Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Jeudi 6 janvier 1927
Premiers moments libres depuis ces jours derniers… d’abord, Vendredi, il a fallu que je finisse ma correspondance…, je suis ensuite allée chez Marguerite avec Jacqueline qui avait quantité de choses à raconter sur son séjour à Paris, le soir, Madeleine est arrivée passer avec nous ces deux jours de congé. Lundi, pas une minute à moi, j’avais donné la journée à Irma, pour aller voir sa famille, aussi il a fallu me débrouiller moi-même, nous avons assisté à la messe de 7 heures et demie, puis nous sommes allés faire une courte visite à la maison, toute la matinée nous avons eu les métayers à nous offrir leurs voeux, l’après-midi, nous sommes allées chez Tante Abel ; le soir, j’étais fatiguée et me suis couchée de bonne heure. Dimanche, je me suis reposée et levée tard, j’ai assisté à la grand’messe, il faisait un temps superbe, si bien que Mère, se sentant mieux, a décidé de partir le soir même et a pris avec Madeleine le train de 4 heures et demie à Belleville ; après leur départ, je suis allée un moment à la maison, puis nous avons passé une veillée bien tranquille au coin du feu. Lundi, grand remue-ménage, je recevais le lendemain Tante Abel, les Mignen et Gourraud, si bien que j’ai cuisiné toute la journée, fait mes préparatifs, et que le soir, je ne pouvais plus marcher… La journée de mardi, s’est bien passée, le déjeuner était réussi et Jacques content de sa petite maîtresse de maison, le soir, tout était en place, mais j’avais une telle lassitude que je n’ai pu que m’étendre sur ma chaise longue, aujourd’hui je suis à peu près reposée. Hier, nous avons commencé une lessive, malheureusement le brouillard tombe et le linge ne sèchera guère…
Mardi 11 janvier
Quelques moments libres… j’ai eu pas mal d’occupations tous ces jours-ci, d’abord la semaine dernière, nous avons eu trois jours de lessive… Dimanche, Irma n’étant pas là, j’ai dû faire la cuisine, mais comme nous dînions à la maison, je n’avais que le déjeuner à préparer… nous avons fait quelques visites, aux Lucas, aux Chailloux ! Hier, j’ai fait tous mes raccommodages de lessive, ma cuisine et mis bien des choses en ordre, le soir seulement, j’ai pu lire quelques instants, et même prendre un moment mon violon, ce qui ne m’était pas arrivé depuis une bonne quinzaine, et m’a fait grand plaisir…
Fait sensationnel dans les journaux : l’Action Française, ainsi que les oeuvres de Maurras et Daudet, sont solennellement mises à l’Index par le Pape. Les élections sénatoriales viennent d’avoir lieu. Pas brillantes !
Dimanche 16 janvier
Temps incertain, averses ! depuis quelques jours il pleut sans cesse et je suis obligée de garder le coin du feu, c’est partout une humidité pénétrante et on ne peut sortir sans patauger dans la boue. J’ai beaucoup travaillé tous ces jours-ci, la couverture de berceau de mon petit bonhomme est bien avancée, et je voudrais même avoir plus de temps à moi pour lui préparer quantité de petites choses… mais j’ai pas mal à faire, par ailleurs je me fatigue vite… il y a ensuite la surveillance de la maison, la cuisine, et là, j’avoue en toute sincérité que le résultat n’est pas merveilleux, tout cela est dur pour moi qui n’y ai pas été habituée, et n’ai même pas eu l’idée de m’en occuper pendant ma vie de jeune fille ; je me décourage facilement et j’ai parfois le coeur bien gros, lorsque j’ai fait tout mon possible et ne suis pas arrivée !
Papa, Maman et Jacqueline sont aux Sables depuis avant hier, jusqu’à samedi prochain, en leur absence, je suis plus seule, je n’ai pas le temps de m’ennuyer, seulement je n’aime pas que Jacques s’absente trop longtemps…
Reprenons un peu ma semaine : mardi, après avoir terminé ma correspondance, je suis allée trouver Marguerite et Jacqueline et nous avons travaillé un bon moment ensemble. Mercredi, j’ai encore passé l’après-midi avec Jacqueline, nous avons fait un peu de musique, chanté les chœurs d’Athalie, qui m’ont fait grand plaisir à retrouver, puis joué quelques morceaux de violon, entre autres « l’Hymne hindou » de Rimski-Korsakov, qui est ravissant. Jeudi, j’ai reçu mes parents et Jacqueline à déjeuner, nous avons mangé le gâteau des rois et Jacqueline a eu la fève, j’ai eu ensuite une bonne après-midi de travail.
… Reçu mardi une lettre de Marie, qui attend son troisième héritier pour les premiers jours de mai… une lettre d’Andrée qui pense ne rentrer en France qu’au printemps… Jeudi, une lettre de Jeanne, toujours heureuse !
Dimanche 23
Huit jours que je n’ai pas écrit, je ne sais comment le temps passe, il est vrai que j’ai eu bien à faire : réparations de vêtements, raccommodages, un peu de cuisine au moment de la lessive, maintenant il y aurait encore bien à faire, Paul est grippé, et Irma trop prise par ce petit pour faire tranquillement son ouvrage, j’aurai du ménage à faire, du repassage, mais je me fatigue vite !
Nous avons eu de la pluie presque toute la semaine, mercredi seulement la journée za été superbe et nous avons pu faire une bonne promenade, Jacques et moi ; c’était délicieux de retrouver ainsi l’air pur, le soleil… Mes parents et Jacqueline sont revenus des Sables hier matin, mais partent à Paris samedi sans doute pour le mariage de Suzanne. Hier, nous avons déjeuné chez les Abel en compagnie des Lucas ; ce soir, nous avons quelques visites à faire, puis nous dînons à la maison.
Samedi 29 janvier
Temps gris et sombre, il a plus ce matin à torrents… mais ce n’est pas engageant pour sortir. La semaine cependant, a été à peu près belle, j’ai pu chaque après-midi faire une courte promenade, soit avec Jacques, soit avec Jacqueline, soit avec les deux… A part ces rares moments, je sors peu, je reste presque toujours chez moi, ou je vais travailler avec Maman, il fait délicieusement bon dans mon petit bureau et j’aime m’y tenir ; ma couverture de berceau est presque terminée, j’ai ensuite des tas de projets en tête, et je n’aurai probablement pas le temps de les exécuter tous d’autant plus qu’il ne faut pas négliger pour cela les réparations, les raccommodages… Hier, j’ai passé une partie de la matinée à monter le filet du petit berceau… Nous passons de bonnes veillées bien intimes et calmes, Jacques travaille, je tire l’aiguille, nous ne parlons guère, un mot de temps en temps… souvent je joue du violon un moment et j’y prends grand plaisir…
Dimanche 6 février
Semaine très occupée… d’abord j’ai commencé à garnir le berceau de mon petit chéri, c’est un travail assez long et minutieux, et je ne voudrais pas me trouver en retard ; M. Lucas, qui m’a examinée il y a une huitaine, m’annonce l’événement pour une date comprise entre le 20 et le 30, cela me fait encore six semaines…
Revenons au berceau, Augustine Potier est venue Lundi et mardi mettre l’ouvrage en train, j’y ai travaillé toute la semaine et n’ai pas encore fini, il est vrai que j’ai eu d’autres choses à faire, cuisine, rangements, correspondance, linge à raccommoder ; quand le temps était beau, j’ai tenu à faire une petite promenade avec Jacques…
Maman, Papa et Jacqueline sont revenus de Paris vendredi matin, j’étais allée les attendre à leur descente d’auto, j’avais fait du feu et nous avons causé une grande partie de la matinée, il y avait tant de choses à raconter ! nous allons peut-être voir les jeunes mariés, ils ont l’intention de pousser une pointe jusqu’ici, et je serai contente de connaître mon nouveau cousin. A propos de cousin, le bébé d’Henri et de Suzanne est arrivé le 26, c’est un beau petit Bernard, la maman n’a pas été trop malade…
Passé l’après-midi de vendredi chez Armande, nous avons causé au coin du feu, je n’ai pas fait d’autre visite, je ne suis guère en train…
Dimanche 13 février
Encore une grande semaine de passée, … j’ai peine à me traîner, ensuite ce sont des maux de coeur, et, le pire, c’est que je suis réveillée la nuit par des violentes douleurs aux reins ou à l’estomac, et que j’ai ensuite de mauvaises nuits, mais tout cela sera vite effacé par le bonheur d’avoir un petit trésor.
Il y a eu mardi, un petit garçon au Moulin-Guérin, un septième, et l’aînée n’a pas six ans, nous sommes allés le voir, vendredi, Maman et moi, j’ai été heureuse et profondément émue de contempler ce petit être si faible… je voudrais bien en être là mois aussi, en attendant, je travaille le plus possible, j’ai cousu encore toute la semaine la dentelle du berceau… je vais maintenant me mettre à faire des jours pour les draps et les taies d’oreiller… Souvent, je vais ouvrir les tiroirs de la commode, et je contemple les petits objets préparés, je touche les brassières, les petits vêtements de laine…
Quoi de neuf autrement cette semaine ? mercredi, j’ai passé un moment chez Mme Lucas ; jeudi, je suis allée à la maison avec Armande, vendredi ; j’ai fait une courte visite à Mme Bonnaud, presque chaque jour, j’ai marché un peu après déjeuner, depuis mercredi, nous avons un temps radieux…
Dimanche 20 février
Je n’arrive plus à écrire que le dimanche, les autres jours je suis trop prise… Charlotte atend son bébé vers le 10 mars, elle passera avant moi, car M. Lucas, qui m’a examinée jeudi, prétend que, sauf avance imprévue, ce sera dans un mois… en attendant, mes malaises sont de plus en plus pénibles et violents ; je prends un peu d’exercice, je fais presque chaque jour une promenade…
Reprenons un peu cette semaine : dimanche, nous avons assisté, Jacques et moi, à une représentation donnée par le Patronage par un groupe de jeunes gens de La Roche, au profit des Ecoles libres, et nous avons passé une très bonne après-midi, c’étaient des petites comédies très gaies, jouées alertement et très amusantes ; dîné à la maison le soir. Mercredi Jacques assistait avec Papa, Samuel, etc… à une pêche aux anguilles au Marais, de sorte que j’ai passé la journée et déjeuné à la maison avec maman et Jacqueline ; hier, j’ai eu une courte visite de Marguerite. …
Dimanche 27
Encore une semaine d’écoulée… Dimanche dernier, rien de très nouveau, une visite des Boyer et le dîner à la maison comme d’habitude ; Lundi, j’ai travaillé toute la journée avec Maman et mon ouvrière, et vu Berthe Guillaumé qui a passé avec moi un grand moment ; mardi, c’était l’enterrement de M. Eugène Gendreau, mort le samedi précédent, il faisait un temps affreux et je ne suis pas sortie, il y avait un monde fou, paraît-il. Mercredi, j’ai reçu Marguerite et Jacqueline, vu Tante Abel un moment. Jeudi, grande nouvelle, j’arrivais au marché, mon panier au bras, et je vois Mme Gendreau et Maman en grande conversation, je vais les retrouver, et Mme Gendreau m’annonce qu’Armande a des espérances, mais que ayant eu une petite alerte, elle était obligée de garder le lit quelques jours, l’après-midi, je suis allée à la maison, où Mlle Lucas devait se rendre travailler un moment, sa langue a marché ferme, il n’y avait qu’à écouter ! Vendredi, je suis allée faire visite à Armande qui est toujours au lit, mais aussi bien que possible, l’évènement sera pour juin ou juillet, j’en suis bien contente pour elle, un foyer vide est une chose si triste, surtout après les mauvais moments par où elle est passée.
Samedi 5 mars 1927
Bien des choses cette semaine et des choses pas très amusantes ! d’abord, dimanche soir, après toutes sortes de précautions, Jacques m’a annoncé que nous ne garderions pas Irma très longtemps, car elle allait sans doute se décider à prendre une métairie, en communauté avec un de ses frères ; cette nouvelle ne m’a pas enchantée tout d’abord, mais j’ai su ensuite que ce départ n’aurait lieu que l’année prochaine au mois d’avril, et ceci m’a rassurée, d’ici un an nous avons le temps de nous retourner d’autant plus qu’Irma pense assez sérieusement à mettre à sa place une de ses sœurs, combinaison qui me conviendrait parfaitement, je ne veux donc pas me tourmenter !
Ensuite, le docteur Lucas, est venu mercredi m’examiner, ce qui m’a fait manquer la cérémonie des Cendres, il a constaté ce qu’il craignait, les choses n’avancent pas et l’enfant n’est nullement engagé, ce n’est donc pas très normal ; il a proposé de faire venir un spécialiste pour donner son avis, nous avons accepté » et il a téléphoné au docteur Grosse de Nantes qui est venu le soir même à 5 heures, il m’a examinée, a délibéré avec le docteur Lucas et m’a expliqué ce sont il s’agit : l’accouchement sera sans doute très long et difficile… il vaudrait mieux me transporter à Nantes, à la clinique… il faut bien compter six bonnes semaines d’absence et de séparation… j’aurai préféré que mon enfant vienne au monde ici, soit baptisé dans l’église où j’ai été baptisée, cela ne sera pas…
Quoi de neuf autrement cette semaine ? Mardi, une courte visite de M. Guillaumé, hier vu Mme Dorion, nous avons déjeuné à la maison mardi et y retournons aujourd’hui…
Vendredi 11
Encore de mauvaises choses, l’analyse complète rapportée de la Roche hier soir, démontre que j’ai deux fois plus d’urée qu’il ne faudrait, je restreins de plus en plus mon régime, je ne prends plus à peu près que du lait et des fruits cuits, j’ai supprimé tout à fait le pain et le sel, malgré cela l’enflure des jambes ne diminue pas, bien que celle des mains ait diminué un peu, il y a des moments où je suis bien lasse et découragée!…
Samedi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 12 mars 1927, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
… Mercredi matin, il était un peu plus de huit heures, Marthe Bouliau, est venue nous prévenir que l’Oncle Romain était passé subitement dans la nuit, Jacques a téléphoné à Mère, qui est arrivée à 4 heures, tous deux sont allés ensuite à Palluau, il faisait une vraie tempête, un temps affreux, ils ne sont rentrés qu’à 7 heures… Jeudi, j’ai beaucoup circulé le matin et passé l’après-midi à travailler avec Mère ; Armand est arrivé le soir pour dîner ; hier matin c’était l’enterrement, tous trois sont partis de bonne heure, puis sont revenus assez tard, avec Madeleine, Paul et André Landais, il a fallu improviser un déjeuner ; ensuite Paul, qui é »tait venu très gentiment pour me voir, a voulu causer avec le docteur Lucas, puis m’examiner, j’ai fait toute une comédie, j’avais tant souffert avec le docteur Grosse, et j’étais tellement fatiguée de ces journées d’angoisse concentrée et solitaire, de cette matinée d’hier surtout, que j’étais à bout de courage ; j’ai fini par céder, et Paul a été du même avis que les autres docteurs, le travail sera long et pénible, la clinique est nécessaire ! Tous sont partis ensuite de bonne heure… et je me suis trouvée toute désorientée dans cette maison subitement vide, j’ai fait une bonne promenade avec Jacqueline, puis passé une délicieuse soirée avec mon Jacques, il a été si compréhensif… que je me suis trouvée réconfortée…
Quoi de neuf autrement cette semaine ? Lundi, une après-midi avec Mme Lucas chez Tante Abel. Tante Abel qui est maintenant partie pour La Roche, attendre la venue du bébé de Charlotte. Mardi, une après-midi chez Armande, nous avons fait un tour de parc ensemble…
Samedi Saint 16 avril
Plus d’un mois sans rien écrire, de grands évènements se sont passés, et je voudrais tout raconter ici, afin de ,’en rien oublier ! Reprenons, j’en suis restée au dimanche 13 mars [13 avril] ; ce matin là, j’étais encore bien fatiguée, … assisté à la Messe de 8 heures et demie, je rentrais à peine, avec Maman, lorsque Tante Guesdon est venue nous annoncer la naissance d’une petit Pierre Gourraud ; l’après-midi, j’ai vu un moment Marguerite, qui m’a donné quelques détails… Charlotte avait commencé à souffrir à 7 heures du soir, et le bébé était venu à 3 heures du matin, j’aurais bien voulu être à sa place ! Lundi, je me suis réveillée très fatiguée… j’étais incapable de tenir en place ; le soir, le docteur Lucas… voulait me faire une saignée, craignant une crise d’urémie, il a préféré attendre, voyant que ma tension artérielle n’était pas très élevée… le mardi, j’étais un peu mieux… mercredi, j’ai gardé le lit, ne buvant que de l’eau et je n’en pouvais plus… Les Lucas sont venus me voir et en descendant le docteur a dit à Maman tout ce qu’on craignait : l’enfant ne pouvait pas venir vivant, on parlait de faire une césarienne, mais sans espoir ! quant à moi, le docteur Grosse avait dit à Mère « en général, on parvient à sauver la mère » ; mais il est persuadé que je ferais de l’éclampsie !… Dans la nuit à 4 heures, j’ai commencé à souffrir, j’ai réveillé Jacques, nous avons attendu un peu, puis, voyant que les douleurs continuaient, Jacques est allé chercher le docteur Lucas et réveiller mes parents, le docteur est venu… a déclaré qu’il fallait partir au plus tôt… nous étions à la clinique vers 7 heures et demie… la sage-femme est venue puis le docteur Barbin, le docteur Grosse, tout le monde a déclaré que tout se passerait bien et que le bébé serait là à la fin de la matinée, on m’a monté dans la salle d’accouchement, Jacques et Maman ne m’ont pas quittée… Vers 10 heures… le docteur Grosse a décidé d’intervenir et quelques minutes après notre petit Jean faisait son entrée dans le monde !… l’après-midi, j’ai une petite hémorragie, mais tout le monde était près de moi… la nui a été mauvaise… l’après-midi a eu lieu à Saint Louis le baptême de Jean, Papa et Jacqueline, étant arrivés la veille au soir, Jacques est resté passer cette nuit-là près de moi…
Les jours ont passé ensuite, un peu longs surtout lorsque je me suis sentie un peu plus forte… l’après-midi était longue, souvent il venait des visites, cela me distrayait mais me fatiguait aussi… les nuits étaient pénibles… ; transpirations abondantes… battements de coeur, si bien que je ne pouvais fermer l’oeil… Bien entendu, j’ai voulu nourrir mon cher petit, malheureusement les premiers jours, le lait ne venait pas… j’ai pu arriver à l’allaitement mixte, et maintenant que je me nourris davantage, que je circule, je peux suffire presque entièrement.
Quinze jours après la naissance, je me suis levée une heure environ sur ma chaise longue, mais sans marcher, ce jour-là, Bébé a profité du beau temps pour faire sa première sortie, le lendemain samedi, je me suis levée un peu plus longtemps et le Lundi, Maman et Jacques venaient me chercher ! … Maintenant, les forces reviennent… c’est moi qui m’occupe de Jean, qui le promène, le change, je prends maintenant mes repas en-bas, je fais quelques tours de jardin…
Petit Jean est bien sage et ne crie jamais quand il ne souffre pas, la nuit surtout il dort très bien… il a ces jours-ci un peu de diarrhée, aussi il crie et cela me fait de la peine ; il a fait ce matin sa première sortie ici, et autant que je le peux, j’ouvre la fenêtre au soleil, pendant qu’il dort. Il pèse maintenant 7 livres 380, c’est un beau bébé, très vigoureux, très remuant, tout en mouvements et en petites grimaces adorables…
Les Raymond sont venus pour les vacances, Oncle est reparti hier matin, mais Tante et les enfants restent encore là une huitaine, aussi je ne manquerai pas de visites ; Mère est avec nous depuis samedi, heureuse de voir un peu son petit-fils…
Vendredi 22 avril
Quelques journées ravissantes, du soleil, un ciel sans tache, … je me lève de bonne heure … pour la première tétée du petit ; à huit heures, je suis prête, ma toilette faite, je descends avec délices faire un tour de jardin, à 9 heures, il faut s’occuper de Jean pour la toilette, son bain, puis nous descendons dans la cour où il passe toutes ses journées dans son moïse pendant que nous travaillons près de lui…
Lundi 2 mai
Encore des jours de passés !… j’ai achevé de mettre ma correspondance en ordre, mais il me reste à ranger mes armoires et presque toute ma maison où je ne me retrouve plus, ensuite Jean me prend beaucoup de temps et je me fatigue encore vite. Reprenons un peu ces jours derniers : le samedi 22, Madeleine est venue nous rejoindre… j’ai fait ma première sortie… Dimanche, j’ai assisté à la première messe et fait mes Pâques… Mère et Madeleine nous ont quitté le soir ; lundi je suis allée un peu à la maison et j’ai vu Armande Brachet ; mardi, les Raymond sont partis pour Paris, emmenant Jacqueline ; mercredi je suis allée voir Marguerite ; jeudi j’ai eu la visite de Mme Loiseau. Vendredi nous sommes allés à La Roche, j’avais beaucoup de courses à faire, et, comme je n’aurai pas été revenue pour la tétée de 3 heures et demie, nous avons emmené Jean, dans son moïse ! il ne s’est pas aperçu du voyage, nous l’avons déposé chez Charlotte où il a rivalisé de musique avec son cousin Pierre. J’ai mis cette semaine du beurre en pots, et,… j’étais tellement fatiguée, qu’il a fallu me reposer deux jours, j’ai aussi trouvé moyen de grimper dans le grenier au-dessus de la cuisine, là, prise de vertige, je n’ai pu redescendre et j’ai attrapé une courbature qui m’a presque empêchée de marcher pendant plusieurs jours…
Jean pousse comme un champignon, il a pris 240 gr. la semaine dernière… c’est un amour de bébé, il a un beau petit corps, bien ferme et potelé, c’est une joie de le voir détendre ses membres quand je le change ou quand il est dans son bain, il fait des grimaces adorables, il a souri à sa maman mercredi pour la première fois…
Dimanche 15 mai
Pour la première fois depuis longtemps, j’ai quelques minutes à moi ; les journées passent avec une rapidité affolante, et j’arrive au soir sans avoir pu faire tout ce que je m’étais proposé, et pourtant… à 6 heures je suis debout pour faire ma toilette et donner la tétée à 6 heures et demie, ensuite je déjeune, je finis ma toilette, je range, je prépare les affaires de Jean ; à 9 heures, c’est son bain, qui avec la tétée me mène jusqu’à 10 heures ; il faut ensuite m’occuper du ménage et de la cuisine pour déjeuner à 11 heures et demie exactement ; aussitôt après la 3ème tétée j’ai ensuite un moment à peu près tranquille, mais j’ai souvent de la correspondance en retard, du repassage, du raccommodage… a 4 heures et demie, je sors avec le petit et je rentre pour la tétée de 6 heures et demie ; après dîner, je travaille un peu, puis à 9 heures, je fais la toilette de Jean, je suis ensuite contente de me coucher ? Dimanche dernier nous sommes allés à Nantes avec Jean, bien entendu ; lundi matin, nous avons fait des courses, nous avons déjeuné avec Gabrielle, André et Bizette ; Paul et Irène sont venus au dessert ; nous sommes allées ensuite à la Visitation, montrer le petit à Tante, puis à la clinique, le faire voir à son docteur ; nous sommes rentrés ici mardi après déjeuner. Demain soir, Armand et Suzanne nous arrivent ; dimanche prochain, je pense que nous irons aux Sables.
Jean est toujours bien portant, très mignon et très sage, il pèse maintenant 9 livres 050 et rit très gentiment ; je le sors le plus possible… jamais printemps ne m’a semblé plus beau que celui-ci… que j’ai failli ne pas voir !
Dimanche 29 mai
Un court moment de tranquillité !… Jean vient de prendre sa tétée, mais il ne dort pas encore, et, de temps en temps pousse quelques petits cris… tout le monde admire sa sagesse, sa bonne mine…
Armand et Suzanne sont venus le lundi soir 16, mais repartis le mardi matin… le reste de la semaine a été occupée par la lessive ; mes parents sont venus jeudi et je les ai reçus à déjeuner, j’ai eu aussi quelques visites et quelques sorties à faire. Dimanche, nous sommes partis pour Les Sables vers 3 heures, en arrivant j’ai donné la tétée à Jean, puis nous sommes allées, Maman et moi, à l’hôtel du Casino où avait lieu l’audition de Mlle Smolska, nous sommes arrivées en retard… nous avons entendu Jacqueline qui jouait « La Fête-Dieu à Séville » d’Albeniz, j’ai beaucoup aimé aussi la Sonate de Loeillet pour violon, violoncelle et piano, et la Sonate de Leken que j’ai jouée. En sortant, nous avons vu Mme Damour qui nous a annoncé le mariage de sa fille avec Bernard Grolleau, Mme Léveillé et Mimi, Mme Godet, Les Parant. Lundi j’ai été heureuse de me promener à plusieurs reprises sur le Remblai… dans l’après-midi, nous avons reçu la visite des Bourmaud, qui venaient nous inviter à déjeuner pour le lendemain, et de Mme Léveillé et Mimi. Mardi, Jacques est parti le matin de bonne heure ; nous avons passé chez les Bourmaud une bonne journée en compagnie de Mme Godet, Jean a été d’une sagesse exemplaire. Mercredi, rien de nouveau, j’ai fait un peu de musique avec Jacqueline et Jacques est revenu le soir pour dîner. Jeudi… après déjeuner, nous avons fait un tour à La Rudelière pour voir les constructions nouvelles puis le soir nous sommes rentrés ici (au Poiré).
Dimanche 12 juin
Encore des jours et des jours sans écrire… Je me lève à 6 heures, je m’occupe de Jean, je le change, lui donne sa tétée, je déjeune puis je vais dans le jardin faire la cueillette des fraises et des petits pois… ensuite jusqu’à 10 heures du soir je suis bien occupée : raccommodages, rangements, des petits lavages pour Jean, un peu de repassage, des lettres à écrire, quelques sorties, je n’ai pas eu le temps ces derniers jours de sortir le petit, mais il passe au grand air une bonne partie de ses journées, il pèse maintenant 10 livres 240, il est mignon comme un amour, rit de tout son coeur avec un petit air malicieux, il fait quelquefois des bonnes colères…
Reprenons un peu les événements ! Après notre retour des Sables, j’ai eu quelques jours à peu près tranquilles, le lundi 20, mes parents et Jacqueline sont venus passer la journée et déjeuner ici, le soir, Armand, Suzanne et Mimi sont arrivés, le lendemain Armand et Jacques sont allés à la réunion des anciens de Richelieu, Suzanne est restée déjeuner avec moi, tous trois nous ont quittés le mercredi après-midi. Mère est venue nous retrouver le vendredi suivant, et, le samedi soir, nous sommes partis aux Sables où nous avons retrouvé Madeleine, nous avons donc passé ensemble les fêtes de ka Pentecôte… Dimanche.. l’après-midi, j’ai vu Mme Damour et sa fille puis malgré le mauvais temps, nous avons fait un bon tour de remblai, en rentrant, nous avons rencontré Pierre et Odette Touzain qui nous ont annoncé la venue d’un héritier pour le mois de juillet, Maud est un peu souffrante. Lundi, nous nous sommes promenés, puis rentrés ici le soir. Depuis rien de très nouveau…
Dimanche 19 juin
Une semaine que je prévois très chargée ! demain je fais des confitures, mardi, je reçois Marguerite et Armande, celle-ci pour la dernière fois avant la naissance de son bébé ; mercredi je reçois à déjeuner Mme Bled, jeudi Jacques étant au certificat, je déjeunerai à la maison et me reposerai un peu, mais samedi, nous aurons le repas de baptême de Jean et il y aura beaucoup à faire !…
Cette semaine a été bien employée : dimanche soir, nous sommes allés avec Mère à Rocheservière et revenus assez tard, lundi, nous sommes allés à Palluau, les deux fois nous avons emmené Jean, lui, sage d’habitude, a été plutôt bruyant ; mardi, j’ai passé l’après-midi chez Armande, avec Marguerite et Jacqueline (la réconciliation entre Marguerite et Armande s’est opérée !) ; mercredi, j’ai passé toute ma journée en raccommodages de lessive, jeudi, j’ai fait de la gelée de groseilles, hier et avant-hier j’ai mis à jour ma correspondance… Aujourd’hui c’est la Fête-Dieu, la procession n’a pu avoir lieu ce matin, la pluie menaçant, si le temps le permet, ce sera pour cet après-midi, je ne pourrai pas y assister…je ne peux quitter mon cher petit.
A part cela, rien de très nouveau… Je cherche une bonne et n’en trouve pas à mon goût, c’est empoisonnant ! Jacques a été très pris cette semaine, au début surtout, nous avons été des journées entières sans prendre nos repas ensemble !
Jean est toujours en bon état, il pèse maintenant 10 livres 400, il est de plus en plus amusant et mignon, je passerais des heures à jouer avec lui.
Nous sommes invités au mariage de Pierre Delaroche pour le 25 juillet, à celui d’Anne-Marie Regnault pour le 2 août, peut-être irons-nous aux repas.
Mardi 25 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 25 juin 1927 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Irma nous a quittés tantôt, et je reçois ce soir ma nouvelle bonne, que sera-t-elle ? elle a bien l’air d’une bonne petite, mais il faudra entièrement la former, la mettre au courant de tout, et d’ici quelque temps je vais avoir bien de la peine. j’ai eu quelques jours très occupés et la semaine dernière a été bien remplie, depuis vendredi surout, tout était sans dessus dessous dans la maison, mais j’étais tranquille, j’avais remis mon déjeuner entre les mains de Marie Pérocheau et je me préoccupais le moins possible ; le soir, Mère et Madeleine sont arrivais, et nous avons fait bien des choses. Samedi matin, temps superbe, tout le monde s’est mis à l’ouvrage de bonne heure, et tout a fort bien marché, la table, décorée de capucines, était très jolie, le déjeuner réussi, le soir, j’étais contente, mais bien lasse. Dimanche nous avons passé presque toute la journée à tout remettre en place…
Dimanche 3 juillet
Rien de nouveau tous ces jours-ci, il faut mettre la bonne au courant et cela donne de la peine, cependant elle est vive, pas sotte et je crois qu’elle fera mon affaire, d’ailleurs cette semaine Mère est là et me décharge énormément, la semaine prochaine je serai plus en peine… Nous partons ce soir à Nantes, pour deux jours, il va falloir m’occuper des toilettes de mariage… Hier soir, j’ai eu à dîner Armand, qui était à la recherche d’une bonne, nous le retrouvons ce soir à Nantes ainsi que Suzanne. Petit Jean est toujours bien, à part deux jours de coliques, il a pris 150 grammes cette semaine, il rit de tout son coeur, jase, essaie de se soulever, le voilà de plus en plus intéressant.
Reçu vendredi la visite de Charlotte et de Léon.
Samedi 23 juillet
… Nous sommes donc partis à Nantes le dimanche, comptant être de retour le mardi soir, mais il y avait tant à faire que nous avons vu la chose impossible et que Jacques a décidé de rentrer ici le mercredi matin pour retourner me chercher le mercredi soir ou le jeudi, mais il y a eu erreur par téléphone, j’ai compris qu’il s’agissait du jeudi, quand c’était le contraire, si bien que, lorsqu’il est venu me chercher, mes courses et mes essayages n’étaient pas terminés et qu’il m’a fallu rester jusqu’à dimanche… je me suis acheté trois robes dont deux pour la plage et une pour les mariages, deux feutres. J’ai fait des visites, je suis allée à Chavagnes, à la Visitation, j’ai vu souvent ma pauvre Andrée qui est si vaillante et courageuse, j’ai pris un grand plaisir à aller à Chavagnes, j’ai vu Mlle Otto qui est extrêmement gentille et j’ai fait un tour dans le jardin plein pour moi de souvenirs ! j’ai eu quelques nouvelles des anciennes, Madeleine Destouches a deux enfants, Suzanne Vincent aussi.
Jacques est donc venu me chercher le dimanche soir, nous sommes partis le lundi matin, en passant par La Bernerie, nous avons déjeuné avec Armand et Suzanne et sommes arrivés pour dîner ici. Cette semaine dernière a été bien occupée, lessive, repassage, raccommodage, pas mal de cuisine. Dimanche, mes parents sont revenus de Bretagne, où ils étaient depuis une dizaine de jours, je les ai reçus à dîner et j’ai été particulièrement occupée car Marie n’était pas là et j’avais tout à faire. Lundi, nous sommes allés à Montaigu voir les Guillaumé… Mardi chez les Gourraud, repas de baptême du petit Pierre, les deux bébés ont été d’une sagesse remarquable. Tout le reste de la semaine, beaucoup de couture, de cuisine… j’ai pu m’échapper hier pour aller voir Mme Bonnaud chez qui j’ai trouvé Mme Lucas. Jeudi, je suis allée à la maison, Jacqueline m’a joué la plus grande partie de « Samson et Dalila » il y a des passages merveilleux, le chœur des Hébreux, la prière de Samson dans sa prison sont d’une beauté achevée, il y a bien longtemps que je n’ai pas touché à mon violon, et cela me coûte plus que je ne saurais dire.
Jean pousse à merveille, il a maintenant quatre mois, pèse 12 livres 270, il est toujours gai et bien portant, on ne se lasse jamais de le contempler et de jouer avec lui. Ma bonne est à peu près au courant, je vais pouvoir me reposer un peu ; nous partons demain soir pour Nantes.
Samedi 30 juillet
Armande a eu une petite fille ; depuis quinze jours, elle était à la clinique et attendait avec impatience le grand événement, j’ai appris la nouvelle ce matin, par Mlle Armande que j’ai trouvée à la boucherie, tous doivent être bien contents.
Reprenons un peu cette semaine ! samedi après-midi j’ai eu la visite de Pierre Bouliau, qui est resté assez longtemps, il est revenu le lendemain avec Geneviève et petit Claude. Dimanche matin, j’étais bien prise par mes préparatifs de départ, d’autant plus que nous devions emporter bien des choses pour le mariage, nous sommes partis vers 5 heures, avons retrouvé à Nantes toute la famille de Luçon, puis Armand et Suzanne et dîné ensemble. Lundi,… journée très fatigante, il a fallu faire à cause de Jean quantité d’allées et venues, d’abord à 9 heures, nous sommes allés chez Mauduit saluer les mariés, puis revenus donner une tétée à Jean, nous sommes allés à la mairie, à l’église, puis nouvelle tétée, une autre encore après déjeuner, puis nous sommes revenus définitivement pour 7 heures. J’étais contente de ma toilette et de mon chapeau, la mariée était gentille et sympathique, le déjeuner très bon.
Mardi nous sommes partis de Nantes après le bain, emmenant Mère et Madeleine, et arrivés ici pour déjeuner, depuis, il y a eu bien à faire, c’était la semaine de la lessive … Nous irons aux Sables dans le courant de la semaine prochaine, cela me fera du bien… j’ai eu ces jours-ci bien des peines, des choses douloureuses qui me font très mal, et celle qui les cause ne se doute certainement pas du chagrin qu’elle me fait !
Trois jours de pluie à la suite, temps gris et nuageux…
Les Sables, vendredi 5 août
Nous voici depuis hier ici, et j’ai repris possession de ma chambre de jeune fille, seulement nous sommes trois maintenant, le berceau de Jean étant placé près de mon lit, je compte passer ici presque tout le mois… et cela me fera grand bien, … besoin de repos, de détente d’esprit, de sommeil, je ne profiterai guère du théâtre ni du Casino, mais surtout de la plage et du grand air de la mer. Cette semaine a été très vite passée, dimanche j’ai fait quelques visites indispensables, lundi soir, Armand et Suzanne nous sont arrivés, mardi nous avons assisté au mariage de La Mothe, nous avions une jolie messe et une gentille mariée, le repas était à La Roche, il y a eu deux toasts, l’un de M. Manereau ? ? ? sénateur de Maine et Loire, l’autre de M. Sorier ? ? ? oncle du marié, la jeunesse a dansé et nous sommes rentrés vers 8 heures. Mercredi, tout le monde nous a quitté après déjeuner et jeudi matin j’ai fait mes bagages, avec infiniment de plaisir.
J’ai eu quelques jours pénibles à traverser, d’abord, une grande fatigue physique qui influait sur le moral et me rendait incapable de toute réflexion, de toute pensée, de tout effort… lorsque je réussis tout va à merveille et je suis heureuse, mais pour in insuccès tout me dégoûte, et dans ces moments-là il me vient une nostalgie profonde de tout ce que j’ai tant aimé autrefois, la lecture, le travail intellectuel, les choses d’art, mais je crois qu’au fond je n’y trouverais plus la satisfaction intime que j’y goûtais, car là n’est plus mon devoir… d’ailleurs j’ai aussi des joies infiniment profondes…
Reçu dernièrement une lettre de Jeanne, une de Suzette, rien d’Andrée depuis quelque temps.
Jeudi 11 août
Maman et Jacqueline viennent de sortir faire leur tour de Remblai, Jean a pris sa tétée et va s’endormir paisiblement… Jacques est parti hier pour Le Poiré, il ne reviendra que dimanche…
Cette semaine a passé bien rapidement, ici je me laisse vivre et me repose, il me semble bon de ne pas avoir constamment le souci de la maison ; tous les matins, je fais avec Jean un tour d’une heure sur le Remblai, l’après-midi, quand il fait beau, je vais le plus longtemps possible sur la plage, avec un livre ou un ouvrage… malheureusement, nous avons eu jusqu’ici peu de belles journées, et j’ai dû employer plusieurs après-midi pour faire des courses. Vu plusieurs personnes de connaissance, les Guillaumé lundi, Mimi Léveillé hier matin, Mme Eugène Dugast et Mme Logeais hier après-midi, M. Touzain lundi également.
Jean a aujourd’hui un peu de diarrhée… il est gai et dort bien… Jacques doit trouver le temps bien long sans son petit chéri, j’espère qu’il viendra dimanche et restera quelques jours la semaine prochaine
Mardi 16 août
Je ne suis pas sortie tantôt, les Loizeau nous ont annoncé leur visite, et il faut rester à les attendre, je le regrette, car il fait beau… rien de très nouveau depuis jeudi, vendredi j’ai passé presque toute mon après-midi sur la plage, nous avons vu un peu Marguerite et Mme Dugast. Samedi matin j’ai pu faire une bonne promenade avec Jean, mais l’après-midi, le temps s’est mis à la pluie, et, après une courte visite à Marguerite, je suis rentrée…dimanche… c’était la tempête, l’après-midi j’ai fait un peu de musique avec Jacqueline, Jacques est arrivé, puis je suis allée avec Maman chez Mme Godet.. Hier matin j’ai fait comme de coutume une promenade avec Jean…
Dimanche 26
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 26 aout 1927 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Temps affreux, tempête, la mer est houleuse, la pluie fait rage et cingle les vitres, la bouée de La Chaume fait entendre des hurlement lugubres et prolongés, c’est une saison lamentable…
Reprenons un peu cette semaine : mardi nous avons donc eu la visite des Loizeau, puis des Bourmaud, qui partaient lorsque nous avons eu la surprise de voir arriver Menine, Françoise a suivi et nous a raconté qu’elles venaient d’arriver toutes trois et étaient installées rue Napoléon, tout à fait derrière la maison, et comptaient rester ici jusqu’aux premiers jours d’octobre, bien entendu les entrevues avec Benjamin ont recommencé, et les promenades sentimentales ont lieu chaque matin, mais on ne dit rien, Françoise voudrait qu’on questionne, mais nous ne sommes pas disposés à le faire et attendons les événements ; en tous cas le mariage ne se fera pas pour septembre comme il avait été dit, ou bien il serait temps d’en faire part ! Françoise est plutôt plus gentille et naturelle avec moi que ces années dernières, mais je me tiens sur ma réserve, car il y a entre nous quelque chose d’irrémédiablement brisé et la confiance que j’avais n’existe plus ! Je comprends bien qu’on ne soit pas obligé de faire ses confidences à tous, mais je n’admets pas qu’on dise autre chose que la vérité ! Françoise devrait comprendre que si nous l’avons avertie de certaines choses c’était uniquement dans son intérêt !… Mais assez sur ce sujet…
Mardi, vers 5 heures, nous avons fait Jacques et moi, une délicieuse promenade vers le Puits d’Enfer et Saint Jean l’Orbestier, Jacques ne connaissait pas la côte et a été étonnée de la trouver si intéressante, il faisait beaucoup de vent, mais le temps était ensoleillé, la mer superbe… Mercredi matin, Jacques nous a quittés, j’ai fait mon habituel tour de Remblai, l’après-midi, nous avons vu Berthe assez longuement, puis Mmes Godet, Dory et Mlle Marie Bourmaud. Jeudi soir, Jacques est revenu ; vendredi, toujours entre deux tétées, nous avons fait avec Jacqueline une bonne promenade à Cayola… Hier matin, j’ai pu promener Jean malgré le temps menaçant et hier après-midi nous avons fait quelques tours de plage et de Remblai. Jacques doit revenir ce soir.
Je lis un peu ces jours-ci, il y a des choses intéressantes dans la Revue des Deux Mondes, un roman de Colette Yver, des « Souvenirs d’une petite fille « de Gyp, des articles sur Venise d’Henri de Régnier. Comme lecture sérieuse j’ai « Ma Messe » de l’Abbé Grimaud…
Mon lait a beaucoup augmenté, aussi petit Jean a fait le gourmand ce qui lui a donné la diarrhée, je le rationne et il est déjà mieux, il est de plus en plus mignon et amusant, rit toute la journée, veut jouer, mais pousse des cris de désespoir quand on le quitte…
Dimanche 28 août
Temps merveilleux aujourd’hui… c’est la seconde belle journée du mois… Jean vient de faire son tour de remblai, je le sors le plus possible… le pauvre petit a été un peu fatigué cette semaine, mercredi je l’ai pesé et j’ai constaté qu’il n’avait presque pas pris de poids, bien ennuyée, j’ai fait venir le docteur Palas, qui m’a dit que Jean avait un peu d’entérite, mais peu grave, puisqu’il est nourri au sein, on lui a fait prendre mercredi un peu de sulfate de soude et on l’a privé un peu pendant deux jours, le pauvre petit était bien sage et patient, il criait un peu la faim, mais dormait bien, c’était moi la plus gênée, je ne savais pas quoi faire de mon lait et c’était pénible, le docteur est revenu vendredi, il a ordonné à Jean de prendre un peu de Lactiol et permis 150 gr de tétée, il est enfin revenu ce matin… encore quelques jours et il n’y paraîtra plus rien, bien entendu, j’ai écrit à Jacques tous les jours pour le tenir au courant… il revient ce soir…
Rien de très neuf toute cette semaine, une visite des Dodin Vendredi, Passé hier et avant-hier deux après-midi délicieuses à la plage, hier surtout…
Reçu cette semaine une lettre d’Andrée, elle rentre comme institutrice chez Mme d’Arexy aux Esssarts. Rencontré ce matin Pierre et Geneviève.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 29 aout 1927, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Conversation entendue il y a quelques jours sur la plage : « Suzanne ne tenait pas à nourrir Bernard, elle était bien ennuyée par la perspective d’être empêchée de sortir pendant des mois, très prise, privée de distractions, mais Henri avait des théories formelles : une mère doit nourrir son enfant !… enfin tout s’est arrangé pour le mieux, le lait de Suzanne n’a pas été suffisant et elle a pu donner des biberons !… » J’aurai eu honte de me dérober volontairement à un devoir sacré pour toute mère.
Mercredi 31 août
Nous partons après demain, voilà nos vacances finies, il va falloir me remettre au travail… mon séjour ici, ne m’a pas apporté tout le bien que j’en attendais, j’ai peu d’appétit, des vertiges et je me sens fatiguée pour un rien…
Dimanche, il faisait donc un temps merveilleux, je suis allée à la plage de bonne heure après le déjeuner et je suis rentrée vers 3 heures et demie pour la tétée, Jacques venait d’arriver, nous avions à peine causé quelques minutes, que nous avons eu la surprise de voir arriver Mère et Madeleine, avec Armand, Suzanne et Michel, Armand ayant quelques affaires ennuyeuses, avait voulu consulter Jacques, après un moment de délibération, Jacques a décidé de partir avec eux à Nantes pour repartir le lendemain ! j’ai eu une grosse déception, je métais promis une telle joie de cette réunion, et cela me volait une journée ; enfin Jacques pouvait rendre service à son frère et je l’ai encouragé moi-même à partir… Tantôt, je suis allée voir Simone et Odette Parent, après-demain je serai chez moi…
Le Poiré 11 septembre
Tant de jours de passés déjà ! il a fallu une réinstallation ici, remettre tout en place et reprendre le fil de mes occupations ; j’ai éprouvé une joie très vive à me retrouver chez moi…
Mère est avec nous depuis jeudi, Madeleine viendra peut-être dimanche prochain, mes parents et Jacqueline ont passé la journée d’hier ici ainsi qu’Oncle Alfred ; dimanche j’ai assisté à la kermesse organisée pour les écoles, à l’occasion de la fête, j’ai fait quelques visites, vu Armande, marguerite et c’est tout. Jean n’est pas encore guéri, voilà longtemps que cette fatigue se prolonge, il a eu au début de la semaine une nouvelle poussée d’entérite… Le docteur Lucas craint que mon lait soit devenu mauvais, et on lui donne maintenant deux biberons de lait de chèvre, le premier jour, il n’a rien voulu savoir et il a fallu lui donner à la cuiller, le second jour il a mieux pris et maintenant cela va tout seul, espérons que cela lui fera du bien.
Samedi 17 septembre
Jean a aujourd’hui six mois, … c’est un enfant très éveillé, gai, souriant avec un petit air malin amusant au possible, il jase de tout son coeur, s’amuse avec ses petits jouets, dort à merveille et prend de bonappétit, son entérite va mieux, il a pris la semaine dernière 170 grammes… Mère est avec nous quelques jours encore, Madeleine nous arrive tout à l’heure, mes parents et Jacqueline ce soir également ; tous vont être contents de revoir le petit chéri ; il prend maintenant 4 biberons, mais cela ne durera pas longtemps, mon lait s’en va et je serai bientôt obligée de cesser tout à fait, moi qui aurait été si heureuse de continuer encore quelque temps…
Mercredi matin, nous sommes allés à la messe de mariage d’Yvonne Dorion et l’après-midi à La Roche ; hier, j’ai passé l’après-midi chez Armande. J’aurai pas mal à faire la semaine prochaine, nous recevons lundi ou mardi la famille de Luçon, nous avons quelques voyages à faire et les ouvriers sur le dos pour l’installation du chauffage.
Vendredi 23
Temps affreux… on se croirait en novembre ! à côté de moi ; petit Jean reste bien sage dans son chariot, deux doigts dans sa bouche… Quoi de neuf cette semaine ?… dimanche, il fait un temps lamentable, nous avons vu Pierre et Geneviève un moment ; après leur départ, ne pouvant tenir en place, nous sommes sortis, Madeleine, Jacques et moi, et avons fait un bout de promenade sous la pluie. Lundi nous avons passé la journée à Rocheservière, où nous avons vu toute la famille de Luçon, il ne faisait pas bien beau, mais nous avons pu rester un bon moment dans le jardin et faire un tour de bateau sur la Boulogne, il y a des coins charmants, et j’étais heureuse de voir cela avec Jacques qui me racontait des souvenirs d’enfance en me montrant tous ces endroits familiers. Mardi, nous avons fait des visites de famille à Saint Denis et à Belleville et Madeleine nous a quittés. Mercredi, c’était la fête de l’Adoration… l’après-midi j’ai assisté aux Vêpres… il y a plus d’un an que j’en avais été privée et retenue ici, j’ai été heureuse de chanter à nouveau les psaumes et surtout d’assister à la procession et à la bénédiction du Saint Sacrement.
Hier, de nouvelles visites de famille à Commequiers puis à Apremont. Mère est tantôt avec Jacques à Palluau, elle nous quitte demain.
Jean ne prend maintenant que du lait de chèvre, j’ai dû le sevrer tout à fait et cela m’a beaucoup coûté… il tend maintenant son petit bec vers le biberon et prend avec appétit, il le digère bien et c’est l’essentiel, il est toujours sage et mignon.
Dimanche 2 octobre
Nous partons tout à l’heure pour Nantes… je compte rester là-bas jusqu’au milieu de la semaine, il faut que je m’occupe de toilettes d’hiver et j’aurai bien à faire. Mère a pu trouver là-bas du lait de chèvre, aussi emmenons-nous Jean, il m’aurait été » trop dur de le laisser derrière moi, je ne l’ai encore jamais quitté.
Passé une bonne semaine bien remplie… Dimanche… j’ai pris un peu mon violon, l’après-midi. Mardi, j’ai reçu Armand et Suzanne qui venaient rentrer Michel, ils sont partis assez tôt et j’ai pu travailler un bon moment près de Jean ? Mercredi, passé une partie de l’après-midi chez Armande. Vendredi, courses à La Roche, nous sommes allés voir le jeune pensionnaire, qui paraît bien habitué…
Reçu dernièrement une charmante lettre de Marie qui m’envoie des photos de ses enfants et des détails sur eux.
Dimanche 23
Trois semaines sans rien écrire, et tant de choses pendant ce temps-là ! d’abord, mon séjour à Nantes s’est prolongé beaucoup plus que je pensais, puisque je suis restée là-bas quinze jours, et depuis mon retour, lundi dernier, j’ai eu tant à faire que je n’ai pu avoir de temps à moi ; nous avons en ce moment l’équipe Cortella qui nous installe le chauffage central, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai prolongé de huit jours mon séjour à Nantes, la maison étant dans un état lamentable, de plus, depuis vendredi, les maçons ont entrepris le crépissage de la façade, et on ne peut ouvrir les fenêtres sur la rue, c’est tout juste si on y voit !
Mon séjour à Nantes s’est bien passé, la première semaine j’ai été prise par toutes sortes de courses, d’essayages, la seconde semaine, étant moins prise, j’ai pu me promener un peu ; je suis allée quatre fois au théâtre : Faust, La Veuve Joyeuse !… Manon, Hérodiade, et au quatre fois, j’ai pris très grand plaisir ; la seconde fois, j’ai rencontré Jeanne Gallonier, avec qui j’ai causé un grand moment, elle est mariée à un Docteur Crochet et habite Soullans, sa sœur Camille vient d’entrer à Saint Vincent de Paul.
Je suis allée voir Mme Houdbine, je suis aussi montée à Chavagnes où j’ai vu assez longuement Madame et Mlle Clergeaud, mais Mlle Otto n’y est plus, elle est maintenant à Cannes… Un samedi, je suis allée avec Madeleine, par je bateau, jusqu’à Indret et la Montagne, et cette promenade m’a vraiment intéressée, le mouvement du port, le chargement et le déchargement des navires, les docks, les usines qui bordent la Loire !… il y a vers Roche-Maurice trois ou quatre voiliers qui servaient au transport des nitrates du Chili, ils sont maintenant tout blanchis par les saisons, abandonnés, ils portent les cicatrices de leurs traversées anciennes et on dirait des squelettes fantômes d’un temps disparu…
Jean a maintenant 7 mois, il est de plus en plus intéressant et mignon… il a fait à Nantes deux vilaines crises d’entérite et j’étais bien ennuyée, ces jours-ci il est beaucoup mieux et toujours gai… en ce moment il joue avec son mouchoir et jase, il a pris bien du poids ces temps derniers et pesait mercredi 15 livres 045, je le mets en ce moment au lait de vache, mais tout doucement… Pour moi, je suis maintenant forte et bien portante… j’ai encore passé à Nantes des moments bien durs, et j’ai eu des épreuves très secrètes et douloureuses… je travaille de toutes mes forces, je ne sais si je réussis, je sacrifie mes goûts pour les autres, pour ce qui est de mon devoir…
Cette semaine j’ai fait une grosse lessive, mercredi, nous avons déjeuné à la maison avec les Gouraud de Vieillevigne; quand les ouvriers seront partis, il faudra cirer et nettoyer la maison, puis je compte avoir les Lego et Andrée vers l’Armistice…
Dimanche 6 novembre
J’ai été interrompue l’autre soir par une visite de Mme Edmond, et depuis n’ai eu une minute pour écrire…ma semaine a été bien employée, avec les ouvriers sur le dos, des raccommodages et une après-midi chez Armande. Le dimanche, nous avons eu à déjeuner Mère et Madeleine avec Armand et Suzanne qui devaient repartir le soir, mais se sont décidé à rester ; le lendemain, nous sommes allés à Luçon, où nous avons passé une excellente journée ; mardi, c’était la Toussaint… je suis allée au cimetière avec Jacques…, l’après-midi, nous sommes allées à Palluau et Madeleine nous a quittés le soir. Mère est restée avec nous jusqu’à Vendredi ; aujourd’hui, nous avons eu à déjeuner Armand, Suzanne et Michel. J’ai beaucoup travaillé cette semaine, fait de mon mieux, je ne suis pas toujours arrivée à un résultat satisfaisant alors qu’une autre aurait réussi… j’ai encore eu quelques moments très douloureux, humiliations de toutes sortes… affreusement pénibles !…
Il a plus toute la journée, une pluie d’automne fine et triste… Nous avons eu cette semaine des jours merveilleux, j’en ai profité pour faire de bonnes promenades avec Jean…
Dimanche 20 novembre
Une demie heure à moi avant de partir aux Vêpres… Reprenons un peu !…
Ma première semaine a été très occupée, je voulais que la maison soit à peu près en ordre pour l’arrivée de Jeanne et de son mari, et tout était affreusement sale, j’ai pris une femme deux jours pour cirer, et fait le reste avec Marie… Jeudi soir nous avons allumé le chauffage, c’était grand temps, car le froid arrivait, et depuis, c’est un tel confort et un tel agrément que je me demanderais presque comment nous avons pu nous en passer jusqu’ici.
Les Lego sont arrivés vendredi vers 5 heures, j’ai été bien contente de voir Jeanne qui est toujours la même, simple et gaie, son mari est lui-même très sympathique et gentil ; nous avons passé une bonne veillée, tout en causant et évoqué bien des vieux souvenirs communs, samedi matin, nous sommes sortis faire une courte promenade, l’après-midi nous sommes allés voir la fin de la pêche de la Jarrie, et de là, nous sommes allés chercher Andrée à la Bralière ? ? ?, Mme d’Arexy nous a reçu très aimablement, mais nous avons vite pris la route du retour… Le lendemain, … les Lego sont partis, mais Andrée est restée jusqu’au lendemain matin, ce qui nous a fait une bonne journée à passer ensemble ? Depuis j’ai eu de nouveau beaucoup à faire, rangements, lessive, raccommodage, repassage… je suis peu sortie, quelques promenades avec Jean… J’ai lu un peu, l’Illustration, quelques revues, j’ai pour cela quelques minutes à moi après déjeuner, pendant que Jean dort…
Jean a maintenant huit mois et pèse 15 livres 320… il prend maintenant des bouillies, avec beaucoup d’appétit, pendant les repas, je l’assieds dans sa petite chaise et il nous fait passe de biens bons moments, et au-delà, les occupations, les distractions qui m’ont été chères et que j’ai dû abandonner…
Dimanche 27 novembre
Encore une semaine très chargée… j’ai fait faire une grande lessive, aussi j’ai eu beaucoup d’ouvrage… heureusement qu’il (Jean) est sage et facile, il ; joue dans son berceau sans m’appeler, il n’y a que lorsque la nuit vient, il n’aime pas rester seul à ce moment, je vais le retrouver, je l’assieds, lui donne ses jouets et m’installe à coudre près de lui… Mercredi Jacques était à Nantes avec Papa, j’ai déjeune et passé une partie de l’après-midi à la maison, j’ai pu faire une bonne promenade avec Jacqueline… Vendredi, journée splendide…
Tous ces soirs derniers, j’ai repris mon ancienne habitude de tricoter en lisant, c’est pour moi… un grand moment de détente. J’ai repris mon violon quelquefois, j’ai les doigts rouillés, mais je les sens revenir peu à peu et jouer est pour moi un si grand plaisir…
Mes parents et Jacqueline partent aux Sables demain pour une quinzaine, nous comptons voir tantôt Armand et Suzanne.
4 décembre
… La semaine a été très chargée, fertile en événements imprévus !… Nous attendions donc Armand et Suzanne pour passer une partie de l’après-midi, et à 5 heurs personne, si bien que je me suis mise en route pour aller voir Mme Edmond, entre temps j’avais eu la visite de Mme Tenailleau ; en rentrant j’ai trouvé ici Andrée Boyer et sa fille ! un peu après six heures, coup de sonnette ! Mère, Armand et Suzanne ! qui ayant trouvé Michel grippé, avaient préféré rester jusqu’au lendemain pour voir le docteur ; il a fallu préparer les chambres, organiser un dîner ! Lundi matin, Armand part à Thouars, laissant à La Roche Suzanne qui devait rentrer ici le soir ; après déjeuner, Mère et Jacques partent à Palluau surveiller quelques réparations, en passant, ils rentrent chez Tante Mathilde lui dire bonjour et apprennent qu’elles venait de mourir ! Mardi, il a fallu aller à La Roche s’occuper de mon deuil, il faisait très froid et je suis revenue gelée. Mercredi, je pensais avoir une après-midi un peu tranquille, quand Chiron est venu m’appeler, Marie venait de s’ébouillanter les pieds avec la bassine à vaisselle, il a fallu chercher le docteur, Sœur Sainte Anne, puis je suis allée chercher Lisa, nous avions le soir, Armand, Suzanne et Madeleine. Jeudi matin, c’était l’enterrement , depuis il y a eu bien à faire, avec Marie presque immobilisée, Lisa nous est venue vendredi, mais par hier, Mère nous a quittés aussi, si bien que tout retombe sur moi…je n’ai un peu de tranquillité que dans les promenades que je fais avec Jean…
Jean est toujours sage et mignon, il s’assied maintenant dans son berceau et prend deux bouillies.
Dimanche 11 décembre
Ce n’est que le dimanche que j’ai le temps d’écrire un peu, pendant la semaine mes journées sont trop remplies… Cette semaine a été cependant un peu plus tranquille, Lisa a pu venir lundi et mardi, pendant ce temps le pied de Marie guérissait, et, mercredi, elle a pu reprendre son service… avec quelques précautions…
Chaque jour, je suis sortie promener Jean, malgré le temps… brumeux, couvert avec un vent froid et cinglant, bien enveloppé dans une grande pèlerine, le petit chéri ne craint rien et sa frimousse, sous son bonnet blanc, est rose comme une églantine, je suis quelquefois passée prendre Marguerite et nous avons fait route ensemble. Mardi, j’ai vu quelques instants mes parents et Jacqueline qui allaient à La Roche déjeuner chez Charlotte, nous étions invités aussi, mais avons dû refuser à cause de notre deuil…
Jean dont en ce moment, il est toujours bien sage et très amusant, il commence à dire « papa » ; pendant les repas, nous l’asseyons dans sa grande chaise et il veut attraper tout ce qu’il voit sur la table, il a pris beaucoup de poids cette semaine et pèse maintenant 16 livres 370.