Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche 4 janvier 1948
Jean nous a fait la grande surprise de nous arriver le soir du jour de l’An. Vers 4 heures et quart, nous étions réunis ici, sauf Jacques qui était à l’étude ; le téléphone sonne ; c’était Jean qui venait d’arriver par l’express de 3 heures et demie ; et, comme il n’y avait pas de car le soir, il demandait qu’on aille le chercher le plus tôt possible. Jacques est parti presque aussitôt avec la Simca, et, moins d’une heure après, le chasseur Jean Dugast débarquait ici. Nous avons pu le voir en uniforme, cela ne lui va pas mal, d’ailleurs. Il est venu avec nous faire la visite traditionnelle à Tante Abel, puis, tous les enfants ont filé, comme d’habitude, offrir leurs vœux aux Baron, puis Maman a dîné ici. La permission a été bien courte, puisque Jean nous a quittés hier soir pour dîner et coucher à Nantes ; il en repartira aujourd’hui vers 1 heure, pour dîner à Paris, et prendra le train à 9 heures 50 direction Strasbourg, pour être à Mutzig demain matin. Nous avons tout de même eu le temps de causer un peu, il a maigri mais l’appétit est bon et le moral paraît bon aussi. Il est reparti avec quelques provisions qui lui aideront à tenir le coup quelques jours, après quoi il faudra recommencer les colis.
Beaucoup de choses à raconter aujourd’hui et pas mal de lettres du jour de l’an à écrire, je ne sais pas comment je vais y arriver ; il faut que j’aille, d’ici vingt minutes, à la salle pour une réunion ; nous avons des visites à faire, et Maman et Jacqueline dînent ici… Les filles partent demain matin, Yves demain soir. Je suis tout de même arrivée à mettre leurs affaires à l’ordre… nous devons aller à Nantes mercredi, conduire Maman et Jacqueline qui partent pour La Haye… Ai été souvent dérangée au début de la semaine, suis allée lundi matin faire aux jeunes filles le petit cours qui m’avait été demandé… lorsque j’ai eu fini, il était d’ailleurs assez tard, les jeunes filles, très gentiment, on tenu à me garder à déjeuner. Suis allée ensuite chez Maman, mais suis rentrée assez tôt. J’ai pu avoir un moment tranquille pour lire et réfléchir… mardi, les jeunes filles sont venues me chercher pour aller au Moulin-Guérin ; il faisait un temps superbe, après la tempête de dimanche… mercredi, les jeunes filles nous ont invités à déjeuner, Jacques et moi, repas de cérémonie auquel assistait M. le Curé, Bonne Mère, Mlle Tenailleau etc… c’était très gentil ; les jeunes filles nous ont fait manger des gâteaux qu’elles avaient confectionné. Je suis rentrée ici assez tard, j’ai eu la visite des Frères de la Jamonière, des Sœurs de l’Hôpital. J’avais eu la veille la visite de Bonne Mère et de Mlle Violeau. J’ai été très heureuse de ces contacts avec quelques jeunes filles…
Le 1er janvier, sommes allés à la messe Jacques et moi, pour commencer l’année. C’est au début de l’après-midi, comme nous attendions la visite de M. le Curé, que nous avons eu la bonne surprise du coup de téléphone de Jean. Vendredi et samedi ne suis pas sortie, ou très peu, j’avais assez à tricoter ; La bronchite est mieux, mais hier soir les nerfs ont flanché…J’avais pu tenir jusque là, parce que j’avais toujours eu un moment de silence et de solitude, mais, depuis trois jours, j’ai toujours eu quelqu’un. Jacqueline est arrivée vendredi après-midi, elle vient chaque soir et causer ainsi sans cesse m’est très pénible… Temps très doux, une vraie journée de printemps, n’ai allumé le poële que vers 5 heures et demie, avec du feu toute la journée, il fait trop chaud.
Dimanche 11 janvier
Beaucoup à écrire aujourd’hui ; je ne sais pas comment j’y arriverai, car nous avons, si possible, à sortir pour faire quelques visites ; enfin comment Jacques est pris par le conseil curial, j’aurai peut-être un peu de temps à moi, avec les enfants sur le dos, bien entendu…. Dimanche dernier, je n’ai presque rien pu faire ; suis arriver à rédiger des invitations aux présidentes paroissiales, pour une réunion demain à La Roche ; Jacques et moi avons fait quelques visites ; Maman et Jacqueline sont venues dîner avec nous ; finalement nous nous sommes couchés pas trop tard, après avoir fait les préparatifs des filles le lendemain matin. Lundi matin, le départ a eu lieu par un bien lamentable temps, je ne suis pas sortie pour aller jusqu’au car, mais, quand je me suis rendue à la messe, j’ai eu toutes les peines du monde, à me rendre à l’église, tant la nuit était noire, et tant j’étais aveuglée par la pluie qui me tombait en pleine figure - Je m’aperçois que je suis en train de faire une erreur, ce n’est pas lundi, mais jeudi qu’il faisait si mauvais temps - Yves est parti pour Richelieu lundi soir, je compte le voir demain. Mardi, Maman et Jacqueline sont venues déjeuner, mais nous avions anticipé l’Epiphanie et tiré les Rois le dimanche ; on ne peut pas faire souvent de gâteaux, les matières grasses sont rares, et la farine et le sucre, et tout est rendu à un tel prix ! Mercredi, sommes partis à Nantes un peu après dix heures, une fois décidée, Maman paraissait très contente ; elle n’était pas allée à Nantes depuis la naissance d’Anne, et voulait se rendre compte des dégâts des bombardements ; nous l’avons installée dans le train ; elle n’a pas eu trop de peine à y monter, et nous avons su par une lettre, arrivée hier matin, que le changement à Angers n’avait pas été trop difficile, Jean de Baynast étant venu à leur aide. Avons déjeuné avec Jacquie, fait quelques courses, vu Geneviève de 4 à 5 heures, ne sommes pas rentrés trop tard, puisque nous étions ici avant huit heures. Vendredi, pluie toute la journée, suis sortie un moment pour parler à M. le Curé ; il y a des réunions de jeunes femmes à organiser, comment cela marchera-t-il ? Il faut toujours faire un essai. Hier, n’ai pas eu beaucoup de temps pour travailler ; suis allée le matin à l’enterrement de la mère de Charlotte Rocheteau, puis trié les pommes chez Maman…
Mercredi matin 14 janvier
Suis allée, avant-hier, à la foire de La Roche, non pas pour la foire qui ne m’intéresse pas tellement, mais parce que nous avons ce jour-là des réunions auxquelles je tiens à assister. Je trouve ces journées éreintantes, et, l’attente du car, matin et soir, particulièrement pénible… Il y a aussi des compensations : un agréable moment le matin dans le bureau de l’Abbé Sacré avec M. et Mme Michaud et Mme Robert-Jean-Yole. La réunion chez Mme Poirier-Coutansais est intéressante et fait du bien. Vu Yves un moment.
Dimanche 18 janvier
Une journée qui sera encore très chargée… après les Vêpres nous avons une représentation donnée par les hommes au profit des écoles ; Il faut bien entendu y assister, y acheter des gâteaux, qui n’ont rien de merveilleux, vue la pénurie de toutes choses, et faire monter les enchères. Jacquie est arrivée hier soir et repart demain matin. Cette journée ici fait plaisir. Dimanche prochain je resterai ici, Jacques sera occupé par les élections aux tribunaux paritaires….
Dimanche dernier, une visite de Pierre et de Geneviève Bouliau, ils sont restés longtemps, nous avons goûté ensemble, mais Jacques est rentré si tard du Conseil curial que nous n’avons eu le temps de faire aucune visite ; Lundi, foire de La Roche, donc journée bien remplie. Mardi, suis restée là toute la journée, mais, Marie étant absente, j’ai fait la cuisine le matin et reçu la visite du ménage Joseph Baron et de leur petite fille qui est bien mignonne ; Anne s’était mis dans la tête de voir Joseph pour qui elle a – sans trop savoir pourquoi – une affection très vive, aussi, comme elle n’était pas revenue de l’école au moment où ils sont venus, elle a décidé d’aller toute seule leur faire une visite, aussi elle y est allée avant de rentrer en classe, à la grande stupéfaction de tout le monde. Mercredi, suis allée voir Marguerite. Jeudi, temps à peu près convenable, fait faire une promenade à Anne, sommes allées au « pâtis aux moutons », où si souvent elle a dormi quand elle était petite. Vendredi, fait des visites tout l’après-midi, seule d’abord puis avec Jacques. Hier matin un enterrement… Le tantôt, suis allée à Pont de Vie, passée chez Mme Baron à l’aller, chez Mme Papon au retour ; suis allée chez Mme Dorion pour finir. Avec tout cela, mon tricot n’avance pas, j’ai tout de même fini les culottes de Jacquie, mais j’ai deux paires de chaussettes à faire pour Anne, plus quelques petits corsets – ceux qu’elle porte ont été fait pour Yves quand il était petit – il y a aussi un chandail pour Pierre, en chantier depuis longtemps… Mercredi, reçu une bonne lettre de Jean, tout à fait réhabitué à Mutzig ; il espère avoir une permission au début de février, après avoir défilé à Colmar, le 2 février, pour l’anniversaire de la Libération….
Lundi 19
Anne malade depuis hier soir. Au cours de la représentation elle s’est plainte d’une oreille ; après avoir essayé de la calmer et de la faire patienter, j’ai fini par la ramener ici avant la fin ; elle n’a pas voulu manger en arrivant ici, elle a au contraire vomi un peu puis s’est endormie. Ce matin 39°6. Jacques est à Fontenay pour la journée, je me sens un peu seule. Le docteur ne peut dire s’il y a otite ou non… elle est calme et bien mignonne, et n’a pas l’air de souffrir beaucoup. Hier soir, visite inopinée de l’Abbé Sacré et de l’Abbé Boucher ; ils sont venus nous retrouver au milieu de la représentation, puis nous les avons gardé à dîner ; j’ai bâclé en vitesse une salade de poulet, pommes de terre et œufs durs – nous avons acheté un gâteau à la pièce et tout a bien marché…. Ils étaient en Jeep et tous deux avaient belle allure.
Mercredi soir 21 janvier
Beaucoup de choses en ces quelques jours. Lundi, à 6 heures, Anne avait 39°2 et le docteur a décidé de la conduire au docteur Simonin. J’étais bien ennuyée, surtout Jacques étant absent ; l’après-midi, l’attente du départ m’a parue bien longue. Sommes partis un peu avant 6 heures et demie, Anne bien empaquetée dans des manteaux et couvertures. En arrivant à La Roche, avons croisé le car qui ramenait Jacques, il était loin de se douter ! Le docteur Simonin rentrait chez lui, l’opération n’a duré que quelques minutes (j’en ai encore des cauchemars, tellement j’ai eu mal et puis le docteur était un vrai méchant !) et nous étions de retour assez tôt. La petite chérie a bien dormi… ce matin… elle est nettement beaucoup mieux et fait le diable dans son lit ; Je pense que cela va vite s’arranger, mais j’ai hâte qu’elle se lève et puisse descendre. Marie n’était pas là aujourd’hui, aussi, pour Thérèse surtout, la journée a été un peu dure. Ecrit ce matin à Jean, aux filles. J’ai eu de la peine à finir pour partir à La Roche. A la Maison des Œuvres, journée très intéressante….
Vendredi 23
Huitième anniversaire du petit Bernard, et nous l’avons eu si peu… Anne est aussi bien que possible, je l’ai levée et elle est ravie, seulement elle se dispute avec Pierre.
Dimanche 25 janvier
Anne est aussi bien que possible, son oreille ne coule plus, l’appétit est bon, seulement, d’ici longtemps elle ne pourra sortir ; enfin le printemps viendra toujours. Nous avons pu nous réinstaller dans la salle à manger et c’est un soulagement, d’abord parce qu’il fait meilleur qu’en haut, ensuite parce que je suis plus près de la cuisine et mieux installée ici pour travailler. Seulement, après ces quelques jours de maladie, pendant lesquels il a fallu monter et descendre pas mal… je suis nettement fatiguée, avec mal à la tête et une tension nerveuse assez pénible. J’ai fait vendredi une réunion de jeunes femmes ; elles étaient quatorze, parmi les meilleures de la paroisse, elles ont eu l’air intéressées, mais reviendront-elles une autre fois ? Cela m’a coûté une nuit de sommeil coupé et préoccupé. Hier, l’auto ayant à aller à la Genétouze, j’en ai profité pour voir M. le Curé et essayé de relancer la Ligue, qui paraît défunte ; Il n’y a pas eu de résultat, surtout immédiat, peut-être faudra-t-il recommencer ?… En rentrant, suis allée à Sainte-Marie, demander à Mlle Tenailleau si elle ne voulait pas se charger de l’Entraide – résultat défavorable - … Suis passée ensuite chez Mme Bonnaud voir s’il ne conviendrait pas de prendre tout de suite des dispositions pour la kermesse de cet été ; je crains qu’elle ne veuille plus s’en occuper tellement cela l’a fatiguée l’année dernière. Dire que j’avais un peu compté sur elle pour les layettes que le Secours catholique me demande ! Après cela je n’en pouvais plus…
Une bonne lettre de Jean cette semaine ; il compte toujours – un peu – sur une permission pour le début de février…
Mardi matin 27
Avons été ennuyés par Anne, hier soir, elle se plaignait à nouveau de son oreille et pleurait ; il est vrai qu’elle avait très peur ; je n’étais pas inquiète, elle n’avait que 37°1…. Elle a assez mal dormi, je l’ai levée quand même, je suis toute seule ici, Marie est au mariage d’un neveu, Thérèse à l’enterrement de sa grand-mère, Jacques à la foire des Lucs ; notre déjeuner sera vite fait, à l’aide de la cuisinière électrique, et la fille, dans la salle à manger bien chauffée, sera tout près quand j’irai à la cuisine. Le docteur dit que cela vient du rhume, comment a-t-elle pu s’enrhumer, depuis plus de huit jours qu’elle n’est pas sortie ! Il fait un temps bien mauvais ce matin ; c’est à peine si l’on y voit, et il est plus de onze heures ; j’ai été obligée d’allumer tout à l’heure, pour faire le lavage d’oreille d’Anne. Lu hier soir l’histoire de Tobie ; il y a dans la Bible des choses ravissantes.
Vendredi soir 30 janvier
Anne a fait encore des siennes ces jours-ci ; mardi soir, elle s’est plainte de son oreille ; mercredi, elle était bien et j’ai pu sortir pour aller à La Roche… elle était gaie et pleine d’entrain. Hier matin, l’oreille continuait toujours de couler, j’ai demandé au docteur ce qu’il fallait faire, il m’a conseillé de voir Simonin. Passé une journée éreintante, des courses à faire, des gâteaux à préparer pour Jean – l’un d’eux a été raté – et monter et descendre pour voir la fille. Après déjeuner, Jacques allant pour quelques minutes aux Lucs, j’ai filé avec lui pour voir Mlle Parois ; en rentrant, fait le colis de Jean, puis nous sommes partis à La Roche. Jacques étant occupé, nous avons pris un conducteur, puisque je n’ai pas repris le volant. Simonin nous a ordonné deux jours de pénicilline, aussi j’ai pris le nécessaire à La Roche et le soir, le docteur, puis la Sœur ont fait les trois piqûres… (on me faisait des marques au stylo sur la cuisse, et j’avais le droit de garder les bouteilles de pénicilline pour jouer à la dînette) ce matin, l’oreille ne coule plus. Nous l’avons installée dans un petit lit dans la salle à manger, et elle est bien insupportable ; j’espère que dans deux jours elle pourra se lever. Beaucoup de travail ces jours-ci pour la Ligue et pour l’Entraide, comment faire pour stimuler ceux qui ne comprennent pas les souffrances des autres ?
Dimanche 1er février
Anne est aussi bien que possible, la pénicilline est vraiment un remède merveilleux. Dès vendredi la température est redevenue normale et l’oreille a cessé de couler, seulement, il a fallu la tenir au lit ces deux jours et cela a été vraiment pénible ; enfin, hier après-midi, nous avons emmené la fille chez Simonin, qui l’a déclarée guérie, aussi nous avons pu la lever ce matin, et cela est tout de même moins fatigant. Nous lui avions installé un petit lit ici, mais elle était quand même bien insupportable. Je suis vraiment fatiguée et les nerfs à bout ; il me faudrait quelques jours de calme et de paix, sans préoccupations et aussi un peu de solitude, ce qui n’est guère facile ces jours-ci, alors qu’il faut passer son temps à satisfaire les caprices d’Anne ; Quant aux préoccupations, elles sont multiples, sans compter celles de la maison, il y en a tant, concernant la Ligue, l’Entraide, les dossiers des mères de famille….. Avec cela je n’ai pu aller à la messe cette semaine, dimanche dernier, je me sentais très gênée et sur le point de faire de la bronchite, ne suis sortie que le moins possible.… Enfin, je vais tout à l’heure à la grand Messe et j’y retournerai demain avec Pierre pour la fête de la Purification… Jacques sera très pris aujourd’hui, et nous ne le verrons guère ; ce matin, conseil municipal et cet après-midi, tirage de la tombola pour la Société de Secours mutuel. Hier soir, nous avons eu une visite des Brachet, puis aussitôt après est arrivé Michaud, qui est resté jusqu’à 9 heures et demie, si bien que nous avons dîné ensuite tout à fait en vitesse et assez mal, heureusement que Thérèse s’était occupée des petits ; la visite a commencé à peu près bien, par des réclamations du député reçues par Jacques avec beaucoup de patience, puis une discussion a suivi, et s’est quelque peu prolongée (en tous cas, ils parlaient fort, et Papa écumait à la fin) ; tout cela fatigue Jacques et c’est vraiment pénible. Hier, après avoir vu le docteur, sommes passés à Richelieu voir Yves quelques minutes. Les pensionnaires viennent samedi sans doute pour les quelques jours de Mardi Gras, jusqu’à mardi soir ou mercredi matin sans doute. Jean va demain défiler à Colmar pour l’anniversaire de la Libération, il doit ensuite avoir une permission, mais ne sait pas à partir de quel jour ; il nous arrivera sans doute à l’improviste, mais sera toujours reçu avec joie.
Mardi soir, 3 février
Jacques est sorti, il a été invité ce soir au cercle paroissial, les enfants dorment, je vais monter me coucher. Pluie une grande partie de la journée ; le temps est très doux ; j’aurais envie, même s’il pleuvait un peu, de faire une grande promenade sur n’importe quelle route… Seulement Anne ne sort pas, je reste le plus possible avec elle, cela arrange assez bien mon tricot, seulement il a fallu, toute une partie de l’après-midi, lui lire « Les Malheurs de Sophie »… Hier matin, Pierre et moi avons assisté à la grand’messe de la Chandeleur, première offrande du Christ à son père…
Mercredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 4 fevrier 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier, Anne était très bien, et mignonne au possible, elle courait, riait et jouait de tout son cœur, redemandant d’autres tartines d’une certaine confiture qu’elle trouve très bonne, et, cette nuit, voilà qu’elle a commencé à se plaindre de l’oreille droite ; ce matin 39°5 ; j’ai redemandé le docteur ; il a préféré que nous voyions Simonin, et a lui-même téléphoné pour que nous soyons reçus aujourd’hui mercredi. La journée a été longue et dure, la petite chérie était un peu moins abattue ce soir, mais toujours très mignonne, très courageuse, alors qu’elle pensait bien être opérée ce soir. Elle a dormi un peu tantôt ; nous avons lu des histoires, causé toutes deux. Un peu après 6 heures et demie, Jacques nous a emmenées à La Roche, et on lui a ouvert le second tympan ; j’espère que cela ira mieux maintenant, mais pourvu qu’il ne lui arrive pas autre chose, le docteur lui trouve la gorge en mauvais état…
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 6 fevrier 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Dès hier matin la fièvre était tombée, et l’oreille a cessé de couler hier après-midi ; nous avons couché Anne dans la salle à manger ; elle était aussi bien que possible mais infernale ; la journée d’hier a été infernale et celle d’aujourd’hui ne l’est guère moins, car je suis très fatiguée, et n’ai de goût pour quoi que ce soit….
Dimanche 8 février
Anne est aussi bien que possible, et j’espère que, pour cette fois ci, les misères sont finies, jusqu’à la prochaine fois ; elle a maigri, mais elle est gaie et l’appétit est très bon ; si seulement il faisait beau, elle pourrait sortir, et cela lui ferait du bien. Vendredi, une journée un peu plus calme, Anne s’est levée dès le matin, a joué dans la salle à manger, et n’a presque pas demandé de lui lire des histoires, mais jeudi, toute la journée a été particulièrement pénible, d’abord la fille était au lit, sans fièvre, mais complètement enragée… et poussait des cris stridents pour un rien. Il y avait pas mal de soins à lui donner, lavage d’oreille, cataplasmes, comprimés de Rubiajol (avec de la confiture), suppositoires de bismuth ; tout cela prend beaucoup de temps, surtout lorsqu’il faut lutter tout un moment pour chaque chose. Le matin, une lettre de Jean, nous disant que sa permission n’étant pas fixée, il ne savait pas si il viendrait au début du mis ou à la fin, je me suis donc mise à lui confectionner des gâteaux pour un colis et lui ai garni une boite avec de la confiture, du beurre, les petites galettes, du chocolat, un saucisson et une petite boite de thon ; S’il lui faut passer Mardi gras à Mutzig, il aura quelque chose à se mettre sous la dent ! Cette lettre m’a tout de même déçue, je comptais bien un peu sur lui ces jours-ci ; Il a fallu aussi m’occuper d’un morceau de cochon arrivé la veille de chez Boisliveau ; j’ai expédié un gros rôti aux Granger. Bref, j’ai eu une journée très remplie, sans guère de repos, et, le soir, Anne étant aussi bien que possible, nous l’avons laissée à Thérèse et sommes allés à la dernière représentation donnée par les hommes. Nous sommes couchés à 1 heure, levés à 6 heures et demie pour la Messe du 1er vendredi du mois, j’étais plutôt lasse et pas très en forme ; je suis encore maintenant si déprimée par ces trois semaines…. Cela s’arrangera sans doute avec un peu de repos, mais je souhaite que ce soit le plus vite possible ; Hier matin, Yves nous est arrivé, un peu avant huit heures. Il a trouvé que le car, arrivant ici vers 8 heures et demie, était trop tard, aussi, il a pris l’autorail qui part de La Roche à 6 heures 10 et arrive à la Genétouze quelques minutes après ; il a fait ensuite ses cinq ou six kilomètres avec sa valise au bout des bras ; heureusement que le temps n’est pas mauvais. Je me suis débarrassé sur Yves du soin de lire des histoires à Anne et j’ai pu faire pas mal de choses et écrire à Maman. Les filles sont arrivées dans l’après-midi vers 5 heures ; elles ont copieusement goûté en compagnie d’Yves, aussi, pour dîner, elles n’avaient plus très faim. Aujourd’hui nous leur avons servi un bon déjeuner, mais regrette tellement que Jean ne soit pas là. Vendredi, réunion de la Ligue pour le bourg ; nous étions bien peu nombreuses, et, faute de place, avons fait notre petit cercle dans le garage de M. le Curé. Aujourd’hui, réunion pour la campagne, elles sont venues un peu plus nombreuses….
Visite ensuite de Sœur Marie Saint Clément ; elle avait avec elle une de ses « Mères supérieures », venue remercier Mlle Honoré et Fernande de l’aide qu’elles ont apporté à la communauté pendant la guerre, causé assez longuement… Sommes allés ensuite à la Bizière, deux visites promises depuis longtemps, sommes restés longtemps chez Rocheteau ; parlé de beaucoup de choses… Il a fallu prendre un verre de vin – pour les hommes – un café crème, des botrots, des petits gâteaux, un verre de liqueur chez Berthomé. Là, vu toute la famille….
Mercredi 11 février
Les vacances sont terminées et les enfants tous repartis, Yves hier soir et les filles ce matin, de nouveau la maison est plus calme… Anne est encore au lit… Il s’agissait cette fois-ci de glandes infectées au cou, il faut poursuivre le traitement désinfectant quelques jours encore… Ce matin, cérémonie des Cendres, c’est aussi l’anniversaire de la première apparition de Lourdes ; le vingt-huitième anniversaire de la mort de Simone…
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 13 fevrier 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Journée tout de même meilleure hier ; Anne a joué avec Pierre, s’est disputée aussi, mais, d’une façon générale a été moins pénible que ces jours derniers. Après une matinée de pluie, l’après-midi a été superbe et Pierre a pu travailler dans le jardin avec Albert, ce qui l’intéresse toujours beaucoup…. Une visite d’Odile hier soir.
Dimanche matin 15 février
Un temps ravissant ce matin, on se croirait presque au printemps, les jours allongent…. Il ne fait pas froid ; c’est merveilleux, Anne a commencé à sortir hier ; elle ira tout à l’heure dans la cour, devant la porte de la cuisine, quand le soleil aura monté et chauffera un peu….Lundi, je suis allée à la foire de La Roche, mais pas toute la journée, parce que je n’avais pas assez à faire. Jacques y est allé en auto dans la matinée, et je suis partie avec lui, déjeuné chez les cousines, et suis revenue ici par le car de 5 heures. Passé la matinée chez le dentiste… déjeuné donc chez les cousines, en compagnie d’un ménage d’Aizenay ou d’Apremont – onze enfants – Suis allée ensuite à la réunion habituelle chez Mme Poirier-Coutansais – qui attend pour la fin du mois prochain son treizième enfant – Vu Mme Lesaffre, Pierre fait, à son œil blessé, du décollement de la rétine, il est en clinique à Nantes, et on ne sait comment les choses vont tourner… Mardi, ne suis sortie qu’un peu pour aller à l’église. Avons fait des crêpes pour le goûter des enfants, mais Geneviève ne les avaient pas très bien digérées le lendemain pour partir, cela s’est arrangé depuis ; Hier, sommes allés à Nantes, Jacques et moi, Jacques avait une affaire à Pont-Rousseau, aussi nous nous sommes invités à déjeuner chez les Pierre Bouliau, ils ont au second étage d’un château, un appartement assez grand – 6 ou 7 pièces – et très ensoleillé, avec une vue charmante, d’un côté sur la campagne, de l’autre sur Nantes, on aperçoit même, devant le dôme de Saint Louis, les bateaux dans le port ; tout y est bien pratique et facile à chauffer ; en même temps, c’est tout près du tram pour aller en ville, et parfaitement calme et paisible. Je suis revenue ensuite avec eux à Nantes, et nous sommes allés à Chavagnes voir Geneviève. Avons goûté ensuite chez Mère avec Jacquie qui revient plus tôt le samedi soir. Cela m’a fait une journée de détente extrêmement reposante, j’ai bien avancé le chandail de Pierre, commencé depuis octobre et sans cesse remis pour des travaux plus urgents. J’ai presque fini le chandail d’Anne, il ne reste plus qu’à lui terminer le col et le coudre ; je lui tricote également des petits corsets en lin, ceux qu’elle a hérité d’Yves sont en triste état….
Jeudi matin 19 février
Dimanche, une journée radieuse, chaude et ensoleillée, une journée de printemps ; j’ai sorti Anne un moment dans l’après-midi ; elle avait déjà joué un moment dans la cour le matin, et elle était ravie de courir au grand air. Lundi, il faisait un peu plus froid, cependant elle est sortie dans la cour le matin et au début de l’après-midi. Ce jour-là, je suis allée au Recrédy…. En rentrant, j’ai trouvé la fille de nouveau malade, elle avait 39° et souffrait beaucoup, de nouveau, de ses glandes. Le mardi matin encore 38°6, la journée cependant a été meilleure, Anne était moins abattue que le veille, elle jouait et chantait ; le docteur a ordonné de lui faire du vaccin en piqûres, aussi Sœur Germaine vient lui en faire une tous les trois jours, si seulement cela pouvait la débarrasser ! Hier et aujourd’hui, temps détestable, du soleil, mais un vent glacial bien pénible…
Dimanche matin 22 février
On a peine à croire qu’il faisait si beau dimanche…. Nous avions 5° ce matin dans la salle de bains, ce qui est le plus ennuyeux, c’est que le service d’eau est gelé dans tout le fond de la maison, à partir du cabinet de toilettes de garçons, et que, au dégel ce sera la catastrophe. Depuis vendredi, le vent s’est calmé, mais le thermomètre ne monte pas…. Je suis sortie faire quelques petites courses ; c’était curieux de voir comme le temps changeait brusquement après quelques moments où le soleil brillait, je me trouvais dans une tourmente où l’on ne distinguait plus rien, mais cela ne durait pas. Hier, il est tombé quelques flocons de neige, mais cela n’a pas duré… Anne est bien depuis mercredi ; cela va-t-il durer ; elle a de nouveau les glandes très grosses et un peu douloureuses ; je lui mets de l’Ioden ???, elle prend de l’huile de foie de morue ; la sœur Germaine est venue ce matin lui faire sa troisième piqûre…. Il faudrait que j’aille à La Haye chercher Maman, mais je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire, d’abord cela m’ennuie de laisser Anne qui n’est pas tellement guérie, ensuite il fait bien froid pour se mettre en route et enfin Jean n’est pas encore arrivé. Voilà quinze jours que nous l’attendons, et toujours personne ! Chaque soir, au moment où arrive le car, on se demande si le garçon ne va pas débarquer, et toujours personne. Jeudi matin, pas de lettre, cela nous donnait un peu d’espoir, mais la lettre est arrivée vendredi ! Je ne suis pas beaucoup sortie, on ne peut laisser Anne seule, et Thérèse n’a pas toujours le temps de la garder. Mercredi, suis allée voir Mme Dorion… vendredi fait quelques courses, hier aussi, mais je me pressais pour rentrer plus vite et faire du thé bien chaud pour Pierre au retour de l’école. Passé beaucoup de temps à tricoter, cela m’arrange, et je ne peux guère laisser Anne pour aller ranger des armoires ou autre chose du même genre, d’ailleurs, les chambres sont tellement froides que je n’en aurais guère le courage. Fini le chandail d’Anne, deux petits corsets sont presque terminés ; j’ai terminé une paire de socquettes de laine à Jacquie, commencée depuis longtemps, et mis en ordre trois autres paires de socquettes de coton, j’ai un peu avancé le chandail de Pierre et commencé à refaire le dos de ma veste en laine, vraiment trop étroite….
En rentrant de la grand’messe, j’ai trouvé Anne sur les genoux de son Papa, elle ne semblait pas très en train et n’a pas déjeuné, ou presque pas. Pendant les Vêpres, elle était visiblement fatiguée, je lui ai pris sa température, je l’ai couchée dans son lit, mais les glandes sont de nouveau très gonflées, je ne sais plus que faire !…
Mardi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 24 fevrier 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Dimanche à 6 heures, Anne paraissait mieux. Hier matin 36°8, elle a été très bien, mais ses glandes sont toujours gonflées, quoique moins douloureuses ce matin… Hier matin, au réveil, une légère couche de neige, tout a fondu au soleil dans l’après-midi…. Il fait réellement froid. Il faut que j’aille à La Roche tantôt, et cela ne me dit pas grand chose.
Vendredi soir 27 février
Après des jours de froid très durs qui viennent d’être traversés, nous avons eu un temps radieux. Anne a pu sortir et elle était ravie ; depuis dimanche, pas de fièvre, mais les glandes, du côté droit, sont toujours gonflées et douloureuses. On continue les piqûres, on lui donne de nouveaux médicaments, espérons que cela va s’arranger. Suis allée à La Roche mardi, vu Yves qui viendra jeudi prochain, fait bien des choses, n’ai pas été trop fatiguée, le froid était moins rigoureux. Des choses ennuyeuses au sujet de la collecte pour les sinistrés de l’Est ; je suis prise entre le Secours Catholique et les curés du canton et ne sais plus quoi dire. Mercredi, suis sortie un peu ; hier matin, fait des courses ; pas de poisson au marché, cela n’arrange pas les choses. Aujourd’hui, fait la cuisine, Marie étant absente, et fait un gâteau pour Jean, qui ne sait pas quand il aura sa permission…. En Tchécoslovaquie, des évènements très graves qui pourraient bien compromettre la paix. Dans ce cas, plus de permission – on n’ose songer au reste - … Cet après-midi, une réunion pour les jeunes femmes ; il y avait un bon petit noyau.
Dimanche matin 29 février
Meilleure semaine ; depuis longtemps Anne n’avait pas passé huit jours sans un accès de fièvre ; ses glandes sont toujours grosses, mais l’appétit est bon et la fille gaie et pas trop exigeante. A force de remèdes et de soins, tout va peut-être finir par s’arranger. Nous avons eu deux belles journées après le froid de la semaine précédente, une douceur printanière ; les enfants ont pu jouer dans la cour et en étaient ravis ; le printemps va peut-être bientôt venir ; En attendant, la gelée a fait beaucoup de mal ; les choux, les salades de printemps sont gelées et toute la plate-bande est à refaire ; le beurre et le lait sont plus rares que jamais ; nous n’avons de nouveau qu’un petit demi-litre pour les enfants, et encore au Moulin-Guérin ; quant au beurre, il n’y en avait jamais si peu que cette semaine, si je veux faire jeudi le gâteau des 5 ans d’Anne, il faudra en acheter au Petit Jésus ; Hier Jacques est allé chercher un quart de cochon chez Martineau, mais le quart en question était si petit qu’il y aura à peine de quoi manger. Depuis dix jours, pas de poisson ni de coquillages. Tout cela n’arrange guère le ravitaillement. En attendant, Jean n’arrive jamais, et viendra-t-il seulement ? Jacquie viendra mercredi, Yves jeudi matin ; Anne en est tout heureuse, mais les autres nous manqueront bien ! Ne suis guère sortie tous ces temps-ci, n’osant pas laisser Anne, surtout quand il fait froid et qu’elle ne peut circuler partout ; il y a quinze jours que je promets une visite à Radegonde Gendreau, sans avoir pu y arriver. Fini un des petits corsets d’Anne, il n’y a plus que les boutons à coudre, l’autre sera aussi bien vite fini. Le dos de ma veste est bien avancé, mais je me demande quand je pourrai aller chercher Maman à La Haye…
Dimanche soir 7 mars
Très prise tous ces temps-ci, la semaine a été vite passée et je n’ai guère pu écrire. Dimanche soir Menine est arrivée pendant que nous dînions, elle arrivait avec sa sœur et son beau-frère, et devait dîner et coucher chez Mme Gendreau, seulement, elle s’invitait à déjeuner pour le lendemain. Lundi matin, je suis allée en vitesse chez Maman faire le jambon avec l’aide de Marie et fait ensuite rapidement le déjeuner, afin de pouvoir être libre un moment avant quand Menine viendrait. Nous l’avons laissée peu après le déjeuner pour aller à La Roche, Jacques et moi. Mardi, mercredi, ne suis pas sortie ; en raison du beau temps, je me suis réinstallée dans le bureau et fait le déblayage de tout ce qui était amassé ; cela fait un fameux travail. J’oubliais que mardi soir, suis allée dans les deux écoles demander les certificats de scolarité qui m’étaient nécessaires pour les dossiers de mères de familles. Mercredi soir, Jacquie est venue à peu près pour dîner ; Anne était ravie. Jeudi matin, une lettre de Jean disant qu’il n’aurait sans doute pas de permission avant le mois de mai. La déception a été plutôt dure, pour lui aussi, sûrement. Yves est venu à midi et demi ; nous avons déjeuné et mangé le gâteau aux 5 bougies de Tachou… Nous avons reconduit Yves le soir et fait quelques courses à La Roche. Vendredi, réunion de la Ligue, ce matin aussi, mais il ne vient guère de monde ! Vendredi soir, Madeleine a téléphoné que Mère était grippée ; Madeleine avait fait une grosse grippe les jours précédents, aussi, je suis allée hier voir ce qu’elles faisaient ; Mère ne paraissait pas plus mal. J’ai marché beaucoup et étais lasse hier soir ; j’ai eu aujourd’hui une journée chargée….
Angers, mercredi soir
Une journée très dure dimanche, j’étais affreusement lasse et lundi la foire de La Roche a été pire, depuis le départ avec trois quarts d’heure de retard jusqu’au retour du car à 7 heures 20. J’ai couru, dans la matinée, du dentiste à Richelieu puis à la Maison des Œuvres où j’ai vu l’abbé Sacré et Mme Michaud. L’après-midi, une bonne petite réunion chez Mme Poirier-Coutansais, la bibliothèque paroissiale, dentiste, couturière et quelques courses ; cela a fait une journée très remplie. J’étais vannée en arrivant, et Jacques m’a annoncé qu’il était grippé et ne se sentait pas bien… Sur sa demande, j’ai quand même fait mes préparatifs de départ. Hier soir il avait 38°5, le docteur, cependant, n’a pas trouvé de bronchite. Ce matin… je me suis quand même mise en route, car il se sentait mieux. Fait bon voyage jusqu’ici, dans d’excellentes conditions ; Madeleine était à la gare, nous sommes sorties un peu en ville et avons bien causé…
La Haye, vendredi matin 12.
J’ai eu hier matin, par M. Baron, de bonnes nouvelles de Jacques, il n’avait pas de fièvre et comptait se lever pour déjeuner ; Anne était sage, il y avait une lettre de Jean, qui ne compte guère sur une permission avant juin, tant de choses pourraient se passer d’ici là ! Suis sortie un peu avec Madeleine, hier matin l’ai accompagnée faire ses courses ; avons déjeuné tranquillement car les garçons sont allés retenir ma place dans l’auto-rail et Claude a conduit mes valises dans sa poussette, si bien que tout a été très confortable ; Fait bon voyage, il n’y avait pas beaucoup de monde ; Jacqueline m’attendait à la gare, nous avons mis les valises en consigne à la gare routière et sommes allées goûter, cela m’a fait du bien. Le car est à 6 heures et marche bien…. Me suis couchée de bonne heure ; je n’aime guère veiller, alors que les Granger prolongent volontiers les heures du soir. Déjeuné ce matin dans ma chambre, mais je tâcherai d’aller demain à la messe… Il fait beau, pas bien froid.
Samedi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 13 mars 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Les journées me paraissent un peu longues ; je n’ai pas grand-chose à faire ici ; je tricote beaucoup, j’ai fait plus d’un caleçon pour Yves, je lis aussi. Nous sortons un peu, Jacqueline et moi, hier, nous avons emmené Maman jusqu’à la Creuse ; tantôt, sommes allées, Jacqueline et moi sur les coteaux en direction de la route de Ligueil… Ce soir, Jacqueline a joué du piano : La Cathédrale engloutie, un peu de Liszt, La Pathétique ; je ne peux dire quel plaisir cela m’a fait, je suis si privée de musique depuis longtemps, alors que, pendant des années, nous avons baigné dans la musique ; Un peu avant la fin, Jacques m’a appelée au téléphone ; il n’avait pas reçu ma mettre d’hier et se demandait ce que je devenais et quand je rentrerais….
Dimanche matin 14 mars
Suis allée ce matin, avec Maman et les Granger, à la messe de huit heures, peu de monde, aucune liturgie, une messe basse vite expédiée… j’aime mieux les dimanches chez nous, ces journées un peu trop pleines, un peu bousculées, comme d’ailleurs j’aime mieux ma vie bien remplie que celle, un peu vide, que je mène ici, bien que ces quelques jours de repos et de détente me fassent du bien. Toujours du beau temps, un peu froid.
Mardi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 16 mars 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier matin, ciel sombre et pluie fine… Dimanche, suis sortie avec Jacqueline et Mme Paugam, sommes allées sur la route d’Abilly et nous sommes assises sur un coteau où il faisait bien bon au soleil…. Le soir, un film quelconque ; l’acoustique était mauvaise et l’on entendait rien ! Que les dimanches ainsi vécus sont vides !…
Le Poiré, jeudi matin
De retour ici, après un voyage, hier, quelque peu fatigant. Tout s’est cependant bien passé ; Jean et Jacqueline nous ont installées dans l’autorail. A Angers, Madeleine de Baynast et son mari nous ont aidées à changer de train. A Nantes, tout s’est bien passé également. Jacques n’avait pu venir au-devant de nous à la gare de La Roche, si bien que j’ai été obligée de parcourir la ville à sa recherche, et nous sommes rentrés ici qu’à 6 heures. Vu Yves, il vient mardi matin, les filles mercredi. Mardi, passé une partie de l’après-midi chez Mme Paugam.
Dimanche matin 21 mars – Rameaux
J’ai rangé jeudi matin ce qui pouvait traîner dans la maison, et repris un peu les choses en main ; l’ouvrage ne manque pas, heureusement Anne passe une bonne partie de ses journées chez Grand-mère, où tout est nouveau pour elle, après deux mois et cela me soulage agréablement du temps où il fallait rester enfermée avec elle dans la salle à manger lui lire des histoires ou lui chanter des chansons. Je suis tout à fait installée dans le bureau ; c’est tout de même pus commode d’avoir tout sous la main pour écrire ou travailler sans encombrer cette pauvre pièce qui, l’hiver, sert à tout faire, certains après-midi, je suis encore obligée de faire du feu, et le soir aussi, mais le printemps sera vite là désormais ; Aujourd’hui, les Rameaux, nous aurons tout à l’heure la bénédiction des buis et la traditionnelle procession au cimetière. Puis commencera la Semaine sainte… Pendant mon voyage à La Haye, dans le train, dans le car, à Angers, à La Haye, entre autres, j’ai tricoté presque trois caleçons pour Yves, les ai terminés vendredi et cousus hier ; il faut maintenant me mettre aux socquettes de printemps… Cela met encore une fois en panne la veste que je veux refaire, et le chandail de Pierre qui, une fois repris, se transformera peut-être en chandail de printemps, avec les manches au coude. Demain, nous allons probablement aux Sables, Jacques et moi, pour la journée et à partir de mardi, les enfants nous arrivent ; Il me faudra me coucher plus tôt, la messe du matin est avancée à partir d’aujourd’hui – régime d’été – et si je ne dors pas, je serai claquée à la fin des vacances. Jeudi matin, une lettre de Jean, il nous donne son adresse à Strasbourg – école des sous-officiers – il nous raconte l’excursion de deux jours qu’ils ont pu faire au Champ du feu et à Sainte-Odile, il en était ravi… Vendredi, fête de Saint-Joseph, assisté à la grand-messe, et prié tout spécialement pour M. l’abbé Hidier, dont c’était l’ordination ; il a été pour nous un si charmant compagnon de voyage…
Dimanche 28 mars Pâques
Pas eu le temps d’écrire de toute la semaine, tellement j’ai eu à faire… Lundi, sommes allés aux Sables, Jacques et moi ; je n’y étais pas allée depuis octobre, mais maintenant que les jours sont plus longs, et le temps plus doux, nous y retournerons de temps à autre, sans doute, pour commencer, après les vacances, faire prendre à Anne l’air de la mer. Avons vu les ouvriers, examiné un peu la maison ; suis allée voir Mlle Chalard, que j’ai trouvée fatiguée… Mardi matin, Yves nous est arrivé à la première heure, c’est-à-dire par l’autorail qui passe à la Genétouze vers 6 heures 20, il a fait le reste du trajet à pied, sac au dos et est arrivé un quart d’heure après le car qui quitte La Roche vers 6 heures et demie. Suis allée chez Maman dans l’après-midi. Des rangements chaque matin, il y en a beaucoup à faire ! Mercredi après-midi, passé chez Mme Dorion, puis suis allée faire au Plessis une visite promise depuis longtemps ; j’étais rentrée depuis peu quand Geneviève est arrivée ; nous sommes allées toutes deux goûter chez Grand-mère. Jacquie est arrivée le soir par le car, comme nous venions à peine de nous mettre à table. Jeudi matin, suis allée à l’office, il y a longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Nous avons eu à déjeuner un inspecteur de l’enregistrement, aussi cela a donné quelques petits préparatifs pour le déjeuner. Ce jour-là, lettre de Jean, lui ai écrit et envoyé un colis ; avec la visite à l’église et une minute chez Radegonde Gendreau, cela m’a pris presque tout mon après-midi. Vendredi, l’office, qui est si beau ; en rentrant, examiné la garde-robe des filles pour voir ce qu’on pourra en tirer, toutes les robes de Geneviève sont trop courtes ! L’après-midi, acheté des souliers à Geneviève, des sandales à Yves et suis allée faire un chemin de Croix… Hier matin, office du Samedi Saint, auquel je tiens tout particulièrement, des courses ensuite ; suis allée chez Maman hier après-midi ; Yves a été très enrhumé, il avait encore mal à la tête hier, aujourd’hui cela va mieux mais Jacquie a mal à la gorge, elle avait sûrement de la fièvre… je lui fait des badigeonnages sur les amygdales – ou ce qui lui en reste – elle en a une telle habitude ! Je tricote tant que je peux, j’ai fait des socquettes et presque fini les gants de Jacquie… Aujourd’hui Pâques – le temps splendide ces jours-ci – presque un peu trop – s’est assombri, peut-être pleuvra-t-il ; ce serait à souhaiter pour toutes choses….
Dimanche 4 avril
Semaine encore bien remplie, et déjà les vacances de Pâques s’avancent, puisque les enfants nous quitteront vendredi matin. Dimanche dernier, jour de Pâques, sommes allés à la grand-messe, les enfants et moi ; Jacques n’a pu déjeuner avec nous, il était requis à Saligny pour décorer de vieux employés municipaux, et invité à déjeuner ensuite, seulement il est revenu de bonne heure, pendant les Vêpres, et, le temps s’étant à peu près remis, nous avons pu faire une promenade ensemble, celle du Pré-Curé faite si souvent avec Pierre, et revenus par la vigne de la Montparrière. Après dîner, cinéma, le film n’était pas mal, et a ravi les garçons. Lundi, impossible d’aller aux Sables, comme nous l’avions espéré, d’ailleurs il ne faisait pas bien beau. Sommes allés à la grand-messe, puis chez Maman l’après-midi. Mardi, rien de nouveau ; Mercredi, fait venir Marthe Fournier pour examiner la garde-robe des filles ; nous avons tiré des plans pour utiliser le plus de choses possible avec le moins de frais possible. Le soir, fait quelques visites, Jacques et moi, il faisait un temps affreux, de la pluie glaciale, un grand vent ; nous avions vaguement le projet de partir aux Sables le lendemain matin, et cela paraissait assez douteux. Dans la nuit, cela a tourné franchement à la tempête d’ouest, avec belles éclaircies et giboulées, aussi nous avons pris le matin le car pour Les Sables. Arrivés vers 11 heures, je me suis mise à faire le déjeuner, les enfants sont allés au marché, ont acheté des légumes et du poisson pour le soir. Après déjeuner et la vaisselle faite, suis allée voir Mlle Chalard que j’ai trouvée mieux, pendant ce temps, les enfants sont allés au Puy d’Enfer, ils désiraient de la tempête, et vraiment ils ont été servis ; la mer était splendide. Jacques est venu dîner le soir, ainsi que Tachou. Le lendemain, fait un déjeuner rapide, puis sommes tous allés à La Chaume, voir la mer sauter par-dessus la grande jetée ; marché ensuite presque jusqu’au sémaphore ; c’était très beau et les enfants s’amusaient à courir dans le vent après les paquets d’écume. Sommes rentrés terminer le déjeuner, puis Jacques est sorti, les enfants ont fait aussi un petit tour, j’ai tout remis en place et Jacques nous a conduits, Geneviève, Pierre et moi, prendre le car de 5 heures, ils étaient arrivés un peu avant nous. Nous avons eu de la chance, depuis il fait beaucoup plus froid puisque nous avons dû recommencer à faire un peu de feu chaque soir. Ce matin il pleut encore…
Dimanche 11 avril
Jour après jour je suis toutes les phases de la maladie de mon cher petit bébé, il y a huit ans… Les lilas blancs ont fleuri cette semaine… J’ai envoyé les enfants en porter au cimetière. Ni les uns ni les autres ne gardait un souvenir très net du petit frère si tôt parti…
J’ai eu beaucoup à faire cette semaine et pas du tout le temps d’écrire. Dimanche nous avons eu une triste journée, temps pluvieux et froid ; il a fallu dès l’après-midi faire du feu dans la salle à manger ; l’abbé Hidier nous est arrivé vers 7 heures, nous avons eu grand plaisir à la revoir et à connaître ses parents ; Le dîner s’est bien passé, Jacquie nous avait même fait de bonnes tartes aux pommes ; nous avons beaucoup causé, regardé des photos d’Italie et évoqué quantité de bons souvenirs. Lundi, c’était la Confirmation… J’ai tenu à assister, bien qu’il m’ait été très dur de voir dans les rangs certains enfants de l’âge de mon petit Bernard, mais j’étais très désireuse de faire bénir ma petite fille et d’écouter les paroles de notre évêque. Pendant la cérémonie, le temps s’est dégagé, le soleil a paru mais le vent est resté très froid ; nous sommes cependant allés à l’école des filles où Monseigneur devait être reçu…. M. le Curé a invité Jacques à déjeuner avec Monseigneur. Je suis allée dans l’après-midi chez Maman avec les enfants… j’étais lasse physiquement et moralement…Le soir, Jacques m’a rapporté quelques mots de Monseigneur qui m’ont fait du bien et rendu du courage. Mardi matin, j’étais encore si lasse que je n’ai pu assister à la messe… L’après-midi, suis allée à La Roche avec les filles pour leurs essayages, couru par toute la ville, comme d’habitude, vu quelques minutes Mme Lesaffre et assez longtemps l’abbé Sacré… Mme Poirier-Coutansais, qui attend son 13e ces jours-ci. Mercredi, voyage à Nantes avec Yves, Pierre et Anne, journée de grosse fatigue encore, des courses le matin, la foire de Nantes l’après-midi ; il y avait des choses intéressantes, surtout comme des appareils électriques, ce serait très tentant, mais tout est très cher ; on revoit cependant beaucoup de marchandises de tous genres. Le soir, nous nous sommes attardés à causer en goûtant, et sommes partis un peu juste pour prendre le car ; pour comble de malheur, le tram est parti alors que nous étions à quelques mètres ; il a fallu faire vite, d’autant plus qu’il fallait traîner Anne ; nous sommes arrivés cinq minutes avant le départ du car, et n’avons pu nous asseoir que grâce à des personnes complaisantes. Le lendemain, j’ai fait venir le docteur, Jacquie ayant souffert de l’estomac pendant toute la journée de mercredi ; le docteur pense que cela vient du foie, a donné quelques remèdes et ordonné de resserrer le régime, mais elle souffrait encore lorsqu’elle est partie, vendredi matin ; j’ai essayé de téléphoner hier matin, mais personne n’a répondu. Jeudi après-midi, suis allée avec les filles à l’essayage de leurs robes chez Marthe Fournier ; il leur faut cette année deux robes neuves et une veste, sans compter tout ce qui sera réparé, et je regrette bien ne pouvoir faire bien des choses moi-même, seulement, elles ont tellement grandi, surtout Geneviève, qu’on ne peut plus les habiller en petites filles, d’autant plus que les robes allongent. Vendredi matin les filles sont parties à 7 heures, et Yves à 7 heures et demi ; la maison de nouveau s’est vidée… Hier matin, j’ai rangé la bibliothèque du salon, l’armoire de la chambre des garçons et commencé à ranger l’armoire de la lingerie, ce qui représente un fameux travail. Je n’ai pu finir les socquettes de Geneviève pour son départ…. Vendredi après-midi, une réunion d’Action Catholique, nous étions bien peu nombreuses, il y avait déjà eu une réunion pour la campagne le dimanche précédent ; là il y avait un bon petit groupe ; vendredi prochain, il y aura une réunion pour les jeunes femmes…. En sortant de la réunion, suis passée chez Mme Dorion, puis chez Armande Brachet. Hier, suis allée chez Maman, en rentrant ici, une visite d’Auguste, que je ne vois guère depuis un certain temps ; à sa dernière visite tout allait mal pour lui et il était bien découragé ; hier cela allait mieux, il m’a raconté ses ennuis et aussi ses espoirs, puisqu’il est question d’un projet de mariage avec Ginette Pineau ; cela lui a fait du bien de parler de tout cela librement ; et pour ma part, je suis contente de voir que les choses s’arrangent pour lui mieux que nous n’aurions pu espérer pendant un moment où tout paraissait tourner mal…
Mardi 13 avril
Hier, la foire de La Roche, une journée éreintante, mais très intéressante, suis « claquée » ce matin… Sommes partis hier matin de façon presque confortable, le car n’avait qu’un quart d’heure de retard, et nous étions assis. En arrivant, porté rue Chanzy le poulet du déjeuner, puis filé parler à Marie Guesdon, le long du champ de foire, aperçu un car Chausson vert, dont la galerie était faussée ! Le car de Rome ! Le jeune Henri Bulteau y était, causé quelques minutes. De chez Marie Guesdon, filé à la Maison des Œuvres…. Suis allée à Richelieu, j’ai vu Yves, monté au vestiaire examiner avec la sœur ses chandails et chaussettes d’été. Filé ensuite chez Mme Aucher, qui était absente, lui ai laissé un mot disant que je reviendrai l’après-midi. Retourné à la maison des Œuvres, vu Mme de Baudry d’Asson puis, en haut, Mme Michaud et l’abbé Sacré. Déjeuné avec Jacques et les cousines. Suis allée prendre quelques livres à la bibliothèque, puis nous avions réunion cantonale à la Maison des Œuvres… décidé d’un pèlerinage congrès pour le 12 mai à la chapelle du Petit-Luc. Suis allée ensuite raconter tout cela à Mme Poirier-Coutansais, qui vient d’avoir son treizième enfant, sixième garçon, elle est aussi bien que possible, le bébé est très beau, elle compte être des nôtres le 12 mai. Suis retournée chez Mme Aucher, avec qui nous avons parlé longuement de Rome…. Terminé ma journée par une visite à Mme Lesaffre et il était temps de prendre le car. Je me suis couchée sitôt le dîner et n’ai pu aller à la messe ce matin. Passé deux heures aujourd’hui à courir les épiceries pour trouver des boutons et de la soie pour les robes que Marthe Fournier fait aux filles….
Dimanche matin 18
Il y a huit ans, c’était la dernière journée où notre petit Bernard reposait encore parmi nous ….
Les événements ne sont guère rassurants cette semaine, un soulèvement communiste avorté en Colombie. Aujourd’hui, les élections italiennes ; cela peut décider de bien des choses. Aujourd’hui, pas beaucoup à écrire, je voudrais ranger quelques papiers…. Nous devons assister cet après-midi à une pièce au Patronage. Semaine bien remplie, mardi, suis allée avec Marie-Josèphe Remaud préparer la réunion de vendredi ; après-midi chez Maman ensuite ; mercredi chez la coiffeuse ; jeudi chez Maman puis au cimetière pour l’anniversaire ; vendredi, notre réunion, bien peu de présences… Hier une visite à Marguerite. Rangé aussi le plus possible ; je n’ai pas pu finir l’armoire de la lingerie, mais mis en ordre bien des choses. Fini les socquettes de Geneviève, et fait pour Anne une culotte et trois socquettes… Je lis tous les jours un peu, je n’ai pas terminé « Le Seigneur » de Guardini et lis en même temps l’Apocalysme, ainsi qu’un commentaire intéressant, que de choses merveilleuses à exploiter. J’ai aussi les souvenirs du chancelier Schuschnigg, très intéressant. Nous partons aux Sables mercredi pour une dizaine de jours….
Mardi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 20 avril 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Journée à La Roche, intéressante mais très chargée et encore, nous étions en auto. Je suis exténuée et vais monter me coucher… Ce matin, courses et dentiste ; rencontré l’abbé Boucher, il recevra les pèlerins de Rome le 30 au soir ; il faudra nous arranger pour y aller. Réunion à la Maison des Œuvres, vu Mme Roy et quantité de monde…. L’après-midi… autre réunion… puis suis allée à Richelieu, de retour à la Maison des Œuvres… vu l’abbé Sacré, une courte visite à Mme Poirier-Coutansais et il était temps de partir. Nous allons aux Sables demain, je n’ai fait aucun préparatif, et encore il faudra parler à M. le Curé.
Les Sables, mercredi
Une journée encore assez dure… Suis allée avant 9 heures parler à M. le Curé, afin de le tenir au courant de ce qui avait été fait à La Roche hier. J’avais bouclé mes valises un peu avant dix heures, mais c’était Jacques qui n’était pas prêt. Enfin, nous sommes partis vers 11 heures, il soufflait un grand vent qui gênait parfois la voiture. Nous étions ici un peu après midi, avons préparé un déjeuner rapide : sardines à l’huile, veau froid et haricots. Passé ensuite l’après-midi en rangements et courses, au grand regret d’Anne, nous n’avons pu aller nous asseoir sur la plage ; il faisait un grand vent de sud, mais un beau soleil éclatant… Ce soir, le vent a tourné à l’ouest et nous avons de la tempête….
Jeudi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 22 avril 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
La tempête s’est calmée cette nuit, et nous avons eu ce matin un beau soleil brillant. Je suis allée au marché, vu les ouvriers – je ne sais d’ailleurs quand ils viendront – et nous avons pu aller à la plage Anne et moi de dix heures à midi et demie, à l’abri du remblai, qui nous protégeait du vent… sommes retournées à la plage aussitôt déjeuner, puis, une fois Thérèse venue nous rejoindre, je suis allée faire les courses et voir Mlle Chalard….
Vendredi soir 23 avril
Une très belle journée, ce qui est bien appréciable pour nous qui sommes venus chercher ici le grand air et le soleil. Je n’avais pas de courses ce matin, aussi Anne et moi étions à la plage à neuf heures et demie. Nous sommes rentrées juste pour déjeuner… passé aussi tout l’après midi, rentrées à 7 heures et demie… Une lettre de Jacques m’envoyant une lettre de Jean.
Dimanche matin 25 avril
Suis allée au marché hier matin, ce qui m’a pris une bonne heure, le samedi étant un jour d’encombrement, nous sommes allées sur la plage vers 10 heures Anne et moi, temps beau et chaud, nous sommes toutes deux couvertes de coups de soleil, mais, vers la fin de la matinée des nuages ont commencé à monter, et, au début de l’après-midi, même à l’abri du Remblai, il ne faisait pas bien chaud. Sommes restées tout de même presque vers sept heures, après, il n’était pas désagréable de retrouver la douceur de la cuisine et les préparatifs du repas. Anne rentre cependant avec ses petits pieds bien bien chauds et je crois que ces bonnes journées à l’air vif, au soleil, lui feront du bien. Je me suis couchée comme de coutume, et, vers 2 heures, j’ai été réveillée par des coup à la porte, Jacques et Pierre arrivaient ; ils s’étaient mis en route après la séance de cinéma, laquelle avait été exceptionnellement longue en raison de l’inauguration de la salle ; Jacques avait téléphoné pour prévenir, mais la commission n’avait pas été faire ; on a vite mis Pierre dans le lit de Jacquie et nous avons dormi ; Ce matin, messe à 8 heures, une messe dialoguée, pour les scouts, avons passé ensuite la matinée à La Chaume ; Jacques et Pierre ont pêché, sans résultat heureux, Anne a ramassé des berniques ; pour moi, j’ai lu en regardant la mer… Rentrés pour déjeuner, nous sommes allés ensuite chez les Friconneau, puis chez les gens qui, désormais, s’occuperont du marais. Passé ensuite une demi-heure sur la Côte sauvage, la mer était haute et les vagues splendides….
Jeudi soir 29 avril
Dernier soir ici – pour ce séjour – Anne dort et je ne vais pas tarder à en faire autant. Ces quelques jours ont été vite passés ; pour moi, cela m’a fait du repos et une vraie détente ; à part quelques courses indispensables, je n’ai eu ici qu’à regarder la mer, à lire paisiblement, à tricoter, sans préoccupations d’aucune sorte…. J’ai pris, cette fois-ci, la chambre de Jacqueline ; d’un côté, c’était plus pratique pour moi, à cause d’Anne, et plus central, le cabinet de toilette est aussi bien commode, avec quelques tout petits détails à compléter, cette chambre est maintenant réorganisée, mais, bien qu’elle ait été mienne pendant quinze ans, si je ne me trompe, je ne m’y sens pas tout à fait chez moi, et je préfère mon grand balcon, par où la lumière et l’air rentrent à flots…. J’ai arrangé ma lampe de chevet, qui en avait grand besoin ; j’ai organisé aussi une autre lampe portative qui m’éclaire quand je lis et travaille le soir. Le chauffe-eau fonctionne bien et c’est tout de même pratique d’avoir de l’eau chaude à volonté ; J’ai fait arranger les lits des filles en divan ; à un prochain voyage, on posera une étagère qui leur servira de table de chevet, leur cabinet de toilette est organisé, avec une penderie et un rayonnage qui remplaceront une armoire, petit à petit, bien des choses arrivent à se faire.
Lundi matin, ai quitté Jacques et Pierre un peu avant leur départ pour aller à la messe… matinée pénible à la plage, vent trop violent et sable à discrétion ; l’après-midi, par contre, a été délicieuse, la mer ravissante et le vent calmé. Mardi, passé notre journée à la plage, Anne et moi ; suis allée faire quelques courses et visite à Mme Boisseau. Hier, suis allée voir Mlle Chalard, emmené Anne qui est resté cinq minutes seulement, je l’ai ensuite envoyée à la plage avec Thérèse ; restée assez longtemps avec Mlle Chalard, de plus je me rends compte que je ne peux rien pour elle, alors que je voudrais faire beaucoup, je peux seulement l’entourer d’affection et prier pour elle…. Aujourd’hui, temps plus nuageux et plus froid ; fait des courses ce matin ; cet après-midi à la plage, mais il a fallu rentrer dès six heures. Demain matin les bagages et le départ aussitôt déjeuner.
Dimanche matin 2 mai
De retour au Poiré, et bien des choses à faire…. Notre voyage de retour s’est bien passé, le matin de notre départ, grand vent et averses, si bien que nous n’avons pu avoir une dernière matinée à la plage ; les bagages ont été vite faits ; j’ai promené Anne pour dire au revoir à la mer, et il était l’heure de déjeuner. Sommes partis presque aussitôt pour passer à La Roche et prendre Oncle Gaston et Tante Juliette à l’arrivée de leur train. Le soir, mis tout en ordre et écrit à Jean, dont une lettre nous attendait. Les filles sont arrivées comme nous commencions à dîner. Sommes allés ensuite à La Roche pour une soirée Sacré Boucher.… Les abbés nous ont servi un véritable festin : crème au caramel avec gâteau, tartelettes variées, thé, café, madeleines et de délicieuses truffes au chocolat. Après, nous avons eu le récit de voyage de l’abbé Boucher, et cela a été un moment charmant. Nous sommes rentrés à 2 heures, et Jacquie avait eu l’étourderie de mettre les verrous à la porte d’entrée, si bien qu’il a fallu un moment pour réveiller les filles et que j’avais plutôt sommeil hier matin. Bien des choses hier : reprendre la maison en main, ranger et organiser bien des détails ; suis allée voir M. le Curé au sujet du pèlerinage qui est le 12… passé un moment chez Maman. Les filles partent demain matin.
Jeudi 6 mai – Ascension
Pas mal de travail ces jours-ci et aussi fatigue intense, j’ai très mal aux genoux, aux reins et voudrais rester tranquille…. Passé dimanche une bonne journée, Oncle Gaston et Tante Juliette sont venus déjeuner ; j’avais un joli repas et deux tartes bien réussies. Causé un peu dans le salon, puis sommes allés à la Rételière, où nous avons fait quelques visites en attendant la bénédiction du Mois de Marie. Sommes allés ensuite au Printemps puis au Recrédy, où nous sommes arrivés juste pour la bénédiction. Quelques visites encore à faire dans le village et il était grand temps de rentrer dîner. Lundi, les filles sont parties de bonne heure, j’ai eu une matinée encore assez reposante ; suis allée chez Maman l’après-midi. Mardi matin, fait pas mal de rangements, après-midi à La Roche, suis allée chez le dentiste, à la Maison des Œuvres, à Richelieu, là, vu le Supérieur qui permet à Yves de venir dimanche prochain voir son oncle et sa tante ; fait inscrire Pierre pour l’année prochaine, il héritera du n° 7 de Jacquie. Commandé les images de communion de Pierre et il était grand temps de partir ; hier matin fait des courses, un gâteau pour aujourd’hui, suis allée à l’école des filles pour le lancement des colis de 1ère communion. Hier après-midi, Jacques m’a conduite à Beaufou, aux Lucs, à Saint-Denis, Saligny, Belleville, voir les présidentes paroissiales pour le pèlerinage de mercredi prochain… Cet après-midi, nous allons à la Pampinière et à l’Aumère…
Dimanche matin 9 mai
Hier, troisième anniversaire de la victoire, et aujourd’hui, fête de Jeanne d’Arc, nous avons eu une messe pour les morts de la guerre, défilé au monument au Morts et discours d’usage… Je surveille un gâteau, car nous avons Maman, Oncle Gaston et Tante Juliette à déjeuner ; ils resteront dîner, selon l’usage, et auparavant nous projetons d’aller au mois de Marie de Montorgueil ; je ne sais pas trop comment je ferai pour aller jusque là tant j’ai mal aux genoux… Dimanche dernier, visites traditionnelles à la Pampinière et à la Maldemée, à l’occasion du Mois de Marie, fait des visites à peu près dans chaque maison ; il y a eu un peu partout des verres de vin ou de liqueur ou bien du café, sans compter les tartines de crème et les caillebottes de l’Ascension ; Il était plus de huit heures et demie quand nous sommes rentrés et nous n’avions pas très faim ! Vendredi matin, suis montée à la Jamonière, présenter aux garçons la requête déjà présentée aux filles ; suis allée chez Mme Dorion ; chacun de ces après-midi, passé un petit moment chez Maman ; continué la préparation du pèlerinage ; mis sur pied hier matin ce que j’aurai à dire ; téléphoné à différentes personnes… Yves est arrivé hier soir, ravi de son congé supplémentaire ; Pas de lettre de Jean cette semaine, il doit être aujourd’hui à Paris, pour le défilé et peut-être aura-t-il une permission ! Depuis plus de quatre mois, cela ferait plaisir !
Lundi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 10 mai 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Retour de la foire de La Roche, journée éreintante, mais ambiance vivante… Une partie de la matinée à la Maison des Œuvres…. Après déjeuner, quelques courses, suis retournée à la Maison des Œuvres où j’ai travaillé au rapport à présenter mercredi. Vu Mme Poirier-Coutansais qui est mieux. Un bon moment avec Mme Lesaffre, puis Jacques est passé me chercher pour visiter le pavillon de l’artisanat ; il y a là des choses merveilleuses, dues aux élèves de l’ouvroir de l’Immaculée aux Sables… Hier, une bonne promenade à Montorgueil, bien que l’orage nous ait pris en route et que nous ayions dû nous mettre à l’abri un moment…
Les Sables – Jour de la Pentecôte – 16 mai
Sommes arrivées hier matin, Geneviève et moi ; le reste de la famille, du moins en partie, est venue nous rejoindre hier soir. Yves arrive ce soir, la communion de Richelieu étant aujourd’hui ; quant à Jean, il n’est pas question pour lui de permission. J’ai fait le marché hier matin, une partie de la cuisine, si bien que je n’ai pas trop de peine aujourd’hui ; heureusement, car j’ai toujours mal aux genoux et ne suis pas bonne à grand-chose. L’au chaude au robinet me simplifie beaucoup la vaisselle et c’est énorme. Il fait très beau, les enfants sont sur la plage et veulent se baigner ; hier après-midi fait quelques courses avec Geneviève, puis passé un bon moment sur le sable ; cela me paraissait tellement bizarre de ne pas avoir à m’occuper d’Anne ; cela fait du bien de temps en temps….Mardi, ai essayé de me reposer un peu, me suis allongée un moment sur le divan…. La préparation du fameux pèlerinage congrès de mercredi m’a coûté pas mal de travail, de peine et beaucoup de souci ; Je me suis heurtée, de certains côtés, à une incompréhension totale et beaucoup de mauvaise volonté, même de personnes sur lesquelles je devrais pouvoir compter. La journée s’est cependant bien passée ; temps brumeux, sans vent ni pluie, le car était au complet, mais ce n’est pas celles que j’aurais voulu voir : il y avait des grands-mères sympathiques, mais pas de jeunes…. Il y avait un bon groupe des Lucs, une quinzaine d’Aizenay, toutes les autres paroisses étaient représentées… sauf la Genétouze. Il y a eu une grand-messe solennelle très vivante, pas mal de communions ; dans la journée deux séances d’études, celle de l’après-midi surtout a été intéressante grâce à des rapports présentés par plusieurs paroisses. Le déjeuner a été plein d’entrain. Nous avons terminé la journée par une bénédiction à l’église paroissiale. Le soir, j’étais morte de fatigue et de migraine, je n’ai pu manger et me suis couchée aussitôt que possible. La journée du lendemain a été dure aussi….Vendredi, beaucoup de choses à faire aussi et le voyage du lendemain à préparer. Suis allée chez Marguerite ; bien des choses pénibles….. Ce matin, lettre de Jean, il a l’air content des quelques moments passés à Paris ; seulement il ne parle pas de permission… Nous rentrons demain soir.
Lundi soir 24 mai
Dans un quart d’heure – en principe – nous allons dîner, ce n’est pas la peine de me mettre à tricoter pour si peu de temps, je veux faire une revue rapide des événements de cette semaine… Lundi matin, après la messe, mis rapidement en ordre la vaisselle du petit-déjeuner, préparer toutes choses pour n’avoir plus qu’à réchauffer au dernier moment, puis nous sous partis à Bourgenay – j’y étais allée autrefois avec Suzanne Nida, Jacqueline et les Touzain – visité la chapelle puis sommes allés un moment sur la côte, couverte de galets, comme à Cayola ; il faisait très bon, les enfants s’amusaient à se faire éclabousser par la mer montante ; je serais volontiers restée là mais nous désirions voir la plage du Veillon, les enfants voulaient se baigner avant déjeuner, nous ne pouvions nous attarder. Nous avons d’ailleurs déjeuné assez tard ; je n’avais pas fini la vaisselle que Berthe Renou est arrivée ; nous sommes ensuite allés sur la plage, où il faisait très chaud, puis rentrés pour goûter et faire les préparatifs de départ. Un éclatement en route un peu avant Beaulieu, et nous étions ici vers 8 heures. Mardi matin, mis toutes choses en place ; après-midi à La Roche avec les filles pour les essayages. Mercredi, me suis reposée … me suis tout de même un peu étendue, j’avais si mal aux jambes que je ne savais plus quoi devenir. Lundi matin, essayage et courses à La Roche avec Jacquie, lui ai tout de même acheté des souliers qui lui plaisent. Le soir, nous avions à dîner les deux abbés Sacré et Boucher, ainsi que les Granger, arrivés la veille au soir ; le repas a été réussi, j’avais fait le marché en vitesse le matin avant de partir à La Roche et confectionné la crème des glaces aussitôt le déjeuner afin qu’elle puisse être mise assez tôt dans le frigidaire. Les abbés sont arrivés par le car, nous avons fait un tour de jardin, causé, dîné, recausé et ce jusque vers onze heures et demie, l’ambiance était très gaie et nous avons passé un moment agréable. L’après-midi, Jacques était à La Roche à une réunion organisée par les municipalités catholiques en faveur de la liberté de l’enseignement ; 161 mairies de Vendée ont décidé de faire pendant huit jours la grève administrative. Vendredi matin, Jacquie est partie à 7 heures, Yves à 7 heures et demie, j’ai continué mes préparatifs, déjeuné chez Maman et fait quelques courses. Samedi, il a fallu commencer le grand branle-bas, Geneviève et moi avons fait de la pâtisserie, une partie de la journée, rassemblé les provisions, rangé, fleuri la maison, Jacquie et Yves sont arrivés par le car, avec les robes pour le lendemain, les chapeaux des filles, des gâteaux, etc…. Fait le soir la crème du lendemain, Armand et Suzanne sont venus après dîner, causé avant de nous coucher. Hier matin, beaucoup de travail, avant et après la messe ; heureusement la toilette du garçon n’était pas si longue que celle d’une communiante ; la cérémonie était belle, malgré un sermon interminable, et nous étions si heureux, Jacques et moi, d’accompagner notre petit garçon ; Jean nous manquait… Une fois rentrés, beaucoup de choses à faire, la dernière main au couvert, la décoration de la table avec des roses blanches… Le repas a été réussi, rien ne clochait, le plat de filet de bœuf était bien présenté, et les glaces délicieuses ; j’en étais bien contente, contente aussi des robes des filles et de la mienne, ce n’est pas toujours aisé de réussir. Assisté aux Vêpres, à la cérémonie à la grotte. Les Renou sont partis presque aussitôt le retour de Pierre, puis Marie Barreteau est venue, avec le filleul de Jacques, puis enfin nous avons pu sortir et porter quelques fleurs au cimetière ; sommes rentrés chez les Mignen au retour, et il était grand temps de dîner. Maman et les Granger sont restés dîner avec nous et tout s’est bien passé, si ce n’est qu’on a un peu trop parlé politique pour mon bonheur ; Quelques rangements ce matin ; Armand et Suzanne sont partis aussitôt déjeuner, Jean Granger peu après sans doute, Jacqueline reste huit jours. Pierre et moi avons fait quelques visites de remerciement et distribué des images, une fois rentré, je me suis mise à ranger l’argenterie, et je pense que demain la maison sera en ordre…
Dimanche matin 30 mai
Quelques minutes avant d’habiller Pierre en communiant pour l’envoyer à la procession. Il fait beau, un peu frais…. Nous avons eu quelques jours de pluie, de vent froid, d’averses…. J’ai cette semaine remis la maison en ordre, rangé le buffet de la salle à manger, des tiroirs, des placards… Par contre, pas beaucoup tricoté, d’abord, au début de la semaine, j’ai eu mal à un doigt, suite de brûlure faite aux Sables…. Ensuite j’ai été très dérangée, si bien, que le chandail de Jacquie n’a guère avancé…. Je suis très lasse ces jours-ci, je n’ai guère de courage, c’est une sorte de réaction… Hier seulement j’ai eu quelques bons moments pour me reposer ici, et cela m’a fait du bien… Ce matin, la procession, cet après-midi nous allons au Mois de Marie à La Maldemée et à la Gannerie, ce sera la clôture et je ne serai pas fâchée d’avoir quelques dimanches ici et un peu de loisir…. Nouvelles de Jean hier, il espère peut-être une permission vers le 20 juin.
Mercredi 2 juin
Jacqueline est partie aujourd’hui, par un temps lamentable… Maman, une fois de plus, va se trouver seule, mais pas pour longtemps, car Tante Marguerite et Madeleine de Baynast arrivent lundi. La procession de dimanche dernier s’est bien passée, il faisait suffisamment beau et pas trop chaud. L’après-midi, sommes allés au Mois de Marie de la Maldemée et de la Gannerie ; fait dans chaque village les visites habituelles ; Maman et Jacqueline étaient venues avec nous et nous avons dîné ensemble, puis sommes allés au cinéma. Lundi fait des courses et suis allée chez Maman. Hier, passé l’après-midi au Patronage pour emballer ce qui a été offert par la paroisse pour la vente de charité de Monseigneur, samedi et dimanche. Dans l’ensemble, il y a eu plus que je n’avais espéré, et certaines paroisses du canton ont bien donné. Aujourd’hui, je voudrais faire un peu de correspondance en retard, il fait trop mauvais pour envoyer Anne en classe et je vais la garder dans le bureau….
Dimanche 6 juin
Il y a quatre ans, c’était le débarquement américain, je partais à Rocheservière, lorsque j’ai appris la nouvelle ; matinée d’angoisse, à se demander ce qui se passerait, au retour, tout le monde réuni autour de la Radio, dans l’attente anxieuse des nouvelles…. Bien des choses se sont passées depuis, et des évènements qu’à ce moment-là nous ne comptions guère revoir. Les débats parlementaires de ces temps-ci permettent de voir que le sectarisme n’est pas mort en France et que la liberté n’est qu’un vain mot encore. Je me presse, car la grand-messe est plus tôt ce matin, à cause de la procession, et qu’il faudra encore ce matin habiller Pierre en communiant ; Anne ne sortira pas ; elle commence une petite varicelle…. Il lui faut rester au chaud, et, ce ne sera pas toujours facile de la garder à la maison en admettant que ce ne soit pas au lit. Rien de nouveau ces derniers jours, une lettre de Jean, reçue vendredi, continue à espérer une permission vers le 10 juin, à moins qu’il ne soit obligé de réintégrer directement Mutzig. La rentrée à Coëtquidan serait le 1er août ; le 8, le baptême de la promotion, puis manœuvres. Il y aurait ensuite vacances jusqu’au 15 août, seulement il peut survenir tant de choses d’ici là !… Mercredi, suis allée chez Maman, comme d’habitude ; jeudi à La Roche, mais nous étions en auto et revenus d’assez bonne heure. Vu Yves qui voit approcher avec joie la fin de l’année scolaire. Suis allée bien entendu à la Maison des Œuvres ; les dons pour la vente de charité des Vendéens de Paris étaient partis la veille…. Espérons qu’elle sera fructueuse et que Monseigneur pourra continuer le séminaire des Herbiers. J’ai à préparer une réunion générale de la Ligue pour dimanche… J’ai beaucoup de travail en retard et ne peux me mettre à jour, mes tricots surtout traînent lamentablement et c’est à peine si je peux tricoter ; la brûlure que je me suis faite au doigt le Lundi de la Pentecôte ne guérit pas bien… Vendredi matin, fait des confitures de cerises et de castilles ; il y aura peu de fruits cette année sans doute ; écrit à Jean ; Un moment chez Maman… Tante Marguerite arrive demain, Madeleine de Baynast l’accompagne et restera deux ou trois jours….
Dimanche 13 juin
Nous avons aujourd’hui la Fête des mères, cela va faire une matinée assez dure… L’événement principal du jour, est que Jean nous arrive en permission, peut-être ce soir, peut-être demain matin… jusqu’au 28. Il ne retournera pas en Alsace, mais ira à Dinan jusqu’au début d’août… J’espère que nous pourrions avoir dimanche prochain Yves et les filles pour la journée ; ce serait un grand plaisir que d’avoir tous mes poussins – un peu grands – à la fois. Anne est guérie, ou à peu près, de sa varicelle… Dimanche après-midi, je me suis mise en route avec Marie pour aller au Mélier – visite promise depuis de nombreuses années – nous nous sommes arrêtées à La Touche, puis arrivées là-bas tranquillement. Nous n’y étions pas depuis un quart d’heure, que Jacques est arrivé en auto avec Claude Bouliau pour nous chercher, toute la famille étant venue, y compris le bébé, qu’on avait dû laisser dans la cour, à cause de la varicelle d’Anne. Le retour a été plus rapide que l’aller. Fini la journée au cinéma. Lundi, sommes allées quelques minutes à La Roche, après déjeuner, et avons ramené Tante Marguerite et Madeleine de Baynast ; le soir, vu Françoise quelques minutes, puis le docteur est venu voir Anne, et j’en ai profité pour lui faire voir mon doigt… Il me l’a brûlé au nitrate d’argent, et depuis cela va beaucoup mieux, je lui ai parlé aussi de mon état de fatigue continuel, il m’a trouvé un mauvais fonctionnement des reins, il a ausculté et pris ma tension ; le cœur et la tension sont un peu faiblards ; il faudrait me soigner et me reposer, c’est facile !
6 heures – Interrompue ce matin, je reprends à mon premier moment libre… je crains bien que Jean ne vienne pas ce soir, son train à La Roche était à 3 heures, même s’il avait dû venir à pied, il serait là maintenant. Ce matin, nous avons eu une réunion intéressante, un bon groupe de femmes… Mme Poirier-Coutansais a été très intéressante… Reçu Maman et Tante Marguerite à déjeuner, puis les Vêpres et une visite d’Auguste ; j’ai eu Maman, Madeleine et Tante Marguerite à déjeuner, j’avais une très bonne glace au chocolat, Anne est descendue pour se mettre à table, et ensuite, il faisait si doux que je l’ai laissée un peu sortir. Mercredi, voyage à Nantes, peu circulé en ville, vu Andrée Jaffré qui n’est pas brillante, vu Jacquie en déjeunant et Geneviève au parloir. Jeudi, un moment chez Maman, mais suis rentrée de bonne heure pour cueillir des castilles et faire de la gelée le lendemain matin. Mercredi soir, en rentrant de Nantes, visite de Jacques Boisseau, qui est venu nous demander à coucher, il s’occupe d’assurances et faisait une tournée par ici, il a déjeuné avec nous jeudi, avant de partir ; vendredi rien de neuf ; hier, vu Mme Dorion. Je comptais aller à la retraite de Chavagnes, Jean étant là, je n’irai pas….
Mercredi soir 16
Lundi matin, suis partie à La Roche par le car de 8 heures et demie, j’étais installée et attendais le départ, lorsqu’arrive un autre car filant sur Palluau, dans ce car deux voyageurs, dont Jean ! j’ai pu le voir quelques minutes avant de partir ; il était plutôt fatigué, ayant passé deux nuits en voyage, sans se déshabiller, mais un bon petit déjeuner et de l’eau fraîche l’ont encore assez rapidement remis d’aplomb. Pour moi, journée assez dure à la Roche, courses d’un bout à l’autre de la ville, toujours talonnée par l’heure, j’étais très lasse le soir en rentrant, d’autant plus que ma fin de journée de dimanche avait été très dure aussi, Jacques n’étant rentré dîner qu’après neuf heures, et le dîner, entre Pierre et Tachou, ayant été pénible. Enfin, j’ai pu prendre lundi soir le car de 5 heures et ai pu avoir un peu de repos avant le dîner. Les filles et Yves viennent samedi soir ; Michel de Baynast nous arrive demain, et restera jusqu’à lundi ; cela va nous faire une bonne tablée dimanche pour cette journée de la kermesse, laquelle m’épouvante à l’avance tant je suis fatiguée. Jean nous reste toute la semaine prochaine, mais partira le 28 à Altkirch avant d’aller à Dinan. Suis allée chez Maman tous ces jours-ci ; il faudrait que j’y aille de plus en plus ; je ne sais pas comment faire ; si je n’ai pas un moment par jour à moi, rien ne va plus, j’ai les nerfs à vif et tout m’est très pénible. Tantôt, reçu des visites chez Maman ; conversation tellement banale, creuse et pénible ; c’est une réelle épreuve….
Dimanche matin 20 juin
Quel temps aurons-nous pour la kermesse ? Le vent est frais, le ciel nuageux… je voudrais bien y rester le moins possible, sans pour cela priver Anne de l’après-midi agréable qu’elle se promet. Les filles et Yves sont arrivés hier soir ; quelle joie d’avoir, pour cette journée du moins, toute la nichée au complet, cela ne se reproduira peut-être pas très souvent désormais. Jean profite bien de sa permission pour se reposer ; mercredi, il passé la journée à Richelieu ; depuis jeudi, Michel de Baynast est ici et tous deux se promènent. La semaine prochaine, il doit passer une journée à Nantes, il a été vaguement question d’un voyage aux Sables, et la semaine sera vite écoulée. Je tricote des chaussettes et fais aussi un peu de cuisine pour nourrir confortablement mon grand garçon. Suis tout de même un peu moins lasse.
Mercredi soir 23
La Kermesse a été très réussie, temps relativement beau, avec des éclaircies et bien moins froid que depuis où l’on grelotte – d’une façon relative - Le défilé était très bien, les chars vraiment réussis. Je suis restée assez longtemps sur le terrain, allant avec Anne d’un stand à l’autre ; j’ai goûté au salon de thé, fait des provisions de gâteaux et suis rentrée vers 7 heures. Le reste de la bande est rentré beaucoup plus tard, il paraît que c’est toujours au dernier moment qu’on s’amuse le mieux. Il y avait un certain petit train, tracteur transformé en locomotive, et deux remorques qui ont fait la joie de tous. Jacques y a fait monter, pour la clôture, Bonne Mère, les Sœurs et Mlle Violeau. Nous avons dîné peu avant dix heures, Tachou était heureusement couchée, le repas a été très gai, il y avait des tas de petits incidents amusants à raconter. Les enfants s’amusaient beaucoup. Nous nous sommes couchés vers minuit et…. Il a fallu se lever à 5 heures et demie pour expédier les filles d’abord, puis Yves. Tante Marguerite et Michel sont partis lundi matin. Depuis, je voudrais me reposer…. La retraite de Chavagnes me manque beaucoup. Reçu un mot de Mme Taylor me disant que tout s’y passe bien.
Dimanche matin 27 juin
Jean nous quitte ce soir ; ces quinze jours, ou presque, ont été vite passés, mais cela nous a paru bien bon de l’avoir…. J’ai tâché de bien le soigner et de lui préparer des repas à son goût… Jeudi, nous avons souhaité la fête du grand garçon avec un bon gâteau au chocolat, ce soir, nous fêterons, avec deux jours d’avance la fête de Pierre. Passé aux Sables les deux journées d’hier et d’avant-hier. Sommes partis au début de la matinée de vendredi, en auto, nous sommes arrêtés à Saint Mathurin pour voir l’abbé Bouhier. En arrivant aux Sables, fait rapidement le déjeuner, heureusement que le gaz chauffait bien. Suis allée ensuite à peu près une heure sur la plage pendant que Jean se promenait avec son Papa, puis fait les courses, Jacques est parti vers 5 heures et demie, Jean m’a essuyé la vaisselle, pour que nous puissions sortir ensemble. Sommes allés jusqu’au Phare rouge, il y avait une brume épaisse sur le Remblai et surtout sur la mer, le vent était presque froid. Toutes les trente secondes, on entendait la sirène de brume. Suis allée hier matin à la messe de 7 heures et demie, puis fait le petit travail habituel ; J’ai pu aller une heure sur la plage, après mes courses, avant de commencer le déjeuner. Le brouillard s’était levé au-dessus de la ville, mais restait épais sur la mer. Pendant que j’étais sur la plage, peu à peu la baie s’est dégagée, et c’était curieux de voir apparaître successivement toutes les maisons du Remblai ; on aurait dit un rideau tiré lentement, mais la mer ne s’est pas dégagée, le brouillard restant comme accroché à la grande jetée et aux pins. On ne voyait rien au-delà de la première vague et derrière moi le ciel était d’un bleu vif et très pur… Après déjeuner, fait la vaisselle, remis bien des choses en place et me suis reposée un moment ; Pris le car de 5 heures 38, puis le car comme d’habitude. Rien de nouveau ici pendant notre absence. Bien à faire aujourd’hui, les préparatifs du départ de Jean, la kermesse de Belleville….
Mardi soir 29
Jean est parti dimanche soir, cela m’a fait de la peine… Passé l’après-midi de dimanche à la kermesse de Belleville. Aujourd’hui à La Roche, après-midi éreintant, mais bien des choses m’ont fait plaisir : deux bonnes conversations, l’une avec Mme Poirier-Coutansais, l’autre avec Mme Lesaffre ; des livres intéressants pris à la bibliothèque…
Mercredi soir 30
Temps très froid toute la journée et nous sommes demain le 1er juillet. Fait des courses ce matin et des visites pour préparer les deux réunions d’Action catholique de cette semaine. J’étais lasse en rentrant et me suis mise à tricoter… Tantôt des visites et passé un moment chez Maman. En cours de lecture le Journal de Paléologue, année 1913, passionnant.
Vendredi 2 – Fête de la Visitation
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : juillet 1948. L’en-tête ne porte que le quantième « 2 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Beaucoup de travail ces jours-ci avec la préparation des vêtements de plage…. Dans huit jours nous serons aux Sables. Réparé un chandail à Yves ; il faut en arranger un autre puis des slips pour Pierre… Reçu une lettre de Jean ce matin, son voyage à Altkirch s’est bien passé, mais il a dû en repartir mercredi, pour arriver à Dinan sans doute hier… Aujourd’hui réunion d’Action catholique, intéressant, mais bien peu de présences ; suis allée ensuite chez Mme Dorion. Hier, une visite à Marguerite. Suis un peu moins lasse, mais toujours les nerfs à vif à certains moments, et les heures de toilette et de repas me sont particulièrement pénibles ; Il fait tout de même un peu moins froid ; le tilleul de la cour sent délicieusement bon.
Dimanche matin 4 juillet
Beau temps aujourd’hui, le soleil brille et le ciel est clair, si seulement cela pouvait durer. Nous partons jeudi aux Sables avec Anne et Yves qui sera arrivé la veille. Jacquie sera en vacances le samedi 10, Pierre le 11, Geneviève le 12, peut-être viendront-ils nous retrouver, mais en tout cas nous rentrerons ici le samedi 17 pour un voyage à Fontenay le 18 et le mariage d’Odile le 20. Le début du séjour là-bas sera assez coupé, mais je pense que nous resterons tranquilles en août. D’ici le départ, j’ai beaucoup à faire ; ce matin, une réunion d’Action catholique, puis des lettres, des comptes…. Vendredi, j’ai fait 16 pots de gelée de groseilles, hier, il a fallu les couvrir…. Hier, suis allée voir Armande Brachet. Terminé un chandail à Yves…. Maman viendra nous rejoindre avec les Granger à la fin du mois…
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 5 juillet 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Beaucoup de travail…. Hier matin, la réunion n’était pas mal, assez vivante, une vingtaine de présence… causé avec plusieurs femmes, cela donne l’occasion de contacts personnels qui peuvent être intéressants. Ensuite, grand-messe de Saint Pierre et de Saint Paul, peu de monde et surtout peu de communions, quelques petites filles et moi. Emmené les enfants aux Vêpres, avons chante l’hymne « O Roma felix » souvenirs de l’an dernier. Jacques a désiré aller à La Roche, à une fête sportive organisée par la Fédération des Patronages de Vendée, et cela a été une détente : Anne n’a pas été trop embêtante, il n’y avait pas trop de bousculade, il y avait des gymnastes de la garde républicaine vraiment remarquables. Avons vu à la sortie quantité de gens, et avons retrouvé Yves que nous avons remmené à Richelieu….
Les Sables – vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 9 juillet 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Installés ici depuis hier soir, le rangement a été vite fait, et, ce matin, j’ai fait le plus gros des démarches qu’il faut recommencer chaque année, cartes de lait, etc… Nous aurons du lait, tout au moins pour le moment, et de la glace à volonté. Suis allée sur la plage ensuite…. Yves et Anne se sont baignés, mais l’eau n’est pas très chaude. Nous venons de déjeuner, vais essayer de me reposer…. Mardi, rien de neuf, mercredi fait des tartes aux prunes pour l’anniversaire d’Yves ; le garçon nous est d’ailleurs arrivé pour déjeuner avec Madeleine que Jacques avait prise à La Roche. Fait sept pots de confiture de prunes tout en causant avec Madeleine, puis commencé les bagages pour le lendemain. Matinée de jeudi très chargée, sommes partis vers 5 heures et étions ici un peu après 7 heures ayant eu une petite aventure qui nous a retardés vers La Mothe. Je vais retourner sur la plage tout à l’heure avec les enfants.
Dimanche matin, de la plage
Me suis installée ici avec les enfants, qui n’aiment guère rester seuls plus d’un petit moment. Le début de notre séjour se passe bien ; c’est d’ailleurs assez reposant de n’avoir que deux enfants ici, d’autant plus que, grâce aux légumes et aux fruits que nous avons apporté, je n’ai presque pas eu la peine d’aller au marché, qu’un peu vendredi pour le poisson et c’est tout. La vie est très chère, mais jusqu’ici plus facile que l’année dernière, on a du lait presque à volonté, de la glace facilement, seulement il ne fait pas beau … quand le soleil se cache, comme il est arrivé hier matin, ce n’est pas agréable du tout, j’étais glacée en quittant la plage, et les enfants n’avaient aucunement envie d’y retourner hier après-midi, aussi, comme j’avais à voir Mlle Chalard, nous sommes tous allés ensemble jusqu’au Phare rouge, les enfants sont allés dans les pins où je les ai retrouvés ensuite, nous avons goûté, sommes allés jusqu’à Tanchette et revenus par le car pour que Thérèse prépare le dîner… Ce matin, le soleil est encore voilé – Jean nous écrit que du côté de Dinan il fait froid, il pleut et que tout le monde considère cela comme une catastrophe – Dire que l’année dernière il faisait si chaud ! Aujourd’hui, les cars ont déversé beaucoup de monde ici, mais les autres jours il n’y a pas foule. J’ai apporté ce matin de quoi lire, mais les autres jours je tricote avec acharnement les lainages des enfants et ils en ont bien besoin par une température pareille…. Jacques vient en principe demain soir avec Maman, les filles et Pierre ; les Chaise viennent déjeuner mardi, Menine est tout près, nous pourrons voisiner facilement, et ses enfants sont presque toujours sur la plage. Nous partons samedi pour le mariage d’Odile ; Anne n’est pas trop désagréable, elle s’entend bien avec Yves et n’a pas Pierre pour la taquiner….
7 heures et quart - La journée s’achève doucement, et, elle m’a parue bien vite au rebours des dimanches du Poiré qui sont si remplies. La matinée sur la plage a été agréable, le soleil était bon, j’avais un livre intéressant, les enfants s’amusaient bien. Après déjeuner, sommes allés à la bibliothèque, puis, une fois le goûter pris, nous sommes installés sur la plage mais les nuages sont montés…. Quelques gouttes sont tombées, ce qui nous a fait quitter la plage. J’ai promené un peu les enfants sur le port, mais ils en ont eu vite assez et nous avons regagné la maison….
Vendredi 16
Bien des choses à raconter… lundi, vilaine journée, la plage a été possible le matin, mais il a plu l’après-midi. Jacques est arrivé vers 8 heures avec Maman, Geneviève et Pierre ; nous ne savions pas s’ils venaient ou non, mais un dîner a été vite improvisé. Le mardi, reçu les Chaise, j’ai passé une partie de la matinée à préparer le déjeuner, mais, comme par hasard, il est venu du monde toute la matinée, et, le couvert étant mis dans la salle à manger, aussi j’ai reçu dans la cuisine, les mains pleine d’huile (mayonnaise) ou de farine (tartes). Nous avons passé une bonne journée ; les jeunes sont montés à la tour d’Arundel ; Jacques les a emmenés à Cayola. Solange est restée ici et nous nous sommes promenées un peu. Mercredi, il a fait beau, par extraordinaire, et nous avons pu aller à la plage et même y emmener Maman, mais depuis le vent est de nouveau très froid. Hier, nous sommes rentrés de bonne heure, j’étais transie. Me suis un peu reposée ces jours-ci…. Je suis arrivée jusqu’ici à me trouver une heure de paix par jour… Jacquie est à Thouars depuis dimanche, elle vient en aide à Suzanne, pas encore très remise d’une opération d’appendicite ; Suzanne nous écrit que « c’est bien gentil à elle d’avoir sacrifié une semaine de vacances pour venir en aide à sa vieille tante. Tout cela avec un sourire charmant… Elle s’en tire d’ailleurs tout à fait bien ». Cela ne peut que lui être profitable. Ce matin, une lettre de Mr Grangé, qui m’invite à déjeuner avec sa femme et ses filles pendant que les maris banquetteront avec les Anciens Combattants….
Lundi soir 19 juillet
Je viens de me coucher tant je suis lasse…. Pierre prend son bain, les autres jouent en-bas. Jean arrive ce soir ou plus exactement cette nuit, puis que Jacques va le chercher à La Roche à 11 heures et demie ; il sera là demain pour le mariage d’Odile, et cela nous fait grand plaisir à tous. Sommes revenus des Sables samedi soir… Jacques est venu déjeuner et nous avons été vite prêts à partir ensuite, seulement nous avons fait toute la tournée par les fermes et cela nous a demandé du temps. Il faisait froid, il pleuvait ; Nous sommes arrivés ici vers 7 heures, et j’ai eu le temps de tout mettre en place avant dîner ; Jacquie est arrivée de Thouars par le car, contente de son séjour là bas ; Il a fallu que j’aille à Nantes aujourd’hui….
Dimanche matin 25 juillet
J’ai dû arrêter d’écrire hier soir, et n’ai pu m’y remettre depuis tant j’ai eu à faire. Je reprends du commencement… Dimanche matin, sommes partis à Fontenay, un peu après sept heures… Sommes arrivés à Fontenay juste pour la messe de 9 heures ; c’était une messe basse, et j’ai été surprise de constater qu’on distribuait la communion avant et après la messe, mais non pendant la messe, je ne comprends pas. Suis allée ensuite me promener autour de l’église, écouté quelques discours adressés aux Anciens Combattants et assisté au défilé lorsqu’ils se rendaient à l’église pour leur messe de 11 heures. Trouvé à ce moment Mme Grangé et Anne, nous sommes rendues toutes trois chez elle, et, avant le déjeuner, sommes allées au Monument aux Morts pour la remise d’une gerbe. Avons naturellement beaucoup causé de notre voyage de l’an dernier, regardé des photos, et évoqué quantités de bons souvenirs. Dans l’après-midi, Mme Grangé m’a fait visiter un peu la ville, puis nous sommes allées à la caserne… Ensuite le car du Poiré a désiré faire un tour en forêt de Mervent, si bien que nous sommes partis assez tard et que nous étions encore à 7 heures au-dessus de la grotte du Père de Montfort. La forêt est ravissante, mais un peu triste sous le ciel gris, et le parfum de feuilles mortes et de champignons qui montent du sous-bois nous paraissait un peu automnal ; Etions rentrés vers 10 heures pour dîner. Le lendemain, ne suis partie à Nantes qu’au second car… journée très chargée… Suis allée à l’institut de Jacquie, à Chavagnes, à l’école technique de Nazareth ; Je n’ai rien pu décider de précis, j’ai simplement pris des renseignements et posé des jalons – nous avons tiré des plans, mais ils n’ont rien de précis ni de définitif parce qu’il me faudrait voir la directrice du cours Saint-Ambroise que je n’ai pu joindre d’autre jour. Quitté Nantes à 4 heures et demie pour passer par La Roche et arriver avant dîner ; les enfants m’attendaient au car et m’ont dit que Jean avait téléphoné de Redon, où il attendait un train, qu’il arriverait à 11 heures et demie à La Roche, après avoir dîné à Nantes ; cela a d’ailleurs été minuit et demie, si bien que l’auto arrivait à 1 heure ; Ces quelques heures de sommeil lui ont permis cependant de se reposer avant le mariage. Mardi, temps superbe, la plus belle journée depuis longtemps, tout a été parfaitement réussi ; la mariée était charmante et le cortège d’honneur ravissant, quant aux mères des mariés, elles étaient splendides, chacune en son genre. La messe de mariage a été jolie, quoi que je n’aime plus les messes en musique – violons et chants - ; beaucoup de monde. Le déjeuner a été très réussi, et aussi, pour notre coin, très gai. La maison Brachet se prête à merveille à ce genre de réception. Après déjeuner, passé un moment à causer dehors, puis les jeunes ont commencé à danser vers cinq heures et cela a été très gai (Pierre et moi n’étions pas invités, on a dansé dans la cour de la maison en entendant la musique, voir photo). Le buffet était abondant et très bien servi. Vers une heure, panne d’électricité ; on a supplée au manque de lumière par des bougies, mais le pick-up restait muet, il a été remplacé très désavantageusement par un phono, puis par le piano, mais les jeunes ont chanté des rondes et se sont bien amusés jusqu’à 5 heures. Jacques et moi étions rentrés vers 3 heures. Le lendemain matin, les filles se sont levées assez tard et j’ai réveillé Jean à midi et quart pour qu’il descende déjeuner. La journée du mercredi a été très remplie ; je préférais ne pas m’asseoir et j’ai passé en revue les trousseaux des garçons en vue de la rentrée. Une visite à Marguerite avec Yves et Anne. Pas mal de travail aussi les deux autres jours. Vendredi soir, reçu deux garçons de Richelieu, faisant partie d’une petite troupe « Les Compagnons de la Joie » qui fait une tournée de représentations au profit du Séminaire des Herbiers et des écoles ; ils exécutent des chansons mimées, charmant. Nous avions emmené Anne, qui a eu beaucoup de mal à lutter contre le sommeil, mais a réussi cependant à laisser les yeux ouverts. Ce matin, les préparatifs du départ m’ont occupée jusqu’au déjeuner. Geneviève, Yves et Pierre sont partis avant nous par le car ; ils ont ouvert la maison, sont allés chercher de la glace, acheter de la sardine ; nous sommes arrivés ici vers 5 heures et demi et avons été vite réinstallés. Ce matin, fête de Saint Jacques – que nous avons fêté hier soir à la grande fille et à son Papa – suis allée à la grand-messe…
10 heures et quart, je viens de me coucher, Anne dort, Jacques et les enfants se promènent, j’aurais aimé les accompagner mais je suis tellement lasse, bien plus moralement que physiquement, à bout de nerfs, exaspérée ; j’ai une besoin fou de solitude, de vie facile, sans avoir besoin de faire marcher tout le monde, de faire le gendarme à perpétuité ; de lutter sans cesse, à chaque repas, contre les fantaisies ou les entêtements d’Anne…. Je voudrais quelques jours de détente mais impossible. J’ai eu pourtant sur la plage, entre les conversations plus ou moins banales, quelques bons moments de lecture et de méditation…
Mercredi soir 28 juillet
Il Y a un an, nous étions à Saint Gingoph, prêts à rentrer en France… et comme aujourd’hui, il faisait bien chaud… Je ne suis pas pressée de me coucher, il fait lourd dans les chambres et j’ai si peu dormi la nuit dernière que j’ai peur cette nuit de recommencer, j’aurais bien besoin de repos, je suis tellement fatiguée, le cœur un peu patraque et les nerfs en très mauvais état, et, une fois venue la fin de la semaine, j’aurais besoin de beaucoup de repos. Jacques amène samedi Maman et Jacqueline. Jacquie est partie hier à Saint Hilaire de Mortagne et reviendra le 2 août, Jean Granger doit venir le 15 et restera quelques jours je suppose. Les enfants voudraient avoir des amies, tout cela fera pas mal de travail, et bien peu de calme certainement. Lundi, pique-niqué avec les Chaise à la Parée ; nous avons commencé la journée par assister à la messe de Sainte Anne ; j’ai eu quelques courses à faire et sommes partis vers 10 heures et demie. Chaleur torride ce jour-là, et Solange ayant une foulure qui l’empêchait de marcher, nous sommes restés au plus près, à une place exposée au soleil et abritée du vent ; ce qui n’était pas très confortable vue la saison. Le repas a été cependant très gai, mais j’ai eu de violents battements de cœur, qui m’ont beaucoup incommodée ; aussitôt déjeuner, j’ai gagné une place plus agréable, sur un rocher, avec la mer tout près et quelques souffles de brise, j’ai passé un bien agréable moment, tout en tricotant et disant mon chapelet, à regarder la marée monter. Tout le reste de la bande, sauf Solange, était parti du côté du Marais-Girard, et, j’ai eu un de ces moments de solitude, bien précieux. Le retour jusqu’à l’auto a été pénible sous le soleil de plomb, et, nous avons eu plaisir à boire quelque chose de frais avant de partir. Avons, au pique-nique, mangé le gâteau de fête d’Anne. Hier et aujourd’hui, il a fait bon sur la plage mais les nuits sont très chaudes et pénibles, n’ai pu dormir avant quatre heures… Suis allée hier conduire les garçons au Supérieur du collège Merveilleux du Vignaux ; Yves a commencé ses cours aujourd’hui, puissent-ils lui profiter !
Jeudi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 29 juillet 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
De l’orage la nuit dernière, de 1 heure à 3 heures, Anne seule ne s’est pas réveillée, Dieu merci, je suis descendue rentrer les costumes et peignoirs de bain pour les empêcher de se tremper complètement, puis les enfants se sont réveillés à leur tour, Yves est venu dans ma chambre me dire qu’il en avait assez, comme si j’y pouvais quelque chose ! Le ciel était tout en feu, c’était impressionnant mais splendide – c’est l’agrément de ma chambre d’ici – malgré le lit bien peu confortable, que cette vue du balcon sur la tour d’Arundel et l’entrée du port… Pluie ce matin, pas sortie, mais bien du travail quand même. Temps merveilleux cet après-midi, mais vent froid sur le soir. Pour moi, fatigue de plus en plus intense et dépression totale….
Samedi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 31 juillet 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Le temps s’est remis au beau, et nous avons sur la plage des heures délicieuses… Je viens de me reposer ici un moment, c’est-à-dire de tricoter en lisant les Actes des Apôtres et la lettre pastorale du Cardinal Suhard sur « Le sens de Dieu » ; je vais maintenant descendre, préparer le goûter et emmener les enfants à la plage. Jacques vient ce soir, et emmène Maman et Jacqueline, je vais avoir plus de fatigue, de préoccupations et moins de paix. Ces jours-ci les choses allaient aussi bien que possible – si ce n’avait été cette fatigue persistante – mais j’avais assez bien les enfants en main et tout était à peu près bien organisé. Suis allée à la messe ce matin, j’avais mieux dormi et la matinée était superbe. Suis revenue chargée avec un thon, des saucisses, des fruits et du fromage, et il s’est passé quelque chose d’assez imprévu, au milieu de la rue Napoléon j’ai trouvé brusquement le contact avec Dieu… Puissé-je retrouver, quelquefois, de semblables moments.
Dimanche matin 1er août
Passé hier une agréable après-midi sur la plage… Jacqueline est arrivée vers 4 heures, Maman et Jacques un peu avant dîner. André Lamy est arrivé lui aussi avec sa mère. Fait hier soir un tour de Remblai….
9 heures 20 du soir – Une journée très dure aujourd’hui – des roulements d’auto et des bruits de klaxon sans arrêt, une chaleur orageuse et fatigante, alors je ne peux pas écrire longtemps de suite ; impossibilité d’avoir un peu de solitude qui m’est indispensable, tous les enfants arrivant dans ma chambre les uns après les autres, du monde une grande partie de l’après-midi pour voir passer le cortège de la Fête des Fleurs, sous une pluie d’orage vraiment malchanceuse !… Reçu hier une lettre de Jean, il est près de Saint Cast ; ils font du volley et de la natation une partie de la journée. Ce sont pour lui des vacances.
Dimanche matin 8 août
Je viens de réveiller les enfants pour qu’ils aient la messe de 8 heures. Pour moi, je me repose un peu ce matin, car j’assisterai à la grand-messe… J’ai un moment de tranquillité et Anne dort encore, et je suppose que les autres s’habillent. Jacques ne vient que dans l’après-midi ; il a ce matin réunion du Conseil municipal et ne déjeunera que tard sans doute. Pluie ce matin, par averses et beaucoup de vent ; hier nous avons eu de la tempête… nous sommes allés au Phare rouge, où nous nous sommes faits doucher, comme de coutume puis pris le car qui nous a conduits au Puy d’Enfer, là, il y avait trop de monde, ce qui gâchait un peu la chose, mais le spectacle était de toute beauté. Pour revenir, il a fallu prendre d’assaut un car… Suis sortie avec les enfants sur la plage après dîner. Jacques nous a quittés dès lundi matin, car il devait aller à la foire d’Aizenay… le mardi, suis allée voir Mlle Chalard et aussi un peu les Renou. Mercredi, restée sur la plage. Jeudi, bibliothèque paroissiale, bien entendu, et fait quelques courses…Jacques est arrivé comme nous commencions à dîner, il a pu aller à le pêche vendredi matin, ce qui lui a fait grand plaisir et lui a permis de prendre une assiette de superbes crevettes, seulement il est parti vers 4 heures. J’espère un peu qu’il prendra quelques jours cette semaine. Vendredi matin, le temps n’était pas très beau, je suis restée à faire un peu de cuisine ; le soir, le temps s’étant dégagé, nous avons pu aller un peu sur la plage. Pas de lettre de Jean cette semaine, tout au moins ici… Yves a commencé sérieusement ses cours de vacances ; il prend au collège des leçons de mathématiques tous les deux jours, et les autres jours des leçons d’allemand chez un professeur qui m’a été renseigné par le collège, mais il habite la Rudelière, aussi nous avons fait venir son vélo pour qu’il puisse s’y rendre ; Toutes ses leçons sont à 8 heures du matin, ce qui lui laisse sa journée libre ensuite, mais je dois me gendarmer pour qu’il se couche assez tôt et aie le temps de dormir ; Pierre a un cours au collège tous les deux jours de 10 heures à midi, je voudrais bien que cela lui soit profitable ; Quand aux filles, il est difficile de leur faire faire le peu de travail sérieux qui leur serait nécessaire, l’ambiance n’y est pas d’ailleurs, et, pendant quelques jours, Jacquie est sortie avec une certaine bande qui ne me plaisait pas. Elle voit maintenant des jeunes filles amies d’Hélène Denis, qui me plaisent beaucoup plus et avec lesquelles elle cherche à lancer des réunions d’Action catholique, aussi j’appuie volontiers de ce côté-là ; Elle voudrait aussi sortir le soir et je ne veux pas qu’elle en abuse ; Geneviève et elle sont allées vendredi soir au cinéma avec Tante Canette, aussi je me suis opposée à ce qu’elle aille hier soir aux Sports pour une soirée de chansonniers avec Marie Dubas – je sais que certains, ou certaines, trouvent cela bizarre de ma part, mais moi je trouve qu’il est bien difficile de tenir en main une enfant de cet âge-là - Quant à Geneviève, elle ne bouge pas, même pas assez. A part cela, certaines choses désagréables – une discussion avec Jacqueline mercredi soir – cela a l’air arrangé, mais j’en ai été malade pendant deux jours… Fatiguée physiquement, et surtout fatiguée de lutter contre tant de choses à la fois, contre les exigences de Jacquie, son caractère peu commode et son désir de sorties et de distractions, contre la mollesse de Geneviève qu’il faut secouer, contre les entêtement d’Yves, les caprices de Pierre et surtout les fantaisies d’Anne, contre cette ambiance que je n’aime pas… Mercredi, suis allée à la Rudelière voir le professeur d’Yves et m’entendre avec lui sur les leçons d’allemand ; Comme il n’y a pas de cars à cette heure, il a fallu faire les deux trajets à pied, mais, sur le Remblai, ce n’est pas pénible quand il ne fait pas trop chaud. Ce professeur est très intéressant, il donne des leçons d’allemand, d’italien, d’espagnol, sait également l’anglais et le portugais… Au retour, causé avec Yves tout le long du trajet, et cela avec le plus grand plaisir, tant il est intéressant ; il m’a raconté des tas de choses qu’il avaient lues, ou que ses professeurs lui avaient racontées, il a l’esprit vif et une curiosité intellectuelle que je voudrais bien voir à ses sœurs. Si seulement les leçons pouvaient lui donner le goût de travailler, ce qui lui manque.
Lundi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 9 aout 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Grand messe hier matin… écrit ensuite une partie de l’après-midi. Sommes allés après le goûter au phare rouge pour voir les vagues, ce qui ravissait les enfants. Au retour, Jacques nous attendait, apportant une lettre de Jean, lequel a failli avoir un très grave accident. Au cours d’une démonstration de grenades, alors que tous étaient à plat ventre, une grenade a explosé, et Jean a reçu un éclat dans la paupière supérieure gauche, il a eu grand chaud, nous dit-il, mais il s’en est tiré avec une écorchure, un verre de lunettes volatilisé, mais pas un éclat dans l’œil, trois jours d’infirmerie et un peu de conjonctivite.
Mercredi soir – Je reprends ce soir seulement ; les journées sont courtes et je n’arrive à tout ce que j’aurais à faire. Hier, sommes allés l’après-midi à La Chaume, Jacques, Tante Canette et les enfants ont un peu pêché, sans grand résultat, mais pendant ce temps-là j’ai passé le meilleur après-midi que j’aie eu depuis longtemps… Après le goûter, les enfants et Jacqueline sont partis par le bateau, et tous deux sommes restés jusqu’au soir… Sur le Remblai, après dîner, quelques averses. Aujourd’hui, pluie presque toute la journée, avons reçu Françoise Forgeau ex-Boisseau. Une lettre de Jean ce matin, il ne parle pas de son œil, il a dû quitter Coëtquidan pour grandes manœuvres au Camp de la Courtine et viendra vers le 15 septembre seulement.
Dimanche matin 15 août
Depuis mercredi jusqu’à hier matin, très mauvais temps, vent violent et souvent très froid ; c’est à peine si nous avons pu aborder la plage. Jeudi, passé ma matinée à faire des courses avec Jacques ; j’organisais ce jour-là un petit goûter en l’honneur des 19 ans de Jacquie, et il manquait vraiment trop de choses. Je n’étais pas fâchée que Jacques s’en aperçoive, car tout cela est si cher que je n’ose guère acheter. Nous avons fait l’acquisition d’un petit service de thé, qui n’est pas trop mal et de verres assez ordinaires, mais qui auront au moins le mérite d’être tous pareils. Tout a été bien réussi, il y avait des croissants, des pains au lait fourrés de confiture, un gros gâteau au chocolat, de la citronnade et du thé. Jacquie avait invité ses amis Plessy, Hélène, Simone Bichon, Marie-Annick qui se trouvait là, ainsi qu’Annie et Misette Tesson ; il y avait aussi Poupette ; cela faisait une bonne petite bande bien gaie, et les éclats de rire prouvaient qu’elles ne s’ennuyaient pas. Ne suis pas allée sur la plage ce jour-là ; y ai envoyé Thérèse avec les petits ; il paraît qu’on y était très mal. Vendredi, pas sortie non plus ; j’avais d’ailleurs à écrire et à travailler, dans l’après-midi sont venus Jacques Boisseau et son frère, puis tous les Lamy et Françoise, après avoir fait goûter les enfants, les ai emmenés un peu sur la plage, mais le grand vent froid n’était guère agréable. Nous avions un voyage projeté pour hier à Noirmoutier et nous demandions comment cela se passerait, par contraste, nous avons eu hier un temps radieux… On annonce de la tempête pour aujourd’hui… Il a fallu se lever à 4 heures et quart pour arriver au Gois à marée basse, aussi beaucoup de choses avaient été préparées la veille au soir, cependant, il a fallu faire vite pour ne pas être en retard, car il y a encore une bonne distance. La voiture marchait bien, Dieu merci, et nous n’avons pas eu d’ennuis. Passé le Gois un peu après 7 heures, nous avions ensuite tout notre temps pour nous promener…. Avons fait une promenade en mer, ce qui nous a tous ravis ; il faisait si beau et l’eau était si calme ; vu de côté-là, l’île est si jolie…. Cela nous a paru trop court. Sommes allés ensuite à l’Herbaudière où nous avons goûté sur les rochers ; il a fallu ensuite prendre le chemin du retour. Sommes arrivés ici vers 8 heures et demie, en même temps que Jean Granger… Nous allons souhaiter aujourd’hui la fête de Maman…
Le Poiré, mercredi 18 août
On se croirait plutôt en novembre qu’à la mi-août, depuis ce matin, il pleut et il ne fait pas bien chaud. Je suis venue ici avec Jacques, pour voir M. le Curé cet après-midi, régler différentes choses à la foire demain et repartir à cette heure-ci pour retrouver toute la maisonnée. Nous sommes passés par l’Atrie, la Blédière et la Buzenière ; je ne suis descendue que chez Martineau pour voir une petite fille née vendredi dernier, partout ailleurs je suis restée dans l’auto parce que je n’avais que des sandales et ne tenait absolument pas à avoir les pieds trempés… Aujourd’hui, je suis au calme… Passé dimanche une bonne journée, suis allée à la grand-messe… en rentrant me suis mise à préparer des tartes pour le dessert du soir. Au déjeuner, nous avons souhaité la fête de Maman qui nous a offert pour le dessert des glaces délicieuses. Jacques et moi avons réussi à emmener les enfants à la procession et aux vêpres, et j’en ai été très heureuse… Après avoir fait goûter les enfants, sommes allés, Jacques et moi, sur les rochers de La Chaume, chacun avec un livre et avons goûté là quelques instants de paix… Dîné de bonne heure et sommes allés au cinéma pour « La chartreuse de Parme » qui est un beau film. Lundi, journée à la plage… hier matin, fait des courses puis départ des Granger. Hier après-midi suis allée voir Mlle Chalard, m’y suis attardé si bien que n’ai pu avoir qu’un petit moment à la plage. Il n’y faisait d’ailleurs pas chaud.
Les Sables, vendredi soir 20 août
Suis rentrée ici hier après-midi ; le voyage est très facile, puisqu’en partant du Poiré à 2 heures 10, on est ici avant quatre heures, après m’être reposée, j’ai pu avoir un moment sur la plage. Mon court séjour au Poiré s’est bien passé, mais j’ai eu beaucoup à faire… Mercredi après-midi, vu M. le Curé, qui est venu à la maison, et resté assez longuement, parlé du Congrès de la Ligue, lequel doit avoir lieu en septembre. Ensuite, fini de ranger les pommes apportées de chez Martineau le matin, puis, malgré la pluie qui ne cessait de tomber, suis allée chez Maman. Je suis rentrée assez tôt, car je voulais écrire aux présidentes paroissiales pour les entretenir du Congrès et j’ai eu fini juste pour dîner. Après dîner, cela m’a fait tout drôle de n’avoir personne à coucher… aussi j’ai eu un bon moment de lecture et de tricot, ce qui a été bien agréable. Jeudi matin, ne suis allée qu’à la seconde messe, je n’avais personne à habiller, et fait le marché en rentrant. Là, cela n’en finissait pas, car j’ai vu des tas de personnes à qui il fallait parler… et puis le docteur Lucas, et puis les Boyer….Ensuite, vu le filateur de Cugand pour de la laine et des tissus, rangé des fruits, vu avec Marie les conserves qu’elle devrait faire… et puis Eugénie Moreau qui est venue apporter du beurre et revenue dîner, et puis Armande qui m’a raconté les nouvelles ; Je n’ai guère eu un moment tranquille et pourtant cela m’a fait du bien de me replonger dans cette vie qui est la mienne et que j’aime et aussi de ne pas entendre pendant vingt-quatre heures les piaulements de Tachou. Passé hier soir un bon petit moment à la plage, il ne faisait pas trop froid, mais aujourd’hui le temps était franchement désagréable. Sommes allés quand même sur la plage, les enfants ont joué au croquet, et, avec un gros manteau, j’ai tout de même pu tenir toute la matinée. Eu la visite d’Armande Brachet, ai été contente de causer avec elle. Jacquie a déjeuné avec Hélène chez leurs amies Plessy, qui sont vraiment gentilles et d’un genre que j’apprécie beaucoup, puis toutes sont venues ici goûter, ainsi que Denise Clérault, Jean et Paul Denis. Entre temps, j’étais allée un peu chez Menine qui recevait aujourd’hui ses parents, puis Oncle Alfred et Tante Jeanne sont venus un peu ici. Après le goûter, suis allée un peu sur la plage retrouver Anne, qui y était avec Thérèse ; il faisait meilleur que ce matin… Aujourd’hui, fête de Bernard… Ce soir, il pleut, les garçons sont montés, ils ont un peu à travailler et je veux qu’ils se couchent de bonne heure ; les filles jouent aux cartes avec Denise Clérault et Jean-Jean. Cette soirée sent déjà l’automne. Jacques ne viendra que dimanche après-midi, il reste pour la bénédiction du tracteur du Moulin-Guérin… Une bonne lettre de Jeanne Lego hier ; une de Jean, qui trouve ce camp de la Courtine aucunement enchanteur comme séjour.
Dimanche matin 22 août
Six heures et demie, déjà réveillée depuis un moment et trop réveillée pour rester sans rien faire. Dans une heure, j’irai appeler les enfants pour qu’ils se lèvent pour la messe de huit heures. Anne dort profondément. Dehors temps gris… cela fait une série de vilaines journées… Hier, nous avons pu passer presque toute la journée sur la plage, mais avec un bon manteau, autrement le vent est froid et pénible. La matinée a été franchement désagréable, les enfants étaient énervés et de mauvaise humeur, même Jacqueline Denis qui est pourtant si pacifique. Après déjeuner suis allée voir Mme Plessy et cela m’a fait plaisir, voici une famille dans le genre de la nôtre – sept enfants – avec des habitudes de piété qui ressemblent aux nôtres, la messe chaque matin, ou à peu près, des soucis d’Action catholique. Mme Plessy est présidente cantonale de la Ligue Catholique…. Sommes rentrés de bonne heure de la plage ; la mer était haute et il faisait froid. Un tour de remblai, après dîner, avec Denise Clérault. Sommes rentrés vers 10 heures.
4 heures et demie – Une journée lamentable, pluie toute la journée. Assisté à la grand-messe, que j’ai beaucoup aimée, c’était la fête du Cœur immaculé de Marie…. Après déjeuner, suis allée avec les garçons à la bibliothèque paroissiale et pris un bout de Vêpres. Suis revenue sous le crachin qui ne cesse pas, il y a des promeneurs quand même… Suis revenue par les piles… Les enfants sont donc confinés à la maison pour l’après-midi, et cela leur paraîtra long. Paul et Thérèse Denis sont ici, ainsi que les Clérault. Je vais descendre les faire goûter, et ils tâcheront de s’occuper jusqu’au dîner.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 23 aout 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Maman et Jacqueline sont arrivées assez tard hier soir, nous les avions attendues pour dîner, jusqu’à 8 heures seulement et il était bien 8 heures et demie. Les enfants sont partis se promener avec les Denis et les Clérault, pendant que je mettais en place les provisions – légumes et fruits – et les fleurs dans l’eau… hier, Mme Plessy est venue, et restée un bon moment. Les Lamy sont venus aussi, puis Jacques et moi sommes allés chez les Renou, que nous n’avons pas trouvé, vu Louise, Bernard Barré et Germaine. Jacques a filé ensuite en auto et j’ai fait une bonne promenade en rentrant par le remblai. Jacques restera absent toute la semaine, ce sera long. Jacquie est allée danser ce soir avec Denise, Pierre Denis et la bande de Poupette ; j’ai permis, pour ce soir. Suis sortie avec Geneviève et Thérèse Denis.
Vendredi 2 heures et quart
Quelque chose qui m’a fait grand plaisir hier, une bonne conversation avec Mme Lamy, une conversation tellement moins banale que toutes celles entendues sur la plage depuis quelque temps… Hier au cinéma, un joli film : Mrs Miniver. De l’orage cette nuit mais beau temps sur la plage Hier et ce matin.
Dimanche 29 août
Dernier dimanche aux Sables ; la semaine prochaine, nous serons rentrés… Une lettre de Jean jeudi matin nous dit qu’il compte sur le départ de la Courtine pour le 2 et sur une permission pour le 11. Hier, les journées annonçaient que [Delattre] de Lattre, en inspection au camp de la Courtine, avait été blessé à un bras par un éclat d’obus, c’est bien regrettable, mais j’espère qu’il n’y a pas d’autre blessé que lui ! Je voudrais bien qu’il fasse beau à la fin de septembre, nous viendrions tous ici quelques jours. En attendant, nous avons depuis hier un temps délicieux…. La semaine s’est bien passée, après la vilaine après-midi de lundi, nous avons eu mardi matin quelques bonnes heures de soleil et un après-midi convenable. Depuis le temps s’est maintenu, plus ou moins ensoleillé, nous avons pu aller tous les jours sr la plage. Me suis un peu reposée, d’ailleurs nous sommes moins nombreux, et la maison est moins lourde et moins difficile à diriger, ensuite j’ai pu avoir quelques hures de paix et de solitude… Hier, les enfants sont allés en pique-nique du côté du Puy d’Enfer, avec les Denis, Clérault et Plessy, cela m’a fait une bonne journée de repos et de paix ; Ce qui m’a fait aussi le plus grand bien, c’est la possibilité d’avoir chaque matin, ou presque, la messe de 7 heures et demi… il me fallait faire lever Yves pour sa leçon et cela me forçait à sortir de mon lit….
Mardi 31 août 10 heures et quart
Dernier soir ici, nous partons demain après-midi… Anne dort, les autres sont partis se promener, pour le dernier soir. On fait des projets pour l’année prochaine et où serons-nous avec ces menaces qui pèsent sans cesse sur nous ! Nous avons passé dimanche une journée tranquille, la grand-messe que j’aime, puis suis allée faire mes adieux à la famille Petit et écrit jusqu’au déjeuner. Ensuite la bibliothèque paroissiale, un tout aux Vêpres, une visite d’André Lamy, qui partait le lendemain, un peu de correspondance ensuite, puis la fin d’après-midi à la plage. Maman et Jacques sont partis hier, j’ai profité de l’auto pour envoyer pas mal de choses, et les bagages seront vite faits demain matin. Hier matin, fait quelques courses et passé un bon après-midi à la plage ; Jacquie et Denise Clérault sont allées faire un tour au « Navy-Sport », et ont trouvé cela très amusant… Cet après-midi, j’ai autorisé Geneviève et Yves à y faire un tour, mais ils ont chaviré et bu un bon petit bouillon. Après le bain, tous sont allés goûter chez les Plessy ; suis allée voir les Renou, mais il n’y avait que Simone et Monique, suis allée voir Mlle Chalard et passé un grand moment avec elle, à écouter toutes sortes de choses qui ne m’intéressaient pas follement, mais dont elle se soulageait. Suis revenue en coupant à travers la plage déserte, car c’était l’heure du dîner, ce qui m’a fait une bonne promenade infiniment agréable. Beaucoup de travail en perspective dans les jours qui viennent…. Enfin, je suis reposée, c’est déjà quelque chose.
Le Poiré dimanche matin 5 septembre
Nous voilà réinstallés ici et pour de bon, je pense, à moins que nous allions cinq ou six jours aux Sables à la fin du mois de septembre…. La journée du départ s’est bien passée, fait le matin des courses avec Geneviève, commencé les valises et passé un petit moment à la plage au moment du bain des enfants… Après le déjeuner, terminé les préparatifs de départ ; Jacques est arrivé vers 3 heures et demie, nous avons fait une rapide visite d’adieu à la famille Lamy, une autre aux Dereure, chargé l’auto, ce qui n’est pas pour Jacques un petit travail. Geneviève, Yves, Pierre et Anne sont partis par le car, à la grande joie de Tachou, mais nous étions encore bien serrés dans l’auto. Sommes arrivés ici un peu avant sept heures, me suis mise immédiatement aux rangements, mais n’ai pu faire que bien peu de choses avant dîner. Jeudi matin, fini de ranger, trié touts les fruits qui en avaient grand besoin, préparé quatre bocaux de conserve de thon ; l’après-midi, suis allée à La Roche pour le dentiste, fait quelques courses, suis allée à la bibliothèque, à la Maison des Œuvres, chez les Lesaffre, et cela m’a fait plaisir. Vendredi matin, Majo Cesbron nous est arrivée dès 7 heures et demie, Geneviève était allée au-devant d’elle et l’a installée, si bien que je n’ai eu aucune peine. Ce matin-là fait un peu de cuisine, des gâteaux pour offrir l’après-midi et quatorze pots de confitures avec les pommes et les poires les plus abîmées ; commencé à réviser les trousseaux des enfants… Hier après-midi, suis allée voir M. le Curé pour des questions de la Ligue et d’entraide et suis restée parler un moment. Suis passée à la tannerie où tout ne va pas très bien, Stani a été gravement malade, un des enfants a été opéré des végétations et ne se remet pas vite ; Marie-Josèphe attend son septième enfant, n’a pas de bonne et n’en trouve pas. Fait une visite à Mme Dorion, puis suis passée chez Armande Brachet avec qui j’ai causé longuement. Suis allée goûter chez Maman, puis revenue en vitesse ici où beaucoup de travail m’attendait. J’avais à téléphoner, à préparer de al citronnade pour aujourd’hui, mettre sur papier un projet de réunion de Ligue pour ce matin, et commencer à réparer un chandail à Yves que je passe à Pierre. Aujourd’hui, c’est le Préveil, il ne fait pas très beau, il faudra aller aux Courses et cela ne m’enthousiasme pas… Gillonne de Goué, une autre amie de Geneviève, vient déjeuner et restera peut-être coucher ce soir ; Denise et Jean Clérault viennent mardi ; Nicole Gaillard la semaine prochaine. Pas de lettre de Jean cette semaine, peut-être a-t-il écrit aux Sables…. Il doit être rentré maintenant à Coëtquidan et peut-être nous viendra-t-il à la fin de la semaine.
Samedi soir 11 septembre
Une semaine très remplie, et celle qui va commencer ne le sera pas moins. Je reprends par le commencement. Dimanche matin, fait au Ligueuses la réunion projetée, il y a eu bien peu de monde ! Sommes ensuite allés à la grand-messe ; au retour Gillonne de Goué était là, nous avons déjeuné puis sommes allés aux Courses ; ce n’était pas mal ; il y avait du monde, le temps s’est maintenu à peu près beau ; au retour, fait goûter les enfants avec des tartines, un gâteau et de la citronnade, puis j’ai eu, jusqu’au dîner, quelques minutes tranquilles ; Lundi, rien de très neuf… mardi matin, messe de mariage ; à midi, Denise et Jean Clérault sont arrivés ; après déjeuner, suis allée à la Pampinière où j’ai fait toute une tournée de visites, suis rentrée pour dîner. Mercredi après-midi, visite à Marguerite… Jeudi, une matinée très remplie, je ne savais plus guère où donner de la tête ; enfin je suis arrivée à mettre sur pied l’organisation du trousseau des enfants ; j’utilise beaucoup de vieilles choses, mais c’est un réel travail que de tout combiner, et peut-être cela le plus dur. Hier, sommes allés à Nantes, ce qui me pesait beaucoup à l’avance, j’avais beaucoup de choses à faire, et pas toujours amusantes ; enfin nous avons mis sur pied le travail scolaire de Jacquie, présenté les deux filles au cours Saint Ambroise, visité l’école technique de Nazareth, acheté des tissus pour manteaux, des souliers… Me suis reposée un peu aujourd’hui, ce qui est peut-être une façon de parler, car il a fallu courir au téléphone toute la journée, Jean nous a appelé deux fois de Coëtquidan, d’abord pour dire qu’il arriverait sans doute à La Roche à minuit et demie, une seconde fois pour dire qu’il y avait erreur, qu’il partirait demain matin seulement et passerait la journée de demain à Nantes, il nous arrivera lundi pour déjeuner. Geneviève partira ce jour-là chez Majo Cesbron et Nicole Gaillard nous arrivera. Nous aurons mercredi le docteur et Mme Bastard à déjeuner, Jean-Pierre est ici depuis jeudi. Demain, nous allons à Soullans, cela me fera une journée de repos, j’en ai besoin.
Lundi matin 13 septembre
Quelques minutes à moi avant déjeuner, je me suis réfugiée dans la salle à manger pour être un peu plus tranquille ; le bureau est plein d’enfants ; il y a en plus des miens, Jean-Pierre Bastard, Nicole Gaillard, Marie-Annick et les deux petites Guillaumé ; Jean n’arrive que ce soir ; j’avais compté sur lui par le car de midi et demie, mais il a téléphoné ce matin que, son billet étant pris jusqu’à La Roche, il préférait partir par un train commode cet après-midi, et nous arrivera par le car du soir. Nous allons cet après-midi à Longeron chercher de la toile à draps et, au retour, nous le trouverons ici ; nous avons tous assisté à la messe de 9 heures… partis vers 11 heures et quart pour Soullans dans une auto assez chargée ; le voyage s’est bien effectué, sommes arrivés pour déjeuner ; avons eu un bon et beau repas, et cela a été pour nous une journée de détente ; nous avons pu bien causer, et dans le jardin, et de le salon où la pluie nous a forcé à rentrer. Nous nous sommes un peu trop attardés à Soullans, puis qu’il était 7 heures quand nous sommes partis et nous devions nous arrêter à Commequiers. Là, la famille Hidier nous attendait avec quelques bonnes bouteilles et un énorme gâteau, qui nous a un peu effrayés, après le bon déjeuner Crochet nous n’avions plus très faim, et de plus les enfants avaient goûté si bien que nous n’avons guère fait honneur à ce supplément pourtant excellent. Il était tard quand nous avons quitté Commequiers, les rafales de vent passaient devant les phares, mais les enfants étaient très gais et chantaient à tue-tête (il a fallu tout de même s’arrêter car les garçons étaient malades, après le gâteau à la frangipane !). Arrivés ici à neuf heures, personne n’a dîné, nous nous sommes contentés d’assister au dîner de Grand-mère que j’avais eu l’imprudence d’inviter ; Ce matin, tout va bien ; il fait beau, on sent l’automne tout proche.
Mercredi soir 15 septembre
Vingt-troisième anniversaire de mon mariage…. Une grande joie ces jours-ci, Jean est avec nous, il nous est arrivé lundi soir pour dîner, il a bonne mine, paraît content, et nous sommes bien heureux de le voir ! dans deux ans ce seront nos noces d’argent ; puissions-nous être tous réunis. Ce soir, pour la première fois, nous sommes seulement en famille ; Nicole est partie dans l’après-midi et le docteur et Mme Bastard sont venus chercher Jean-Pierre, nous les avons reçus à déjeuner, j’avais un joli repas donc Jacques était content et nous avons passé une bonne journée. Mme Bastard et moi avons bien causé aussi, et nos maris ont rappelé leurs souvenirs de collège, ce qui fait toujours bien plaisir ; lundi après-midi, sommes allés au Longeron d’où nous avons rapporté deux ballots de tissus….
Dimanche soir 19 septembre
Quelques minutes et c’est tout. D’ici mon départ aux Sables, mardi soir, je serai affreusement bousculée lorsque je serai ici. Nous arrivons de La Roche… Maman et Oncle Alfred viennent ce soir ; demain, je passe toute la journée à La Roche pour des réunions de la Ligue… Mardi, c’est l’Adoration, et en plus il faudra que je prépare le départ pour les Sables… Jeudi soir, j’ai eu Oncle Alfred et Tante Jeanne à déjeuner, fait ce jour-là des conserves de haricots verts. Vendredi, des courses le matin, déjeuner chez Maman, puis suis rentrée travailler ici… Hie matin, suis allé à La Roche pour certaines choses urgentes, puis trié des fruits ; l’après-midi il a fallu me mettre à faire des démarches pour obtenir un car pour aujourd’hui et cela m’a fait trotter un bon moment. Ce matin, il a fallu se presser pour ne pas nous mettre en retard… Il y avait à La Roche un pèlerinage au Sacré-Cœur, pèlerinage pour la paix et l’unité chrétienne… Il faisait un temps superbe, et nous étions certainement plusieurs milliers de personnes, groupées, assemblées autour de notre Evêque… Sommes allés déjeuner chez les cousines, j’avais emporté un repas froid, puis il y a eu un meeting… Cela a été une heureuse journée où nous avons pu prier, vibrer, chanter à plein cœur…
Préparé bien des choses pour les trousseaux des enfants ; la plus grande partie de celui de Pierre est marqué…
Lundi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 20 septembre 1948, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Journée merveilleuse… ce matin, messe de Monseigneur… petit déjeuner à Saint-Joseph, puis une réunion… Le déjeuner, servi à Saint-Joseph nous a de nouveau réunies dans une atmosphère bien cordiale et sympathique ; un seul regret, nos dirigeantes déjeunaient entre elles et nous n’avons pas pu les voir suffisamment. La réunion de l’après-midi a été également intéressante… puis Mme Poirier-Coutansais a organisé chez elle, une réunion qui n’a pas été moins intéressante ; il y avait Mme Taylor, Mme de Baudry d’Asson, Mlle du Rostu… J’ai du me sauver, l’heure du car approchant…
Les Sables, mercredi soir 22 septembre
J’ai pu tout de même arriver à tout dans ma journée d’hier… Nous avions notre journée de l’Adoration, et les offices, grand-messe et vêpres, prenaient tout de même un certain temps. Il a fallu faire les bagages, trier des fruits, en emballer une certaine quantité pour les apporter ici ; Les filles, ainsi qu’Yves et Pierre, sont partis aussitôt déjeuner par le car, et ont ouvert la maison en nous attendant. Au retour des Vêpres, j’ai fini les bagages, puis suis allée une minute parler avec M. le Curé, à qui j’avais bien des choses à communiquer ; Maman est venue, ainsi qu’Oncle Alfred et Tante Jeanne, et ont assisté à notre départ qui a été assez tardif… Etions ici vers sept heures… Le dîner a été vite improvisé, les valises déballées, l’installation rapidement faite – certains lits étaient déjà tout faits, si bien qu’Anne a pu se coucher assez tôt, et qu’ensuite nous avons pu faire un tour de Remblai… Aujourd’hui… le vent a été assez dur toute la journée, et il fallait se mettre à l’abri. Nous sommes cependant restés de longues heures sur la plage ; il y avait encore un peu de monde, mais d’ici quelques jours tout sera désert…
Vendredi soir 24 septembre
Nous avons jusqu’ici un temps splendide… la journée d’aujourd’hui a été tiède et radieuse… Nous allons sur la plage le matin vers 10 heures, et y repartons presque aussitôt déjeuner, pour entrer vers 6 heures et demie. Je tricote et je lis, c’est pour moi quelques jours de repos. Téléphoné cet après-midi au Poiré ; M. Baron m’a dit que Jacques ne viendrait sans doute pas samedi soir ; je suis bien déçue.
Dimanche matin 26
Le temps, si beau hier, tourne à la pluie ; nous avons aujourd’hui un ciel gris, mais nous avons eu hier la plus belle journée qu’on puisse rêver… Jacques nous a fait la surprise d’arriver pour déjeuner… Il vient de repartir, aussitôt la messe de 7 heures, faire un tour aux Lucs et au Poiré, et reviendra de nouveau pour déjeuner, nous repartirons lundi soir et les rentrées seront toutes proches. Geneviève part ce soir pour Nantes, passer un examen pour savoir si elle passe ou non en première ; elle rentrera au Poiré mardi soir. Suis allée voir Mlle Chalard hier soir, après le goûter des enfants et y suis restée jusqu’au dîner, il faisait tellement doux que tout le monde s’attardait dehors, soit sur le Remblai, soit sur la plage, les enfants eux-mêmes ne sont rentrés qu’à 7 heures et demi. Jacques m’a annoncé que le chauffage au mazout nous sera sans doute installé pour l’hiver ; se pourrait-il que nous n’ayions pas froid ? A part cela, tout va de plus en plus mal intérieurement et extérieurement.
Jeudi soir 30 septembre
Je prends ce soir un peu de repos, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps… Nous avons conduit les filles à Nantes aujourd’hui, demain il faudra rentrer les garçons, mais je veux respirer un peu ce soir… J’ai été bien occupée depuis notre retour des Sables… Nous avons eu dimanche une journée radieuse, pendant la grand-messe le ciel s’est dégagé et nous avons eu une après-midi superbe ; sommes allés de bonne heure sur la plage et avons joué au croquet, Jacques était content et trouvait la plage infiniment plus agréable que en pleine saison. Lundi aussi il a fait très beau, fait des courses le matin et passé un moment sur la plage, ne me suis mise aux bagages qu’après déjeuner, il y avait peu à faire, si bien que nous sommes partis dès 5 heures, nous nous sommes attardés un peu à Saint Mathurin, mais nous étions tout de même là un moment avant dîner. Défait les bagages et rangé un peu le soir. Après dîner, suis allée chez Maman voir Oncle Alfred et Tante Jeanne qui étaient encore là et Tante Denise arrivée le vendredi précédent. Mardi matin, beaucoup d’occupations : les fruits à trier, des fleurs à mettre dans la maison, des courses, des vêtements à faire réparer pour les garçons, des tomates à mettre en conserve ; la journée d’hier a été pire, nous avons fait 7 bocaux de haricots verts et 33 pots de gelée de pommes et de coings ; entre temps, nous avons déjeuné chez Maman, et je suis allée accompagner Pierre pour ses visites d’adieux. Ce matin, départ de bonne heure, nous avions la remorque à la grande voiture et l’avons garnie d’un bon chargement de valises, légumes….Dans la matinée, nous sommes allés au Cours Saint Ambroise ; l’examen de Geneviève est faible, cependant elle passera en première, mais à l’essai… elle aura chez Grand-mère une chambre séparée de celle de Jacquie et cela vaudra mieux. Nous avons déjeuné de bonne heure, puis Jacques est rentré à la Roche pour une réunion du Conseil général, et je suis restée jusqu’à 4 heures et demie pour faire des courses ; avons pris le car Jean et moi, et retrouvé Jacques à La Roche….
Dimanche matin 3 octobre
La maison est maintenant un peu trop vide, et encore Jean est ici ; il nous quitte pour aller passer quelques jours à la Haye, il s’arrêtera à Angers la journée de dimanche, puis nous l’aurons pendant presque toute une semaine encore ; après son départ, il faudra définitivement rétrécir la table, puisque nous n’aurons plus que petite Anne, mais, de côté j’aurai bien à faire, parce que la jeune personne n’est pas précisément facile – désobéissante, capricieuse, désagréable et menteuse par surcroît, c’est-à-dire qu’elle arrange les choses à sa façon, il faudrait pour bien faire que je m’occupe beaucoup d’elle, que je cause avec elle et que personne ne lui cède ; cela fera une tâche assez ardue. La rentrée des garçons s’est bien passée, je me suis mise le matin aux emballages, et tout était prêt un peu avant quatre heures. Nous avons fait quelques courses en arrivant à la Roche, puis avons fait l’installation traditionnelle des garçons, en classe, au réfectoire, au dortoir, à la chapelle, etc…. Pierre n’avait pas l’air bien ému, il nous a quittés très gaiement, j’irai cependant mardi après-midi voir comment vont les choses. Maintenant que le coup dur des rentrées est passé, il me reste beaucoup de travail à faire… Hier matin, j’ai trié les fruits, il y en avait tellement à utiliser que j’ai fait faire de la marmelade pour mettre en conserve, passé le reste de la matinée à couvrir 33 pots de gelée de pommes. Dans l’après-midi, tricoté un peu, il y en a grand besoins ; J’ai fait si peu de choses pendant le mois de septembre ; je n’ai pas fini le chandail destiné à Pierre et j’ai des réparations urgentes à faire aux culottes des filles ; suis allée un moment chez Maman, puis à l’église, puis chez Mme Dorion… je suis ensuite rentrée ici pour préparer une réunion de dizainières… Aujourd’hui, j’ai quelques lettres pressées à faire, puis je voudrais ranger le bureau, les papiers, les étagères, les tiroirs… Nous avons un temps splendide et c’est bien agréable. Jacques a rapporté de Nantes le brûleur à mazout, nous avons la chaudière et la cuve ; l’installation doit commencer la semaine prochaine ; quel confort ce serait de ne pas avoir froid cet hiver ! Seulement il faudra quand même conserver soigneusement les bons vieux poêles à bois, de même que les lampes à pétrole. Vendredi, l’électricité a été en grève une partie de la journée, tout est bien menaçant ; il fait bon s’abandonner entièrement à la Providence.
Vendredi 8 octobre
J’ai décidé de rester ici aujourd’hui tout l’après-midi sans bouger… Chacun me sait que je ne dois pas avoir grand’chose à faire maintenant que les pensionnaires sont partis ! En fait mes journées sont terriblement remplies, et je vois toujours d’autre travail à faire. Je sors chaque après-midi pour voir Maman, et aussi faire quelques courses et des visites en retard. Le matin, il y a le fruitier, et aussi les rangements qui me prennent un temps considérable. Mardi, suis allée à La Roche, vu les garçons qui sont bien, Pierre paraît très habitué et commence même à chahuter. Couru les rues de La Roche tout l’après-midi, comme d’habitude… en plus suis allée voir l’Abbé Boucher pour lui remettre une petite horreur gagnée à la tombola de la kermesse. Un moment avec Mme Lesaffre. Mercredi, suis allée voir Marguerite ; Hier, emmené Anne chez les lingères pour remettre en ordre sa garde-robe d’hiver, de là suis allée chez Suzanne Tallonneau-Pateau, puis une visite à Mme Baron ; beaucoup de choses ne vont pas comme elles devraient. Passé un petit moment chez Maman ensuite. Hier après-midi, une courte visite de Mme des Rochettes ; parlé Action Catholique…
Les Sables, dimanche 20 octobre
Jacques ayant aujourd’hui une réunion à Olonne à propos des Marais, nous sommes venus passer la journée ici, et nous avons eu un temps délicieux… Nous sommes allés à la première messe pour avoir plus de temps, puis les préparatifs ont été vite faits, aussi nous avons eu le temps de faire, arrivés ici, une bonne promenade ; maintenant le déjeuner cuit tout doucement, et nous passerons l’après-midi sur la plage, Anne et moi. Je regrette que les autres ne soient pas ici, nous n’en avons guère de nouvelles ; les filles n’ont pas écrit depuis la rentrée et pourtant nous serions contents de savoir comment va leur nouvelle organisation. Quant à Jean, il n’a pas écrit depuis son départ à La Haye, il y a eu une carte de Tante Canette, de Fontgombault, jeudi, et c’est tout ; je pense qu’il passe la journée d’aujourd’hui à Angers et rentre demain soir, sa permission sera vite finie. Je verrai les garçons demain, puisque je vais à la foire de La Roche. Laurence arrive demain soir chez Maman, pour une dizaine de jours. Rien de neuf autrement….
Nous venons de déjeuner, et j’arrive m’installer sur la plage avec Anne qui est ravie de retrouver le sable ;…Nous avons eu un déjeuner tranquille malgré les caprices d’Anne et malgré cette réunion, ce sera pour Jacques une journée de détente ; j’ai rapidement fait la vaisselle, Anne l’a essuyée et rangée et Jacques a fait les couteaux. Cela faisait comme une petite dînette ; depuis que Pierre est parti, il me semble qu’il n’y a presque plus de cuisine à faire, tant les plats à préparer sont petits ; tout est relatif !
Lundi soir 11 octobre
Passé hier une après-midi reposante à la plage ; il faisait bon, Anne était heureuse de jouer dans le sable ; j’ai pu écrire longuement à Jeanne Lego et lire ensuite. Nous avons quitté la plage quand le soleil a disparu. Vu une minute Mlle Gallet qui nous avait aperçues du Remblai, mis tout en place et nous étions ici à l’heure du dîner. Aujourd’hui la foire de La Roche ; le départ n’a pas été fatigant et j’ai pu faire bien des choses dans ma matinée : suis allée à la Maison des Œuvres… gratter à la porte de l’Abbé Sacré, Mme Michaud y était, passé ensemble un grand moment et causé de bien des choses intéressantes… J’ai dû couper parce qu’il était l’heure de déjeuner. Suis allée ensuite chez Mme Poirier-Coutansais chez qui nous avons un de ces bonnes petites réunions qui vous réchauffe et vous « remonte » ; je suis partie en vitesse pour aller à la gare chercher Laurence et suis quand même arrivée après le train, fait ensuite quelques courses et sommes allées nous asseoir à Richelieu en attendant l’heure de la récréation. Les garçons sont bien, Yves toujours le même, mais Pierre crasseux et hilare. Il me faut m’occuper d’un envoi pour le grand Séminaire des Herbiers, et j’ai tant à faire ailleurs !
Mercredi soir 13 octobre
Bien des choses à faire tous ces jours-ci, et mon travail n’avance guère, des courses, le fruitier à surveiller, le rangement de la lessive. Hier Jacques a profité de la présence de Jean pour extraire le miel ; nous n’en avons eu cette année qu’une dizaine de kilos, peut-être en aurons-nous plus l’année prochaine avec les nouvelles ruches qui devraient être en plein rapport. Passé de grands moments à désoperculer et à remplir les bocaux. Monté ce matin les bocaux pour les faire reposer. Déjeuné chez Maman, puis fait avec Laurence une grande promenade par les coteaux, le Puy-Chabot, le Pré-Curé et le Plessis. Jacques a vu les garçons ce soir ; les filles viennent demain soir.
Dimanche matin 17 octobre
Suis très prise ces jours-ci et ne peux arriver à rien… Laurence est toujours là et je tâche de la promener le plus possible pour lui faire voir le pays. Hier, nous ne sommes sorties longtemps, mais nous avons goûté ici et Maman est restée ici jusqu’au dîner, si bien que je n’ai pu m’occuper de rien de ce que je voulais faire. Jeudi, nous sommes allées à Montorgueil, avec retour par le vieux chemin de Belleville. Je suis rentrée ici aussitôt le goûter, toute la famille dînait chez nous et j’avais bien à faire. Les filles sont arrivées par le car, après avoir passé l’après-midi à La Roche pour des essayages, ce qui leur permettra quand même d’avoir à la Toussaint des manteaux convenables ; j’ai beaucoup de mal à faire terminer leur garde-robe d’hiver ; Marthe Fournier est malade, ne travaille que très peu, et les robes de coton ne sont plus bien chaudes désormais. Geneviève avait apporté du travail à faire à La Roche, elle a travaillé aussi après le dîner, je crois qu’on les pousse ferme. Elles sont parties toutes les deux par le car le lendemain matin. L’après-midi suis allée à La Roche pour une histoire de dentiste, vu les garçons, je crois que cette année sera assez dure pour Yves. Quand à Pierre, il ne se débarbouille guère. Nous étions en auto et sommes revenus assez tôt. Je suis plutôt lasse et aurais besoin de repos, j’ai tenu assez bien jusqu’ici mais cela commence à bien faire. Mardi, je dois aller aux Sables avec Laurence qui désire voir. Vendredi, nous allons à Nantes porter des pommes et des carottes. Je n’ai pas le temps de lire et pourtant j’aurais des tas de choses intéressantes. Ce matin, je me suis reposée un peu, puis arrangé les fruits pour le déjeuner, préparé un chausson aux pommes et garni de chocolat un gâteau marbré qui doit être vendu ce soir à une représentation au profit des écoles, j’y assisterai ce soir d’autant plus qu’Anne chante dans un groupe d’enfants et que nous ne devons pas rater pareille chose. Jean nous quitte ce soir ; cette permission lui aura fait du bien et nous a fait grand plaisir, il pense revenir à Noël et peut-être d’ici là une journée à Nantes. La maison sera bien vite maintenant.
Mardi soir 19
Passé la journée aux Sables, mais, alors que je ne l’espérais pas, Jacques nous a conduites en auto, ce qui a été infiniment plus agréable et nous a permis de montrer à Laurence beaucoup plus de choses, si bien que, à part la confection du déjeuner, qui n’a pas été très compliqué, cela a été pour moi une journée de repos, puisque je me suis promenée tout le temps. Ce matin, avons été à La Chaume, d’abord à la grande jetée, puis aux parcs à huîtres. Après déjeuner, fait la vaisselle rapidement, Laurence l’a essuyée, puis fermé la maison. Sommes allées chez les Friconneau, puis à la percée d’Olonne, où la mer était splendide, et enfin au Puy d’Enfer ; la mer était haute, très forte…. Sommes rentrés ici vers sept heures.
Hier, beaucoup à faire, pluie une partie de la journée. Avons repris nos veillées dans la salle à manger ; Jacques tape à la machine ; Demain 17e anniversaire de la mort de Papa.
Jeudi soir 21 octobre
Journée assez bien remplie ; ce matin le marché, des courses, la maison à fleurir, les fruits à trier, des rangements à faire, des tricots à finir et à organiser ; Suis allée chez Maman tantôt, puis suis rentrée assez tôt pour faire une tarte que j’ai envoyée pour être mise aux enchères à une représentation que les jeunes filles donnent ce soir. Nous y sommes déjà allés dimanche, après le départ de Jean, et y retournerons dimanche prochain ; ce n’était pas mal du tout, et nos pauvres écoles ont tant besoin de subsides. Hier, une bonne promenade avec Laurence ; nous en avons fait ainsi quelques unes ensemble, et cela était bien agréable, les teintes d’automne sont pour le moment ravissantes.
Dimanche matin 24 octobre
Sommes allés à Nantes vendredi ; Jacques voulait apporter là des pommes, des carottes, des légumes et quelques autres provisions, mais nous ne n’étions que tous deux et la Simca était amplement suffisante. Nous n’avions que très peu de choses à faire, si bien que nous avons pu nous promener en ville et voir un peu les magasins, ce qui ne nous arrive pas souvent. Les filles sont bien, mais ce qu’il y a de plus ennuyeux, c’est la tension entre Jacquie et sa grand-mère. Nous voilà revenues aux jours de Jeanne d’Arc, elle et Bonne-Mère étaient aussi butées l’une que l’autre, cela s’était arrangé à Chavagnes, mais là je ne sais pas du tout comment elle s’arrangera. C’est aussi dur que les pires jours de 44 ! Le grand mal vient de Geneviève, qui est pourtant innocente de tout cela, mais c’est une enfant très facile, très mignonne, qui travaille de son mieux, et Grand-mère – Tante Madeleine aussi, mais moins – fait des comparaisons qui ne sont pas à l’avantage de Jacquie, la pauvre fille le sent, et en souffre. Il y a aussi cette défiance perpétuelle, qui est extrêmement pénible ; ces portes fermées à clé, cette surveillance trop visible au sujet des sorties ; ce peu de liberté pour recevoir ses amies, aller en ville, ces réflexions acides, ces observations qui ne sont que des critiques. Je ne peux pas dire le contraire, je comprends Jacquie, bien que je reconnaisse qu’elle est très difficile, j’en sais quelque chose moi-même. Ce n’est pas comme cela qu’il faudrait la prendre ; Il faudrait qu’elle sente de l’affection, autrement elle se bute, se durcit et souffre. Le pire dans tout cela, c’est que Grand-mère croit bien faire, elle se figure agir ainsi pour le bien de Jacquie et estime qu’il est de son devoir de la surveiller ainsi, elle atteint le résultat exactement opposé ! Je ne sais plus comment faire. Tout ce que je dirai et ferai sera évidemment mal interprété, mais d’un autre côté je ne peux pas laisser Jacquie dans cet état là, c’est une chose vraiment trop grave. Pour l’instant je pense que je ne peux rien, l’Esprit Saint, mon petit Bernard bien aimé, qui veille, j’en suis sûre sur sa marraine, et puis Tante Marie-Angèle qui doit tant prier pour nous.
Beaucoup de travail ces jours-ci, il faudrait que d’ici la Toussaint je tricote sans arrêt pour mettre en chantier des chandails destinés aux filles, et leur faire au moins essayer pendant les vacances. J’avais bien avancé ces jours-ci celui de Jacquie et me suis aperçue que ce n’était pas tout à fait cela et qu’il était nécessaire de reprendre, mais j’ai maintenant des points de repère et cela ira mieux. Nous retournons à la séance des jeunes filles ce soir… Lettre de Jean vendredi ; il a fait un bon voyage de retour à Coët ; il parle vaguement d’une permission pour la Toussaint, le bal de Cyr étant le 28 on leur donnerait congé pour quelques jours, mais je n’ose trop l’espérer, vu la gravité des événements et le conflit des houillères qui n’est pas apaisé ; les permissionnaires ont été rappelés, de même que ceux qui étaient en congés libérables. Que Dieu nous aide, il y en a grand besoin.
Dimanche 31 octobre
Les enfants sont tous arrivés en vacances de la Toussaint, sauf Jean qui n’a pas de permission, la maison est quelque peu bruyante, d’autant plus qu’il fait froid, et que nous sommes obligés de nous calfeutrer dans la salle à manger, car depuis mercredi ou jeudi, il fait réellement froid, et Pierre nous est arrivé enrhumé, je ne veux pas que son rhume se prolonge et mieux vaut prendre quelques précautions ; seulement c’est assez pénible d’être, dès le début de la saison, confinés dans cette pièce, alors que nous espérons que, grâce au chauffage au mazout, profiter de toute la maison cet hiver, et ne pas avoir perpétuellement ici le petit désordre et le tapage des enfants. Beaucoup travaillé cette semaine… J’ai fait le chandail de Jacquie, moins une manche, mais elle pourra toujours l’essayer, quant à celui de Geneviève, il est à peine commencé. Lundi, rien de nouveau, mardi, je suis allée à La Roche, et ai eu une après-midi très pénible, parce que j’étais très chargée. Mercredi, reçu les inspecteurs de Jacques ; j’avais un joli déjeuner, très réussi ; nous avons étrenné la cafetière électrique achetée la semaine précédente à Nantes, et qui avait été essayée la veille – le café y est délicieux – nous l’avons pris au salon, où j’avais installé une petite table pour le café et les liqueurs, il ne faisait pas froid et le salon était agréable avec ses fenêtres ouvertes au soleil. Avons eu ensuite la visite de Pierre et Geneviève Bouliau. Jeudi, pas mal eu à faire, vendredi, suis allée à Mortagne pour l’enterrement de la mère de Félix Renou, cela m’a fait une véritable expédition, puisqu’il m’a fallu partir d’ici avant huit heures, j’ai pris ensuite le car de Cholet, et suis allée passer ma matinée aux Herbiers, vu Juliette Moreau et aussi longuement Françoise Boisseau, chez qui j’ai déjeuné. Nous nous sommes même trop attardées à table, puisque nous sommes arrivées au car, comme il venait de partir ! J’étais ennuyée ; Françoise a cherché une occasion pour Mortagne, mais sans succès. Je me suis donc décidée à faire de l’auto-stop et à arrêter les voitures qui passeraient. N’ai pas eu de succès pour la première, mais la seconde s’est arrêtée, c’était un ménage très gentil qui m’a déposée à la porte des Renou, je n’ai pas su leur nom, mais après avoir causé avec Geneviève hier soir, je sais maintenant qu’il s’agit de Mme Chatry, la sœur de Majo Cesbron et de son mari. Je n’étais même pas en retard pour l’enterrement. Suis revenue jusqu’aux Herbiers avec les Louis Dugast, goûté avec Françoise, et n’ai pas manqué mon car. Voyagé avec Annie Grolleau jusqu’à La Roche, et retrouvé là mes garçons qui attendaient le car, les filles sont venues hier soir. Hier matin, alors que j’espérais avoir une matinée tranquille, j’ai été obligée d’aller à la Roche pour le dentiste… j’ai pu travailler tout de même cet après-midi ; les filles sont arrivées pour dîner. Nous étions pour nous coucher quand nous avons entendu dans la rue des bruits d’auto et des cris, c’était une auto qui, quittant le cinéma, avait tout simplement pris feu ; l’essence brûlait dans le carburateur ; nous sommes allés voir par la fenêtre du cabinet de toilettes des garçons, Jacques est descendu en vitesse, tel qu’il était, c’est-à-dire ayant commencé à se déshabiller, a attrapé au passage l’extincteur et a arrosé copieusement la voiture, aussi cela s’est éteint tout de suite, il n’y avait d’ailleurs pas grand mal, et la voiture est repartie au bout d’un moment, et nous avons pu dormir.
Jean ne viendra pas ces jours-ci, il paraît que le bal de Cyr est reporté à la fin décembre. Les Granger arrivent demain soir.
Dimanche matin 7 novembre 48
Semaine bien remplie, au cours de laquelle je n’ai pas pu écrire tant le travail pressait, je voudrais bien avoir un peu plus de loisirs et de tranquillité cette semaine ! Dimanche dernier, rien de nouveau, sommes allés au cinéma ; le film était très quelconque, mais les réflexions d’Yves, à côté de moi, étaient désopilantes, si bien que je me suis quand même amusée. Lundi, horaire habituel des jours de Toussaint ; sommes allés le matin au cimetière, puis à la grand-messe ; l’après-midi les Vêpres. Anne et Pierre étaient restés ici. Jacques a ensuite emmené Jacquie et Yves à Palluau. Sommes allés le soir à l’église pour un chemin de Croix. Au retour, Françoise et les Granger étaient ici ; Françoise est partie presque aussitôt, mais Jean et Jacqueline sont restés jusqu’au dîner. Mardi matin, j’ai eu bien à faire, d’autant plus que je voulais réparer un chandail à Geneviève, très abîmé par les mites. J’avais à y refaire la moitié du devant et un bon bout d’une manche, et cela m’a pris bien du temps. Les Granger et Maman sont venus déjeuner, nous avons souhaité les dix-sept ans de Geneviève, puis j’ai pris mon tricot et j’en ai eu pour jusqu’à minuit car Geneviève partait le lendemain et je voulais lui faire essayer l’encolure. Pour comble de bonheur, toute la journée il a plu, le temps était très sombre, et, jusqu’à ce qu’on allume, il a été plutôt pénible de tricoter dans le bleu marine. Mercredi, conduit Geneviève au car de Nantes, Jacquie ne partant que le lendemain. Sommes allés avec les Granger au mariage d’une petite Boisliveau de la Buzenière, mais sommes rentrés assez tôt à cause des garçons qui partaient le soir. En rentrant, j’ai préparé le sac d’Yves, nous avons dîné, les pensionnaires se sont préparés, et ils étaient prêts à partir quand… le car est passé ! il avait été avancé de huit minutes et nous ne le savions pas ! Jacques a pris l’auto et a filé ensuite conduire les garçons à La Roche. Je me suis mise à la manche de chandail de Geneviève, et il était presque minuit quand j’ai eu terminé ! Jeudi, Jacquie est partie par le car de 9 heures et quart, elle était à peine partie que la pluie s’est mise à tomber et il a fait tout le jour un temps affreux, la pauvre fille a du bien se mouiller en arrivant à Nantes. Sommes allés déjeuner chez Maman, Anne a été ce jour-là d’une sagesse remarquable, il n’en est pas souvent de même ! Suis restée un bon moment là-bas l’après-midi. Vendredi matin, pas mal à faire, les Granger, qui partaient au début de l’après-midi, sont venus nous voir au moment du déjeuner. A trois heures, réunion de la Ligue, bien peu de présences et des choses désagréables, celle de ce matin ira-t-elle mieux ? Suis allée ensuite voir Marie-Josèphe Remaud, Mme Dorion et Armande Brachet ; Quelques instants ensuite chez Maman et une courte promenade avant la nuit. Je voudrais reprendre, si possible, l’habitude d’une marche rapide ainsi chaque soir. Cela me fait tant de bien, et puis c’est un des rares moments où je puisse penser et méditer tranquillement. Hier, suis allée à la Faucherie, où j’avais deux visites à faire ; goûté chez Maman, suis allée me confesser puis au cimetière. Cela m’a fait encore un bon moment pour lire et tricoter le soir, mais j’en ai grand besoin pour terminer mon travail. Le chandail de Jacquie est presque fini, il ne reste plus que l’encolure à faire, plus le repassage et le montage, mais je n’ai pas encore fait la moitié du dos de celui de Geneviève….Aujourd’hui, peut-être aurai-je un peu de temps à moi, Jacques est parti à La Roche pour les élections au conseil de la République, mais Maman vient ici. Une lettre de Jean mercredi, l’école a été dimanche en excursion au Mont-Saint-Michel.
Mardi soir 9 novembre
Jacques est rentré dimanche soir très tard, cependant je ne m’inquiétais pas, le sachant en compagnie. Passé une journée très calme. Les femmes n’étaient pas très nombreuses à la réunion du matin, mais c’était vivant, et certaines en partant, m’ont dit que cela les intéressait et leur faisait du bien. Le temps, très beau le matin, s’est assombri et nous avons eu une brusque averse juste avant la grand-messe. Emmené Anne aux Vêpres, puis rangé des lettres, des papiers et écrit jusqu’au soir. Nous avons dîné sans attendre puis j’ai couché Anne. M. Baron est arrivé un moment après et nous a dit que Jacques venait de le déposer ici, mais partait conduire ses conseillers à la Bizière et l’Orbreteau, comme ils s’étaient déjà attardés une heure et demie à l’Aumère, ce qui d’ailleurs ne m’étonne pas, j’ai pensé qu’il en serait de même et je ne me suis pas tourmentée. Pendant ce temps, et tout l’après-midi, orages, coups de tonnerre, bourrasques, pluie et grêle, la foudre est même tombée à plusieurs endroits. Jacques était radieux en rentrant, les élections s’étaient bien passées, mieux qu’on ne pouvait espérer ; Rochereau et de Meaupou passaient avec un grand succès. Les candidats M.R.P. étaient plutôt déconfits. Dans l’ensemble de la France, gros succès du R.P.F. ; recul très net des communistes.
Hier matin, une partie à la foire de La Roche, départ sans bousculade ; fait des courses, quelques achats ; vu les enfants ; Yves avait une place de premier en histoire et en était bien heureux ; Passé à la maison des Œuvres et vu l’Abbé Sacré une minute. Déjeuné rue Chanzy, comme toujours, puis réunion chez Mme Poirier-Coutansais. Suis revenue par le car de 5 heures, causé longuement avec quelques femmes en attendant et pendant le trajet. Suis arrivée assez tôt pour prendre une tasse de thé qui m’a fait grand bien. J’ai pu travailler un peu avant dîner, il y en a besoin. Aujourd’hui, passé une partie de mon après-midi à préparer la réunion de jeunes femmes pour vendredi. Il faudra que je m’y remette jeudi soir. Je reviens maintenant de chez Maman, et vient de faire une course avant la nuit ; il fait froid, et le temps, très clair une partie de la journée, s’est très assombri ; j’ai du plaisir à contempler les arbres roux, les lointains brumeux, à penser, à méditer un peu dans la solitude, à lutter contre le froid alors que je pourrais rester au coin du feu. Je rentre réchauffée, revigorée !… mais mon tricot !… Branle-bas dans la maison, on nous installe le chauffage !
Vendredi matin 12 novembre
Un temps superbe depuis plusieurs jours ; les matins et les soirs sont froids ; en sortant de la messe, j’aperçois les coteaux recouverts de gelée blanche, mais, au milieu du jour le soleil est bon. Il est midi bientôt, mais je n’allumerai pas de feu avant six heures ce soir, le soleil entre et nous n’aurons pas froid pour déjeuner. Bien du travail encore ces jours-ci… Mercredi matin, une lettre de Jean, passé une partie de la matinée à lui répondre et à écrire aux filles. Mercredi après-midi, sépulture de Benjamin Cacaud, tombé en 40, quelque part dans l’est. Hier matin, un service pour un jeune homme de la classe de Jean, disparu en mer alors qu’il venait en permission pour se marier ; l’avion n’a jamais été retrouvé ; c’est terrible pour les parents, mais plus encore pour la pauvre fiancée qui reste dans une triste situation. Hier, trentième anniversaire de l’Armistice…Suis allée chez Marguerite, chez Maman, enfin fait quelques courses ; le coucher du soleil était une splendeur, tant le ciel était largement embrasé.
Dimanche matin 14
Vais bientôt sortir pour aller jusqu’au Monument aux Morts assister à la cérémonie traditionnelle, commémoraison de l’Armistice, et, cette année, inauguration des plaques portant les noms des victimes de la dernière guerre, seulement il y a un brouillard épais et il ne fait pas très chaud. Je dois aussi, en principe, aller à la sortie de la messe collecter des adhésions pour le Secours catholique, seulement il devait venir un prédicateur, pour parler sur ce sujet à chaque messe, et il n’était pas à la première messe, aussi je ne sais pas quoi faire ! Il y a toujours quelque chose à faire alors que je serais si contente de rester chez moi et de travailler tranquillement, seulement, quand on a le doigt dans l’engrenage, impossible de reculer. Fait vendredi une réunion pour les jeunes femmes, elles n’étaient que sept, cependant la réunion a été intéressante et vivante, je voudrais bien que cela leur ait plu, et qu’elles reviennent, elles pourraient même en amener d’autres….Hier, rien d’extraordinaire, suis allée seulement chez Maman, et tricoté tant que j’ai pu… Anne est un peu enrhumée, il faut lui mettre des gouttes dans le nez, lui laver les yeux qui pleurent, cela fait une jolie petite cérémonie à chaque fois, mais je voudrais bien, pour cet hiver, éviter les otites….
Dimanche matin 21 novembre
Encore toute une semaine passée sans écrire tant je me presse à travailler, et encore suis loin d’arriver à tout. Aujourd’hui sans doute serais-je tranquille pour faire bien des choses ; nous devions un peu aller à Nantes, si toutefois le camp de Coëtquidan était déconsigné, et si Jean avait pu passer son dimanche. Il est plus de neuf heures, et personne n’a téléphoné, il est à croire que les permissions ne sont pas rétablies, et que le pauvre garçon passera encore son dimanche à se morfondre au camp. Nous aurions été si contents de le voir ! Dimanche dernier, après les Vêpres, suis sortie un peu me promener avec Jacques, puis écrit jusqu’à l’heure du dîner. Cinéma ensuite pour voir « La terre qui meurt » le film n’est pas mal, il y a au début une noce maraîchine assez réussie, mais on a eu l’idée saugrenue de faire de Jean Nesmy un marin, et de faire périr Mathurin dans un incendie ; c’est assez bien joué. Lundi, suis allée chez Maman ; travaillé d’arrache pied pour avancer le chandail de Geneviève ; une visite de Mme Caillaud. Mardi, sommes allés à Nantes, fait bon voyage le matin, fait quelques courses avec Jacques, acheté de ravissantes petites tasses à moka. Après déjeuner, suis sortie avec Jacquie lui acheter de l’étoffe pour un pyjama qu’elle doit se faire, puis vu Andrée Jaffré quelques minutes. Il a fait beau ce jour-là et pas froid, depuis, le temps a été plus brumeux ; cependant ce matin, par extraordinaire, on voit le soleil. Mercredi matin, me suis installée à tricoter des manches pour terminer une petite robe à Anne ; après déjeuner, suis allée voir Armande Brachet, Odile était là et cela m’a fait plaisir de la voir ; continué à tricoter tout en causant. Suis allée ensuite chez Maman, puis fait ma petite promenade habituelle, malgré un mal de gorge commençant, puis suis rentrée ici travailler, et suis arriver à terminer une manche le soir. Jeudi matin, le mal de gorge tournait en rhume, ne suis pas sortie, me suis installée au coin du feu pour tricoter la seconde manche que j’ai terminée à 5 heures seulement ; passé un moment chez Maman ; il ne faisait pas froid, et le trajet n’est pas long. Vendredi matin, suis sortie pour aller à un enterrement, le rhume avait l’air de tourner en bronchite, aussi j’ai pris les grands moyens, badigeonnage et sirop ; le résultat a été bon, puisque le rhume a eu l’air de céder hier, et aujourd’hui, je ne tousse presque plus. Passé ma journée d’hier sans sortir. Maman est venue un moment, et Léontine Berthomé m’a apporté sa collecte pour le Secours catholique. Le chandail de Geneviève est bien avancé, je n’ai plus à faire qu’un bout de la seconde manche ; j’aurais pu lui faire essayer aujourd’hui. J’ai actuellement des livres intéressants, particulièrement un de Daniel-Rops : « L’Eglise des Apôtres et des Martyrs » ; Jeudi matin, une visite de Charlotte Rocheteau, elle rentre le 7 décembre à la visitation de Mervent, depuis l’âge de 12 ans, elle a toujours pensé à la vie religieuse, mais, maintenant que le moment de la décision approche, le sacrifice est de plus en plus dur….
Mercredi 24 novembre
Vais partir d’ici quelques minutes chez Maman, il fait beau, quoique les matins et les soirs soient bien froid ; ce matin je n’ai pas allumé le feu, j’ai eu à marcher jusque vers midi, avec le rangement du linge, le soin du fruitier et quelques courses pour le ravitaillement…. Dimanche une après-midi paisible, beaucoup écrit. Lundi, suis sortie un peu. Hier matin à La Roche, le vent était dur, et surtout au début de la matinée, j’ai eu froid, me suis réchauffée ensuite en marchand. Vu les garçons qui sont bien, avons organisé une sortie pour un jeudi. Le chandail de Geneviève est terminé. C’est un soulagement pour moi, mais je le crois assez réussi. Je reprends maintenant un chandail à Pierre, abandonné depuis octobre et j’ai bien d’autres choses en perspective.
Vendredi soir 26
Suis allée passe la journée aux Sables, pour voir où en sont les ouvriers, et surtout fermer le service d’eau en prévision des gelées qui peuvent venir. J’ai eu une journée splendide dont j’ai autant que possible profité. Suis partie par l’autorail de 9 heures 27, à peine une demie heure de trajet. Ce matin, fait les courses, la mer était splendide, bleu gris, un peu houleuse, avec de belles gerbes d’écume sur la jetée. Beaucoup de plaisir à revoir tout cela, et beaucoup de plaisir à longer le port, tout en allant à la recherche des ouvriers. Les peintres ne sont pas venus, naturellement. Mon déjeuner a été vite expédié, puis j’ai eu la chance d’avoir un menuisier, demandé pour démonter le placard de la cuisine, envahi par les souris. Il a fallu démonter plusieurs planches et j’ai enlevé une quantité considérable de mâchefer amené là par ces désagréables bestioles. J’ai fait boucher les trous par un maçon, et j’espère que nous allons être un peu plus tranquilles. Une fois tout remis en place, suis allée me promener un peu sur les piles et vers l’entrée de la petite jetée, autant qu’on peut s’en approcher puisqu’elle est en réparation. La mer était ravissante, le remblai baigné de lumière sous el soleil déclinant qui devenait rose… Suis repartie par le car comme toujours. Hier jeudi, déjeuné chez Maman avec Tachou et l’ai emmenée promener à la carrière, elle avait tellement entendu parler de cette carrière par ses frères et sœurs qu’elle s’imaginait peut-être quelque chose de merveilleux ; peut-être a-t-elle été déçue. Ce n’est plus le temps où j’emmenais là-bas toute une bande joyeuse, où l’on grillait des tartines, où les enfants usaient leurs fonds de culottes sur le sable. Pour une petite fille toute seule, ce n’était pas si amusant….
Dimanche matin 28
Toute une série de belles journées ; le matin, en partant à la messe – quand j’y vais – c’est une joie de contempler le ciel étoilé, bleu profond, avec un très mince croissant de lune, Pendant que j’habille Tachou, je vois, par la fenêtre de la salle de bains, entre les branches dépouillées du tilleul, l’horizon ourlé de rouge, où le soleil va bientôt se lever. Le début de la matinée est un peu dur, il fait froid dans la maison – si notre chauffage était installé, nous pourrions chauffer un peu, mais les monteurs ne sont pas encore venus – on arrive à se défendre en remuant un peu ; c’est l’heure des courses, des rangements, dès que le soleil paraît il fait bon, et quand je ne dois pas rester longtemps ici, je n’allume pas de feu pour le déjeuner ; je reste en général une heure à tricoter la porte ouverte au soleil, et il fait très bon. Ensuite, je me rends chez Maman où je reste pour goûter. Pas encore repris, depuis mon rhume, les promenades du soir. Je reprendrai aussitôt que je pourrai, car ce sont les meilleurs moments de réflexion, de méditation et de prière, mais je pense être très prise, tout au moins les trois premiers jours de la semaine ; je rentre ici vers six heures et j’ai, près du feu, un bon moment de lecture et de tricot. Après dîner, Anne étant couchée de bonne heure, cela me donne encore une heure et demie à peu près. J’en ai bien besoin, car le travail presse ; j’ai quatre tricots que je mène en même temps : un chandail pour Pierre, commencé depuis septembre, mais qui sera vite fini, puisque j’en suis à la seconde manche, un cache-nez pour Pierre, commencé par Jacquie depuis longtemps, une chemise de laine d’Anne, à réparer, et une capuche de tricot rouge pour moi. Seulement pendant quelques jours je serai très prise…. J’ai eu ces temps-ci des livres vraiment intéressants ; le volume de Daniel-Rops passionnant ; j’ai repris en même temps le Saint Paul de Baumann et comme je viens de finir l’Epître des Hébreux, texte et commentaires – j’ai passé quelques jours en compagnie du grand Apôtre et dans l’atmosphère de la primitive église ; tout cela est tellement plus intéressant que quantité d’autres livres, et nous sommes ignorants de tant de choses ! Repris aussi, comme délassement, un livre d’Elisabeth Goudge « l’arche dans la tempête » que j’aime pour son atmosphère d’intimité familiale, et aussi pour cette façon charmante de découvrir, en toutes choses, la beauté qui s’y trouve… rien ne m’exaspère plus que les gens blasés ou aigris, qui trouvent tout « moche » ou se plaignent de tout. Aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent… Il n’y a pas eu encore aujourd’hui de coup de téléphone de Nantes, c’est que Jean n’y est pas, autrement nous y serions allés un peu, mais seulement cet après-midi, puisque Jacques est au Conseil municipal… Jacques ayant hier matin une sépulture aux Lucs, suis allée voir Mlle Parois qui est encore bien souffrante, rencontré chez elle Mme des Rochettes, puis Mme Parois et sa fille, beaucoup parlé de la Ligue, apostolat et bien d’autres choses… Hier soir, suis allée faire une courte visite à Mme Dorion pour lui porter des livres, et aussi à la tannerie où vient de naître un petit Jacques ; c’est le septième et la sixième aura un an demain, la maman est très bien et le bébé bien beau. Dimanche dernier, c’était la fête de la Sainte Enfance, sommes allés aux Vêpres avec Anne qui tenait à faire la procession ; à la sortie de l’église vu pas mal de jeunes mamans avec leurs bébés ; il y a ici beaucoup de belles familles. Que Dieu les bénisse toutes.
Dimanche matin 5 décembre
Une semaine très très chargée ; je reprends au commencement afin de ne rien omettre. Dimanche dernier, assisté à la grand-messe et aux Vêpres, ce qui a été pour moi une vraie joie, d’autant plus que j’ai pu arriver tout au début des Vêpres, et goûter, dans l’esprit de l’Avent, chacun des psaumes. Je voudrais ces jours-ci relire le prophète Isaïe, si je peux y arriver ! Après les Vêpres, il faisait si beau que j’ai emmené Anne se promener, nous sommes allées jusqu’au « pâtis aux moutons », où si souvent elle a dormi, et étions de retour pour goûter. J’ai eu ensuite un bon moment pour écrire. Après dîner, Anne a été, avec Thérèse, une petite représentation à la salle paroissiale, au profit de la clique, et elle en est revenue ravie ; elle avait tellement ri que cela lui avait ôté toute envie de dormir. Lundi matin, quelques courses, l’après-midi, suis allée chez Mme Bonnaud puis chez Mme Vrignon pour les adhésions au Secours catholique. Un moment chez Maman, puis suis rentrée de bonne heure confectionner un chausson aux pommes, car le lendemain c’était ma fête et Maman venait dîner. Mardi après-midi à La Roche… vu l’Abbé Sacré qui viendra dîner jeudi soir avec l’Abbé Bretaudeau et l’Abbé Boucher que je lui ai demandé d’emmener. Vu les garçons qui sont bien, quoi que Pierre ait toujours la gorge un peu prise ; tous deux viendront déjeuner jeudi. Mercredi matin, fini de préparer ma réunion de l’après-midi, écrit aux filles et préparé un colis à leur envoyer par Armande Brachet. L’après-midi a été bien remplie, nous avons eu, entre Ligueuses, une réunion animée et intéressante, seulement, comme toujours, il est très difficile de trouver quelqu’un qui puisse prendre une responsabilité. J’aurais bien voulu me décharger de l’Entraide, car j’ai assez de travail, avec plusieurs réunions par mois, sans compter les visites qu’il faudrait faire dans les paroisses et que je ferai que si l’on me demande ! Mais personne n’a voulu s’en charger, et je serai obligée de garder cela avec l’aide si possible de Marceline et de Madeleine Bouchereau. Nous n’avons pas eu le temps de tout dire, parce qu’il était l’heure de la réunion générale, quant à cette réunion générale, elle a été pour beaucoup une déception, parce que, au lieu de directives précises pour les mouvements d’Action catholique, nous avons eu une apologie du mouvement M. F. R. (Mouvement des Maisons Familiales Rurales), ce à quoi nous ne nous attendions guère. Suis allée ensuite avec Mme Poirier-Coutansais, Mme Mignen et Mlle Tanguy voir Marie-Josèphe, qui serait, si elle était plus libre, une de nos meilleures dirigeantes. Enfin, il était plus de six heures et demie quand j’ai été libre. Jeudi matin, le marché et bien des choses. Sommes partis à La Roche aussitôt déjeuner pour assister, salle Gouvion, à une représentation donnée par les élèves de Richelieu ; on donnait « David Cooperfield », et c’était remarquablement bien joué, aux entractes, les « Compagnons de la Joie » se sont fait entendre, et dans des chansons mimées, et dans des chœurs qu’ils donnaient admirablement. Des choses très banales, comme « la Mer », qu’on entend maintenant partout, et combien déformées et abîmées, deviennent quelque chose de ravissant, et j’ai eu un vrai moment de vraie joie. Nous avions les garçons avec nous, et, aux entractes avons vu pas mal de monde, entre autres la famille Crochet. Sommes revenus assez tard, un peu avant dîner pour apprendre que Madeleine avait téléphoné presque aussitôt notre départ, pour nous dire que Jean était à Nantes jusqu’au lendemain et désirerait bien nous voir ! Cela tombait bien ! Aussitôt dîner, nous devions aller à la séance de la clique, et, le lendemain Jacques partait en inspection pour toute la journée. Je ne savais pas quoi faire ! Le jeudi soir, j’étais totalement abrutie de deux représentations et j’avais été tellement dérangée depuis le début de la semaine, que j’aurais voulu rester un peu tranquille ici, d’un autre côté, cela m’aurait fait trop de peine de savoir Jean à Nantes sans pouvoir l’embrasser. Si bien que je me suis décidée à partir vendredi matin au second car qui passe à Belleville à 9 heures. J’étais à 10 heures et demie à Nantes, ce qui m’a permis de voir Jean un moment car il prenait son train à 1 heures et demie. Il a bonne mine, paraît bien portant, il a un uniforme de gabardine qui lui va bien et un képi qui lui va pas mal. Il espère toujours venir en permission à Noël. Déjeuné avec les filles et suis sortie un peu avec Jacquie, mais le crachin du début de l’après-midi s’est transformé en pluie et je suis rentrée bien mouillée ; Dans le car, tricoté, lu, médité ; il y a des moments où on peut bien s’isoler et se recueillir. Hier, j’ai tout de même été contente de pouvoir rester ici… Aujourd’hui, j’ai beaucoup de lettres à faire, pour répondre à certains vœux de fête reçus cette semaine, il faudrait que j’aille chez les Baron, où cela ne doit pas aller très bien, Jacques est allé hier à Sainte Christine chercher Auguste qui était là-bas depuis trois semaines, ou plus, et qui vient de faire une crise d’appendicite ; aussi cela a été un véritable drame hier ; La Mission commence aujourd’hui, aussi cela va être certainement un supplément d’occupations. Anne a la Croix aujourd’hui et elle en est ravie !
Jeudi soir 9 décembre
Quelques journées encore bien remplies ; nous sommes jusqu’au cou dans la Mission, et, si cela est très intéressant, c’est aussi absorbant et prend beaucoup de temps. J’espère que cela fera du bien, il y en a tellement besoin. Dimanche nous avons eu les offices habituels, mais considérablement allongés, les Vêpres ont duré deux heures. Je voulais sortir ensuite, mais j’ai eu la visite d’adieux de Charlotte Rocheteau, qui est partie le surlendemain pour la visitation de Vouvant ; puis les Missionnaires sont venus, accompagnés de M. le Curé ; je ne suis sortie qu’après pour aller chez les Baron ; là, les choses allaient presque normalement - il n’en a pas été de même depuis, hélas ! – Après dîner, ai écrit rapidement quelques unes des lettres pressées. Lundi, messe de Mission à 9 heures, cela me permet de me reposer un peu, mais, avec le sermon qui suit, prend une partie de la matinée. Suis allée un peu chez Maman l’après-midi. Mardi, voyage à Nantes, n’avons rien pu faire le matin, mais quelques courses l’après-midi, nous avions emmené Anne pour lui faire voir les magasins, mais elle aurait voulu tout acheter ; espérons qu’elle se contentera de ce que lui apportera le Petit Jésus. Au retour il a fallu jouer et chanter pour l’empêcher de dormir. Dîné en vitesse et suis allée à la cérémonie du soir où l’on priait pour les défunts « Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur ». Mercredi, ne suis pas allée à la Roche, ce qui m’arrangeait bien ; j’irai lundi pour la foire. Suis allée à la grand Messe pour l’Immaculée Conception ; dire que l’année prochaine ce sera peut-être la Première Communion d’Anne ! Pendant le déjeuner, M. Baron est venu demander à Jacques d’aller un peu chez eux ; la situation était très tendue entre Auguste, sa mère et sa sœur ; nous y sommes allés tous deux ; comment les choses vont-elles s’arranger ? J’ai prié tout le temps à cette intention là ! Suis allée un peu chez Maman, mais revenue de bonne heure, parce que, à quatre heures on dit le chapelet chez les Boyer pour la Mission, la semaine prochaine ce sera ici. Me suis mise ensuite à préparer la réunion d’aujourd’hui. Ce matin, beaucoup à faire ; les garçons venaient déjeuner, et je voulais avoir un repas à leur goût, de plus j’avais à préparer certaines choses pour le dîner. Vu les garçons très peu de temps, mais j’ai été heureuse de les voir apprécier le poulet, les beignets de pommes de terre et le gâteau au chocolat. Aussitôt déjeuner, un enterrement, puis réunion pour les femmes à l’église, et après réunion de Ligue à la salle paroissiale. Je ne sais si je suis arrivée à un résultat, mais c’est semé, et Dieu, s’il le veut, fera croître. Suis rentrée ici vers quatre heures et demie, pour trouver Mme Caillaud, venu conduire Maryvonne qui devait partir à la Roche avec les garçons, puis, après son départ, me suis mise à l’ouvrage. Les abbés ont causé longuement avec Jacques avant dîner, ce qui m’a permis de travailler tranquillement ; j’avais un plat de poisson – j’aurais voulu des soles et ce n’était que des limandes – et un joli plat de tomates – de conserves- farcies au riz et aux champignons, de belles tartes aux poires et la cafetière électrique, qui vraiment est bien pratique, nous a donné un café délicieux. Seulement, il a fallu que Jacques nous quitte, le dîner à peine fini, pour aller à une réunion d’hommes. Les abbés sont restés causer un peu et sont partis de bonne heure. Tout est maintenant en place ; Jacques arrive de l’église, et allons maintenant monter nous coucher….
Dimanche matin 12 décembre
Une semaine de mission passée ; dans quinze jours, ce sera la clôture, d’une façon générale on trouve que cette mission n’a pas l’entrain, l’enthousiasme des précédentes ; pour ma part, il m’est difficile de juger, n’ayant guère suivi les autres… Armande Brachet, que j’ai vue hier soir, prétend que, d’une façon générale, les sermons du matin sont au-dessus de la portée de l’auditoire. J’ai tellement aimé celui du P. Fréneau, vendredi matin… Je trouve que cette fois-ci, les instructions très simples ont une réelle profondeur doctrinale. Peut-être que cette Mission fera-t-elle plus de bien que certaines instructions à grand effet, soulevant l’enthousiasme, et dont il n’est rien resté ensuite…. Je pense avoir une journée encore assez chargée, les offices sont longs et prennent beaucoup de temps. Je ne m’en plains pas, « Dimanche est le jour du Seigneur »… J’ai eu un peu de cuisine à faire ce matin et tout cela prend du temps. Vendredi matin la messe de la Mission ; vu M. le Curé ensuite. Suis allée chez Maman au début de l’après-midi, puis revenue dire le chapelet chez Andrée Boyer. Un peu plus tard, suis montée à l’école voir Bonne Mère, et le soir au sermon, pour que Jacques puisse rester ici et travailler tranquillement. Je n’aime pas tellement ces réunions du soir, parce qu’il m’arrive de lutter contre le sommeil. Il y avait une illumination en l’honneur de la Sainte Vierge, peut-être certains ont-ils trouvé cela beau, pour moi c’était affreux, mais si cette chose pas très jolie a pu attirer du monde, rien de mieux ; Je regrette les illuminations d’autrefois, avec la flamme vivante des bougies, mais c’est impossible maintenant. Il y a eu ensuite procession à la grotte, avec des flambeaux. Toute la journée nous nous étions demandé si cette procession aurait lieu car il y avait de fortes averses, et un vent violent, mais tout le monde avait apporté ses flambeaux, et certains étaient très jolis, très ouvragés, avec des découpures et des transparences de diverses couleurs ! Et la procession est sortie, seulement, dehors, il faisait très noir, le petit croissant de lune étant caché par les nuages, et, il a été impossible d’avoir une procession très ordonnée, d’autant plus que le début devait marcher trop vite. Heureusement, il ne faisait plus de vent, mais il tombait un petit crachin qui, peu à peu, mollissait les papiers des flambeaux. Quand nous étions au milieu de la route de la Genétouze, les enfants montaient dans les lacets de la Grotte, et c’était très joli, tous ces flambeaux de diverses couleurs ; seulement le crachin s’est vite changé en grosse averse, il a fallu ouvrir les parapluies ; des flambeaux s’éteignaient, Marie et moi, nous tenant par le bras, sommes toutefois arrivées devant la grotte, marchant dans les flaques d’eau que nous ne pouvions voir. Là, on a chanté le Credo, le Salve Regina, il y a eu quelques prières et le cantique traditionnel. Il ne pleuvait plus, et le coup d’œil était fort joli de tous ces flambeaux, massés devant la Grotte et sur le pont. Nous sommes rentrés, toujours avec les flambeaux, j’avais les pieds trempés, mais n’avais pas eu froid. Hier matin, messe de Mission, ensuite, trié les pommes et commencé à cuisiner le cochon de l’Hermière. Hier après-midi chez Maman, puis chez Mme Dorion. Un moment tranquille avant dîner. Cinéma hier soir, on donnait « La Symphonie inachevée », ai été heureuse d’entendre la musique de Schubert. Irai demain à la foire de La Roche.
Dimanche 19 décembre
Début d’hiver aujourd’hui, jusqu’ici le froid n’avait rien eu de très rigoureux, et le soleil nous aidait à supporter la température un peu trop basse, mais aujourd’hui le vent est glacial, il vient du Nord de gros nuages, et si, dans la salle à manger, il fait bon, Jacques, qui est allé à la première messe, m’a dit que le temps était très dur dehors. Nous aurons peut-être el chauffage cette semaine, cela fait plaisir et j’ose tout de même y croire un peu. Le moteur est arrivé jeudi, à la fin de la matinée, alors que nous commencions à désespérer ; la plus grande partie des travaux est faite, le brûleur mis en place, la cuve, depuis hier, garnie de mazout ; les essais seront faits demain ; j’espère de tout cœur que nous pourrons continuer à chauffer ensuite, et que la maison sera confortable pour la venue des enfants… Seulement, il va falloir faire un apprentissage, apprendre à régler l’appareil et s’en servir selon la température du dehors. Les enfants arrivent bientôt….
La Mission continue ; j’assiste toujours aux instructions du matin, soit à la première messe, soit à la messe de la Mission ; je préfère la première messe mais il faut que Thérèse puisse y assister aussi. Mardi, nous sommes tous allés à la Mission, Monseigneur venait ce soir-là et nous voulions tous assister à la réunion, aussi nous avons même emmené Anne, elle a naturellement dormi pendant le sermon, mais, à la fin, elle était bien réveillée et très gaie. Mercredi après-midi, nous avons eu un sermon spécial pour les femmes ; le soir, c’était la réunion des hommes. Jeudi soir, Jacques désirait rester ici après la foire, c’est moi qui suis allée à l’église, pour la cérémonie traditionnelle de réparation. Vendredi soir, c’était un autre genre d’exercice – sur les sept routes arrivant au Bourg était organisé un chemin de Croix – des villages les plus éloignés, les paroissiens venaient, portant une croix, priant et chantant des cantiques, et tout s’est fait avec beaucoup d’ordre, de discipline et d’esprit de foi. A certains points de rendez-vous, tous les habitants des routes se regroupaient, et on commençait le chemin de Croix. Jacques y étant, je suis restée ici avec Anne, mais nous sommes sorties au passage et avons prié un peu nous aussi, J’entendais la petite voix d’Anne « Vive Jésus, vive sa Croix… ». Comme il ne faisait pas froid, nous sommes allées au coin pour voir un peu, et sommes arrivées pour voir déboucher le groupe venant de la route de la gare ; la route d’Aizenay et celle de la Genétouze arrivaient elles aussi ; enfin tout le monde s’est groupé sur la place, les sept croix alignées et encadrées par des flambeaux ; le chemin de Croix s’est constitué pour se terminer à l’église. Jacques m’a dit que c’était très impressionnant et très beau. Une fois rentrée, j’ai raconté à Tachou le véritable chemin de Croix et la mort de Jésus ; elle en aurait pleuré, aussi je lui ai bien vite raconté la Résurrection (à cinq ans et demie, moi c’est la croix, portée par les hommes, qui m’avait impressionnée surtout). Hier, réunion à la salle pour les jeunes ménages, c’est-à-dire pour tous ceux ayant des enfants de moins de vingt ans ; on y a parlé de l’éducation des enfants….Lundi, j’étais à la foire de La Roche ; j’ai vu les garçons quelques minutes seulement, l’après-midi, il a plu, j’ai fait toutes mes courses quand même, mais j’ai été bien heureuse de rentrer dès cinq heures et de trouver du feu et du thé bien chaud en rentrant. Mardi, suis allée chez Maman, mais nous avons le chapelet à quatre heures tous les jours et certaines personnes du quartier viennent pour le dire, aussi je m’arrange pour être ici tous les jours à cette heure-là. Suis allée ensuite déjeuner chez Marguerite – assez pénible – Jeudi, suis allée chez Maman après le chapelet seulement, vendredi aussi et me suis confessée ce soir-là. Hier, ne suis sortie que très peu. Beaucoup de travail et peu de temps à moi ; la messe de la mission prend bien une heure et demie chaque matinée où j’y vais… J’ai tout de même fini une capuche, commencée depuis un certain temps, et dont j’ai besoin pour sortir quand il fait froid ; j’ai pu la mettre hier ; elle est bien confortable et bien chaude (et rouge). Je répare actuellement des culottes à Geneviève, et quand je vais chez Maman, je refais tout en causant le dos du chandail blanc fait cet été, et qui était tout de même trop large ; seulement c’est un travail assez long….
Jeudi matin 23 décembre
Un petit moment avant d’aller réveiller les filles – car Jacquie est ici – et déjeuner, à moins que l’électricité nous soit coupée, ce qui pourrait bien arriver d’ici quelques minutes, car on a la manie de couper avant que le jour soit venu. Je n’aurai guère de temps à moi aujourd’hui et les jours qui vont venir seront aussi bien remplis. La clôture de la Mission est dimanche ; il y a pour cette occasion, à préparer un arc de triomphe, et cela donne un peu de travail – rien cependant en comparaison de ce que nous avons connu il y a quinze ans ! – Une réunion à cet effet a eu lieu dimanche après les Vêpres, il y aura une douzaine d’arcs de triomphe, et chacun y mettra de la bonne volonté. Lundi, ne suis pas sortie, il faisait très froid et Anne, étant enrhumée, n’est pas allée à l’école. Les essais du chauffage ont eu lieu ce jour-là, et paru satisfaisants. Mardi, Anne n’est pas encore sortie ; je suis moi aussi restée ici ; Jacques étant au Conseil général ; le chauffage ayant l’air de marcher, le monteur est parti vers 2 heures, mais, dès cinq heures, tout était en panne et j’ai été obligée d’envoyer chercher Dugast pour dépanner, ce qui d’ailleurs a été vite fait. Espérons que cela ne se renouvellera pas trop souvent, mais hier matin il était encore en panne ; cela s’arrangera peut-être mais il y a certainement quelque chose de défectueux dans l’installation électrique ; enfin, cela chauffe très bien, quand le courant n’est pas coupé. Jacquie est arrivée mardi soir ; elle est très enrhumée du cerveau et se plaignait d’une narine enflée qui la gênait beaucoup ; je suis allée ce matin la conduire chez Simonin ; il lui trouve une très forte déviation de la cloison nasale, et parle d’une petite opération ; on verra cela cet été. Hier, pas fait grand-chose ; j’ai commencé à réparer une veste de Jacquie ; couru une partie de la matinée et de l’après-midi pour le fameux arc de triomphe. Ce matin à La Roche. Avons ramené M. de Guerry de Beauregard que nous avons gardé à déjeuner ; c’était un peu improvisé, mais cela a marché quand même ! Les garçons sont arrivés ce matin, mais nous sommes partis presque aussitôt leur arrivée ; je n’ai pas eu le temps de les voir ; Geneviève arrive d’un moment à l’autre, Jean ce soir ou demain. Andrée Jaffré vient demain soir. Je vais sortir pour aller un peu chez Maman, puis viendrai confectionner, avec Jacquie, des truffes au chocolat.
Mardi soir 28 décembre
Tant et tant de choses tous ces jours-ci que je n’ai pas pu écrire ; pour l’instant, les enfants sont chez Grand-mère, j’ai un peu de solitude, ce qui est rare, mais il faut que je me presse, la maisonnée est au complet et il y a bien à faire. Geneviève est arrivée jeudi un peu après cinq heures ; j’étais allée rejoindre les autres pour goûter chez Grand-mère quand elle a débarqué. Jean est arrivé le soir par le car de La Roche ; nous étions tous réunis pour dîner et cela était bien agréable. Vendredi, bien à faire, de la cuisine, du tricot, les préparatifs de la Mission. Andrée Jaffré est arrivée le soir par le car de Nantes, nous avons dîné, puis nous sommes installés dans le salon où les enfants ont préparé la crèche. La maison étant chauffée, nous avons repris la tradition des noëls d’avant guerre. Je suis partie plus tôt que les autres, voulant profiter un peu des Matines de Noël. Foule à l’église ; des communions tellement nombreuses qu’elles n’étaient pas terminées à la fin des trois messes. Avons réveillonné gaîment, puis dormi. J’ai été réveillée, dès le matin, par Tachou qui voulait faire lever tout le monde, estimant que nous avions assez dormi. Tous ont été contents, je crois, des petits cadeaux trouvés dans les souliers. Jacques est allé à la grand-messe ; avons déjeuné aussitôt son retour. Dans l’après-midi, Vêpres avec une très belle procession du Saint-Sacrement ; beaucoup d’hommes, de chants, de piété. Nous sommes couchés assez tôt, avions tous sommeil. Avant dîner, une petite séance de cinéma, surtout à l’intention d’Anne. Dimanche, il n’y a guère eu de repos, je me suis levée de bonne heure pour préparer mes pâtes à tarte avant de réveiller les enfants pour la messe. Nous avons eu la grand-messe à 9 heures, et après il a fallu se mettre au travail ; Jacques était occupé à préparer l’arc de triomphe, et j’avais bien des choses à faire pour le soir, d’autant plus que nous voulions déjeuner d’assez bonne heure. La procession était vers deux heures, il y avait foule ; le froid piquait dur, cependant il y avait un beau soleil. Les arcs de triomphe, douze je crois, étaient bien, le nôtre n’était pas le plus mal (il a fini dans le garage, où je l’ai toujours connu). La procession s’est bien passée ; les jeunes gens portaient le Christ et les hommes la Croix ; il a fallu attendre un certain temps que le Christ soit fixé à la Croix et le tout mis en place, mais pendant ce temps de gros nuages montaient, le temps se couvrait et le froid devenait plus vif ; après tous les cantiques, il y a eu un sermon du Père Fréneau, mais la foule n’écoutait guère ; tout le monde avait froid, et on entendait le battement des semelles tapant le sol pour se réchauffer. A la fin, comme la procession s’ébranlait pour retourner à l’église, j’ai été rejointe par Anne, qui était violette de froid ; dès que j’ai pu, je l’ai emmenée en toute hâte et l’ai rentrée à la maison pour se réchauffer, mais elle ne semblait pas trop à son affaire, et au bout d’un moment s’est plainte d’une oreille, je lui ai mis dedans un peu de glycérine tiédie, mais elle se plaignait toujours et je l’ai couchée ; là, elle s’est mieux réchauffée, mais elle avait un petit accès de fièvre et se plaignait de son oreille. Grand-mère est restée près d’elle pendant que je terminais les préparatifs du dîner. Enfin, tout s’est bien passé, j’avais un joli repas, tout était bien bon, les invités (les missionnaires et le curé) se sont retirés de bonne heure et nous avons pu nous reposer. Andrée est partie hier matin ; Jacques est allé la conduire au car des Lucs, puis j’ai pu aller à la messe avant de réveiller les enfants. Hier, journée froide, brouillard, le temps s’est un peu radouci le soir ; ne suis guère sortie ; je tricote pour Anne une capuche destinée à lui garantir les oreilles ; suis allée seulement goûter chez Maman, et fait ma petite promenade qui me permet de faire un essai de méditation, j’ai pu recommencer ce soir ; le temps d’ailleurs était meilleur, le soleil ayant tout de même paru en fin d’après-midi, après deux jours de brume ; mais, depuis que je suis rentrée, l’électricité est coupée ; de temps en temps on essaie de le redonner, mais cela dure quelques minutes et c’est tout. Heureusement, la maison est chaude ; le chauffage est coupé également. Demain, nous allons déjeuner chez les Durand, je vais avoir bien à faire ces jours-ci, particulièrement beaucoup à écrire avec mes lettres du jour de l’An.
Jeudi soir 30 décembre 1948
Je viens de faire quelques lettres parmi les plus pressées ; il m’en reste un bon paquet pour demain… Les enfants sont chez Maman et vont bientôt rentrer dîner. Anne est aussi bien que possible ; elle ne s’est pas plainte de son oreille depuis dimanche soir aussi j’espère que c’est seulement une fausse alerte, mais je me presse à tricoter sa capuche, qui sera confortable et la garantira bien ; il y a encore bien des points à faire. Hier, passé la journée à La Roche pour déjeuner chez les Durand, le repas était d’ailleurs excellent. Nous sommes allés voir les Gourraud. Le matin, j’ai fait une petite visite à l’hôpital, à Radegonde Gréaud ; la sœur qui la soigne m’a dit qu’elle était bien atteinte ; depuis je ne fais qu’y penser, et je revois toujours cette pauvre malade dans son lit d’hôpital, avec des voisines plus ou moins agréables, pensant à tous ceux qu’elle a laissés et trouvant la nuit si longue, si longue ! Elle fait un peu de pleurite… on va lui faire de la sceptromycine, puis une opération ; si tout cela pouvait réussir ! Temps beaucoup plus doux ; malgré les coupures de courant de ces deux derniers jours la maison est à bonne température, bien que le chauffage marche beaucoup moins et quel agrément de n’avoir froid nulle part ! Cet après-midi, quelques gouttes de pluie, du vent du sud ; ne suis allée chez Maman que pour le goûter, et, faute de temps, n’ai pas fait ma petite promenade habituelle. Pas lu tous ces jours-ci et guère prié ; je voudrais aussi avoir du temps pour écrire dans mon cahier, et non ces lettres banales qui ne sont pas tellement intéressantes. Messe chaque jour ; j’ai pu y arriver depuis la Mission malgré un peu de rhume et un mal de gorge qui avait l’air de commencer hier soir…