Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

La première année entière de mariage, et c’est une année de corps : deux grossesses, une fausse couche, une immobilité de six mois.

Andrée a vingt-trois ans, elle tient maison au Poiré, à cent mètres de chez ses parents, dans une bâtisse qu’on répare du premier jour au dernier — tranchées dans la cour en janvier, tapissiers au printemps, tapis du salon en août, meubles livrés en novembre. Le journal, qui racontait des lectures et des concerts, raconte désormais des lessives, des confitures, une bonne congédiée, une autre formée.

Le 24 janvier, elle croit être enceinte et ne l’est pas : « tous nos beaux espoirs ont coulé, la déception a été atroce ». Le 1<sup>er</sup> mars, elle l’annonce pour de bon — « notre chère espérance, qui est presque une certitude, d’avoir avant la fin de l’année un petit être à chérir ». Fin avril, elle fait une fausse couche, racontée posément le 30 avril, une fois relevée. Le 25 juillet, troisième temps : « je crois avoir de nouveau des espérances de maternité… l’auto me sera interdite, aussi je ne bougerai pas d’ici jusqu’au bout et ma saison aux Sables est dans l’eau ! »

Elle tient parole. À partir d’août, elle ne sort pratiquement plus : chaise longue, jardin, une promenade au bout du chapelet. C’est la première année depuis 1917 où elle ne va pas aux Sables, et le journal en garde une trace physique — Jacques lui rapporte de Brétignolles « un bouquet d’oeillets des dunes et d’immortelles… la senteur des dunes et de la mer que je ne verrai pas cette année ».

Autour d’elle, l’année défait des choses. Son amie Andrée Jaffré, mariée le même jour qu’elle et partie au Canada, se tait six mois puis devient veuve à vingt-trois ans. Charles Yvernogeau, le voisin de vingt ans, meurt de phtisie en novembre. Avec Françoise, sa meilleure amie d’avant, il y a désormais « quelque chose d’irrémédiablement brisé ». Et l’ensemble de meubles qu’elle aimait, dans la maison de ses parents, a été déplacé : « c’est fini, cet ensemble que j’aimais est détruit, désagrégé ».

En regard, elle se met à chercher ses morts plus anciens. Trois fois dans l’année, elle fouille la généalogie — avec son père, puis dans les papiers de l’étude, où elle trouve le testament de sa trisaïeule. Le 29 septembre : « je marche sur les dalles qu’elle a foulées… c’est une joie pour moi que de continuer la chaîne de la famille sous le toit même où mes aïeux ont vécu. »

Un avertissement de lecture, enfin : il y a deux Berthe en 1926, souvent dans la même entrée. Berthe Gendreau, l’amie, qu’on reçoit et qui se marie en avril ; et Berthe la bonne, à qui l’on donne « un coup de main au moment du déjeuner » et que Jacques congédie fin avril. Rien dans le journal ne les distingue que le contexte.

Résumés de période

Les travaux et le voyage à Lyon — janvier et février

L’année s’ouvre sur la pluie et les ouvriers : « nos travaux n’avancent pas… mais… j’ai du soleil plein le cœur ». Le 24 janvier, la fausse alerte de grossesse ; le lendemain d’une journée « vraiment douloureuse et crucifiante », elle passe l’après-midi à Apremont où « la vue des deux petites filles de Jeanne me déchirait le coeur ». Du 9 au 16 février, quinze jours à Lyon avec Jacques, à qui elle montre sa ville — Fourvière, Ainay, la Croix-Rousse — et le mariage du cousin Henri, où ils sont trente-cinq au cortège, cent quarante à déjeuner et quatre cents le soir, « il était bien impossible de danser ». Au théâtre, Werther : « les voix étaient superbes… quoique Werther ne fût pas suffisamment romantique à mon gré ».

Deux mariages, puis la fausse couche — mars et avril

Le 1<sup>er</sup> mars, elle a la grippe et regarde passer de sa fenêtre la procession de clôture de la mission : « dix huit bœufs, les cornes garnies de papier doré, le joug enguirlandé de verdure et de roses de papier ». C’est dans la même entrée qu’elle annonce sa grossesse. Suivent deux noces à la file, le 7 et le 8 avril — Berthe Gendreau, puis sa cousine Charlotte, à qui elle joue un morceau de violon : « mon morceau de violon a bien marché ». Puis, le 30 avril, le récit fait après coup : un déjeuner où elle se sent souffrante, le docteur, deux jours de lit, la nuit de douleurs, « le docteur est venu et m’a dit que j’allais faire une fausse-couche ». Le même soir, Jacques congédie la bonne. Quelques jours plus tard : « Françoise Boisseau est depuis hier maman d’un petit Jacques, et cette nouvelle m’a bouleversée ! »

La maison à tenir — mai à juillet

Sans domestique, elle fait la cuisine et le ménage elle-même, puis forme Irma, entrée à la mi-mai. Le 6 juin, première grosse lessive à la machine à laver : « le résultat est très bon, le système très commode, mais nous ne sommes pas très habituées ». Voyage au Mont Saint-Michel et à Saint-Malo en juin, dont la transcription ne garde qu’un mot — « voyage… ». Le 18 juillet, à La Roche, elle prend le volant pour la première fois, « cela m’a beaucoup amusée ». Le 20 juillet, avec Jacques, elle passe l’après-midi dans les papiers de l’étude, années 1760 à 1793 : délibérations communales, et « le testament de ma trisaïeule, c’est extrêmement curieux et passionnant ». Entre deux entrées, elle note le cours de la livre — 156 en mai, 200 le 18 juillet, 235 le 25 — et la valse des ministères : Briand tombe, Herriot dure deux jours, Poincaré reprend la main.

Le silence du Canada — juillet à septembre

Le 11 juillet, six mois sans nouvelles d’Andrée Jaffré : elle court à Chavagnes voir Mlle Otto, puis rue du Pont-Sauvetout interroger une cousine, qui parle de simple négligence — « je trouve tout cela très étrange, et je ne sais quoi penser ! » Une lettre arrive le 30 juillet, écrite avant le drame. Le 11 septembre, la vraie nouvelle : le mari est mort le 30 juillet, « dans une crise d’étouffement, sans avoir repris connaissance, sans un mot d’adieu, rien ! Veuve au bout de onze mois de mariage, à 23 ans. » Pendant ce temps, l’été d’Andrée est immobile : alerte le 13 août, chaise longue, lectures en quantité, et le 17 août cette scène minuscule où sa prière du soir dans le jardin est coupée par « le maudit piano se mettant à jouer : “Mes parents sont venus me chercher…” ».

L’automne de l’attente — octobre à décembre

Le 15 octobre — entrée que la transcription place après celle du 19, dans le désordre du cahier : « j’ai senti, pour la première fois, mon enfant remuer en moi ». Elle va mieux, ressort, brode une couverture de berceau au filet pendant des semaines, et décrit le 24 octobre le petit bureau où elle rêve d’installer le berceau. Le 19 novembre, Charles Yvernogeau meurt ; l’enterrement est le lundi suivant. Noël se passe en famille, une seule messe de minuit « car je ne voulais pas me fatiguer », et l’année finit dans les cartes de vœux et le brouillard.

Entrées notables

  • 24 janvier — La fausse alerte : « tous nos beaux espoirs ont coulé ».
  • 15 février — Lyon montré à Jacques, le mariage d’Henri et Werther.
  • 1<sup>er</sup> mars — Les dix-huit bœufs de la procession, et l’annonce de la grossesse.
  • 20 mars — Les meubles déplacés chez sa mère : « cet ensemble que j’aimais est détruit, désagrégé ».
  • 9 avril — Deux mariages en deux jours, et la bonne qui s’en va le soir même.
  • 30 avril — La fausse couche, racontée une fois relevée.
  • 18 juillet — Elle conduit pour la première fois.
  • 20 juillet — Le testament de la trisaïeule, dans les papiers de l’étude.
  • 25 juillet — La seconde grossesse, et l’été sacrifié : « ma saison aux Sables est dans l’eau ! »
  • 19 août — La rupture avec Françoise : « quelque chose d’irrémédiablement brisé ».
  • 11 septembre — Andrée Jaffré veuve à vingt-trois ans.
  • 29 septembre — « Continuer la chaîne de la famille sous le toit même où mes aïeux ont vécu. »
  • 15 octobre — L’enfant remue.
  • 19 novembre — Mort de Charles Yvernogeau.
  • 24 décembre — Les fiançailles de Suzanne, qui s’embarquera en février pour le Congo.