Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


1er janvier 1941

Premier jour de l’année, de cette année remplie d’inconnu, je suis seule ici, les enfants et Jacques sont partis offrir leurs vœux à Maman, il fait moins froid, mais je suis enrhumée pour sortir… Nous avons fait tout à l’heure la distribution des étrennes, tous étaient heureux mais notre pensée, à ton Papa et à moi, se reporte sans cesse sur toi mon petit Bernard… prie pour nous tous, pour le petit frère ou la petite sœur que Dieu doit nous envoyer…

Passé hier une journée très reposante, les enfants étant chez Maman, lu et tricoté, reçu quelques visites ; vers onze heures entendu bombarder je e sais où. La radio française et les journaux gardent le silence autour du discours de Roosevelt.

Jeudi 2

Hier, un jour de l’An assez rempli, les visites traditionnelles à recevoir… enrhumée, je ne suis pas sortie pour aller chez Maman ni chez Tante Abel. Jacques a emmené les enfants et Geneviève est revenue en se plaignant du ventre, elle se tordait tant elle souffrait, après avoir essayé de la soulager avec des compresses chaudes, je lui ai fait prendre de l’élixir paréjorique ?? … elle s’est couchée et endormie et vers minuit elle a appelé, elle venait de vomir et s’est trouvée mieux. Après quoi elle a bien dormi et se sentait mieux aujourd’hui, mai pour ma part je n’ai pas bien dormi, j’avais des battements de cœur, le tête et les yeux me faisaient mal, aussi ce matin, je me suis décidée à rester au lit, j’avais d’ailleurs un peu de fièvre, la journée ne m’a pas semblé longue… passé presque tout mon temps à somnoler et à me laisser vivre. !… Jean et Jacquie sont partis par le car, Jacques et les trois petits sont en train de dîner ; Il fait très froid, le vent est violent et glacial !…

Relu ces jours-ci les Mémoires de la Reine Marie de Roumanie ; l’analogie est frappante entre la situation de la Roumanie vaincue et notre situation actuelle…Je relis maintenant la vie de Geneviève Hennet de Goutel… Je me souviens de ce jour de juillet où j’ai « découvert » ce livre et du moment exquis passé sur la plage en sa compagnie. C’est grâce à cette influence et à celle de quelques autres livres que je n’ai pas voulu de la « bonne petite vie » que j’aurais pu me faire, une petite vie tranquille avec deux ou trois enfants seulement, et des loisirs….

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 6 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Au lit de nouveau depuis vendredi, avec une menace de fausse couche, le docteur dit que tout n’est pas encore perdu, mais j’ai très peur ! e suis étendue sur le dos, défense de m’asseoir, les journées sont longues et vides….

La Roche dimanche soir

L’épreuve est passée, elle a été dure et me laisse meurtrie… mardi soir, je commençais à faire de la fièvre et sans doute de l’infection, la journée de mercredi a été affreuse et mercredi soir il a fallu me transporter d’urgence ici pour m’opérer aussitôt. Depuis « je remonte la pente », seule la journée de jeudi a été un peu dure, depuis cela va, je n’ai plus de fièvre, je dors et j’ai des visites….

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 13 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’ai vu Jacques ce matin, mais j’ai été toute l’après-midi seule, Mme Lesaffre est venue me voir ce soir et m’a fait beaucoup de bien. Ce soir je fais encore un peu de température aussi le moral est bas !…

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 14 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée meilleure, me sens moins fatiguée, Jacques est venu me voir tantôt, Mme Lesaffre ce soir. Dire qu’après demain soir je serai avec Jacques et les petits. J’ai bien mal usé de mon temps de maladie et cependant mon Dieu je vous donne tout.

Le Poiré jeudi soir

De retour ici, je ne suis pas encore bien vaillante, mais je suis heureuse d’être de retour chez nous. Jacques est venu me chercher cet après-midi… quel plaisir de voir le ciel et la campagne ensoleillée… Une fois arrivée ici je me suis couchée, le docteur est venu ce soir et ma dit qu’il était content de me voir en meilleure état… Enfin me voilà bientôt remise grâce à Dieu, mais je garde au cœur le regret du petit enfant que j’aurais été si heureuse d’avoir…

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 19 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je suis mieux aujourd’hui, j’avais encore de la fièvre hier, j’ai dormi… comme il y a longtemps que je n’avais pas dormi ! J’étais écrasée de sommeil… Les petits sont bien et si mignons ! Combien je suis privée de les voir !

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 21 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je pense tout de même me lever tout à l’heure pour déjeuner… Pierre Douxami a passé ici la journée d’hier, nous l’attendions dimanche, mais comme il y avait ce jour-là des trains supprimés, il a retardé son voyage de vingt quatre heures, il nous a donné des nouvelles de tous et aussi des détails intéressants sur la mentalité parisienne qui concorde avec la nôtre. Jean et Jacquie viennent jeudi.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 22 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les journées me paraissent maintenant de moins en moins longues, d’abord je n’ai plus de fièvre, je me lève pour déjeuner et reste de grands moments en bas avant de me recoucher… J’ai repris ma correspondance en retard… et aussi mon tricot encore plus en retard…

Une visite d’Armande Brachet ce soir, puis du docteur, il m’a trouvé aussi bien que possible, encore un peu de repos et ce sera fini….

23 janvier 1941

Un an petit Bernard, il y a un an tu étais tout près de nous arriver….

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 24 janvier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je viens seulement de me coucher, j’ai dîné avec tout le monde et fait la prière dans la salle à manger avec les enfants, je ne suis pas fâchée de me retrouver dans mon lit… J’ai eu le plaisir d’entendre la radio que je n’avais pas entendu depuis longtemps : les Anglais ont pris Tobrouk et cette prise de Tobrouk a été une vraie déroute pour l’armée italienne ; la puissance italienne paraît bien compromise ; le négus est de retour en Abyssinie. En Roumanie situation très confuse. Allons-nous pouvoir espérer ?…

26 Janvier

4ème dimanche sans messe… Je suis sortie deux fois hier et fait quelques petits tours de jardin entre deux averses…. Je passe mon après-midi dans un fauteuil, près du poêle, je lis, je tricote, j’écris, toutes choses que j’aime assez, mais au fond je m’ennuie, plus exactement ce n’est pas de l’ennui, mais un vide immense que rien ne peut combler ! Il me manque un petit bébé, des maillots à changer, des biberons à faire boire, c’est un désarroi en moi-même comme après la mort de Bernard et j’ai bien de la peine à me reprendre….

Mardi 28

Ai fait aujourd’hui ma première sortie, dans la rue… je suis allée à l’église faire une visite à la crèche et j’ai déposé au pied de l’Enfant Jésus mon douloureux fardeau ! Et pourtant la vue de l’Enfant Jésus m’a fait mal ! C’est un petit bébé et je n’aurai peut-être plus de petit bébé…. Je suis revenue tout doucement et me suis assise à la pharmacie, cela m’a coupé le trajet et m’a fait du bien. Demain j’irai au cimetière.

Les enfants sont couchés… Jacques attend la radio suisse avant de monter. Les Italiens continuent à être battus partout. En France seulement de tristes choses.

Dimanche 2 février

Bien des jours sans rien écrire, des journées monotones, cependant, à mesure que je reprends des forces, je m’ennuie moins… je m’occupe davantage ; seulement la douleur persiste… Mercredi je suis allée au cimetière, je tenais à y aller pour une de mes premières sorties, mais la course m’a paru longue, je suis cependant allée me reposer chez Mme Baron. Jeudi, il pleuvait à verse, je suis allée passer un grand moment chez Armande Brachet et cela m’a fait du bien de bavarder un peu. Vendredi matin, je suis allée jusque chez maman dire une prière près de Mlle Feuillat, décédée la veille ! Quelle triste chose de mourir ici, loin de son pays ! L’après midi, je suis allée un moment chez Marguerite, mais je l’ai presque regretté, parce que j’ai entendu là-bas des paroles si maladroites et si blessantes à la fois que cela m’a fait très mal. Hier, je ne suis sortie qu’un petit moment jusqu’à la grotte, seulement il faisait très froid… Fini ces jours-ci un chandail que je réparais pour Jacquie, j’ai commencé à réparer un ancien chandail à Jean pour Yves, bien du travail en perspective d’ici quelque temps.

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 3 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Presque 9 heures et demie et il fait à peine jour, il fait très froid, par moments la neige tombe à gros flocons, nous retournons en hiver. Hier, je suis allé à la grand messe ce qui ne m’étais pas arrivé depuis le début de l’année, c’était la messe de la Chandeleur… Yves et Geneviève étaient ravis d’avoir chacun leur petit cierge….

6 février

Triste jeudi, il fait froid, il pleut, les enfants ne pourront sans doute pas sortir tantôt… quatre enfants, car j’aurai aussi Marie-Annick, confinés dans la salle à manger. Nous retournons en hiver, mardi, il soufflait un vent glacial très pénible, je suis pourtant allée au cimetière avec deux petites visites chez Mme Baron et à la pharmacie et j’ai constaté que j’étais quand même plus solide ; Hier, je suis allé jusqu’à la vigne…

Peut-être y aura-t-il ces jours-ci des événements graves, il faut attendre et prier. Ce matin, une lettre de Marie-Thérèse, elle voudrait bien aussi des colis, la vie est dure…

Vendredi 7

L’après-midi d’hier a été plus belle que nous ne le pensions, j’ai fait quelques courses, et les enfants ont pu rester dehors jusqu’à six heures et demie…

Dimanche 9 février

Pierre a été fatigué ces jours-ci, rhume et embarras gastrique… avec des compresses de moutarde, du sirop et la diète on en viendra à bout, seulement il a une petite figure fatiguée et cela fait de la peine. Je l’ai descendu ce matin, on ne peut pas rester dans une pièce sans feu….

Les Anglais ont pris Benghazi il y a trois jours. Le Maréchal Pétain a refusé à Laval la place de président du Conseil que celui-ci sollicitait et lui a offert simplement un poste de ministre d’état. Laval a refusé, que vont faire les allemands, c’est une défaite pour eux, mais ils doivent se rendre compte que l’opinion française ne leur est pas favorable. Que Dieu nous aide !

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 10 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Flandrin a démissionné hier, sous le prétexte de laisser Pétain libre de ses actes ; nous supposons qu’il était partisan de la collaboration et que Pétain se refuse aux demandes allemandes. L’amiral Darlan prend le portefeuille des Affaires étrangères et la vice-présidence du Conseil. La radio anglaise laisse entendre qu’il doit y avoir une action imminente contre l’Afrique du Nord. Les Britanniques marchent vers Tripoli.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 12 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Chaque jour ou presque la radio nous annonce des événements importants : avant-hier soir, nous avons appris ainsi que Darlan avait la succession éventuelle du Maréchal Pétain ; Laval est une fois de plus évincé, seulement il faut s’attendre à une réaction allemande, il semble que des choses graves dont survenir d’ici peu. Les Anglais ont bombardé Gênes dimanche matin, les Italiens et la presse française crient comme des putois.

Hier fête de l’Apparition de Notre-Dame de Lourdes et vingt et unième anniversaire de la mort de Simone, je suis allée prier à la grotte et hier soir repris la chère habitude de la bénédiction à l’église, comme en décembre, Geneviève était tout étonnée hier soir qu’il fasse jour quand nous partions. Les soirs se prolongent en effet…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 13 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une matinée de printemps, absolument délicieuse, les enfants jouent dans la cour au soleil… en attenant la maison, toutes fenêtres ouvertes, boit cette tiédeur.

Après la carte des chaussures, on annonce la carte des vêtements, les tissus sont chers et tout ce que nos occupants ont emporté !

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 14 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Il y a eu hier à Vintimille une entrevue Mussolini-Franco, et hier à Montpellier une entrevue Pétain-Franco, d’après la radio anglaise. Mussolini aurait demandé l’intervention espagnole, que la France aurait refusée ; il faut qu’il se sente acculé. Il pleut et il fait froid.

Dimanche 16 février Tempête ce matin… j’ai trouvé au fond du jardin la première primevère…

Je ne suis pas sortie hier, il faisait trop de vent pour promener Pierre qui tousse encore un peu, suis allée seulement au cimetière et ai terminé un drap commencé lundi dernier. Les magasins de tissus sont fermés depuis deux jours pour inventaire, à partir de demain seuls pourront acheter les porteurs de bons d’achats délivrés par les mairies, et elles n’en délivreront pas beaucoup, ensuite viendra la carte des vêtements…

Rien de très sensationnel par radio, on parle d’une tension entre les Etats-Unis et le Japon ; l’Australie craint une agression nipponne. Les allemands ayant entièrement occupé la Roumanie - que dirait la reine Marie ? – s’infiltreraient en Bulgarie et prépareraient une attaque imminente….

Jean et Jacquie arrivent mardi, nous allons voir Jean avec ses lunettes.

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 18 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Quelques jours de tempête, hier je suis sortie avec Pierre, le vent était très grand mais il y avait de belles éclaircies et nous étions bien abrités dans « le petit chemin »…

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 19 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée d’averses, je suis sortie ce matin faire la provision de pâtes pour le pois de février, j’en ai une bonne réserve …

Jeudi 20

Aujourd’hui la foire, je viens d’acheter des huîtres pour ce matin et des anguilles pour ce soir, je vais maintenant avec Maman, préparer des emballages pour expédier des poulets à Paris, tout le monde en réclame et pourtant les journaux prétendent que le ravitaillement est un peu moins difficile, il est vrai que certains ramassent tout !

Nous écoutons toujours la radio, on ne parle plus de l’Afrique du Nord, les combats continuent en Ethiopie, en Somalie. On annonce que le Japon s’offrirait comme médiateur entre les belligérants…

Samedi 22

Sommes allés hier à Nantes, il faisait beau mais froid, le voyage s’est gaiement passé en compagnie de Mme Bonnaud, de Mlle Jeanne et de Mme Herbreteau. Nous avons fait beaucoup de courses, Jacques et moi, et j’avais du plaisir, après des semaines de réclusion, à me retrouver à Nantes, malgré toutes les choses déplaisantes qu’on y voit. Rien dans les magasins – ou à peu près - et les rares choses qu’on y voit ne peuvent être achetées qu’en échange de bons, ou bien il s’agit de choses de luxe qui ne sont pas pour nous. Les magasins d’alimentation ont encore l’air bien approvisionnés ; le fromage est rare, cependant j’ai rapporté un camembert et deux chabichou qui nous font plaisir ; dans les poissonneries, beaucoup de coquillages, dans l’une d’elle j’ai vu un splendide saumon, trop cher, hélas ! Je suis allée voir Mme Houdbine, cela m’a fait du bien, elle a perdu deux enfants et peut me comprendre…

Des ennuis toujours pour Jacques à la mairie.

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 23 fevrier 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Rien de bien nouveau. Jacques part pour les vignes avec les trois grands. Yves a l’estomac un peu fatigué, aussi je le garde à la diète, aujourd’hui il ne sort pas… seulement il y avait à déjeuner des huîtres et du gigot il lui a été très dur de n’y toucher. Je suis allée à la grand messe, mais ne sortirai pas davantage aujourd’hui. Tout à l’heure une longue visite de M. Guillaumé venu voir Jacques, nous avons longuement parlé de la situation, des événements, tous désirons si ardemment la délivrance !…

Profite de quelques loisirs pour relire quelques uns de mes livres, j’ai relu la vie d’Angélique Arnauld… et vais maintenant aborder Pascal…

Jeudi 27

J’ai depuis lundi l’index droit enflé et douloureux… je ne peux pas tricoter et cela me gêne beaucoup, j’en profite pour faire des rangements…

Lundi, suis encore restée ici sans sortir. Mardi, suis allée un peu à l’église et fait les préparatifs de départ des pensionnaires lesquels ont pris le car le soir. Hier suis allée à l’Office des Cendres, ce qui ne m’était pas arrivé depuis quatorze ans ; après déjeuner quelques courses et une visite au cimetière, suis passée un peu chez Marguerite ; reçu ensuite Armande Brachet…

Dimanche 2 mars

Mon doigt me fait toujours mal, plus même depuis deux jours…. Tous viennent de partir aux Vêpres, je reste seule à la maison, c’est aujourd’hui la bénédiction des petits enfants, je n’ai pas le courage d’aller voir tous ces petits bébés… Nous rentrons du jardin où Jacques les enfants et moi nous amusions à cueillir des pissenlits, il faisait un soleil superbe, une vraie journée de printemps… Je viens de voir une nichée de poussins qui s’ébattent dans la cour, il y en a quatorze, nés mercredi dernier, cela m’amuse beaucoup de les voir avec leur mère…

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 4 mars 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fait dimanche soir une délicieuse promenade, Jacques avait pu venir avec nous et c’est une chose si rare ! il faisait un temps très doux et l’on entendait de nombreux trains siffler du côté de la Genétouze ; nous sommes allés dans « le petit chemin » que Pierre aime tant, puis sur la route de la Tirière et nous nous sommes amusés à chercher dans les buissons une salade de raiponse ; nous sommes rentrés à la nuit. Hier, une journée superbe, je me suis longuement promenée avec Pierre sur les coteaux…

Jacqueline arrive samedi. Maman va rentrer chez elle et je vais reprendre tout à fait en main la maison et les enfants. Tous sont bien portants, Yves a un appétit superbe et son impétigo à la cuisse gauche diminue, seulement Jacques est surmené, il va sans doute être nommé maire et c’est une bien lourde charge, aussi cela me tourmente et m’ennuie. Nous voyons ces jours-ci des déplacements incessants de troupes et de matériel, cela signifie sans doute de graves événements imminents. Mes Anglais ont pris Mogadiscio, capitale de la Somalie italienne et avancent en Ethiopie, mais la Bulgarie a permis le passage des troupes allemandes. Que va-t-il se passer dans les Balkans ?

Jeudi.

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 6 mars 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les enfants viennent de sortir jouer dans la cour… j’ai fait tout à l’heure le marché, je suis allée au fruitier trier les pommes, nous n’en aurons pas pour aller jusqu’aux fraises, et la soudure sera peut-être dure à faire pour les desserts…

Dimanche 9 mars

Passé la matinée d’hier à La Roche, il pleuvait à verse… j’ai retrouvé de bonne heure Jacqueline, qui avait dû débarquer à La Roche un peu avant moi et nous avons fait nos courses ensemble. Je suis que très peu sortie cet après-midi, il faisait une vraie tempête, aujourd’hui, le temps est plus doux et le vent calmé…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 13 mars 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Après deux très belles journées, voici de nouveau le ciel gris et le vent froid. Je me presse, je reviens du marché et je voudrais ce matin ranger la grande armoire à linge, qui a été transportée la semaine dernière de la chambre des garçons dans la grande chambre au fond de la maison… tantôt nous passerons l’après-midi ches Maman.

Hier voyage à la Roche, longue attente chez le dentiste, deux courses en vitesse et vu Jean quelques minutes, il était trop tard pour voir Jacquie. Suis allée ensuite chez Armande Brachet retrouver Jacqueline et Marguerite ; conversation sur la mentalité des jeunes filles actuelles ! Je voudrais bien que mes filles ne songent pas uniquement, comme tant d’autres, à leur toilette et au plaisir, ou encore à fuir les responsabilités et les tâches qui l’attendent au foyer, qu’elles aient le sens du devoir et de al vraie vie sérieuse….

Dimanche 16 mars

Une journée mal commencée ! Hier soir certaines choses m’ont fait beaucoup de peine et ce matin rien ne va…

Entendu avant-hier soir le maréchal Pétain, il a une voix cassée, une voix de vieillard, mais si sympathique. On annonçait hier soir qu’une offensive italienne en Albanie aurait échoué. A part cela, rien de sensationnel, si ce n’est qu’il arrive mardi une équipe de vingt prisonniers nord-africains qui viennent ici comme travailleurs agricoles, espérons que cela n’attirera pas d’ennuis à Jacques ! Nous avons quelques jours de temps merveilleux, c’est la première apparition du printemps….

Jean aura quatorze ans demain….

Mercredi 19

Nous irons tantôt à la Roche Jacques et moi et verrons les enfants, ils viendront du reste le lendemain pour voir leu tante Canette qui doit repartir pour La Haye-Descartes…. Le beau temps continue… Hier, je suis allée avec Pierre vers la Minoterie et « le petit chemin »… Jacques est très pris ces jours-ci, il vient d’arriver vingt-cinq prisonniers nord-africains et cinq gardiens ! Ils seront logés à la gare et c’est toute une organisation qu’il faut mettre sur pied…

Dimanche 23 mars

Bernard aurait quatorze mois aujourd’hui…

Quoi raconter depuis mercredi, j’ai eu ce jour là à La Roche une journée très remplie. Jeudi Jean et Jacquie sont venus tous deux, j’avais fait en l’honneur des quatorze ans de Jean le même gâteau que l’année dernière mais avec des pommes au lieu d’ananas… Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour voir les enfants, Jean part toujours très tôt… Vendredi, à Nantes, journée particulièrement éreintante, d’autant plus que nous sommes rentrés très tard et qu’il a fallu faire des courses pour rien ; j’ai tout de même pu trouver un peu de coton à tricoter avec lequel je pourrai faire deux paires de chaussettes pour Jean, et j’ai rapporté quelques « Petits Suisses » avec lesquels Yves et Pierre se régalent ! il faut ménager les confitures, ménager toutes choses, et pourtant nourrir convenablement les enfants. Hier, temps à moitié beau, je suis pourtant allée me promener avec Pierre pour lui faire prendre l’air, mais j’aurais autant aimé rester ici… J’ai grand besoin de repos, seulement Jacques est actuellement si bousculé, si surmené, que c’est pour moi une souffrance indicible. Que Dieu lui garde sa santé !…

Mercredi 26

Je suis allé ce matin porter un pot de muguet tout fleuri sur ta tombe, petit Bernard ; avant-hier a été dressée une grande croix de granit, une grande croix toute simple, qui veille sur ton dernier sommeil et marque la place où ton Papa et moi viendront reposer près de toi…

Dimanche une bonne promenade à Pont-de-Vie avec tes frères et sœurs et ton Papa, je voudrais tant qu’il puisse parfois se détendre, se libérer un peu de ses soucis ! Il y a bien des choses ennuyeuses petit chéri, tu ne connaîtras pas ces jalousies, ces mesquineries, toutes ces choses qui empoisonnent l’existence et divisent le pays ! Tu ne connaîtras jamais non plus le triste état d’esprit de ceux qui croient en la toute puissance de l’argent…..

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 27 mars 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je suis allée au marché ce matin et fait quelques rangements, j’attends les enfants qui sont chez Maman et doivent venir avant déjeuner passer au shampoing. Je me suis assise un moment… je traverse quelques jours de grosse fatigue … je n’ai aucun courage et voudrais toujours dormir, et pourtant j’ai bien à travailler. Que Dieu nous vienne en aide.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 29 mars 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Après l’adhésion de la Yougoslavie au pacte tripartite, voici que c’est produit un coup de théâtre : le jeune roi Pierre II, âgé de 18 ans, s’est fait proclamer majeur, a balayé le ministère et le conseil de régence, et a pris en main le gouvernement ; des manifestations anti-allemandes se sont produites et les sympathies du peuple yougoslave ne sont pas certainement tout à fait pour l’Allemagne ! En Erythrée, les Anglais ont pris Keren et en Ethiopie Harrar. En France le ravitaillement en pain et en pâtes est resserré.

Je ne suis pas sortie aujourd’hui, j’ai passé la matinée d’hier à La Roche, l’après-midi chez Armande Brachet pour les colis des prisonniers, et suis affreusement lasse.

Dimanche 30 mars

Il y a un an, le dernier dimanche de mars que mon petit Bernard a commencé à tousser… J’ai une frayeur intense de la revivre, cette quinzaine, de gravir de nouveau, pas à pas ce calvaire que Jacques et moi avons gravi ensemble…

IL fait un temps affreux aujourd’hui, vent du Nord et pluie glaciale…

Les Douxami arrivent au complet jeudi.

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 31 mars 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toute seule ce soir, Jacques est parti vers quatre heures prendre le train à Belleville, il doit partir demain matin à Angers et reviendra demain soir coucher à Nantes, je pense qu’il sera là mercredi matin, mais, d’ici son retour, le temps me semble bien long…

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 1 avril 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Deuxième soirée de solitude… comme doivent être malheureuses les femmes de prisonniers…

Temps très mauvais aujourd’hui, suis cependant sortie à plusieurs reprises avec mon imperméable, ce matin pour faire les courses, cet après-midi pour voir Maman un peu enrhumée, après pour finir l’après-midi chez Marguerite, après l’algarade de l’autre jour, les choses de sont à peu près bien passées, mais cela n’a rien eu de très agréable…

Il y a un an c’était notre dernier jour heureux !…

Les manifestations anti-allemandes continuent en Yougoslavie. Dans un combat naval, cinq vaisseaux de guerre italiens ont été coulés. Les Anglais ont coupé la voie ferrée Addis-Abeba-Djibouti.

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 3 avril 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Il y a un an aujourd’hui que j’ai vu le dernier sourire de mon petit Bernard…

Jacques est revenu hier matin après un bion voyage. Passé ma matinée d’hier à faire des courses, des rangements et de la cuisine, et l’après-midi chez Armande Brachet à faire des colis pour les prisonniers…

Les troubles continuent en Yougoslavie disent les journaux ; il est visible que les Allemands cherchent un prétexte pour y pénétrer. L’Amérique a saisi des vaisseaux français se trouvant dans ses ports, entre autres le « Normandie » aussi toute la presse soi-disant française crie ! Il semble que les mois à venir seront les plus tragiques et les plus difficiles que nous ayons jamais vécus !

Dimanche 6 avril – Rameaux

Je revis jour après jour la maladie de mon petit chéri…pauvre petit bébé, nous l’avons martyrisé avec tous ces enveloppements et ces piqûres…. Tant de souffrances pour aboutir à la mort !… Peut-être sauront –nous un jour ce qu’elles auront mérité !

Je me presse, ‘ai peu de temps à moi ce matin, la grand-messe a été avancée en raison de la procession des Rameaux… Les Douxami sont là depuis jeudi, mais jusqu’ici les petits ne peuvent guère profiter du grand air. Vendredi suis allée travailler un peu à la maison, puis tous sont venus passer l’après-midi ici. Hier passé la matinée à La Roche, le car était bondé à l’aller comme au retour, après déjeuner il m’a fallu faire des courses et je ne suis rentrée ici qu’à cinq heures, complètement éreintée ;

On attend une action allemande du côté de la Yougoslavie ; les troupes germano-italiennes ont repris Bengazi, mais les Anglais progressent en Ethiopie et sont maintenant non loin d’Addis-Abeba…

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 8 avril 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les troupes allemandes ont pénétré dimanche matin en Grèce et en Yougoslavie, jusqu’ici elles se heurtent à une très vive résistance… L’Italie a aussi déclaré la guerre à la Yougoslavie. En Libye, les troupes anglaises reculent sous la pression des troupes motorisées germano-italiennes. Par contre Addis-Abeba a été occupée et l’avance se poursuit en Ethiopie. L’heure est angoissante, peut-être décisive que Dieu nous assiste et ne permette pas que nos ennemis triomphent.

Je viens de mettre dans chaque pièce de la maison une des branches de buis bénites le jour des Rameaux ; nous avons eu terriblement froid à cette procession dimanche… Hier je suis allée un moment chez Maman, Aline est très gênée par son asthme. Il fait beau aujourd’hui, le soleil brille et cela fait plaisir…

Dimanche – Jour de Pâques

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 13 avril 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pas écrit de toute cette semaine, les enfants sont en vacances… je suis allée mercredi au-devant d’eux à La Roche et j’ai passé presque toute mon après-midi en rangements. Jeudi, nous sommes allés au Reposoir et au cimetière, puis nous avons fini l’après-midi chez Maman. Vendredi matin, suis allée à l’office avec les enfants, puis nous avons fait une longue promenade par le Puy-Chabot et la Minoterie ; fini l’après-midi chez Armande Brachet. Hier, suis allée à l’office avec les deux grands…. Hier après-midi visite à Mme Baron, puis fini l’après-midi ici.

En Yougoslavie et en Grèce, les événements vont vite, les troupes allemandes et italiennes ont opéré leur jonction en Albanie et coupé la Grèce de la Yougoslavie ; les Allemands ont occupé Zagreb, et la Croatie s’est proclamée état indépendant. D’un autre côté, les troupes hongroises sont entrées en Yougoslavie, soi-disant pour apporter la paix ! On ne sait ce que cela veut dire ? Hier soir la radio annonçait une grande bataille entre les troupes motorisées allemandes et gréco britanniques ; En Erythrée, les Anglais ont occupé Asmara et l’occupation du pays paraît chose faite. On ne parle pas de l’Abyssinie ni de la Libye.

Le terrain d’aviation de la Roche a été bombardé dans la nuit de jeudi à vendredi. Entendu des avions encore cette nuit, c’est une chose lugubre que le bruit de ces moteurs ennemis survolant notre pays ! Le Maréchal Pétain a prononcé lundi soir un discours remarquable, seulement il va avoir 85 ans !…

Quant à moi, jour après jour, je suis pas à pas tous mes souvenirs de l’an dernier….En cette fête de Pâques, en cette fête de la Résurrection, gage de la résurrection des morts, je crois que notre petit bien aimé ressuscitera un jour, que nous le retrouverons, et que nous serons heureux…

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 14 avril 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une belle journée de Pâques hier, malgré tous les souvenirs douloureux, malgré l’angoisse de l’heure présente ! Nous sommes tous allés à la grand-messe, nous sommes tous aussi allés aux Vêpres, à l’issue des Vêpres, il y a eu une bénédiction du Christ qui devait être placé à la mairie, puis tous les assistants se sont rendus en procession, à travers la place, faire escorte au Divin Maître ; là, il y a eu une cérémonie très simple, quelques mots de M. le Curé, quelques mots de M. Tenailleau, puis le chant de la Vendéenne pendant que le Christ était installé à la mairie.

Avons fait ensuite une bonne promenade à la Pallulière, il y a là des coins charmants et Jacques était heureux de cette détente….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 17 avril 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le triste anniversaire vers lequel est tendu ces jours-ci toutes mes pensées, s’est écoulé en cette période de vacances sans que j’ai le temps de trop réfléchir et de trop revivre mes souvenirs, cela vaut peut-être mieux ainsi…. Mardi, il a fallu mener les enfants à la carrière où ils se sont bien amusés. La veille, nous étions allés ainsi entre la Pallulière et la Braconnerie, et avions goûté là-bas, ce qui nous a fait deux grandes après-midi de plein air. Hier, je suis restée ici et ce matin suis allée à La Roche, d’où je suis revenue éreintée, avec une bonne migraine….

Mauvaises nouvelles des Balkans et d’Egypte, en Abyssinie, le duc d’Aoste demande un armistice.

Dimanche 20 avril

Un court moment seulement avant la grand-messe… je suis allée communier à huit heures, j’ai fait le marché et quelques courses depuis le déjeuner, j’ai nettoyé et arrangé une terrine de lapin confectionnée hier et que nous mangerons un de ces jours, fait un tour de jardin pour voir s’il y aura bientôt des choux fleurs prêts à cueillir, mis en ordre les comptes et les menus de la semaine…. Je suis tellement fatiguée, que je voudrais dormir toute la journée ! Notre voyage à Nantes vendredi a été plutôt pénible, il a fallu se lever très tôt, lever les petits qui pourtant étaient heureux de venir et de trotter toute la journée pour ne trouver que bien peu de chose ; au retour, Pierre dormait, il a fallu le coucher le plus tôt possible… J’étais tellement lasse que je ne me suis levée qu’à onze heures et ne suis guère reposée encore ! Il y a ces temps-ci tant de soucis et de préoccupations ! Tout ce qui est vêtement et nourriture est un tourment perpétuel ! Il faut tout calculer et prévoir, depuis le trousseau des enfants jusqu’aux menus du soir, qu’il faut simplifier et organiser de façon à ne compter que peu de cuisson, puisque le charbon pour la cuisinière va manquer et qu’il faut se contenter d’un réchaud électrique à un seul feu !…

Dimanche 27 avril

Toute une semaine sans venir ici, à vrai dire je ne sais trop comment tous ces jours-ci ont passé… il y a toujours à faire dans une maison : de la cuisine, des rangements, des courses afin de relancer les fournisseurs et de faire autant que possible quelques petites réserves pour les plus mauvais jours, sans compter les moments passés à batailler avec les enfants qui mettent le désordre partout, résistent à toute observation et refusent d’obéir ! Les nouvelles sont plutôt mauvaises, la Yougoslavie a capitulé ; la Grèce est écrasée ; les Allemands sont rentrés à Athènes et les Anglais se sont réembarqués pour l’Egypte…

Lundi, rien d’extraordinaire ici, mardi après-midi, je suis allée à La Roche avec Jacquie, puis suis allé à la maison voir madeleine de Baynast qui venait d’arriver et qui est ensuite venue me conduire ici. Mercredi, courses toute la matinée, Maman et Madeleine sont venues ici dans l’après-midi. Jeudi, sommes allés comme d’habitude chez Maman. Hier et avant-hier, ne suis sortie que pour faire les courses ; Jean de Baynast est arrivé hier soir et aujourd’hui, après les Vêpres, avons fait, ainsi que Jacques, une bonne promenade par la carrière, la Prévisière et l’Idonnière.

Il y a aujourd’hui seize ans que j’ai su que Jacques me demandait en mariage….

Dimanche 4 mai

Nous avons réintégré le bureau et je m’y tiens maintenant avec les enfants, après dîner seulement, nous restons dans la salle à manger, Jacques préférant avoir la radio à proximité, nous n’allumons plus de feu et cependant il fait froid…. Une semaine vite passée :lundi, j’ai fait la cuisine et travaillé, mardi matin, Maman et moi sommes parties aux Sables pour tâcher de récupérer la maison, il y a eu une après-midi épuisante, démarches de toute sorte, visite de la maison qui est en bien triste état, courses à la mairie et au bureau des réquisitions ! Je suis rentrée le soir chez les Boisseau avec une bonne migraine. Le lendemain, nous avons quitté Les Sables de bonne heure, passé la matinée à La Roche et sommes rentrées ici par le car de midi et demie ; Il a fallu encore faire pas mal de courses le soir, si bien que j’étais vannée… Vendredi, suis allée à une réunion dont le but est d’améliorer le sort des prisonniers nord-africains qui sont à la gare. Hier, suis allée voir Marguerite puis travaillé ici. Quoi dire autrement ? Il n’y a pas ces jours-ci de nouvelles sensationnelles … La question qui prime tout actuellement est la question du ravitaillement, c’est une chose de plus en plus angoissante et on se demande si ; d’ici peu, nous ne connaîtrons pas la famine. Jusqu’ici dans la région, nous ne manquions de rien et il était possible d’envoyer largement dans des régions plus dépourvues, mais l’Intendant disait hier à Jacques, qu’on allait venir prochainement au jour unique de viande par semaine et au jour unique de porc par mois ! …

Mardi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 6 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacques est parti hier soir à Nantes, j’avais un peu espéré qu’il serait revenu aujourd’hui pour dîner… J’espère aussi qu’il n’a pas eu d’ennuis pour le rôti de veau et le morceau de beurre qu’il a dû passer… Pierre est au lit depuis longtemps déjà, il a été un peu malade ces deux jours-ci, sans doute un peu d’embarras gastrique, sans fièvre…

Sommes allés dimanche au mois de Marie de la Millière. Oncle Gaston et Tante Juliette sont arrivés hier soir. Assisté ce matin à l’enterrement d’un tout petit bébé, un enfant d’un mois qui est venu avant terme, n’a pas pu vivre. J’étais déjà allé voir cette toute petite poupée ! il était minuscule !… ce matin il y a eu des moments bien cruels….

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 11 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Semaine bien vite passée, depuis mardi les Gaston sont là et viennent souvent ici ou bien je vais chez Maman, d’un autre côté, Maman étant plus prise, s’occupe moins des enfants… Il a fallu garder Pierre à la chambre ou tout au moins à la maison, il a fait un peu de jaunisse… il était fatigué et grognon maintenant je le trouve mieux… il mange et il joue. Jacques est revenu de Nantes mercredi après un bon voyage. Jeudi, j’ai reçu Oncle Gaston et Tante Juliette à déjeuner, j’avais un gigot, qui leur a paru bon après toutes les restrictions endurées à Paris, et des brugnons en conserve, qui avaient gardés toute leur saveur et tout leur parfum. Vendredi, j’ai passé la matinée à La Roche et une grande partie de l’après-midi chez Armande Brachet à raccommoder le linge des prisonniers. Hier matin fait des courses pour le ravitaillement et écrit un peu, l’après-midi tricoté en gardant Pierre. Nous avons encore eu cette semaine le nécessaire pour la boucherie….

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 14 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une nouvelle bien étonnante : lundi soir, la radio de Vichy a annoncé de la part de Berlin que M. Rudolf Hess, représentant permanent du Führer, avait disparu au cours d’un voyage aérien et voilà qu’hier matin la radio anglaise annonce que Hess n’est pas disparu, qu’il a atterri en écosse, qu’il est parfaitement sain de corps et d’esprit, à part une cheville cassée à l’atterrissage et non pas fou ou malade comme tenterait de faire croire la radio allemande. Que va-t-il sortir de cela ?

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 17 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

L’Amiral Darlan revient d’Allemagne où il a été prendre les ordres du Führer ; un conseil des ministres s’est ensuite réuni et a approuvé les décisions prises et voilà qu’avant-hier soir la radio suisse annonce que nous avons été obligés de céder à l’Axe des bases aériennes en Syrie, c’est une honte et nous sommes tous indignés… et angoissés.

Les petits vont bien, quoiqu’ils toussent un peu ! Il fait froid. On fait queue dans les boucheries et charcuteries le lundi matin.

Dimanche 18 mai

28 ans depuis ma communion solennelle, il faisait plus de soleil qu’aujourd’hui, nous avons un ciel bien sombre et un vent froid…

Je reprends vite les faits de cette semaine, la jaunisse de Pierre est terminée, mais il fait actuellement un bon rhume… ce qui l’empêche de retourner à l’école, Yves aussi a été très enrhumé… je ne l’ai pas emmené dimanche au mois de Marie de la Maldemée, nous y sommes allées seulement Geneviève, Marie et moi, et avons fait une bien jolie promenade… Tous ces jours-ci, je suis donc restée ici garder mes petits malades… mercredi soir Yves a fait un accès de fièvre, il étai cependant bien jeudi et à pu se mettre à table avec ses frères et sœur, Oncle Gaston et Tante Juliette. Vendredi matin, sommes allés à La Roche Jacques et moi, par le car bien entendu. Hier après-midi seulement les enfants étant chez Maman ai pu travailler un moment tranquillement… je viens d’arranger des chandails à Jean et à Jacquie, j’ai à faire des combinaisons à Jacquie, des gants à Jacques, des chaussettes à Pierre et avec la cuisine, les rangements de la maison et tant de choses qui s’ajoutent, je n’ai guère de temps à moi.

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 20 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fait Dimanche une promenade ravissante du côté de la Prévisière….

Jacques est allé à Nantes hier et revenu ce matin, je n’aime guère ces absences, mais quelle joie de le retrouver !

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 23 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’arrive du Mois de Marie avec Geneviève qui vient de se coucher, j’ai en perspective un moment – pas très long – de tricot et de lecture en attendant Jacques qui est chez les Brachet, il a actuellement beaucoup d’ennuis et avec une nouvelle équipe de prisonniers, arrivés mercredi, et avec les Allemands qui les gardent, et cela est loin de s’arranger. Nous avons passé l’après-midi à La Roche, j’ai pu voir brièvement les enfants qui vont bien et faire quelques courses. Hier, il a plus pendant presque toute la journée, cependant Jacques, Geneviève et moi, sommes allés à une bénédiction du Mois de Marie de Montorgueil… Mardi un orage qui a fait beaucoup de dégâts, la foudre est tombée chez Maman, a fait un trou dans la toiture et grillé le compteur ; ici, la radio est en panne et nous n’avons plus de nouvelles. J’attends que Dieu nous sauve.

Dimanche 25 mai

Aujourd’hui, par toute la France, c’est la fête des Mères ; hier matin, j’ai reçu une jolie lettre de Jacquie, me remerciant de tout ce que j’ai fait pour ses frères et sœur et pour elle, je suppose fort que la lettre en question a été écrite d’après un modèle, mais cela fait plaisir quand même ; ce soir, il paraît que Geneviève et Yves doivent me débiter un compliment, mais je suis sensée ne pas le savoir ; tout cela est pour moi une grande joie, mais à tout ce bonheur se mêle la peine profonde et inguérissable de ne plus avoir mon petit Bernard….

Mardi, Maman et moi irons aux Sables pour en revenir mercredi, ensuite ce sera les vacances de la Pentecôte et je serai bien heureuse d’avoir mes deus grands.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 29 mai 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les enfants viennent de partir chez Maman, j’irai les rejoindre et passerai l’après-midi là bas, mais auparavant je veux aller au cimetière et aussi surveiller la cuisson d’une terrine de lapin qui mijote en ce moment dans le four…

Nous avons passé la journée de mardi aux Sables Maman et moi, et pour la première fois depuis octobre, avons pu pénétrer seules dans cette maison qui a été la nôtre pendant vingt cinq ans et où, jusqu’ici, n’étions plus « chez nous ». Pendant que maman rangeait et triait dans la cave la vaisselle cassée, j’ai fait force démarches pour récupérer le piano, de la Mairie on m’a renvoyée au bureau des réquisitions ; de là, il a fallu aller au bureau des interprètes à la mairie, puis à la Stantortkommandantur, là on a accepté de faire prendre le lit et la table, qui ne nous appartenaient pas, mais on a refusé de nous rendre le piano ; je suis retournée à la mairie, là on m’ conseillé de m’adresser à la kreiskommendantur ; j’y ai couru aussitôt et là on m’a donné un bon pour reprendre le piano, à l’hôtel de la Comète ! Je me suis donc mise en quête d’un déménageur et j’ai eu la chance d’en trouver un qui puisse prendre le piano le soir même, j’ai donc couru à l’hôtel de la Comète, où on a consenti à laisser le piano ; il a été embarqué et je suis revenue bien contente. Hier, nous avons quitté Les Sables de bonne heure, passé la matinée à La Roche et sommes arrivées ici pour déjeuner. Passé l’après-midi chez Armande Brachet à raccommoder les vêtements des prisonniers….

Dimanche 1er juin

Aujourd’hui fête de la Pentecôte…

Les enfants dont là depuis hier jusqu’à mardi soir, aussi la maison est plutôt bruyante et le travail ne manque pas…

Rien de bien nouveau sur les journaux si ce n’est que les conversations franco allemandes continuent. Que va-t-il en sortir ? Le « Hood », le plus grand cuirassé anglais, a été coulé par le « Bismarck », celui-ci a été coulé à son tour par la marine anglaise.

Mardi 3

Beaucoup d’occupations, pendant les vacances des enfants… Mauvais temps presque chaque jour, nous avons fait dimanche, sous la pluie, une promenade ravissante à la Gannerie, Geneviève est au lit depuis deux jours, elle avait mal au ventre et pas d’appétit… elle ne fait pas de fièvre et dort tout le temps !

L’Irak demande un armistice, mais les Anglais ont été obligés d’évacuer la Crète.

Samedi 7

Je reviens du jardin ou j’ai été cueillir quelques roses… les fraises se décident tout de même à mûrir ; j’ai cueilli des radis ce matin…

Geneviève a eu la jaunisse… elle vient de se lever, elle est très jaune encore …

Dimanche 8 juin

D’ici peu d’instants, les Vêpres vont sonner et nous aurons la procession traditionnelle à la grotte en l’honneur de la Première Communion, il fait beau, ce qui est une chose bien rare cette année, et cela paraît infiniment agréable. Geneviève est aussi bien que possible, elle s’est levée pour déjeuner et à mangé de bon appétit une purée de légumes et son kéfir…

Suis allée à Nantes jeudi… j’ai fait beaucoup de choses et parcouru les magasins ; il y a beaucoup de choses tentantes, mais les choses qu’on pourrait acheter son bien chères… quant aux autres choses, il faut des bons et il est inutile d’y songer. J’ai cependant acheté quelques tissus pour les filles et pour moi bien peu de choses…

Mercredi n’ai pu aller au raccommodage des vêtements des prisonniers, Geneviève était fatiguée et ne voulait pas que je la quitte, aussi j’ai travaillé près d’elle…

Nous avons eu des petits poulets cette semaine, mais sept seulement, c’est peu de chose ; j’ai rapporté de Nantes la couveuse électrique que j’avais commandée, je vais l’essayer la semaine prochaine sans doute.

Jean Poupardin arrive ce soir chercher différentes choses, le ravitaillement est très dur à Paris ; à Nantes aussi cela va mal, les pommes de terre ont disparu des boutiques, il n’y a pas de viande, pas de poisson…. Tout va mal actuellement, les Etats-Unis et le gouvernement de Vichy ne s’entendent pas, d’un autre côté Darlan vient d’envoyer une circulaire absolument odieuse interdisant de placer le Christ dans les mairies et les écoles. Tout cela est bien triste…

Mercredi 11 juin

Une histoire tragique et bien lamentable aujourd’hui : cet après-midi, sept ou huit prisonniers se sont évadés, les us de la gare, les autres de la Blanchère, plusieurs ont été repris et l’un d’eux tué à bout portant par un des gardes, les autres courent toujours ! Tout le monde est en rumeur ce soir ! Tirer ainsi sur un homme désarmé et presque repris ! Cela fait sentir un peu plus combien nous sommes vaincus, combien ils sont les maîtres et combien nous avons à craindre ce qui peut nous arriver !…

En attendant les troupes anglaises et celles du général de Gaulle sont entrées en action contre la Syrie, nos troupes sont reçu l’ordre de résister, mais elles sont peu nombreuses et presque désarmées !…

Suis allée à La Roche aujourd’hui, vu Jean et Jacquie et fait une courte visite à Mme Lesaffre ; Marie-Bernadette vient d’avoir la jaunisse, elle aussi ! Ici, je crois qu’Yves est pris à son tour…

Jeudi 12

Le malheureux prisonnier tué hier soir repose pour l’instants dans une salle de la mairie en attendant qu’il soit transporté au cimetière : il a été tué d’une balle en plein cœur… Il était marié et père de famille et habitait du côté d’Oran. Tout cela n’a pas empêché les gardiens de rire et de chanter hier soir…

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 13 juin 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves n’est pas plus fatigué aujourd’hui, je crois que sa jaunisse va aller en diminuant… Geneviève se reprend, malgré un peu de rhume et une irritation de la gorge. Le temps est si peu favorable ! La journée d’aujourd’hui a été belle, mais presque froide. Nous voilà presque à la mi-juin et nous n’avons pas eu de printemps.

Hier a eu lieu l’enterrement du prisonnier, par ordre des Allemands, personne ne devait assister aux obsèques, aucun attroupement et aucune manifestation de devant être tolérés. Jacques et Ferdinand Brachet ont seuls été autorisés à suivre le cercueil. Je suis allée peu après au cimetière porter des fleurs à mon petit Bernard et suis allée déposer un bouquet de pivoines sur la tombe du malheureux. J’ai pensé à sa mère et, avec tous les tristes événements que nous vivons, qui sait si nos enfants n’auront pas eux aussi une fin tragique ! Aujourd’hui, il y a eu des enquêtes et des perquisitions pour savoir qui a fourni des vêtements civils aux sept évadés.

Ce matin une lettre de Tante Juliette racontant le voyage de Jean Poupardin et d’Oscar.

Dimanche 15 juin

Coup de théâtre hier ; à la fin de la matinée un des gardes de la gare – celui je crois qui a tué le pauvre prisonnier – est venu convoquer « Monsieur le Maire » pour trois heures à la gare, le capitaine du stalag devant venir, et là, après l’avoir fait pas mal attendre, on lui a annoncé qu’on emmenait prisonniers et gardiens à Luçon ; les autorités ont du se rendre compte que le meurtre de mercredi était une chose très fâcheuse, ayant eu le plus mauvais effet vis-à-vis de la population. En tous cas, ce sera un débarras ! Ce matin, nous avons eu la procession de la Fête-Dieu, j’en ai fait une partie avec Geneviève, mais c’était sa première sortie… Jacques portait un cordon du dais et Pierre, habillé en enfant de chœur, mignon au possible, tenant une des « ficelles » de Mlle Violeau. Tous deux viennent de partir aux Vêpres avec Thérèse. Pour ma part, je suis restée garder Yves qui est en bonne voie de guérison et régler le fonctionnement de la couveuse électrique dans laquelle je veux introduire des œufs demain…

Il y a un an c’était l’affolement de la débâcle, Jacques partait à Nantes chercher Mère et Madeleine et tous ceux qui voulaient se réfugier ici…Et au bout d’un an, loin d’aller mieux, les événements sont de plus en plus tragiques ! Les Allemands sont toujours chez nous, et la vie devient de plus en plus difficile. Chose plus affreuse encore, on se bat en Syrie, Français contre Français !…

Lundi 16 juin

Une journée splendide aujourd’hui… j’ai pu passer l’après-midi à travailler sous le tilleul ce qui ne m’était pas encore arrivé. Hier, une bonne promenade avec Geneviève et Pierre, la campagne est ravissante…

Je pars demain aux Sables rejoindre Maman pour finir de régler l’histoire du piano.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 19 juin 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Revenue des Sables hier, voyage plutôt pénible, il fait une très forte chaleur et je suis éreintée, aussi j’aspire à rejoindre les enfants chez Maman pour tricoter sous les arbres. A part cela fait bon voyage, la mer était idéalement belle… il faut dire que cette année les Allemands seuls profiteront de cette splendeur, puisqu’il est interdit de louer. Passé la matinée à La Roche, vu les enfants, Jacquie est heureuse de son succès au certificat d’études… Passé hier un après-midi tranquille sous le tilleul, mais aujourd’hui trotté toute la matinée, c’était la foire et j’ai vu beaucoup de monde ; les petits pois commencent à donner et nous allons faire des conserves, les castilles vont bientôt être mûres et nous aurons des confitures

Avant-hier, Pétain a parlé et bien parlé pour l’anniversaire de son accession au pouvoir. En Syrie, nos troupes résistent à la pression anglaise…

Dimanche 22 juin

J’arrive du début de la procession… Il a fait toute cette semaine une chaleur exceptionnelle et je suis un peu lasse. Jacques escorte le Saint-Sacrement comme de coutume, Geneviève est parmi les petites filles en blanc. Pierre parmi les « asiliens » et Yves est escorté de Baptistine…

Quelques jours de très forte chaleur dans la journée on ne vit plus que calfeutré dans la maison, toutes ouvertures fermées…

On raconte ce matin que Russes et Allemands se battraient, mais il é été raconté jusqu’ici tant de « bobards » qu’on ne sait plus très bien ce qu’on soit croire ou non ; En attendant, la lutte continue de Syrie, et c’est une chose affreusement triste.

Il fait beau, chaud ! Les roses sont splendides, le tilleul est en fleurs, mais nous n’avons pas eu de printemps…

Dimanche 29

Une mauvaise semaine, j’ai été patraque presque tout le temps… le moral n’est pas merveilleux non plus, je suis harcelée par mille préoccupations…

J’ai eu bien à faire cette semaine : conserves de petits pois, confitures de fraises et gelée de castilles… il a fallu prendre l’après-midi de lundi pour le certificat d’études, une bonne partie de l’après-midi de mercredi à faire des colis pour les prisonniers, quant à l’après-midi de vendredi, je devais la passer chez Marguerite avec Armande Brachet et j’ai tout simplement oublié et suis restée tranquillement à travailler ici… Seulement il a fallu aller hier faire une visite d’excuse à Marguerite, et cela m’a pris encore du temps.

Je n’arrive pas à faire tout ce que j’ai à faire, j’ai un chandail à terminer pour Jacquie, ensuite il lui faudra un paletot, j’ai des socquettes à faire, ceci dans compter les réparations urgentes, les rangements, la cuisine ! Jean et Jacquie sont venus jeudi, j’avais fait deux tartes pour la fête de Jean et de Pierre et le succès de Jacquie au certificat d’études. Aujourd’hui, j’ai fait de nouveau une tarte aux fraises en l’honneur de Pierre, maintenant tous viennent de partir aux Vêpres avec leur Papa…

Les hostilités germano-russes continuent, les Allemands annoncent de grands succès, mais qu’y a’il de vrai dans tout cela ?

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 1 juillet 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… J’ai eu encore aujourd’hui une journée bien remplie ; hier soir nous avons fini de cueillir les castilles, j’en ai fait des confitures ce matin ainsi que de cette gelée aux quatre fruits que Jacques et les enfants trouvent si bonne. Aussi tantôt j’étais bien contente de m’asseoir et de pouvoir coudre un peu. Il fait un temps délicieux, très beau, sans chaleur excessive et j’aimerais rester longtemps dehors, seulement Pierre a la varicelle, il faut le garder à la maison, ses boutons le gênent un peu, mais à part cela il n’est pas du tout malade…

Vendredi 4 juillet

Hier à Nantes, une journée éreintante par une grosse chaleur, il a fallu toute la matinée et toute l’après-midi faire des courses, visiter des magasins pour ne pas trouver grand-chose. J’ai pu cependant avec une partie de nos cartes de textiles, avoir un peu de tissu, de quoi faire des chemises et des caleçons pour Jean, des robes d’été aux petites filles, une jupe à Jacquie, seulement il faut calculer, prévoir toutes choses à l’avance et c’est un fameux casse-tête…

Dimanche 6 juillet

Il fait chaud et je suis toujours bien lasse de tant de préoccupations… - que serait-ce si j’étais en ville – lasse de tant de luttes à soutenir, contre les enfants bien souvent exigeants, capricieux, insupportables… lasse de tant de courses pour le ravitaillement.. Je ne prends plus aucun communiqué par radio, mais je parcours tout de même les journaux. L’armée allemande avance rapidement en Russie, on annonce le passage de la Bérésina – plus facile certainement qu’au temps de Napoléon – on parle de milliers et de milliers de prisonniers russes ; tout cela est très bien, et il est nécessaire que la Russie communiste subisse la défaite, mais il ne faudrait pas que les Allemands soient vainqueurs. Je ne sais plus ce qu’il faut désirer. C’est de dieu et de Dieu seul que j’attends le salut et je suis sûre qu’il viendra un jour. En attendant, le travail ne manque pas dans la maison, c’est même une époque d’occupations intense avec les confitures les conserves de légumes e de fruits, j’ai fait hier des confitures de cerises et hier soir un flan aux cerises dont nous nous sommes régalés, cela est nourrissant et il ne peut être question pour l’instant de viande au repas du soir, les restrictions se resserrent ici même de plus en plus, et pour ce temps de vacances qui vient, nous serions bien en peine pour nourrir les enfants si nous n’avions pas en perspective des poulets, des lapins et quelques jambons. Le poisson est rare et très cher. Jacques et les petits ne mangent guère d’œufs. Heureusement j’ai une solide réserve de riz et de pâtes….Il faut chaque jour combiner des menus nourrissants et rapidement cuits, faire le dîner en même temps que le déjeuner pour n’avoir le soir qu’à faire réchauffer rapidement le bouillon et les légumes pour ne pas dépenser d’électricité aussi souvent y a-t-il un plat froid, légumes en salade ou entremets. Pour me reposer de tout cela, lu cette semaine un livre ravissant de Selma Lagerlöf, c’est plein d’imagination, de poésie et cela vous transporte loin des tickets de ravitaillement et des choses assommantes de la vie.

Jeudi 20

Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 20 juillet 1941 était un dimanche. Texte conservé tel quel.

Quelques journées éreintantes, il fait une chaleur excessive et l’on fatigue pour la moindre chose ! Les enfants sont là depuis hier et cela amène un surcroît d’occupations…

J’ai eu dimanche soir et lundi six sept petits poulets, ils prennent actuellement leurs ébats dans la cour et paraissent en bonne santé… Je me suis beaucoup amusée à voir ces petites têtes sortir de l’œuf mais c’est maintenant un petit travail de plus. Il a fait lundi une chaleur accablante, j’en étais presque malade. Mardi, passé une partie de l’après-midi chez Armande Brachet pour les colis des prisonniers ; les autres ne peuvent comprendre ce que je donne ainsi en donnant mon temps…. Hier, matinée à la Roche pour aller chercher les enfants et passé une bonne partie de l’après-midi à défaire leurs valises et en ranger le contenu ! Chaque soir j’ai ma petite leçon de bicyclette, je crois que cela va marcher.

La cour est toute embaumée par le parfum du tilleul et du jasmin.

Dimanche 13 juillet

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1941-07-20). Texte conservé tel quel.

Quelques minutes à moi, Jacques et les enfants sont aux Vêpres, je suis restée garder Pierre enrhumé, puis nous irons à la distribution des prix des filles, ou plutôt la lecture du palmarès puis qu’il n’y a pas de prix cette année. Avant les Vêpres, c’étaient les prix des garçons…

Vendredi soir nous avons eu une grosse émotion un peu avant le dîner, Jacques a voulu cueillir les dernières cerises, en voulant mettre le pied sur le mur du jardin, il est tombé et son bras ayant porté sur la grille du jardin, a été transpercé de part en part ; je ne sais comment il a pu remonter à l’échelle et dégager son bras, mais il saignait abondamment et nous avons eu très peur. Marie et moi avons ligaturé le bras, si bien que l’hémorragie s’est arrêtée, j’ai fait demander M. Bonnaud puis le docteur est venu, a fait un pansement provisoire, puis il est revenu après dîner faire quatre points de suture à la plaie du dessus du bras, poser deux agrafes à la plaie du dessous, et faire une piqûre de sérum antitétanique. Jacques a assez mal dormi ensuite, mais maintenant tout à l’air d’aller convenablement. Je remercie Dieu, de ce que l’accident n’a pas été plus grave, rien d’essentiel n’a été atteint, ni l’os, ni le muscle, n les nerfs, ni surtout l’artère, c’est l’affaire de quelques jours de patience et de repos…

Mardi 15 juillet

Depuis que les enfants sont en vacances je n’arrive pas à avoir du temps à moi… pour comble de bonheur Marie a été malade hier, il a fallu remettre la lessive a aujourd’hui aussi j’ai passé la matinée avec Thérèse, à nettoyer des légumes pour les repas d’aujourd’hui. Il me faut aussi surveiller les devoirs de vacances des enfants, les faire travailler un peu pour la maison, et tout cela n’est pas une petite peine. Jacques est aussi bien que possible, mais il ne peut guère se servir de son bras. Quant à moi, je suis souvent bien lasse…

Dimanche 20 juillet

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1941-07-20-b pour la distinguer de 1941-07-20.

Passé une semaine plutôt chargée ; beaucoup de rangements à faire, de la cuisine pas mal et beaucoup de couture. Depuis trois jours, je n’ai pu toucher à mon tricot… Marie est obligée de s’absenter pour une petite opération… mais ne pourra pas reprendre son travail aussitôt, aussi avec Thérèse et les deux filles comme toute aide, il y aura bien à faire ; Jacqueline vient mardi juste au moment où je serai le plus prise… jacques va bien, il est décousu depuis mercredi et a laissé ce jour-là son écharpe embarrassante… Les enfants sont bien, Pierre se reprend, il mange mieux et tousse moins mais il a bien coulé et a besoin de se fortifier. Je n’ai jusqu’ici pas trop de peine avec les grands, chacun a sa tâche et la fait sans trop grogner, les devoirs de vacances se font aussi sans histoires. Demain nous allons commencer l’ouvrage manuel et la lecture à haute voix. Il faut aussi surveiller le piano de Jacquie, tout cela me prend beaucoup de temps !… Il y a encore mes petits poulets à soigner, ils poussent bien et sont très amusants… Le soir après dîner je monte à bicyclette, cela va beaucoup mieux, puisque je monte seule depuis hier soir, et qu’il faut maintenant surtout un peu d’exercice pour que tout aille bien ; j’en suis contente, parce que cela me rendra grand service par les tristes temps que nous vivons. La guerre continue : les troupes de Syrie ont du abandonner la lutte, mais les Allemands avancent toujours en Russie, ils vont atteindre Moscou bientôt…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 24 juillet 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Depuis le départ de Marie, le travail ne manque pas, cependant les filles y mettent un peu de bonne volonté et ne grognent pas, quand on leur demande un travail supplémentaire, d’ailleurs cette année cela va mieux…Le plus dur est le moment du lever, de la toilette, parce qu’alors ils traînent à qui mieux mieux, pendant ce temps il faut passer et repasser les casseroles sur le réchaud ! Mes matinées sont très remplies, faire les lits avec les filles, soigner les petits poulets – il y en a malheureusement un de décédé cette nuit – et faire la cuisine. Ces derniers après-midi j’ai fait le raccommodage de la lessive, et j’ai entrepris de réparer des culottes aux filles, si bien que je suis obligée de me passer de la prière et de me coucher assez tard pour arriver à bout de mon ouvrage.

Nous avons des journées splendides, chaudes et ensoleillées… tout était si beau, si calme, si paisible, mais au loin on entendait un bombardement….

Dimanche 27 juillet

… Marie, n’est toujours pas là et je ne sais quand elle nous reviendra, elle est arrivée hier de la clinique, et les choses ne vont pas comme elles devraient aller, il paraît que les fils ont craqué, que la plaie est béante et le docteur lui-même ne sait que penser, elle en a au moins pour vingt jours chez elle et peut-être vingt autres jours encore ; Ce va me faire de jolies vacances, les enfants travaillent bien un peu… j’ai des quantités de coutures à faire, des réparations de tricots en perspective et je n’arrive à rien…

Jeudi après-midi, passé quelques heures au pré de la Chapelle, c’était une vraie détente que de contempler ainsi le ciel bleu et la verdure et de voir les enfants se rouler sur l’herbe, seulement, il a fallu rentrer de bonne heure pour faire le dîner, puisque Thérèse arrosait…

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 30 juillet 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’arrive du jardin où j’ai été chercher de la verdure pour les petits poulets… Je suis aujourd’hui plus libre que je ne l’ai été depuis bien des jours, la lessive est raccommodée, repassée et presque rangée ; Marie Proust est là pour faire le ménage, tandis que Thérèse ramasse les haricots verts, de plus nous déjeunons chez Maman de sorte que je n’aurai ce matin qu’un laitage à confectionner pour ce soir. Jacques et les trois grands sont partis hier matin pour Nantes et rentrent cette après-midi ; lundi tous quatre plus Tante Canette et Auguste Baron sont allés passer la journée à l’Atrie, si bien que pendant trois jours je n’ai eu à m’occuper que de mes deux petits – à part certaines bousculades, le matin pour s’occuper des bagages et des déjeuners - cela a été presque des vacances pour moi…

Samedi 2 août

Pas moyen d’écrire tous ces jours-ci, je suis absorbée, bousculée, surmenée, il y a des moments où je n’en peux plus !…

Marie-Thérèse et Mlle Anne-Marie doivent venir bientôt, Mère et Madeleine un peu plus tard, et, tout en étant bien contente de les voir, ce surcroît de besogne m’effraie un peu et les vacances passent trop vite, j’ai si peu de temps à avoir les enfants.

Dimanche 3 août

La grand-messe ne va pas tarder à sonner… je viens d’écrire à Marie-Thérèse pour lui dire de venir dimanche prochain… Hier, il a fait une pluie diluvienne on se sentait déjà en automne, ce matin le soleil essaie de paraître… je vois avec terreur approcher l’hiver prochain…

Beaucoup de travail toujours en perspective, Marie n’est pas remise encore et l’ouvrage ne manque pas, j’ai pas mal de couture à faire et la lessive revient demain.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 6 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Quelques journées très remplies, cependant j’aime mon travail, l’essentiel de la besogne se fait et tout irait bien s’il n’y avait pas de par le monde des personnes qui ne comprennent pas combien je suis prise et combien il m’est impossible de passer tout mon temps à causer, alors que je suis absorbée par mille besognes, à commencer par la plus fatigante, celle de faire marcher les enfants qui renâclent facilement et n’ont aucunement l’air de s’apercevoir combien je suis prise et combien je dois travailler. Passé cependant deux agréables journées à m’occuper de la lessive, il faisait du vent, un grand vent de mer, dans lequel on respirait les effluves de la côte, et un joyeux soleil. J’ai passé de grands moments dans le jardin à étendre ou à ramasser le linge….

Dimanche 10 août

Quelques minutes seulement avant la grand-messe … je prévois une réunion avant les Vêpres, et qu’ensuite Maman et Jacqueline viendront avec Oncle Alfred…

J’ai eu une fin de semaine très occupée, au début j’ai eu la lessive et une après-midi chez Armande Brachet pour les colis des prisonniers, une autre après-midi j’ai reçu Marguerite, Armande Brachet et Annick Logeais. Jeudi je suis allée à Nantes, et j’ai beaucoup marché pour ne pas trouver grand-chose ; nous sommes d’ailleurs revenus bien tard et Jacques commençait à s’inquiéter. Vendredi j’ai eu à déjeuner Oncle Alfred et Henri Félix qui venait d’arriver, plus Maman et Jacqueline ; les préparatifs du déjeuner m’ont pris presque toute la matinée et l’après-midi a été ensuite bien entamée si bien que je n’ai pas pu faire grand-chose. Hier des rangements, de la couture, maintenant que Marie Rambaud ne vient pas, il y a beaucoup de raccommodages et de petites réparations à faire, je n’en sors pas ; Marie doit bien recommencer à revenir demain, mais elle ne fera pas grand-chose encore. Marie Thérèse et Mlle Anne-Marie Lengrand arrivent demain soir pour une quinzaine… ce qui m’inquiète le plus est la question des repas, non à cause des restrictions sur la nourriture, mais à cause de la pénurie de chauffage ; le charbon diminue, le réchaud électrique que j’ai commandé depuis longtemps ne vient jamais. Je vais aussi être plus prise, je pourrai moins m’occuper des enfants et il y aurait tant à faire… Pour l’instant je suis trop prise pour causer avec eux et les diriger comme il faudrait et tous mettent une parfaite mauvaise volonté quand il s’agit de m’ôter un peu de besogne, tout leur arrive à souhait et ils sont loin de se douter de la peine que cela représente…

Il pleut sans cesse ; après quelques jours de grand vent du début de la semaine, nous vivons dans une bruine perpétuelle et une humidité pénétrante ; les tomates n’arrivent pas à mûrir et dire que dans un peu plus d’un mois ça sera l’automne !

15 août jeudi

Le mois d’août est déjà à moitié passé et l’on se croirait en automne, il fait froid, le ciel est gris… Les enfants sont bien, mais Jacques un peu fatigué, il fait un peu d’entérite… Un début de semaine encore bien rempli : Marie-Thérèse et Mlle Lengrand sont arrivées lundi soir, depuis il y a forcément un peu plus à faire et je m’efforce de soigner un peu les menus ; il faut aussi s’occuper des provisions d’hiver : confitures et conserves, aussi tout cela prend du temps. Mardi, je me suis occupée de la lessive, cependant je suis moins prise de ce côté, parce que marie revient depuis lundi et que je lui laisse tout le raccommodage. Mercredi, reçu Oncle Alfred et Maman à déjeuner ; les garçons étant allés la veille à l’Atrie m’avaient rapporté quelques pommes avec lesquelles j’ai pu confectionner deux tartes pour le dessert – les fruits sont plutôt rares – il y en avait une pour fêter les douze ans de Jacquie et une autre à sept bougies qui a été offerte à Yves, le gâteau d’anniversaire ayant été remis en raison de l’accident de son papa. Hier, pelé des pommes toute la matinée pour pouvoir faire des confitures, j’ai ainsi quatorze pots de belle gelée que nous serons heureux de trouver cet hiver. Maintenant je me presse, je veux faire ce matin des tartes aux prunes pour célébrer la fête de maman et préparer des tomates mayonnaise pour ce soir.

Appris ce matin la naissance du fils de François ! moi aussi, cette première quinzaine d’août, aurais dû avoir un petit bébé et cette chère espérance est partie, je me demande si je pourrai jamais en avoir un autre…

Le maréchal Pétain a parlé il y a deux jours et très bien parlé, c’est vraiment le langage d’un chef. Les Allemands avancent toujours en Russie.

Dimanche 17 août

Aujourd’hui averses, c’est un triste été, il fait froid et le temps ne peut se remettre ; nous avions projeté pour cette après-midi d’aller à Sainte Radegonde prendre part au pèlerinage annuel… Nous avons eu beau cependant hier pour aller à Saint-Paul, il y a longtemps que je projetais d’aller à la Cantinière voir Mme Lesaffre, et jusqu’ici la chose n’avait pas été possible, nous avons donc déjeuné de bonne heure et avons pris le car, les deux filles, Yves et moi, Jean étant parti devant à bicyclette, là-bas les filles ont pris elles aussi leurs bicyclettes et Yves et moi sommes partis à pied, nous avons passé là-bas à bon moment, les enfants ont joué, les mamans ont causé en travaillant, l’après-midi a été très agréable. Nous avons pris le car du soir Yves et moi tandis que les enfants revenaient à bicyclette. Vela m’a fait grand plaisir, grand bien et changé de mes occupations actuelles qui ne laissent guère de loisirs. Marie-Thérèse et Mlle Lengrand sont toujours là, ce n’est pas que je fasse un peu plus pour elles que pour nous, mais je soigne tout de même un peu plus mes menus ; de plus Jacques fait de nouveau une crise d’entérite et il lui faut une cuisine à part….

Vendredi, une belle procession à la Colonne, que Marie, Reine de France, prie pour nous et sauve notre pays.

Mercredi 20 août

Aujourd’hui la fête de notre cher petit ange ! Nous sommes allés ce matin à la messe, les trois aînés, le Papa et moi… cet après-midi sommes allés au cimetière lui porter le bouquet de fête….

Il est sept heures, dans une demie heure nous allons dîner, je viens de coucher Yves qui depuis hier se trouvait fatigué, il a 39°2 et cela m’ennuie tout de même. C’est le premier instant où je peux me reposer un peu… depuis ce matin les occupations de sont succédées pressantes, il faut mettre des compotes de pommes en conserve, m’occuper du fruitier, du jardin, des petits poulets, il a fallu arranger des conserves d’œufs dont le bain s’était altéré, recouvrir des confitures qui moisissaient… Le plus pénible, ce n’est pas le travail mais les reproches de certaines personnes qui s’étonnent de me voir si prise ; les luttes perpétuelles à soutenir contre les enfants. En plus de cela il y a ces jours-ci des inquiétudes au sujet de la santé de Jacques, il a un furoncle à un doigt, qui l’ennuie beaucoup et fait une crise d’entérite qui se prolonge, ce qui m’ennuie encore plus ; tout cela me tourmente et je ne voudrais pas être harcelée perpétuellement pour des choses insignifiantes, un journal égaré, par exemple….

Une après midi agréable hier, avec les Lesaffre qui sont venus de la Cantinière ici en bicyclette.

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 21 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une nuit d’angoisse au sujet d’Yves… j’ai fait venir le docteur qui n’a rien trouvé de grave, seulement de l’embarras gastrique, mais ensuite le pauvre chéri à mal dormi, à trois heures du matin il nous a appelé, il était brûlant et avait des cauchemars, il a dû faire un gros accès de fièvre, mais la température est un peu tombée… il est encore rouge et un peu énervé, il tousse pas mal et il a fallu lui faire un enveloppement sinapisé…

Le fils de François s’appelle Olivier. Jacques ne va pas mieux et cela me tourmente.

Samedi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 23 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’écris de mon lit… après une journée bien remplie, il a fallu passer de grands moments près d’Yves, le soigner, causer avec lui, lui raconter des histoires et après tout cela : enveloppements, sirops, potions, comprimés, suppositoires, je suis lasse et tombe de sommeil. Le petit chéri n’est pas encore guéri… je crois que cela va s’arranger…

Dimanche 24 août

Yves a consenti à rester tranquille un moment pendant que j’écris, je suis installée dans sa chambre et il voudrait que je lui lise des histoires, aussi ne me laisse-t-il guère en repos… Ce matin, il faisait encore 37°9, c’est trop, mais s’il faisait quelque chose de grave, il aurait certainement bien davantage, il tousse moins et j’espère que cela va s’arranger facilement. Le doigt de Jacques vas mieux, c’est-à-dire que l’anthrax est ouvert et apporte beaucoup, son entérite aussi semble aller mieux…

Marie-Thérèse et Mlle Langrand partent demain matin, par contre, Tante Marguerite arrive ce soir, Mère et Madeleine parlent de venir ensuite, mais séparément ; je crois que nous ne serons pas souvent seuls pendant ces vacances. Pour moi, j’ai toujours beaucoup à faire et la maladie d’Yves, qui me prend pas mal de temps, n’est pas pour arranger les choses…

M. Henri Tenailleau qui fut maire depuis 1919 est mort vendredi matin….

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 25 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

La journée est terminée, elle a été un peu dure ce matin ? Le lever de bonne heure pour déjeuner avec Marie-thérèse et Mlle Lengrand qui partaient par le car ; les soins à donner à Yves, les obsèques de M. Tenailleau, l’après midi à passer dans la chambre d’Yves, à le soigner ou à lui faire la lecture…. Yves fait de la bronchite, qui s’est déclarée hier, seulement il fait une poussée de fièvre chaque soir… Il est mieux, l’intestin se débarrasse, mais il tousse toujours beaucoup. Jacques a l’air l’aller mieux…

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 26 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves est mieux, il avait ce matin 37°8, ce soir 38°1, mais il paraît en bonne voie de guérison, il mange ce qu’on lui donne, prend bien ses remèdes et reste à peu près tranquille, à condition qu’on joue avec lui ou qu’on lui fasse la lecture toute la journée ; j’ai eu cependant quelques petits moments de liberté pour faire certains rangements indispensables…. J’ai pu faire aussi ce matin quelques bocaux de tomates, demain il faudra faire des conserves de haricots verts, tout cela donne de la peine, mais ce sera une bonne chose cet hiver, surtout avec les restrictions qui sont à prévoir ; voilà que de nouveau les rations de viande sont diminuées et ramenées à 125 gr. par semaine, cela m’ennuie à cause des enfants, ici, nous aurons toujours de quoi leur donner à manger, mais dans un mois, Jean et Jacquie seront rentrés, et leurs menus seront alors plutôt restreints. La question chauffage sera aussi bien angoissante cet hiver, et, alors que nous avons eu un triste été, pluvieux et guère chaud, cela fait de la peine de se dire que nous sommes tout près de l’automne….

Mercredi soir 27

Meilleure journée, Yves continue à aller mieux… je pense le lever un peu demain, ce qui sera pour moi un grand soulagement. Ce matin, pendant son enveloppement, tout en lui faisant la lecture, j’ai effilé des haricots verts pour des conserves, puis j’ai pu aller dans la cuisine préparer une terrine de lapin et jambon. Après déjeuner, j’ai mis en train un far breton aux pommes que nous avons mangé à dîner, je suis allée faire la lecture aux filles pour leur ouvrage manuel, puis j’ai gardé Yves jusqu’à ce soir, un peu avant dîner, mon petit tyran m’a cependant permis de descendre un peu et j’ai fait avec Jacques un tour de jardin….

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 28 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Encore des inquiétudes au sujet d’Yves, il avait 37°2 ce matin… je l’ai levé un moment cet après-midi et ce soir… 38°1, il a encore une respiration très courte et cela m’ennuie…

Vendredi midi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 29 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves a passé une très bonne nuit, il avait ce matin 36°8, cependant j’ai fait venir le docteur, il l’a longuement ausculté et m’a dit que le petit malade avait du faire un foyer congestif au poumon gauche, lequel foyer, sans être guéri, est en voie de guérison, seulement, m’a-t-il dit il va falloir prendre de grande précautions…. Et il fait perpétuellement froid, pourvu qu’il ait le temps de bien se remettre avant l’hiver.

Samedi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 30 aout 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves est bien, il n’a pas de fièvre, l’appétit revient bien, il a mangé un peu de bifteck à déjeuner et savouré pour son dîner une crème à la vanille, sa joie devant ce qu’il aime fait plaisir à voir.

Dimanche 31 août

Ce matin, un brouillard épais, et l’on se serait déjà cru en octobre, mais dans la matinée le ciel s’est dégagé et le soleil brille maintenant…. Yves est bien ces temps ci mais affaibli… De tous côtés l’on se plain du ravitaillement ; Tante Marguerite qui est là depuis huit jours, dit qu’à Angers bien des choses manquent, il en est de même à Nantes, à Paris, pas de légumes, pas de poisson pan d’œufs ni de beurre. Ici malgré les restrictions sur la viande, nous arriverons je crois à nous en tirer, avec de la volaille, du lapin, du jambon, des légumes et des laitages. Nous mangeons du mil à dîner deux ou trois fois par semaine, nous avons des pommes de terre, des haricots verts en abondance, des tomates et des concombres, des bettes et du céleri. Nous avons actuellement de belles poires, quelques pêches et le raisin sera bientôt mûr. Je fais des conserves afin d’avoir quelque chose à manger cet hiver, où les desserts seront plutôt maigres faute de pommes….

Nous venons de déjeuner, et j’ai fait ensuite un tour de jardin avec Jean et Pierre pour ramasser les fruits et cueillir quelques tomates, maintenant je vais lever Yves…

Lundi soir 1er sept.

Deux journées de beau temps, ce qui a été bien rare par cet été froid et pluvieux… Puisse ce beau temps durer tout le mois de septembre, cela ferait tant de bien à Yves ! le petit chéri se remet, la température est bonne, l’appétit excellent… je ne le lève encore que deux heures par jour… je passe avec lui tout mon temps disponible, à lui faire la lecture, à causer avec lui, il est tendre et affectueux au possible, à moins qu’il ne s’impatiente et ne se mette en colère. Les autres vont bien, mais il faut sévir souvent et parler ferme. Cette année encore, les vacances n’auront pas été de tout repos !

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 2 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Suis complètement épuisée… tout va mal et je suis bien lasse. Yves est bien, mais il est très fragile…je n’en peux plus de rester enfermée avec lui dans la cambre ou dans le bureau !… Jean a fait hier une chute de bicyclette et s’est fait deux belles écorchures aux bras et à la cheville, matin et soir il faut lui faire des pansements ! Pierre est enrhumé du cerveau et tousse un peu. Jacques a recommencé à avoir les intestins détraqués et cela m’ennuie beaucoup… il faut encore ajouter le travail quotidien, le soin des enfants qu’il faut sans cesse gronder….

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 3 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Il a fait beau aujourd’hui et Yves a pu sortir, cependant, il faisait un peu de vent, tiède il est vrai, mais je suis inquiète ce soir… et pourtant combien il était heureux de respirer le grand air et de jouer avec les autres, il a bien dîné ce soir : un potage et une pomme de terre bouillie, du gâteau de mil avec de la compote de poires. Espérons que tout ira bien demain.

Jacquie était tantôt à l’Herbergement avec son Papa ; elle en était fière et ravie.

Mercredi 4 septembre

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 4 septembre 1941 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Une journée merveilleuse aujourd’hui, il faisait idéalement beau dans la cour. Yves a passé une bonne journée au grand air, cependant il a dû se fatiguer… Il est si fragile et il a été certainement sérieusement touché !…

Dimanche 7 septembre

Yves est bien, il n’a pas de température, mais une triste mine et pas beaucoup d’appétit, malheureusement, depuis vendredi le temps laisse beaucoup à désirer, hier et avant-hier il a pu passer de grands moments dehors, mais aujourd’hui il pleut… Grand-mère et là pour s’occuper de lui et de Pierre, car il y a après les Vêpres une séance au profit des prisonniers, donnée au patronage pour une troupe de jeunes gens de La Roche, et Jacques et moi irons ainsi que les trois grands…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 8 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Ce matin, un mot de Madeleine annonçant que Mère arrivait ce soir par le car qui venait l’après-midi en raison de la foire de La Roche, elle ne reste que quelques jours seulement. Sommes restés assez tard ce soir à parler « ravitaillement ».

Suis allée ce soir prier près de la petite fille de Denise Robin, emportée en quelques heures par une pneumonie ! Elle avait trois mois et demie… c’est toujours un spectacle navrant que celui d’un enfant s petit endormi du dernier sommeil et à côté de lui, petite maman de seize ans….

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 10 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Ce soi, quand Jean, un peu avant le dîner, est rentré mettre le couvert, il m’a dit qu’il était fatigué et pensait avoir un peu de fièvre… Je l’ai installé dans son lit avec un bol de bouillon et une assiette de Kéfir… Pendant le dîner, Jacquie a dit une fois de plus que la tête lui tournait, elle était rouge et toussait un peu…. : 39°1. Je suis ennuyée et me demande ce qu’ils vont faire tous deux….

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 11 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jean semble mieux, quoiqu’il ne soit pas très en train, cependant il criait de faim ce soir et c’est bon signe… il s’est levé une partie de la journée et couché de bonne heure, il a la gorge un peu rouge et je lui fais des badigeonnages…. Quant à Jacquie… elle a aussi mal à la gorge, mais elle est bien sage dans son lit et bien facile à soigner….Ces vacances ont été vraiment dures, je me suis donné beaucoup de peine pour les enfants, pour la maison, je me suis tellement tourmentée pour Yves et pour Jacquie que le moment vient où je ne suis plus capable de réagir et d’avoir un peu de courage…

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 12 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jean paraît bien aujourd’hui… il est gai et l’appétit est bon, il tousse toujours cependant et il faut le surveiller, cependant le docteur l’a ausculté et ne lui a rien trouvé de pulmonaire, mais Jacquie nous fait une histoire analogue à celle d’Yves… j’ai fait venir le docteur pour elle aussi qui lui a trouvé une peu de congestion du poumon gauche, il pense que cela va s’arranger rapidement…. Geneviève tousse elle aussi. Quant à Yves, le docteur l’a ausculté aussi et n’a pu dire quel poumon avait été malade, il n’en reste donc rien.

Une matinée de brouillard, mais une belle après-midi, je l’ai passée dans la cour avec les enfants, Jacquie reste seule dans sa chambre…

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 13 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée assez bien passée, Jacquie est mieux, en tous cas elle n’avait pas de fièvre… le docteur trouve que la chose se localise et que cela va vite s’arranger. Jean a l’air bien, mais Geneviève tousse et n’a guère d’appétit, cela se trouve mal pour la rentrée…

Dimanche 14 septembre

Il n’y a guère de journée plus pénible parfois que le dimanche, il n’y a pas un instant de repos, depuis le marché, qu’il faut faire de bonne heure, avant que la première messe soit terminée… jusqu’au coucher des enfants et aux derniers soins à donner à Jacquie. Ce matin, en rentrant du marché, j’ai pris la température de Jacquie : 37°8, j’ai ouvert toutes les fenêtres, ai réveillé les enfants pour qu’ils s’habillent, puis suis vite allée à l’église prendre une communion, quelques courses à faire au retour, puis en rentrant, les déjeuners d’Yves et de Jacquie, il était neuf heures quand j’ai pu déjeuner moi-même, non sans avoir été dérangée bien des fois. Ensuite il y a bien à faire : soigner les petits poulets, mettre un sinapisme à Jacques, trier les fruits, ramasser ceux qui sont tombés, choisir des tomates pour une salade à préparer, un far aux pommes pour le dîner et des petites galettes pour Jacques qui a besoin de manger autre chose avec son kéfir. La messe était commencée quand je suis arrivée….Au retour de la messe, nous avons déjeuné, puis je me suis payé le luxe d’un tour de jardin avec Jacques pour admirer des pêches qui sont splendides et donner un coup d’œil au poulailler, puis il m’a fallu m’occuper du dîner, habiller les enfants pour les Vêpres… remonter près de Jacquie et m’asseoir enfin…

Jacquie paraît mieux aujourd’hui, mais Geneviève tousse toujours beaucoup, Yves a fait sa première sortie pour aller aux Vêpres, mais il ne fera sans soute pas sa rentrée demain à l’école.

Vendredi soir 19

Tout va mal de nouveau ce soir, Jacquie me paraissait mieux…. Et j’étais contente, elle est donc descendue déjeuner avec grand plaisir et comme il faisait beau, elle a joué dans la cour, peut-être même un peu trop tard, elle se sentait si bien qu’elle a demandé à dîner avec nous !… mais le coteur est venu un peu avant dîner, il a ausculté la fille et lui trouve encore des râles de bronchite, il insiste pour que je ne la rentre pas à Jeanne d’Arc le 29. Je lui ai fait aussi ausculté Geneviève qui tousse beaucoup elle aussi, mais sans fièvre, il lui trouve des râles à elle aussi et il faut la soigner, aussi je viens de leur mettre à chacune un bon enveloppement sinapisé…. J’ai eu pendant le dîner une crise de désespoir… Depuis plus d’un mois, je vis dans une angoisse perpétuelle… au sujet de Jacques, au sujet d’Yves ! des deux filles maintenant !…

Rien de nouveau de puis dimanche à part d’après-midi d’hier chez Armande Brachet. Aujourd’hui conserves et confitures de pêches, nous avons deux jeunes pêchers qui cette année ont été – l’un surtout – chargés de pêches, et si les desserts qu’ils nous fournissent actuellement dont savoureux, il fait bon en mettre un peu de côté pour cet hiver, nous avons quelques poire, mais très peu de prunes et cela nous manquera bien.

Dimanche 21

Une journée de plus achevée, une journée heureuse malgré tout…. Surtout en cette fête de l’Adoration, où nous avons loué, chanté et prié avec ferveur Jésus Hostie. Les cérémonies ont été belles malgré des serons à mon goût un peu trop longs ! J’ai communié ce matin à huit heures, j’ai eu la grand-messe et aussi les Vêpres ; la procession a été émouvante il y avait une très belle assistance d’hommes, et c’est de tout mon cœur que j’ai prié. Jacques tenait le parasol au-dessus de l’ostensoir….

Les filles ont l’air bien, elles n’ont pas de fièvre et toussent beaucoup moins, j’attends avec impatience que le docteur me permette de supprimer les enveloppements sinapisés qui me font passer beaucoup de temps, car il faut leur faire la lecture pendant ce temps-là et un peu encore, pour qu’elles ne refroidissent pas.

Quelques bons après-midi cette semaine dans la cour, sous le tilleul… je remonte les chaussettes de Jean, il faut déjà se mettre aux tricots d’hiver.

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 22 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Tout va mieux aujourd’hui, les filles ne paraissent pas plus mal, au contraire, Jacquie surtout tousse beaucoup moins, les températures se stabilisent … Jacques aussi va mieux…

Nous avons eu une journée splendide aujourd’hui et c’était un délice d’être dehors ; j’ai réussi ce soir tout particulièrement un « far breton » que Jean aime beaucoup ; voilà des petites choses qui me rendent optimiste…

Reçu ce matin une lettre de Marie-Thérèse ; dans la nuit de mardi à mercredi, une bombe incendiaire est tombé sur l’immeuble de sa mère, la pauvre n’a eu que le temps de se sauver en chemise de nuit, robe de chambre et manteau ; l’immeuble ayant brûlé, toutes ses affaires personnelles sont détruites et en entendant le « bon de sinistré », qui va lui permettre d’acheter le strict nécessaire, il a fallu que des amies lui passent les vêtements indispensables. Ce n’est pas drôle pour la pauvre tante, à son âge !

Jeudi soir – de mon lit

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 25 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Grippée un peu ce soir, il y a plusieurs jours que je traînais avec un gros rhume, mais quand il y a des malades, il est difficile de se soigner soi-même ; enfin, ce matin le docteur m’a dit que les deux filles n’avaient plus besoin d’enveloppements sinapisés et c’est déjà énorme, quant moi, je n’ai ni bronchite, ni congestion, Dieu merci, seulement un peu de trachéite… ce soir je me suis couchée vers cinq heures et demie et n’ai fait que dormir jusqu’au dîner tant j’étais lasse et abrutie, en me reposant demain, j’espère que cela ira et que je serai solide samedi pour faire les préparatifs de Jean qui rentre lundi. Jean Granger est arrivé hier par le car, et part demain, mais ces deux jours nous ont fait grand plaisir, nous avons pu beaucoup causer ; il y a eu tant d’événements depuis que nous ne nous étions vus !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 27 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une belle journée, une de ces journées chaudes et ensoleillées que nous aurions tant désirées au mois d’août…. Je suis sortie à plusieurs reprises dans le jardin, malgré mon rhume, je voulais voir le poulailler et il fallait ramasser les fruits tombés et les trier, chose que personne ne fait quand je ne suis pas là ; il m’est difficile de m’offrir quelques jours de petite maladie car bien des choses clochent. J’ai eu ce matin à préparer deux valises, afin de les expédier cet après-midi en vue de la rentrée de Jean qui est lundi…. Nous avons déjeuné de bonne heure pour que Jacques parte à La Roche, si bien que j’ai devant moi un après-midi paisible de lecture et de tricot, je relis ces jours-ci les livres si ravissants et poétiques de Selma Lagerlöf, quant au tricot j’en ai toujours plus que je ne pourrais en faire…

Dimanche 28 septembre

Demain la rentrée de Jean ; cela me fait de la peine, non pas tout à fait comme la première fois, mais de la peine tout de même ; au bout de deux mois de vacances, nous nous étions habitués à le voir ici et nous étions heureux, malgré sa nonchalance, ses taquineries stupides et incessantes vis-à-vis de ses frères et sœurs, de l’avoir parmi nous ! et puis ces vacances ont si vite - et si mal - passées !… Jacquie a une prolongation de huit jours ce dont elle est ravie… Pour Jean, ce sera sa dernière année tranquille puisque l’année prochaine il y aura la perspective du bachot, il faut que cette année il travaille sérieusement, les examens sont maintenant si difficiles et il faut de l’énergie pour arriver au but.

Cette nuit orage, et pluie ce matin, on sent aujourd’hui que l’automne est vraiment arrivé. Dès que je pourrai sortir, je ramasserai les fruits qui restent…Pendant tout le mois de septembre nous avons mangé des pêches, maintenant nous avons du raisin en abondance et quelques belles poires, mais il n’y a malheureusement que très peu de pommes, aussi je me demande par quoi nous pourrons remplacer nos desserts habituels de l’hiver – compotes de pommes et pommes au four - j’ai fait des confitures mais en quantité modérée à cause du manque de sucre, et tout cela s’épuisera vite, s’il fallait y puiser sans cesse, j’ai pu aussi en cherchant de divers côtés, avoir un peu de miel ! Enfin nous trouverons peut-être autre chose.

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 29 septembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une alerte ce matin pour Yves ; il se plaignait d’avoir mal au ventre et faisait des efforts pour vomir, cependant il n’avait pas de fièvre, je lui ai mis sur le ventre des compresses chaudes qui l’ont calmé, de sorte qu’il a dormi ensuite un bon moment ; Dans la matinée, il a demandé à se lever et a joué avec les autres dans le bureau, mais dès cinq heures, il était fatigué et réclamait son lit ; il n’a pas de fièvre encore ce soir et je pense que cette petite indisposition va s’arranger promptement. Jean est rentré ce soir au collège, la maison paraît vide sans lui ; il a plu toute la journée.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 1 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Deux matinées passés à trier et à peler des fruits, vu la pénurie de sucre, il faut s’arranger autrement, avec un peu de sucre seulement, du jus de raisin et une longue cuisson à petit feu, espérons que le résultat sera bon et que cet hiver les enfants pourront manger de bonnes tartines. Yves est aussi bien que possible, Geneviève a regagné l’école.

2 octobre

Les autres années, à pareille époque, nous commencions une période que j’aimais bien, c’était, après le repos des vacances, une reprise joyeuse du travail, la réalisation de projets nouveaux et avec les mauvais jours, la douceur de se calfeutrer chez soi, bien au chaud et à l’abri. Cette année, un avenir incertain… des angoisses et des soucis de toutes parts et la perspective d’un hiver rude dans des pièces presque sans feu ! Je me suis levée de bonne heure pour le poisson, j’ai couru toute la matinée pour le ravitaillement du mois, depuis le déjeuner, j’ai couru pour les inscriptions dans les boucheries et charcuteries, maintenant il me faut me mettre à tricoter avec ardeur, car le travail presse. Jacques est parti pour toute l’après-midi, il est toujours surmené, il a des ennuis de toute sorte, sa santé n’est pas encore merveilleuse… Que Dieu nous aide et nous assiste tous !

Dimanche 5 octobre

Le temps est plus froid, le ciel plus voilé et se sent tout à fait en automne et c’est une véritable angoisse, cette année, que de voir arriver l’hiver, il va y avoir tant de difficultés de toutes sortes ! Le ravitaillement se fait de plus en plus dur, nous voilà rationnés sur le pain… Si seulement nous recevions bientôt le moulin à farine que j’ai commandé depuis longtemps, il serait possible de moudre du blé ou du sarrasin, de faire des galettes ou des gâteaux qui pourraient tenir compte de pain ; La commune est imposée pour une très forte quantité de pommes de terre, espérons qu’on nous en laissera assez pour notre consommation…

Quelques journées bien occupées : mardi, mercredi et vendredi : confitures ; il y a aussi des poires à cueillir, les fruits à trier… J’ai aussi à préparer le départ de Jacquie, qui rentre tout de même demain… Avec cela Marie est de nouveau mal portante et elle est obligée de rester chez elle…

Tantôt, kermesse au profit du « Colis du prisonnier », cela fait une bonne occasion de se distraire – ceci pour les enfants – et de dépenser pas mal d’argent, il y aura une belle pâtisserie et je me propose d’acheter quelques brioches pour les pensionnaires et pour les petits.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 8 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Après trois journées splendides… nous voilà plongés de nouveau dans le brouillard… J’ai cependant envoyé Yves en classe, mais lui ai recommandé de ne pas sortir pendant la récréation…

Dimanche une journée superbe pour la kermesse, beaucoup de monde, beaucoup d’entrain et une belle recette pour les prisonniers. Lundi, rentré Jacquie, plus émue qu’elle ne voulait le apraître, vu Jean qui était bien et passé un moment chez Mme Lesaffre à écosser des haricots… ce sont les visites de guerre.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 9 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier, vers onze heures, le brouillard s’est dissipé et nous avons eu une journée splendide, celle d’aujourd’hui s’annonce également belle. J’ai fait le marché de bonne heure, j’ai ramassé des poires et des tomates, je vais tricoter jusqu’au déjeuner, j’ai un chandail pour Jacquie à finir avant ce soir.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 10 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Aujourd’hui pluie fine et ciel gris… hier, après avoir goûté et passé un moment chez Maman, je suis allée au Mois du Rosaire en passant par le cimetière, le ciel était brumeux et le crépuscule hâtif. Nous voilà tout à fait en automne…

Dimanche 12

Quelques minutes seulement avant la grand messe… il fait beau, mais le temps est bien plus froid et je commence à sortir les chandails d’hiver des enfants… hier j’ai fait la révision des chaussettes des trois plus jeunes…. Et j’ai constaté que j’avais beaucoup de travail à faire ; j’ai de quoi tricoter pendant plusieurs semaines. Ce matin aussi, j’ai eu le rangement complet du fruitier…. J’ai après déjeuner la réunion des Mères Chrétiennes et après Vêpres, nous devons commencer les séries des promenades d’automne, prélude aux promenades d’hiver…. Il y a aujourd’hui un beau ciel bleu et un soleil magnifique mais un grand vent froid…

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Quelques minutes avant de déjeuner, j’ai eu une matinée bien remplie, mais, chose étrange, je suis arrivée à remplir tout le programme que je m’étais tracé ; j’ai fait plus à fond la toilette des enfants, rangé le linge de la lessive, sorti les chemises de laine des enfants et préparé leurs vêtements de dessous pour l’hiver, rangé le bureau… Enfin, à part une petite sortie tantôt avec les enfants, je pense tricoter à peu près tranquillement…

Fais un bon voyage à La Roche mercredi matin, Jacquie a bonne mine, mais Jean a les intestins fatigués et cela m’ennuie…

Hier matin, une courte mais très bonne visite de Mme Lesaffre.

Samedi 18

Hier au moment de monter en auto pour partir à Nantes, appris que tout le bâtiment de Chavagnes allait être occupé pour faire un hôpital, tout le bâtiment ! Aussi hier après midi, suis allée voir Mère Agnès qui va quitter cette maison où elle espérait bien mourir ! Elle est merveilleuse d’énergie, de confiance en Dieu et de cran, elle a quatre vingt ans, a reçu l’Extrême Onction il y a quinze jours, et elle parle de rouvrir l’établissement sur d’autres bases, dans d’autres locaux – qui restent à trouver ! Seulement c’est un déchirement pour elle de laisser cette maison entre des mains ennemis et pour combien de temps ! Cela me fait aussi une peine affreuse…Un voyage pénible hier, il a fallu conduire Yves chez plusieurs médecins, après avoir eu la menace d’une opération, il faut simplement lui faire porter un corset ce qui est en somme très peu de chose…

Dimanche matin 19

Un temps gris et doux…. Dimanche dernier, nous avons fait ensemble une bonne promenade dans nos coins les plus familiers : La Minoterie, le Pré-Curé, le chemin du Puy-Chabot, il faisait un peu froid mais bien beau… En attendant l’hiver vient et dans quinze jours au plus tard, il faudra allumer le poële de la salle à manger et pourtant il faudra ménager le bois qui est rare, et encore plus le charbon qui est inexistant. Chaque jour amène ses problèmes à résoudre… J’ai pu résoudre le problèmes des chemises de nuit de Pierre, je suis sur le point de résoudre celui d’un imperméable pour lui, mais il y en a deux qui se posent ces jours-ci : celui des chaussures de Geneviève, pour laquelle il est il possible d’avoir un bon, et celui de la cuisine, qui est plus compliqué et plus angoissant. Jusqu’ici nous avions du charbon, mais le charbon touche à sa fin et nous allons être obligés de chauffer au bois, or avec du bois le dessus de la cuisinière chauffe assez mal et le four pas du tout, il serait encore possible de faire des rôtis dans une casserole, mais il y a déjà, surtout avec le régime de Jacques qui nécessite une cuisine à part, tant de choses sur la cuisinière, qu’il est difficile de tout faire cuire. J’avais espéré, jusqu’ici, avoir un jour ou l’autre la cuisinière électrique commandée il y a un an, mais d’après les renseignements reçus à mon dernier voyage à Nantes, je vois qu’il n’y a guère à y compter et j’en suis navrée. Peut-être les choses s’arrangeront-elles, mais je ne vois guère comment. En attendant, j’ai fini hier le chandail de Pierre et vais me lancer dans les chaussettes et les gants d’hiver.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 23 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Des événements affreux ces jours-ci : Lundi dernier, le FeldKommandant de Nantes a été assassiné », depuis la ville de Nantes subit des sanctions sévères, et cinquante otages ont été fusillés, parmi eux, des communistes, mais peut-être aussi des gens innocents de tout crime ; la liste en a été publiée ce matin ! Si le ou les coupables ne sont pas retrouvés ce soir cinquante autres seront fusillés demain. On parle d’un autre meurtre à Bordeaux. Ce sont des crimes que rien ne justifie, et les innocents paient pour les coupables. Nous vivons le cœur serré…. De plus une zone côtière a été créée, et la ligne de démarcation traverse la commune jusqu’à nouvel ordre, nous pourrons circuler avec une carte d’identité, mais les habitants des autres départements devront avoir un laissez-passer, cela va être bien désagréable.

Suis allée à La Roche hier, vu les pensionnaires qui sont en bonne santé ; ils viennent dans huit jours pour les vacances de la Toussaint. Odile Brachet est arrivée hier ; les plus petites classes de Chavagnes ouvrent lundi, les autres aussitôt la Toussaint.

Fait dimanche soir une bien bonne promenade vers la Prévisière, seulement la nuit vient vite et il ne faut pas trop s’attarder dans les chemins.

Dimanche 26

Depuis trois jours il fait réellement froid, nous n’avons pas encore allumé le poële de la salle à manger, d’ailleurs les enfants, bien couverts, supportent encore la température un peu basse… pendant deux jours nous avons eu un beau soleil, mais aujourd’hui le temps est gris et sombre. Je voudrais bien qu’il ne fasse pas trop froid pendant les vacances de la Toussaint… En attendant, je me presse tant que je peux à préparer les vêtements d’hiver, j’ai tricoté cette semaine des chaussettes pour Pierre, j’en suis à la seconde paire… j’ai confectionné un plastron en drap destiné à rendre plus confortable le pardessus d’Yves qui est un peu échancré, j’ai maintenant à remonter ou à confectionner pas mal de chaussettes pour Yves et pour Geneviève…

Toujours de tristes choses dans les journaux, je pense sans cesse à notre pauvre maison de Chavagnes, maintenant désaffectée, vide de son âme !

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 29 octobre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le froid est moins vif… cependant je crois que l’on arrive à s’endurcir et à souffrir moins. Dimanche soir, Jacques et moi, pour nous réchauffer, sommes partis à la nuit tombante, nous sommes allés à la Berthelière et revenus pour dîner après une longue marche qui nous a fait grand bien ? Après dîner, il a fallu faire un autre exercice : nettoyer et ranger le placard à confitures qui avait été dévasté par une souris ! il y avait plusieurs pots d’entamés, mais surtout des papiers déchirés, il a fallu toute la matinée de lundi pour réparer les dégâts…

Samedi – Jour de la Toussaint

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 1 novembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Il fait très froid aujourd’hui, dans la matinée le soleil a essayé de paraître, mais la brume est demeurée plus forte… Malgré nos résolutions d’allumer le plus tard possible, nous avons dû faire du feu dans la salle à manger et allons, sans tarder, y installer nos quartiers d’hiver. Nous sommes allés au cimetière avec les trois grands fleurir la tombe de notre petit Bernard….

Mercredi 5

Le temps est meilleur… Hier toute la matinée, il a neigé à gros flocons, et mon pauvre Yves était transi à son retour de l’école. Jean et Jacquie sont partis hier soir, la maison paraît maintenant bien grande et bien calme. Lundi après-midi fait une bonne promenade jusqu’à La Bardinière. Dimanche, les offices, le traditionnel chemin de croix pour les défunts, puis une visite des Guillaumé, Berthe attend un bébé pour le mois de février. Je me presse, j’ai bien à travailler aujourd’hui.

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 6 novembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Après la neige d’avant-hier, on pouvait croire que c’était le dégel, mais le vent est resté fixé au Nord, et le jour s’est levé sur une belle gelée blanche…. Dans la salle à manger il fait bon – mais quel bois il faut brûler – et dans les chambres on grelotte. Je viens de déjeuner, mais auparavant j’ai été faire le marché avec Maman, on trouve du poisson, mais à un prix exorbitant….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 7 novembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacques est parti ce matin à Nantes essayer de s’entendre avec la compagnie d’électricité pour avoir assez de courant pour faire la cuisine, et aussi un réchaud sérieux, plus fort que le petit réchaud dont nous nous sommes servis cette année, lequel est sans cesse détraqué. Je souhaite bien vivement qu’il réussisse, car ce serait à peu près la fin de ce cauchemar qu’est la cuisine, le bois file si vite ces jours-ci avec les poêles allumés et cette cuisinière qui en consomme tant pour chauffer si mal !… Ce matin, courses pour le ravitaillement, quelques heures tranquilles à tricoter après déjeuner, passé l’après-midi chez Armande Brachet.

Dimanche 9

Ce matin, une messe pour les morts des deux guerres, pour eux nous avons prié, mais il a été interdit d’aller en cortège au Monuments aux Morts…

Jacques est rentré de Nantes hier soir, après un bon voyage, il a rapporté un réchaud électrique qui devrait marcher si nous avons assez de courant….J’ai fini les chaussettes de Pierre, j’en ai arrangé une paire à Yves et commencé à remonter celles de Geneviève… Je pensais ne pas avoir à réparer celles de Jacquie que j’avais toutes remontées dans le courant de l’hiver et voilà que les chaussettes de la lessive n’ont plus de talon, il m’est impossible de les remonter parce que je n’ai pas de laine semblable, aussi va-t-il falloir en tricoter une paire neuve. J’ai aussi un chandail à lui faire, un paletot à lui allonger….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 13 novembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pluie depuis ce matin, je suis allée de bonne heure faire mon marché sous une bonne averse, maintenant on dirait que le temps va s’éclaircir… cependant le temps est doux et je m’en accommode infiniment mieux que du froid de la semaine dernière.

Dimanche après-midi avons fait Jacques, Jacqueline et moi, une bonne promenade à l’Hermière, puis une courte visite aux deux Moulin-Guérin, les autres jours ne suis pas sortie, j’ai travaillé avec acharnement aux chaussettes des enfants qui ne sont pas prêt d’être finies. Jacqueline a voulu partir pour La Haye mardi soir, elle a fait en bicyclette le trajet de Belle ville sous une pluie battante pour voir son train filer devant elle ! Elle est partie, pour tout de bon cette fois, hier après-midi par La Roche et La Rochelle. Suis allée à La Roche hier voir les pensionnaires et leur porter des provisions ; tous deux vont bien et sont heureux de venir bientôt pour la Communion d’Yves.

dimanche 16 novembre

Tempête ce matin, pluie torrentielle et vent violent, les feuilles du tilleul tourbillonnent dans la cour… Nous avons eu deux belles journées, un peu froides peut-être le matin, mais assez douces l’après-midi, on pouvait se passer de feu et n’allumer qu’à la nuit tombante ; malheureusement cela ne peut durer. Jeudi, j’ai fait avec les enfants une bonne promenade, nous avons fini l’après-midi chez Maman. Vendredi, j’ai eu une courte visite de Mme Lesaffre et de son fils Joseph, puis reçu Armande Brachet et Marguerite ; beaucoup parlé de la jeunesse moderne qui ne recherche que l’indépendance et la jouissance ! je voudrais bien que les miens n’aient pas cette triste mentalité-là…

On nous a placé vendredi, à défaut de la cuisinière électrique commandée, un fort réchaud électrique qui paraît chauffer très bien et doit nous être d’une grande commodité, seulement… on parle de rationner sévèrement l’électricité, et ce serait pour nous une catastrophe… Cette question de la cuisine sera en partie résolue, grâce à ce réchaud et à la marmite norvégienne qui nous rend les plus grands services. Nous avons essayé de chauffer la cuisinière au coke, mais le résultat n’est pas merveilleux…. Et combien de temps cela va-t-il durer, la guerre piétine en Russie, le mauvais temps doit retarder les opérations et surtout on ne voit aucune issue à tout cela !… En attendant, je tricote toujours avec acharnement, j’ai remonté deux paires de chaussettes à Geneviève et suis attelée depuis hier à la troisième, ensuite il me restera deux paires à remonter à Yves puis je pourrai me mettre aux chaussettes beiges qu’ils portent le dimanche…

Mercredi 19

Temps gris, calme. Il pleuvra peut-être ce soir, mais je voudrais bien que ce ne soit pas avant le retour de Jacques, qui est parti à bicyclette à Saint-Denis…. Je n’ai pas fini mes chaussettes.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 22 novembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Voyage à Nantes hier, départ à l’aube… retour dans la nuit noire et journée passée toute entière à courir sur les pavés pour ne rien trouver ; toutes choses sont à un prix fantastique et beaucoup d’objets essentiels manquent. Maman veut m’offrir cette année un vêtement de fourrure ; j’en suis ravie car pendant bien des années, j’aurai un vêtement chaud à porter sans qu’il soit question de demander des bons d’achats ou de prendre des points qui seront si précieux pour les enfants. Tout devient terriblement difficile !

Dimanche 23

Quelques minutes seulement avant la grand-messe, nous avons déjeuné un peu tard, le courant étant coupé ce matin et le poële ayant été long à allumer pour chauffer les petits déjeuners….J’ai eu une semaine un peu chargée et celle qui s’annonce avec beaucoup d’occupations également. J’ai terminé les chaussettes d’école de Geneviève, il m’en reste deux paires à remonter à Yves, puis je commencerai les chaussettes du dimanche… je ne sors guère l’après-midi, je tricote sans relâche… mardi, je suis allée avec mon tricot passer un moment chez Andrée Boyer, je déteste les visites protocolaires, mais un moment passé à causer tout en tricotant m’est tout à fait agréable. Un peu avant cinq heures, il faut faire chauffer le lait et préparer les tartines des enfants, on allume le poële, ces jours-ci le temps est doux et je peux rester sans feu presque toute la journée, souvent ils arrivent mouillés… il faut les débarrasser de leurs capuchons et de leurs galoches… un peu avant six heures, Geneviève et moi allons à la prière pour en revenir vers six heures et demie, puis il fait bon tricoter de nouveau en se réchauffant. Après le dîner les enfants se déshabillent devant le feu, puis montent vite se coucher….

La semaine prochaine, j’ai en perspective u voyage à La Roche mercredi matin, demain il faut que j’installe et mette sous tension l’éleveuse pour des petits poulets qui doivent venir mardi…. Il faudra aussi que je fasse quelques courses pour le ravitaillement et aussi une visite aux Mignen pour les inviter ainsi que Tante Abel à la Communion d’Yves…. Nous aurons un déjeuner de famille tout à fait simple.

Jacques a reçu jeudi matin un avis de la kresiskommandantur d’avoir à faire préparer pour le 25 les cantonnements pour loger 200 hommes, 15 sous-officiers et 5 officiers, il n’est pas dit qu’ils viennent tous ce jour-là, mais la chose est possible. Nous ne pouvons faire autrement que de prévoir ici une chambre pour un officier et il est pénible de voir l’intimité de notre foyer ainsi troublée…

Aujourd’hui, mon petit Bernard aurait 22 mois, ce serait un mignon petit garçon, et je ne peux me le représenter autrement que comme un bébé !…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 27 novembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Un moment de tranquillité, les enfants déjeunent chez Maman, j’irai les rejoindre après déjeuner, mais je rentrerai de bonne heure pour ramener Pierre qui est assez enrhumé, il fait d’ailleurs un assez vilain temps, très doux, mais brumeux et humide… et ce temps peu rigoureux permet de faire des économies de bois en allumant que le soir. Début de la semaine bien vite passé, lundi je ne suis pas sortie, mardi passé un moment chez Mme Baron ; hier matin, suis allé à La Roche voir les enfants, tous deux se portent bien mais Jacquie ne travaille pas ; j’avais peur que ce soit une question de santé, mais elle a une mine superbe et se dit nullement fatiguée, mais d’après la Bonne Mère, elle traverse une crise de paresse, une crise morale surtout….

Je viens d’installer dans l’éleveuse douze petits poulets nés d’hier, espérons que cela marchera.

Dimanche 30

Beaucoup à écrire aujourd’hui, les autres jours je ne peux y arriver tant je me presse à tricoter, j’ai terminé les chaussettes de classe et j’ai toute une série des chaussettes beiges du dimanche à faire ou à réparer, et j’aurai voulu avoir terminé pour dimanche le chandail de Jacquie, je n’y arriverai certainement pas d’autant plus qu’il va falloir passer cette semaine deux jours à Nantes, je dois aller essayer la toile de mon manteau, et, comme il n’y a aucune place, en principe, avec Bretaudeau jeudi, je partirai dès le mercredi pour revenir jeudi soir ; ensuite il y aura les préparatifs de la Communion d’Yves… Jean et Jacquie arriveront samedi, ce qui leur fera deux jours de vacances ; tous en sommes bien contents. Pierre est très enrhumé cette semaine, il tousse beaucoup surtout la nuit, je l’ai encore fait sortir Jeudi pour aller chez Maman, mais il tousse toujours davantage depuis, aussi je le tiens au chaud, il ne paraît d’ailleurs pas très malade mais il fait un temps brumeux et pas bien chaud. Cela ne fait pas non plus l’affaire de mes petits poulets dans la couveuse, je suis obligée de chauffer beaucoup et de tenir la porte fermée ; ils mangent bien d’ailleurs et n’ont pas l’air malheureux, si je peux élever cette petite bande, cela représenterait quelques rôtis pour le mois d’avril prochain à l’époque où la volaille est rare…

Merdi

Hier, une journée délicieuse, une journée de printemps, je regrettais bien que mon petit Pierre de puisse profiter du grand air, mais il tousse et ne peux sortir. Dimanche soir les petits m’ont souhaité ma fête, chacun y est allé de sa fable ou de sa petite récitation, mais tout cela a été douloureux ; en ces jours de fête de ressens tès cruellement l’absence de mon petit Bernard…

Beaucoup de travail ces jours-ci, il faut que je remette à neuf un chandail à Yves pour sa Communion, et j’ai été bien dérangée hier.

Vendredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 5 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Deux jours de voyage, suis partie mercredi mati par le car, passé la mantinée à La Roche puis pris l’express pour Nantes, j’ai eu une journée et demie pour faire mes courses, suis revenue hier soir avec Bretaudeau, il y avait du brouillard, nous avons fait un voyage très pénible.

J’ai fait beaucoup de courses et beaucoup de magasins pour ne pas trouver grand-chose de mes cartes de textile, ce qui n’est pas très facile en vérité ; j’ai eu un peu de doublure pour des vêtements d’enfants, du tissu pour une culotte à Jean, une petite capuche pour Geneviève, j’ai eu des points et des livres pour garnir tous les souliers pour Noël et donner quelques étrennes mais toutes choses à des prix exorbitants.

Temps brumeux, il fait froid, Pierre a la coqueluche.

Dimanche 7 décembre

Yves fait demain sa première Communion, nous avons tâché de bien préparer sa petite âme à recevoir de grand sacrement, hier, il s’est confessé et il était tout heureux. Jean et Jacquie sont arrivés hier, ravis d’avoir deux jours de vacances supplémentaires. Michel arrive ce soir assister son filleul, nous avons aussi à déjeuner les Mignen et Tante Abel, aussi pour ne pas trop avoir à faire demain, j’ai tâché de faire le plus possible aujourd’hui, j’ai fait ce matin des bouchées à la reine dont plusieurs sont remarquablement réussies et un entremets au chocolat qui paraît très bon, si bien que malgré l’absence d’une cuisinière, je pense ne pas être trop bousculée. Il fait moins froid depuis hier et je respire… Pierre n’est pas très fatigué par sa coqueluche, il tousse encore beaucoup, mais n’a pas de quintes bien violentes, il n’a pas vomi ces deux derniers jours, et je trouve que, depuis hier, l’appétit reprend un peu, il est aussi plus gai ; espérons que cela passera sans trop le fatiguer.

Mardi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 9 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier la première Communion d’Yves, le petit chéri était bien mignon et bien heureux je crois, et pour Jacques et moi c’était un grand bonheur que d’accompagner à la Sainte Table notre quatrième trésor…J’avais un très joli déjeuner que j’avais confectionné seule, de très belles crevettes, des bouchées aussi réussies que celles des pâtissiers avant guerre, et à coup sûr bien meilleures, des poulets et surtout une marquise au chocolat vraiment délicieuse. J’étais ravi que tout soit réussi, que Jacques soit content, quant à mes deux grands, ils avaient vraiment l’air de se régaler, et cela les changeait agréablement des menus ordinaires de leurs collèges. Michel est parti ce matin ; hier soir, nous sommes allés au cimetière porter à notre petit Bernard du lilas blanc que Tante Madeleine avait envoyé pour Yves….

La guerre s’étend de nouveau dans le monde, l’Amérique est maintenant en guerre avec le Japon, c’est la terre entière en feu. Quand viendra le salut ?

Pierre est toujours fatigué par sa coqueluche, cependant joue gentiment, mais l’appétit manque totalement.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 10 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une matinée bien remplie, le rangement du bureau, qui n’était vraiment pas un luxe, les courses pour le ravitaillement, le soin du fruitier il y a aussi à soigner les petits poulets qui ont quinze jours aujourd’hui et sont bien vigoureux. Pierre me prend aussi bien du temps, quoiqu’il y ait peu de chose à lui faire, mais il faut jouer avec lui, lui chanter des chansons, et cela n’est pas de tout repos…

Les avions nippons ont survolé cette nuit la côte américaine.

Jeudi 11

Une journée de petite pluie fine, une de ces journées que j’aime bien l’hiver, parce qu’elle nous apporte le vent tiède et l’embrun de la mer, seulement ont patauge dans la boue et il fait bon, en rentrant, se sécher les jambes auprès du poële. Passé une partie de l’après-midi à faire des courses pour essayer d’obtenir quelque chose avec les points de nos carte textiles et je n’ai trouvé que des chaussons pour Jean et trois gants de toilette. Maman étant enrhumée, n’est pas venue aujourd’hui, j’ai passé la journée avec les enfants, j’ai fait écrire Yves ce matin aux personnes qui lui ont envoyé des cadeaux, maintenant Marie-Annick est là et tous jouent au nain-jaune aussi c’est un moment de tranquillité relative, seulement dans un quart d’heure il va falloir faire dîner Pierre et ce n’est pas un petit travail, il n’a guère d’appétit et c’est toute une cérémonie pour lui faire rentrer un peu de nourriture, il a heureusement assez peu de quintes, mais elles sont très violentes.

La marine anglaise a perdu ces jours derniers ses deux plus grands cuirassés ; la guerre fait rage à travers le monde, avec cette extension du conflit on peut se demander si les choses finiront un jour…..

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 12 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pluie encore depuis ce matin. Je me suis occupée de Pierre, j’ai soigné mes petits poulets et nettoyé leur éleveuse, fait une visite à Maman très enrhumée, j’ai confectionné un pâté de pommes de terre pour le déjeuner, trié des fruits, rangé bien des choses, maintenant Geneviève ne va pas tarder à rentrer de classe. Yves est au catéchisme et nous allons nous mettre à table.

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 14 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pierre est bien fatigué par sa coqueluche, il a de fortes quintes ; cette nuit cela l’a dérangé souvent et il a bien mal dormi, il vomit plusieurs fois par jour et ne s’alimente presque pas…. Hier il faisait un beau soleil et le temps était très doux, aussi je l’ai sorti un moment avant et après déjeuner, cela avait l’air de lui faire plaisir, mais il s’est fatigué très rapidement et en a eu vite assez… Geneviève et Yves sont bien. Yves m’a demandé à communier ce matin pour la seconde fois. Geneviève a rapporté hier soir une place de première dont elle était bien heureuse, elle a l’air de travailler maintenant convenablement et Bonne Mère est bien contente d’elle… Il fait très doux ; malgré l’humidité il ferait bon dehors, je ne sors guère à cause de mon petit, il me tient bien prise, quand il est fatigué, c’est toujours à moi qu’il a recours, il faut l’amuser, lui chanter des chansons, lui lire ou lui raconter des histoires ; c’est assez fatigant et je suis contente le soir d’avoir un bon moment pour lire et tricoter tranquillement…

Mardi 16

Pierre ne paraît pas plus fatigué, il a plutôt moins de quintes et mange un peu moins mal, seulement il va être terriblement gâté, car il faut s’ingénier à lui offrir ce qui peut exciter son appétit. Hier, il a goûté avec un peu de poulet et des pruneaux et comme je lui avais donné cinq pruneaux seulement, il en a réclamé deux à sa grand-mère en disant qu’il fallait bien lui faire plaisir puisqu’il était malade ; Il est aussi un peu ficelle !

Pluie diluvienne aujourd’hui. Jacques vient cependant de partir pour Les Lucs, il s’est bien équipé, cependant par un temps pareil la bicyclette n’est pas très confortable.

Je suis désolée de mes petits poulets, quatre ou cinq ont l’air de faire de la paralysie des pattes, ils ont les doigts tout déformés et peuvent à peine marcher. Je ne sais quoi y faire et j’ai peur qu’ils y passent tous ; moi qui étais si contente d’avoir de bonne heure quelques rôtis !

Dimanche 21

De nouveau froid, à deux reprises, le temps s’est couvert et aurait pu croire qu’il allait neiger… je n’ai pas sorti Pierre aujourd’hui d’autant plus que je suis un peu enrhumée et que je recherche la chaleur du poële…

Suis allé à Nantes jeudi, j’ai passé comme l’autre fois la matinée à La Roche, puis pris l’expresse pour arriver à Nantes vers deux heures, je suis allée pour commencer à la Visitation… pendant une journée et demie fait des courses et parcouru Nantes dans tous les sens pour ne pas trouver grand-chose. Je suis revenue vendredi soir harassée et pourvue d’un nouveau rhume. On ne trouve dans les magasins aucune des choses utiles qui seraient pourtant nécessaires ; on trouve des velours légers, des soieries très légères, des lamés, du tulle, de la dentelle… pas un mètre de lainage ou de cotonnade.

Hier, des courses à faire, des rangements, suis restée un moment dehors avec Pierre pour qu’il puisse prendre l’air ; sommes allés dîner chez Maman avec Jean Poupardin, Henri Félix et Madeleine de Baynast qui sont repartis tous trois ce matin.

Trouve Pierre tout de même un peu mieux il a plus d’appétit et surtout plus d’entrain…

Jeudi, jour de Noël

Bientôt la grand’messe. Jacques et les enfants vont y assister, tandis que resterai ici garder mes petits garçons. Nous avons tous assisté hier soir à la « Messe de Minuit anticipée » puisque que pour la seconde fois la messe de minuit se célèbre le 24 au soir, nous y avons eu las cantiques habituels de Noël et des chœurs de petites filles tout à fait charmants – dont Geneviève faisait partie - … Au retour nous avons dîné gaiement avec Pierre, qui est décidément bien mieux de sa coqueluche et avait demandé comme une faveur de dîner avec les grandes personnes ! puis une fois Pierre couché, les plus grands ont confectionné une jolie crèche, décorée de houx bien fleuri, de lierre, de mousse et de gui, une fois les enfants couchés, Jacques et moi avons garni les souliers ! Cette année le petit Jésus a apporté autant que possible des cadeaux utiles… Jean avait des sacoches de bicyclette et deux mouchoirs, ses frères avaient chacun deux mouchoirs également, Jacquie avait une trousse de toilette et un ceinturon de daim rouge, Geneviève avait une trousse de crayons et une petite capuche rouge qui lui va de façon charmante. Yves et Pierre ont chacun un jouet et il y a aussi des bonbons, des oranges, des truffes en chocolat ; je crois que beaucoup ne sont pas aussi gâtés qu’eux…

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 26 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Bientôt neuf heures, je viens de coucher mes deux petits et je m’installe auprès du feu pour une heure de tricot et de lecture. Je suis seule ce soir. Jacques est parti pour Nantes avec les trois aînés…

Hier un paisible jour de Noël, nous avions Maman à déjeuner et avons mangé un de nos élèves-poulets. Nous avons assisté aux Vêpres, eu une courte visite de Claude Bouliau, pour quelques jours à Palluau, ses parents sont maintenant à Cavaillon, et lui à l’école militaire d’Autun, repliée à Valence. Assisté ensuite à une représentation du patronage et passé un agréable après-midi ; Yves était impressionné au début par le drame de Botrel qu’on jouait : « La nuit rouge », mais à la fin, la pièce comique l’a tant fait rire que M. le Curé et M. Lucas, qui étaient placés devant lui, riaient de l’entendre.

Ce matin, il a fallu un peu presser les enfants pour qu’ils consentent à ne pas trop traîner en s’habillant, les filles surtout ! Préparer les tartines pour le voyage et les provisions à emporter à Nantes, si bien qu’après tout cela, la matinée a été vite passée. Tantôt promené un moment les enfants, le temps est beau quoiqu’un peu froid et prendre l’air leur fait du bien. Passé au cimetière sur la tombe de Bernard ; ces fêtes me font encore plus cruellement regretter son absence ; comme la Sainte Vierge, je voudrais moi aussi un petit bébé.

Dimanche 28

Temps de pluie depuis le matin, si bien que je n’ai pu, à mon grand regret, étrenner le manteau d’astrakan reçu hier soir ; je n’ai pu non plus faire sortir Yves, qui es enrhumé depuis hier et tousse pas mal. Je suis allée avec Jean et les filles à la Communion puis à la grand-messe. Nous avons eu Claude Bouliau à déjeuner, il vient de partir à bicyclette pour Nantes, il a du courage, il pleut et il est, à l’heure solaire, quatre heures moins le quart, si bien que dans trois quarts d’heure il va faire nuit…. Jacques et les enfants sont arrivés hier après-midi après un bon voyage… seulement Geneviève a trouvé moyen de s’enrhumer elle aussi.

Le soir tombe, je vais faire les tartines du goûter, puis ce sera l’heure d’allumer, Claude nous a donné de bonnes nouvelles de ses parents ; Pierre dirige un chantier de jeunesse à Cavaillon ; lui est à l’école militaire d’Autun, repliée à Valence ; la vie n’est pas toujours facile en zone libre paraît-il. Quant la France cessera-t-elle d’être coupée en deux ?

Pierre est mieux, ses quintes de toux s’espacent et l’appétit est bien meilleur.

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 29 decembre 1941, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves, ce matin, ne se sentait pas très bien en se réveillant, j’ai pris sa température : 38°3, j’ai demandé le docteur, mais en attendant, nous avons procédé à l’installation du petit malade, qu’il est il impossible de laisser dans une chambre non chauffée. Jacques a mis dans notre chambre un des divans des Sables et avec le poële allumé, la piève est bonne et Yves ne peut avoir froid. Le docteur est venu et lui trouve quelques râles à la base des poumons, rien de grave jusqu’ici, dit-il, mais il faut soigner tout de suite, alors nous avons repris la médication habituelle…. J’espère que ce ne sera pas trop grave, cela tombe si mal pendant ces vacances où il y aurait tant à faire avec les grands !

Mardi 30

Yves avait 38°8 hier soir et j’étais un peu ennuyée à l’idée d’une aggravation possible, mais ce matin après une bonne nuit, il avait 37°4 et j’espère que cette amélioration va continuer, seulement le froid est très vif ; pour la première fois de la saison, les vitres étaient de givre… Ce froid me rend malade et je n’en vis plus. Si je n’avais pas eu Yves malade je serais certainement allée faire faire à Pierre une bonne course, mais cela m’ennuie de laisser si longtemps mon petit garçon. Maman ne peut venir aujourd’hui, elle est occupée et, pour arranger les choses, Baptistine est malade ; les trois grands vont passer l’après-midi chez les Brachet, je resterai ici à tricoter en gardant mes petits garçons.

Mercredi main

Yves n’a pas de fièvre ce matin… la nuit a été bonne… Je pense lever Yves cet après-midi et ce sera toujours moins dur que l’a été l’après-midi d’hier avec Yves et Pierre dans la chambre.