde s’est régalé. Hier matin, six bocaux de conserves de framboises, à la fin de la semaine, il faudra faire de la gelée de groseilles. En attendant, je pars demain pour Chavagnes en Paillers, pour en revenir vendredi matin…. Jacquie est arrivée jeudi soir, se détendre un peu avant son examen, elle passe demain et mardi, et reviendra mercredi sans soute, cela m’inquiète moins que le résultat de Jean, lequel cependant a l’air d’avoir bon moral. Suis allée à La Roche mardi, mais pas vu Yves qui était en promenade ; Jacques l’a vu hier matin, il était bien, et espérait réussir son examen de passage. Anne est toujours ravie d’aller à l’école, seulement elle traîne au retour pour aller reconduire ses petites camarades, elle nous raconte tout ce qu’elle entend. Hier soir, elle a rabâché pendant je ne sais combien de temps « Jésus-Christ est un sacrement » ! malgré les efforts de Pierre pour lui faire réciter quelque chose de correct. Ce matin, nous avons eu la fête des Mères ; trente quatre femmes décorées, tout cela s’est passé très simplement ; le préfet n’ayant pu venir, c’est Jacques qui a dû remettre décorations et diplômes après un petit mot vraiment très bien. Les enfants ont chanté, ont joué ; tout était très réussi et je crois que tous étaient contents. Je recommence à prendre les noms pour une prochaine promotion. Fini hier une culotte de plage pour Anne, vais lui essayer ce soir…

Chavagnes en Paillers – lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 23 juin 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une matinée assez remplie avec des rangements, quelques préparatifs, et mon tricot toujours pressé, après déjeuner, suis allée chez Maman, et sommes partis Jacques et moi vers 5 heures et demie. En arrivant ici, trouvé un groupe très sympathique… je suis délicieusement installée, ma chambre donne sur une cour par derrière, peut-être est-ce le noviciat ? Je regrette un peu la vue étendue sur la campagne que j’avais de l’autre côté… je suis infiniment heureuse de la possibilité de cette retraite… un seul point noir, laisser Jacques pendant quatre jours ; il est si bon et n’a pas cherché à me retenir, il comprend que j’ai besoin de trouver Dieu.

Mercredi matin 25 juin

Bonne journée de retraite hier, je suis arrivée, non sans peine, à mettre en ordre, avant dîner, mes notes de la journée. Je regrette que nous n’ayions pas un peu plus de temps libre à passer dans nos chambres, afin de réfléchir, de prier davantage, s’assimiler les sermons. Par contre, les récréations sont un peu longues, je sais bien qu’elles permettent des prises de contact intéressantes ; il paraît qu’aujourd’hui nous allons aborder les choses pratiques…

Jeudi matin 26

… C’est tout à fait différent des autres retraites que j’aie eues jusqu’ici ; bien qu’il prétende ne nous faire que de la « théologie à l’au de rose », le Père nous fait vivre sur un plan infiniment supérieur et nous ouvre des horizons, pour moi tout au moins, insoupçonnés… Dans l’après-midi, confessions ; j’avais à peine fini que Mme Gaillard est venue me chercher, son mari était là avec deux de ses filles et Jacquie, laquelle, n’avait rien trouvé de mieux que de filer à Montaigu le soir du bachot. Elle devait rentrer au Poiré hier soir. Ni elle, ni Nicole, n’avaient l’air de s’en faire au sujet de leur examen….

Le Poiré, dimanche matin 29

Hier matin au courrier, une lettre de Jean nous annonçant son admissibilité. Il a gagné une première manche, il lui reste maintenant à gagner la seconde et ce ne sera peut-être pas commode. Vendredi soir, j’étais très inquiète, une lettre trouvée en arrivant, nous disait que l’on comptait avoir, officieusement, les résultats jeudi ou vendredi et officiellement samedi, aussi je me demandais si Jean n’allait pas, vendredi soir, nous débarquer du car, tête basse et découragé ! Cette lettre a été un soulagement et une joie pour nous. Je pense que le garçon travaillera maintenant avec un peu plus de cœur à l’ouvrage. Suis rentrée ici vendredi à midi ; le dernier soir à Chavagnes s’est bien passé, nous avons eu une récréation intéressante et gaie. Le lendemain matin, une messe très tôt, après une nuit pénible tant la chaleur était grande, il a même fait un peu d’orage sur le matin ; Après la messe, il a fallu déjeuner en vitesse et hâter le départ. Pris le car à 7 heures quarante, changé aux Quatre Chemins de l’Oie ; nous étions à la Roche un peu après neuf heures. Là, il a fallu faire pas mal de courses, de la rue de Lorraine à Richelieu, puis de là à la rue de Bordeaux, il faisait une chaleur pénible aussi j’étais quelque peu aplatie en arrivant ici ; une bonne douche, après déjeuner m’a fait un peu de bien, mais j’étais vraiment trop lasse, dans l’après-midi, pour faire quelque chose d’intelligent. La journée d’hier a été moins dure, et aujourd’hui, cela va à peu près, quoi que cela ne me dise pas grand-chose d’aller piétiner tantôt à la kermesse ; Enfin, il faut y aller en service commandé ! Naturellement, j’avais emporter un tricot à Chavagnes, mais n’y ait à peu près rien fait, d’ailleurs, le costume de bain commencé pour Jacquie ne me paraissait pas très réussi et je l’ai recommencé hier. Ce qui me donne du temps, c’est que nous n’allons pas sans doute à Rome. M. le ministre des transports refuse aux cars d’autorisation d’aller en Italie, il est à craindre que tout soit raté. C’est une déception, mais je regrette que Jacques ne puisse avoir cette détente qui lui aurait fait du bien.

Dimanche 6 juillet

Depuis mon retour de la retraite, une période relativement pénible, aucune ferveur, aucun élan, des distractions multiples et encombrantes, impossibilité de prier, de réfléchir, de méditer un peu, comme on dit quelquefois « je n’ai pas la tête à çà » et c’est une vrai souffrance… Hier matin, je me suis levée à 5 heures et demie pour expédier Jacquie à 6 heures et demie par le car, mardi ce sera Yves qui partira de bonne heure… Nous ne savons pas encore si nous allons à Rome ou non – ce serait temps ! Mercredi soir l’Abbé Sacré nous faisait dire qu’il y avait encore de l’espoir, mais hier matin une lettre de Bulteau nous dit que, malgré ses démarches, il ne reçoit rien de Paris, nous serons fixés à partir de jeudi pour partir dimanche ! Les Granger s’impatientent et voudraient être fixés, pour organiser leurs vacances ! Ils en ont de bonnes ! Pour nous la question, n’est pas d’organiser nos vacances mais de savoir si nous en aurons ou non ! Les enfants en auront, Jacques prendra aux Sables quelques jours de congé, quant à moi, cette année encore, je ne saurait guère ce que pourraient être des vacances, j’aurais, là-bas comme ici, la direction de la maison… Si nous avions été à Rome, j’aurais laissé tout cela derrière moi… j’aurais passé dix-sept jours entiers avec Jacques….

Pas d’autres nouvelles de Jean, il n’a pas le temps d’écrire ; d’après l’Officiel, il passe son oral le 19… Jacquie a donc échoué à son bachot, ce qui était prévu ; elle n’en est pas particulièrement attristée, mais elle ne croyait tout de même pas avoir une note aussi basse en latin, elle est reparti hier matin pour Nantes, pour le Congrès Eucharistique, Jacques l’a emmenée à Nantes ainsi que Pierre, les cérémonies d’aujourd’hui seront particulièrement belles, mais je ne me suis pas senti le courage d’y aller. Je prierai ici. Tante Denise est d’ailleurs arrivée hier soir et viendra déjeuner avec Maman ; il y a aussi Tachou qui est souvent bien mignonne, et bien assommante quand il faut la faire manger… Yves part le 15 faire un camp à Sanzeau, avec un groupe de scouts ; il en est ravi. Jacquie va à l’île d’Yeu avec un groupe de J.E.C.

Dimanche dernier, kermesse bien réussie, il y avait un très beau défilé, avec cinq ou six chars et les enfants des écoles ; c’était vraiment très bien organisé ; sur le terrain, pas mal de stands, un petit théâtre pas mal réussi, Jacquie servait au salon de thé avec Odile. Je suis rentrée vers 6 heures avec Anne qui en avait assez, moi aussi ! Jacques est rentré vers huit heures après avoir vu beaucoup de monde, bu aussi avec beaucoup de monde, ce qui ne lui vaut rien ! Pierre et Jacquie sont rentrés assez tard, mais enchantés. Lundi après-midi, reçu Mme de Gazeau, sa fille, dont on signait le contrat de mariage, et la belle famille, j’avais une très bonne salade de fruits. Mercredi, sommes allés au mariage, mardi matin, j’étais allée à La Roche pour acheter un cadeau – il n’était que temps – et faire un dernier essayage, Jacques a été content, ma toilette a été réussie et bien dans la note voulue, nous avons eu une très bonne journée, beau temps sans chaleur excessive, beaucoup de monde, un joli cortège, une mariée charmante, un repas très bien organisé, et nous avons eu la chance, à la table où nous avions pris place, de nous trouver avec des gens de connaissance. Sommes rentrés ici vers 6 heures. Jeudi, Jacques a dû aller à La Roche, il comptait aller ensuite aux Sables une partie de l’après-midi mais n’a pu y arriver que le soir. Jacquie était avec lui ; tous deux sont allés à la pêche le lendemain, sans prendre grand-chose, d’ailleurs, et revenus vers la fin de l’après-midi. Passé une journée très pénible tellement j’étais fatiguée ; de plus j’ai voulu prendre connaissance d’une caissette de livres qui venait de nous arriver pour la bibliothèque, j’en ai feuilleté pas mal, pour me rendre compte de leur genre, et suis arrivée à en lire cinq, mais j’étais complètement abrutie ensuite. Suis un peu mieux ces jours-ci, sans que cela soit brillant. Beaucoup de travail toujours, j’ai fait de la gelée de framboises et groseilles, cette semaine, il faudra sans doute faire des conserves de haricots verts et, si nous n’allons pas à Rome, préparer le départ aux Sables. Je tricote actuellement le maillot de bains de Jacquie, mais il faut pas mal tâtonner et défaire ce qui a été fait ; pour celui de Geneviève je serai plus fixée et cela ira beaucoup plus vite. Il faudrait aussi un slip de bains pour Yves, j’ai abandonné – momentanément – un vêtement de laine blanche commencé pour moi. Impossible d’arriver à tout.

Dimanche 13 juillet

Quelques mots seulement. Contre toute espérance, nous partons à Rome demain matin 3 heures et demi légale, la réponse devait nous être donnée jeudi – et rien – vendredi matin, rien, dans l’après-midi Jacques, de La Roche me téléphone que tout espoir était perdu, l’autorisation refusée ; hier matin, surprise, l’autorisation arrivait, depuis, grande bousculade, il faudra tout boucler ce soir et partir de grand matin. Rien de neuf cette semaine, reçu Tante Denise mercredi, quelques jours assez durs, dépression nerveuse… Yves est là depuis mardi, il part après demain pour Sanzeau ; Jacquie part mercredi à l’île d’Yeu et Geneviève jeudi à Saint-Aubin des Ormeaux ; je ne sais pas quand vient Jean. Le Congrès Eucharistique de dimanche a été splendide, les Vendéens étaient en tête, derrière les maires et les conseillers généraux, Jacques est parti aujourd’hui à Challans pour un congrès d’Anciens Combattants – il faut que je me presse.

Nice, mercredi matin 16

Quelques mots très rapides, dans une demi-heure nous partons pour l’Italie. Départ du Poiré lundi matin, un peu après 4 heures, nous nous étions couchés très tard, Jacques étant à un congrès de l’U.N.C. à Challans est rentré vers 10 heures et il y avait beaucoup de choses à faire ensuite. Avons pris du monde à La Roche, à Bournezeau, etc…Vu le soleil se lever à Sainte-Hermine ; à Fontenay, avons retrouvé le car de Cholet, à Niort, pris les Granger qui attendaient depuis une heure et demie. Passé Saintes, jolie vue sur les églises. Passé la Dordogne, puis nous nous sommes arrêtés déjeuner à La Réole. Route le long de la Garonne, très intéressante… traversé Toulouse, sommes allés dîner et coucher à Castelnaudary, il y avait du cassoulet ! Hier, messe, nous avons pas mal d’abbés, Jacques a servi celle de l’abbé Sacré et j’ai répondu à celle de l’abbé Boucher, tant bien que mal ! Repris la route à 8 heures… vue d’un côté sur les derniers contreforts des Pyrénées, de l’autre sur les Cévennes. Vu a passage Carcassonne, puis Narbonne, Béziers, pris ensuite la route de la mer par Agde et Cette… Un arrêt à Montpellier puis déjeuner à Lunel… seconde étape un peu dure, il fallait atteindre Nice le soir, nous y sommes arrivés vers minuit un quart ! Traversé Arles, très abîmé par les bombardements, Aix, Brignoles, puis la nuit est venue, la route était très accidentée… A 7 heures, on a cassé la croûte, puis on a filé, tout le monde chantait pour passer le temps. Rejoint la côte à Saint-Raphaël… le conducteur a peiné dur, il y a eu la traversée d’un petit pont provisoire qui a donné quelques émotions. Enfin tout s’est bien terminé…

Rome samedi 19 juillet

Nous étions prêts à filer mercredi matin, il a fallu attendre quelque peu, Jacques et les autres messieurs étaient allés dans diverses langues changer nos francs pour des lires, et cela a pris toute la matinée. Avons quitté Nice à midi et demie… Arrêt à la frontière, visa des passeports, puis on nous a fait remonter dans le car pour la visite de la douane française, nous avions un repas froid apporté de l’hôtel, mais nous étions trop à l’étroit dans le car, et la chaleur était très forte entres ces hautes murailles rocheuses… enfin, nous avons passé la frontière, mais il a fallu arrêter quelques mètres plus loin pour le visa de la douane italienne. Cependant, nous avons pu nous dégourdir un peu les jambes, mais il a fallu attendre très longtemps les formalités nécessaires pour les deux cars. Il était très tard quand nous sommes partis. Arrêt à Vintimille pour différentes choses encore, tout cela prenait du temps et le pire c’est que nous n’avions pas de chambres retenues pour le soir… Quand la nuit est venue, nos montres avaient été avancées d’une heure, nous avons cherché un gîte, mais tout était plein partout. Dans un petit pays dont je ne me rappelle plus le nom, il y avait foule à notre arrivée ; plusieurs prêtres étaient là ; nos abbés sont descendus, ont lié conversation avec eux, et nous avons même embarqué le « signor cureto » qui a bien voulu nous aider à chercher gîte… ses efforts ont été vains… nous avons donc du filer jusqu’à Savone. Décidés, pour la plupart, à prendre la chose avec bonne humeur, nous avons chanté tout le temps… Nous chantions « la Vendéenne » à 11 heures le soir pendant que la « direction technique » cherchait un gîte. Quelques personnes ont pu être logées… Nous nous mettions à casser la croûte, lorsque l’abbé Boucher est venu nous annoncer qu’il avait trouvé une chambre. Cela nous faisait bien plaisir, mais c’était ennuyeux de laisser le reste de la troupe. Les Granger ont dormi dans le salon de l’hôtel, quant au reste de la troupe, ils se sont contentés des cars et cela a été très gai, la plupart sont restés à l’intérieur et ils ont tant ri qu’ils n’ont pu dormir. Les abbés et les chauffeurs ont dormi sur les cars… Il a fallu se lever tôt, le départ étant fixé à 6 heures et demi. Quand nous sommes descendus, c’était un spectacle tordant… tout le monde faisait sa toilette à une petite fontaine… Enfin, vers 6 heurs, on est parti… Arrêt à Gênes qui est une très belle ville, sommes allés à San Lorenzo, où les abbés ont dit leur messe, puis un excellent petit déjeuner a mis tout le monde en forme, et nous sommes repartis en chantant la Vendéenne. Promenade splendide ensuite…. Il était trois heures quand nous arrivions déjeuner, là nous avions des spaghettis, il a fallu apprendre à les manger et cela nous a bien amusés. La route quitte ensuite la côte ; visité Pise… Il était déjà 7 heures et nous avions encore un bon bout de route, chanté pendant toute cette partie du trajet comme d’habitude, cantiques, chansons, tout y passe… Arrivés à Florence assez tard, dîner et coucher aussitôt. Hier matin, sommes allés, Jacques et moi, assister à la messe de l’abbé Sacré à la cathédrale ; Après le petit déjeuner, visite rapide de la ville, il faudrait bien des jours pour voir tout cela convenablement… Départ de Florence vers 3 heures, arrêt à Sienne…. Nous avons ensuite filé sur Grossetto ; chanté comme d’habitude à la tombée de la nuit. M. l’Abbé Boucher, qui était très en train, a improvisé une chanson qui a fait notre joie, et que nous nous promettons de reprendre et de compléter. Arrivée à Grossetto à 11 heures, dîner, répartition des chambres ; il a fallu se lever à 5 heures et quart, le départ étant fixé à 6 heures et demie ; Nous sommes sortis avec les abbés pour leurs messes, mais la cathédrale… n’était pas encore ouverte, les autels pas préparés, et cela a donné un peu de retard…. Fait nos adieux à la Méditerranée que nous suivions de près ou de loin depuis Agde… Avons guetté ensuite l’apparition du dôme de Saint Pierre, pour le saluer d’un Magnificat. Nous y sommes allés ensuite directement, tout était illuminé, car on faisait les essais de l’illumination du lendemain et c’était splendide. Sommes allés ensuite dans les hôtels, et cela a pris un peu de temps, aussi nous avons déjeuné assez tard…. Demain nous aurons la canonisation, lundi l’audience papale, la visite de la ville ; cela va nous faire quelques jours bien employés.

Dimanche 3 heures et quart

Un peu de repos et d’ailleurs il fait bien trop chaud et il faut respirer un peu… Nous nous sommes couchés tôt hier soir, mais il a fallu nous lever à 5 heures et quart pour déjeuner et partir à 6 heures et quart. Des billets d’entrée étaient distribués à tous les pèlerins, mais Jacqueline et Jean avaient eu, par les mères du Sacré-Cœur, des entrées mieux placées, si bien que nous n’étions pas mal du tout, nous voyions assez bien l’autel et très bien le trône pontifical. C’était une splendeur, la basilique merveilleusement illuminée et pleine de monde, les costumes des gardes suisses…. Cortège magnifique, toute la foule acclamait le Saint-Père… Après la canonisation proprement dite, nous avons eu la messe papale. Enfin, il était midi quand nous sommes sortis. Nous avons eu très chaud pour revenir….

Lundi 21 juillet

Je me presse, nous n’avons guère plus d’une demi-heure … Hier après-midi, à Saint-Paul hors les murs… vu ensuite Sainte Cécile de Trastevere, enfin montés sur le Janicule d’où la vue est si belle dur Rome. Après dîner, nos abbés nous ont emmenés au château Saint-Ange voir les illuminations de Saint Pierre, mais il n’y a pas eu du tout d’illumination, et nous sommes revenus bredouille. Ce matin, une messe de Monseigneur aux catacombes, mais cette messe, qui aurait pu être splendide, a été totalement ratée, gâchée ; on nous a fait chanter le Kirie, le Gloria et le Credo jusqu’au Canon, des cantiques à la Communion, j’ai eu quelque peine à me recueillir et à prier. Visite ensuite des catacombes de Saint Calixte et de Saint Sébastien, très bien chacune dans leur genre, puis de l’église Saint Clément…. Nous sommes rentrés avec plaisir.

Mercredi 23

Je ne sais comment nous arrivons à supporter la chaleur et la fatigue du voyage, mais, si l’on se fatigue vite, on récupère très vite et tout va bien. Pas de soucis, rien qu’à se laisser vivre et, par moments, on s’amuse ferme. Lundi après-midi, réception à l’ambassade ; bien du monde, vu pas mal de Vendéens ; quelques bons verres de citronnade très fraîche et d’excellents petits gâteaux. Ensuite, il a fallu piquer un pas de course au Vatican, cela sous un soleil de feu, si bien que nous sommes arrivés dans un état de déliquescence avancée. Là-bas, une foule inouïe ; l’audience avait lieu dans la salle des bénédictions, cadre splendide mais bousculade affreuse surtout du côté féminin ; J’ai réussi à avancer presque jusqu’au fond, mais je n’ai pu apercevoir qu’un peu le Saint Père, son discours était magnifique, mais nous n’étions guère en état de l’apprécier ; Toutes les bonnes places étaient prises par des Italiennes et cela nous a mis en fureur ; pour nous venger, une fois dans le car, avons entonné sur la place Saint Pierre, une « Vendéenne » bien sentie que nous avons continuée jusqu’à l’hôtel. Hier matin, visite des musées du Vatican… hier après-midi, différente églises : Saint Ignace, le Panthéon…. Ce matin, Saint Pierre aux Liens avec le « Moïse » de Michel-Ange, puis le Forum et le Palatin, le Colisée pour finir….

Assise – jeudi 24 juillet

Quelques mots encore en courant. Hier après-midi, visité les basiliques qui nous restaient à voir : Sainte-Marie Majeure, Saint-Jean de Latran…. Nous sommes couchés très tôt… La messe a été un peu après cinq heures et à sept heures nous quittions Rome. Voyage très agréable…. Les collines d’Ombrie où tout parle de Saint François…. Avant-hier soir, un concert désopilant.

28 juillet

Suis installée sur un banc pendant que les messieurs du car sont à une banque afin de toucher un peu d’argent suisse pour le peu de temps que nous avons à rester dans ce charmant pays. Je reprends à Assise la suite de notre voyage. Passé une après-midi charmante, quoiqu’un peu fatigante, à cause de la chaleur, à parcourir la ville à la recherche des souvenirs de Saint François et de Sainte Claire… Le soir, au dîner, souhaité les fêtes de l’abbé Boucher, de Jacques, de Jacqueline et de m. Guillon, cela a été très gai. Le lendemain matin, messe à la crypte de la basilique Saint François, puis départ. Arrêt à Pérouse pour faire du gaz-oil, puis filé à travers la campagne italienne… Sommes arrivés sur l’Adriatique, à Faro, mer d’un bleu intense mais côte plate, sans intérêt. Il faisait une chaleur plutôt forte et, par malheur, nous sommes installés assez mal pour déjeuner et il y a eu plusieurs incidents. Avons repris la route arrêt à Ravenne pour voir la cathédrale… Arrivée à Venise très tard, trop tard ; la vue des lumières sur la lagune était splendide ; attendu un certain temps, puis embarquement en gondole, ce qui a donné lieu à quelques bons fous rires. Nous sommes partis sur les canaux obscurs, c’était plutôt malodorant, bouffées de parfum peu agréables. Arrivée à l’hôtel plutôt fâcheuse, la salle à manger était petite, l’atmosphère étouffante, il était plus de minuit quand nous avons eu une chambre, et elle était infecte, des cafards y couraient, les moustiques du canal y entraient. Nous aurions dormi sur le matin, mais, dès le jour des ouvriers ont commencé à travailler en face, en faisant grand tapage. Aussitôt levée, suis allée à Saint Marc avec l’abbé Sacré, à qui j’ai répondu la messe. Visité ensuite Saint Marc, le Palais des Doges …. Il faisait une chaleur torride ; l’après-midi suis allée avec Jacqueline jusqu’au Rialto… Le soir sommes allés au Lido – très surfait – mais la promenade en vaporetto a été charmante. Nous sommes couchés de bonne heure… Dimanche matin, partis de bonne heure, suivi le grand canal en vaporetto. Des palais ravissants mais vétustes et sales. Des épluchures, côtes de melon…immondices de toute sorte dans l’eau du canal. Nous avons regagné le car avec plaisir et filé jusqu’à Padoue pour avoir la messe ; c’était un jour de pèlerinage, il y avait foule dans l’église…. Filé ensuite vers Vicence, puis Vérone où nous avons laissé l’abbé Boucher, lequel continuait son voyage en Autriche, premier vide parmi nous.

Déjeuné ce jour-là près du lac de Garde… Filé ensuite vers Milan, mais la chaleur devenait accablante et la température était plutôt cuisante quand nous sommes descendus visiter la cathédrale qui est une merveille. Gagné ensuite les bords du lac Majeur, par Stese jusqu’à Pallauze où nous avons fait étape ; il faisait bon et nous sommes restés tout un moment à causer au bord du lac. Le lendemain, pas eu le temps de faire la promenade aux îles Borromées… Repris la route pour monter au Simplon… Sommes arrivés à la frontière, formalités pour quitter l’Italie puis quelques centaines de mètres plus loin, sommes arrivés en Suisse. Là, il a fallu passer à la désinfection et se faire vaporiser les semelles et les mains, tout cela à cause d’une épidémie de fièvre aphteuse en Italie. Arrêté un peu plus loin, l’eau du radiateur bouillait, tant la montée était rude… Déjeuné en Suisse, accueil charmant et repas agréable dans une salle à manger sympathique, il y avait des petits gâteaux délicieux. Passé ensuite le Simplon… nous sommes arrêtés un peu au col prendre des photos… la descente ensuite a été vertigineuse…. Suivi ensuite la vallée du Rhône, tandis que la nuit tombait, aperçu le Mont Blanc, rose sous le soleil couchant. Arrivée à Saint Gingolph alors qu’il faisait nuit. Bien dormi. Le lendemain, plaisir intense de regarder le Léman… Serions bien restés là quelques jours, l’accueil suisse étant si agréable, le dîner copieux, les petits pains briochés du matin si savoureux. Sommes rentrés en France, avons vu les journaux à la frontière et appris avec étonnement que la chaleur était torride en France et qu’il y avait 41° à Tours et à Poitiers. Suivi le Léman, aperçu Genève de loin, suivi le Rhône jusqu’à Bellegarde, déjeuné à Nantua…visité l’église de Brou, si intéressante et déposé les Granger à la garde de Bourg ; de là, après un arrêt à Mâcon pour du gaz-oil, sommes allés dîner et coucher à Paray-le Monial. Le lendemain…départ de Paray, pour une grande étape, traversé Moulins, Montluçon, la Châtre, déjeuné à Saint Gauthier, traversé Le Blanc, trop vite à mon gré, juste le temps de jeter un regard au cimetière. Arrêt à Poitiers pour la dislocation, le car de Cholet nous quittant, nous avons chanté le chant des Adieux et nos abbés nous ont bénis. Plusieurs arrêts en cours de route, à Fontenay, à Sainte Hermine, débarqué beaucoup de monde à La Roche. A chaque arrêt on entonnait La Vendéenne et on agitait des mouchoirs. Nous étions ici à minuit ; il ne restait plus que quatre passagers dans le car. Les filles sont descendues, nous avons vaguement dîné et causé presque jusqu’à 1 heure.

Jeudi matin, dormi jusqu’à neuf heures, Jacques a dormi jusqu’à midi. Suis allée ensuite voir Maman, Marie qui est un peu souffrante doit se reposer, rentrée au passage chez les Bonnaud, rangé pas mal de choses ; l’après-midi j’étais quelque peu vaseuse ! Beaucoup de travail tous ces jours ci, Marie manque pour bien des choses, j’ai beaucoup à voir ; heureusement, nous partons aux Sables que jeudi soir… Fais plusieurs visites dont je ne pouvais me dispenser…

Vendredi, une agréable visite de Mme de Baudry d’Asson, laquelle m’a longuement raconté l’audience que le Saint Père a accordé à son mari et à elle – je l’envie.

(Pendant ce temps, Pierre et moi étions restés au Poiré avec Thérèse, la nuit, comme nous étions isolés, Thérèse avait organisé un regroupement, elle avait tiré mon lit dans le couloir, près de sa chambre et Pierre dormait dans la chambre du fond)

Les Sables dimanche matin

Une semaine plutôt bousculée, j’ai eu grand peine à arriver à tout ce que je voulais faire, et encore !… Dimanche après-midi… sommes allés avec Jacques voir les Lucas auxquels nous devions une visite depuis le jour de l’an, puis à la Côtrelière… Lundi, préparé bien des choses pour le départ, mais toujours de la cuisine à faire et des rangements, des visites aussi, pas toujours amusantes … mercredi, reçu a déjeuner Oncle Alfred, Tante Jeanne et les Henri ; beaucoup à faire : cuisine, courses, le dîner était très réussi, j’avais une glace au chocolat délicieuse. Jeudi matin, déjeuner chez Maman, par conséquent pas de cuisine à faire, mais j’ai été dérangée par les uns et les autres. Heureusement après déjeuner, il n’y avait qu’à tout installer dans les valises… nous avons pu partir à 5 heures et quart… à peu près tout mis en place pour le dîner. Vendredi, Jacques est parti de bonne heure, j’ai fait des courses toute la matinée. La vie n’est pas plus facile que l’an dernier, il s’en faut. Anne seule a droit à du lait ; il est vrai qu’on peut avoir du lait écrémé, mais le litre que j’ai depuis vendredi a tourné aussitôt, quant à celui d’hier, il était tourné avant d’être distribué. A peu près impossible d’avoir de la glace. Les légumes sont rares, très chers et le poisson inexistant ; la mère Tapissier m’a cédé de la sardine, mais c’est tout ce que j’ai pu avoir jusqu’ici. Jean est arrivé ici vendredi matin avec Auguste, qui a quitté la soutane, grosse peine pour ses parents, pour moi aussi, mais il faut prendre avec soi-même, enfin, il n’a rien à se reprocher ! Hier matin, courses encore, j’ai hâte que les filles soient ici pour faire le marché. Les deux après-midi j’ai pu aller sur la plage, une fois les devoirs de vacances expédiés. Beaucoup de monde et ambiance nettement païenne ; difficile de se recueillir et de prier, je parle le plus possible avec les enfants pour essayer de rester en contact avec eux…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 4 aout 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Temps gris, couvert, un peu froid cet après-midi, cependant nous sommes restés jusqu’au dîner, les enfants se sont bien amusés. Avons retrouvé la famille Denis, à eux tous, ils font une bonne bande. Jacques est venu hier après-midi, parti aussitôt déjeuner, est revenu ce soir, une panne l’ayant arrêté à Saint-Mathurin, il a été obligé de se faire remorquer ici ; il partira demain matin sans doute… Je lis Saint François d’Assise et revis mes souvenirs.

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 5 aout 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les filles sont arrivées ce soir, cela me fait sept enfants à nourrir, et une maisonnée assez lourde. Enfin, elles vont faire le marché, ce qui est une tâche assez pénible, enfin ce matin il y avait du poisson, c’est la première fois que j’en voyais, les légumes sont rares et chers, au Poiré, il ne nous en vient pas, pour la bonne raison qu’il n’y en a pas dans le jardin, les fruits sont très chers aussi, il faut rationner les enfants qui en voudraient davantage. Le prix du pain vient d’augmenter.

Une journée ravissante aujourd’hui… Je suis allée voir Mlle Chalard, causé de mille choses, j’y retournerai…. Denise Clairault est arrivée ce matin, elle semble toute intimidée, cela ne durera sans doute pas. Hélène Denis a l’air d’une bonne petite fille.

Vendredi, fête de l’Assomption

Un besoin intense de prière, et pas moyen de prier ; sommes allés ce matin à la communion de la messe de 8 heures, grande affluence, puis à la grand messe… étions assez mal placés et les chants compliqués savants et peut-être très beaux me laissent à présent assez froide…. Je ne sais pas si je pourrai aller aux Vêpres, il est difficile de laisser les enfants, Yves et Pierre ne sont pas faciles, et les grands ne se font guère obéir. Quelques journées un peu dures, je commence à me sentir lasse… seule à la tête d’une maison assez lourde, sans aide ni compréhension. Mercredi, j’ai fait le marché pour laisser aux filles le temps de ranger leur chambre – ce n’est pas encore fait - .Quelques bons moments à la plage…. Anne est toujours difficile aux repas, et, il faudrait ne pas dîner trop tard. Hier, il a fallu aller quatre fois à la glacière pour avoir quelque chose hier soir, cela devient épuisant. (j’y allais avec Thérèse, il y avait une glacière sur le port) Encore les ouvriers à relancer : l’électricien a un petit travail à faire ; il y a une inondation – pas très forte – à la cave et le plombier ne vient pas. Je suis lasse, lasse de tout cela, et aussi de l’incompréhension des enfants qui me font des critiques ou des reproches pour ceci ou cela…. Pierre est très difficile actuellement. Sommes allés à la bibliothèque hier, le soir sur la plage vu Mme Denis puis Maud et Françoise, nous avons tardé beaucoup trop longtemps… Je ne sais pas quand Jacques vient aujourd’hui. Pas de lait depuis deux jours, même pour Anne ; j’ai pu trouver une grande boite de lait en poudre qui nous dépanne, mais tout cela est très cher….

Dimanche 17 août

Toujours le beau temps, il fait délicieusement bon sur la plage, mais bien chaud à la maison, et bien chaud aussi à faire le marché. Jacques est revenu vendredi soir, assez tard, mais nous a apporté quelques provisions qui aident bien. Pour le moment, il est à la pêche avec tous les enfants, sauf Geneviève, Auguste et Anne, bien entendu, qui sont à la plage. Hier après-midi, sommes allés voir les Renou, puis rejoint les enfants à la plage. Anne a fait hier matin une petite fatigue intestinale, laquelle a l’air arrangée….

Mercredi 20 août

Première journée de pluie depuis que nous sommes là ; il y a eu ce matin un orage ou plutôt plusieurs orages ; depuis il pleut à chaque instant et on ne peut aller sur la plage. Hier, une journée terriblement chaude…. Suis allée voir Mlle Chalard puis ma course habituelle à la glacière.

Dimanche 24 août

Pas écrit tous ces jours-ci, mes journées sont plutôt pleines… Depuis hier soir, la maison est plus pleine que jamais, Jacques est arrivé pour dîner, emmenant Maman et Jacqueline, qui resteront ici jusqu’à notre départ. Il a fallu faire des combinaisons pour arriver à caser tout le monde. Enfin Jean est logé avec Yves et Pierre en supplément dans la chambre de ses sœurs ; cela marche à peu près bien…Auguste est parti mercredi soir. Jeudi, temps encore assez douteux, sommes allés à la plage, mais il y a eu des averses. Vendredi, il faisait meilleur, et, depuis hier le beau temps a l’air revenu. Jacques est parti dès ce matin, pour assister, à Saligny, à une remise de décoration au maire, puis au banquet qui suivra et à la kermesse ; il reviendra ce soir, pour partir dès demain. Je cours toujours après les ouvriers qui ne viennent pas…

Jeudi soir 28

Jacquie se plaignait depuis lundi d’une piqûre - ou soi-disant – à une cuisse. Mardi, cela n’allait pas mal, mais hier matin, elle souffrait beaucoup et pouvait à peine marcher, je l’ai emmenée chez un pharmacien qui a prescrit des pansements humides, hier soir, un peu de fièvre, manque d’appétit ; j’ai demandé à Benjamin de venir ; il croit à un très gros furoncle – en attendant la pauvre fille doit rester allongée et trouve le temps bien long pendant que les autres sont à la plage….

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 1 septembre 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacquie est mieux, d’ici deux jours, elle pourra recommencer à sortir, seulement c’en est fait des bains et des parties de volley… La Semaine de Suzette que Tante Canette lui a apportée la console cependant un peu.

Rien de nouveau à la fin de la semaine, Jacques est arrivé vendredi soir, pour aller à la pêche samedi matin. Hier matin, assisté à la messe de 8 heures et fait au plus vite nos préparatifs de départ pour Nantes. Pris la route à 8 heures et demi ; nous étions bien un peu tassés dans l’auto, Jacquie était devant pour étendre sa jambe, mais tout allait bien… quand un pneu a crevé à 3 km des Sables. Mis la roue de secours et décidé de passer par Le Poiré, prendre une roue de rechange, mais… crevé de nouveau à 4 km du Poiré, à peu près en face de La Clopière, Jean a pris un vélo chez Lucie et a filé au poiré pour nous dépanner, il est revenu peu de temps après avec une roue appartenant à Lucien Martineau – tout s’arrangeait donc - . Sommes passés à la maison et pris la route des Lucs, seulement, un km après Saint Philbert du Bouaine, encore la même roue à plat ! Jacques et Jean sont partis voir s’ils trouvaient un mécanicien qui veuille réparer, ils ont eu la chance d’en trouver un ; seulement, il a fallu rouler les pneus malades jusqu’au garage, et ce n’a pas été un petit travail. Pendant ce temps, l’heure s’avançait, et nous sommes arrivés à Nantes très tard. Pour comble de bonheur, il a fallu refaire le pansement de Jacquie, si bien que nous nous sommes mis à table à 2 heures et demie. Nous avions un très joli déjeuner, et le gâteau des 80 ans de grand-mère Dugast. Après cela, on a causé, regardé des photos et le temps a passé bien vite. Partis de Nantes vers 7 heures, fait le trajet sans ennuis. Le temps de passer au Poiré prendre du ravitaillement, il était dix heures quand nous sommes arrivés….

Dimanche matin 7 septembre

Encore une semaine passée et c’est notre dernière ici, puisque nous partons après-demain ; ces vacances ont été vite passées et, en rentrant, il va falloir retrouver une activité plus intense… Ici, je me suis bien reposée cette année… je regrette les stations sur la plage… mais je serai contente de retrouver Jacques au moins chaque soir. Rien de nouveau cette semaine, suis allée voir Mlle Chalard mardi, elle a besoin de visites et d’affection. Jean Granger est arrivé jeudi matin, il est reparti hier matin emmenant Jacqueline et Maman. Le furoncle de Jacquie n’est pas tout à fait guéri, mais il s’en faut de peu ; le temps est moins beau, il a plu ce matin, cependant le ciel s’est un peu dégagé, Jacques est sorti avec les enfants…

Le Poiré mercredi matin 10

Arrivés hier soir pour dîner, rien n’est en place, je me demande par quel bout m’y prendre pour ranger, d’autant plus que nous allons aujourd’hui à un mariage à Logerie et que je n’aurai pas grand temps avant de partir…

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 12 septembre 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le plus gros du travail d’installation est fait, la maison est en ordre… Il me faut maintenant m’atteler à la révision des trousseaux des pensionnaires… Rien que pour Yves j’entrevois déjà beaucoup à faire. Suis allée à l’Hermière voir la nouvelle venue il y a huit jours ; j’ai trouvé moyen de me faire une ampoule qui me gêne bien pour marcher aujourd’hui

Dimanche 24 septembre

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 24 septembre 1947 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

J’ai pu arriver aujourd’hui à ce que je n’avais pas fait depuis longtemps, j’ai rangé le bureau, c’est-à-dire que j’ai mis mes livres en place, rangé certains papiers et opéré sur mon bureau même un sérieux travail de déblayage… Jacques et les tois aînés sont à une vente à Saint Denis La Chevasse, chez la mère de Léon Gourraud ; les enfants doivent servir de secrétaires et comptables à leur papa – Yves et Pierre sont à la pêche et Anne chez grand-mère. J’y ai déjeuné aujourd’hui avec Oncle Alfred et Tante Jeanne, arrivés hier, puis suis allée aux Vêpres, et enfin j’ai cet après-midi de travail et de paix, loin de ces petites parlottes inutiles, surtout lorsqu’on ne peut pas tricoter en causant. Je commence à voir ce qu’il faut pour Geneviève et Yves…. Jacquie voudrait revoir Nicole Gaillard et Geneviève les petites Crochet. Il faut que j’organise pour Yves un blouson et des chemises, il a terriblement grandi et tout est trop petit… d’ici quinze jours, il va falloir travailler sérieusement… J’ai aussi des tas de projets pour mes dimanches après-midi, quand cela sera possible ; je voudrais écrire en détail le récit de notre voyage en Italie, en collaboration avec Jacques ; je continuerai ensuite mes souvenirs de la maison du Blanc, commencés l’hiver dernier ; j’ai également à mettre au net des notes prises sur le protestantisme…. Il faut que je voie au plus tôt M. le Curé pour réveiller la Ligue de son sommeil estival et relancer bien des choses. En attendant, les élections municipales doivent avoir lieu le mois prochain, les préliminaires sont commencés, d’où surcroît de travail, de préoccupations et d’ennuis pour Jacques, certains veulent faire de la politique, et dresser ainsi les uns contre les autres, alors qu’il vaudrait tellement mieux que tous cherchent à s’entendre ! Le ravitaillement n’est pas tout commode ici, et, le lait à part, je regrette le marché des Sables ; les légumes étaient plutôt chers, mais enfin il y en avait, alors qu’ici nous n’avons pas de haricots verts, des carottes grosses comme le petit doigt et des pommes de terre grosses comme des noisettes. L’hiver promet d’être plutôt dur. Demain, Jacques et moi remercierons Dieu de nos vingt deux ans de bonheur.

Dimanche 21 septembre

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1947-09-24). Texte conservé tel quel.

Semaine bien remplie, beaucoup d’occupations, beaucoup de dérangements aussi, si bien que je suis loin d’arriver à ce que j’aurais voulu faire… Lundi, suis allée à la réquisition des laines à Aizenay ce qui a pris une grande partie de mon après-midi. Suis allée ensuite un peu chez maman. Mardi, nous devions nous absenter, mais Jacques ne pouvait pas, le voyage est remis à cette semaine ( !). Le matin, j’ai fait de la confiture avec des pêches et des pommes, l’après-midi, suis allée encore chez Maman, Oncle Alfred et Tante Jeanne partent le lendemain. Mercredi, sommes allés à Remouillé voir Tante Alice Dugast ; passé quelques instants à Montaigu voir les Denis. Anne s’est à peu près bien comportée. Jeudi après-midi à la Roche. Vendredi, suis allée voir Marguerite et goûté chez Maman. Hier, passé mon après-midi à faire cuire des tranches de thon pour les mettre en conserve ce qui sera bien pratique cet hiver. Aujourd’hui j’ai à écrire, je vais mettre le thon en bocaux… demain, il faudra reprendre le tricot. J’ai fait seulement le dos du chandail de Geneviève et j’ai commencé à lui réparer une culotte, il faut en reprendre trois… Toujours pas de nouvelles du concours de Jean, je trouve cela bien long. Jacques a beaucoup d’ennuis pour l’organisation de sa liste – par moments il aurait envie de tout abandonner, mais ce serait une désertion, et, après ces années difficiles, pendant lesquelles il a tenu la mairie parmi tant de difficultés, je comprends qu’il se soit attaché à ce travail, qui lui permet de faire du bien. Que Dieu nous vienne en aide.

Jeudi soir 25

Joie ce matin – en arrivant au marché, ai appris par Anne Péchereau le succès de Jean, annoncé par « Ouest-France » - le garçon doit rejoindre Coëtquidan à partir du 18 octobre, mais quelle direction ensuite ?… D’ici le départ, il va me falloir résoudre quelques problèmes vestimentaires. Jean occupe le n° 30 sur 311 reçus.

Quelques jours de grosse fatigue ; hier pouvais à peine travailler, et pourtant ! Mardi, voyage à Nantes, pas mal couru pour peu de choses. Beaucoup de peine à prier aux messes du matin.

Dimanche matin 28

Sommes allés ce matin à la messe de 9 heures, ce que je n’aime guère, Jacques étant obligé de partir très tôt pour une vente mobilière ; nous allons déjeuner vers midi et j’espère bien avoir une grande après-midi pour écrire… Après les Vêpres, les petits iront chez leur grand-mère… Passé plusieurs jours plutôt bousculés avec les préparatifs de la rentrée ; Geneviève ne rentre que mardi soir, mais Jacques étant pris ce jour-là par une réunion du Conseil général, il va nous conduire demain après-midi à Nantes avec les bagages. Je reviendrai mardi soir seulement, et il faudra, mercredi matin, faire les valises d’Yves pour le rentrer mercredi après-midi. Jacquie part jeudi soir pour passer son examen vendredi. Quant à Jean, il doit être appelé à partir du 28, et je ne sais où il ira…. Bien des choses ne sont pas prêtes pour les départs et j’en aurai beaucoup à faire ensuite… Jean part sans doute mardi à Paris pour chercher sa malle.

Dimanche matin 5 octobre

Jacques et les deux grands viennent de partir pour Saint Laurent, avec une voiture bien bondée pour assister à une journée en faveur des écoles libres, ils auront beau….Je me presse, je n’ai guère que demi-heure à moi, puis il faudra aller faire une réunion d’A. C., celle-ci, spéciale, pour les dizainières ; nous avons eu un cercle d’études vendredi, mais nous étions bien peu nombreuses… Semaine très remplie ; lundi matin, j’ai préparé les valises de Geneviève ; nous sommes partis après déjeuner avec Jacquie, laquelle est rentrée le soir avec son papa, et Jean, qui a pris le train le lendemain pour Paris. Lundi soir, avons pu faire à Chavagnes nos visites obligatoires, si bien que la journée de mardi a été libre pour les courses à faire en ville. Bien peu de choses de nouveau dans les magasins ; on se croirait, à voir les rayons vides, aux pires jours de la guerre ; j’ai eu bien du mal à trouver un petit coupon pour faire un manteau à Anne. Geneviève est venue me conduire au car, et a dû rentrer tranquillement ensuite. Mercredi matin, fait les valises d’Yves ; Jacques était pris ce jour-là par le Conseil général, mais il a pu se libérer pour venir déjeuner ici, et nous emmenés avec les bagages pour nous déposer à Richelieu et filer ensuite à la Préfecture. J’ai fait avec Yves ses visites et son installation, nous avons fait quelques courses en ville et il était l’heure de partir ; nous avons laissé un garçon très gai et en de bonnes dispositions. Jeudi, il a fallu que, après toutes ces journées d’absence, je reprenne la maison en main, je range et trie les fruits, range le linge de la lessive… Jacquie est arrivée hier soir, après avoir passé son examen vendredi et la visite médicale hier matin ; nous aurons le résultat jeudi, et serons fixés sur la date de sa rentrée. Jean est arrivé lui aussi hier soir, directement de Paris, il a ramené sa malle, fait une tournée de famille et vu Daniel Boutelier ; il paraissait tout gai et content ; dans quinze jours, il sera parti. Dans quinze jours aussi, ce seront les élections… pour Jacques, après bien des choses désagréables, sa liste est tout de même composée, qu’en sera-t-il ensuite ? En attendant, je vais aux Sables sans doute mercredi et jeudi pour quelques petites réparations ; peut-être Jean et Jacquie viendront-ils ?… Aline attend son n° 5 pour décembre, Marie-France, son n°4 pour Mars. Tante Denise part après-demain pour New York.

Dimanche matin 12 octobre

Une semaine bien remplie, et celle qui vient ne le sera pas beaucoup moins ; heureusement, j’ai eu dimanche une après-midi tranquille et assez reposante, les enfants et Jacques étant à Saint-Laurent, il paraît d’ailleurs que la manifestation a été splendide ; seulement, l’auto a eu beaucoup de peine à ramener son monde jusqu’ici, et, il lui faut maintenant une réparation sérieuse. La réunion des dizainières de dimanche n’a pas été mal du tout ; il est venu du monde et les femmes ont l’air intéressé… Je suis revenue ici chercher Anne pour l’emmener à la grand messe ; aussitôt après le déjeuner puis les Vêpres ; j’étais contente de me retrouver seule ici…Jacques et Jean s’en vont pour la troisième fois à la vente du Bois, encore un dimanche où il sera bien pris et dimanche prochain, ce sera certainement pires, puisque ce seront les élections…

Lundi, je suis restée ici, c’est-à-dire que je suis allée chez Maman un moment l’après-midi. Mardi matin, suis partie pour Les Sables à 7 heures et demie, beaucoup à faire là-bas, j’ai relancé les ouvriers, parcouru les agences, mis des choses en place, fait la cuisine et réglé la location d’une partie de la maison ; l’après-midi, suis allée voir Mlle Chalard, que j’ai trouvée mieux portante ; il faisait un temps superbe ; j’ai fait l’aller et retour en coupant à travers la plage. Jean et Jacquie se sont baignés deux fois ce jour-là ; le lendemain, temps moins beau et plus froid… sommes arrivés ici le soir par le car. Jeudi matin nous avons appris par téléphone que Jacquie était reçue à son école, aussi il y a eu une belle bousculade toute la matinée pour préparer ses affaires, d’autant plus que nous allions l’après-midi au Boupère chez les Michaud ; goûté confortablement, il y avait des petits pots de crème au chocolat absolument exquis ; sommes allés voir l’église, qui est ancienne et curieuse… sommes partis tard, pour arriver ici vers neuf heures. Anne s’est conduite convenablement, elle n’a pas fait sa petite sauvage, et ne s’est endormie qu’au retour. Vendredi matin, mis bien des choses en ordre ; je comptais rester ici l’après-midi, et tricoter tranquillement, mais il y avait une pêche au Marais et Jacques désirait que je l’accompagne, cela m’a passé une grande après-midi, puisque nous sommes arrivés ici vers huit heures et demie chargés de 150 kilos de poisson. Passé une après-midi agréable dans le calme du marais… Hier matin, fait la répartition des poissons, puis cuisiné une partie de la matinée ; j’ai mis deux meuils à mariner et préparé une matelote d’anguilles que nous mangerons un de ces jours. Passé pas mal de temps à m’occuper de la vente de charité qui aura lieu à La Roche au profit du Secours catholique ; les jeunes filles ont collecté des pommes de terre, oignons, haricots, fruits, si bien que j’ai pu expédier un bel envoi hier à La Roche. J’irai demain… Mardi, il faudra que j’aille aux Sables et mercredi que je retourne à La Roche ; seulement je ne sais pas comment je vais faire, Anne n’est pas bien aujourd’hui, elle fait de l’embarras gastrique … elle se plaint du ventre ; je l’ai couchée au milieu du déjeuner, elle a l’air de moins souffrir maintenant… Jacquie est partie vendredi matin par le car, très chargés, avec sa bicyclette, une valise et son sac à dos ; Jean doit aller à Nantes demain et nous aurons des nouvelles. Jean nous quitte vendredi ou samedi ; ce matin, il a reçu des camarades de sa classe et ils ont bu ensemble….

Les Sables, mardi 14

Suis venue passer la journée ici, avec Jacques qui avait une réunion de la Chambre des notaires. Jean est venu avec nous, j’ai fait un petit repas rapide et nous avons déjeuné tous deux. Rangé pas mal de petites choses ici et tricoté ; cela m’a fait du bien, j’avais hier une journée assez dure à La Roche et j’étais lasse. Hier matin, à la Maison des œuvres, une conférence très intéressante sur les bibliothèques…. Suis allée ensuite à Richelieu voir Yves, puis faire un tour de la vente de charité, où il n’est pas venu beaucoup de monde… Demain, je retourne à La Roche.

Dimanche 19 octobre

Aujourd’hui les élections, ou tout du moins le premier tour, puisqu’il est à craindre qu’il y ait ballottage ; pour nous, journée pénible, dans l’attente du résultat, qui ne sera connu que très tard ce soir. Quarante six noms à pointer pour le département ! et quel sera le résultat ? Jacques est très calme… il a fait son devoir, et tout remis maintenant entre les mains de la Providence ; je le crois soumis à l’avance à tout ce qui peut arriver, même à se voir rejeté par une commune pour laquelle il s’est tant donné de mal. En attendant, il est près de six heures et il vient juste de prendre son petit déjeuner ; je n’ose penser à l’heure des autres repas. Jean nous a quitté vendredi matin, il avait espéré ne partir que vendredi soir, ou même hier matin, mais de quel côté nous nous soyions pris, il a été impossible d’avoir des renseignements précis sur la façon d’arriver à Coëtquidan, aussi, ne sachant plus comment faire, il est parti vers 11 heures, afin d’arriver à Rennes vers quatre heures et de se débrouiller pour arriver hier soir à destination avant l’heure indiquée. Je suppose que ce soir là, seul à Rennes, où il ne connaissait personne, a dû être un peu dur ; nous recevions hier matin une lettre de l’abbé Coupet, lequel est de nouveau à Ploermel, il paraît que ce n’est qu’à 20 km de Coëtquidan, et que les communications sont faciles. Je pense qu’aujourd’hui le garçon aura retrouvé ses camarades et que tout ira bien… Mercredi passé de nouveau la journée à la Roche ; conférences très intéressantes sur le service d’Education familiale… Jeudi, j’ai eu beaucoup à faire et ne suis pas sortie, que très peu. Vendredi, n’ai pas bougé et avancé sérieusement mon ouvrage… Hier, fait quelques visites et six pots de confiture de figues ; cette semaine il me faudrait faire de al gelée de coings.

Mardi – 21

Dimanche, journée calme – pour moi – pas pour Jacques qui l’a passée à la mairie ; il a tout de même pu déjeuner avec nous et venir goûter un peu après cinq heures. Après dîner, suis allée aux nouvelles ; le dépouillement s’opérait, il y en avait pour longtemps encore, mais les pronostics étaient favorables. Suis retournée à 10 heures et demie ; deux tables avaient donné leurs résultats – excellents – la troisième table n’a pas tardé – le succès se dessinait très net – les cinq autres tables ont beaucoup tardé, si bien qu’il était presque deux heures du matin lorsqu’on a donné les résultats définitifs. Jacques passait avec une grosse majorité avec seize de ses colistiers ; Michaud échouait faute de six voix, seul Guy Herbreteau arrivait à passer, que va faire Michaud pour dimanche ? Il y a encore cinq sièges à pourvoir. Nous sommes tous bien contents, mais ne pouvons compter à l’avance sur un tel succès. Hier les langues ont marché ferme. (Ah, Michaud, il venait à l’étude pour discuter, et se disputer, cela mettait Papa dans un état de rage, il l’a même mis à la porte une fois) Ce matin, lettre de Jean ; il a fait bon voyage, mais aurait pu partir 24 heurs plus tard. Il doit être équipé aujourd’hui. Je me presse, nous faisons de la gelée de coings.

Dimanche 26 octobre

Seconde journée d’élections. Jacques vient de prendre son petit déjeuner, il retourne maintenant à la mairie et nous ne le verrons guère de la journée. Que donnera ce second scrutin ? Michaud a eu l’aplomb de se représenter, après l’échec de dimanche dernier, il aurait dû comprendre que la commune ne coulait pas de lui, mais pour un politicien enragé, ces choses-là ne comptent pas, au contraire, il a battu la campagne plus que jamais cette semaine ; peut-être réussira-t-il à passer vue la propagande qu’il a faite ; en tous cas, il n’aura jamais la majorité au conseil municipal, et c’est déjà énorme. Je voudrais que tout cela soit passé… Il fait froid, une flambée ferait beaucoup de bien, seulement je ne voudrais pas, si possible, allumer avant la Toussaint ; une fois qu’on a pris l’habitude du feu, on peut difficilement s’en passer, et nous n’avons pas assez de bois pour passer notre hiver. Suis très enrhumée du cerveau et passablement patraque ; les deux dernières journées ont été dures avec en plus des maux de reins assez pénibles, j’aurais aimé m’installer au coin du feu – si feu il y avait – et n’en plus bouger, mais il m’a fallu, au contraire, circuler une bonne partie de chaque après-midi ; heureusement, chacun de ces soirs, une tasse de thé préparée par Maman, m’a fait grand bien. Mardi, fait ma gelée de coings – trente pots bien réussis – les ai couverts mercredi. L’après-midi, vu M. le Curé pour différentes questions d’A. C.. Jeudi matin, conduit Pierre chez dentiste qui lui a extrait deux dents cariées, il faudrait en enlever deux autres, l’après-midi passé une heure avec Jacques à La Roche ; en sortant de la Maison des Œuvres, rencontré Bulteau avec qui nous avons évoqués les souvenirs d’il y a trois mois. Suis allée ensuite chez Maman, puis chez Mme Baron et au cimetière ; Beaucoup de pluie ce jour-là, cela a fait du bien, mais il en faudrait d’autre sans tarder et surtout pas de froid. Vais tout à l’heure assister à la grand messe avec Pierre ; Jacques est allé à la première messe ; depuis peu sont parues des dispenses concernant le jeune eucharistique – on peut, maintenant absorber du liquide avant de communier – si l’on habite à plus de trois kilomètres de l’église ou si l’on communie après dix heures, aussi pour moi, il ne peut être question de communier qu’à la grand messe, c’est ce que j’ai fait dimanche dernier et cela ne m’a pas gênée de n’avoir absorbé le matin que ma tasse de café au lait. Une grand-messe n’est plus maintenant une messe tronquée ! Je tricote toujours avec ardeur, ai à peu près fini le chandail d’uniforme de Geneviève mais les chaussettes n’avancent guère.

Dimanche 29

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 29 octobre 1947 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Les enfants sont en vacances, pas tous, puisque Jean n’est pas là ; je sais bien que les autres années il ne venait pas de Paris pour si peu de temps, mais, cette année, nous ne savons même pas où il est, une lettre reçue mardi nous dit qu’ils devaient quitter Coëtquidan vendredi, sans doute ne savaient-ils pas quelle destination… Geneviève est arrivée jeudi dans l’après-midi, Yves, vendredi matin et Jacquie vendredi soir, les filles partent mardi matin et Yves mercredi matin, ça sera court. Hier matin, nous sommes allés au cimetière, nous y retournerons ce soir, les Vêpres des morts ayant été retardées à cause du dimanche, puis ce sera le chemin de croix comme chaque année et demain, l’office des morts. Il fait un temps gris pas trop froid, heureusement… la semaine dernière, nous avons eu quelques jours vraiment durs, je ne cessais de grelotter, à plusieurs reprises, j’ai été obligée de ma réfugier à la cuisine pour profiter de la chaleur du fourneau. Nous n’avons pas de bois pour notre hiver, et ne pouvons trouver les poëles à charbon qui nous seraient nécessaires, si nous avions assez de combustible….

Dimanche les élections ont été franchement mauvaises ; toute la liste de Michaud est passée ; un pareil revirement ne s’explique pas très bien, et Jacques était si fâché qu’il parlait de tout abandonner ; réellement la chose n’était pas possible vis-à-vis des autres conseillers, aussi, par devoir, il a repris du collier. L’élection du maire a eu lieu vendredi soir, il y a eu 22 voix sur 23, l’élection des adjoints aussi a eu lieu sans difficulté, mais pour les commissions, il y a eu des tiraillements avec le leader de la liste adverse, et sans doute en sera-t-il souvent ainsi. Hier, sommes allés au cinéma voir un film de guerre « Jericho » très bien rendu et si poignant que j’en suis sortie bouleversée, toutes ces choses sont encore si près de nous. Rien de nouveau à part cela cette semaine… j’ai tricoté comme une enragée à confectionner un empiècement au tricot pour une petite robe à Anne ; c’est assez pénible parce que très absorbant, d’ailleurs je me pressais pour m’en débarrasser ; j’ai un peu avancé les chaussettes de Geneviève, mais j’en suis seulement à la troisième paire, il en faudrait quatre ou cinq….Le ravitaillement devient de plus en plus dur ; plus de lait, sinon pour les enfants, nous n’aurons strictement droit qu’au demi-litre d’Anne, en admettant que nous l’ayions ; le beurre est de plus en plus rare ; les menus demeurent de plus en plus compliqués à établir, en raison de la pénurie de légumes, nous n’avons que peu de carottes et elles ne sont guère grosses ; heureusement nous avons acheté pas mal de pommes de terre et nous en mangeons de gros plats à chaque repas – aurons-nous seulement assez de pain ? Il est à croire que l’hiver sera très dur.

Samedi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 1 novembre 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Reçu mercredi une lettre de Jean, il est à Mutzig, à quinze ou vingt kilomètres de Strasbourg ; j’ai hâte d’avoir quelques détails sur sa vie là-bas, s’il daigne m’en donner. Beau temps depuis deux jours, un peu de gelée le matin, un soleil radieux l’après-midi. La question du lait devient de plus en plus tendue.

Dimanche 9 novembre

Brouillard épais, plutôt froid ; tout à l’heure aura lieu au Monument aux Morts la cérémonie du souvenir ; je n’y emmènerai pas Anne, elle nous a inquiété mercredi avec des douleurs à une oreille ; le docteur n’a d’ailleurs rien trouvé de grave et la chose n’a pas duré longtemps, sans doute à cause d’un rhume, mais il vaut mieux que cela ne récidive pas. A part cela et à part aussi une lettre de Jean, qui pour nous a été un évènement, rien de bien nouveau cette semaine. Dimanche, les offices habituels, les vêpres des morts et le chemin de croix du soir. Lundi matin, les enfants sont allés à l’office… Départ des filles mardi matin par le premier car. Yves ne nous a quittés que le soir, pas de nouvelles de lui depuis, je compte le voir demain ? Jacques est allé hier à Nantes, Geneviève fait un fort dérangement intestinal et n’a pas voulu, jusqu’ici, aller à l’infirmerie. Jacques a parlé à la Mère infirmière et j’espère qu’avec des soins, tout va s’arranger. Mercredi, nous avons eu une journée splendide et Jacques a pu s’occuper des abeilles…. Je lui ai aidé un peu, moins que Jean ne l’aurait fait… Le miel était épais, mais en nous installant dans la cuisine, où la température était meilleure, il a été possible de l’extraire quand même, nous avons eu une douzaine de kilos, qui nous rendront bien service cet hiver, surtout avec la pénurie de tant de choses. Jeudi matin, fait couler le miel, l’après-midi, suis allée un peu chez Maman. Vendredi après-midi, réunion de la Ligue, fait ensuite mon habituelle petite visite à Mme Dorion, et aussi plusieurs autres. Hier, Maman a déjeuné ici, et avons travaillé ensemble jusque vers quatre heures. J’ai pu expédier hier la troisième paire de chaussettes à Geneviève ; la quatrième est bien commencée, mais je pense être pas mal dérangée cette semaine…. Nous allons ce soir à une représentation donnée par les jeunes filles et devons même emmener Anne, à sa grande joie. La jeune personne a été un peu privée ces jours-ci d’aller à l’école, qu’elle aime beaucoup ; elle nous raconte ensuite tout ce qui a été dit ; la femme de Lothe devient la femme de l’ogre et tout à l’avenant, c’est bien amusant souvent. Nous n’avons pas encore fait de feu….

Dimanche matin 16 novembre

Je me presse, d’ici une demi-heure, nous avons une réunion des dizainières de la Ligue, et cela va me prendre jusqu’à la grand messe… je pense cependant être tranquille cet après-midi, Anne doit aller à la pièce avec Thérèse, elle n’a pu y aller dimanche dernier, en rentrant du Monument aux Morts, je l’ai trouvée qui se plaignait du ventre, je lui ai mis une compresse chaude, et cela a eu l’air de s’arranger, mais, pendant le déjeuner, elle avait l’air si fatiguée, que j’ai dû lui faire une bouillotte et la coucher. Elle a passé l’après-midi au lit, souffrant de moins en moins, Thérèse est restée la garder ; le soir, pas de fièvre, et, lundi, la fille était tout à fait bien, comme le temps était très doux cette semaine, elle a même repris la classe. Aujourd’hui, il fait plus froid. Nous allons peu à peu vers l’hiver. Lundi après-midi, suis allé à La Roche, j’ai eu le temps de faire ce que j’avais à faire et de voir Yves ; il y a eu une belle bousculade le soir pour revenir par le car… les Granger étaient arrivés un peu avant moi et sont venus après dîner. Mardi, déjeuné et passé l’après-midi chez Maman, fait quelques courses le soir. Mercredi, mariage à la Clopière ; journée très bien passée, pas de froid et pas de pluie, suis allée, après la messe, faire visite à Mme Delaroze. Maman était avec nous et ne paraissait pas particulièrement fatiguée, bien que nous soyions rentrés le matin à 2 heures et demie. Jeudi, reçu les Granger à déjeuner, puis avons été fini l’après-midi à la Blanchère chez le Roy, pris Renée Dorion au passage, évoqué avec Mme Roy nos bons souvenirs de voyage. Vendredi matin, une lettre de Jean, attendue avec impatience depuis plusieurs jours ; il se plaint de ce que la nourriture est nettement insuffisante, vu surtout l’effort qu’on exige d’eux, aussi je luis ai fait un colis de chocolat, bananes séchées, sucre, beurre qui l’aidera un peu à tenir le coup. Sans doute aura-t-il une permission à Noël. Journée très remplie vendredi, nous avions notre réunion cantonale…. Presque toutes les paroisses étaient représentées, seules Belleville et la Genétouze manquaient, Aizenay même était là !… Hier, fait des courses, des rangements, après déjeuner suis allée à Pont-de-Vie voir Mme Gendreau, qui, après s’être cassé une cheville il y a quelques mois, a à présent une phlébite. Promenade délicieuse… j’avais un livre intéressant et il faisait bon marcher en contemplant la campagne dorée par l’automne. Passé un moment chez Maman avant de rentrer ; je m’arrange souvent de façon à être là vers six heures ; je m’installe dans la salle à manger, où il fait un peu plus chaud, avec mon tricot et mes livres, pour un bon moment de travail avant dîner… les chaussettes de Geneviève sont bien avancées, je tâcherai de les apporter lundi à Nantes.

Dimanche 23 novembre

Un temps doux, très doux, presque invraisemblable pour la saison – nous n’avons pas encore fait de feu, tant dans la salle à manger que dans l’étude, et cela nous arrange bien, vu le peu de bois dont nous disposons – on peut circuler dans la maison sans grelotter, et c’est bien agréable ; nous vivons tous portes et fenêtres ouvertes, et je peux continuer à me tenir dans le bureau, n’allant dans la salle à manger que le soir seulement, la lampe portative étant plus pratique pour lire et tricoter et la proximité de la cuisine plus pratique pour les allées et venues d’Anne. Aujourd’hui un brouillard épais….

Dimanche dernier, une journée très calme, j’en ai profité pour beaucoup écrire ; aujourd’hui nous assistons à une séance donnée par les prisonniers. Lundi, suis sortie une partie de l’après-midi ; suis allée chez Marguerite puis dans deux autres maisons, enfin chez Maman. Mardi, après-midi à La Roche, ou plutôt fin d’après-midi seulement, car, le car ayant du retard, nous y sommes arrivés à 4 heures 5. Fait quelques courses strictement indispensables, vu Yves quelques minutes et c’est tout ; il faudra que j’y retourne cette semaine. Mercredi, suis allée chez Maman une partie de l’après-midi. Jeudi, suis allée à Nantes ; départ matinal, mais ce n’est pas cela le pire, journée passée à courir pour pas grand-chose ; vu le matin la directrice de l’institut de Jacquie ; cela a l’air d’assez bien marcher. Partie le soir de Nantes à 6 heures 20, ce retour est fatigant, il faut attendre un moment à Rocheservière, et on est guère ici avant neuf heures ; une autre fois j’essaierai de partir plus tôt et de passer par La Roche. Vendredi, ne suis pas sortie, j’étais très lasse ;… hier, suis allée un moment chez Armande Brachet, un peu chez Maman. Jacquie est arrivée hie soir et repart demain matin, je voudrais tâcher de causer un peu avec elle, mais c’est si difficile. J’ai pu porter jeudi les chaussettes de Geneviève et dans le car, tricoté presque toute une socquette pour Jacquie. Réparé hier deux culottes à Anne, j’en répare aussi une à Jacquie ; je tricote aussi un chandail pour Pierre, une paire de chaussettes pour Anne… Et le temps passe si vite. Bien des lectures intéressantes actuellement, je lis et relis Guy de Larigaudie… Je lis aussi la Bible et Daniel Rops ensemble et cela prend un relief saisissant, les patriarches semblent très près de nous, des êtres de chair et de sang comme nous, et non des images lointaines.

Dimanche 30 novembre

Aujourd’hui ma fête – reportée liturgiquement à demain à cause du premier dimanche de l’Avent – hier soir les petits m’ont offert leurs vœux accompagnés de bracelets de perles confectionnés par Anne, et de trois dessins de Pierre ; cela m’a fait bien plaisir, mais mes grands me manquent tant…

Beaucoup de choses encore aujourd’hui, tout à l’heure dois assister à une réunion sur le communisme, mais je crois avoir une après-midi très calme, je voudrais beaucoup écrire et aussi ranger ma boite à ouvrage qui en a grand besoin. Nous voilà installés dans la salle à manger, il a fallu allumer du feu ; mercredi le vent a tourné au Nord, mais le soleil faisait encore du bien. Jeudi un temps très sombre et un vent très dur. Vendredi matin, quand j’ai ouvert la porte de la rue pour partir à la première messe, j’ai reçu en pleine figure une bouffée de neige… hier le temps était toujours froid, mais un beau soleil faisait du bien, Aujourd’hui, par contre, brouillard et givre. Naturellement il a fallu faire du feu, depuis jeudi soir, et nous continuerons désormais, nous voilà presque en décembre ; nous voilà donc installés dans la salle à manger où Anne fait son petit désordre habituel ! Lundi, suis allée chez Maman, où j’ai tricoté presque toute une petite moufle pour Anne, l’autre n’est pas encore faite. Mardi après-midi, suis allée à La Roche, vu l’Abbé Boucher dont les cheveux n’ont pas repoussé comme avant, vu Mme Mignen qui est encore pour bien des jours à la clinique ; suis allée à la Maison des œuvres où j’avais bien à faire ; vu Yves qui n’a pas souffert de ses chevilles depuis plusieurs jours, suis allée un peu chez Mme Lesaffre et finalement ai failli manquer mon car ! Mercredi, c’était le mariage d’Henri Roux, le déjeuner était bien et le petit bal très gai ; par moments je me suis bien amusée ; Jacques lui-même a dansé – une façon comme une autre de se réchauffer – Nous sommes rentrés ici avant le dîner. Jeudi, suis allée chez Maman avec les enfants, j’avais commencé un petit bonnet pour Anne et j’y ai beaucoup travaillé pendant quelques jours ; finalement, hier matin, j’ai compris que je m’y étais mal prise et j’ai tout recommencé – j’espère que cela ira mieux maintenant – en tous cas ce sera plus vite fait, je tâcherai de le finir demain et de faire au plus tôt l’autre petite moufle, car ce qu’elle avait n’allait pas du tout avec son manteau d’hiver. Repris les manches d’un chandail à Jacquie ; commencé les chaussettes d’Anne et c’est tout. Hier après-midi, suis allée chez Maman, puis à l’église pour me confesser, puis chez Marie-Josèphe Remaud-Mignet qui vient d’avoir une quatrième fille – après deux garçons – et enfin chez Mme Dorion ; j’étais à peine rentrée que le téléphone a sonné et qu’il a fallu faire une commission à M. le Curé, si bien que j’ai assez peu tricoté hier… Reçu une lettre de Jean jeudi matin, il est à Attkirch depuis el vendredi précédent, au 31e chasseur à pied. La nourriture y est un peu plus abondante mais tout aussi mauvaise. Les nouvelles sont actuellement bien angoissantes, les grèves, les conflits sociaux se multiplient ; il paraît que depuis ce matin les chemins de fer sont à leur tour en grève - on peut se demander où nous allons, et de quoi l’avenir sera fait si Dieu n’y met la main – Je reprends à écrire en fin de journée, il sera bientôt 6 heures – j’ai été interrompue par une réunion ayant lieu avant la grand messe, première d’une journée très intéressante et d’un ensemble de conférences sur le communisme donné par M. l’abbé Bretaudeau, aumônier des jeunes et prisonnier libéré par les Russes… A deux heures et demie nous avions une autre conférence ; Jacques a commencé par développer les consignes donnés par le Saint Père à l’Action Catholique italienne, puis l’Abbé Bretaudeau nous a donné la réponse à cette question « Pourquoi je ne suis pas communiste ? » cela d’une façon magistrale et remarquablement intéressante ; il y a des choses qu’il est nécessaire de dire, de faire entendre et de mettre au point. Nous avons eu ensuite la Bénédiction du Saint Sacrement, puis je suis rentrée et voudrais bien écrire jusqu’à ce soir. J’ai peur de n’avoir pas le temps de ranger ma boite à ouvrage !

Dimanche 7 décembre.

… Jacquie nous est arrivée hier soir par le car, nous avons bien bavardé avant de nous coucher, maintenant elle arrive de la messe et déjeune avant d’aller chez grand-mère. Je pense avoir un dimanche à peu près tranquille, mais j’ai beaucoup à écrire, beaucoup de vœux de fête à répondre et pas mal de choses en retard. J’ai commencé dimanche à mettre au net mes notes sur le protestantisme… passé une semaine un peu dure ; lundi Anne est restée ici à cause d’un rhume, et Pierre parce qu’il avait mal au ventre, aussi la journée a été quelque peu pénible avec les taquineries de Pierre, les piaillements d’Anne, la présence continuelle de quelqu’un à qui il fallait toujours parler, pas un instant de silence ou de solitude, la radio mise par Pierre sur Andorre (Aqui radio-Andorra !) ; presque aussitôt les nouvelles qui ont duré à peu près tout le temps du dîner, si bien que c’est après dîner seulement que j’ai pu parler avec Jacques, lequel ayant passé presque toute la journée en inspections, est arrivé assez tard. Mardi, Pierre est retourné en classe, mais j’ai gardé Anne toute la semaine à cause de son rhume. Mardi et Mercredi, suis allée un peu chez Maman, mais seule parce qu’il pleuvait à verse et il faisait trop mauvais pour sortir la fille. Le temps est tout de même moins froid, il pleut chaque jour, seulement la terre est tellement assoiffée encore que cela ne se connaît pas ; il n’y a pas encore d’eau dans les rivières ; bien des mares et des puits sont encore à sec. Jeudi, profité d’un après-midi particulièrement beau pour aller à la Côtrelière ; cela m’a fait une bonne promenade, suis rentrée à 6 heures et quart, il était temps, de gros nuages montaient et la nuit était toute proche. Il a beaucoup plu ensuite le soir. Hier et avant-hier ne suis guère sortie ; tricoté d’arrache-pied ; j’ai fini au début de la semaine le bonnet d’Anne et sa petite moufle – le bonnet n’est pas aussi réussi que j’aurais voulu – une autre fois je saurais mieux m’y prendre, avancé des petites chaussettes pour Anne, il en faudrait plusieurs paires, ainsi qu’un chandail. Réparé une culotte à Jacquie, tricoté des moufles à Yves, qui depuis le froid a les mains pleines d’engelures. Ai entrepris d’en faire aux filles, pour mettre dans leurs souliers de Noël, seulement c’est du tricot Jacquard, ce qui est très joli, mais prend beaucoup de travail et de temps, j’en ai fini une à Jacquie hier soir, il m’en reste donc trois à faire d’ici Noël, seulement je tâtonnerai moins pour les autres. Demain, il faut que je passe que je passe la journée à La Roche… Reçu une lettre de Jean jeudi, il écrivait encore d’Altchirch, mais devait rentrer à Mutzig le lendemain – je ne sais pas s’il aura trouvé le dernier colis, expédié il y a plus de quinze jours, et peut-être encore en souffrance – j’ai envoyé des tickets de pain, j’espèrent qu’ils lui arriveront et pourront lui servir. Pas moyen d’envoyer de colis encore dans le Bas-Rhin et, vu les événements, je crains bien que les permissions de Noël soient supprimées… Les deniers camarades de al classe 47 sont partis, la plupart dans le midi, quelques uns en Allemagne, mais pas un seul en Alsace, le second contingent 46 est rappelé ainsi que le second contingent 45. pendant un certain temps, il ne fallait plus d’armée, mais maintenant, on s’aperçoit qu’une armée est tout de même indispensable, alors on remobilise et cela ne va pas mieux. Les grèves ont échoué pour la plupart – dans l’ensemble, on se rend compte que les ouvriers veulent travailler et être tranquilles, seulement il y a une propagande intensive, il y a des meneurs et il y a des ordres de Moscou. Certaines séances de Chambre ont été dramatiques, il y a eu des incidents graves à Nice, à Valence, à Valenciennes, que nous amèneront les jours qui viennent ?

Dimanche 14 décembre

Quelques jours de froid cette semaine ; le temps s’est radouci… l’hiver, officiel, est tout proche. Lundi, passé la journée à La Roche, il avait beaucoup lu le matin, et je suis partie avec un équipement de fortune, c’est-à-dire une écharpe sur la tête, ce qui est moins désagréable que d’avoir un chapeau qui s’envole à chaque coup de vent, et un parapluie qui tient une main immobilisée et encombrée. Fait beaucoup de courses dans la matinée, vu Yves qui paraît bien ; suis allée à 1 heures et demie à notre petite réunion cantonale ; nous étions bien peu nombreuses…. J’aurais presque pu prendre le car de cinq heures et je n’ai pu y arriver… Mardi, suis allée chez Maman ; mercredi, une petite visite à Marie-Josèphe Remaud, qui vient d’avoir un sixième enfant et une quatrième fille. Jeudi, je ne suis pas allée à la messe, me sentant depuis la veille assez enrhumée, seulement il a fallu que je sorte un peu ce matin-là, et il faisait froid ; l’après-midi suis allée chez Marguerite puis chez Maman ; j’ai eu beau me faire faire des badigeonnages, prendre du sirop, je ne me sentais pas très bien vendredi matin, je me suis levée quand même, et j’ai passé ma matinée à grelotter au coin du feu, si bien qu’hier matin je n’ai pu me lever…. Ce matin… je me suis levée, j’ai assisté à la grand messe e suis même allée aux Lucs présider une réunion de la Ligue ; il y avait du monde… j’ai fait connaissance de plusieurs femmes des Lucs… seulement j’ai encore ce soir 38°. Les gants de Jacquie sont terminés, mais ceux de Geneviève sont en panne !… Situation générale un peu moins tendue ; les colis recommencent à circuler ; j’ai expédié celui de Jean.

Mercredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 17 decembre 1947, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Reçu une lettre de Jean ce matin, il ne sait pas encore s’il aura une permission à Noël… Je me lève depuis hier matin, j’ai un peu mal à la tête et suis passablement cafardeuse…

Dimanche matin 21 décembre

Tout va mieux ; je pense sortir tout à l’heure pour la grand-messe et irai peut-être aux Vêpres…. J’ai passé ma journée de lundi au lit… j’aurais pu à la rigueur descendre, mais Jacques avait ses inspecteurs à déjeuner, il aurait fallu parler pas mal et la chose aurait été fatigante. Marie a très bien réussi le déjeuner et Jacques était content. Mardi, me suis levée dans la matinée et passé la journée au coin du feu ; tous ces autres jours aussi ; cela m’a permis d’avancer mes tricots – fini les moufles des filles – qui ne sont pas mal du tout ; j’en suis maintenant à celles de Jean, mais ce n’est pas le même travail, et elles seront vite faites. J’ai fait deux paires de chaussettes pour Anne, mais, dans mon désir de les faire bien montantes – elle me l’avait demandé – je les ai faites vraiment un peu hautes, je vais lui en tricoter d’autres, et celles-ci seront de côté pour l’année prochaine ; quand je suis ici, il me faut à peu près une journée pour faire une chaussette… Mercredi, une visite de M. le Curé ; jeudi, les enfants ont déjeuné chez Maman et cela m’a fait une journée très calme ; le soir une visite de notre transporteur de cet été : Bulteau, avec qui nous avons rappelé des bons souvenirs de notre voyage. Vendredi, récollection pour les femmes, suis allée à la messe et ai été heureuse, une messe comme j’en ai désiré si souvent, sur un autel provisoire, face au peuple, de sorte que l’on puisse suivre les gestes du prêtre…L’après-midi, ne suis pas retournée à l’instruction, mais Jacques, allait à La Roche, et cela me faisait une belle occasion pour faire quelques courses très urgentes destinées aux souliers de Noël … hier, je n’ai pas bougé d’ici, mais je me suis levée plus tôt et ai habillé Anne… Yves arrive mardi matin, les filles soit l’après-midi, soit le soir, quant à Jean, nous ne savons rien… Situation générale moins tendue intérieurement ; on va voter de nouveaux impôts. Difficultés avec la Russie ; la conférence de Londres a échoué.

Beaucoup à écrire encore aujourd’hui, à préparer une conférence sur l’hygiène, que j’ai été priée de faire de la part des jeunes filles, au début de la semaine prochaine, au cours de journées rurales…

Jeudi, jour de Noël

6heures et quart – Les enfants jouent au Nain-jaune avec leur Papa, je viens de mettre au net la causerie que je ferai aux jeunes filles lundi prochain, j’ai encore pas mal à écrire, malgré le tapage qui se fait autour de moi, et cette journée de noël sera vite finie…. Jean n’est pas venu, nous aurons peut-être demain une lettre nous disant qu’il arrive si toutefois il a une permission, je l’ai guetté toute la journée d’hier, depuis le car de 6 heures et demie jusqu’à l’arrivée du car de Nantes hier soir, et personne ! le grand garçon nous manque bien. Nous avons mis ses souliers devant la crèche, et le Petit Jésus les a garnis. Tantôt, en découpant le gigot, nous pensions que le grand chéri s’en serait octroyé une bonne tranche…. Lundi, j’ai décrété que j’étais guérie et que je pouvais sortir, aussi je me suis levée pour la première messe… dans la matinée, suis pas mal sortie ; il faisait plutôt humide et cela me gênait pour respirer, j’ai toussé ensuite toute la matinée. L’après-midi s’est mieux passé, ne suis pas sortie. Mardi matin, suis retournée à la Messe…. Mais de nouveau la matinée a été pénible… aussi j’ai décidé de ne pas sortir hier ; cela va un peu mieux, bien que je soie encore très prise, surtout le matin et que j’aie bien mal à la tête quand je tousse… Yves est arrivé mardi matin au car de 6 heures et demie, je me suis levée pour lui ouvrir la porte et il est resté ici pendant que je suis allée à la messe, au retour, il s’est jeté sur les tartines du petit déjeuner, l’appétit est bon. Les filles sont arrivées vers 5 heures. Hier, elles m’ont rendu grand service en faisant pas mal de courses, et l’après-midi sont allées chercher des feuillages pour la crèche. Ne suis pas allée, cette année encore, à la Messe de Minuit, Jacques a trouvé qu’il était inutile pour moi de faire cette sortie nocturne. J’ai lu, avant de me coucher, l’office de Noël. Quand tous ont été partis, je suis descendue faire le Petit Jésus. Les souliers étaient assez maigrement garnis – peu de bonbons, pas du tout d’oranges – les aînés avaient des moufles, des livres, les garçons des abonnements à leurs journaux, Anne une poupée ; on ne peut plus faire mieux maintenant ; ils ont été contents quand même, Anne surtout. Suis allée à la grand-messe et suivi avec joie cette merveilleuse liturgie de Noël ; sommes retournées aux Vêpres tantôt. Il a plu presque toute la journée…

Dimanche 28 décembre

Une lettre de Jean au courrier de vendredi – pas de permission à espérer, les gradés ont cinq jours et les soldats de 2ème classe, ce qui est le cas, ont soixante heurs, encore ne faut-il pas aller au-delà de 200 km, ou à peu près. C’est un sacrifice pour nous tous et je suppose que le pauvre chéri doit être bien privé lui aussi. Avons envoyé un colis dès vendredi ; espérons qu’il le recevra bien et cela compensera n petit peu. On dit que le groupe quitterait Mutzig à la mi-janvier ; il y aurait peut-être une permission à ce moment-là. En attendant, le garçon nous raconte qu’il a la tenue bleue des chasseurs, avec la fourragère ; nous voudrions bien le voir ainsi. Rien de bien nouveau depuis Noël, si ce n’est qu’après un temps très humide, nous avons depuis hier soir une belle petite tempête, le vent souffle dur pour le moment. Ne suis guère sortie ces jours-ci, ne me sens pas totalement remise… Vendredi matin, suis allée à la grand-messe avec les enfants… hier, suis sortie faire des courses et parler avec M. le Curé ; je dois reprendre les réunions, relancer bien des choses… Les filles m’ont apporté pas mal de choses à réparer, paire de gants et chandails ; j’en ai fini avec les gants, j’ai refait les manches d’un chandail de Geneviève, depuis les coudes qui étaient percés, allongé les manches trop courtes d’un autre chandail….