Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche matin 2 janvier 1949
Encore une année commencée ; cela va de plus en plus vite et les vacances des enfants seront désormais bien vite passées aussi. Jean et Geneviève partent demain soir, les garçons peut-être mardi. Jacquie aussi mardi matin. Ces jours dont je me promettais dans de joie ont été bien courts, enfin, nous sommes bien heureux de les avoir tous six. L’année dernière, Jean n’était pas là pour Noël, il était venu le soir du jour de l’an, mais bien peu de temps ; enfin je considère que ces jours-ci nous sommes tous au complet, que tous nos petits sont avec nous, parce que petit Bernard est avec nous et nous assiste toujours, nous avons tous tant besoin de ses prières et de son secours. Quelques journées bien remplies ; vendredi matin, assisté à un enterrement, et passé tout le reste de la journée, ou à peu près, à mes lettres du jour de l’an. Suis allée goûter chez Maman, y avons eu la visite de Benjamin puis sommes allés en famille, comme chaque année, offrir nos vœux à M. le Curé. Hier matin l’année s’est ouverte par une bonne tempête ; le vent avait soufflé toute la nuit et le courant était coupé, si bien que mon premier travail de l’année a été d’aller chercher des lampes à pétrole afin de nous préparer pour la première messe, à la quelle nous avons assisté dans l’obscurité, ou presque. Nous avons eu ensuite les vœux des enfants, avons distribué les étrennes, qui n’ont pas été du tout du goût de Tachou – nous avons acheté de l’argenterie pour tous ; les grands apprécient le cadeau, mais Anne a trouvé cela vraiment un peu sérieux. Nous avons eu ensuite toute la matinée les visites traditionnelles, après déjeuner, visite de M. le Curé ; sommes allés ensuite offrir nos vœux à Maman, pendant que nous étions chez elle, sont arrivés Odile et Xavier Gaillard. Visite traditionnelle à Tante Abel et aux Mignen ; les enfants ont filé chez la famille Baron, tandis que nous recevions ici Marie Barreteau et le filleul de Jacques, et cette journée a été vite passé. Je suis arrivée à réparer les gants de Geneviève et à lui terminer ses culottes, mais le bonnet d’Anne est raté et bon à refaire, de plus, Geneviève me réclame des moufles, qu’il va falloir lui tricoter au plus vite ; tout ce que j’ai à faire pour moi restera encore une fois en panne. J’ai encore pas mal de correspondance à faire aujourd’hui ; après les vêpres nous irons peut-être chez les Boyer, puis Jacques a promis à Anne une séance de cinéma, où il passera le « Petit chaperon bleu », « les souris dansent » et ce qui lui plaît le mieux. Temps moins froid, cependant les averses ne sont guère tièdes encore ; hier matin, orage avec quelques bons coups de tonnerre ; nous sommes bien contents d’avoir la maison chauffée, et, malgré les coupures de courant, la maison a une bonne température en dehors des périodes de grand froid, la chaudière ne fonctionne que relativement peu souvent dans la journée….
Mercredi 5 janvier
De nouveau nous sommes au calme, un peu trop, puisque tous les enfants sont partis ; Jean et Geneviève nous ont quitté lundi soir ; Jacquie et les garçons samedi matin et Anne a réintégré sa classe, avec plaisir, du reste. Cela a donné quelques heures de bonne bousculade, après quoi il faut ranger, remettre tout en place et reprendre le travail, qui ne manque pas. Dimanche, assisté aux offices comme de coutume et essayé de faire quelques lettres… aujourd’hui, j’ai à écrire un peu encore, puis vais me remettre à travailler ; j’ai repris la petite capuche d’Anne, la bande de tricot Jacquard est presque terminée, c’est le plus ennuyeux ; le reste ira tout seul (le fameux bonnet dinde, il y avait une bourrelet sur le sommet du crâne qui descendait le long des oreilles, les frères se moquaient de moi, il était maronnasse, affreux) . Je suis aujourd’hui un peu lasse, j’ai beaucoup travaillé ces jours-ci et j’ai besoin d’une détente. Lundi, nous avons fêté la Sainte Geneviève et par anticipation l’Epiphanie, Pierre a été roi. Le chauffage est en panne depuis avant-hier, accident dû à un court-circuit – montage défectueux - ; heureusement il ne fait pas froid.
Vendredi matin 7 janvier
Neuf heures et demie, c’est à peine si on y voit à écrire, je vais me mette à faire une tarte au mil, après quoi j’aurai à écrire un peu, puis à préparer une réunion de Ligue pour tantôt, y aura-t-il du monde ?… J’ai presque fini la capuche d’Anne, et c’est pour moi un soulagement, car, avec ce tricot Jacquard à faire, il m’était impossible de lire et c’était pour moi une vraie souffrance, une vraie soif… Le chauffage est toujours en panne ; heureusement qu’il ne fait pas froid ; le journée d’hier a même été ensoleillée et presque tiède, mais c’est exceptionnel. Une visite de Renée Dorion hier ; cela m’a fait grand plaisir ; nous avons longuement causé de Rome, de l’Italie, elle a presque envie d’aller à Fatima, je préférerais revoir Rome pour l’année jubilaire. Jacques et moi avons commencé nos visites de janvier ; cela prend du temps, et me supprime mes promenades – méditations du soir. Lu ces jours derniers un livre assez curieux : les Souvenirs d’Edouard Herriot ; c’est du reste fort intéressant, écrit dans une langue admirable. Il évoque ses souvenirs du lycée de La Roche – presque à chaque page, on y retrouve le vieux radical anticlérical ; il raconte qu’au cours de certaines vacances, visitant avec sa femme les Balkans, alors sous la domination turque – c’était avant 1922 – il eut la curiosité de visiter les églises de l’Apocalypse – c’est assez inattendu de sa part – et, dans les ruines de l’Acropole d’Ephèse, il évoque le souvenir de Saint Paul et de son fameux discours aux Ephésiens, et il a là quelques pages admirables. Messe chaque matin ; en cette octave de l’Epiphanie, je voudrais chaque jour méditer le mystère de cette fête que j’aime profondément.
Dimanche matin 9 janvier.
Nous avons été obligés de reprendre nos habitudes de chaque hiver, de faire du feu dans la salle à manger et de nous y tenir, puisque le chauffage n’est pas réparé. Heureusement il ne fait pas très froid et nous ne sommes guère nombreux ; espérons que les ouvriers viendront cette semaine et que nous pourrons de nouveau avoir une maison à peu près confortable. Enfin je suis bien contente que cela ne soit pas arrivé pendant que les enfants étaient là ; nous avons pu au moins profiter de la maison. Armande Brachet se plaint de son chauffage qui ne marche pas, celui de Mme Yvernogeau ne va guère bien aussi. Maman a laissé éteindre le sien, de peur de manquer de charbon, mais il a très bien fonctionné. Reçu des nouvelles de Jean ; il a écrit dès mardi soir et espère venir à Nantes le dimanche 23, seulement, ce jour-là nous ne pourrons pas nous y rendre, parce que nous serons très probablement à la Haye-Descartes. Jacques espère prendre quelques jours – de la foire du Poiré à la foire des Lucs – pour aller conduire Maman là-bas, si nous pouvons y aller en auto, nous emmènerions Anne qui s’en réjouit. Rien de très nouveau depuis vendredi, fait ce jour-là ma réunion de Ligue ; il y avait cinq assistantes, cela fait bien peu de bonne volonté… J’ai été interrompue tout à l’heure, suis allée faire ma réunion du dimanche ; il y avait bien un peu plus d’une vingtaine de femmes ; la campagne démarre tout de même un peu, mais il faut pour cela bien du travail. Suis allée ensuite me chauffer un peu et chercher Anne pour la grand-messe, puis nous avons déjeuné, assisté aux Vêpres et reçu Mme Yvernogeau. Je pense maintenant avoir un moment tranquille pour écrire, lire un peu, pendant que Jacques est à une réunion du Conseil Curial. Nous sortirons peut-être ensuite. Hier matin, fait un peu de cuisine, préparé avec de la chair à saucisses et un peu de lapin, deux terrines de galantine qui nous rendront bien service. L’après-midi, suis allée chez Maman ; je voulais commencer des moufles pour Geneviève, mais quelque chose m’échappait dans le dessin, je n’ai fait que tâtonner et ne suis arrivée à rien….
Jeudi soir 13 janvier
Après quelques jours de froid assez vif le temps est devenu plus convenable, d’abord de la pluie, puis une température plus clémente ; ce matin, une légère gelée blanche, puis un beau soleil. Le temps d’est couvert dans l’après-midi, mais il ne fait pas froid. Je reviens d’une de ma promenade habituelle, c’est un des meilleurs moments de ma journée, j’ai pu penser, méditer… Ce matin, un beau clair de lune pour me rendre à la messe, l’air nocturne avait une saveur rare, un parfum d’avant printemps… Lundi, foire de La Roche, beaucoup de fatigue ; vu personne de vraiment intéressant ; réunion assez quelconque dont je n’ai pas rapporté la sensation de plénitude de certaines fois ! Ce serait trop beau !
Mardi, à la fin de la matinée, un coup de téléphone de Richelieu ; le collège licencié à cause de grippes ! Jacques est allé chercher les garçons ravis d’avoir des vacances. Pierre est très enrhumé ; Yves paraissait légèrement grippé, mais l’air du pays a dû le remettre. Le chauffage n’est pas réparé, il le sera, en principe demain, et j’en serai bien heureuse à cause des enfants !
Dimanche matin 16 janvier
Le chauffage a tout de même été réparé vendredi, le monteur est arrivé à la fin de la matinée, mais il lui a fallu un certain temps pour trouver la cause du mal ; il y avait d’ailleurs très peu de chose ; encore s’agissait-il de le trouver. L’appareillage électrique n’avait aucun mal, ce que je craignais pourtant beaucoup, il y avait seulement un fil coupé au petit thermostat qui se trouvait dans le cabinet de toilette des garçons ; lequel thermostat a d’ailleurs été ramené plus près de la chaudière ; dès le milieu de l’après-midi tout était réparé et le chauffage fonctionnait normalement, seulement la maison était bien refroidie, et il a fallu chauffer assez longtemps pour arriver à une température normale. Hier, nous étions à Nantes et avons assez peu chauffé, mais ce matin, sans allumer, il fait bon quand même ; c’est tout de même bien pratique. Les garçons sont bien ; pas de grippe jusqu’ici ; Pierre est toujours enrhumé, mais pas davantage, mous allons lui administrer de la Solution Pautauberge, cela a fait tant de bien à Geneviève, à moi aussi ! J’espère que cela le débarrassera de ses rhumes perpétuels. Hier, voyage à Nantes, nous sommes partis assez tard, et arrivés seulement un peu avant déjeuner, si bien que nous n’avons fait que quelques courses l’après-midi. Les filles vont bien toutes eux, seulement bien des choses ne marchent pas comme il faudrait et c’est assez pénible. Revenus de bonne heure, nous étions là avant l’heure du dîner, ce qui m’a permis de mettre bien des choses en ordre avant que les enfants ne rentrent de chez Grand-mère. Nous sommes installés dans le bureau et c’est tellement plus agréable, j’ai tout sous la main et cela me simplifie bien des choses. Vendredi matin, j’ai eu beaucoup à faire ; des courses, des pommes à trier, de la pâtisserie. J’ai fait un gâteau que nous avons mangé à la réunion des jeunes femmes l’après-midi ; tout s’est bien passé, dans une ambiance sympathique, seulement elles n’étaient que neuf ! Il pourrait en venir bien d’autres sans que cela les gêne beaucoup. Je reconnais que je n’avais pas assez préparé ma réunion, il me faut travailler le sujet davantage, prier davantage aussi sans doute. Le soir, visite du Dr et de Mme Lucas, qui ont évoqué avec Jacques de vieux souvenirs de Palluau. J’ai pu terminer vendredi les moufles de Geneviève ; elles vont bien et lui seront bien pratiques pour aller à bicyclette ; j’ai pu terminer aussi, de justesse, trois culottes à Jacquie pour apporter le tout hier. Commencé hier une petite paire de chaussettes pour Anne… Je voudrais combiner une grande écharpe pour Geneviève, que je ferai à La Haye, elle voudrait quelque chose pour d’envelopper la tête les jours froids. Nous partons jeudi, aussitôt déjeuner si possible, pour revenir le lundi soir. Aujourd’hui, deux ou trois lettres à écrire, des journaux à revoir, des lettres à classer et ranger, des rangements à faire. Cet après-midi nous aurons peut-être des visites ; je suis contente que le salon soit chauffé maintenant, cela fait tout de même une piève pour recevoir, et permet aux enfants de faire dans le bureau leur petit désordre sympathique, qu’Yves estime nécessaire à l’existence même du bureau…
La Haye-Descartes vendredi matin 21
Installés ici depuis hier soir, pour bien peu de temps, cependant cela sera quelques jours de détente et de repos. Bien à faire au début de la semaine ; lundi, suis allée chez Maman qui recevait Marguerite et Tante Abel, mais suis restée qu’assez peu de temps, nous devions, Jacques et moi, aller faire visite aux Gilbert et à Mme Yvernogeau. J’avais un peu de migraine ce jour-là, goûté en rentrant et pris un cachet, mais je ne me suis pas sentie très bien jusqu’au soir. Toute la nuit, des tournements de tête très pénibles, j’étais persuadée que je commençais une grippe, mais le matin, pas de fièvre ; me suis levée quand même, mais passé une journée assez dure, avec le cœur fatigué et trop lent. Mercredi, repris ma vie normale, sans me sentir très bien pour cela ; suis allée voir Marguerite et passé un moment chez Maman. Hier matin, fait les préparatifs de départ, seulement c’était la foire. Jacques a déjeuné assez tard, et a été très pris ensuite si bien que, après avoir chargé, nous ne sommes partis que vers quatre heures. Le voyage se serait bien passé, si ce n’est que nous nous sommes trompés de route à Parthenay, qu’il a fallu rattraper par de petites routes et que cela nous a perdu une bonne heure. Pendant ce temps, Maman était affreusement malade (j’étais derrière avec elle, avec entre nous une cage contenant des poulets !) et nous avions grand hâte d’arriver. Tachou s’est conduite comme une grande fille et elle a été très mignonne. Ce matin, nous sommes levés tard, et, après avoir tout rangé, sommes sortis nous promener et montrer le pays à Anne. Il fait doux et nuageux.
Dimanche matin 23 janvier 1949
Neuf ans aujourd’hui que notre petit Bernard est venu au monde… Aujourd’hui, Jean doit être à Nantes, et passera la journée avec ses sœurs, sa grand-mère et sa tante, si nous avions été au Poiré, sans doute aurions-nous été le rejoindre là-bas. Nous partons demain pour aller déjeuner à Thouars, après quoi nous regagnerons le Poiré pas trop tard pour dîner, sans encombre je l’espère. Le séjour ici aura été vite passé. Vendredi matin sommes sortis un peu avant déjeuner, Jacques, Anne et moi, sommes allés d’abord à l’église, puis sur le pont, où nous avons photographié la fille (voir photo sur le pont, avec le bonnet-dinde), après quoi sommes revenus en passant par un lacis de petites ruelles. Dans l’après-midi sommes allés jusqu’à Balesmes. Le soir les Paugam et Baillargeat sont venus passer un moment avant dîner. Hier matin, ne sommes pas sortis, mais après déjeuner fait une bonne promenade le long de la rivière par l’écluse de la papeterie, et sommes allés jusqu’à la chapelle, avant de rentrer, sommes allés montrer à jacques où passait la ligne de démarcation, au temps où la France était coupée en deux. Aujourd’hui, peut-être irons-nous à Buxeuil ; il fait froid mais très beau. Ce matin, assisté à la messe de 8 heures ; cela nous change de notre grande paroisse, ici, l’assistance est plutôt restreinte, très recueillie cependant, et le curé a donné, avant la messe, quelques explications sur le propre du jour qu’on devrait bien donner à chaque messe. Anne est un peu enrhumée.
Le Poiré, mercredi 26 janvier
Quelques minutes avant de nous mettre à table, Anne ne tardera pas à revenir de l’école, où elle est retournée avec joie. Son rhume n’était pas grand-chose, d’ailleurs il fait très beau et ce serait vraiment dommage que de l’empêcher de sortir. Nous voilà rentrés ici depuis lundi soir et c’est avec plaisir que nous nous retrouvons chez nous, ravis cependant d’avoir fait ce petit voyage promis depuis si longtemps. La journée de dimanche s’est bien passée ; avons laissé Anne avec Grand-mère – toutes deux aimaient mieux cela – et sommes allés à Buxeuil. Ce sont des paroisses comme nous n’avons pas l’habitude d’en voir ici, l’agglomération principale est au bord du pont et touche La Haye ; à quinze cents mètres environ l’église, avec le presbytère, deux fermes, et, un peu plus loin, le cimetière. Plus loin encore, une autre agglomération. Cela fait un drôle d’effet de voir cette église plantée toute seule dans un pré, au bord de la Creuse, et pas de maisons autour comme chez nous. Le pauvre curé arrangeait l’église pour un enterrement le lendemain, pas de sacristain ni personne. Après-midi ensuite un peu vide, j’ai lu et c’est tout ; difficile de prier et de méditer ; l’ambiance n’y est pas, et puis il faudrait s’isoler ce qui n’est pas toujours facile. Lundi matin, partis à 9 heures de La Haye ; beau temps un peu froid, une gelée blanche ravissante. Avons pris de petites routes, souvent plus pittoresques que les grandes, n’étions d’ailleurs pas trop pressés. Traversé une contrée boisée et vallonnée, assez peuplée d’ailleurs. Etions à Thouars vers 11 heures et demie, Anne était bien un peu intimidée, mais cela ne l’a pas empêchée d’être difficile et désagréable au déjeuner. Sommes restés causer jusque vers 4 heures et demie, puis avons repris la route, à la grande joie de la fille qui s’ennuyait. Le reste du trajet s’est passé sans encombre, la nuit nous a pris à La Chaize, et nous étions ici avant dîner, si bien que j’ai peu défaire les bagages avant de nous mettre à table. Hier, beaucoup de rangements à faire un peu partout. Suis allée voir Marthe Fournier qui vient d’avoir un garçon. Une lettre de Jean ce matin.
Dimanche matin 30 janvier
J’ai repris en main la maison, cela ne veut pas dire qu’après une si courte absence il y ait eu beaucoup à faire, à part la lessive à mettre en place, mais, par suite du congé extraordinaire des garçons, il y a longtemps que je n’avais été seule ici avec Anne, et de plus, la maison étant chauffée, ce qui n’était pas arrivé depuis tant d’hivers, je peux ranger bien des choses, ce qui n’était pas facile de faire avant. De plus, n’ayant pas à sortir chaque après-midi pour aller chez Maman, cela me donne un peu de liberté. Mercredi, rangé le bureau qui en avait grand besoin, dépoussiéré tous mes livres et les ai classés. L’après-midi, suis allée voir Marguerite. Jeudi, fait un peu de cuisine, Marie n’étant pas là ; l’après-midi, Anne paraissait un peu enrhumée, ne l’ai pas sortie, et rangé ma travailleuse – qui en avait aussi grand besoin – suis sortie un peu le soir. Vendredi, continué mes rangements, dans la salle à manger, dans le placard aux couvertures… L’après-midi, suis allée à La Roche avec Jacques, dentiste, quelques courses, vu les garçons qui sont bien, mais n’ai trouvé à la Maison des Œuvres aucune des personnes que je voulais voir. Passé un moment chez les Lesaffre et avons bien ri car Pierre Gourraud a annoncé, paraît-il, au cour d’une surprise-partie, les prochaines fiançailles de Jacquie avec Paul Durand, qui prendrait, paraît-il, l’étude du beau-père. C’est très bien combiné, mais je ne sais pas si cela dit quelque chose aux intéressés. Mme Lesaffre prétendait être jalouse, parce que les trois garçons Durand auraient fait l’affaire de ses trois filles, et voilà qu’on lui en enlève un ! Jacquie va bien s’amuser ! Hier matin, rangé l’armoire de Jean, l’après-midi, fait visite à Mme Edmond Gendreau, qui fait un peu de bronchite, suite de grippe, et à Mme Caillaud, toujours bien occupée. Confession avant de rentrer. Hier soir, fait le gâteau de l’anniversaire de Bernard, il est en retard de huit jours, à cause de notre voyage, mais sera vendu aujourd’hui à la crèche. Ensuite j’ai eu très peur qu’Anne soit malade, elle se plaignait d’avoir mal au ventre, d’avoir froid, elle demandait à se coucher ; je lui ai fait prendre un peu de bouillon et l’ai mise au lit ; elle s’est endormie aussitôt et s’est réveillée vers 6 heures et demie, très gaie et aussi bien que possible. Ce matin, il n’y paraît plus rien, et, ne sortant pas à cause de son rhume, elle se réjouit de s’amuser avec Thérèse pendant la messe. J’aurai beaucoup à écrire aujourd’hui…. Je n’ai pas fini non plus les visites et les tricots ne manquent pas à faire ; je tricote pour l’instant une grande écharpe demandée par Geneviève et ai bien des choses en perspective ensuite. Il y a huit jours, nous étions à La Haye, le lendemain à Thouars, cela a passé si vite ; Je revois la maison de Suzanne, où tout est si impeccable, si admirablement rangé, si bien minuté et organisé ; que ce soit les bibelots de valeur, tableaux, linge de table, argenterie de toute sorte ou cristaux, tout est beau et rien ne manque. Malgré l’absence de service, rien ne cloche et tout est bien. Je n’arriverai jamais à « être à la hauteur » de cette façon-là, et pourtant j’ai conscience d’avoir fait quelques progrès.
Nous avons dans la salle à manger une bien jolie jacinthe rose.
Dimanche 6 février
Quelques minutes seulement avant la grand-messe ; j’ai eu une réunion de la Ligue – bien peu de monde, il est vrai qu’il y a des grippes un peu partout et que ce n’est pas facile de venir pour beaucoup – mais un petit noyau assez vivant. Avant de partir, j’ai rangé du linge de la lessive, fait une tarte au mil pour le dîner. Cet après-midi nous devons aller à l’Hermière voir Raymonde et sa pouponne, née il y a huit jours. Je n’aurai pas grand temps à moi aujourd’hui. Et pourtant j’ai pas mal à écrire et des photos à classer et à coller. Pas écrit depuis huit jours faute de temps. Lundi ne suis pas sortie qu’un peu le soir. Mardi, suis allée aux Sables, partie par l’autorail et revenue par le car. Je n’ai pas eu trop froid à la maison, je n’y suis guère restée d’ailleurs. Les peintres y étaient depuis la veille ; je vais sans doute y retourner demain. Déjeuné de bonne heure, puis suis allée voir Mlle Chalard qui n’est pas bien ; en traversant la plage, rencontré l’abbé Hidier qui surveillait la récréation des élèves. En revenant, fait quelques courses, vu Mme Boisseau un petit moment. Mercredi, sommes allés à Nantes, Jacques et moi ; Nous étions là-bas de bonne heure, si bien que j’ai pu, avant déjeuner, aller à la Visitation ; la Supérieure étant souffrante, j’ai été reçue au parloir Sainte Chantal, ce qui m’a fait plaisir, par Sœur Marie de Gonzague, autrefois Yvonne Merrière ; nous avons parlé longuement, je lui ai raconté beaucoup de choses, et confié de nombreuses intentions. L’après-midi, sommes allés prendre des nouvelles d’une jeune Dominique Bouliau, née plus de deux mois avant terme, mais viable cependant, et voir Tante Marguerite. Nous étions ici pour dîner. Jeudi, suis restée avec Anne et sortie un peu le soir ; il a fait très froid, le temps a plutôt été dur tous ces jours-ci, mais jeudi, le courant étant coupé, il n’y a pas eu de chauffage et cela a été, malgré le soleil, assez pénible. Vendredi, nous avons eu la sépulture de Charles Jousset, mort presque subitement mardi ; cela a dérangé la réunion de la Ligue qui devait avoir lieu à ce moment-là. Après la cérémonie, je suis allée voir si malgré tout quelqu’un viendrait. Nous étions quatre et avons fait un petit semblant de réunion. Andrée Boyer y était, et je l’ai presque regretté, car elle a trouvé, au retour, de me dire devant d’autres certaines choses désagréables qui ont tout de même été assez pénibles. Je sais que les humiliations sont salutaires, nécessaires, mais ce n’est jamais amusant de recevoir, devant d’autres, de pareilles douches ! Elle a tellement changé depuis quelques années ; il nous était arrivé, souvent, d’avoir ensemble de si bonnes conversations, et, placées comme nous le sommes, porte à porte, il serait si pratique et si précieux de travailler en équipe, s’épaulant, se remplaçant, s’aidant mutuellement ! Mais de sa part, aucune bienveillance, aucune compréhension de nos devoirs de militants, de dirigeants. Peut-être m’en veut-elle d’avoir pris la tête du mouvement, je m’en serais passé facilement, car, par ailleurs, le travail ne manque pas ; mais cela s’est fait tout seul ; et je voudrais tant faire davantage et mieux ! Hier, une tournée de visites, chez Mlle Lucas, chez Mme Herbreteau, chez Mme Dorion. Chaque matin, je range… le linge de la lessive ou un placard ou une armoire, il y a toujours à faire ! J’ai quelques petits objets de layette à faire, pour la pouponne de l’Hermière, pour le bébé de Marthe Fournier….
Dimanche 13 février
Une semaine très remplie, pendant laquelle je n’ai pas eu le temps d’écrire, et aujourd’hui je n’aurai guère le temps non plus, nous allons cet après-midi assister à une représentation au patronage, et cela nous fera dîner assez tard… Dimanche dernier, j’ai été assez prise avec la réunion du matin, les offices, la visite à l’Hermière. Lundi matin, suis partie à La Roche dès 8 heures et quart avec Marie qui devait passer à la radio et qui avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner. Il faisait un temps un peu plus doux, mais très brumeux, la séance chez le docteur Boutelier a été finie à 10 heures et quart, seulement il n’a pu en donner le résultat à Marie, et on ne lui a pas encore envoyé. Je suis allée jusque chez Marie Guesdon, puis à la gare où j’ai pris un autorail pour Les Sables vers 11 heures et demie, j’étais là-bas un peu après midi et à la maison une demie heure après ; mon déjeuner a été vite fait, vite expédié et ma vaisselle aussi. J’ai fait quelques courses, vu Mme Dereure et pris à 5 heures un autorail qui m’a ramenée à la Roche pour 6 heures moins le quart ; je suis allée à Richelieu où j’ai vu Yves, puis il était temps de prendre le car, je m’y suis installée de bonne heure en attendant le départ et venais juste d’y monter quand sont passées Mlles Gallet ; elles sont montées elles aussi, nous avons fait salon tout un moment, la famille Lesaffre étant passée, Mme Lesaffre s’est arrêtée et nous avons causé tout un moment. J’irai goûter chez les Gallet le mardi 22. Mardi matin, suis restée ici, mais l’après-midi suis allée avec Jacques à la Roche ; j’ai eu une après-midi très dure, avec beaucoup de courses à faire ; suis allée à la Maison des Œuvres, à l’hôpital voir Radegonde Gréaud qui est mieux mais attend son opération ; je suis allée à Richelieu où j’ai vu les deux garçons en bonne santé ; Jacques y est venu aussi et nous sommes retournés en ville en auto, j’avais ensuite une course à faire, puis suis allée m’asseoir dans la voiture, en attendant Jacques qui était à la Préfecture, et n’ai même pas eu el courage de sortir pour aller chez Mme Poirier-Coutansais. Mercredi, j’étais très fatiguée et pas bonne à grand-chose, l’après-midi, mis des adresses avec Marcelline pour la réunion des jeunes femmes de vendredi. Je suis allée ensuite chez Marie-Josèphe Remaud parler de cette réunion ; passée chez Armande Brachet, puis une visite à Marguerite chez qui j’ai trouvé Mme Yvernogeau et Madeleine Dézamy. Jeudi, j’avais très mal à la gorge, ne suis sortie qu’un peu le matin pour quelques courses, et, le soir, suis allée avec Jacques aux Lucs et passé un moment avec Mlle Parois et sa mère. Vendredi matin, fini de préparer ma réunion du soir et tricoté en vitesse une petite paire de chaussons ; la veille, nous avions reçu une bonbonnière d’un bébé qui venait de naître à la gendarmerie ; j’avais toujours eu l’intention d’aller voir la maman, mais je me suis vue obligée d’apporter « un petit quelque chose ». Le jeudi matin, j’avais terminé le paletot pour l’Hermière et l’après-midi le bonnet du jeune Henri Fournier. La réunion s’est bien passée, mais il y avait peu de monde, une dizaine en tout, alors que nous envoyons beaucoup d’invitations et qu’elles pourraient venir tellement plus nombreuses… Avant de rentrer, suis allée à la gendarmerie voir Mme Braud et son bébé, puis suis passée chez la femme du brigadier. Hier, suis tout de même restée là presque toute la journée à part un petit moment pour aller, d’abord à l’église, puis chez Mme Vrignon, il pleuvait quand je suis rentrée, il ne faisait pas chaud et j’ai eu infiniment de plaisir à relancer le chauffage et à entendre le ronflement sympathique de la chaudière !… Bonnes nouvelles de Maman, son rhume va mieux. Jean doit être aujourd’hui – si il a pu y arriver – à Saint-Malo pour le Pardon des Terre-Neuvas. Nous avons eu une semaine plutôt froide et le vent, après avoir eu l’air de changer hier, s’est remis au Nord-Ouest. Le temps est sombre et brumeux, cependant les jours allongent et le soleil, quand il daigne paraître, prend de la force.
Vendredi 18 février
Quelques journées radieuses, vraiment printanières…. Beaucoup de travail ces jours-ci, je suis loin d’être arrivée à tout ce que je voudrais faire ; ce serait peut-être beaucoup il est vrai. Lundi, foire de La Roche ; beaucoup marché, vu les garçons qui sont bien ; après déjeuner, une réunion d’Action catholique intéressante ; Mardi, un temps merveilleux, suis allée au Plessis voir un nouveau-né et sa maman. Mercredi, sommes allés aux Sables, Jacques et moi et emmené Marie pour qu’elle voit la maison. Je suis allée un peu sur le remblai…. Hier après-midi, une promenade avec Anne jusqu’à la Bardinière ; comme c’était la foire, rencontré beaucoup de monde et constaté qu’il y avait partout bien des misères ; vu d’abord une femme dont la fille attend un bébé et ne se porte pas très bien ; le poupon de Marthe Fournier est très enrhumé et la maman se tourmente. Une autre femme est ennuyée parce que sa fille a fait deux fausses couches et se désole…. Pour toutes ces intentions, j’ai prié ce matin à la messe… Passé un moment cet après-midi chez Armande Brachet. Nous allons dimanche à Nantes.
Dimanche soir 20 février 9 heures 10
Nous arrivons de Nantes où nous avons passé la journée comme convenu ; Sommes allés ce matin à la première messe, Jacques et moi ; une messe basse seulement avec une assistance assez clairsemée, ne répondant nullement aux prières de la messe ! C’est bien peu pour un dimanche ! Avons déjeuné, fait quelques préparatifs de départ et filé sur Nantes par un bien vilain temps (Ah, l’odeur des poireaux, dans la voiture !)… A Nantes, tout le monde nous attendait en bonne santé. Nous avons donc passé la journée ensemble, déjeuné, causé, joué aux cartes. Jacques et les enfants du moins, recausé et enfin dîné à six heures, Jean ayant son train à sept heures et quart. Nous sommes allés le conduire à la gare, puis avons filé directement ici ; nous aurions été arrivés de bonne heure si ce n’avait été le brouillard très épais qui a bien gêné Jacques pour conduire, surtout au départ de Nantes, et entre Rocheservière et le Poiré. Anne a un peu dormi ; nous venons de la coucher et je ne vais pas tarder à en faire autant. Si ce n’était la joie de voir Jean, et aussi les filles, je ne voudrais pas recommencer souvent un dimanche comme cela, sans grand-messe, sans vêpres, un dimanche passé tout entier à parler de choses et d’autres, sans la possibilité de lire, d’écrire un peu, de penser à quelque chose d’intéressant, de sortir, d’agir un peu…. Rien de nouveau, hier, j’étais un peu patraque et ne suis pas sortie de la journée ; cela m’a bien arrangée au point de vue de mon travail surtout. J’ai pu faire bien des choses que j’avais dû remettre jusqu’ici, brodé une chemise de nuit, une combinaison ;… Mardi, je vais toute la journée à La Roche pour des réunions…. j’ai mis en train aussi une petite robe verte au tricot pour Anne. Après déjeuner, une visite de Renée Dorion ; elle viendra d’ici quelques jours passer l’après-midi avec sa belle-sœur Yvonne Auvynet et Mme Roy. Maman et Jacqueline arrivent samedi.
Jeudi soir 24 février
Passé une après-midi entière hors de la maison ; je n’ai rien fait de ce que j’aurais voulu faire, ni un point de broderie à la chemise de nuit en cours, ni un point de tricot à la robe d’Anne, cependant, j’ai l’impression qu’au point de vue chrétien, tout comme au point de vue social, ni Jacques, ni moi n’avons perdu notre temps. Sommes allés à la Bouchère où j’ai vu Radegonde Gréaud, venue chez elle pour deux jours, avant l’opération qui doit, espérons-le, lui rendre la santé ; causé avec elle… avec sa fille, pendant que Jacques était en affaires, et fait quelques visites au village. Sommes allés à la Noue où nous avons vu assez longuement Marie Barreteau et tous les siens, et terminé par l’Hermière, où nous sommes restés un grand moment. Nous venons de rentrer, j’ai eu le temps de mettre le chauffage en marche, de monter dans la salle de bains, de ranger un peu ici, et nous allons dîner. Je n’ai pas très faim, j’ai mangé deux botrots et pris un café crème à la Bouchère, une tartine de crème à la Noue, un autre café et deux botrots à l’Hermière. Il fait plus froid ce soir. Une journée très intéressante mardi.
Dimanche 27 février
Voudrais tâcher ce matin, si possible, de reprendre un peu toute ma semaine. Lundi, ne suis pas sortie, j’étais lasse et cela m’a permis d’avancer un peu mon travail, seulement cela a été la seule journée de la semaine où j’ai pu avoir un peu de temps à moi. Mardi matin, suis partie par le car avec Mme Vrignon ; la journée a été intéressante, mais pour moi fort remplie. Fait deux courses en arrivant dont une à la Maison de la famille, pour les médailles de la Famille française que j’espère voir sortir à la prochaine promotion. Vue avant la réunion pas mal de personnes de connaissance… les réunions en elles-mêmes ont été très intéressantes, assez instructives et pratiques… A midi et quart suis allée à Richelieu où j’ai déjeuné en compagnie de mes garçons qui étaient en récréation. Suis passée à la bibliothèque, puis retournée à La Maison des Œuvres pour la seconde réunion qui était aussi très bien. Quelques courses en sortant, puis goûter chez Mme Gallet et il était temps de prendre le car. Mercredi, une journée encore assez chargée, dans l’après-midi, vu M. le Curé, Mme Baron, dont le moral ne va pas du tout, et Marguerite Mignen. Jeudi, j’ai été absent tout l’après-midi. Vendredi, suis sortie aussitôt déjeuner et passé l’après-midi à faire des visites en campagne, à Montorgueil, à la Morinière, à la Bardinière et à la Faucherie ; suis rentrée à 6 heures, un peu claquée. Hier, ne suis sortie qu’un peu après déjeuner, pour un enterrement ; Maman, Tante Canette et Geneviève sont arrivées vers 3 heures et demie ; les garçons étaient arrivés pour déjeuner et Jacquie vendredi soir pour dîner ; il ne manque que Jean qui doit être ces jours-ci à Paris. J’ai tout de même fini ce que j’avais à faire comme chemises et combinaisons ; j’en suis à la robe d’Anne mais vais avoir des choses à préparer aux filles pour Pâques ; sans compter qu’il va falloir revoir tout ce qui est chaussettes de coton pour les garçons et les chandails de demi-saison….
Dimanche 6 mars
Nous arrivons des Vêpres et je vais sans doute être dérangée sans tarder ; depuis ce matin je n’ai pas eu une minute pour me mettre à écrire. Après avoir bu mon café au lait, j’ai confectionné un chausson aux pommes pour ce soir, rangé différentes choses, cueilli quelques petits iris mauves qui fleurissent en cette saison et qui font tant plaisir quand il n’y a pas d’autres fleurs ; puis il était l’heure de la réunion de la Ligue, malgré le froid, il y avait quand même une quinzaine de personnes et cela a été vivant et intéressant, plus que celle de vendredi qui a été lamentable. Cela m’a amenée à l’heure de la grand-messe ; après déjeuner je n’ai eu que quelques minutes avant les Vêpres, et depuis j’ai été dérangée ainsi que je l’avais prévu, par une visite des Bonnaud, puis Méline Perrocheau est venue me voir un moment ; enfin, il est maintenant plus de 6 heures et demie et j’ai encore bien à écrire. Dimanche, après les Vêpres, sommes allés à la Bizière, ainsi qu’il était convenu ; chez Rocheteau, il a fallu causer longtemps, prendre des botreaux, du café, de la crème ; chez Berthomé nous sommes restés aussi un peu, mais cette année, revenus assez tôt pour prendre le temps de dîner avant d’aller au cinéma ; le film qui était intitulé « l’Aigle des Mers » était une histoire d’aventure et a fait la joie des garçons ; pour moi, je me suis bien divertie à entendre les réflexions d’Yves. Lundi, sommes allés chez Maman manger des crêpes, comme de coutume ; j’ai pu tout de même le matin, passer un moment à l’église devant le Saint-Sacrement et assister à la bénédiction le soir. Je n’ai pu en faire autant le mardi, parce que j’ai passé une partie de la journée à réparer un chandail d’Yves qui en avait grand besoin. Nous avons fêté au déjeuner les six ans d’Anne, avec un superbe gâteau au chocolat confectionné par Jacquie, et les six bougies traditionnelles ; a six heures et quart, nous avons eu un goûter dînatoire, avec des crêpes, afin que les garçons puissent prendre leur car à sept heures et demie. Geneviève est partie mercredi matin à 7 heures, prétendant que les crêpes n’étaient pas encore passées. Jacquie et moi sommes allées à la cérémonie des Cendres, Jacquie n’avait pas de cours le mercredi et ne partait que le jeudi matin. Je suis allée ce jour-là au Plessis, où j’avais plusieurs visites à faire, et nous avons goûté chez Maman. Jeudi, reçu à goûter Mme Roy, Renée Dorion et sa belle-sœur ; je devais avoir aussi Yvonne Auvynet, mais elle était souffrante. J’avais un très joli goûter : un cake bien réussi, de minuscules chaussons aux pommes qui avaient très bonne allure, et des petites galettes poitevines. Nous avons passé une bonne après-midi et bien bavardé autour du feu ; naturellement les souvenirs d’Italie ont été souvent invoqués, et cela a été très gai. Vendredi après-midi, réunion de Ligue pour le bourg ; très peu de monde et aucun entrain, j’étais totalement découragée le soir… la réunion d’aujourd’hui m’a un peu remontée, et la visite de Méline m’a fait du bien, mais il est dur de voir chez beaucoup si peu de compréhension. Suis allée voir ensuite Mme Dorion, et aussi Eugénie Robin, encore une fois malade, puis goûté chez Maman, Jacqueline est partie hier au car de 2 heures ; passé une partie de l’après-midi chez Maman, mais je prévois encore une semaine très remplie…
Anne a eu six ans vendredi ; nous avons anticipé son anniversaire afin de le souhaiter pendant que ses frères et sœurs étaient là, et elle est très fière et heureuse de ce grand âge. Ce matin, elle m’a signalé que sa première dent de lait commençait à branler, cette petite dent que j’avais vue, avec joie, percer la gencive. Ce n’est plus un bébé, c’est une petite fille ; le temps passe trop vite. S’il n’y avait pas les repas, qui sont l’occasion de bien des caprices, je n’aurais maintenant pas trop de peine, et ses petites réflexions sont bien amusantes « Un péché est une désobéissance à la loi de Dieu en matières grasses » !… Une lettre de Jean hier matin, il a été heureux de ces trois jours passés à Paris. (Je suis rentrée alors à la grande école, je savais déjà lire et je regardais avec surprise les filles qui suivaient difficilement leur texte avec le doigt)
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 7 mars 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Aujourd’hui, le plus vilain temps d’hiver que nous ayions eu jusqu’ici, il tombe une pluie glaciale, on patauge dans la boue et l’horizon est complètement bouché ; hier au réveil, un peu de neige, mais cela a été vite fondu. J’ai une belle jacinthe blanche dans la salle à manger. Hier soir, une longue visite de Méline Perrocheau, venue me demander des journaux, elle a une générosité, une bonne volonté qui pourraient faire honte à beaucoup.
Mercredi 9 mars
Vu les garçons hier à La Roche ; Yves a eu mercredi une indigestion – suite des trop bons repas des vacances de Mardi-Gras. J’ai écrit ce matin à Jean, puis aux filles ; nous venons de déjeuner, je vais faire un colis de beurre, afin de l’envoyer à Nantes, puis filer chez Marie-Josèphe, mettre au point avec elle le programme de la réunion des jeunes femmes pour vendredi. De là, je ferai le ravitaillement de Maman, j’irai le lui porter et passer un moment avec elle ; j’aurai peut-être un moment de tranquillité ce soir. En fin de matinée, reçu Mlle Battut, assistance sociale, avec qui j’ai eu une longue conversation ; elle viendra me voir de temps en temps au sujet des jeunes femmes enceintes qu’elle doit visiter ; elle a des idées très justes et saines. Hier, à La Roche, vu Radegonde Gréaud à l’hôpital ; elle a un cran merveilleux, attend avec confiance sa seconde opération, dans trois semaines, et peut-être une troisième ensuite. Elle prie beaucoup et cela la soutient. En sortant, j’ai été appelée par une femme de la Pilate qui m’avait reconnue au passage ; on vient de lui enlever la vésicule biliaire, et elle se demande comment elle pourra payer l’opération. Des misères partout. Vu un peu l’Abbé Sacré à la Maison des Œuvres.
Vendredi soir 11 mars
Je rentre de chez Maman, et suis heureuse de retrouver la maison à peu près chaude. Depuis midi il neige, mais les flocons fondent en touchant le sol détrempé, seuls les toits sont couverts d’une épaisse neige blanche. Circulé quand même cet après-midi, nous devions avoir une réunion de jeunes femmes, et, vu le temps, personne n’est venu ; je le supposais bien mais j’ai tenu à y aller quand même, au cas où quelqu’une serait venue. Il n’y a eu que Suzanne Talonneau et Mme Vrignon ; nous avons levé la séance sans plus attendre. C’est dommage, j’avais bien préparé ma réunion… Je suis allée de là voir Eugénie Robin, malade depuis un mois bientôt et chez Marthe Fournier. Ce n’était pas désagréable de marcher ainsi parmi les flocons de neige ; suis allée goûter chez Maman. Mercredi beaucoup de choses à faire. Hier, suis allée chez Maman et ai emmené Anne, sur sa demande, faire un petit Chemin de Croix. Beaucoup de travail toujours, un chandail à Geneviève, des gants à Jacquie, des napperons, un cache-sommier.
Dimanche soir 13 mars – 9 heures et quart
Nous arrivons de Nantes, où nous sommes allés passer l’après-midi afin de voir Jean qui était en permission depuis hier soir. Il avait tout d’abord été décidé que nous n’irions pas, Jacques ayant à faire sur Aizenay une tournée de visites semi-familiales, semi-électorales ; finalement les personnes que nous devions aller voir n’étaient pas disponibles, nous avons modifié nos projets. Assisté à la messe de 9 heures ce que je n’aime pas pourtant et déjeuné dès 11 heures et demie pour filer aussitôt après. Nous étions de bonne heure à Nantes, et, avons eu un grand moment pour voir les enfants. Dîné à six heures et conduit Jean à son train. Le voyage de retour s’est bien passé ; je vais me coucher de bonne heure, demain j’ai la foire de La Roche… Hier, une journée printanière et ravissante, surtout après celle de vendredi, suis allée au Recredy où j’avais deux visites à faire, et, si ce n’était cette oppression qui me gêne toujours à monter les côtes, j’aurais été ravie de ma promenade tant il était agréable de sortir par un si beau temps. Je voulais faire beaucoup de choses aujourd’hui et je n’ai rien fait.
Jeudi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 17 mars 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Quelques jours très, très durs ; je suis extrêmement fatiguée, ne me sens bonne à rien, avec plus de travail que jamais. Lundi ma journée à La Roche a été chargée, mais pas plus que certaines fois ; au contraire, le fait d’y aller en auto avec Jacques m’a supprimé certains trajets fatigants et débarrassée du ravitaillement des garçons. Nous avons eu après déjeuner une réunion intéressante, de là j’ai couru à la Maison des Œuvres pour voir Mme Michaud, puis à la bibliothèque paroissiale qui allait fermer ; je suis arrivée à l’hôpital trop tard pour voir mes malades. Le soir, une visite du ménage Joseph Baron, avec qui nous avons longuement causé. Me suis couchée de bonne heure, car j’étais lasse, mais le lendemain, c’était bien pire – dépression nerveuse totale et extrêmement pénible – je me suis traînée toute la matinée, mais c’est à peine si je pouvais marcher. L’après-midi cela allait un peu mieux, suis allée chez Maman. Le soir, Jacques est venu dîner très tard – il n’a déjeuné ici ni hier, ni avant-hier – cela m’ennuyait, car nous devions aller à La Roche à une représentation de « Gutin Mainframe, capitaine de paroisse » de Jean Yole – et je craignais de ne pas pouvoir y arriver – Enfin, en nous pressant bien, et la séance étant un peu en retard, nous sommes arrivés pour le lever de rideau. C’était d’ailleurs très intéressant. Vu pas mal de monde, y compris les Crochet et Yves, qui est venu nous rejoindre au premier entracte, ce qui lui a permis de rester avec nous ; sommes rentrés à minuit et demie par un clair de lune merveilleux. Hier, suis allée chez Marguerite puis chez Maman puis suis rentrée ici avec une bonne migraine qui n’a fait qu’augmenter jusqu’au soir ; j’aurais voulu me coucher de bonne heure, mais Jacques étant venu dîner à 9 heures, j’ai dû rester assez tard et j’ai été assez malade. Ce matin, ce n’est pas brillant, je me sens tellement lasse que tout m’effraie et que je n’ai de courage à rien. Suis tout de même allée à la messe en action de grâce, il y a vingt deux ans, notre petit Jean venait au monde, journée bien émouvante, la plus belle de ma vie.
Dimanche 20 mars
Aujourd’hui les élections cantonales. Jacques se présente devant les électeurs avec deux autres candidats radical et communiste – on espère qu’il passera, mais peut-‘on être sûr de quelque chose – Je voudrais bien que la journée soit passée, les résultats connus, et qu’il soit débarrassé de ce souci. Hier soir, grand événement, la première dent d’Anne est tombée ! Depuis quinze jours bientôt, elle nous rabattait les oreilles de cette dent branlante ! Bien attendu, il a fallu, selon le rite traditionnel, déposer une petite perle sous l’oreiller, afin que la Sainte Vierge glisse à sa place le sac de bonbons qu’elle m’a chargée d’acheter hier soir – la joie a été grande ce matin ! Si seulement la jeune personne voulait maintenant être moins désagréable aux repas ! Pour moi cela va tout de même mieux, mais j’ai eu, même en fin de semaine, des journées assez dures et les genoux me font encore bien mal ; rien de comparable cependant avec la journée de dimanche ! Je me suis reposée un peu le matin, ai dormi plus longtemps et cela m’a fait du bien. Jeudi après-midi suis allée chez Maman, ainsi qu’hier et avant-hier ; je n’avais pas beaucoup à faire cette semaine, et cela tombait à merveille ; j’en ai profité pour travailler un peu plus. J’ai fait un napperon pour la table à roulettes de la salle à manger, et en ai commencé un autre. Visité les chandails et les chaussettes de demi saison des garçons ; Pierre sera bien monté, mais il faudra que je tricote deux ou trois chandails et paires de chaussettes pour Yves. J’an ai commencé car je voudrais bien lui faire essayer jeudi, puisqu’il viendront ce jour-là pour la mi-carême. Aujourd’hui, je voudrais faire beaucoup de choses, dessiner le cache-sommier de Pierre, préparer une réunion de chefs de secteurs pour mercredi, si possible coller des photos… De nouveau, il fait froid, hier le vent était glacial et ce matin une grosse gelée blanche, cependant j’ai dans la salle à manger et le salon deux ravissants bouquets de camélias. Hier, fête de Saint-Joseph, en qui j’ai une si grande confiance, mais bien peu de monde aux complies.
Lundi matin 21 mars
journée d’hier assez tardivement finie, puisque j’ai dîné à 10 heures et Jacques à 11 heures passées, mais tout s’est bien terminé, puisque Jacques a été élu à une belle majorité. Le scrutin était clos à 6 heures, Jacques s’est rendu à la mairie peu après, et est revenu me dire que tout allait bien. Peu après j’ai vu arriver M. Baron, lequel m’a dit que les nouvelles étaient excellentes, aussi, n’y tenant plus, je m’y suis rendue à mon tour ; le dépouillement s’achevait et tout allait très bien. Le résultat, qui a été donné peu après, était meilleur que ce qu’on avait espéré. Peu après les résultats des communes ont commencé à arriver, d’abord par téléphone, puis ensuite officiellement par les maires ou adjoints. Partout Jacques avait une très belle majorité et les communistes perdaient des voix. Je suis rentrée ici aussitôt après le résultat définitif, mais Jacques est resté parler avec les uns et les autres. Il était bien content ; beaucoup aussi du reste ! Ce matin, beaucoup bavardé, il faut maintenant se mettre au travail, qui ne manque pas.
Hier, à la messe, un sermon du curé de Trignan venu nous dire la détresse de Saint-Nazaire et tendre la main. Il a évoqué le souvenir des bombardements, entre autres celui du 28 février 43, dont je me souviens si bien ! C’était poignant au possible. Puisse cet appel être entendu par beaucoup.
Mercredi soir 23
Cet après-midi, une petite réunion très restreinte, présidée par M. le Curé, j’avais réuni quelques jeunes femmes, leur demandant d’assumer la tâche de « chef de secteur », de prendre en charge un quartier, un certain nombre de villages, de voir q’il n’y avait pas quelque misère, morale ou non, à soulager, de renseigner, de transmettre des consignes. Elles ont toutes eu l’air de comprendre ce que l’on attendait d’elles. Peut-être faudra-t-il un certain temps pour que l’organisation soit très efficace…. Hier, suis allée à Legé, pour l’enterrement de M. Logeais – une famille qui finit si tristement ! et nous avons vécu avec eux des journées heureuses, comme cette promenade à l’Aiguillon il y a bien des années. Hier matin aussi, lettre de Jean, il est allé à Paris pour les obsèques de Giraud, et en paraissait bien content ; il a pu voir la famille, des camarades, et même Michel Adam ! Il fait froid ces jours-ci, le soleil serait bon mais le vent est très dur, et quelques heures de chauffage matin et soir font grand bien.
De plus en plus de tous côtés des misères sur lesquelles il faut se pencher, malades à l’hôpital… à Montorgueil… J’irai un de ces jours en allant voir Thérèse Brochard qui vient d’avoir une autre petite fille. Suis toujours bien lasse, les yeux un peu fatigués et tout de suite déprimée ; la moindre des choses, comme la réunion d’hier, me met tout de suite à plat.
Vendredi matin 25 mars
Assisté ce matin à la Grand-messe de l’Annonciation… Hier la mi-carême, avons vu les garçons avec joie ; tous deux sont bien portants, mais la chemise d’Yves était quelque peu crasseuse, et les souliers de Pierre n’avaient plus de semelles ; Anne a été ravie de reconduire ses frères hier soir. Suis toujours très lasse et tant de tricots à faire !
Dimanche matin 27 mars
Je pense avoir un dimanche à peu près tranquille, sans doute aurons-nous des visites à faire tantôt, mais j’espère avoir assez de temps pour dessiner le cache-sommier de Pierre et me mettre à l’ouvrage ensuite, il y a tant de travail actuellement et que je voudrais bien voir fini pour Pâques. Vendredi, ne suis sortie que pour aller chez Maman, mais hier passé mon après-midi à la Roche, puisque je n’avais pu y aller mardi. Suis allée à l’hôpital voir Radegonde Gréaud que j’ai trouvée bien fatiguée, elle avait été opérée deux jours avant, et on lui a enlevé plus de trois côtes encore cette fois-ci…. Suis allée ensuite à la maternité voir une jeune maman à laquelle j’avais promis une visite. Filé ensuite à la clinique voir Marie-Léonce qui se remet de son opération…. Il était temps d’aller à Richelieu. Là-bas, vu les deux garçons. J’ai ensuite fait quelques courses, suis allée chez Mme Poirier-Coutansais que je n’ai pu voir, car elle est souffrante actuellement, et finalement à la Maison des Œuvres où j’ai vu l’Abbé Sacré. Les trois abbés, Bretaudeau, Sacré et Boucher viennent dîner demain soir. Suis revenue bien bien lasse, mais me suis couchée aussitôt dîner et cela m’a fait du bien….
Jeudi matin 31 mars
Beaucoup de choses ces jours-ci, et pas beaucoup de temps à moi. Lundi soir, le dîner ecclésiastique qui s’est bien passé ; j’avais préparé les desserts le matin, et n’ai eu qu’à préparer la salade panachée et le plat de galantine, heureusement, car j’étais très lasse et n’aurai pas pu faire grand-chose ; j’avais été l’après-midi à la Bardinière et à Montorgueil et avais fait quatre visites, le tout, surtout le retour, par une chaleur orageuse très pénible. Le soir, tout s’est bien passé, nous avons dîné un peu tard, mais tout était très réussi et Jacques bien content ; nous avons causé jusqu’à une heure et c’était très intéressant. Le lendemain matin, nous partions pour Nantes, mais au courrier avons eu une lettre de Lyon – Henri me disait de préparer Maman à une triste nouvelle ; Bernard donnait quelques détails sur la maladie de son grand-père, il faisait de l’œdème pulmonaire depuis plusieurs jours, et avait eu vendredi une attaque de paralysie ; je suis allée porter à maman la lettre d’Henri, mais pendant ce temps-là, Armande Brachet est venue nous dire qu’elle avait eu une lettre de Benjamin, lequel avait été prévenu du décès, survenu dimanche soir, et partait le lundi soir pour Lyon, l’enterrement étant mercredi matin à Saint-Marcellin. Tout cela nous a bien ennuyés ; si nous avions été prévenus à temps, nous serions certainement partis lundi soir afin d’arriver à temps ; Françoise n’a téléphoné que vers midi pour annoncer le décès et l’heure de l’enterrement ; elle a dit à plusieurs reprises qu’ils avaient tardé pour ne pas annoncer brutalement cela à maman ; mais, de cette façon, impossible de nous rendre là-bas. Cela nous a beaucoup peinés et nous sommes bien attristés à la pensée de ne plus voir ce cher Oncle Alfred. Finalement, nous sommes arrivés à Nantes que après déjeuner, et avons fait quelques courses après ; sommes partis de bonne heure. J’étais affreusement lasse et me suis couchée le plus tôt possible. Hier, rien de nouveau, me tricote un chandail gris.
Vendredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 1 avril 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Je reviens du chemin de croix et vais tricoter un moment avant de me coucher. Pluie toute l’après-midi, cela aura fait du bien. Suis allée ce matin au Moulin-Guérin voir Marie-Léonce convalescente. Tantôt réunion d’Action catholique ; par hasard, nous étions dix et cela a été assez intéressant. Ma petite visite à Mme Dorion ensuite. Je reviens sur le dîner de lundi, j’ai eu tant de joie à constater que Jacques était content devant ce dîner pas trop mal organisé et présenté, il m’a dit que j’avais fait des progrès ; c’est certainement vrai, et je me sens maintenant capable de servir un dîner convenable, à cinq personnes surtout. L’abbé Bretaudeau nous a raconté certains de ses souvenirs d’Allemagne ; c’était tellement intéressant ; parlé aussi de problèmes sociaux, si complexes et difficiles à résoudre. Tout cela est passionnant et change agréablement des conversation si quelconques que l’on doit subir parfois !
Dimanche matin 4 avril
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 4 avril 1949 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Je n’ai qu’une heure devant moi ; nous aurons aussitôt la sortie de la messe de neuf heures, réunion de Ligue pour les femmes de la campagne… La réunion de vendredi n’a pas été mal, par extraordinaire, en tous cas mieux que celle du mois dernier qui m’avait laissée si découragée. Je pensais avoir un dimanche très tranquille, avec la possibilité de faire pas mal de choses, mais hier matin nous avons reçu, par téléphone, une invitation au baptême du chalutier « Notre-Dame de La Chaume » lequel baptême doit avoir lieu aux Sables, nous irons certainement Jacques et moi, et cela nous fera plaisir à tous deux… Hier, pas grand-chose de nouveau ; j’ai commencé jeudi un chandail gris, cela me gêne de porter le deuil d’Oncle Alfred avec un chandail bordeaux ; la laine est grosse et je pense avoir fini cette semaine ; cela laisse en panne mes autres travaux, gants pour Jacquie, un chandail pour Jacquie, un petit vêtement pour Geneviève… J’ai fini aussi deux napperons destinés à la table à roulettes, ils sont bien réussis ; j’ai aussi en chantier un cache-sommier pour le lit de Pierre, je le fais avec Maman, ce qui est pour moi plus agréable, mais il est à peine commencé. Fait hier matin un peu de cuisine. Hier au tantôt suis allée chez Maman, comme de coutume, puis une visite à Eugénie Robin, souffrante depuis un mois et demie ; enfin ma confession. J’ai eu ensuite une heure environ pour lire tranquillement. Seulement, d’ici huit jours, je ne pourrais plus compter sur ces veillées, la première messe étant avancée, je serai obligée de me coucher plus tôt…. Hier, une courte visite de Benjamin, lequel est venu quelques détails sur la mort d’Oncle Alfred. Le pauvre oncle est mort dimanche dernier un peu après midi ; il paraissait encore assez lucide quand on lui a donné l’extrême-onction, mais qu’a-t-il pensé à ce moment ? Il n’était malheureusement pas croyant ! Cependant il a du être entouré de prières, à ses derniers instants, un des capucins, frères d’André Lamy, était auprès de lui et ne l’a pas quitté. Ces jours-ci, comme chaque année, je revis les jours douloureux de la mort de mon petit Bernard, neuf ans déjà !…
Dimanche 20 avril 1949
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 avril 1949 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Pas eu le temps de venir ici depuis dimanche, j’ai eu une semaine assez chargée, et les deux qui vont suivre ne le seront également pas moins ; reprenons donc depuis dimanche par le commencement. Dimanche, jour de la Passion, nous avons eu après la grand-messe, une autre messe, demandée par le Saint Père, à l’occasion de son jubilé sacerdotal, en expiation des péchés du monde ; j’ai renvoyé Anne à la maison et suis rentrée aussitôt la messe, pour ne pas trop retarder le déjeuner ; à ma grande surprise, Jacques était rentré de sa réunion du Conseil municipal ; le député (Michaux) avait fait des siennes, et sous prétexte que certaines convocations n’avaient pas été portées trois jours pleins à l’avance, il avait réussi à faire supprimer la réunion. Jacques était furieux, et il y avait de quoi ; heureusement, après déjeuner, nous sommes allés aux Sables, et cela lui a changé les idées. Nous avons fait d’abord un tour à la maison, puis assisté au baptême fait par le curé de La Chaume ; vu l’abbé Coumailleau, curé de Saint-Michel ; nous avons mangé des dragées, des petits gâteaux, bu à la santé du bateau et de son équipage, et enfin fait un petit tour en mer ; il y avait à l’aller quelques bonnes vagues qui nous ont bien fait danser, c’était amusant, et surtout c’était si joli de voir ainsi tout le panorama de la côte sous ce beau soleil… Le retour a été beaucoup plus calme, parce que nous étions avec les vagues, sommes rentrés ici pour dîner. Lundi, suis allée chez Maman, il me semble. Mardi, à La Roche ; après-midi assez chargée ; suis allée faire ma visite habituelle à l’hôpital, une autre à la maternité ; quelques courses, puis suis revenue à Richelieu, j’ai trouvé Yves fatigué : manque d’appétit, maux de tête, fatigue générale ; comme il avait fini ses examens de fin de trimestre, j’ai décidé de le ramener ici le soir même, pour qu’il puisse se reposer un peu plus longtemps ; fait venir le lendemain le docteur, qui ne lui a rien trouvé, qu’un peu de fatigue et d’anémie ; j’espère qu’il va liquider cela rapidement. Je tâche de le faire sortir le plus possible, mais ces jours-ci il fait froid ; mercredi, sommes allés seulement chez Grand-mère ; il pleuvait, mais jeudi, par un vent terrible, nous sommes allés tout de même à la carrière ; depuis la veille au soir il faisait une très violente tempête qui a causé des dégâts un peu partout, on est même sans nouvelles de plusieurs bateaux des Sables. A la carrière, nous étions à l’abri du vent, et il faisait bon au soleil aussi nous y sommes restés un petit moment ; les enfants ont fait naviguer des bateaux en papier, les ont coulé à coups de pierre et ont fini la partie par quelques glissades sur le sable, selon toutes les bonnes traditions. Vendredi après-midi, sommes allés à la Braconnerie, Yves et moi, et avons bien causé tout le long de la route de toutes sortes de choses. Hier, journée à Nantes – matinée à la foire, il y a des choses très intéressantes, entre autres une cuisinière à mazout, le chauffe-eau mixte, par la cuisinière et l’électricité, quelques jolis meubles et bien d’autres choses très tentantes, mais aussi très chères ! Hier après-midi, fait des courses avec Jacquie, acheté des tissus pour des robes aux filles, pour un manteau pour moi. Avons ramené Jacquie, qui n’avait pas de cours les premiers jours de la semaine. Pierre arrive mardi. Geneviève mercredi ; Jérôme Nida aussi, mais chez Maman ; Jean vient jeudi… Je vais demain à la foire de La Roche et mercredi aux Sables. Ce soir, vais aux Lucs pour une réunion de Ligue ; passé pas mal d’heures à préparer à cet effet une petite causerie sur l’éducation ; serai contente quand ce sera fait. Les Granger viennent le lundi de Pâques, le mardi, nous allons à la Blanchère chez les Roy, le mercredi au mariage de Madeleine Richard, le vendredi, nous avons à déjeuner les Michaud du Boupère et le lundi suivant tous les Crochet. Jacques a eu vendredi soir la réunion manquée dimanche ; cela l’a empoisonné toute la semaine, et maintenant il se trouve bien soulagé, d’autant plus qu’il a pu arriver à garder son calme, et cela vaut bien mieux.
Jeudi Saint 14 avril 1949
Il y a neuf ans, c’était une journée de dimanche où par nos soins et nos prières, nous disputions notre tout petit à la mort si proche…. Demain j’enverrai les enfants au cimetière porter un bouquet de lilas blanc. Pour l’instant, je suis au calme, mais cela ne se renouvellera peut-être pas d’ici plusieurs jours ; depuis le début de la semaine mes journées ont été plutôt remplies et celles qui viennent ne le seront pas moins. Dimanche matin avons eu l’office et la procession traditionnelle des Rameaux ; le temps froid dès le matin, s’était bien adouci. L’après-midi sommes allés aux Vêpres, puis avons filé aux Lucs, où il n’était que temps d’arriver. Tout s’est bien passé ; il y avait une bonne petite assistance et les femmes ont eu l’air de s’intéresser. Je voudrais bien leur avoir fait beaucoup de bien. Goûté chez Mme des Rochettes, chez qui nous avons passé un bon moment, un autre bon moment chez Mlle Parois, et il était grand temps de rentrer. Lundi, toute la journée à La Roche, bien que j’aie encore beaucoup marché, notre réunion de la Ligue a été très intéressante et cela fait tant de bien. Mardi, ne suis guère sortie, que pour quelques courses le soir, une visite d’Annick Geffray ; parlé de Madagascar. Pierre est arrivé pour dîner. Hier, passé la journée aux Sables ; sommes partis au grand complet, même Marie et Thérèse à qui j’avais du travail à faire faire ; les enfants sont allés sur la plage où il faisait très bon ; après un épais brouillard, il faisait un temps magnifique et même chaud ; Thérèse a balayé les saletés des peintres, nous avons cousu les cache-sommiers à tous les lits ; la maison sera convenable si nous voulons y aller un peu. Suis allée voir Mlle Chalard, pas trop mal, actuellement, mais on dirait que l’idée de l’au-delà la tracasse tout de même un peu. La mer était bien belle à contempler en longeant le Remblai. Ce matin l’office du Jeudi Saint ; j’essaie de méditer un peu la si belle liturgie de ces jours. Jérôme est arrivé hier après-midi ; Geneviève hier soir ; Jean vient ce soir, mais un peu après minuit à La Roche, ce sera bon de les avoir pendant quelques jours. Suis très prises ces temps-ci par les « Brioches de Pâques », organisées par la Ligue ; le jour de Pâques, les brioches seront bénites à la grand-messe et portées ensuite par les dizainières à tous les malades, vieillards et infirmes de la paroisse ; il a fallu alerter les chefs de secteur, les dizainières, en parler pas mal, et enfin, ces derniers jours, recueillir tout ce qui a été apporté : beurre, œufs, sucre, farine. Nous avons fait ce soir le compte de cela avec Marcelle Arrivé, et il a été calculé que chacun aura une belle brioche de plus d’une livre ; tout le monde a été très généreux et je suis bien contente.
Dimanche 17 avril – matin de Pâques
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1949-04-20). Texte conservé tel quel.
Après deux journées radieuses – trop chaudes tout de même pour la saison – le temps est aujourd’hui gris et couvert, cependant il ne pleut pas et il ne fait pas froid. Tout à l’heure nous irons à la grand-messe, chanter l’Alléluia de la Résurrection, mais auparavant il faut que j’organise le transfert à l’église des brioches – 125 brioches d’une livre, cela représente une certaine quantité à transporter – elles sont d’ailleurs bien belles et appétissantes, et feront plaisir, je crois. Je viens, avec Marie, de remplir six corbeilles et nous allons les transporter tout à l’heure à l’église ; après la grand-messe, il faudra que j’en fasse la distribution aux dizainières, après quoi, je serai bien soulagée, et ce sera toujours une chose de faite, en attendant la préparation du Pèlerinage cantonal à la grotte dans un mois, le 18 mai. Tout cela me trouble un peu mon jour de Pâques…. J’ai beaucoup de travail ces jours-ci et ne sais plus très bien où j’en suis ; pour le moment je répare deux chandails à Jean, c’est encore le plus pressé, puisque c’est lui qui part le premier… Cela combiné avec des tas de choses, rangements, cuisine, courses, quelques sorties pour aller chez Maman. Jean est arrivé jeudi soir, ou plus exactement vendredi matin, puisque son train arrivait à minuit quarante cinq. Jacques était au devant de lui ; le garçon est venu m’embrasser, puis il est allé se coucher et a dormi jusqu’à 9 heures, après quoi, il est descendu frais et dispos. Nous l’avons vu au retour de l’office ; chaque matin des trois derniers jours Saints, j’ai tout de même pu avoir un office, et c’est le principal, car je ne suis pas allée à l’église le soir ; je tâche de me coucher de bonne heure. Jeudi, après-midi tranquille ; Jacques avait emmené tous les enfants au marais, même Tachou qui a été parfaitement insupportable ; je suis allée un moment chez Maman, puis passée à l’église prier un moment devant le Reposoir. Tous sont arrivés au moment de dîner, avec des poissons superbes, il y a entre autres un, formidable, que nous mangerons à dîner ce soir. Vendredi les enfants sont restés un grand moment à rire et à causer – Jérôme est très gai – puis tous sont partis à Pont de Vie, il faisait très chaud, surtout pour la saison, suis allée un peu chez Maman, puis chez Arrivé voir les brioches qui cuisaient, et enfin, chez Roirand commander du poisson pour le déjeuner de vendredi. Hier, une visite d’Auguste, qui m’a raconté bien des choses ; longuement parlé avec M. Baron ensuite ; comment arranger cette situation toujours si tendue et difficile ? Ces jours-ci, pensé continuellement au cher petit qui, il y a neuf ans, nous a quitté pour le Ciel…. Hier, Anne, dans le plus grand ravissement, a trouvé une petite cloche en chocolat sur le petit toit devant la fenêtre de Jean ; une vieille tradition qui se renoue après les années de guerre, mais pour bien peu de temps sans doute, car Anne ne croira pas bien longtemps sans doute aux cloches de Pâques, ainsi qu’aux cadeaux du Petit Jésus à Noël. Jean paraît bien content d’être ici ; Pierre a un entrain et un appétit splendides, quant à Yves, il me semble qu’il commence à manger un peu mieux.
Mardi soir 19 avril
Je viens de me coucher, j’étais très fatiguée et je me sens mieux quand j’ai les jambes étendues…Personne ne peut se rendre compte à quel point je suis fatiguée et à quel point aussi j’ai les nerfs épuisés par les exigences, les caprices, les colères, le désordre des enfants et le contrariétés qui vous arrivent souvent d’un côté ou de l’autre ; à la suite d’une colère de Pierre et d’un entêtement stupide d’Yves, j’ai fait une crise de nerfs ce matin – cela ne m’était pas arrivé depuis 43, exactement depuis le surlendemain du premier bombardement de Nantes ….Les vacances sont toujours un peu pénibles, mais les enfants ne se rendent pas compte à quel point ils pourraient, s’ils le voulaient, me simplifier le travail et me donner moins de mal. Après le départ des enfants qui prenaient le car pour aller aux Sables pour la journée, j’ai pu faire un peu de travail puis suis allée à une messe de mariage. Suis revenue avec Yvonne Auvynet, qui a passé un petit moment à la maison, puis sommes partis à la Blanchère déjeuner chez les Roy. Passé une bonne journée ; le déjeuner, très simple, était bon, nous nous sommes promenés dans le parc, dans les potagers ; avons vu les ruches, les lapins, chèvres, dindes, etc…, puis nous sommes assis devant la maison ; il faisait délicieusement bon ; nous avons eu une série de très belles journées qui font un plaisir immense pendant ces vacances de Pâques, il fait une température de mai ou juin et cependant la campagne est encore dans la fraîcheur printanière. La mousse blanche de l’épine noire a disparu des haies qui maintenant se couvrent de feuilles, mais l’aubépine va bientôt s’épanouir, les pommiers sont en pleine floraison…. J’ai eu une vrai moment de détente, chose si rare actuellement, et c’est même plus forte et plus joyeuse que je suis rentrée ici. En passant à Palluau, nous sommes entrés un instant chez M. Julien Dorion qui vient de mourir, mais n’avons pas vu Renée qui était à Nantes. Dimanche tout s’est bien passé ; les brioches ont été bénites à la Messe de Pâques et distribuées presque aussitôt ; cela a été juste, il n’en est resté que deux ou trois cependant il y en avait assez et c’est le principal. Je crois qu’un peu partout elles ont apporté beaucoup de joie. Suis rentrée déjeuner un peu tard, mais j’ai eu le temps de rattraper les autres pour manger le gâteau au chocolat, œuvre de Geneviève. Sommes allés aux Vêpres chanter l’Alléluia de la Résurrection, puis avons causé un moment dans le bureau, puis dans le salon, avons été faire la promenade classique au Gui-noir, nous sommes assis un peu près du ruisseau et sommes rentrés pour dîner, et manger le fameux meuil qui était superbe et très bon. Sommes allés au cinéma voir « La Bataille du Rail » qui m’a un peu déçue. Lundi, journée calme, j’ai travaillé, mais moins que je l’aurais voulu tant j’étais lasse – cette histoire de brioches m’a au fond beaucoup préoccupée et fatiguée – les garçons sont allés faire un tour en bicyclette par la Merlière, Beaufou et la chapelles des Martyrs des Lucs… Quelques jours de gros travail en perspective ; il faut m’occuper de sandales et de souliers pour Yves et Pierre.
Dimanche soir 24 avril
Pas écrit depuis mardi, faute de temps, et j’écris ce soir de mon lit, je ne vais d’ailleurs pas tarder à dormir, suis tellement fatiguée que j’ai peine à former mes lettres ; j’ai les nerfs complètement à bout, suis lasse pour un rien, l’attitude des enfants vis-à-vis de moi n’est pas faite pour arranger les choses, et personne, absolument personne ne se rend compte de la situation … Je me sens incapable de faire quelque chose de bien vis-à-vis des enfants, je me sens humiliée et malheureuse, et si seule, si seule !… Assez à ce sujet. Mercredi, sommes allés, avec les Granger, Jean et Jacquie, au mariage de Madeleine Richard, mais en sommes revenus aussitôt le déjeuner, c’est-à-dire vers 6 heures. Jeudi un peu de repos cependant, mais j’ai eu, le soir surtout, bien à faire. Vendredi, matinée assez chargée ; j’avais un menu maigre et cela m’a demandé pas mal de travail, cependant c’était réussi, et tout s’est bien passé. Après déjeuner fait un tour de jardin puis sommes allés à l’église, à la grotte et chez Maman. Hier, avancé tout de même un peu mon tricot ; les Granger sont partis au début de l’après-midi. Jeudi soir, nous avions dîné chez Maman, et vendredi soir, Maman et les Granger sont venus après dîner et restés assez longtemps. Ce matin, sommes allés à la première messe, puis partis aux Sables où nous voulions assister à la clôture d’un Congrès national de l’Enseignement libre ; malheureusement le temps est resté toute la journée assez douteux, ce soir d’ailleurs il pleut à verse. Jacques nous a conduits aux Sables, puis il est revenu à Aizenay assister au Congrès départemental des pompiers. Ce matin, les enfants se sont promenés, j’ai écrit, fait la cuisine, pendant qu’Anne jouait sur le trottoir, nous avons déjeuné gaiement ; après la vaisselle, les enfants sont allés au meeting de la Clôture, cours Blossac ; je suis allée les conduire jusque là-bas, puis me suis installée sur la plage avec Tachou. Il y faisait à peu près bon, malgré le temps très gris. Sommes rentrées pour goûter, Jacques est rentré à ce moment-là, puis est parti prendre la fin du meeting ; suis sortie avec Tachou, pour luis acheter une sucette, et nous sommes trouvées juste pour voir le défilé qui venait du cours Blossac et se rendait à l’église ; y sommes allées aussi et j’ai été heureuse, moi qui, pour mon dimanche, n’avait eu que la première messe, de pouvoir prier et chanter avec la foule. Il était ensuite l’heure de partir, nous avons tout rangé et tout fermé en vitesse, et n’étions pas de bonne heure ici pour dîner. Jacques était assez content de sa journée, les enfants avaient trouvé le meeting un peu long, bien que certains discours aient été intéressants. Il y a eu un très beau défilé. C’est ce soir lundi que je finis d’écrire, je suis tout de même un peu moins lasse ce soir…. Je n’ai d’ailleurs pas eu trop de peine aujourd’hui ; le menu donnait moins de travail que celui de vendredi, et, tout était réussi, quoique, faute d’électricité, nous ayions craint pendant un moment de ne pas pouvoir faire cuire le filet de bœuf, cependant il était très bon, les asperges aussi et les tartes maison de Jacquie délicieuses. Les Crochet sont partis de bonne heure, aussi j’ai pu aller un peu chez Maman, et tricoter ensuite ; il me reste tellement de choses à faire avant la rentrée des filles. Jean part demain soir ; cette permission a été vite passée !
Dimanche matin 1er mai
Pas écrit de toute la semaine, toutes mes journées ont été remplies, et, bien qu’avec la rentrée des enfants beaucoup de choses se soient tassées, je pense avoir beaucoup de travail et être souvent dérangée pendant les semaines qui viennent. Suis tout de même un peu moins lasse, avec le moral meilleur… Mardi a eu lieu le départ de Jean ; Jacques était absent à cause d’une session du Conseil général, mais Maman est venue déjeuner avec nous. Le garçon est parti vers quatre heures, en bicyclette, et, comme il partait, Yves a pris la bicyclette de son Papa en disant qu’il allait conduire son frère, il a même été jusqu’à La Roche, et a accompagné Jean à la gare - pendant ce temps, Pierre grillait d’en faire autant, mais il n’a que la petite bicyclette qui était autrefois celle de Geneviève et ne permet pas de faire de grandes courses, aussi, après son goûter, il a filé à son tour, disant qu’il allait au-devant d’Yves ; cela l’a mené à 4 km de La Roche, et il est rentré fourbu, mais ravi, et, le soir, en revenant de prendre son bain, Yves a trouvé un billet sur la table de nuit : « Lis si tu veux, mais laisse-moi dormir ». Le lendemain matin tout allait bien, et les deux garçons ont passé leur journée à des courses d’escargots. Chaque animal portait le nom d’un personnage historique, et cela donnait des effets assez inattendus, on entendait : « Pierre, Louis XIII vient de se réveiller » ou « Pierre, fais attention, Napoléon III grimpe après une bicyclette » ! Il y a des jouets coûteux qui ne les amusent pas tant ! Ce mardi là a été pour moi une belle bousculade ; j’ai tricoté presque toute une manche pour finir un petit vêtement à Geneviève, mais il a fallu laisser mon tricot, l’après-midi, pour faire les bagages des garçons, aussi, je me suis trompée, et j’ai mis à Pierre une paire de souliers à Jacquie, si bien qu’il a fallu téléphoner à Richelieu, le lendemain, et demander à la sœur de récupérer les souliers et de les envoyer au car. C’est Yves qui est allé les porter, et Jacquie a pu rentrer en possession de son bien. Mercredi soir, avons dîné de bonne heure pour conduire les garçons au car ; jeudi, terminé le vêtement de Geneviève et mis en ordre beaucoup d’autres choses. Vendredi matin, sommes partis de bonne heure pour Nantes, emmenant, dans l’auto, Fernande Baron et Marie-Annick, et, dans la remorque, une barrique de vin et des valises. Le voyage s’est bien passé, malgré le temps pluvieux et froid ; j’ai fait pas mal de courses avec les filles et aussi pas mal d’achats. Sommes rentrés pour dîner. Avons trouvé une lettre de Jean dont le voyage Redon Coëtquidan avait été assez mouvementé. Une lettre de Jeanne Lego – son mari a perdu son procès et leur situation se trouve assez critique - Hier, pas mal d’occupations ; dans l’après-midi suis allée voir Marguerite et passé un moment chez Maman. Il fait froid, le vent est toujours fixé au Nord, et aujourd’hui, si le ciel est d’un bleu très pur, la température est un peu dure….Hier, Jacques a passé la journée à la Rochelle pour affaires, j’avais eu très envie de l’accompagner, et de visiter la ville pendant qu’il serait pris ; j’y ai renoncé devant le travail que j’avais à faire ici, et, qui presse, et bien m’en a pris, parce que, d’une part le temps n’avait rien de bien charmant, et aussi parce que Jacques n’ayant pas fini ses affaires assez tôt, n’a pu prendre le car sur lequel il comptait, et a du se contenter d’un train de nuit quittant La Rochelle à une heure et quart, arrivait à La Roche vers trois heures, comme il y avait du retard, c’était presque quatre heures quand il a pu se coucher et il dort encore. Aujourd’hui n’aurai encore pas beaucoup de temps, nous avons à dix heures une réunion d’information sur le cardinal Mindszenty, et, cet après-midi commencerons la tournée des Mois de Marie avec la Pampinière et l’Aumère, cela nous mènera jusqu’au dîner, et il en sera ainsi tous les dimanches de mai. Anne vient de partir avec Marie à la messe de 9 heures, il y a aujourd’hui communion privée et elle voulait voir en communiante sa grande amie Marie-Reine ; la prochaine fois ce sera sans doute son tour. Les azalées blancs sont fleuri cette année de façon merveilleuse, c’est, sous la fenêtre du bureau, dans le soleil, quelque chose de ravissant.
Mardi soir 3 mai
Suis exténuée, après une journée très dure passée à La Roche, je comptais de toutes façons y aller cet après-midi, mais, à cause d’une photo et d’une feuille à signer pour le pré-bac d’Yves, j’ai dû y aller dès ce matin, je suis revenue déjeuner et y suis retournée tout l’après-midi, aussi ce soir je n’en peux plus et viens de me coucher. Ce matin, en arrivant, suis allée à Richelieu, puis au Sacré Cœur… de là, filé rue de Lorraine, où j’avais un essayage à faire chez Mme Guesdon ; quelques courses et il était temps de prendre le car. Je suis donc revenue déjeuner ici, ce qui m’a permis de voir un peu al maison, de lire le courrier, et de déjeuner tranquillement avec Jacques et Anne, puis j’ai repris le car à 2 heures 10. En arrivant, je suis allée à l’hôpital, c’est la dernière fois puisque Radegonde Gréaud rentre chez elle jeudi, c’est même Jacques qui la ramènera…. En sortant de là, la bibliothèque paroissiale, un renseignement à prendre au Service social et départemental, un papier à porter au greffe du tribunal, un quart d’heure à la Maison des Œuvres, je n’ai même pas eu le temps de voir l’Abbé Sacré, et je suis arrivée à Richelieu juste pour la récréation, Vu les garçons qui sont bien, malgré la piqûre antityphoïdique faite samedi soir. Suis allée ensuite chez Mme Poirier-Coutansais avec qui j’ai arrêté le programme des réunions du Congrès cantonal….. Demain, la famille Gallet vient goûter. Dimanche, journée assez chargée ; le matin, une conférence sur le communisme, les persécutions en Europe centrale, et les derniers événements de la Grand’Combe (Les Houillières), très intéressant et pas mal de monde. Dans l’après-midi, après les Vêpres, mois de Marie à l’Aumère et à la Pampinière ; fait pas mal de visites dans les deux villages, mais ai réussi à ne rien prendre à la Pampinière, tandis qu’à l’Aumère je m’en suis tirée avec une tartine de crème, quatre cafés crème, des petits gâteaux, etc… Nous n’en sommes rentrés qu’à 9 heures, nous sommes déjà invités pour l’année prochaine.
Dimanche matin 8 mai
La grand-messe ne va tarder à sonner, aussi je n’aurai pas beaucoup de temps à moi ce matin. Nous sommes allés tout à l’heure au Monument aux Morts, où les anciens prisonniers avaient organisé un défilé, mais il n’y a eu qu’un discours de leur président, si bien que cala a été assez court. Quatre ans déjà que nous fêtions l’Armistice, cet Armistice qui n’a pas pu être si pleinement joyeux que l’autre parce qu’il y avait déjà, et il y a toujours, cette arrière-pensée : ce n’est pas fini ! Enfin nous avions quand même un sentiment de libération et un soulagement ! Que Dieu protège la France, et aussi Jeanne d’Arc, dont c’est la fête aujourd’hui ! Cet après-midi, nous irons peut-être au mois de Marie de la Rételière et du Recredy, et je n’aurai pas le temps de tout ce que j’aurais à faire. J’ai été très prise ces jours-ci ; Mercredi, j’avais les trois dames Gallet à goûter ; Maman est venue aussi ; j’ai eu le temps le matin, et au début de l’après-midi de faire pas mal de petites choses, et la semaine qui va venir sera terriblement remplie ! Jeudi matin, une petite réunion des chefs de secteurs ; elles n’y étaient pas toutes, et c’est regrettable. Assisté ensuite à l’enterrement d’un bébé de 18 moi décédé mardi dans de bien tristes circonstances, sa mère l’ayant perdu de vue quelques minutes, il est tombé dans un trou de chaux, où il y avait un peu d’eau, il a dû être asphyxié immédiatement…. Jeudi après-midi sommes allés à la Roche chercher Radegonde Gréaud, avec les démarches à faire pour sa sortie d’hôpital, le trajet de la Bouchère et un petit moment là-bas, cela nous a pris une grande partie de l’après-midi. Vendredi matin, suis allée conduire Anne à la vaccination anti-paratyphoïdique, cela a pris une grande partie de la matinée ; j’ai couché la fille ensuite ; dans l’après-midi, elle a commencé à souffrir de son bras, puis la fièvre est montée….Je suis restée près d’elle le plus possible ; Maman est venue aussi… Hier matin, la fille paraissait bien mieux… Ce matin elle est bien, mais elle fait en même temps un peu de rhume et d’embarras gastrique. Un peu de diète et quelques cuillerées de sirop lui feront du bien. Je vais être très prise cette semaine, demain, c’est la foire de La Roche ; je comptais être libre, et aller à Nantes jeudi pour la fête des anciennes de Chavagnes, mais Mme Taylor m’a écrit pour me demander d’aller au pèlerinage de Noirmoutier mercredi, d’y faire une causerie sur l’éducation familiale, et Mme de Baudry d’Asson m’a téléphoné ce matin pour aller mardi au pèlerinage de Palluau parler sur les équipes apostoliques…..
Jeudi soir 12 mai
Suis complètement « claquée », je viens de me coucher… Dimanche, assisté aux Vêpres, comme toujours, et chanté les louanges de Jeanne d’Arc. Sommes allés au Mois de Marie de la Rételière, où nous avons passé un grand moment, seulement il était trop tard pour aller au Recredy, sommes rentrés ici, ai pu écrire à Jeanne Lego avant dîner. Lundi, foire de La Roche ; sommes allés en auto ; il vaudrait mieux évidemment prendre le car, c’est une occasion de beaucoup de contacts personnels, mais c’est aussi bien fatigant. Le matin fait des courses et visité les deux expositions intéressantes de la foire : celle des Maisons rurales et celle de l’artisanat ; il y avait des choses à voir et à remarquer dans les deux ; dans celle de la Maison rurale, beaucoup de choses à commenter, de matières à discussion, qui pourraient permettre, avec quantité de personnes, d’intéressants échanges de vues. Après déjeuner réunion chez Mme Poirier-Coutansais… Suis retournée à la Maison des Œuvres, où j’ai vu quelques personnes et commencé à préparer ce que j’avais à dire le lendemain. Suis allée à Richelieu, où nous avons vu les garçons, seulement Jacques avait un peu à faire avant de quitter La Roche, et j’ai continué à travailler dans l’auto. Jacques m’a raconté avoir vu sur la foire le nouveau car Bulteau, il s’y est retrouvé avec Bulteau lui-même et l’Abbé Boucher, si bien qu’ils pouvaient se mettre tous ensemble à faire la réclame aux passants. Travaillé le soir à préparer et à assimiler les rapports. Mardi matin, Jacques m’a conduite à la Chapelle-Palluau, où avait lieu le pèlerinage de Palluau, suis arrivée juste pour la messe. Pèlerinage pas très organisé ; si je n’avais pas été là il n’y aurait eu personne pour présenter les rapports, et il y avait encore un peu de monde…. Présenté ensuite mon rapport sur l’éducation, que j’ai dû modifier parce qu’il y avait des auditrices de toutes sortes et non seulement des mamans. Nous sommes allés ensuite en procession dans une propriété qui s’appelle Douin ; cela nous a fait une jolie promenade … et nous nous sommes séparées. Pour moi, je devais attendre jusqu’à 7 heures et demie, car à ce moment-là je pouvais avoir un Citroën pour Aizenay, où Jacques devait me prendre ; je suis allée m’installer chez Marie Méchineau, où j’ai eu un petit café réconfortant et un coin tranquille pour tricoter et lire ; Le retour s’est bien effectué. Mercredi matin, me suis levée à 6 heures pour préparer mon départ à Noirmoutier, à 7 heures et demie, j’étais à La Genétouze, et je retrouvais dans l’autorail Mmes Duchesne et Auvynet qui venaient diriger le pèlerinage, jusqu’à Challans le trajet a été agréable et reposant, mais il n’en a pas été de même ensuite. A Challans Mme de Baudry d’Asson devait nous envoyer une auto, mais personne n’est venu, et, après un coup de téléphone inutile, nous nous sommes décidées à prendre le tram pour Fromentine ; là, attendu le bateau ; il faisait beaucoup de vent et un peu froid, heureusement le trajet est court, puis le car nous a déposées à la Guérinière où devait avoir lieu le pèlerinage, il était 11 heures et quart, les dirigeantes nous attendaient depuis 10 heures et étaient un peu inquiètes…..A 2 heures, Mme Auvynet a parlé de la campagne de l’année, pendant que de mon côté je faisais une causerie sur l’éducation, seulement il a fallu abréger, le car partait à 3 heures et il ne s’agissait pas de le manquer ! Nous avons fait le trajet en sens inverse jusqu’à la Fosse, la traversée de Fromentine ; là, il a fallu attendre une heure le car, mais nous étions bien dans les pins où il faisait très bon ; nous avons pu prier, tricoter et causer… Dans l’autorail, rencontré Jeanne Crochet et Jeannette, avec qui j’ai causé jusqu’à Soullans. A la Genétouze, Jacques m’attendait, avec Tachou. J’étais passablement lasse le soir et aurais voulu me coucher le plus tôt possible, mais il me fallait finir différentes petites choses pour apporter à Jacquie le lendemain ; cependant j’étais contente de ma journée, malgré la fatigue, nous avions eu des contacts très intéressants et aussi ma petite causerie sur l’éducation avait été, me semble-t-il, plus réussie que celle de la veille… Hier matin, me suis levée à 5 heures pour partir d’ici à 6 heures moins le quart, l’autorail étant à Belleville à 6 heures et quart. Suis arrivée à Nantes à 7 heures 20. J’ai eu le temps d’aller jusqu’à Monselet et de revenir à Chavagnes pour la messe. Cela a été bien doux, comme toujours, de me retrouver dans cette chère chapelle où j’ai tant prié. Vu beaucoup Mme Houdbine dans la matinée, et parlé avec elle de façon intéressante et profonde. A 11 heures, réunion à la salle de réception, mais cela a été trop long. Le déjeuner aussi a été un peu long et bruyant, si bien qu’il était difficile de causer. Passé presque tout l’après-midi dans le parc, sauf un moment où je suis allée voir Mère et Madeleine. Jacquie était avec Nicole, Geneviève avec Majo, cependant je les ai bien vues toutes deux. Avant de prendre le car, suis allée une minute voir Françoise, arrivée à Nantes depuis mardi. J’étais bien lasse et avais hâte de rentrer….
Dimanche soir 15 mai
Nous arrivons de Nantes où nous avons passé une grande partie de la journée ; en descendant d’auto, pendant qu’Anne mangeait une tartine de fraises, suis allée chez Maman lui donner quelques nouvelles de notre voyage, puis nous avons fait notre Mois de Marie et couché la poupée. Je ne vais pas tarder à en faire autant ! A part cela, avons passé une bonne journée, assisté ce matin à la messe de 9 heures et sommes partis vers 10 heures et demie, nous étions là-bas une heure avant le déjeuner. Sommes allés ensuite retrouver les Landais à la Carterie et passé un moment agréable. Passé un moment sous les arbres, avons visité les diverses exploitations, les potagers, c’est une propriété charmante où il doit faire bon vivre, la vue du côté du parc est ravissante, la maison est bien distribuée avec des grandes pièces et de jolis meubles et bibelots. Avons dîné de bonne heure comme d’habitude et conduit Jean à la gare pour son train. Vendredi et samedi j’ai eu bien à faire, d’abord reprendre la maison en main, ce qui a donné un peu de travail après une absence de quatre jours. Vendredi matin, suis allée parler à M. le Curé, ayant différentes questions à voir avec lui. J’ai hâte que notre pèlerinage soit passé, ainsi que celui de Rocheservière auquel je dois aller le vendredi suivant ; ensuite il ne me restera que la fête des mères, et j’aurai fini mon plus gros travail de l’année, le plus gros seulement, celui que tout le monde peut voir, car il en est un autre qui doit continuer toujours et ne peut pas finir. Je suis ensuite allée chez Maman, puis à une sépulture, et cela m’a pris presque toute ma matinée. Après déjeuner, j’ai eu ici une petite réunion du bureau de la Ligue, pour l’organisation immédiate du pèlerinage, puis je suis allée à l’hôpital, M. le Curé de Falleron, que j’avais vu mardi à la Chapelle-Palluau m’ayant demandé d’aller voir sa mère qui est aveugle et impotente, j’en ai profité pour aller faire une tournée chez les autres vieilles…. Passé un moment ensuite chez Maman. Hier matin, rangé beaucoup de choses d’hiver après les avoir saupoudrées d’anti-mite… Suis allée dans l’après-midi voir la jeune femme Minaud qui a perdu son bébé l’autre jour… Jean avait l’air bien content de se retrouver en famille aujourd’hui ; nous le reverrons bientôt, pour la Pentecôte.
Mercredi soir 18 mai
Trente sixième anniversaire de ma première Communion. Je viens de me coucher, je suis très lasse et pourtant j’ai beaucoup de choses à raconter…. Lundi, pas mal d’occupations ; suis allée le matin parler à M. Le Curé de différentes choses. Au courrier, une lettre de la mère de Mme Poirier-Coutansais, laquelle m’informait que sa fille, au lit pour quelques jours, ne pourrait venir aujourd’hui. J’ai téléphoné à la Maison des Œuvres et ai eu la chance d’avoir Mlle Tanguy qui m’a proposé Mme Queneau… les choses se sont bien arrangées…. Suis allée un peu chez Maman, une visite des Brachet le soir. Hier matin, rangement de lessive puis une messe de mariage à Saint Etienne. Aussitôt déjeuner, sommes partis à La Roche où j’ai eu pas mal de courses ; suis allé voir Mme Coutansais qui est mieux… Les garçons sont très bien tous deux. En rentrant ici, me suis mise à remanier ma causerie sur les équipes apostoliques… me suis levée ce matin pour la terminer. Au réveil, temps gris et brumeux…. il s’est mis à pleuvoir, j’étais désolée parce que notre messe à la grotte était impossible. Vers 9 heures et demie suis allée à la salle voir ce qui se passait, les jeunes filles avaient mis pour Messieurs les Curés un joli couvert, mais il pleuvait toujours. Enfin les Ligueuses sont arrivées les unes après les autres, seulement la messe a commencé un peu tard, il y avait bien du monde, et la messe a été bien vivante et chantante. Le Père Girard a bien parlé comme toujours, il est toujours un remarquable prédicateur, il nous a parlé de l’apostolat, appuyant sa prédication sur des textes évangéliques ; c’était une vraie joie. Nous avons eu ensuite la réunion, Mme Taylor a parlé d’abord, puis j’ai fait mon rapport ; je dois l’avouer, il a été encore plus mal que ce que j’avais fait jusqu’ici… j’ai été soulagée quand cela a été fini !… le déjeuner a été très cordial. Avons fait ensuite une petite visite à Mme Dorion, puis nous avons eu le Salut et deux réunions simultanées : l’une sur l’éducation familiale par Mme Queneau, l’autre par Mme Taylor, sur la sanctification du dimanche. Les deux ont été très réussies…. Avons eu ensuite, à la grotte, un splendide chapelet médité ; enfin nous nous sommes séparées, assez contentes, je crois, de notre journée ; il faudra faire mieux l’année prochaine !
Vendredi matin 20 mai
Suis restée au lit ce matin, je vais tout à l’heure au Petit-Luc, pour le pèlerinage du canton de Rocheservière, et j’aurai la messe là-bas, aussi cela me permet de me reposer un peu ce matin. Le soleil paraît, j’espère que nous aurons beau…. Hier matin, j’étais un peu reposée et suis allée à la messe… Au début de la matinée, Jacques a pensé brusquement que c’était la Saint Yves, et que nous n’avions pas souhaité la fête de notre garçon ; avec toutes ces occupations au sujet du pèlerinage, j’avais complètement oublié. J’ai téléphoné à Richelieu, et le Supérieur m’a dit qu’il enverrait les garçons par le car de midi. Nous avons donc corsé le déjeuner en y ajoutant du thon mayonnaise et une tarte, et, à midi et demie, nous avons vu arriver les deux garçons bien contents. Grand-mère devait venir de toutes façons déjeuner avec nous, mais nous ne lui avions rien dit, et cela lui a fait une agréable surprise. Les garçons sont bien. Yves a très bon appétit et beaucoup d’entrain. Pierre a plutôt moins bonne mine et surtout il est plus sale. Tous deux ont fait honneur au déjeuner, et, par bonheur, Jacques étant libre, a pu se mettre à table avec nous ; L’après-midi s’est vite passée ; dès quatre heures et demie, il a fallu commencer à distribuer les tartines ; Yves a avalé quatre tartines de fraises qui rentraient très bien ! Anne a été ravie d’aller conduire ses frères à la Roche. En fin d’après-midi, suis allée voir M. Le Curé pour régler différentes questions avec lui ; il était très content de la journée de mercredi….
Dimanche matin 22 mai
Encore de mon lit, c’est presque une habitude, mais je suis si souvent fatiguée ces soirs-ci que je me couche exténuée, et j’ai un plaisir immense à retrouver la fraîcheur des draps et à allonger les jambes….Hier matin, suis partie à La Roche par le premier car, le second, qui avait lieu les jours de marché, est supprimé depuis hier ; j’ai pu cependant avoir la messe avant mais il a fallu me passer de déjeuner ; cela fait partir une bonne heure plus tôt ! En arrivant, fait une commission chez les Gourraud, puis dentiste, où je n’ai d’ailleurs pas attendu ; un essayage chez Marie Guesdon, un moment à la Maison des Ouvres, quelques courses, puis j’ai gagné Richelieu…. Les garçons sont très bien tous deux. J’ai eu encore quelques courses à faire, mais, par bonheur ai pu avoir une place assise, alors que le matin il avait fallu rester debout. Déjeuné toute seule, jacques était aux Lucs et Anne a préféré déjeuner à la cuisine ; au fond, cela m’a un peu reposée. J’ai ensuite eu différentes choses à mettre en ordre, passé un moment chez Maman, puis suis allée à Montorgueil. Temps agréable, ensoleillé, avec un peu de vent, campagne ravissante… Fait plusieurs visites là-bas, d’abord à la Sainte Vierge, c’est-à-dire au Mois de Marie, au ménage Locteau et à leur bébé de trois semaines ; la maman n’est pas bien encore ; enfin chez les Martineau où nous avons beaucoup causé. Me suis arrêtée au retour à la Faucherie ; goûté chez Maman, mais j’étais atrocement lasse en arrivant ici. Je me demande si je pourrais aller demain à la procession des Rogations. Hier, beaucoup travaillé toute la matinée : rangements, courses. Après déjeuner, suis allée chez Marguerite ; là, c’est « l’esprit du monde », et c’est pour moi bien pénible. Un moment chez Maman ensuite. Dimanche après-midi à la kermesse des Lucs, pluie d’abord, puis temps assez douteux ; Jacques y est resté longtemps, parce qu’il avait des tas de gens à voir ; c’est plutôt fatigant. Anne a été odieuse tout ce jour-là, mais le lendemain, elle a été un amour au déjeuner.
Les Sables – jeudi matin 26 mai – Ascension
Sommes installés ici depuis hier soir. Jacques vient de partir à la messe ; Anne regarde la Semaine de Suzette ; pour moi, je me repose encore un peu ; tout à l’heure je me lèverai, habillerai ma petite fille, puis nous irons à la grand-messe. Le soleil brille et de reflète sur les maisons de La Chaume, mais il y a aussi des nuages, et le temps paraît assez douteux, pourrons-nous amener Anne à la plage aujourd’hui ? en tous cas nous pourrons toujours la promener, ce sera toujours pour elle un changement d’air, et une détente pour son Papa. Hier, journée assez dure, j’ai tenu à aller à la procession des Rogations, il y a si peu de monde et c’est un exemple à donner, seulement, j’étais si lasse qu’à le fin je ne priais plus guère, bien que j’aime tant ces splendides oraisons des Litanies des Saints. Quand je suis rentrée, Thérèse avait habillé Anne, seulement il y a eu encore bien à faire : deux sorties, les préparatifs du départ, bien sommaires pourtant, des rangements, du travail pressé à faire, du linge à ranger, tout cela m’a pris ma journée, suis allée un peu chez Maman. Le matin, lettre de Jean, il est allé dimanche à Nantes et Saint-Nazaire défiler devant le Président de la République ; le voyage, en car, et non en camion bâché, a été confortable, ils ont été logés, nourris convenablement, cela les a promenés et leur a fait passer un dimanche intéressant. Quant à Jacques, il avait une réunion hier après-midi, réunion organisée par l’abbé Sacré et destinée à une étude du droit de propriété ; il y avait l’abbé Bretaudeau et plusieurs autres personnalités intéressantes, si bien que cela leur a permis des échanges de vues et des mises au point nécessaires ; il en est revenu content, et nous avons pu en parler tout en dînant ; nous avons eu le temps de charger la voiture avant dîner, de dîner tranquillement, nous sommes partis vers huit heures et quart, et arrivés ici un peu après neuf heures. Anne a été vite couchée, j’ai mis rapidement bien des choses en place, et à 10 heures, je pouvais monter me coucher, à mon tour. Assez mal dormi, le lit est dur, et les feux des phares, que j’aime beaucoup cependant, troublent un peu le sommeil quand on en pas l’habitude. Nous sommes ici jusqu’à lundi soir.
Dimanche matin 29 mai 49
Nous avons projeté pour aujourd’hui de déjeuner en pique-nique à la Chaume, mais le temps est couvert et je ne sais ce que nous pourrons faire… Tout va bien ces jours-ci, j’ai beaucoup de choses à raconter, mais il va être l’heure de me lever et de lever ma fille. Nous avons passé jeudi une journée merveilleuse, malgré le temps douteux et le vent froid. Le matin, grand-messe, c’est ici la semaine de la messe, et cela me fait un plaisir immense que d’avoir des instructions sur un sujet qui m’est particulièrement cher. Au retour, suis revenue par le Remblai avec ma petite fille qui bavardait comme une pie ; avons rencontré Remi Charron qui nous a demandé des nouvelles de Jean. Après déjeuner, avons décidé d’aller à Cayola, au lieu d’aller du côté de la pointe comme nous le faisons toujours, avons décidé de marcher un peu du côté de Bourgenay, c’est peut-être moins joli que de l’autre côté, mais il y a des buissons de chênes-verts, couchés par le vent, et quelques pins ; sommes allés jusqu’à une cabane à moitié démolie, située à une pointe d’où l’on domine deux baies… Jacques et Anne sont descendus à une petite crique pavée elle aussi de galets, mais plus petite que celle de Cayola ; Anne était ravie, elle s’intéressait à tout, courait et riait comme un petit lutin, avec une figure épanouie ; je me suis assise au bas de la dune ; il faisait très bon à l’abri du vent. Sommes rentrés pour cinq heures faire goûter Anne, et à six heures sommes allés aux Vêpres. Journée bien employée, avons prié le Seigneur et nous sommes promenés en famille, rien de mieux ; Jacques était content. Ce qui a été merveilleux aussi c’est que j’ai eu quelques bons moments, avant et après le déjeuner, après le dîner, quelques bons moments de lecture et de méditation, comme je les aime, sans paroles inutiles, et cela m’a été infiniment bienfaisant. Après dîner, un tour, avec Jacques, sur la plage et le Remblai, ce qui est une chose rare et merveilleuse aussi, et, un peu après, un bon moment d’intimité, une conversation cœur à cœur, comme cela ne nous arrive pas assez souvent, mais une de ces conversations qui laissent un parfum pour les jours à venir. Vendredi matin, pris la messe dialoguée de « la semaine de la messe », fait le marché, puis sommes allés avec Jacques voir un fabricant de canoës, afin d’en offrir un aux enfants pour les prochaines vacances ; ce sera un beau cadeau, et un cadeau qui leur fera du bien, les intéressera, leur permettra de prendre un bon exercice ; j’aime mieux les voir nager, les voir faire du canoë dans la baie, qui ne représente aucun danger plutôt que de les voir aller au café, au dancing et au cinéma, ainsi que je l’ai tellement craint pour Jacquie l’année dernière ; enfin je crois que cela leur fera plaisir, particulièrement à Jean et à Yves, et peut-être aussi aux filles. De là sommes revenues par le Remblai, Anne et moi, puis avons eu un peu plus d’une heure à passer sur la plage où il faisait bon. L’après-midi a été moins agréable, la mer était haute et il faisait plus froid, cependant nous sommes restées jusque vers 6 heures et demie… Hier matin, fait le marché de bonne heure, si bien que nous avons pu partir dès dix heures. Dans l’après-midi, suis allée voir Mlle Chalard, que j’ai trouvée vieillie et affaiblie aussi ; je crois qu’elle commence à être travaillée par l’idée de l’éternité, c’est un sujet sur lequel elle revient, cette ignorance où nous sommes de l’au-delà, et les « préparatifs de départ » à faire….Sommes rentrées un peu avant sept heures et demie, le vent d’ouest était grand et un peu froid, mais le ciel était pur et la mer avait des teintes splendides. Pour aujourd’hui nous avions donc projeté un petit pique-nique à La Chaume, ce qui aurait ravi Anne, mais il a plu et il a fallu y renoncer – je ne finis d’écrire qu’après déjeuner – il pleuvait même bien quand nous sommes parties à la messe Anne et moi, et maintenant le ciel est encore bien nuageux….. Je ne sais ce que nous allons faire cet après-midi ; il ne fait pas beau pour aller sur la plage, aussi je suppose que nous allons nous promener du côté du port. Jacques ne vient que ce soir, il assiste à Aizenay à un congrès des Sociétés de Secours mutuels et banquette avec le Préfet. Nous partirons demain soir ou mardi matin de bonne heure.
Jeudi matin 2 juin
Début de semaine quelque peu rempli, et du mauvais temps presque toujours. Dimanche, nous n’avons pu aller à la plage, mais nous avons fait après déjeuner une grande promenade autour du port, vu les chantiers de construction ; sommes allées à l’église de La Chaume, à la Tour d’Arundel, à la grande jetée. Anne était contente, et s’intéressait à tout. Sommes rentrées pour cinq heures, fait goûter Anne, et sommes allées aux Vêpres. Jacques est arrivé pendant ce temps là et nous a rejointes à l’église. Après dîner, fait ensemble une bonne promenade jusqu’au Phare Rouge. Lundi matin, Jacques est parti d’assez bonne heure pour La Roche avec M. Rousseau ; suis allée à la plage avec Anne, il y faisait bon ; y sommes retournées une bonne partie de l’après-midi, mais avons quitté un peu avant six heures, il était temps de commencer les préparatifs de départ, de plus, le temps se refroidissait et il est même tombé une grosse averse. Nous avons eu vite fait les valises, il n’y avait d’ailleurs pas tant de choses à emballer ; dîné un peu plus tôt et fermé la maison ; nous étions là à 9 heures ; Anne a été vite couchée et bien des choses mises en place dès le soir. Mardi, une journée assez remplie, suis allée un peu chez Maman l’après-midi ; vu aussi M. le Curé pour diverses questions ; j’ai eu aussi à faire un peu de cuisine, Armand et Suzanne arrivant le soir ; j’avais un joli dîner, malheureusement, Suzanne est au régime et n’a pas mangé grand-chose, Armand très peu d’ailleurs ; le plat de galantine était pourtant bien présenté et la tarte aux fraises très bonne ! Hier, Jacques et Armand sont allés à Richelieu pour la journée des Anciens ; Suzanne et moi avons passé la plus grande partie de la journée à causer ; sommes allées un peu chez Maman et chez Marguerite. Le soir, les deux garçons ont eu la permission de venir avec leur Papa pour voir leur tante ; nous avons donc dîné tous ensemble, ils ont couchés ici et sont partis par le car ce matin. Armand et Suzanne sont partis après dîner pour Nantes. Tous les garçons, y compris Jean, arrivent demain soir, les filles samedi soir, mais je crois que Jean partira dès lundi.
Un moment pénible hier, à propos de la mort du Cardinal Suhard, archevêque de Paris et de son successeur éventuel. Certains prétendent qu’on nommera un archevêque socialiste, d’autres ont renchéri, déclarant que le Pape, étant socialiste, il ne pouvait pas en être autrement. Tout cela fait mal. Pour beaucoup on ne peut être social sans être socialiste, et toutes les opinions, sociales ou politiques, se résument dans la conservation du porte-monnaie. En attendant, je relis la magnifique lettre du cardinal Suhard sur « le Sens de Dieu ».
Dimanche matin 5 juin – Pentecôte
Nous avions un peu pensé aller ces jours-ci aux Sables, mais, au dernier moment, la chose n’a pas été possible, les filles n’arrivant que hier soir et Jean regagnant Coëtquidan dès demain soir, et puis ce n’est pas tellement à regretter le temps demeurant vraiment mauvais. Hier il a déjà bien plu, et il pleut encore depuis ce matin… cela paraît moins désagréable d’être ici par mauvais temps, où il y a des livres, des jeux et davantage d’espace, alors qu’aux Sables, nous regretterions tant de ne pouvoir sortir ! Enfin, j’espère que malgré cela les enfants passeront de bonnes vacances, ce sera toujours pour eux une détente et un changement, et l’occasion de faire quelques bons repas, chose à laquelle ils sont assez sensibles, surtout les garçons. C’est effarant ce que Pierre mange, cela m’avait déjà frappée mercredi soir ! Ce matin, au petit déjeuner, il a mangé du fromage, du miel, de la confiture, sans compter quelques tartines de beurre et son cacao. J’aime mieux cela que de le voir traîner devant son assiette pleine ! Jeudi matin, pas mal de choses à faire, l’après-midi, suis allée à la Roche, n’ai pas eu à aller à Richelieu, comme j’avais vu les garçons le matin, aussi mon après-midi n’a pas été trop fatigante ; suis allée faire un essayage, une visite à la clinique, une visite à Mme Poirier-Coutansais avec qui nous avons parlé de nos pèlerinages ; passé un moment à la Maison des Œuvres. Vendredi matin, confiture de fraises ; l’après-midi, Maman est venue ici, Anne ayant le matin sa 3ème piqûre antityphoïdique, elle n’a d’ailleurs pas été fatiguée du tout…. Les garçons sont arrivés au car du soir, c’est-à-dire Jean et Pierre ; Yves n’est venue qu’hier au car de midi et demi. Grand-mère est restée dîner avec nous, et les garçons ont bien apprécié le thon mayonnaise et la tarte aux fraises. En attendant j’ai beaucoup de tricots en train… Je vais tout de même terminer demain un chandail réparé à Jean et un chandail à Yves, auquel il ne reste plus à faire que l’encolure ; ce n’est d’ailleurs pas dommage, car celui qu’il porte est tellement sale que je regrette bien de n’avoir pu finir l’autre hier. Le chandail de Jacquie est presque fini, il y a une petite chose à rectifier et les coutures à faire ; de ce côté-là j’ai bien le temps, parce que Jacquie ne repart plus et commence ici sa vie de jeune fille ; quant à celui de Geneviève, il n’est guère avancé…. Aujourd’hui la Pentecôte ; suis allée hier matin à l’office qui est beau, quoique moins imposant que celui du Samedi Saint ; j’ai essayé ces jours-ci de me mettre dans l’esprit de cette grande et si belle fête. Il y a tant de choses, et, cette fête est pourtant moins comprise et vénérée que celles de Noël et de Pâques. Venue du Saint Esprit sur les Apôtres, naissance de l’Eglise… Je voudrais faire bien des choses aujourd’hui, et n’y arriverai certainement pas, je voudrais aussi profiter un peu de la présence des enfants cela sera si rare désormais de les avoir tous réunis ici ! Où sera Jean l’année prochaine ? Jacquie confectionne des tartes pour le déjeuner ; nous aurons des poulets de notre élevage, et aussi une bonne tasse de café de la cafetière électrique, repas de famille qui sera bien gai et fera plaisir aux enfants, mais cela après la grand messe qui doit être le centre de notre journée dominicale. Que Dieu soit remercié de tout cela.
Lundi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 6 juin 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Cafard intense ce soir. Peine plus grande que jamais du départ de Jean. Lassitude, fatigue nerveuse que personne ne peut comprendre. Besoin de solitude, de paix, et en même temps sentiment pénible d’isolement ; j’ai besoin de l’appui divin.
Jeudi matin 9
Allons tantôt à La Roche, Jacquie et moi, il s’agit de voir si le Dr Simonin juge l’opération de sa cloison nasale indispensable, et, si oui, à quelle date nous fixerons l’opération , cela n’a rien de très amusant pour la pauvre fille, Maman viendra déjeuner et garder Anne. Bien occupée tous ces jours-ci. Lundi, quelques préparatifs à faire pour le départ de Jean ; un peu avant l’heure fixée, les Baynast au grand complet, sont arrivés ; il en est résulté un certain encombrement et il a fallu, en préparant le goûter, brusquer les adieux. Enfin le départ du garçon a quand même fait un grand vide. Après un après-midi rayonnant, le lundi de la Pentecôte, il a plu le mardi. Ce jour-là, les filles et moi avons fait de la confiture de cerises et j’ai eu une journée plutôt remplie. Avons dîné de bonne heure pour embarquer Yves et Pierre. Hier matin, embarqué Geneviève, la maison est maintenant un peu vide ; il est vrai que la fin de l’année scolaire n’est pas loin. Beaucoup de travail à faire. Je pars lundi à la foire de La Roche, puis la retraite de Chavagnes.
Dimanche matin 12 juin
Je me presse, dans une demi-heure, il faudra que je soie à une réunion de la Ligue, après quoi j’aurai bien à faire toute la journée ; nous avons aujourd’hui une fête de pompiers, avec Kermesse à laquelle je me dispenserais bien d’assister, car c’est plutôt fatigant, mais il faudra bien y paraître un peu, d’autant plus qu’Anne figurera dans un des chars, comme demoiselle d’honneur d’une des reines des pompiers – je ne sais combien il y en a !- Elle a aura une robe en papier rouge qui lui va d’ailleurs très bien, et elle est ravie (la reine était Christiane Lebœuf, en robe blanche, il y avait une demoiselle d’honneur en robe bleue, et moi en robe rouge en papier crépon et étoiles argentées, à la fin de la journée, il ne restait que le jupon !), seulement il faudra déjeuner en vitesse pour conduire la jeune personne à son habillage, il aurait été plus raisonnable d’assister à la messe de neuf heures… Seulement je n’ai pas eu el courage, en cette fête de la Sainte Trinité, d’abandonner la grand-messe et de me contenter d’une messe basse si peu liturgique. La Sainte Trinité n’est jamais assez fêtée, et c’est un mystère qui, pour la plupart des fidèles, se place loin derrière l’Incarnation et la Rédemption. Espérons qu’il fera beau tantôt, mais pour l’instant le ciel est plutôt nuageux, sans être menaçant. J’ai deux lettres à écrire cet après-midi et je me demande si j’y arriverai – l’une à Charlotte Rocheteau, qui prend l’habit le 27 et nous invite à sa cérémonie, l’autre à l’abbé Coupet qui nous demande des prières – il désirerait entrer chez les Dominicains, se sentant nettement orienté de ce côté-là, mais son Evêque s’y oppose, et il se demande s’il doit passer outre….
Tout s’est bien passé cet après-midi, Anne était mignonne dans sa robe en papier et avait l’air d’un vrai coquelicot, elle n’était pas intimidée le moins du monde et les chars étaient bien réussis. Après le défilé, je suis allée aux Vêpres, où il n’y avait pas foule, puis passé un moment au terrain des Sports où il y avait quelques attractions, un bar et une pâtisserie, suis revenue atrocement fatiguée, le temps est orageux et j’ai très mal aux jambes ; le trajet m’a paru bien long et pénible (moi, je suis allée faire un tour,en rentrant le soir, avec Papa, au banquet des pompiers, je sentais la fumée et la vinasse). Rien de très nouveau ces derniers jours. Jeudi après-midi à La Roche, avec Jacquie, ne suis pas allée voir les garçons, que j’avais vu l’avant-veille, mais passé un bon petit moment chez les Lesaffre ; Vendredi, suis sortie, en fin d’après-midi, pour aller dans les trois écoles faire les invitations habituelles pour la fête des Mères qui a lieu le 3 juillet et fait une petite visite à Angèle Violeau ; Hier, passé l’après-midi dans les fermes pour le partage de la laine. Fait samedi quelques pots de gelée de castilles, il faudra en faire d’autres quand je rentrerai. La réunion de ce matin s’est bien passée, quoique nous n’ayions pas été bien nombreuses ; pour moi, le travail de l’année est fini, ce sera à reprendre en octobre. Hier soir, au cinéma, « Premier de cordée », le film ne suit pas exactement le roman, les photos sont très belles, mais l’enregistrement du film très mauvais ; on n’entendait absolument rien.
Chavagnes en paillers – mardi 14 juin
Alors que j’aurai bien eu le temps de dormir ce matin, je me suis réveillée plus tôt que les autres jours… il n’est pas encore 6 heures, et nous avons la messe à huit heures et quart, si bien que j’ai pas mal de temps devant moi pour écrire, lire et prier…. Dimanche nous n’avons récupéré Anne qu’à neuf heures, les reines sont restées sur le terrain jusqu’à la dernière minute, et on les a ramenées en char. Anne avait sa robe déchirée, elle devait être exténuée, ayant marché tout l’après-midi ; elle n’avait pas faim, ayant mangé des glaces et des gâteaux, mais elle était ravie, il n’y a eu qu’à la mettre au lit tout de suite et elle a très bien dormi, seulement il a été assez dur de la faire lever hier matin. Nous l’avons expédiée en classe et sommes partis pour La Roche vers neuf heures. Hier matin, courses habituelles ; suis allée visiter une exposition de coiffes vendéennes, il y avait de jolis spécimens, mais pas assez nombreux ; il manquait la coiffe sablaise et aussi les coiffes du bocage ; Déjeuner comme d’habitude chez les Cousines, puis la réunion chez Mme Coutansais, nous n’étions pas bien nombreuses, mais cela a été intéressant ; parlé ensemble des pèlerinages, de l’apostolat des vacances, des soucis de vacances des mères de famille, il y a tout à faire de ce côté. Fait ensuite quelques courses… de là à Richelieu, vu les garçons qui sont bien et les notes qui pourraient être meilleures. Pierre demande à être scout ; il me semble que celui lui convient mieux qu’à Yves. Jacques m’a ramenée en ville ; suis allée goûter, puis récupérer ma valise et il était temps de regagner le car. Voyage un peu fatigant ; cars encombrés en raison de la foire de La Roche. Rencontré au départ Mme Allègre, avec qui j’ai fait le voyage ; aux Quatre Chemins, retrouvé Mme Puiroux, Mme Tesson, Mme Auvynet dont le car suivait le nôtre, et sommes toutes arrivées pour rattraper le dîner. Je ne suis pas installée au second comme d’habitue… Je suis dans le pavillon de la porterie, où j’occupe, au-dessus de Mme Taylor, la chambre de Mme de Baudry d’Asson, qui ne vient pas cette année….
Mercredi 15 juin
Tout va pour le mieux – retraite merveilleuse, qui nous maintient sur un plan spirituel très élevé, l’horaire est sensiblement le même que les autres fois, je regrette toujours qu’il n’y ait pas assez de temps pour la méditation – d’un autre côté les récréations sont nécessaires à cause des contacts qu’elles provoquent… Fait la connaissance de Mme Allègre, de La Roche, qui est très sympathique, retrouvé aussi Mme Tesson, et aussi Mme Gaillard et sa belle-sœur Chartier…
La Roche, vendredi matin 17 juin
Partie de Chavagnes à 8 heures et quart, arrivée à La Roche à 9 heures, je passe la matinée à Richelieu, attenant et la récréation des garçons, et le car de midi. Je viens de finir de mettre au net mes notes de retraite de façon à pouvoir venir y puiser aussi souvent que j’en aurai besoin… hier soir, pour la Fête-Dieu, procession dans le jardin, cadre ravissant et surtout recueillement parfait et prière profonde ; avec le père, cercle d’études, qui s’est prolongée jusqu’à 10 heures et demie… Regret de partir ce matin avant la messe de clôture des autres, avons eu cependant la messe des Sœurs Converses…Tantôt, il y aura sans doute l’opération de Jacquie, à moins qu’il y ait eu changement depuis mon départ…
Dimanche soir 19 juin
L’opération de Jacquie est passée, à mon grand soulagement, et cela commence même à aller mieux. Vendredi, suis donc revenue par le car comme convenu, mais nous sommes repartis peu après pour La Roche. L’opération a eu lieu à l’hôpital, aucune chambre n’étant vacante à la clinique. Jacquie s’est couchée en arrivant ; un moment après, on lui a fait une piqûre de morphine, qui l’a passablement engourdie, puis l’opération a eu lieu vers 5 heures et demie. Le temps m’a semblé long, enfin on l’a ramenée, sur un brancard, la pauvre fille avait la figure ensanglantée et une grosse mèche dans la narine droite. Sommes restés auprès d’elle jusque vers sept heures, Jacques et moi ; elle ne souffrait pas trop, mais elle était abrutie et mal à l’aise. J’y suis retournée le lendemain matin par le car ; elle n’avait pas dormi, avait vomi à plusieurs reprises et souffrait beaucoup de la tête. Le docteur lui a enlevé sa mèche qui était longue et encombrante ; cela l’a soulagée. Passé la matinée près d’elle ; sa chambré était claire et agréable ; nous sommes partis vers midi. Jacquie est restée étendue une partie de l’après-midi, mais elle a un peu dîné le soir. Elle a bien dormi, mais elle n’a pu aller à la messe, son nez coule toujours, bien qu’elle ait moins mal à la tête ; elle mange un peu et se sent plus forte, cela va aller de mieux en mieux. Hier, fait quinze pots de confitures de cerises et castilles. Ce matin, grand-messe, mais ne suis pas allée à la procession, j’avais à faire ici. Déjeuné en vitesse, puis sommes partis pour Nantes où Jean était arrivé hier soir ; l’avons vu bien peu de temps mais cela nous a fait grand plaisir ; lui avons souhaité sa fête, puisque la Saint Jean est toute proche. Peut-être le reverrons-nous bientôt ; il voudrait venir dimanche aux Sables pour la fête de la Mer. Quelques jours très durs, il est pénible, après avoir vécu sur les sommets de descendre dans la plaine, et décourageant de tenir si mal ses résolutions !
Jeudi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 23 juin 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Quelques jours très remplis ; guère le temps de lire et de prier ; heureusement j’ai eu chaque matin ma messe et ma méditation ; c’est déjà beaucoup. Jacquie est beaucoup mieux ; le nez se dégage, seulement sont traitement par sulfamides la fatiguait beaucoup, lui ôtant tout appétit et donnant des nausées et des malaises variés. J’ai téléphoné au docteur qui a autorisé à le supprimer ; c’est un grand soulagement ! Lundi, passé une grande partie de l’après-midi chez Maman ; vu Françoise et longuement causé. Mardi, confectionné des petits gâteaux pour recevoir le Préfet et les maires du canton. Hier et ce matin, conserves de petits pois. Cet après-midi, partage de la laine à l’Hermière ; visite à la Bouchère, suis restée un moment avec Radegonde Gréaud qui est aussi bien que possible. Fini l’après-midi à la Noue où nous avons cueilli, mangé des cerises et mangé aussi de la crème. Nous n’avons pas dîné ensuite. Temps orageux hier et aujourd’hui, cependant, il n’a pas plu.
Les Sables, dimanche 26 juin
Venus ici pour la Fête de la Mer ; arrivés après dîner avec Geneviève qui venait de débarquer de Nantes, tout a été vite mis en place, Anne couchée ; avons fait, Jacques, les filles et moi, un tour de Remblai ; temps superbe, illuminations en rade et dur le Remblai, préparatifs de fête pour aujourd’hui. S.E. le Nonce Apostolique a dû arriver en fin d’après-midi ; après une réception officielle à Saint Mathurin ; il a été également reçu à la Mairie, a fait le tour de la ville avec les autorités ; malheureusement nous sommes arrivés longtemps après. Ce matin, sommes allés à Notre-Dame pour la messe, et avons eu la joie d’avoir celle de Monseigneur. Tout à l’heure nous nous rendrons à La Chaume où Mgr Roncalli doit dire une messe pontificale en plein air près du Fort Saint Nicolas. Cet après-midi aura lieu le défilé traditionnel de la Fête de la Mer. Jean a renoncé à venir, cela lui faisait un voyage compliqué, et surtout, il était obligé de partir d’ici avant cinq heures, sans avoir rien vu ou à peu près. Je ne sais pas quand nous le reverrons maintenant. Beaucoup prié pour lui pour sa fête. Pas mal de travail ces derniers jours ; Terminé un chandail à Jacquie, mais il faut que maintenant je me mette aux maillots des filles et aux slips des garçons…. Jacquie ne peut pas beaucoup m’aider, elle a du travail, elle aussi, et surtout ne peut pas beaucoup travailler, n’étant pas tellement remise, elle a toujours des tournements de tête un peu pénibles ; enfin cela passera sans doute peu à peu ; Anne piaille en ce moment pour se faire coiffer par Thérèse, elle est toujours aussi capricieuse et souvent désagréable. Geneviève est donc arrivée hier soir ; elle part mercredi soir pour passer son bachot lundi ; nous irons la chercher vendredi. Pas été à La Roche cette semaine ; Je pense pourtant que les garçons sont bien.
Lundi soir 27
Bien des choses à raconter, mais je ne sais pas si je pourrai aller jusqu’au bout. Hier, une journée merveilleuse ; tout y était, un temps radieux et des cérémonies inoubliables. Avons décidé de nous rendre à la Chaume en auto, ce qui était moins fatigant ; au moment de partir, avons été rejoints par Yves, qui venait de débarquer avec Richelieu et avait quartier libre jusqu’à 7 heures et quart. Nous l’avons monté en auto. Pierre était, paraît-t-il, avec les scouts, mais, en longeant le port, Geneviève l’a aperçu qui déambulait en direction de la maison, elle est allée le rejoindre, l’a rattrapé, et nous l’avons casé, tant bien que mal, dans l’auto. Laissé l’auto dans la direction du Sémaphore. La messe se disait sur un podium adossé au Fort Saint Nicolas, avons trouvé place sur un ancien blockaus d’où nous pouvions facilement suivre la cérémonie ; nous voyions l’autel de côté ; il y avait un peu d’air frais et nous n’avions pas le soleil en pleine figure. Spectacle inoubliable, cette messe devant l’océan… près d’une église ruinée… cette messe dite par un représentant du Saint-Père, en présence de notre Evêque… Naturellement, moins de recueillement que dans une église, un peu trop de va et vient, mais avec un peu de bonne volonté, il était facile de bien participer à la messe. Cérémonie clôturée par la Vendéenne. Sommes aller déjeuner, avons été rejoints par Mme Baron et Marie ; souhaité la fête de Pierre avec des gâteaux et une tasse de Nescafé. L’après-midi, la fête de la Mer a été retardée d’une demi-heure, mais le défilé était splendide : l’Insula Oya tout de pourpre et d’or, portant les personnalités, et une foule d’autres bateaux décorés de façon ravissante. Suis rentrée ensuite. J’ai vu du balcon les bateaux évoluer en mer et revenir ensuite le long du chenal. Fait goûter les enfants, mais Pierre était avec tous les scouts et n’est pas revenu à la maison. Il est mignon au possible en uniforme, et il me semble que cela lui conviendra mieux qu’à Yves. Avons dîner, vers 8 heures, sommes rentrés ici. Ce matin, départ pour Vouvant à 7 heures et demie par un des cars Bulteau avec le chauffeur Pierre, pour la prise d’habit de Charlotte. Fait bon voyage, traversé par la Jaudronnière et la Caillère, une contrée très boisée et pittoresque. Avons, avant la messe, vu Charlotte en mariée ; elle était bien émue, mais heureuse. Cérémonie très simple, très pieuse, dans leur minuscule chapelle ; c’est tout de même un monastère et les religieuses les épouses du Christ. Avons communié Jacquie et moi. Réception charmante de la part des Sœurs et de la mère de la Supérieure déposée ; on ne savait pas quoi faire pour nous faire plaisir : potage, œufs durs, café, beurre, brioche ; elles ne savaient quoi nous offrir ! Avons vu assez longuement Charlotte maintenant Sœur Marie Pia, et les autres religieuses du Poiré, puis avons fait un tour en forêt de Mervant, grimpé jusqu’à la grotte du Père de Montfort. Un petit goûter nous a restaurées ensuite, puis c’était l’heure de partir. Passé au retour par Sainte Hermine.
Dimanche matin 3 juillet
Ai décidé de rester au lit ce matin jusqu’à 8 heures et demie pour me reposer un peu – la chaleur est accablante et j’ai les chevilles très enflées – je vais d’ailleurs à la messe de 9 heures, à mon grand regret, parce que c’est une messe que je n’aime guère, mais c’est la Fête des Mères, retardée et par la Première Communion et par diverses circonstances, et, cette messe de 9 heures est dite précisément pour les mamans ; Il y aura ensuite, à la salle paroissiale, une petite cérémonie avec remise de six médailles et chants et saynètes exécutés par les enfants. J’aurais préféré de plus la grand-messe parce que c’est aujourd’hui la fête de Saint Pierre et de Saint Paul, fête patronale de la paroisse……. Tantôt j’espère être tranquille, j’ai des lettres à écrire ; nous sommes invités à la kermesse de Belleville, mais je ne sais même pas si Jacques ira, nous sommes sans auto actuellement. La Simca est en réparation depuis bientôt deux mois, elle avait simplement le châssis cassé en trois endroits, il a fallu demander un châssis de remplacement, il est arrivé, mais n’est pas encore posé. Quant à la Chenard, elle est restée en panne lundi un peu avant Mouilleron et impossible de savoir quand elle sera réparée, d’autant plus que les pièces nécessaires sont d’un assez vieux modèle et qu’il ne sera peut-être pas facile d’en trouver de sitôt. C’est une tuile, surtout à l’approche des vacances. Mardi matin, reçu une lettre de Mme Gaillard ; Jacquie attendait tous ces jours-ci une lettre de Nicole et se demandait la raison de ce silence. La raison en était que Nicole, venant de recevoir de son fiancé une lettre de rupture, était très déprimée, incapable d’écrire et réclamait la présence de Jacquie pour quelques jours. L’après-midi, sommes allées à La Roche, Jacquie et moi, par une chaleur quelque peu pénible, avons vu Simonin, qui a trouvé Jacquie aussi bien que possible, et Jacquie s’est embarquée pour Montaigu, pendant que je filais voir les garçons à Richelieu ; tous deux sont bien, mais Pierre est un peu crasseux, et Yves aplati par la chaleur et sans beaucoup d’appétit ; ils étaient tous deux en examen de fin d’année, mais Yves était préoccupé par le pré bac qui se passe demain et après-demain, et dont il voudrait bien être débarrassé. Enfin jeudi ils seront en vacances. Geneviève est partie pour Nantes, mercredi après-midi, elle a passé son bachot jeudi et vendredi ; elle est arrivée vendredi soir aplatie elle aussi par la chaleur et sans beaucoup d’espoir ! Marie-Annick a échoué à sa philo, contrairement à toutes les prévisions, et pourtant elle était dans les meilleures élèves de sa classe. Jacques est allé lui aussi à Nantes, par le car forcément ; n’y suis pas allée à cause de la chaleur et de mes chevilles enflées ; cela m’a fait du bien de me reposer. Jacquie est revenue hier après-midi, M. et Mme Gaillard, ayant à faire à la Roche, l’ont ramenée jusqu’ici ; Nicole paraissait un peu remontée, elle est bien jeune et se consolera assez facilement, mais c’est une déception plutôt dure ; son fiancé est pris par une autre femme à laquelle il ne veut pas renoncer. Aujourd’hui nous aurons à déjeuner Maman et Tante Marguerite arrivée lundi. Jean doit être ces jours-ci vers Quiberon, en manœuvre, et aura plutôt chaud ; il a raconté, dans une lettre à Yves, qu’il avait fait une magistrale chute de moto, en apprenant pour son permis de conduire. Les journées sont brûlantes, un peu pénibles, mais les soirs sont délicieux ; il fait bon, après dîner, respirer le parfum du tilleul de la cour, et réciter le chapelet, tout en tricotant, pendant que peu à peu tombe la nuit.
Dimanche matin 20 juillet
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 juillet 1949 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Pas écrit depuis dimanche, et pourtant j’ai beaucoup de choses à raconter. Dimanche, la petite cérémonie de la fête des Mères s’est bien passée, d’une façon très simple, d’ailleurs ; il y a eu quelques chants, quelques petites saynètes, et remise de 6 décorations. L’après-midi, suis tout de même allée aux Vêpres, et Jacques est allé faire un tour à la Kermesse de Belleville avec l’auto de M. Le Curé. Passé à écrire une après-midi assez tranquille. Rien de nouveau dans les premiers jours de la semaine ; suis allée lundi voir Marguerite. Tricoté avec ardeur un maillot de bains, qui, d’ailleurs a été raté et est bon à refaire. Jeudi, c’étaient les prix de Richelieu ; y sommes allées Jacques et moi ; cela ne m’était pas arrivé depuis 39, l’année où Jean avait eu tant de prix. Yves a échoué à son pré bac, mais il a tout de même cinq nominations, dont deux premiers prix. Pierre nous a fait bien plaisir ; il a eu quinze nominations dont huit prix je crois, et cela sans avoir l’air de se surmener au travail. Yves est maigre, il n’a guère d’appétit ; Geneviève non plus, je sais que la chaleur y est pour quelque chose, mais j’aimerais bien voir les plats se vider ! En rentrant déjeuner, avons mangé la tarte des quinze ans d’Yves ! J’ai passé une partie de l’après-midi à ranger les affaires des pensionnaires ; Pierre, part mardi soir à un camp scout, dans le Finistère, de là, ils vont en car au Mont Saint Michel, puis à Paris, avec retour par les châteaux de la Loire. Quant à Geneviève, il est question pour elle d’un voyage plus lointain ; elle va peut-être partir en Espagne, prendre la place de Françoise Lesaffre qui devait s’y rendre prochainement, mais se voir retenue chez elle par la maladie de sa sœur Geneviève ; elle irait à Gijon, où elle serait reçue par une famille, à charge de faire faire un peu de français à quatre petites filles et à s’occuper d’elles ; elle y resterait jusqu’à la fin de septembre ; cela lui plaît et lui permettra de faire une voyage intéressant ; enfin tout cela n’est pas très sûr, car nous n’avons pas la réponse Gijon – j’ai écrit vendredi – ni le passeport, ni surtout le visa. Je fais quand même quelques préparatifs. Hier, avons eu la surprise dans la matinée de voir arriver André Lamy et sa mère, en tournée d’affaires dans la région ; je les ai reçus à déjeuner et invité en même temps que Maman et Tante Marguerite, il a fallu improviser un déjeuner en vitesse, nous avons sorti du frigidaire la galantine qui était bien réussie et faisait un très joli plat, et Jacquie a fait deux tartes très bonnes, seulement il a fallu les garnir avec des pommes, nous n’avons pas de fruits en cette saison ! Le temps a été si chaud et demeure si sec que les framboises – dont j’espérais faire des conserves – sont inexistantes ! Hier après-midi, les filles ont été absorbées par les préparatifs de la kermesse. Thérèse aussi, seulement, depuis hier après-midi, Anne n’est pas très bien ! En arrivant de classe, elle s’est plaint de ne pas avoir faim, d’avoir des tournements de tête, cependant elle n’a pas voulu se coucher, et a voulu accompagner Thérèse, laquelle travaillait au char que fait la route de La Roche, elle a marché tout l’après-midi, était exténuée hier soir, et s’est couchée sans dîner ; elle a fait une grosse fièvre cette nuit, elle était brûlante ce matin elle avait 39°4, le docteur va venir tout à l’heure ; si c’est une rougeole nous en serons vite débarrassés et cela ne retardera guère notre départ aux Sables, mais pourvu que çà ne soit pas une paratyphoïde ou quelque chose d’analogue. Enfin nous verrons ! Ce que je voudrais, c‘est que ma petite fille soit guérie, et reprenne sa place parmi nous, si ennuyeuse parfois soit-elle ! Seulement, elle est privée de kermesse, dont elle se faisait une joie, et privée de revêtir le petit costume que je lui avait fait confectionner pour escorter Jeanne d’Arc.
Mercredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 27 juillet 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Depuis dimanche, toujours des inquiétudes au sujet d’Anne – le docteur, venu dimanche matin, lui a trouvé de la rhino-pharyngite – la journée, quoique pénible n’a pas été mauvaise… Je croyais la chose en bonne voie de guérison, je l’ai même levée, la chaleur était quelque peu pénible dans la chambre, mais elle a vomi à deux reprises, a somnolé sur le divan une partie de la journée, mais le soir elle avait 39°5, Hier matin 38°2, j’ai voulu la laisser au lit, mais, au début de l’après-midi, la chambre était intenable à cause de la chaleur ; il y avait plus de 34°, je l’ai descendue un moment sur le divan du bureau, mais le soir elle avait 39°8. la nuit n’a pas été mauvaise malgré la chaleur et malgré un orage… Le docteur venu hier soir, ne trouvait rien de plus, mais aujourd’hui, voyant que la température ne baissait pas, au contraire, il a décidé de lui faire de la pénicilline ; la première piqûre a été ce soir, j’attends le résultat avec impatience… Elle est assez sage à condition qu’on s’occupe d’elle, mais elle fait, comme d’habitude, une colère pour chaque comprimé de Rubiazol, ou chaque assiette de bouillon, ou chaque fois qu’il faut mettre des gouttes dans le nez. Le côté intestinal n’est pas mal. Souhaitons que cela s’arrange au plus tôt. Chaleur atroce ces derniers jours, aujourd’hui cela va un peu mieux.
Dimanche 17 juillet
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1949-07-27). Texte conservé tel quel.
Début de semaine un peu pénible à cause de la chaleur et de la maladie d’Anne, dans le bureau, le salon, la salle à manger, on pouvait vivre à condition de faire des courants d’air, un peu partout, mais, dans ma chambre, c’était une étuve, aussi, la pauvre fille, en pleine fièvre, était particulièrement mal à l’aise ; mercredi, la chaleur était un peu moins dure, mais la pauvre fille avec 39°9, brûlait comme un charbon. Jeudi, cela baissait un peu… Anne semblait aller mieux. Vendredi, sommes allées à Nantes, Geneviève et moi ; j’avais pas mal de choses à lui acheter, et aussi des renseignements à prendre. Jacques m’a téléphoné deux fois pour donner des nouvelles : Anne avait 37°5 et était aussi bien que possible ; pour nous la journée a té plutôt dure ; il y avait beaucoup à marcher et il faisait encore assez chaud. J’ai à peu près équipé Geneviève pour son départ, lequel est presque fixé maintenant si toutefois nous avons à temps le passeport visé. Nous sommes allées hier matin à Chavagnes en Paillers, où se trouvaient, nous avait-on dit, des religieuses espagnoles et une quarantaine de leurs élèves ; en réalité, il y a une religieuse espagnole et une française, mais résidant en Espagne depuis 23 ans, elle a même été à Nantes en même temps que moi, a fait son Brevet Supérieur avec Mlle Otto… Toute cette bande part lundi pour Nantes, puis pour Lourdes où elles passeront deux jours ; elles franchiront la frontière samedi vers deux heures ; si Geneviève peut se trouver en même temps ce sera parfait. Si non, elles nous ont donné des renseignements sur le passage de la frontière et une adresse de couvent où Geneviève pourrait s’adresser à Saint Sébastien – tout cela est bien précieux – mais il faut espérer que le passeport arrivera sans tarder. Pierre est parti mardi soir rejoindre sa troupe à Richelieu ; ils ont dû partir mercredi matin, de bonne heure, pour le Finistère, n’avons rien reçu depuis ; il faut supposer que tout va bien, seulement le temps est beaucoup plus frais avec quelques averses. Lettre de Jean avant-hier ; leurs manoeuvres à Penthièvre se sont bien passées ; ils ont fait du travail intéressant et aussi des excursions intéressantes, une à Carnac, une sur la côte ouest de la presqu’île de Quiberon, une à Belle-île, une autre dans le golfe du Morbihan, il s’apprêtait à défiler à Paris, où ils auront plutôt chaud. Dimanche, a lieu à la Baule une grande fête en l’honneur de la promotion « Rhin et Danube » ; les enfants voudraient bien y aller, je ne sais si nous pourrons. Les Granger sont venus cette semaine, arrivés mercredi soir et repartis hier soir ; ils ont dîné ici jeudi soir et déjeuné hier. Jacqueline reviendra au début d’août, mais je ne sais quand nous partirons aux Sables ; il n’est pas très facile de partir tant que le départ de Geneviève n’est pas fixé ; d’un autre côté, il y a vendredi une représentation par les Compagnons de la Joie, et Yves voudrait être là pour recevoir ses camarades, cependant il a hâte de faire connaissance du canoë. Je voudrais l’envoyer passer deux jours avec Jacquie, mais cela ne dit rien à Jacquie. Ce n’est pas facile de tout arranger.
La kermesse de dimanche s’est bien passée, quoiqu’il ait fait une chaleur atroce ; je suis rentrée de bonne heure retrouver Anne ; les garçons sont rentrés assez tôt - Pierre ayant fumé des cigarettes, avait un peu mal aux cœur - Jacques et les filles ne sont rentrés qu’à 10 heures et demie, après avoir tout rangé….
Mardi soir 19 juillet
Après la température un peu pénible, et surtout la chaleur excessive d’il y a huit jours, avons eu ce soir un temps plutôt frais. Avons expédié ce matin Jacquie et Yves aux Sables ; je me demande comment ils s’en tirent tous deux. Anne est très bien, quoiqu’un peu enrhumée, et surtout affreusement chipie. Rien de nouveau pour les papiers de Geneviève ; rien de Pierre non plus, depuis son départ. Maintenant qu’il fait moins chaud, tout va mieux pour moi aussi ; un bon moment de méditation ce soir dans le jardin, et un merveilleux coucher de soleil.
Dimanche matin 24 juillet
Dans un quart d’heure, il faudra m’habiller pour la grand-messe. Beaucoup à faire ce matin : les fleurs, les repas à combiner, le rangement d’une partie de la lessive d’hier… Nous partons demain soir aux Sables, et, pour comble de bonheur, la Tante Bled vient déjeuner, aussi faut-il commencer les valises aujourd’hui, il y aura toujours à faire demain. Geneviève nous a quittés vendredi matin ; cela paraît dur de ne pas avoir ma Pouf et je voudrais bien avoir une lettre racontant son voyage et disant son arrivée à bon port. Nous avons su mercredi, par téléphone, que son passeport était visé et l’attendait à Bordeaux, aussi, nous avons commencé tout de suite les préparatifs de départ. Le jeudi, elle est allée passer la journée aux Sables ; le soir, Jacques a bouclé sa malle, aussi, le vendredi matin il n’y a pas eu trop de bousculade au départ. Elle a dû arriver à Bordeaux vers 2 heures et demie et avoir une après-midi assez chargée ; il lui fallait s’occuper de son billet pour le lendemain matin, de l’enregistrement de sa malle et de son passeport. Elle a dû dîner et coucher chez Odile, et passer quelques bons moments avec Marie-Annick. Samedi matin, elle a dû partir à 8 heures et quart, et, vers 2 heures, retrouver à Hendaye les sœurs de Chavagnes rentrant en Espagne ; si bien que, je le suppose, elle est aujourd’hui à Vitoria, et on la fera parvenir rapidement à Gijon. Je voudrais bien avoir une lettre sans tarder. Yves et Jacquie sont arrivés des Sables, contents de leur séjour ; ils avaient pris de bons bains et passé d’agréables moments sur la plage, mais je suppose que Jacquie avait fait à son frère des repas assez sommaires et tenu la maison dans un ordre relatif. Vendredi soir, reçu deux garçons de Richelieu, lesquels faisaient partie de la troupe des « Compagnons de la Joie » ; ils nous ont donné le soir une représentation charmante ; les chansons mimées ont été délicieuses et ont connu un vif succès ; il y a eu une petite comédie, pas trop longue et charmante, et certains chants, comme « Les jeunes années » absolument ravissants, cela change des représentations souvent un peu banales, dont on est gratifié souvent. Hier matin, Jacques m’a conduite à Notre-Dame de Monts pour voir Mère Louise des Anges – Mlle Otto – qui est là au repos pour quelques jours, j’ai passé la matinée avec elle, sous les pins, pendant que Jacques allait à un rendez-vous à une trentaine de Kms de là ; nous avons causé longuement des enfants, des vieux souvenirs, de toutes sortes de choses ; J’ai même été reçue à déjeuner, et même aussi Jacques, survenu pendant que nous étions à table, puis sommes partis, et fait toute la tournée des fermes avant de rentrer. Cette matinée a été pour moi une halte bienfaisante, une grâce de Dieu avant la vie, quelque peu remplie et pénible, qui va âtre la mienne pendant ce mois d’août aux Sables. Chaleur très lourde aujourd’hui, sécheresse persistante et inquiétante. Armande Brachet nous a fait annoncer la naissance d’une petite fille chez Odile.
Dimanche 31 juillet
Pas écrit depuis huit jours – fatigue et manque de temps, et pourtant beaucoup de chose à raconter – Jacquie et les enfants partent à la messe de 8 heures. Je reste au lit et ne me lèverai que pour la grand-messe, suis ces jours-ci assez mal en point. J’ai des coups de soleil sur les bras et les jambes, ce qui est assez banal, mais ce qui ne m’était jamais arrivé, j’ai le bras gauche entièrement enflé depuis deux jours ; la main est même enflée depuis hier, et c’est à peine si je peux m’en servir. J’ai aussi les jambes très enflées, je peux à peine me chausser et peine à marcher, aussi je vais essayer de voir le docteur demain. Tout cela est désagréable et me prouve qu’il faut prendre des précautions que je n’avais jamais prises jusqu’ici… On vieillit ! Lundi, journée plus que remplie. J’avais commencé certains préparatifs dimanche soir, mais il restait beaucoup à faire ! Nous avons eu la Tante Bled à déjeuner, ce qui compliquait un peu les choses. Enfin, nous avons pu nous mettre en route vers sept heures avec Anne, Thérèse et une partie des bagages, la Simca ne pouvant tout emporter. Jacquie et Yves étaient partis dans l’après-midi ; ils avaient ouvert la maison et préparé quelque chose pour le dîner. Mardi matin, fait des courses et organisé bien des choses ; l’après-midi sommes allés à la plage, les enfants sont allés chercher le canoë, l’ont ramené triomphalement et l’ont inauguré par une promenade en mer faite par Yves et un jeune Plessy, qui est de son âge – ils s’en sont à peu près tirés – Le soir, Mlles Gallet nous ont présenté un jeune homme de Versailles, qui s’appelle jean Régnier et passe ses vacances chez leur amie, Mme Debuisson, il a fait pas mal de canoë, particulièrement en Bretagne, et initie Yves à pagayer convenablement. Mercredi, rien de nouveau, de bons moments sur la plage, il fait beau mais souvent le vent est frais. Jeudi matin les enfants ont voulu aller à la pêche, et Anne, désirant les accompagner, j’y suis allée moi aussi ; il faisait très bon sur les rochers et j’ai passé une agréable matinée ; Anne a été facile, s’amusait dans les trous de rochers et pêchait quelques vagues berniques ; il faisait si beau que nous avons décidé d’y revenir le lendemain et d’apporter notre déjeuner en pique-nique. La journée a été charmante, la mer idéalement bleue, mais le soleil si cuisant qu’un coup de soleil, commencé la veille, s’est transformé, malgré la crème préventive, en une véritable brûlure, et j’ai maintenant un bras sérieusement abîmé. Suis allée ensuite parler au Supérieur de Merveilleux du Vignaux pour les cours de vacances des garçons. Hier matin suis allée à la plage, hier après-midi à la Rudelière, avec Yves, pour ses leçons d’allemand ; au retour, vu Mlle Chalard, mais ne suis pas rentrée par le Remblai, mon bras me faisait si mal que j’ai cherché l’ombre ; je ne crois cependant pas avoir de fièvre maintenant, mais j’en ai certainement eu vendredi soir. Maman et Jacques sont arrivés hier soir, nous comptions un peu sur Pierre, qui a dû débarquer à Richelieu hier, mais personne hier soir. Jean avait écrit cette semaine qu’il tâcherait de partir plus tôt hier soir et de venir ici aujourd’hui, mais nous n’avons vu personne. Nous voudrions bien aller à Coëtquidan dimanche pour le Triomphe – Anne a la coqueluche, elle n’est pas bien malade et n’a jusqu’ici que de toutes petites quintes, mais je me demande si nous allons pouvoir l’amener à la plage, elle ne mange pas beaucoup, mais ne vomit pas et c’est déjà quelque chose – Quant à Geneviève, nous n’avons pas eu de lettre cette semaine, et ne savons rien depuis qu’elle a passé la frontière espagnole. J’espère cependant qu’elle a bien retrouvé les sœurs chargées de la convoyer, mais ce silence nous paraît long et nous avons hâte d’avoir des nouvelles.
Lundi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 1 aout 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Jacques est parti ce matin, au courrier, toujours pas de lettre de Geneviève, et j’étais inquiète aussi, un peu avant midi, téléphoné pour savoir s’il y en avait une au Poiré. Jacques m’a rassurée, il y avait le matin une longue lettre de Pouf, bien intéressante et que nous aurons demain au courrier ; cela a été un grand soulagement pour moi. Passé la journée d’hier étendue, cela m’a fait du bien ; il y a longtemps que je n’avais connu un tel repos. Ce matin aussi, suis restée étendue, mais cet après-midi suis allée chez le docteur ; il ne s’inquiète pas le moins du monde de mon bras, mais trouve l’état général assez défectueux – mauvais fonctionnement glandulaire – cellulite – il me faudrait une saison à Bagnoles de l’Orne – ce ne sera pas pour cette année, mais à défaut, des piqûres, massages et des drogues variées ; quel plaisir ! Suis allée voir Mme Puiroux, avons parlé Ligue, elle s’intéresse beaucoup au « Quartier du Passage ».
Mercredi soir 3 août
Journées assez fatigantes et remplies – massages, piqûres et soins divers. En plus de cela, il m’a fallu m’occuper aujourd’hui de trouver un professeur de math pour Yves – espérons que le résultat en sera bon, car le prix est plutôt élevé. Reçu hier la lettre de Geneviève – bien intéressante – Hier, pluie presque toute la journée, visite de Berthe Renou, Louise Dugast est tombée malade dans les Alpes où elle villégiaturait, on la ramène chez elle sans beaucoup d’espoir peut-être. Anne n’est pas trop fatiguée par sa coqueluche, c’est jusqu’ici un peu le genre de Geneviève, une grosse quinte le soir, et le dîner dans la cuvette ou à côté. Le reste de la journée elle ne tousse pas beaucoup, seulement elle n’a pas beaucoup d’appétit, et on ne sait quoi lui donner à manger. (j’allais à la plage et jouait avec les autres enfants, en toussant, je me souviens de quintes violentes sur la pente en revenant à la maison, parfois j’accompagnais Maman à ses massages). Jacqueline est arrivée ce soir.
Mardi soir 9 août
Beaucoup de choses à raconter et pourtant je voudrais me coucher ! Jeudi, rien de particulièrement neuf ; Jacques est arrivé le soir avec une lettre de Geneviève, de Gijon, elle se félicite de ne pas avoir la place sur laquelle elle comptait, mais se trouvait beaucoup mieux à Vitoria qu’à Gijon ; aussi, si elle ne trouve pas une famille avec laquelle elle puisse s’arranger, elle retournera au couvent à Vitoria. Jacques a passé ici la journée de vendredi. J’allais oublier les ennuis causés ces jours-là par la santé d’Anne. Le jeudi, Jacqueline m’a dit en rentrant de la plage que la fille avait dormi sur un peignoir toute la matinée, elle avait de la fièvre, je l’ai couchée et j’ai constaté qu’elle souffrait beaucoup d’un genou, écorché la veille, aussi je lui ai fait un pansement humide, ce qui l’a bien soulagée… Le lendemain matin, j’ai préféré voir le docteur… Le docteur, venu vers 9 heures et demie, lui a trouvé ce que je pensais, de la lymphangite de la jambe, il m’a donné, en plus, un traitement pour son impétigo, qui avait plutôt l’air de s’étendre (suite au coups de soleil, des boutons sur la figure puis partout, infectés, on me mettait une sorte d’éosine sur les boutons pour les sécher, je me baladais comme ça, et avec la coqueluche). Samedi, toujours un peu de fièvre, mais Anne était plus gaie, malgré les quintes de coqueluche, très bruyantes et très fatigantes. Jacques étant parti le matin, nous avons décidé d’aller le rejoindre le soir, Jacquie, Yves, Tante Canette et moi, pour partir le lendemain matin à Coëtquidan, et presque au moment de partir par le car, j’ai constaté que le genou d’Anne suppurait beaucoup, elle avait dû en plus faire un petit abcès qui venait de percer. Ce jour-là et les jours suivants, elle a fait de fortes quintes, vraiment très pénibles ; cela a l’air un peu de diminuer. Fait bon voyage, samedi, sommes arrivés au Poiré pour dîner. Le lendemain matin, messe de bonne heure, après quelques préparatifs, sommes partis vers 9 heures et quart. Fait bon voyage, nous sommes un peu arrêtés à Nantes. Avons déjeuné un peu après Redon, dans un petit bois de pins où nous n’étions pas mal. Arrivés à Coët un peu avant 3 heures, et trouvé Jean presque aussitôt, ce qui est une chance, car le camp est un vrai monde. Avons assisté à la réception des autorités : général Juin et plusieurs autres personnalités. Il y a eu une petite fête équestre, pas mal. Ensuite, la prise de Troie, par les élèves de Saint-Cyr, vraiment très bien, avec les autos blindées figurant des bateaux – l’enlèvement d’Hélène – le sacrifice d’Iphigénie – les combats entre Grecs et Troyens, le cheval de bois, etc…. Troie fut prise ce jour-là à l’aide de mitraillettes. Parmi les autres distractions, un carrousel motocycliste, très bien. Enfin le baptême des bazars. C’est assez curieux ; il y a là une part de comédie, de plaisanterie, puisque arrivaient Joséphine et ses dames d’honneur, puis Napoléon et ses maréchaux, mais tout est devenu très émouvant quand, après avoir annoncé le nom de la nouvelle promotion « Général Frère », Le « Père Système » a annoncé : « A genoux les hommes », puis « Debout les officiers ». Le soir, avons dîné à l’école, les Saint Cyriens recevaient leurs familles, très aimablement d’ailleurs. Après dîner, une revue dans un théâtre de verdure, ancienne carrière, formant un petit amphithéâtre gentiment aménagé ; on nous a donné les vieux chants militaires français, depuis « Auprès de ma blonde », les chants de la Révolution et de l’Empire, ceux de la guerre 14-18, la Madelon, jusqu’aux chants les plus récents. Pour clôturer, il y a eu un « pékin de bahut », par la promotion « Rhin et Danube », celle de Jean, tout cela rehaussé par la musique de la Garde républicaine qui « présentait » chaque chanson. Toute cette journée nous a beaucoup intéressés, nous a fait grand plaisir, et Jean avait lui aussi l’air heureux de nous avoir. Sommes partis de là vers 11 heures, étions à la maison vers 3 heures et quart ; le début du trajet, jusqu’à Nantes, a été un peu dur, sur une route que nous ne connaissions guère, et avec une voiture dont Jacques n’avait pas l’habitude de se servir. Hier matin, nous nous sommes reposés ; les enfants et leur Tante sont partis par le car, aussitôt déjeuner. Jacques et moi ne sommes rentrés ici que pour dîner et encore un peu tard. Anne est bien, tous ses bobos sèchent, mais avec ses quintes, on ne peut guère l’emmener à la plage. Suis allée tantôt avec Jacqueline voir Mlle Chalard.
Suis fatiguée, déprimée, il y a des choses pénibles ; serai très occupée à partir de demain.
Jeudi soir 11 août
Bernard et Françoise Pigeaud sont arrivés pour déjeuner. Ce soir, une bande joyeuse sur la plage – les quatre que j’ai ici, cinq Denis, Bernard et Françoise, deux Plessy, Jean Régnier. Ils ont fait du canoë, joué au ballon. Combien je regrettais de ne pas voir Geneviève parmi eux ; il y a huit jours que nous n’avons de ses nouvelles, et cela paraît long. Anne a toujours de très fortes quintes, et son impétigo du nez, qui paraissait en bonne voie de guérison, recommence à suppurer.
Dimanche matin 14 août
Je viens de réveiller les deux filles et les quatre garçons pour qu’ils aillent à la messe de huit heures, moi, j’irai à la grand-messe, aussi je me repose un peu ce matin ; demain, la chose ne sera pas possible, Henri et Suzanne viennent chercher leurs enfants et déjeuner, aussi je me contenterai d’une messe basse – pour un jour de l’Assomption, ce sera assez dur - Semaine très occupée, surtout ces jours-ci. Jean est arrivé vendredi soir, Jean Granger hier soir ; Jacques vient ce soir. Il faut pour les repas des plats considérables ; à l’avance cela me tracasse ; j’ai toujours peur qu’il n’y ait pas assez, et je ne respire qu’après le repas terminé – ce n’est guère du repos – surtout avec mes séances de massages et de piqûres qui prennent presque toute la matinée, je vais tout de même à la plage l’après-midi et j’emmène Anne, en faisant attention de l’isoler des autres enfants, elle a toujours de très fortes quintes ; la nuit, il y an a une en moyenne toutes les deux heures…. Elle vomit souvent et n’a guère d’appétit. Pas de nouvelles de Geneviève cette semaine ; je trouve le temps long et je voudrais une lettre sans tarder. Jean est arrivé vendredi soir comme nous finissions de dîner ; il a le galon de sous-lieutenant et des pattes d’épaules foncées, mais il a quitté l’uniforme dès le soir pour la traditionnelle promenade du Remblai avec les Denis et Clairault – arrivés le jour même – Le canoë ne chôme pas – Pierre Denis, qui a déjà ramé, fait avec Jean Régnier une bonne équipe – Yves s’y met bien – Jean a fait plusieurs tours hier après-midi. Pour le moment, il y a grande bagarre dans la chambre des garçons qui n’en finissent pas de s’habiller. Tous les quatre couchent dans la chambre des filles, Jean sur un lit américain, au milieu de la chambre, mais je me demande bien si ils arriveront à la messe de 8 heures. Demain, Jacques sera là, aussi ce sera plus facile ; il ne vient que cet après-midi à cause d’une réunion du Conseil municipal, et j’espère qu’il restera quelques jours. La semaine prochaine, nous serons moins nombreux et je respirerai un peu. Impossible d’assister à la messe chaque matin à cause d’Anne, beaucoup de peine à prier.
Dimanche 21 août
Jacques est là depuis hier soir ; il a ramené Maman, partie jeudi avec les Granger qui nous quittaient ce jour-là, il repartira demain soir mais reviendra au milieu de la semaine pour une pêche. Il fait toujours un temps superbe, un peu chaud, même hier, et bien agréable sur la plage… seulement dans la campagne tout est cuit par la sécheresse et on se demande ce que nous mangerons cet hiver. Beaucoup de fatigue au début de la semaine. Lundi, assisté à la messe de 8 heures, et c’est tout ce que j’ai pu avoir pour ce jour de l’Assomption… seulement nous étions seize à déjeuner ce jour-là, y compris Benjamin qui était venu nous voir la veille et s’était invité. Avons installé les tables de la cuisine dans la salle à manger ; mises bout à bout, en biais, avec une autre petite table, elles nous ont permis d’installer tout le monde ensemble. Il manquait bien des choses pour avoir un service impeccable, mais enfin tout a bien marché, les homards ont fait plaisir à tout le monde – il y avait tant d’années que nous n’en n’avions pas mangé – Après le déjeuner, causé un bon moment et rappelé avec Henri de bons souvenirs d’enfance, puis sommes allés un peu sur la plage chercher les jeunes qui se baignaient après avoir fait un tour de canoë ; puis tous sont partis, et sommes retournés à la plage, Jacques et moi, pour un moment de repos. Mardi, repris mes séances de piqûres et de massage, cela me fait du bien, il me semble ; cependant, hier soir, j’avais les jambes enflées à ne pouvoir marcher. Anne a le nez débarrassé de ses croûtes, et sa coqueluche se tire, elle a encore une grosse quinte la nuit, mais elle n’en a pas eu hier de la journée et elle a recommencé à se baigner, à sa grande joie. Les Granger et Maman sont partis jeudi matin ; la veille au soir, sommes allés au cinéma voir « Fabiola », seulement Jean Granger, qui s’était chargé de réserver les places, n’avait pu en avoir que pour la représentation de 11 heures et demie, ce qui a été assez désagréable parce que nous nous sommes couchés très tard, et qu’en attendant onze heures et demie, nous ne savions pas très bien quoi faire ; le film était pas mal, mais il n’a guère de Fabiola que le titre. Depuis jeudi, me suis reposée un peu ; j’en avais grand besoin, j’étais extrêmement lasse, déprimée et en même temps énervée. Mardi après-midi, sommes allés à La Chaume, voir les Pierre Bouliau, installés dans une pension de famille près du fort Saint Nicolas ; ils sont extrêmement bien, n’ont qu’à se reposer toute la journée, ont des repas confortables qu’on leur sert dans une salle à manger agréable, sans qu’ils aient la peine de s’en préoccuper ; ils ont une grande chambre spacieuse, bien meublée, avec un cabinet de toilette bien pratique et surtout un balcon d’où l’on domine toute la baie… Je suis rentrée avec un « cafard » extrême, prête à prendre en grippe cette maison où nous sommes les uns sur les autres, où l’on butte sur un meuble à chaque pas, où il faut se préoccuper des repas, endurer les caprices et les cris d’Anne, les disputes entre les enfants et les refus d’obéissance, et les choses désagréables !… Ce cafard a duré plusieurs jours et j’ai eu peine à me reprendre… pouvoir avoir des vacances comme tout le monde ! Jacques m’a comprise, raisonnée, et m’a fait beaucoup de bien et aussi ma confession de jeudi… Pendant deux jours, pas de piqûre, aussi j’ai eu chaque matin, une heure à passer à la plage, et cela m’a été bien agréable, il y aura deux piqûres la semaine prochaine et ce sera fini. Avant-hier, une visite de l’abbé Hidier, avons rappelé nos souvenirs d’Italie. Les enfants profitent longuement du canoë, d’ailleurs la mer est si calme ! Jean et Yves le dirigent maintenant très bien et se promènent même seuls, Paul Denis y est souvent aussi. Avons été longtemps sans nouvelles de Geneviève, puis plusieurs lettres coup sur coup, seulement tout cela est un peu embrouillé et je ne sais au juste ce qu’elle fait là-bas, elle parle de revenir au début de septembre.
Dimanche 28 août
Je viens de finir de ranger la vaisselle, de préparer un peu le dîner et ne suis pas fâchée de m’étendre un peu. Thérèse est au Poiré depuis jeudi soir, sa sœur venant chez elle vendredi, elle m’a demandé cette journée de congé et je lui ai moi-même proposé de rester jusqu’au dimanche soir pour faire un petit congé. Je ne sais pas si elle rentrera ce soir avec Jacques, ou bien demain matin, mais ce que je sais, c’est que je suis très prise ces jours-ci par le travail de la maison et aussi très lasse ; nous ne sommes que sept aujourd’hui, mais nous étions neuf hier ! ce qui a un peu compliqué les choses c’est que jeudi, vendredi et samedi les enfants sont allés à la pêche, si bien qu’à part hier où la marée était plus tard, je n’avais guère d’aide le matin, et il y a tant à faire, ne serait-ce que les lits. Enfin, on s’organise ; je fais le marché en revenant du massage et les repas sont vite préparés ; certains des garçons font leur lit ; Jacquie s’occupe d’Anne, ce qui n’est pas le travail le plus intéressant ; la vaisselle est vite faite et vite rincé, l’eau du robinet étant très chaude ; Michel et Yves l’essuient à mesure, Jean la met en place et Pierre fait les couteaux. Je ne serai cependant pas fâchée de voir revenir Thérèse et de me reposer un peu… Rien de nouveau toute cette semaine, si ce n’est que Michel Adam nous est arrivé mercredi ; c’est un convive agréable, peu bruyant, toujours souriant, cherchant à faire plaisir et à rendre service. Sa chambre est plus en ordre que celle de mes garçons ! J’ai tout de même eu quelques moments sur la plage le matin, mes piqûres étant terminées et aussi l’après-midi. La grande marée nous a même procuré quelques petites distractions ; je lis peu, je tricote quand j’ai le temps et les journées passent terriblement vite. Lettre de Geneviève, elle se mettra en route dans huit jours ; cela fera plaisir de la revoir.
Mercredi soir 31 août
Le temps passe vite ; dans moins de huit jours nous serons au Poiré ; nous partons probablement lundi, ce qui me donnera trois jours pour défaire des valises et en refaire, car nous partons, sauf contre ordre, le vendredi 9 pour Le Blanc ; cela me fera quelques jours de détente et de repos, après quoi il faudra préparer les rentrées, tout en recevant quelques camarades des enfants, et les vacances seront bien vite terminées ! Aujourd’hui, vide sur la plage ; les estivants du mois d’août sont partis et ceux de septembre pas encore arrivés. Les Denis nous ont fait leurs adieux hier soir. Aurons-nous pour les enfants une autre saison aussi gaie que celle-ci ? Jean ne sera peut-être pas là l’année prochaine ! Jacques est parti lundi après-midi, après avoir embarqué Michel Adam. Hier, reçu Jacqueline et Marie-Thérèse Plessy ainsi qu’Hélène, et les enfants ont eu chez les Denis un goûter d’adieux ; pendant ce temps suis allée chez le docteur ; il y avait avant moi 21 personnes, en suis sortie à 7 heures 25. Le docteur a trouvé mes jambes mieux, mais il y a encore à faire ; il m’a donné un traitement pour trois mois ; il faudra le revoir au début de décembre – il me faudrait continuer les massages, si je pouvais trouver une masseuse à la Roche – Suis toujours très lasse… Anne est bien et moins difficile, seulement il y a des moments où j’ai des tentations folles de tout lâcher, de ne m’occuper de rien, de tout laisser aller à la dérive ; j’en ai tellement assez des insolences, des disputes, des refus d’obéissance et de ce manque d’affection qui m’est si cruel….
Vendredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 2 septembre 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
J’écris toujours de mon lit ; les enfants sont partis au cinéma avec les Plessy. Je suis restée, bien entendu, pour garder Anne et, après avoir fait la prière et déshabillé ma petite fille, je me suis couchée le plus tôt possible ; j’ai très mal aux jambes ces jours-ci et cela me fait du bien de m’étendre. Maintenant, Anne dort profondément… Jacques est venu hier soir pour dîner, il est parti aussitôt déjeuner avec une partie des bagages, et viendra demain soir sans doute pour nous emmener lundi ; cette saison aura été encore bien vite passée. Hier après-midi, suis allée voir Mlle Chalard et causé longuement avec elle ; abordé très simplement la question religion – je suis heureuse de la savoir au fond croyante – mais elle n’éprouve pas le besoin d’un secours humain pour la rapprocher de Dieu. Fini l’après-midi à la plage où il faisait très bon ; les enfants jouaient au volley. Ce matin, passé plus d’une heure à la plage… seulement cet après-midi le temps s’est refroidi et je suis rentrée de bonne heure. La mer, très houleuse, a permis aux enfants de faire du vrai sport avec le canoë, l’atterrissage n’était pas facile, mais le départ était pire. Ils ne sont pas allés d’ailleurs très loin. Dans huit jours, sans doute serons-nous au Blanc.
4 septembre
Dernier dimanche ici, il a fait de l’orage cette nuit, mais maintenant le ciel est tout dégagé et nous devrions avoir une belle journée pour al dernière. Jacques est arrivé hier soir avec la grande voiture, et la remorque et demain il faudra tout boucler et partir. Hier, les enfants se sont encore bien amusés avec le canoë ; la mer était moins houleuse que la veille, mais elle se creusait au large, en vastes ondulations et se brisait sur la plage en fortes vagues, aussi cela était passionnant. Au départ, quand les vagues sont brisées, il les franchit comme un cheval qui saute l’obstacle, et c’est même très joli à voir. Au retour, c’est une autre affaire, il faut bien manœuvrer, car les vagues ont tendance à faire mettre le canoë de travers, et là, c’est la culbute. Denise et Yves ont chaviré hier matin et le plus drôle c’est que Denise était toute habillée. Hier après-midi, Jean et Jacquie ont chaviré à la grande joie des autres, mais ils n’étaient pas seuls ; bien des canoës et autres engins ont ainsi chaviré tout l’après-midi. A l’endroit où cela se passait, il n’y avait d’ailleurs aucun danger ; cela faisait seulement un plongeon supplémentaire. La mer était d’ailleurs très belle et j’ai passé à la contempler une des meilleures journées de la saison. Je pense que Geneviève nous arrive mardi matin. Je vais avoir bien à faire pendant tout ce mois de septembre, et, en octobre, il va falloir reprendre en main les œuvres et des tas de choses. Je vais tâcher d’écrire un peu aujourd’hui et de profiter de ma dernière journée de congé. Les enfants sont tous bien portants, bien qu’Yves ait fait un peu de rhume cette semaine, lui et Jean sont tout bronzés ; quant à Pierre, au milieu de tout ce hâle, ses yeux sont plus bleus que jamais ; Anne est très bien maintenant. Jean ira à Lille le 20 septembre pour le mariage de Pierre D. Bouliau.
Jeudi 8 septembre
Quelques jours bien, bien remplis, dans un mois qui sera plutôt chargé – enfin, demain, nous partons au Blanc pour quelques jours et cela me fera un peu de temps où je n’aurai à penser à rien, et ce sera un immense soulagement pour reprendre ensuite le travail avec plus d’ardeur – Dimanche, la grand messe habituelle et une après-midi très calme sur la plage ; le vent, violent le matin, s’était apaisé, la mer était comme un miroir ; les enfants ont fait quelques tours de canoë, une partie de volley et ils faisait si doux que nous sommes partis le plus tard possible, comme le phare de la petite jetée venait de s’allumer. Soirée au Rex pour un film sur Leclerc, assez intéressant ; il faisait lourd, et à l’aller, il y avait des éclairs lointains. Au retour, pas un souffle d’air sur le Remblai, mais l’orage se rapprochait, et soudain nous avons été assaillis par une bourrasque folle ; l’orage se déchaînait avec une violence inouïe et une brusquerie totale ; d’abord, la tempête de sable, puis des trombes d’eau. Devant le jardin du Tribunal, panne de courant. Heureusement, il y avait des éclairs, et des autos qui passaient car le Remblai était semé d’obstacles formés par des débris de cabines mises en miettes par ce véritable petit cyclone, qui avait été encore plus violent à cet endroit-là. Nous étions tous trempés, et il a fallu chercher des allumettes, des bougies, poser les vêtements mouillés ; ma robe est d’ailleurs déteinte et n’en reviendra jamais. Avant de me coucher, ouvert la fenêtre, il ne pleuvait plus et tout était calme. Lundi, bien à faire toute la matinée et jusqu’au moment du départ. Fait bon voyage malgré un chargement quelque peu excessif. Mardi, repris la maison en main, ce qui nécessite un certain travail. Une messe de mariage ; des conserves de thon et une visite à Armande Brachet, ainsi qu’à Odile et à Marie-Christine. Hier, passé toute ma journée à visiter les trousseaux des garçons, linge, tricots, vêtements, et à voir ce qu’il y avait à faire et à réparer. Tout est inscrit maintenant, et c’est un grand point – il y aura à travailler au retour – Ce matin fait les préparatifs de départ des garçons qui s’embarquaient à 1 heure et demie pour La Haye. Je vais maintenant faire les préparatifs de notre départ et j’aurais les pommes à ranger ce soir. Suis très lasse, toujours aussi lasse ; j’ai les nerfs à vif et le moral très bas.
Le Blanc – dimanche matin 11 septembre
Je suis assise sur mon lit, dans la grande chambre que nous occupons pour la seconde fois ; j’aperçois la verdure du platane, et entends, dans la cour, nos filles et Jacques qui causent avec Oncle Gaston et Françoise, tout est calme ici, infiniment reposant et ces quelques jours passés ici seront pour moi de vraies vacances, une halte infiniment délicieuse dans un mois de septembre toujours bousculé. Avons fait vendredi un bon voyage, partis à 7 heures 20 - nous devions partir à 6 heures - par un temps superbe, nous étions ici vers midi et demie, sans que Maman ait été malade – quand elle a senti les premières approches des maux de cœur habituels, elle a commencé à chanter pour se distraire, les filles et moi ont chanté avec elle, et tout a bien marché jusqu’au bout – Bien entendu, il a fallu s’arrêter, comme d’habitude, au petit bois près de Secondigny, pour y manger un peu de pain, du chocolat et une pomme. Fait halte aussi à Vouillé, sommes allés au cimetière prier pour l’ancien curé, mais nous n’avons pu trouver sa tombe, seulement celle de sa mère. A près déjeuner, pris le café dans le jardin ; dans l’après-midi, fait le tour du jardin, le tour de la maison, et cela m’a fait tant plaisir, une fois de plus, que de retrouver tous mes souvenirs et de les montrer à mes filles – que cela n’intéresse peut-être que médiocrement – A près le goûter, fait la promenade classique au bord de la rivière : le château était bien éclairé par le soleil couchant et il faisait bon sous les peupliers. Hier matin, j’espérais avoir une messe, nous sommes ce matin si près de l’église que j’aurais été heureuse d’en profiter, et de prier Dieu de bénir mes quarante sept ans échus d’hier soir, mais le curé était absent, et, à 7 heures et demie l’église n’était pas ouverte. Après le petit déjeuner, sommes allés au cimetière, puis à Belâbre, où nous avons trouvé le cousin curé, sommes allés avec lui à son église, puis à Chalais, sa seconde paroisse – c’est à Chalais que sont nés les oncles et tante, jusqu’à Oncle Alfred – la petite église de Chalais est bien misérable – le pauvre curé dit, tous les quinze jours, une messe à Chalais entre deux messes à Belâbre, et va faire le catéchisme le jeudi – Il a, sur la paroisse, deux familles de Vendéens qui, jusqu’ici restent fidèles à leurs traditions. Dans l’après-midi, fait une très jolie randonnée en remontant la Creuse, par Argenton, Crozant, Fresselines, le barrage d’Eguzon et Gargilesse. Nous avons fait cette promenade en 12 ou 13 et j’en avais gardé un souvenir très précis que j’ai bien retrouvé hier ; le site de Crozant, entre autres, m’était bien resté en mémoire, seulement le barrage d’Eguzon a crée un lac artificiel qui donne plus de charme au paysage, bien qu’il soit assez bas actuellement. Bien reconnu aussi Fresselines, où la vallée est de toute beauté, et aussi Gargilesse, avec sa charmante vieille église, que malheureusement nous n’avons pas pu visiter ; sommes rentrés à la nuit. Jacques était ravi de son après-midi, et ne croyait pas qu’il existait ici des endroits aussi pittoresques. Trouvé ici Adolphe Pigeaud, un cousin hollandais arrivé hier. Ce matin, assisté à la messe de 8 heures, il y avait 35 à 40 personnes, dont 3 hommes – y compris Jacques – messe dialoguée et bien pieuse – mais pays bien déchristianisé – La grand-messe sonne en ville basse. Les Granger doivent venir avec Jean et Yves.
Mardi matin 13 septembre
Nous quittons Le Blanc cet après-midi, allons dîner et coucher à La Haye, déjeunerons sans doute demain à Thouars, et ce sera le retour au Poiré, la reprise plus intense du travail pour quinze jours de surmenage intensif. Vendredi, voyage à Nantes, dimanche, déjeuner Gaillard-Brachet et tous les trousseaux à préparer !… enfin, nous avons eu ici quelques jours de vrai et bon repos, et cela a été bien agréable… Dimanche, les Granger sont venus avec les deux garçons, Yves était un peu enrhumé. Louise-Marie avait installé les grandes personnes dans la salle à manger et une table de jeunes sous les arbres de la cour. Dans l’après-midi sont venus M. et Mme Chaussebourg, lesquels ne me paraissent pas plus vieux que du temps de grand-mère. Les jeunes sont allés se promener au château, aux Charassons et ont vu les plus vieilles maisons de la ville-haute. Nous avons fait visiter aux garçons les jardins, la tour, la maison, j’aime tant retrouver tous ces vieux et chers souvenirs. Hier matin, sommes allés à l’office de la ville-basse, puis les filles sont remontées ici et nous sommes allés à Oulches voir la mère du curé de Belâbre, qui est la veuve d’un cousin germain de Maman et d’Oncle Gaston, elle aura quatre vingt dix ans au mois de février, elle est admirablement conservée, elle a une vivacité d’esprit et de parole absolument étonnante ; on aurait passé la matinée à l’entendre évoquer le souvenir de la grand-mère Fanchette, qui fut la grand-mère de son mari, de la Tante Nanette, qui fut sa belle-mère, du mariage de Marie, qui, dans sa robe de cérémonie, avait l’air « d’une dinde qui fait la roue », de tous ses beaux-frères et belles-sœurs, des dernières années de l’oncle Baptiste, de sa seconde femme… L’après-midi, conduit Maman revoir tous ses souvenirs d’enfance. Passé à Neuvy-Saint-Sépulcre, dont l’église est très curieuse. A Montgivray, Maman n’a presque rien reconnu, que la « pierre des morts », sur laquelle elle jouait aux osselets, encore cette pierre a-t-elle été déplacée. L’église est petite, ancienne et cependant bien décorée de quelques peintures modernes intéressantes. Nous avons vu le père Long, 90 ans, qui a bien connu mon grand-père, mais beaucoup de choses ont été changées, la poste est à la place de l’ancienne école, la charmille a disparu, Marie Mijoin est morte. De là, sommes allés à Sassierges, en passant par Nohant et laissant à droite « la vallée noire » de George Sand ; Là, les souvenirs de Maman étaient beaucoup plus précis – elle a d’ailleurs retrouvé son ancienne compagne Marie Ragot – elle a revu l’ancienne école, la salle de classe, le jardin, l’église, et je crois que cela lui aura fait plaisir (grand-mère parlait du parc de Nohant, où se promenait une dame en noir, que les gens du village appelaient la Clesinger, il s’agit donc de Solange, la fille de George Sand). Retour par Ardentes et la Brenne dont les étangs étaient à sec. Etions là un peu en retard pour dîner.
Dimanche 18 septembre – Le Poiré
Repris le travail quotidien, et non sans peine, mais enfin les quelques jours de repos du Blanc ont été pour moi une détente salutaire, et quoique toujours lasse, je me sens cependant un peu plus d’entrain. Notre séjour au Blanc s’est bien terminé – pas sortie le dernier matin, et feuilleté les carnets de grand-père, seulement il aurait fallu prendre des notes et je n’en avais pas le temps. Après déjeuner fait les valises, sommes montées une dernière fois à la Tour, puis avons quitté Le Blanc vers 4 heures, avec un peu de pluie et un orage qui menaçait. Nous sommes arrêtés à Fontgombault, et, là, avons eu la surprise de rencontrer l’abbé Huteau, professeur de première à Richelieu, qui était à l’abbaye, en compagnie d’autres prêtres vendéens pour faire une retraite. Visité l’église abbatiale, maintenant restaurée, mais il faisait trop sombre. Nous sommes arrêtés à Tournon, sur la place de l’église, une fois de plus, Maman n’a pas retrouvé ses souvenirs, l’école a été remplacée par la poste, et l’église est plus récente. Pendant ce temps-là l’orage grondait dans le lointain, mais, au moment où nous repartions, un coup de tonnerre terrible a éclaté, éclair, tonnerre, tout est parti en même temps ; nous avons tous courbé la tête, et supposé que la décharge était tombée sur le paratonnerre du clocher, mais, dans une rue voisine, une boulangère à qui Jacquie achetait du pain a dit avoir vu une boule de feu sur le trottoir, elle en était encore toute saisie ! Avons ensuite suivi, jusqu’à la Haye la vallée de la Creuse devenue tout à fait tourangelle. Il pleuvait encore en arrivant à la Haye, et j’étais ennuyée en pensant aux deux garçons qui visitaient Poitiers ; ils se sont d’ailleurs un peu mouillés là-bas. Après la pluie sommes allés visiter le jardin public de La Haye, les garçons sont arrivés après huit heures, nous avons dîné, puis les filles et nous avons couché à l’hôtel ; il n’y avait pas assez de place chez Tante Canette. Le lendemain, fait ausculter Yves par le docteur Rolland ; il toussait beaucoup et cela m’ennuyait ; il n’avait rien de grave et cela va mieux maintenant ; un peu de Pautauberge arrangera cela. Sommes partis vers 10 heures, direction de Thouars. La pluie nous a pris presque au départ. Un court arrêt à Richelieu, étions à Thouars un peu avant midi et demie. Comme toujours Suzanne a très bien – trop bien fait les choses ; en sommes repartis vers 5 heures et demie et étions ici pour dîner. Avons trouvé Pierre et Anne en bon état ; Jeudi, beaucoup à faire – le marché, la reprise en main de la maison – rangement du linge de lessive, du fruitier, conserves de brugnons, confiture de pêches, tout cela a bien rempli ma journée. Vendredi, voyage à Nantes, acheté un costume à Yves (c’était difficile tellement les bras étaient grands), pris des renseignements au sujet de cours pour Geneviève, tout cela, avec pas mal de courses, a bien occupé notre journée (est-ce jour-là que je me suis coincé la chaussure dans le rail du tram ??). Hier bien du travail aussi ; de plus, préparé un peu le déjeuner d’aujourd’hui… déjeuner (Brachet, Gaillard) bien réussi, j’avais de la charcuterie, un beau merlu, garni de barquettes de champignons, des poulets et de très bonnes glaces. Les filles m’ont bien aidée et Thérèse s’est bien débrouillée. Jean part ce soir pour Paris, puis Tourcoing pour le mariage de son cousin Pierre Daniel Bouliau.
Les Sables – dimanche 25 septembre
Fin de notre dernier séjour ici pendant les vacances, arrivés ici jeudi soir, nous en repartons ce soir, peut-être les enfants resteront-t-ils jusqu’à demain soir, mais, de toute façon, ce ne sera pas bien long désormais. Après deux jours de temps douteux nous avons un matin ravissant…. Semaine très remplie, et je suis si loin de ce que j’aurais voulu faire. Lundi, le travail habituel de la maison ; suis allée un peu chez Marguerite, passablement aigrie ; elle a passé un mauvais été, conversation pénible. Mardi vu avec Armande pour réparation et confection de pantalons pour Yves, confiture de figues, visite à Mme Dorion et confession. Dimanche, jour de l’Adoration, Nicole Gaillard nous est arrivée ce matin-là, avons eu une grand-messe bien pieuse ; il y a longtemps que j’avais eu seulement des messes basses et cela m’a fait du bien. Moins d’hommes que d’habitude à la procession de l’après-midi – peut-être les vendanges – et pourtant la cérémonie était belle. Tricot et écrit un peu le soir, cela ne m’arrive pas souvent. Jeudi matin des tas de choses à faire et les préparatifs du départ aux Sables ; les enfants sont partis par le car, aussitôt déjeuner, quant à nous, sommes partis le soir, seulement et arrivés ici pour dîner, l’installation a été vite faite. Vendredi, temps douteux, Jacques et les enfants ont cependant pu pêcher toute la matinée ; suis allée me faire faire un massage puis fini la matinée sur la plage avec Geneviève, Pierre et Anne ; le soleil était bon, mais vers midi, les nuages sont montés et il ne faisait pas chaud. Sommes retournés de bonne heure à la plage après déjeuner, mais de nouveau, quand la mer a été proche de nous, le temps s’est refroidi ; les enfants se sont pourtant amusés à construire un superbe fort et à le défendre. Après le goûter les plus grands sont allés se promener, Anne est partie de son côté avec Thérèse et je suis allée voir Mme Dereure, son pauvre mari est mort mercredi soir, ou plutôt s’est éteint, car il somnolait sans cesse depuis quelque temps. M. le Curé du Poiré, qui devait aller à l’île d’Olonne jeudi, est venu ici pour le voir – et apprendre sa mort – il avait reçu le sacrement de l’Aumônier des marins, puissent ses longues souffrances lui valoir la miséricorde divine, mais la pauvre Mme Dereure est désespérée ; l’enterrement a eu lieu hier ; nous y sommes allés Jacques et moi, puis je suis rentrée chez elle en passant hier soir… après une vie remplie de tant de soins à un malade, voilà qu’elle se retrouve les mains vides…. Vendredi soir, nous sont arrivés Majo Cesbron, et par malchance, ce soir-là, avons été privé de courant à cause d’un accident arrivé aux fils extérieurs. Avons dîné aux bougies, très gaiement d’ailleurs, et nous sommes couchés de bonne heure. Hier matin, temps meilleur, mais journée bien remplie, de bonne heure sommes allés à l’usine, pour qu’on nous dépanne, puis Jacques m’a emmené en auto faire le marché, ce qui a été moins de fatigue pour moi – nous avions hier Pierre et Lucienne Taillandier à déjeuner, ce qui faisait encore un peu de monde ! Jacquie préparait pendant ce temps les pâtes à tartes du dessert. J’ai pu tout de même faire faire mon massage. Je suis revenue ici en vitesse faire quelques petites choses et finir les tartes. Tout le monde était à la pêche, Anne est allée à la plage toute seule comme une grande fille. Seulement il a fallu déjeuner en vitesse afin d’être prêts Jacques et moi pour les obsèques qui avaient lieu à 2 heures – il n’y avait pas grand monde, et pas beaucoup de prières – Du cimetière, suis allée voir Mlle Chalard, et y suis restée assez longuement, si bien que je n’ai guère eu de temps à la plage, mais je m’y suis trouvée seule, Anne étant partie se promener avec ses frères et sœurs, et Thérèse rentrée pour le dîner, que ces quelques moments, après une journée bien remplie, ont été particulièrement reposants… Je suis rentrée une fois le soleil couché, il commençait à faire frais, mais j’ai eu dans ma chambre, un bon petit moment, semblable à ceux dont j’avais gardé le bon souvenir l’année dernière… Reçu deux fois des nouvelles de Jean, une lettre de Calais racontant le mariage, une carte d’Amiens, reçue hier ; il ne parle pas de son arrivée. Les garçons rentrent vendredi, comment me tirer de ce que j’ai à faire ? Tante Denise et les garçons Daniel et Thierry arrivent sans doute mardi, puis il faudra envisager la rentrée de Geneviève pour le 10 octobre, puis le départ à Paris de Jacquie, entre temps il faut faire deux réunions de Ligue. Peut-être accompagnerai-je Jacquie à Paris, mais je ne peux pas partir avant le 10 ou le 11, il faut que je soie de retour le dimanche 16 pour des réunions et le mardi 18 pour recevoir le Préfet, peut-être pourrais-je me reposer ensuite.
Mardi soir 27 septembre
Un petit moment de calme, il est neuf heures ; je viens de coucher Anne ; tous les enfants, ainsi que Jacques, sont partis chez Maman accompagner Daniel et Thierry, qui reviendront ensuite coucher ici, alors que Tante Denise couche chez Maman ; cela faisait ce soir « neuf jeunes » à table, et un peu de bruit dans la maison. Je vais aller me coucher moi aussi, sans tarder. Séjour aux Sables bien terminé, suis allée à la grand messe, puis fait la plus grande partie des bagages, ce qui m’a permis de partir à la plage presque aussitôt déjeuner et d’y passer une bonne après-midi. La journée était splendide, la mer si bleue, si calme, c’était dommage de rentrer. Vu Mlles Gallet un moment. Sommes partis un peu après six heures. Vu Maman une minute avant dîner. Jean est arrivé lundi à midi, ayant couché à Nantes. Il a visité Calais, Amiens, Rouen, qui lui a beaucoup plu, Le Havre, puis au départ de Paris, Chartres et Le Mans, du moins un peu pour Le Mans, il était content de son voyage. Les autres sont arrivés au car du soir ; leur séjour s’était également bien terminé. Deux journées superbes, et qui ont fait tellement plaisir alors que le mauvais temps est tout proche. J’ai repris l’habitude de mon chapelet dans le jardin, mais cette fois avant le dîner… Je tricote avec frénésie ; demain une journée à peu près tranquille mais je commence les valises de la rentrée.
Dimanche soir 2 octobre 1949
Je suis très lasse et voudrais bien monter me coucher, mais Jacques a promis une séance de cinéma aux enfants, il faut que j’y assiste du moins un moment ; ladite séance de cinéma ne va pas d’ailleurs commencer d’ici un moment car Jacques vient de partir à La Roche conduire Jean qui file à Nantes ce soir, il est même parti une première fois à 5 heures et demie, mais, une fois à La Roche, il a appris que le train sur lequel il comptait n’existait pas les dimanches et fêtes, et force lui a été de revenir ici ; il couchera donc à Nantes ce soir pour partir à Coët demain matin ; cette permission a « été bien vite passée et je crains qu’il n’en ait pas d’aussi longues d’ici longtemps ! Quelques jours bien remplis, et je me demande quand je pourrai avoir le repos qui me ferait si grand bien. Toute la semaine, grande bousculade pour les préparatifs de rentrée des garçons. La maison a été plutôt bruyante et c’est assez pénible pour les nerfs, de plus, j’ai mal dans le dos, surtout quand je suis assise et cela me gêne beaucoup. Mercredi et jeudi, suis allée un peu chez Maman ; jeudi, j’ai tout de même eu quelques heures tranquilles, car toute la troupe des miens était partie à Montaigu déjeuner chez les Denis, et les jeunes Douxami allaient chez Grand-mère, seulement, la grande voiture étant en réparation et la Simca insuffisante pour véhiculer tout le monde, il a fallu user de divers moyens de locomotion, Jacquie et Yves sont partis le matin par le car, ainsi que Majo Cesbron qui nous a quittés ce jour-là ; Jean a gagné Belleville en bicyclette et Jacques a emmené en auto Geneviève, Pierre et Anne qui était ravie et s’est conduite comme une grande fille. J’ai pu ce jour-là, le bureau n’étant pas encombré, m’étendre sur le divan, ce qui me faisait infiniment moins mal pour tricoter. Commencé aussi ce jour-là, malgré les dérangements multiples, les préparatifs de départ des garçons. Vendredi, bousculade un peu trop grande, si bien que, par un concours de circonstances, ce sont Jean et Jacquie qui ont fait les valises, et ils ont embarqué des choses qui auraient dû rester ici, si bien que cela a un peu compliqué le départ. La rentrée s’est bien passée, cette treizième rentrée à Richelieu ! il pleuvait un peu. Yves prétendait que c’était tout à fait dans l’ambiance. Vu le réfectoire, remis à neuf et très bien installé, vu aussi des tas de gens de connaissance, et sommes rentrés pour dîner. Mes garçons me manquent bien ; Jean va bien me manquer maintenant. Heureusement, il y a encore les filles jusqu’à dimanche, mais d’ici là, il va falloir préparer et les affaires de Geneviève et le départ à Paris de Jacquie. Geneviève part le dimanche 9 ; nous allons la conduire ce jour-là, et le lendemain sans doute, Jacquie et moi partirons pour Paris, je pense en revenir le samedi suivant. En attendant, sans doute allons-nous à Nantes mardi prochain et ce sera encore une journée de grosse fatigue, aussi cela m’épouvante un peu à l’avance. Hier, tricoté une partie de la journée, je suis loin d’avoir fini les chaussettes d’Yves et n’ai pas touché à celles de Pierre, et il y a tant de choses à faire ensuite ; Aujourd’hui, reçu à déjeuner en plus des garçons Douxami, Maman, Tante Denise et Tante Jeanne arrivée ce matin ; suis allée à la première messe, préparé mes glaces – café et chocolat, très bonnes – les tuiles pour accompagner, suis allée assister à une réunion du Chanoine Arnaud, venu prêcher une journée de vocations. Tantôt, une fois les invités partis, suis allée à un bout d’une cérémonie qui remplaçait les Vêpres, puis emmené Anne à la salle paroissiale, pour une séance de projections qui n’étaient pas follement intéressantes, mais à laquelle il valait mieux assister quand même. Suis arrivée ici pour apprendre que Jean, n’étant pas parti, il fallait faire le dîner et dîner en vitesse. Demain, avons à déjeuner l’abbé Bretaudeau qui désire parler avec Jacques….
Vendredi soir 7 octobre
Semaine toujours très remplie ; viens de me coucher avec pas mal de fatigue, le dos toujours douloureux et un bon petit mal de tête ; enfin ce n’est pas très grave, mais je voudrais bien me reposer un peu. Lundi, nous avons eu l’abbé Bretaudeau à déjeuner, je me réjouissais d’avoir un repas agréable et une conversation intéressante, mais Jacques était à la foire d’Aizenay et il fallait attendre son retour pour se mettre à table, et l’abbé était un peu pressé, ayant à 2 heures un rendez-vous avec le Préfet. Juste au moment où il arrivait, le docteur Lucas m’a téléphoné que sa femme venait de se casser le col du fémur et voulait voir Jacques avant de partir pour la clinique, si bien que cela n’a pas arrangé les choses et qu’il a fallu un peu trop bousculer le déjeuner. Suis allée chez Maman ensuite. Mardi, Tante Denise et les garçons Douxami sont partis. Mercredi, voyage à Nantes, journée très fatigante et néfaste aussi pour mon porte-monnaie – chapeaux, manteau, souliers – il faut mettre des sommes folles ! Nos courses étant finies de bonne heure, pris l’express de 2 heures pour passer l’après-midi à La Roche – suis allée voir Mme Lucas, qui n’est pas trop mal – sommes allés à Richelieu, puis suis allée à la Maison des Œuvres et chez Mme Poirier-Coutansais ; c’est maintenant la reprise de toutes les œuvres, et il va y avoir bien à faire ! Jacques étant à La Roche, ne sommes pas rentrés trop tard. Hier, beaucoup à faire, comme toujours, aujourd’hui aussi ; ce matin, les pommes à trier, des shampoings aux filles, tantôt le désoperculage des rayons de miel. Presque fini les chaussettes d’Yves, mais il y a encore celles de Pierre. Continué, presque chaque soir, mon chapelet dans le jardin tout en tricotant … Nous avons des capucines somptueuses quoiqu’un peu envahissantes, et des dahlias aux couleurs éclatantes ; les roses vont bientôt refleurir.
Dimanche matin 9 octobre
Je me presse, la grand-messe sonne, et, dès qu’elle commencera nous partirons déjeuner à Nantes, nous rentrons aujourd’hui Geneviève, qui va commencer demain ses cours à Nazareth. Jean doit être en permission, et cela nous fera plaisir de le revoir, bien qu’il nous ait quittés que depuis huit jours. Armand et Suzanne y seront aussi. Demain matin, Jacquie et moi partons pour Paris, à 6 heures à la Roche, nous déjeunerons au Mans chez les Lego, et serons à paris pour 6 heures et demie…Cela fera peut-être une détente, je suis affreusement lasse…. Hier, beaucoup à faire, pommes à trier, miel à ranger, un moment à l’hôpital, où j’ai visité toutes les vieilles et prié près de l’une d’elle qui vient de mourir. Au retour, j’ai eu le plaisir d’apprendre que le bouilleur de la cuisinière était percé, nous n’avions ni fourneau, ni service d’eau, et une inondation par-dessus le marché. Dans l’après-midi, sommes allés à l’Hermière, au retour, suis sortie un peu et il était temps de dîner. Nous reviendrons de bonne heure ce soir, mais j’aurai ma valise à faire.
Mardi soir 11 octobre
Second soir à Paris, après une journée plutôt lourde, tout s’est bien passé jusqu’ici. Dimanche, avons fait un bon voyage à Nantes ; Jean y était depuis la veille, ainsi qu’Armand et Suzanne, nous avons déjeuné, passé l’après-midi ensemble et dîné avant de conduire Jean à son train, comme les autres fois, puis nous avons pris le chemin du retour, et avons fait nos valises Jacquie et moi, avant de dormir. Lundi matin, départ à la première heure, levées à 4 heures et demie, nous étions à 6 heures à La Roche. Autorail assez bondé, mais voyage confortable de Nantes au Mans, malheureusement à Angers, la pluie a commencé avec un ciel très bas et très sombre, et nous sommes arrivées au Mans avec pas mal de retard, sous une pluie diluvienne. Jeanne était à la gare et nous a vite emmenées chez elle ; ne sommes pas sorties à cause du mauvais temps, avons causé et tricoté. Pris notre train à 4 heures, seulement il y avait du monde ; sommes restées debout par moment, puis avons fini par nous asseoir, tant bien que mal. Beaucoup tricoté et aussi regardé, pensé, prié. Arrivée ici à 6 heures et demie, il paraît qu’Oncle Gaston était à la gare ne l’avons pas vu. Fait porter les bagages ici. Tante Denise n’était pas rentrée ; suis allée avec Jacquie rue Duroc, où j’ai dîné, puis suis venue me coucher ici. Ce matin, fait des courses avec Jacquie, suis montée chez Aline. Déjeuné chez les Gaston, une visite à Tante Marguerite, nous sommes promenées sur les quais jusqu’à Notre-Dame, puis goûté chez Cécile. Dîné chez Tante Denise, je viens de me coucher.
Lundi matin 13 octobre
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 13 octobre 1949 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Demain matin j’aurai quitté la capitale, et j’espère qu’en dehors de Paris le temps sera plus agréable et moins brumeux. Tous ces jours-ci il y a eu peu de soleil et, même aux meilleurs moments, un léger voile de brume, mais ce matin, c’est un épais brouillard. Je pense que Jacquie se débrouillera bien, seule ici, et verra des tas de choses intéressantes. Journée d’hier assez chargée – sommes allées le matin rue La Fayette pour réparation à la caméra, avons fait les deux trajets en autobus, ce qui nous a permis de voir le Louvre, la Concorde, l’Opéra, tout au moins en passant. Au retour, visité Saint Séverin. Déjeuné chez Cécile, qui a de chez elle une vue ravissante. Sommes allées ensuite chez Solange, toujours en autobus ; les deux trajets ont été intéressants ; goûté chez Solange, avec Tante Marguerite, et sommes allées visiter l’église Sainte Odile, que je désirais beaucoup connaître ; elle est intéressante, assez bizarre, pas laide cependant, avec des détails intéressants. L’intérieur a une certaine beauté de lignes, et le maître autel est visible de toutes parts ; les verrières sont splendides et j’ai eu la joie d’y saluer beaucoup de saints de chez nous. Pris mon billet hier soir, si bien que je suis tranquille pour demain matin. Dîné avec Suzette et causé longuement ensemble ; je désirerais la voir plus longtemps et causer plus intimement.
Le Mans vendredi soir 14
Mon voyage tire à sa fin, m’en voilà à la dernière étape, et je garde un bon souvenir de ces quelques jours. Jeudi matin, ne suis pas sortie de bonne heure, il y avait un brouillard épais et ce n’était pas intéressant de sortir. Fait quelques courses avec Jacquie et sommes allées déjeuner chez Tante Marguerite ; de là Jacquie est allée à Colombes et à Bois-Colombes, et j’ai pu aller jusqu’au palais de la Mutualité où se tenait le congrès de la L. F. A.C.. Conférence très intéressante, suivie d’exposés ont quelques uns étaient d’une remarquable richesse. Trouvé à la sortie Mme de Baudry…. Pendant quelques moments trop brefs, une atmosphère d’enthousiasme, de don de soi, de confiance en Dieu, d’ardeur apostolique, au lieu de l’atmosphère confinée, ou de cet esprit critique, cet esprit de dénigrement qui m’est si pénible à constater. En sortant, passé un moment chez Tante Denise, un moment chez Aline et un peu chez Les Gaston pour leur dire au revoir. Dîné avec Jacquie chez Marie-Thérèse. Ce matin, brouillard épais ; Jacquie m’a accompagnée à la gare. Fait bon voyage jusqu’ici ; j’aime ces heures silencieuses où je travaille et où je prie en regardant le paysage, ce matin bien noyé dans la brume. Jeanne était à la gare. Bien causé ensemble ce matin et cet après-midi. Goûté avec une se ses amies et Yvonne Tabourin qui est toujours la même, pleine d’entrain et de vitalité. Evoqué des souvenirs de Chavagnes et nous sommes bien amusées tant Yvonne est désopilante. Causé ce soir autour de la table de la salle à manger. Partirai demain matin un peu avant onze heures.
Dimanche soir 16 octobre
De retour ici, pour quelque temps, tout au moins je l’espère, car je ne serais pas fâchée de me reposer un peu, et d’avoir quelques jours de calme au lieu de cette vie perpétuellement tendue qui est la mienne depuis quelque temps…. Voyage bien terminé ; nuit très reposante et j’ai eu largement eu le temps de faire mes valises sans me presser. Les Lego m’ont conduite en auto à la gare, et j’ai trouvé tout de suite une place assise. A Nantes, en changeant de train, j’ai remarqué deux Petites Sœurs de l’Assomption, et eu la joie, en l’une d’elles, de reconnaître Sœur Marie Saint Clément ; elle doit venir ici cette semaine ; je voudrais bien avoir un grand moment à parler avec elle. Jacques m’attendait à la Roche, ce qui m’a fait bien plaisir et nous a permis de rentrer ici de bonne heure ; Suis allée un peu chez Maman, puis mis en ordre le contenu de mes valises et le linge de la dernière lessive. Ce matin pas mal de choses, un tour au fruitier, les fleurs, une tarte pour déjeuner. Nous avons eu Maman et Tante Jeanne ; causé avec elles un peu, puis suis allée voir Mme Lucas et assisté à une réunion très intéressante, donnée par une dirigeante de la « formation chrétienne des tout-petits » ; c’était passionnant, malheureusement il n’y avait pas assez de monde et aussi pas assez de temps pour les échanges de vues ; Brume ce matin, pluie cet après-midi ; il fait plus froid, l’hiver vient peu à peu.
Mardi 18
Reprise en main de tout le travail de la maison ; dimanche, mais des fleurs un peu partout et vu bien des choses ; hier, revu tout le fruitier, confectionné de la gelée de pommes, des barquettes pour garnir un plat de poisson, un entremets à la crème et quatre vingt « mille feuilles » ou plutôt palmiers pour aujourd’hui, si bien que j’étais un peu fatiguée hier soir, mais que mon repas d’aujourd’hui était réussi et ne m’a pas donné de peine, seulement il a fallu faire vite, car nous étions limités par l’heure. Beaucoup de travail à faire. Lettres de Jean et de Jacquie ce matin.
Dimanche 29 octobre
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 29 octobre 1949 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Un petit moment avant les Vêpres ; je viens de mettre en pots de la confiture de figues insuffisamment cuite, qui moisissait et menaçait de se perdre, je l’ai faite rebouillir avec un peu de sucre, et j’espère que maintenant elle se conservera bien. Le travail ne manque jamais. Fait hier un peu de confiture de pommes, poires et coings ; il y a toujours des fruits qui se perdent et qu’il faut utiliser autrement qu’en compote, sous peine de ne pouvoir en venir à bout… Mardi, la journée s’est donc bien passée, mais Jacques, qui d’habitude recevait, après le conseil de révision, le préfet ou son représentant, les conseillers généraux et les personnalités présentes, n’a pu le faire à cause de l’arrivée des corps de deux soldats tombés au champ d’honneur ; il lui a fallu assister à toute la cérémonie, qui d’ailleurs a été longue, et il est rentré assez tard. Jeudi matin, beaucoup à faire, comme toujours ; l’après-midi suis allée à la Roche, j’avais pas mal de choses et surtout, voulais voir les garçons. Suis d’ailleurs assez mal tombée, ces jeunes gens étaient au théâtre pour voir « Le Cid », et, au lieu de rentrer comme toujours à 4 heures et demie, ils sont arrivés avec une heure de retard, si bien que j’ai passé beaucoup de temps à les attendre et que j’ai été obligée de courir ensuite pour ce que j’avais à faire. Tous deux sont bien et se réjouissent de venir en vacances à la fin de la semaine. Yves était enthousiasmé par la Mission prêchée aujourd’hui à La Roche, par des prédicateurs de grande valeur. Acheté un petit imperméable pour Anne, qui est ravie, elle sera maintenant bien équipée pour son hiver, seulement il faut que je voie sa garde-robe, car tout est trop petit tellement elle a grandi. J’aurais voulu auparavant me débarrasser des chaussettes des garçons, celles d’Yves sont presque finies, mais j’ai encore deux paires et demie à remonter pour Pierre, et son chandail de scout, qui devait être fait à la Toussaint, n’est pas à moitié fait…. Je comptais faire pas mal de choses cet après-midi, mais après les Vêpres, il y a eu l’ouverture de la retraite, puis Pierre et Geneviève (Bouliau) sont venus, et partis peu avant dîner. Les Brachet sont venus aussi entre temps, si bien que nous avons eu une après-midi agréable, mais que je n’ai rien fait. Maintenant je voudrais me coucher de bonne heure, mais Anne hurle parce qu’on a éteint la lumière et je voudrais qu’elle soit calmée avant de monter. Temps plus froid, nous avançons en automne, et de fréquentes averses ; les dahlias ont été très abîmés par la pluie et je ne sais si il en restera pour la Toussaint ; mais nous avons des roses ravissantes, plus jolies qu’elles ne l’ont jamais été. Pas de lettre de Jacquie d’ici quelques jours ; je ne sais si elle reviendra pour la Toussaint, ni ce que fera Jean. Les garçons viennent samedi sans doute.
Dimanche 29 octobre 49
Nous arrivons des Vêpres et nous installons dans le salon où il a fallu faire du feu depuis ce matin, tellement le temps est dur et froid aujourd’hui. Depuis trois matins, nous avons de la gelée blanche, et ce matin on se serait cru à Noël tellement le jardin était givré, comme en velours blanc. J’ai cueilli des roses dont les feuilles étaient couvertes de gelée. La maison est sérieusement froide, cependant nous n’avons pas fait encore les essais du chauffage et il est possible que le temps froid ne durera pas. En attendant, c’est assez désagréable, surtout pendant les vacances où nous sommes nombreux. Pour l’instant tout le monde parle et il est bien difficile d’écrire – encore les Douxami sont pour le moment chez le docteur Lucas, mais ils vont dîner avec Grand-mère ici, comme ils ont déjeuné aujourd’hui. Ils repartent demain pour Paris. Semaine assez chargée ; Les trois premiers jours nous avons été en retraite, et la retraite, si elle n’est pas très suivie, a été intéressante, nous avons vécu pendant trois jours sur un plan supérieur, avec des sermons et des conférences du plus haut intérêt – seulement, entre les sermons il y avait beaucoup à faire, et je ne suis pas arrivée à ce que j’aurais voulu. Jeudi, des tas de choses à faire, puis je suis allée chez Maman. Vendredi avec Jacques au Recredy ; hier déjeuné chez Maman et passé chez elle une partie de l’après-midi. Les garçons sont ici depuis hier matin. Yves a maigri, mais il a pourtant un appétit superbe. Geneviève est arrivée hier soir. Jacquie est restée à Paris et Jean l’y a rejointe pour passer sa permission. Je vais avoir bien à faire ces jours-ci.
Soir de la Toussaint
Anne est couchée, les garçons viennent de monter et je ne vais pas tarder à en faire autant. Il fait très froid ces jours-ci, un temps de Noël plutôt que de Toussaint, espérons que l’hiver, s’il commence de bonne heure, ne sera pas tout ainsi ! Dimanche nous avons fait une flambée dans le salon et cela a suffi, mais, le froid pénétrant de plus en plus dans la maison, nous avons décidé hier matin d’allumer le chauffage, seulement Jacques n’a pu arriver à se servir de la petite pompe de remplissage, et nous avons dû abandonner, seulement le brûleur marche parfaitement bien, et c’est le principal. Aujourd’hui nous aurions bien apprécié une maison tiède, car il y avait un brouillard glacé bien désagréable, et, si le soleil s’est montré dans le courant de la matinée, il ne nous a amené aucune chaleur. On dit toujours qu’à cette époque de l’année le froid ne peut durer, mais cela n’en finit pas, et j’ai hâte de voir les girouettes tourner au sud-est. Dimanche les Douxami ont donc passé la journée ici ; au déjeuner chacun a apprécié la marquise au chocolat et les « palmiers ». Le soir, sommes allées, Aline, Geneviève et moi, voir les Baron, ainsi qu’Anne qui voulait voir Joseph, mais ne lui a pas dit un mot. Maman et les Douxami ont dîné ici. Hier, beaucoup à faire, et pas mal de dérangements, j’aurais voulu finir un chandail à Pierre, mais je n’y arriverai certainement pas ; je vais plutôt faire les réparations urgentes à deux chandails que je leur donnerai demain soir. Geneviève rentre jeudi matin. Jacquie n’a pas écrit tous ces temps-ci ; j’espère avoir une lettre demain et j’espère aussi qu’elle rentrera sans trop tarder. Je sais par Armande Brachet, rencontrée ce matin, que Marie-Annick et les enfants devaient se rencontrer aujourd’hui, ainsi que les Nida, et sans doute Michel de Baynast. Sommes allés ce matin au cimetière, porter les quelques fleurs qui n’aient pas été abîmées par la tempête, ni par la gelée. Il faisait très froid au cimetière. Assisté à la grand-messe. Tantôt sommes allées aux Vêpres et au cimetière comme de coutume puis au cimetière de Palluau. Au retour, une courte visite des Lancelot, puis le Chemin de Croix traditionnel à l’église. Me suis attardée ensuite à penser à tant de défunts que j’ai connus….Quand reverrons-nous notre petit enfant bien aimé ? Quelques minutes après sa mort, j’ai soudain pensé qu’il voyait Dieu et cela a été un tel adoucissement à ma douleur ! Mais je voudrais bien le revoir, lui, mon tout petit.
Dimanche matin 6 novembre
Après quelques jours de temps très beau, mais glacial, de nouveau le temps est à la pluie, ce qui est infiniment moins pénible, bien que pas toujours très agréable ; hier après-midi, il faisait si sombre que je n’y voyais pas à tricoter dans la salle à manger ; il est vrai que, ni les feuilles du tilleul, ni celles de la treille ne sont tombées, et que cela assombrit quelque peu. Ce matin, il ne fait pas encore bien clair. Je vais sortir tout à l’heure pour aller faire, entre les deux messes, une réunion de la Ligue, nous avons repris nos réunions cette semaine, celle de vendredi nous a amené quelques présences, mais ce n’est pas encore très vivant, celle de ce matin ira peut-être mieux… Ce soir nous allons à une représentation au Patronage… Les pensionnaires sont rentrés, les garçons mercredi soir, Geneviève jeudi matin. Passé la journée du mercredi à réparer un chandail de Jean pour Yves, il y avait plus de travail que je pensais et je n’ai pas tellement réussi ; ce sera à reprendre sans doute. Jeudi, pas mal de rangements à faire, il en est toujours ainsi quand les garçons sont venus en vacances, suis allée chez Maman et repris, après le goûter, la chère habitude de mes promenades à la nuit tombante, ce qui me donne la joie, tout en prenant un bon exercice, de contempler le couchant et d’avoir un moment de paix et de méditation. Vendredi, réunion de la Ligue, visite à Marie-Josèphe Remaud, à Mme Dorion, puis une minute chez Maman. Hier, suis allée voir Mme Lucas, immobilisée encore pour longtemps. Nous avons remis en marche le chauffage, dont les essais, jeudi, n’étaient pas satisfaisants, la flamme n’était pas assez longue et la température ne montait pas assez. Jacques n’ayant pas eu le temps de nettoyer le brûleur, nous avons rallumé pour deux jours le poële de la salle à manger ; le brûleur a pu être nettoyé hier soir et les essais satisfaisants, aussi c’est avec plaisir que nous chauffons aujourd’hui. Lettres de Jacquie et de Jean vendredi matin ; tous deux étaient ravis de leur congé de la Toussaint à Paris et d’avoir pu sortir en bande. Hier soir, vu Marie-Annick qui nous a donné une troisième édition. Je pense d’ailleurs que Jacquie va revenir ces jours-ci, elle a retardé un peu son retour pour voir Françoise Clérault qui devait venir à Paris, mais rentrera sans doute au début de la semaine ; après un séjour très agréable, il est temps qu’elle se mette à un travail sérieux. Presque terminé le chandail de Pierre, que je lui ferai parvenir cette semaine…. Je pense qu’Anne fera sa Communion privée le 8 décembre, d’ici là, il y aura bien des choses à faire. Suis tout de même un peu moins fatiguée ces temps-ci.
Mercredi matin 9 novembre
Lundi, rien de nouveau, travail habituel, rangement des pommes, tricot, etc…. Dimanche soir, étions au Patronage pour la pièce des jeunes filles, assez quelconque. Hier, passé la journée à La Roche, pour une récollection de dirigeantes diocésaines et cantonales…. Cela a été merveilleux… Toutes ces heures ont été passionnantes, il est dur de se retrouver dans la vie ordinaire et de subir certaines conversations si dénuées d’intérêt – je ne parle pas de celles que nous avons Jacques et moi - Le retourne tantôt à la Roche, je vais voir les garçons et accueillir Jacquie qui revient de Paris.
Jeudi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 10 novembre 1949, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Ai été interrompu par l’arrivée de Mlle Battut, assistante sociale, avec qui j’avais besoin de parler… Déjeuné ensuite en vitesse pour partir à la Roche, emmené les Boyer, parlé d’Assise à Madée, cela a été une vraie joie pour moi. A La Roche, pris des nouvelles de Pierre Gourraud qui fait de la paratyphoïde, puis suis allée chercher Jacquie à la gare. Sommes allées chez les Lesaffre, Geneviève souffrait beaucoup de sa jambe, et le moral était bas. Fait ensuite des courses sous la pluie. Vu les garçons qui sont bien. Sommes allées à la Maison des Œuvres. Jacquie voulait voir l’Abbé Sacré pour une question J.I.C., Jacques y est monté aussi, et nous avons eu une bonne conversation. Ce matin, causé un peu avec M. le Curé, demain, nous aurons notre première réunion de jeunes femmes… On parle d’une session d’enseignement ménager pour le début de l’année prochaine, j’appuierai cela de toutes mes forces. Journée assez bousculée, fini de réparer le chandail de Jean et remonté une chaussette à Pierre. Pas eu le temps de reprendre mes notes de mardi, quand y arriverais-je ?
Dimanche soir 13 novembre
Arrivons de Nantes ; il est bientôt 8 heures et demie, mais je ne veux pas tarder à monter me coucher, aussitôt qu’Anne sera endormie ; j’ai mal à la gorge et voudrais bien me mettre une couche de révulsif pour enrayer cela. Vendredi soir avons eu l’agréable surprise d’un coup de téléphone nous annonçant l’arrivée de Jean pour le soir même – permission de 48 heures en l’honneur du 11 novembre – Jacques est donc allé à La Roche le chercher au train de 8 heures 20, et nous avons eu la joie de causer pendant la fin du dîner et après. Hier, avons passé la journée au Boupère, le garçon est naturellement venu avec nous et a tenu le volant à l’aller et au retour, ce qui a paru lui faire plaisir – Jacquie n’était pas plus rassurée que cela – Fait quelques courses à la Roche en partant et un bon voyage ensuite ; il y a des coins pittoresques le long du trajet et les teintes d’automne sont particulièrement ravissantes, le temps était beau, du moins hier matin, clair et ensoleillé. Passé là-bas une agréable journée, le déjeuner était savoureux et nous avons causé de beaucoup de choses, en passant par des choses culinaires, ménagères et d’Action catholique. Mme Michaud avait même certainement des confidences à faire et certaines choses à me demander, si bien qu’elle m’a emmenée dans la salle à manger, et que nous avons parlé là-bas très intimement. Sommes sortis voir l’église, que nous avions assez mal vue une première fois, mais il est survenu une averse qui nous a fait rentrer assez rapidement. Sommes partis plus tard que nous pensions, si bien que nous ne nous sommes pas arrêtés à Bournezeau chez les Bastard, ainsi qu’il avait été prévu. Maman nous attendait pour dîner afin qu’elle puisse voir Jean. Ce matin, sommes allés à la messe de 9 heures qui était celle pour les morts des deux guerres. J’ai regretté la grand-messe, mais ce n’était possible car il nous fallait partir le plus tôt possible pour aller déjeuner à Nantes. Après la Messe, le défilé traditionnel au Monument aux Morts, mais à peine le docteur Lucas commençait-il son discours qu’une violente averse se déchaînait en même temps qu’une rafale qui a fait fuir tout le monde. M. Le Curé a dit une brève prière et la cérémonie a été ainsi écourtée. Le vin d’honneur a eu lieu naturellement, d’ailleurs, après quelques averses, le temps s’est arrangé ensuite. Sommes partis pour Nantes un peu avant midi, il avait fallu fixer sur l’arrière de l’auto la bicyclette de Jean, et cela avait été un peu long. Armand, Suzanne et Michel qui étaient sur le départ, avaient déjà en partie déjeuné. Rien de neuf cet après-midi ; avons dîné très tôt pour conduire Jean à son train. Suis allée chez Maman jeudi, y ai même déjeuné avec les filles, Jacques étant à une réunion de notaires. Vendredi, la réunion des jeunes femmes, il faisait un temps affreux, et de la campagne, personne n’est venu ; nous étions seulement cinq du bourg et avons fait, à nous cinq, un bon petit cercle d’études – seulement ce n’est pas cela que nous voudrions faire – c’est sans doute là que j’ai pris mon mal de gorge….
Dimanche 20 novembre 1949
Toute une semaine sans écrire ; beaucoup de choses et aussi pas mal de fatigue, je suis toujours assez enrhumée, et aussi un peu migraineuse ; ce sont des petites choses, mais assez gênantes et désagréables. Les trois premiers jours de la semaine, ne suis guère sortie, le lundi même pas du tout, ce qui m’a permis d’avancer mon travail, d’écrire un peu et de liquider pas mal de choses à réparer qui traînaient dans ma travailleuse sans que j’arrive à les réparer… Anne fera sa Première Communion au 8 décembre, c’est bien proche maintenant, nous commençons à en parler, et aussi à la préparer davantage. Jeudi matin j’ai décidé que je pouvais sortir et, après le marché, suis partie pour La Roche, j’ai fait faire un massage, ce qui m’a pris pas mal de temps, aussi je n’ai eu ensuite que le temps de voir les garçons et de faire deux courses. Dans l’après-midi, visite à Mme Lucas avec Jacquie. Vendredi, suis partie pour La Roche un peu avant huit heures, pour les réunions d’arrondissement. J’ai pu avoir un bout de messe de 8 heures à L’Immaculée, puis fait quelques courses avant la réunion qui était à 10 heures. Pas mal de présences ; vu quantité de personnes de connaissance. Réunion très intéressante et directives précises, malheureusement pas mal de choses qui ne pourront pas être appliquées, je m’en aperçois. Le déjeuner en commun a été agréable, j’ai pu ensuite voir les garçons quelques minutes. Après la dernière réunion, Mme Privat m’ emmené à Belleville pour tenter une démarche auprès de M. Le Curé – que nous n’avons pas vu – et des Sœurs de l’école. M. Privat nous a ensuite conduites ici. J’ai peu mettre toutes mes notes au net le soir, ce qui est une grande chose. Hier matin, Jacques a commencé sa journée en allant à Luçon parler au chanoine Douillard ; il doit faire ces jours-ci un énorme travail et répartir certains subsides, accordés par le Conseil général aux parents nécessiteux pour subvenir aux frais d’éducation de leurs enfants ; Jacques et le chanoine Douillard y ont passé la journée de mercredi ; depuis, tous les soirs, il s’y attelle jusqu’à minuit avec Jacquie, et quelquefois moi aussi. Hier matin, il a donc fait un tour à Luçon pour arriver ici à 10 heures et demie, Jacquie et moi l’attendions pour partir aussitôt à la Bruffière, pour la messe de mariage de Denise Plessy ; sommes arrivés au moment de la communion et admiré l’église de la Bruffière, qui est vraiment très belle. Beaucoup de monde à la messe, dont pas mal de personnes de connaissance. La mariée gentille, les demoiselles d’honneur, dont Hélène Denis, charmantes. Filé ensuite à Nantes où nous étions à 1 heure et quart, moi avec une migraine abominable. Fait des courses sous la pluie toute l’après-midi, mais ne suis pas partie tard puisque nous étions ici vers 7 heures. Aujourd’hui, Jacques est très pris par son inspection, qui est demain ; pour moi j’ai un peu à écrire, des comptes très en retard et surtout je voudrais un peu de paix et de détente, c’est ce qui me ferait le plus de bien. Quelques préparatifs pour le déjeuner de demain, à part cela, j’espère avoir tout de même une semaine un peu plus tranquille.
Dimanche 27 novembre
Une semaine très remplie, n’ai pas du tout eu le temps d’écrire, et aujourd’hui ne sais même pas si j’y arriverai. Nous venons, Jacquie et moi, de faire un peu de pâtisserie, car Claude et Nicole doivent venir goûter ainsi que leurs enfants ; cependant, avant les Vêpres, j’ai une visite à faire pour Jacques, trop occupé…. Dimanche dernier j’ai eu une journée assez paisible, ce qui m’a permis de faire des comptes que j’aurais du faire depuis longtemps ; j’ai peu aussi préparer un entremets pour le déjeuner du lendemain, où j’avais à recevoir, comme chaque année, les inspecteurs de Jacques. Lundi matin, tempête, les dernières feuilles du tilleul, qui les jours avant, formaient de somptueux dômes d’or, ont toutes été arrachées par le vent… Le déjeuner de lundi a été réussi, le riz aux champignons était savoureux, les soles bien présentées, les côtelettes de mouton pas tout à fait assez grillées peut-être, mais l’entremets était délicieux ; nous avons pris le café au salon, puis les inspecteurs se sont rendus à leur travail ; J’ai mis bien des choses en place et comptais avoir un bon moment tranquille, mais le chanoine Douillard est venu, avec un inspecteur de l’enseigneemnt libre ; je les ai installés dans la salle à manger et nous nous sommes mis au travail, ainsi que Jacques une fois libéré de son inspection ; Il y en a eu jusqu’à 8 heures. Aussi nous avons gardé les deux ecclésiastiques à dîner ; j’ai rapidement improvisé quelque chose, et il restait des petits gâteaux confectionnés par Jacquie le matin, avec des framboises de conserve, ils ont été très appréciés. Mardi après-midi, suis allée à La Roche, pendant ce temps Jacquie s’attelait de nouveau au travail. Nous nous y sommes mis après dîner, Jacquie et moi ; j’y suis restée jusqu’à minuit seulement, car je n’en pouvais plus, mais Jacques et sa fille ne sont montés qu’à deux heures. Mercredi, Jacques est allé déposer son rapport au Conseil général, ce qui a été pour nous tous un grand soulagement, cependant la chose n’a pas été toute seule ; il y a eu des difficultés avec le Préfet, et je ne sais pas encore au juste quand et comment cela va s’arranger. Suis allée un moment chez Maman ce jour-là, mais j’ai dû revenir ici pour voir M. L’abbé Billaud, qui, en l’absence de Jacques me demandait… Jeudi après-midi, suis allée voir Marguerite et Tante Abel qui est une fois de plus au lit. Vendredi, vu Mme Lucas, bien soulagée parce qu’on lui a retiré le poids qui lui tenait la jambe ; Hier matin, préparé une réunion que je devais faire à Belleville ce soir, mais après déjeuner, Mme Privat m’a téléphoné, me demandant que la réunion soit repoussée de huit jours à dimanche prochain ; un moment après, Mme Roy a téléphoné pour accepter une invitation à déjeuner pour le samedi 20 décembre. Je m’apprêtais à partir quand sont arrivées Mme Lamothe, assistante sociale rurale avec deux jeunes monitrices et Anne-Marie Mollé – on doit organiser ici une session d’enseignement ménager et il faut trouver un local pour les cours et une installation pour les jeunes filles, et ce ne sera pas précisément commode. Ensuite M. Baron m’a appelée au téléphone ; on me demandait de la Maison des Œuvres, et c’était Monseigneur qui voulait parler à Jacques, il m’a dit qu’il le rappellerait ce matin à 8 heures. J’ai pu tout de même sortir et aller voir Mme Dorion, mais à peine étais-je installée chez Maman, faisant griller des tartines pour le goûter, que Thérèse est venue me chercher de la part de Jacques, qui venait d’arriver avec André Dorion et l’Amiral Marquis ; il m’a donc fallu rentrer et j’ai eu toutes les peines du monde à sortir de nouveau pour aller me confesser. Entre temps, j’ai appris que Claude et Nicole venaient aujourd’hui passer l’après-midi avec leurs enfants.
Après dîner, sommes allés au cinéma avec Armande Brachet, Marie-Annick et Annie Grolleau. Ce matin, à la première heure, Monseigneur a téléphoné à Jacques, lui disant qu’il voulait causer longuement avec lui et l’invitant à déjeuner, Jacques avait déjà déjeuné vendredi aux Lucs et samedi à Mareuil, cela lui faisait un troisième déjeuner hors de la maison. Il est allé à la messe de neuf heures et parti aussitôt. Suis allée à la grand-messe avec mes filles – Je finis d’écrire après dîner – Après déjeuner, une visite à Bonne Mère de l’hôpital ; les Vêpres où j’ai eu la joie de l’Alma Redemptoris et du Rorate de l’Avent. En rentrant ici, trouvé Jacques qui revenait de Luçon, content d’avoir parlé avec Monseigneur, Claude et Nicole sont arrivés peu après, avec les deux petits, qui sont bien mignons, et nous ont fait l’agréable surprise de nous amener Geneviève. Passé une bonne après-midi ensemble ; le cake et les galettes poitevines étaient bien réussis ; seulement je n’ai pas eu de temps à moi et n’ai rien pu entreprendre ; il est plus de 9 heures et demie et je vais monter me coucher de bonne heure…. Anne était seconde hier et avait la Croix
Dimanche 4 décembre
Je commence à écrire en attendant Mme Privat qui doit m’emmener à Belleville pour la réunion de la Ligue prévue pour dimanche dernier ; mon rapport étant fait, je n’ai eu qu’à le revoir rapidement et j’étais ravie qu’il doit fait à l’avance, car j’aurais eu de la peine à le faire cette semaine. Depuis dimanche j’ai été plutôt prise et la semaine qui vient sera plus chargée encore ; j’espère avoir ensuite un peu de repos. Lundi, ne suis sortie que pour aller chez Maman. Mercredi, Jacqueline est arrivée et nous sommes allées chez Maman la retrouver Jacquie et moi. Mardi matin, j’étais à La Roche, et l’après-midi, Jacquie recevant à goûter Marie-Annick et Annie Grolleau, j’avais dû l’aider un peu. Entre temps, une visite de Mme Bonnaud. Mardi soir, Anne m’a souhaité ma fête, avec un bon bouquet des dernières roses et deux petites poésies très gentiment dîtes – l’année dernière, elle avait obstinément refusé de dire quoi que ce soit – mais mes grands m’ont bien manqué….Je garde un tel souvenir des années où tous étaient là ! Cette année, Jean y a pensé, Jacquie aussi naturellement, mais ni Geneviève, ni les garçons n’y ont pensé ! Ce sont de grands étourdis. Mercredi soir, Maman et Jacqueline sont venues manger le gâteau avec nous, mais c’est moi qui ai dû le confectionner ! Jeudi matin, une réunion – très courte – de responsables de secteurs, puis un enterrement, cela a pris une grande partie de ma matinée. L’après-midi, sommes allés à La Roche pour la représentation donnée par la troupe de Richelieu, c’était moins bien que l’année dernière, cependant cela nous a donné le plaisir de voir les garçons et de rencontrer des tas de gens de connaissance. Vendredi matin, suis encore allée à La Roche une bonne partie de la matinée, dentiste et essayage. L’après-midi, réunion de la Ligue – pour bien peu de monde – et visite à Mme Lucas. Le reste du temps, ainsi qu’hier, travaillé d’arrache pied à mes tricots, les chaussettes d’Anne sont terminées, le vêtement bien avancé, mais les gants pas encore commencés… Renoncé à un voyage aux Sables projeté pour demain, je voudrais surtout y aller pour fermer, et vider le service d’eau en cas de gelée ; Espérons qu’il ne gèlera pas d’ici la semaine prochaine. Nous avons donc jeudi la première Communion d’Anne, elle sait très bien son catéchisme, mais elle est encore bien petite et bien étourdie, j’essaie, en faisant sa toilette, de lui parler du grand acte qu’elle va accomplir, mais quand le Minou (= la Minette) est là, elle n’écoute rien, et s’occupe surtout du Minou qui l’amuse tant ! Enfin c’est une petite âme bien innocente et j’espère que Jésus Hostie la comblera de ses grâces. Jacquie est à Nantes depuis hier matin, elle doit assister à des réunions J.I.C. et verra Jean, qui a dû arriver hier soir ; elle reviendra demain soir ou mardi soir, ainsi qu’Armand et Suzanne. Nous aurons aussi à déjeuner jeudi Benjamin et Françoise. Les Roy viendront déjeuner samedi, cela me donnera un peu de souci. Dimanche, Jean vient en permission et nous en profiterons pour faire venir les garçons qu’il n’a pas vus depuis la Toussaint… Je continue à écrire après dîner, Mme Privat étant venue me chercher, nous sommes arrivées à l’heure pour la réunion, il y avait un bon petit groupe de femmes – la commune n’est pas très étendue – et j’ai l’impression que cela les a intéressées ; Mme Privat m’a emmenée ensuite chez elle prendre une tasse de thé qui m’a fait du bien, mais je suis rentrée ici avec plaisir, depuis ce matin – ou presque – j’étais gelée. Suis allée ce matin sur la place pour assister à la remise, par le Préfet, de décorations aux pompiers, ceci se passant devant la Mairie. Suis allée ensuite faire une réunion de la Ligue, et il ne fait pas bien chaud dans la salle – pas plus qu’à la grand-messe qui a suivi – Sommes allées, Anne et moi, déjeuner chez Grand-mère qui, très enrhumée, ne pouvait guère sortir, puis suis venue ici attendre, et, comme nous n’avions pas allumé le chauffage, il ne faisait pas bien chaud non plus. C’est avec infiniment de plaisir que j’ai pris, ce soir, ma robe de chambre et des bas bien chauds. Mauvaises nouvelles de Paris cette semaine, Oncle Gaston a fait il y a huit jours une petite attaque, et, depuis, un peu de congestion pulmonaire ; cela a l’air de s’arranger, la pénicilline lui a fait du bien, et il a recouvré la parole. Mauvaises nouvelles de Lyon également, Menine a eu deux petits jumeaux qui n’ont pas vécu, cependant elle est aussi bien que possible.
Jeudi soir 8 décembre.
Aujourd’hui la Première Communion d’Anne ; belle et douce fête ! Nous avons conduit à Jésus notre dernier petit enfant, notre petite fille chérie, avec la même joie que nous avions conduit notre aîné, il y a plus de quinze ans, puis les autres à mesure que les années passaient. Anne était bien mignonne, avec la robe de Geneviève, le manteau de Jacquie, le voile et la couronne qui a servi à ses deux sœurs. J’avais confectionné ses gants, ses chaussettes, et un petit paletot bleu destiné à réchauffer sa robe un peu mince. Ce matin, elle s’est réveillée en disant « Il faut que je pense à ma Communion ». Cependant je crois qu’elle n’y a pas pensé bien souvent, car elle est encore un peu petite, et aussi bien étourdie, facilement distraite par son Minou ou n’importe quelle autre chose. Je n’ai pas eu, pendant la messe de ce matin, la joie ressentie pendant la messe de communion de Geneviève, et dont je garde encore le souvenir, mais une profonde reconnaissance de toutes les grâces que Dieu m’a fait, surtout de m’avoir donné une petite fille, et un immense désir d’aider mes enfants à monter vers Lui. Au retour de la messe, le travail n’a pas manqué, avec des tas de choses à préparer, d’autant plus que nous voulions déjeuner de bonne heure, afin qu’Anne puisse aller aux Vêpres. Tout était réussi, j’avais de la charcuterie, ce qui allait tout seul ; un très beau plat de flets de soles entouré de bouchées aux champignons, j’avais fait les bouchées hier, et elles étaient assez bien réussies et très bonnes. Les poulets étaient bien aussi et les gâteaux au chocolat réussis – Seulement je n’ai pas aimé certaines parties de la conversation du déjeuner ; certains de ces chrétiens ont une complète méconnaissance du sens profond de la messe et de la liturgie, et puis on a parlé politique, ce qui arrive toujours et m’est assez désagréable. Aussitôt le café, sommes allés aux Vêpres, où Anne avait déjà été conduite par Jacquie, et avons ramené aussitôt, sous la pluie, notre petite fille encapuchonnée. Il faisait trop mauvais pour que nous puissions aller à la grotte et au cimetière, alors que je l’aurais tant désiré. Aussitôt notre retour, Armand et Suzanne sont partis, mais Benjamin et Françoise sont restés un bon moment, et Maman, ainsi que les Granger, presque jusqu’au dîner. Cela faisait une journée bien employée, mais au cours de laquelle je n’ai guère pu me recueillir ni penser à Dieu, la plupart du temps j’ai été trop occupée et préoccupée par cela, et pendant les Vêpres, j’étais trop fatiguée. Un peu avant 7 heures, l’abbé Sacré a téléphoné pour s’inviter à dîner demain soir, avec l’abbé Boucher, et peut-être l’abbé Bretaudeau, cela me fera une journée bien remplie… Je viens de me coucher, Jacques est à une réunion au sujet de la Mutualité agricole. Il faut que je me lève à 6 heures demain matin pour expédier Geneviève d’abord, les garçons ensuite….
Samedi soir 10 décembre
Viens de me coucher, suis plutôt lasse et les nerfs quelque peu fatigués ; demain je serai encore pas mal prise et aurai encore deux journées bien remplies, ensuite peut-être pourrais-je me reposer jusqu’à Noël. Vendredi matin, me suis réveillée un peu tard pour le car de Geneviève ; avais assez mal dormi tant j’étais préoccupée, et m’étais endormie sur le matin ; enfin, en me pressant, la fille était prête à l’heure. Me suis occupée ensuite des garçons qui partaient une heure plus tard, et suis allée, une fois qu’ils ont été prêts, à la fin de la seconde messe, pendant que Jacquie habillait Anne. Me suis ensuite mise à l’ouvrage ; préparé un savarin pour hier soir et combiné le déjeuner pour Mlle Battut, avec les restes du déjeuner de la veille. Le déjeuner s’est bien passé, quoique Jacques n’ait pu nous arriver qu’au second plat. La causerie qui a suivi s’est bien passée aussi, il n’y avait qu’un petit groupe de jeunes femmes mais elles ont été les unes et les autres très intéressées. Suis allée faire une course puis rentré ici faire la cuisine mais le courant coupé depuis le matin ne revenait pas ; par conséquent pas de chauffage ni lumière. J’ai installé une lampe près du fourneau, une autre sur la table de la cuisine et cela allait tant bien que mal. Quand les abbés sont arrivés, il faisait noir comme dans un four, ils n’étaient que deux, n’ayant pu toucher l’abbé Bretaudeau. Nous avons installé deux lampes sur la table de la salle à manger et on y voyait à peu près. Le dîner était bon, la couronne de riz garnie de poisson, champignons et œufs durs était très bonne, les petits pois aussi, mais le savarin, quoi que réussi, était un peu fade, le sirop étant insuffisamment aromatisé, au milieu du dîner la lumière est revenue et aussi le chauffage, ce qui nous a été bien agréable. Pris le café au salon, dans nos jolies petites tasses à moka, et causé gaiement jusque vers minuit, après quoi Jacques et Jean sont allés conduire les abbés à La Roche, Maman et Jacqueline sont parties et Jacquie et moi avons un peu rangé. Hier matin…. Surprise désagréable, deux fils seulement marchaient sur quatre, par conséquent, nous n’avions ni éclairage dans une partie de la maison, ni cuisinière, ni chauffage, ni moteur au besoin, et cela était plutôt désagréable. Si ce n’avait été cet ennui, j’aurai eu hier matin moins de peine que jeudi, seulement le gigot m’inquiétait et j’avais peur que Marie n’arrive pas à le cuire au four à charbon. Enfin, cela s’est arrangé quand même, seulement il a fallu faire du feu au salon, et, dans la salle à manger il ne faisait pas très chaud, mais le gigot était cuit et c’était le principal. Tout le déjeuner était d’ailleurs bien réussi, et il faisait très bon, dans le salon, quand nous nous y sommes réinstallés. Les Roy sont restés jusque vers 5 heures, et nous avons passé avec eux une agréable après-midi. Travaillé ensuite tranquillement jusqu’à l’heure du dîner. Jacques était à La Roche et nous espérions le voir ramener Geneviève et Jean, mais seule Geneviève est arrivée avec lui, et nous nous demandions où était Jean, et quand il nous arriverait. Jacques a dîné en vitesse pour aller chercher son fils au train de 8 heures 20, mais il n’y avait pas dix minutes qu’il était parti que Radegonde Gendreau nous a envoyé un message de Jean disant qu’il n’avait pu partir aussitôt que prévu, et ne serait à La Roche qu’à minuit et quart seulement. Quand Jacques est revenu, il a manifesté assez peu d’enthousiasme à la pensée de retourner à La Roche quelques heures après et de se coucher assez tard, heureusement, Jean Granger a eu l’heureuse idée de lui proposer de faire le voyage à sa place, et cela lui a fait grand plaisir. Nous avions à peine fini de dîner quand on a entendu le clairon dans la rue, c’était un feu de cheminée, précisément chez Radegonde Gendreau ; Thérèse est partie voir tout de suite, pendant qu’Anne, très énervée, avait très peur et refusait de se laisser coucher ; Jean est arrivé vers minuit et demie, il est venu tout de suite nous embrasser avant de dormir. Ce matin, sommes tous allés à la messe de neuf heures, sauf Jacques qui était allé à la première messe pour se rendre ensuite à la Mairie, où avaient lieu les élections de la mutualité agricole. Matinée assez remplie ; plusieurs personnes à voir et beaucoup à faire. Les garçons sont arrivés vers onze heures et demie ; Jean et Anne sont allés les chercher avec leur Oncle, et nous nous sommes installés dans le salon pour y causer jusqu’au déjeuner. Jacques a pu venir se mettre à table avec nous. Il faisait bon, malgré le froid assez vif, le chauffage marchait bien, et les enfants ont apprécié les huîtres, les poulets et le dessert. Passé l’après-midi à causer dans le salon, et cela a été vite passé, les garçons, Jean et Geneviève étant obligés de partir dès 4 heures. Après leur départ, une fois Maman et les Granger partis, rangé beaucoup de choses qui ne l’avaient pas été depuis bien des jours. Je voudrais bien rester un peu tranquillement ici, mais il faut que j’aille demain à La Roche….
Dimanche 18 décembre
Une semaine très remplie, moins cependant que al semaine précédente, j’ai tout de même eu un peu de tranquillité – relative – il y a tant à faire ! Lundi, suis allée, comme prévu, à la foire de La Roche, j’ai eu bien à faire, d’autant plus que je voulais tirer des plans au sujet des cadeaux du Petit Jésus, et que j’ai eu pas mal de magasins à visiter à cet effet. Suis revenue d’assez bonne heure ; Jacques m’a ramenée en auto et j’ai eu le temps de faire bien des choses avant le dîner. Nous avons eu, chez Mme Coutansais, la réunion traditionnelle, bien vivante et intéressante…. Mardi, nous avons eu à déjeuner les trois cousines de La Roche, j’avais un menu plus simple que ceux de la semaine précédente, mais tout a bien marché. Travaillé ensuite en causant dans le salon ; Toutes trois sont allées avec Jacquie au Moulin-Guérin. Pendant ce temps, visite de Mme Yvernogeau. Dîné de bonne heure afin qu’elles puissent partir par le car. Mercredi, suis allée aux Sables, j’étais inquiète du service d’eau qui n’était pas vidé ; il faisait froid, et à cette époque-ci, on peut toujours craindre une grosse gelée. Suis partie avant 8 heures, il faisait encore nuit, cependant le temps était clair, mais, dès avant La Roche, nous avions un brouillard épais ; les cars étaient chauffés, malgré cela l’humidité pénétrait… Suis allée tout de suite chez le docteur qui recevait ce matin-là, et il faisait très bon dans la salle d’attente ce qui m’a fait beaucoup de bien. Le docteur m’a trouvée mieux ; la tension a un peu remonté, le cœur est meilleur et les jambes mieux également. Fait deux ou trois courses en allant à la maison, pour acheter de quoi manger. La maison était en ordre, pas trop froide parce que toute fermée, et le service d’eau n’avait aucune avarie, dans la cave, il faisait presque tiède. J’ai fait un peu de cuisine, très rapide, déjeuné, fait la vaisselle, vidé le service d’eau, tout fermé et suis partie ; Passé quelques minutes chez Mme Tapissier, mais n’ai trouvé personne chez Mme Dereure. Suis allée chez Mlle Chalard, ce qui m’a fait une agréable promenade, d’autant plus que le temps s’étant un peu dégagé, le soleil paraissait bien qu’un peu embrumé encore. C’est avec joie que j’ai vu la mer, mais on fait des travaux sur la plage et j’ai vu avec regret qu’on nous prenait une bonne partie de notre coin si agréable. Passé un grand moment avec Mlle Chalard, laquelle m’a offert, avant mon départ, une agréable tasse de thé. Suis rentrée ici par le car. Les trois jours suivants, ne me suis pas absentée, mais eu beaucoup à faire, d’abord le chandail de Jean que je voudrais prêt à essayer pour les vacances de Noël, j’ai encore les deux manches à faire, ensuite, j’ai eu à sortir pas mal, jeudi, pour aller voir Mme Lucas, Mme Dorion et Bonne Mère de l’école. Vendredi, chez Maman, hier chez Mme Baron. Bien entendu, chacun de ces trois jours, suis allée un peu chez Maman. Vendredi matin, cuisiné un quart de cochon, apporté la veille, mis la graisse à fondre, et hier, fait, avec la viande de porc hachée, et les morceaux d’un gros lapin une terrine de galantine ; préparé aussi du lapin en gelée, destiné à être mangé avec les enfants, qui arrivent vendredi ; Ce matin, jusqu’à l’heure de la grand-messe fait des rangements de linge et différentes choses. Ce soir, j’espère avoir un peu de loisir, j’ai pas mal à lire et à écrire, et cela m’arrangerait bien de ne pas être dérangée – Anne est avec grand-mère qui lui lit des histoires – Après quelques jours de froid assez vif, le temps est de nouveau doux et pluvieux, un peu de tempête même hier. Nous apprécions le chauffage, bien pratique et agréable, quand il n’y a pas de coupures. Dans huit jours ce sera Noël.
Dimanche, jour de Noël
Pas eu le temps d’écrire tant j’étais occupée, et je ne serai certainement pas moins la semaine qui vient, d’autant plus qu’il m’est arrivé une catastrophe, le chandail de Jean, pour lequel j’ai tant travaillé la semaine dernière, s’étant révélé trop petit – j’avais un modèle insuffisamment exact – je suis obligée de refaire au moins toute une moitié, et cela représente bien des points, aussi je me demande si j’arriverai à lui finir pour la rentrée, et cela me tracasse un peu. A part cette toute petite chose, c’est aujourd’hui un bien beau jour de Noël, et nous sommes tous ensemble, puisque notre petit bien aimé est certainement avec nous, et cette journée ne se renouvellera peut-être pas de sitôt, car où sera Jean l’année prochaine ? Je viens de rentrer, ayant assisté après les Vêpres, aux vœux offerts par les enfants à M. le Curé et fait une petite visite à Mme Lucas. Jacques est sorti, ayant aujourd’hui des loisirs, ce qui est assez rare, quelques uns des enfants sont le bureau en tête à tête avec les livres trouvés ce matin dans leurs souliers, et Grand-mère, dans le salon, fait à Anne la lecture d’un des siens. C’est tellement bon de les avoir tous ensemble et de les garder encore quelques jours. Lundi, rien de nouveau, suis allée chez Maman et fait, autant qu’il m’en souvient, ma petite promenade habituelle. Mardi, suis allée à La Roche, temps moins mauvais que la veille, mais cependant l’obligation de traîner un parapluie et bien m’en a pris, parce que l’ai essuyé une grosse averse. Après-midi éreintante, courses, achats, paquets à traîner, il s’agissait de faire tous les achats du Petit Jésus et c’était un certain travail. Suis allée le soir à la Préfecture, pour attendre Jacques qui terminait sa deuxième journée de Conseil général - il y en a eu une troisième – attendu un grand moment tout en causant, très agréablement d’ailleurs, avec M. Crucis, le gendre de M. Rochereau de Chantonnay. J’étais plutôt lasse le soir. Mercredi, une visite à Mme Lucas. Jeudi, pour le début de l’hiver, une journée splendide… On avait envie d’ouvrir toutes les fenêtres. Suis allée à la Faucherie où j’avais une visite à faire, puis à la Bardinière, voir Thérèse Brochard, qui vient de faire une fausse-couche et ne se remet pas, ni physiquement, ni moralement. C’est une des rares femmes que j’ai entendu raisonner chrétiennement en semblable circonstance…. Il faisait si beau que j’étais ravie de ma promenade… Les garçons devaient arriver ce soir-là, mais Yves m’avait annoncé mardi que, étant libre à 4 heures et demie, et ne voulant pas perdre une parcelle de ses vacances, il partirait aussitôt à pied, sac au dos, et c’est ce qu’il a fait ; le temps étant tout à fait favorable, mais la nuit l’a pris peu après le Moulin-Roux, et il a fait dans l’obscurité une bonne partie du trajet. Parti à 5 heures 25, il était ici à 7 heures moins cinq, ravi de son exploit, mais avec quelques ampoules au pied et un peu de lassitude. Il a trouvé une ou deux autos qui lui ont proposé de le prendre à bord, mais il a refusé, et il a eu tout à fait raison, il faut terminer ce que l’on a entrepris, avoir de la suite dans les idées et un peu de cran. Pierre est arrivé tranquillement par le car. Vendredi, suis allée un peu chez grand-mère retrouver les enfants, mais juste pour goûter. Geneviève est arrivée le soir par le car de Nantes, mais Jean n’a pu venir qu’à minuit et quart, aussi Jacques est allé le chercher à la Roche, malgré les protestions d’Yves qui demandait pourquoi son frère ne venait pas lui aussi à pied…. Jean a bien dormi hier matin ; pour moi, passé une partie de la matinée à faire de la pâtisserie, ce qui m’a privée d’écouter par Radio la cérémonie d’ouverture de la Porte Sainte. J’ai fait des brioches destinées à être mangées l’une au réveillon et l’autre ce soir avec une salade de fruits et confectionné aussi un gâteau chocolat destiné aux Sœurs, ou plutôt aux vieilles de l’hôpital. Me suis mise ensuite au chandail de Jean… Ne suis sortie qu’un peu hier soir pour aller aux provisions destinées au déjeuner d’aujourd’hui, mais toutes les courses m’ont pris beaucoup de temps. Hier soir, après dîner, Pierre s’est mis à faire la crèche, sous les yeux admiratifs d’Anne, ravie de se coucher plus tard ce jour-là. Jacques et moi avons pu assister ensemble à la messe de minuit, ce qui ne nous était pas arrivé depuis bon nombre d’années et ceci grâce à Jacquie, laquelle nous avait offert de rester garder sa petite sœur. Suis arrivée assez tard à l’office et n’ai pu avoir que les deux dernières lectures et le « Te Deum », l’église était pleine, il y avait une très belle assistance et la grand-messe a été bien chantée par tous… Sommes rentrés au début de la troisième messe et réveillonné avec du rôti de porc, un pot de confiture et de la brioche, puis Jacques et moi avons garni les six paires de souliers. Jean aura l’abonnement de sa revue et un livre qui l’intéressera, les filles ont des jolies chemises de nuit roses, Yves, un peu d’argent pour la bicyclette dont il rêve, Pierre un sac à dos, Anne a eu des tas de choses : un petit fer électrique – qui chauffe vraiment – un minuscule arbre de Noël pour elle toute seule, et, dans la chambre de Geneviève, du papier à lettres, un livre, des pièces en chocolat ; Tous ont eu un livre, des bonbons, des oranges, des livres encore chez grand-mère. Avons bien dormi, mais cela a été court, parce qu’il a fallu habiller Anne, afin qu’elle assiste, avec Jacquie, à une des messes du matin ; elle a consenti à attendre au retour de la messe pour voir ce qu’il y avait dans ses souliers, afin que tous les autres soient présents aussi. Je crois qu’ils ont tous été contents. La matinée a été vite passée, en rangements et cuisine. Nous avons déjeuné un peu plus tôt que de coutume, afin d’éviter toute bousculade et d’avoir le temps de prendre le café tranquillement. Cet après-midi, il y au eu les Vêpres, et la cérémonie a été belle, parce qu’il y a eu procession des hommes, en l’honneur de l’ouverture de l’Année Sainte, avec lecture de la prière du Saint Père. Ensuite, à la salle, nous avons eu les vœux de M. Le Curé, un des garçons a lu un compliment, puis les petites filles ont offert leurs vœux sur l’air de « Cadet Roussel » et les grands sur l’air de « Ma Normandie ». Il y a eu les remerciements de M. Le Curé, l’annonce de quelques jours de vacances et distribution de galettes. Suis allée voir Mme Lucas qui n’est pas plus mal. J’ai au poignet un rhumatisme très gênant.