Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Mardi 3 janvier
Je prends aujourd’hui quelques instants de congé…
Reprenons un peu les dernières semaines écoulées : les premiers jours, rien de très neuf, quelques visites, quelques promenades, le train de maison habituel ; le samedi, le temps s’est mis au froid avec un grand vent glacial qui pénétrait partout, même en poussant la chaudière, nous ne pouvions nous réchauffer ; malgré cela nous sommes partis le lendemain pour Nantes… je suis restée la semaine à Nantes, où j’ai fait quantité de courses, essayages et achats. Jacques est rentré ici le mardi et devait revenir à Nantes le samedi soir, pour passer la veillée et le jour de Noël en famille, mais, Tante Caillé étant morte le jeudi, et enterrée le dimanche soir, il a dû rester pour assister à l’enterrement, notre Noël a donc été gâté, et, le samedi soir, on entendait sonner les cloches de Nantes en voyant la ville illuminée, toutes les maisons en fête, j’avais le coeur serré de le savoir tout seul dans la maison vide. Nous sommes allées, Madeleine et moi, à la Messe de Minuit de Saint Similien, où nous avons entendu des chants intéressants et deux beaux morceaux de violon, nous avons fait ensuite un petit réveillon, pendant ce temps, le Petit Jésus était passé et s’était montré généreux. Nous sommes rentrés ici le mardi et, depuis, j’ai eu bien à faire, d’abord une lessive et ensuite la fastidieuse corvée des lettres et cartes du Jour de l’An…
Le Jour de l’An, j’ai été très prise, d’abord je n’avais pas Marie, partie chez elle jusqu’au lendemain matin, ensuite des métayers toute la matinée, et enfin les visites obligatoires à Palluau, à Tante Abel. Aujourd’hui Jacques est absent pour toute la journée aussi j’ai déjeuné chez mes parents, mais je pense voir tantôt Armand et Suzanne qui doivent rentrer Michel à Richelieu.
… A Nantes, quelques moments bien pénibles et pas mal de découragement surtout après une épreuve que j’ai eue, je suis allée consulter le Docteur Grosse pour une petite boule que j’ai au sein gauche, il dit que ce n’est rien, mais qu’il faut quand même mieux l’enlever et la perspective d’une opération si petite soit-elle, effraie toujours et donne à penser ! Depuis, passé quelques bons moments, avec Jacques et mon petit Jean… depuis quelques jours, je n’ose plus le laisser seul dans son berceau, il se lève presque debout et manque de tomber, il va bientôt commencer à être fatigant.
7 janvier
… Une grande nouvelle à Lyon : Suzanne attend un second bébé, pour mai ; Josée Lancelot pour février ; Marie-Antoinette Bonnaud pour avril…
Dimanche 15 janvier
Je suis tranquille pour un petit moment, Maman promène Jean … la première dent est percée depuis mardi, c’est tout un événement…
Reprenons un peu cette semaine : dimanche j’ai pu m’échapper et assister à la grand’messe, c’était l’Epiphanie…, j’ai passé une après-midi tranquille à lire et à jouer avec jean. Ma semaine a été plutôt chargée, d’abord j’ai fait beaucoup de couture, et mis en ordre pas mal de choses ; jeudi, j’ai fait des visites, puis fini l’après-midi chez Marguerite. Vendredi, je suis allée avec Jacques à Rocheservière et à Mormaisons. Mes journées sont toujours pleines, et j’ai peine à faire ce que je veux ; je me lève avant six heures et demie, je m’habille, je m’occupe de Jean, puis je descends préparer ses bouillies pour la journée ; avec quelques petites occupations, l’heure du bain est vite arrivée puis c’est la cuisine, le déjeuner, la promenade, en rentrant j’ai un bon moment, à peu près tranquille, pendant que Jean est dans son parc ; Maman et Jacqueline viennent en général vers 5 heures et demie, et jouent avec le cher petit ; nous dînons vers 6 heures et demie, puis je mets Jean en maillot et le couche, après je lis un peu et travaille, puis vers 10 heures, me couche à mon tour.
Reçu cette semaine une bonne lettre de Suzette qui est pour le moment en Irlande, elle quitte Mme Koecklin, passe une quinzaine en Ecosse, puis rentre chez la femme d’un pasteur à Douai.
22 janvier
Je n’ai guère le temps de venir ici que le dimanche, sur la semaine mes journées sont trop remplies… aujourd’hui cependant j’ai pris le temps d’assister à la grand’messe et aux Vêpres… puis nous avons fait quelques visites ensemble, Jacques et moi, c’est l’époque et il faut se conformer aux traditions.
Cette semaine a été encore bien vite écoulée ; lundi j’ai déjeuné et passé une partie de l’après-midi à la maison, nous avons fait un peu de musique, Jacqueline et moi, cela m’a fait du bien ! j’en suis si privée actuellement ! la musique est pour moi comme un rafraîchissement, un bien-être indicible !
Dimanche 29 janvier
… Dans huit jours nous partons pour Nantes pour faire ma petite opération… je pense rester une dizaine de jours…
Mercredi nous sommes allés, Jacques et moi, faire visite aux Regnauld d’Apremont, en revenant, sommes passés à Palluau, dans les deux maisons Dorion ; jeudi, je suis allée prendre le thé chez Marguerite, avec Charlotte et Mme Hervé ; vendredi, c’était chez Mlle Rivallaud, avec les Abel ; les deux premiers jours, j’ai confié Jean à Maman, mais vendredi je l’ai laissé avec son papa et marie, il a été bien sage et bien mignon ; le voilà maintenant avec trois dents, il se met debout tout seul dans son parc et se tient des grands moments ; il prend des bouillies, des panades, quelques jaunes d’œufs, il jacasse et joue toute la journée.
Fait un peu de musique lundi avec Jacqueline…
Dimanche soir 5 février
Nous ne sommes pas partis pour Nantes, Jacques qui traînait un rhume depuis quelques jours est maintenant grippé, aussi notre voyage est remis, remise aussi la petite opération… Hier, j’ai déjeuné à la maison, Jacques étant absent, puis j’ai eu Mlle Rivallaud et les Abel à prendre le thé, enfin j’ai eu la visite de tous les Gendreau et Brachet, mercredi, vu les Lucas, puis terminé l’après-midi à la maison avec Armande.
J’ai fait ces jours derniers des expériences culinaires pas mal réussies, et Jacques était content…
12 février
Jean dort, et j’ai quelques minutes à moi… Jacques est remis de sa grippe… il a repris maintenant sa vie normale et je n’en suis pas fâchée, car pendant les quelques jours qu’il a passés au lit, il a fallu monter et descendre quantités de fois… de plus quand j’étais près du papa, Jean pleurait parce qu’il était seul… Toute cette semaine j’ai travaillé le plus possible : broderie et cuisine surtout, j’ai expérimenté pas mal de plats nouveaux, le résultat n’était peut-être pas parfait, mais quelquefois ce n’était pas mauvais…
Lundi je suis allée un moment chez Marguerite goûter avec Berthe, Armande, Aline et Yvonne Belaubre ; jeudi, j’ai reçu Armande et Marguerite ; mardi et mercredi j’ai ciré la salle à manger avec Marie…
… Je me suis décidée à emmener Jean à la Bénédiction des Enfants, je l’avais fait beau et il était mignon à croquer, mais il n’a guère été sage et a pleuré très bruyamment, nous sommes allés dire bonjour à Charlotte et à Pierrot, mais les deux cousins ne s’intéressent nullement l’un à l’autre.
…Jean est en ce moment-ci debout dans son parc et s’amuse tout seul, il se promène en s’accrochant aux barreaux et en fait presque tout le tour ; sa 4ème dent est percée depuis ce matin, il est à peu près sage et toujours bien mignon, je l’ai emmené tout à l’heure à la crèche…
Dimanche 19
Temps superbe, on se croirait au mois d’avril, j’ai laissé la porte ouverte, et Jean dans son petit parc respire ainsi le bon air du dehors, seulement il ne veut pas que je le laisse seul, et dès que je tourne les talons pour aller à la cuisine, ne serait-ce que cinq minutes, ce sont des pleurs et des hurlements ; il est de plus en plus amusant et mignon, mais aussi de plus en plus rampon, et souvent bien fatigant… il a onze mois depuis vendredi… Jacques est tout à fait remis de sa grippe, nous comptons partir à Nantes dimanche prochain… Toute cette semaine… beaucoup fait d’ouvrage, pas mal de cuisine également, cela m’amuse beaucoup, et nous mangeons de bien bonnes choses. Lundi, déjeuné comme de coutume chez mes parents et fait de la musique avec Jacqueline ; jeudi, j’ai passé une partie de l’après-midi chez Armande ; vendredi, réunion chez maman, avec les Abel et Mlle Rivallaud, Jacqueline a joué la Barcarolle de Chopin, qui m’a émue plus qu’aucun morceau depuis longtemps, puis nous avons joué toutes deux la seconde partie de la Sonate de Kulhmann… Ce matin… Marie est à la grand’messe et j’ai ma cuisine à faire, mais tantôt Maman promènera Jean, ce qui fait que je me reposerai un peu ; Oncle Raymond est là depuis hier.
Mercredi 7 mars
… Je reprends… Oncle Raymond est resté trois jours avec nous ; le lundi, j’ai eu une visite, fort imprévue, de Pierre et d’Adrien Bouliau, nous avons déjeuné à la maison puis nous avons fait une bonne promenade jusqu’à la Bardinière, il faisait très chaud… Mardi, Oncle Raymond est venu déjeuner ici, il est parti vers quatre heures… le reste de la semaine s’est passé tranquillement… Nous sommes partis dimanche à Nantes et avons passé une bonne soirée avec Mère et Madeleine. Lundi matin 8 heures, départ pour la clinique… je suis montée bien sagement sur la table d’opération… je me suis réveillée vers 10 heures, Jacques était près de moi… la journée a té tranquille… Le Mardi… mère est venue me voir avec Jean… Mercredi, il n’a pas pu venir, il pleuvait, Mère est venue seule…, Jeudi, j’ai pu me faire transporter rue Guépin… J’ai fait ma première sortie dimanche matin pour la messe, puis l’après-midi, Jacques et moi sommes allés à la Visitation. Lundi matin je suis allée à la clinique me faire découdre, puis nous avons fait des courses tout l’après-midi ; hier… nous nous sommes mis en route vers 2 heures, pour arriver ici vers 4 heures, après un petit arrêt à Rocheservière… Je me sers de mon bras, mais je ne peux encore m’occuper de Jean, trop remuant, Maman s’en charge…
Dimanche 11 mars
Le temps s’est remis au froid, le soleil est superbe mais l’air est vif… depuis mercredi rien de neuf, Jean est sage et bien portant, il dort maintenant trois heures l’après-midi, et cela me donne du temps ; dire qu’il va avoir un an samedi prochain !…
Bien travaillé encore cette semaine, de toutes façons, mon bras reprend sa force peu à peu, et mes parents, partant aux Sables demain, je pourrai m’occuper de Jean…
Dimanche 25 mars
Quinze jours que je n’ai pu venir ici, le temps m’a manqué… Mes parents sont partis aux Sables le mardi 13 ; le mercredi, Jacques étant allé à Rocheservière, nous a ramené Marie Mériau, et, depuis nous avons eu un va et vient continuel de couturières, femmes de journée, journaliers ; le jeudi matin, à Saint Etienne, enterrement de Mme Ricoulleau, Jacques ne pouvant y aller à cause de la foire, il a fallu habiller Jean de bonne heure, puis je l’ai laissé à Jacqueline ; après déjeuner, c’était l’enterrement de Mlle Ordonneau… Dimanche, Marie allait à Saint Paul, j’ai assisté à la grand’messe et suis restée faire le déjeuner, l’après-midi j’ai eu un moment pour lire, puis nous sommes allés chez les Bonnaud, Mère et moi entendre par TSF la conférence de Mgr Baudrillat, extrêmement intéressante. Le matin, j’avais été bien émue par la mort presque subite de ma vieille amie Victorine Bousseau… j’ai assisté à son enterrement mardi matin. Mes parents sont venus déjeuner et passer la journée de lundi ici, ils ont dû revenir jeudi matin pour l’enterrement de M. Dodin, juste huit jours après sa belle-mère ! Nous sommes allés à La Roche deux fois, j’avais besoin chez le dentiste, ce qui m’a procuré des petites séances peu agréables ; j’ai passé une après-midi chez Armande avec Marguerite ; j’étais plus libre tous ces temps-ci, Mère étant près de nous depuis une dizaine de jours, je pouvais lui confier mon petit chéri, mais elle nous quitte ce soir…
J’ai bien travaillé encore, broderie, cuisine, Marie étant en lessive, repassage hier… Jean couche maintenant dans son petit lit, aussi j’ai démonté berceau et chariot, j’ai lavé et rangé les garnitures, il m’en a coûté de défaire ainsi ces petits nids… j’espère que Dieu … ne permettra pas qu’ils restent trop longtemps vides.
Aujourd’hui grand vent, tempête, ce matin il pleuvait a verse, mais maintenant le soleil paraît ; les marronniers du parc déplient leurs petites feuilles vertes, le printemps s’annonce.
Vendredi 30 mars
Une semaine de mauvais temps ; lundi seulement, le soleil s’est montré toute l’après-midi ; sitôt Jean réveillé, je luis ai fait prendre son biberon, l’ai installé dans sa voiture, et nous avons fait une bonne promenade ensemble ; depuis je ne l’ai pas sorti, le temps est si pluvieux, les giboulées de mars dit-on ! il est un peu enrhumé du cerveau et je voudrais pas que cela s’aggrave. Mardi j’ai fait une courte visite à Mmme Lucas, puis reçu Armande et Marguerite ; mercredi matin, le temps était incertain, cependant le soleil a paru, et nous nous sommes décidés à aller aux Sables avec Jean bien encapuchonné dans le fond de la voiture, nous avons passé une bonne journée là-bas, après déjeuner, pendant que Jean dormait, nous avons fait une bonne promenade Jacqueline et moi. Il y a eu depuis quelque temps de fortes tempêtes, la mer a même défoncé le Remblai à plusieurs endroits ; le soir, pour rentrer, nous avons essuyé une forte giboulée…
Sommes allés hier à la Jamonière, prier près de la cousine Valérie, décédée mercredi matin ; de là nous avons filé à la Genétouze, faire visite à M. le Curé Loizeau ; aujourd’hui assisté à l’enterrement. Tout va bien maintenant à part une grande lassitude physique, qui déteint un peu sur le moral ; mais la semaine dernière, j’ai connu encore des heures bien pénibles.
Mère nous a quittés dimanche ; Armand et Suzanne sont passés la prendre en faisant sortir Michel.
5 avril – Jeudi Saint
Jean a été un peu fatigué ces jours-ci… ce soir il va mieux, tantôt il était gai et s’amusait de tout son coeur …
Pas d’événement marquant cette semaine ; mes parents sont revenus des Sables samedi, aussi dimanche nous avons pu entendre la dernière conférence de Mgr Baudillart… Un événement marquant cependant : Françoise nous a annoncé enfin ses fiançailles, je lui ai envoyé mes félicitations, un peu sèchement peut-être, mais elle m’en a remerciée dans une lettre assez gentille, la mieux que j’aie reçu d’elle depuis trois ans ! attendons maintenant les Gendreau, je prévois quelques prises de bec…
Dimanche 15 avril
Nous avons eu encore quelques jours pénibles pour Jean… l’appétit ne revenait pas… il a fallu le purger, le pauvre petit a souffert… il a repris maintenant un peu d’entrain et sa gaieté… Tout cela a gâté le séjour de Mère et de Madeleine… c’est même pendant les deux jours que Madeleine a passés ici que Jean a été le plus fatigué, et aussi le plus désagréable, pauvre petit!
Les dernières jours de la Semaine Sainte ont passé je ne sais comment, j’ai pu assister au Chemin de Croix du Vendredi soir, et c’est tout. Le jour de Pâques… j’étais trop tourmentée au sujet de Jean, nous sommes allés tous déjeuner à la maison, après une belle grand’messe, bien solennelle, chantée par le P. Perrocheau, nouveau prêtre, qui en septembre doit partir dans une mission d’Océanie. Je n’ai pu assister aux Vêpres, Mère et Madeleine étant parties à La Roche voir Michel, je suis restée veiller sur le sommeil de Jean, et j’ai eu un bon moment bien tranquille…
Lundi après déjeuner, nous avons fait toute une randonnée en auto, par le Goa (sic), Fromentine, Saint Jean de Monts, Croix de Vie et Saint Gilles ; au Goa, il faisait un vent fou, la mer montait et la vaste étendue grise scintillait sous le soleil ; à Sion, les vagues étaient superbes …Mardi, rien de très neuf, qu’une visite de Mme Godet ; mercredi matin, je suis allée à La Roche, ayant terriblement souffert des dents depuis quelques jours ; jeudi, visite des Bourmaud, à qui j’ai offert le thé ; Vendredi matin, Mère nous a quittés, l’après-midi, j’ai eu une visite de Mme Lucas, Armande m’avait annoncé sa visite et je ne l’ai pas vue, peut-être n’ose-t-elle pas aborder la question de Françoise ; à ce propos, Jacqueline a envoyé à la jeune fiancée une lettre de félicitations, d’ailleurs très amicale, mais précédée d’une kyrielle de récriminations ; Françoise a répondu aux unes et aux autres avec un égal sang-froid, tout en annonçant leur décision de s’installer à Nantes, elle attend « Jimmy », car « Benjamin » n’existe plus, vers la fin du mois.
Aujourd’hui, journée importante pour le Poiré, le conseil municipal doit voter tantôt, ou accepter ou refuser l’électricité ; que nos braves conseillers de la campagne n’aillent pas faire la bêtise énorme de refuser. Dimanche prochain ont lieu les élections, elles seront particulièrement disputées, car trois candidats se trouvent en présence pour la circonscription : Roch, radical, il sera refusé et deux autres entre qui la lutte sera chaude : Durand, catholique, républicain et de Kervenoaël, représentant du duc de Guise en Vendée, et ligueur d’Action Française, pour tout catholique digne de ce nom, c’est à dire soumis au Pape, il ne devrait pas y avoir l’ombre d’une hésitation, mais les consciences sont tellement aveuglées, malgré les ordonnances épiscopales plus sévères, qu’il est à se demander comment tout cela finira
Mardi 17 avril
Scènes avant les élections. Dimanche, à la mairie, avait lieu une réunion organisée par Durand, réunion devant avoir lieu vers 1 heure et demie, le conseil municipal prenant la place à 2 heures. le maire absent, quelques conseillers municipaux, dont Papa, reçoivent Durand et organisent un bureau, la séance commence, Durand parle, expose son programme… à 2 heures 5, le maire arrive : « Monsieur Durand, je regrette… vous n’avez plus que cinq minutes… » On lève la séance, mais Ferdinand Brachet remercie ironiquement le maire de la façon élégante dont il les met à la porte, le maire s’excuse, se défend, puis finit par avouer qu’il a été poussé par trois conseillers municipaux, dont M. Dorion, désireux de faire un affront au candidat opposé au leur.
Bien d’autres choses encore qui passionnent l’opinion publique : l’Amiral Merveilleux du Vignaux écrit à M. Dorion une lettre l’invitant à voter pour Kervenoaël ; à Challans, Baudry d’Asson paie un candidat radical pour l’opposer à Gallet… je n’en finirais pas !
Dimanche soir 22 avril
Nous venons d’avoir le résultat des élections pour la commune, Kervenoaël passe ici, il fallait s’y attendre, mais Durand avait une belle proportion, supérieure à ce que l’on pouvait espérer, et si cette proportion se maintenait dans l’ensemble de la circonscription, cela donnerait à réfléchir à Baudry d’Asson . Cette semaine, nous avons été bombardés de journaux, professions de foi, compte-rendu de réunions; il nous hâte d’avoir les résultats définitifs ; toutes les conversations roulaient sur ce sujet et il y a eu des incidents assez comiques ; j’ai même eu mardi une belle discussion avec Mlle Lucas…
J’ai eu mercredi la visite des Dorion ; quant à Armande, je l’attends toujours, sans doute est-elle gênée vis à vis de nous maintenant que nous savons. En tout cas, le futur cousin est venu remplir son devoir de citoyen.
… Ce matin assisté à la messe de 9 heures ; j’ai fait ensuite le déjeuner, Marie étant à Saint Paul, puis ensuite je me suis reposée tranquillement, il faut que je me ménage un peu, j’ai l’espoir, mal assuré encore, de donner en décembre un petit frère à Jean, c’est encore un peu prématuré, mais sous serions tous deux si heureux !…
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 23 avril 1928, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Jacques est allé hier soir à la poste, aux nouvelles et il est revenu rapportant les résultats, vers onze heures ! il y a ballottage. Durand a près de 350 voix de plus que Kervenoaël, personne n’osait escompter un tel résultat ; que va-t-il se passer maintenant , Kervenoaël va-t-il se désister, logiquement il le devrait ! et quelle tête vont faire ses partisans ?
Samedi 28 avril
Nous partons pour Nantes demain après-midi, et je compte rester là-bas jusqu’au mardi 8 mai, ensuite, nous parlons d’un petit voyage aux Sables, vers l’Ascension, si tout continue à bien aller, ainsi que je l’espère ; je n’éprouve toujours aucun malaise, seulement parfois une grande lassitude…
Rien de très neuf cette semaine, que trois voyages à La Roche pour terminer le traitement de mes dents, les autres jours, je suis restée tranquillement ici sans sortir ; nous avons vu une fois Armande, dans une réunion avec Marguerite, mais, si ce n’avaient été les élections, qui fournissent un sujet intarissable, la conversation aurait été plutôt embarrassée, il y a trop de réticences entre nous !
Les élections ! reparlons-en ! les premiers jours sont été calmes, on attendait de voir si Kervenoaël allait se désister, mais ce dernier, après avoir donné sa parole, l’a reprise et la campagne a repris, plus acharnée que jamais ; les journaux et les proclamations de Kervenoaël sont un tissu de mensonges ; ils mettent en oeuvre toutes les influences et font même parler l’évêque qui ne peut et ne veut prendre parti pour personne ; c’est une indignité et une chose abominable ; il y a des faits vraiment révoltants et c’est avec impatience que nous attendons le résultat de demain.
Dimanche 20 mai
Que de jours écoulés ! je reprends ces dernières semaines, depuis la veille de notre départ à Nantes. Le dimanche, j’ai fait mes préparatifs de départ, et, vers 3 heures, nous avons pris la route de Nantes ; après dîner, nous nous sommes rendus, Jacques, Madeleine et moi, place Royale, devant l’agence Havas, espérant avoir les résultats des élections, mais on a donné les résultats d’une centaine de circonscriptions et à minuit tout s’est arrêté, nous étions fort déçus, n’ayant rien de ce qui nous intéressait, aussi le lendemain, de bonne heure, Jacques s’est levé pour acheter un journal, puis il est rentré enthousiasmé, Durand et Gallet étaient élus tous deux !
J’ai passé mon lundi à faire des courses et des achats avec Jacques, journée forcément fatigante ; le mardi matin, nous avions décidé de faire photographier Jean ; en l’habillant, je lui ai trouvé quelques petits boutons ou plutôt quelques petites cloques, comme il était bien en train, nous l’avons emmené quand même, mais dans la journée, Mère est allée consulter le docteur qui a dit que c’était la varicelle, rien de grave par conséquent, mais qu’il fallait garder Jean au chaud, et surtout ne pas le faire voyager avant quinze jours, nous étions donc bouclés à Nantes pour une semaine de plus que nous ne pensions. Jean a eu quelques journées désagréables, les nuits surtout étaient mauvaises… Pendant cette semaine j’ai fait des courses, des achats, des essayages ; le mercredi j’ai vu le Docteur Grosse, qui a examiné ma cicatrice et l’a trouvée très normale, il m’a dit aussi que très probablement il y avait un second héritier en route ! le jeudi, je suis allée à La Visitation… Le Dimanche 6 mai, il y avait à Saint Nicolas une journée liturgique, aussi j’ai assisté… à la grand’messe et aux Vêpres qui étaient superbes, je garde surtout le souvenir d’une Toccata de Widor, qui m’a fait une impression extraordinaire… En rentrant des Vêpres, j’ai trouvé à la maison Jacques qui venait d’arriver, et nous sommes allés tous deux conduire l’auto au garage, en revenant, nous avons fait visite à Mme Charonneau. Le lundi nous sommes sortis, Jacques et moi, pour faire des courses, l’après-midi pour aller rue Saint Charles, en revenant nous avons goûté chez Decré, puis sommes allés chez les Delaroche ; le soir nous sommes allés à l’Appolo voir « Le grillon du foyer », délicieusement joué. Jacques m’a quitté le mardi, le reste de la semaine, je ne suis pas beaucoup sortie étant un peu fatiguée, d’ailleurs Mère et moi avions entrepris la confection de chemises à Jean et il y avait bien à faire. Un soir, en rentrant, j’ai rencontré Anne Le Tilly ? ? ?, elle est même montée avec moi, et nous avons beaucoup causé, elle m’a appris l’entrée de Renée Oudot aux Petites Sœurs des Pauvres !… vendredi soir, nous sommes allées Mère et moi au cinéma voir « Carmen », très bien comme film. Dimanche c’était la fête de Jeannne d’Arc, nous sommes allées le matin rue Saint Clément voir le cortège, l’après-midi, je mes suis reposée et le soir, je suis sortie avec Jacques voir les illuminations. Nous sommes rentrés ici lundi après-midi ramenant Mère avec nous, j’ai trouvé le jardin tout fleuri d’anémones , d’iris, de pivoines, d’œillets blancs…
Mercredi soir, madeleine est arrivée vers 7 heures, Armand et Suzanne vers 8 heures et demie ; le lendemain nous sommes tous allés à La Roche pour la Communion Privée de Michel, nous avons déjeuné à l’Europe, assisté à la grand’messe et aux vêpres à Richelieu, et sommes rentrés ici vers 5 heures Mère nous a quittés hier, et nous voici de nouveau seuls ; sans doute irons-nous aux Sables dimanche prochain.
Passé hier quelques instants chez Marguerite avec Armande ; reçu ce matin une bonne lettre de Jeanne qui voudrait nous avoir au Mans pour le 14 juillet, il est à croire que je ne pour y aller !
Lundi 4 juin
Il y a loin de la coupe aux lèvres, et les beaux rêves ne se réalisent pas toujours ! il y a trois semaines j’étais heureuse, j’avais l’espoir de posséder à la fin de l’année un beau petit bébé ! je viens de faire une seconde fausse couche…
J’ai passé des journées bien longues, bien vides, bien solitaires ! la première semaine Mère est venue s’occuper de Jean, puis mes parents sont revenus des Sables et Maman a pris la place, mais il y a bien à faire à la maison, il faut sortir Jean et je passe de grands moments toute seule ; j’ai lu, bien que pendant deux jours j’ai été gênée par des violents maux de tête, j’ai eu des visites, Marguerite est venue plusieurs fois, j’ai vu les Boyer et Lancelot, Armande et Berthe hier…
Vu Andrée Jaffré une journée la semaine dernière, causé longuement ensemble !
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 5 juin 1928, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Des ennuis de bonnes, encore une fois, j’ai expédié Marie chez elle dimanche, elle était fatiguée et le docteur lui ordonnait quinze jours de repos ; ces jours-ci nous avons Lisa, mais ce matin elle m’annonce qu’elle est malade et ne viendra pas demain ! Maman va prendre la mère Guilbaud et me prêter sa bonne ; c’est tout à la fois, si seulement j’étais bien portante ! je reprends mes forces mais lentement…
Temps superbe aujourd’hui ! ciel bleu, soleil radieux, qu’il ferait bon sortir…
Samedi 9 juin
Je reprends mes forces de jour en jour… j’ai fait une première sortie hier, je suis allée jusque chez Mme Bonnaud ; le docteur avait dit que Marie-Antoinette avait eu son bébé et que l’accouchement avait été terrible, j’avais hâte d’avoir des nouvelles ; Dieu merci la maman est hors de danger et l’enfant bien vivant, c’est un. petit Jacques
Je reprends donc peu à peu mes habitudes normales, je me lève maintenant vers 10 heures et ne me couche qu’un bon moment après dîner ; je suis descendue pour la première fois mercredi soir, Mère et Suzanne étaient venues passer une partie de l’après-midi ici, et, je suis venue me mettre à table avec elles pour dîner. Maintenant je passe encore de grands moments sur ma chaise longue, mais je circule, j’ai même fait un peu de cuisine ce matin, j’ai vu le jardin, plein de roses et d’œillets, et j’ai fait tantôt une abondante moisson de fleurs…
Jean dort, j’ai un peu la paix ! il est de plus en plus mignon, il comprend tout, remarque tout, se rappelle de tout, mais il est de plus en plus volontaire et pousse des cris à faire fuir !…
Samedi 16 juin
Temps superbe aujourd’hui ; nous avons installé dès ce matin le parc de Jean dans la cour … maintenant il dort, après avoir mangé une bonne panade, et j’ai la paix pour un moment.
Je suis maintenant presque solide… Samedi, nous avons vu Armand, qui est venu dîner avec nous ; Dimanche… Charlotte est venue un moment et je ne suis pas sortie. Lundi, Jacques était à Nantes, aussi je suis allée déjeuner à la maison avec Jean ; le reste de la semaine a été à peu près tranquille, Lisa est venue presque tous les jours, sauf mercredi, où j’avais une femme, et hier, où nous avons par simplifier pris nos repas à la maison ; jeudi nous avons eu les Bellon à déjeuner ; hier j’ai vu un moment Armande Brachet ; hier soir également, nous avons assisté, Jacques et moi à la procession au Sacré-Cœur, il y avait longtemps que je n’avais pu y assister, pas depuis mon mariage, il me semble…
Samedi soir 23
… Lundi, rien de très nouveau, Jacques était absent, Maman est venue déjeuner avec moi et j’ai passé mon après-midi à mettre des petits pois en conserve. Mardi il nous est tombé quatre personnes à déjeuner : Armand, qui vient d’acheter une villa à La Baule, ses vendeurs et agents, nous avons été prévenus le matin à 9 heures et demie, aussi il a fallu se dépêcher ! Mercredi, je suis allée un moment chez Marguerite, j’y ai retrouvé Armande et Radegonde Gendreau, puis les Loiseau sont arrivés et je n’ai pu rentrer que pour dîner. Jeudi à 11 heures et demie, Jacques m’annonce brusquement q’Andrée venait déjeuner, nous n’avons eu que le temps de corser le menu, et de nous mettre à table ; nous avons passé ensemble une bonne après-midi à causer. Jacqueline est revenue jeudi soir, et, depuis les langues ne tarissent sur son séjour à Paris et tout ce qu’elle a vu. Hier et aujourd’hui je n’ai guère bougé… Marie rentre demain et j’en suis bien contente, je vais avoir un peu de tranquillité…
Jean est maintenant à quatre repas par jour, sa nourriture est maintenant plus variée et il prend tout avec grand appétit : bouillies, panades, potages, pâtes et confitures, il est mignon à croquer dans sa grande chemise de nuit !
Dimanche 1er juillet
Une semaine très occupée, où je ne suis guère restée chez moi, chose qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps…
Dimanche j’ai passé une matinée à peu près tranquille, Lisa était là et je n’avais aucune préoccupation ; mais l’après-midi, je me suis trouvée seule, fatiguée, obligée de faire mon dîner, par-dessus le marché, j’ai eu des visites : les Hervé, Mlle Lucas, si bien que le soir j’étais très lasse. Marie est arrivée pour le dîner et depuis elle a à peu près repris son service, c’est à dire strictement l’essentiel, je la ménage le plus possible, si seulement cela pouvait marcher !
Lundi, Jacques assistait au Certificat, j’ai déjeuné à la maison avec Jean, puis passé l’après-midi chez Armande. Mardi, je suis allée à La Roche, courses et dentiste. Mercredi, nous avons déjeuné à Rocheservière et, dans l’après-midi, nous avons fait un tour en bateau sur la Boulogne, le temps était superbe… j’ai passé là un moment de détente et de calme parfait. Jeudi, j’ai travaillé ici jusque vers quatre heures, puis, une fois Jean réveillé et habillé, je l’ai emmené à la maison où Maman recevait les Loiseau. Vendredi, j’ai fait quelques visites, et aussi des invitations, parce que je compte avoir à déjeuner les Gendreau, Brachet et Guillaumet dans quelques jours ; en partant, je suis rentrée voir Mme Bonnaud, avec qui j’ai bavardé bien près d’une heure. Hier après-midi, nous avons continué nos invitations en allant à Montaigu voir les Guillaumé ; Berthe a avancé son installation, son salon est joli et meublé avec goût ; avant de rentrer, nous avons fait visite aux Grelier que nous n’avons pas pu rencontrer, et aux Guicheteau…
Jeudi 12 juillet
Chaleur épouvantable, aujourd’hui 25° dans le bureau, c’est à peine si on a la force de se mouvoir ! je viens de m’appuyer deux heures de repassage et n’en peux plus ; je suis pourtant beaucoup mieux… reprenons ces derniers jours : la semaine dernière a été plutôt fatigante, Marie s’est absentée deux jours et j’ai dû faire tout l’ouvrage à la maison, n’ayant pu avoir Lisa. Le mardi, je suis allée à La Roche et j’ai eu grand chaud dans ces rues où le goudronnage fondait comme du beurre, au retour, j’ai dû faire le dîner et nettoyer tout un régiment de casseroles. A la fin de la semaine, j’ai entrepris le grand nettoyage de la maison qui était en piteux état, j’ai pris deux femmes et nous avons travaillé ferme, en plus, il y a eu la lessive, ce qui a donné bien de l’ouvrage. Dimanche, jour de congé, nous sommes allés avec les Bonnaud voir la « Passion de la Verrie », promenade charmante, par un temps superbe, nous avons été enchantés de la représentation qui est vraiment remarquable, pas une faute de goût, pas un ridicule, des acteurs tenant leur rôle sans défaillance, rôle pourtant écrasant, des décors nombreux, des costumes appropriés, tout était à l’unisson et certains tableaux vous arrachent des larmes ; nous sommes revenus enthousiasmés.
Lundi, le nettoyage a repris de plus belle, mais l’après-midi j’ai dû m’absenter, nous avons appris par le journal la mort presque subite de M. Bourmaud, aussi, ne pouvant assister à l’enterrement le lendemain, nous sommes allés voir Mlles Bourmaud et leur apporter notre sympathie. Le lendemain, j’ai eu mon déjeuner Gendreau, qui s’est bien passé, tout était réussi et Jacques content, je crois. Hier nous sommes allés à La Chaize, chez les Loizeau, il y avait Tante Abel, les Mignen, Berthe, Armande et Mme Edmond. Aujourd’hui, j’attends Mère et Michel, Madeleine doit venir demain, Armand et Suzanne dimanche. Peut-être partons-nous pour Lourdes la semaine prochaine.
Les Sables 7 août 1928
Revenue de voyage depuis près de huit jours, je n’ai pas eu le temps de mettre en ordre mes souvenirs…reprenons…
Le jeudi 12 juillet, le soir, Mère et Michel sont arrivés et restés jusqu’au dimanche, le lendemain, Madeleine est arrivée à son tour, il faisait une chaleur vraiment pénible, j’étais fatiguées et ces quelques journées n’ont pas été très reposantes ; le samedi, j’ai reçu Armande et Marguerite, le dimanche, Armand et Suzanne sont venus et nous sommes tous allés à Palluau déjeuner chez Maria Bled. Lundi, rien de neuf ; mardi, je suis allée à Nantes avec Jacques, je me suis fait couper les cheveux et faire une ondulation indéfrisable, j’ai passé toute mon après-midi chez le coiffeur, mais depuis, en suis enchantée ; mercredi je suis allée à un thé chez Mme Edmond, avec les Abel, Armande et les Loiseau, le jeudi, j’ai fait mes préparatifs de départ et suis venue ici avec mes parents, installer Jean pour la durée de notre voyage ; le soir, je suis sortie un peu avec Jacqueline, nous avons rencontré les Touzaint… Le vendredi, j’ai fait pas mal de courses, Mère et Jacques sont venus pour déjeuner et, vers 5 heures et demie nous avons filé dans la direction de La Rochelle où nous étions pour dîner… le lendemain, 21 juillet, nous avons vu Chatelaillon, déjeuné à Foures avec Pierre et Geneviève et couché à Saint Palais, après avoir visité Royan et Pontaillac. Le dimanche 22, nous avons pris la direction de Bordeaux, en suivant la Gironde, nous avons déjeuné à Saint Ciers sur Gironde, déjeuner d’ailleurs très gai, sommes passés à Blaye voir Daniel et Louise, et arrivés à Bordeaux d’assez bonne heure, de sorte que nous avons eu le temps de voir assez bien la ville avant la nuit, Bordeaux m’a plu et Jacques qui y avait séjourné pendant la guerre, était content de s’y retrouver. Vers 11 heures, nous avons pris la route d’Arcachon… retrouver… Armand et Suzanne qui s’y étaient rendus la veille au soir ; Arcachon a de jolies villas dans des bois de pins agréables, mais ce n’est pas la mer, le vrai large. Nous avons ensuite filé sur Bayonne… nous y sommes arrivés vers 8 heures et demie, avons dîné et couché et visité la ville avant de partir pour Biarritz le lendemain matin, la cathédrale est assez curieuse, il y a à côté un très joli cloître, la promenade des glacis est intéressante. Nous sommes allés à Biarritz par la route de la Barre, ce qui nous a permis de voir l’embouchure de l’Adour, et d’arriver par le phare, c’était un éblouissement… sommes restés assez longtemps après déjeuner au Rocher de la Vierge, contemplant sanr nous lasser ce panorama unique, vers 4 heures, nous sommes partis vers Saint Sébastien, nous avons vu au passage Hendaye, Saint Jean de Luz, la route était superbe… nous avons laissé les autos à Hendaye et pris le tram pour laisser reposer les voyageurs, trois quarts d’heure après nous étions à Saint Sébastien, après avoir passé à la douane et subi les vérifications des passeports. Saint Sébastien est situé dans un cadre merveilleux de montagnes… la grande plage de La Concha est splendide, avec une très belle promenade… Nous avons visité les arènes, une très velle église de style espagnol, puis repris le tram qui nous a ramené à Hendaye. Couché à Hendaye, le lendemain, nous avons paressé sur la plage… nous avons filé sur Biarritz, vu, en passant, à Urugue, une très curieuse église de style basque, avec galeries de bois pour les hommes; celle de Saint Jean de Luz est du même genre, en plus grands, mais il y a là les souvenirs historiques du mariage de Louis XIV; revu Biarritz au passage, puis déjeuner à Bayonne… sous un soleil de plomb… avons vu, à Orthez, la maison de Jeanne d’Albret et un vieux pont très curieux; à Pau, nous avons visité le château que j’ai revu avec plaisir, puis, exténués par la chaleur, nous avons décidé de ne pas aller plus loin et de nous reposer un peu; il faisait délicieusement bon, en effet, le soir sur la Promenade des Pyrénées, où nous étions venus écouter la musique… le lendemain… nous avons pris la route de Lourdes, arrêt à Bétharam, pour déjeuner et visiter les grottes… arrivés à Lourdes, nous étions de nouveau complètement anéantis, aussi nous nous sommes affalés dans un café près de la gare avant de nous mettre à la recherche d’un hôtel… Le lendemain, il faisait un peu moins chaud, et nous avons pu faire notre pèlerinage sans trop de fatigue, messe au Rosaire, visite aux piscines et à la grotte, chemin de Croix, visite à la Basilique; l’après-midi, procession du Saint-Sacrement, visite au monument interallié, et, le soir, procession aux flambeaux…Nulle part on ne prie comme à Lourdes, nulle part on ne voit une telle ardeur, une foi aussi vibrante…
Le samedi, ayant loué un auto-car, nous sommes allés à Cauterets et Gavarnie, j’ai été bien heureuse de revoir ces paysages grandioses et magnifiques… A Gavarnie, nous sommes allés, Jacques, Madeleine, Jacqueline et moi jusqu’au point de neige… la-bas, nous avons eu la surprise de rencontrer Mgr Mignen, vendéens bien loin de leur Vendée! le retour s’est bien effectué et nous étions de retour à Lourdes pour dîner; le lendemain, messe à la grotte… après déjeuner avons filé sur Tarbes où nous avons vu le jardin public et la cathédrale assez curieuse, puis … nous sommes partis pour Luchon, visitant au passage Saint Bertrand de Comminges, cathédrale très remarquable avec des boiseries superbes. La route de Luchon est… infiniment moins impressionnante que celle de Gavarnie; le soir nous nous sommes promenés un moment en ville, puis le lendemain matin, Madeleine, Jacqueline et moi sommes montées à Superbagnères… de là-haut la vue est splendide sur toute la chaîne centrale … Nous sommes allés déjeuner à Saint Gaudens, puis filé sur Toulouse, on a à droite une vue superbe sur les Pyrénées. Toulouse m’a un peu déçue, j’en avais entendu dire trop de bien et la chaleur était torride, l’église Saint Sernin est cependant très belle et immanquablement intéressante avec sa crypte si riche en reliques. Nous sommes allés coucher à Montauban, ville parfaitement insignifiante; le lendemain, nous avons quitté Armand, Suzanne et Michel, et sommes allés déjeuner à Agen, par de bien mauvaises routes, nous sommes passés ensuite à Bergerac, Ribérac, pour aller coucher à Angoulême… avons visité la cathédrale, intéressante, puis, par Saint Jean d’Angély, nous sommes venus déjeuner à Luçon. Là, Mère et Madeleine nous ont quittés et nous sommes venus ici embrasser notre cher petit Jean, que nous avons trouvé en bon état, bien fort et bien mignon. Le lendemain matin, Jacques et moi avons filé au Poiré où j’ai passé quelques jours très occupés, n’ayant pu avoir Lisa. Le lendemain, je suis allée à Nantes où j’ai vu Mère et Madeleine, le soir, Armand nous a fait la surprise d’arriver vers 9 heures, ayant à parler à Jacques, il est parti l lendemain matin de bonne heure, mais nous avons eu quelques détails sur la fin de leur voyage par Rocamadour, Limoges et Brive.
Dimanche, nous sommes arrivés ici vers 4 heures, Jean était bien et nous avons passé un bon moment à le voir jouer sur le sable, mais le lendemain matin, il était fatigué, abattu, il avait de la fièvre et nous nous demandions ce qui le prenait, il a passé une mauvaise journée, j’ai fait venir le docteur Nicolleau, qui a diagnostiqué de l’infection intestinale causée par les dents dont plusieurs vont sortir, mais il m’a dit que ce ne serait rien, avec quelques jours de soins; la nuit a été mauvaise, mais ce matin, il n’avait plus de fièvre et semble mieux, mais Jacques est parti tourmenté.
Beaucoup de monde cette année aux Sables. Louise est ici avec ses filles, Louis fait la navette. Le mariage de Françoise est officiel, les Gendreau doivent l’annoncer sous peu, nous attendons les événements.
Samedi 11
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : aout 1928. L’en-tête ne porte que le quantième « 11 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Jean est tout à fait guéri, mais j’ai passé plus d’un moment d’inquiétude, la première nuit surtout a été mauvaise, il se réveillait à chaque instant, tout brûlant de fièvre et demandait à boire, à partir de cinq heures, il a fallu le lever et le tenir sur les bras, le matin, la fièvre était tombée, mais bien entendu il a fallu le tenir à la maison quelques jours, et il enrageait de ne pouvoir sortir, il avait faim et tirait vers le placard à gâteaux… jeudi et vendredi il n’a fait que quelques tours de Remblai, ce matin seulement, voyant qu’il ne toussait pas, je l’ai descendu sur la plage et il a té tout heureux de retrouver le sable. Maintenant que je suis tranquille de ce côté-là, c’est Jacques qui m’inquiète, il m’écrit qu’il a toujours de l’entérite et je suis bien tourmentée.
Il fait toujours un temps merveilleux, je passe sur la plage tous les moments dont je dispose…avec un livre et un ouvrage…
Le soir, nous faisons nos habituels tours de Remblai, mardi soir avec Mimi Léveillé, mercredi soir, nous sommes allés au Royal, mais le spectacle était très quelconque; jeudi soir au cinéma avec les Brachet, pour “l’Hôtel Impérial” qui n’était pas si mal. Hier soir, nous nous sommes promenées avec Tante Jeanne et Françoise, qui étaient en veine de confidences, aussi nous avons beaucoup parlé. Les fiançailles seront en septembre et le mariage au début de janvier.
Vu mercredi Louise et ses filles.
Jeudi 16 août
Jacques est reparti ce matin mais pas encore remis… il est arrivé dimanche, et lundi, constatant qu’il n’y avait aucune amélioration dans son état, je l’ai emmené consulter le docteur Nicolleau, qui lui a conseillé de ne pas de laisser affaiblir davantage, il veut au contraire qu’il s’alimente en suivant une médication appropriée, mais il faut qu’il reprenne son régime d’il y a quelques années et le suivre assez strictement. J’ai grand hâte d’avoir de meilleures nouvelles! Jean est maintenant très bien, gai et mignon, amusant au possible, il comprend tout, connaît tout et trotte tout seul comme un petit lapin.
Samedi j’ai passé un après-midi sur la plage, j’y suis retournée toute la matinée de dimanche avec Jean, j’y suis retournée un peu l’après-midi, mais Jacques est arrivé, je suis rentrée le retrouver, nous sommes sortis un moment voir Louise; soirée au Casino pour les “Violettes impériales”, très beau film vraiment intéressant. Lundi, matinée passée sur la plage, après-midi chez le docteur et soirée au Casino avec les Gendreau et Grolleau pour voir Parisys dans “Le Paradis sous clef”, parfaitement joué. Mardi, nous avons eu encore quelques bons moments tranquilles et nous sommes allés voir les Salès, mais Jean, enchanté d’être en auto, ne voulait plus descendre et nous a fait une vraie scène de désespoir. Hier après-midi, les Alfred sont venues un moment, puis nous avons vu Armand et Suzanne venus passer la journée ici, malgré le mauvais temps, nous sommes allés ensemble au Puy d’Enfer, mais la mer n’était pas forte et il n’y avait rien de remarquable. Vu Marthe Bouliau également hier soir; passé la matinée sur la plage avec Jean, vu Marguerite et Samuel qui sont là jusqu’à samedi soir.
Vendredi 24 août
Reprenons un peu les faits de ces derniers jours, le temps passe bien vite, le mois d’août touche à sa fin, et si ce n’était pas la pensée de Jacques seul et souffrant à la maison, j’aurai eu une période de bon repos et la rentrée me retrouvera prête à ma tâche!
Vendredi dernier j’ai passé avec Jean toute la journée sur la plage et le soir nous avons fait un bon tour de Remblai; samedi, j’ai fait quelques visites avec Maman, le soir nous sommes allés au théâtre pour “Le Bonheur du jour”, avec Féroudy, la pièce est jolie et Féraudy joue merveilleusement bien, sa voix est parfois un peu assourdie, mais son jeu a quelque chose de si vrai, si poignant qu’on en est ému jusqu’aux larmes. Dimanche matin, j’ai assisté à la messe de la Croix Rouge, il y avait de très bonne musique et de beaux chants : le “Crucifix” de Fauré, la Prière de l’abbé Pereyve… après déjeuner, je suis allée avec maman chez Mme Godet, pendant ce temps Jacques est arrivé, je l’ai trouvé un peu mieux, et surtout moins faible; le soir nous sommes allés tous trois au cinéma pour la première partie de “Napoléon”, c’est un très beau film puissamment évocateur, une parfaite reconstitution historique qui nous a vivement intéressés. Lundi, Jacques est venu un moment avec moi sur la plage, mais il est parti aussitôt déjeuner; dans l’après-midi nous avons vu les Guévenou et Maria Bled, puis Mme Arundel, le soir il pleuvait, aussi nous sommes allées voir Françoise quelques minutes…Mardi temps incertain, j’ai cependant passé de bons moments avec Jean à la plage; le soir, nous sommes allées au cinéma du Casino voir “La valse de l’adieu”, page de la vie de Chopin, vraiment très bien, et intensément prenante; vu beaucoup de monde aux entre actes, qui ont été très gais. Mercredi de bons moments encore à la plage et un tour de Remblai le soir. Hier nous sommes allées en matinée, voir la 2e partie de “Napoléon”, également intéressante et bien rendue; hier soir je suis allée au théâtre avec les Brachet, Guillaumé et Grolleau pour “Kathy” opérette gaie et gentille;
Jacques vient demain pour les fiançailles de Françoise, nous allons déjeuner avec toute la famille Gendreau, plus les Cacaud et les parents Brachet, le choix de la bague est fait, mais Françoise ayant préféré un solitaire les Gendreau ont tenu absolument à le lui faire entourer.
Le temps se maintient superbe, et c’est une vrai joie de rester sur la plage… de voir petit Jean prendre ses ébats, il est maintenant à peu près solide sur ses petites jambes et trotte de tous côtés, si drôle et si mignon! seulement lorsque la mer est haute, il veut patauger dans l’eau et il faut sans cesse courir après, il est aussi bien que possible, ses petites joues sont bien rondes et ses petits membres tous dorés par le soleil; que deviendra-t-il sans la plage une fois que nous allons être rentrés?
Mercredi 29 août
Le mois touche à sa fin, depuis dimanche il pleut souvent… dans huit jours je serai rentrée…
Samedi, nous avons donc eu les fiançailles de Françoise, nous étions nombreux et tout s’est bien passé, mais je n’ai pu voir Jacques que très peu ce jour-là, nous avons fait des courses ensemble le matin et il est parti dès 5 heures du soir; samedi soir, nous sommes allées au Casino pour “Miche”, comédie délicieuse, très fine et parfaitement jouée. Dimanche matin, j’ai fait un peu de musique avec Jacqueline, ce qui ne m’était pas arrivé depuis fort longtemps, je suis allée ensuite à la plage, mais il soufflait un grand vent très froid et je n’ai pu y rester longtemps. l’après-midi, nous sommes allées voir les Touzain Maman et moi, en rentrant j’ai trouvé Jacques qui venait d’arriver, puis Tante Aline, qui venait nous inviter à déjeuner demain; nous avons fait visite aux Douillard, mais sommes rentrés de bonne heure, le temps n’étant guère engageant; après dîner, la séance au cinéma pour voir la fin de “Napoléon”, mais il pleuvait à torrents et ces deux dernières parties étaient moins bien que les autres. Lundi nous avons passé presque toute la journée à la plage, lisant, travaillant et regardant la mer; hier également, mais les averses sont malheureusement venues gâter notre plaisir; lundi nous nous sommes promenées avec Mme Renault et Louisette arrivées dans la journée, nous avons vu quelques instants Mme Léveillé et ses filles, puis fini la promenade avec Tante Jeanne et Mme Valade, arrivée elle aussi le jour même; hier soir, tour de Remblai avec Françoise et Mme Valade… Aujourd’hui, matinée à la plage, d’où la pluie nous a chassées, je me demande si je vais pouvoir y retourner?
Reçu hier une bonne lettre d’Andrée, qui repart au Canada le 20 octobre.
Dimanche 2 septembre
Jacques soit arriver d’ici un moment, demain nous regagnerons le Poiré et je reprendrai, avec une ardeur nouvelle, ma tâche quotidienne. Mes vacances ont été parfaitement bonnes, j’ai achevé de me rétablir, quant à Jean, il a pris ici beaucoup de force, il trotte maintenant très bien, il est solide sur ses petites jambes et a pris un kilo depuis son arrivée, seulement il n’est pas de plus en plus facile et devient parfois bien fatigant; il deviendra raisonnable en grandissant!
Temps merveilleux ces jours-ci… vendredi surtout j’ai passé une grande après-midi… exquise, à part toutefois un petit incident : l’envahissement de parapluie par la mer, la marée ayant monté très haut! nous en avons été quittes pour l’arracher et le planter un peu plus loin…
Passé la journée de jeudi à Croix de Vie chez Tante Aline, Jacques y était, mais je n’ai pu le voir que très peu, il est arrivé tard et parti tôt. Suis allée à la plage hier matin et hier après-midi, le soir nous sommes allées au cinéma du Casino voir “Faust”, mais le film se rapproche beaucoup plus, paraît-t-il, du chef d’œuvre de Goethe que de l’opéra de Gounod, c’est assez original et bien rendu…
dimanche 9 septembre
Nous voilà rentrés ici depuis lundi dernier, tout est en ordre, l’engrenage habituel des occupations a repris, il ne me reste plus que le souvenir délicieux d’un bon mois de repos, de grand air et de soleil!
Jacques est arrivé dimanche vers 3 heures, une fois Jean levé et habillé, nous sommes partis pour la plage, le temps était merveilleux, la mer très haute… Jean ne se lassait pas de tremper dans l’eau ses petits pieds et riait aux éclats quand une vague plus forte venait l’éclabousser. Soirée au cinéma pour “Le Cheick”, pas mal, et “Le petit frère”, désopilant.
Lundi matin, j’ai fait mes préparatifs de départ, après déjeuner, nous sommes allés voir les Alfred puis partis vers 5 heures, nous étions ici un peu avant dîner. Les premiers jours ont été un peu pénibles, Jean était très enrhumé du cerveau, ce qui le fatiguait; de plus il se trouvait dépaysé, la plage lui manquait et il était franchement insupportable. Maintenant tout s’est arrangé, il a pris dans la cour ses petites habitudes, plante des piquets dans le sable, s’amuse et court partout, il connaît tout, comprend tout et trotte constamment derrière moi; son rhume va mieux, son appétit est excellent, il a encore percé deux grosses dents ce qui va lui donner un peu de répit, je pense.
Quant à moi, j’ai repris mes occupations habituelles, les rangements d’arrivée sont faits, et je suis de nouveau au courant de la maison. Je lève Jean vers 8 heures du matin, puis, sa toilette faite, je range et je m’occupe, lui toujours sur mes talons, je fais ses bouillies, la cuisine; à 11 heures et demie nous déjeunons, puis je le couche et il dort jusque vers 2 heures et demie ou 3 heures, quelquefois je le sors un peu, ou il joue dans la cour, à 6 heures et demie nous dînons, puis à 8 heures, mon petit lutin est aulique et j’ai un bon moment tranquille pour lire sous la lampe et travailler.
Reçu il y a quelques jours une bonne lettre de Jeanne, hier une lettre d’Andrée qui va peut-être nous arriver cette semaine…
Dimanche 23 septembre
L’automne est arrivée, les nuits sont fraîches le matin, et le soir, je frissonne dans mes vêtements d’été, et pourtant les journées sont plus belles que jamais… J’ai été bien occupée cette dernière quinzaine, d’abord nous avons gardé Andrée plus de huit jours, et je lui consacrais tous mes instants libres, Mère est venue aussi, toutes deux sont reparties vendredi soir; avant et après j’ai eu bien à faire. Je reprends un peu mon emploi du temps : le dimanche 9, j’ai conduit Jean à la Bénédiction où il a été très sage et mignon… Mardi matin, lettre de Marie-Thérèse Bled, nous demandant à déjeuner, j’ai improvisé ce que j’ai pu, nous avons bavardé une grande après-midi, et sommes allés le soir la reconduire à Grand-Landes. Mercredi, enterrement de M. Célestin Gendreau, Papa a déjeuné avec nous; le soir, Andrée est arrivée pour dîner… nous ne sommes que très peu sorties, nous avons surtout beaucoup causé, elle est très courageuse… son départ pour le Canada est fixé au 20 octobre. Mardi, nous avons vu Armand, qui nous a laissé Mère pour quelques jours; mes parents sont revenus des Sables mardi également, mais Jacqueline a trouvé moyen de se faire une entorse, et son pied est toujours enflé aussi nous ne la voyons pas souvent… Hier j’ai passé ma journée à faire des conserves : marmelade de pommes et purée de tomates.
… Pas mal d’épreuves et de critiques pas toujours justifiées; je fais toujours de mon mieux et je travaille de toutes mes forces… (j’écris avec Jean sur les genoux, ce n’est pas très pratique)
Dimanche 30 septembre
Jean est malade depuis avant-hier, un peu d’embarras gastrique, dit le docteur, qui assure que ce ne sera pas grave, mais le pauvre petit est bien abattu… la nuit dernière a été meilleure… le docteur a permis un peu de lait coupé d’eau de Vals, ce qui fait l’affaire de mon pauvre petit affamé…
Rien de très nouveau cette semaine, reçu une bonne lettre de Marie Morvézen, une de Suzette, je ne suis que très peu sortie, que pour aller à La Roche… j’ai passé plusieurs après-midi à peler des pommes et faire de la gelée… Nous comptions partir à Nantes ce soir, le voyage est repoussé à huitaine. Aujourd’hui, il a plu…
Vendredi 5 octobre
Jean est maintenant mieux… depuis dimanche il a été plus facile et plus calme, ayant crié toute la journée, il s’est assoupi vers 5 heures, mort de fatigue, depuis le docteur a permis de l’alimenter un peu… je l’ai levé mercredi, il n’était pas très solide sur ses petites jambes, mais maintenant que ses forces reviennent, il ne veut plus rester dans son lit le matin et reprend ses caprices et ses petites volontés, il veut toujours que ce soit moi qui l’habille, le change, s’occupe de lui, c’est bien gentil, mais un peu assujettissent; mardi seulement, j’ai pu m’échapper un moment, j’ai fait quelques courses, et éprouvé un grand plaisir à marcher et à respirer le grains air.
Mère est ici depuis lundi, nous l’emmènerons à Nantes dimanche, je compte y passer la semaine…
Dimanche 7
Nous partons à Nantes dans quelques moments, les préparatifs sont faits et nous attendons le réveil de Jean; le pauvre petit n’est pas encore remis, il est grognon, mal en train et n’a pas repris sa gaieté et sa bonne humeur habituelles… je crains l’entérite, et ce serait ennuyeux à l’entrée de l’hiver…
Mercredi 17 octobre
Revenus de Nantes hier matin, j’ai à peine eu le temps de’ défaire mes bagages, et j’ai de l’ouvrage plus que je ne peux en faire! pour comble de bonheur, nous avons trois journaliers à creuser le puits, et il faut faire la cuisine à tout ce monde! Heureusement que Jean est sage… le petit chéri est maintenant aussi bien que possible, il a repris son bon sommeil, son appétit et sa gaieté…
Mon séjour à Nantes s’est passé aussi bien que possible, j’ai eu comme toujours beaucoup de courses et d’achats à faire, je suis allée au théâtre deux fois, mardi pour “Le Barbier de Séville” et dimanche pour “Le Comte de Luxembourg”; j’ai vu Andrée deux fois, elle doit être actuellement à Paris, pour s’embarquer à Cherbourg le 20; je suis allée à la Visitation, à Chavagnes, chez Mme Houdbine, où, j’ai passé un bon moment.
J’ai encore eu bien des moments pénibles… des heurts, des froissements perpétuels, un manque de tact absolu de la part de certaines personnes qui ne craignent pas de blesser de toutes manières, de faire de la peine sciemment, d’imposer leurs façons de voir et leurs goûts comme le summum des choses, sans voir si les autres peuvent penser et sentir de façon différente!… il est dur de se sentir sans cesse méprisée, méconnue! je sais que je suis loin d’être parfaite… je souffre moi-même de mes défauts… Bref, j’en suis arrivée à me défier complètement de moi-même … Depuis trois ans j’ai renoncé à tout ce que j’aimais, à toutes les occupations qui m’étaient chères et je me suis donnée de tout mon coeur à ma tâche… ce que j’ai sacrifié, les progrès que j’ai pu faire, ce la ne compte pas, ce qui compte, ce sont mes maladresses, mes étourderies…
Dimanche 21
Tout va mieux depuis quelques jours, j’ai plus de courage et réussis à peu près… d’ailleurs, je n’ai ces jours-ci pas trop le temps de penser… nous avons tous ces jours trois hommes à creuser le puits pour essayer d’avoir l’eau, et je dois faire la cuisine pour tout le monde, aussi je passe toute ma matinée à faire des grandes marmites de soupe, et de vastes casseroles de ragoût, aujourd’hui, Marie étant à la Grand’Messe, c’est moi qui ai préparé le déjeuner, mais je me croyais presque en vacances , ‘ayant à faire la cuisine que pour trois personnes.
Octobre s’avance, il a plu tous ces jours-ci, nous étions enfermés, mais petit Jean s’amusait bien gentiment près de moi… Jean est très bien ces jours-ci, facile, gai et mignon, il s’amuse tout seul des heures entières et ne me donne aucune peine…
Beaucoup travaillé cette semaine, rangements, couture, réparations, raccommodages, le soir je tricote en lisant sous la lampe…
25 octobre
Bonne semaine, j’ai travaillé tant que j’ai pu… j’ai toujours beaucoup de travail avec mes journaliers…, Jean qui est bien mignon, mais affreusement crampon…
…Dimanche, j’ai emmené Jean aux Vêpres et il a été très sage… eu ensuite la visite de Berthe Guillaumé; je ne suis sortie un peu que vendredi pour passer un moment chez Marguerite; mardi j’ai fait des rangements de tiroirs, et serré beaucoup de choses à Jean, devenues trop petites…
Nous partons à Thouars mercredi pour revenir vendredi: peut-être irons-nous au Mans pour le 11 octobre… Charlotte est au lit avec une crise d’appendicite!
Vendredi 2 novembre
Nous sommes arrivés de Thouars il y a deux heures, après un voyage assez bon, quoique agrémenté de quelques péripéties! partis mercredi par un temps superbe… la nuit nous a pris à Châtillon sur Sèvres, avec des bons phares ce n’est rien, mais lorsqu’il y a panne d’éclairage, c’est autre chose! … il nous a fallu faire douze kilomètres à tâtons pour arriver à Argenton-le-Château, où la lumière nous a été rendue; tout cela nous a mis en retard, retard encore aggravé par une roue à plat, tandis que tout le monde s’inquiétait en nous attendant. Nous avons eu à Thouars presque deux journées en famille, tout s’est bien passé, nous sommes presque tout le temps restés à causer auprès du feu, il a fait hier un temps affreux… Nous sommes repartis tantôt à 4 heures et avons fait de nuit la plus grande partie du trajet, après avoir rentré Michel à Richelieu, nous avons eu une roue à plat pour achever la série, ce qui nous a encore retardés!…
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 4 novembre 1928, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Assisté aujourd’hui à la grand’messe de Requiem, il y a longtemps que je n’avais eu une grand’messe…
J’ai remis en place toutes choses hier, et repris le rythme habituel de ma vie. Il fait froid, nous entrons en hiver.
Samedi 17 novembre
Après quelques jours de repos une semaine encore bien fatigante et chargée… la semaine dernière a été assez calme, quoique très remplie, les matinées surtout avec la cuisine à faire pour mes hommes, des occupations multiples et Jean à piailler sur mon dos! j’ai eu au début de la semaine une après-midi chez Armande, un autre jour j’ai fait des confitures, samedi j’ai vu Marie Bellon. Dimanche matin j’ai fait quelques préparatifs, nous avons déjeuné de bonne heure et aussitôt partis pour Le Mans, laissant Jean à la garde de sa grand’mère… jusqu’à Cholet l’auto n’a pas marché merveilleusement, était-ce une saleté au carburateur, ou de l’eau dans l’essence? passé Cholet, nous avons tout de même mieux marché puisque nous étions à Angers vers quatre heures, après avoir traversé les coteaux du layon… A Angers nous nous sommes reposés un moment, puis nous avons repris la route du Mans… arrivés à 7 heures.
J’ai été contente de voir Jeanne dans son intérieur, de connaître sa fille qui est tout à fait mignonne, de bavarder tout mon content. Lundi, nous nous sommes promenés dans le centre de la ville… l’après-midi, nous avons visité la cathédrale, très imposante, avec de superbes vitraux anciens, puis fait en auto un tour aux environs; passé une bonne veillée à écouter la T.S.F., en regardant des photos. Mardi matin nous sommes partis vers 9 heurs et demie et étions à Angers pour déjeuner; après une rapide visite de la ville, nous avons repris l’auto et nous sommes de nouveau arrêtés à Mortagne, mais là, nous nous sommes attardés jusqu’à 6 heures et, passé les Herbiers, avons trouvé du brouillard, si bien que nous ne sommes arrivés qu’à huit heures. Mercredi, tout remis en place et passé l’après-midi à la maison avec Armande et Marguerite. Il a fait ces deux jours un temps épouvantable, aussi ma lessive n’a pas séché, nous avons encore nos journaliers jusqu’à ce soir, aussi, tous ces matins, j’ai eu pas mal de peine. Mère et Madeleine arrivent tout à l’heure, Armand et Suzanne demain, aussi il a fallu faire quelques préparatifs, et je ne peux arriver à tout.
Jean a été sage et bien portant pendant notre absence; le voilà arrivé à vingt mois, il est aussi bien que possible, fort et vigoureux, il est remarquablement intelligent, comprend et retient tout, et je n’ai pas de meilleure joie que de le sentir me passer ses petits bras autour du cou en m’appelant “Maman”!
Dimanche 2 décembre
Enfin un peu de repos…
Le samedi 17 nous avons donc reçu Mère et Madeleine, et passé une bonne soirée ensemble; le dimanche matin Armand et Suzanne sont arrivés pour déjeuner, l’après-midi nous devions aller à Palluau et à Rocheservière avec Michel, mais ce dernier étant malade, Armand a emmené Suzanne lui tenir compagnie si bien que nous sommes partis très tard et ne sommes allés qu’à la Fromenchère; lundi matin Michel était mieux, aussi ses parents sont repartis à Thouars rassurés, Madeleine était partie dimanche soir, Mère nous restait seule. Lundi après-midi, nous sommes allés à Palluau, passé par Légé et avons terminé par La Jarrie. Rien de très nouveau cette semaine, j’ai fait de la gelée de coings, reçu Armande et Marguerite; et passé à La Roche l’après-midi du vendredi par un temps affreux. Armand et Suzanne sont arrivés samedi soir et dimanche nous sommes allés à Commequiers voir Tante Angèle, malgré le temps vraiment affreux; lundi matin tous sont partis y compris Marie Meriau que nous avions depuis le mercredi, et j’ai trouvé au premier abord la maison bien vide, mais depuis je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer, il y a toujours du travail, de plus, beaucoup de choses avaient forcément été négligées avec tout le travail que nous avions eu, aussi, j’ai eu bien à faire pour remonter le courant ; je travaille avec acharnement à mon dessus de lit que je voudrais terminer au plus tôt; je tricote le soir sous la lampe, pendant que Jacques travaille… Mercredi j’ai passé l’après-midi chez Marguerite avec Jacqueline et Armande; jeudi c’était ma fête, Maman et Jacqueline sont venues me la souhaiter; puis Jacques ayant acheté un gâteau, nous sommes allés le manger le soir à la maison, et Jacques m’a fait la surprise d’un très joli stylo, dont j’avais envie depuis très longtemps. Vendredi après-midi passé chez Marguerite avec Andrée Boyer; hier suis allée à Nantes avec Papa, Jacqueline et Marguerite, fait pas mal de courses et trotté toute la matinée, nous sommes revenus de bonne heure dans l’après-midi.
Un temps radieux aujourd’hui…
Dimanche 9 décembre
Nous partons à Nantes d’ici un moment, Jean fait son dodo et je n’ai plus que quelques objets à réunir, il fait aujourd’hui un beau froid sec… nous comptons renter dès mardi matin. Passé une semaine plutôt calme, dimanche, j’ai assisté aux Vêpres…j’ai goûté tout à loisir la merveilleuse poésie de l’Avent dans le “Rorate”, nous sommes ensuite allés chez Tante Abel, et j’ai terminé mon après-midi par une visite chez Mme Gendreau. Lundi visite à Mme Dorion pour l’inviter à déjeuner le 15, avec les André Dorion et les Jules Moreau. Mardi soir dîné à la maison, mercredi mes parents sont partis aux Sables, je suis un peu allé les voir après déjeuner puis fini l’après-midi chez Armande avec Marguerite. Jeudi, visite aux Chailloux avec Jean; … hier, fête de l’Immaculée Conception, je suis allée à la messe, puis l’après-midi, nous sommes allés à Palluau chez les André Dorion..
Jean est un peu enrhumé depuis hier… le plus gênant est que je ne peux pas l’emmener à la cuisine et il ne veut pas rester seul ici.
Beaucoup travaillé cette semaine, bien avancé mes différents ouvrages. Nous aurons les Renou à déjeuner Vendredi.
Dimanche 17
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 17 decembre 1928 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Jacques est aux Vêpres, Jean à peu près sage, aussi j’ai quelques instants de liberté…
Reprenons un peu cette dernière semaine; dimanche, départ à Nantes, le temps quoique froid, était très beau… lundi nous avons fait des courses… Jacques et moi, malgré le froid vraiment très vif, et fait naturellement quantité d’acquisitions; le soir, malgré la pluie glaciale, nous sommes allés au cinéma, Jacques et moi, voir “Madame Récamier”, film très intéressant et bien rendu. Mardi, nous sommes rentrés ici pour déjeuner… Mercredi, journée de lessive, un peu de travail supplémentaire, d’autant plus que , vu le froid, je ne veux pas que Jean vienne à la cuisine et c’est assujettissent. Jeudi matin, lavé des lainages et des broderies, l’après-midi un peu de repassage, me suis occupée du linge, puis reçu Armande et Marguerite, parlé du mariage de Marie Tenailleau avec un jeune homme de Nieul, lequel mariage doit être officiel sous peu; Anne-Marie Robert vient d’être opérée de l’appendicite, malgré l’attente d’une deuxième bébé. Vendredi, reçu les Renou à déjeuner, j’avais fait venir du poisson de La Roche et le repas s’est bien passé, mais il faisait un temps affreux, une pluie glaciale et le malheureux électricien perché sur le toit pour placer notre antenne de TSF, était gelé. Depuis, Jacques et moi, comme deux gosses, ne nous lassons pas de faire marcher notre appareil. Hier, nous avions “Werther”, de Toulouse, et c’était remarquablement bien, seulement nous sommes très novices, et souvent il faut tâtonner, ce sont des sifflements, des grondements, des grincements épouvantables, puis une phrase musicale jaillit, d’abord hésitante et frêle, puis nette et pure, le poste est trouvé!
Assisté à la grand’messe ce matin, mais j’ai eu grand froid à l’église et ne pouvais me réchauffer en rentrant ici! Mardi je reçois à déjeuner les Dorion et leurs neveux de Palluau. Les Moreau n’ont pas pu venir.
Vendredi 21 décembre
Le temps passe, bientôt Noël! Mère et Madeleine arrivent demain pour passer ces jours de fête avec nous… mes parents sont aux Sables et comptent y rester encore une huitaine, il sont venus mardi pour le déjeuner Dorion et repartis hier. La journée de mardi s’est bien passée, j’avais une cuisinière, aussi j’étais infiniment plus tranquille, le déjeuner était réussi, bien servi, bien présenté. Je n’avais qu’à m’occuper du couvert et de l’arrangement de la maison, mais j’avais eu un peu de peine les jours précédents avec le nettoyage et l’argenterie à vérifier. Le soir tout le monde s’est retiré dès 5 heures, aussi j’ai pu tout ranger tranquillement. Mercredi suis allée un peu à la maison avec Jean; hier passé l’après-midi chez Marguerite avec Armande.
Je suis un peu souffrante ces temps-ci, fatigue, nausées, dégoût, je ne suis pas encore sûre, mais peut-être est-ce ce que nous désirons tant…!
Mardi - jour de Noël
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 25 decembre 1928, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Un temps radieux… Nous sommes seuls pour passer ce jour de Noël… Mère et Madeleine devaient venir nous rejoindre, mais Armand et Suzanne étant à Nantes, elles n’ont pu s’absenter. Je suis allée seule à la Messe de Minuit, Jacques étant restée pour garder Jean, j’ai passé une veillée de Noël très calme, égayée par la TSF qui me chantait des Noëls, un peu avant minuit je suis partie, le temps était doux… la messe a été très pieuse, très recueillie, avec les Noëls traditionnels et le long défilé de la communion; je suis rentrée avec Marie et j’ai fait un réveillon solitaire avec une tasse de thé et quelques gâteaux ; le petit Jésus était passé pendant mon absence, il avait déposé un beau sac de bonbons dans mes pantoufles, il y a toujours quelqu’un pour me gâter. Jean a eu quelques petites choses dans ses souliers, mais il n’a pas saisi la provenance bien qu’il en ait été enchanté, l’année prochaine ce sera très amusant.
…Dimanche… nous avons reçu les Bonnaud une partie de l’après-midi, puis nous avons terminé notre soirée, Jacques et moi, à nous récréer avec la TSF.
Tout irait bien ou plutôt tout va bien, malgré des malaises incessants et vraiment pénibles… pourvu que tout aille bien… jusqu’au bout.