Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche 5 janvier 1936
La série noire qui continue et nous n’en sommes pas encore sortis ! Jean avait lui aussi de la fièvre dimanche soir, il n’en avait plus dès lundi matin et s’en est tiré avec un gros rhume, il est d’ailleurs en classe. Les filles sont sur pied, leurs bronchites sont liquidées, Jacquie n’a pas encore repris d’appétit, mais Geneviève mange convenablement, seulement, c’est petit Yves qui m’inquiète maintenant, depuis huit jours, il a de la fièvre et depuis mardi cette fièvre se maintient entre 39° et 40°, Jacques et moi sommes bien inquiets, et pourtant le petit chéri n’est pas très abattu, il jouerait même volontiers, seulement il a maigri, il est faible, il a une pauvre petite figure souffrante qui serre le cœur….
Reprenons la semaine : lundi, journée effroyable, j’ai pu faire heureusement lever Jean pour déjeuner, mais j’ai dû garder les filles au lit toute la journée, nous étions en lessive et j’étais seule pour m’occuper de tout ce petit monde et fatiguée moi-même par la grippe, aussi, c’est avec joie que j’ai levé Jacquie et Geneviève mardi matin, seulement le soir, le fièvre qui chez Yves était en dessous de 39° est montée… Les Granger sont arrivés ce jour-là, mais je n’avais guère de goût à les voir et à bavarder avec eux. Mercredi matin, la fièvre d’Yves avait baissé, j’étais presque contente, il a fallu passer la matinée à recevoir les vœux des métayers, aussitôt déjeuner nous avons filé faire une courte visite chez Tante Abel, puis nous avons reçu M. Le Curé et ses vicaires, les instituteurs de l’école de la Jamonière comme chaque jour de l’an. Maman et les Granger sont venus dîner. Jeudi matin, la fièvre d’Yves est remontée… puis descendue. Un peu avant six heures, Armand, Suzanne et Michel sont venus, ils ont apporté les étrennes des enfants, ainsi que ce que le petit Jésus avait apporté à Nantes, si bien que le soir, le bureau était un fouillis où l’on ne pouvait rien reconnaître. Vendredi matin, Yves a fait 40°, après avoir passé cependant une très bonne nuit, j’ai vu les Granger le matin, puis dans l’après-midi nous avons eu la visite des Gilbert et ensuite les Nida sont venus et restés ici jusqu’à 7 heures, si bien que j’ai eu de la peine à m’occuper de mon petit chéri. Après dîner, nous sommes allés passer un moment chez maman. Hier matin, la fièvre avait un peu baissé…. Nous avons reçu les Nida à déjeuner, presque aussitôt le coteur est venu, voyant qu’Yves avait encore de la température, il lui a fait une piqûre de sérum antipneumonique, nous sommes ensuite allés faire un tour sur la route de la Genétouze, vers 4 heures, Tante Abel et Marguerite sont venues un moment. A cinq heures, Yves n’avait que 39°2… j’étais contente, le petit chéri était d’ailleurs plus gai, mais, après une bonne nuit, il repique encore 39°9 ! Le docteur est venu ce matin, il ne trouve rien d’inquiétant, mais s’inquiète de la fièvre qui persiste, il lui a fait une nouvelle piqûre de sérum et a ordonné des ampoules désinfectantes, a fait faire une analyse d’urine, craignant de la colibacillose, or il n’y a ni pus, ni albumine, ce n’est pas de là que vient la fièvre, demain peut-être demanderons-nous un autre docteur en consultation, en attendant, je suis bien inquiète….
Dimanche 12 janvier
Après des journées d’angoisse, nous voilà un peu rassurés ce matin, le thermomètre ne marquait plus que 38° et pour le moment le cher petit repose ! …
Dimanche dernier, le docteur commençait donc à s’inquiéter de la température toujours montante, lundi matin il paraissait un peu rassuré, Yves avait encore 39°, mais il était gai et s’amusait sur son lit, mais l’après-midi a été moins bonne, le petit chéri restait couché, gémissait et le soir il faisait 40°, le lendemain matin il avait 40°5, et nous nous sommes décidés à faire venir le docteur Boutelier, en attendant petit Yves ne paraissait pas bien malade, il continuait à jouer sur son lit… Le docteur est donc venu à quatre heures, il a longuement examiné le petit chéri, puis après avoir conféré avec le docteur Lucas, nous a dit qu’il avait trouvé un tout petit foyer de congestion, qu’il n’y avait pas à s’inquiéter, mais qu’il fallait cependant agir sérieusement. Donc piqûres avec un autre sérum et enveloppement sinapisés toutes les trois heures le jour et toutes les quatre heures la nuit. Le soir petit Yves et nous espérions une prompte guérison, mais mercredi matin il avait 40°3, et mercredi soir 40°7, j’étais affolée et je craignais le pire et Jacques était bien inquiet aussi. Nous faisions régulièrement les enveloppements jour et nuit et aussi des prières : une neuvaine au Père Monnereau, neuvaine à laquelle se sont associés les religieuses et les institutrices, Marguerite, de son côté, faisait une neuvaine à Sainte Thérèse ; à la Visitation, on priait Sainte Philomène ; enfin jeudi tout un groupe de personnes est allé dire le chapelet à la grotte ! Vendredi matin 40°3, j’étais un peu moins angoissée et le docteur trouvait que la congestion évoluait normalement…vendredi matin 40°, je commençais à me sentir soulagée, mais le soir 40°5, j’étais affolée, et croyais que la congestion gagnait, le docteur m’a rassurée et m’a dit qu’au contraire le poumon avait tendance à se dégager. Et hier matin 38°4, quel soulagement et quelle joie…ce matin 38°, seulement la nuit n’a pas été parfaite, le garçon criait la faim, ce qui est au fond est une excellente chose. Le docteur viendra ce soir constater les progrès…. Le pauvre chéri est tout maigre, tout pâle ! ce n’est plus le beau bébé espiègle et rieur mais cela reviendra vite je l’espère.
Pendant ce temps, Jean a trouvé utile d’être malade à son tour… mais ce n’était qu’un peu de grippe, il a dormi, écrasé par la fièvre et au réveil il était guéri, je l’ai purgé ce matin et vais le lever pour déjeuner.
Rien à dire autre chose de cette semaine, rien n’existait en dehors de la santé du petit chéri, j’ai eu des visites, pas mal de visites, mais avec mon angoisse et ma souffrance les journées m’ont paru longues. Que Dieu guérisse tout à fait notre petit !
Dimanche 29 janvier
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 29 janvier 1936 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Une meilleure semaine enfin ! la convalescence d’Yves marche à grands pas, le pauvre petit chéri n’a plus que ses forces à reprendre, et aussi son embonpoint…l’appétit est bon, petit Yves boit tous ses biberons et ne demanderait pas mieux que de ronger une croûte, il digère bien, dort bien, joue et rit toute la journée. Jean est lui aussi remis, il a repris sa classe vendredi et son service d’enfant de chœur à la grand-messe ; tous les jours d’angoisse ne sont plus qu’un mauvais souvenir, notre voyage à Nice est raté une fois de plus, mais à côté de la santé du petit chéri, cela a bien peu d’importance.
Rien de très nouveau autrement. Mardi, je suis allée à l’Atrie avec Maman, depuis le temps que j’étais enfermée, j’avais un besoin impérieux de « m’aérer », au retour nous nous sommes arrêtés voir Victor Chevillon que nous avons trouvé bien mal ; le pauvre est mort cette nuit et la sépulture a lieu demain. Vendredi, suis allée à La Roche. Hier, il faisait très beau, je suis allée avec Maman et Tante Abel à la Jamonière prier auprès de la pauvre mère Guillaud, décédée la veille, au retour, j’ai eu la visite de Mme Bonnaud…
Toujours beaucoup d’ouvrage en perspective. Depuis un mois, je ne sais pas comment j’ai vécu. Si toutes les santés sont bonnes maintenant tout ira bien.
Dimanche 26
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1936-01-29). Texte conservé tel quel.
Le Roi George d’Angleterre est mort mardi matin, son fils, le prince de Galles, lui succède sous le nom d’Edouard VIII ; les obsèques seront célébrées mardi, et, par TSF, nous pourrons suivre les détails de la cérémonie. C’est encore un allié de la France qui disparaît, un des derniers chefs d’état de la Grande guerre ; de fut un homme de bien, un monarque loyal et consciencieux ; il est parti escorté de l’amour et des prières de tout son peuple. En France, le ministère Laval a été contraint de démissionner ; un cabinet Sarraut lui succède, c’est le centième ministère de la République, où tout cela va-t-il nous mener ?
Ici, les nouvelles sont bonnes, Yves reprend ses forces peu à peu, il a recommencé à marcher avant-hier et reste levé de grands moments, ses couleurs reviennent, mais il est encore bien maigre. Les trois grands vont à l’école et se portent convenablement en ce moment ! Je ne fais pas encore beaucoup de travail des jours-ci, Jacques et moi faisons en ce moment nos visites, très en retard par la force des choses et cela me prend de grands moments. Mardi, sommes allés voir les Brachet, mercredi, je suis allée voir Radegonde Gendreau et Mme Herbreteau. Jeudi, voyage à Nantes avec les Boyer, nous sommes partis dès six heures et demie, cela m’a donné une grande journée car j’avais pas mal de choses à faire. Je suis allée voir Mme Houdbine, j’avais appris par le journal, il y a une quinzaine, la mort d’Yvonne, je ne voulais pas passer à Nantes sans aller embrasser la pauvre maman ! nous avons pleuré toutes deux, la pauvre petite Yvonne a été malade pendant onze mois, une grippe ayant réveillé une pleurésie ancienne, le tuberculose a gagné l’organisme, séjour en montagne, soins, rien n’y a fait et la pauvre petite s’est éteinte tout doucement…. Après déjeuner, je suis allée à la Visitation et j’ai causé un bon moment avec la supérieure puis j’ai terminé mes courses et nous sommes repartis vers six heures.
Vendredi fait visite aux Dorion et aux Chailloux ; hier travaillé toute l’après-midi. Aujourd’hui temps merveilleux, j’ai assisté avec Jacquie à la grand-messe… Sur la cheminée de la salle à manger, une jacinthe commence à entrevoir ses clochettes bleues à l’odeur si pénétrante ; le printemps est loin et c’est pourtant quelque chose du printemps.
Dimanche 2 février
Que raconterais-je de ma semaine, j’ai peu de temps à moi… j’ai quelques lettres à écrire, je voudrais faire les comptes de deux mois… en plus de tout cela il faut que je conduise Geneviève aux Vêpres, car c’est aujourd’hui que les enfants vénèrent les petit Jésus, puis ensuite il est bien rare que nous n’ayons pas de visites…
Dimanche, je suis allée aux Vêpres avec les filles, puis les Mignen dont venus, nous sommes allés ensuite faire visite aux Tenailleau et Benjamin Gendreau. Lundi, sommes allés chez les Dorion de Palluau, puis au retour, nous nous sommes arrêtés chez les Yvernogeau. Mardi, nous ne sommes pas sortis ; mercredi fait visite aux Lucas. Jeudi, voyage à Nantes, nous sommes partis dès onze heures afin d’arriver là-bas déjeuner… Nous avons sortis les enfants, il a fallu naturellement les emmener chez Decré, nous avons pris l’ascenseur pour monter directement au 4ème étage, Geneviève avait une figure extasiée qui faisait plaisir à voir ; les deux filles sont montées sur les chevaux de bois, Jean a tiré à la carabine, puis nous avons repris la visite du magasin, mais soudain voila « le petit lion » malade, les chevaux de bois avaient eu sur sa digestion un effet désastreux, elle a rendu grâce dans le mouchoir de son Papa, et cinq minutes après il n’y paraissait d’ailleurs plus rien. Nous avons rentré les enfants vers quatre heures, les avons fait goûter, puis Jacques et moi sommes ressortis tous deux faire des courses un peu plus tranquillement. Nous sommes allés chez Daguzé, Maman, pour nos étrennes, nous a donné à Jacqueline et à moi, à chacune, une bague ; le diamant de la mienne est assez joli, mais la monture ne le fait pas ressortir, aussi je me suis décidée à le refaire remonter sur platine, avec un entourage de brillants qui en fera une très jolie bague. Nous sommes rentrés à Monselet vers 6 heures et demie, Mère avait invité à dîner les Barré, Bernard et Germaine, et nous avons passé un moment bien agréable, seulement il était très tard quand nous avons quitté Nantes et étions ici vers onze heures et quart. Geneviève dormait comme un sabot et je les ai tous les trois couchés en vitesse. Vendredi après-midi chez Armande Brachet avec Marguerite, je suis rentrée dès six heures, Jean n’ayant pas assez dormi la nuit précédente, avait sommeil et voulait se coucher tôt, je les ai tous fait dîner à six heures, à sept heures moins le quart, tout le monde était au lit…. Hier, terminé nos visites ici en allant chez les Gilbert ; il ne nous reste plus que nos visites à La Roche.
Mardi, c’étaient les obsèques du Roi d’Angleterre, je m’étais rendue libre afin d’être à l’écoute dès neuf heures et demie et j’ai pu suivre toute la cérémonie, nous avons eu d’abord le départ du cortège, le corps du roi placé sur un affût de canon était traîné par des marins, venait ensuite l’étendard personnel de George V, puis le nouveau roi Edouard VIII, suivi de ses trois frères, puis de nombreux chefs d’état, au premier rang desquels M. Lebrun ; la reine Mary suivait en carrosse avec sa belle-sœur la reine Maud de Norvège, sa fille et ses belles-filles, ensuite de nombreux princes, des délégations de tous pays, des troupes, le cortège a traversé toute la ville de Londres pour se rendre à la gare de Paddington d’où des trains spéciaux transportèrent à Windsor toutes les personnalités.
Dans l’après-midi nous avons entendu la cérémonie à Windsor, l’arrivée du cortège, les chants religieux très émouvants.
Quelques lectures intéressantes cette semaine, les lettres de Listz à sa fille dans la « Revue des Deux mondes », un livre très intéressant sur Chopin. Le dernier livre de Lenôtre « La Vie à Paris pendant la Révolution ». Je lis tout cela en faisant les paletots de mes filles, mais mon cache sommier n’est pas terminé… un petit vêtement pour le futur bébé de Germaine Barré…Et je voudrais ensuite commencer mon fameux store.
J’ai eu cette semaine deux branches de mimosa ravissantes qui mettaient dans la pièce un rayon de soleil.
Dimanche 9 février
Aujourd’hui la Septuagésime ; nous commençons la série des trois dimanches violets qui préludent aux solennités plus austères du Carême…
Revenons un peu à la semaine passée, comme nouveauté Jacquie a la coqueluche et Geneviève est sur le point de l’avoir, aussi le docteur leur fait à toutes deux une série de piqûres les unes à titre préventif, les autres à titre curatif. Jusqu’ici, grâce aux piqûres, Jacquie n’est pas bien malade, quelques quintes… l’appétit est suffisant et il n’y a ni fièvre, ni bronchite. Les deux garçons se comportent convenablement, Jean va tous les matins à la messe de six heures et demie, ce qui représente pour lui et pour moi un réveil matinal, mais hélas son caractère n’est nu souple ni facile et il donne souvent bien de la peine. Yves a dix neuf mois depuis avant-hier, il a repris beaucoup de force… il a un appétit remarquable, et, à déjeuner, après avoir mangé un jaune d’œuf – ou une purée ou une sole – et un laitage, il accueille ses quartiers d’orange et sa croûte par un « am » retentissant. Je reprends les faits de la semaine : lundi une assez longue visite de Françoise, je suis bien contente de la voir, mais il y a maintenant trop de différence entre nous, nos vies, nos pensées, nos occupations ne sont plus les mêmes ! Mardi, voyage à La Roche, Jacques et moi sommes allés faire visite aux Gourraud et aux Durand. Le soir les Louis Dugast, qui nous avaient annoncé leur visite vers cinq heures, retour de Nantes, sont passés quand même, quand nous étions à table ; comme ils sortaient, le docteur arrivait faire les piqûres aux enfants, nous avons commencé par Jean et Jacquie, restaient Geneviève et Yves qui dormaient, nous sommes donc montés les réveiller. Yves a ouvert les yeux et fait la grimace en reconnaissant le docteur, mais Geneviève s’est contenté de se retourner sur le ventre, la position était propice… « le lion » a poussé un gémissement sous la piqûre et s’est rendormie aussitôt. Yves a un peu plus chanté se souvenant de ses piqûres anti-pneumoniques, mais ce n’a pas été de longue durée, et, après une bonne colère, le poupon d’est rendormi.
Mercredi après-midi chez Marguerite, Armande Brachet n’est venue que vers six heures. Jeudi, nous sommes allés aux Sables voir ce que devenait la maison pendant que jacques taillait la treille et que Maman passait l’inspection de la maison, j’ai emmené Jean et Geneviève sur le Remblai et sur la plage… Nous sommes partis aussitôt goûter…
Vendredi rien de nouveau, je suis restée à la maison et j’ai enfin terminé le paletot de Jacquie… Quoi dire encore : j’ai reçu une lettre de Jeanne avec une photographie de son fils, qui est un beau bébé, quel dommage que nous soyons si loin !…
Dimanche 16
Une mauvaise semaine… cette fois-ci c’est Jacques qui est pris, il a fait une bonne grippe dont il ne s’est d’ailleurs pas remis… le docteur a trouvé un peu de bronchite, j’étais bien ennuyée… Hier matin il n’avait plus que 38° et ce matin 37°4, seulement le pauvre est très faible, il a des transpirations fréquentes qui l’épuisent et ne peut encore s’alimenter…. La coqueluche de Jacquie n’a rien d’épouvantable.. Geneviève et Yves toussent également un peu. Pour ma part, je suis quelque peu fatiguée, j’ai mal à la tête, les jambes lasses de monter et descendre les escaliers et surtout abrutie par la tourmente de ces derniers jours. Espérons que ce sera la fin de la série.
Mauvais temps toute la semaine, du froid, du vent, de la pluie, une seule belle journée jeudi, ce qui a permis aux enfants de jouer dans la cour. Yves a même pris dehors son biberon de trois heures… Quant à Jean, il était parti en promenade avec les enfants de chœur, il est revenu vers cinq heures, exténué mais ravi. Lundi et mardi, je n’ai pas bougé, j’ai enfin terminé les paletots de laine des filles. Mercredi, suis allée chez Marguerite, reçu avant une longue visite du Père Faussier. Rien de nouveau ces deux derniers jours, qu’une visite de M. Le Curé et les habituelles visites du docteur.
Je monte une tasse de café à Jacques, puis ce sera l’heure du goûter.
Dimanche 23 février
Le printemps est en avance cette année, trop en avance même, car une nuit de gelée peut tout anéantir ! les pruniers sont en pleine floraison….Les enfants ont pu trois après-midi de suite jouer dans la cour et Yves est tout heureux de trotter à la suite de ses sœurs, les filles toussent moins, Jacquie n’a presque plus de quintes et passe de bonne nuits, Geneviève a encore un peu de coqueluche, mais plus du tout « le chant du coq » ; ces trois après-midi m’ont fait du bien, je suis toujours passablement fatiguée, Jacques n’est pas encore remis, tout en étant mieux, il s’est levé jeudi quelques instants, mais hier était descendu pour déjeuner, il a eu ensuite une fatigue d’estomac qui l’ obligé à se coucher, le docteur est venu hier soir et n’a rien trouvé d’anormal, mais il a insisté pour que l’alimentation soit reprise avec beaucoup de prudence.
Avec tout cela, je monte et je descends les escaliers toute la journée, les enfants sont insupportables et il faut toujours lutter pour faire obéir Jean, j’ai les nerfs à fleur de peau et tout me dégoûte et m’ennuie…
Je me suis interrompue pour aller à la grand-messe en ce dimanche de Quinquagésime, tout nous parle du Carême tout proche et de la pénitence. Quand je suis rentrée, Jacques était levé et pour la première fois depuis deux semaines, nous avons eu la joie de déjeuner ensemble. Maintenant je viens de lever Yves, Jean est au Catéchisme, Jacques s’est installé pour travailler sur une petite table dans le salon, il fait un peu froid dehors… La TSF nous donne une symphonie de Beethoven, les trois petits jasent dans le salon à côté de leur Papa ; c’est une heure exquise, une heure de paix telle que je n’en avais connue depuis longtemps…
Dimanche 1er mars
Jacques est enfin mieux ; dans avoir encore retrouvé ses forces, il a repris ses occupations habituelles… La coqueluche de Jacquie diminue, ses quintes sont moins fortes et moins nombreuses et j’espère enfin que d’ici une semaine deux au plus, elle pourra réintégrer l’école. Geneviève tousse beaucoup et ce qui est pire, vomit tous les soirs son dîner dans son lit…. Yves a été fatigué cette semaine, je ne sais au juste ce qu’il a fait, mais il a eu mardi ou mercredi matin des petits boutons sur tout le corps, cela n’a pas persisté, mais il a fait aussi un bon rhume et un peu d’embarras gastrique, je l’ai purgé vendredi et il a l’air mieux….
Rien d’extraordinaire cette semaine, lundi et mardi, je suis allée chaque après-midi passer un moment près du Saint-Sacrement, mardi soir je suis également allé aux Vêpres.
Mercredi voyage à la Roche, coiffeur, courses et une visite à Michel. Jeudi, j’ai pris mon courage à deux mains, il faisait un temps affreux, pour faire une visite à Mlle Douillard, porter des nouvelles des filles en passant et je me suis arrêtée chez Mlle Lucas. Vendredi ne suis pas sortie… Hier après-midi chez Armande Brachet….
Bien des choses à faire aujourd’hui… j’ai presque fini mon cache sommier, mais il faut que je confectionne un ouvrage pour Germaine Barré qui vient d’être maman d’une petite Annie, et la confirmation arrive le 30 mars, j’ai le linge de Jean à préparer. Quand aurais-je le temps de commencer mon fameux store ?
Dimanche 8 mars
Mauvaise semaine au point de vue physique et moral… je suis excédée de tout ici, des enfants qui sont insupportables, de la maison, même de mes travaux habituels… J’ai besoin un peu d’évasion…. Le retour au foyer n’en serait que meilleur. Les Granger partent mardi soir pour Paris puis Bruxelles, que je les envie ! Jacqueline écrit hier matin : « Andrée n’a qu’à venir avec nous ! », mais comment le pourrais-je ? Jacques à peine remis, Geneviève encore en pleine coqueluche, les trois autres, la maison ! il me faut rester….
Dimanche soir Georgette s’est trouvée malade, elle a dû rester au lit, Marie, ayant le linge à tremper, a fait quand même la lessive, si bien que j’ai bien eu à faire dans la maison, Jacquie m’a aidée, avec une bonne volonté touchante, à faire les lits et à essuyer la vaisselle, il restait quand même pas mal de travail. Mardi, Georgette s’est levée vers 10 heures et a repris son travail, seulement jeudi, Marie a appris qu’une de ses belles-sœurs allait être opérée le lendemain de l’appendicite, il lui a fallu s’absenter vendredi après-midi, et aujourd’hui elle se rend au secours de son frère et de ses neveux, pour ne revenir que mercredi. Tout cela représente pas mal de travail encore.
Rien de nouveau autrement cette semaine, reçu seulement Marguerite et Armande Brachet mercredi. Aujourd’hui assisté à la grand-messe, maintenant je reviens de la réunion des Mères chrétiennes et j’en reviens réconfortée….
Yves a vingt mois depuis hier matin, il est débrouillé et amusant au possible, il connaît tout, comprend tout, mais ne parle pas, à part des « am »retentissants qu’il place à chaque instant, c’est un âge délicieux… parce qu’on a pas encore besoin de gronder. Quant à Jean, il est insupportable, bon petit garçon au fond, mais désobéissant, raisonneur et taquin, ami du moindre effort et cherchant à se faire remarquer ; il me fait passer de bien mauvais moments ! Jacquie n’a plus de quintes et je compte l’envoyer en classe demain, si le temps est à peu près convenable, Geneviève est à son tour en pleine coqueluche, le jour elle a des bonnes quintes, mais ce qui est pire ce sont ses vomissements la nuit, nous avons inauguré un nouveau système, c’est de ne la coucher qu’à huit heures, elle vomit encore aussitôt endormie mais nous sommes l’un ou d’autre de garde auprès d’elle et tâchons de recueillir dans une cuvette ce qu’elle rend ; j’espère toujours que le mieux ne tardera pas, mais cela ne vient pas.
Dimanche 15 mars
Une semaine tragique angoissante ! la menace de la guerre pèse sur nous et il est encore impossible de savoir comment tourneront les événements ! Voilà huit jours, l’Allemagne a dénoncé le traité de Locarno et occupé la zone démilitarisée du Rhin. La Société des Nations a été saisie de ces événements et en ce moment se déroulent à Londres des conversations entre les délégués des puissances signataires du Traité de Locarno. Que va-t-il sortir de tout ceci ? Allons-nous céder une nouvelle fois devant la menace allemande et accorder à Hitler tout ce qu’il veut ? ou bien l’attitude des puissances sera-t-elle assez ferme pour obliger l’Allemagne à réfléchir ? Ou bien encore un incident déclenchera-t-il une nouvelle tuerie, la plus atroce, la plus monstrueuse qu’on puisse imaginer ! Et dire qu’aujourd’hui il fait si beau, le printemps s’annonce, tout proche, les primevères mettent sous le tilleul une ravissante tache jaune pâle… est-il possible que devant une pareille splendeur il faille évoquer des images de sang, de massacre, de souffrance ! Que Dieu éloigne de nous une semblable épreuve !…
Ici les santés sont à peu près bonnes pour le moment, quoique Geneviève ait encore de très fortes quintes, elle vomit toujours, mais cela ne la fatigue pas trop. Jacquie a repris la classe depuis huit jours, et avec joie, elle va faire sa Première Communion le 26 avril et d’ici là, il va falloir préparer un peu sa petite âme. Yves doit avoir un peu de coqueluche, cependant cela ne le fatigue pas trop jusqu’ici, il a bon appétit, il dort bien, seulement il prend des caprices ! Jean continue à aller régulièrement en classe et sera confirmé le 30, seulement, il n’est pas toujours obéissant et me fait passer quelquefois des mauvais moments. Jacques est enfin remis et mène une vie plus active que jamais, Mme Tenailleau est grièvement malade, mourante sans doute, et Jacques doit s’occuper d’une grande partie des affaires de la mairie ! Pour moi, tout va mieux que la semaine dernière, j’ai pu me reposer, non pas que l’ouvrage ait manqué, puisque Marie a été absente lundi et mardi et Georgette mercredi et jeudi, mais j’ai pu dormir davantage et ne me lever qu’à six heures et demie…
J’ai terminé mon cache sommier, mais j’ai commencé un paletot en crêpe de Chine matelassé pour la jeune Annie Barré et j’ai à confectionner le linge de confirmation de Jean. Lundi, je suis restée ici, nous avons eu une longue visite de Françoise ; mardi, Jacques et moi sommes allés à Nantes, nous sommes allés voir Germaine et sa fille. Mercredi après-midi chez Marguerite. Jeudi, sommes allés au cinéma avec les Bonnaud pour « l’Equipage », film très beau et merveilleusement bien joué, il suit de près le roman que j’avais tant aimé autrefois, mais à la vue de ces scènes de guerre, quelle angoisse…. Quelle tristesse aussi, devant les scènes d’enthousiasme de l’Armistice, à la pensée d’une victoire, d’une victoire si chèrement acquise et dont nous n’avons pas su profiter.
Dimanche 22 mars
Nous n’en finirons jamais avec les maladies, Jean est au lit depuis hier soir avec de l’embarras gastrique – du moins je le suppose – et de la fièvre, ce n’est pas terrible, mais cela tombe mal, car vendredi prochain commence la retraite préparatoire à la confirmation et autant que possible il vaudrait mieux qu’il y prenne part, j’attends le docteur, et on va voir ce qu’il va dire. Les autres sont bien, Jacquie va régulièrement en classe depuis quinze jours, Geneviève a moins de quintes et chose merveilleuse ne vomit plus depuis deux soirs. Yves trotte partout et comprend tout, mais ne se décide pas à parler, seulement Maman est partie mercredi à La Haye et sa « Mamère » manque beaucoup au pauvre poupon ; heureusement nous avons eu cette semaine quelques jours de très beau temps, et les enfants ont pu passer de grands moments dehors. Yves aime beaucoup aller voir les « papins » et les cocottes, et cela me débarrasse bien.
Rien d’extraordinaire tous ces jours-ci, Lundi, Jacques et moi sommes allés prier auprès de Mme Tenailleau décédée la veille au soir. Mardi, ne suis pas sortie, j’ai gardé les enfants pendant que Maman faisait ses préparatifs de départ. Mercredi assisté à l’enterrement de Mme Tenailleau, il y avait beaucoup de monde et la cérémonie a été plutôt longue. Jeudi après-midi chez Armande Brachet, j’avais même emmené Geneviève, laquelle se lamentait à la pensée de rester toute seule avec Yves, elle a été à peu près sage et s’est amusée avec Marie-Annick, cependant à six heure il était temps de se séparer car elles commençaient à se disputer. Hier et avant-hier, je ne suis pas sortie et ai travaillé au linge de confirmation de Jean. J’ai terminé le paletot rose destiné à Annie Barré, Augustine l’a monté hier et il est très joli.
Les événements extérieurs sont moins sombres depuis quelques jours ; à Londres, les puissances se sont mises d’accord sur une déclaration qui a été transmise au Reich ; la réponse d’Hitler ne sera connue que demain, mais il semble bien qu’en cas de guerre nous aurions l’Angleterre et l’Italie avec nous. Dieu nous préserve cependant d’une telle catastrophe !
Dimanche 29 mars
Demain la Confirmation de Jean, depuis vendredi matin mon grand garçon est en retraite, mais en dehors des exercices, il reste à l’école comme les autres garçons, si bien que je le vois assez peu et que je n’ai pu lui parler autant que je l’aurais voulu et préparer sa petite âme à la venue du Saint-Esprit….
Semaine encore bien vite passée, depuis que Maman n’est pas là, j’ai plus de travail surtout près des enfants, mais j’ai actuellement plus de liberté d’esprit et de paix. Lundi, j’ai encore gardé Jean au lit et j’ai dû passer un grand moment avec lui, à monter un autel dont il avait dessiné toutes les pièves. Mardi, suis allée à La Roche, ayant à commander quelques petites choses pour notre déjeuner de demain. Mercredi, j’ai eu Marguerite ainsi qu’Armande Brachet et ses filles. Jeudi, voyage à Nantes avec Jacquie, nous avons pris le matin un autobus aux Lucs et sommes revenues pour dîner, nous avons eu une journée très fatigante, il m’ fallu commander la toilette de communion de Jacquie, ….Vendredi, j’ai du sortir, d’abord aller avec Jacques voir M. Tenailleau et ensuite pour aller inviter Tante Abel et les Mignen à déjeuner avec nous demain…..
Hier rangé et préparé quelques petites choses, aujourd’hui, j’ai des gâteaux à faire pour notre déjeuner de demain et quelques pages à taper à la machine. Le printemps est venu….
Dimanche 5 avril
Jour des Rameaux. Les cloches cessent à l’instant de sonner la bénédiction des buis puis la procession au cimetière vont commencer….Le ciel est gris, le temps voilé, très doux cependant, mais le jardin est une merveille, en quelques jours tout a verdi, toutes les fleurs sont ouvertes, les cerisiers surtout sont une splendeur…
Lundi, nous avons donc eu la Confirmation de Jean, la cérémonie a été très simple, mais assez longue puisqu’il y avait plus de deux cent cinquante enfants. Monseigneur est monté en chaire et a parlé quelques minutes. J’avais à déjeuner Samuel et Marguerite ainsi que Tante Abel, le menu était très simple et tout s’est bien passé. Jacques a emmené ensuite les trois grands jusqu’à la carrière d’où ils sont revenus qu’à six heures et demie, si bien que j’ai eu la paix un grand moment. Mardi, jour de congé, donné par Monseigneur, les enfants Baron sont venus jouer ici. Mercredi matin, Marie Mériau nous est arrivée jusqu’au lendemain, après-midi passée chez Marguerite avec Armande Brachet. Jeudi, comme il faisait très beau, les trois grands et moi avons accompagné Jacques à Logerie et le papa et les enfants se sont amusés à pêcher dans le ruisseau, j’avais apporté mon tricot et j’ai passé à les regarder un moment délicieux… il y avait sur toutes choses une telle douceur, une telle joie, une telle paix que je me demandais comment il peut se faire que dans les chancelleries, on discute si nous aurons ou non la guerre ! … Nous sommes revenus de Logerie par Palluau et, après un arrêt au cimetière, avons emmené les enfants visiter le château. Les ruines étaient presque sinistres, au milieu de la verdure, avec les vols de corneilles qui tourbillonnaient….dans certaines salles aux plafonds effondrés subsistent des restes de sépultures, mais la nature reprend sa revanche….
Les élections municipales vont avoir lieu dans trois semaines. Que Dieu protège la France.
11h30, Georgette étant à la grand-messe avec Jacquie, j’ai préparé le déjeuner, mis le couvert avec la nappe immaculée renouvelée chaque dimanche, avec les serviettes et leurs enveloppes aux vives couleurs. J’ai fait manger à Yves un potage aux légumes et sa semoule, maintenant le petit chéri est couché, et, en attendant le déjeuner, tandis que le poulet dore au four e que le bouillon de légumes mijote, j’ai pris par TSF la messe de Tchaïkovski, donnée par l’église russe de Paris, la liturgie en est de toute beauté… Geneviève joue près de moi.
Dimanche 19 avril
Quinze jours sans rien écrire ! Je n’en ai ni le temps, ni le moyen et il se passera encore bien des jours avant que la vie ai repris son cours normal. En plus, aujourd’hui, changement d’heure, et cela apporte quelque flottement dans le règlement habituel. Comment maintenant raconter cette quinzaine ? Le lendemain des Rameaux, le temps s’est brusquement refroidi et un vent glacial s’est mis à souffler éparpillant les pétales des arbres fruitiers ; c’était un tourbillon neigeux, en une journée, le jardin de blanc est devenu vert, tandis que le sol était jonché de débris… et c’est ainsi que le printemps s’en va ! Mardi rien de nouveau, je recherche les moments dont je voudrais garder le souvenir ; mercredi, le vent soufflait toujours très froid, ce jour-là, Jacques est allé avec Samuel et M. Baron à la pêche au Marais ; j’ai eu la visite de Tante Abel et de Marguerite et à quatre heures Jean est arrivé, triomphant avec une place de premier.
Avant de dîner, je suis allée chercher du persil, du laurier et du thym pour la confection d’un civet de lapin destiné au déjeuner du lendemain, jamais je n’avais vu plus étrange coucher de soleil… Par contre jeudi matin, le temps était splendide… dans l’après-midi, j’ai emmené les enfants au Reposoir, tous, même Yves… au bout de quelques instants, j’ai bien entendu renvoyé Yves et Geneviève avec Georgette et j’ai gardé les enfants un moment, après quoi ils sont allés passer l’après-midi chez les Baron. Toute cette journée a été splendide, le printemps était enfin là, malheureusement depuis, il fait froid et, de nouveau, il faut se chauffer et se couvrir.
Vendredi matin, je suis allée avec Jacquie à l’Office et j’ai essayé de faire suivre et comprendre à ma grande fille toutes ce cérémonies si belles et si touchantes. Toute cette Semaine sainte, je me suis efforcée par mes lectures de rester en union avec l’Eglise….
Samedi, Mère et Madeleine sont arrivées dans l’après-midi, et le soir, après l’Angélus, les cloches ont sonné longuement pour annoncer la fête du lendemain… Le jour de Pâque, Jacques et moi sommes allés de bonne heure à une Communion, puis en compagnie de Madeleine et de Jacquie, nous avons assisté à la grand messe, Jean était, bien entendu, dans les enfants de chœur, les chants n’étaient assurément pas aussi beaux que ceux de la cathédrale de Dijon, dont nous avions entendu le début de la grand-messe par TSF avant de partir… Nous ne sommes pas sortis ensuite de la journée, le temps étant maussade et froid. Lundi, rien de nouveau, j’ai travaillé avec Mère et Madeleine et ne suis sortie que pour faire une course au Moulin-Guérin. Mardi, nous sommes allés à Nantes, partis d’ici un peu après onze heures, nous sommes arrivés à Monselet à midi et demie pour déjeuner alors que rien n’était préparé, de plus, il faisait grand froid à la maison et j’ai pris un bon rhume ; j’ai passé mon après-midi à faire les essayages des filles, quelques courses puis nous sommes rentrés après dîner avec Geneviève qui dormait comme dans son lit. Mercredi, les Granger, Maman et Menine devaient arriver pour déjeuner, or ils ont débarqué à deux heures. J’ai passé avec eux une mauvaise après-midi, j’avais la migraine, j’étais fatiguée par mon rhume… Jeudi, nous sommes retournés à Nantes chercher les enfants, malgré la complaisance de Jean Granger qui s’est mis à ma disposition pour emmener les filles chez leur couturière et les ramener, l’après-midi a encore été pénible ; j’avais encore pas mal de courses à faire et il était encore six heures et demie que nous étions chez Françoise. Nous avons quitté Nantes un peu avant sept heures et, la voiture de Jean étant encore en rodage, n’étions ici que vers huit heures et demie. Je n’avais qu’une idée : voir les enfants au lit pour pouvoir en faire autant ! Vendredi, autre chose ! J’ai passé l’après-midi à La Roche où j’avais des tas de choses à faire : d’abord le coiffeur, ensuite il me fallait conférer avec Mme Quéreau pour le menu du repas de Communion de Jacquie, faire mon invitation aux Gourraud et pas mal de commandes ; il faisait beau quand je suis partie, j’avais mis un parapluie dans l’auto, bien m’en a pris, en sortant de la Banque de France (il faut ajouter que j’avais quelques commissions à faire pour Jacques) j’ai essuyé une bourrasque de grêle telle que je n’en avais pas vue encore, j’étais trempée au-dessus des genoux, quand je suis arrivée chez Mme Quéreau, et c’est avec joie que j’ai accepté son invitation à me sécher à sa cuisinière. Hier, rien de très extraordinaire. Aujourd’hui, les trois grands déjeunent chez Maman et je n’ai qu’Yves à garder, mais le petit sot refuse obstinément d’aller jouer dans la cour alors que le temps est beau, quand il pleuvra il pleurera pour sortir…..
Les Sables, dimanche 10 mai
Tant de jours sans écrire ! j’ai beaucoup de choses à raconter et je serai forcément obligée d’abréger, car j’ai pas mal de correspondance à faire… il faudra quand même sortir les enfants et de plus, j’ai le déménagement de mon armoire à faire en vue des nouvelles réparations qui commencent demain !…
La semaine précédant la communion de Jacquie a été bien remplie… Menine est venue le dimanche soir dîner et coucher ici et nous l’avons eue à déjeuner le lundi matin, rien de très nouveau les jours suivants, j’ai fait faire le nettoyage de la maison en vue du repas de dimanche et je suis allée jeudi à La Roche avec Jacqueline… et le vendredi, je suis allée avec les enfants chez Armande Brachet. Le samedi, j’ai passé mon après-midi sur les routes, Jacques souffrant de douleurs rhumatismales à l’épaule, c’est moi qui suis allée aux Lucs chercher Mère, Madeleine et la fidèle Marie Mérieau, puis je suis repartie pour La Roche chercher les provisions et la cuisinière, si bien que je ne suis rentrée qu’à sept heures et demie. Le dimanche matin, temps douteux, Jacquie était cependant bien mignonne en communiante, nous étions plus nombreux que je n’avais pensé, Oncle Raymond et Tante Denise s’étant annoncés pour le samedi soir, je n’avais pu faire autrement que de les inviter. Nous avons tous assisté à la messe de neuf heures et Jacques et moi avons communié de chaque côté de notre fille…Lorsque je suis revenue à ma place, les larmes me montaient aux yeux… en pensant à celui dont la place est toujours vide parmi nous, au grand-père qui, en pareil jour, aurait été si heureux d’embrasser et de fêter sa petite fille… Une fois la messe terminée, j’ai déjeuné en vitesse et il a fallu me mettre à la besogne, il y avait beaucoup à faire et comme de juste, j’étais dérangée à chaque minute par quelqu’un me demandant une chose ou une autre, j’avais une très jolie décoration de tables, une corbeille de lilas blanc, relevée de quelques œillets et de trois ou quatre branche d’asparagus, sur la nappe, une jonchée de muguet. Le menu était très bon et la cuisine réussie, j’avais entre autres un saumon, une pièce magnifique, préparé d’une façon exquise, comme je l’avais fait lors de la communion de Jean, une fois les invités partis, j’ai conduit ma grande fille à la grotte et au cimetière. Le soir, Maman, Jacqueline, les Raymond sont venus dîner chez nous avec les restes du déjeuner, ainsi que Mère et Madeleine qui ne repartaient que le lendemain matin. Lundi, c’était la lessive, je ne suis pas sortie et j’ai eu bien à faire. Le mardi, je suis allée chercher ma future bonne qui, en attendant le mariage de Georgette, rend quelques services à Maman. Le mercredi, c’était le départ de Jacqueline, elle s’était décidée à partir pour Nantes pour accompagner là-bas Maman qui avait quelques courses à faire, aussi pour ménager le bras de Jacques, c’est moi qui suis allée aux Lucs, dans l’après-midi j’ai reçu Marguerite, Armande et ses filles, mais à peine étaient-elles parties que j’ai repris l’auto pour filer aux Lucs chercher Maman. Je suis d’ailleurs arrivée avec quelques minutes de retard ! Samedi, j’ai commencé les préparatifs de voyage et, dimanche a eu lieu le grand branle-bas du départ aussi j’ai eu bien à faire. Jacques souffrant toujours de son épaule, c’est moi qui ai pris le volant pour amener ici tout le chargement, et le lendemain, je suis allée le reconduire à Aizenay où Jacques s’était rendu pour la foire, j’ai pris ensuite un Citroën et j’étais ici pour déjeuner. Depuis rien de très nouveau, nous tâchons de sortir les enfants le plus possible afin qu’ils profitent de l’air de la mer. Lundi et mardi, nous avons eu un temps merveilleux, et les filles ont même pu patauger ; mercredi, il a fait beaucoup de vent, aussi nous avons été obligés de rentrer de bonne heure, le soir, Jean est arrivé par l’autobus pour passer ici sa journée de jeudi, aussi je faisais de vœux pour que le temps soit convenable le lendemain, dans la nuit il a fait de l’orage, il a plu et la matin le temps était bien sombre, mais progressivement le ciel s’est dégagé et nous avons eu une après-midi splendide. Jacques est venu après déjeuner et nous en avons profité pour faire des courses ensemble ; tous deux sont partis après dîner. Hier et avant-hier temps plus sombre et le soleil a cependant paru vendredi soir, nous avons pu mener les enfants sur la plage de cinq à sept heures, mais hier il a fallu se contenter de les promener sur le Remblai. Ce matin, je suis allée avec Jacquie à la grand-messe, il y avait de très beaux chants en l’honneur de la fête de Jeanne d’Arc, maintenant le soleil paraît et nous allons bientôt sortir les enfants. J’espère que cette saison leur fera du bien, les filles font de nombreux caprices, mais s’amusent gentiment sur la plage. Yves a toujours son appétit superbe et se développe beaucoup.
Elections désastreuses, les partis nationaux gagnent quelques sièges, mais les communistes en gagnent plus de soixante, que va-t-il sortir de tout cela ?…
Dimanche 17 mai
Une semaine passée et vite passée, le retour au Poiré est maintenant tout proche, puis que je compte partir mardi ou mercredi, je serai contente de me retrouver « chez nous » avec mon Jacques bien aimé et mon petit Jean chéri. Nous allons les revoir tous deux aujourd’hui alors que nous n’y comptions pas, mais Oncle Raymond et François ont dû débarquer au Poiré hier soir, et ils ont décidé de venir tous quatre passer l’après-midi ici, même Jean qui pour la circonstance va abandonner les Vêpres et la tournée du Mois de Marie.
Nous avons eu jusqu’à hier une belle semaine et les enfants ont bien profité de la plage ; rien de neuf les premiers jours, dès que les enfants étaient prêts, ils partaient avec Maman, quant à moi, aussitôt toutes choses en ordre, je vais faire le marché après quoi je rejoins Maman et les enfants. L’après-midi, nous passons le plus longtemps possible sur la plage, jusqu’à ce que la fraîcheur nous oblige à rentrer. Les enfants courent, s’amusent, tout l’espace est à nous…. Mercredi, j’ai pris un autobus un peu avant cinq heures et j’étais à Nantes vers sept heures et quart, après dîner, Andrée Jaffré est venue un moment… Jeudi matin, j’ai assisté à la messe dans la chapelle de Chavagnes, notre vieil aumônier disait la messe et cette seule vue faisaient se lever les souvenirs d’autrefois… Ensuite, pris le petit déjeuner au réfectoire du pensionnat, servie par la fidèle Adrienne, j’ai vu ensuite pas mal de professeurs ou d’anciennes, causé longuement avec Mme Houdbine… A dix heures, réunion dans la salle de réception, je suis ensuite allée faire quelques achats aux comptoirs de la Kermesse, puis nous avons déjeuné vers onze heures et demie, nous étions dans le réfectoire des demi-pensionnaires, tandis que les autorités occupaient la véranda… j’ai déjeuné entre Andrée Jaffré et Anne Dejoie en face de Madeleine Saupêtre et nous avons bien bavardé. Je suis partie presque aussitôt, j’avais un essayage à faire, pas mal de courses et tenais à ne pas manquer mon autobus de cinq heures et demie… l’autobus avait trois quarts d’heure de retard ! trois pannes entres Aizenay et Beaulieu ! J’ai cru que nous n’arriverions jamais, Maman était à coucher les filles, Jacques m’attendait en compagnie de Jean arrivé la veille au soir… Le lendemain, Jacques et Jean sont partis assez tôt, de façon à ne pas se mettre en retard pour l’heure de la classe et nous avons passé sur la plage toute la journée. Hier matin, pluie, mai hier soir de cinq à sept nous avons fait une bonne promenade sur le Remblai….
Dimanche 24 mai 1936
Jean vient de partir à la grand-messe, Jacquie qui a assisté avec moi à la messe de 9 heures part avec Geneviève déjeuner chez Maman ; Yves fait une colère parce qu’il aurait voulu y aller lui aussi, j’espère que son désespoir ne va pas tarder à prendre fin.
Nous avons aujourd’hui un temps d’averses et je me félicite de ce que nous avons eu aux Sables une belle période…. Nous voilà installés ici, Jacques est venu nous chercher mardi après-midi, nous sommes arrivés ici par un bel orage, et les enfants, qu’il a fallu bouger aussitôt à l’abri, étaient tout désorientés, j’ai défait le plus urgent des bagages, puis il était temps de dîner, nous avons passé ensuite une soirée tranquille avec François, qui partait dès le lendemain matin. Mercredi, je me suis réinstallée, avec Yves sur le dos… mais j’y suis arrivée quand même. Jeudi, jour de l’Ascension, je suis allée à la première messe puis aux Vêpres ; Maman et Geneviève sont arrivées par le tram et nous avons dîné ensemble. Rien de très nouveau ces deux derniers jours, j’ai repris le courant habituel de mes occupations… hier passé un moment chez Marguerite avec Armande Brachet.
Nos derniers jours aux Sables se sont bien passés, dimanche Jacques et ses trois compagnons sont arrivés un peu avant quatre heures, nous avons fait ensemble une bonne promenade sur le Remblai et terminé par un moment à la plage. Lundi matin, quelques courses avec Maman, l’après-midi nous sommes allés sur la plage avec les enfants, il soufflait un vent brûlant qui n’était guère agréable. Vers cinq heures et demie, l’orage est monté brusquement et nous n’avons eu que le temps de rentrer… mardi matin, grande séance chez le coiffeur avec les enfants, il s’agissait d leur couper les cheveux à tous les trois et pour Yves ce n’était pas une petite affaire, nous n’étions pas de trop avec Maman pour le tenir ou l’amuser, maintenant, avec sa coiffure de grand garçon il a une petite frimousse vraiment comique.
Quoi de neuf autrement ? Une grande nouvelle qui nous comble de joie ! Un petit cinquième est en route et à la fin de janvier 1937, nous aurons un petit chéri de plus ! Jacques et moi sommes bien heureux…
Dimanche 31 Pentecôte
Quelques mots seulement… Yves dort, mais je pense qu’il ne va pas tarder à se réveiller, Jean est au catéchisme, les filles chez grand-mère ; tous trois ont déjeuné là avec Oncle Raymond et les Douxami qui ont du arriver dans la matinée, nous les aurons tous à dîner ce soir. Rien de bien neuf depuis dimanche dernier… je me fatigue vite. Georgette s’en va demain, la date de son mariage approche, je vais avoir bien à faire pour mettre mon nouveau numéro au courant.
Lundi après-midi suis un peu sortie, mardi je n’ai pas bougé d’ici ; Mercredi, voyage à Nantes, ‘avais bien quelque appréhension à aller là-bas, mais tout à l’air de marcher normalement depuis, seulement j’étais bien lasse le soir. J’ai accompagné Maman chez son docteur qui a été tout à fait rassurant, j’ai fait quelques courses et nous avons quitté Nantes vers 6 heures, Jean avait fait la veille un peu d’embarras gastrique et je voulais voir comment la journée s’était passée. Jeudi, temps affreux, nous avons passé l’après-midi chez Maman sans pouvoir sortir. Le soir, Jean n’avait pas du tout d’appétit, si bien que le vendredi je l’ai gardé à la maison, et lui ai administré un laxatif qui a fait très bon effet, si bien que l’appétit semblait revenu hier. Dans l’après-midi reçu Armande Brachet et Marguerite. Pas bougé d’ici hier, j’ai entrepris de broder pour Geneviève une petite robe de voile rose, j’ai de l’ouvrage à faire…. La garniture du linge d’église commencée pour la confirmation, mon fameux store que je n’ai pas encore mis en chantier, des tricots pour des bébés en route…
Dimanche 7 juin 1936
Deux mots seulement encore aujourd’hui, je suis très lasse et je me presse de me coucher, j’ai eu une journée plutôt fatigante, d’abord il a fallu se presser dès le matin pour envoyer Jean et Jacquie à une communion, ensuite il a fallu habiller en vitesse les deux petits afin d’arriver à la messe de Communion Solennelle. M. et Mme Baron nous ayant très gentiment invités au repas de communion d’Auguste et de la petite Marie, nous sommes restés jusqu’au Vêpres, ensuite donc Vêpres et procession à la grotte, visites des métayers, cela nous a menés jusqu’au dîner ; maintenant les enfants sont couchés, j’ai enfin la paix, mais je suis trop lasse pour en profiter et mes yeux de ferment…
Vite un récit très bref de la semaine, dimanche soir, nous avons eu à dîner Oncle Raymond et les Douxami, j’avais un dîner très simple, mais deux jolis gâteaux aux fraises, nous avons ensuite causé un bon moment. Lundi, fait un tour en auto, il faisait beau mais froid et nous n’avons guère pu nous arrêter ; nous sommes partis par Challans, Saint-Jean de Monts et Fromentine, puis nous sommes allés déjeuner à Beauvoir ; après déjeuner, nous avons laissé les Douxami et Oncle Raymond, et, par une route charmante, avons gagné Sion et Saint Gilles… une route qui nous faisait pénétrer au cœur du Marais dans l’intimité de ce pays étrange.
Nous étions de retour ici vers quatre heures et demie, depuis l’ouvrage ne m’a pas manqué. Georgette est partie, et il me faut surveiller de très près sa remplaçante qui a beaucoup de bonne volonté mais ne sait pas faire grand-chose…
4 juin 1936
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1936-06-07). Texte conservé tel quel.
Quelques minutes, seulement avant le goûter d’Yves, les trois grands reviendront ensuite des Vêpres, et jusqu’à ce soir je n’aurais qu’une tranquillité très relative…. J’ai eu une semaine plutôt pénible, beaucoup de travail à la maison, pas mal de dérangement et pour comble de bonheur, Marie a dû s’absenter, son frère de la Maldemée étant très sérieusement malade, il n’est d’ailleurs pas hors de danger, je suis allée conduire Marie là-bas aussitôt déjeuner, et elle reviendra demain matin. Il y a tout à apprendre à Lucienne… de plus il y a des fruits et des légumes à ramasser dans le jardin, j’ai fait cette semaine de la confiture de fraises, des conserves de petits pois… et en plus de toute ma fatigue, j’ai les misères variées et habituelles de mon état… Maman ne soupçonne pas la nouvelle que j’ai à lui apprendre, et je compte ne lui annoncer que dans quelques jours, elle se tourmentera toujours assez tôt.
Reprenons un peu la semaine : lundi, Maman et Jacques allant à Logerie, ont emmené les enfants… Mardi, nous sommes allées à Legé, Maman et moi, dire une prière auprès de Mme Logeais, décédée la veille, Annick faisait peine à voir, pauvre petite sans mère, si jeune !
Le lendemain, Maman et Jacques sont retournés à l’enterrement, je suis allée avec les filles à la messe de mariage de Georgette, puis tous ensemble sommes allées au déjeuner, j’étais placée à côté de M. Feilalet ? avec qui je me suis trouvé pas mal de connaissances communes, je suis restée un moment pour voir danser les jeunes, et ai dansé un peu moi-même, mais je suis rentrée de bonne heure. Jeudi après-midi passé un moment chez les Baron…..
Tante Marguerite est ici depuis jeudi, elle doit rester, je pense, jusqu’à la fin du mois. Toujours des grèves un peu partout, situation inquiétante.
Juin 1936 et avril 1940, ont été copiés depuis un cahier (bis) sans doute recopié, je n’ai pas le courage de reprendre ces années pour le moment -
Dimanche 21 juin
Beaucoup de choses à raconter aujourd’hui… Jean et Jacquie sont à la grand’messe, Jacques y assiste également, tout à l’heure j’irai avec Yves et Geneviève prendre une bénédiction au premier reposoir et expédierai Geneviève avec Marie, tandis que je rentrerai mon petit garçon. Tantôt tous iront aux Sables voir la Fête de la Mer ……
Lundi, je ne suis pas sortie, mardi, j’ai fait des visites avec Jacques, nous sommes allés chez Tante Abel et chez les Lucas ; pour gagner du temps j’ai supprimé mon goûter, aussi je suis rentrée à six heures avec une migraine affreuse, Maman et Tante Marguerite dînaient ici, aussi j’ai essayé de faire bonne contenance à table…. Jeudi passé l’après-midi avec les enfants chez Maman ; le soir visite de M. le Curé. Vendredi, sommes allés, Jacques et moi, faire une visite aux Yvernogeau….
Nous avons actuellement une chaleur orageuse un peu pénible, mais matin et soir il fait délicieusement bon. J’ai le temps, une fois les enfants couchés, de passer un moment dans le jardin….
Vendredi c’était la fête du Sacré-Cœur, j’ai laissé Jacques et les enfants aller à la procession, comme chaque année, et je me suis installée dans la cour avec un livre et un tricot jusque ce que la nuit me force à abandonner mon ouvrage.
2 heures et demie – je me suis interrompue ce matin, il y a eu la cuisine à surveiller, les enfants à habiller, et encore nous sommes arrivés juste pour la première bénédiction, Geneviève avait sa petite robe rose, dans laquelle elle est très mignonne et Yves un petit tricot bleu, découvrant ses petites jambes et ses petits bras. Jean, comme porte-lanterne, escortait Jésus-Hostie, et Jacques suivait le dais, il paraît que Jacquie tenait le cordon d’une bannière, mais elle était loin, et je ne l’ai pas aperçue…..
Dimanche 28 juin
Jacquie vient de partir à la grand’messe avec Marie, Jean est rendu tenir sa place d’enfant de chœur, Geneviève passe la journée chez grand-mère, Yves joue près de moi en attendant son déjeuner, quant à Jacques, il est absent pour toute la journée, il est parti, dès ce matin, à Saint-Gilles, pour un Congrès d’anciens combattants, et ne rentrera que ce soir assez tard….
Lundi Marie était malade et n’est venue que l’après-midi, mardi, il m’a fallu déjeuner en vitesse pour me rendre au certificat d’études où j’étais convoquée par M. le Curé pour l’ouvrage manuel, il y avait Mme Dorion, Mme Lucas, Andrée Boyer, Armande Brachet et Marguerite, aussi entre temps, nous avons fait de longues causettes, c’était d’ailleurs assez amusant comme séance. Mercredi après-midi à La Roche…. A dîner, nous avons souhaité la fête de Jean, puis, pendant que le garçon était aux Vêpres de son Saint Patron, Maman et Tante Marguerite sont venues un peu… j’ai couché Jean aussitôt qu’il a été rentré, puis suis redescendue dans le bureau lire les journaux, il commençait à pleuvoir ; je suis ensuite allée à la cuisine préparer une pâte à tarte pour le lendemain, la pluie forçait, puis brusquement une trombe d’eau est survenue et, pendant plus d’une heure, nous avons eu un véritable déluge ! L’eau rentrait partout, sous la porte d’entrée, par la fenêtre du bureau, la cheminée du salon ! Il y avait des gouttières partout dans le grenier des cuves, à un endroit, l’eau formait cascade le long du mur et venait transpercer le plafond de la lingerie ! Enfin, vers onze heures l’orage s’est calmé, nous nous sommes couchés ! Le lendemain, aussitôt son cacao avalé, Jacques est allé aux nouvelles, dans tout le quartier on commentait les événements de la nuit, si nous avions eu un peu de dégâts, il n’en était pas de même chez nos voisins, et, d’ici à la place, toutes les maisons avaient été envahies par l’eau, les égouts s’étant trouvés bouchés dès le début de la pluie, il y avait bien, paraît-il, trente ou quarante centimètres d’eau sur la route, autant par conséquent dans les maisons, quand je me suis rendue au marché, on balayait la boue… on m’a raconté depuis que la plus grande partie du jardin du docteur Lucas, près de le rivière, a été emportée par l’eau, il y a des trous d’un mètre cinquante de profondeur, … Depuis les fameuses inondations de 1919, on n’avait pas vu chose pareille !
Mardi, nous avons eu Marthe Regnauld d’Apremont à déjeuner, je lui ai servi un repas très simple… Lucienne ayant assez à ramasser les petits pois, les fraises et les framboises… Vendredi j’ai fait de la gelée de castilles et framboises, ….J’en ai 36 pots bien réussis, dans quelques jours je reprendrai pour les groseilles, j’ai eu aussi plusieurs bocaux de petits pois…
Les enfants se portent bien et aspirent aux vacances, on dirait que Jean par moments fait quelques efforts pour être sage et obéissant, mais, par contre, Jacquie est plus rosse que jamais, elle a des entêtements épouvantables et nous fait passer de bien mauvais moments. Geneviève est assez mignonne, sauf caprices ; quand à Yves, il va bientôt avoir deux ans, et ce jeune homme s’émancipe, il dit « non » à tout bout de champ et fait des caprices contre lesquels il faut sévir, ce qu’il y a de pire, c’est que Geneviève lui a appris à dévaliser les castillers, et que cela lui a donné la colique, et le désastres dans la culotte….
Dimanche 5 Juillet
Un petit moment avant la grand’messe, tout en faisant réciter les leçons de Jean, pendant que les autres jouent derrière moi. Nous avons eu cette semaine un bien vilain temps, si bien que je n’ai pu laisser sortir les enfants …. Ils sont comme enragés, de plus Geneviève a été malade…Mercredi, Jacques et moi sommes allés à Nantes voir Mère et Madeleine, revenues depuis peu de Vichy, je n’avais que très peu de courses à faire, cependant m’a journée m’a beaucoup fatiguée. Jeudi, passé comme toujours l’après-midi chez Maman avec les enfants… Vendredi reçu Marguerite et Armande Brachet… J’ai eu beaucoup de travail …des conserves de petits pois, de framboises, de la confiture de rhubarbe… Je suis arrivée à terminer un chandail pour Jean, une culotte de plage pour Yves, seulement mon store n’avance guère….
Les prix ont lieu dimanche prochain, Mère et Madeleine viennent pour le 14 Juillet, puis nous ne tarderons pas à partir aux Sables…
Samedi matin 11 juillet
Un jour d’avance sur l’horaire prévu ! Je devrais maintenant couvrir des confitures, mais lesdites confitures m’ont causé hier soir un accident stupide, un pot que je remplissais s’est fendu par le milieu et j’ai reçu sur la main gauche la confiture bouillante, cela ne fait pas de blessures bien graves, mais j’ai la main bandée et à peu près immobilisée, si bien que je peux ni coudre, ni tricoter, que ce matin je n’ai pu baigner Geneviève et Yves et que maintenant je peux seulement surveiller le déjeuner. D’autre part je prévois une journée très chargée pour demain, Mère et Madeleine seront là, puis Jacques assistera à un banquet offert à M. de Suzannet, si bien que je devrai assister à la distribution des prix, celle des garçons avant les Vêpres et celle des filles après… Maman est partie aux Sables hier matin, et nous irons la rejoindre mercredi ou jeudi… Aujourd’hui, dernière journée de classe, Jean et Jacquie étaient ravis à la pensée de rapporter ce soir leur bagage scolaire au grand complet, et puis la pensée du départ aux Sables les transporte… Geneviève est un peu pâlotte…. Petit Yves devient très entreprenant et fait sottise sur sottise. Lundi, je ne suis pas sortie, c’était la lessive… mardi je suis allée voir Mme Dorion, mercredi une visite à Mme Bonnaud, puis fini l’après-midi chez Armande Brachet, jeudi, suis allée avec les enfants un moment chez Mme Baron….
Temps douteux, averses, triste mois de juillet. Toujours des grèves, des bagarres !
Les Sables, dimanche 19 juillet
Nous sommes installés ici depuis vendredi soir, pour y trouver un temps abominable, il fait très froid, et je n’aurai bientôt pas assez de lainages pour couvrir mes pauvres miochons ; pour comble de bonheur, nous avons ces jours-ci une grande marée, la mer a envahi toute la plage, hier les tentes étaient démontées, il faisait un vent fou, vers quatre heures et demie est arrivée une averse qui nous a mis en fuite….
Semaine un peu fatigante, Mère et Madeleine sont venues le samedi soir comme prévu, j’étais encore bien impotente et ne pouvais me servir de ma main, cependant… le lundi matin j’ai pu me débarrasser de mon pansement. Dimanche, assisté à la première messe, mais la matinée a été quand même vite passée et il a fallu déjeuner en vitesse, les prix des garçons commençant à une heure et demie, j’ai dû m’appuyer les deux distributions de prix, Jacques étant à un banquet « Front national »… entre les deux séances, j’ai eu la surprise d’avoir la visite de Françoise, visite destinée, il est vrai, à Maman.
Lundi, pluie toute la matinée ; l’après-midi, le temps s’étant un peu éclairci, Jacques a conduit Mère et Madeleine à Palluau et emmené les trois grands… Mardi matin, le temps étant passable, Jacques a emmené les enfants à la pêche à Pont-de-Vie, ainsi que les amis Baron, mais par contre il a plu tout l’après-midi, je suis allée chez Mme Lucas et Andrée Boyer. Mercredi matin, tempête, heureusement dans la journée le temps s’est éclairci, les enfants ont passé l’après-midi chez Mme Baron et je suis allée les retrouver un moment avec Yves. Jeudi… préparatifs de départ. Nous avons envoyé Jean et Jacquie après dîner par un car Citroën, Jacques les a embarqués à Aizenay, et Maman était à les attendre à l’arrivée, après leur départ, une fois Yves et Geneviève couchés, j’ai eu une soirée de repos….. j’ai flané longuement dans le jardin….Vendredi, journée également pénible, il faut en confectionnant les bagages, penser à tellement de choses, nous sommes partis après six heures, et il était à peu près sept heures quand nous sommes arrivés ici ; il a fallu dîner, coucher les enfants puis Mme Boisseau est arrivée, ce qui nous a pas mal retardés, je n’ai défait que le plus pressé des bagages et me suis organisée pour la nuit… Hier beaucoup de choses à mettre en ordre, beaucoup à organiser dans ma nouvelle chambre et celle des garçons, d’ici peu nous serons tout à fait - et bien – installés.
Dimanche 26 juillet
Nous avons cette année une triste saison, peu de soleil, de la pluie, du vent froid ! On nous annonce une chaleur torride pour le mois d’août – vague de chaleur venant d‘Amérique….. les enfants jouent et n’ont pas froid, mais je n’ai encore osé découvrir Yves qui remue moins que les autres….
Chaque matin, ou presque, une fois les enfants partis sur la plage sous la garde de grand’mère, je vais faire le marché, j’aime bien cela… il me reste environ une heure, que je vais passer sur la plage puis, il me faut rentrer à midi pour faire déjeuner Yves, son petit repas est vite expédié, car il a bon appétit, et il est couché pour que nous puissions déjeuner à midi et demie. Après déjeuner, je tricote en surveillant l’exécution des devoirs de vacances, puis il faut expédier les grands à la plage, lever Yves, préparer les goûters, si bien qu’il est déjà près de quatre heures quand je vais rejoindre toute la bande, nous avons alors un bon moment à passer, mais souvent il fait froid…. A 7 heures, il faut faire dîner Yves, puis nous dînons nous-mêmes et une fois les enfants couchés, je regagne ma chambre….
Lundi Jacques est parti avant déjeuner, il a fait un temps affreux toute la journée et nous n’avons pu sortir que vers cinq heures ; mardi, mercredi et jeudi passé notre temps à la plage. Vendredi, Jacques est venu pour déjeuner, et reparti après dîner, nous avons emmené les enfants voir le cirque Pinder, aussi étaient-ils dans le ravissement… en sortant, pour que la fête soit complète, nous les avons emmenés visiter la ménagerie !… Le soir, nous avons souhaité les fêtes du papa et de Jacquie et les cadeaux ont fait plaisir…. Ainsi que le gâteau !… Ce matin, fête de la Sainte Anne, il y avait bien à prier encore, viendra-t-il une petite Anne ou un petit Pierre ?
Les enfants sont bien portants, heureux d’être sur la plage, ce ne sont pas toujours des modèles à la maison, mais avec un peu de peine, on arrive encore à s’en aider. Jacquie surtout a de bien mauvais moments….
Les journaux sont terrifiants ces jours-ci ! il y a la guerre civile en Espagne, les éléments restés sains se sont révoltés contre la dictature communiste ! On ne sait comment finira tout cela, mais il y a déjà plus de vingt mille morts, et c’est affreux. Que Dieu nous protège, afin que pareille chose ne nous arrive pas !
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 31 juillet 1936, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Un bateau vient de rentrer, un charbonnier de Belfast, attirés par la sirène, les enfants sont venus, je les ai menés jusqu’au quai, et tous trois suivaient avec ravissement le glissement du bateau…. Yves ne va pas tarder à se réveiller…..
Je suis un peu reposée… Je me couche tôt, je lis dans mon lit… Je me lève aussi plus tard et chose merveilleuse je n’ai pas à faire le gendarme pendant que les enfants s’habillent ; Jean et Jacquie sont levés avant moi, un maillot est si vite mis, et je suppose qu’il ne faut pas beaucoup d’eau pour la toilette, mais en général Geneviève dort longtemps, et petit Yves après avoir pris son « am » et sa croûte, attend patiemment qu’on vienne le lever. Aussitôt prête, je vais l’embrasser dans son petit lit, il réclama gentiment son « bain-bain » puis se recouche en suçant son poing ! je descend déjeuner, j’aperçois au passage la petite tête brune de Geneviève, écrasée dans l’oreiller, puis il me faut me hâter vers l’ouvrage qui m’attend…..
Samedi 1er août
…Aujourd’hui pluie, j’ai emmené les enfants jusqu’au port voir un hydravion qui, obligé d’amerrir par la suite d’une panne de moteur, a dû être remorqué….
Il y a vingt deux ans, c’était le début de la grande tourmente qui est venue ensanglanter l’Europe ! Maintenant, la situation n’est guère plus brillante, la guerre civile continue en Espagne, des complications internationales peuvent subvenir.
Dimanche 2
Pour la première fois, je viens de sentir remuer le petit enfant que je porte….. Par moments, je me tourmente un peu, je me demande comment j’arriverai à tout, mes journées sont tellement remplies par mon quatuor, et tous mettent tellement peu de bonne volonté pour me simplifier ma tâche ! et puis je me dis que la Providence arrangera toutes choses pour le mieux…..
Dimanche, nous avons passé toute l’après-midi sur la plage, malgré le temps menaçant et même un peu de pluie, Françoise a passé une grande partie de l’après-midi avec nous, Jacques n’est arrivé que pour le dîner, nous avons ensuite sorti les enfants, il y avait un feu d’artifice, et ils n’avaient jamais vu pareille chose, aussi la joie était à son comble…. Jacquie au fond était effrayée et se serrait contre son papa, mais Geneviève était radieuse et dans sa joie serrait ma main dans ses deux petites menottes… Nous sommes rentrés à dix heures et demie, les enfants n’avaient pas sommeil !
Lundi sommes allés déjeuner à Croix de Vie chez Jeanne Lego. Geneviève a trouvé moyen de s’endormir un peu avant d’arriver à Saint-Gilles et impossible de la réveiller, ensuite, elle a dormi sur sa chaise et n’a daigné se réveiller qu’au dessert. Nous avons passé avec Jeanne une bonne après-midi sur la plage de Croix de Vie… Jeanne est toujours la même, Niquette bien mignonne et petit Gilles délicieux, c’est un bébé superbe et toujours de charmante humeur.
Mardi, Jacques est parti de bonne heure, nous avons eu une journée détestable, il faisait un vent fou et nous avons avalé du sable en quantité. Mercredi… nous avons eu Mlle Chalard une partie de l’après-midi, elle est toujours aimable et j’ai grand plaisir à parler avec elle, sauf quelques réticences, je ne sais riens de ses opinions politiques et religieuses et il est des sujets qu’il vaut mieux ne pas toucher…
Je me presse, il est l’heure de faire manger à Yves son potage aux légumes et son blanc de poulet.
Dimanche 9 août
Le dimanche… ma matinée de liberté…. relative ! … Nous avons eu une bien bonne semaine, Jacques est resté ici presque tout le temps, sauf deux voyages nécessités par les battages chez les métayers, seulement il ne s’est pas attardé et s’est pressé pour rentrer ici chaque soir, il est reparti hier après-midi, mais soit revenir après déjeuner. Les Granger sont arrivés mardi soir, mais Jean a dû repartir dès hier.
Nous avons aujourd’hui un temps radieux et il doit faire délicieusement bon sur la plage, les deux garçons doivent se baigner avec Tante Canette, Yves aime beaucoup l’eau et il faut employer la force pour le faire sortir. Jean commence à avancer en nageant, quoique des mouvements ne soient pas des plus corrects. Les deux filles n’ont pas recommencé les bains, elles ont trouvé moyen de me faire chacune une crise d’entérite….
Dimanche soir au cinéma Jeanne d’Arc, un très beau film : « Cloîtrées », documentaire très intéressant sur la vie des Sœurs du Bon Pasteur d’Angers.
Dimanche 16 août
Le temps est lourd, orageux, fatigant, je n’irai pas à la plage ce matin, je reviens du marché et je suis lasse ; d’ailleurs Maman et Jacques gardent les enfants, Jacqueline va les baigner tout à l’heure…. Hier, j’ai passé une bonne partie de la matinée avec Jacques au bord de l’eau, nous avons assisté au bain des enfants ; Yves riait comme un petit fou quand les vagues venaient l’éclabousser. Geneviève se roulait près du bord comme une anguille… quant à Jean, il prend des leçons de natation pour arriver à faire des mouvements un peu plus correctement, et il en est ravi….
Mardi soir, une partie de croquet sur la plage avec Françoise et Louisette Renaud, mais il faisait très froid…. Vendredi une visite des Touzain et de Mme Renaud… Hier, pour le 15 août… nous avons emmené les enfants à une procession chez les Petites Soeurs des Pauvres….
Beaucoup de monde aux Sables ces deux derniers jours, des autos passent sans interruption.
Sommes allés dimanche voir « La Symphonie inachevée » épisode très romancée de la vie de Schubert, le film rappelle un peu « la chanson de l’adieu » mais finit plus en beauté, car Chopin part avec George Sand, tandis que Schubert, devant une statue de la Vierge, au bord du chemin, tire de sa douleur « l’Ave Maria ». Tout cela est plus ou moins authentique, mais la musique de Schubert est tellement prenante, et le film réellement bien joué.
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 18 aout 1936, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Je suis rentrée ce matin bien lasse ; j’avais eu une matinée assez dure, les devoirs de vacances des deux grands à surveiller, un entêtement stupide de Jacquie à réprimer… le marché à faire ! Je n’ai pu me rendre à la plage qu’à onze heures et quart, et j’ai peut-être eu dix minutes de repos avant de me rendre au bord de l’eau porter le peignoir de Jean qui prenait sa leçon de natation… J’ai eu après déjeuner un moment de repos… Maman était partie avec Jean lui acheter un bonnet de bain, les deux filles jouaient à peu près gentiment, si bien que j’ai pu feuilleter le beau livre de Jean Yole sur la Vendée….
Mercredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 19 aout 1936, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Journée un peu meilleure aujourd’hui ! Et pourtant il y a eu une petite « pique » au sujet des devoirs de vacances de Jacquie ! Qu’il est donc difficile de tout concilier, la nécessité d’élever nos enfants selon nos principes, de leur donner l’habitude d’un travail personnel, et le souci d’éviter à autrui toute peine et tout froissement !…
Tantôt à la plage, la marée était haute, et les enfants, Yves compris, éprouvaient le plus grand désir de barboter tout à leur aise, de construire des remparts, des canaux, es lacs ! Pour surveiller mon petit poussin, j’ai apporté tout près d’eux mon pliant et mon tricot, ce qui m’a permis de m’emplir les yeux de ce spectacle toujours aimé ! Yves était heureux comme un roi, il avait de l’eau jusqu’aux genoux et criait de plaisir, il pétrissait du sable mouillé, trempait ses mains avec délice, et courait de tous côtés comme un petit fou. Je l’ai ramené trempé, de l’écume et du sable jusqu’aux cheveux, mais navré d’abandonner un jeu aussi passionnant ! il a fallu le changer puis il est parti paisiblement jouer ailleurs.
Dimanche 23 août
… J’attends Jacques cet après-midi, depuis lundi qu’il est parti la semaine m’a paru longue… Les enfants aussi ont bien besoin de leur papa, il faut pour réprimer leurs caprices une main plus ferme que la mienne, Jean répond souvent insolemment, Jacquie traîne lamentablement à commencer sa soupe ou ses devoirs de vacances, quant à Geneviève, ses inventions saugrenues lui ont fait visiter plusieurs fois la cave, n’a-elle pas imaginé, vendredi, de manger ses haricots avec une coquille de moule en guise de cuiller ! Yves ne donne aucune peine, il mange tout ce qu’on lui donne, fait de bons sommes mais sur la plage manifeste des velléités d’indépendance en s’aventurant tout seul.
Que raconterai-je depuis jeudi ? Nous avons eu ce jour-là une assez longue visite des Mignen, de Tante Abel et de Mme Yvernogeau, fini ensuite l’après-midi à la plage. Soirée au cinéma avec Françoise pour « Les Temps modernes ». Vendredi, il pleuvait, nous n’avons pu sortir les enfants… Hier, une belle journée… J’ai fait baigner les quatre petits ; Jean nage maintenant à peu près convenablement, il fait très bien la planche, les trois autres ont l’air d’y prendre aussi grand plaisir. Passé l’après-midi sous la tente avec Maman, Jacqueline et Françoise étant aux Sports pour une course de lévriers ; nous avons eu la visite de Mme Loiseau, à qui son veuvage n’a pas l’air de peser beaucoup ! elle ne parle que distractions, sorties, voyages, magasins !…
Dimanche 30 août
Semaine pénible… je n’avais qu’une idée m’étendre et me reposer un peu !…
Passé la journée de mercredi à Apremont chez Tante Marthe, les enfants de Jeanne Régnault y étaient, nous avons eu l’après-midi un bon moment au bord de la rivière….
Dimanche 6 septembre
Dernier jour de vacances ! Les Granger sont partis hier, et nous partons demain….
Jacques est venu d’assez bonne heure dimanche dernier, nous avons pu passer un grand moment sur la plage où il faisait très bon. Soirée au cinéma pour « Bichon » c’était assez drôle, mais combien je préférais la semaine précédente « Veillée d’armes » qui est un film vraiment merveilleux, avec des visions de mer splendides… Lundi et mardi, Jacques est allé à la pêche, ce qui est pour lui un réel plaisir, mercredi matin, temps splendide, nous avions projeté une pêche avec les Baron, vers huit heures et demie, Jacques était là avec tout son chargement et il a fallu se presser pour expédier les enfants, j’ai ensuite préparé les provisions et je me suis rendue là-bas avec Jean vers onze heures. Nous avons eu un temps radieux, les pêcheurs étaient contents de leur pêche, les enfants s’amusaient de tout leur cœur, et la pauvre petite Marie était contente de changer un peu d’horizon. Nous avons déjeuné de bon appétit, puis nous sommes restés un grand moment à voir monter la mer, pendant que les garçons barbotaient à cœur joie, ils étaient trempés, mais il faisait si beau que cela n’avait aucune importance. Vers quatre heures, nous avons tout chargé dans les autos et sommes rentrés ici où nous avons goûté, puis sommes allés à la plage jusqu’à 7 heures. Jeudi le temps était changé et la grande marée amenant des gros nuages et du vent….nous avons essayé de sortir les enfants, mais à peine étions-nous dehors qu’une forte averse nous a fait rebrousser chemin et les sandales des enfants étaient trempées… Un peu plus tard, je suis allée avec les Granger jusqu’au bout du Remblai, les vagues arrosaient les curieux vers le Phare Rouge et le spectacle de la mer en furie était vraiment beau à voir. Vendredi, il faisait meilleur, j’ai passé l’après-midi sur la plage avec les enfants et Maman, pendant que les Granger allaient au Poiré puis à une pêche au Marais… Ce matin assisté à la messe avec les enfants, le sermon a été fait par un Dominicain, ancien lieutenant de vaisseau qui nous a parlé de la misère croissante des marins et fait la quête au profit des œuvres maritimes. Jacquie m’adit « Je prends un sou dans mon porte-monnaie », je réponds : « tu n’es pas très généreuse », alors elle reprend : « J’ai pas dit que c’était un sou de un ». Pour elle, toutes les pièces sont des sous, et elle a mis un franc.
Les journaux sont effroyables à lire à cause des événements d’Espagne, le sang coule à flots là-bas, et les atrocités commises par les rouges se multiplient. Comment de telles horreurs ne crieraient-elles pas vengeance vers le Ciel ? Les insurgés ont pris Irun, dont la résistance a été désespérée. Dieu veuille qu’ils remportent la victoire, ou nous verrons bientôt en France de semblables choses !
Dimanche 13 septembre
Semaine très dure, je ne suis pas fâchée de la voir terminée… Nous sommes arrivés ici lundi soir, les bagages n’ont pas été trop pénibles à faire, car j’en avais déjà envoyé une grande partie quelques jours avant, mais la réinstallation ici a été pire !… les pièces étaient bien poussiéreuses et le désordre régnait partout. Dès le mardi matin, avant d’entreprendre mes rangements, il a fallu faire les bagages de Jean et de Jacquie qui partaient pour Nantes, j’ai passé ensuite ma journée à ranger, ce qui, avec la présence d’Yves, n’était pas des plus commode ! A six heures seulement j’ai pu sortir pour aller avec mon petit bonhomme jusqu’à la grotte, c’était le jour de la Nativité….
Mercredi une visite à Marguerite et un moment chez les Bonnaud… Vendredi j’ai cuisiné toute la matinée, j’avais un civet de lièvre, un pâté, du riz à la sauce tomate… après le déjeuner j’ai repris mon store en filet… Hier Jacques est allé chercher les deux grands à Nantes, ils sont revenus hier soir… Aujourd’hui, après déjeuner je suis allée à une réunion des Mères chrétiennes, avec Yves, je suis allée à un bout des Vêpres, je suis retournée à l’enterrement d’u petit neveu de Marie Barreteau, un bébé de douze jours ! Je tenais beaucoup à aller aux Vêpres, c’est aujourd’hui à Lourdes, la clôture du pèlerinage des Anciens Combattants, alliés et anciens ennemis se retrouvent là-bas au nombre de cent cinquante mille…
Dimanche 20 septembre
Semaine un peu plus calme, le plus gros du rangement est fait, et j’ai même pu me reposer un peu… bien des choses encore à réorganiser, la garde-robe des enfants à vérifier… Il va falloir procéder à des essayages de chaussettes, de galoches, de tricots, toutes les robes, tous les tabliers de Geneviève étaient trop courts… Yves ne tient plus dans ses chemises de nuit… en plus de tout cela il me faudra vérifier le trousseau du bébé en attente ! Je me suis remise à mon store qui avance bien, j’ai mis aussi en train un paletot en crêpe de chine matelassé, destiné au quatrième bébé de Madeleine de Baynast…. Maman me prend Yves toute la matinée, sauf les jeudi et dimanche où il s’amuse avec ses frère et sœurs, pendant ce temps, les trois autres étant en classe, j’ai tout de même la paix ; le début de l’après-midi est à peu près tranquille malgré la présence de mon petit diable, mais, quand les autres sont revenus de classe, tout change ! il y a d’abord les goûters, mais ensuite surtout les leçons, Jean en a beaucoup plus que l’année dernière, et il ne demanderait pas mieux que de le bâcler rapidement pour lire ensuite, quant à Jacquie, elle a beaucoup de peine à faire rentrer les siennes, de plus, elle a perdu l’habitude de lire (ce que d’ailleurs elle déteste, à l’opposé de son frère) si bien que je vais être obligée de lui faire chaque soir une petite lecture à haute voix !…
Toujours la guerre civile en Espagne, des massacres et des atrocités qui dépassent l’imagination. En France, de nouveau des troubles et des grève ! Un seul point lumineux dans tout cet horizon sombre : le Pèlerinage des Anciens Combattants à Lourdes, il y a eu des manifestations de foi vraiment splendides, et la Reine de la paix ne peut demeurer insensible à toutes les prières qui sont montées vers Elle.
Dimanche 27 septembre
Un moment un peu à moi… relativement ! Maman vient d’emmener les trois grands à la salle paroissiale, où les garçons du patronage donnent une séance récréative… Marie vient bien faire le dîner, mais j’ai des petits pâtés à la viande à préparer pour le dîner….
Lundi, nous avons eu l’Adoration… Aux Vêpres nous avons eu une belle procession du Saint Sacrement… Mercredi vu Armande Brachet et Marguerite. Jeudi, j’ai passé une partie de l’après-midi à la maison, mais je suis montée jusqu’à l’école parler à Mlle Douillard au sujet de Jacquie dont le travail ne donne guère de satisfaction ! je ne sais pas si c’est de la paresse, mais on sent nettement que cela ne l’intéresse pas ! Apprendre ses leçons demande près de deux heures chaque soir, il y a des moments où c’est infernal !…
Dimanche 4 octobre
.. J’ai fait cette semaine quelques unes des revues préparatoires à l’organisation des trousseaux d’hiver, et je suis assez effrayée ! il faut tant de choses, les enfants grandissent si vite ! et pourtant je vais au strict nécessaire ! … Nous avons mardi les achats de chaussures, une paire de galoches pour Jean, une pour Jacquie ! une paire de souliers pour Jacquie, et il en faudra sans doute une pour Jean ! Heureusement que Geneviève et Yves font des héritages ! Un béret pour les deux filles… J’ai fait ensuite la revue des chaussettes, une paire de chaussettes très pressée pour Jacquie, et un nombre, un peu moins pressé, pour les autres ! J’ai encore à tricoter un sac et une cravate pour Geneviève ainsi qu’un chandail d’école, à broder une brassière pour un fils de Cécile, lequel est arrivé cette semaine, sans compter mon store… et le paletot pour le futur bébé de Madeleine…En plus de tout cela, il y a bien à faire à la maison, la cuisine, les conserves.. Si encore les enfants ne compliquaient pas le travail, tout irait bien, mais ce matin, cela n’allait pas tout seul ! Jean a commencé par me faire une scène en se réveillant, il prétendait que je le faisais lever une heure plus tôt, alors que, malgré le changement d’heure, rien n’était bouleversé ; il a fallu ensuite que je fasse le gendarme dans la cuisine et dans le bureau, Geneviève ne se décidait pas à déjeuner, Jean traînait au lieu d’apprendre son Evangile ! Nous sommes allés ensuite à la grand’messe, où Jacquie a été à peu près sage, mais où Geneviève remuait sans arrêt ; en revenant, pas moyen de se faire obéir par les filles qui se disputaient au lieu de quitter leurs gants et leurs manteaux….. j’oubliais de raconter qu’Yves, profitant d’une minute où j’étais partie chercher quelques poires pour le déjeuner, a trouvé moyen de renverser une bouteille d’encre sur le bureau !…
Dimanche 11 octobre
Quelques minutes ici seulement, car je suis bien occupée, j’ai des quantités de choses à faire, car nous partons demain pour Nantes, les enfants vont bientôt rentrer des Vêpres, je n’ai rien commencé ; je n’ai pas arrêté depuis ce matin, qu’un petit moment tout à l’heure pour parcourir les journaux ; après avoir habillé les enfants, il a fallu sortir pour les provisions, faire réciter l’Evangile de Jean avant qu’il parte, mettre à l’ordre le fruitier, laver les lainages et apprêter les deux filles pour aller à l’église, nous avons eu une grand’messe très longue, première messe solennelle d’un jeune prêtre de la paroisse, si bien que nous ne sommes sortis qu’à midi et demie et qu’il a fallu déjeuner en vitesse pour envoyer Jean au Catéchisme, moi-même suis allée à la réunion des Mères Chrétiennes, en rentrant, il a fallu préparer les enfants pour les envoyer aux Vêpres et Yves pour l’expédier chez grand-mère ! D’ici ce soir, j’ai les comptes de trois mois à faire, quelques petites choses à préparer pour le dîner et les bagages à commencer…..
Semaine plutôt chargée… mardi a eu lieu l’enterrement de la mère d’Anne Faussier, j’ai tenu à assister, Anne, elle-même était là, ayant eu une permission extraordinaire, elle est même rentrée ici le lendemain matin, j’ai été bien contente de la revoir sous l’habit religieux…..Mercredi, j’ai passé la plus grande partie de mon après-midi à réparer un chandail de Jean…. Le froid est venu… Vendredi, j’ai fait quarante quatre pots de gelée de pommes et de coings, hier il a fallu les couvrir, puis je suis allée finir l’après-midi chez Armande Brachet… je n’ai pour ainsi dire pas touché à mon filet de la semaine….
Ce matin donc, première messe d’un nouveau prêtre de la paroisse, que je serais heureuse si je voyais un de mes fils monter ainsi à l’autel !
Dimanche 25 octobre
Un peu de pluie aujourd’hui, voilà une chose qui n’était pas arrivé depuis longtemps… mes trois petits jouent près de moi… tous trois sont frais et roses dans leur tablier propre du dimanche. Jean est parti à l’école pour réciter son Evangile, j’ai un moment à moi avant la grand’messe…. J’ai eu deux semaines un peu pénibles, la semaine passée à Nantes particulièrement fatigante… il m’a fallu marcher presque tout le temps ; je me suis commandé un manteau de duvetine noir, acheté un chapeau noir et fait faire une robe noire également garnie coq de roche ; pour Jacquie j’ai fait faire un manteau bleu et le bonichon de tissu assorti, un bonichon rose pour accompagner le manteau rose de Geneviève ; il m’a fallu acheter du tissu pour des robes, des tabliers, la garniture du chariot pour « le petit frère », bref… j’étais sortie presque tout le temps, et, en rentrant, il me fallait faire apprendre les leçons de Jacquie… ou bien m’occuper d’Yves, aussi j’étais si lasse que je me couchais de bonne heure. Dimanche, j’ai fait mes préparatifs de départ, puis Jacques est arrivé vers quatre heures et demie, après avoir goûté, nous nous sommes embarqués et étions ici vers sept heures et demie, j’ai aussitôt couché Geneviève qui était un peu fiévreuse, et nous avons au dîner gardé Yves qui était réveillé comme un petit diable. Lundi journée un peu chargée, j’avais les bagages à défaire, Geneviève au lit, Yves faisait des caprices et Marie, étant en lessive, je n’avais personne pour les garder ; Maman étant prise par la présence d’Oncle Alfred, arrivé la veille, et par quelques préparatifs pour l’arrivée des Granger le soir, tous sont venus ici, ainsi que Françoise, au moment où il fallait faire le dîner et coucher les enfants, si bien que je ne savais guère où donner la tête. Mardi, c’était le cinquième anniversaire de la mort de Papa, j’avais espéré avoir les Granger et Oncle Alfred à déjeuner, mais Geneviève n’était pas bien, elle avait mal au cœur… si bien que j’ai dû passer la matinée près d’elle et n’ai pu m’occuper de la cuisine. A quatre heures, nous avons eu la bénédiction de la Croix élevée à l’endroit même où Papa est mort… nous y avions invité le Docteur et Mme Lucas, Tante Abel, les Gourraud et les Mignen et convoqué tous les métayers, M. le Curé a fait la bénédiction et prononcé un petit mot très émouvant et délicat. Nous sommes ensuite rentrés en vitesse, car j’avais hâte de voir ma petite malade, laquelle ayant dormi toute la journée, était fraîche et dispose. Mercredi j’ai vu Oncle Alfred un moment le matin et les Granger l’après-midi. Déjeuné jeudi chez maman avec Oncle Raymond, cela nous a fait une bonne réunion bien gaie, je suis restée là-bas avec les enfants et n’en suis revenue que pour le dîner d’Yves à six heures. Vendredi, journée bien remplie, lavé des lainages le matin, cuisiné après déjeuner un lièvre que Samuel nous avait envoyé le matin, reçu ensuite Armande et Marguerite. Hier passé une partie de la journée à réparer des robes de laine vertes à Jacquie et à Geneviève, je les ai remises à neuf avec des encolures et des bas de manches en laine bouclée blanche, mais je n’ai pas terminé celle de Geneviève… il faut que je me presse aussi à finir le paletot destiné à Madeleine de Baynast, car il y a un petit Claude arrivé depuis lundi dernier…
Jour de la Toussaint
Midi bientôt, Jacques et les deux grands ne vont pas tarder à revenir de la Messe, je viens de coucher Yves, Geneviève qui toussotte un peu, est restée avec moi et en attendant le déjeuner, j’ai pris à Radio-Paris, la grand’messe de la cathédrale de Rouen…
Il y a quelques jours, Maman a retrouvé au grenier un sac de vieux papiers, et Jacques et moi avons passé à les compulser une veillée très intéressante ; ce sont des papiers qui viennent du Petit-Logis, et qui concernent mon arrière grand-mère et les siens, il y a des copies des actes de baptême de ses parents : son père Jacques Gendreau né à l’Ermière, sa mère Marie-Rose Berthomé, née aux Ercies, commune d’Aizenay ! Voilà des ancêtres dont j’ignorais même les noms, je ne sais pas ce qu’ils furent, j’ignore ce que furent leurs vies ! ils vécurent dans des temps troublés, puisque la Révolution faisait rage….et, en ce matin de la Toussaint, j’ai tenu à évoquer leur souvenir…
Semaine encore une fois bien occupée, j’ai tout de même fini les chaussettes de Jacquie, j’en ai encore à faire pour Jean et peut être aussi pour Yves, le paletot bleu est près d’être achevé, j’ai passé plusieurs après-midi à broder des smocks en coton perlé blanc sur des robes de flanelle bleue destinées aux filles, mais pour changer, mon store n’a guère avancé, j’ai encore à tricoter un sac pour Geneviève et à en confectionner un pour Jacquie avec un morceau d’étoffe assortie à son manteau et à sa petite coiffure…. Jeudi, reçu à déjeuner Maman et Oncle Raymond, vendredi, après-midi chez Armande Brachet avec Marguerite.
Quelques rhumes ici actuellement, Yves nous a même fait lundi soir une grosse poussée de fièvre….
Dimanche 8 novembre
Une mauvaise semaine, nous sommes dans une série noire, et si seulement c’était la clôture. Geneviève qui toussait depuis deux jours a été prise de fièvre et le docteur lui a trouvé un peu de congestion pulmonaire… la fille a fait ensuite un peu d’embarras gastrique et pour finir, elle a pleuré pendant toute la nuit de vendredi à samedi, nous avons eu la stupéfaction de constater qu’il s’agissait d’une otite, que le tympan était déjà perforé et que la pauvre Geneviève n’avait plus mal, elle est maintenant aussi bien que possible… seulement c’est Yves qui est pris à son tour… hier soir, il paraissait mieux, ce matin, 39°, le docteur a trouvé de la congestion, un peu pus forte que Geneviève, il faut donc reprendre les enveloppements et surveiller la température, mais pour lui, ce seul mot de congestion m’effraie à la pensée de ce qu’il nous a fait en janvier !
Oncle Raymond et tante Denise arrivent ce soir et viennent dîner ici….
Dimanche 15 novembre
Dieu merci, cette semaine a tout de même été meilleure que l’autre et nous voilà maintenant tout à fait rassurés au sujet de nos petits chéris… Dimanche, pour Yves, le journée n’a pas été trop mauvaise, cependant il avait encore 39°7 et nous nous demandions q’il ne faudrait pas lui faire un vaccin antipneumonique.
Oncle Alfred et Tante Denise sont venus dîner, les deux dormaient bien et nous avons eu une soirée tranquille… Lundi matin, le docteur à trouvé une grosse amélioration et nous avons été soulagés. Cette journée a cependant été pénible, Marie était à la foire de La Roche avec Jacques, Maman occupée chez elle, Yves et Geneviève, l’une debout, l’autre au lit étaient comme deux enragés… Maman, Tante Denise et Françoise sont venues une partie de l’après-midi. Mardi journée plus calme, Maman est venue s’occuper des enfants, si bien que j’ai pu me reposer un peu. Mercredi temps affreux, il paraît que le temps était si mauvais à Nantes pour le défilé, que Tante Denise a dû passer une partie de son après-midi à faire sécher l’uniforme de gala et à friser le plumes du bicorne d’Oncle Raymond. J’ai pris par TSF une partie du défilé à Paris, les régiments montant les Champs Elysées, le défilé des drapeaux devant la tome du Soldat inconnu. Tout cela était très émouvant et très beau, l’après-midi nous avons eu des reportages dans divers endroits du front : Reims, Douaumont, Rethondes !
Jeudi, déjeuner chez Marguerite avec les Gourraud et les Lucas. Jacquie avait sa petite robe neuve qui est vraiment très mignonne et lui va bien ! Vendredi, je suis allée chez Mme Dorion confectionner les paquets de vêtements pour les enfants pauvres, hier, nous avons eu la distribution, après quoi, Marguerite et Armande sont venues finir l’après-midi à la maison.
Beaucoup à faire aujourd’hui… mon filet avance, mais pas aussi vite que je le désirerais et je n’ai pas encore terminé une paire de chaussettes commencées pour Jean et j’ai tant d’autres choses en perspective ! Pourtant dans deux mois, mon cinquième petit chéri sera prêt à venir !…
Dimanche 22 novembre
Quelque peu fatiguée ce matin, Yves a trouvé moyen de faire une petite indigestion cette nuit, et à deux reprises il a fallu se lever pour le changer… ce matin, le petit a l’air aussi bien que possible, mais il faut le tenir à la diète et ce n’est pas toujours facile, surtout vue sa gourmandise habituelle !…
Semaine très remplie, comme toujours ! je vois la date de la naissance approcher et tant et tant de choses restent à faire ! J’ai fini les chaussettes de Jean, mais j’ai un paletot en train pour Geneviève, d’autres paires de chaussettes…. Mon store est à peu près à la moitié….
Dimanche 29 novembre
Encore une semaine de passée… L’hiver est tout à fait venu, nous avons eu au début de la semaine quelques jours de grand froid et brumeux tout à fait désagréable, je ne suis guère sortie, et j’ai gardé les enfants. Jeudi, le soleil a fait son apparition et nous avons eu un temps relativement beau et j’ai pu faire sortir les deux petits qui n’avaient pas mis le nez dehors depuis bien longtemps ; pendant ce temps Jean et Jacquie ont fait avec leur Papa et les deux garçons Baron une grande promenade….
J’ai avance mon filet et le paletot de Geneviève, commencé une paire de chaussettes pour Jean et fait un ourlet à jour à un petit drap destiné à Yves. Mercredi après-midi chez Armande Brachet, vendredi une visite à Mme Bonnaud… Maman part mercredi pour La Haye, elle me manquera bien, mais me laisse Baptistine qui s’occupe très bien des enfants et m’évitera ainsi bien de le peine. Tous les quatre sont bien en ce moment… Jean est à peu près raisonnable et pas trop difficile, mais Jacquie nous fait passer de bien mauvais moments. Yves et Geneviève jouent à peu près gentiment dans le bureau et je m’amuse follement parfois à écouter leur petit manège et leur conversation….
Dimanche 6 décembre
Depuis huit jours nous sommes entrés dans le temps de l’Avent ; à part la grand-messe, je ne prends guère de liturgie, mais j’évoque le « Rorate » que l’on chantera tout à l’heure aux Vêpres, et il m’arrive de chanter le « Venez, divin Messie » à mon petit Yves, qui réclame toujours des chansons…. Dans six semaines, mon tout petit sera bien près de faire son entrée dans le monde. En attendant, je me suis mise au régime le 1er décembre selon ce que m’avait fixé le docteur, c’est assez dur de ne pouvoir manger comme tout le monde, mais je me sens déjà beaucoup mieux et marche plus facilement….
Semaine assez calme ; lundi, nous avons eu une assez longue visite de Françoise, qui est venue avant le retour des écoliers de sorte que nous avons pu causer à loisir à propos d’une randonnée que son mari et elle ont fait en Bretagne….Mercredi, Maman s’est embarquée pour La Haye où elle doit rester jusqu’à Noël, elle m’a laissé sa bonne qui s’occupe des enfants, si bien que j’ai la paix et même quelques loisirs… Jeudi, travail avec les enfants, l’après-midi Jacques a emmené les deux grands faire une bonne promenade… Vendredi après-midi chez Marguerite, rien de nouveau, à part l’histoire du roi d’Angleterre, dont les aventures sentimentales défrayent toutes les conversations, il veut épouser une Américaine deux fois divorcée, et le Parlement le met en demeure de renoncer, ou à son mariage, ou à sa couronne, sa décision ne sera connue que demain ! Hier, travaillé toute l’après-midi, mon store prend tournure, mais la première chaussette de Jean n’est qu’à la moitié et j’ai encore une manche à faire au paletot de Geneviève….
Dimanche soir, les enfants m’ont fait une jolie cérémonie pour ma fête ; comme l’année dernière, j’ai été conduite en grande pompe dans le salon, et petit Yves m’a offert un gros bouquet de chrysanthèmes qu’il portait avec précaution, puis Geneviève portant une rose m’a débité «La guenon, le singe et la noix », Jacquie m’a offert trois fleurs en laine confectionnées en septembre avec l’aide de Tante Madeleine, et récité « La cigale et la fourmi », Jean a récité « La tortue et les deux canards », puis m’a offert un précieux rouleau de papier, une fable composée par lui-même, et enfin un joli petit vase en verre filé acheté sur leurs économies à la foire de Nantes ; je me demande comment ils sont arrivés à tenir leurs petites langues ! Maman et Jacques m’on offert leurs vœux, Augustine elle-même ne m’avait pas oubliée. Quelle joie me donnent ces petites fêtes, et qu’il m’est doux d’avoir ainsi mes chéris autour de moi et dire que l’année prochaine il y aura un cinquième petit trésor.
Yves est toujours sage et mignon, il commence à faire des petites phrases très drôles, Geneviève est assez facile, mais il est bien dur de faire apprendre les leçons de Jacquie, je ne sais pas quel soir il était question de présents que les fils de Jacob devaient offrir à joseph, alors ministres du Pharaon, lesquels présents étaient des fruits, de la résine, des parfums ! pas moyen d’empêcher Jacquie de parler de raisiné !…
Dimanche 13 décembre
Jacques est à une réunion du conseil municipal, Jean et Jacquie aux Vêpres avec Lucienne, me voilà seule à la maison avec mes deux petits qui jouent sans trop se disputer…. Pas mal de travail encore aujourd’hui, j’ai une liste d’adresses à réviser en vue de l’envoi des faire-part de naissances, mes comptes du dernier mois ne sont pas encore faits, et j’ai quelques lettres à faire….
Nous avons eu cette semaine quelques jours de froid très dur, aujourd’hui la température est encore rigoureuse mais le soleil paraît et fait du bien, on annonce un hiver très froid….
Je reprends un peu la semaine… Mardi, jour de l’Immaculée Conception, je suis allée seulement à la première messe avec Jacques, puis le Papa a emmené ses trois aînés à Nantes contempler les étalages, qui ces jours-ci sont rutilants de lumières et parés de mille choses merveilleuses ; ils sont revenus pour dîner, ayant eu un peu de neige à Rocheservière…. Jeudi, il faisait très mauvais et très froid, je suis restée garder les enfants pendant que Jacques avait été obligé de retourner à Nantes pour affaires…. Bien avancé mon filet cette semaine…. Les chaussettes de Jean avancent un peu mais le paletot de Geneviève est presque terminé, tout de même !… Je pars demain à Nantes pour trois jours, il fait que j’aille voir le docteur et Jacques ne veut pas que je fasse les deux trajets dans la même journée, d’autant plus qu’il y aura des emplettes assez nombreuses à faire et que ce serait en effet un peu fatigant….
L’histoire d’Edouard VIII est terminée, il a préféré renoncer au trône plutôt qu’à Mrs Simpson, aussi a-t-il abdiqué et son frère le duc d’York a été proclamé roi sous le nom de George VI. L’ex-roi, qui portera maintenant le titre de duc de Windsor a quitté l’Angleterre. Rien de nouveau en Espagne, où le mauvais temps gêne les opérations.
Dimanche 20 décembre
Le temps passe avec une rapidité affolante… dans un mois je partirai pour Nantes pour la venue de mon petit bébé, mais que de choses à faire d’ici là !… Mon filet qui n’est pas fini, quoique bien avancé, des tricots pour les enfants…!
Je suis allée à Nantes de lundi à mercredi, nous sommes partis par un temps affreux… nous avons fait une bonne partie de nos courses, puis Jacques est parti vers six heures… mardi, temps merveilleux, j’ai tricoté toute la matinée… et avancé sérieusement les chaussettes de Jean, après le déjeuner, je suis allée voir le docteur, lequel m’a trouvé en bon état, analyse normale, tension normale, enfant de volume normal en position normale ! quoi demander de mieux ! J’ai fait un tour en ville, je n’avais pas beaucoup de courses à faire ce jour-là, mais après des mois de campagne… et de travail, c’est un vrai plaisir que de contempler les étalages et puis il faisait bon se promener, je suis rentrée vers quatre heures et j’ai tricoté jusqu’au soir. Andrée Jaffré est venue après dîner et nous avons causé un bon moment… mercredi, après l’arrivée de Jacques nous avons terminé nos courses, mais il était près de sept heures quand tout a été terminé, il était plus simple de dîner à Nantes, j’ai téléphoné ici pour que Marie fasse dîner les enfants et les couche, nous sommes rentrés vers dix heures. Jeudi… nous avions à déjeuner M. Pillet venu réparer tous les appareils électriques du grenier, après-midi calme avec mon filet et les enfants. Vendredi… gardé à la maison Jacquie un peu enrhumée ; hier après-midi chez Armande Brachet avec Marguerite, emmené Jean et Geneviève…
Jacques vient de partir à un enterrement à Palluau, Jean est aux Vêpres et doit aller ensuite, avec les autres garçons de l’école, ramasser de la mousse pour la crèche de l’église, les trois autres regardent des « Gédéon », que Jacquie commente à sa façon….
Dimanche 27 décembre
Quelques minutes seulement avant la grand-messe, il faudra m’interrompre pour m’habiller et apprêter Jean et Jacquie, il fait froid, un froid brumeux et désagréable, tous deux sont un peu enrhumés….
Reprenons un peu cette semaine… mercredi, Jacques ayant apporté la veille un quart de cochon de la Buzenière, il a fallu me mettre en cuisine avec Marie et nous avons confectionné jambon et pâtés. Jeudi matin le marché et les occupations habituelles, passé un moment l’après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet, je suis revenue un peu plus tôt que d’habitude afin de voir les enfants avant le coucher d’Yves, déposer en grande cérémonie leurs souliers devant la cheminée du salon ; après dîner les filles se sont couchées sagement dans l’impatience du lendemain tandis que Jean aidait son Papa à confectionner la crèche. J’ai entendu par TSF les cloches de l’église de la Nativité à Bethléem… je me suis couchée vers onze heures et demie, puis, peu après, ayant entendu Jacques et son grand garçon partir, je me suis relevée pour préparer leur petit réveillon et glisser quelques surprises dans les souliers du Papa. Le matin de Noël, j’ai emmené Jacquie à la messe de l’aurore, puis nous sommes revenues bien vite à la maison faire lever le reste de la bande ; quel heureux moment… Jean avait un jeu de cartes, Jacquie un lit de poupée, Geneviève une cuisinière soi-disant électrique avec des casseroles, Yves un cheval de bois, et Jacques une paire de gants fourrés pour aller en auto ! Et des bonbons pour tous ! J’ai passé la matinée à cuisiner, je voulais faire pour les enfants un joli repas de Noël, d’autant plus que c’est la dernière année où nous avons notre grand garçon, puisque l’année prochaine il sera au collège ! Nous avions des bouchées à la reine que Geneviève a particulièrement appréciées, un poulet cocotte aux champignons avec une salade de pommes de terre et d’œufs durs, des desserts variés : petits pots de crème, étoile de Noël à la confiture, rocher au chocolat, tous étaient bien contents, et la maman qui, à cause de son régime, n’a fait que goûter à tout cela, n’était pas la moins heureuse ! Marie m’a offert ensuite de garder les enfants et je suis allée aux Vêpres avec Jean et son Papa… Nous avons eu ensuite une après-midi bien paisible, les enfants ont joué avec les cadeaux de Noël et ont terminé par une grande partie de Nain Jaune avec leur Papa….
Hier pas bougé… j’ai travaillé à mon filet et terminé les chaussettes de jean, afin qu’il puisse les emporter à Nantes demain, car Jacques va les y conduire, afin qu’ils y trouvent les cadeaux du Petit Jésus, et laissera Jean et Jacquie jusqu’à jeudi. Maman revient demain de La Haye, je ne sais pas quand viendront les Granger !