Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
samedi 4 janvier 1930
Il m’est maintenant de plus en plus difficile d’avoir un moment bien à moi et d’écrire tranquillement…Reprenons un peu les jours passés : le dimanche 22, rien de neuf, le lundi, j’ai vu François et Catherine, arrivés la veille au soir, ils sont grands, grands tous les deux, François a dépassé Jacques, mais ils sont toujours bien simples et gentils. L’après-midi, voyage à La Roche pour chercher notre voiture, et retour par un temps affreux. Mardi, rien de nouveau, je ne suis pas allée à la Messe de Minuit…le lendemain matin, j’ai pu jouir de la joie de >Jean, trouvant dans ses souliers un tricycle, des oranges et des bonbons, j’ai assisté à la grand’messe après avoir eu la messe de l’Aurore puis nous avons déjeuné à la maison, avec Oncle Raymond arrivé de la veille, et passé une bonne après-midi tous ensemble ; le jeudi, tous sont venus déjeuner à la maison, puis j’ai emmené Jean à l’arbre de Noël de l’asile. Vendredi, rien de nouveau, promenade et couture ; samedi, après-midi chez Armande. Dimanche, nous pensions aller à Belleville voir les Privat, lorsque Pierre et Geneviève ont débarqué à la maison et sont restés passer l’après-midi avec nous ; leundi j’ai passé une journée à faire les cartes et les lettres du jour de l’an, je n’ai eu fini que le soir, vers cinq heures je suis allée pour me reposer passer un moment à la maison. Mardi recçu Pierre et Geneviève à déjeuner, j’avais fait les choses très simplement, cependant j’ai eu assez à faire, d’autant plus qu’ils sont partis assez tard…
Mercredi, jour de l’An… la journée…a été bien remplie, d’abord, nous avons eu la joie de Jean à recevoir ses étrennes : auto-skiff ??? et cheval, qui l’ont rempli de bonheur ; ensuite , visite à mes parents, visites des métayers, qui nous ont mené jusqu’au déjeuner ; dans l’après-midi nous sommes allés à Palluau et chez Tante Abel, il nous a fallu rentrez de bonne heure, Marie partant chez elle et j’avais mon dîner à faire. Jeudi, je suis restée ici à travailler tranquillement, Maman et Jacqueline sont venues me retrouver. Vendredi voyage à Nantes, séance chez le coiffeur, et courses. J’ai vu Mère et Madeleine un moment, assez peu cependant car Papa tenanit à rentrer avant la nuit. Aujourd’hui, occupations de toute sorte et pas une minute de repos ; j’ai reçu tantôt Marguerite et Armande. Quelques moments douloureux cet après-midi, maisla souffrance ne doit-elle pas être le pain quotiddien je suis bien insensée de chercher la récompense de mon travail…
Andrée Jaffret nous arrive demain pour quelques jours, je pense.
Dimanche 2 janvier
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 2 janvier 1930 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1930-01-04). Texte conservé tel quel.
…Andrée est toujours près de nous, et nous passons de bons moments à travailler ensemble tout en bavardant. Lundi, par un temps superbe, voyage à La Roche, dentiste et achats ; mardi, visites. Jeudi matin , messe de mariage de Janou??? Cacaud, mariée assez gentille, de jolies toilettes au cortège, samedi après-midi chez Marguerite avec Armande…
Il pleut, il pleut tous les jours..
19 janvier
Nous pensions garder Andrée jusqu’au milieu de la de maine, mais lundi, pendant le déjeuner un télégramme lui a appris la mort de sa tante qui vivait avec elle, aussi a-t’elle décidé de partir immédiatement et Jacques qui n’avait pas vu Mère et Madeleine depuis pas mal de temps déjà m’a proposé d’aller la conduire à Nantes… Mardi, je suis restée ici et ‘ai pu travailler un peu, dans l’après-midi, visite des vicaires… Jeudi, mariage Lhermitte-Gendreau, très joli cortège, la mariée avait une toilette qui lui seyait ; il y avait dans le cortège de jolies robes, quoique la mode soit actuellement fort exagérée, et que la longueur modérée et plutôt jolie en octobre, soit maintenant poussée à l’extrême. J’étais au cortège avec le docteur Tesson, d’Olonne, et à table, me trouvais au milieu de tout un noyau de personnes de connaissance. Nous avons eu ensuite un peu de danse, et sommes rentrés vers sept heures et demie. Vendredi je suis allée avec maman et Jacqueline promener les enfants, puis suis restée un peu ici. Hier, passé l’après-midi chez Armande.
Il fait ces jours-ci un temps superbe, et l’on de croirait plutôt en mars qu’en janvier. Nous partons demain à Nantes où je passerai la semaine pour faire quelques achats de blanc. Les petits sont un peu enrhumés… Jacqueline est maintenant une grande fille de cinq mois, bien forte, bien éveillée et migonnne, elle jase toute la journée dans son berceau et reste bien sage. J’ai toujours du travail plus que je ne puis en faire, les raccommmodages s’amoncellent, il y a tant d’autres choses que je voudrais faire ! en verrais-je jamais le bout ?
2 février
Triste Chandeleur, le temps est gris, bas et sombre… mazis j’ai du soleil plein le coeur, Jean s’amuse près de moi, Jacqueline jase dans son berceau, qu’il fait bon ici avec mes deux petits !
Reprenons un peu ces jours passés. Nous sommes partis à Nantes le lundi 20…le voyage s’est bien effectué, auuitôt déjeuner, nous sommes sortis Jacques et moi faire quelques visites et des courses. Le soir, j’ai dîné chez Françoise avec Jacqueline qui s’embarquait pour Lyon. La semaine a passé bien vite, en courses et achats de toutes sortes, j’ai vu Françoise plusieurs fois, Andrée également, je suis allée aussi à La Visitation ; j’ai aussi pris un peu de distration, une après-midi au cinéma voir “Pêcheur d’Islande“ qui est un film superbe, et très prenant ; trois soirées au théâtre, pour “Hans, le joueur de flûte“, “Les Huguenots“ et enfin, dimanche soir “Coup de roulis“ qui est une opérette charmante. Que dire autrement de ce séjour, j’y ai eu bien des souffrances, mépris, humiliations, à quoi bon parler de tout cela !
Nous sommes rentrés ici lundi après-midi et lmes ouvriers étaient passés pendant notre absence, aussi il y a eu bien à ranger. J’ai repris mes occupations habituelles… Les jours allongent, j’allume maintenant ma lampe de plus en plus tard…
Dimanche 16 février
Le dimanche est soi-disant un jour de repos, mais c’est souvent pour moi le jour le plus occupé de la semaine, et …je n’ai même pas quelques instants à moi ! Reprenons un peu cette quinzaine …j’ai un furoncle au menton… depuis mardi je ne souffre plus mais j’ai la figure bandée et c’est désagréable, j’ai eu aussi un fort rhume de cerveau qui m’a bien fatiguée, pendant plusieurs jours j’ai été assez patraque, cependant j’ai continué à mener mon existence habituelle, à part mes achats que je fais faire par Marie. Jacques a été aussi bien enrhumé, depuis deux jours il est un peu mieux. Les enfants sont bien, Jean s’amuse près de moi, Jacqueline gigote dan son berceau, elle a six mois… Elle est de plus en plus drôle et mignonne , si amusante et éveillée !
Ma première semaine a donc été chargée, d’abord, il m’a fallu aller trois fois à La Roche pour mes dents… et le dernier jour il nous est arrivé une aventure, Jacques étant venu me conduire, je devais revenir par le tram, mais la dent n’étant pas pr^te, il a dû revenir me chercher, et il est resté en panne, si bien qu’à 6 heures, j’étais toujours chez Bolac, deavant une tasse de thé vide depuis longtemps, et je me tourmentais affreusement ; quand je l’ai vu j’ai enfin respiré, mais il a fallu attendre que l’auto soit réparée, si bien que nous ne sommes arrivés ici qu’à 7 heures, il faisait très froid, il neigeait un peu, c’était charmant ! Leq autres jours : Mardi, j’ai passé un moment à la maison, mes parents devant partir aux Sables le surlendemain ; jeudi, j’ai reçu Mme Bonnaud, puis fait quelques visites : Mme Flavet, Mme Edmond, Mme Eugène Tenailleau ; le samedi, j’ai reçu Armande et Marguerite. Dimanche nous avons eu toute une série de visites : Mlle Lucas, les Boyer, Lucas, M. Gendreau, c’est à peine si après le dîner j’ai pu finir une lettre à Jacqueline, commencée le matin.
Cette semaine, lundi, visite des Brachet, jeudi, je suis allée chez Marguerite, malgré mon pansement…
Mardi, le sixième anniversaire de la mort de Simone, j’ai évoqué le souvenir de notre pauvre petite amie si tôt disparue…
Relu cette semaine “l’Ami“de Martial Lekeux que j’avais parcouru seulement, que toutes ces pages sont vraies et comme en les lisant, j’écoutais en moi l’écho de mes propres souvenirs. A quelques détails près, cette histoire est la mienne, seulement je ne me suis pas tournée ver l’Ami qui seul ne déçoit jamais, j’ai prié, souffert, offert ma souffrance, mais hélas elle ne m’a pas détachée de la terre. Et cependant, maintant que les années sont passées, j’en reconnais le bien, de cette souffrance…il faut toujours souffrir, on ne peut pas vivre sans une croix, la mienne a changé, et voilà tout !…
Temps gris, doux, un peu triste, hier, un peu avant la nuit j’ai fait un tour de jardin, tout est dépouillé et pourtant dans un mois ce sera le printemps.
Dimanche 23
Quelques minutes à moi, et pourtant j’ai une épaule de mouton à la casserole à surveiller, sans parler d’un rôti destiné au repas de midi et du chocolat de demain matin, qui déjà mijote sur un coin du fourneau ; tous ces parfums divers m’arrivent jusqu’ici, mêlés à une savoureuse odeur de bouillon de légumes…
Je suis lasse aujourd’hui et un peu de repos ma fait du bien, j’ai repassé hier toute la journée, et même après dîner, j’ai voulu remettre au propre les lits des enfants : rideaux, entourage, et tout faire dans la même journée…
Lundi, nous avons passé la journée aux Sables, il faisait un temps un peu froid, mais très ensoleillé, nous sommes un peu sortis, Maman, Jean et moi après déjeuner. Mardi, mercredi et jeudi j’ai fait mes raccommodages de lessive, jeudi, c’était la foire et j’ai eu Papa à déjeuner. Vendredi matin, voyage à La Roche, la matinée était superbe quoiqu’un peu froide… malheureusement une saleté au carburateur nous a fait passer trois-quarts d’heure sur la route, alors j’ai senti le froid et la féérie hivernale m’a parue beaucoup moins magique. Après déjeuner, j’ai promené les enfants puis terminé l’après-midi chez Armande Brachet.
Reçu cette semaine une lettre de Jacqueline, elle se débat en ce moment contre des perplexités, que Dieu l’éclaire…
Assisté jeudi soir à une représentation donnée au Patronage par les jeunes filles, ce n’était pas mal du tout, nous y étions avec les Bonnaud et avons passé une bonne soirée. Ecouté avec plaisir, vendredi soir, par TSF, un peu de Chopin, la sonorité était remarquablement bonne, c’était merveilleux.
Dimanche 2 mars
Semaine plutôt occupée sibien que je n’ai pas eu le temps de faire grand chose? Dimanche, Marie était à son tour à la séance des jeunes filles et il m’a fallu faire le dîner. Lundi, tournée de famille, Jacques et moi, à Veillevigne et Remouillé, nous sommes partis de bonne heure, mais rentrés à sept heures seulement. Mardi, aussitôt déjeuner, je suis allée à La Roche avec les Mignen, puis reçu Marguerite et Armande. Mercredi, je suis tout de même restée ici et vu mes parents qui revenaient des Sables, jeudi après-midi à La Roche, nous sommes allés voir les Durand, puis j’ai passé un bon moment chez Mme Lesaffre. Vendredi, fait des visites une grande partie de l’aprsè-midi et hier j’ai travaillé avec Augustine.
Nous avons depuis deux jours un temps merveilleux, Jean joue dehors toute la journée…
Mes comptes de fin de mois à faire, des lettres à écrire. Peut-être irons-nous à Nantes cette seùaine et ramèneront-nous Mère !
Dimanche 16 mars
Nous n’apprenons ces jours-ci que de tistes événements, hier, en arrivant chez Marguerite où je devais prendre le thé en compagnie des Loiseau, on m’annonce le décès de Me Rouillé, notaire à La Roche, il était depuis quelques jours à Paris et venait d’être opéré de l’appendicite, l’opération avait parfaitement réussi, mais il a été emporté avant-hier par une embolie, en quelques instants sans doute. La mort pour tout chrétien ne devrait pas être une chose terrifiante, mais ce qui est navrant c’est de partir ainsi à trente-quatre ans laissant derrière soi une jeune femme et deux petits enfants ! Vendredi Pauline Talonneau a eu une petite fille et a failli mourir, elle est maintenant hors de danger, mais on l’a administrée tant elle était mal ! Enfin, on entend toujours parler d’inondations dans le Midi ; les journaux, la TSF, nous apportaient des nouvelles terrifiantes ; cinq départements inondés, le Tarn en crue de quinze mètres, des centaines de cadavres, des milliers de maisons effondrées, Moissac presque entièrement détruite, des villages anéantie, des récoltes dévastées, des routes, des voies ferrées, des ponts coupés, on ne saurait pas assez dire l’horreur de tout cela ! Louise Bouliau était à la Magistère au bord de la Garonne entre Montauban et Agen, auprès de sa grand-mère qui venait de mourir ; l’enterrement avait été fixé au mardi, mais dans la nuit, l’eau a pénétré dans la maison et monté en quelques instants à hauteur d’homme, Louise n’a eu que le temps de se réfugier au premier avec une cousine arrivée la veille au soir et ils sont restés enfermés là quatre jours, n’entendant plus que le clapotement de l’eau qui renversait les meubles, la vaisselle, et ballotant la pauvre grand-mère sur son lit ; l’eau s’étant retirée, on put enfin mettre la morte dans son cercueil, et, sur une brouette, à travers les champs, on la conduisit au cimetière ; là, autre spectacle tragique, l’eau ayant fouillé le sol, les cercueils partaient à la dérive ; quelles heures terribles ellle a dû vivre !
Reprenons un peu cette quinzaine ! Le lundi, j’ai reçu mes parents à déjeuner, comme c’étaient les jours gras nous avons mangé des crêpes, et diné le soir à la maison. Le mardi, jour de Carnaval, Jacques et Jean sont allés à Nantes, je ne les ai pas acompagné, Jacqueline ayant été fatiguée la veille par son vaccin…, le soir, ils ont ramené Mère et Michel, que Jacque a rentré après dîner. Le mercredi, nous sommes allés, Mère, jean et moi, passer un moment à la maison, nous sommes arrivés comme un poteau de la basse tension, sur lequel un ouvrier travaillait, venait de s’effonderer, l’homme en a été quitte pour une coupure à la mâchoire et une grosse émotion ; jeudi, voyage à La Roche, dentiste et courses, samedi, arrivée de Madeleine et voyage à Palluau. Dimanche matin, j’ai vu Oncle Alfred qui passait deux jours ici, puis mes parents l’après-midi. Lundi matin, Mère et Madeleine sont parties, mercredi j’ai passé mon après-midi chez Armande Brachet, jeudi, je suis allée à La roche et fait une longue visite à Charlotte chez qui j’ai rencontré Mme Moreau ; vendredi nous sommes allés à la Clopière, puis j’ai eu un bon moment pour travailler.
Jean aura demain trois ans… Jacqueline-pépée a sept mois depuis jeudi, aussi a-t-elle pris ce jour-là sa première bouillie, et avec une satisfaction très évidente ; hier nous l’avons assise dans sa petite chaise quelques instants pendant le déjeuner, elle était drôle et mignonne au possible ; nous sommes si heureux d’avoir nos deux trésors !
Dimanche 27 mars
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 27 mars 1930 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Une semaine encore bien remplie et rapidement écoulée, …Je regrette souvent, surtout en ce temps de Carême, de ne pas avoir un instant à moi pour méditer, penser, réfléchir, cela nuit forcément à ma vie intérieure…
Passé un dimanche bien tranquille et écouté la conférence de Notre-Dame. Lundi, nous sommes allés voir les Privat qui nous ont gardé à goûter, si bien que nous avons passé une charmante après-midi. Mardi, visite à Mme Bonnaud. Mercredi, reçu Armande et Marguerite. Jeudi et vendredi, travaillé avec Augustine. Hier matin enfin Jacqueline nous est arrivée, après une absence de deux mois, j’ai été bien, bien contente de la revoir, mais il se pourrait que ce ne soit pas pour très longtemps. Que Dieu la mène là où Il veut…
Dimanche 13 avril
Trois semaines de passées ! c’est aujourd’hui que ma pépée à huit mois, elle est de plus en plus éveillée et mignonne et la voilà maintenant à cinq repas seulment par jour, elle se tient très bien assise et regarde autour d’elle d’une façon tout à fait comique. Reprenons un peu ces quelques semaines, j’ai quelques moments de tranquillité, nous venons de déjeuner, Jacqueline dort dans le salon et Jean joue aux dominos avec son papa. Il est très enrhumé du cerveau, notre petit Jean, il a les yeux et le nez très pris et il a été fatigué ces jours-ci, grognon et désagréable , il est moins abattu …
Au début de notre première semaine, rien de très nouveau, si ce n’est le lundi une visite aux André Dorion. Le mercredi, mes parents allant à Nantes, nous leur avons confié Jean, ce qui nous faisiat un grand débarras et une bonna avance pour le lendemain. Le jour de la mi-Carême, nous sommes partis d’ici à midi et arrivés à Nantes à une heure, le défilé était assez tard… Les jours qui ont suivi, j’ai été très très occupée, il a fallu commander mon tailleur, mes robes, mon manteau, mes chapeaux, faire quantité de courses et d’achats de toute sorte, chose assez fatiqante. Dimanche, Jacques est venu nous retrouver et le lundi nous sommes allés à Rennes, bon voyage, à part une panne d’une heure à l’aller, panne dûe à la rupture d’un fil. Le jeudi, arrivée à Nantes du Président de la République pour l’ouverture de la foire, coups de canon, sonneries de cloches, foule dans les rues et décorations plutôt discutables ; le soir nous sommes sorties voir les illuminations qui étaient superbes, mais la foule était si dense que nous ne pouvions plus avancer et nous avons été bloquées place Royale, plus d’une demie-heure, attendant le passage du Président qui se renait au théâtre. Le vendredi je suis allée goûter avec Jean chez Mme Yvernogeau, ainsi que Mme Gouin, Mme Pinard et Françoise, nous avons encore vu le Président qui se renait à la foire précédé et suivi par un peloton de cavaliers. Le dimanche, Andrée est venue me cherchez aussitôt après déjeuner et nous avons été à Chavagnes, c’est avec joie que je me suis retrouvée dans ce cadre familier que j’ai évoqué quantité de noms et des souvenirs d’autrefois ! nous ne pouvions plus partir !… Quand je suis rentrée, Jacques était arrivé, nous sommes allés faire un tour à la foire… et nous n’avons pas vu grand chose à cause de la foule. Le lendemain, nous sommes repartis et il a fallu me réorganiser ici et reprendre le travail habituel. Les Raymond sont tous arrivés jeudi soir et, pour comble, la bonne de maman, ce même jour, est tombée malade et partie chez elle, Maman se trouve donc très prise au moment où elle aurait voulu être un peu libre, ce n’est vraiment pas de chance !
Quoi dire autrement ? dans ces jours-là j’ai eu, comme toujours, bien des peines et des moments douloureux, je me souviens d’un soir où la coupe était pleine, je n’en pouvais plus ! mais, ce soir-là, j’ai eu, je ne dirai pas la surprise, mais la joie, de trouver chez Jacques une compréhension… il m’a réconfortée et soutenue.
Le pritemps est là, les arbres fruitiers sont en pleine fleurs… quelle descrition poétique si j’avais tout, j’ai deslettres à faire et suis débordée…
Dimanche 20, Jour de Pâques
Resurrexit sicut Dixit. Alleluia. Je ne puis dire que j’ai passé la Semaine Sainte, dans les dispositions d’esprit qui auraient été nécessaires, d’abord je n’ai pu assister aux offices, avec les enfants ce n’est guère possible…le vendredi, le chemin de Croix.. et le sermon… entendu à la TSF… Une autre raison… c’est que les Raymond étant ici, sont souvent chez moi, je suis ravie de les voir, mais il ne me reste plus de temps pour méditer ou prier, ceci ajouté bien entendu aux occupations journalières… aux préoccupations qui me trottent dans la cervelle !
Les enfants ont été fatigués cette semaine, Jean d’abord, très enrhumé… l’a passé à Jacqueline, mais la petite coquine a fait de la bronchite, compliquée d’un peu d’embarras gastrique, avec fièvre… elle est toujours très sage et très gaie et remarquablement facile à soigner, le thermomètre, les gouttes, la purge, elle accueille tout avec le sourire, il n’y a que les enveloppement sinapisés qui la font un peu pleurer…
Mère et Madeleine sont ici depuis hier soir, toutes deux sont parties avec Jacques à La Roche voir Michel ; nous sevions tous aller à Mervent, mais la bronchite de Pépée nous a fait rester ici, et ce n’est pas tellement à regretter car il fait froid…
Dimanche 27
Je suis lasse, lasse, ces premiers jours de printemps éuisebt et grisent, et puis j’aurais seulement besoin de vacances, j’ai beaucoup de travail avec les enfants, c’est une tension d’esprit continuelle…Reprenons un peu cette semaine. Lundi Jacques est alé chercher Michel et Suzanne pour déjeuner, et nous avons passé l’après-midi tous ensemble, tous sont partis le soir. Mardi après-midi j’ai travaillé tranquillement avec Maman, toute la famille étant à la pêche au Marais. Mercredi les ai reçu tous à déjeuner, puis nous sommes allées passer l’après-midi chez Armande. Jeudi, voyage à La Roche, je suis allée m’occuper d’une cuisinière et de provisions pour le repas de baptême de Jacqueline… hier, promenade avec les Raymond, il faisait idéalement beau… nous sommes allés par la rivière jusqu’à la Gannerie et sommes restés assis longtemps au bord de l’eau ; quelle halte délicieuse, mais en rentrant il a fallu reprendre les occupations quotidiennes ! Les Raymond sont partis ce matin, la maison va maintenant nous sembler grande !
Jean est maintenant tout à fait remis et Jacqueline beaucoup mieux , toute trace de bronchite a disparu…
Demain nous allons à La Baule, une journée de repos. J’ai sorti mes toilettes de printemps, je suis contente de mon tailleur et j’ai de fraîches petites robes du matin qui me plaisent.
11 mai, fête de Jeanne d’Arc
Quinze jours encore… notre voyage à La Baule s’est parfaitement effectué, j’étais heureuse de cette petite fugue… à l’aller, nous avons eu un temps merveilleux, nous avons passé la Loire à Mindin et, prenant la route très pittoresque qui longe la côte depuis Saint-Nazaire, sommes arrivés à La Baule vers onze heures et demie ; dans l’après-midi nous nous sommes promenés un peu à pied et en auto, mais je ne sais pas encore si je préfère la simplicité et tous les coins familiers de nos vieux “Sables“ ! Nous sommes partis vers cinq heures pour allerdîner à Nantes, puis nous avons repris la route du Poiré, ramenant Mère. Jean dormait comme une souche dans l’auto, nous l’avons déshabillé, mis au lit sans qu’il s’en aperçoive.
Que dire des huit jours qui ont suivi ? ils ont été affreusement pénibles, et n’est-t’il pas douloureux de vivre ainsi dans une atmosphère d’hostilité, pour ne pas dire un mot plus fort. Est-ce possible de faire partie d’une même famille et de ne pas s’aimer, moi qui serait si disposée à être confiante et filiale, et qui suis rebutée à chaque instant !… je suis sans cesse critiquée, humiliée devant tous, les étrangers, les domestiques, je le serai bientôt devant les enfants ! Je finis par ne plus me sentir chez moi, par redouter le moment où, mon ouvrage terminé, je vais venir travailelr ici, dans ce bureau ; alors ce sont de longs silences pénibles, puisqu’on ne m’adresse presque jamais la parole, silences coupés de réflexions désobligeantes et de critiques que j’encaisse sans un mot, encore bien joli quand ces critiques ne sont pas faites à Jacquies derrière mon dos ; c’est atroce, j’étouffe…
Dimanche nous sommes allés aux Sables, quelle impression de délivrance quand, en montant en auto, je quitte cette maison, mon foyer, où a vrai dire je ne me sens pas “chez moi“… nous ommes alés aux Sables pour faire la connaissance … je ne peux pas dire du fiancé de Jacqueline, mais de M. Jean Granger, qui nous a paru tout à fait sympathique et gentil, malheureusement la question situation n’est pas tout à fait réglée ; nous avons dîné aux Sables et sommes rentrés vers dix heures.
Lundi j’ai passé ma journée en préparatifs dans la maison, car mardi c’était le baptême de notre petite poupée, nous étions moins nombreux que je pensais, les Mignen étant en deuil et Benjamin et Françoise ayant refusé ; la table était joliment décorée de minuscules roses jaunes et de lilas, et tout réussi, nous avons été nombreux à dîner le soir, mais tout était en place de bonne heure. Depuis, à part l’après-midi de vendredi passée chez Marguerite, j’ai employé mon temps à ranger mes placards et armoires, choses qui ont besoion d’être faites de temps en temps ; Nous avons terminé la semaine dernière l’arrangement de ma chambre : rideaux de mousseline aux fenêtres et enfin - mon fameux dessus de lit enfin terminé, tout cela fait un bel ensemble, mais pourquoi ces critiques incessantes et ce besoin de dénigrer tout…
Aujourd’hui fête de Jeanne d’Arc, il fait un grand vent froid qui secoue furieusement les drapeaux ; pourrons-nous illuminer ce soir …
dimanche 18 mai 1930
Treize ans écoulés depuis ma première communion… je revois encore nos grands voiles de mousseline et nos oriflammes claquant au vent ! que c’est loin !
Revenons plus près, dimanche… nous avons pu illuminer, la retraite aux flambeaux était réussie, surtout pour le Poiré, les tableaux vivants assez bien, celui de la Jamonière très bien mené, quoique l’ordre n’ait pas été parfait, on peut dire que tout s’est bien passé.
Lundi, j’ai continué mes rangements, classé de vieilles lettres, de vieux papiers… mardi, messe de mariage de Suzanne Jousset, la mariée était très bien, le cortège quelconque, mais l’assistance nombreuse… Jeudi, nous sommes allées à La Roche avec les Bonnaud voir “Kœnismark“, je connaissais déjà, mais cela m’a fait plaisir à revoir. Vendredi, journée à Nantes, courses le matin, séance chez le coiffeur l’après-midi pour ma permanente, Andrée est venue me tenir compagnie et nous avons bien bavardé ; nous sommes rentrés ici après dîner ; dans la nuit, Jacqueline nous a réveillés par une grosse toux rauque et une respiration sifflante, Jacques et moi étions affolés et pensions au croup, cependant elle riait et cela nous a un peu rassurés ; le docteur est venu, il n’y a ni croup ni même de bronchite, seulement un gros rhume à surveiller…
25 mai
C’est maintenant pour moi une douce habitude qu de venir ici chaque dimanche relater les faits de la semaine, les autres jours le temps me manque… que de souvenirs pour plus tard ! Jean est en auto avec son papa et petite Jacqueline près de moi, assise dans son chariot, s’amuse avec ses joujoux en caoutchouc, elle est de plus en plus intéressante et mignonne et dit “Maman“ et “Baba“, on l’assied maintenant de grands moments sur sa couverture, et dès qu’il fait beau, elle est dehors, ce qui lui fait grand bien et grand plaisir. Jean est de plus en plus diable, mais bien intéressant aussi, il a une mémoire étonnante et pose à chaque instant des questions saugrenues : “comment on fait les petits lapins ? comment on fait les pommes de terre , …“il a un appétit superbe, il est très mignon et gai.
Dans l’ensembel cette semaine a été calme et assez reposante…Lundi nous sommes allés à La Mothe, avons passé l’après-midi chez les Régnauld et sommes revenus par Nieuil voir les Pannetier… mercredi, mes parents sont venus déjeuner puis Jacques et moi sommes allés à La Roche. Jeudi enfin sommes allés chez Armande…
Sans doute allons-nous jeudi aux Sables pour l’Ascension. Madeleine de Baynast attend un bébé pour le mois d’août.
Dimanche 1er juin
… Semaine encore bien remplie, j’ai eu la lessive avec son habituel cortège de raccommodages, j’ai fait un peu de lingerie, ce qui est long et minutieux et avec mon tricot m’a bien occupé mes après-midi. Jeudi nous sommes allés passer aux Sables notre journée de congé, ce qui a été une détente pour moi, nous avons pu nous asseoir un moment sur la plage et Jean était tout heureux de revoir la mer. Vendredi j’ai reçu Armande et Marguerite et hier sommes allés faire un petit tour à Rocheservière.
Le temps est changeant et désagréable, une belle journée pour deux mauvaises, mais la campagne est ravissante…Jean vit toute la journée dehors, sa figure et ses membres sont déjà tout bronzés…
M. le Curé est souffrant : angine de poitrine.
Dimanche 22 juin
Tant de jours passés sans venir ici… reprenons un peu …la première semaine, j’ai travaillé à terminer le costume que je désirais faire porter à Jean pour la Communion de Michel…Mère est arrivée le jeudi pour rester avec nous jusqu’au dimanche et Madeleine nous est arrivée le samedi. Le jour de la Pentecôte, nous nous sommes rendus à La Roche pour la messe de Communion à 8 heures et demie, Michel était gentil et bien recueilli, Jean a été sage et s’intéressait vivement à tout ce qu’il voyait ; Jacques est venu le reconduire ici dans la matinée et nous sommes restés déjeuner à La Roche avec M. et Mme Denouault ??? des cousins de Suzanne, nous sommes rnetrés ici de bonne heure après la Vêpres, tandis que toute la famille filait à Thouars. Le lendemain il a fallu faire lever Jean de bonne heure et partir dès 7 heures et demie, notre voyage s’est parfaitement passé, et nous avons passé là-bas une bonne journée en compagnie de toute la famille de Luçon et de Mortagne, nous sommes rentrés icià huit heures. Les deux premiers jours, j’ai pu travailler bien tranquillement, faire mes raccommodages de lessive et terminer une combinaison en toile de soie commencée depuis pas mal de temps. Jeudi, j’ai eu l’agréable surprise de voir arriver Pierre et Geneviève qui débarquaient dans la région et ont passé un bon moment avec nous. Le soir, Jacques est allé à La Roche chercher Mère qui venait conduire Michel ; vendredi nous sommes allées passer l’après-midi à la maison avec Armande et Marguerite ; samedi, arrivée de Madeleine ; dimanche nous avons eu Geneviève et Claude au déjeuner, et dans l’après-midi pour distraire les enfants, nous sommes allés pêcher des vérons à Pont-de-Vie ; Mère et Madeleine sont parties après dîner
… J’ai terminé le costume de Jean, puis Marie étant absente, j’ai eu davantage à faire, une après-midi chez Armande, quelques visites, des confitures à faire, des raccommodages…
Les enfants sont bien, Jean est un peu enrhumé… Jacqueline grandit, elle devient de plus en plus drôle, malicieuse et amusante…
Dimanche 29 juin
Deux heures, il fait chaud, les enfants dorment, c’est un repos merveilleux, une tranquillité complète…(suit une longue litanie des tâches de la journée)
Lundi j’ai passé mon après-midi à collationner des actes avec Jacques et Armande, mardi, je suis sortie un peu, mercredi, nous sommes allées à Montaigu voir les Guillaumé, jeudi, c’était la lessive et les raccommodages…
Dimanche dernier, j’ai pu assister à la Procession qui a eu lieu l’après-midi, le temps était douteux le matin, Jean a été très sage et très mignon ; ce matin, je n’ai pu y assister devant garder la maison, Jean y est allée avec Jacqueline, mais j’ai pu m’échapper une minute et prendre une bénédiction…
13 juillet
Jacqueline a onze mois aujourd’hui, que le temps passe, elle est de plus en plus mignonne, souriante et éveillée sous ses cheveux bouclés. Je me presse, je n’ai que quelques minutes devant moi, nous allons bientôt déjeuner ; M. Granger est là depuis hier matin ; pour le moment, Jacqueline et lui sont à converser dur le canapé du salon ; il est ici jusqu’à demain, je pense. Je suis rentrée ici vendredi après une semaine plutôt fatigante, il fait une chaleur de plomb à Nantes, et c’est une corvée que de faire des courses…
Dimanche 20 juillet
Je suis pas mal patraque et mal en train, sans parler de ma fatigue gnérale… j’ai mal aux dents, les nerfs à vif et par-dessus le marché, un orgelet qui me gêne beaucoup…
La semaine s’est pourtant passée assez rapidement, M. Granger nous a quitté mardi soir, auparavant, nous aurions voulu lui donner une idée de la contrée et mardi matin sommes partis direction Pornic, mais une panne nous a immobilisés à Touvois, nous avons réussi à gagner Légé où nous avons eu toutes les peines du monde à déjeuner, et ensuite, il ne restait plus qu’à prendre la route du retour ! Les autres jours ont été très calmes, nous avons eu un temps affreux, un vrai temps d’hiver… vendredi, je suis allée à La Roche et j’ai vu quelques instants Charlotte qui est aussi bien que possible et hier nous avons passé l’après-midi à la maison avec Marguerite.
Dimanche 27
Une semaine assez remplie en perspective, demain nous allons à La Roche et sans doute à Rocheservière, mardi, je passe l’après-midi chez Armande, mercredi, nous déjeunons à Belleville chez les Durand, puis jeudi très probablement, je pars pour Les Sables avec les enfants, je suis ravie d’avoir en perspective ce mois de repos, mais ce ne sera pas des vraies vacances, il faudra toujours que je m’occupe des enfants ! …
Résumons un peu cette semaine… de la pluie, un vent froid, le soir aussitôt les enfants couchés, au lieu de flaner au jardin comme d’habitude, j’allumais la lampe et je veillais comme en plein hiver, ce qui me permettait de tirer l’aiguille un bon moment en écoutant la TSF, de sorte que je pourrai finir mon fameux drap avant de partir.
Pas d’événements importants cette semaine, lundi ,après-midi à la maison avec Armande, Françoise et Marguerite ; vendredi, réunion chez Marguerite avec les Loiseau ; à part cela, j’ai eu la lessive, le linge à vérifier, à ranger et une bonne corbeille de raccommodages. Aujourd’hui j’ai encore pas mal de correspondance à faire…Pour le moment, je suis tranquille, Jacqueline dort et Jean fait des constructions avec les dominos, mais ce n’est sans doute qu’un répit de courte durée, il faut toujours gronder et se fâcher, et pourtant les derniers jours de la semaine ont été moins mauvais, nous avons pu obtenir, à force de réprimandes et de punitions qu’il mange tout seul et à peu près dans le même temps que nous. Petite Jacqueline fait des progrès, elle se tient maintenant debout dans son parc, bien solide sur ses petites jambes et ne tombe pas trop souvent, hier, elle a même essayé de se mettre debout toute seule, elle est arrivée à se mettre à genoux, et ne pouvant arriver à ce qu’elle voulait, elle s’est mise à appeler “Maman“ d’une façon désespérée, elle est toujours drôle et mignonne au possible.
Les Sables dimanche 3
Je suis en vacances, cela me paraît bizarre, et c’est bien peu de me dire que je n’ai presque rien à faire aujourd’hui, pourtant ce ne sont pas des vacances complètes, puisque je dois toujours m’occuper des enfants, aider Mamamn parfois, … nous sommes ici depuis jeudi soir, les jours précédents ont été bien remplis, lundi matin j’ai préparé une partie des bagages que Papa a apporté ici le jour-même, l’après-midi nous sommes allés à La Roche puis à Rocheservière ; mardi, j’ai passé avec Jean l’après-midi chez Armande, mercredi nous avons déjeuné et passé la journée à Belleville chez les Durand et jeudi j’ai fait mes derniers préparatifs ; nous sommes partis vers 5 heures et j’ai eu le temps de tout mettre en ordre avant dîner ; Jacques est resté dîner avec nous puis, une fois les enfants couchés, Jacques et moi avons fait un tour de Remblai. Notre première journée a été merveilleuse, nous avons pu passer de grands moments sur la plage avec les enfants, Jean était heureux de patauger et Pépée prenait du sable dans ses menottes pour s’amuser. J’ai rencontré sur la plage Mme Luttmann ??? et Simone ; Jeannne a deux petites filles, Simone un petit garçon et attend un autre bébé dans trois semaines.
Hier, vent et averses fréquentes, petite Pépée toussant pas mal, j’ai demandé à Benjamin de l’ausculter, elle n’a rien qu’un gros rhume, mais avec ce mauvais temps impossible de sortir ; dans l’après-midi, je suis allée voir Mme Boisseau puis à la plage qarder Jean, pendant que Maman venait garder Jacqueline. Le soir Jacqueline et moi sommes allées au Casino voir des danses romantiques espagnoles, sur des airs d’Albeniz, Graneros, et Manuel de Falla, ainsi que des intermèdes de guitare et de chant, c’était très intéressant et évocateur.
Aujourd’hui il pleut encore, impossible de sortir les enfants. J’ai rencontré les Léveillé, vu aussi les Touzain, Maud est là avec sa petite fille.
Après la naissance d’une petit Michel de Baynast de Septfontaines, Madeleine et son mari doivent être contents.
Dimanche 10 août
Le mois s’écoule rapidement, sans que le beau temps nous vienne d’une façon définitive, aujourd’hui encore un temps brumeux, Maman est avec Jean sur la plage, mais je n’ai pas voulu sortir Pépée et j’ai préféré rester ici ; je suis très lasse, j’étais au théâtre hier soir et les enfants ont beaucoup pleuré la nuit, si bien quie je n’ai guère dormi. Je me suis pressée pour assister à la messe de la Croix-Rouge, où l’on donnait, ainsi que chaque année, de la musique intéressante.
Cette semaine, j’ai tâchée de profiter de la plage le plus possible et d’en faire profiter les enfants. Dimanche nous avons eu la Fête des Fleurs qui n’était guère intéressante, puis il s’est mis à pleuvoir et nous n’avons pu sortir. Lundi matin, j’ai vu le docteur qui a trouvé Jacques??? = Jacqueline ??? beaucoup mieux. Mardi et mercredi, la plage avec Jean ; mardi j’ai vu assez longuement Maud Touzaint et sa petite fille, nous avons évoqué de nombreux souvenirs… Jeudi soir, au Casino avec les Boisseau pour “Rapsodie hongroise“, très bien. Vendredi, nous sommes allés à Montaigu à l’enterrement de M. Guillaumé, le beau-père de Berthe, mort en moins de huit jours d’une congestion, nous avons vu pas mal de personnes de connaissance et sommes revenus déjeuner au Poiré ; là, j’ai eu l’agréaable surprise de trouver le branchement fait et le compteur mis ; nous avons enfin l’électricité !
Hier matin, un tour de remblai avec Pépée, dans l’après-midi une visite de Mme Arundel, puis soirée au Casino pour “Volpone“, très intéressant.
mercredi matin 19 aôut
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 19 aout 1930 était un mardi. Texte conservé tel quel.
De la plage - Rien écrit depuis quelques jours, le temps me manque et au fond je n’ai pas grand chose à raconter…de plus, au moment du 15 août, j’ai é“té un peu chargée en correspondance et je n’ai pu arriver à tout. Le matin, je me lève vers sept heures et demie, après la toilette et mon déjeuner, je lève Jean, je fais les bouillies et les biberons de Pépée, pendant que Maman emmène Jean à la plage, je vais ensuite les retrouver avec la poupée jusqu’à midi ; puis à deux heures, je reviens avec Jean ; de 4 à 5 heures, je rentre m’occuper de Jacqueline puis je reviens à la plage jusqu’au dîner ; après dîner nous allons daire un tour de Remblai ou, quelquefois, passer la soirée au Casino et le temps passe vite.
Reprenosn un peu ces derniers jours ; j’ai vu Jacques le dimanche soir et le lundi, nous avons passé des bons moments sur la plage avec les enfants. Le lundi soir nous sommes allés aux Pins pour “Topaze“, il y avait un monde fou et nosu avons passé une excellente soirée. La pièce est gaie, satirique, spirituelle et exprime une bien triste, mais profonde vérité. Vu les Léveillé, Valéry et Mme Arundel que nous avons ramenée en auto.
Jeudi nous avions un peu de tempête, aussi n’ayant pu sortir Jacqueline, j’ai fait quelques visites. Le soir, au Casino conférence de Mlle Pineau sur Chopin, avec audition par Arcouët ??, de quelques oeuvres de Chopin, c’était merveilleux et j’ai passé une soirée délicieuse, c’était un ravissement que d’entendre exécuster par Arcouët cette musique si humaine et si belle. Le jour du 15 Août, passé de bons moments à la plage avec Jacques, samedi, soirée au Casino pour “Un trou dans le mur“ avec les Brachet et les Charieau.
Jacques est venu dimanche soir, mais il a été obligé de repartir dès hier matin…petite Jacqueline a un an…
aujourd’hui, temps un peu gris mais très doux… Jean s’amuse avec les petitis voisins de tente, Pépée joue à mes pieds.
Jeudi 21
Il pleut, il pleut à torrents… impossible de mettre le nez dehors ; au fond je n’en suis pas fâchée, pour une fois, de cette matinée de réclusion qui me permet.. de mettre en ordre pas mal de choses …
Dimanche 24 août
Une matinée calme, très calme, le soleil est voilé et indécis et la marée basse a découvert une plage immense… Jean s’amuse avec nos voisins de tente : Michel et son papa et Jacqueline joue à mes pieds.
Reprenons un peu cette semaine : mardi, soirée au Casino pour des danses , danses de caractère, danses classiques et danses russes, le tout était bien, mais certains numéros vraiment intéressants : des czardas hongroises, une suite de danses sur du Chopin, avec des ballerines en costumes romantiques : mousseline blanche et ceinture de velours noir, c’était une évocation parfaite.
Mercredi, nous avons passé notre journée sur la plage et eu la visite des Mignen ; jeudi matin, impossible de sortir, c’était la tempête, l’après-midi, j’ai fait avec Jacqueline une visite à la famille Douillard, pendant que Maman gardait Jean sur la plage, puis j’ai sorti Pépée et suis allée voir les Gendreau.
Vendredi, passé également la journée sur la plage ; le soir en s’endormant, Jean s’est plaint d’un bouton qu’il avait à l’épaule, mais il s’endormait et n’a pas voulu que j’y touche, il a mal dormi, gémissant… vers cinq heures il a quand même consenti à ce que je lui fasse un pansement humide, cela l’a soulagé et il a dormi jusqu’à neuf heures ; le docteur est venu dans la matinée et a diagnostiqué un abcès et expliqué la façon de le soigner…
Mardi 26
Jacques et reparti ce matin… Il fait depuis lundi une chaleur tropicale, ce qui ne m’a pas empêchée de venir ici me griller au soleil. Tout le monde réclamait du beau temps et de la chaleur… on étouffe ! …
Hier, passé toute une journée à la plage ; le bobo de Jean n’a pas l’air d’aller plus mal… mais Jean n’est guère sage et docile pour ses pansements. Hier soir, nous nous sommes assis un moment sur la plage… les phares scintillaient à l’horizon.
Dimanche 31
Je viens de soigner le bobo de Jean, ce qui n’est pas chose facile…j’ai si grand chaud à faire cela que je veux attendre un moment ici, j’aurais peur d’attraper du mal en sortant. Il fait ces jours-ci une chaleur torride, ce n’est qu’au bord de l’eau que l’on peut repirer un peu ; je dors avec la fenêtre et les volets grands ouverts et je me fatigue terriblement après les enfants… nous allons à la plage le plus possible sauf après déjeuner…
Mardi soirée au casino pour “Boulard et ses filles“, opérette assez gentille ; jeudi, au cinéma pour “Shéhérazade“, conte des Mille et Une Nuits. Vendredi, visite à Mme Godet, visite de Tante Aline, )puis Jacques, Mère et Madeleine sont venus dêiner. Jacques vient ce soir, nous partons sans doute mardi, mais reviendrons pour les fiançailles de Jacqueline qui sont fixées au 8.
Ce soir, tous les départs ; la plage se vide… Jean a perdu son petit ami Michel. Pépée prend mal ses biberons, la chaleur et les dents la fatiguent aussi elle est grognon et insupportable. Cela passera.
Dimanche 14 septembre
Tant de jours sans écrire, faute de temps, et tant de choses à raconter…
Jacques est venu comme d’habitude le dimanche 31, et nous avons passé de bons moments ensemble, le lundi j’ai fait venir ne nouveau le docteur pour qu’il examine sune dernière fois les enfants avant notre départ, ficé au lendemain, il les a trouvé tous deux en bon état, mais a déclaré qu’il était bien regrettable que nous ne puissions rester plus longtemps à cause de Pépée qui avait fait merveille, si bien que je me suis décidée à prolonger mon déjour d’une semaine. Cette semaine a été vite passée, il a fait beau quoiqu’un peu chaud et tous les moments que nous ne passions pas sur la plage, nous les passions dans la cour où nous avions au moins un peu d’air et de fraîcheur. Les derniers jours, j’ai été un peu fatiguée ayant attrapé un furoncle au menton et un petit abcès au bras, cela m’a donné un peu de fièvre. Malgrès cela je suis sortie tous les jours pour aller à la plage…Jean ayant été pris d’un goût très vif de patauger dans l’eau, je l’accompagnais à la vague ce qui m’obligeait à reculer fréquemment par mer montante, et, tout en surveillant les ébats de mon cher petit, je contemplais la féérie de la mer…
Le lundi 8 septembre, nous avons eu les fiançailles de Jacqueline, Mme Granger était arrivée la veille avec ses fils et nous les avions eu à dîner le dimanche soir. Le repas des fiançailles a eu lieu à l’hôtel de la Plage où nous avons été fort bien servi ; nous avions en plus de la famille Granger, Tante Abel, les Gourraud, les Alfred et Françoise seule, Benjamin ayant jugé inutile de ne pas nous honorer de sa présence.
Je suis rentrée de bonne heure à la maison ayant tous mes préparatifs de départ à faire pour le lendemain. Nous avons donc quitté Les Sables mardi matin 9, Jacques, Jean et moi, laissant notre petite pépée à la garde de Maman, nous avons passé cette journée à la maison et j’ai eu bien à faire, remettre certaines choses en place, en sortir d’autres, défaire et refaire des bagages. Le mercredi matin, nous sommes partis vers 8 heures, nous avons fait un arrêt à Nantes, puis étions à midi à Vannes où nous avons déjeuner ; vers 4 heure nous étions à Pont-Aven, où nous avons trouvé les Morvezen toujours aussi accueillants, ils voulaient nous garder à dîner, nous avons pu nous dégager, tout en promettant de revenir déjeuner le samedi suivant. Marie n’a pas changé ! je n’ai malheureusement pu voir que le plus jeune de ses enfants, les deux filles aînées étant à Quimperlé. Nous avons repris à 5 heures la route de Pont l’Abbé… et étions avant 7 heures à Loctudy. Là nous avons passé deux bonnes journées et avons largement profité de la mer, à toute heure du jour…Le jeudi après-midi nous sommes allés en auto à Saint-Jean ???? et ????, avec sa chapelle, d’où la vue était splendide sur la baie d’Audierne jusqu’à la Pointe du Raz et son calvaire qui est une merveille. Le vendredi matin , nous avons fait une bonne promenade à pied à la plage de ??? et à la cale de Loctudy, puis l’après-midi nous avons fait visite aux Souillet. au ??? puis une délicieuse promenade le long de la rivière. Le samedi matin, il a fallu partir, le vent soufflait en tempête, nous avons pris la route vers 10 heures, nous étions à Pont-Aven vers 11 heures et demie, mes Morvezen nous ont fait visiter leur maison qui sera charmante parfaitement comprise et très confortable, nous avons passé à déjeuner un moment charmant, et sommes repartis vers 3 heures, nous étions à 6 heures et demie à Nantes et un peu après 8 heures ici.
… Dimanche dernier, peu après déjeuner nous sommes repartis aux Sables, voir notre petite Jacqueline que nous avions hâte d’embrasser, nous l’avons trouvée très gaie et avons même constaté des progrès en ces quelques jours. Nous avons fait… une bonne promenade sur la plage, le soir, un tour de Remblai. Lundi matin quelques courses, puis avons repris définitivement la route du Poiré …Mardi, il a fallu recevoir Marie Bled puis j’ai eu une quantité de raccommodages à faire, un peu de correspondance, des rangements…
Dimanche 28 septembre
Les enfants dorment, je les ai couché tous les deux aujourd’hui, Jean étant souffrant depuis vendredi. Ce jour-là j’avai à déjeuner Marie-thérèse Bled, quand tout à coup, j’ai vu Jean verdir, les lèvres mêmes éaient décolorées, nous l’avons étendu et unmoment après il a recommencé à jouer, mais de temps en temps les douleurs revenaient, il marchait courbé en deux, la main au creux de l’estomac. Vers 4 heures les douleurs étant plus fortes je l’ai couché, il s’est calmé et endormi. La nuit a été assez agitée, et hier, j’étais eule ici, toute la famille, y compris Jacques, étant à la haye-Descartes pour voir da future résidence de Jacqueline, j’ai donc passer la journée à l’amuser et à faire des constructions. Je l’ai levé avant déjeuner et couché à 6 heures, il a dormi deux heures sur la chaiqe-longue ert s’est geniment amusé le reste du temps, il a bien dormi cette nuit et aujourd’hui il recommence à faire des malices, ce qui est bon signe… mais j’ai été bien tourmentée… on parle beaucoup de typhoïde dans la région…
A part cela rien de neuf, cette semaine, lundi, malgré un temps affreux nous sommes allés à Rocheservière, et vu Tante un bon moment. Mardi, vu Armand et Suzanne qui rentraient Michel. Mercredi, passé l’après-midi à la maison, j’ai eu mes occupations habituelles, le travail du matin, les soins des enfants, les bouillies et les biberons, la surveillance de la cuisine, les petits lavages, le coup d’oeil général à la maison, les fleurs à renouvenler dans les vases, car nous avons encore au jardin des dalhias, des glaïeuls et quelques roses. Dans l’après-midi, raccommodages et correspondance… le soir, quand les enfants sont couchés, et leurs petites affaires remises en place, j’ai à peu près une heure de tranquillité que j’emploie à tricoter en lisant…
Dimanche soir 5 octobre, 9 heures et demie
Jacques vient de monter, les enfants dormant depuis longtamps déjà, je suis seule et tranquille. Qoi sire de cette semaine ? elle a été bien remplie, Jean est maintemant tout à fait bien, il a repris ses bonnes couleurs, son entrain, quant à petite Jacqueline, elle est pleine de vie et de gaoeté, mignonne au possible et ses premières dents ont fait enfin leur apparition hier, à treize mois et demie ce n’est pas trop tôt ! …
J’ai reçu Armande, Marguerite et Françoise mardi et mercredi, je me suis occupée du linge de la dernière lessive jeudi, je suis allée à Nantes avec mes parents et j’ai pu m’occuper de différentes choses de toilette, indispansables à l’entrée d’une saison, j’ai vu la nouvelle installation de Mère, boulevard Luc-Olivier Merson, un bijou de petite maison parfaitement comprise et confortable. Hier et avant-hier j’ai fait de la gelée de pommes et aujourd’hui nous avions Armand et Suzanne à déjeuner.
Temps affreux, pluie toute la journée, avec le retour à l’heure solaire… Tous les soirs depuis le début du mois, les cloches annoncent le mois du Rosaire…
Dimanche 12 octobre
Déjà l’automne, je viens de fleurir de dalhias la salle à manger et le bureau, il faut une note vive pour égayer les pièces assombries… il ne pleut pas ce matin, mais le ciel est nuageux…
Semaine assez chargée, sans événements marquants, le travail ordinaire… Lundi, j’ai passé avec les enfants une partie de l’après-midi à la maison, mardi je suis allée chez Armande, jeudi courses et visites à La Roche, vendredi, journée à Nantes, nous avions emmené les enfants, j’avais des emplettes à faire pour Jean et Mère et Madeleine étaient contentes de voir Pépée…
Aujourd’hui, pas mal de correspondance à faire et le dessin d’un plafonnier à établir.
Dimanche 26
Il fait froid, Jacques parle d’allumer le chauffage, c’est l’hiver qui nous arrive !… les enfants ont été enrhumés cette semaine et j’ai dû les garder davantage à la maison, cette réclusion marque la fin de la vie au grand air…
… Ma première semaine a été assez employée, j’ai eu de la lessive, puis les visites et le raccommodage du linge, j’ai fait ensuite une grande provision de marmelade de pommes et la mise en conserves… le jeudi nous avons eu une réunion chez Marguerite avec Armande et le soir, sommes allés avec les Bonnaud voir au cinéma “Ces dames aux chapeaux verts“ et nous somme bien amusés. Le samedi, voyage à Nantes… nous avons fait pas mal d’acquisitions et acheté entre autres un petit mobilier de chambre à coucher, pour la chambre que nous avons fait dernièrement tapisser, nous sommes rentrés à huit heures et avons dîné à la maison avec Jean Granger, venu pour deux jours ( il devait le lendemain signer à Tours son contrat d’achat de l’étude la Haye-Descartes).
Cette semaine-ci a été plus calme… mardi j’ai passé l’après-midi à la maison avec Armande et Marguerite et dîné là-bas avec M. Boisseau ; jeudi, après-midi à La Roche, hier et avant-hier visites. Les autres jours, j’ai employé la plus grande partie de mes après-midi à dessiner mon plafonnier…
<pépée a eu sa quatrième dent aujourd’hui, elle est drôlette et mignonne au possible. Jean, de plus en plus grand garçon, avec des réflexions vraiment impayables…
Dimanche 16 novembre
Trois emaine sans rien écrire… rien de nouveau la première semaine, les réunions habituelles, des comptes, du trvail, le vendredi, Jacques et moi sommes allés à Nantes en finir avec les fameuses courses que nous n’avions pu terminer, et nous avons ramené Mère et Madeleine pour passer avec nous les jours de la Toussaint. Le Samedi, jour de la Toussaint, je suis allée à la grand’messe avec Jacques et Jean, et après déjeuner, sommes allées tous deux au cimetière, puis je suis restée garder Pépée pendant que le reste de la famille allait à Rocheservière. Le dimanche nous avons eu de la tempête toute la journée, tellement que le pauvre jardin, encore fleuri de dalhias la veille, était le soir tout dévasté ; vers 5 heures seulement Madeleine et moi avons osé nous risquer jusqu’à l’église pour faire le Chemin de Croix traditionnel, au son du glas, il y avait beaucoup de monde et une atmosphère très recueillie, que l’obscurité, due à une panne d’électricité… rendait plus recueillie encore. Le lundi après une matinée à peu près calme, la tempête a recommencé, plus violente, et le soir, nous étions à travailler, Mère, Madeleine et moi à la garniture de la petite chambre que nous installons, quand une panne nous a plongées dans l’obscurité. Le vent soufflait avec une violence inouïe et nous attendions Armand et Suzanne qui devaient passer vers 4 heures pour rentrer Michel ; ils sont passés vers 6 heures au plus fort de la tempête, dîné ici en revenant de La Roche et repartis le soir pour Nantes avec Madeleine. Mère est restée ici une dizaine de jours. Cette seconde semaine a té plutôt calme , le mardi, je suis allées avec mes parents au Bernanrd, à l’enterrement de Mlle Marie Bourmaud, nous avons vu Mlle Louise quelques minutes après la cérémonie… Jeudi après-midi à La Roche pour des courses, nous y sommes retournés le soir avec les Bonnaud voir “Le chemineau“. Samedi après-midi chez Armande et le soir, arrivée de Madeleine, qui avait deux jours pour l’anniversaitre de l’Armistice , toutes deux sont parties mardi. Mercredi, je suis allée à Thouars avec Papa et Jacqueline qui voulaient voir des meubles, il faisait un temps superbe et le voyage a été charmant…malheureusement en rentrant, j’ai trouvé Jean au lit avec un peu de fièvre et de l’infection intestinale… et maintenant que la température est redevenue normale une petite purge va achever de nettoyer tout cela ; à part cela il a été très sage et plutôt facile à soigner…
Petite Pépée est toujours mignonne, sauf pour ses repas où elle fait toujours des caprices, elle est drôle au possible et marche toute seule depuis huit jours ; c’est amusant de voir trotter ce petit bout de fille. Nous avons eu pour l’été de la Saint-Martin quatre journées splendides, qussi je la tenais dehors le plus possible, et l’après-midi, après son réveil, faisions une bonne promenade, malheureusement depuis hier, le temps est gris et couvert.
…Hier, j’ai vu Mme Lucas, le docteur puis Charlotte et Pierrot, j’ai fait ensuite un peu de musique avec Jean.si bien que je n’ai pu rien faire de ce que j’avais projeté…
Dimanche soir 2 novembre
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1930-11-16). Texte conservé tel quel.
Je comptais avoir aujourd’hui une grande après-midi de tranquillité et voilà que nos projets sont modifiés, voyant le beau temps, nous sommes allés à La Roche avec les bonnaud voir les Cosaques du Don et avons passé un moment fort agréable, c’était une merveilles que de voir ces cavaliers, si souples, si exercés, sur leurs montures merveilleusement dressées, se livrer en plein galop à des exercices follement vertigineux, scandés de cris aigus, nous avons eu également des chants et danses caractèristiques, évoquant les steppes sauvages où galopaient autrefois ces cavaliers, lorsque la Russie était encore la Russie.
Voilà donc mon après-midi passé…nous venons de dîner… et ce soir, Jacques étant libre, il a pu assister à la toilette des enfants… il a été heureux de voir ses deux petits chéris en chemise de nuit, de faire dire la prière de Jean et de les border tous deux dans leurs petits lits…
…Hier matin je suis allée à la boucherie comme d’habitude, il faut bien aller aux provisions… et je suis passée par la petite maison achetée dernièrement, au fond du jardin et j’ai eu au passage un coup d’oeil sur les grands chênes qui ombragent le ruisseau en bas de la Jamonière, c’atait un éblouissement, ils ont revêtu leur somptueuse parure automnale… Je me suis empli les yeux de cette vision, et suis retournée à ma tâche quotidienne.
Enfin, hier soir, j’ai eu un moment délicieux, les enfants s’amusaient près de moi, Jean gribouillait avec ses crayons de couleur, et petite Jacqueline circulait dans son parc, s’arrêtant de temps en temps près de moi pour blottir sa petite menotte dans la mienne ; je faisais des jours dans une combinaison rose, travail amusant, et de Paris, à travers les airs, m’arrivaient les accords d’une symphonie de Chausson donnée au condert Lamoureux ! 5 heures et demie a sonné et il a fallu baigner Jean, avant de les faire dîner tous deux !
Semaine assez remplie en perspective… et puis dimanche, peut-être irons-nous faire à Paris une petite fugue d’une huitaine …si les petits ne sont pas malades… si Jacques ne se voit pas tomber une affaire inattendue si…je serais très très contente de ce voyage, mais…il faut laisser les petits, Jean à Nantes, Pépée ici et c’est toujours un déchirement que de s’en séparer…
Jacqueline est partie à Lyon mardi, son mariage sera probablement le 7 ou le 8 Janvier.
Dimache 30 novembre
Départ pour Paris ! le joli cadeau de fête que me fait mon Jacques ! les valises sont pr^tes, tout est en place, je suis très heureuse de ces quelques journées de vacances en perspective. Seulement… il me faut laisser les petits… J’ai tenu à attendre le réveil de petite Jacqueline afin de lui donner moi-même son biberon avant de partir…
7 décembre
Bref résumé de notre voyage de cette semaine à Pa ris, le temps me manqant pour écrire plus longuement.
Départ du poiré demanche dernier vers quatre heures ; nous avons passé quelques moments à Nantes, goûté avec Mère et Madeleine, puis pris le train de Paris vers 6 heures 3/4. Voyage parfait, wagons confortables, nous étions à paris à minuit 20, un taxi nous a conduit à l’hôtel où nous abons passé une bonne nuit.
Lundi matin vur les grands boulevards, la Madleine et la Concorde, déjeuner ches les Raymopnd, visité après déjeuner Notre-Dame et Saint-Séverin, visite à tante Marguerite, à Madeleine et aux Gaston, dîné chez Tante Marguerite et sommes allés au cinéma avec Solange.
Mardi matin, sommes montés au Sacré-Coeur, puis sommes allés à l’Etoile, avons descendu les Champs-Elysées à pied, puis déjeuné chez Madeleine, visité ensuite le Panthéon, Saint-Etienne du Mont, le Luxembourg, Saint-Sulpice, visite aux Logerie, à l’Oncle Paquier et à Geneviève.
Mercredi, visite aux grans magasions, déjeuné chez le Logerie, puis fait un tour au Bois de Bouqlogne, le soir, visite à Mme Lacroix et dîné chez Pierre et Geneviève, fini la soirée au carinal et fait un tour sur les boulevards.
Joeudi matin, visite au Louvre et à Saint-Germain l’Auxerrois, déjeuné tous deux dans un restaurant au bas de l’avenue de l’Opéra, puis sommes allés à Joinville voir Anne qui n’est guère changée malgré son habit religieux, au retour, visite à Cadette, dîné chez les Raymond, puis sommes allés avec Aline voir la revue de Marigny, et nous sommes follemnt amusés.
Vendredi matin, nous sommes allés aux Invalides, mais tout était fermé aussi nous sommes allés voir la Sainte-Chapelle, que nous n’avions pu voir lundi, jéjeuné chez les Gaston avec les Stahl puis sommes allés aux Invalides, avons tout visité, le tomberau de l’Empereur, le musée de l’Armée ; fait une courte visite à Tante Marguerite, puis flâné rue de la Paix, dîné avec Marie-Thérèse à “l’Auberge de la Devinière“ et terminé la soirée au Paramount.
Samedi matin, nous comptions predre le train vers 10 heure, mais nous avions fait erreur et notre train ne partait qu’à midi, aussi nous avons flané au Louvre en attendant. Le départ s’est bien passé, mais, avant Orléans , voilà notre train arrêté en pleine campagne, un wagon avait pris feu, il a fallu procédéer à des manoeuvres pour laisser le wagon indésirable, ce qui nous a valu une demie-heure de retard… Nous avons dîné à Nantes et sommes revenus ici aussitôt.
Maintenant, les vacances finies, la vie recommence avec son habituel travail. Dans un mois, ce sera le mariage de Jacqueline.
Dimanche 14, 11 heures
Jacques est à son bureau, Jean à la grand-messe avec Marie, petite Pépée est dans son parc et s’amuse sagement avec une boite de dominos, la pauvre chérie a été très fatiguée cette semaine par un très gros abcès à la cuisse… une fièvre très élevée…je suis astreinte encore à des pansements…
Rien de très nouveau cette semaine, j’ai travaillé un peu mais surtout consacré la plus grande partie de mon temps à la petite malade, une parès-midi avec Armande et Marguerite, mendnat que Maman gardait Pépée, diné jeudi soir à la maison.
Le mariage de jacqueline se rapproche à grands pas, dans une quinzaine le grans branle-bas sera commencé ! quelques hours très mouvementés, puis tout passera rapidement et ce sera calme, mais un grand vide parmi nous. Pour le moment, c’est la conversation du jour, les cadeaux arrivent de toutes parts, les réponses aussi, on cambine le cortège, on parle de toilettes… j’ai commandé la mienne mardi dernier, une robe en crêpe georgette bleu pastel, très logne ornée de plmis, très sobre et chic. Nous avons passé à Nantes notre journée de mardi, journée forcément fatigante, d’autant plus qu“‘il m’a fallu également m’occuper de Jean et lui commander un petit manteau blanc pour le mariage de sa tante ; maintenant tout est décidé et c’est une grande chose. Nous partons à Nantes, sauf imprévu, mercredi soir, pour passer Noël là bas, nous y resterons jusqu’au dimanche suivant, j’aurai donc mes deux journées de vendredi et de samedi pour mes essayages et le coiffeur, et peut-être aussi la journée de lundi.
Cette semaine a été tout de même plus tranquille, je n’ai pas eu de pansements à faire, et la pauvre Pépé dormant bien, nous avons pu nous remoser aussi, à part l’après-midi de jeudi passé La Roche, j’ai eu de bons moments à travailler ici avec les enfants ; je suis lancée ces temps-ci dans la confection de plafonniers en mousseline de soie et c’est un travail agréable. Ecouté vendredi soir par la TSF une conférence … sur l’histoire de la musique, avec des passages d’opéra-comique de Guétry absolument merveilleux, écouté aussi avec un grans plaisir hier soir la diffusion du concert Lamoureux.
Dans cinq jours Noël, la crèche se prépare ; Jean a fait sa lettre au Petit Jésus et moi je n’ai pas le temps de penser, prier, réfléchir…