Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Dimanche 1er janvier 1950

Premier jour de la nouvelle année, cette année qui termine un demi-siècle, cette année jubilaire qui doit amener au monde les grâces dont il a tant besoin ; c’est maintenant un moment tranquille après une matinée un peu bousculée ; les enfants sont dans le bureau, les uns lisent, les autres jouent aux échecs, Yves écoute la radio ; je me suis installée dans la salle à manger pour être un peu plus au calme, mais je suis profondément heureuse d’entendre non loin de moi, dans cette pièce un peu trop bruyante, vivre et remuer tous mes « petits ». L’année a bien commencé ; nous avons eu en l’honneur du Jubilé une messe de minuit et, Geneviève s’étant proposée pour garder Anne, j’ai été heureuse d’y assister avec Jacques et les quatre autres. Nous avons veillé dans le bureau ; j’ai terminé le chandail de Jean, tout en écoutant la radio dont certaines choses n’étaient pas mal ; A minuit, suis allée me préparer pour me rendre à l’église où devait avoir lieu avant la messe – qui se disait à 1 heure – une veillée de prière. En descendant l’escalier, trouvé tous les enfants – sauf Anne – groupés à la cuisine, ils venaient d’entendre à la radio l’annonce de la nouvelle année et nous offraient leurs vœux. Sommes ensuite partis pour l’église, Jacques et moi…. A 1 heure a eu lieu la messe, il y avait moins de monde qu’à celle de minuit, mais une belle assistance tout de même et de très nombreuses communions. Sommes rentrés vers 2 heures et demie et fait un petit réveillon avant de nous coucher. Ce matin, Geneviève a emmené Anne à la messe de 9 heures. Nous sommes levés assez tard, aussi nous n’avions pas encore déjeuné quand Albert, Maria et les enfants sont venus nous présenter leurs vœux ; Le défilé a duré ensuite toute la matinée, il y a eu Armande, Arsène Gauvrit, M. Baron, Georgette Roux, Eugénie Moreau, Armand Bernard et son père. Nous avons mis le couvert en vitesse, mais comme nous nous installions pour déjeuner, sont arrivés Marie Maindron ainsi que le filleul de Jacques et ils ont assisté à notre repas ; Il est maintenant sept heures, et nous allons bientôt dîner. Aussitôt le déjeuner, visite des Lambert, vers 3 heures et demie, nous avons vu M. le Curé et M. l’abbé ; aussitôt leur départ sommes sortis pour offrir nos vœux à Maman, puis à Tante Abel et aux Mignen, enfin je suis allée chez Mme Lucas, afin de lui apporter des vœux de meilleure santé. Les enfants viennent de rentrer de chez les Baron, et tous ont repris, dans le bureau, leur partie de cartes interrompue. Yves refait marcher la radio. Et cette première journée, ce premier dimanche de l’année, sera vite passée Ce soir je tâcherais d’écrire quelques lettres.

Semaine également bien remplie. Le jour de Noël s’est achevé pour les enfants par une séance de cinéma pendant laquelle j’ai pu écrire quelques cartes pour le Jour de l’An. Lundi matin, sommes tous allés à la grand-messe de Saint Etienne, puis, en déjeunant, avons décidé d’aller l’après-midi à Luçon. Voyant que je ne pourrais jamais arriver à finir le chandail de Jean, je suis allée demander à Marie Honoré de me donner un coup de main, et lui ai donné tout de suite une manche à faire. Au retour, ai été dérangée par des tas de choses, si bien que je n’ai rien pu faire. Sommes partis pour Luçon aussitôt déjeuner, avec deux voitures, Jacques emmenait Jacquie et Anne dans la Simca et Jean, la Chenard, avec le reste de la bande ; tout a bien marché jusqu’à Luçon, nous sommes arrivés à Mareuil qui possède une jolie petite église romane, malheureusement en mauvais état. A Luçon, les Louis Dugast n’étaient pas là, avons visité la cathédrale, le jardin Dumaine, sommes allés voir l’ancien Richelieu, avons goûté, puis repris la route ; seulement la Chenard s’est mise à faire un bruit anormal ; avant Mareuil, Jacques s’est arrêté pour dire à Jean de prendre de l’essence, seulement la Chenard n’a pas voulu repartir, et nous nous sommes vus dans l’obligation de filer en Simca laissant Geneviève et ses frères sur la route avec l’auto. Jacques nous a ramenés ici, puis est reparti avec une voiture de Bretaudeau et un mécanicien, et ils sont arrivés vers 9 heures avec la voiture en remorque, elle était d’ailleurs réparée le surlendemain. Mardi matin, me suis vue obligée d’aller à La Roche – dentiste, massage et essayage – Jean y était venu aussi pour voir ses camarades. Suis allée un peu chez Maman l’après-midi. Mercredi après-midi, sommes allés à La Roche pour un goûter Poirier-Coutansais, et, là, avons appris chez les Lesaffre, que le dit goûter était dansant, nous avons d’ailleurs passé une bonne après-midi, il y avait pas mal de gens de connaissance, un buffet splendide et les enfants se sont bien amusés. Jean lui-même a dansé. Sommes rentrés vers 8 heures et demie, moi avec une bonne migraine. Jeudi, Jean et Yves sont allés déjeuner chez les Boutelier, qui réunissaient un groupe de camarades. Fini ce jour-là le devant du chandail et suis allée demander à Marie Honoré de me faire le dos, ainsi qu’elle avait eu l’air de me le promettre ; elle m’a fait dire que cela lui était impossible et j’ai été très déçue, aussi je me suis mise au travail et suis arrivée à faire le dos en question en un jour et demi, seulement ai travaillé très dur, et dans ces conditions, cela devient très pénible. Samedi, c’est-à-dire hier, journée très chargée, avions à déjeuner les trois garçons Boutelier, Remi Charron et Pierre Lesaffre. Cela a été très gai. Aussitôt après, visite des Frères de la Jamonière, nous avions hier les Sœurs de l’école et de l’hôpital, puis une visite des instituteurs laïques. Il était temps ensuite d’aller offrir nos vœux à M. Le Curé. Dîné à l’heure habituelle, pendant que Jean partait à La Roche en auto chercher Geneviève qui s’y était rendue vendredi matin aider à Madeleine pour ces jours d’affluence au magasin. Le train avait une bonne demi-heure de retard, ce qui est rare maintenant. Pendant qu’ils dînaient et pendant la veillée, terminé le chandail de Jean, l’ai cousu et tricoté l’encolure, j’avais tricoté aussi hier l’encolure d’un chandail de Pierre qu’il me reste à coudre demain…. Jean part demain soir, sa permission est vite passée ! Il est officiellement sous-lieutenant, depuis aujourd’hui, mais où sera-t-il l’an prochain ?…

Dimanche 8 janvier 1950

Une journée encore très remplie et j’aurai à faire beaucoup de choses à faire d’ici ce soir…. Ce matin… réunion de la Ligue, il y avait une quinzaine de femmes, la réunion était bien vivante, mais il faudrait un autre nombre que celui-là pour faire un travail efficace… Aussitôt la réunion, la grand-messe, et aussitôt le déjeuner, les Vêpres, auxquelles, en cette fête de l’Epiphanie, j’étais heureuse d’assister. J’avais promis ensuite d’assister à une réunion, préliminaire à une session d’enseignement ménager, seulement il y avait bien peu de monde, et il y a eu bien peu d’inscriptions… Suis revenue ici en vitesse, il faisait un temps superbe et Anne m’avait demandé de lui faire faire une promenade, nous sommes allées au « pâtis aux moutons », où elle a si souvent dormi lorsqu’elle était toute petite, et revenues ici pour goûter. Maintenant Jacques est à une réunion du Conseil curial, s’il revenait assez tôt nous pourrions peut-être faire l’une de nos visites du jour de l’an, ce qui nous avancerait un peu pour les semaines qui suivent…. Lundi matin, confectionné un savarin, d’ailleurs bien réussi, pour souhaiter à déjeuner la fête de Geneviève, avec un peu d’avance. Maman est venue déjeuner ici, pour voir un peu Jean avant son départ. Terminé le chandail et il a pu le prendre pour partir. Fini aussi le chandail de Pierre qu’il y avait seulement à coudre et confectionné une des moufles d’Yves. Mardi, voyage à Nantes, Jean était parti la veille vers 5 heures, mais, même sans lui, nous étions bien tassés dans la voiture. Fait quelques courses le matin, différents achats et conduit Anne voir les magasins, où il n’y avait à peu près plus rien. L’après-midi fait visite à Tante Marguerite, aux Landais et fait quelques autres courses, quitté Nantes un peu avant sept heures, ayant laissé Geneviève là-bas. Mercredi, travaillé ferme encore, la seconde moufle d’Yves et terminé une chaussette à Jacques. Fait sans trop de retard cette fois-ci les préparatifs de départ des garçons, et dîné de bonne heure afin de les expédier par le car de Nantes. Le lendemain jeudi, repris mon travail habituel, beaucoup de rangements, de choses en retard, l’après-midi suis allée à La Roche pour massage et différentes choses. Vendredi, une réunion de la Ligue avec six assistantes seulement… Hier suis allée très peu chez Maman ; j’ai eu quelques visites, dont Renée Dorion, avec qui nous avons parlé de Rome. J’aurais été heureuse d’y retourner cette année pour le Jubilé, mais je crains que ce ne soit pas possible. Beaucoup de travail à faire et je viens de passer quelques jours extrêmement pénibles – dépression nerveuse, fatigue physique intense ; cela m’est arrivé d’autres fois, et me fait passer de bien mauvaises journées, le plus dur est de n’avoir aucun goût pour son travail et de faire toutes choses avec effort et à contrecœur. J’ai pas mal de lettres à faire, j’ai en train une paire de chaussettes à Jacques et une paire de gants à Yves… Jacquie est depuis hier soir à Montaigu, pour les 21 ans de Nicole, et rentre demain soir. Fait hier un gâteau des Rois, destiné à être mangé au déjeuner d’aujourd’hui et l’ai complètement raté. Je tâcherai de mieux faire la prochaine fois.

Dimanche 15 janvier

Une semaine très remplie, et celle qui viendra le sera encore davantage ; pour arriver au bout de mon travail, il faudrait que, pendant quelque temps, je m’arrange pour avoir quelques après-midi sans sortir, et, tout au contraire, il faudrait expédier les visites du jour de l’an, soit seule, soit avec Jacques. Aujourd’hui je n’ai pas de réunions, mais Jacques en a trois… après les Vêpres, si Jacques est libre, nous expédierons une ou deux visites… Dimanche dernier, j’ai pu écrire un peu. Lundi, foire de La Roche, j’ai eu malgré tout pas mal à faire dans la matinée ; suis allée à Richelieu, à la Maison des Œuvres où j’ai vu l’abbé Sacré, j’ai même eu un moment très intéressant à causer avec le chanoine Loué de l’émigration vendéenne, de la déchristianisation de tous ces pays où des Vendéens, s’ils avaient une foi bien enracinée, pourraient jouer un rôle vraiment missionnaire. Cela m’a mise en retard et j’ai été obligée de galoper pour aller déjeuner. Réunion intéressante aussi chez Mme Coutansais… Fait quelques courses ensuite, un massage, puis une visite aux Gourraud, avons pris Jacquie à la gare. Mardi, ne suis pas allée chez Maman ; une visite d’Auguste, dont le mariage est fixé au 20 février, une visite de Mlle Lucas, puis sommes allés, Jacques et moi, voir les instituteurs laïques. Mercredi après-midi, sommes allés aux Herbiers voir la fameuse cuisinière « Aga », en arrivant, une visite aux Moreau que nous avons vu tous les deux. Sommes allés chez les Chatry où nous avons causé un bon moment, puis vu la fameuse cuisinière – c’est certainement très intéressant, très tentant, seulement il y a le prix ! Enfin c’est à réfléchir – Une petite visite ensuite à Françoise Boisseau, puis sommes allés jusqu’à Saint Mars La Réorthe voir le ménage Joseph Baron, sommes rentrés vers 8 heures et demie. Jeudi après-midi, suis allée chez Maman mais assez peu de temps, car Jacques pouvait sortir, sommes allés voir les Lucas. Vendredi, un moment chez Marguerite, un peu chez Maman et une petite promenade, ce que je ne peux faire souvent, mais qui me fait pourtant si grand bien. Hier, sommes allés à Nantes, afin que Benjamin puisse examiner Maman ; nous avons, dès en arrivant, confié Maman à Françoise et sommes allés, chacun de notre côté, faire des courses. Avant le déjeuner, Benjamin a examiné Maman, il lui a trouvé une très forte tension, mais je ne crois pas qu’elle ait quelque chose de grave au cœur, cependant elle doit faire de l’A…tite, et c’est toujours assez sérieux ; enfin le docteur donnera ses conclusions d’ici quelques jours. Déjeuné tous ensemble, y compris Geneviève arrivant de son cours, et causé tous ensemble un bon moment au coin du feu. Avons fait quelques courses, Jacques, Geneviève et moi sommes allés chez Mère voir Jean qui venait d’y arriver, pour passer la journée d’aujourd’hui à Nantes et déjeuner chez Claude. L’avons ramené rue Racine pour qu’il voit sa grand-mère et y sommes restés encore un petit moment, si bien que nous avons quitté Nantes qu’à six heures. C’était un peu tard, et j’avais peur qu’avec l’obscurité Maman soit malade en route ; enfin elle s’est bien comportée et ne paraissait pas trop fatiguée en arrivant. Parlé un peu avec Geneviève qui est toujours contente de son travail ; elle a trouvé un professeur d’espagnol, ce qui la ravit, et elle a été heureuse de constater les progrès faits cet été à Gijon ; Quant à moi, me sens toujours lasse ; toute lutte, toute difficulté me fatigue terriblement, et il y en a du matin au soir, soit avec Anne, soit avec d’autres. Les petits poulets de la couveuse électrique vont bien ; pendant quelques jours ils ont pu sortir, mais depuis vendredi après-midi, le temps est trop brumeux pour qu’on les mette dehors, ils prennent leur farine avec appétit, mais Marie ne peut arriver à comprendre qu’il soit inutile de leur donner du mil. Je voudrais bien élever cette couveuse là, cela nous ferait des bons rôtis pour Pâques.

Dimanche soir 22 janvier

Huit heures et demie – ou presque – c’est le premier instant de libre d’une journée assez chargée, je suis un peu lasse et ne serais pas fâchée d’aller me coucher, mais j’ai des lettres en retard, sans savoir si j’aurai le courage de les écrire. Pas mal de choses à raconter cependant. Dimanche soir, quand Jacques est revenu de ses réunions, sommes allés voir Mme Dorion et les Boyer. Lundi, me suis mise en tournée de visite – suis allée d’abord voir, pour mon propre compte, Mme Edmond Gendreau, que je n’ai pas rencontrée, Mme Herbreteau – que je n’ai pas rencontrée – Mlle Lucas puis Mme Caillaud, chez qui je suis restée un bon moment. Suis rentrée ici, puis nous sommes repartis, Jacques et moi, voir les Brachet, puis les Bonnaud. Mardi après-midi à La Roche, après-midi exténuant, dont je suis revenue presque malade, j’avais beaucoup de courses à faire, des paquets assez lourds à porter. Quand il faut, dans une matinée, caser un massage, des courses, une visite rapide à la Maison des Œuvres, Richelieu et d’autres courses encore, cela fait beaucoup de pas à faire ; quand on est oppressé et que le cœur bat très fort, cela devient une épreuve plutôt pénible. Mercredi, passé ma matinée à faire de la pâtisserie pour recevoir l’après-midi Mlles Gallet plus Armande Brachet et Marie-Annick ; j’ai fait, dans ma matinée, des palmiers et un gâteau chocolat, tandis que Jacquie faisait des tartelettes. Après déjeuner, il y avait quelques petites choses à terminer, quand un coup de sonnette m’a fait monter enfiler ma robe plus tôt que je n’aurais voulu. C’était une visite de Mme Buet, d’Aizenay, et de sa grand-mère Mme Josso. Heureusement Jacquie se débrouillait à la cuisine, mais Mmes Gallet dont arrivées plus tôt qu’il n’était prévu, et elles auraient aimé partir assez tôt à cause de la nuit qui vient assez vite encore, mais Armande Brachet n’arrivait pas et nous l’attendions pour goûter. Enfin, tout s’est arrangé, et mes assiettes de gâteaux étaient réussies, les tartelettes de Jacquie – oranges et bananes – étaient très bonnes et bien présentées. Seulement, j’ai été dérangée deux fois pour le représentant de la cuisinière « Aga », et toute cette après-midi a été ainsi un peu fatigante. Jeudi matin, brusquement, temps beaucoup plus froid et forte gelée, suis allée faire le marché, quelques courses, puis rentrée ici, où j’avais du travail. En sortant un plat de viande du frigidaire, j’ai été prise brusquement d’un violent lumbago – j’ai eu la sensation d’un coup de bâton sur les reins, et la douleur a été si forte que j’ai été obligée d’appeler Marie, parce que j’allais lâcher le plat que je tenais, je suis allée m’asseoir dans le bureau, souffrant beaucoup et marchant tout en deux et n’ai pu, ce jour-là, que rester dans un fauteuil avec mon tricot ce qui m’a permis de bien avancer mon travail, mais ne m’a pas été cependant très agréable, car, lorsqu’il fait froid, comme ces jours-ci, il faut remuer beaucoup sous peine d’être rapidement refroidie. Très mal dormi la nuit suivante, j’avais toujours très mal, me suis levée cependant un peu après neuf heures, souffrant moins, mais suis restée encore dans mon fauteuil toute la journée. Hier matin, je souffrais toujours, mais j’ai déclaré que j’étais guérie et que je devais reprendre mon travail. Nous attendions hier François, qui fait actuellement un stage à Saumur, et devait nous arriver par l’autorail de 2 heures et quart, mais il a téléphoné de Saumur qu’il avait manqué son train, et n’arriverai qu’à 8 heures 7 à Belleville. Avions décidé de faire venir les garçons, parce que Pierre ayant treize ans avant-hier, il convenait qu’il vienne aujourd’hui manger son gâteau d’anniversaire, aussi, voyant que Jacques serait obligé d’aller à Belleville hier soir pour chercher François, j’ai téléphoné à Geneviève, lui demandant si elle ne pourrait pas prendre le même train, elle a accepté d’enthousiasme, ce qui fait que Jacques a ramené hier deux voyageurs au lieu d’un. Hier matin, fait encore de la pâtisserie, le gâteau d’anniversaire de Pierre, celui de mon petit Bernard, qui aurait ses dix ans demain et quelques petits gâteaux destinés au dessert d’hier soir. Après déjeuner, me suis remise en visites, rencontré les deux dames que j’avais ratées lundi dernier, et suis allée en plus voir Mme Lucas. Avons dîné hier soir, après l’arrivée des deux voyageurs, avec Maman que Jacques était allé chercher, et avons bavardé presque jusqu’à minuit. Ce matin, avons tous été à la messe de neuf heures, puis il y a eu, comme toujours, des tas de choses à faire. Envoyé à la crèche, comme chaque année ou presque, le gâteau de petit Bernard. Jacques, qui était occupé à régler avec les métayers de l’Hermière, est parti dès qu’il a pu chercher les garçons à La Roche. Avons déjeuné aussitôt leur arrivée afin de ne pas être obligés de se presser trop à table – je voulais d’ailleurs assister à l’enterrement d’une petite fille de l’Espérance, morte en naissant – Avons passé une bonne après-midi ensuite, causé avec les garçons, rappelé avec François des tas de vieux souvenirs. A 4 heures et demie, Jacques et parti conduire les garçons à La Roche ; Au même moment sont arrivés Pierre et Geneviève Bouliau ; avons goûté avec quelques petits gâteaux qui, par bonheur, restaient. Avons dîné à 7 heures, François étant obligé de partir à 8 heures pour son train de 8 heures et demie, mais Jacques n’a pas été obligé de le conduire à La Roche, Bretaudeau, qui y allait lui-même, l’a emmené. Maman vient de partir, Jacquie a couché Anne, Geneviève travaille dans la salle à manger en face de moi, contente d’avoir passé ici sa journée de dimanche, elle repartira demain matin. Cela nous a fait une agréable journée ; si Jean avait été là cela aurait été parfait mais il devait aller aujourd’hui à Rennes retrouver un camarade qu’il avait connu à Strasbourg. Demain, anniversaire du petit Bernard chéri….

Mardi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 24 janvier 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Depuis jeudi, froid très vif, les journaux et la météo nous avaient fait espérer le dégel pour hier, ou tout au moins un adoucissement de la température, mais le thermomètre a été aujourd’hui plus bas que jamais. Il est tombé vers onze heures un peu de grésil, mais cela n’a pas duré. Pour comble, le courant vient d’être coupé, et le chauffage, qui maintient jusqu’ici la maison à une bonne température, va baisser si cela se prolonge. Matinée à La Roche, n’ai pu faire grand-chose en dehors de mon massage. Ce soir, ma petite promenade habituelle qui m’a bien réchauffée.

Dimanche matin 29 janvier

Je devrais écrire un peu chaque jour, cela m’aiderait pour bien des choses, et fixerait mieux certains souvenirs, mais c’est le temps qui manque, il y a chaque jour tant à faire et l’ouvrage pressé ne manque jamais. Aujourd’hui, j’espère avoir tout de même un peu de tranquillité, je n’ai ni sorties, ni réunions prévues, peut-être viendra-t-il quelques visites cet après-midi, je ne le souhaite pas, car Jacques est aujourd’hui aux Lucs pour une vente mobilière et reviendra assez tard…. Le froid dure toujours… Lundi dernier, rien dont je me souvienne, mardi matin à La Roche, l’après-midi un peu chez Maman. Mercredi, journée à Nantes, le temps était très dur quand nous sommes partis, cependant la journée a été moins pénible ; nous devions déjeuner à la Balinière, mais Geneviève ayant reçu le matin des mauvaises nouvelles de son père, a décidé de partir à Melun, aussi nous avons déjeuné à Monselet, comme d’habitude. Le matin, fait quelques courses, acheté deux nappes dont j’avais besoin pour la table garnie de ses trois rallonges. L’après-midi, suis allée avec Jacquie voir Germaine Barré, ses parents étaient là, et elle se préparait à conduire sa mère chez un médecin. Louise est dans un état lamentable, presque impressionnante. Suis allée voir Andrée Jaffret, que j’ai trouvée très enrhumée, très occupée, si bien que j’ai pu à peine l’apercevoir quelques minutes. Passé par la rue Dugommier, où je me suis arrêtée à la chapelle, et l’idée m’est venue d’aller voir le Père Léonard – il était justement là – j’ai pu lui parler quelques instants et cela m’a fait du bien. Sommes partis de Nantes assez tôt. Jeudi, marché, un enterrement et des tas de choses à faire, suis allée chez Maman de bonne heure et revenue ici à 5 heures, ayant à sortir avec Jacques. Nous avons pu aller chez Mme Yvernogeau puis chez les Gilbert, nos visites de janvier sont terminées maintenant. Vendredi, j’aurais eu à sortir, mais j’ai eu une longue visite de Georgette, si bien que j’ai eu juste ensuite le temps d’aller goûter chez Maman, il faisait froid mais un beau temps clair. Pendant que j’étais chez elle du brouillard est monté très rapidement. Je suis sortie faire ma promenade habituelle, mais je l’ai regretté tellement le brouillard était glacial. Je suis rentrée ici avec l’impression d’avoir froid jusqu’au fond des poumons. Hier, le temps s’est dégagé et, malgré le froid, il ne faisait pas mauvais dehors. Après déjeuner, suis allée à un enterrement, puis chez Mme Lucas, où je suis restée assez longtemps, puis chez Maman, ensuite ma confession. J’étais à peine rentrée ici que j’ai eu une longue visite de Mme Bricout, l’institutrice, si bien qu’après son départ, il était temps de dîner et je n’avais à peu près rien. J’ai pourtant tant à faire. Je suis toujours aux chaussettes de Jacques, je vais bientôt terminer la troisième paire… je fais aussi un paletot pour le troisième enfant de mon filleul… Jacquie est partie vendredi à Luçon, où elle est en retraite jusqu’à mardi matin. Nous pensons aller dimanche prochain à Nantes où Jean sera depuis la veille au soir ; Beaucoup causé avec Geneviève dimanche soir, dans la salle à manger où nous étions toutes deux installées à écrire, elle voit les choses assez justement, et ne raisonne pas mal ; tout n’est pas facile pour elle non plus, mais, c’est une bonne petite fille, qui a le grand désir de travailler sérieusement l’année prochaine. Fait pas mal de rangements d’armoires, ces temps-ci, c’est assez long, mais il arrive qu’on peut trouver des choses à utiliser, d’autres dont il faut se débarrasser, et il faudrait avoir du temps pour tirer partie de tout.

Dimanche matin 5 février

Quelques minutes seulement devant moi ; j’ai une réunion de Ligue à faire à dix heures puis ensuite nous partons pour Nantes déjeuner et passer l’après-midi ; Jean doit y être depuis hier après-midi ; cela fera plaisir de le revoir ainsi que Geneviève… Dimanche dernier, nous avons eu une visite des Boyer ; à part cela, j’ai eu pas mal de temps à moi, ce qui m’a permis de faire des rangements urgents, mais souvent remis et de liquider la correspondance en retard. Lundi, fait encore pas mal de rangements et aussi débarrassé ma travailleuse de pas mal d’objets mis de côté pour de petites réparations. Suis allé chez Maman pour goûter. Mardi, après-midi à La Roche, vue les garçons, Mlle Tanguy, Mme Coutansais et fait quelques courses, ramené Jacquie qui était à Luçon depuis vendredi pour une retraite. Mercredi, rangements encore, et pas mal de correspondance pour inviter les présidentes paroissiales du Conseil cantonal de la Ligue, le mardi 14. Jeudi pas mal à faire le matin, le marché, une visite de Mme Dantoing qui vient ici chaque jeudi comme dentiste, et qui est charmante. L’après-midi fait des crêpes chez Maman, comme c’était la chandeleur. Le soir, suis allée aux Vêpres ; il y avait bien peu de monde, de plus une panne d’électricité nous empêchait – du moins pendant un moment – de chanter la fête de la Lumière. Vendredi travail habituel et aussi quelques petites choses pénibles, si bien que j’ai eu quelques heures de dépression nerveuse très dure, et qu’il m’a été pénible, l’après-midi, d’aller faire une réunion de la Ligue, avec la perspective de n’y trouver à peu près personne. Nous étions cependant plus nombreuses que d’habitude et tout s’est bien passé. Visite ensuite à Mme Lucas, puis à Mme Dorion. Mercredi soir, étais allée à la Gendronnière porter une layette, obtenue à La Roche, à une famille qui a eu trois enfants en deux ans. Bonne promenade par ciel nuageux et vent d’est assez fort, retour avant la nuit. Jeudi, suis allée à l’Espérance, voir une jeune femme ayant perdu son sixième enfant à la naissance ; il était temps de rentrer, la pluie a commencé peu après mon retour. Hier, ne suis sortie que pour aller chez Maman et faire ma promenade habituelle sur la route de la gare…. Il est bientôt 9 heures, nous revenons de Nantes. Ce matin, assisté à la première messe, puis fait ma réunion comme de coutume, il y avait une quinzaine de femmes, seulement ce sont toujours les mêmes et il n’y a pas les jeunes que je voudrais voir. Sommes partis aussitôt après, la pluie, qui menaçait depuis le matin, est tombée assez forte. Avons pris Madeleine au magasin et sommes arrivés juste pour le déjeuner. Causé longuement dans le petit salon puis sommes allés voir les Landais, laissant Madeleine, Jacquie et Anne à la maison. Comme nous étions annoncés, on nous avait préparé un goûter, et il y avait de délicieux petits financiers, recouverts d’une abondante crème au beurre, c’était excellent quoi qu’un peu…. lourd à l’estomac. Quand nous sommes rentrés, la pluie, qui tombait à torrents quand nous étions venus, avait cessé. N’avons guère pu dîner tellement nous avions goûté et, comme il fallait dîner à 6 heures, à cause du départ de Jean, nous n’avions guère d’appétit ; il a fallu tout de même presser la fin… enfin nous étions à la gare à 7 heurs 5 pour le train. Comme nous partions la pluie reprenait et elle est devenue torrentielle ; toute la traversée de Nantes a été plutôt pénible, et, jusqu’après Les Sorinières, il était difficile d’y voir. Après la pluie s’est un peu calmée, mais une peu après Saint Philbert de Bouaine, nous sommes rentrés à bonne vitesse dans une nappe d’eau qui recouvrait la route, et que ni Jacques ni moi n’avions aperçue ; pendant quelques secondes cela a été un peu effarant, l’eau rejaillissait jusque sur la glace, enlevant toute visibilité, de plus Jacques, crispé sur le volant, avait peine à maintenir la direction ; heureusement, cela a été très court, et sommes arrivés à bon port. Il paraît qu’il a beaucoup plu cet après-midi, que l’électricité a été coupée pendant plusieurs heures, et qu’au Monument aux Morts, l’eau recouvrait la route. Il y avait encore beaucoup d’eau ce matin sur les prés et un peu partout. J’ai encore un peu à écrire, je ne vais tarder à aller me coucher.

Dimanche matin 12 février

Je commence à écrire entre deux tours à une pâte feuilletée, car je prépare des bouchées pour recevoir ce soir à dîner les abbés Boucher et Sacré, plus peut-être l’abbé Bretaudeau, aussi cela me fera une journée assez chargée, parce que je vais aux Lucs cet après-midi pour une réunion de Ligue, il faudrait d’ailleurs qu’aussitôt déjeuner je relise un peu ce que j’ai préparé. Après, j’aurai le dîner à mettre en train, car je l’ai commencé de façon que Thérèse n’ait pas à rentrer plus tôt, et Jacquie sera à une séance de Patronage avec Maman, Anne et Marie-Annick. Espérons que la pâte feuilletée sera réussie. Semaine très remplie, apparemment ai travaillé pour rien, puisque j’ai passé pas mal de temps à préparer la réunion des jeunes femmes à laquelle, peut-être en raison du mauvais temps, il n’est venu personne. Dieu se sera servi des efforts que j’ai faits pour autre chose… Il a d’ailleurs fait un temps lamentable toute la semaine, tempête, vent, bourrasques, grêle même hier. Aujourd’hui le temps est plus calme et le soleil paraît, est-ce que cela durera ? Lundi, suis allée à la tannerie m’entendre avec Marie-Josèphe au sujet de la réunion, elle m’a confié que le huitième bébé était en route. Mardi, mis les adresses des convocations, puis suis allée chez Maman. Mercredi matin, à La Roche, l’après-midi, préparé la réunion. Jeudi, passé ma matinée pour la réunion des Lucs, ébauchée lundi matin. Suis allée chez Marthe Fournier, lui donner à tailler des chemises de bébés pour l’Entraide, lesquelles seront cousues ensuite par des personnes de bonne volonté ; Vendredi donc, réunion ratée ; suis allée voir le docteur et Mme Lucas, tous les deux au lit, Mme Lucas avec sa pauvre jambe non guérie, le docteur avec une petite grippe et de la fatigue cardiaque. Suis allée ensuite chez Mme Baron, Auguste se marie dans huit jours ; cela ira-t-il mieux ensuite ? Hier, suis allée chez Maman, Tante Abel et Marguerite y étaient en visite, confession un peu plus tard. A part cela, je tricote le plus possible, et je tâche d’avoir chaque soir un moment pour prier, méditer, réfléchir ; si je ne fais pas ma promenade habituelle, je tâche d’avoir un moment avant dîner. Je suis seule à cette heure-là, Jacquie étant chez Grand-mère avec Anne. Jeudi, sommes allées, Jacques et moi à la séance du Patronage qui n’était pas mal….Les garçons arrivent en vacances jeudi soir, j’espère que Jean aura une permission. Berthe Guillaumé vient d’être opérée, vendredi matin, d’une tumeur dans la tête, on espère que tout ira bien maintenant.

Lundi soir 13 février

Je viens de me coucher car hier soir nous avons veillé assez tard, et je m’endormais sur mon tricot, aussi j’ai préféré ne pas prolonger une séance de bâillements peu agréable pour les autres. Maintenant que j’ai remué, cela va mieux. Hier, une journée plutôt chargée. Aussitôt le marché, je me suis mise à confectionner des croûtes de bouchées, j’en avais déjà fait la veille, mais elles ne me plaisaient pas, et je préférais avoir quelque chose de réussi. Cela coupé de quelques besognes urgentes m’a occupée jusqu’à la grand-messe. Une courte visite d’Auguste. Après déjeuner me suis mise à revoir et à corriger le texte de la causerie à faire aux Lucs, puis fait quelques petits préparatifs pour m’avancer pour le soir. La réunion des Lucs était à 3 heures et demie, et nous sommes arrivés juste… Nous avons ensuite, avec M. le Curé et les dirigeantes un petit goûter très simple et très gentil. Une petite visite à Mme parois et il fallait repartir. Nous étions ici à 6 heures et quart, ce qui me donnait un bon moment pour préparer le dîner, ce qui m’a permis de bien soigner les choses. J’avais un beau plat de galantine de lapin, garnie de tranches de saucisson, et accompagnée de salade de légumes et d’endives ; les bouchées garnies de champignons et de moules étaient aussi bien réussies. Comme dessert il y avait un gâteau au chocolat, rapporté par Jacquie de la séance du Patronage. Les abbés sont arrivés vers 8 heures, amenés par Bulteau, dans un car, nous avons gardé Bulteau à dîner, cela a été très gai ; avons causé ensuite bien agréablement dans le salon jusque vers minuit. Jacques est allé conduire maman, puis conduire les abbés à la Roche ; Jacquie et moi avons débarrassé le salon, avant de nous coucher ; J’étais un peu lasse, et n’ai pu dormir avant le retour de Jacques, mais, allongée sur le dos, j’ai trouvé délicieux ce moment de repos, après la préoccupation de la réunion et du dîner, enfin, tout avait bien marché ; Aujourd’hui, giboulées, averses, bourrasques. Suis allée ce soir chez Marthe Fournier, chercher 21 brassières qu’il va falloir faire coudre, suis rentrée juste avant une grosse pluie, il faisait bon dans la maison.

Mardi soir 14

Aujourd’hui réunions des mouvements d’Action catholique générale… Nous avions Mme …, Mme Poirier-Coutansais et Mme de Tinguy du Poët, les paroisses étaient représentées, manquaient Saligny et la Genétouze. Travail intéressant quoique un peu rapide… Ai emmené les trois dames à goûter à la maison, ainsi que M. Coutansais. Jacques nous a rejoints ensuite, emmenant M. L’abbé Pouzet, aumônier des hommes, qui est tout à fait gentil et M. Morard. J’avais fait par hasard, hier matin, un pain d’épices à l’orange et il était très bon, cela nous a fait un agréable moment, seulement j’avais une migraine telle, qui avait déjà menacé ce matin, et j’ai passé ensuite quelques moments assez pénibles, un cachet a tassé tout cela……

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 fevrier 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacques est aujourd’hui à Saumur, et avait emmené Jacquie, ravie de se promener, j’étais plutôt migraineuse et aurais voulu une bonne journée calme. Au lieu de cela, hier matin, il a fallu, pendant près d’une heure, écouter, consoler, tant bien que mal, aussi cela ne va pas beaucoup mieux aujourd’hui ; Une lettre de Jean ce matin, il ne pourra pas avoir sa journée de lundi ; je serai seule à aller au mariage d’Auguste. Un temps splendide aujourd’hui.

Soir – Après le goûter, une promenade à Saint-Louis pour porter des brassières à coudre pour l’Entraide ; à l’aller, j’avais un peu trop de soleil dans les yeux, mais le retour a été un enchantement… Que j’aimais mes promenades de 41, 42 avec mon petit Pierre, quand tous les deux cherchions ces signes de l’avant printemps… Après plus de huit jours de tempête, un soir aussi beau était une bénédiction de Dieu, et c’est avec un entrain, un courage renouvelé que je suis rentrée me mettre au travail

Dimanche 19 février

Jean, qui nous a fait l’agréable surprise d’arriver hier soir, alors que nous ne comptions plus sur lui, vient de partir avec son Papa, prendre le train à Belleville, je ne sais quand il reviendra maintenant ! les autres enfants occupent le bureau, et Yves a monopolisé la Radio ; heureusement la salle à manger est déserte et calme ; Nous avons depuis jeudi un temps délicieux, qui semble bien agréable après tant de jours de tempête, il fait même tellement doux que nous n’allumons même pas le chauffage et pourtant, le soleil aidant, il fait très bon dans la maison. Vendredi, après-midi à La Roche, il faisait même chaud, et cela était plutôt fatigant pour faire les courses. Nous étions passés à Richelieu en arrivant prévenir les garçons que nous pouvions les emmener en auto le soir ou tout au moins nous charger de leurs sacs si ils préféraient faire la route à pied, mais le soir, vers six heures, quand nous sommes arrivés pour les prendre, la sœur nous a dit qu’ils étaient partis tous les deux à pied, sac au dos ; Nous les avons rattrapés à l’entrée de Mouilleron, et ils avaient si chaud qu’ils n’ont fait aucune difficulté pour monter. Geneviève est arrivée hier soir, comme convenu. L’après-midi, suis allée chez Maman, puis de là, ai filé à la Faucherie où j’avais une visite à faire et où j’ai tardé un bon petit moment, il faisait bien bon à marcher. Nous avons dîné bien gaîment, les garçons et Anne se sont couchés aussitôt, et nous nous apprêtions à en faire autant quand nous avons entendu une auto qui s’arrêtait, une portière qui claquait et un coup de sonnette ; c’était Jean qui débarquait. D’après ma dernière lettre, il avait compris que nous comptions sur lui, alors qu’il croyait nous avoir formellement dit qu’il ne venait pas, aussi s’est-t-il décidé à venir quand même, mais à La Roche, personne au-devant de lui ! Il s’est adressé chez les Boutelier pour demander une bicyclette, alors Mme Boutelier lui a proposé de l’amener ici, et l’a amené et déposé devant notre porte. Cela nous a fait bien plaisir d’avoir tous les enfants réunis aujourd’hui. Sommes allés à la grand-messe, puis j’avais un déjeuner qui devait leur être agréable, et auquel ils ont fait honneur. Sommes allés aux Vêpres, sauf Jean qui n’avait que si peu de temps ici, mais nous avons eu un bon moment pour causer avec lui, dans le jardin, où il faisait bien bon ; j’ai fait ensuite les sandwichs de son dîner et Jacques l’a mené prendre le train à Belleville. Pierre est un peu enrhumé, mais c’est peu de chose. Les autres paraissent bien ; seulement nous avons de mauvaises nouvelles d’Oncle Gaston ; il fait de la congestion pulmonaire et la pénicilline ne fait plus rien, aussi le docteur ne donne plus d’espoir, et ne pense pas que le malade puisse vivre plus de huit jours. Beaucoup de travail tous ces temps-ci, mes tricots et mes lectures habituels, plus la remise en ordre de pas mal de choses dans la maison ; organisé, avec Marie, des cache-sommiers pour certains lits qui en étaient dépourvus ou dont ceux existants étaient trop usagés ; taillé dans des vieux draps des torchons, des essuie-mains, des enveloppes de serviettes dans les bons morceaux ; si j’avais un peu plus de temps pour travailler….il y a trois ou peut-être quatre draps, que j’ai depuis dix ans, qui ne sont pas encore faits… A La Roche, vu Geneviève Lesaffre qui marche avec une canne, mais qui marche quand même. M. et Mme Lucas sont mieux, le docteur a commencé à se lever hier matin. De bonnes nouvelles de Berthe Guillaumé ; les choses vont normalement, mais elle ne sera pas remise de sitôt. J’ai dans le salon un bouquet de camélias rouges splendides.

Dimanche matin 26 février

Beaucoup de choses à raconter, tellement que je ne sais pas si j’arriverai facilement à tout ce que j’ai à faire… Je suis pas mal fatiguée, avec les jambes très enflées et j’ai besoin de m’étendre… La semaine a donc commencé lundi par le mariage d’Auguste. Jacques ne pouvant pas venir et Jean non plus, les Baron ont décidé Jacquie à venir avec nous ; le départ a donc eu lieu lundi, au petit jour, par une pluie diluvienne ; trois voitures se suivaient ; nous avions dans la nôtre M. et Mme Baron, plus un des garçons de Lucien Martineau qui conduisait. Fait bon voyage jusqu’à Sainte Christine, mais toujours sous la pluie, cependant, à mesure que nous arrivions le temps paraissait s’éclaircir. Tout s’est bien passé, les Pineau nous ont accueilli de façon charmante, les deux mères se sont embrassées et l’atmosphère n’a pas paru trop tendue. Nous avons fait le cortège, Jacquie avec un des garçons Pineau, et moi avec un oncle. Jolie cérémonie religieuse ; un beau discours du curé, plein de bons conseils et d’avis utiles, les jeunes filles du pays ont chanté ; puis, après la messe, nous sommes allés à la sacristie embrasser les mariés. Le repas n’avait pas lieu à Sainte Cécile, mais à 10 km de là, dans un pays qui s’appelle la Jumelière. La noce s’y est rendue en auto ou en car, et les routes n’étaient pas belles, nous avons pris à tout hasard la route la plus directe, alors que les autres autos prenaient un itinéraire soi-disant meilleur, et c’est nous qui sommes arrivés les premiers. Là, le repas a beaucoup tardé à commencer, et le temps nous paraissait long avec l’estomac creux, mais tout a été très bien ensuite ; le repas était abondant et surtout très fin ; il y avait un beurre blanc délicieux, et les entremets étaient parfaits. Service trop long, cependant, seulement il y avait les chants. M. Baron prétend que le vin d’Anjou donne des belles voix ; en tous cas, tout ce que nous avons entendu était de bonne tenue et Mme Baron nous a presque tous fait pleurer en chantant « La voix des cloches ». Sommes sortis de table très tard, suis allée, par précaution, prendre de l’essence, et, au retour, la jeunesse dansait ; cela a été très gai, très gentil, Jacquie a eu l’air de s’amuser. Seulement, le dîner n’a eu lieu qu’à minuit ou peut-être même 1 heure, pour se terminer vers 3 heures. Dansé ensuite jusque vers 5 heures, j’ai profité d’une des danses pour causer avec Auguste et le chapitrer une fois de plus. Un peu avant 4 heures, organisé des rondes et tout cela s’est terminé très gaiement. Sommes retournés à Sainte Christine, et avons passé 1 heure dans la cuisine des Pineau à boire du café et du cacao, puis le départ a eu lieu comme le jour commençait à paraître. Nous n’avions pas eu du tout de pluie et c’est encore une chance, nous sommes passés par Saint Mars déposer Joseph, Renée et leur petite fille que nous avions pris en surnombre, et cela nous a fait passer par Saint Laurent sur Sèvres, seulement, j’étais obligée de chanter, avec M. Baron, pour tenir les yeux ouverts et je n’ai guère profité de cette route si pittoresque. En arrivant ici, il a fallu s’arrêter à la Touche, manger des botrots arrosés de vin blanc, s’arrêter chez Abel Favrou, si bien qu’il était plus de 11 heures quand nous sommes arrivés ici, et j’étais plutôt fatiguée. J’ai tenu à peu près le coup pendant le déjeuner, mais après il m’a fallu me coucher, et j’ai dormi plusieurs heures, pendant que Geneviève confectionnait, à ma place, un gâteau pour ses frères. Me suis levée vers 5 heures et demie. Avons dîné tous ensemble puis je me suis couchée le plus tôt possible, j’étais malade de sommeil, cependant il m’a fallu me lever de bonne heure le lendemain pour le départ de Geneviève au car de Nantes. Sommes allés tous ce matin là à la messe des Cendres, Jacques les deux filles et moi, me suis ensuite occupée toute la matinée mais j’étais fatiguée et je n’avais guère d’entrain. Comme nous finissions de déjeuner, Cadette a téléphoné pour nous annoncer la mort d’Oncle Gaston, survenue le matin même ; suis allée aussitôt prévenir Grand-mère qui, bien qu’attendant cette nouvelle depuis plusieurs jours, a été très douloureusement frappée ; elle m’a envoyée prévenir les Lucas, Tante Abel et les Mignen, je suis revenue goûter chez elle, ayant décidé de partir le lendemain matin, suis revenue ici faire quelques préparatifs de départ. Jeudi, pris le car de 9 heures 20, passé la matinée à La Roche à faire quelques courses ; j’avais besoin d’un chapeau, de souliers, d’un sac ; j’ai eu juste fini pour mon train de 11 heurs 35. Voyagé jusqu’à Angers avec M. et Mme Coutansais ; nous avons été jusqu’à Nantes dans le même compartiment, et, quand ils sont descendus, à Angers, ils m’ont cédé une de leurs places, meilleure que la mienne. Pluie toute la matinée et une bonne partie du trajet ; vers Angers, Le Mans, il pleuvait à verse. La Loire était très débordée, mais, après Angers, la campagne paraissait moins mouillée qu’ici. Comme dans les autres voyages, je n’ai pas trouvé le temps long, j’ai lu, prié, tricoté, regardé par la portière les paysages de France. Cela fait une journée dans la solitude et le silence et j’aime bien en avoir un peu. Arrivée à Paris à 6 heures 20, j’avais décidé de descendre chez Suzette ; je ne pouvais encombrer les Gaston et me demandais si François ne serait pas chez sa mère. Suzette était donc au-devant de moi, et nous avons pris un métro direct pour la rue Casimir Perier, si bien que le voyage n’a pas été fatigant du tout – seulement, j’ai un peu regretté de lui avoir demandé l’hospitalité, car elle avait déjà sa sœur, que j’ai eu grand plaisir à revoir, ainsi qu’une amie – Avons donc dîné toutes les quatre, puis je n’ai pas eu le courage de descendre pour aller chez Tante Denise, ainsi que je l’avais projeté ; me suis contentée de lui téléphoner, ainsi qu’à Marie-Thérèse, et me suis couchée de bonne heure. Vendredi matin, ne suis pas sortie très tôt, et, un peu après 10 heures, je me suis rendue à pied chez les Gaston. Vu longuement Louise-Marie, puis Tante Juliette, avons parlé d’Oncle Gaston, de sa maladie, de ses derniers moments, de Maman qui avait bien du chagrin de ne pouvoir venir. Oncle était en bière dans son salon ; je ne l’ai donc pas revu. Suis allée déjeuner chez tante Denise, puis à 2 heures, sommes revenues à la maison mortuaire pour la cérémonie religieuse. Toute la famille arrivait, Tante Marguerite, Madeleine, Solange et Maurice, Aline et son mari, Suzanne était venue de Lyon, les Stahl, Poupardin, Françoise Félix et ses enfants, Mme Julien Fouqué et sa fille, Marianne, les Montigny. Alain est arrivé pendant la cérémonie. Le pasteur a lu les prières de la liturgie protestante, qui pour la plupart sont les nôtres, tirées aussi de l’Ecriture Sainte, il a ensuite fait l’éloge du défunt, parlé de sa « profonde sympathie pour le protestantisme » de ses lectures quotidiennes dans la Bible, puis il a prié, mais surtout pour ceux qui restaient. Sommes allés ensuite au cimetière Montparnasse et après un Pater à la manière protestante, Oncle Gaston a été déposé dans le caveau de la famille Fouqué. Suis allée ensuite sur la tombe d’Oncle Raymond, avec Tante Denise et les Douxami, puis Pierre nous a ramenées en auto, sa belle-mère et moi, rue Duroc. Sommes restées un moment à voir Tante Juliette et ses filles, nous étions à peine installés que Jean Granger est arrivé ; pour un peu de retard, il avait tout manqué, la cérémonie religieuse et l’inhumation, il a pu quand même voir toute le famille. Nous sommes partis ensemble quelques moments après, lui avait des courses à faire et je me rendais au Grand Palais où j’avais rendez-vous avec Marie-Thérèse pour visiter le Salon des Arts ménagers. Suzette croyait savoir que ce soir-là le salon ne fermait qu’à 11 heures, mais la fermeture était en réalité à 7 heures, ce qui fait que nous n’avions qu’une heure et demie et que, si nous avons eu une idée d’ensemble, il ne nous a été impossible de tout voir. Au point de vue appareils ménagers, c’est la foire de Nantes, en beaucoup plus grand, mais ce que l’on ne peut pas voir à Nantes, ce sont les ensemble de meubles d’art et surtout le cadre qui est infiniment plus grandiose. Avons décidé d’aller dîner à Auteuil, et avons acheté quelques petites choses pour corser le menu, si bien que nous arrivions là comme Mlles Lengrand commençaient leur potage, il y en avait pour quatre, cela nous a fait ainsi un agréable moment. Suis partie aussitôt, avec une demi-heure de métro et deux changements, j’étais avant 10 heures rue Casimir-Perier ; avons causé un moment, mais je n’ai pas tardé à me coucher, j’étais très lasse, avec les jambes très enflées. Hier matin, n’ai pas eu de peine à être prête à l’heure ; Suzette m’a accompagnée à la gare et installée dans le train, le compartiment n’était pas bondé et j’ai fait un agréable voyage, changé à Nantes comme de coutume, et suis arrivée à 3 heures 5 à La Roche où Jacques m’attendait. Etions ici vers 4 heures ; suis allée aussitôt chez Maman qui attendait avec impatience des détails sur toutes choses. Ai eu ensuite assez de temps pour ranger le contenu de ma valise, mais me suis couchée de bonne heure pour me reposer un peu….

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 1 mars 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les petits poulets de la couveuse éclosent aujourd’hui, il y en a jusqu’ici six de venus, et d’autres vont arriver, bien que Marie m’ait annoncé hier qu’il n’y en aurait pas un seul. Je monte y voir de temps à autre et enlever les coquilles vides ; Suis un peu reposée ; rangé un peu, préparé ce matin des réunions. Il fait beau, mais froid, cependant le soleil prend de la force.

Jeudi soir 2 mars

Hier soir, un concert, donné à La Roche, au profit du Secours catholique ; cela me faisait très envie, et Jacques a bien voulu m’y conduire. J’ai été ravie, et passé là quelques heures merveilleuses ; par suite de circonstances trop longues à raconter, nous avons été placés au second rang, ce qui était parfait pour entendre et pour voir. Au programme, Haydn, Schubert, Ravel, c’était merveilleux. Ai particulièrement aimé le quatuor de Haydn et le premier mouvement de celui de Ravel, où l’on trouve des tonalités exquises. Vu Yves qui y était, avec un groupe de Richelieu, et avait l’air d’apprécier. Vu également des tas de gens de connaissance, les Abbés Sacré et Boucher, qui se trouvaient devant nous, Mme Boutelier, la famille Coutansais… Sommes allés ensuite conduire Yves à Richelieu, puis chercher Jacquie, qui était au « Familial » à voir « Jeanne d’Arc ». La nuit était glaciale, mais splendide. Cet après-midi, il faisait bon au soleil, mais ce soir, il fait de nouveau très froid ; Les poulets sont venus ; j’ai passé ces deux journées à les surveiller, ou plutôt à surveiller leur éclosion ; il y en a treize, mais il y a onze œufs de clairs. Il y en a eu, en somme, quatorze sur les dix-neuf fécondés, puisqu’un est mort accidentellement. Il a fallu un peu aider les deux derniers à naître, cependant je pense qu’il vont bien se comporter maintenant…

Dimanche matin 5 mars

Une journée qui s’annonce très remplie, aussi je me presse pour tout ce que j’aurais à faire… Rien de très nouveau depuis jeudi ; une journée assez remplie, suis allée chez Mme Dorion l’après-midi, puis suis allée chez Maman et fait quelques courses en rentrant. Vendredi matin, pas mal à faire également ; tous les poussins étant nés depuis la veille, j’ai nettoyé la couveuse afin qu’elle soit prête pour l’année prochaine - il faudra d’ailleurs vérifier le thermostat dans le courant de l’été – Suis allée chez Maman assister à une saignée et une prise de tension par le docteur, lequel estime que sa tension réelle doit être actuellement de 23. Avec la confection d’un pain d’épice, cela m’a pris ma matinée. L’après-midi, réunion de la Ligue, puis visite à Mme Lucas, qui commence à se lever, puis visite à Armande Brachet chez qui j’ai vu Odile et Marie-Christine. Elle m’a raconté longuement toutes les circonstances de l’opération de Berthe et toutes les émotions qu’ils ont eues. Hier matin, suis allée à La Roche, matinée très dure, la plus fatigante que j’ai jamais eue, je crois. Après mon massage, suis allée parler à Marie Guesdon, qui n’était pas chez elle, mais que j’ai trouvée vers le champ de foire. Filé ensuite à Richelieu ; trouvé ensuite Jeanne Gallet, qui m’a annoncé le mariage d’Anne Clérault. Suis arrivée à Richelieu 5 minutes à peine avant la fin de la récréation, mais ai tout de même pu voir les garçons, parce qu’ils avaient après la récréation un quart d’heure de chant. Tous deux sont bien, Yves a réintégré les scouts et tous deux iront faire un camp à Pâques. De Richelieu, filé à la Maison des Œuvres, en passant par la bibliothèque, suis arrivée exactement trois minutes avant le car, complètement exténuée ; il avait fallu une telle tension d’esprit pour calculer toutes ces minutes, en même temps qu’un effort physique réel pour parcourir toutes ces distances, qui ne sont pas petites, que j’ai été très fatiguée toute l’après-midi d’hier. Suis sortie pour aller chez Maman et à l’église et me suis couchée de bonne heure. Anne a ses 7 ans depuis hier soir et en est très heureuse ; c’est un amour ce matin, mais elle a été détestable toute la journée d’hier. Nous allons manger à déjeuner le gâteau des 7 ans. Les 7 ans des autres sont bien loin ! Jean comptait aller à Nantes dimanche dernier, mais les permissions ont été suspendues à cause des grèves ; peut-être ira-t-il aujourd’hui, si elles sont rétablies, mais il parle de quatre jours de permission au moment de la Mi Carême ; peut-être viendra-t-il ici, cela ferait bien plaisir de le voir. Nous ferions venir les garçons et Geneviève.

Luçon, mercredi matin 8 mars

Quelques minutes avant la messe ; cette troisième journée de l’Ecole missionnaire sera vite passée, j’ai essayé, le premier soir, de mettre au net mes notes de la journée, mais j’ai du y renoncer, car cela me prenait trop de temps avant de me coucher. Je tâcherai de faire cela une fois rentrée, quoique ce ne soit pas très facile chez soi. Nous avons passé deux jours merveilleux, vécu dans une atmosphère tellement sympathique et intéressante…..Jacques et Jacquie viennent déjeuner, nous repartirons ensemble ce soir, je serai contente de me retrouver chez moi, mais quelle ambiance différente, et comment faire passer les consignes missionnaires qui nous ont été données ? Je me sens tellement incapable de tout cela ! Dimanche, les réunions se sont bien passées ; celle chez nous, le matin, où il y avait une quinzaine de personnes, celle d’Aizenay, le soir ; pas mal de monde, mais auditoire encore inconnu, alors qu’aux Lucs je suis maintenant habituée. Au retour, Auguste et Ginette étaient à la maison, et sont restés jusqu’au dîner.

Dimanche matin 12 mars

Je reprends toute la semaine depuis dimanche dernier. Ce jour-là, pas mal à faire, mais suis cependant arrivée à presque tout, bien que j’ai dû laisse de côté certaines lettres assez pressées. La réunion du matin s’est bien passée ; j’ai pu causer ensuite avec quelques unes des femmes, on m’a confié quelques intentions de prières ; j’aimerais arriver à les faire prier les unes pour les autres d’une façon familiale – j’aime encore mieux ce mot-là que « communautaire » - Après déjeuner, suis allée avec Jacques à la Blézière du Cerny, porter un colis de layettes à une maman de deux jumeaux – 9 et 10e enfant – à 29 ans. Les enfants sont venus avant terme mais sont quand même assez vigoureux, seulement la maman était épuisée ; elle paraissait cependant un peu moins fatiguée, mais, le dimanche soir, s’est déclarée une phlébite pulmonaire, et elle est actuellement en grand danger, si elle ne s’en tire pas, quel malheur pour tous ses petits. Les deux jumeaux ont dû être transportés à la maternité de La Roche. Sommes allés ensuite à Aizenay, où il a fallu attendre assez longtemps M. le Curé qui n’en finissait pas ; après la réunion, il a fallu visiter le patronage de jeunes filles, puis Mme Violleau nous a amenés goûter chez elle, si bien qu’il était assez tard quand nous sommes rentrés ici, où Auguste et son épouse nous attendaient. Après dîner, quelques préparatifs pour mon départ du lendemain. Lundi matin, me suis levée de bonne heure et ai bouclé ma valise, puis suis allée à la messe, si bien qu’il me restait que quelques minutes pour déjeuner avant l’heure du car. Voyage très bien passé ; trouvé, dès en débarquant, des personnes de connaissance. Suis allée chez Louise, où j’ai posé mes bagages, puis je me suis rendue aussitôt à l’ermitage Sainte Thérèse, où tout le monde arrivait peu à peu… J’ai été ravie de tout… Après déjeuner, chaque jour, suis allée voir Louise, la pauvre a tant besoin qu’on l’entoure d’affection et qu’on prie pour elle. Le troisième jour a été un peu différent ; c’était la journée des jeunes femmes, et il y a eu une affluence considérable… Ce jour-là, Jacques et Jacquie sont venus déjeuner, mais arrivés très en retard, si bien que je suis arrivée en retard moi-même à l’exposé de l’après-midi… Rencontré ce jour-là quantité de gens de connaissance… Sommes rentrés ici un peu avant dîner par un soir splendide ; suis allée, avant de ranger toutes choses voir, dans le jardin le coucher de soleil. Jeudi, repris la tâche habituelle, le marché, les rangements de linge, du fruitier, plusieurs personnes à recevoir, du travail à organiser. L’après-midi, suis allée chez Maman ; vendredi matin, Jacquie est partie pour Paris où elle assiste à un congrès J.I.C. ; elle doit rentrer mercredi après-midi. Sommes allés cet après-midi là à La Mothe où Jacques avait à voir sa cousine Regnauld ; suis allée un peu voir Mme Mignen. Avons terminé l’après-midi en allant à Logerie où Jacques avait à faire. Le soir était bien beau, après une matinée brumeuse, le soleil s’était dégagé au début de l’après-midi, mais depuis, le temps est resté plus froid. Jeudi soir, passé un moment dans le jardin à tricoter en disant mon chapelet, à l’heure du soleil couchant, il faisait si beau que l’on se serait cru au printemps, mais l’hiver n’est pas fini ! Hier matin, sommes allés à Legé à un service pour Antoinette Landais, morte à ?, Paul et Irène y étaient, ainsi que Bizette. Au retour, Jacques, au lieu de passer par la route directe et bien connue, m’a fait passer par des tas de petites routes qui, pour moi, ont été une découverte, par Beaufou et la Grande Roulière, ce qui a été une très agréable promenade. L’après-midi, suis allée chez Mme Lucas, qu’on lève maintenant dans un fauteuil, ainsi que chez Maman. Aujourd’hui, j’espère avoir un dimanche tranquille…. Jean espérait avoir une permission ces jours-ci, mais, avec les grèves, toutes les permissions ont été suspendues et je ne sais pas du tout quand nous le verrons. Son stage à Coëtquidan sera maintenant vite terminé. Deux jours de très grosse fatigue et de dépression ; aujourd’hui cela va un peu mieux. Anne était très ennuyée ces jours-ci, le « Minou » était gravement malade hier matin, je l’ai trouvé endormi sur le lit de Geneviève ; je l’ai mis dans le couloir ; il est resté immobile, la tête pendante comme un chien qui vient d’être fouetté ; toute la journée ou presque il a dormi sur une chaise de la salle de bains, les yeux tout larmoyants et inattentif à tout appel. Le soir, Jacques l’a transporté dans les servitudes pour qu’il ne meure pas cette nuit dans la maison. Ce matin, Anne en a parlé, dès son réveil, en se disant qu’il devait être mort. Quand elle a été habillée, nous avons voulu descendre pour y aller voir…. Et le « Minou » - qui d’ailleurs est une « Minette » était déjà dans l’escalier. Joie d’Anne – le Minou est mieux, évidemment, ses yeux sont meilleurs, il fait des tendresses à Jacques, ce qui est certainement bon signe, mais n’a pas encore d’appétit, et n’est pas guéri pour cela. Enfin, je voudrais qu’il se remette, car c’est un animal très mignon, très doux et affectueux, pas voleur et pas désagréable, enfin, bien des qualités pour un chat ! et surtout Anne l’aime tant ! (et quel souvenir, j’y pense très souvent, je la revois toujours grimpant l’escalier…c’était mon premier chat)

Dimanche matin 19 mars

Toute une semaine sans écrire, il y a toujours tant à faire…. Dimanche soir, rien de nouveau ; suis arrivée à mettre au net la plus grande partie de mes notes, directives et consignes rapportées de Luçon… Maman vient déjeuner avec Jacqueline qui est là aussi, aussi je crains de ne pas avoir de temps pour moi pour écrire, alors que j’ai tant de choses à faire. Lundi, foire de La Roche, ce qui représente pas mal de courses à travers la ville, et une grosse fatigue en rentrant. Mardi, ne suis pas sortie, ce qui m’a permis de me reposer un peu et d’avancer mon travail. Mercredi, Jacqueline arrivait, et Jacquie revenait de Paris, Jacques est allé les chercher à la gare, suis allée avec elles chez Grand-mère. Jeudi, pas mal de choses à faire le matin ; de plus les garçons sont venus déjeuner, en l’honneur de la Mi Carême, et de la venue de leur tante ; ils ont été contents du déjeuner, préparé à leur goût – gigot et tarte aux prunes - ; Jacques les a emmenés le soir à La Roche et a emmené en même temps, à la grande joie d’Yves, le vélo neuf qu’il vient de s’acheter – il a d’ailleurs maintenant de grosses dettes - et qui lui permettra de venir quelquefois le jeudi et le dimanche, quand il n’aura pas de sorties scoutes. Le soir, Jean nous est arrivé par le car ; il avait été question, depuis un certain temps, de leur donner quelques jours à la Mi Carême pendant que « Général Frère » allait à Paris pour la gala du palais de Chaillot, seulement, les permissions n’étant pas rétablies depuis les grèves, nous ne savions pas si il pourrait venir ou non. Il nous est donc arrivé jeudi soir, j’étais allée le chercher à tout hasard, sans trop y compter, et j’ai été agréablement surprise. Nous avons gardé Grand-mère et tante Canette à dîner. Seulement, comme il s’agit d’une permission régulière, il faut que le pauvre garçon parte dès ce matin, et ne peut même pas rester déjeuner, il n’a qu’un train à 11 heures et demie, lequel lui donne la possibilité de partir pour Rennes vers 1 heure et demie, car il n’a pas de camion ce soir à Redon et doit avoir le car de 6 heures à Rennes. Peut-être reviendra-t-il le jour des Rameaux, voir François qui doit venir ce jour-là, et ensuite ce sera la permission de Pâques et la fin de son stage à Coëtquidan. Vendredi, sommes allés, jacques et moi, à la Flocellière, pour l’enterrement d’Yves Cesbron, décédé subitement lundi ; cela nous a fait une bonne distance à parcourir, avec la crainte de ne pas arriver à l’heure. Il fallait monter très dur pour arriver à Saint-Michel Mont Mercure, et la petite voiture peinait dur. Sommes arrivés un peu trop juste à l’heure, puisque la maison était assez loin de l’église, il a fallu partir dix minutes avant l’heure pour ne pas être en retard. Il pleuvait et il faisait très froid, mais, pour aller au cimetière, c’était encore pire ; et, à la sortie, il pleuvait tellement fort que la famille n’a pu se mettre à la porte du cimetière pour recevoir les condoléances. Quand nous avons voulu, trempés et gelés, nous mettre en route, la voiture, qui avait dû avoir froid elle aussi, a refusé de partir, après quelques essais infructueux, Jacques est allé chercher un mécanicien qui a réussi à mettre en marche, mais cela nous a retardés de trois quarts d’heure, si bien que nous sommes arrivés ici à 2 heures et quart, affamés et réfrigérés. Ne suis pas sortie de l’après-midi et j’ai eu froid jusqu’au soir, malgré la température très convenable de la maison. Hier, pas mal à faire, comme de coutume ; le tricot surtout presse beaucoup ainsi que certains rangements ; il faudrait prévoir bien des choses de printemps, en socquettes et chaussettes pour les derniers numéros, et aussi des chandails, mais quand on est sans cesse dérangée, comme je le suis toujours, on ne peut arriver à grand-chose. Suis allée chez Maman une partie de l’après-midi ; après un vent d’ouest violent, nous avons eu une pluie diluvienne. Le temps de revenir de l’église et j’avais les jambes trempées. Hier soir au cinéma, avec les enfants, plus Marie-Annick et Michèle Le Corre ; un film américain avec des galopades de chevaux et des randonnées dans un soi-disant désert où finalement il y avait beaucoup de monde ! Cet après-midi j’ai à écrire et à préparer, pour dimanche, une réunion, que je dois faire à Beaufou…. Lundi, une grande conversation avec le Supérieur de Richelieu, que j’ai retenu comme prédicateur pour le pèlerinage de la Ligue, nous avons parlé des garçons, de l’école missionnaire de Luçon, de la messe surtout qui est toujours si incomprise. Cela a été une joie pour moi

Dimanche 26 mars

Beau temps mais vent froid, cependant le soleil fait du bien et évoque le printemps qui est là – du moins officiellement - Je suis ce matin réfugiée dans la salle à manger, la maison étant quelque peu en désordre et le bureau inhabitable, parce que ces jours-ci nous le faisons repeindre et tapisser, il y en avait quelque peu besoin, depuis près de vingt-quatre ans que cette tapisserie a été posée, après avoir subi les coups de crayon, les doigts sales, les taches et les chocs des enfants pendant tant de jours. Je regrette un peu ce papier que nous avions choisi jeunes mariés ; le cadre de ce bureau ne sera pas tout à fait celui de ma vie de jeune femme avec de petits enfants. Maintenant les enfants sont grands, du moins presque tous. Ils ne crayonneront plus sur le montant des portes ou sur les meubles, ils ne déchireront plus avec leurs sandales l’étoffe du divan ; il y aura moins de jouets à traîner partout. Pourtant je regrette le temps où Geneviève faisait des arrosages à outrance, où, chaque soir, on ne savait pas où mettre les pieds, où Yves passait de grands moments sur la table, au risque de tomber, comme cela lui est arrivé une fois. Je regrette tout particulièrement le montant de la fenêtre où était leur taille à tous, depuis la première fois où nous avons mesuré Jean, avec les dates de leur croissance. Il a fallu faire disparaître cela, puisque nous avons mis des lambris à la fenêtre, ainsi qu’à la porte de la cour. Il faut accepter tout cela sans trop s’attendrir sur un passé si heureux. Le bureau est tapissé en vert, le couloir en beige ; je serai obligée de retirer toutes les petites choses que j’avais punaisées au mur, mais nous mettrons autre chose, et tâcherons de mettre un peu moins de désordre. Il y aura des rideaux neufs à la fenêtre, de divan sera recouvert à neuf, ce sera autre chose qui plaira davantage aux jeunes et nous y serons heureux également, mais, pour l’instant, on ne sait plus où prendre ce dont on a besoin, les livres sont entassés dans un coin du bureau, les sièges et table sont dans le couloir en haut et il faut chercher tout un moment la moindre chose. Je voudrais bien que tout cela soit terminé vendredi afin que, samedi matin, nous puissions tout mettre en place, car François arrive samedi après-midi, et les Félix probablement le dimanche, aussi je voudrais que tout cela soit liquidé. A part ce rangement, qui sera tout de même laborieux, pas grand-chose de spécial à faire cette semaine et je n’en suis pas fâchée, car cela me permettra de faire pas mal de tricot, ce dont il y a grand besoin. La semaine passée, par contre, a été très remplie ; il a fallu s’occuper des matelas du petit Séminaire. Lundi, ai passé une partie de la matinée à l’achat du coutil, voir pour les dimensions, prévoir le fil, les aiguilles, les lacets, les points, etc… Lundi après midi, il a fallu aller voir les ouvrières à l’ouvrage, le coutil était coupé, tout en train, et c’était déjà un soulagement. Mardi matin, ai eu bien à faire ; après-midi à La Roche, assez rempli comme de coutume. Mercredi matin, suis allée parler à M. le Curé, voir encore les « matelassières » à l’ouvrage. Mercredi après-midi, suis allée à la cantine où nous avions demandé toutes les bonnes volontés pour charpir la laine ; il n’y a eu ce jour-là que treize bonnes volontés, et, le soir, il n’y avait pas grand-chose de fait ; j’étais navrée et me demandais comment nous arriverions à finir le lendemain, aussi, jeudi matin, au marché, j’ai essayé de recruter des travailleuses, mais n’ai pas trouvé grand monde. Suis allée ce matin-là à Saint-Etienne à l’enterrement de la mère du chanoine Loué. Passé l’après-midi à la cantine à charpir ; il y avait eu du travail de fait le matin, et, nous avons été le soir beaucoup plus nombreuses, une trentaine peut-être, si bien que toute la laine a pu être charpie et un des matelas terminé, si bien que le second a pu être confectionné le lendemain ; ils sont encore tous les deux à la cantine ; je vais les faire déposer chez Maman, et ils pourront être expédiés dès que nous en aurons reçu l’avis. C’est un bon débarras que tout se soit bien passé ; maintenant, il faudra se préoccuper d’autres choses. Vendredi, passé la journée à Nantes ; fait pas mal de courses et, après pas mal de recherches infructueuses aux autres voyages, nous avons trouvé, chez Decré, un secrétaire tel que je le désirais ; il ressemble beaucoup à la commode que nous avons déjà, et fera bon effet dans le salon ; surtout cela me permettra de réaliser le rêve de toute ma vie, avoir un meuble commode, pour y enfermer mes papiers, mes cahiers, mes lettres ; de plus, j’aurai dans le salon un endroit tranquille pour lire, écrire et m’isoler quand les enfants seront trop encombrants ou trop bruyants dans le bureau, ou quand Maman, le dimanche, lira des histoires à Tachou (qui savait lire, depuis un bon bout de temps…). En même temps, cela nous fera un joli meuble qui garnira ce coin de salon. Hier, pas mal à faire, suis allée à la grand-messe avec les filles, ai eu plusieurs courses à faire, suis allée voir Marguerite et Tante Abel, passé un moment chez Maman. Le seul moment tranquille de la journée a été après dîner, pendant que Jacques et les filles étaient partis aux Complies de l’Annonciation…

Jeudi soir 30 mars

Sommes allés dimanche à Beaufou, nous avons eu quelque peine à partir, Pierre et Geneviève Bouliau étant arrivés quelques minutes avant l’heure fixée pour notre départ ; enfin avons réussi à nous dégager quand même et sommes arrivés juste à l’heure fixée. Réunion assez bonne, une cinquantaine de femmes, auditoire sympathique, le courant passait. Pendant ce temps-là, Jacques, assisté de M. le Curé, faisait une réunion pour les hommes. Mme Parois nous a ensuite emmenés goûter chez elle, et sommes revenus ici pour dîner. Sommes allés ensuite au cinéma – film assez bien – Maman était restée garder Anne. Lundi, reprise de l’ouvrage habituel, j’ai fait garnir par Marie le divan du bureau ; elle a eu un peu de peine avec l’enveloppe du matelas, travail qu’elle n’avait encore jamais fait, seulement le résultat est bon et je crois que tout sera bien, seulement il a fallu combiner, tailler, et je ne m’y connais peut-être pas trop. Suis allée l’après-midi chez Mme Dorion, que je n’avais pas vue depuis les journées de Luçon, et à qui je voulais raconter beaucoup de choses, puis ensuite chez maman. Mardi après-midi, suis allée à La Roche ; suis allée à la Maison des Œuvres, ai vu les garçons, surtout Pierre ; un moment chez Mme Lesaffre. Mercredi, hier après-midi, fait une chose que je n’avais pas fait depuis longtemps et que je désirais beaucoup, j’ai repris le volant en main et recommencé à conduire l’auto. Nous sommes sortis très peu, Jacques et moi, jusqu’à la Touche seulement, mais cela m’a permis de voir que je n’avais rien oublié et que j’étais capable de conduire encore ; Cela m’a été très agréable, et rendra de grands services. Suis allée chez Maman ensuite. Aujourd’hui les filles sont allées, comme chaque jeudi, déjeuner chez Grand-mère ; pendant ce temps, Jacqueline déjeunait ici, puis nous avons pris la voiture et sommes allées toutes deux à Palluau passer l’après-midi chez les Dorion, avons bien bavardé, agréablement goûté, et passé quelques heures tout à fait charmantes. Les réparations du bureau n’ont pas beaucoup avancé ; j’avais espéré faire nettoyer demain et la tapisserie n’est pas toute posée, ni les meubles finis de peindre et quand je songe au rangement qu’il y aura à faire ensuite ! le bureau lui-même sera beaucoup plus clair. François vient toujours samedi, je pense que Jean viendra aussi. Les Félix arrivent lundi.

Dimanche soir 2 avril

Un court moment de répit ce soir, cependant je ne vais pas tarder à monter me coucher. Bien à faire tous ces jours-ci… demain je voudrais réorganiser le bureau… le divan qui a donné tant de peine à Marie, ne fait pas mal, et au moins tout est propre. Vendredi, travaillé pas mal le matin ; l’après-midi une visite à Mme Lucas, qui avait pu ce jour-là aller jusque dans sa cuisine ; une autre visite à Eugénie Robin qui est de nouveau souffrante et bien angoissée, et suis allée un petit moment chez Maman. Samedi matin préparé des croûtes de bouchées à la reine que nous avons mangé aujourd’hui, et qui n’étaient pas mauvaises, bien qu’elles n’aient pas beaucoup monté, préparé aussi un pain d’épices et diverses choses. L’après-midi, Jacques qui avait déjeuné à Belleville, est allé à La Roche chercher François, et ils étaient ici dès 3 heures et demi, nous avons causé, goûté, recausé, Jean et Geneviève sont arrivés au car de 7 heures 20, et nous avons tous dîné chez Maman. Ce matin, suis allée à la première messe, ce que je n’aime déjà guère puisque je préfère la grand messe, mais, de plus, c’était la communion pascale des jeunes gens, et on cherche plutôt à les occuper pendant la Messe qu’à les faire participer, si bien que je n’aime pas du tout ces cérémonies-là. Enfin, pour le jour de Pâques, j’espère avoir la grand-messe et si possible les Vêpres. Aujourd’hui, cela ne m’a pas paru un vrai dimanche, je n’ai pu, faute de temps, assister à la procession des Rameaux et cela m’a manqué. Nous étions nombreux à déjeuner et je préférais que nous nous mettions à table plus tôt afin de ne pas nous bousculer pour finir. Jean est allé à La Roche, accompagné par François, pour chercher ses frères, et les garçons étaient ravis de venir passer un moment ici, seulement cela a été court, puisque, un peu après 4 heures, il a fallu conduire Jean à son train et emmener Yves et Pierre à La Roche aussi. Jean revient jeudi soir, pour partir vendredi, à 3 heures, pour Nice et l’Italie ; quand il reviendra, il sera fixé sur son affectation et espère obtenir, ou du moins voudrait obtenir l’Allemagne. Je suis heureuse qu’au début de sa vie d’homme et d’officier, il puisse avoir quelques jours de pèlerinage à Rome, de même qu’à la veille de rentrer à Richelieu, il avait pu faire avec nous le pèlerinage de Lourdes. Nous sommes restés ensuite à causer dans le salon et avons dîné de bonne heure, pour que Jacques conduise François à son train à 8 heures et demi. Geneviève a eu de bonnes notes à son dernier examen, espérons que celui de juin se passera avec succès, en attendant, il faut qu’elle travaille pendant ses vacances et j’aurais bien besoin d’être aidée. Les Félix arrivent demain après-midi, d’ici deux semaines je ne m’appartiens guère.

Dimanche 9 avril Pâques

Alleluia – Un jour de Pâques nuageux, un peu sombre et agrémenté de quelques petites averses. Ici, des occupations multiples et un peu absorbantes ; enfin, j’espère, aujourd’hui, avoir la grand-messe et les vêpres et chanter de tout mon cœur l’Alleluia pascal. Une semaine très très chargée, je suis réellement fatiguée, et je crois que la semaine qui vient ne sera pas très reposante non plus. Lundi, une journée assez dure, beaucoup à faire dans la matinée et aussi au début de l’après-midi ; Jacquie étant partie à La Roche avec son Papa, Geneviève m’a aidée à faire une grosse besogne : trier et ranger tout ce que renfermait le meuble du bureau, elle a ensuite mis de l’ordre dans le bureau et réussi à ranger toutes choses, de sorte qu’il n’y a, pour le moment, rien à traîner, et c’est un certain succès. Les Félix sont arrivés avec Jacques vers 6 heures et demie ; nous les avons installés pour le mieux, avons dîné et sommes allés, après dîner, un peu chez Maman. Le lendemain matin, Françoise, en descendant, m’a dit qu’Annie avait fait la nuit, une forte crise d’asthme, elle est descendue déjeuner mais est remontée aussitôt s’étendre, espérant que cela allait passer ; malheureusement toute cette semaine, elle a fait crise sur crise, et ce soir – car nous allons dîner, et je n’ai pas eu de répit depuis hier matin – elle a 38°, aussi sa pauvre mère s’affole et s’inquiète terriblement ; la pauvre petite est affaiblie, très fatiguée et la maman est à bout de nerfs et de résistance. Dieu fasse qu’une amélioration survienne sans tarder, car toutes deux sont en triste état. D’un autre côté, Anne n’est pas très bien depuis ce matin ; elle a ce soir 38°1, que va-t-elle nous faire ? Yves a à la lèvre supérieure un très gros furoncle qui le fait souffrir et le gêne énormément. La maison n’est donc pas très brillante aujourd’hui. Je reprends les faits de la semaine. Mardi, rien de bien nouveau, de la cuisine le matin puis restée ici l’après-midi et ne suis allée chez Maman que le soir. Mercredi suis également assez peu sortie ; j’ai pas mal de travail à la maison et beaucoup de choses à prévoir ; à peine un repas est-il pris qu’il faut songer au repas suivant ; nous sommes nombreux, et je ne voudrais pas trop mal nourrir mes invités. Jeudi, une journée assez chargée, des courses pour le ravitaillement, et surtout les préparatifs des brioches de Pâques destinées aux infirmes et aux malades. Toute la matinée il a fallu recevoir les femmes qui apportaient des provisions, faire les listes et les vérifier. L’après-midi, il y avait pêche au marais ; Françoise s’est décidée à accompagner les autres, Annie étant un peu mieux ce jour-là. Nous avons déjeuné de bonne heure et attendions les Baynast pour partir, mais un coup de téléphone de Cholet nous a appris qu’ils étaient en panne là-bas et nous rejoindraient aussitôt leur voiture réparée. Toute l’après-midi j’ai été bien prise par la répartition des denrées entre les trois boulangers, ceci coupé par l’arrivée des Baynast, qui n’ont dû arriver que pour la fin de la pêche. Ils sont passés ici le soir en revenant de la pêche et se sont arrêtés un moment pour voir Maman, Jacques et les Granger sont revenus ensuite avec le reste de la troupe, et tous sont restés un moment, si bien qu’il était plus de 8 heures et demie quand nous avons pu dîner. Jean est venu ce soir-là par le car, et nous a annoncé son affectation au 99e régiment d’infanterie alpine, à Lyon et environs ; il est un peu déçu de ne pas avoir pu aller en Allemagne, mais il aura sans doute d’autres occasions de voir du pays. Vendredi matin, les enfants sont allés à l’office, pour moi, je n’ai guère pu faire ma semaine sainte. Jean s’est préparé à partir et nous sommes allés tous les deux à La Roche l’après-midi pour l’heure du train. J’ai fait ensuite pas mal de courses, puis mon massage et suis rentrée ici vers 7 heures. Ai pu faire mon chemin de croix avant dîner. Samedi matin, suis allée à l’office, mais en ai très mal profité tellement j’étais fatiguée, j’avais très mal dormi la nuit précédente à cause de préoccupations multiples… L’après-midi, suis allée chez Mme Lucas, chez Maman, puis faire une course et rentrée ici un peu avant dîner, ai pu tricoter pendant une heure, c’est peut-être la seule fois de la semaine où j’ai pu avoir un peu de répit. Hier matin, car je ne termine qu’aujourd’hui lundi, beaucoup à faire ; il a fallu m’occuper des brioches – certaines n’étaient pas si belles que je l’aurais désiré – il y en avait 158 et toutes ont été distribuées ; nous sommes allés, Jacques et moi, porter à l’Hermière, celles de la route du Boucheau, ce qui m’a permis d’aller jusqu’à la Bouchère, voir Radegonde. Revenus ici en vitesse ; Françoise était inquiète d’Annie qui avait passé une journée terrible ; la piqûre d’hier matin n’a fait aucun effet, il a fallu en faire d’autres, mais la pharmacie étant fermée, M. Bonnaud est rentré et reparti au moment du dîner, si bien qu’il a fallu attendre 1 heure du matin pour lui faire sa piqûre, et que la pauvre petite et sa maman ont passé une triste nuit. Hier soir Anne, qui toute la journée s’était plainte de la tête, avait 38° ! Je pense qu’il s’agit d’une histoire de vers et d’un peu d’embarras gastrique. Ce matin elle a 37°8 et paraît très bien. Yves a un énorme furoncle qui lui fait enfler les lèvres, le nez et la figure jusqu’aux yeux. Jacques l’a conduit à La Roche où on lui a fait des rayons, mais le pauvre souffre bien, et ne peut partir demain au camp, ainsi qu’il l’avait espéré. Pour moi, je suis atrocement fatiguée ; ce matin, suis incapable de travailler tellement je suis lasse. Fatigue physique, fatigue morale, je n’en peux plus et j’ai grand hâte de voir tout le monde mieux.

Mercredi soir 12 avril

Quelques journées bien désagréables encore cette semaine, je suis très lasse encore ce soir, excédée et fatiguée de tant de choses. Lundi, journée pas trop mauvaise ; Anne avait 37°3 le matin, je l’ai levée, je l’ai alimentée légèrement et elle a passé la journée à jouer dans le bureau, si bien qu’elle n’a pas été trop ennuyeuse. Yves, par contre, a passé une journée très dure à cause de son furoncle ; la séance de rayons du matin lui a fait du bien, cependant il avait toute la figure enflée, même l’intérieur de la bouche et les gencives ; il a passé une partie de l’après-midi étendu, souffrant beaucoup, ne pouvant guère parler ni manger – ce qui est assez dur pour lui – les deux choses. Préparé le soir le sac de Pierre mais sans enthousiasme, car le temps était froid, pluvieux et parfaitement désagréable, et je voudrais bien que mon pauvre garçon ne s’enrhume pas à coucher sous la tente. Hier matin, Anne avait de nouveau 38°1, et j’ai dû la laisser au lit. Matinée chargée, Thérèse était absente, il a fallu m’occuper du départ de Pierre, des thermomètres, des tartines du petit déjeuner ; prévoir les repas avec Marie, recevoir le docteur et lui montrer Anne et enfin assister à une messe de mariage de trois couples, deux des mariés sont des camarades de Jean. Passé l’après-midi ici avec Anne qui était très mignonne, gaie et charmante, causant et tricotant très gentiment ; seulement le soir, elle avait 38°9, le docteur n’a trouvé qu’un peu d’infection intestinale. Un petit lavement l’a en partie débarrassée, et elle a bien dormi. Ce matin 37°4 au thermomètre, je l’aurais volontiers levée, mais elle a commencé à vomir et a eu des nausées pendant une partie de la matinée ; cet après-midi elle était beaucoup mieux… Le furoncle d’Yves est en bonne voie ; il ira demain matin à La Roche pour ses rayons et, de là, filera à Bournezeau rejoindre le camp où il aura tout de même quelques journées. Espérons que le temps va s’arranger, mais aujourd’hui il a plu encore. Les filles ainsi qu’Yves, Bernard et Martine sont allés passer la journée aux Sables ; ils se sont tout de même promenés et ont fait leur repas et leur vaisselle. Quand à Annie, après la journée si dure de dimanche, elle a été mieux ; hier surtout elle n’était plus la même et se sentait presque bien, mais aujourd’hui elle a eu encore une crise cet après-midi. Nous allons à Nantes vendredi ; il paraît que Jean a envoyé à sa Grand-mère une carte de Sienne ; ici nous n’avons rien eu encore. Jour par jour je revis mes souvenirs d’il y a dix ans ; c’était le dernier jour d’espoir.

Dimanche 16 avril 1950

Cette journée de dimanche s’annonce meilleure que les précédentes, d’abord il fait beau – bien qu’un peu froid – et c’est déjà plus agréable ; enfin surtout les malades sont mieux, mais nous avons passé encore quelques vilaines journées. Anne ne se ressent plus de ses deux jours de maladie, ni Yves de son furoncle, Annie a ce matin 37°1 et respire infiniment mieux, mais, avant-hier soir, Martine nous a donné des émotions ; au commencement du dîner, sa mère étant occupée en haut avec le docteur et Annie, elle a eu une sorte de petite crise nerveuse, disant que son cœur battait trop vite, qu’elle avait un goût bizarre dans la bouche ; nous étions bien ennuyés et ne savions que faire ; le docteur est descendu, l’a rassurée, et elle a passé une nuit à peu près tranquille ; hier matin, pas de fièvre, le docteur ne lui a trouvé qu’un petit mal de gorge et un peu de trachéite ; hier soir, elle était bien et va se lever sans doute aujourd’hui. Quant à Annie, la journée de jeudi a été très mauvaise, à tel point que, en fin de matinée, Françoise, sur les conseils venus de Paris, envisageait de transporter la malade là-bas en ambulance, la petite fille n’étant pas transportable autrement. Après réflexion, elle a préféré demander au docteur de prendre un confère en consultation et, vers 6 heures, Hervé venait examiner la malade. J’avais ce jour-là un joli déjeuner, mais ni les uns ni les autres n’en avons profité. Hervé a été très rassurant et a prescrit un traitement plus énergique qui a produit jusqu’ici bon effet. Il a commencé par faire une piqûre de morphine, pour calmer la pauvre Annie, qui était dans un état lamentable, puis le traitement a commencé le soir même, Françoise était aussi extrêmement fatiguée, aussi, le soir, elle est allée se coucher près de Martine, et j’ai veillé Annie quelques heures ; elle s’est calmée peu à peu, bien que son sommeil ait encore été bien pénible. Nous sommes allés ce jour-là à Nantes ; Jacquie seule est venue avec nous, Geneviève ne tenant pas à voir la foire de Nantes, d’ailleurs elle avait bien à faire ici. Nous avons fait quelques courses le matin, et, l’après-midi visité la foire, où il y avait d’ailleurs quelques choses intéressantes, seulement le temps, très beau le matin, s’est gâté au fur et à mesure de la journée, et dans l’après-midi il est tombé des averses glaciales ; depuis, il fait froid, si bien que nous avons rallumé le chauffage hier matin. J’ai aussi fait transporter Annie dans la chambre des garçons où elle occupe le lit d’Yves, si bien que sa Maman peut coucher dans le lit de Pierre et se reposer un peu. C’est le soir que Martine nous a donné toutes ces émotions. Annie avait ce soir-là 39°1, et Françoise était bien ennuyée, la journée d’hier a été meilleure, les deux malades ont été calmes, seulement, hier soir, les deux garçons sont arrivés de leur camp par un bien vilain temps, ils n’étaient cependant pas très mouillés et surtout ne paraissaient pas s’être enrhumés. Yves était ravi d’avoir pu avoir un bout de camp. J’ai déballé le matériel et mis bien des choses à sécher, pendant ce temps tous deux étaient satisfaits de trouver la baignoire et de l’eau chaude. Leur chambre étant prise, Pierre a couché dans la chambre de Jean, où il y avait par la force des choses un certain désordre, et Yves est allé coucher chez Grand-mère, ce dont il était ravi. Geneviève part dès mardi matin. Tous ces jours-ci avons suivi, Jacques et moi, les journées douloureuses de la mort de notre petit Bernard. Dix ans ce soir qu’il nous a quitté… Nous avons peine à penser que ce ne serait plus maintenant un bébé, mais un petit garçon, pour qui il serait question de collège. J’ai commencé à écrire avant la grand-messe et je finis après les Vêpres, je vais descendre préparer le goûter. Suis allée chez Maman cueillir quelques tulipes, puis me suis arrêtée chez Arsène Remaud voir les pèlerines retour de Rome, elles ont fait bon voyage et cela me rappelle le si beau voyage fait il y a un peu plus de deux ans. Pas de nouvelles de Jean depuis Sienne, sans doute nous reviendra-t-il dans le cours de cette semaine. Je voudrais écrire à Jeanne Lego – onze ans déjà que sa petite fille est morte – et c’était un dimanche, comme aujourd’hui.

Lundi soir 20 avril

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 20 avril 1950 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Il y a 24 ans j’avais le premier chagrin de ma vie de jeune femme et pleurais sur mes espérances évanouies, Dieu est bon d’avoir comblé notre grand désir, et de nous avoir donné nos enfants. Il y a dix ans hier, nous conduisions au cimetière notre petit Bernard…. En attendant, les vacances de Pâques s’achèvent ; Geneviève est partie mardi matin, Martine ce matin, les garçons partent demain matin. Par contre, Jean est arrivé hier soir, ravi de ces quelques jours de voyage, bien qu’il ait trouvé vraiment trop de monde à Rome ; par contre, il a très bien vu le Saint Père et c’est déjà beaucoup. Annie est un peu mieux, mais non transportable encore ; je me demande pour combien de temps Françoise et elle sont ici. Il fait ces jours-ci un temps très dur, froid et pluvieux, seule la journée d’aujourd’hui a été à peu près belle. Lundi, une journée assez désagréable, par suite de réparations à la cuisinière, pas d’eau chaude de la journée. Tricoté un gant à Geneviève, je me demande comment j’arriverai à tricoter l’autre. Mardi, c’était une avarie au compteur qui nous privait de chauffage, suis allée chez Mme Lucas avec Françoise. Hier après-midi à La Roche, fait des courses, avec la voiture, et cueilli à la gare Jean et l’abbé Sacré, qui revenait par le même train, conduit l’abbé à la Maison des Œuvres et ramené Jean ici. Aujourd’hui, matinée très employée, le marché, une visite à M. le Curé, un peu de cuisine. Après-midi aux Lucs, toute seule en auto – je suis ravie de conduire de nouveau, et c’est si commode – vu M. le Curé, Mlle Parois, Mme des Rochettes, pour le pèlerinage du 2 mai. Une migraine bien pénible ce soir, vais aller me coucher.

Dimanche matin 23 avril

Temps douteux, pourtant un grand rassemblement en faveur de la liberté de l’enseignement est prévu à Saint Laurent, et de nombreuses autos ainsi que des cars doivent si rendre de toutes directions. Jacques s’apprête à y partir, ainsi que Jean et Jacquie, mais ils emportent, en plus de leur déjeuner, un bon imperméable. Ce serait très dommage si, à cause du mauvais temps, cette manifestation était ratée ; il faudrait au contraire beaucoup de monde, et que le gouvernement comprenne un peu certaines choses. Pour moi, je reste ici, j’irai à la grand-messe avec Anne ; je voudrais tant avoir un après-midi tranquille pour lire, me reposer, ce dont il y a un réel besoin. Rien de neuf ces jours-ci, si ce n’est que j’ai eu deux jours très dures avec la migraine qui, malgré les cachets, n’allait pas mieux. Depuis hier, cela a l’air de s’arranger et je me sens tout de même un peu moins patraque. Les garçons sont partis vendredi matin, Yves en bicyclette et Pierre par le car ; je suppose qu’ils sont arrivés à bon port à Richelieu. Pas mal de choses à faire vendredi, cuisine pâtisserie, c’est un vrai casse-tête que les repas surtout avec la pénurie de légumes actuellement, j’arrive à acheter des légumes au marché, mais selon le nombre de convives, il en faut 5 à 800 francs à chaque fois. Vendredi après-midi sommes allés à Clisson, à l’enterrement de Rosalie Delaroche – vu là-bas tous les Renou, Toussaint et Louis Dugast – Madeleine y était aussi, avec Louise Douillard et Bernard Régnauld. Sommes passés par Montaigu, et nous sommes arrêtés chez les Denis, mais Hélène était absente, elle viendra ici dans peu de jours. Hier ne suis sortie que pour un peu emmener Françoise chez Marguerite – j’ai tant de travail à faire que je ne peux m’en tirer – j’ai à finir un gant pour Geneviève, j’ai pu finir l’autre pendant qu’elle était là et il lui va bien ; il n’y a plus qu’à copier l’autre ; j’ai à réparer des culottes, des chaussettes et j’ai bien peu de temps à moi, surtout jamais de moment de solitude et cela m’est très dur – hier soir seulement, Françoise étant remontés près d’Annie, Jacques et les enfants au cinéma, j’ai eu à peu près une heure devant moi pour lire et réciter mon chapelet. Annie est un peu mieux, elle est descendue hier pour la première fois, et aujourd’hui, elle parlait de descendre déjeuner mais de nouveau elle est un peu gênée pour respirer et je ne sais pas ce qu’il va en être. Jean nous raconte peu à peu son voyage, hier sont arrivées les photos qu’il a prises ; cela fait plaisir de revoir tant de choses. En préparation, le pèlerinage annuel de la Ligue ; cette année, il s’agit de le faire intercantonal, ceci pour plusieurs raisons, dont certaines sont le manque de prédicateurs et la nécessité, en raison de l’Année Sainte, de bloquer les pèlerinages dans la première quinzaine de Mai. Le nôtre est le 2 mai et groupe les cantons de Rocheservière, de Palluau et du Poiré. Je suis assurée d’un très bon prédicateur, et de dirigeantes très dynamiques et intéressantes, seulement tout cela me donne quelque peu de travail, correspondance avec les autres cantons et les présidences paroissiales, invitations. Dieu fasse que cela permette à beaucoup de monter un peu plus ver Lui.

Dimanche matin 30 avril

La grand-messe ne va pas tarder à sonner, je ne sais pas quand je finirai, ni si je le ferai aujourd’hui avec tout ce que j’ai à faire, car je pense avoir une après-midi très remplie. J’ai quelques lettes à écrire, toutes pressées. Yves doit venir déjeuner, et je voudrais bien le voir un peu. Enfin les trois abbés viennent dîner ce soir, et j’ai tout de même quelques préparatifs à faire pour le repas. J’ai cuisiné depuis ce matin ; j’ai confectionné une tarte aux brugnons que nous mangerons à midi. Je reprends, il est 4 heures, nous avons mangé la tarte, elle était très bonne, mais nous comptions sur Yves à déjeuner et il n’est pas venu, sans doute a-t-il été empêché de venir au dernier moment. J’ai fait pour le dîner une salade de fruits qui promet d’être bonne aussi, nous la mangerons avec des petits palmiers confectionnés hier matin. Nous aurons du poulet, des asperges et surtout nous causerons agréablement, l’abbé Bretaudeau aura à nous raconter ses souvenirs de Rome et surtout de son entretien avec le Saint Père. Jean, qui devait partir ce soir pour Nantes, afin de filer à Saint Etienne de Montluc, voir Auguste et sa femme, est resté pour la circonstance et ne partira que demain, à la première heure, Jacquie est à Nantes depuis hier matin, pour aider Madeleine à la vente du muguet du 1er mai – elle revient mardi soir – Beau temps depuis hier, ce qui paraît bien agréable, après tant et tant de jours de vent froid, de pluie, de bourrasques. Nous avons été obligés d’allumer plusieurs fois le chauffage cette semaine. Françoise et Annie ont tout de même pu repartir cette semaine, pour le plus grand soulagement de tous, y compris du docteur. Dimanche, elle a déjeuné à table avec nous, puis nous avons passé l’après-midi dans le salon, où il faisait à peu près bon, et elle n’est remontée qu’après avoir goûté. Lundi, elle est de nouveau descendue pour déjeuner et a même dîné à table. Ce jour-là, je ne suis pas sortie, tant j’avais de travail à faire. Mardi matin, suis allée à la messe et à la procession de Saint Marc ; il faisait moins froid, le soleil avait l’air de vouloir paraître, et surtout le vent était momentanément calmé ; aussi j’ai proposé à Françoise de l’emmener ce jour-là à Nantes, le temps étant meilleur. Elle a donc envoyé une dépêche à Louise-Marie, mais presque aussitôt le temps s’est assombri et j’étais ennuyée ; en fin cela s’est arrangé et nous avons fait, conduites par Jean, un très bon voyage. Avons installé Françoise et sa fille dans leur compartiment, qui était confortable et bien chauffé, et j’ai su par une lettre de Martine, reçue le lendemain matin, que le trajet s’était accompli le mieux possible. Mercredi, suis allée à La Roche en auto – massage et courses – suis revenue vers 7 heures et quart, avec une bonne migraine, qui ne m’a pas laissée pendant deux jours. Ai d’ailleurs été très patraque une bonne partie de la semaine avec des malaises variés dont le plus pénible était une sensation d’étouffement, ou plus exactement de compression sur la gorge – cela a été certains jours particulièrement douloureux – et puis toute cette fatigue qui ne cesse pas, et qui, certains jours, devient particulièrement dure. Jeudi suis restée ici la plus grande partie de ma journée, afin de me reposer, tout en tricotant avec acharnement. J’ai pu tout de même avancer un peu mon travail et mardi, ai apporté à Geneviève ses gants terminés et une culotte réparée, finie de justesse. Vendredi matin, suis allée avec Jacques à Saint Etienne, pour l’enterrement de Mme Dodin, l’après-midi, suis allée voir Mme Dorion, Marie-Josèphe Remaud-Mignet qui attend son huitième enfant et Mme Lucas qui va de mieux en mieux. Hier, suis allée à la Montparière, voir deux jumeaux, dont on m’avait parlé, suis passée voir Eugénie Robin qui attend un enfant et doit rester allongée presque continuellement, puis chez M. Baron qui va mieux, mais ne peut encore reprendre son travail, ce qui désole Jacques, car la pauvre Armande est d’un très médiocre secours. Aujourd’hui j’inaugure un secrétaire, arrivé vendredi et installé aussitôt dans le salon – c’est un rêve de toujours qui se réalise – un meuble à moi, avec des tiroirs, et des caliers pour ranger mes papiers ; Autrefois mon petit bureau de jeune fille m’avait ravie mais je voulais quelque chose de plus important et de plus complet. Nous avons cherché à Nantes pendant plusieurs mois avant de trouver ce que je voulais, et avons trouvé l’objet désiré… chez Decré. C’est un meuble Louis XVI qui peut aller avec la commode que nous avions déjà. J’aurai donc un coin pour m’isoler, lire et écrire tranquillement, pendant que le bureau sera envahi par les enfants. Mardi le pèlerinage des Lucs, je voudrais bien qu’il fasse aussi beau qu’aujourd’hui. Il y a jusqu’ici peu d’inscriptions, cependant M. le Curé de la Genétouze s’est annoncé avec six de ses paroissiennes ; c’est un succès ! toute une partie de la commune ira d’ailleurs en bicyclette… Jean nous quitte samedi pour se rendre à Lyon, où il sera dimanche matin. J’espère qu’il se fera vite à sa nouvelle vie, et suis heureuse de le savoir sous la protection de la Vierge de Fourvière.

Mardi 2 mai 1950

Soir de notre pèlerinage congrès à Notre-Dame du Petit Luc. 7 Heures. Dans une demi-heure environ nous allons dîner, je n’ai guère de temps devant moi, mais j’ai deux choses à noter, et ne veux pas attendre plus longtemps de peur d’en perdre le souvenir. Deux fois en trois jours, j’ai eu la joie de voir, d’entendre un prêtre qui, étant allé à Rome, a eu la faveur de parler au Saint-Père, et j’en suis tellement heureuse, tellement émue, enthousiasmée, que je veux pas tarder davantage à écrire tout cela. Dimanche soir, nous avions à dîner les trois abbés, Sacré, Boucher, Bretaudeau. Je passe sur le dîner, sur le plaisir de bavarder ensemble pendant quelques heures, pour garder l’essentiel. L’abbé Bretaudeau nous a donc raconté qu’au cours de sa captivité en Allemagne, il avait été en relation avec le frère de Monseigneur Montini, secrétaire de Saint Sainteté et, qu’allant à Rome, il avait eu l’idée d’utiliser cette voie pour demander une audience de quelques minutes avec le Saint-Père. Il lui a été répondu de se présenter au Vatican, un peu honteux de sa tenue de pèlerin, et de pèlerin logeant sous la tente, soutane poussiéreuse, faux-col de travers, souliers douteux, quand la porte s’ouvre et il se trouve face à face avec le Saint-Père – Emotion – l’abbé en oublie les génuflexions rituelles. Un préfet lui appuie sur l’épaule et le voilà à genoux, le Saint-Père le relève, l’emmène dans son bureau, et lui parle avec une simplicité si prenante que le voilà tout à fait à son aise. Le Saint-Père le bénit ainsi que son pèlerinage d’H.P.G. puis lui demande quelles sont ses occupations dans son diocèse et en apprenant qu’il s’agit d’œuvres sociales, le Saint-Père lui dit combien il est heureux de le voir travailler pour la cause de la justice, de la charité, de l’équité, et lui dit : « Je bénis aussi tous ceux qui travaillent avec vous ». L’abbé sort de là dans un état d’émotion indescriptible et avant tout autre chose, s’assied sur une borne de la place Saint Pierre, afin de noter tout de suite les paroles du Souverain Pontife.

Aujourd’hui pèlerinage au Petit Luc, et nous avons eu une journée parfaite, grâce au temps qui s’est mis de la partie – malgré un peu d’inquiétude hier soir – et nous a permis de recevoir en plein air une bien belle messe, très recueillie et aussi grâce à la présence du remarquable prédicateur que j’avais eu la grande chance d’avoir : M. le Supérieur de Richelieu. C’est d’ailleurs lui qui a fait toute la journée et nous l’avons utilisé sans scrupule, tant le matin que le soir. Nous étions là trois cantons, cela a des inconvénients, mais aussi quelques avantages, et je crois que toutes celles qui y ont assisté ont été très contentes. Ce matin à la messe, M. le Supérieur nous a parlé des devoirs des mères – on ne revient jamais trop sur ce sujet, et il en a parlé, comme aucun de nous n’aurait pu le faire – Cela suppléait à l’absence de Mme Coutansais, retenue par un de ses enfants malade, ce qui nous a amenées à modifier tout le programme de la journée – Personne n’y a d’ailleurs perdu – Après la messe, réunion à la salle de Patronage où M. le Supérieur nous a donné, légèrement modifiée, la conférence sur la Foi, que nous avions tant appréciée à Luçon. Le déjeuner nous a permis de voir les unes et les autres, puis nous avons une réunion des présidentes…les autres avaient un chapelet méditatif. M. Ducept a ensuite précisé les trois points dont il nous avait parlé dans son sermon du matin, les parents doivent commander, surveiller et donner le bon exemple, puis il s’est levé et a annoncé qu’il allait parler sur le Pape et sur Rome… Il nous a raconté que le soir de son arrivée à Rome pour Pâques, il est allé avec plusieurs autres pèlerins, place Saint Pierre, et, en voyant la lumière qui, malgré l’heure tardive, brûlait à la fenêtre du Saint-Père, tous, les bras en croix, ont chanté « Oremus pro Pontifice nostre Pio ». Il nous a parlé de sa première visite du Pape Pie XI, de la joie qu’il a eu à voir Pie XII, et à le voir de si près, à baiser sa main et son anneau, à présenter à sa bénédiction son collège et ses élèves. Il nous a parlé de l’attitude des deux derniers papes sur la sedia, Pie XI avait une attitude de chef, Pie XII une attitude de père…. Le Salut du Saint-Sacrement a terminé tout cela. Je suis très heureuse ce soir, mais bien lasse. Il faut que je reprenne du courage en pensant à tout ce que j’ai entendu. Il y a trois mots, nous a dit M. Ducept, qu’un chrétien doit ignorer : s’ennuyer, se plaindre, avoir peur. Beaucoup de travail pour les jours qui viennent… François, Marie-France, les enfants et Jacques Pigeaud viennent déjeuner dimanche (voir photo).

Dimanche soir 7 juin

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 7 juin 1950 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Nos invités viennent de partir, Jacques était déjà parti depuis un moment, conduire les garçons au collège et assister, à la Maison des Œuvres, à une réunion présidée par Monseigneur. Je viens de préparer différentes choses pour le dîner, et me voilà un moment de repos tranquille, ce qui est vraiment bien agréable. La journée s’est bien passée ; Jacques Pigeaud nous a amené dans sa voiture François, Marie-France et leur petite bande ; je connaissais déjà les trois garçons ; Olivier fait penser à François, quand il était petit, mais rappelle aussi Daniel Douxami ; tous sont de beaux petits garçons, bien plantés, bien vivants, et Constance est mignonne, toute bouclée. Nous avions un bon repas – des langoustines, des palourdes, de la salade de riz avec du crabe, du gigot aux haricots et des glaces – Tous y ont fait honneur, puis nous avons causé et fait un tour jusque chez maman. Cela a été court, peut-être François reviendra-t-il encore une fois avant de partir en Indochine. Tous cela a donné hier et ce matin pas mal de travail bien entendu. A part cela, et depuis mardi, semaine assez paisible… Tout le reste de la semaine, profité un peu de la présence de Jean – malheureusement le grand garçon est parti hier soir, regrettant de ne pas voir aujourd’hui François et les siens, et aussi cafardeux, bien qu’il se doit efforcé de le cacher le plus possible. C’est une vie nouvelle qui s’ouvre pour lui, avec des devoirs, des responsabilités, et non plus la vie d’école, plus insouciante avec ses camarades ; c’est une page tournée, une entrée dans quelque chose d’inconnu ; qui sera-t-il comme chef ? Je suis contente qu’il ait pu voir vendredi l’abbé Bouhier qui est un homme de jugement et de très bon conseil, je pense que cela lui aura fait du bien que de causer avec lui, de recevoir des encouragements et peut-être de se confier un peu, chose qu’il ne fait pas volontiers avec nous. A cette heure, le grand chéri est à Lyon, et doit se présenter demain devant son colonel. Quand l’aurons-nous ici en permission ? Tant qu’il était à Coëtquidan, nous pouvions compter sur les vacances scolaires et un dimanche de temps en temps à Nantes, maintenant il est loin et n’aura qu’une permission de temps à autre. Que Dieu le garde toujours et aussi Notre-Dame de Fourvière.

Mercredi, voyage à la Roche ; vu Mme Coutansais pour lui raconter le pèlerinage. Jeudi, Yves est venu à bicyclette, aussi, en son honneur, avons tous déjeuné chez Maman, ce qui est assez rare. Vendredi, suis allée chez Maman, comme d’habitude. Hier, enterrement, une courte visite à Mme Lucas, puis après l’arrivée de Geneviève, suis allée au poisson avec elle. Le pèlerinage de Luçon auquel je devais aller mercredi, est reporté au 16, seulement je n’ai pas reçu encore les papiers dont je dois me servir pour l’éducation familiale, et il va falloir faire cela les premiers jours de la semaine afin d’aller à la Garnache jeudi. Allons samedi à Nantes pour réunion des anciennes élèves et courses. Beaucoup travaillé ces jours-ci, remis en état plusieurs paires de chaussettes de coton pour Pierre, et j’en ai encore plusieurs autres à réparer. Hélène Denis arrive ce soir, pour quelques jours. Geneviève part bien entendu demain matin…. La cuisinière « Aga » est arrivée, mais pas encore montée ; cela va encore donner un peu d’ennui dans la maison. Le « Minou », qui, paraît-t-il, s’appelle Minnie, a des petits chats depuis hier matin ; elle avait l’air de se demander ce qui lui arrivait ! depuis, c’est une mère passionnée, qui ne quitte pas le nid de foin que Thérèse lui a installé, se laissant pétrir le ventre par ses enfants qui veulent téter, et se roule sur le dos d’un air heureux et ravi en tendant la tête pour avoir une caresse. Elle laisse toucher ses petits chats, et a, lorsqu’on s’approche d’elle, un air si confiant, un regard si plein d’amitié qu’elle en est touchante.

Jeudi soir 11 mai

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1950-06-07). Texte conservé tel quel.

Viens de me coucher, suis très lasse, et, après une journée chaude, la première de al saison, la fraîcheur des draps fait infiniment de bien. Aujourd’hui le pèlerinage de Challans, lequel avait lieu à la Garnache. Suis ravie d’y avoir été ; ces pèlerinages sont passionnants, quoiqu’un peu fatigants, mais que de choses intéressantes. Suis partie de bonne heure ce matin, par l’autorail de 7 heures 15 à la Genétouze – suis allée là-bas avec la Chenard, et l’ai laissée dans la cour de la gare – il faisait délicieusement bon à se rendre ; partout in fraîcheur ravissante, la verdure nouvelle, des fleurs. Ai trouvé Mme Duchaine et avons voyagé ensemble, cela a été une vraie joie tant à l’aller, comme au retour, nous avons parlé de choses intéressantes, de choses vraies, avoir des conversations en profondeur que j’ai connues autrefois ici, et que je n’ai pu avoir depuis longtemps. Une lettre de Mme de Baudry d’Asson, reçue il y a deux jours, disait qu’elle ne pouvait quitter Paris, mais que sa tante, Mme de Boisdavid nous recevrait à sa place – elle était en effet très aimablement à la gare, au-devant de nous, et, en attendant l’heure de la messe, nous a installées dans une salle de patronage, où nous avons pu travailler, mettre au point nos rapports et voir pas mal de choses – La messe a eu lieu ensuite à la chapelle de la Victoire, messe qui aurait été belle et très sympathique, s’il n’avait pas fait si chaud ; mais nous avions le soleil droit en face et étions le long d’une maison dont le mur blanc réverbérait la chaleur ; c’était assez pénible. La secrétaire de la Garnache, très aimablement, m’a fait déjeuner ensuite et nous sommes allées ensuite à l’église pour une instruction… Il faisait frais, nous étions bien assises et écoutions avec plaisir une instruction très intéressante et substantielle. Déjeuner ensuite à l’école, les sœurs nous avaient installées de façon charmante, et ont tenu à nous servir un café réconfortant. Ensuite, réunion des Présidentes – pas mal – et ensuite nos rapports, à Mme Duchaine et à moi, chacune de notre côté. Ai été contente de mon auditoire qui était sympathique. Sommes retournées en procession à la chapelle où a eu lieu le Salut final. Avons goûté ensuite chez deux aimables dames, la pharmacienne de La Garnache et sa mère. Mme de Boisdavid nous a ensuite conduites à la gare. L’auto m’attendait sagement à la Genétouze et le retour s’est bien effectué ; Yves est venu, paraît-t-il, pendant que je n’étais pas là. Une lettre de Jean à laquelle je répondrai demain.

Dimanche matin 14 mai

Fête de Jeanne d’Arc, un beau soleil, un ciel bleu autant que je puis l’apercevoir, et des chants d’oiseaux par la fenêtre ouverte. Je suis restée couchée ce matin, j’étais très lasse hier soir, avec les jambes enflées et je vais profiter du dimanche pour me reposer un peu si bien que je me lèverai que pour la grand-messe. Jacquie se charge d’habiller Anne et se charge aussi du marché, si bien que cela va me faire une matinée de repos, chose qui n’arrive pas très souvent. Hier, nous étions à Nantes, c’était la journée des anciennes de Chavagnes, et, bien que n’y retrouve guère mes anciennes compagnes, cela me fait plaisir de me retrouver là-bas. Nous sommes arrivées un peu juste pour la messe – il était 8 heures 10 – mais pour cela, il avait fallu nous lever à 5 heures et quart, et Jacques avait à charger dans la remorque une demi barrique de vin qu’il s’agissait d’emporter à Nantes. Joie de cette messe dans notre chapelle – j’ai uni mes prières à tant d’autres que j’ai déposées là, il y a maintenant bien longtemps. L’assistance n’était pas très nombreuse, Mme Houdbine a joué du violon. Je n’aime pas tellement les messes en musique et leur préfère une messe bien chantée ou bien dialoguée, mais je dois reconnaître qu’on peut tout de même prier et élever son âme sur des airs de musique. Aussitôt la messe, réunion à la salle de communauté, c’est plus intime et moins solennel que la grande salle, mais j’ai regretté le petit déjeuner qui nous permettait de retrouver notre réfectoire – à la place on a passé des brioches – Suis allée en ville ensuite – cette formule de faire la réunion après la messe permet de disposer de sa matinée et c’est tout de même pratique, si bien que j’ai pu faire pas mal de courses. J’avais beaucoup à faire à Nantes et cela me pesait bien, d’autant plus que pour cause de déficience de couturière, je voulais acheter différentes choses de confection. J’ai eu la chance de me trouver tout de suite une veste, d’un ton intermédiaire entre le vieux rose et le « bois de rose » ; trouvé un tissu pour une robe et fait un peu compléter mon chapeau qui était un peu sombre. Il était temps de rentrer déjeuner, retrouvé André Jaffré…. Seulement cela a été comme toujours très bruyant et fatigant par là même ; Nous ne sommes pas restées très longtemps à la kermesse, il faut rester debout ou piétiner, et c’est exténuant. Avons rejoint Jacques chez Madeleine, un peu après trois heures, et sommes allés en ville, il y avait encore bien à faire, particulièrement pour Geneviève. Après bien des visites de magasins, et après lui avoir fait enfiler pas mal de vestes, nous avons eu la chance de lui en trouver une en velours côtelé gris, qui est bien et ira parfaitement avec ses différentes robes. Trouvé ensuite un gentil petit tissu pour une robe que Jacquie va confectionner à Anne. Tout cela nous a mené assez tard et nous n’étions ici qu’à 8 heures et demie. J’espère me reposer demain, mais vais mardi à Chaillé les Marais pour le pèlerinage de la Ligue. Vendredi, fait beaucoup de choses dans la matinée, il y a tant à faire et cela s’accumule quand on s’absente, et, l’après-midi, après avoir assisté à un enterrement, il m’a fallu aller à La Roche pour une question vestimentaire, fait pas mal de courses, ne suis cependant pas allée à Richelieu, parce que Yves étant venu la veille, les garçons étaient en possession de leur beurre, et que je voulais rentrer assez tôt pour laisser l’auto au garage, les freins ayant besoin d’être révisés. Passé cependant chez l’abbé Sacré, qui part à Rome, avec le car Bulteau, le lendemain de l’Ascension – il n’oubliera pas les pèlerins de l’autre voyage – Vu Mme Lesaffre, toute contente des fiançailles de Pierre, et causé un moment avec elle, et avec joie, mais la visite qui m’a fait plus de plaisir est celle que j’ai pu faire à Mme Quéneau, laquelle vient d’être maman d’un petit Dominique, l’enfant – 8ème enfant - le 7ème est mort à trois mois, et il lui était très dur de terminer la série sur un berceau si tôt vide. J’aurais voulu causer avec elle plus longuement, tant j’étais heureuse de causer enfin avec une mère de famille comprenant les problèmes des jeunes, les problèmes d’éducation de la même façon que moi – vais me lever tout à l’heure pour la grand-messe. Sans doute irons-nous cet après-midi à la bénédiction du Mois de Marie de la Maldemée. Mardi, ai eu très peur pour Maman. Maria m’a prévenue le matin qu’elle n’était pas bien, mais qu’elle s’opposait à ce que je le sache. J’ai filé aussitôt que j’ai pu ; Maman était installée dans le fauteuil de la cuisine, de plaignant d’une grosse fatigue dans les bras et de violents battements de cœur – elle avait le pouls à plus de 140 – je suis allée en vitesse chercher le docteur qui, par bonheur, n’était pas parti ; il est venu sans tarder et a été lui aussi ennuyé de trouver un coeur aussi fatigué – cependant pas de fièvre – mais une tension tombée brusquement à 17. Il a annoncé qu’il viendrait le soir, et ferait des piqûres si besoin était. Suis restée toute la matinée et travaillé sur mon rapport de la Garnache, mais dès midi et demie le pouls était revenu à 80. Le soir le docteur a trouvé que tout allait bien, il suppose que cela est dû à un médicament, employé il y a quelques années pour les rhumatismes et que maman a pris de nouveau sans avis médical – seulement, c’est une supposition et c’est tout – Ecrit à Jean vendredi ; je ne sais comment il va s’installer à Lyon ; pour le moment il est chez Tante Jeanne et ce n’est pas très pratique. Les travaux d’installation de la cuisinière « Aga » commencent demain, cela va nous faire une semaine plutôt désagréable….

Jeudi matin 18 mai –

Ascension et trente-septième anniversaire de ma Communion solennelle. Nous voici aux Sables pour quelques jours, Jacquie, Anne, Thérèse et moi. Arrivées hier soir vers 7 heures, toutes quatre, avec la Chenard, Jacques, étant retenu aujourd’hui par deux réunions et ne pouvant rester demain à cause de la foire, nous a laissées partir seules. La route ne m’effrayait pas, je l’ai faite d’autres fois, il y a plus de dix ans, il est vrai, mais, en rentrant dans le garage, j’ai été troublée par la vue du canoë que je n’avais pas l’habitude de voir là autrefois, j’ai mal pris mon virage, et trouvé moyen d’accrocher le montant du portail avec une poignée de portière que j’ai cassée – que va me dire Jacques ? J’espère qu’il ne grondera pas trop, mais cela m’ennuie quand même. A part cela, l’installation a été vite faite, il y avait juste deux valises à défaire, quelques provisions à mettre en place. J’ai fait cela rapidement pendant que Thérèse préparait le dîner et que Jacquie promenait Anne. Après dîner, sommes un peu sorties, Jacquie et moi, mais il faisait nuit et je n’ai rien pu voir des travaux du Remblai. Notre coin de Remblai est d’ailleurs dans l’obscurité, précisément à cause des travaux et je n’ai pu voir où en est la démolition du Casino, ni la portion de plage qu’on nous a laissé. Cette nuit tempête ; de fortes averses sur le matin, le temps était très nuageux ce matin, bien qu’il ne pleuve plus, mais je ne sais si nous pourrons emmener Anne à la plage – ces quelques jours d’air marin seraient pourtant agréables et lui feraient grand bien – Pour l’instant, elle est partie avec Thérèse à la messe de 8 heures. Jacquie et moi irons à la grand-messe, pour cette belle fête de l’Ascension. Quoi de nouveau dans les premiers jours de la semaine ? Pas eu le temps de faire grand-chose dimanche ; J’avais les jambes enflées, et j’étais tellement lasse que je me suis levée que pour la grand-messe – et encore, j’ai eu toutes les peines du monde à arriver à l’heure – Tout en faisant ma toilette, il m’a fallu descendre deux fois, une fois pour courir au téléphone, et une autre fois pour recevoir Anne Bouhier et sa mère, lesquelles venaient nous avertir du mariage d’Anne le 20 juin, et nous y inviter ainsi que Geneviève – je ne sais pas si elle voudra y aller – Après les Vêpres, où nous avons chanté Jeanne d’Arc, sommes allées au Mois de Marie de la Maldemée, fait nos visites habituelles, puis attendu très longtemps M. l’abbé qui n’en finissait pas de venir – il avait été, pour commencer, bénir le Mois de Marie de la Gannerie, auquel nous devions aussi assister. Nous en avons été quittes pour voir le Mois de Marie, faire nos visites mais sans bénédiction. Rentrés juste pour dîner, et écrit ensuite quelques lettres pressées. Lundi, journée très chargée ; J’ai eu beaucoup à faire le matin, et suis allée ensuite parler à M. le Curé au sujet des colis de Première Communion et de la Fête des Mères – quand cela sera fait, j’aurai terminé le travail le plus dur de cette année – L’après-midi, rangé des lainages et vu bien des choses. Nos réparations de la cuisine ont commencé ce jour-là. Pour l’instant, ce n’est pas très joli, la cuisinière est dans la cour, la cuisinière électrique dans un coin ; nous nous servons d’un butagaz installé près de l’évier. On ne peut pas dire que cela soit pratique. Les maçons et les plombiers sont dans la cuisine – on refait tout le coin où la nouvelle cuisinière sera placée – les carreaux de faïence ont été replacés au mur ; le réservoir d’eau chaude est installé depuis hier soir ; il sera beaucoup moins encombrant et mieux que l’ancien. La cuisinière « Aga » doit, en principe, être placée demain ou samedi, je serai bien contente quand cela sera fini, et ce sera si pratique. Lundi après-midi, suis allée une minute chez Maman, puis fait la tournée des trois écoles pour préparer la fête des Mères. Après accord avec les pompiers, qui ont une fête eux aussi ce jour-là, nous aurons pour nous la matinée – la messe de neuf heures – et une réunion ensuite, au cours de laquelle seront décorées quatre mères de famille. Suis allée ensuite chez Bonne Mère, puis à la Jamonière, puis à l’école laïque, où il m’a fallu revenir deux fois. Suis rentrée dîner assez tard. Mis Jacques au courant de ce que j’avais fait, et alors, catastrophe, Jacques m’a dit que la veille, l’Association des Familles avait décidé que la Fête des Mères serait reportée l’après-midi d’un des dimanches de Fête-Dieu. J’étais navrée, tout ce travail, toutes ces démarches pour rien ; enfin Jacques est allé le soir arranger la chose, mais l’année prochaine, je me déchargerai volontiers de ce travail sur l’Association des Familles, puisqu’elle existe et veut servir à quelque chose ! je pourrai pendant ce temps-là tricoter les chaussettes d’Anne ou les caleçons des garçons lesquels sont en panne depuis un certain temps. Mardi, passé ma journée à Chaillé les Marais, pour le pèlerinage des cantons de Luçon et Chaillé. Bien peu de paroisses étaient représentées et bien peu de monde de chaque paroisse, il y avait peut-être la qualité, mais sûrement pas la quantité. La messe, dans la petite chapelle de la Maison de retraite, a été pieuse, avec – proportionnellement – beaucoup de communions. Il y avait, comme prédicateur, le curé de l’Immaculée de La Roche, qui a été intéressant… L’après-midi, Mlle Tanguy avait tout de même un peu de monde pour « l’esprit missionnaire », mais pour la question éducation, nous étions cinq, dont il est vrai, une mère de famille de dix enfants, et cette réunion s’est transformée, en un bon petit cercle d’études bien vivant, quoiqu’un peu court, en raison de l’heure qui pressait ; Comme je le disais en rentrant à Mlle Tanguy, j’ai reçu dans ce cercle au moins autant que j’ai donné ; comme dans nos conversations, dans les trajets d’aller et de retour, il est bien rare qu’on ne trouve pas ainsi à s’instruite, à s’enrichir. Hier matin à La Roche quelques courses, vu les garçons et tricoté dans l’auto en attendant Jacques. Hier après-midi les préparatifs de départ ; le temps, pluvieux le matin, s’est éclairci et il faisait presque beau hier soir. Aujourd’hui aussi, temps douteux, le soleil a paru par moments, mais le ciel est maintenant plus sombre. Nous ne pourrons guère aller à la plage, et que faire d’Anne aujourd’hui, à part une promenade cet après-midi, cela va peut-être s’arranger. Suis allée à la grand-messe avec Jacquie, cela a été très beau, médité sur le mystère de l’Ascension. Au retour, vu un peu les transformations des Sables ; ce n’est pas fini encore, mais notre coin de plage sera bien rapetissé, hélas. Le Casino est en démolition. La petite jetée avance un peu

Le Poiré - Lundi soir 24 mai, 10 h.

Je viens de me coucher après une journée assez remplie, mais remplie surtout de petites choses, sans au fond un résultat appréciable. Nous sommes arrivés des Sables pour déjeuner. J’ai d’ici quelques jours beaucoup de travail en perspective, et cependant je voudrais écrire, car j’ai, depuis jeudi, beaucoup de choses à raconter. Ce jour-là, assisté aux Vêpres, avec Jacquie et Anne, et chanté « l’Ascension du Seigneur ». Sommes ensuite allées à la plage, ou plutôt à ce qui nous reste de plage, et qui en cette saison, est plus que suffisant pour le peu de monde qui s’y installe. Il faisait très bon et j’ai passé quelques délicieux moments à lire, et aussi à regarder la mer, à penser, à réfléchir, à me parler à moi-même, sans être obligée à des conversations sans intérêt. Jacquie lisait à côté et Anne s’amusait tout près. Un peu après goûter, le soleil s’est caché, le temps s’est rafraîchi, aussi, comme nous avions peu de matériel avec nous, cela nous a permis de partir nous promener sans rentrer à la maison. Vu en passant les travaux du Remblai, partout on travaille activement, et certaines choses ne seront vraiment pas mal. Après dîner, avons emmené Anne sur la plage, jusqu’au pied de l’escalier monumental dont nous n’avions pas deviné la présence, et qui descend en face la place des Galeries. Vendredi, journée très remplie, commencée par aller à l’Usine à gaz demandant que des fils électriques, passant au-dessus du balcon, soient disposés autrement ; il a fallu revenir à la maison, en vitesse, vers 10 heures, l’envoyé de l’Usine venant à ce moment-là. Suis ensuite retournée en ville pour des courses. Après déjeuner, me suis rendue chez le docteur Thébaud, lequel m’a trouvée mieux mais me conseille fortement une saison à Brides. Je vais écrire là bas pour renseignements. Je suis persuadée que cela me ferait beaucoup de bien, tant au point de vue repos, solitude et silence qu’au point de vue médical. Suis allée ensuite voir Mlle Chalard, qui n’est pas trop mal, puis, en rentrant, une petite visite à Mme Dereure. Pluie tout l’après-midi, si bien que je ne regrette pas trop de ne pouvoir aller à la plage. Le soir, la pluie a cessé. Sommes allées, Jacquie et moi, à la salle Jeanne d’Arc, pour voir la troupe basque »Oldarra ». Spectacle ravissant, chants, danses, partie scénique, tout cela était une joie à entendre e à regarder, et avec tout cela, une couleur, une harmonie. En sortant, trouvé l’abbé Hidier que j’ai invité à déjeuner pour le dimanche. Samedi, fait des courses avec Jacquie et Anne. Thérèse est partie ce jour-là pour un petit pays aux environs de La Rochelle où elle devait assister à une communion ; mais il y avait très peu de choses à faire pour le déjeuner et j’ai pu passer une heure à la plage le matin. Y sommes retournées toutes trois l’après-midi, il faisait très bon, et j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler tout en contemplant la mer. Jacques est arrivé vers 8 heures, avons dîné en vitesse pour aller à la salle Saint-Michel voir une troupe berrichonne. Avons même emmené Anne, n’ayant personne à qui la laisser. C’était très joli, avec de ravissants costumes et des danses très jolies, cependant la troupe basque m’a plue davantage. Joie à entendre perler du Berry, qui est le pays de mes aïeux – parlé à deux jeunes filles qui étaient de La Châtre, l’une d’elle m’a d’ailleurs dit que sa mère était de Montgivray – Dimanche matin, Anne et son Papa sont allés à la messe de 8 heures, pendant ce temps fait pas mal de travail : la vaisselle de la veille au soir, un peu de cuisine pour le déjeuner. Suis allée avec Jacquie à la grand-messe, fait quelques courses en revenant, puis me suis mise à préparer le déjeuner. Jacques et sa grande fille avaient, pendant la messe, rangé la salle à manger et fait les lits si bien que cela a été pour moi une bonne avance. Le déjeuner était d’ailleurs très simple, et les tartes aux fraises très bonnes. Sommes restés un peu à table pour causer, pendant ce temps Anne est allée à la plage. Y avons passé aussi un moment, mais il faisait frais ; vers 5 heures, l’abbé nous a quittés pour aller travailler, et selon le désir d’Anne, nous sommes allés à La Chaume, seulement elle a eu un peu peur dans la barque et nous l’avons bien taquinée. Avons été à l’entrée de la grande jetée ; la mer était splendide, avec de belles vagues contre la jetée. Avons suivi la côté jusqu’au sémaphore, puis sommes revenus à l’embarcadère. Il était 7 heures et demie en arrivant à la maison, et il y avait à faire toute la vaisselle du déjeuner et le dîner – vite fait, heureusement – Nous nous y sommes mises Jacquie et moi, et cela a été vite expédié encore. Une petite promenade après dîner. Hier matin – car nous sommes aujourd’hui mardi – fait les préparatifs de départ et sommes arrivés pour déjeuner. Bien des choses à faire ensuite, quelques minutes chez Maman, et l’après-midi a été vite passée. Je comptais sur Thérèse ce soir, et personne ! Aujourd’hui, Jacquie reçoit ses amies : Isabelle Brachet, Marie-Andrée Dorion, Odile Gendreau. Isabelle devait même venir déjeuner, et voilà qu’à partir de ce matin le car de midi est supprimé le mardi, celui de 2 heures aussi, si bien qu’il a fallu donner quelques coups de téléphone à La Roche et à Palluau. Tout s’est arrangé. Isabelle est arrivée pour déjeuner, conduite par un de ses cousins Couteau et Mydée Dorion est venue à bicyclette. Par contre, nous avons bien plus de cars qu’auparavant, mais pas toujours très pratiques. La cuisinière « Aga » n’est pas encore montée, on doit venir demain, mais, en attendant, c’est on ne peut plus malcommode. Beaucoup de travail en perspective, je n’ai presque rien fait aux Sables, de ce que je voulais faire.

Vendredi 26

Beaucoup de travail ces jours-ci et suis pas mal prise par Anne qui est malade ; hier, vers 8 heures, je suis allée chez Maman, où les filles venaient de déjeuner, Anne était dans un fauteuil, et paraissait réellement fatiguée. Je l’ai ramenée, lui ai pris sa température, elle avait 40°. Le docteur n’a rien trouvé, et nous nous demandons si elle n’a pas fait une petite insolation, aujourd’hui, elle paraît bien… Hier soir, elle a vomi, ce matin, elle faisait encore des efforts, mais tout à l’heure elle a pris un peu de potage qu’elle a gardé. Geneviève est là depuis hier matin, Yves vient d’arriver en bicyclette, tout trempé. Pierre viendra par le car de 4 heures et demie. Il fait un temps affreux aujourd’hui ; Armand et Suzanne viennent demain soir.

Dimanche de la Pentecôte 27 mai

Armand et Suzanne sont ici, nous les laisserons cependant pendant la grand-messe, car il me semble qu’en ce jour de la Pentecôte, la grand-messe est tout de même la mieux qualifiée pour prier et pour chanter l’Esprit Saint, lui demander son assistance et ses dons. Pour cela j’ai organisé un repas aussi simple que possible ; les hors d’œuvre sont prêts, les glaces dans le Frigidaire, les poulets prêts à cuire et les petits gâteaux confectionnés depuis hier soir. Les enfants sont là, sauf Jean bien entendu, mais, pour venir ici deux jours, il ne pouvait pas passer deux nuits dans le train, aussi parlait-il d’aller à Paris. Yves est arrivé vendredi pour déjeuner, par une pluie diluvienne et Pierre dans l’après-midi. Quant à Anne, elle est aussi bien que possible, et nous sommes à nous demander ce qu’elle a bien pu avoir…. Nous voilà au soir, il est 9 heures et quart, j’ai été interrompue ce matin, et la journée a été plutôt chargée. Je me suis dérangée pour aller tourner mes glaces, et à ce moment-là Armand et Suzanne sont revenus de la messe, Claude et Nicole, ainsi que leurs enfants, sont arrivés. Claude, qui doit s’embarquer bientôt pour Brazzaville venait nous dire au revoir. Naturellement, je leur ai demandé de rester déjeuner, nous avions des plats assez gros pour accueillir deux convives de plus. Si bien que nous sommes allés à la messe sans tarder, les laissant ici avec Armand et Suzanne. Pas beaucoup de monde à la grand-messe et pourtant cette liturgie de al Pentecôte est tellement belle, appelant sur nous la venue de l’Esprit Saint. Sommes revenus ici à toute vitesse, il ne s’agissait pas de traîner avant déjeuner. Tout a bien marché, les plats étaient suffisants, les poulets tendres et bons et les glaces délicieuses. Sommes venus au salon prendre le café et les liqueurs, avions à peine fini que Pierre et Geneviève (Bouliau) sont arrivés à leur tour. Cela faisait toute une réunion de famille, et le salon était à peine assez grand. Les deux petits, Bernard et Dominique, se sont admirablement comportés et n’ont pas été le moins du monde désagréables (photo sur la balançoire). Claude et Nicole sont partis aux Sables vers 4 heures, laissant leurs deux petits ici. Avons servi ensuite le goûter ; les filles et moi avons rincé les tasses, et nous avions par bonheur quelque chose à servir, Jacquie ayant fait hier des cakes très réussis et de bons petits sablés. Geneviève et Pierre sont partis vers 6 heures et demie. Avons dîné à l’heure habituelle puis Armand et Suzanne sont partis pour Nantes. Demain, tous les Baynast viennent déjeuner chez Maman et Jacquie et moi avons promis de faire les tartes aux fraises du dessert. Je voudrais bien avoir une semaine un peu tranquille, d’autant plus que j’entrevois, d’ici une dizaine de jours peut-être, un départ pour Brides, où le docteur Thébaud m’enverrait faire une saison. Je suis en possession depuis hier matin de quelques adresses d’hôtels, et il faudrait que j’écrive sans trop tarder, pour demander conditions et prix. Cela m’ennuie de laisser Jacques et les enfants pendant plus de trois semaines, mais d’un autre côté je me rends compte que j’ai besoin de me soigner, et presque davantage encore d’une cure de silence et de solitude. Puissé-je y prendre des forces pour mieux travailler ensuite. Bien à faire d’ici là. La cuisinière « Aga » va bien ; à la grande satisfaction de tous. C’est vraiment très pratique, et si commode d’avoir toujours un appareil prêt à marcher, de l’eau chaude à discrétion, et tellement de facilité pour la cuisine. Hier soir, avant et après dîner, Jacquie a confectionné des langues de chat destinées à accompagner les glaces. Nous avons dîné, puis j’ai fait ma crème, et il y en avait une bonne quantité. Quand Armand et Suzanne sont arrivés, il n’y avait qu’à sortir de l’étuve le potage et les artichauts qui s’y étaient tenus au chaud, et la sauce blanche a été vite faite. Nous nous sommes couchés vers minuit, aussi je ne vais pas tarder à monter ce soir…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 29 mai 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une journée encore assez lourde. Maman a reçu à déjeuner Madeleine de Baynast, son mari et les quatre garçons. Fait de la pâtisserie le matin et rangé bien des choses qui restaient d’hier. Passé une agréable journée – vu Françoise cet après-midi, et eu par elle bien des détails sur Jean – Vu ce soir Auguste et Ginette Baron. Geneviève part demain matin, les garçons demain soir. Jacques a réparé les prises de courant qui ne marchaient pas, de chaque côté de la cheminée du salon, si bien que j’ai ce soir un luminaire agréable quand j’écris. Ecrit ce soir à 8 hôtels de Brides – espérons que sur les huit, il y en aura un qui pourra me recevoir, sans que j’y soie trop mal.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 31 mai 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier, un coucher de soleil tout en cuivre rouge, aujourd’hui, après déjeuner, une pluie magnifique, toute droite, sans vent, drue comme des épis ; le sol ruisselle, mais boit aussi longuement. Tous se plaignent du mauvais temps, mais cette pluie me comble de joie, comme me comblent de joie tous les aspects de la nature. La verdure semble plus profonde, le jardin, gorgé d’eau, est magnifique. En fin d’après-midi, éclaircie ; le bleu du ciel a paru à de larges endroits, puis tout cela s’est à nouveau brouillé, et, ce soir, un crépuscule terne et gris ; heureusement les roses du jardin ont, malgré ce gris, une teinte plus chaude et plus riche. Dernier soir du mois de mai ! Une visite de Mme Bricout ce soir.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 1 juin 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée très éprouvante au point de vue nerfs ; il a fallu lutter avec Anne pour sa toilette du matin et cela suffit à épuiser pour toute une journée. Aussi ce soir, à la petite comédie habituelle pour sa soupe, cela a mal marché. De plus en plus, je me rends compte que le repos moral et la solitude de Brides me fera du bien, sans parler du bienfait de la cure. J’attends des réponses d’hôtels, mais en attendant me prépare peu à peu. Suis allée à La Roche faire quelques emplettes indispensables. Vu une personne ayant été à Brides, et qui m’en a dit le plus grand bien. Pris des renseignements à la gare au sujet du trajet et des facilités pour expédier les bagages. Vu les garçons qui sont rentrés à bon port. Beau temps ce soir, ce qui nous change agréablement. On a installé une sirène d’incendie à la mairie.

Dimanche 4 juin, 5 heures et demie

Beau temps depuis deux jours, mais aujourd’hui chaleur quelque peu forte et pénible ; il y a cet après-midi, au terrain de sports, kermesse organisée par les pompiers comme l’année dernière, il y a eu un petit défilé, puis là-bas, quelques attractions et pâtisserie. Jacques et moi y sommes allés un moment, mais en auto, ce qui était tout de même moins fatigant ; y sommes restés juste le temps nécessaire pour que Jacques puisse boire avec les uns et les autres, et rentrés sans plus tarder. J’ai une réelle satisfaction à prendre des sandales et un corsage à manches courtes. J’ai pas mal à écrire, mais il fait bon dans le salon dont les volets ont été fermés dès ce matin. Aujourd’hui, fête des Mères, il y a eu à la salle paroissiale, remise de quelques décorations et une petite séance au cours de laquelle ont joué et chanté les enfants des écoles, c’était gentil, comme toujours. Assisté ensuite à la grand-messe, en cette fête de la Sainte Trinité. Au retour, une surprise. Yves est venu déjeuner avec nous ; cela nous a fait bien plaisir, et m’a permis, en cette fête des Mères, d’avoir au moins un de mes garçons et une de mes filles, à m’offrir leurs vœux. Quant aux autres, c’est le silence - une lettre de Jean, reçue hier matin, n’a pas un mot à ce sujet ; les filles sont réquisitionnées pour aider Tante Madeleine au magasin de sorte qu’elles ne peuvent pas être ici - peut-être aurais-je une lettre de Pierre mardi. J’aimerais une fête avec quelques petites surprises et des choses venant du cœur, c’est un peu dur. Rien de très nouveau depuis jeudi soir. Vendredi, suis allée chez Maman et fait une courte visite à Marguerite – Tante Abel est encore au lit avec un rhume – Hier matin, beaucoup de choses à faire, il en sera de même jusqu’à mon départ, il y a des quantités de petits détails à prévoir, et de l’ordre à mettre un peu partout. Hier après-midi, suis allée à Aizenay conduire Marie-Léonce pour le dernier essayage de sa robe de mariée, fait une courte visite à Mme Buet. Au retour, visites à Mme Dorion et à Mme Lucas. Fait vendredi des confitures de fraises. Avec la cuisinière Aga, cela va tout seul. Suis allée tout à l’heure mettre des artichauts à cuire. De l’eau chaude, au robinet ; cinq minutes pour arriver à l’ébullition ; cinq minutes ensuite d’ébullition, puis le four à cuire. Je suis maintenant tranquille et mes artichauts seront cuits à point. Voudrais maintenant faire quelques lettres – pas mal de courrier en retard. - . Les Granger arrivent ce soir ; demain nous déjeunons chez maman. Mardi, ce sont les noces du Moulin-Guérin, j’aurais ensuite à faire mes préparatifs de départ. Cela m’ennuie de laisser Jacques si longtemps.

Mercredi 7 juin

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1950-06-07-b pour la distinguer de 1950-06-07.

Semaine de grande bousculade ; dimanche n’ai pas eu beaucoup de temps à moi ; fait cependant un peu de correspondance. Lundi, bien des choses à faire ; sommes allés déjeuner chez maman, et passé chez elle une partie de l’après-midi, il faisait d’ailleurs une chaleur quelque peu pénible. Hier mariage au Moulin-Guérin ; par bonheur le temps s’était couvert et c’était infiniment plus agréable. Tout s’est bien passé, malgré un peu de retard le matin ; j’avais l’honneur de conduire Lucien et de lui servir de témoin. Nous avons déjeuné, dansé, dîné et redansé. Sommes rentrés ici vers 3 heures. Anne couchait chez grand-mère, pour sa plus grande joie. Aujourd’hui nous voudrions retourner un peu au Moulin-Guérin, cependant j’ai ma malle à faire ici, car il faut qu’elle parte demain matin. Vais être un peu bousculée d’ici quelques jours.

(-Le mariage du Moulin-Guérin, c’était un triple mariage, Lucien avec Marie Caillé, Marie-Léonce avec Abel Buton et Félicien, je ne sais plus ; j’étais la petite fille d’honneur de Lucien, je donnais la main à un petit Buton et nous marchions devant les mariés, le cortège est parti à pied du Moulin-Guérin, il prenait toute la route, nous les enfants marchions d’un bon pas, sans nous apercevoir que les autres ne suivaient pas, en effet, le cortège s’arrêtait pour donner des sous dans des corbeilles disposées le long du parcours ; on a fini par nous rattraper, et nous voilà derrière la mariée, tenant son voile, mais nous tirions si fort que cela n’allait pas non plus et nous avons fini le trajet sous le voile de la mariée…. Il y a eu ensuite un déjeuner de l’autre côté de la route, Maman a chanté comme d’habitude, le père Arsène était bien parti, on a dansé et j’ai dû partir. Je me souviens que la noce a duré trois jours…)

Brides – lundi 12 juin

Me voici installée ici, et je pense que toutes choses vont rapidement s’organiser ; je dois voir le docteur ce soir et commencerai probablement mon traitement demain. J’espère que cela ne sera pas trop assommant, et j’aurais tout de même de bons moments pour me reposer, pour faire en même temps une cure de silence, de solitude et de prière. Mes derniers jours au Poiré ont été passablement bousculés. Le mardi, le mariage au Moulin-Guérin, avec le retour dans la nuit vers 3 heures. Le mercredi pas mal à faire, et bien des choses à voir. Sommes retournées au Moulin-Guérin, Jacquie et moi avec les Granger qui avaient déjeuné chez moi ainsi que Maman. Nous sommes arrivés à la fin du repas, avons pris le dessert et vu « affaîter le pailler ». Les deux garçons, surtout Félicien, étaient bien tristes de partir. Sommes rentrés de bonne heure ; les Granger ont chargé et pris la route presque aussitôt. Jeudi matin, expédié ma malle de bonne heure, par Jacques qui allait passer la journée à Richelieu pour la fête des Anciens ; seulement, nous avions oublié, Jacques et moi, qu’il fallait prendre le billet, ma carte de chemins de fer et nous avons eu de la peine à trouver une occasion pour le faire passer. Beaucoup de travail ce jour-là, et aussi beaucoup de dérangements, suis allée voir Armande Brachet, puis Méline Perrocheau est venue me raconter son voyage à Rome. Vendredi, ai fait les derniers préparatifs, lesquels n’avaient rien de bien compliqué. Nous avons dîné de bonne heure, Maman est venue dîner avec nous, puis Jacques est venu me conduire à La Roche, ainsi que Tachou, et tous deux m’ont installée dans l’autorail pour Nantes. J’avais le cœur bien gros de la laisser tous ; Il faisait un soir superbe, et je contemplais le soleil couchant. Il faisait presque nuit en arrivant à Nantes. Là, j’espérais un peu voir Geneviève, à qui j’apportais une valise, mais personne ! J’ai mis la valise à la consigne, le billet sous enveloppe, et suis allée prendre mon train. Je n’étais pas mal installée et il n’y avait pas foule, cependant la nuit m’a paru longue. J’ai dormi ou sommeillé jusque vers Vierzon, me réveillant à chaque station, et ne sachant comment trouver une position confortable pour mes jambes raides et douloureuses. Vers Vierzon, j’ai vu le jour se lever, les nuits sont courtes maintenant. Dès huit heures, il commençait à faire chaud, cependant toute cette partie de trajet à partir de Saint Germain des Fossés est bien jolie et je l’ai revue avec grand plaisir. Arrivée à Lyon à 9 heures 33, personne au devant de moi ; Pris le tram et suis arrivée tout tranquillement rue Ferrandière où Tante Jeanne a été toute étonnée, car Jean comptait aller au-devant de moi. Il est d’ailleurs arrivé un moment après ; faute de renseignements, il était allé à la gare une heure plus tard. Avons vu les Lamy un peu avant déjeuner, puis déjeuné avec Tante Jeanne et Brigitte. J’avais les jambes très enflées et marchais avec beaucoup de peine, de plus, la chaleur était quelque peu excessive ; Causé un moment avec Tante et Menine, qui était venue travailler, puis suis sortie prendre des renseignements au sujet de mon voyage du lendemain ; cela m’a fait plaisir de voir Lyon, cependant je n’ai eu aucune envie de me promener. Jean est venu un moment avant dîner et nous avons pu causer un peu. Avons tous dîné chez Menine, puis Tante Jeanne, Jean et les Lamy sont venus me conduire chez Henri où je devais coucher, mais je n’ai pu voir Henri et Suzanne qui étaient pris ce soir-là et devaient rentrer que très tard. J’ai pu profiter de la salle de bains et cela m’a fait un bien immense, comme de pouvoir me coucher dans un lit. Hier matin, j’avais les jambes un peu moins enflées. Me suis levée tard, ai vu Suzanne un peu, puis suis allée à la messe de neuf heures, où j’ai retrouvé Jean et Tante Jeanne. Suis remontée chez Tante Jeanne où j’ai vu Jean un peu ; ai déjeuné vers 11 heures et suis montée chez les Lamy où j’ai vu tout le monde, puis Henri est venu, et c’est lui qui, ainsi que Jean, m’a conduite à la gare ; Jean m’a installée dans un compartiment où je n’étais pas mal, si ce n’est qu’il faisait très chaud. Le voyage a duré de 12 heures 50 à 20 heurs 5. Jusqu’à Chambéry cela ne va pas mal, mais après !!! Jusqu’à Ambérieux on suit la vallée du Rhône, des coteaux, de la verdure, mais ensuite on entre en montagne, il est vrai, mais boisée et pittoresque ; tout est frais, verdoyant. Un peu avant Aix, avons longé le lac du Bourget, j’étais ravie ; seulement le temps d’embrumait de plus en plus et on pouvait craindre de l’orage. A Chambéry, plus d’une heure d’attente ; il m’était impossible, vu l’état de mes jambes, d’aller faire un tour en ville, aussi je me suis installée au buffet et j’y suis restée jusqu’à ce que le train soit formé. Ce train est un affreux assemblage de vieux wagons d’omnibus, et il s’arrête à toutes les stations, qui sont nombreuses, une vraie brouette. Heureusement le trajet est ravissant, de chaque côté les cimes neigeuses, mais la vallée est assez large pour que çà ne soit pas écrasant. A Moutiers, j’ai eu ma malle, puis nous avons pris l’électrobus, et étions ici un peu après huit heures. Me suis installée et ne suis pas mal, quoiqu’au 3ème sans ascenseur ; il est vrai que l’escalier n’est pas raide. J’ai, ce que je désirais avant tout, une jolie vue sur les montagnes, au fond, j’aperçois même un sommet couvert de neige. Il y a tout auprès un torrent dont on entend jour et nuit le grondement. C’est simple mais propre, et il y a le nécessaire ; je peux même disposer de la salle de bains le soir. Ce matin, me suis levée assez tard, fini d’arranger mes bagages et suis sortie dans l’espoir de voir le docteur, mais il n’était pas là, dois le voir ce soir. Me suis promenée un peu dans le pays, suis allée à l’église ; vu M. le Curé avec qui j’ai causé Action catholique, écrit au Poiré, puis tricoté un peu en attendant le déjeuner, vais écrite à jean pour lui donner des nouvelles de la fin de mon voyage.

Mardi matin 13 juin 10 De mon lit, il est 8 heures et quart et je ne dois pas me lever aujourd’hui, ou peut-être un peu cet après-midi ; Il y a des moments où je réclamais une cure de solitude et de repos, je serai servie aujourd’hui au-delà de mes désirs. Cela me fera sans doute beaucoup de bien, et c’est avant tout pour me soigner que je suis ici ; Suis allée hier soir voir le docteur, il m’a trouvée vraiment fatiguée, je le sais bien moi-même quoique, depuis plus de dix ans je soie quelque peu accoutumée à ma fatigue, et surtout mes jambes sont en très mauvais état – c’est d’ailleurs tout à fait visible – Aujourd’hui, je vais donc me reposer au lit ; je viens de prendre une limonade purgative, et, dans toute ma journée, prendrai un kilo de fruits. Demain, si je ne suis pas trop fatiguée, une journée de repos en ne prenant que du lait déchloruré, ensuite je retournerai le voir et il me donnera mon traitement. Ces deux jours ne seront peut-être pas très drôles, mais au fond, j’en ai tellement besoin. Je vais lire, écrire, tricoter, prier, et cela passera encore vite. Je ne suis d’ailleurs pas mal du tout, le lit est bon, j’ai la fenêtre ouverte sur un horizon de montagnes, j’entends la voie du torrent qui me rappelle celle de la mer. Hier après-midi, suis sortie un peu, je voulais aller à un certain tournant de al route que j’aperçois de ma fenêtre, et d’où j’espérais découvrir une vue plus étendue, mais il faisait chaud, j’étais lasse et j’ai dû y renoncer. J’y retournerai un soir avant le dîner, quand cela ira mieux. Je me suis installée à tricoter à l’ombre jusqu’à l’heure de la visite au docteur. Au retour, suis allée à la pharmacie, puis me suis assise ici en attendant le dîner. Il faisait bon, mais le ciel d’obscurcissait et il a beaucoup plu ensuite. Ce matin, temps superbe, une légère brume, mais un beau ciel bleu.

Mercredi soir 8 heures et quart

Deux journées un peu dures – solitude totale et régime pas très agréable – hier, limonade purgative, fruits, aujourd’hui lait déchloruré et un peu de café. La journée d’hier a été plus pénible que celle d’aujourd’hui, j’étais totalement abrutie, il y avait aussi, pour une part, la fatigue du voyage ; j’étais capable de lire un peu, mais pas de tricoter, tant j’étais lasse ; dormi à plusieurs reprises, dans la matinée, dans l’après-midi. Suis sortie un peu après 5 heures pour mettre à la poste une lettre pour Geneviève, aller à la pharmacie et passer une minute à l’église. Il venait de pleuvoir ; la Vanoise disparaissait dans les nuages. Pour descendre, cela allait à peu près, mais pour remonter les trois étages, c’était un peu plus dur. Fini mes fruits en guise de dîner ; je les avais partagé en trois, mais l’odeur des oranges m’écoeurait et j’avais une vague migraine. Me suis couché de bonne heure et mal dormi la première partie de la nuit. Ce matin, je me sentais plus faible, mais moins abrutie, et, à tout prendre, la journée a été moins pénible. Me suis levée à l’heure du déjeuner, fait ma toilette et passé l’après-midi dans le fauteuil, près de la fenêtre, lisant et tricotant. J’aime la vue que l’on a sur les montagnes, et qui change d’heure en heure, selon l’éclairage, le jeu des nuages et de la lumière. Le temps a d’ailleurs été assez couvert et il a plu par moments ; sur le soir, tout s’est dégagé, mais dès 7 heures le soleil a disparu derrière la montagne et on ne peut le voir se coucher comme chez nous. Ma fenêtre donne à l’ouest ; je vois la route par laquelle je suis venue et par laquelle je repartirai dans quelques semaines ; je dois aller chez le docteur demain matin, et il me donnera mon traitement ; je pense que je pourrai sortir et ce sera plus gai ! Je voudrais bien avoir des nouvelles de Jacques, de Maman et des enfants, c’est long de ne rien avoir d’eux tous….

Vendredi 16 juin -2 heures

Je commence à avoir mes petites habitudes ici et je crois que cela ira, bien qu’à vrai dire j’ai parfois un peu trop de loisirs… Il y a des moments où je ne n’en ai pas assez. Enfin je dois me dire que c’est la Divine Providence, et que je n’ai qu’à m’en arranger de mon mieux. J’essaie de prier le plus possible, ce n’est pas toujours facile, de lire, lentement, des choses sérieuses ; cela peut me faire beaucoup de bien, et m’aider spirituellement, pour les vacances qui suivront, et qui ne seront pas toujours reposantes. Ce matin, ai pu assister à la messe, en vitesse, parce que la messe est à 7 heures, et que le taxi pour La Léchère part à 7 heures et demie ; enfin, j’y tenais, c’était la fête du Sacré Cœur et je la célébrerai bien mal ici ; je tâcherai de recommencer cela quelquefois. Hier matin, suis allée voir le docteur – les deux jours de diète m’ont fait perdre 4 kgs – j’en ai peut-être récupéré depuis – mais je me sentais bien lasse. Il m’a fait une prise de sang, et, hier soir, j’ai eu le résultat de l’analyse ; L’urée est bien, mais trop de glucose et surtout trop de cholestérol – qu’est-ce que le cholestérol ? – résultat, on me met au régime de viande grillée et rôtie, légumes verts, salade et fromage. Je regrette d’être privée de fruits et n’aime pas beaucoup la viande grillée le soir. Enfin cela ne durera peut-être pas toujours. Passé la matinée à lire, à écrire, à lire et à tricoter sur la terrasse de l’hôtel, où il faisait très bon. Après déjeuner, suis remontée ici, écrit aux Granger, lu et tricoté un moment, puis descendue sous les arbres, où j’étais très bien. Un peu avant six heures, suis allée mettre ma lettre à la poste, puis me suis promenée un moment dans le parc qui touche l’établissement thermal. Suis rentrée à l’hôtel attendre le dîner. Après dîner, marché un moment sur la route de Moutiers, mais pas bien loin, et me suis couchée d’assez bonne heure. Ce matin donc, messe, puis suis allée à La Léchère pour mon traitement ; il y a 12 km et le trajet et joli. On rejoint l’Isère à Moutiers. A la Léchère, il y a juste l’établissement thermal et deux hôtels. En fait de traitement, j’ai eu un bain à 32°, et, pendant le bain, une infirmière vient nous doucher les jambes ; il paraît que cela fait le plus grand bien, du moins tout le monde le dit. Suis restée étendue ensuite pendant deux heures, à lire et à tricoter. En descendant, trouvé une lettre de Jacques, c’est la seconde ; il y avait en plus, hier matin, une lettre de Maman, une de Jacquie et une de Tachou qui me raconte les faits et gestes du « petit minou ». Tout cela me fait tant plaisir. Jacques me dit que les Guides de Niort et Fontenay organisent un voyage en Italie par car, pendant la seconde quinzaine de juillet, ce serait merveilleux pour les filles, et elles feraient mieux de choisir celui-là plutôt que l’autre. Le temps se couvre, cela arrive assez souvent. Je vais me reposer un moment, puis, à 5 heures, aurai mon premier massage.

Dimanche 18 juin – 3 heures

Un peu de cafard aujourd’hui ; cela n’était pas revenu depuis le soir du 2ème jour de diète, et j’espère en être débarrassée, mais ce qui m’est le plus dur ici, aujourd’hui, c’est la solitude, alors que parfois je réclame la solitude à grands cris, mais pas pour si longtemps, il est vrai. Aujourd’hui, il y a des femmes que leurs maris sont venus rejoindre, pour la journée du dimanche, … et je voudrais bien être au milieu de tous les miens ! Peut-être seront-ils allés aux Sables pour la fête de la mer. Il y avait un bon déjeuner, auquel, c’est triste à dire, j’aurais fait honneur, et j’ai dû me contenter de poulet, pas mauvais, mais moins bon que les nôtres, de carottes, de salade et de fromage. J’en ai par-dessus la tête du gruyère !…De plus, il fait froid ; hier soir, une grosse pluie, aujourd’hui, le soleil paraît, mais le fond de l’air n’est pas chaud. Je vais écrire un peu, lire aussi, puis vers 6 heures et demie, irais faire une promenade. Les promenades sont parmi mes meilleurs moments ici. Vendredi, à 5 heures, suis allée à l’établissement thermal pour mon massage, la masseuse est une grande femme, très amusante, mais aussi très énergique, elle nous masse des deux mains à la fois et avec une vigueur que je n’avais jamais rencontrée. Suis allée ensuite me promener sur une petite route qui part derrière l’hôtel, franchit un pont et remonte doucement à flanc de montagne….Suis rentrée à l’église où il y avait une prière en l’honneur de la Fête du Sacré Cœur. Hier matin, suis allée à la Léchère, puis fait mes deux heures de repos, après avoir lu une bonne lettre du Poiré, une de Jacques, une de Maman, une de Tachou, plus une lettre de Mme Roy. Après déjeuné, lu et tricoté ; suis allée à 3 heures et demie voir le docteur, il m’a confirmé mon régime et puis ma tension est un peu meilleure – éviter la fatigue ici, c’est bien facile, mais chez moi ! A cinq heures, massage, suis rentrée aussitôt, voulant me confesser, de plus il pleuvait. Après dîner, malgré la pluie, pas très forte, suis sortie et marché un bon moment sur la route de Pralognan…. Ce matin, La Léchère – pour changer – au retour, avalé ma tasse de café au lait et me suis étendue, mais très peu de temps, car je voulais aller à la grand-messe qui était à 10 heures. Pas beaucoup de monde - la nef était garnie, mais l’église est si petite- mais une messe bien recueillie. Quelques mots du Curé sur la fête du Sacré Cœur et le sens de la procession d’aujourd’hui. Quant à la procession, à laquelle j’ai tenu à assister, c’était bien misérable à côté de celles auxquelles je suis habituée. Elle est sortie de l’église et remontée à 150 mètres peut-être sur la route des Allues ; là, il y avait une espèce de petit reposoir, on a donné la bénédiction et prié un peu, puis il y a eu une autre bénédiction à l’église. Ce n’a pas été bien long, et on ne traverse pas le pays, c’est heureux du reste, car, si quelques personnes se lèvent au passage, d’autres demeurent bien tranquillement assis comme si rien n’était. Me suis reposée ensuite jusqu’au déjeuner.

Mardi 20 juin – 2 heures 10

Le cafard va, vient, s’en va et revient. Evidemment, chez moi, cela ne m’arriverait pas parce que je n’en ai pas le temps ; ici, j’arrive encore à m’occuper, mais, ce qui est le plus dur, c’est la solitude ; je n’ai pas trouvé encore personne à qui parler, mais parler vraiment ; il y a des tas de femmes qui se réunissent pour travailler ensemble, elles me saluent aimablement et disent un mot à l’occasion, mais je ne peux allez m’intégrer dans un groupe déjà existant, et cela m’est un peu pénible. Chaque soir, après le massage, j’avais pris l’habitude d’une petite promenade, et c’est ce qui me faisait le plus plaisir – la montagne est si belle, et c’est comme un livre dont les pages se tournent au fur et à mesure qu’on avance - mais pour cela il faut marcher, et trop souvent le terrain monte ! Dimanche soir, suis allée dans un tout petit quartier de Brides qui surplombe l’établissement thermal, ce n’est pas trop haut, et on a une jolie vue ; de là on voit les villages au-dessus de la route de Pralognan et je me suis promis d’aller jusqu’au clocher déjà aperçu, et qui se trouve à côté de la route. J’y suis allée hier soir, mais je ne croyais pas que la route montait tant, de plus, il faisait chaud et, une fois arrivée là haut, j’ai eu un violent battement de cœur. L’église en elle-même est délicieuse, une petite église de montagne, toute naïve, avec de détails charmants, trois retables baroques ; au-dessus de celui du milieu, des personnages en bois sculpté représente le crucifiement et, au-dessus, un bizarre petit personnage représente Dieu le Père. Sur les autels de côté, des fleurs artificielles sous globe. J’aurais été ravie d’avoir pu monter là si je n’avais pas eu un battement au cœur aussi violent, seulement il fallait rentrer ; heureusement la route redescendait. Parlé en chemin à quelques passants rencontrés, les gens sont sympathiques. Voilà ce que j’aimerais, aller dans ces villages de montagne et causer avec les uns et les autres – seulement il ne faut pas, mon battement de cœur à duré toute la nuit ; maintenant cela va mieux. Suis allée à La Léchère hier et ce matin ; mais je ne sais comment cela va s’arranger ; ces deux jours, nous étions trois, mais demain nous ne serons plus que deux. Impossible de continuer à des prix pareils. J’essaie de voir si je ne trouverais pas une place dans une voiture particulière ; je voudrais bien que cela s’arrange. Une lettre de Jacques et une de Maman ce matin ; je viens de leur écrire..

Vendredi 23 juin

Deux jours de beau temps pas très chaud cependant, avec une légère brume le matin sur les montagnes, mais vendredi, après une belle matinée, il y a eu un gros orage, et, lorsque je suis sortie du massage, un peu avant 6 heures, la pluie tombait à flots. Dans ce cas, tout l’hôtel gémit, et attend avec impatience la fin du mauvais temps. Pour moi, cela ne me trouble guère ; je me suis installée dans ma chambre avec un livre et un tricot et j’ai fini l’après-midi de façon pas du tout désagréable, tout en contemplant les montagnes à travers le voile tissé de la pluie… A part cela rien de neuf, si ce n’est que j’ai pu aller à La Léchère depuis trois jours avec des gens de l’hôtel, mais plus tard dans la matinée. Cela ne va pas mal, mes jambes diminuent, mais le docteur trouve que je ne me débarrasse pas assez vite de l’eau contenue dans les tissus – pourtant je suis fatiguée du gruyère ! Reçu une lettre de Jacques hier, une de Jacquie avant-hier et une nouvelle lettre de Jacques ce matin ; tous sont bien gentils de ne pas oublier l’exilée ; Reçu aussi une lettre de Jean, à qui j’ai écrit pour sa fête, qui est demain et lettre de La Haye-Descartes. Tout à l’heure, coup de téléphone de Mme Bonnaud, qui m’annonce leur visite pour demain.

Dimanche 25 juin – 3 heures

Après déjeuner, je me suis offert un petit café sur al terrasse, en compagnie d’un groupe sympathique de dames, puis nous avons bavardé et ce n’est que maintenant que j’ai el courage de monter écrire ici… Rien de bien neuf depuis vendredi soir, le temps se maintient au beau. J’ai maintenant un massage le matin, cela me libère mon après-midi, je vais tâcher de faire quelques petites excursions en car. Hier soir, suis allée voir le docteur, qui m’a trouvé mieux ; il m’a parlé un peu de ce que devrait être mon régime d’après cure. Passé un agréable moment avec les Bonnaud, Radegonde Gendreau et Gisèle, qui sont arrivés vers 3 heures, venant de Pralognan ; nous avons causé, visité le pays, recausé, et ils sont partis vers 5 heures, j’avais un rendez-vous chez Kermorgant à 5 heures et demie, si bien que tout cela a été parfait pour moi. Passé quelques agréables moments à travailler avec les dames de l’hôtel, seulement c’est au moment où je commence à connaître tout le monde qu’il y a beaucoup de départs. Ce matin, suis allée à une communion à 7 heures et demie ; je n’aime pourtant pas communier en dehors de la messe… il y avait une histoire d’eau à prendre soi-disant au réveil. Je l’ai prise à 8 heures et quart, ce n’était pas possible d’attendre après la messe de 8 heures. Suis allée à cette messe, puis sommes allés à la Léchère et rentrés vers 11 heures et demie ; ce qui m’a permis d’écrire un peu sur la terrasse… Malheureusement, mon conducteur part jeudi, et je me demande comment je m’arrangerai pour les quelques jours qui resteront. Enfin, il y aura peut-être quelqu’un d’autre. Suivi strictement mon régime jusqu’ici, à part une glace prise hier, avec les Bonnaud et un ramequin au déjeuner ; j’ai même eu mon habituel morceau de fromage, au lieu d’un chou à la crème tellement appétissant, mais ce n’est pas la peine de se priver les autres jours pour faire bombance le dimanche. Une lettre du Poiré hier matin ; il y avait un joli petit mot de Tachou.

Jeudi 29 juin

Pas écrit depuis dimanche ; j’ai été un peu plus prise par le fait qu’ayant tout mon traitement le matin, j’ai pu sortir en car l’après-midi, à ma grande joie. C’est pour moi le plus grand plaisir que je puisse avoir ici. Dimanche soir, rien de nouveau ; j’ai lu et suis allée à La source, histoire de marcher un peu ; Lundi après-midi, suis allée à Moutiers, descendue dans l’auto d’une aimable belge dont le mari et le fils sont arrivés hier dans une splendide voiture – combien les nôtres feraient antiques et pauvres à côté ! – Suis allée à la gare où j’ai eu les heures de trains pour Lyon et quelques précisions sur mon voyage, puis suis allée voir le chanoine Gayard, qui m’avait si aimablement renseignée sur Brides. Nous avons causé un peu… visité ensuite un peu la ville, ce qui a été vite fait – la cathédrale est grande et belle – vu quelques boutiques, avec l’intention de rapporter des souvenirs – il n’y a réellement rien d’intéressant et tout est très cher – Je me contenterai de rapporter des bonbons… Suis remontée le plus tôt possible et fini l’après-midi sur la terrasse. Mardi, suis allée à Pralognan, et ai été ravie de mon voyage ; j’avais quelques heures là-bas, je me suis un peu promenée, doucement parce qu’il y a un peu d’altitude… écrit quelques cartes, visité une petite chapelle, émouvante dans sa vieillesse et sa pauvreté, et aussi la petite église du pays. Me suis installée à la terrasse d’un petit café, et pris un citron pressé, puis tricoté en attendant le car. La montée et la descente sont également belles… Hier matin, 4 lettres du Poiré, une de Jacques, une de Jacquie et une de Mme Lucas, une de la Haye-Descartes et une de Geneviève qui doit être en examen aujourd’hui, la pauvre fille doit avoir chaud. Hier après-midi, suis allée à Courchevel ; la promenade est encore plus belle que celle de Pralognan…. Courchevel est moins sympathique que Pralognan ; c’est au lieu d’un village de montagne, quelque chose de créé de toutes pièves pour les sports d’hiver ; il y a d’ailleurs des jolis chalets et la vue est splendide… pris un café à une terrasse d’hôtel, toute seule dans un coin, pour éviter les propos de mes voisines de car, qui elles, tournaient carrément le dos au paysage. Mal dormi cette nuit, était-ce la chaleur ou la grillade mangée hier soir, ou le coeur un peu fatigué par l’altitude. Suis allée voir Kermorgant qui trouve que cela va…

Dimanche 2 juillet

Dernier dimanche ici, dans huit jours serais réinstallée chez moi, avec joie d’ailleurs ; seule la question du voyage m’ennuie un peu, parce qu’il fait chaud, et que je circule de jour ou de nuit, il faudra passer des heures dans un wagon, et , quand il fait chaud, cela manque d’agrément. Et encore Jean vient jusqu’ici au-devant de moi ; c’est bien gentil de sa part, le pauvre chéri ! Si encore il avait pu venir hier soir, ainsi que je l’avais un peu espéré – et il y avait un train très commode – il aurait eu le temps, aujourd’hui et demain, de voir un peu le pays ! seulement, il est juste de semaine et se fait remplacer par un camarade marié qui lui donne deux jours, mais ne peut lui donner son dimanche. Alors, il arrive demain pour déjeuner et nous repartons ensemble mardi vers 2 heures ; Cela me fera plaisir quand même. Je lui ai téléphoné vendredi soir. Passerai la journée de mardi à Lyon, et serai au Poiré jeudi soir sans doute. Vendredi après-midi, espérais aller à Peisey-Mancroix, mais le voyage n’a pas eu lieu, je suis donc restée là à me reposer, écrire et lire ; il faisait très chaud. Le soir, vers 5 heures, suis allée à la source voir s’il y aurait un peu de fraîcheur, mais il n’y avait pas un souffle d’air, même sur les ponts ; la fraîcheur n’est venue que tard. Hier, déjeuné en vitesse pour aller aux Allus-Méribel ; le trajet en car est peut-être moins beau que celui de Courchevel, et le vue moins étendue, mais il y a une ravissante vallée qui m’a plue infiniment. Beaucoup plus de verdure qu’à Courchevel… J’avais erré sous le soleil tout un moment, et cette vallée, découverte ensuite, m’a parue délicieuse, seulement le temps s’est assombri, l’orage est monté et je n’ai eu que le temps de gagner un hôtel pour ne pas être trempée. De là j’ai vu la pluie se déchaîner sur les montagnes, tandis que le tonnerre retentissait. Pendant le trajet la pluie a cessé, et, ici, il n’était tombé que quelques gouttes, mais la fraîcheur était délicieuse. Je voudrais bien que la chaleur soit moins forte pendant que Jean sera là. Ce matin, La Léchère comme d’habitude, seulement le chauffeur a jugé bon de nous changer d’heure ; l’établissement est bondé à cette heure-là, si bien que nous avons eu un peu de retard, et il était près de 10 heures et demie quand nous étions de retour ici, alors que j’espérais assister à la grand messe qui est à 10 heures. J’ai vite enfilé une autre robe, des souliers et pris ma mantille, et je me suis précipitée à l’église ; le curé était juste en chaire pour les annonces si bien que j’ai eu ma messe quand même. Il y avait du reste une autre messe à 11 heures et quart, mais c’est une messe en musique et je n’aime pas ce genre de messe ; j’y suis cependant restée un peu, pour lire tranquillement les épîtres, évangile et oraisons que je n’avais pu avoir. Et c’est à la fois, le 5ème dimanche après la Pentecôte, la solennité de Saints Pierre et Paul, et la jolie fête de la Visitation. Je viens d’écrire un peu, maintenant, je voudrais faire ou tout au moins commencer ma malle pour l’expédier demain matin, en allant chercher Jean à Moutiers et prendre mon billet….

Le Poiré, dimanche 9 juillet

Pas écrit depuis dimanche, faute de temps, et par le fait même que j’ai des tas de choses à noter. La grand-messe va cependant sonner dans moins d’une demi-heure. Les derniers jours de Brides se sont bien passés, quoi que j’aie été un peu ennuyée par des piqûres de taon qui ont été bien désagréables, l’une à la jambe droite, l’autre au coude gauche. C’est fini maintenant, mais je m’en serais bien passée. Dimanche après-midi un très fort orage – suis restée dans ma chambre à voir tomber la pluie et à lire – cela a donné un peu de fraîcheur, qui n’a malheureusement pas duré. Suis allée ensuite voir M. Le Curé, puis me suis promenée avec quelques autres personnes. Lundi matin, traitement terminé, fait ma malle, et suis descendue à Moutiers la faire enregistrer et prendre mon billet. J’espérais un peu voir arriver Jean, mais personne. Ma jambe étant très enflée, à cause de la piqûre, gardé toute la matinée et une partie de l’après-midi des compresses d’eau blanche et ce n’était vraiment pas très commode ; En fin d’après-midi, suis allée voir le docteur qui m’a trouvée bien et m’a donné un régime pour les mois à venir. Jean est arrivé par l’autobus de 8 heurs, nous avons dîné, causé et sommes sortis un peu ensuite, mais la nuit venait vite et Jean n’a pu voir grand-chose. Nous sommes restés à causer sur la terrasse jusque vers 10 heures. Jean avait l’air content d’être là et causait volontiers, ce qui ne lui arrive pas toujours. Mardi matin, après le petit déjeuner, avons fait ensemble une promenade que je désirais faire depuis longtemps, monter à la croix qui, dans la montagne, domine l’hôtel. Nous sommes partis sans tarder mais avons eu terriblement chaud à faire ce tour, cependant la vue est jolie. Jean paraissait content et j’étais ravie. En rentrant, bouclé ma valise, puis, il était l’heure de déjeuner. Sommes partis par l’électrobus de 2 heures, avions à Moutiers un autorail à 2 heures 32 puis, presque une heure d’attente à Chambéry. Ne sommes pas sortis de la gare, tant la chaleur était pénible ; je passais mon temps à m’éponger ! Nous avons pris des glaces, puis, un moment après, ayant terriblement soif, des citrons pressés. Notre train stationnait en plein soleil, il était parfaitement inconfortable et de plus, faisait omnibus jusqu’à Lyon. Sommes arrivés à 8 heures. Menine nous avait préparé un petit dîner, mais nous avions surtout soif. Ce qui m’a fait le plus de bien est le bain que j’ai pris chez Suzanne avant de me coucher. Mercredi matin, me suis reposée et cela m’a fait du bien. Suis allée déjeuner chez Tante Jeanne et passé l’après-midi à parler avec elle. Menine est venue, puis Poupette, puis Suzanne. Enfin Jean est arrivé et nous sommes tous quatre allés dîner chez Henri. Le temps était couvert, un peu orageux, mais il faisait tout de même meilleur. Jeudi, suis partie, un peu après 9 heures, de Perrache. Suzanne est venue me conduire à la gare et m’a installée dans le train. J’ai été seule dans mon compartiment de Lyon à Nantes, les banquettes étaient bien un peu dures, mais j’ai pu m’installer à l’aise et allonger mes jambes, de plus il ne faisait pas trop chaud, si bien que le voyage n’a pas été pénible du tout. J’ai lu, j’ai tricoté, j’ai prié comme toujours…. Enfin… sommes arrivés à Nantes. Trouvé là Madeleine et Geneviève venues m’aider à changer de train, Geneviève était heureuse de m’annonce qu’elle était admissible à son examen ; elle a d’ailleurs passé l’oral vendredi et attend son résultat. A La Roche, Jacques m’attendait avec Anne, et nous avons été vite ici. Tout allait pour le mieux. Caty et sa fille étaient venues depuis la veille. Vendredi, sommes allés à La Roche pour les prix de Richelieu. Yves a eu huit nominations, dont quatre premiers prix, mais pour Pierre, cela n’est pas brillant, espérons qu’une autre année, cela ira mieux. Dans l’après-midi, défait mes bagages, ceux des garçons ; hier matin, passé à l’antimite tous leurs vêtements d’hiver. Il faut aussi que je me mette au courant de toutes choses et reprenne la maison en main. Les garçons partent jeudi à leur camp et les filles vendredi à Rome, bien des choses à prévoir d’ici là. Jacquie est depuis hier soir aux Sables à camper – dans des maisons – avec quelques amies Plessy et autres. Jérôme est chez Maman depuis vendredi soir.

Jeudi soir 19 juillet

Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 19 juillet 1950 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Huit jours ce soir que je suis ici, et je ne me suis pas remise encore au courant de mon travail. Je voudrais pourtant ne pas me fatiguer, et ne pas perdre tout de suite le bénéfice de ma cure, mais je vois partout pas mal de choses à faire, et il s’en présente toujours d’autre. La maison se vide ces jours-ci et je pense avoir la semaine prochaine un peu de calme, de repos et de jours sans sortir où je pourrai abattre de la besogne… Dimanche, ai assisté à la grand-messe, mais n’ai pu aller aux Vêpres, qui étaient avancées à cause de la distribution des prix. Suis allée avec Anne à la distribution des prix, où il y avait des petites choses bien gentilles. Lundi, sommes allés à Nantes, Jacques et moi, je n’y avais rien à faire, mais j’ai voulu profiter de l’occasion pour voir Mère et Madeleine, Armand et Suzanne y étaient aussi. Au courrier ce jour-là, une lettre de l’abbé Moreau, lequel nous annonçait sa prochaine venue ici, il repartirait vers le 28 ou 29, emmenant Yves. Cela nous arrangerait tout à fait, parce que tous les enfants seraient ici en septembre. Mardi suis allée à la Roche, mais n’ai pu faire grand-chose, parce que beaucoup de magasins étaient fermés, la foire de La Roche étant la veille, aussi, j’ai dû y retourner hier pour quelques courses ; Vu Mme Allègre qui était ravie de la retraite de Chavagnes ; malheureusement il n’y avait que onze présences, et Mme Taylor n’y était pas. Mardi, ai pu, avant dîner, aller chez Mme Lucas ; hier soir, suis restée me reposer ici. Caty et sa fille sont parties hier matin, Jérôme était parti mardi matin. Les garçons sont depuis ce soir à leur camp. Pierre a pris ce matin le car, et Yves, après avoir déjeuné de bonne heure, est allé le rejoindre à vélo, leur départ étant fixé à 1 heure. Anne va demain aux Herbiers pour la journée des enfants, une des journées de la bénédiction du Séminaire. Jacquie et Geneviève partent demain pour Niort, puis Rome – seulement, à cause du 14 juillet, je ne sais pas comment elles rejoindront Niort - enfin, s’il n’y a pas de cars, il y aura toujours des trains. Jacques et moi iront aux Herbiers dimanche.

Lundi matin 17 juillet

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1950-07-19). Texte conservé tel quel.

Je voudrais tâcher d’écrire allongée, ce qui ne sera pas peut-être pas commode, mais étant restée beaucoup debout hier, je voudrais ménager mes jambes un peu aujourd’hui, aussi Jacques m’a ordonné de rester au lit le plus longtemps possible. Je me suis levée vers 11 heures, vu aux fleurs et aux fruits, rangé différentes choses. Maintenant nous attendons Jacques qui est à une réunion aux Lucs ; s’il tarde trop, nous nous mettrons à table Anne et moi – puisque je n’ai actuellement que cette fille ici ! – Les deux aînées sont donc parties vendredi, nous sommes allés les conduire, Jacques et moi à un train qui quittait La Roche un peu après 3 heures ; elles ont dû attendre plus d’une heure à Velluire pour n’arriver à Niort qu’à 7 heures du soir. Pas encore reçu de nouvelles directes, mais hier, aux Herbiers, avons vu un fils Grangé, de Fontenay, qui, étant allé samedi matin conduire ses sœurs et les Fontenaysiennes a assisté au départ. Elles ont du coucher samedi à Valence, hier soir à Nice, et sont peut-être en ce moment sur les routes d’Italie… Après leur départ nous étions entièrement seuls, Jacques et moi, puisque Chatou passait la journée aux Herbiers où avait lieu la journée des enfants – le départ, à 7 heures du matin, n’a pas été sans peine ! – aussi nous avons filé aux Sables où nous étions de bonne heure ; sommes sortis aussitôt ; vu les travaux du Remblai, bien avancés maintenant ; il reste à faire la partie située entre le Grand Hôtel et la place du Tribunal – seulement notre coin de la plage sera bien diminué, et la Casino est en démolition – Sommes rentrés après 7 heures, le dîner a été vite préparé et vite mangé. Jacques m’a aidé à faire la vaisselle. Sommes sortis de nouveau ensuite, et rencontré l’Abbé Hidier qui prenait l’air sur la plage ; En rentrant, sommes passés par le jardin du Tribunal, où avait lieu un concert en l’honneur du 14 juillet, et avons assisté, du balcon, à une partie du feu d’artifice. Samedi matin, me suis levée de bonne heure, car je voulais aller chez le docteur Thébaud, et savais qu’il fallait m’y rendre très tôt. J’ai eu la messe de 7 heures et j’étais chez le docteur peu après 7 heures et demie. Il y avait déjà plusieurs personnes. J’ai pu cependant passer un peu avant neuf heures. Le docteur a été satisfait du résultat de ma cure, mais a insisté pour que je ne me fatigue pas pendant les vacances. Il y a surtout la première quinzaine d’août qui sera dure à passer, et aussi quelques jours de septembre ; Sommes rentrés ici pour déjeuner. Hier passé la journée aux Herbiers pour l’inauguration et la bénédiction du nouveau Séminaire. Temps douteux, de gros nuages. Vendredi, la messe des enfants a été interrompue par une violente averse, mais hier tout s’est passé sans incident. Grâce à Jacques, j’étais bien installée, au second rang et assise, avec pas mal de personnes de connaissance…. Avons déjeuné très agréablement chez Françoise Boisseau, puis sommes retournés au Séminaire pour la cérémonie de l’après-midi…Ensuite c’était le tour de la kermesse… Nous n’étions guère ici avant neuf heures. Ce matin, je me suis reposée ; Cet après-midi des lettres à écrire, puis irai chez Maman. Demain reprendrai le travail habituel.

Vendredi soir 21 juillet

Quelques jours de grand calme ; j’ai des loisirs et j’en profite pour lire en tricotant, les jambes étendues - il y a toujours du travail à faire et à ranger bien des choses négligées faute de temps – J’aurais voulu profiter de cette semaine de calme pour faire ma journée de lait déchloruré, mais M. Bonnaud n’a pu jusqu’ici s’en procurer. Une autre semaine j’aurais sans doute plus à faire. Chaque jour aussi je vais un moment chez Maman. Mardi quelques heures à la Roche avec Jacques, sommes rentrés assez tôt. Mercredi matin, une carte des filles, d’Avignon – la carte n’était partie de Cannes que lundi – rien depuis. Mercredi, Jacques a passé sa journée à Nantes, il désirais beaucoup prendre au moins un jour de la Semaine Sociale. Le soir, vers 6 heures et demie, un coup de téléphone m’annonçait que, voulant avoir un cours jusqu’au bout, il n’avait pas pris le car, et rentrerai aux Lucs avec M. des Rochettes – donc prière d’aller le chercher avec la Chenard – Je me mettais à préparer la voiture, quand Armande Brachet est arrivée, et est restée une demi-heure peut-être, impossible ensuite de mettre la voiture en marche, les accus étant à plat ; Je me suis donc décidée, sans quelque appréhension, à prendre la Simca ; le trajet s’est bien effectué, et Jacques était tout surpris de me voir arriver ! Jeudi, vu l’Abbé Moreau qui est en permission et part jeudi prochain ; il pourrait emmener Yves et ce serait infiniment agréable – il n’y a que la question de visa à prendre en passant à Paris – Souhaitons que le séjour en Allemagne fasse au garçon le plus grand bien. Nous le verrons dimanche, ainsi que Pierre. Jean part mardi pour un camp près de Modane.

Lundi matin 24 juin

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 24 juin 1950 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1950-07-21). Texte conservé tel quel.

De mon lit, Jacques vient de se lever afin de partir pour Niort où doit avoir lieu une réunion interdépartementale des notaires. Thérèse est absente depuis samedi après-midi, et je ne peux assister à la messe, pour ne pas laisser Anne seule à la maison. La petite chérie dort d’ailleurs profondément, fatiguée de sa journée d’hier. Nous sommes allés tous trois rejoindre les garçons à leur camp, et avons été ravis, non seulement de cette journée passé au grand air, mais surtout de voir les garçons, dans le cadre de leur camp, de connaître leur installation, la façon dont ils sont menés et qui est pour eux une formation excellente. Samedi soir, pluie diluvienne, hier matin, temps incertain si bien que nous nous demandions comment la journée se passerait. Avons cependant pris la route avec optimisme, persuadés qu’en cas de trop mauvais temps, il y aurait peut-être un refuge. En réalité, nous avons eu un temps superbe et pas trop chaud, seulement il a fallu nous presser hier matin, parce que la Communion à laquelle Jacques et Anne sont allés a été donnée avec du retard, que la messe était annoncée à 10 heures au camp, et que nous avions bien une heure de voiture, aussi l’auto a filé ferme, seulement la messe n’était qu’à 10 heures et demie ; cela valait mieux, car nous l’aurions eue de justesse. Une messe très émouvante, au sommet d’un coteau – un autel de quelques morceaux de bois, mais comme toile de fond, la vallée de la Sèvre…. Les garçons étaient rangés en demi-cercle, et les parents par derrière – l’officiant face au peuple - … Les garçons ont tous communié, et bon nombre de parents aussi, puis le prêtre a fait une action de grâces très courte et très simple ; Nous avons eu la visite du camp, avec examen de l’installation de chaque équipe ; celle de Jean-Pierre Bastard était nettement supérieure aux autres. Les chefs ont cependant dit qu’Yves menait très bien la patrouille des Hirondelles et avait fait de grands progrès. Nous avons eu ensuite, au mât du camp, toute une cérémonie d’investiture d’Antoine Barbier comme C.P. et trois promesses scoutes, dont celle de Jean-René Gaillard. Avons pique-niqué ensuite dans un coin de bois charmant, d’où nous avions une jolie vue. Les garçons avaient bien installé leur maman, en lui offrant comme siège la caisse à matériel de la patrouille des Cerfs – celle de Pierre – ils ont d’ailleurs pris quelques provisions à l’Intendance et sont venus déjeuner avec nous. Nous avions le gâteau de la Saint-Jacques qui a été très apprécié – la crème avait été transportée à part sans accident – Quant à moi, j’ai fait mon repas de fruits, et cela s’est bien passé. Dans l’après-midi, joutes dans un pré, cela nous a bien amusés – je dois dire que la patrouille d’Yves y a brillé, mais souvent parce qu’Yves est nettement plus grand et plus fort que les autres – Il y a eu des choses très drôles. Un peu plus tard les garçons sont allés à la baignade dans la Sèvre et un affluent qui permet aux moins bons nageurs d’avoir pied… Sommes partis peu après, non sans avoir vu les feux s’allumer dans les quatre patrouilles et les préparatifs du dîner. Nous y retournerons mercredi soir pour chercher Yves, afin qu’il ait une nuit dans son lit et un bain – de baignoire – avant son départ en Allemagne, mais ces chefs regrettent le départ du C.P. avant la fin du camp. Les garçons nous ont raconté bien des choses : le jeu de nuit, les explorations de patrouilles, tout cela est bien passionnant (moi, j’ai joué toute la journée avec des petites Barbier d’à peu près mon âge) ; Sommes donc partis vers 6 heures, afin de passer quelques instants aux Lucs pour la fin de la kermesse, ceci étant tout de même mieux pour Jacques, et sommes arrivés ici assez tard pour dîner, Marie nous attendait quand même, et le repas a été vite expédié. Je ne vais pas tarder à me lever maintenant, mais laisserai Anne dormir et de reposer. Samedi rien de bien nouveau. Avons tout de même eu une carte des filles, de Florence, elles ont l’air ravies, disent que partout elles sont bien accueillies et bien logées, qu’elles parlent italien à qui mieux mieux et s’interpellent dans toutes les langues, ont-elles rencontré des jeunes filles d’autres pays ou ont-elles reçu le « don des langues » comme les apôtres ? Dans l’après-midi suis allée chez Mme Lucas et ensuite chez Maman.

Jeudi matin 27 juillet

Yves part ce soir en Allemagne, espérons que les événements internationaux, lesquels ne sont pas des plus rassurants, ne l’obligeront pas à abréger son séjour, mais il y va en principe pour un mois, et nous reviendra fin août, au moment où Jean viendra lui-même en permission. Le garçon est très content de ce voyage qui lui fera voir des tas de choses nouvelles, et lui servira aussi pour son allemand, du moins je l’espère. En attendant, sommes allés le chercher hier soir à son camp, et y avons passé la veillée ; Il faisait un temps délicieux ; sommes partis d’ici après dîner, sans nous presser et sommes arrivés là-bas comme ils étaient à table ; la patrouille de Pierre commençait tout juste à dîner. Nous avons retrouvé là-bas les Gaillard, et, en attendant l’heure du feu de camp, nous sommes assis sur le coteau et avons regardé venir le soir, tout en évoquant les souvenirs d’Italie. Le feu de camp a été très bien… Les garçons ont fait des rondes autour du feu, chanté, donné différents numéros, et enfin il y a eu le mot de l’aumônier, parlant de la journée passée, de celle du lendemain, puis l’examen de conscience et la prière du soir. Il faisait bon dans la campagne paisible, si recueillie. Tous les garçons sont passés dire au revoir à Yves, puis lui-même a pris congé de ses chefs, je suis sûre qu’il avait le cœur un peu gros de laisser ainsi sa patrouille avant la fin du camp, car il a pris sa tâche très à cœur. Le retour a été une délicieuse promenade au clair de lune ; nous avons bien causé Jacques et moi avec notre grand garçon et causé encore avec lui pendant qu’il se restaurait de pain, de saucisson et de fruits. Il était à peu près 11 heures et demie quand nous sommes rentrés… Aujourd’hui le départ d’Yves à préparer, demain, les bagages pour Les Sables, nous y partons demain soir – j’aurais préféré avoir ma fin de semaine pour me reposer et régler bien des choses, seulement, c’est samedi al grande marée et Jacques serait content d’aller à la pêche. Je ne sais pas très bien comment nous récupérerons les filles, Pierre viendra directement samedi soir aux Sables. Lundi, rien de bien nouveau, suis allée chez Maman où j’ai vu Françoise. Mardi, suis allée avec les Boyer à l’enterrement d’une sœur de M. le Curé, à Bazoges-en-Pareds, et cela nous a pris exactement toute la journée. En allant, fait quelques courses à la Roche. Après l’enterrement, déjeuné en pique-nique, j’ai encore fait un repas de fruits, pêches et prunes cette fois-ci, et nous nous sommes arrêtés longuement à La Chaize où les Boyer devaient faire deux visites – ils n’en ont d’ailleurs fait qu’une, mais elle a duré de 3 heures à 6 heures et demie – pendant ce temps, suis allée visiter l’église, qui est ancienne et assez intéressante, malgré un chœur très défiguré et un autel affreux, suis entrée un moment chez les Barbier et allée chez les Dézamy prendre des nouvelles d’Hubert, qui paraît maintenant aussi bien que possible. Travaillé ensuite dans l’auto en attendant. Un peu fatiguée le soir de cette journée, où pourtant je n’avais pas eu grand-chose à faire.

Dimanche 31 juillet – de la plage

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 31 juillet 1950 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Sommes installés ici depuis vendredi soir. A vrai dire après le départ d’Yves, jeudi soir, je n’aurais pas été fâchée d’avoir à la maison un ou deux jours de calme, mais Jacques préférait s’installer ici sans tarder parce que la grande marée lui donnait la possibilité de pêcher et que ces quelques heures au grand air, dans les rochers, sont pour lui une si agréable détente. Enfin tout s’est arrangé et je suis arrivée, non sans un peu de lassitude le soir à tout arranger dans ma journée de vendredi. Yves est donc parti jeudi soir, en très grand garçon, avec beaucoup de plaisir, mêlé à un certain regret de s’éloigner de nous et d’aller vers l’inconnu. Il doit être arrivé et installé, bien content je l’espère, seulement le voyage aura été fatigant : deux nuits de chemin de fer, encadrant une journée passée en courses à Paris, et ceci alors qu’il est déjà fatigué par le camp, qui, pour les CP, a été extrêmement intéressant, mais assez dur, avec pour eux, pas mal de responsabilités et un véritable travail. J’ai hâte d’avoir des nouvelles, et mon petit Von me manque bien ici, je crois le voir à chaque instant. Pierre est arrivé hier soir, superbement bronzé… et crasseux. Il a bien dormi dans son lit et, après avoir accompagné son Papa à la messe de 7 heures, il est parti avec lui à Cayola. Demain, il commencera à Merveilleux du Vigneau ses cours de vacances. Quant aux filles, elles devraient être à 10 heures ce soir à Niort ; je ne sais pas si elles ont couché à Niort ou à Fontenay, mais elles viennent de téléphoner chez Rocheteau qu’elles seraient vers 5 heurs à la gare de La Roche. Jacques ira les chercher et les mènera au Poiré chercher différentes choses, et la ramènera ici soit ce soir, soit demain matin. Nous allons entendre avec plaisir leurs récits de voyage. Pour moi, j’ai donc eu vendredi une journée assez remplie, j’ai pu cependant entendre mes jambes un moment après avoir tout préparé, puis Jacques étant arrivé de La Roche, nous avons tout chargé, dîné en vitesse et venus ici aussitôt après. Avons déchargé et couché Anne et rangé le plus gros des bagages ; Hier matin, Jacques est allé à la pêche ; Anne et Thérèse aussi. Suis sortie faire différentes courses, chez Rocheteau pour une commande d’épicerie, au collège pour les cours de vacances de Pierre, à la pharmacie où j’ai tout de même eu la promesse de lait déchloruré pour mon traitement. Préparé le déjeuner en attendant qu’ils arrivent, Jacques avait fait une bonne pêche et était content de ce petit coin de Cayola. Sommes allés ensuite sur la plage où il faisait bien bon. Ce matin, messe à 8 heures avec Anne - ce n’est pas trop commode pour prier - commencé à écrire sur la plage où la matinée était délicieuse, infiniment agréable et reposante, n’ai pas fini d’écrire mon stylo étant à sec. Anne est sage ; elle lit « Un bon petit diable ». Jacques se repose. Pierre vient de partir sur le port. D’ici une demi-heure nous repartirons sur la plage jusqu’à ce soir.

Mercredi 2 août

Je viens d’écrire à Jacques, après déjeuner ; vais me reposer un peu, puis irai cet après-midi voir Mlle Chalard. Après quelques averses cette nuit, et une matinée de grand vent, il ne fera peut-être pas mauvais à la plage. Jacques et les filles sont arrivés dimanche vers 10 heures, je venais de me coucher, ne comptant plus sur eux. Depuis, parlons beaucoup de Rome, de l’Italie, de toutes choses qui font tant de plaisir à rappeler. Deux journées sur la plage, je suis allée à la messe et fait le marché en rentrant, puis ai eu quelques bons moments de repos. Nous avons eu la grande marée, et regretté l’espace que nous avions dans notre coin de plage. Les enfants ont sorti le canoë ; Jacquie était un peu craintive au début, mais après cela a marché à merveille. Geneviève a fait sa première sortie en mer hier. Les Denis sont arrivés hier soir, il paraît que les Clérault arrivent demain. La mer est souvent bien belle, mais il ne fait pas trop regarder les gens qui grouillent sur le sable.

Dimanche matin 6 août – 8 heures

Jacques vient de sortir l’auto pour emmener grand-mère à la messe ainsi que Tante Canette et peut-être une partie des enfants. Je reste au lit pour me reposer davantage les jambes. Je me lèverai vers 9 heures et irai à la grand-messe. Je me repose parce qu’il a été ordonné de me reposer, mais je me trouve ces temps ci tellement mieux, tellement moins lasse, que je trouve cela merveilleux. La cure de Brides a été vraiment une réussite. Tout va bien sauf quelques petites choses. Geneviève a eu à la fesse un furoncle qui sans être gros l’a bien gêné jusqu’à hier, et empêché de se baigner et de faire du canoë. Jacquie a trouvé moyen de s’érafler la cuisse, et elle a une belle estafilade, peu profonde mais très gênante ; quant à moi, à la suite d’une piqûre d’insecte au poignet, il m’est venu toute une plaque de boutons qu’il a fallu soigner…. Il fait très beau depuis deux jours ; le temps à l’air remis ; espérons que cela tiendra aujourd’hui, car il y a grande fête, inauguration des travaux du Remblai, inauguration de l’Hôtel de Ville et fête des fleurs. Jacques est invité à toutes ces réjouissances y compris au banquet et je crois que nous déjeunerons sans lui, nous verrons défiler le cortège et emmèneront Maman et Anne voir le Remblai illuminé. De bonnes nouvelles des absents, Jean nous a écrit qu’il est à 15 km au sud de Modane, à 2000 mètres d’altitude, ce qui doit tout de même lui procurer une certaine fraîcheur ; ils partagent leur temps entre tirs et marches en montagne. Hier, une lettre d’Yves, qui ne s’est pas beaucoup pressé à écrire, et qui de plus oublie de donner son adresse, il était un peu fatigué après deux nuits dans le train et une journée à trotter à Paris, aussi il est resté au lit toute la journée de samedi, et maintenant cela va, seulement il n’est pas enthousiasmé par l’étude de l’allemand, espérons cependant qu’il y fera de réels progrès. Il nous parle un peu du camp, des environs, enfin une bonne petite lettre, bien mal écrite. Jacqueline est arrivée jeudi ; Maman avec Jacques, hier soir. Jean Granger viendra le samedi 12. Les Denis sont arrivés le 1er août, Denise et Jean Clérault le 4, si bien qu’il y a sur la plage une bonne petite bande….

Le Poiré, mercredi 9 août – 2 heures

Me suis décidée à venir ici hier matin avec Jacques, j’avais une robe qui n’allait pas, et que je voulais faire voir à Marthe Fournier ; de plus je n’étais pas fâchée de passer deux jours de plus avec Jacques. Dans nos vacances aux Sables, c’est toujours lui qui est sacrifié, et je me rends compte que ces repas solitaires, ces journées et surtout ces soirées dans la maison vide ne sont pas bien drôles pour lui. Maintenant que les filles seront toujours auprès de nous, elles pourront bien, chacune à leur tour, sacrifier quelques jours de vacances à leur Papa. Je ne demanderais pas mieux que d’en prendre aussi ma part ; d’ailleurs nous serons peut-être obligés d’en venir là d’ici peu, si Marie, comme elle a l’air de le dire, ne veut plus venir ici bien longtemps. D’ailleurs, il est pour moi très reposant de me trouver seule un peu dans la maison, seulement je ne voudrais pas que cela dure toujours. Sommes arrivés Jacques et moi pour déjeuner ; quelques courses aussitôt après, puis passé mon après-midi à écrire, à tricoter ; organisé le début d’un chandail pour Yves ; après dîner, suis allée dire mon chapelet dans le jardin où j’ai retrouvé avec joie les étoiles familières. Ce matin, assisté à la messe, puis Jacques et moi sommes allés chez Gauvrit où l’on battait. Un peu partout, dans la campagne, on entend le ronronnement des batteuses. Assisté ensuite à la messe de mariage de Germaine Bretaudeau. Nous venons de déjeuner, je vais tricoter un moment, aller chez Marthe, et partirai à 6 heures avec quelques provisions. J’aurai un car à 7 heures et serai à 8 heures aux Sables. Dimanche, très beau temps pour la fête des fleurs, le Remblai était tout décoré de filets à sardines fleuris. Suis allée à la grand-messe puis déjeuné sans Jacques qui assistait avec les autorités au banquet d’inauguration. Le défilé des chars était très réussi. Sommes allés ensuite un peu sur la plage, puis sortis tous, le soir, sur le Remblai, même Grand-mère et Anne, avons assisté au défilé des chars illuminés, et à l’illumination du Remblai. Lundi sur la plage, par beau temps ; Pierre est allé à la pêche avec son papa, il était ravi d’apporter quelques poissons et une anguille.

Dimanche matin 13 août

Vingt et unième anniversaire de Jacquie… Nous allons fêter gaiement ce souvenir à midi, avec Jacques ainsi que Jean Granger, arrivé hier soir. Pour le moment Jacques vient de partir à la messe de 7 heures avec Pierre, car il y a grande marée et tous les deux ainsi que Tante Canette seront contents d’en profiter et d’aller pêcher quelques crevettes. Jacquie ira à la messe de 8 heures avec Anne. Geneviève et moi irons à la grand-messe car elle a son massage à 8 heures et demie et cela ne lui disait rien de se lever plus tôt. Pour moi, je me repose un moment, mais ne resterai pas au lit très longtemps, car il y a pas mal de fruits, apportés hier soir, et je veux vérifier et descendre à la cave avant la messe. A part cela, ces journées des 13 et 15 août ne seront pas pour moi aussi bousculées que l’année dernière, alors que je ne savais pas où donner de la tête. Il est vrai que je suis cette année infiniment bien portante. Fait mercredi soir un bon voyage, mais mon sac, bien bourré, était très lourd à traîner jusqu’ici, et j’ai trouvé la route un peu longue. Tout le monde était à table, et les enfants et leur Tante s’apprêtaient à partir au cinéma. Thérèse est sortie un peu avec Anne, et j’ai pu me coucher aussitôt. Jeudi, rien de nouveau. Vendredi après-midi, sur la plage, une assez longue visite d’Armande Brachet, puis de Mme Denis. Hier, suis allée voir Mlle Chalard, mais avant de me rendre chez elle, suis aller à la découverte pour tenter de trouver la maison Lesaffre, route du Château d’Olonne, j’y suis arrivée du premier coup, ce qui m’a permis de passer avec Mme Lesaffre un agréable et reposant moment dans leur jardin un peu « forêt vierge », mais calme et sympathique. La maison est un peu bizarre, mais ils arriveront à en tirer quelque chose de bien. Causé assez longuement avec Mlle Chalard et suis rentrée juste pour dîner. Jeudi soir, une lettre de Jean, qui ne pense pas venir ici en permission avant le 2 septembre. Je ne sais pas comment nous nous arrangerons, et pour la fête de nos Noces d’Argent, et pour que le garçon passe le plus possible de temps ici. Il nous dit trouver la montagne agréable, mais cela ne vaut pas la mer et le canoë. Pas mal de lettres à écrire aujourd’hui, mais rien d’Yves cette semaine.

Mardi matin 15 août – Assomption

Jacques se prépare pour la messe de 9 heures ; la plupart des enfants vont y aller avec lui. Je pense aller à la grand-messe avec Geneviève qui aura son massage à 8 heures et demie. Il fait, dès ce matin, un temps radieux ; sans doute la journée sera-t-elle belle, aussi les autos vont, sans arrêt, défiler devant la maison, à grands coups de Klaxon assourdissant. . Seulement, la marée sera haute cet après-midi, et, avec l’affluence des jours de fête, la plage sera intenable, aussi, irons-nous à la Chaume chercher sur les rochers un peu de solitude, toute relative d’ailleurs, car il y a partout des tentes de camping et c’est une vraie invasion. Dimanche, journée un peu ratée et assez pénible – du moins dans l’après-midi, mais j’étais un peu fatiguée dès le matin – moralement beaucoup plus que physiquement, et avait assez mal prié à la grand-messe. Après le déjeuner, qui s’est d’ailleurs prolongé, écrit quelques lettres, puis il y a eu un malentendu. Jacques est allé se promener sur le port avec Pierre et Anne, après m’avoir fait demander si je voulais y aller moi aussi, la commission ne m’ayant pas été faite, je n’ai pu les rejoindre, et je suis restée une partie de l’après-midi à attendre et à ne rien faire, ce dont j’ai horreur ; enfin, après le retour de Jacques, avons décidé d’aller à la Chaume, et j’ai eu sur les rochers un agréable moment. Seulement, il y a eu ce jour-là à la maison des discussions, des choses pénibles, beaucoup de fatigue avec Anne qui est assez peu obéissante et assez malcommode. Si bien qu’hier matin, j’ai connu un moment d’épuisement nerveux que je n’avais pas eu depuis bien longtemps, et qu’il m’a fallu un moment de solitude sur la plage pour me remettre et recouvrer un peu d’équilibre. Hier après-midi, l’atmosphère a été tout autre, nous sommes allés à Brétignolles faire aux Dorion la visite promise depuis un certain temps déjà ; Nous sommes tombés au moment d’une visite des Feildel – le goûter était prêt et il a fallu y prendre part, accroc au régime – Avons d’ailleurs été reçus à bras ouverts par toute la bande des Dorion, qui mènent d’ailleurs là-bas une vie paisible et même temps que très libre et très gaie ; il y a une importante bande de jeunes, et les mères et tantes n’engendrent pas la mélancolie. Ils ont de l’air, de l’espace, pas trop de voisins gênants, la vue de la mer, et tout cela est bien précieux pour des vacances. Visité la maison que les André Dorion se sont construite – cela fera un chalet de plus et d’autres sont en projet – Sommes allés ensuite à la plage où nous avons retrouvé d’autres parties de la famille ainsi que tous les Gaillard et Odile. Sommes revenus avec Josée Lancelot, qui nous a fait les honneurs de son petit chez elle, qu’elle organise peu à peu ; le rez de chaussée a été refait cette année, et de façon charmante, c’est un petit coin sympathique et le premier étage sera refait l’année prochaine, on ne peut pas tout faire à la fois ! Mais ce doit être agréable de disposer sa maison à sa fantaisie, sans entendre critiquer tous les changements qu’on voudrait faire ! Sommes rentrés assez tard, car nous sommes restés longtemps chez Josée à bavarder, à rire, à évoquer des souvenirs. Après dîner, le petit tour de Remblai habituel, Jacques, les filles et moi. Le ciel était une splendeur.

Jeudi 17 août

Trois jours très très durs. Je devais m’y attendre, il en est de même chaque année…. Si je n’avais pas eu deux moments de solitude, l’un lundi matin sur la plage, l’autre mardi soir à La Chaume, je ne sais pas ce que je serais devenue. Le pire est que, à part Jacques, personne ne comprend rien à cela et se figure que c’est l’air des Sables qui m’énerve… ces jours-ci, je me repose un peu. Il pleut, je ne sais pas ce que nous allons faire cet après-midi.

Dimanche matin 20 août

Aujourd’hui la fête de notre petit Bernard s’il était parmi nous – au fond, il y est bien que nous ne le voyions pas – nous lui offririons pour la dixième fois des fleurs et nos voeux… Après quelques jours de temps douteux, je crois que nous aurons une belle journée aujourd’hui. Jacques est revenu hier soir, amenant Maman, en même temps qu’un chargement de provisions, comme d’habitude. Je voudrais aller au Poiré de mardi soir à jeudi soir, cela couperait la semaine, et permettrait au pauvre papa abandonné de se trouver moins seul. Jeudi après-midi, suis allée à la bibliothèque avec les enfants, puis fait quelques courses au retour, Pierre, Geneviève, Nicole et les deux petits étaient là, nous avons goûté, puis Mme Denis et Paul sont venus. Finalement le temps s’est éclairci, les enfants ont pu sortir un peu. Le soir, sommes sortis, comme d’habitude. La mer, poussée par le vent, était montée ce jour-là bien plus haut que le jour de la grande marée. Vendredi, temps moins froid, soleil meilleur, sommes allés à la plage…. Hier après-midi, pour m’amuser, suis allée prendre part à un concours de tricot au Casino – suis arrivée à faire 120 rangs en 1 heure, mais la gagnante en a fait 163 - Une lettre d’Yves tout de même vendredi, il a mis le temps ! ne voyant jamais rien venir, je luis avais écrit jeudi. Nous allons maintenant parler de son retour, pour la semaine après el 27 sans doute. Ce sera bien bon de le voir là. Bien des soucis avec les enfants, Pierre est coléreux (ah les colère de Pierre, une fois il tenait tête à papa pendant le déjeuner, Papa l’a envoyé au sous-sol, et Pierre a trouvé moyen de sortir dans la rue, et de sonner à la porte d’entrée, tout sourire !), les filles pas commodes à manier, quant à Anne, mieux vaut ne pas en parler ! (je crois qu’à l’époque, j’avais décidé de déjeuner assise sur la fenêtre de la cuisine, ne mangeant que du pain et du jambon, on m’appelait jambonnette)

Le Poiré, jeudi 24 août

Ici pour 2 jours – arrivée mardi soir et repars ce soir – Jacques a besoin de moi, et il est content que je soie un peu ici, mais je ne peux rester longtemps, car je suis utile aussi aux Sables. Peut-être reviendrai-je la semaine prochaine, je ne sais. Tout cela est un peu compliqué. Pour moi, c’est infiniment reposant d’être ici et j’y trouve des tas de choses à faire. Marie n’est pas très bien ; cela m’ennuie, si elle ne peut venir, de laisser Jacques seul ; il faudra qu’une prochaine année nous arrangions autre chose. Deux lettres des garçons ce matin, mais ni l’un ni l’autre ne disent la date de leur arrivée. Je suppose qu’Yves nous arrivera à la semaine prochaine, mais Jean ne viendra pas avant le 5 septembre, si bien que nous devrons sans doute retourner aux Sables après le 12 pour qu’il profite un peu de la plage et du canoë. Cela ne s’arrange pas très bien ! et pourvu encore que les événements extérieurs ne chambardent pas tout cela !

Les Sables, dimanche 27 août

Jacques et Pierre sont à la messe de 7 heures, dans l’espoir d’aller à la pêche ensuite. Les filles dorment, je vais les réveiller tout à l’heure pour qu’elles aillent à la messe de 9 heures. Pour moi, j’irai à la grand-messe, cela me fera du bien d’avoir les jambes allongées ce matin… il me faudra me lever pour ranger dans le sous-sol, les fruits et légumes apportés par Jacques hier soir. Bien des choses à raconter ce matin. Dimanche allée à la grand-messe comme d’habitude, et écrit à Yves ensuite. L’après-midi, Jacques et moi, sommes allés jusqu’à Sainte Foy où Jacques désirait voir la sœur de M. le Curé, qui fut pour lui « Clémence » servant chez ses grands parents Bouliau quand il était petit. C’est un tout petit bourg – 624 paroissiens – Nous y sommes arrivés pendant les Vêpres, et les rues désertes faisaient un contraste avec l’animation des Sables le même jour. Assisté aux Vêpres, puis vu assez longuement M. le Curé et sa sœur, Clémence a été heureuse de revoir Jacques, d’évoquer de vieux souvenirs, de se faire donner des nouvelles de tous. Avec M. Le Curé Pontoreau, nous avons parlé de la paroisse, de ses difficultés et de ses soucis et des problèmes qu’il a pu avoir dans ses autres paroisses ; parlé aussi du maréchal Pétain, quand il était curé-doyen à l’Ile d’Yeu. Il nous a donné des détails très intéressants sur les rapports qu’il a eu avec le Maréchal, sur la façon dont il était installé, et traité, sur bien des choses qu’on ne comprend pas quand on les lit dans les journées. Ici nous avions un témoin qui avait réellement vu, et racontait ce qu’il avait vu. Revenus ensuite aux Sables ; il faisait un temps superbe et la plage était noire de monde. Passé un moment à la maison où Maman recevait Mme Gallet et sa cousine, puis fini l’après-midi sur la plage où il faisait bien bon. Lundi ne suis pas sortie ou guère sortie, je ne sais plus ; il y avait eu de l’orage dans la nuit et le temps n’était pas très remis. L’après-midi, sommes allés avec les filles voir les Lesaffre dans leur domaine de la rue Printanière. Passé un agréable moment à causer dans ce jardin qui est encore un peu « forêt vierge », mais sera charmant un jour. Jacques est parti ce soir-là après dîner. Mardi matin, massage, puis un moment sur la plage où il faisait bon. L’après-midi ne suis pas sortie, fait mes préparatifs, et pris à la gare routière le car de 5 heures 25, Jacques était à La Roche et nous avons été vite rendus chez nous. Passé de la sorte deux jours au calme, ce qui m’a fait infiniment de bien. Mercredi, vu pas mal de choses ; rangé du linge, écrit. L’après-midi, sommes allés, Jacques et moi, à l’Hermière où l’on battait, puis fait quelques courses le soir. Jeudi, le marché, fait quelques courses encore, puis la journée a été bien employée jusqu’à l’heure du départ. Suis allée à 6 heures prendre le car, mais le car étant en panne, a été remplacé par une 4 CV Renault ! Heureusement qu’il n’y avait pas foule, jusqu’à Mouilleron nous étions 6 grandes personnes et 2 enfants. Pris ensuite le direct pour ici. Jacquie était à la gare, et n’ai pas eu de peine cette fois-ci, seulement nous avons dîné toutes deux en vitesse, car les enfants désiraient assister à une conférence organisée par les « Amitiés sablaises ». Cette conférence sur la Vendée touristique, était donné par Pierre Gaudin, maire de Saint Martin de Brem, et destiné surtout aux estivants, mais la salle était loin d’être pleine et il y avait beaucoup de vendéens, aussi, pour nous, cela n’a pas été d’un intérêt passionnant, car nous avions déjà lu et relu toutes ces choses dans les livres de Jean Yole, de Louis Chaigne et autres. Il devait avoir des chansons vendéennes données par Mme Gauvreau, mais elle n’a pu venir et, nous avons eu à la place une causerie de M. Rousseau, député maire, sur la pêche en Vendée. C’était assez intéressant, mais j’avais très sommeil, d’autant plus que nous nous étions déjà couché tard mercredi soir, Jacques et moi, ayant assisté – j’allais oublié de le dire – à une représentation des Cosaques, au terrain de sport, c’était la troisième représentation de ce genre que je voyais, et j’ai trouvé que, d’une fois à l’autre, l’intérêt allait s’amenuisant. Il n’y avait que 5 chevaux, assez beaux il est vrai ; les cosaques n’étaient pas nombreux, et il y avait parmi eux deux enfants et leurs acrobaties étaient de moins en moins spectaculaires. Drame de ces Russes exilés en France depuis l’autre guerre ; peut-être y a-t-il chez eux des choses bien poignantes – Cela m’a fait penser aux beaux livres de Troyat, spécialement au dernier « Etrangers sur la terre » que j’ai terminé à Brides. Vendredi, nous avions un goûter offert par Jacquie à ses amies en l’honneur de ses 21 ans – passés de quelques jours – cela nous a donné un peu de travail. Il y avait 3 plats de canapés de pain de mie, garnis diversement de crevettes, champignons émincés, œufs durs, salade, radis, mayonnaise, carottes râpées, etc… Il y avait ensuite des tartes aux poires, confectionnées par Jacquie et une bonne glace. Jacquie avait invité Hélène, les deux Plessy, Denise, Annie Groleau et les Lesaffre. Suis allée ensuite retrouver Pierre et Anne sur la plage ; la mer était bien belle et j’ai eu un exquis moment de solitude. Hier matin, pluie, mais, un moment après il faisait beau et je suis allée avec Pierre et Anne sur la plage où Geneviève nous a rejoints – Jacquie avait mal à la gorge et n’est pas sortie, cela a l’air d’aller mieux - . L’après-midi, suis allée voir Mlle Chalard, puis me confesser à Saint Pierre, parce que j’en étais tout près et que j’avais peur de ne pas arriver à Notre Dame assez tôt. Ai trouvé un confesseur très bon et compréhensif. Cela m’a fait vraiment beaucoup de bien. Jacques est arrivé hier soir.

Mercredi matin 30 août

Une bien bonne journée dimanche, le matin, la grand-messe, comme de coutume, et un peu de repos ensuite. Après déjeuner, passé un moment à causer dans la salle à manger, puis, pensant que la plage, avec l’approche de la grande marée et l’affluence du dimanche, serait encombrée et désagréable, nous nous sommes décidés à aller, en auto, à la plage d’Olonne. Passé là un très agréable après-midi ; la mer était splendide, les vagues formidables comme toujours. Passé plusieurs bonnes heures, sans voisins ennuyeux, à regarder la mer…. Jacques est allé faire une bonne promenade le long de la côte avec Pierre et Anne. Sommes rentrés pour dîner. Le soir, promenade habituelle sur le Remblai. Lundi, temps assez maussade, Jacques est allé à la pêche le matin avec Jacquie, il n’ à peu près rien pris, et, voyant le temps douteux, il s’est décidé à partir après déjeuner au lieu de rester ici quelques jours comme il l’avait projeté. Sommes allés à la plage, mais rentrés plus tôt que d’habitude, car il faisait froid et la mer, étant très haute, ne nous laissait guère de place. Hier, il faisait meilleur, surtout moins de vent, aussi, malgré la grande marée, la mer est montée moins haut que la veille. Les enfants ont pu faire du canoë, mais il paraît que les vagues étaient encore fortes. Le soir, en nous promenant, quelques clairs de lune délicieux, et il fait bon, après une journée un peu fraîche, marcher rapidement jusqu’au Phare Rouge. Je ne sais quand Jacques reviendra, peut-être pas avant samedi soir. Pas de lettre d’Yves cette semaine ; je ne sais pas quand il nous arrivera. Je voudrais bien aussi que Jean nous fixe sur sa permission.

Dimanche matin 3 septembre

Mercredi soir, une carte d’Yves nous annonçant son arrivée pour vendredi, mais sans préciser l’heure ; Nous sommes donc allés, les enfants et moi, à l’arrivée du train de Paris un peu au hasard, et avons eu la joie de voir arriver le garçon frais et dispos, bien qu’il ait été debout de Paris aux Sables, ce qui est un peu long. Nous avons bien causé dans le trajet du retour et après. J’ai défait sa valise et il a été heureux de reprendre contact avec la plage. Hier matin, je descendais, un peu avant le petit déjeuner, quand je vois une valise dans le couloir, dans la cuisine, une silhouette masculine, c’était Jean qui venait de débarquer, certain que nous le recevrions avec joie ; seulement il est obligé de repartir mardi soir, mais pour revenir dimanche matin, cette fois pour une dizaine de jours, si bien qu’il sera au Poiré pour le 12, et c’est pour nous le principal. Seulement, il aurait été heureux d’avoir quelques bonnes journées ici, et ce matin, il pleut, pas beaucoup il est vrai, mais suffisamment pour que ce soit désagréable ; d’ailleurs le temps n’est pas merveilleux tous ces jours-ci. Jeudi, temps menaçant toute la journée ; sommes allés à la plage le matin et l’après-midi à la bibliothèque, mais ne sommes pas sortis ensuite tant le temps était menaçant, et le soir, il est venu quelques averses réellement violentes ; la porte de la chambre des garçons étant restée ouverte, et le vent venant du nord, la pluie avait inondé une bonne moitié de la chambre, y compris le pied du lit de Pierre. Il faisait tellement mauvais que nous n’avons pas fait notre tour habituel de Remblai. Vendredi matin, temps encore douteux, cependant je suis allée sur la plage avec Anne ; en me mettant tout près des tentes, on était à l’abri du vent, et il est arrivé quelques belles éclaircies où le soleil était vraiment agréable, mais l’après-midi un temps bizarre. Du soleil, malgré une légère brume, mais un soleil froid, dont on ne sentait pas les rayons et un vent glacial. Nous sommes rentrés de bonne heure. Hier, il faisait meilleur, malgré un peu trop de vent. Les enfants ont joué au volley avec un ballon offert par grand-mère et choisi par les garçons hier matin ; ils se sont baignés – l’eau était froide – ils ont fait du canoë et Jean était content de retrouver tout cela. Jacques est arrivé pour dîner avec une abondance de fruits et de légumes comme chaque semaine, ce qui est bien précieux pour soulager la tâche de celles qui doivent faire le marché, et permet à mon porte-monnaie de se vider un peu moins vite, il se vide quand même bien rapidement ! Avons fait hier soir notre tour de Remblai habituel. Ce matin, me suis reposée un peu, puis assisté à la grand-messe… me suis attardée un peu à l’église pour assister à un baptême, je n’en avais pas encore vu célébrer en français et c’est vraiment très émouvant. « Jean-Pierre » a été très sage, ce n’était d’ailleurs pas un nouveau-né, mais un beau bébé de quelques mois. J’ai toujours regretté de n’avoir pu assister au baptême de mes enfants, mais il valait mieux ne pas attendre pour en faire des chrétiens.

Le Poiré lundi 11 – 6 heures et demie du matin

Plus d’une semaine sans écrire, faute de temps, et je vais avoir quelques jours tellement bousculés que je m’installe ce matin à écrire dans mon lit, car je n’aurai pas une minute à moi aujourd’hui. C’est demain que nous fêtons nos noces d’argent, mais cette journée, qui aurait pu être pour nous si joyeuse, si heureuse, avec tous nos enfants autour de nous, puisque le petit Bernard ne nous quitte pas, sera pour nous bien gâchée par l’absence de Jean. Jusqu’à sa medi soir, nous avons espéré le voir arriver hier matin et le pauvre chéri a dû espérer jusqu’au dernier moment, puisque sa dépêche est partie à 4 heures, alors qu’il aurait dû prendre le train de 6 heures. Cela nous fait, à Jacques et à moi, une immense peine, d’autant plus grande que le pauvre chéri, après avoir tant espéré être avec nous ce jour-là, va se trouver tout seul à Lyon et en souffrira aussi beaucoup. Que la volonté de Dieu soit faite, mais c’est bien dur. Le dimanche précédent, nous avions passé une bien bonne journée avec eux tous, malgré un temps plutôt douteux. Le déjeuner avait été gai, agrémenté d’une bonne glace offerte par Grand-mère et d’une bonne tasse de café. Les enfants sont sortis ensuite, et je suis allé au cinéma avec Anne – j’avais promis de luis faire voir « Jeanne d’Arc », et elle a été ravie, bien que certaines choses lui aient échappé – Le soir, les garçons sont allés au cinéma avec Paul Denis. J’étais si heureuse et si fière de voir ainsi mes trois garçons ensemble. Lundi matin, quelques courses. Sommes partis après déjeuner, Maman, Jacques et moi, il pleuvait un peu et c’était déjà l’automne. Le mardi, assisté au mariage Bernard-Brethomé. La messe le matin, et le soir dîner et bal. Entre temps étais allée chez Maman et avais fait pas mal de choses ici. Le dîner était bien, animé par Armand, qui était garçon d’honneur, et mettait pas mal d’entrain. Le bal était gai et le tout d’une très bonne tenue. Le mercredi pas mal de choses à faire le matin. Sommes partis après déjeuner Jacques et moi ; fait quelques courses, puis me suis assise, pour tricoter dans le jardin, près de la gare. Mon train était à 6 heures 5 et j’étais aux Sables un peu avant 7 heures, ce qui m’a permis d’être à la maison avant dîner. Sommes sortis ensuite, comme d’habitude. Les jours suivants, pas mal de travail. Thérèse n’étant pas là, c’est forcément moi qui faisait la plus grande partie du travail ; les filles sont loin de se rendre compte de tout ce qu’il y a à faire. Pierre, rend, quelques services, par moments, mais Yves met une douce obstination à ne rien faire et Anne n’est pas toujours bien commode. Alors, il fallait faire le ménage du rez-de-chaussée, la cuisine, la vaisselle, l’épluchage des légumes ; J’ai pu avoir tout de même 3 quarts d’heure sur la plage le vendredi matin, et deux heures chaque après-midi, mais je n’ai pas du tout pu avoir du repos avec les jambes allongées. Cependant, malgré la journée d’hier, laquelle a été assez fatigante, avec du ménage, la grand-messe, la préparation des repas et les bagages à faire dans l’après-midi, je ne suis pas trop lasse et prête à faire face au travail d’aujourd’hui. Si je suis restée allongée ce matin, c’est surtout par précaution, et cela me fait tout de même du bien. Arrivés hier soir pour dîner, je suis allée tout de suite voir Maman, puis j’ai défait le plus gros des bagages, il n’y avait que quelques petites choses à mettre en ordre ce matin. Les enfants quittent Les Sables après déjeuner, ils seront là vers quatre heures et demie. Armand et Suzanne passeront ensuite et nous laisseront Michel. Le Curé de Barbâtre doit arriver pour dîner. Les Granger arriveront vers midi avec leur Tante Marcelle et leur nièce Jehannette ; et je voudrais bien faire pas mal de choses aujourd’hui, pour en faire moins demain. Si seulement les choses pouvaient s’arranger, et Jean nous arriver !

Mardi soir 12 septembre

Voilà donc passé la journée de nos Noces d’argent, cette journée dont nous avions parlé depuis si longtemps, et dont nous nous promettions tant de joie, et, s’il y a eu beaucoup de bonheur pour nous à être trous les deux, Jacques et moi, et à célébrer cette fête, il y a eu aussi la grande peine de ne pas avoir Jean, et je suis sûre que el grand chéri a bien souffert lui aussi, lui qui a tout combiné pour que cet anniversaire de mariage nous apporte une belle surprise. Il avait tout combiné, avec ses frères et sœurs pour nous offrir un superbe cadeau ! un bon poste de radio avec pick-up et disques, et pour cela, au cours des quatre jours qu’il a passé aux Sables, il a couru avec les filles et Yves les électriciens et les marchands de disques, afin de nous trouver quelque chose de bien, et quand il est parti, le mardi soir, tout était arrangé, de sorte que, ayant reçu le lendemain matin une lettre contenant les dernières instructions, Jacquie et les autres sont allés chercher le poste choisi et quelques disques qu’ils ont fini par découvrir, et les apporter par le car, ce qui a demandé l’aide, jusqu’à la gare, de toute une partie de la famille Denis – d’autant plus qu’ils avaient à transporter les langoustes pour le déjeuner d’aujourd’hui - En arrivant au car, ils sont allés tout cacher chez Grand-mère, et, ce matin, nous ayant ordonné de ne pas passer devant le bureau, ils ont fait l’installation – et comme je revenais d’une messe de mariage, où d’ailleurs Jacques et moi étions arrivés en retard – j’ai eu la surprise d’être accueillie par les accents de « Mes jeunes années » et de voir le superbe cadeau de nos enfants. Jacques a eu, un peu plus tard, une surprise analogue et, au cours de la journée, ainsi que ce soir, nous avons eu le plaisir d’entendre quelques disques, d’ailleurs bien choisis. Il paraît que d’autres doivent venir de Lyon, mais quel regret que le grand chéri n’ait pu être là lui aussi ! D’après la lettre reçue par Yves, peut-être doit-il partir ces jours-ci pour Paris pour y faire un stage, et nous ne savons pas quand il nous viendra. Hier matin, une autre dépêche – j’ai bondi – c’était le cousin curé qui se décommandait, nous aurons sans doute demain une lettre explicative, mais, comme deux ne vont jamais sans trois, Jean Granger n’a pu déjeuner avec nous aujourd’hui, il est souffrant depuis dimanche et a dû faire effort pour amener ses trois dames, il n’a pu dormir cette nuit et a dû rester couché toute la journée avec l’estomac fatigué, le foie sans doute aussi et une certaine difficulté pour respirer. Nous sommes allés le voir ce soir ; il était mieux mais bien privé lui aussi ! Pour reprendre la journée au commencement, nous avons d’abord eu la messe. M. Le Curé avait tenu à ce que nous n’en soyons pas privés et avait préféré supprimer la première messe. Cela a été un très grand bonheur pour nous. Nous avons pu prier en union avec notre petit Bernard bien aimé, prier, non seulement pour Jean qui est loin, mais pour ceux qui nous entouraient il y a vingt cinq ans et qui ont disparu. Papa, tant d’oncles et tantes, et aussi l’Oncle Pasquier. Yves et Pierre servaient la messe, très dignement d’ailleurs, et tous avons communié, y compris Armande Brachet qui était venue nous assister. Reçu une bien gentille carte de Tante Abel et des Mignen ainsi qu’une lettre de la Tante Bled. Matinée bien remplie ; enfin tout a été réussi et tout s’est bien passé. L’après-midi a été bien agréable en famille, Mère, Madeleine et Michel sont partis vers 6 heures. Demain le mariage d’Armand Orsonneau, nous allons au déjeuner, puis emmènerons peut-être Mlle Marcelle Granger aux Sables, rejoindre les enfants qui y seront par le car depuis le matin. Je ne sais quand nous y retournerons, cela dépend de Jean. Hier, une journée très remplie ; le dîner d’hier soir à préparer, un lièvre à cuisiner - deux terrines et un civet – les ris de veau à faire cuire, les fonds d’artichauts à préparer, la crème pour al glace à faire, Armand et Suzanne à recevoir. Reçu aussi des fleurs dans des vases ravissants. Malgré tout cela ne suis pas lasse ce soir.

Dimanche matin 17 septembre

Beaucoup à écrire aujourd’hui, quelques lettres, des choses en retard. Si j’avais un peu de temps cet après-midi, je rangerais mon secrétaire qui en a besoin… dans quinze jours nous reprenons les réunions de la Ligue, et, depuis plus de 5 mois que je ne me suis occupée de rien, cela va être pour moi un certain travail. Nous avons à déjeuner Maman et Tante Jeanne, je suppose qu’elles resteront ici une partie de l’après-midi, bien qu’elles retournent dîner chez Maman. Après dîner, irons voir au cinéma « Le sorcier du ciel ». Bien des choses ces jours-ci, je suis plongée dans la révision et la réfection des trousseaux des garçons en vue de la rentrée. On s’attaquera à celui des filles ensuite. Cela est moins considérable que je ne l’avais craint d’abord, parce que j’ai récupéré deux anciens costumes de Jean, mis au rencart parce qu’il ne peut plus les porter, après quelques petites retouches chez Bourasseau, le costume bleu pourra faire les dimanches d’Yves et le costume marron être porté tous les jours. Les vêtements d’Yves iront à Pierre. Seulement, il faut faire des pyjamas neufs à Yves, lui prévoir quelques chemises, et, si il n’y a guère de chaussettes à réparer, j’ai un chandail blanc à lui remettre à neuf en refaisant le haut et les manches, et pour le chandail vert, lui refaire complètement. Pierre est à peu près monté. Je me suis mise à tout cela dès jeudi, et il faut me presser maintenant. Mercredi, ai été prise toute la journée. Le matin, messe de mariage Orsonneau Augizeau, la visite des mariés chez Maman, le déjeuner qui cependant n’a été ni trop tardif, ni trop long. Les enfants étaient partis aux Sables dès le matin, avec Jehannette Granger, emportant pour déjeuner des provisions de la veille et ils ont eu un temps superbe. Après le repas, sommes allés les rejoindre, avec Mlle Marcelle Granger, à qui nous étions contents de montrer Les Sables et les environs ; seulement nous sommes arrivés là-bas vers 5 heures, et il était temps pour les enfants d’aller prendre le car. Avons gardé Jehannette et Jacquie et sommes allés au Puy d’Enfer et à Cayola. Il faisait bien beau, mais la mer, quoi que extraordinairement haute, puisque c’était une des plus fortes marées de l’année, était presque trop calme. En passant à la maison, pris pas mal de choses que nous avions laissées, croyant toujours y revenir, puis sommes allés à La Chaume, le port était extraordinairement lumineux sous le soleil déclinant, qui faisait briller les teintes vives des coques des thoniers, et, vu du brise-lame, la vue sur le Remblai et la plage était splendide. Sommes allés ensuite à la Côte Sauvage, en passant par la forêt et, de la dune, avons assisté à un coucher de soleil merveilleux, tout rose et mauve…. Sommes revenus par Saint-Martin de Brem et Vairé, et arrivés ici un peu avant neuf heures. Jeudi, par contre, très vilain temps, me suis mise au travail et, depuis, je passe de grands moments dans le bureau où les enfants font marcher la Radio presque toute la journée. Il y a des émissions intéressantes, mais certaines sont bien quelconques (Ah ! la famille Duraton !) J’aime encore mieux entendre les disques offerts par les enfants, et qui sont bien choisis et intéressants. Les Granger sont partis jeudi un peu après 5 heures. Jean semblait mieux, sans être remis encore, depuis, pas de nouvelles ; espérons que cela ne va pas plus mal. Après le déjeuner, sommes allés chez Marguerite, Jacques et moi. Vendredi, suis allée chez Mme Dorion, chez Marie-Josèphe Remaud qui a hérité d’une cinquième fille, une petite Marie-Angèle, puis chez Maman. Temps très froid ce jour-là ; je suis rentrée gelée à tel point que je suis montée prendre des bas et sortir une grosse couverture pour mon lit. Hier, moins mauvais temps, le soleil a même paru une partie de la journée et il faisait très calme, seulement, sur les journaux, on nous annonçait l’arrivée d’un cyclone pour hier soir. Nous n’avons rien vu ! Il y a bien eu hier soir un coucher de soleil un peu jaune et nuageux qui pouvait présager du mauvais temps, mais au début de la nuit, le ciel était admirablement calme et étoilé. Vers 1 heure, il y a eu quelques coups de vent, un peu de pluie et c’est tout. Ce matin, le soleil paraît être très brillant… Pas de nouvelles de Jean depuis sa lettre de lundi à ses frères. Nous voudrions bien avoir autre chose, savoir où il est et ce qu’il devient. Quand nous arrivera-t-il ?

Jeudi matin 2

Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : octobre 1950. L’en-tête ne porte que le quantième « 2 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.

Lundi une lettre de Jean, il a passé les journées du 12 et du 13 à Paris, ou plus exactement à Satory pour examiner des nouvelles méthodes d’instruction, maintenant il a du travail à mettre au point et aussi ne nous arrivera-t-il pas avant le 17 octobre sans doute. Ses frères seront rentrés et ce sera bien dommage ; s’il fait beau nous pourrons aller quelques jours aux Sables. Dimanche après-midi, temps relativement beau, sommes allés nous promener sur la route de la Roche, avec Geneviève et Anne, et avons rapporté un bon petit sac de mousserons ; il faisait très bon dans les prés. Beaucoup de travail ces jours-ci, pour la réorganisation des trousseaux des garçons ; suis plongée dans la réfection des chandails pour Yves, seulement, c’est aujourd’hui l’Adoration, et je ne pourrai guère tricoter. Ce sera une bonne journée pour prier… Mardi, sommes allés à Nantes par un bien vilain temps ; pluie presque toute la journée. Il fait froid ; c’est l’automne désormais, et l’hiver viendra vite maintenant.

Lundi soir 25 septembre

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1950-10-02). Texte conservé tel quel.

Une journée très remplie hier, aussi je n’ai pas eu le temps de faire, ainsi que j’en ai l’habitude, ma petite chronique dominicale… J’ai fini aujourd’hui de réparer un chandail à Yves, maintenant j’en répare un pour Pierre, et la rentrée est dans quatre jours. Demain, je ne toucherai certainement pas à une aiguille le matin, peut-être irais-je à l’Atrie remplacer Jacques pour les vendanges – il sera absent à cause du Conseil Général – demain après-midi, je vais à la Roche, il y a réception à la Préfecture et demain soir nous assisterons à une représentation donnée au théâtre par les Compagnons de la Joie. Mercredi et jeudi, il faudra travailler ferme. Hier, une journée charmante, et, de plus, beau temps, ce qui est assez rare cette année. Sommes allés à la première messe et partis un peu après 8 heures et demi. Il ne faisait pas chaud, mais le soleil s’est assez vite dégagé et cela a fait du bien. Suivi la route connue jusqu’à Fontenay, puis pris la route de Niort. Un crochet pour aller visiter l’église et le cloître de Nieul sur l’Autize, qui en valent la peine…. Sur la place, deux maisons anciennes… Etions à 11 heures et demi à Coulon, les Baynast sont arrivés peu après. Après quelques hésitations, avons déjeuné à Coulon même, d’une façon très quelconque d’ailleurs, mais l’intérêt de la journée était la promenade en bateau sur les canaux du marais boisé et cela en vaut la peine. Canaux si calmes, ombragés de peupliers et d’aulnes, prairies d’un vert si intense… pays étrange où les haies sont remplacées par des canaux ; labyrinthe où on peut errer pendant des lieues et des lieues. Chaque « conche » a sa physionomie propre et son charme. Sommes allés ensuite à Maillezais, l’église paroissiale est intéressante, d’intérieur surtout, mais le plus remarquable est cette superbe ruine de l’ancienne abbaye, si imposante encore. Vu aussi les restes du monastère, et cette curieuse échauguette en brise-lame qui atteste le temps où la mer venait mourir là. Un arrêt à Fontenay où nous avons goûté avant de nous séparer. Avons rapidement vu la Fontaine des Tias et les vieilles maisons de la rue des Loges ; il était déjà plus de 7 heures, et il fallait se hâter… Etions ici un peu avant neuf heures. Aujourd’hui, Maman et Tante Denise sont venues déjeuner ; samedi, nous avons les trois jeunes Gaillard et leur frère. Je suis terriblement prise par les trousseaux de la rentrée.

Dimanche 1er octobre 1950

Je comptais un peu sur Jean ce matin, puisqu’il avait parlé de venir à partir du premier dimanche d’octobre, et, vers 8 heures, j’espérais avoir un coup de téléphone demandant d’aller le chercher à La Roche ; il est 9 heures et rien n’est venu encore, aussi je crains bien que ce ne soit pas pour aujourd’hui. Peut-être y aura-t-il du nouveau demain. Aujourd’hui, je pense avoir un peu tranquillité, ce qui ne m’arrivera peut-être pas les autres dimanches. Je voudrais en profiter pour beaucoup écrire… Nous avons eu une semaine plutôt chargée et celle qui viendra le sera assez aussi, cependant les garçons sont rentrés avec leur trousseau à peu près au complet, c’est pour moi un certain soulagement. Les quelques petites choses restées en souffrance arriveront sans doute à un prochain voyage. Maintenant, il faut que je me mette aux choses d’hiver pour Anne, les deux grandes sont capables de voir elles-mêmes à leur trousseau. J’ai révisé bien des chaussettes et chemises de laine et vu qu’il y avait beaucoup à faire…. Lundi, Maman et Tante Denise sont venues déjeuner, et ont passé ici une partie de l’après-midi. Mardi matin, suis allée à l’Atrie, conduire Albert qui avait des névralgies intercostales et ne pouvait faire de moto et il avait tout à faire pour les vendanges là-bas. Suis allée dans la vigne ; il tombait des averses plutôt froides – triste temps de vendanges – L’après-midi suis allée à La Roche en auto, Jacques y était parti par le car le matin pour sa session de Conseil Général. Fait quelques courses, vu à la Maison des Œuvres Mme Mignen au sujet des réunions de jeunes femmes, puis Jacques est venu me retrouver à l’auto et nous sommes allés à la réception à la Préfecture. Cela a été agréable, il y avait quantité de personnes de connaissance et un buffet remarquablement garni. Sommes allés ensuite chez les cousines où, plus tard, les enfants sont venus nous rejoindre, trois d’entre eux en auto, et Yves à bicyclette, pour assister à une représentation des Compagnons de la Joie donnée au théâtre. Yves était allé le matin retenir les places, mais celles qu’il avait pu obtenir n’étaient pas merveilleuses. Le pire étant que, le contrôle n’étant pas fait à cet étage là, elles avaient été envahies et il ne restait plus rien. Pas mal de personnes étaient dans notre cas, enfin, nous avons eu pas mal de chance, car on a fait ouvrir les loges, habituellement attribuées aux personnalités de La Roche, et nous avons eu celle du Préfet. Nous étions 8 pour 6 places, parce que nous avions avec nous Renée et Charles Boutelier, mais on tenait quand même et nous avons eu beaucoup de plaisir à cette représentation qui était charmante. Un répertoire renouvelé, et surtout beaucoup d’assurance, plus de maturité chez tous ces jeunes dont quelques uns ont de bien belles voix. Mercredi, suis allée chez Maman. Jeudi matin, Tante Denise est partie. Vendredi après-midi, nous avons rentré les garçons – quatorzième rentrée à Richelieu – Tout cela s’est passé comme d’habitude, sans larmes et sans émotion. Rencontré, comme toujours beaucoup de personnes de connaissance. Hier, rangé tout ce qui traînait et installé Geneviève dans la chambre du milieu, installation provisoire évidemment, puisqu’il faudra un jour retapisser et changer les meubles de place, mais au moins, Anne, restant avec Jacquie (j’étais depuis ma naissance dans la chambre des parents), les filles seront casées et Geneviève aura pour cet hiver une chambre chauffée et confortable. Dimanche, je débarrasserai une partie de l’armoire pour qu’elle puisse y ranger ses affaires. Aujourd’hui, temps douteux. Jacquie fait de la pâtisserie, car c’est après-demain le conseil de révision. Le préfet ne doit pas venir, mais il y aura toujours à recevoir le Secrétaire de Préfecture et les maires du canton ; Jacques assiste à un congrès cantonal d’APC. Il y a une cérémonie au Monument aux Morts, avec discours - je vais essayer de m’y rendre – et un banquet…..

Mercredi soir 4 octobre 1950

Jean n’est pas venu dimanche ainsi que nous l’espérions ; lundi, pas de nouvelles, mais hier matin, une lettre nous annonçant son arrivée probable pour demain ; il dit qu’il va tâcher d’avoir du 5 au 15, mais cela n’est pas absolument sûr… Dimanche, une journée tranquille, ainsi que je l’avais espéré, j’ai eu le temps d’écrire toutes mes lettres pressées, de faire quelques rangements, et, après avoir chanté aux Vêpres les louanges du Seigneur, de causer assez longuement avec toute ma famille. Lundi matin, continué les rangements avec Geneviève, dans une armoire et dans différents placards…. Hier après-midi, ai été très prise, d’abord une visite de Mme Parois avec qui j’ai bien causé ; comme elle partait, Jacques amenait ici le Secrétaire général de la Préfecture, les médecins et les maires du canton, ainsi que deux conseillers généraux. Les petits gâteaux de Jacquie – recette toute nouvelle – ont été grandement appréciés, d’ailleurs mes filles m’ont bien aidée et je n’ai eu aucune peine. Une fois tout le monde parti, nous avons sommairement remis en ordre et, le soir tombant, je suis allée dire mon chapelet dans le jardin, mais Jacques m’a rappelée presque aussitôt, il y avait ici le commandant Maguet, le capitaine Paradis, le docteur Allègre ; nous avons recommencé à manger des petits gâteaux ! Je n’avais pas faim hier soir, et ce n’est pas trop « régime ». Aujourd’hui, Jacques avait son inspection et il avait décidé de n’offrir que l’apéritif à ses inspecteurs. Or, vers 11 heures et demie, il est venu me demander si je ne pouvais pas improviser un déjeuner. Avec l’aide des filles, nous sommes arrivées en temps voulu, mais j’aurais réellement fait quelque chose de mieux si j’avais été prévenue un peu plus tôt. Un temps ravissant aujourd’hui…

Dimanche 8 octobre

Quelques minutes à moi ce matin, et je n’aurai guère de temps dans la journée, je me suis attardée un peu à la table du petit déjeuner, bien, qu’ayant terminé moi-même, mais j’étais si contente de voir Jean et de causer un peu avec lui, il y aura tant de dimanches où il ne sera pas là ! Seulement, j’ai une réunion d’Action Catholique d’ici une demi-heure, il n’y aura peut-être pas grand monde ! vendredi, nous étions 5, mais si cela peut faire du bien à quelques âmes, c’est encore le principal. Cet après-midi, nous devons, Jacques et moi, aller à la Bizière voir deux petites filles nées dans le courant d’août et je pense que nous ne rentrerons que pour dîner, et pas très tôt peut-être. Une semaine bien remplie ; hier, pour la première fois depuis Brides, je me suis sentie un peu lasse… aujourd’hui cela va mieux. Jeudi matin, nous attendions Jean, son train devait arriver vers 7 heures à La Roche, mais, d’après sa lettre de la veille, sa permission ne paraissait pas absolument certaine, aussi Jacques ne prévoyait pas un voyage à la Roche pour le chercher, d’autant plus qu’il lui fallait aller aux Buzenières chercher un chargement de prunes ; aussi, depuis 8 heures, je guettais le téléphone, un peu avant 9 heures, le téléphone a sonné, c’était le marquis de Baudry d’Asson qui désirait voir Jacques et lui demander un rendez-vous. Le jeudi matin, ce n’est pas très pratique, aussi Jacques a préféré l’inviter à déjeuner. Cette fois-ci, nous avons un peu plus de temps que la veille pour préparer toutes choses. Comme je sortais de l’étude, Jean arrivait, il avait été à Richelieu prendre la bicyclette d’Yves et était venu tranquillement. Le déjeuner s’est bien passé, et M. de Baudry étant parti assez tôt, j’ai disposé d’un bon moment pour travailler ce qui ne m’arrive pas tous les jours. Le soir, rangé la récolte de prunes, il y en a les pleins fruitiers et un plein grenier. Vendredi, fait la première réunion de la Ligue, nous étions cinq. Ne suis pas allée chez Mme Dorion comme d’habitude ; j’ai trop à faire ici en ce moment. Je suis plongée dans la réfection des chaussettes d’Anne, le mauvais temps venant à grand pas, cette semaine, je lui en ai réparé une paire, qui était précédemment à Pierre, et j’en suis à la troisième paire à remonter, après quoi il lui en faudra deux ou trois autres et je serai à jour de ce côté ; seulement, j’ai deux chandails aux garçons à préparer pour leur faire essayer à la Toussaint, et ce sera encore vite venu. Chaque matin, je fais des rangements de placards ou d’armoires ; il faut faire cela assez souvent ; je trie et range des vêtements ; je pense en avoir même deux valises à envoyer au Secours catholique, cela prend pas mal de temps. Nous avons eu quelques belles journées, mercredi, jeudi et vendredi, il me semble. Chaque soir, je vais dire mon chapelet dans le jardin, mais de plus en plus tôt, les jours diminuent vite… Nous allons aux Sables demain et mardi, nous n’y aurons peut-être pas très beau, et par conséquent aucune tentation de prolonger le séjour, mais il ne faudra pas moins de deux journées pour tout ce qu’il y a à faire : mettre la maison en ordre, ranger différentes choses en vue de l’hiver et en rapporter certaines ici, nettoyer le canoë – ceci pour les enfants. De plus je voudrais essayer de voir le docteur afin d’avoir des précisions sur le traitement à suivre cet hiver. Nous rentrerons ici, mardi, pour dîner. Les garçons doivent venir déjeuner jeudi.

La Haye-Descartes mardi 20 octobre

Bien des choses en peu de jours, et de tristes choses ; dimanche, nous avons passé une journée tranquille avec nos visites prévues à la Bizière, ce qui nous a fait revenir à la nuit noire. Benjamin nous attendait dans le bureau en causant avec maman et les enfants. Il avait fait demander à Jacques un rendez-vous pour cette heure là. Tous deux se sont rendus à l’étude, où ils sont causé pendant une demi-heure environ, puis nous avons dîné, Maman est parti et je me suis installée dans le salon pour faire des comptes. A ce moment-là, Jacques est venu me retrouver pour me raconter sa conversation avec Benjamin. Vendredi, Jacqueline l’avait appelé au téléphone pour lui dire que Jean était très souffrant ; il avait été repris de malaises analogues à ceux de septembre, mais bien pires. Benjamin lui a conseillé de faire venir un cardiologue de Tours, dont il lui a donné le nom. Le samedi, un second coup de téléphone disait que le spécialiste était venu vendredi soir, que son diagnostic était très pessimiste ; d’après le traitement, Benjamin considérait la chose comme très grave. Dimanche pas d’autres nouvelles. Hier matin, une lettre adressée à Maman, la mettait au courant sans vouloir trop l’effrayer ; cependant au reçu de cette lettre, et après une nouvelle visite de Benjamin, je me suis décidée à me mettre en route. Il a fallu se presser pour les préparatifs, le déjeuner, si bien que je suis arrivée à la Roche quelques minutes, pas même quelques secondes avant le départ du train. Temps affreux, pluie tout au long du trajet. De la Roche à Thouars, un train formé de vieux wagons d’omnibus, bondé au début, vide ou presque à la fin ! A Thouars, il a fallu changer et prendre un autorail jusqu’à Saumur. Là, nouveau changement ; pris un express pour Tours où j’étais un peu après 4 heures. Suis allée à la gare routière prendre le car de La Haye, et j’étais ici vers 6 heures et demie. Trouvé Jean pas trop mal, du moins apparemment, il avait un bon sourire et paraissait assez calme. Cependant le docteur était très ennuyé, parlait de faire revenir le cardiologue de Tours, si bien que Jacqueline avait demandé à Benjamin de venir aussi ; il y avait certaines piqûres que le malade ne supportait pas. Benjamin est venu vers 9 heures, nous l’avons fait dîner, rapidement, en attendant le spécialiste de Tours qui est arrivé vers 10 heures avec le docteur Baillargeat. Il l’a trouvé plus mal ; tension descendue à 7, pouls à 200, foie grossi, ce qui signifie que le cœur fatigue. Hier matin, Benjamin me disait que Jean avait 80 chances sur 100 d’y rester ; hier soir, j’avais l’impression qu’il ne lui laissait que très peu de chances. Nuit assez calme, il n’a fallu le relever que 2 fois. Ce matin, situation pire ; après avoir relevé Jean, il a eu une faiblesse, et l’on pouvait se demander s’il n’allait pas passer. M. le Curé est venu lui donner l’Extrême Onction. Il l’avait confesse dimanche soir et avait apporté la Communion hier matin. J’ai passé une partie de la matinée à téléphoner, au Poiré à deux reprises, à Lyon, à la famille de Jean. Il avait été si mal que nous craignions une issue fatale très proche. Pour l’instant, cela ne va pas plus mal, apparemment, il est très assoupi, mais calme et a bien supporté les piqûres qui lui ont été faites. Jacques doit arriver dans l’après-midi et Jean doit l’accompagner. J’espère qu’ils le trouveront toujours vivant. Que Dieu nous le conserve !

Jeudi matin 12 octobre

Situation en apparence inchangée, c’est-à-dire que le pauvre Jean est toujours de ce monde, mais il est très faible, et le cœur est épuisé par la violence des battements qui dépassent 200 à la minute. Tout espoir humain paraît abandonné, mais il reste la miséricorde de Dieu qui, s’Il le veut, peut le guérir. Pour lui, la mort ne paraît pas si terrible, car il est prêt, et sa vie fut tout entière celle d’un chrétien, d’un homme droit et bon, mais que va devenir la pauvre Jacqueline ? pour elle, c’est affreux ! voir se terminer ainsi 20 ans ou presque de bonheur, et voir son mari peu à peu s’éloigner d’elle en quelque sorte, dans cette espèce d’anéantissement du corps où il sombre. Peut-être en pense-t-il plus qu’il ne paraît. Jacques et Jean sont arrivés mardi soir vers 5 heures ; il a paru heureux de cette surprise, et, pendant un moment, Jacques ne l’a pas trouvé trop mal ; seulement le soir, nous étions tous autour de lui, quand il a été pris de quintes de toux, puis il a fait ensuite des efforts violents pour se débarrasser, aurait-t-on dit de mucosités ; nous avons cru qu’il allait passer, et lui l’a cru certainement aussi, puisqu’il a esquissé un signe de Croix. Cela s’est calmé ensuite, mais le docteur, venu presque aussitôt, a trouvé que les poumons s’embarrassaient. Il est revenu à minuit pour une piqûre, puis Mme Paugam, qui était là, est partie, Jacques est monté se coucher, et je suis restée attendre Mlle Marcelle et Milou qui devaient arriver vers 3 heures et demie. Jean a été si heureux de les voir ! Hier matin, il n’était pas plus mal, au contraire, sous l’influence de la morphine faite pour calmer sa toux, il éprouvait une sorte de bien être. Jacques et Jean sont partis hier après-midi. Hier soir, pas de changement, si ce n’est cette aggravation constante de l’épuisement ; cela fait huit jours aujourd’hui que ce coeur bat à un rythme de plus en plus accéléré. Quand on le soulève sur ses oreillers il a des sortes de petites syncopes, et pourtant il glisse toujours et demande que l’on le remonte. Au moment où il n’est pas assoupi, son esprit est très lucide, mais il parle peu, cependant il m’a parlé, hier soir, de la fontaine Barberini. Cette nuit, Marcel a couché ici, afin de le remonter avec Milou, il est bien dévoué et bien précieux. Nous avons tous à peu près reposé, mais comment se passera la journée qui vient ? Il y a 8 jours, nous étions si heureux de voir notre Jean nous arriver en permission !…

Samedi 24

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 24 octobre 1950 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Ces jours-ci, nous nous reprenions presque à espérer ; il n’y avait pas de mieux, mais pas d’aggravation non plus. Cependant le docteur Boivin est revenu hier soir ; il le trouve beaucoup plus mal, et, symptôme encore plus alarmant, depuis hier soir, il a de la fièvre…. Jacqueline est dans un état qui fait peine, elle accuse les médecins d’être des ânes, veut faire venir des radiesthésistes et guérisseurs. Tout cela est tellement affreux ! J’ai pu aller à la messe hier matin, ne m’étant pas couchée trop tard avant-hier soir, mais cette nuit je me suis couchée à une heure et ce matin, ce n’a pas été possible. Je commence à être lasse, j’ai tant de peine pour Jean, pour Jacqueline et aussi de la peine de ne pas avoir vu Jean ou presque pendant sa permission…

Dimanche 15 octobre -3 heures

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1950-10-24). Texte conservé tel quel.

Une journée mouvementée hier et pleine d’imprévu. Matinée longue et lugubre. D’après le docteur, l’état était désespéré, la fièvre montait, il n’y avait plus, en somme, qu’à attendre la fin. Jacqueline était énervée, voulait faire autre chose. Elle fait téléphoner par je ne sais plus qui à un radiesthésiste, qui, à distance, prescrit de mettre au malade des cataplasmes de romarin et d’avoine, sur la poitrine, mais pas sur le cœur, et aux pieds. Jacqueline en parle à M. Paugam, lequel est d’avis que cela ne peut faire de mal, aussi on en prépare et on les applique. Le docteur vient en fin de matinée, aucun changement. Nous nous mettons à table, Jacqueline descend en trombe et nous dit : « le docteur n’y comprend plus rien, le pouls est tombé à 120 et la tension montée à 11 ½ ». Stupeur générale, mais stupeur heureuse, cependant personne n’osait trop se réjouir, ce pouvait être un mieux passager ou le mieux de la fin ? Ayant fini de déjeuner, je suis montée pour que Jacqueline descende à son tour ; le pouls était à ce moment à 110. Tout l’après-midi nous avons été un peu agités, commentant ces heureux événements. Le docteur est revenu peu après, il n’en « revenait » pas… J’ai téléphoné à Jacques, à Benjamin, tous deux étaient ravis, nous aussi, mais nous étions également éreintés… aussi nous sommes tous couchés de bonne heure, d’ailleurs la nuit a été calme. Ce matin, suis restée avec Jacqueline, pendant que les autres allaient à la messe de 8 heures. Fait le marché, puis suis allée à la grand-messe. Nous venons de déjeuner. Le docteur Boivin doit venir à 4 heures avec Baillargeat et prendre un autre électrocardiogramme. Il pleut un peu, le temps est triste. On a allumé du feu. Jean doit partir ce soir, sa permission étant terminée, je ne l’aurai presque pas vu ; les garçons doivent déjeuner aujourd’hui à la maison…. Le sacrifice est plutôt dur. Je ne sais pas encore quand je pourrai partir. Jean n’est pas assez bien pour que je puisse laisser Jacqueline….

Le Poiré mardi soir 17

Suis arrivée ici cet après-midi pour passer une semaine… Rien de très nouveau à La Haye d’ici dimanche, si ce n’est que le mieux se confirme, à notre grand soulagement à tous. L’après-midi, par un triste temps, le docteur Boivin est venu, avec le docteur Baillargeat ; ils ont pris un électrocardiogramme, et causé un peu en descendant. La situation, nous ont-ils dit, est toujours très grave, mais pas désespérée ; le danger est toujours possible, mais pas immédiat comme il paraissait l’être la semaine dernière, nous avons non pas une certitude de guérison, mais un espoir. Nous avions tout de même le cœur moins lourd ce soir-là ; Lundi matin, le docteur Baillargeat nous a donné le résultat de l’électrocardiogramme ; Il y a au cœur de gros dégâts et une lésion profonde, les fibres musculaires sont abîmées en un endroit. Il faudra, à partir des trois semaines pendant lesquelles le danger subsiste, prendre de grandes précautions pendant au moins deux mois. Hier après-midi, suis sortie un peu, suis allée jusqu’à la Creuse, et visité la maison Paugam qui est gentiment installée, mais bien étroite et peu pratique. Ce matin, quitté La Haye vers 8 heures et demie, pris un train à Tours, changé à Saumur, pour être à La Roche à 2 heures et demie, Jacques y était, je l’ai attendu un peu, mais nous étions ici un peu après 3 heures. Suis allée chez Maman, puis vu des choses ici… je pense regagner La Haye la semaine prochaine…

Jeudi soir 19 octobre

De bonnes nouvelles de Jean par téléphone ce soir, le pouls est à 88-90. la température convenable, le malade s’alimente un peu, s’habitue à son lit mécanique, recommence à s’intéresser à son étude. Souhaitons que cela dure et que le mieux aille en s’accentuant, mais la période critique n’est pas terminée. Ici pendant les quelques jours que j’ai eu à passer, travail intense. Mardi soir, il a fallu me remettre au courant de la maison et écrire un peu. Hier, passé la journée à la Roche pour des réunions cantonales. Voyagé hier matin et hier soir avec Mme Roy…. Mme Taylor a été assez aimable pour me faire conduire à Richelieu où j’ai vu les garçons, je ne les avais pas vus depuis la rentrée. Quelques courses ensuite jusqu’à l’heure du car. Aujourd’hui très chargé : le marché, suis allée parler à M. le Curé au sujet de la journée d’hier et de différentes réunions en perspective. Rangements, il y a tant à faire ! Cet après-midi, correspondance, courses, suis allée chez Maman un minute, chez Marguerite….

Dimanche matin 22

Quelques mots avant de partir à Montaigu, où nous déjeunons chez les Gaillard. Depuis ce matin, il a fallu marcher, et le travail se complique du fait que Benjamin Gendreau dîne ici ce soir et que je voudrais lui faire un bon petit dîner, pas trop long cependant à préparer parce que nous rentrerons assez tard. Aussitôt levée, j’ai fait le marché, suis allée un peu chez Maman que je n’avais pas vue depuis vendredi matin. Assisté ensuite à la messe de 9 heures. Maintenant je viens de préparer les fruits pour ce soir et d’organiser le travail. Je pense que cela marchera. Ce sera une journée de détente et cela fait du bien parfois. Une semaine plutôt chargée ; depuis mardi, je ne suis guère restée ici. Mercredi, toute la journée à la Roche ; jeudi une journée bien remplie avec beaucoup de choses à organiser et à prévoir. Vendredi matin, suis allée à La Roche avec Maman et Geneviève, qui avait un réel besoin de remonter sa garde-robe d’hiver, lui ai commandé une robe de lainage. Toute la matinée ensuite, dentiste et courses. Suis allée à Richelieu où j’ai vu mes garçons quelques minutes. Vendredi après-midi suis restée ici où j’ai eu pas mal à faire. N’ai pas été fâchée ensuite de m’asseoir et de tricoter un peu. Hier, sommes partis de bonne heure aux Sables ; je voulais voir le docteur, que j’aurais dû voir fin août… je suis arrivée chez lui vers 8 heures 1/2, il y avait seulement trois personnes avant moi, aussi j’ai été vite passé. Le docteur a été très content de moi ; il m’a trouvée en bonne forme, le cœur très bon et la santé excellente, j’ai presque 13, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’ai encore perdu pas mal de poids, certainement 6 kilos depuis mon retour de Brides ; cependant le docteur ne voudrait pas que je continue à maigrir aussi rapidement et me permet de remplacer les légumes verts par des pommes de terre ou des pâtes. En tout, je ne suis pas du tout fatiguée, ni anémiée et c’est le principal. Suis rentrée ensuite à la maison où j’ai fait le déjeuner, et mis bien des choses en place…. Après déjeuner, Jacques m’a conduite chez Mlle Chalard, que je n’avais pas vue avant de partir. Passé une heure avec elle, puis suis revenue en faisant des courses. Fini ensuite de balayer la maison, de graisser le fourneau à gaz et de tout fermer ; nous avons vidé le service d’eau en prévision de l’hiver, et avons repris le chemin du retour. Nous étions ici à 6 heures. Téléphoné à Jacqueline ; Jean continue à se maintenir dans les mêmes conditions ; cela fait huit jours que l’amélioration tant attendue s’est produite… Je suis contente que Benjamin vienne ce soir afin de parler avec lui de tout cela….

Jeudi matin 26

De retour à La Haye, pour un second séjour moins long, et surtout moins pénible que le premier. Arrivée hier soir, je pense partir samedi matin. Nous avons passé dimanche à Montaigu une agréable journée ; les Gaillard sont très accueillants et les jeunes filles actives et pleines d’entrain. Me Gaillard a une femme de ménage la semaine, mais personne le dimanche ; elle en profite pour recevoir en toute simplicité, d’ailleurs, mais d’une façon bien agréable. Il y avait un très joli déjeuner, dont bien des choses avaient été préparées à l’avance et servi par les jeunes filles d’une façon charmante. Fêté avec du champagne les 18 ans de Marie-Claude. Le gâteau au chocolat du dessert était délicieux. Anne a été d’une sagesse admirable et reposante. Après le café, sommes sortis, avec le docteur et Mme Gaillard, pour visiter le musée de Montaigu…. Et fait ensuite une petite promenade le long de la Sèvre et des remparts. Pendant ce temps, les jeunes filles faisaient la vaisselle, à elles cinq, cela a été vite expédié (et moi, j’étais censé jouer avec Françoise, qui avait mon âge,et sa copine la Chaignotte, elles avaient proposé une partie de cache-cache, et allaient où je ne pouvais pas les trouver j’étais malheureuse et je voulais partir). Nous avons eu ensuite un agréable moment, puis la baronne Taylor est venue et nous avons goûté avec un cake et le gâteau des 18 ans aux 18 bougies. Sommes rentrés vers 6 heures et demi, il me fallait bien une heure pour finir de préparer le dîner (pour Benjamin). Malheureusement mon plat de jambon a été raté, le jambon était trop épais, et la mayonnaise, superbe en sortant du frigidaire, a tourné aussitôt à cause du changement de température… c’était un peu désolant ! Causé beaucoup de Jean, de sa maladie… Lundi, journée entière à La Roche pour des réunions d’arrondissement… l’après-midi sont venues Les Lucs et Beaufou, il a fallu leur passer les consignes et les passer aux autres qui n’étaient pas là . Heureusement, Geneviève m’a tapé cela à la machine, et j’espère qu’elle les aura expédiées… Vu les garçons au moment du déjeuner ; Yves se réjouissait beaucoup de la fête de M. Pateau le lendemain. En arrivant à La Roche, j’ai pu avoir une messe à Saint Louis…. Jacquie, de son côté, était en réunion avec l’abbé Sacré, les Plessy, Hélène et quelques autres. Mardi matin, beaucoup à faire, parlé à Marceline pour le colis de Noël, à M ; le Curé, fait quelques courses, ma valise, suis allée chez Maman et il était l’heure de déjeuner ; mangé en vitesse, et il fallait partir. Enfin suis arrivée cette fois ci 5 ou 6 minutes avant le départ du train. Voyage moins inconfortable, c’était un autorail au départ de La Roche, et il n’a pas fallu changer à Thouars, à Saumur seulement. Le temps, très beau au départ de La Roche, s’est gâté, et je suis arrivée à Tours avec la pluie, pas très forte heureusement. Pris le car pour venir ici. Assurément, Jean est bien mieux que lorsque je l’ai laissé, mais le docteur trouve que cela ne fait pas de grands progrès ; la situation paraît au contraire stationnaire ces jours-ci. Toujours, ou souvent, un petit état fébrile et le pouls un peu rapide. La première nuit avait été très bonne, mais la dernière a été agitée, et il ne veut pas qu’on lui fasse de la morphine… Dans la journée il est calme, mais la nuit lui donne des angoisses terribles. Il s’alimente légèrement et accepte bien les piqûres – autres que celles de morphine – les ventouses et les vésicatoires. Espérons que tout cela s’arrangera pour le mieux. Milou et sa femme viennent pour la Toussaint, et arrivent samedi matin. Depuis hier après-midi, il fait beau, je voudrais bien emmener Jacqueline prendre l’air cet après-midi.

Dimanche soir 29 octobre

Suis arrivée ici hier après-midi, après un bon voyage ; si rien ne survient, j’en ai pour une bonne quinzaine ici sans bouger, et cela me fera beaucoup de bien que de me remettre un peu tranquillement à mon travail, car les quelques jours passés ici, entre mes deux voyages à la Haye, ont été tellement remplis que je n’ai pas eu le temps de souffler et d’organiser quoi que ce soit. Mon séjour à La Haye s’est passé le mieux possible. Jean n’était pas mal, et, le dernier soir, le docteur me disait que cela allait comme cela devait aller. L’après-midi de jeudi, il faisait un temps splendide, nous sommes sorties un peu Jacqueline et moi, allées jusqu’au jardin public et au pont voir dans la Creuse le reflet d’automne des peupliers. Vendredi par contre, il a plu toute la journée, de plus Liliane n’est pas venue, étant un peu souffrante, aussi, nous avons fait la cuisine, Jacqueline et moi, ainsi que la vaisselle et bien des petites choses nécessaires. Samedi matin, suis partie au train de 10 heures 53 à Tours, ce qui me faisait prendre à La Haye le car de 8 heures et demie, il faisait un brouillard très froid, aussi j’étais gelée en descendant du car, et j’ai grelotté en attendant le train, dans la gare de Tours. Par contre, les trains étaient chauffés et le temps s’étant dégagé, le soleil donnait et chauffait aussi. Voyagé… avec l’abbé Bouillé qui était le professeur de Pierre à Richelieu l’année dernière ; parlé des garçons et aussi du scoutisme, qui a fait tellement de bien à Yves…. Jacques m’attendait à La Roche, et nous avons été vite ici. Beaucoup de travail à faire ensuite et des tas de choses à mettre en place – un entremets à préparer aujourd’hui, gâteau « délice » au chocolat et crème, ainsi que des langues de chat pour accompagner – Ce matin, bien à faire également, Mme Mignen venait faire une causerie aux jeunes femmes… en la fête du Christ Roi, je tenais à avoir la grand-messe, ne pouvant avoir les Vêpres. Nous avions Tante Jeanne et Menine à déjeuner, ainsi que Mme Mignen qui était restée également – l’entremets était réussi et très bon – Tout le monde est resté assez longtemps dans le salon, où nous avons pris le café auprès du feu. C’est une des périodes les pus désagréables de l’année, il fait froid, la température est assez dure, mais ce froid-là ne va pas durer, et d’ici quelques jours, cela va se radoucir, aussi il est ennuyeux d’allumer déjà le chauffage, parce que une fois que le chauffage marche, il est difficile de s’en passer. Aujourd’hui, le feu de bois du salon suffit, mais les chambres nous paraîtront un peu froides quand nous monterons tout à l’heure… Mme Mignen est allée dans l’après-midi voir Tante Abel – Marguerite était au cinéma à voir « Jeanne d’Arc » - Geneviève l’a accompagnée, car je voulais rester un peu avec Tante Jeanne et Menine. Avant dîner, Benjamin est venu parler un peu de Jean Granger, il a maintenant bon espoir. Nous venons de dîner et sommes installés pour la veillée dans le salon, Jacques et Geneviève lisent, Jacques a en main un livre qui cet été m’a intéressée : « La France de M. Fallières » de Chastenet, et cela l’intéresse encore plus que moi, parce qu’il y retrouve des tas de choses qu’il a vécues. Anne est à plat ventre devant le feu, plongée dans un livre de la Comtesse de Ségur, elle n’ira se coucher qu’à 9 heures. Jacquie est à Nantes, où elle passe une dizaine de jours pour aider sa Tante Madeleine à la vente des chrysanthèmes. Yves et Pierre arrivent demain en vacances de la Toussaint. Demain, nous déjeunerons chez Maman avec Tante Jeanne et Menine…. De bonnes nouvelles de Jean par Menine.

Soir de la Toussaint

Une bien belle fête aujourd’hui, mais une fête mal comprise, parce qu’un peu paganisée, sans que beaucoup d’en doutent. A la grand-messe et aux Vêpres, l’église était pleine, mais il s’agit beaucoup plus du culte des morts, du culte du souvenir, que d’une désir réel de prier pour ceux qui ne sont plus. Pour nous, cette fête depuis 10 ans, est celle du petit Bernard… Cependant, cette année, la Toussaint n’était pas comme les autres à cause de la proclamation par le Saint Père, du dogme de l’Assomption. Il a dû y avoir du monde ces jours-ci à Rome… Nous avons entendu ce matin, par radio, la retransmission de la cérémonie, qui a eu lieu sur la place Saint Pierre ; nous avons assisté à distance, à l’arrivée du cortège d’évêques et de cardinaux qui accompagnaient le Souverain Pontife et entendu, non seulement le tonnerre des acclamations, mais encore la voix du Saint Père proclamant que « celui qui ne croit pas que la Sainte Vierge est montée au ciel avec son corps est un hérétique ». Malheureusement nous n’avons pas pu avoir la messe papale ce qui pourtant aurait été une grande joie, parce qu’il a fallu mettre en bouquets les quelques fleurs qui pouvaient subsister dans le jardin et les porter au cimetière ; ce qui nous a mené jusqu’à l’heure de la messe, la nôtre ! … la journée a été assez belle…. Cet après-midi, Vêpres de la Toussaint, vêpres des morts et procession au cimetière comme de coutume. A la tombée de la nuit, je comptais aller à l’église faire mon chemin de croix habituel, mais les Lancelot sont venus et restés jusqu’au dîner. J’emmènerai demain Anne faire un petit chemin de croix et elle ira à l’office demain matin avec ses frères et sœurs. Rien de très nouveau depuis dimanche. Benjamin est venu avant dîner et nous avons parlé de Jean. Lundi, déjeuné chez Maman avec Tante Jeanne et Menine ; les garçons sont arrivés le soir. Hier, ne suis pas beaucoup sortie, j’ai fait pas mal de petits travaux sans cesse remis, faute de temps. Beaucoup d’ouvrage en train ; je m’étais bien pressée à La Haye, à faire des manches de chandail à Pierre ; ces manches sont trop larges et je dois les reprendre en partie ; par contre, le corps du chandail est presque un peu étroit. J’ai aussi des chaussettes très pressées pour Anne, et des tas d’autres choses, dont un gilet pour Jacquie, ce qui ne représentera pas un petit morceau à faire. Serai encore un peu dérangée demain mais j’aurais peut-être deux jours tranquilles ensuite, quoiqu’il surgisse toujours quelque chose d’imprévu.

Dimanche soir 5 novembre

Je comptais faire beaucoup de choses aujourd’hui, mais il va être 7 heures et je n’ai absolument rien fait. Depuis ce matin je n’ai pas eu une minute à moi, bien des petites choses à faire aussitôt le petit déjeuner, une réunion de la Ligue où avaient été convoquées spécialement les dizainières, la grand-messe. Cet après-midi, j’avais entrepris la confection d’un gâteau destiné à fêter, avec 24 heures de retard, les 19 ans de Geneviève, et cela m’a pris un peu de temps. Le biscuit de Savoie avait été fait hier matin, et, pour une fois, pas trop mal réussi, seulement j’avais à faire la crème, d’après une recette un peu compliquée ; j’ai d’ailleurs tâtonné, laissé trop cuire le sucre, qui s’est transformé en caramel, qui a durci et qu’il a fallu faire refondre. Il en est d’ailleurs resté des petits grains un peu indésirables. Enfin le biscuit fourré et recouvert de crème au chocolat, puis d’amandes grillées a tout à fait bonne allure, et le parfum du caramel ne nuit pas à l’essentiel. Après les Vêpres, avons fait une promenade avec les filles, jusqu’au Recredy, il faisait très bon, les feuillages d’automne étaient splendides et la promenade aurait été tout à fait charmante, si Tachou n’avait pas tant gémi, qu’elle en avait assez, qu’elle était fatiguée, rengaine habituelle mais peu intéressante. Parlé ensuite un peu avec Jacques, mais, dans moins d’une demi-heure, il va falloir dîner, et je n’ai rien fait ou presque de ce que j’aurais voulu faire. Jeudi matin jour des Morts, je suis allée à une messe matinale, avec Jacques et ceux des enfants qui voulaient communier avant l’office. Pas mal d’occupations ensuite, le marché, le rangement du fruitier, les tricots toujours urgents. Les quinze jours, ou presque, passés à La Haye, m’ont terriblement mise en retard pour tout, et les garçons donnent pas mal d’occupations quand ils sont là. Tous deux sont partis vendredi, mais ont tenu absolument à dîner d’abord et à partir ensuite ; cela ne me plaisait pas beaucoup de les voir ainsi partir dans la nuit ; enfin je suppose que si ils avaient eu un accident nous serions prévenus maintenant. Hier, bien des choses à faire encore, des rangements, comme cela arrive toujours après les vacances, des réparations à des sous-vêtements d’Anne, des courses avec Geneviève, qui émet l’heureuse idée de se faire des combinaisons et des chemises de nuit, enfin, une petite visite à Mme Dorion que je n’avais pas vue depuis plus d’un mois et la semaine est achevée. Nous avons eu des nouvelles de La Haye ; elles sont aussi bonnes que possible, cependant Jacqueline n’avait pas encore le résultat du dernier électrocardiogramme. De bonnes nouvelles de Jean. Je regrette bien le temps où il était à Coëtquidan ; de temps en temps nous le voyions à Nantes le dimanche. Jacquie vient d’arriver de Nantes où elle était depuis une dizaine de jours. Nous allons maintenant dîner….

Dimanche matin 11 novembre 1950

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 11 novembre 1950 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Quelques minutes seulement avant la grand-messe. J’ai eu une semaine très chargée, pendant laquelle je n’ai pas eu le temps d’écrire. La journée d’aujourd’hui sera certainement très remplie… Ce matin, bien des choses à faire, et toujours quelques rangements. A dix heures, suis allée au Monument aux Morts pour la cérémonie commémorative de l’Armistice. Je trouve que tous ceux qui ont vécu ces heures inoubliables de 1918 devraient s’y rendre pour prier et se souvenir. Tout cela s’est déroulé selon le cérémonial habituel – remise de gerbes, discours du docteur Lucas, discours de Jacques, vraiment très bien, sonnerie aux morts, minute de silence et prière – La grand-messe ne vas pas tarder à sonner, et tantôt je n’aurai guère de temps à moi, var nous allons à Saligny voir les deux ménages Félicien et Lucien Gauvrit, et que nous n’en reviendrons très certainement que pour dîner…. Lundi, ai passé une journée au calme et au lait déchloruré – ce n’est pas désagréable, une fois de temps en temps de rester un peu au lit et d’avoir le temps de lire, de tricoter et d’écouter la radio. Françoise est venue un moment, j’ai allongé les manches du petit paletot rouge d’Anne, seulement trois tasses de café au lait dans la journée sont une assez maigre pitance, je me réchauffais pas et ai dû me coucher de bonne heure ; Mardi, repris mon activité habituelle ; beaucoup de choses même à faire dans la matinée et une après-midi à La Roche, ce qui comporte la Maison des Œuvres, Richelieu et des tas d’autres courses, autrement dit quelques kilomètres à parcourir. Le soir, me suis mise à faire de la pâtisserie, ce qui est bien pratique avec la cuisinière Aga, puisqu’on peut s’en servir à toute heure. J’ai fait une visitandine – qui était très réussie – et une crème au caramel qui le lendemain était pleine de grumeaux, Jacquie et moi nous sommes mises à l’ouvrage et avons confectionné des fruits au sirop, avec des tranches de poires, des brugnons – de conserve – un peu de kirsch et de gelée de groseilles, Mme et Mlles Grangé sont venus vers midi ; nous avons eu le temps de causer, de déjeuner – le déjeuner était d’ailleurs réussi et les poires au sirop très bonnes – de recauser tout en tricotant et de faire le tour des curiosités du pays, c’est-à-dire l’église et la grotte. Puis nous avons goûté. J’avais fait un pain d’épices et Jacquie des petites galettes très bonnes. M. Grangé et son fils sont arrivés à la fin du goûter et nous avons encore causé un moment. Le lendemain, j’avais invité à déjeuner, ceci pour arranger Maman, Marie Béraud la fille de sa vieille amie Mme Boutineau et ses deux filles. Seulement j’ai été obligée d’aller à un enterrement dans la matinée, Marie aussi, mais j’avais préparé pas mal de choses à l’avance, et mes pâtes à tarte avaient été faites la veille au coir, si bien que tout a bien marché quand même ; Seulement, Jacques retenu à Aizenay pour ses affaires, n’a pu déjeuner avec nous et n’est arrivé que pendant que nous prenions le café. Avons fait, dans l’après-midi, le classique petit tour de l’église et de la grotte ; goûté ensuite puis sommes allées, Jacquie et moi, reconduire Marie et ses filles à Saint-Denis. Vendredi, pluie diluvienne toute la matinée, et au début de l’après-midi, suis restée à la maison, où j’avais des tas de choses à faire et ne suis sortie qu’un peu pour aller chez Maman. Le soir, comme il ne pleuvait plus, suis allée chez Marthe Fournier et passée au cimetière, mais la pluie m’a prise en route, aussi j’ai retrouvé la maison bien chaude avec grand plaisir. Hier matin, un temps ravissant… après déjeuner, le ciel était un peu plus couvert, mais le temps bien beau encore ; me suis mise en route pour toute une tournée de visites. Suis allée à la Bardinière, où je voulais voir une petite fille chez Thérèse Brochard, et deux jumeaux, pour la quatrième fois chez sa voisine. Suis allée à la Bélière où je voudrais, avant la fin du mois, faire une réunion de jeunes femmes, puis à Montorgueil où je voulais faire deux visites à Marie Potier qui vient d’avoir une petite fille et à une autre jeune femme qui attend son troisième enfant pour janvier. Seulement, en quittant Montorgueil, il commençait à pleuvoir, jusqu’à La Faucherie, cela a été supportable. A la Faucherie, on m’a appelée pour voir les gâteaux de noces de mardi et la belle petite chambre neuve destinée au jeune ménage. On m’a bien offert un parapluie, mais je n’aime pas beaucoup ces engins-là. Enfin, il pleuvait de plus en plus fort, j’étais trempée, devant chez Maman, j’ai vu arriver la Simca qui venait au-devant de moi, aussi j’ai été vite rentrée, et c’est de nouveau avec infiniment de plaisir que j’ai trouvé la cuisine chaude, une tasse de café bien chaud, mes pantoufles et que je me suis installé pour travailler auprès d’un radiateur. Bien que je n’ai pas tellement tricoté, fait un peu d’ouvrage cette semaine, fini un chandail à Pierre, une paire de chaussettes pour Anne ; lui en ai bien avancé une autre, réparé une paire de gants et deux culottes… Reçu une lettre de Jeanne Lego, dont je n’avais pas eu de nouvelles depuis Brides – leur usine ayant été vendue, Robert Lego a fini par trouver une place de directeur dans une usine près d’Orléans – naturellement, pas moyen de se loger, ni à Orléans, ni près de l’usine, si bien qu’il doit rester seul là-bas, tandis que Jeanne demeure au Mans avec Gilles, tout cela est bien pénible. Sommes allés à la messe hier matin, anniversaire non seulement de l’armistice mais de la mort de Tante Denise et de celle d’oncle Raymond.

8 heures ½ - Nous venons de dîner, après notre voyage à Saligny où nous avons passé l’après-midi ; maintenant j’ai des comptes à faire et voudrais me coucher de bonne heure. Il fait un temps affreux, vent et pluie…. Avons donc fait visite à Félicien, chez qui il a fallu prendre un verre de vin, du café, des petits gâteaux, plus du cassis ; puis chez Lucien, où l’ambiance était plus agréable. Là, il a fallu trinquer, prendre du café, de la crème avec un très bon gâteau de Savoie. Revenus à 7 heures ½ ….

Hier aussi 19ème anniversaire du baptême de Geneviève. Une bonne lettre de Jean jeudi. Suis arrivée à lui répondre aussitôt.

Dimanche matin 19 novembre

Toute une semaine sans rien écrire, j’ai été tellement prise, et vois tant d’ouvrage que je suis loin d’arriver à tout ce que je voudrais. Dimanche, j’ai eu une journée très remplie. Lundi, suis allée à la foire de La Roche, pluie du matin jusqu’au soir, et vent par-dessus le marché si bien qu’on ne pouvait pas ouvrir de parapluie, ce qui n’était pas très drôle, la clinique, où j’avais une malade à voir, la Maison des Œuvres… quelques courses et il était l’heure de déjeuner. Je n’avais pas froid, ayant marché tout le temps, mais mon manteau était trempé, et je n’avais pas chaud ensuite. Nous avons eu chez Mme Coutansais une bonne petite réunion, bien qu’assez restreinte. Suis allée ensuite chez les Lesaffre- plongés dans leurs préparatifs, Pierre s’est marié hier – Vu ensuite les garçons à Richelieu. C’est avec un grand soulagement que je suis ensuite rentrée ici, mais je n’ai pu me réchauffer avant le dîner, tant l’humidité m’avait pénétrée. Mardi, c’était le mariage d’Odile Louineau, par extraordinaire, il n’a plu qu’un peu le matin, et le temps s’est maintenu convenable toute la journée ; tout s’est bien passé, selon le cérémonial traditionnel, la messe, la réception au patronage, la visite des mariés. Nous avons pris part aux deux repas, j’ai chante non « Mes jeunes années », puisque cela avait été chanté avant moi, mais « Le cher anneau d’argent… » que j’aime beaucoup. Entre temps nous avons dansé les filles et moi – le marié étant de la classe de Jean – il y en avait beaucoup d’autres de cette classe, et d’autres qui l’avaient connu à l’école et qui nous parlaient de lui. Mercredi, de nouveau il pleut, suis allée à la tannerie où j’avais à voir Marie-Josèphe, puis chez Maman et au cimetière. Jeudi, les garçons sont venus déjeuner, je leur avais confectionné un bon gâteau – profitant du fait que, grâce à la cuisinière Aga, j’arrive maintenant à réussir les biscuits de Savoie. Celui-ci était bien un peu de travers, mais il était très bon, fourré de crème à l’orange, garni d’amandes et glacé au rhum – je chercherai pour une autre fois une autre garniture, afin de varier. Les pauvres garçons ont été mouillés pour venir, mais ont dû l’être bien davantage au retour. Ils reviendront dans 15 jours, puisqu’il y aura à me souhaiter ma fête. Vendredi, passé la journée à La Roche pour des réunions d’entre aide… J’avais apporté mes fruits, comme toujours… Nous étions libres à 4 heures ½ et j’ai eu le temps de faire bien des choses – le dentiste, une visite à la clinique et quelques courses. Je reprends cela demain pour la journée du Service familial. Hier, les filles allaient passer la journée chez les Denis ; elles y ont déjeuné, goûté et dîné. Je suis allée les conduire à Montaigu hier matin, et Jacques est allé les chercher à Belleville hier soir. Aujourd’hui, je n’ai, pour mon dimanche, aucune occupation… je voudrais en profiter pour faire beaucoup de choses… quelques lettres pour changer, mettre au net mes notes et directives rapportées de La Roche vendredi, une réunion à préparer pour les jeunes femmes… et puis des rangements… Le chandail de Jacques est commencé, c’est déjà quelque chose, mais je n’en verrai pas le bout tout de suite. Les chaussettes d’Anne ne sont pas terminées, j’ai à faire deux paires de gants pour Geneviève, et voudrais me faire un chandail – chose remise depuis un an – mais dont j’aurais un réel besoin. Comment arriver à tout. Jacquie part sans doute mardi à La Haye. Geneviève est très prise à l’étude ; Il faudrait que je reçoive quelques personnes à déjeuner, ayant des invitations à rendre. Maman ira sans doute à La Haye en décembre et je la conduirai. Suis allée cette semaine voir Renée Baron, elle n’est pas merveilleusement installée, et a eu quelque peine à s’habituer ici. Je tâcherai de la revoir de temps en temps, car elle a besoin d’être soutenue. Une lettre de Jean vendredi seulement….

Jeudi matin 23

Toujours beaucoup beaucoup à faire ; les semaines passent de façon affolante. Lundi, toute la journée à La Roche pour le service d’éducation familiale ; très intéressant… Suis rentrée de bonne heure le soir, après avoir été à Richelieu où j’ai vu seulement Pierre. J’étais en auto et il faisait un temps affreux, une très violente tempête, aussi je n’étais pas fâchée de me retrouver ici dès 5 heures ½, à l’abri et au chaud. Depuis, beaucoup de choses…. Mardi, suis allée chez Andrée Boyer, qui vient de se fracturer une épaule, puis chez Marguerite, toujours recluse, et Tante Abel est une fois de plus au lit. Hier, profité d’une éclaircie pour aller au Plessis, où je voudrais faire en décembre une réunion de jeunes femmes ; vu plusieurs familles et suis rentrée ici juste pour une nouvelle averse ; le soir, suis allée chez Bonne Mère et suis restée très longtemps à causer. Mes tricots n’avancent pas ; D’ici plusieurs mois, j’entrevois beaucoup de travail, non seulement ici, mais pour l’Action catholique, comment arriver à tout ? Ce matin, lettre de Jean, lettre de Jacquie. Je pense conduire Maman à La Haye début décembre.

Dimanche matin 26 novembre

Depuis des jours et des jours, la pluie ne cesse guère, les éclaircies sont bien rares ; il y a longtemps que nous n’avons pas vu le soleil. Ce matin, de plus, il fait froid ; la maison, qui a été chauffée tous ces jours-ci, est bien confortable et nous ne sommes pas à plaindre. Dehors tout est détrempé…. Je pense aujourd’hui avoir une journée assez tranquille, les offices, bien entendu – dernier dimanche après la Pentecôte et évangile de la fin du monde – et beaucoup à écrire…. Jeudi après-midi, suis sortie assez tard ; j’avais mis en train ce jour-là une paire de gants pour Geneviève et voulais avancer le premier, pour lequel il faut toujours calculer davantage. Suis allée chez Mme Lucas, qui marche maintenant, avec deux cannes bien entendu, puis un moment chez Maman. Le soir, préparé ma réunion de jeunes femmes pour le lendemain. Vendredi matin, bien à faire encore et temps plus que douteux. Aussitôt déjeuner, il pleuvait, peut-être pas très fort, mais enfin il pleuvait, je me suis équipée en conséquence, et me suis mise en route… A la Faucherie, pris Odile ainsi que Thérèse Brochard ; nous étions dix, ce qui faisait déjà une réunion intéressante… Suis revenue à la nuit seulement, mais cette bonne course m’avait fait du bien. Hier, passé la journée à Nantes, j’avais pas mal d’achats à faire, un tissu pour une robe, des bas et différentes choses pour Geneviève – j’y ai vidé mon porte-monnaie – Avons circulé toute la journée sous la pluie et sommes rentrées pour dîner. Les garçons viennent déjeuner jeudi….

Dimanche 3 décembre

Un dimanche relativement tranquille, c’est-à-dire que je n’ai pas eu de temps à moi, à cause d’une réunion de Ligue à laquelle il n’est pas venu grand monde, il y avait en même temps une réunion de jeunes, aussi nous avons dû changer de local, est-ce à cause de cela, mais les femmes étaient bien peu nombreuses. On a l’impression un peu pénible de dépenser son temps, ses efforts, sa peine pour un piètre résultat… Dimanche dernier, sont arrivés, Geneviève et Pierre Bouliau ; cela nous a fait plaisir de les voir, je n’avais qu’un petit fond de boîte à gâteaux, mais j’ai rapidement délayé un peu de sucre, de crème et de farine, et la cuisinière Aga nous a fait cuire des petits gâteaux un peu biscornus, mais bien bons tout de même. Après leur départ et après dîner, fait tout de même quelques lettres. Aujourd’hui j’en ai encore quatre ou cinq à écrire et toujours les fameux rangements de tiroirs, sans cesse remis. Jacques est à un banquet de pompiers, banquet suivi d’un bal, mais je pense qu’il ne tardera pas trop à rentrer. Geneviève, Anne et moi rentrons des Vêpres – premier dimanche de l’Avent - Noël sera désormais vite venu. Je voudrais bien que Jean vienne en permission au moment des vacances de ses frères et sœurs, mais sa dernière lettre, reçue mardi, disait qu’il n’était pas fixé à ce sujet. Après une semaine ou presque de pluie, le temps est assez clair… Lundi, travail habituel, suis sortie assez tard, car j’avais entrepris de faire des petits gâteaux, et il me fallait un certain temps pour les faire cuire, bien que, avec trois tôles, il n’y ait pas un instant à perdre pour préparer, enfourner, veiller à la cuisson. Ne suis allée ce jour-là que chez Maman. Mardi après-midi à La Roche – le dentiste, la Maison des Œuvres, la bibliothèque, les garçons, quelques courses – En fin d’après-midi, suis allée voir Mme Dantoing, à qui j’avais promis une visite depuis plusieurs mois, puis la famille Gallet. Suis rentrée avec Jacques, qui était au Conseil général. Mercredi soir, suis allée voir Mme Bricout, l’institutrice publique, qui fait de la pleurite depuis deux mois bientôt et doit rester étendue. Jeudi, nous avions les garçons à déjeuner, en l’honneur de ma fête. La veille au soir, j’avais confectionné une crème au chocolat très bonne et une visitandine. Tous deux ont fait honneur au déjeuner et ont eu plaisir à causer ensuite dans le salon. Par extraordinaire, il ne faisait pas trop mauvais ce jour-là, et ils ont pu faire leurs deux trajets à bicyclette sans pluie. Vendredi, une réunion de Ligue, pas trop mal, il y a eu des jours pires ! Suis allée ensuite voir Mme Dorion et Armande Brachet, ceci par une pluie diluvienne. Hier, ne suis sortie que pour aller chez Maman, puis à l’église…. J’ai beaucoup tricoté ces jours-ci, et cela a fini par devenir fatigant. La première paire de gants de Geneviève, a été terminée mercredi soir. Ils ont été réussis, et, quoique les torsades soient un peu longues à faire, je n’ai pas eu trop de peine. Jeudi, lui en ai commencé une autre paire – des gris, cette fois-ci, pour porter couramment – cette fois-ci, elle a choisi un dessin qui fait très bien, qui lui donnera des gants résistants et chauds, mais c’est très long à exécuter et aussi un peu fatigant. Après un premier essai, il a fallu défaire à moitié fait, j’en ai terminé un, lequel est réussi, sauf deux doigts dont la moitié est à reprendre… toute la journée d’hier j’ai dû tricoter avec les jambes allongées et le dos appuyé. Cela allait très bien ainsi, d’autant plus que j’avais à la radio de al très bonne musique que j’écoutais avec infiniment de plaisir. Hier soir, le second mouvement de la « Symphonie Inachevée » et « Une nuit sur le Mont Chauve ». Demain, Maman et moi partons pour La Haye ; Jacqueline nous enverra chercher à Saumur où nous serons vers 3 heures, si bien que nous arriverons à La Haye avant la nuit, et que, pour Maman, ce ne sera pas trop fatigant… Jacquie rentre demain soir, elle finira l’après-midi à La Roche et reviendra par le car.

Dimanche matin 20 décembre

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 decembre 1950 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Une semaine plutôt chargée, et la prochaine le sera davantage ; enfin on tâchera d’arriver à tout. Ce matin, j’ai une matinée seulement à moi, ayant été obligée de modifier mes plans. Nous devions avoir Geneviève Bouliau à déjeuner ; Pierre devait la déposer en allant à La Roche, à une réunion des anciens élèves du lycée, mais hier soir il a téléphoné que cela ne lui était pas possible, aussi, ils viendront tous deux déjeuner dimanche. D’un côté, cela m’arrange assez bien, car Jacques a aujourd’hui réunion du Conseil municipal, et il aurait fallu sans doute déjeuner sans l’attendre, mais j’avais fait hier de ravissantes bouchées à la reine, très réussies, qui avaient admirablement monté, le four Aga étant à bonne température, et pour dimanche prochain je crains fort de ne pouvoir en faire. Enfin, ils mangeront autre chose ! Les filles ne sont pas là, elles sont parties hier après-midi à Montaigu, où il y a réunion chez les Gaillard, il y aura aujourd’hui Hélène et les Plessy. En janvier, je tâcherai de réunir toute la bande ici un dimanche. Cet après-midi se trouvant libre, nous avons décidé, Jacques et moi, d’aller avec Anne à la séance récréative donnée au Patronage ; Jacquie et Geneviève pourront y aller un autre jour. J’ai des notes à prendre, un compte-rendu à faire pour une réunion cantonale de la Ligue demain à La Roche et différentes choses à examiner et à prévoir pour un goûter Coutansais Gallet samedi. Lundi, nous sommes donc parties à La Haye, maman et moi ; il faisait beau mais froid, le trajet en autorail s’est passé aussi bien que possible, seulement, à Saumur, l’auto Granger était en retard, il a fallu attendre une heure. J’ai eu froid et pris un bon petit rhume. J’ai eu beaucoup de plaisir à revoir ce magnifique paysage des bords de Loire, à Montsoreau, confluent de la Vienne, qui était en crue, tout cela faisait un immense plan d’eau s’étendant jusqu’à perte de vue. Quelques belles églises romanes aperçues en passant… Nous nous sommes arrêtés à L’Ile Bouchard, où la Sainte Vierge serait apparue voilà trois ans. Cette apparition n’est pas reconnue encore, mais beaucoup y croient. Nous sommes agenouillés et avons prié dans ce petit coin d’église. Sommes arrivés à la Haye vers 5 heures ½. Maman n’était pas malade, mais il s’en fallait de peu ! Jean paraît aussi bien que possible, on parle de le faire lever d’ici une quinzaine ; il est amaigri, mais à l’auscultation, Baillargeat trouve les bruits du cœur meilleurs. Le moral est très bon. Tout n’ira pas toujours aussi bien quand il se lèvera et ne sera plus comme autrefois ! Il faisait très froid ce soir-là, et cela a été dur, après avoir quitté une maison chauffée – mauvaise habitude peut-être – que de trouver une chambre glaciale… Passé mardi une journée tranquille, en grande partie dans la chambre de Jean – il y a presque toujours quelqu’un, ou Marcel, ou des clients, ou des visites – En ai profité pour finir le second gant de Geneviève ; il a fallu rectifier un peu les doigts ensuite, mais ce n’était pas la même chose. Suis allée le soir voir la Creuse et cela m’a réchauffée de marcher…. Mercredi, suis partie de La Haye à 7 heures 20, sur indications erronées, prétendant que le car de 8 heures 20 était supprimé le mercredi ; j’ai regretté, ensuite, de n’être pas restée une heure de plus au lit , où au moins j’étais au chaud. J’ai eu très froid dans le trajet de Tours, 1 heure ½ dans un car non chauffé, et sans cesse refroidi encore aux arrêts par la portière qui s’ouvre. J’étais transie en arrivant à Tours. Ne me suis pas attardée dans la gare, qui est un nid à courants d’air, et suis allée me réfugier, rue Nationale, dans un salon de thé où vraiment il faisait bon, et y suis restée jusqu’à l’heure du train ou presque. Dans le train, la température était bonne, mais l’autorail était trop chauffé et c’était pénible. Heureusement il n’y avait pas beaucoup de monde… Jacques n’était pas là, il m’avait envoyé Jacquie pour me prévenir qu’il me prendrait à 5 heures chez les Lesaffre. En attendant, suis allée chez le dentiste, puis à Richelieu, mais, finalement, ne sommes arrivés ici qu’à 6 heures ½ et j’étais gelée. Jeudi, beaucoup à faire, l’après-midi, suis allée voir Andrée Boyer, dont l’épaule va beaucoup mieux, Marguerite toujours seule dans la salle à manger, Tante Abel était cependant levée et doit descendre ces jours-ci. Vendredi, assisté à la grand-messe avec Anne et Jacquie, Geneviève ayant été obligée d’aller à la Roche pour son cours de coupe devait avoir la messe là-bas. Que de souvenirs en ce 8 décembre, mes messes d’Enfant de Marie, les Premières Communions des enfants… Une matinée très courte ensuite, forcément, l’après-midi, sommes allées aux Vêpres. Jacquie a trouvé un peu ridicule la procession des Enfants de Marie, pour moi, je trouve cela touchant de voir non seulement ces jeunes filles qui, se confient à la protection maternelle de la Sainte Vierge, mais surtout les plus vieilles, qui, toute leur vie, sont restées fidèles à leur écharpe. Le soir, encore une déception – cela arrive souvent ! – le devant du chandail de Jacques, ou plutôt le premier devant que je venais de finir est trop long, il faut le recommencer, mais au moins je verrai les défauts qu’il faut rectifier et travaillerai plus sûrement. Hier, je n’avais pas grand-chose à faire, à part un sérieux rangement du fruitier, et surtout pas à sortir, ce qui me changeait quelque peu, aussi j’espérais avancer sérieusement ce malheureux devant de chandail, mais je n’ai rien pu faire ou presque, Marcelline Gendreau est venue au sujet des colis de Noël aux orphelins de Vendée, Mme Bricout est venue me remercier de quelques livres que j’étais allée lui porter vendredi soir, et elle est restée plutôt longuement ; enfin Radegonde Gendreau est venue, et m’a fait une assez longue visite qui m’a menée presque vers 6 heures, aussi il ne m’est pas resté beaucoup de temps. Demain, journée à La Roche pour la foire… Mercredi soir, sommes allés, Jacques et moi, applaudir les acteurs d’Aizenay, et jeudi, ceux de la Genétouze ; les deux pièces, quoique très différentes, étaient intéressantes et bien jouées ; seulement il faisait froid….

Dimanche matin 17 décembre

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1950-12-20). Texte conservé tel quel.

Je me presse un peu, Pierre et Geneviève Bouliau doivent venir déjeuner aujourd’hui, du moins je le suppose, parce qu’ils ne se sont pas décommandés par téléphone, et j’ai tout de même quelques petites choses à préparer pour le déjeuner. Suis allée, avec Jacques, à la première messe, cela m’a coûtée d’être obligée de me priver de la grand-messe, que j’aime particulièrement, surtout en ce temps de l’Avent… Une semaine très chargée… Dimanche après-midi, sommes allés Jacques et moi, avec Anne, à la représentation du Patronage ; c’était bien joué, amusant, et nous avons passé un agréable moment. En sommes revenus sous la pluie, qui devenait tempête, portant une splendide bûche au chocolat, que nous venions d’acheter aux enchères. Lundi matin, après une nuit pluvieuse et venteuse, le temps s’est arrangé, et nous n’avons pas eu trop mauvais, cette fois-ci, pour la foire de La Roche. Assisté toute la matinée à la réunion du Conseil cantonal, à la Maison des Œuvres. Quelques paroisses, cependant, n’étaient pas représentées, mais je crois qu’il a été fait du bon travail ; l’après-midi, courses, dentiste et vu les garçons. Pris à la gare les filles qui rentraient de Montaigu et sommes arrivés ici vers 6 heures ½. Mardi, journée de repos et de diète, comme je devrais le faire chaque mois – en réalité, cela fait la 3ème fois depuis 6 mois – Suis restée au lit toute la matinée à tricoter, au fond, cela a fait beaucoup de bien à mon rhume qui traînait. Me suis levée vers midi, passé en bas une partie de l’après-midi ; écrit à Maman et suis montée me coucher un peu avant 6 heures. Mercredi, repris mon travail habituel. L’après-midi, suis allée au Plessis faire la réunion de jeunes femmes ; cela a bien marché, elles étaient 16, plus deux doyennes, dont moi, et à nous toutes, nous totalisons 50 enfants. Cela a été assez vivant et animé. Fait une visite avant de rentrer ce qui m’a permis d’avoir un réconfortant Nescafé, bien chaud, et suis arrivée ici pour la nuit. Le soir, à La Roche pour la représentation de Richelieu ; c’était très bien et nous n’avons pas eu trop froid. Anne était ravie et ne s’endormait pas le moins du monde. Avons vu les garçons. Pierre était avec nous, quant à Yves, il allait et venait, il paraissait une minute sur la scène pour dire deux mots et chantait dans la chorale. Jeudi matin, suis allée avec Jacquie à Belleville pour l’enterrement de Mme Lamazerolles, sans doute le dernier voyage où j’ai eu le plaisir de conduire la pauvre vieille Chenard ! puisqu’elle va sans doute être remplacée bientôt. Avons déjeuné en vitesse pour aller ensuite à Nantes, car nous avions promis à Anne de lui faire voir les magasins parés pour Noël. Avons eu là bas une après-midi courte et bien remplie. Les magasins sont pleins, et ce n’est pas une promenade de tout repos que de les parcourir ; enfin, Anne n’a pas été désagréable, ni grognon, ni exigeante et s’est conduite comme une grande fille. Sommes rentrés ici vers 8 heures. Vendredi, journée plutôt remplie ; nous avions le soir un dîner ecclésiastique, et lendemain le goûter Gallet Coutansais, lequel s’est trouvé réduit à deux filles Coutansais seulement. Passé la matinée à préparer des croûtes de bouchées à la reine, pendant que Jacquie faisait une salade de fruits. L’après-midi, fait un biscuit de Savoie, puis suis partie à la réunion de jeunes femmes, elles n’étaient pas nombreuses, six seulement, cela a été vivant, mais combien pourraient venir sans beaucoup se gêner. Fini de préparer ensuite de dîner, puis les trois abbés sont arrivés par le car, si bien que nous ne nous sommes mis pas trop tard à table. Tout a bien marché, j’avais mes bouchées bien réussies, un beau plat de soles et des petits pois en conserve maison. La salade de fruits de Jacquie était très bonne. Avons passé ensuite à causer quelques bonnes heures, puis Jacques est allé les conduire ensuite à La Roche, par une nuit froide, mais très belle et calme, aussi nous avons été surpris, hier matin, de trouver une belle couche de neige. Le temps s’étant ensuite dégagé, elle a fondu… Avons fait encore du travail pour notre goûter de l’après-midi ; Jacquie avait fait une série de sandwiches et moi un savarin bien réussi, j’avais aussi soupé en petits carrés le biscuit de Savoie et l’avait garni de crème au chocolat. Vers 4 heures, il est arrivé une grosse bourrasque de neige et nous avons eu quelque émotion, nous demandant si nos invitées viendraient, et si nous n’allions pas rester, avec le savarin, les sandwiches et les autres gâteaux sur les bras. Heureusement, elles étaient en route, et, le temps s’étant éclaircie, nous sont arrivées à bon port. Nous avons goûté, mais elles sont parties de bonne heure, ayant promis à Mme Gallet de ne pas rentrer trop tard, si bien que j’ai eu un moment de tranquillité qui m’a fait plaisir. Maintenant le soleil paraît, le jardin est ravissant sous la neige… Hier seulement, une lettre de Jean qui est allé en manœuvres du côté de Montmeillant. Il espère avoir une permission et nous arriver le 30.

Dimanche 24 décembre

Dans huit jours, du moins de l’espère, nous serons tous réunis, ou tout au moins le soir nous serons tous réunis puisque les filles ne nous arriveront que dans l’après-midi. Ce sera court, car Yves et Pierre rentreront au collège dès le 3 au soir ; enfin nous tâcherons de profiter pleinement de ces quelques jours de réunion complète qui seront désormais si rares ! Une semaine assez remplie pour changer, cependant, ce qui a été merveilleux, ne suis pas le moins du monde fatiguée, alors que l’année dernière à pareille époque, j’aurais eu les nerfs démolis et une lassitude vraiment pénible. Dimanche, j’ai tout de même eu une après-midi plutôt reposante après le départ de Pierre et de Geneviève [Bouliau], qui nous ont quitté vers 4 heures. Le déjeuner s’est bien passé, il y avait d’ailleurs assez peu de préparatifs à faire. Jacquie avait parfaitement réussi des meringues, je les avais garnies de crème au chocolat et cela nous a fait un très bon dessert. Le soleil donnait par les deux fenêtres du salon, et, c’était vraiment agréable. Lundi, pluie presque toute la journée ; Mme Caillaud m’avait annoncé sa visite, et nous avons tricoté dans le salon en causant. Jacquie nous a servi à goûter et Françoise est arrivée à ce moment-là. Jacques était en tournée d’inspection vers La Chaize et Saint Florent, avec André Dorion et l’Amiral Marquis. Le soir, ils se sont arrêtés là, et l’Amiral est resté un moment ici pendant qu’André Dorion allait voir sa tante. Jacques est parti pour Paris, le soir, avec Bretaudeau, ils ont pris la Chenard pour aller à Nantes, et leur train étant vers 1 heures ½, sont arrivés à Paris vers 7 heures ¼ ; Jacques avait à régler une affaire, ce qui a été expédié, et ils ont pris la route vers 10 heures ½. Cet après-midi-là, j’étais à La Roche où j’ai fait un essayage, une visite à Richelieu, une aux Lesaffre et pas mal de courses. Au retour, Jacquie m’a dit que son Papa avait téléphoné d’Angers qu’il arriverait vers 10 heures. En effet, à 10 heures ¼, la Citroën faisait son entrée ici. J’ai servi à dîner aux deux conducteurs ; Jacques n’avait pas l’air fatigué le moins du monde d’un voyage aussi rapide. Mercredi après-midi, il est parti pour Nantes chercher la Chenard, il a pris le car vers 2 heures et j’ai ramené la Simca – quel dommage qu’il faille la vendre, je m’en serais bien arrangée. L’après-midi, j’avais à goûter Mme Dantoing et Mme Allègre, nous avons passé à causer un moment agréable et les gâteaux étaient réussis. Jeudi matin, jour de la foire, j’ai couru une partie de la matinée pour trouver des œufs à couver. J’y ai tout de même réussi et je pense installer ce soir mes trente œufs dans la couveuse. Cela nous donnera des poulets, non pour les vacances de Pâques, car Pâques est cette année très tôt, mais pour le mois d’avril. J’ai été pas mal dérangée, comme tous les jours de foire, et, l’après-midi, une des femmes qui devait m’apporter des œufs est venue pour me parler, elle est restée plus d’une heure et cela n’a pas avancé mon travail, mais ce sont des conversations de charité qui sont nécessaires. Suis sortie ensuite pour aller à l’église, et passée chez Mme Bonnaud qui vient de se faire une fêlure à une jambe et qu’il a fallu plâtrer pour quinze jours. Vendredi, après-midi de visites… suis allée voir Tante Abel et Marguerite toujours patraques, puis Mme Lucas qui marche de moins en moins mal, puis enfin Mme Dorion, toujours au coin de son feu, mais qui s’occupe à merveille à des tas de choses. Les garçons sont arrivés vers 6 heures ½. Hier, suis allée à la Roche avec la Chenard – pour la dernière fois – et je le regrette, car elle marchait à merveille, et c’est tout de même bien commode d’avoir une voiture. J’ai fait un essayage, quelques courses et j’étais rentrée ici de bonne heure. Sommes allés le soir au cinéma, les enfants, Jacques et moi. Les filles arrivent par l’express de 3 heures et quart. Ce soir, Yves et Pierre feront la crèche, et presque toute la famille ira à la messe de minuit. Je passerai d’ailleurs une partie de l’après-midi à préparer le réveillon, si bien que je n’aurai pas beaucoup de temps pour écrire….

Je reprends à écrire, il est déjà 4 heures ½, et, depuis le déjeuner, je n’ai pas arrêté. ; J’ai confectionné d’abord une bûche de Noël, assez peu réussie, parce que la pâte était trop cassante, je tâcherai de faire mieux une autre fois. J’ai assisté à la bénédiction et me suis remise à l’ouvrage après ; il y a, pour l’instant, un savarin en train de monter sur une des cloches de la cuisinière, et de la pâte feuilletée, en préparation, pour faire des bouchées à la reine. Les garçons et Anne sont partis chercher de la mousse et du houx pour la crèche de ce soir… Jacques est allé avec la Citroën chercher ses filles à la Roche, maintenant toutes deux dans le bureau écoutent la radio….

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 25 decembre 1950, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le jour de Noël s’achève, ce jour de Noël qui, bien que l’absence de Jean ait été pénible, a été pour nous tous un jour paisible et heureux. Hier, j’ai souvent été à la cuisine, afin de confectionner pour les enfants un bon réveillon et un dessert pour aujourd’hui, mais aujourd’hui, j’ai eu une journée tranquille et j’en profite pour écrire quelques lettres du Jour de l’An. Hier soir, après dîner, fait deux gâteaux au chocolat, pour envoyer aujourd’hui aux vieilles de l’hôpital, puis fini de mettre au net mes notes prises depuis un certain temps. Les garçons et Anne ont fait la crèche, puis Anne est allée se coucher beaucoup plus tard que d’habitude, Geneviève s’étant offerte pour la garder, j’ai donc pu aller à la Messe de Minuit, ce dont j’ai été bien privée ces dernières années. Il faisait un temps splendide mais glacial… L’église était pleine, l’assistance recueillie, nous avons eu la grand messe solennelle puis les messes basses avec les cantiques traditionnels… Au retour, nous n’étions pas trop gelés, les bouchées attendaient au chaud dans l’étuve de la cuisinière ; je les avais garnies de poisson, avec une sauce au fromage et elles étaient vraiment bonnes ; Yves, qui a un certain appétit, a réclamé du pâté de tête, puis nous avons eu le savarin, que j’avais encore arrosé de sirop à la dernière minute, ce qui était très bon. Ce matin, Geneviève a levé Anne, et elles sont allées toutes les deux à la messe de 8 heures, tandis que nous dormions encore. Au retour, il a fallu réveiller tout le monde, et faire descendre Jacquie et les garçons en robe de chambre, afin de les emmener au salon contempler la magnificence du Petit Jésus. Chacun avait quelques livres, des bonbons, des oranges, Anne un superbe album d’images d’Epinal, semblable à celui qui a fait les délices de ma jeunesse, un petit jouet, des mouchoirs et deux petits chandails de poupée, tricotés par Jacquie. Dans la matinée, terminé les préparatifs du déjeuner et fini les gâteaux, que Geneviève et Anne sont allées porter à l’hôpital. Jacques est allé à la grand-messe, qui était dite pour les soldats d’Indochine, puis nous avons déjeuné et les enfants ont fait honneur au menu de fête. Il y a eu ensuite les Vêpres, où la neuvaine pour la paix s’est terminée par une très belle procession d’hommes, où nous avons chanté le Miserere et le Parce Domine ; puis nous sommes rentrés, les enfants jouent au Nain Jaune, Jacques travaille à l’étude. Trouvé ce matin, auprès des souliers des enfants, un cadeau destiné à Jacques et moi, paraît-il, ce sont deux splendides volumes de la Bible – l’édition complète comprendra 4 volumes, paraît-il – avec de très belles gravures, une impression superbe, une traduction nouvelle qui doit être très intéressante ; seulement je n’ai pas pu encore parler avec Jacques à ce sujet.

Dimanche 31 décembre 1950

Dernier jour de l’année, et aussi dernier jour de L’Année Sainte et du demi-siècle. Il y aura ce soir, à cet effet, une messe de minuit comme il y en a eu une l’année dernière, et nous avons fait le projet d’y aller tous, y compris Anne, dont ce sera la « première messe de minuit ». Nous serons tous réunis ce soir, chose qui, désormais ne nous arrivera pas très souvent – l’an prochain, où Jean sera-t-il ? – nous prierons tous ensemble pour commencer l’année nouvelle et ferons ensemble le petit réveillon traditionnel. Ce sera la première fois sans l’un ou l’autre de nous deux, à moins que ce soit l’une des filles comme l’année dernière reste de garde à la maison. Tous désormais sont grands, et c’est une chose qu’il faut accepter. Ces derniers jours de l’année ont été très froids, et, surtout hier, cela a été un peu pénible, même dans la maison où les radiateurs, qui chauffaient à bloc, n’arrivaient pas à lutter contre la température extérieure. Aujourd’hui cela a l’air de se radoucir un peu. Jacques ira tout à l’heure à la Roche chercher les filles, retour de Nantes où elles étaient depuis vendredi matin. Semaine encore bien remplie, mardi, suis allée à la grand-messe avec les enfants, puis me suis mise à préparer le déjeuner du lendemain. Jacquie a préparé des barquettes destinées à être garnies de champignons pour entourer le poisson, mais, comme elle les terminait, elle s’est aperçue que, machinalement, elle les avaient sucrées, aussi il a fallu s’arranger autrement, et, après déjeuner, me suis mise à préparer des bouchées à la reine destinées à les remplacer. Fait aussi deux gâteaux marbrés au chocolat, bien réussis. Mercredi matin, il neigeait un peu, mais la couche n’étant pas trop épaisse, n’a pas empêché les Denis de venir, et nous étions ce jour-là une bien belle tablée qui faisait plaisir à voir. Le déjeuner était réussi, seulement, j’ai eu quelques émotions, parce que la cuisinière Aga qui habituellement « monte » merveilleusement, a ce matin, refusé de chauffer comme d’habitude, et il a fallu, pour faire rôtir les poulets avoir recours au four électrique, première fois que cela nous arrive ! Enfin tout a marché quand même et cela a été bien gai. Les enfants n’ont pu sortir à cause du froid assez vif, de la neige qui tombait toujours un peu ; vers cinq heures, avons goûté, et les barquettes de Jacquie, transformées en tartelettes, étaient bien bonnes. La famille Denis est partie vers 6 heures ½. Un peu fatiguée le soir, cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps… Jeudi, j’ai écrit pas mal de lettres de jour de l’an, et le soir, vers 6 heures, peut-être avant, sommes partis avec les deux filles à la réception Coutansais. Tout y était très bien, ambiance charmante et gaie, buffet splendide, et beaucoup de personnes de connaissance. Sommes rentrés vers onze heures, seulement il a fallu le lendemain matin me lever dès six heures pour expédier les filles à Nantes par le car de sept heures. Vendredi après-midi, me suis mise à faire des gâteaux en vue des visites amicales du jour de l’an ; j’ai donc entrepris de faire des palmiers, mais j’étais à chaque instant dérangée par les uns et les autres, et obligée de remettre les gâteaux et le four entre les mains de Thérèse. J’ai tout de même pu en venir à bout. Après dîner, fait des galettes de maïs, si bien que je suis pourvue pour les visites qui nous viendront demain et d’ici quelques jours. Hier matin, me suis levée et fait lever les enfants de bonne heure pour l’arrivée de Jean qui débarquait à La Roche un peu après 7 heures, et nous étions tous prêts quand l’auto est arrivée. Yves avait préparé une petite farce et fait sur la cheminée de la salle à manger une exposition de photos de jean à différents âges, avec un écriteau : « Nous pensons à lui, le jour et la nuit ». Cela a bien amusé Jean ; il avait d’ailleurs l’air heureux de se retrouver ici et c’est bien gaiement que nous avons pris le petit déjeuner. Ensuite il a fallu que Jacques aille à Saumur pour affaires, quant à moi, je suis allée aux Lucs, avec M. le Curé, à l’enterrement de M. Parois, mais j’y ai eu tellement froid (-6°) que je n’ai guère pu prier, et que j’ai trouvé ici, avec un immense soulagement, des bas de laine, la maison bien chaude et le déjeuner servi. Dans l’après-midi, écrit quelques lettres, et reçu la visite traditionnelle de Bonne Mère avec Mlle Violleau et de M. le Directeur avec un des « chers frères » de l’école. Jacques n’est rentré qu’à 11 heures ; le temps s’était tout de même un peu radouci, mais, du côté de Montaigu il y avait du verglas et il a fallu aller très doucement. Nous sommes couchés à minuit. Ce matin, assisté tous à la messe de 9 heures – j’avais à déjeuner deux des garçons Boutelier et voulais faire différentes choses dans la matinée – Marie Barreteau est venue nous offrir ses vœux et a pris du café avec des petits gâteaux. J’avais simplifié le travail à faire pour le déjeuner, mais avais un plat de belles crevettes. Fait hier soir, après dîner, une crème au chocolat qui était très bonne.- Je ne finis d’écrire que ce soir après dîner – d’ici un quart d’heure va sonner l’heure sainte, prélude de la messe de minuit. Je voulais faire beaucoup de choses aujourd’hui, et n’ai absolument rien fait. Après déjeuner, confectionné un savarin qui sera mangé cette nuit au réveillon. Sommes allés ensuite, avec les filles, offrir nos vœux à M. le Curé, puis Jacques et moi sommes allés passer un moment à une fête organisée pour la Caisse des anciens prisonniers de guerre, il a fallu boire, manger quelques gâteaux, danser même. Il y avait des danses folkloriques qui n’étaient pas mal et des chants et récits en patois. Sommes rentrés pour dîner. Depuis, fait, pour le déjeuner de demain, une bûche semblable à celle du jour de Noël, mais mieux réussie, il ne me restera demain que de la recouvrir de chocolat, ce qui pourra peut-être se faire entre deux visites, car nous aurons une journée assez chargée. Je voulais faire des tas de choses aujourd’hui, en tout cas un peu de mise à jour de ma correspondance, et je n’ai rien fait – seulement, je suis contente de gâter un peu mes « petits » pendant qu’ils sont là – Il y aura un peu de retard et ce sera tout. Temps moins froid aujourd’hui… L’année 1950 n’a plus que quelques heures à vivre, j’y ai reçu beaucoup de grâce, mais, devant Dieu, j’aurais besoin de faire le point. Et que nous réserve l’avenir ?