Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche 4 janvier 1931
Tant de jours sans pouvoir venir ici et d’ici une semaine je n’aurai guère de temps à moi, les événements de rapprochent, dans trois jours le mariage de Jacqueline, et il y a tant à faire ! d’abord j’aurai voulu que la maison soit en ordre, et elle ne le sera pas ! i y a maintenant le cortège à combiner, les places à table à décider !… François est là depuis mercredi, Solange arrive ce soir, Oncle Raymond et Aline mardi matin à moins qu’Oncle Raymond soit de service aux Obsèques nationales du Maréchal Joffre, décédé hier matin et enterré justement mercredi !
Reprenons un peu ces derniers jours. Avant de partir à Nantes, j’ai été absorbée par différentes choses à mettre en ordre et un plafonnier à terminer pour la petite chambre organisée la dernière, j’ai cependant passé une après-midi chez Marguerite et nous avons dîné à la maison le mardi soir. Nous sommes partis à Nantes le mercredi vers cinq heures et avons fait bon voyage, j’ai fait dîner les enfants en arrivant et, une fois de plus, les enfants au lit, nous avons garni leurs petits souliers disposés devant la cheminée… nous sommes allés ensuite à la Messe de Minuit à la chapelle de Toutes-Joies… En rentrant nous avons trouvé nous aussi nos souliers garnis, des bonbons, un portefeuille pour Jacques, une nappe à thé et les serviettes pour moi, puis nous avons eu un petit réveillon et sommes allés nous coucher. Le lendemain, jour de Noêl, une fois Pépée réveillée, visites de famille malgré le mauvais temps, Jacques nous conduisant, nous sommes allés à la Visitation, chez les oncles et tantes, chez Paul et Irène. Vendredi matin, Jacques est parti et j’ai commencé mes courses et achats, essayages avec Jean, ce qui m’a encore pris du temps, c’est que Jean qe plaignait d’une oreille et je l’ai conduit chez un spécialiste qui a trouvé un petit abcès à l’oreille, la chose a été vite liquidée, mais le petit a souffert. Samedi, j’ai pu prendre un moment pour aller chez Andrée Jaffré, qui recevait aussi ses amies de Passerio et nous avons évoqué toutes quatre quantité de vieux et de très gais souvenirs.
Jacques est revenu dimanche soir, nous avons fait lundi des courses et essayages, et, mardi matin, Mère avait la pendaison de sa crémaillère, ce qui fait que nous ne sommes revenus que dans l’après-midi. Depuis, rien de neuf… que les occupations du moment, les lettres de bonne année. J’ai été gâtée moi aussi pour mes étrennes, mon Jacques m’a offert un charmant collier d’ambre que je porte aujourd’hui avec le plus grand plaisir. Les enfants ont été comblés de jouets de toute sorte, et mon bureau est transformé en un magasin, Pépée accepte tout sans s’inquiéter de sa provenance et serre sur son coeur une poupée aussi grande qu’elle et Jean défait ses paquets avec une figure extasiée, ce qui ne l’empêche pas de faire le diable ensuite, malgré ses promesses formelles.
Pendant que j’écris, la TSF déroule des disques plus ou moins intéressants et j’écoute avec une émotion intense une romance assez banale : “l’Etoile d’amour“… nous la chantions ensemble autrefois, alors que nous étions un groupe joyeux de pensionnaires… penchées sur une peinture, un fusain ou un ouvrage sur cuir…
Dimanche 11 janvier
J’ai tant de choses à raconter que je ne sais par où commencer…
J’avais donc François depuis mercredi soir et Solange nous est arrivée dimanche soir pour dîner, Jean et Jacqueline sont venus après dîner ci et, nous avons essayé de mettre sur pied les plan des tables, ce qui n’est pas chose facile.. Lundi rien de neuf, une promenade avec Solange et les enfants, la soirée à la maison. Mardi matin, sont arrivés Oncle Raymond et Aline, en même temps qu’arrivaient à la maison Oncle Alfred, Mme Granger et son fils, j’ai reçu tous les jeunes à déjeuner, le repas a été très gai et plein d’entrain ; à 3 heures et demie nous avons assisté au mariage civil, puis après avoir passé un moment ici avec Mme Granger, nous avons pris les autos pour dîner à La Roche.. Repas par petites tables, bien servi, mous avons fait là-bas la connaissance de quelques membres de la famille Granger assistant au mariage, la plupart n’étant pas venu à cause de la mauvaise saison. Nous sommes rentrés de bonne heure… Mercredi, j’étais debout dès six heures ; j’ai habillé Jean, fait le kéfir, les biberons et bouillies, préparé les déjeuners de tout le monde et me suis rendue à la maison de bonne heure afin de recevoir les invités et de faire les présentations ; Jacqueline était très bien en mariée, tout à fait à son avantage ; vers 10 heures, nous avons formé le cortège, il y avait beaucoup de jeunes et de jolies toilettes ; nous nous sommes rendus à l’église en auto et n’étions pas trop en retard ; la messe a été jolie et la musique assez bonne, le discours de M; le Curé bien et ensuite nous avons eu le défilé à la sacristie puis nous sommes revenus à pied ; c’est à la maison que nous avons pris les photos, la sortie de l’église étant glaciale. Nous avons ensuite filé à La Roche ; le déjeuner à l’Europe a été bien servi et très bon, la soirée pleine d’entrain, les jeunes ont beaucoup dansé et je ne me suis pas ennuyée non plus. Vers huit heures tout a pris fin et nous sommes rentrés ici, où avec tous les jeunes nous nous sommes remis à table pour manger un jambon et du melon glacé, puis nous avons causé et fumé dans le salon jusqu’après onze heures.
Jeudi matin, Oncle Raymond est parti avec Solange et François ; j’ai eu Milou à déjeuner et Henri à dîner. Vendredi j’ai remis bien des choses en place. Hier maman a déjeuné ici et nous avons tous dîné à la maison ; ce matin, Aline est partie et c’est le grand vide!…
Il y aurait trop de détails à raconter, j’y renonce.
Dimanche 18
… Cette semaine a été plutôt calme…Dimance après-midi, Jacques et moi avons commencé nos visites du Jour de l’An, sommes allés chez les Chailloux, Lucas et Tante Guesdon, la grande conversation a naturellement roulé sur le mariage. Lundi j’avais un furoncle au menton et je ne pouvais pas sortir avec ma figure bandée, j’ai eu le soir une bonne visite de Françoise. Mardi après-midi chez Marguerite, on a naturellement parlé du mariage, mais la conversation a surtout porté sur la dernière Encyclique parue, l’Encyclique sur le mariage, toutes ces dames en sont épouvantées et redoutent les foudres de leurs confesseurs. Mercredi maman était à Nantes, j’ai promené les enfants et travaillé avec eux, de même jeudi et vendredi ; hier j’ai passé presque tout mon après-midi en rangements et mis en ordre plusieurs armoires. Nous avons eu Maman à déjeuner et dîné à la maison.
Rien de neuf à part cela, que du travail quotidien, les enfants sont souvent insupportables, mais souvent aussi bien mignons. Jean est drôle au possible et petite Jacqueline si caressante, elle commence à vouloir parler et dit ““non“ avec la plus grande énergie…
25 janvier 8 heures et demie
Je viens après dîner de feuilleter “l’Illustration“… en écoutant la TSF, cela fait tant de bien d’être un peu au calme, de na pas entendre la tapage incessant des enfants, de ne pas être obligé de gronder et de punir…
Aujourd’hui…à 3 heures, j’étais à faire goûter les enfants lorsque sont arrivés M. et Mme Henri Tenailleau, j’ai été obligée de les recevoir dans la salle à manger, j’ai été obligée de faire finir le biberon de Pépée et de boire le lait de Jean devant eux, ce qui n’a pas été une petite affaire. Jacques et moi sommes sortis continuer la série de nos visites de janvier aux Bonnaud et Benjamin Gendreau.
Reprenons un peu la semaine, d’abord le ménage Granger que nous comptions voir cette semaine n’est pas encore rentré, la nomination de Jean ayant été un peu retardée, ils en ont profité pour aller passer une journée sur les bord du lac de Genève, j’ai eu ce matin une carte de Lauzanne, heureuses gens qui peuvent voir de si beaux pays ! Lundi je ne suis pas sortie, il ne faisait pas très beau et je désirais travailler avec Augustine ; mardi j’ai reçu Armande, Marguerite et Odile et le soir je suis restée assez tardà écouter par TSF “Ramuntcho“ avec la musique ravissante de Pierné. Mercredi j’ai eu une journée très calme, Jean a déjeuné chez mes parents puis Maman allant à La Roche l’a emmené avec elle, de sorte que je n’ai eu qu’à m’occuper de Pépée, et cela m’a paru infiniment reposant. Jeudi après-midi à La Roche : dentiste, coiffeur, achats, visites aux Durand et à Charlotte. Vendredi, Jacques allant à Nantes, j’en ai profité pour faire quelques courses et avons emmené Jean, nous avons eu un temps affreux et trottiné toute la journée sous la pluie ; nous avons ramené Mère qui avait des affaires à régler à Palluau et nous est restée jusqu’à aujourd’hui.
… Il pleut souvent, presque chaque jour, et c’est une boue, je n’ose pas mettre Pépée à jouer dans la cour de peur qu’elle ne s’affale les fesses par terre et comme Jean ne veut pas sortir quand on le lui dit, ils ne prennent pas l’air quand que je le désirerais que dans leurs promenades. Heureusement les jours allongent, viennent les beaux jours !
Dimanche 1er février
… Semaine très occupée pendant laquelle je n’ai pas beaucoup tiré l’aiguille ; lundi je suis cependant restée ici, il faisait à peu près beau, aussi les enfants sont restés dehors presque toute la journée, Jean s’amusant avec son tricycle ou son auto-skiff et Jacqueline le suivant avec admiration ou bien poussant gravement sa voiture de poupée ; pendant ce temps je suis sensée pouvoir m’asseaoir et travailler, en réalité, il faut sortir toutes les cinq minutes pour “débloquer“ l’auto-skiff de Jean ou dégager la poupée de Jacqueline d’un tas de sable où elle s’est aventurée. Mardi, il a fait toute la journée un temps affreux, ne pouvant sortir les enfants, j’en ai profité pour faire une tournée de visites : Mlle Lucas, Mme Herbreteau, Mme Eugène Tenailleau, Radégonde Gendreau et Mmes Plan???, au retour j’ai baigné Jean et il était l’heure de dîner. Mercredi après-midi chez Armande, j’ai emmené Jean jouer avec Odile. Jeudi courses à La Roche. Vendredi j’ai terminé mes visites de janvier et vu longuement Mme Bonnaud. Hier je ne suis pas sortie mais j’ai reçu Maman et les Granger à déjeuner et nous avons tous dîné à la maison. Jean et Jacqueline sont ici depuis mercredi matin, enchantés de leur voyage ou plutôt de leurs deux voyages de noces, d’abord séjour sur la Côte d’Azur, par un temps du mois de juin, écrivait Jacqueline, ensuite une petite fugue de cinq jours à Genève, Berne, Lauzanne et Interlaken, nous les avons vu pas mal ces jours-ci et aurions facilement repris nos bonnes habitudes d’autrefois mais ils repartent ce soir pour Tours et la Haye-Descartes, Jean prêtant serment demain à Loches. Jacqueline va avoir maintenant les soucis de sa nouvelle installation.
…Aujourd’hui, … nous avons eu Jacqueline et son mari, Marie étant au patronage à une représentation donnée par les jeunes filles, c’est moi qui ai fait et servi le dîner…
J’ai encore pas mal de travail à faire pour la semaine prochaine : des protège -muraille ??? pour deux chambres, de la lingerie, des chemises de nuit pour Jean et surtout une garniture de chambre pour la chambre grise. Je vais faire maintenant mes comptes du mois de janvier puis lire un peu avant de me coucher.
Dimanche 8 février
J’ai quelques minutes à moi pendant que Pépée dort ; voilà quatre jours qu’elle est au lit avec une forte crise de dents lui occasionnant de la fièvre…
Peu de choses à dire de cette semaine, je ne suis pas sortie, j’ai travaillé, surtout les premiers jours, avec les enfants, ensuite le soin de Pépée m’a absorbée… Jeudi soir, séance donnée par les jeunes filles à la salle paroissiale. Vendredi une visite à Armande Brachet grippée.
Papa et maman sont revenus hier soir de la Haye-Descartes où ils étaient depuis mardi pour installer Jacqueline ; ils sont restés en panne près de Saint-Maixent, si bien qu’ils ne sont arrivés qu’hier soir à 10 heures. Jacqueline n’est pas encore très habituée là-bas !
Dimanche 15 février
Une bonne heure de tranquillité devant moi… une heure avant le goûter des enfants…une heure de liberté sans aucune tâche pressée…une heure totalement à moi ! Je sais bien que les enfants sont là à jouer, ils s’entendent bien pour l’instant, mais d’ici cinq minutes il faudra peut-être se déranger pour mettre la paix, ou pour les petits besoins de Pépée, mais j’en ai tellement l’habitude…
Un vilain dimanche, il pleut, il fait froid, dehors c’est la boue et le ciel gris ; ici il fait bon, dans la tiédeur du chauffage, la TSF égraine derrière moi quelques notes d’un fox-trott, l’atmosphère sombre éclairée par ces deux petites figures chéries, le minois décidé de Jean, les joues roses et les cheveux blonds de Pépée, tout à fait remise maintenant…
Lundi et mardi je ne suis pas sortie et j’ai travaillé avec Augustine. Mardi après-midi j’ai été tupéfaite en apprenant le brusque départ de l’Abbé Quillaud, envoyé à Chavagnes, tandis que l’Abbé Sigogneau, vicaire à Chavagnes, est envoyé ici. Nous avons dîné à la maison le soir. Mercredi matin fait quelques courses, partout on ne parlait que du départ de l’Abbé Quillaud, je suis même allée bavarder quelques minutes avec Mme Bonnaud, alors qu’en réalité je n’avais guère le temps. Après-midi chez Marguerite avec Armande nous avons parlé pendant au moins deux heures sur le même sujet ; je n’osais pas regarder Armande. Les Gourraud déménageant la semaine dernière, Pierrot était venu ces jours-là chez sa grand-mère et j’ai emmené Jean jouer avec lui, ils ne sont d’ailleurs pas très bien entendus. Jeudi j’ai longuement écrit à Jacqueline qui a l’air de s’habituer dans sa nouvelle résidence puis travaillé avec les enfants. Vendredi, Papa ayant un peu de grippe intestinale, je suis allé le voir un moment. Hier temps superbe, les enfants ont joué dehors presque toute la journée. Aujourd’hui… j’ai assisté à la grand-messe avec Jean.
Assisté également à la messe mercredi, c’était l’anniversaire des apparitions de Lourdes et aussi le onzième anniversaire de la mort de Simone…
Lundi, visite de Mme Herbreteau ; vendredi, vu Samuel et l’Abbé Quillaud, venu me faire ses adieux. Hier j’ai fait mes raccommodages de lessive ; a part cela, toute la semaine d’ai beaucoup travaillé, l’après-midi en gardant les enfants, à des protèges -murailles pour deux chambres et le soir lorsqu’ils sont couchés, et que j’ai la paix, à une garniture rideaux et dessus de lit, pour la chambre grise.
Lu un peu aussi cette semaine “l’Illustration“, des revues, un livre de Larrouy assez amusant et surtout relu l’admirable “Guerre des femmes“ que je sais cependant presque par cœur …
Dimanche 22 février
Temps délicieux aujourd’hui sous un ciel très pur… la grand-messe sonne Jean va partir avec Marie tandis que Pépée va s’amuser dans la cour en attendant son tapioca de onze heures…
Bien des choses cette semaine : lundi travaillé avec Maman et les enfants, mardi fait des beignets, en l’honneur du Carnaval et assisté le soir aux Vêpres. Mercredi je recevais Marguerite, Armande et Odile et, Marie allant à La Roche chez le dentiste, maman de vait venir me donner un coup de main au moment du goûter des enfants ; personne à trois heures… à trois heures et demie Pépée avait pris son lait et sa croûte mais Jean voulait attendre Odile, Marguerite arrive, elle peut venir de bonne heure à présent, Armande arrive, toujours pas de Maman, tout à coup Joséphine vient me dire que le feu était dans la cheminée de la cuisine, Maman ne pourrait pas venir ; prenant mon parti, j’ai préparé le goûter des enfants et leur ai donné laissant Marguerite et Armande dan le salon, juste à ce moment paraissaient les deux vicaires, l’abbé Sigogneau en visite d’arrivée ; je quitte les mioches et vais les recevoir ; au bout de quelques minutes Joséphine m’appelle disant que le feu s’aggravait et que les flammes sortaient dans une chambre ; je commence à m’inquiéter, les vicaires esquissent un mouvement de retraite. Soudain surgit Mme Dorion, qui sortant de la maison où elle était en visite, venait confirmer la chose ; du coup débandade générale, seules Armande et Marguerite restant au poste et me proposent de garder la maison pendant que j’irai me rendre compte du danger. Je suis donc allée à la maison qui était déjà pleine de monde ; le capitaine des pompiers surveillait le feu, dont les ronflements d’ailleurs diminuaient, le plus inquiétant étant le briquage du grenier, très mince, qui aurait pu céder, amenant une catastrophe ; le plancher du grenier fumait, tant la chaleur était forte, je suis donc partie rassurée et nous avons terminé l’après-midi à peu près tranquillement
Jeudi, nous sommes allés dîner à la maison et vendredi j’ai passé l’après-midi avec les enfants ; hier Papa et Maman ont déjeuné ici, leur bonne étant malade, et elle a dû partir se soigner chez elle.
Quoi de plus à raconter ?… j’ai lu un peu : des revues, “l’Ennemie intime“ de Marcelle Tinagre ; j’ai même fait un peu de musique dimanche après dîner et trouvé une douceur très grande à retrouver mon violon, quoique mes doigts soient actuellement bien raides et que de bons moments d’étude me seraient utiles.
Entendu de bonne musique cette semaine par TSF, la “Sonate Appassionnata“, la “Fantaisie“ de Rimsky-Korsakoff que nous avions jouée autrefois…
Toujours de bonnes nouvelles de La Haye, hier une lettre de Jacqueline, ce matin une lettre de Jean.
Dimanche 1er mars
Je suis malade et cependant bien contente, bien que je me passerais volontiers des maux de coeur, nausées et autres malaises qui m’annoncent pourtant une excellente chose. J’ai la certitude à peu près complète que notre petit troisième est en route…avec quel bonheur nous accueillerons ce petit être chéri…
Quoi dire de cette semaine : elle a été dans l’ensemble assez calme ; nous avons eu au début quelques journées superbes et les enfants passaient tout leur temps dehors, ce qui leur faisait le plus grand bien, malheureusement à partir de jeudi nous avons eu la pluie et même hier de la tempête, aujourd’hui le temps est froid quoiqu’ ensoleillé et le vent est grand.
Je ne suis pas sortie cette semaine, à part une après-midi chez Armande et un moment passé avec les enfants vendredi à la maison. Reçu hier les Gaillard.
Dimanche 8
Semaine très pénible, le moment des grandes angoisses est venu et j’ai passé des journées atroces, souffrances physiques d’abord, nausées, malaises et dégoût, souffrances morales aussi, les plus terribles, car je vis dans la terreur de faire une fausse couche et ce sont des craintes incessantes, en plus de cela, j’ai une répugnance très forte pour tout travail, aucun entrain et aucun goût pour quoi que ce soit ; j’ai hâte que cette mauvaise période soit passée et hâte de sentir vivre en moi le petit être… les matinées vont à peu près, je me lève assez tard, Jacques faisant chauffer mon déjeuner et préparant toutes choses, je m’occupe comme d’habitude des enfants, je fais le kéfir et les bouillies et me repose quelques moments avant le déjeuner, mais ce sont les après-midi qui sont si longues, après déjeuner, je lis les journaux en travaillant, mais il me reste encore de longues heures à me tourmenter et à souffrir ! les veillées sont moins pénibles, Jacques est là et sa présence est pour moi un tel réconfort !
Rien de très neuf cette semaine : una après-midi mercredi chez Marguerite, un voyage à La Roche jeudi, je suis allée voir Charlotte dans sa nouvelle maison, parfaitement confortable et fait une visite à Mme Lesaffre. Papa et Maman qui étaient à La Haye sont revenus hier, mais ils comptent partir aux Sables vers la fin de la semaine.
Temps très froid et désagréable, lundi il a neigé une partie de la journée…
Dimanche 15 mars
Il a neigé dimanche presque toute l’après-midi… la journée de lundi a été très froide et, malgré le soleil, la neige n’a fondu qu’en partie ; toute la semaine le temps est resté beau avec le matin de fortes gelées blanches puis brusquement, hier matin, ce froid s’est fondu dans une douceur subite qui nous donne des journées tièdes et ensoleillées… les enfants jouent dehors toute la journée et cela leur fait grand bien, ils ont des joues roses et des petits mollets fermes qui font plaisir à voir. Pépée vien de percer sa septième dent et première molaire qui n’a causé aucun ennui…
Ma semaine s’est passée de façon très calme ; j’ai reçu mercredi Armande, Marguerite et Odile et à part un court moment chez les Bonnaud je ne suis pas sortie. Lundi, j’ai eu la visite des B. Gendreau et de Mlle Armande, mardi j’ai passé l’après-midi avec les enfants. Mercredi après-midi Jacques est allé à Nantes emmenant Jean ; je suis restée ici… ma réclusion commence!… j’ai vu cet après-midi les Petites Soeurs des Pauvres. Les voyageurs sont revenus assez tard, ayant pris Marie Mérieau à leur passage à Rocheservière. Avec cela j’ai eu des nombreux malaises et passé des journées plutôt fatigantes…Jean va avoir quatre ans après-demain, de revis en ce moment les heures angoissantes passées avant sa naissance…
Reçu hier matin l’annonce de la naissance d’un petit Yves Ménard, quelle similitude de noms : Jean, Jacqueline, Yves… notre petite troisième aussi s’appellera Yves… ou Geneviève.
Matinée assez tranquille, j’ai écrit à La Haye, à Nantes… Papa et Maman partent demain aux Sables pour une quinzaine, cela représente de grandes après-midi de solitude à passer…
Dimanche 22
La semaine s’est passée quand même, s’est traînée, devrais-je dire tant j’ai trouvé le temps long ! je retrouve mes impressions des mois où j’attendais ma Pépée…
Lundi, mes parents sont partis aux Sables et je n’ai pas perspective, le long des mes après-midi, de voir Maman un peu le soir ; quant à Jacqueline, elle me manque toujours beaucoup ! Mardi, mercredi, rien de nouveau, mon travail habituel… Jeudi, c’était la foire, Papa et Maman sont venus et je les ai vu un bon moment ; puis j’ai fini l’après-midi chez Armande. Vendredi je suis allée un moment voir tante Abel et Marguerite. Enfin hier Jacques m’a amené à déjeuner un Inspecteur de l’Enregistrement.
Rien de neuf autrement cette semaine qu’un triste accident hier soir, deux petites filles revenant de l’école renversées par une auto, l’une s’en est tirée avec une cuisse cassée mais pour l’autre on craint quelque chose d’interne, depuis hier soir elle n’a pas repris connaissance, c’est épouvantable !
Toujours de bonnes nouvelles de La Haye-Descartes, les Granger pensent venir le mardi de Pâques…
Dimanche des Rameaux 29 mars
Toujours de longues et pénibles journées à passer…
Jacques vient de partir à Vieillevigne avec mes parents à l’enterrement de l’Oncle Luneau, décédé avant hier, me voilà donc pour l’après-midi seule avec les enfants. Jai assisté ce matin à la messe de 8 heures et communié… je désirais vivement ne pas attendre plus longtemps pour faire mes Pâques. J’ai lu ce matin la Passion selon Saint Matthieu…
Quoi raconter de ma semaine, elle a été semblable à toutes, j’ai travaillé, lu, me suis occupée des enfants, tourné des bouillies et lavé des couches ! Dimanche j’ai vu Charlotte et Pierrot, puis Françoise ; mardi je suis allée avec Jean chez Mme Lucas, mercredi j’ai reçu Mme Bonnaud ; jeudi, réunion chez Marguerite avec Armande ; vendredi travaillé avec Augustine. Papa et Maman sont revenus des Sables hier ; Jean et Jacqueline doivent venir le mardi de Pâques.
Les enfants jouent dehors, j’entends leurs petites voix et le trottinement de Pépée ; elle a mis cette semaine deux dents sans que cela la fatigue , elle en viendra à bout peu à peu !
Dimanche 12 avril
Je quitte quelques instants ma chaise - longue… hier j’ai risqué le voyage à La Roche afin d’aller déjeuner chez Charlotte, aussi ce matin je suis un peu fatiguée, j’ai quelques malaises…
Quoi de neuf durant cette quinzaine ? ma Semaine Sainte a été bien monotone et je n’ai pu avoir aucun office ; le jeudi seulement je suis allée quelques instants prier devant le reposoir, mais j’avais emmené Jean… Je ne suis guère sortie à part une visite à Andrée Boyer, une à Mme Bonnaud et une après-midi à la maison avec les enfants ; j’ai reçu Marguerite, Armande et Odile le vendredi. Samedi matin, nous avons eu presqu’au réveil de voir la grande joie des enfants devant les présents apportés par les cloches : une tortue en chocolat pour Jean et une coquille Saint-Jacques pour Pépée qui était aussi heureuse que son frère. Mère et Madeleine sont arrivées pour déjeuner et nous avons passé l’après-midi à travailler ensemble. Dimanche j’ai pu communier à sept heures à côté de Jacques… nous avons ensuite assisté à la grand-messe dont j’aime tant la liturgie… puis passé une après-midi tranquille et reposante ; Armand et Suzanne sont arrivés pour dîner et tous dont repartis lundi vers trois heures.
Cette semaine a été splendide… par ce beau soleil les enfants sont toute la journée dehors et j’ai davantage la paix, ce qui m’est infiniment précieux. Il faut dire aussi que je ne suis guère restée à la maison cette semaine, les Granger étant ici depuis mardi, nous avons profité le plus possible de leur présence ; mardi j’ai passé à la maison l’après-midi avec les enfants ; mercredi tous deux sont venus déjeuner ainsi que Maman et le soir nous avons tous dîné à la maison, nous avons eu une petite séance cinéma, où Jacques a passé le film pris par Pierre Moreau au mariage de Jacqueline, c’était très amusant et vivant, les différents couples ne sont pas tous aussi bien rendus, mais c’est dans l’ensemble un excellent souvenir. Jeudi nous avons eu plusieurs séances avec les Mignen, les clercs, et ce soir les Bonnaud. Vendredi après-midi chez Armande. Enfin hier déjeuner chez Charlotte avec les Logeais et les Lucas, j’étais enchantée de cette journée de distraction, mais ce n’est pas sans inquiétude que je me suis rendue à La Roche et d’ici quelques jours je ne serai pas très tranquille ! le repas était parfait et nous avons passé une bonne journée sauf Jacqueline qui a eu la malencontreuse idée de prendre du café, ce qui lui est cependant bien interdit, et a eu des battements de coeur tout l’après-midi, si bien qu’elle était fatiguée et n’a pu partir avec Jean hier soir, elle est aujourd’hui beaucoup mieux et compte partir demain matin.
J’ai eu une bonne journée de repos aujourd’hui, Jean est depuis ce matin à la maison et j’ai pu faire quelques heures de chaise-longue, petite Pépée vient de se réveiller et joue au bon soleil de la cour
Dimanche 19 avril
Semaine en somme assez mauvaise, est-ce le trop bon repas de Charlotte , je ne sais mais j’ai été reprise de maux de coeur , moins violents, il est vrai, mais suffisamment pénibles ; de plus, le temps ayant été moins beau que précédemment, à cause d’un grand vent froid presque continuel, j’ai été obligée de tenir davantage les enfants à la maison…
Deux événements marquants cette semaine, l’un d’ordre international, l’autre simplement … paroissial!… je commencerai par ce dernier pour respecter l’ordre chronologique : lundi matin nous avons été très surpris d’apprendre le brusque départ de M. le Curé, de plus en plus souffrant il avait demandé à l’Evêché la permission de se retirer, aussitôt l’acceptation reçue, il est parti sans prévenir personne, évitant des adieux, qui auraient pu être néfastes à sa santé ; la paroisse est unanime à le regretter ! quel curé allons-nous avoir maintenant ?
Lundi soir nous avons appris par TSF que les événements d’Espagne allant en s’aggravant, depuis plusieurs mois déjà des troubles se succédaient, de plus en plus menaçants. Mardi soir nous avons appris, toujours par la même voie, que le roi, pour éviter toute effusion de sang se décidait à quitter l’Espagne et s’embarquait à Carthagène. Le lendemain la reine et les infants ont quitté Madrid pour Hendaye et Paris où le Roi par Marseille, est venu les rejoindre, les récits de ce départ sont particulièrement émouvants ! la République est maintenant proclamée en Espagne ; le dernier des Bourbons descend du trône, encore une dynastie qui s’en va !
A part cela rien de marquant ici cette semaine ; j’ai passé l’après-midi de mardi à la maison avec les petits ; mercredi passé l’après-midi chez Marguerite et dîné à la maison ; vendredi, visite de Mme Lesaffre et de ses enfants, visite à Mme Bonnaud. A part cela mon travail habituel, soin des enfants, tricot, couture.
Dimanche 26 avril
Quelques jours de vacances ! Jean est parti à Nantes vendredi matin avec grand’mère Dugast et Jacques doit aller le chercher au milieu de la semaine ! c’est pour moi un grand repos, le calme règne dans la maison et je n’ai pas ces scènes pénibles causées par son entêtement et sa manie de raisonner ! d’un autre côté il me manque déjà… Pépée est bien mignonne et facile, aussi ces quelques jours sont pour moi un grand repos !
Quelques événements cette semaine : vendredi j’ai été suffoquée d’apprendre par Maman la mort très soudaine de M. Loiseau, je savais par Marguerite qu’il était souffrant, un peu grippé, ce qui avait fait repousser une réunion projetée pour cette semaine, mais ce que j’ignorais, c’est qu’il avait le coeur fatigué et la grippe a dû déterminer une crise d’angine de poitrine qui l’a emporté jeudi matin. L’enterrement a lieu aujourd’hui ! la vie est décidément bien peu de chose !
Renée Dugast-Gourraud a eu son bébé mercredi c’est un beau petit Luc de huit livres ; depuis longtemps elle était à Nantes pour observation et suivait un régime très sévère… elle est rentrée à la clinique mardi soir et, par un effet de télépathie, j’en ai eu le pressentiment et avant de me coucher me suis mise à prier pour elle ! la pauvre femme a eu si peu de chance ! il y a trois une fausse couche suivie d’hémorragies et il y aura bientôt deux ans une petite fille morte…
J’ai eu cette semaine la visite de Marie Béziaud??? maintenant Sœur Saint André, elle s’embarque le 15 mai pour la Nouvelle-Guinée et s’en va le coeur joyeux évangéliser les Papous. Deux mois de voyage et un tel départ sans aucun espoir de retour… combien doit souffrir sa pauvre mère ! si un de mes enfants me demandait ce sacrifice, quel déchirement atroce ce serait !.. et pourtant quelle belle vocation que de tout quitter pour étendre le règne du Christ !…
Reprenons les petits faits de cette semaine : lundi j’ai eu à dîner Mère, Armand, Suzanne et Michel, dont c’était la rentrée. Mère s’est décidée à rester une partie de la semaine et nous a quittés vendredi matin. Mercredi j’ai reçu Armande et Marguerite et le soir nous avons tous dîné à la maison y compris les enfants ; Pépée n’a pas cessé de rire, de jouer et de jaser pendant tout le repas.
Temps affreux toute la semaine, toujours ce grand vent froid, hier nous avons eu même une véritable tempête…
Ma santé est plutôt meilleure, je suis seulement un peu fatiguée… hier soir je me suis acouchée assez tard, je voulais entendre jusqu’au bout la retransmission par TSF du concert donné par les élèves du Conservatoire : Athalie avec les choeurs de Mendelsohn sous la direction de Rabaud, c’était merveilleux. Jacques lui-même avait saisi mon Racine et se replongerait avec plaisir dans ses souvenirs classiques !… seulement je paie un peu cela ce matin !… enfin, me voilà qu quatrième mois et je respire un peu…
Dimanche 3 mai
Semaine très calme, infiniment reposante ! j’ai profité de l’absence de Jean pour exécuter plusieurs travaux que je n’ai pas le loisir de faire lorsqu’il est là, j’ai rangé des journaux et détruit ce qui n’est plus nécessaire, j’ai rangé les meubles du bureau, la bibliothèque, l’armoire de la lingerie et enfin composé un fichier ce qui m’a demandé plusieurs bonnes après-midi de travail, pendant lesquelles pour avoir la paix, j’envoyais Pépée chez grand’mère, les deux étant enchantées de cette combinaison.
Je ne suis guère sortie cette semaine, à part jeudi soir où j’ai fait une petite escapade à La Roche, non sans craintes ! mercredi matin coup de téléphone des Durand nous invitant à déjeuner pour le lendemain avec les Gourraud et les Boisdé ; après bien des hésitations, nous nous sommes décidés à accepter. Cette sortie m’a fait grand plaisir… vers cinq heures nous sommes allés voir Michel, avons fait quelques course et sommes revenus…
Plusieurs visites cette semaine, lundi Mme Bonnaud, mardi Mme Lucas puis Tante Abel et Marguerite. Hier, Jacques étant à Nantes pour chercher Jean, j’ai déjeuné et passé la journée à la maison avec Pépée. Nous partons aux Sables dimanche prochain. A propos des Sables, notre nouveau curé est nommé, c’est Monsieur l’Abbé Pouponneau, curé de Saint-Michel des Sables, il doit nous arriver prochainement.
Mes comptes à faire cet après-midi et plusieurs lettres à écrire et j’aurai Jean sur le dos toute la journée !
Les Sables mercredi 13 mai
Me voici installée ici depuis dimanche. le voyage s’est bien passé et comme trois jours se sont écoulés depuis, je commence à être plus tranquille à moins redouter un accident… il fait un temps merveilleux, et les enfants vivent sur la plage qui, à cette époque, nous appartient… Jacqueline dort depuis le déjeuner, Jean s’amuse dans la salle à manger avec grand’mère ; aussitôt que petite Pépée sera réveillée il faudra faire chauffer les biberons et se mettre en route pour la plage avec le goûter.
Reprenons les événements de ces dernières semaines : rien de très nouveau en somme, j’ai terminé un peu d’ouvrage et organisé celui que je voulais emporter ici. Le mercredi, Jacques étant à La Roche pour la réunion des notaires, j’ai déjeuné et passé l’après-midi à la maison. Jeudi après-midi chez Armande, dîné à la maison. Vendredi un peu de correspondance et des visites, samedi quelques rangements et dimanche préparatifs de départ. Jacques est resté ici jusqu’à hier matin et revient je pense ce soir ou demain matin…
Dimanche 17
Il pleut, nous voilà enfermés peut-être pour la journée ! cela paraît dur après les belles journées que nous avons eu… les enfants sont sages et s’amusent gentiment, pourvu que ça dure !
J’ai vu Jacques jeudi, l’étude é“tant fermée pour l’Ascension ; il est arrivé mercredi soir et parti vendredi matin, si bien que nous avons eu une grande et bonne journée à passer en semble ; il a fait d’ailleurs un temps merveilleux, aussi nous avons pu jouir largement de la plage et nous promener au bord de l’eau; le soir, nous sommes allés voir “Tarakaunova“???????????? film parlant qui m’a bien plu. Vendredi passé une bonne matinée à la plage, après déjeuner j’étais fatiguée et j’ai dormi un moment, ensuite comme il a plu un peu, nous n’avons pu sortir aussi tôt que d’habitude, mais avons cependant sorti les enfants de cinq à sept heures. Hier c’était la tempête, aussi il a fallu nous contenter de quelques tours de Remblai…
Une grande joie jeudi : pour la première fois, j’ai senti remuer le petit être que je porte en moi…
Mercredi élection à la Présidence de la République : Doumer élu
Dimanche 24 mai - Pentecôte
Un dimanche solitaire, Jacques ne vient pas ce soir et je suis toute désemparée en pensant, qu’à l’heure habituelle, je n’aurai pas à guetter le ronflement familier de l’auto…Mère et Madeleine sont arrivées au Poiré hier matin, et hier après-midi Jacques les a amenées passer un moment ici en venant chercher Jean. C’est aujourd’hui la Seconde Communion de Michel, la cérémonie a eu lieu ce matin à La Roche, il y a du avoir ensuite un déjeuner à l’Europe, puis tous fileront à Thouars pour le dîner de ce soir et le déjeuner de demain. C’est dûr de rester ici, heureusement que j’ai une petite poupée, la joie de ses sourires, ses gestes calins et gracieux, ses petits bras autour de mon cou !
Semaine très tranquille ! le temps n’a guère été beau et nous n’avons pas pu souvent descendre sur la plage, aussi avons-nous beaucoup promené les enfants sur le remblai pour qu’ils profitent de l’air de la mer. Hier nous avons eu une journée merveilleuse, avons pu passer un bon moment sur la plage hier matin, et nous avons fait une bonne promenade l’après-midi, Madeleine, Jacques et moi, pendant que les enfants jouaient sur le sable en compagnie de leurs deux grands mères…
Des quantités d’autos passent aujourd’hui sous les fenêtres, il y a beaucoup de promeneurs en ces jours de fête, tout le monde circule, pour ma part je ne bougerai pas ! Pépée dort, tout à l’heure Maman et moi l’emmèneront à la plage…
Le Poiré, dimanche 31 mai
Encore une journée de solitude ! tous sont partis ce matin à Luçon, assister à la Communion de Vevette et une fois de plus, je garde la maison avec ma Pépée ; heureusement mes parents sont revenus des Sables hier et je déjeunerai aujourd’hui à la maison, mais la journée va me paraître bien longue et vide !
Que raconter depuis dimanche dernier , ce jour-là après-midi solitaire, avons emmené Maman et moi, Pépée sur la plage et j’ai passé un moment sous la tente de Zuzanne Léveillée, qui attend son second bébé pour fin juillet ou début août. Lundi, passé la plus grande partie de la journée à la plage et nous y avons eu une longue visite de Françoise. Mardi, séance chez le coiffeur et après-midi à la plage, mercredi nous avons encore profité de la plage le plus possible et jeudi, il a fallu songer au départ. J’au vu le matin le docteur Nicolleau qui a trouvé Pépée étonnamment changée depuis l’an dernier, très forte et bien vigoureuse à tous points de vue. Jacques est venu me chercher avec Jean dans l’après-midi et nous étions ici pour dîner, après un court arrêt à La Roche. J’ai une grande joie à retrouver la maison spacieuse et confortable… de voir le jardin si vert et si fleuri de roses… Mère étant ici depuis mercredi soir, elle etait venue rentrer Michel et reconduire Jean qui était resté avec elle à Thouars ; Madeleine est arrivée hier après-midi et Armand et Suzanne hier soir ; aujourd’hui c’est le grand vide !
J’ai commencé à réorganiser mon travail ici, mais il me reste du linge à serrer et bien des choses à remettre en place…
A Nantes l“Apollo a brûlé, Françoise et Benjamin ont passé une nuit atroce dans la loge de la concierge, par bonheur leur maison a été épargnée.
Dimanche 7 juin
Semaine un peu pénible ! sans avoir rien d’inquiétant… j’ai passé dimanche dernier une journée un peu désagréable, la matinée a encore été à peu près, j’ai eu mes occupations habituelles, ai lu mes journaux puis je suis allée avec Pépée déjeuner à la maison ; je suis rentrée aussitôt après pour faire dormir ma petite chérie, mais dès qu’elle a té couchée… j’aurais volontiers dormi moi aussi, j’ai quand même tant lutté contre le sommeil que j’en suis sortie comme abrutie et incapable de lire ou d’écrire., j’ai passé mon après-midi entièrement seule, avec Pépée bien entendu, maman n’est venue qu’après six heures, puis les Baron qui m’ont amené Fernande en communiante. A sept heures les voyageurs n’étaient pas arrivés, j’ai mis Pépée à table et l’ai fait dîner. Je finissais de la coucher lorsque la bonne de Radégonde Gendreau est venue me dire que Jacques avait téléphoné qu’il restait dîner à Luçon avec Madeleine et Jean, j’ai donc eu un dîner solitaire et une veillée très pénible pendant laquelle Pépée a pleuré tout le temps, je venais de monter vers 10 heures quand nos voyageurs sont arrivés, on a vite mis Jean au lit et Madeleine, Jacques et moi sommes restés causer un moment dans la salle de bains.
Lundi j’ai passé une journée tranquille mais Mère, Armand et Suzanne sont venus dîner et nous nous sommes couchés tard. Mardi, Armand et Jacques sont allés à la réunion des Anciens de Richelieu, et Mère et Suzanne ont déjeuné avec nous tous, tous sont partis dans l’après-midi. Mercredi j’ai fait quelques visites par une chaleur accablante. Jeudi j’ai passé un moment à la maison, vendredi fait visite à Tante Abel et à Marguerite, et hier, vu Mme Bonnaud. Ces trois jours-ci j’ai fait quelques bocaux de conserves de fraises et la semaine prochaine je ferai des confitures. J’ai aussi terminé pour Pépée un petit ensemble rose : petite cape veste et le??????? que je comptais lui faire étrenner à la Procession de la Fête-Dieu aujourd’hui, malheureusement il pleut…
Jean est bien portant mais très fatigant ces jours-ci parce que très entêté ! que Dieu me donne assez de fermeté pour vaincre cette obstination et le ramener vers plus d’obéissance.
Dimanche 14
Second dimanche de la Fête-Dieu, la procession a pu avoir lieu ce matin, par un beau soleil, mais au milieu des tourbillons de poussière soulevés par le vent ; je suis allée comme d’habitude prendre la bénédiction au premier reposoir et j’y avais emmené les enfants. Jean a ensuite continué la procession avec Marie et j’ai rentré Pépée pour la faire déjeuner et la coucher, mais la petite coquine, ayant au dernier moment aperçu son Papa dans les rangs des hommes, voulait à toute force le suivre.
Jean déchire du papier à côté de moi, je suis lasse et j’ai besoin de repos ! Jacques vient de partir à Palluau, Gabrielle Bouliau est morte hier soir - grande délivrance pour ses soeurs - et il est allé voir si ces pauvres filles avaient besoin de quelque chose ; l’enterrement a lieu demain, Mère va probablement venir et sans doute Suzanne ; je prévois quelques journées fatigantes…
Semaine assez chargée ; lundi j’ai eu la lessive par un bien vilain temps, ce qui m’a donné le linge à vérifier et beaucoup de raccommodages ; mardi j’ai fait des confitures de fraises et passé un moment chez Marguerite avec Armande. Jeudi je suis allée passer l’après-midi à la maison avec les enfants et nous y avons dîné. Vendredi je suis rester ici où Maman est venue me retrouver et hier j’ai travaillé avec Augustine.
J’ai fait cette semaine pas mal de conserves de fraises et commencé les petits pois…
Papa et Maman sont partis hier à La Haye-Descartes ! quelle privation de ne pouvoir y aller moi aussi.
Dimanche 21
Je suis très lasse, très lasse et n’ai pas grand courage, je souffre beaucoup des dents depuis deux jours et hier, je me suis risquée à voir Berjonneau, ce qui d’ailleurs ne m’a pas calmée… pour comble de bonheur, Pépée a trouvé moyen de prendre depuis hier un abcès à la fesse … et la pauvre petite souffre beaucoup…
La semaine dernière a été tragique ! il faisait dimanche, au moment de la procession, un vent furieux, dans l’après-midi, le vent ayant encore augmenté, nous avons eu un véritable cyclone. Jacques était à Palluau, au moment où il est arrivé je suis allée ouvrir le portail et les deux petits ont couru après moi, je me serai trouvée fort en peine dans un tourbillon pareil, avec les enfants et ce lourd battant à repousser si Marie Gilet, passant à ce moment n’était venue à mon aide. Quelques minutes avant, un des marronniers des Chailloux entraînant un petit arbre dans sa chute est venu s’abattre contre le mur de leur maison ; par bonheur, il ne passait personne ! A ce même moment le petit vapeur Saint-Philbert quittait Noirmoutier pour Nantes avec cinq cents passagers à bord ; la mer était très mauvaise, et les passagers pour se protéger du vent, s’étaient tous entassés sur le même côté du bateau ; au moment où le Saint-Philbert tournait la Pointe Saint Gildas, quelques vagues plus fortes l’ont fait chavirer et il s’est englouti en quelques instants avec cinq cents personnes. Huit seulement ont été retrouvées vivantes, et on a recueilli une cinquantaine de cadavres, une trentaine de voyageurs, craignant le mal de mer, s’était décidée à rester à Noirmoutier et de rentrer avec le Goa ????!!!!. L’émoi dans la région a été considérable, chaque jour les journaux apportaient des détails navrants ; des familles entières disparues, on organise des souscriptions pour les familles des victimes, la ville de Nantes a fait à celles qu’on a retrouvées des obsèques solennelles et fort émouvantes. C’est une catastrophe affreuse !
Lundi rien de bien nouveau, j’ai écrit et travaillé comme d’habitude. Suzanne nous est arrivée le soir pour l’enterrement de Gabrielle, mardi matin Mlle Douillard a débarqué ici par l’autobus de 7 heures et demie. Jacques les a emmenées toutes deux à Palluau et les a ramenées déjeuner ici. Mercredi rien de nouveau ; jeudi j’ai reçu Marguerite et Armande, vendredi mes parents sont revenus de la Haye, ramenant Jacqueline qui reste ici jusqu’à mardi, et enfin hier après-midi après notre voyage à La Roche nous avons reçu Jacqueline à déjeuner et passé l’après-midi ensemble !
Bien du travail tous ces temps-ci en plus de mes conserves de fraises et de petits pois, j’ai toujours de la couture et des raccommodages, je commence ces jours-ci des draps de berceau, je viens de faire des tabliers pour Pépée et me tricote en ce moment-ci un chandail ; le soir, une fois les enfants couchés, je vais à la cueillette des roses pour en parer la maison.
Dimanche 28 juin
Une mauvaise semaine ! et encore aujourd’hui petite Jacqueline est beaucoup mieux, de sorte que je respire un peu… Donc, dimanche, Pépée avait un abcès à la fesse … le journée du lundi a été assez bonne, nous sommes même allés dîner chez mes parents et la petite chérie était très gaie et très mignonne, mais dans la nuit elle a beaucoup pleuré… vers 5 heures je l’ai changée et j’ai constaté qu’un second abcès se préparait…, j’ai laissé la pauvre petite Pucette au lit toute la journée, et cette journée a été très pénible ; mais mercredi et jeudi impossible de la tenir au lit, elle était très énervée, grognon, impossible de la distraire et de l’amuser. Nous avions Michel à déjeuner jeudi et pour comble de bonheur, en descendant d’auto, Jean, qui avait accompagné son Papa à La Roche, s’est plaint d’avoir mal au ventre… il a continué à se plaindre pendant tout le déjeuner si bien que, même avant son café, Jacques a chargé le garçon dans l’auto et l’a amené au docteur ; dès son entrée dans la cour Jean apercevant ke gros chien du docteur a cessé de se tenir le ventre et s’est mis à marcher droit, et quand il a été étendu sur la table, il n’a pas su dire où il avait mal, toute douleur ayant instantanément disparu et depuis il ne se plaint de rien ! J’en reviens à ma pauvre Pépée… jeudi soir, prévoyant une nuit très pénible, Jacques est allé chercher le docteur qui a découvert un troisième abcès, aussi nous avons décidé, pour enrayer tout cela, de la faire vacciner immédiatement… le second abcès a percé vendredi… elle peut s’asseoir et elle commence à s’alimenter un peu ; je l’ai levée un moment.. et elle s’amuse gentiment…
Rien de neuf à part cela cette semaine, je ne suis pas sortie… vu vendredi Mme Edmond, hier Mme Bonnaud et tante Abel. Les Mignen reviennent demain de Paris où ils visitaient l’Exposition coloniale, les Bonnaud y partent aujourd’hui, encore une chose que je ne verrai pas …! seulement à l’automne, je verrai un tout petit visage d’enfant !…
Dimanche 5 juillet
Semaine plus calme mais très fatigante à cause de la chaleur… J’ai assisté ce matin à la messe de neuf heures et je suis lasse, les enfants crient et se disputent, Jean fait des caprices et des colères, taquine sa sœur… Ce matin Jean a voulu m’accompagner à la messe ce qui ne m’enchante pas, car il remue et parle sans cesse, et trouve le temps long ! En sortant j’ai rencontré Armande, Marguerite et Mme Bonnaud, les Bonnaud sont débarqués hier soir de Paris où tout le monde va visiter l’Exposition coloniale !…
Dimanche dernier j’ai joué du violon quelques minutes, mais me suis arrêtée de bonne heure, d’abord parce que cela me fatiguait, ensuite parce que, dès le premier coup d’archet, les deux petits sont arrivés dans le salon, Jean avec une figure réjouie, Pépée tou étonnée et ensuite il n’y a pas eu moyen qu’ils me laissent en paix ! Après dîner, j’ai eu un moment délicieux, je me suis étendue dans la cour avec “La Légende des siècles“…
Lundi matin le docteur est venu faire une seconde piqûre à Jacqueline…mardi, j’ai travaillé avec Augustine… Pépée était tout à fait remise et reprenait ses habitudes ; nous avons fait ce jour-là de la gelée de groseilles et de framboises. Mercredi aussitôt déjeuner, j’ai couché les deux enfants, Pépée a dormi jusqu’à 3 heures et j’ai réveillé Jean à 4 heures, après quoi nous sommes allés finir l’après-midi chez grand-mère, sous les arbres de la cour. Jeudi, voyage à La Roche, plutôt pénible, dentiste, coiffeur, quelques courses…et je me suis trouvée heureuse en revenant d’aller rejoindre les petits à la maison et de goûter un peu de fraîcheur, nous y sommes restés dîner et avons gardé les petits avec nous jusqu’à 10 heures… Hier Jacques est allé à Nantes avec Jean et ils ne sont revenus qu’après dîner, j’ai donc passé une journée avec ma Pépée, je suis allée un bon moment à la maison, j’ai fait une assez longue visite à Anne Péchereau, depuis six semaines au lit avec une phlébite, suite à la naissance de son n° 4.
J’étrenne aujourd’hui une robe “de dame“ en georgette noir, destinée à masquer ma rotondité, laquelle est quelque peu importante
Dimanche 26 juillet
Trois semaines sans écrire ! … cette dernière semaine a été plus calme mais auparavant Mère a passé ici une dizaine de jours, Madeleine une huitaine, si bien que je n’avais pas de temps pour venir ici me recueillir et penser un peu.
Reprenons la première semaine, le lundi Jacques est allé à Saint Georges de Montaigu à la pêche avec M. Baron et, comme il était absent pour toute la journée, j’ai déjeuné à la maison avec les enfants puis je suis revenue ici coucher Jacqueline, j’ai travaillé, plié du linge et raccommodé. Le mercredi après-midi chez Armande avec Marguerite ; le jeudi j’ai passé une partie de l’après-midi à la maison et fait une visite à Mme Bonnaud, Mère est arrivée le soir par Belleville et nous avons tous dîné à la maison. Le vendredi soir Armand et Suzanne sont venus dîner et coucher, mais comme ils ne sont guère arrivés avant onze heures, nous nous sommes couchés à minuit… Le samedi, Mme Baron est arrivée en disant que la mère Baudry était au plus mal et qu’il avait fallu l’administrer, je m’y suis rendue aussitôt qu’Armand et Suzanne sont partis et j’y suis arrivée comme elle venait de mourir, j’ai tenu compagnie à Armande, pendant qu’on faisait la toilette de sa mère, et je ne suis rentrée ici que pour déjeuner ; Madeleine est arrivée l’après-midi. Le lendemain dimanche, j’ai eu le plaisir de voir les Lego qui ont pu nous donner quelques heures en se rendant à Croix de Vie où Jeanne reste avec sa fille jusque vers le 15 août ; deux ans bientôt trois que je n’avais pas vu Jeanne, malheureusement nous n’avons eu que peu de temps pour bavarder!
Le seconde semaine a été calme, je ne suis pas sortie ne voulant pas abandonner Mère et Madeleine, à part l’après-midi du mardi passé chez Marguerite, pendant que toute la famille y compris Jean allait à Rocheservière ; il a d’ailleurs fait cette semaine un très vilain temps… Mère et Madeleine sont parties lundi matin.
Cette semaine il y a eu un peu plus à faire, Marie Gilet étant un peu souffrante n’est pas venue. Marie m’a fait une petite lessive qui m’a valu quelques moments de raccommodage ; mardi j’ai eu Armande et Marguerite, mercredi passé l’après-midi à collationner avec Jacques et M. Baron ; hier je suis allée un peu à la maison et ai fait une courte visite à Anne Péchereau qui se lève maintenant sur une chaise longue. A part cela, je travaille actuellement à des draps et taies d’oreiller de berceau… je me représente la petite tête sur l’oreiller ses petits poings roses froissant le drap ainsi que je l’ai si souvent vu faire aux deux aînés ! Mes chéris !… je ne peux pas maintenant me les représenter tout petits et j’ai besoin d’un tout petit, petit bébé !…
Dimanche 2 août 1931
Début de saison lamentable, il pleut, il pleut ce sont de vraies cataractes…Nous sommes arrivés ici jeudi vers cinq heures… Jacques m’a un peu aidée aussi les valises ont été rapidement défaites et toutes les choses en place, si bien que nous avons même pu sortir les enfants un peu avant dîner… Jean était ravi, mais Pépée était enthousiasmée et sa joie se manifestait de façon très bruyante ; “Papa… bateaux… bateaux“ Jacques a dîné avec nous, puis nous a quittés pendant que je mettais au lit les enfants ; il doit revenir tantôt, et passer la journée avec nous, mais je souhaiterais volontiers in temps moins maussade.
Vendredi matin j’étais prête de bonne heure, en même temps que les petits mais il pleuvait ! il a fallu se résigner à les garder ici. maman est allée au marché, puis je suis sortie ensuite, ayant quelques courses à faire, après ce matin-là, la naissance d’un petit Michel Boisseau, ces temps-ci il y a eu quantité de naissances quelques jours avant, une petite fille chez Bernard Grolleau, auparavant une petite Yvette Cesbron, un petit garçon chez Suzanne Meaume, un garçon également chez Suzanne Truffaut. Je reprends la suite ! après déjeuner j’ai fait une course avec Jean, puis je me suis reposée un peu ; nous avons eu le goûter des enfants, une visite de Tante Jeanne et de Menine qui venaient de débarquer ; enfin le temps s’étant amélioré, nous avons pu passe deux heures à la plage avec les enfants ; petite Jacqueline a été toute heureuse de tremper ses petons dans la mer. Hier metin, même chose de la pluie au réveil et une matinée ici, le temps s’est élevé vers midi et nous avons pu passer une grand partie de l’après-midi à la plage, non sans avoir essuyé une bonne averse au retour…
Les premiers jours de la semaine ont été bien occupés : lundi et mardi des vêtements à réparer pour les enfants, et de plus, mardi, l’après-midi chez Armande, mercredi, une visite de Mme Bonnaud et une visite de Tante Abel. Jeudi matin les préparatifs…
Dimanche matin 9
Temps merveilleux aujourd’hui, mais après les jours que nous avons passés, on peut se demander si cela va durer. J’arrive de la Messe de la Croix-Rouge et m’installe au bord de l’eau avec les enfants, la mer est très calme et je peux les laisser barboter à leur aise, même Pépée dont les petites jambe ne sont pas très solides dans l’eau, il fait délicieusement bon… Jean est tout bronzé par le soleil, il a pris deux bains, avec beaucoup de plaisir et va sans doute en prendre un troisième aujourd’hui ; petite Jacqueline barbotte et se roule dans le sable ; je me suis décidée à un grand sacrifice, j’ai fait couper ses boucles que pourtant j’aimais tant, elle a maintenant une drôle de frimousse de petit garçon, mais l’entretien est simplifié et la petite chérie tellement plus à l’aise.
Reprenons les événements : dimanche j’ai lu et écrit en attendant Jacques, qui est venu vers 9 heures ; Maman étant sur la plage avec Jean, nous sommes allés la rejoindre avec Jacquie, mais nous n’y étions pas depuis une demie-heure qu’un orage très violent a éclaté et nous a bloqués sous la tente bientôt transpercée, attendant une éclaircie qui ne se produisait pas, au bout d’un moment Jacques a pris sa fille au cou et l’a emmenée en courant jusqu’à la maison, puis est revenu nous chercher en auto, mais sons sommes cependant bien mouillés. Lundi, par contre, journée splendide que nous avons passée tout entière sur la plage, ainsi que mardi et mercredi. Mardi, nous avons eu la surprise au moment du déjeuner de voir arriver les Granger, sur qui nous ne comptions que pour l’après-midi, et nous avons passé de bons moments ensemble. Jeudi matin chez le coiffeur, dans l’après-midi Jacques est venu par le train passer un bon moment avec nous, je suis allée le conduire à la gare et au retour j’ai vu les Touzaint, qui ont avec eux l’aînée des filles de Maud, la maman a été très malade après la naissance de la petite et elle est encore au lit avec une phlébite. Vendredi journée à la plage, Jacques est venu dîner pour voir Jean Granger qui repartait hier. Hier matin, pluie, impossible de sortir, mais nouis avons passé une bonne après-midi.
Je vais le plus possible, lorsqu’il fait à peu près beau, au bord de l’eau, les enfants étant heureux de barboter, et tout en travaillant, je jouis intensément des aspects variés du ciel et de la mer…quel repos et quelle paix que cette contemplation, loin des conversations futiles et des choses oiseuses…
Lu plusieurs volumes cette semaine, entre autres “Les Allongés“ de Jeanne Galzy, dont certaines pages, très belles, rendent presque un son chrétien, bien que l’auteur soit une incroyante, mais que de choses superbes, quoiqu’ humaines, sur la nécessité de la souffrance.
Dimanche 16 août
… Parcourons rapidement les évènements de la semaine ! lundi, j’ai passé la matinée sur la plage avec les petits, Jacques état parti faire un tour sur la petite jetée ; Pépée a trouvé moyen de dégringoler à plat ventre dans l’eau et de prendre un bain forcé, heureusement j’avais dans mon sac une serviette et un maillot sec et le déastre a été vite réparé. Nous avons pasé l’après-midi sous la tente avec Maman et les petits. Mardi matinée à la plage, l’après-midi, après une séance chez le coiffeur, je suis allée garder Jean au bord de l’eau en attendant le réveil de Pépée, puis nous avons fini l’après-midi sous la tente. Mercredi j’étais sur la plage dès 9 heures et quart avec les enfants et j’ai passé une matinée merveilleuse, la mer était très basse… bien entendu il y a eu quelques petits incidents, Jacquie est tombée assise dans l’eau quelques minutes avant l’heure du bain, aussi comme il fallait changer son maillot, j’ai prié Jacquie de se baigner tout à fait ce dont le jeune personne a paru très satisfaite. Après-midi sur la plage avec Mme Yvernogeau, Tante Jeanne et Jeanne Valade. Jeudi le temps était toujours beau mais le vent plus grandet la mer plus agitée ; ces matinées au bord de l’eau dans l’air du large font le plus grand bien aux enfants… ce matin c’est Jean qui est tombé à l’eau, aussi pour qu’il n’ait pas froid, je l’ai envoyé se rouler dans la première vague en attendant sa tante, quand Jacquie a vu cela, elle est venue me donner son chapeau, m’a fait signe d’enlever sa ceinture puis elle est partie comme une flèche rejoindre son frère qui s’étalait à plat ventre dans l’eau, c’était amusant au possible… Jacqueline les a baignés tous deux, puis nous sommes rentrés déjeuner. Après-midi sous la tente avec quelques colères des enfants. Vendredi matin il faisait moins beau…j’ai amené les petits sous la tente où ils se sont amusés ; l’après-midi il a fallu déménager les tentes à cause de la grande marée et nous sommes rentrés de bonne heure car il faisait humide et froid, Jacques est arrivé ce soir-là pour dîner.
Hier matin, fête de l’Assomption, nous sommes allés communier tous les deux… depuis que je suis ici je n’ai pas pu communierd“‘abord parce que je me fatigue vite ensuite c’est l’heure d’habiller les enfants et je ne puis laisser ce soin à Maman qui s’épouvante de leurs colères, cède pour avoir la paix et se tourmente de choses qui n’en valent pas la peine ! enfin hier, Marie étant là, j’ai pu lui laisser les petits…Le temps menaçait aussi, vers 9 heures, nous sommes allés sur la petite jetée avec Pépée qui marche vraiment bien et nous avons eu un bon moment pour causer tout en marchant, puis comme le temps paraissait meilleur, nous nous sommes installés sous la tente, à l’abri du vent et y sommes restés jusqu’à l’heure du déjeuner. Reçu la visite de Mme Gendreau et d’Armande avec Odile, la pauvre petite a trouvé moyen de s’abîmer un ongle de pied en s’amusant sur les chevaux de bois ; il a fallu lui extraire l’ongle…elle ne peut aller à l’eau. Après déjeuner nous avons causé un moment, Maman, Jacques et moi pendant que les enfants dormaient et tiré des plans pour les réparations que Papa compte faire ici au printemps prochain, vers 4 heures sont arrivés les Lego qui ont passé un moment avec nous puis nous avons emmené les enfants sur la plage, comme c’était la grande marée, la mer était vraiment tout près de nous et nous nous amusions à la voir monter, à 6 heures et demie fait un tour de jetée puis sommes rentrés ici dîner; Jacques est reparti aussitôt le coucher des enfants, puis nous avons vu tante Jeanne, Jeanne Valade et ses enfants et en même temps, un violent orage et une panne délectricité, heureusement de courte durée. …
Matinée très pénible, il fait un vent fou, les tentes sont démontées, impossible de s’installer sur la plage avec les enfants… en revenant de la Messe j’avais bien besoin de me reposer un peu, les petits, ennuyés d’être enfermés, se chamaillaient et Maman mettait la maison en révolution pour des colères de Jean ou des bouderies de Jacquie, choses bien communes pourtant, aussi j’ai fini de les habiller et les emmener à la plage, où nous étions très mal à cause des tourbillons de sable, nous nous sommes promenés jusqu’au déjeuner…
Jacques arrive allopns au devant de lui.
Dimanche 23 août
J’arrive de la messe et m’installe sur la plage, il fait un temps radieux… j’ai amené les enfants au bord de l’eau, Jean est heureux de creuser et de barboter dans la première vague, Jacquie gambade comme un petit chevreau échappé toute heureuse de se retrouvera sur la plage au soleil ! Nous avons eu toute la semaine un temps déplorable, cependant à part hier, nous avons passé toutes nos journées sur la plage avec les enfants, surtout pour nous. Lundi passé la journée dehors avec les enfants, le temps n’était pas merveilleux mais supportable, Jacques pêchait avec Papa et M. Boisseau, à la Gachère le matin, au marais le soir. mardi, journée brumeuse du matin au soir, j’ai pu cependant tenir les enfants sur la plage jusque vers 6 heures, pendant que Jacques pêchait a Brétignolles avec M. Guillaumé, après 6 heures nous avons fait une bonne promenade tous deux sur la petite jetée. Mercredi matinée à peu près convenable, nous avons eu une courte visite des Mignen et de Mme Yvernigeau, après déjeuner Jacques est parti à le pêche à La Chaume avec Jean, Michel et son papa, malheureusement la pluie les a pris et ils ont été obligés de revenir de bonne heure, nous avons eu une seconde visite des Mignen, puis à cinq heures, le temps étant un peu moins mauvais nous avons mené les enfants à la plage, mais il faisait froid nous avons eu grand plaisir à rentrer. Jeudi journée plutôt pénible tant il faisait froid et tant le vent était grand, je suis pourtant restée à la plage de 10 heures à midi et de 2 heures et demie à 7 heures, mais j’étais gelée et abrutie par le vent par contre les enfants s’amusaient comme des fous et ne souffraient pas du froid. La journée de vendredi a été un peu moins mauvaise, le vent était moins violent, dans l’après-midi nous avons eu une longue visite de Mlle Chalard, puis Jacqueline et son matri étant sur la plage j’en ai profité pour méchapper un peu et aller sous la tente de Gendreau. Hier journée lamentable, il a plu du matin au soir et nous n’avons pu sortir, toute la famille est allée déjeuner à Croix de Vie chez Tante Aline et je suis restée seule avec ma Jacquie, ce qui n’a rien de très distrayant, heureusement Jacques a fait un crochet le matin pour passer une demie heure avec moi et cela m’a remonté le moral… Jean Granger est reparti hier soir, il était là depuis jeudi matin.
Dimanche fait une grande promenade avec Jacques et les enfants, il faisait un vent fou et on ne pouvait se tenir sur la plage ni circuler sur le Remblai à cause de la grande marrée nous sommes donc allés sur le port et dans les chatiers de construction ce qui a bien intéressé Jean, nous sommes même allés jusqu’au bassin à flot et avons vu rentrer un grand charbonnier hollandais arrivé du matin, aussi les petits ouvraient de grands yeux, nous sommes ensuite allés un moment sur le Remblai, la mer était démontée et de merveilleux panaches d’écume couronnaient la grande jetée. Il fait délicieusement bon ce matin, quelle joie de voir le soleil
… J’ai été interrompue, Jacquie a exécuté un plongeon magistral qui a fait pousser à Maman des cris à ameuter la plage, comme j’avais un maillot sec, le désastre a été vite réparé et maintenant, ils jouent gentiment près de moi…
Dimanche 30 août
Les vacances touchent à leur fin et mardi nous rentrons au poiré. Je vais reprendre ma tâche avec un courage nouveau, mais pour un temps limité, puisque dans six semaines il faudra songer au départ à Nantes et au grand événement que nous attendons ! J’ai eu un bon mois… sans soucis sérieux car les enfants n’ont pas été malades… j’ai eu un pleu plus de repos, Maman me déchargeant de certaines tâches et j’ai eu de longues stations sur la plage ce qui m’a fait le plus grand bien. Nous déjeunons mercredi chez Marguerite aussi mes parents et les Granger viennent au Poiré pour la circonstance puis reviennent passer une dizaine de jours ici avec Jean.
Récapitulons cette semaine ! d’une façon générale au point de vue temps, elle a été moins mauvaise que les précédentes et les petits ont passé leurs journées dehors. Dimanche la majeure partie de l’après-midi a été belle, sur le soir seulement ils est venu quelques averses, mais nous sommes cependant restés sur la plage. Lundi tempête sans pluie, nous avons pu tenir à la plage le matin malgré le vent, mais l’après-midi nous sommes sortis tard et avions ensuite promené les enfants. Mardi matin je suis sortie un peu avec Jacques… l’après-midi nous ne sommes sortis que très peu ayant les Gourraud à déjeuner. Mercredi une belle journée et, nous avions plaisir à nous détendre enfin au soleil. Jeudi le temps était beau, mais le vent très grand nous faisait manger du sable, nous avons eu ce jour-là les Logerie à déjeuner. Vendredi matin je ne suis pas sortie, j’attendais le docteur Nicolleau pour la visite habituelle aux enfants et il les a trouvé tous deux en bon état et a vu mes analyses qu’il a déclaré satisfaisantes… bonne après-midi ensuite sur la plage. Hier le temps a été assez beau et nous y avons passé toute la journée ainsi que la matinée d’aujourd’hui… j’ai eu la visite d’Armande ce matin, Berthe hier matin, je vois fréquemment Tante Jeannne, Françoise et Mme Valade, j’ai aussi de grands moments de solitude !…
Dimanche 6 septembre
Nous voilà de retour ici, mais trois seulement, Jean est resté aux Sables avec ses grands parents, cela m’est un vrai repos, car petite Jacquie malgré ses colères quand elle voit des figures inconnues, est plutôt facile, et avec elle il n’y a pas à gronder et à punir, comme avec son frère. Nous avons aujourd’hui un temps radieux ce qui ne nous est pas arrivé souvent cette année !… Ici c’est la fête locale, ce qui nous a valu à chaque messe un virulent sermon du curé sur les danses et les rentrées tardives ! la place est encombrée de boutiques, de manèges ! il y a même une ménagerie possédant un lion dont les rugissements empêchent les Bonnaud de dormir.
Dimanche dernier, j’ai passé avec les enfants la matinée à la plage où j’ai eu une assez longue visite d’Armande Brachet. Dans l’après-midi je me suis décidée à prendre un peu de distraction… et à passer mon après-midi au cinéma, laissant les enfants à Maman et à Jacqueline, je suis donc allée voir “La Rode des heures“ Jacques m’a rejointe à l’entr’acte, et tous deux avons été enchantés de ce film, certains passages sont très bons et la voix d’André Bougé merveilleusement rendue. Le soir visite de M. Valade. Lundi Jacques est allé à la pêche avec l’abbé Douillard, M. Guillaumé et Benjamin, j’ai passé toute la journée à la plage avec les enfants… Jean Granger et Oncle Alfred sont arrivés pour dîner, ensuite Jacques et moi avons fait un tour de Remblai…
Mardi matin j’ai fait mes valises, quleques courses puis je suis allée à la plage rejoindre Jacques et les enfants, il faisait un temps superbe et j’ai assisté au bain de Jean ; nous sommes partis vers 4 heures et demie, avons fait bon voyage et le soir même tout était remis en place. J’ai retrouvé avec joie ma maison qui m’est chère, mais je pense au départ qui aura lieu dans quelques semaines et cela assombrit un peu mon horizon je ferai mieux de songer à mon retour un peu plus tard, avec un tout petit bénbé dans un moïse rose !
Mercredi nous étions invités par les Mignen à déjeuner en compagnie des Lucas, nous avons eu un joli repas et assez d’entrain, mes parents et les Granger ont regagné les Sables le soir. Jeudi, j’ai eu beaucoup de choses à réorganiser, du linge à remettre en place et à raccommoder si bien que j’ai eu une journée un peu fatigante. Vendredi, nous avons eu à déjeuner les Granger, qui reprenaient la route de La Haye ; hier j’ai travaillé et fait une visite à Mme Bonnaud…
Dimanche 12 septembre
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 12 septembre 1931 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Les enfants viennent de sortir avec Marie aussi j’ai quelques minutes à moi…
Lundi j’ai fait des confitures de figues que j’ai couvertes mardi ; j’ai eu des journées bien tranquilles ! mardi il faisait beau et Jacquie a passé au jardin avec Chiron la plus grande partie de son après-midi , à 4 heures lorsque je suis allée la chercher pour la faire goûter, j’ai aperçu une petite bonne femme en tablier rose tout au fond au bout de l’allée fleurie de dahlias… elle m’a aperçue à son tour et s’est mise à courir vers moi en me tendant les bras ! ma petite fille chérie !
Mercredi notre Jean nous est arrivé des Sables, nous l’avons mis à coucher dans sa chambre ce qui ne fait jamais avancer ce qui avait été décidé puisque je ne peux pas garder trois enfants dans une chambre avec la venue d’un petit frère. L’installation n’est que provisoire et nous allons réfléchir cet hiver à l’organiser un peu mieux. Mercredi après-midi chez Armande Brachet, nous avons discuté à propos d’Andrée Boyer qui se refuse à sortir parce qu’elle n’aime pas le monde ! je crois au contraire que certaines sorties, certaines visites sont obligatoires, du moment que nous vivons en société, nous devons avoir des rapports sociaux avec nos semblables et, du moment que la personne intéressée n’a véritablement pas d’occupations la retenant chez elle, sans en pouvoir sortir, elle devrait se faire un peu mondaine par mortification, suivant l’exemple d’Elisabeth Lesueur !
Jeudi, j’ai travaillé avec Augustine et reçu la visite de mes parents qui revenaient des Sables ; vendredi passé une partie de l’après-midi à travailler, puis Jacques et moi avons fait une visite aux Mignen qui sont actuellement en pleine installation de chauffage central. Hier, reçu les Durand à déjeuner, je comptais un peu sur les Morvézen ces jours-ci, mais une carte de Marie reçue ce matin, m’apprend qu’ils ont dû rentrer directement à Pont-Aven.
Dimanche 19
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 19 septembre 1931 était un samedi. Texte conservé tel quel.
J’ai pas mal de choses en perspective pour aujourd’hui… des lettres à faire, des enveloppes de visites à dessiner, sans compter la mise en ordre de mes comptes de la semaine et bien des choses à ranger. Je suis rentrée il y a une demie heure de la messe à laquelle j’ai assisté avec Tante Jeanne et Menine, arrivés hier soir à Nantes, ainsi qu’Oncle Alfred…
Reprenons les événements depuis dimanche dernier : ce jour-là j’ai dessiné et fait pas mal de correspondance, puis nous avons eu une assez longue visite de Gabriel Gouraud, je suis ensuite allée voir Mme Lucas ce qui m’a menée jusqu’à l’heure du dîner. Lundi, Jacques étant à la pêche, déjeuné à la maison avec les enfants, mais je suis rentrée de bonne heure ayant à recevoir Armande Brachet et Marguerite le soir, Jacques est allé à Belleville avec les enfants chercher Mère et Madeleine qui arrivaient de Mortagne. Mardi nous ne sommes pas sotis, avons travaillé ensemble, c’était jour de lessive et j’ai eu bien à faire avec tout ce linge à plier, heureusement il faisait un temps superbe. Madeleine a regagné Nantes mardi. Mercredi j’ai commencé à mettre à l’ordre le trousseau de mon petit bébé… Jeudi, Augustine était là et Mère lui faisait garnir le chariot alsacien, aussi il y a eu de l’ouvrage pour toute la journée. Vendredi j’ai continué mes raccommodages. Hier, Mère regagnant Nantes, Jacques est allé la conduire et a emmené les petits pour qui il y avait différents achats à faire, une fois de plus j’ai vu partir l’auto sans moi… je me suis rendue vers 11 heures à la maison, j’ai déjeuné avec Maman et suis restée jusqu’à cinq heures, je suis rentrée ici, j’ai travaillé en attendait le retour des voyageurs au son de la TSF qui me donnait de la musique espagnole : Manuel de Falla, Albeniz, Granados !
Nous avons eu toute la semaine un temps délicieux…mon rhume est terminé … les enfants passent presque toutes leurs journées dehors quoique ce ne soit pas facile avec Jean qui, avec sa paresse habituelle, passerait bien toute la journée couché sur le plancher du bureau, plutôt que d’aller s’ébattre au grand air. On ne fait pas toujours des enfants ce que l’on veut, et il n’est pas facile de dresser d’élever, de former ces petites âmes…
Dimanche 27
Nous avons depuis hier Armand et Suzanne de passage ici pour la rentrée de Michel ; ils viennent de partir à La Roche… il fait beau, Jean s’amuse dans la cour, Jacqueline dort… Il y a aujourd’hui à La Roche une grande manifestation en l’honneur du centenaire de l’école libre., on annonce comme orateurs François St Maur et le Père Janvier,vu le beau temps il y aura certainement foule, aussi beaucoup de personnes du Poiré sont parties par le train ou en auto, et les rues sont, pour un dimanche, étonnamment vides et silencieuses.
Dimanche j’ai donc vu Oncle Alfred, Tante Jeanne et Françoise une partie de la matinée, je suis restée ici presque toute l’après-midi avec mes occupations habituelles et le soir seulement nous avons fait avec les enfants une courte visite à la maison. Lundi c’était la fête de l’Adoration… l’après-midi j’ai conduit les enfants aux Vêpres où je tenais à avoir la procession du Saint-Sacrement… j’ai fini l’après-midi à la maison et nous y avons dîné ainsi que les enfants. Mardi j’ai eu une journée très très dure, Jean étant enrhumé il a fallu le tenir à la maison et il a été particulièrement énervant et désagréable, j’ai pourtant passé une partie de l’après-midi à lui expliquer des images et à lui raconter des histoires, il m’a fait ensuite quelques colères vraiment très pénibles au moment du dîner, Jacques n’étant pas là, il y a eu encore des scènes pour le mettre à table et lui faire manger sa soupe, si bien que lorsque Jacques est arrivé, je n’en pouvais plus, la coupe était pleine… Je l’ai accueilli par une crise de larmes, qui a d’ailleurs laissé le garçon parfaitement indifférent… après le coucher des enfants, je suis venue m’asseoir et travailler ici, la TSF jouait « Le Beau Danube bleu », rarement musique m’a fait mal comme celle-là, j’ai été prise d’une nostalgie intense, d’un désir ardent de toutes les choses sacrifiées pour ma vie de femme et de mère, les voyages, les distractions qui m’étaient chères, ma liberté d’autrefois…Pardonnez-moi mon Dieu…malgré tout je ne changerais pas ma part contre une autre, vous le savez ! Q’en tout votre volonté soit faite!
Mercredi rien de très nouveau, j’ai travaillé avec Augustine, écrit un peu! Jeudi matin après le marché, je suis allée prendre des nouvelles de Maman, un peu enrhumée, elle m’a montré une lettre de Tante Marguerite, lui annonçant les fiançailles de Solange. Depuis nous avons eu des nouvelles par Solange elle-même : le fiancé s’appelle Maurice Chaise, il est architecte à Paris et ils ont fait connaissance en Corse il y a deux ans, le mariage aura lieu en novembre dans la plus stricte intimité, Madeleine de Baynast attendant un second bébé et les Nida ne pouvant revenir du Congo pour la circonstance. Passé l’après-midi de jeudi chez Marguerite…
Hier matin, j’ai commencé ma journée par recevoir une visite de M. Lucas, venu pour m’examiner ; la position de l’enfant est bonne… journée très calme, je suis un peu allée voir Maman, toujours très enrhumée, et j’ai travaillé ; je ne suis sortie que vers 5 heures por me confesser…
Armand et Suzanne sont là depuis hier soir…
Dimanche matin octobre
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 4 octobre 1931, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Un court moment de repos, Marie a emmené les enfants en commission, de sorte que j’ai la paix… nous sommes rentrés depuis jeudi dans ce mois d’octobre qui doit voir naître mon petit enfant …il me reste la période la plus dûre et j’ai hâte de voir le minois de mon tout petit!
Passé une semaine assez calme, j’ai beaucoup travaillé, il y a quantité de choses que je voudrais mettre en ordre ou terminer avant mon départ… nous avons eu la lessive, quelques moments absorbés par la revue du linge et les raccommodages, je ne suis guère sortie, que vendredi pour aller chez Madame Baron et hier pour passer l’après-midi à la maison avec les enfants. Hier également, visite de Madame Bonnaud.
Les enfants vont bien, quoique Jacquie ait eu l’estomac un peu dérangé ces jours derniers mais elle s’est contenté de dormir sans faire de fièvre… Dans quinze jours je serai à Nantes ou sur le point de partir, ce qui me coûtera le plus, ce sera de laisser ma Pépée, elle est encore bien petite et si caressante, si mignonne avec sa Maman…
Peu lu cette semaine, à part mes « lectures spirituelles ».
Temps variable cette semaine ! Quelques belles éclaircies et de vilains moments ; mercredi, nous avons eu une vraie journée d’hiver, de la pluie et du froid à tel point que pour une peu on aurait parlé d’allumer le chauffage ! La journée a été lugubre et se reflétait sur mon moral… Il y a encore autre chose, Marie parle de se marier, et cela dès la fin de novembre peut-être, et cela se trouve bien mal, je serai à peine revenue de Nantes et c’est le moment où j’aurais le plus besoin d’elle qui est très au courant de la maison et très habituée aux enfants, et je n’ai jusqu’ici personne pour la remplacer ! Comment cela s’arrangera-t-il ? Je ne veux pas trop me tournenter et je m’en remets à la Providence.
La manifestation de La Roche a été très réussie et favorisée par un temps superbe, on parle de 75000 personnes, je ne sais pas si le chiffre est exact mais Jacques m’a dit n’avoir jamais vu pareille foule, ce devait être impressionnant.
Aujourd’hui, retour à l’heure solaire et inauguration du régime d’hiver pour les enfants, cela n’ira peut-être pas sans quelques tiraillements.
Dimanche 11 octobre
Dernier dimanche ici ! Dans 8 jours de bouclerai mes valises et nous prendrons la route de Nantes, j’ai le coeur bien gros à la pensée de ce départ ; la séparation d’avec mon Jacques et ma petite chérie… La grand messe somme, il fait beau et doux, une de ces belles journées d’automne… Nous avons eu une très belle semaine, je porte encore mes petites robes d’été… les enfants jouent toute la journée dehors et moi-même ait passé mon après-midi entière dans la cour, tirant l’aiguille à l’ombre… c’est peut-être beaucoup dire… à l’ombre du tilleul !
Quoi de nouveau cette semaine ? Ma santé n’est pas plus mauvaise… ce matin j’ai été à la messe, j’ai rangé la salle de bains, fait le kéfir et garni les vases de la salle à manger, cela m’a suffi !…
Dimanche après-midi j’ai fait un peu de correspondance, puis j’ai eu une assez longue visite de Françoise et une d’Andrée Boyer.. Lu tranquillement à la veillée. Lundi, j’ai donc passé toute la jouréne dehors. Mardi, je me suis rendue de bonne heure après déjeuner à la maison, et j’y suis restée toute l’après-midi, je suis revenue à 6 heures avec Pépée qui suis le régime d’hiver, dîne et se couche avant nous, et je suis retournée dîner là-bas ainsi que Jacques et Jean. Mercredi, c’était le mariage d’Armande Bouffard, mais vu mon état, je me suis dispensée du déjeuner, auquel ont assisté Jacques et son fils ; je me suis contentée de la messe de mariage où j’ai emmené les enfants, puis, dans l’après-midi, je suis allée voir danser les jeunes. Jeudi après-midi Jacques allait à La Roche et emmenant Jean, aussi je suis allée retrouver Maman ainsi que petite Jacquie. Vendredi après-midi chez Armande Brachet ; rien de particulièrement intéressant, mais j’ai manoeuvré mes aiguilles à tricoter et bien avancé la petite robe vert que je destine à Pépée. Hier, visite à Madame Bonnaud, qui m’a montré des reliures confectionnées par son mari, c’est une occupation très intéressante, et que j’aimerais énormément entreprendre qi j’avais le temps nécessaire ! J’aime mieux ne pas y penser.!
Petite Jacquie a l’estomac tout à fait remis elle a maintenant bon appétit tous deux ont de bons et de mauvais moments, souvent des colères, des caprices et des entêtements mais ils sont quand même bien mignons et une forêt de réflexions vraiment amusantes.
Pour Marie, tout à l’air de s’arranger, j’ai vu le père Barreteau dimanche dernier et lui ai parlé très sérieusement ; il a compris que Marie me mettrait vraiment en peine en se mariant à la fin de novembre et a fait retarder le mariage au début janvier, ce qui fait que j’aurai au moins un retour tranquille, puis quand je serai remise, nous aviserons, sans doute m’arrangerai-je avec Léa.
Une après-midi assez occupée en perspective, je dois aller voir Madame Dorion, et j’ai pas mal de correspondance à faire ; je reçois de différents côtés des cadeaux destinés à mon petiti chéri, et il me faut remercier…
Samedi 17 cotobre
Dernière soirée ici, les enfants sont couchés, Jacques lit au son de la TSF, il fait bon ici, dans notre chère intimité, mais demain nous serons partis et mardi soir, Jacques viendra s’asseoir ici sans moi ! Ce départ me coûte affreusement et j’ai le coeur bien serré quand j’y songe, mais je crois que cela vaut mieux pour mon petit enfant et pour moi et je me résigne non sans souffrance ! J’ai travaillé sans arrêter toute la journée d’aujourd’hui pour ne pas trop penser… jai vu le docteur jeudi, il m’a dit que tout était normal, par conséquent je dois me dire que je suis entre les mains de Dieu… accepter tout ce que Dieu m’enverra…
Changeons de sujet et reprenons un peu cette semaine, lasuelle a été très remplie, comme toutes les semaines précédant un départ… Dimanche je suiis allée faire visite à Madame Lucas, immobilisée dans son fauteuil par des rhumatismes. Lundi, je me suis mise à faire de la confiture de pommes, nous avons pelé les fruits toute la matinée, puis il a fallu les faire cuire, les presser, confectionner la gelée. Entre temps j’ai reçu la visite de Tante Abel, Marguerite et Tante Guesdon venues m’apporter chacune un cadeau pour mon petit bébé. Je me suis donc tenue debout une partie de la journée, puisque nous avons fait 33 pots de gelée (bien réussie d’ailleurs) et terminé le soir à 9 heures, aussi les deux journées qui ont suivi, j’étais si lasse que je pouvais à peine marcher…
Mardi nous étions en lessive, le matin j’ai couvert mes confitures, qui étaient en place avant le déjeuner ; l’après-midi j’ai travaillé, puis nous avons dîné à la maison ainsi que Jean. Mercredi, j’étais encore bien lasse, mais j’ai tenu à faire ce jour-là mes préparatifs de départ, en vue d’une alerte ; j’ai donc rassemblé les objets indispensables, puis suis allée retrouver à la maison les enfants qui y passaient l’après-midi. Reçu ce jour-là la visite de Berthe Guillaumé. Jeudi je suis restée ici à travailler avec Maman et les enfants, visite de Radégonde Gendreau. Hier, reçu Armande Brachet et Marguerite pour la dernière fois… de cette période !
Hier j’ai terminé une petite robe de laine verte destinée à ma Pépée ; aujourd’hui j’ai confectionné le dessous de la couverture du chariot alsacien, et cela m’a pris beaucoup de temps. Je suis allée ensuite voir Andrée Boyer, je suis allée ensuite à la maison où j’ai goûté et causé un peu avec Maman ; j’ai fait ensuite une visite à Tante Abel et Marguerite chez qui j’ai rencontré la nièce de M. le Curé, Mademoiselle Gautier ;j’ai terminé enfin chez les Bonnaud. Maintenant il me reste à terminer mes bagages demain matin…
Jean a encore eu cette semaine les intestins un peu fatigués, il faut le surveiller de très près, il n’a pas d’appétit et grandit beaucoup ce qui doit le fatiguer, trois centimètres en trois mois ! Je le garde avec moi à Nantes et pendant que je serai à la clinique j’espère qu’il ne donnera pas trop de peine à grand-mère. Jacquie revient ici mardi matin avec son papa, il m’est atrocement dur de la quitter…
Mardi soir 20 octobre
Me voici seule, attenant le grand événement qui doit se produire vraisemblablement d’ici quelques jours. Jacques est reparti ce matin avec me Pépée et ce départ a été pour moi un déchirement atroce ! …
Reprenons un peu ces tout derniers jours ! Dimanche matin… nous avons pu partir vers 2 h. et demie ; le voyage s’est très bien passé… Hier matin Jacques et moi avons fait quelques courses, cela me faisait plaisir de me retrouver en ville, moi qui n’étais pas venue à Nantes depuis janvier ! A deux heures nous sommes allés voir le docteur Grosse, qui avait appris mon état par Henri, lequel l’a rencontré à un congrès d’accoucheurs à Bordeaux ! Il a trouvé l’enfant bien placé, d’un volume normal, mais j’ai , paraît-t-il, une tension artérielle trop élevée, aussi m’a-t-il mis au régime sévère (bouillon de légumes sans sel, lait, laitages, fruits crus et cuits) et au repos à peu près absolu… il pense que d’ici une dizaine de jours ce sera fait ! Heureusement aussi que j’ai Jean pour me tenir compagnie, bien qu’il ait fait ce soir une fameuse colère ! Aujourd’hui rien fait, ou à peu près, un peu de correspondance ce matin, un peu d’ouvrage manuel tantôt ; Andrée Jaffré est venue et a passé avec moi une partie de l’après-midi ! …
Vendredi 23 octobre
Que votre volonté soit faite et non la mienne, Seigneur !
Je suis maintenant un peu plus calme et peut venir raconter ici la terrible secousse de ces derniers jours, l’affreux malheur qui vient de nous frapper ; la peine dure et durera maintenant longtemps, mais le gros choc est passé, sans trop ébranler mon petit enfant !
Mardi j’avais donc passé une après-midi très paisible avec Andrée Jaffré, le soir j’étais un peu énervée et je craignais que l’événement soit imminent, cependant la nuit a été bonne et la matinée tranquille. Madeleine est rentrée du bureau plus tôt que de coutume, mais je n’y ai pas pris garde, ni remarqué sa figure bouleversée, tant j’étais loin de me douter d’une chose pareille ! Avant déjeuner Mère est allée faire une course soi-disant urgente, et nous nous sommes mises à table sans elle, nous finissions à peine de déjeuner quand une auto s’est arrêtée devant la maison. Mère s’est levée précipitamment disant que c’était le Docteur Lucas et est allée le recevoir au salon. Au bout d’un moment, voyant qu’elle ne revenait pas, j’ai commencé à m’inquiéter, j’ai questionné Madeleine, qui m’a dit avoir téléphoné à Jacques le matin, il se portait bien ainsi que Pépée, je commençais à me rassurer quand Mère est venue me chercher et, à ses yeux rouges, j’ai compris qu’il était arrivé un malheur, je suis allée au salon et là le docteur m’a appris avec beaucoup de ménagements que Papa était très très fatigué, il avait eu au coeur un accident très sérieux, ne laissant aucun espoir ; j’ai demandé si je ne pouvais pas aller au Poiré le revoir une dernière fois, mais le docteur m’a dit que c’était impossible, et pour mon petit enfant et pour moi ; enfin peu à peu il m’a fait comprendre que c’était fini, et que je reverrais jamais mon cher Papa ici-bas ; le choc a été affreusement dur, j’étais si loin de m’attendre à une semblable chose, ayant laissé Papa si bien portant dimanche ! Enfin il m’a raconté les circonstances de cette mort, circonstances infiniment douloureuses et tragiques : Papa était parti le matin pour la dernière journée de vendange, il était ce jour-là absolument comme d’habitude ; à l’heure accoutumée, il a pris la route du retour, des personnes rencontrées en route lui ont dit bonjour comme d’ordinaire, quant tout à coup, une embolie s’est produite, et la mort est survenue, foudroyante, Papa a lâché volant et pédales, et la voiture, abandonnée à elle-même, a zigzagué sur la route et finalement pris sa gauche pour aller heurter un tas de terre, le choc a faussé une ale et la direction, donné un mouvment de recul à la voiture qui s’est rangée au bord de la route, moteur calé ; quelques minutes après est passé le domestique d’une des fermes voisine, qui a reconnu Papa, il a été frappé de don immobilité et s’en est allé prévenir Robin, immédiatement les métayers ont été alertés et on est allé à Aizenay téléphoner à Jacques ! C’est donc lui qui a reçu le choc, et son émotion a été terrible, il ne s’est pas senti le courage de prévenir Maman et il a chargé de ce soin Madame Lucas, tandis que lui-même filait en auto, emmenant un gendarme, le docteur, l’abbé Braud et M. Baron, qui a tenu à l’assister. ; ils ont trouvé Papa très calme comme s’il dormait, la mort avait été foudroyante, sans aucune souffrance. Pendant ce temps Maman, avertie par Tante Abel et Madame Lucas, arrivait dans l’auto de Samuel ; pour elle aussi le choc avait été épouvantable, elle était bien tranquille à s’amuser avec Jacquie, à cent lieues de se douter de l’épouvantable chose. Il a fallu que Jacques courre à Aizenay pour les formalités indispensables et l’autorisation de transporer le corps, et il était 7 heures environ quand mon pauvre Papa est entré dans la maison qu’il avait quitté si bien portant le matin. Maman était hors d’elle, comme folle, et tout retombait sur Jacques qui ne connaissait pas grand chose à la maison ; Les Granger prévenus, sont arrivés à 2 heures du matin et la présence de Jacqueline a été pour Maman un grand réconfort ; combien j’aurais voulu l’assister moi aussi dans ces moments terribles !
Monsieur et Madame Lucas m’ont raconté tout cela en détail ; mais quelle affreuse chose de ne pouvoir aller là-bas mois aussi. Pour mon petit enfant je me suis efforcée de retrouver mon calme, j’ai écrit un peu et je me suis mise à travailler en attendant Jacques qui devait venir le soir. L’Oncle Alexis est venu ainsi que Mademoiselle Péneau, puis Jacques est arrivé vers 5 heures avec Pépée et Marie, et sa présence m’a été un grand réconfort, il m’a donné bien des détails que j’ignorais encore, puis nous avons pleuré ensemble, appuyés l’un sur l’autre ! Le pauvre ami était bien fatigué, toutes ces émotions, une nuit blanche, des préoccupations multiples, aussi nous sommes montés de bonne heure et il a bien dormi ; pour ma part j’ai eu une mauvaise nuit et me représentais toujours les mêmes images : cette auto allant heurter le talus … ou bien l’entrée de papa à la maison … ou bien le retour de Maman dans cette maison des Sables qu’il aimait tant ! J’ai prié et cela m’a fait du bien ! Dire que ce pauvre Papa est mort tout seul au bord d’une route sans avoir un instant pour se reconnaître et se mettre en règle avec Dieu ! Depuis des années il ne pratiquait plus et j’avais tant compté sur les petits pour le ramener !… Papa était très droit, très bon et avec les prières de Tante Marie-Angèle, cela me donne des raisons d’espérer !
Jacques est parti hier matin, rassuré à mon sujet et me sachant bien entourée. J’ai vu hier Andrée Jaffré, Madame Logeais et Tante Thérèse ; ce matin le docteur est venu, il a trouvé une tension moins élevée et permis quelques adoucissements à mon régime, en attendant l’événement.
C’est maintenant que l’on enterre mon pauvre Papa, j’ai tenu à écrire ceci à la même heure, pour être de coeur avec eux tous et je suis en esprit la cérémonie funèbre ; nous venons de réciter le chapelet Mère, Julia et moi à l’intention de notre cher défunt…
Mardi 27 octobre
Jacques vient de repartir avec Pépée, encore une séparation, mais j’espère bien que celle-ci ne sera pas bien longue et que dans le courant de la semaine, je le rappellerai pour voir arriver notre cher petit ! Les journées me semblent longues… je suis très calme et m’efforce de me laisser distraire pour ne pas avoir devant les enfants un visage trop attristé… au fond de mon coeur la pensée de mon cher Papa ne me quitte pas !…
Reprenons un peu les jours passés ! Vendredi c’était donc l’enterrement, il pleuvait ! J’ai suivi en esprit la cérémonie funèbre et passé une bien triste journée ; le soir j’ai eu la visite de Françoise et de Benjamin qui m’ont apporté quelques détails. Samedi matin j’ai vu Maman et les Granger qui tenaient à venir m’embrasser avant le départ de Jean, samedi après-midi ; j’ai trouvé ma pauvre Maman bien courageuse, elle était encore très entourée et cela la soutenait. Maintenant presque tout le monde est reparti, il ne reste que Jacqueline bien entendu et tante Marguerite , elle va davantage sentir le vide ! Samedi soir Françoise est venue une minute, elle attendait Oncle Alfred et les Raymond, et venait me demander de déjeuner avec eux, j’avais d’abord accepté, mais j’ai dû y renoncer, le temps étant dimanche extrêmement froid et le vent violent, j’ai même dû renoncer à aller à la messe… Dimanche, de bonne heure, sont venus Oncle Alfred et les Raymond ainsi que Françoise, les Gaston repartent samedi matin par La Roche, Henri était reparti dès vendredi soir ainsi que Jean de Baynast ; François venait de passer la première partie de son bachot avec assez de satisfaction, mais la nouvelle de la mort de Papa l’a tellement bouleversé que cela lui a peut-être enlevé quelques moyens pour son oral. Jacques est arrivé dimanche après-midi ainsi que petite Pépée, nous avons pu causer longuement… nous nous sentions unis et c’est un très grand réconfort. Hier Mère et lui ont fait les courses urgentes que je ne peux pas faire… je travaille tant que je peux et cela a été un dérivatif à ma peine, les trois jours de la semaine dernière j’ai tricoté une petite robe à Pépée… hier je lui ai mis à l’ordre quelques petites choses et hier soir commencé un paletot au tricot, je lui fais porter le deuil en blanc, elle est encore si petite ! Mère tricote un chandail gris à Jean et Julia lui confectionne des tabliers blancs et noirs. J’ai reçu aussi des bonnes lettres de sympathie…
Jeudi matin 29 octobre
Mon petit bien aimé tarde à venir et je trouve le temps bien long… ce n’est pas qu’il y ait beaucoup de temps perdu, puisque j’y comptais à partir du 25, mais chaque jour qui passe retarde l’instant où je rentrerai au Poiré et où je pourrai reprendre ma tâche à laquelle s’ajouteront hélas des charges nouvelles ! Cependant je me dis que Dieu a bien arrangé toutes choses, en permettant que je vienne ici un peu plus tôt qu’il n’était nécessaire, Il m’a évité des journées terribles et des émotions qui auraient peut être été funestes à mon petit enfant…
Rien de nouveau depuis mardi ; je ne suis pas sortie ce jour-là, car il faisait encore très froid, j’ai tricoté toute la journée et vu Andrée un moment. Hier j’ai profité de ce que le temps était plus doux pour sortir un peu avec Jean, nous avons fait un tour dans les avenues voisines et sommes rentrés au bout d’une demie-heure ; je marche assez difficilement,mais cette promenade a été pour moi une distraction ; partout, dans ces avenues, sortent de terre de jolies petites maisons modernes, coquettes à faire envie ; enfin vers le boulevard extérieur il y a une grande propriété, avec des arbres magnifiques… en rentrant, nous avons trouvé l’Oncle Alexis puis, à la nuit sont venus Françoise et Oncle Alfred qui regagne Lyon aujourd’hui.
Lu ces jours-ci le vie de Mme Carré de Malberg fondatrice des Filles de Saint François de Sales, c’est un livre très édifiant et très beau, mais je préfère Elisabeth Leseur, qui me semble plus proche de nous et plus accessible….
Samedi 31
Toujours rien de nouveau… j’ai vu le docteur hier matin, ma tension a encore baissé, ce qui est une chose excellente et il m’assure que tout est absolument normal…..
Jeudi il faisait très beau, j’ai fait une grande promenade avec Jean, partie par le chemin de Carcouët, je suis revenue par le parc de Procé, les Dervallières et les Folies-Chaillou, en rentrant j’ai eu la visite de l’abbé Charonneau. Hier matin le docteur Grosse est venu, puis l’après-midi j’ai eu beaucoup de visites : Armande Brachet, Berthe Guillaumé, Marguerite, Jacqueline avec qui j’ai fait une petite promenade, et enfin Françoise.
Demain la Toussaint. Jacques arrive ce soir avec Pépée cependant je vais passer quelques tristes jours à évoquer tant de souvenirs !
Dimanche 15 novembre
Je commence aujourd’hui, je ne sais pas quand je terminerai, car je ne suis pas encore très forte, mais peu à peu en écrivant j’arriverai à faire le récit de ces deux dernières semaines, si pleines pour moi de choses ! Je reprends donc à la Toussaint, Jacques m’a conduite en auto à la messe à Saint Similien, puis Mère et Madeleine ont fait quelques courses, tandis que je demeurai dans la voiture. Après déjeuner, il faisait un soleil radieux, et comme nous ne pouvions pas aller sur nos tombes, nous avons décidé d’aller au cimetière de la Boutellerie, où est enterré unfils de l’Oncle Léopold, les enfants étaient gais et paraissaient aussi bien que possible, malgré ma lassitude, j’ai tenu à faire le tour du cimetière militaire, puis nous sommes rentrés par les boulevards, ce qui nous faisait une charmante promenade… A 4 heures, Jean s’est plaint d’avoir mal à la gorge en buvant son lait, aussi Jacques l’afait monter en auto et l’a emmené chez Paul, qui lui a trouvé un peu de température et la gorge rouge, il nous a engagé à le garder au lit pendant quelque temps. Le lendemain, Jean avait 38°5, cependant il était bien sage dans son lit ; l’après-midi, comme il faisait un temps superbe, Jacques nous a conduites à La Visitation, Jacquie et moi, puis j’ai passé l’après-midi auprès de mon petit gars, le soir il avait 39° et j’ai commencé à m’inquiéter, aussi Jacques est allé chercher le docteur qui malheureusement n’était pas là. La nui a été assez bonne, le matin avait encore 38°5 et le docteur tardant à venir, Jacques s’est décidé à partir, bien inquiet au sujet de son petit gars ! le docteur est venu à 11 heures, il a examiné longuement le petit et a détecté qu’il n’avait rien à la gorge, ce devait être plutôt une fièvre intestinale… après déjeuner je suis sortie un peu pendant que Jean dormait, puis j’ai passé l’après-midi près de lui, il était fiévreux, agité, énervé et moi bien inquiète ; à 5 heures, il avait 39°8 et il était si agit que j’ai dû lui caresser le front pendant plus d’une heure !. Le soir, Mère envoyé Armand chercher le docteur qui est venu après dîner, il nous a rassurés disant qu’il ne craignait aucune complication… mais j’étais quand même bien tourmentée La nuit n’a pas été très bonne, Jean m’ fait lever deux fois et la seconde fois j’ai commencé à souffrir…. Je me suis cependant recouchée, espérant attendre le matin, mais à heures, les douleurs étant un peu plus fortes, je me suis dit qu’il valait mieux partir, j’ai donc réveillé Madeleine, bouclé les valises et suis partie dans l’auto d’Armand ; Jean brusquement réveillé ne voulait pas laisser partir sa maman et faisait une colère folle, de la rue j’entendais toujours sa pauvre petite voix, et la déchirure était terrible !…Je suis donc arrivée ici vers 5 heures et demie, j’ai retrouvé ma chambre accoutumée, je me suis couchée puis Mlle Durand est venue voir où les choses en étaient, elle m’a dit que le travail était commencé et que ce serait probablement en fin de matinée. Le docteur Grosse est venu vers 9 heures, il a trouvé l’enfant très bien placé et les douleurs pas assez fortes. Je suis montée à la salle d’accouchement, où j’ai continué à souffrir, les douleurs n’étaient ni violentes, ni très rapprochées et les choses traînaient en longueur. Jacques est venu vers 10 heures, mais je l’ai envoyé tout de suite prendre des nouvelles de Jean, qui, je l’ai su depuis, avait piqué ce matin-là 40°4 ! Vers midi j’ai commencé à souffrir un peu plus… mais l’enfant ne venait toujours pas. Vers 4 heures le docteur s’est décidé à faire venir les eaux et peu après l’enfant a commencé à descendre et les douleurs sont devenues très violentes… un moment on a craint une syncope, aussi le docteur Grosse a décidé de me faire une piqûre d’huile camphrée, puis on m’a endormie, et quelques minutes après notre petite Geneviève a fait son entrée au monde, elle pesait 8 livres 20gr. , c’était une belle pouponne, grosse et fraîche, avec des grands cheveux noirs, comme son frère et sa sœur…. Puis on m’a descendue dans ma chambre où Jacques m’attendait ! j’ai sommeillé jusqu’au soir mais mal dormi la nuit, tant je soufrais dans les jambes et dans les reins ; Jacques m’a quittée dès le lendemain, Mais Maman et Jacqueline sont venues et restées avec moi jusqu’au samedi soir ; Jacques est revenu dimanche et ne pouvant rester chez Mère à cause de jean, il a couché ici et pris tous ses repas avec moi. Je suis restée seule toute la semaine dernière mais j’ai eu des visites et les forces revenant j’ai pu m’occuper sur mon lit. Maman doit passer cette semaine avec moi.
Petite Geneviève a été baptisée mercredi 11 novembre, Jean Granger a pu quitter La Haye pour la circonstance et Suzanne Dugast est venue de Thouars entre deux trains, triste baptême auquel manquaient le pauvre grand-père qui aurait été si heureux et Jean, Jacquie, grand-mère Dugast, tante Madeleine ! Ce n’est qu’aujourd’hui mardi que je peux finir d’écrire, Maman vient de sortir faire quelques courses en ville, j’ai eu tantôt la visite de Mme Violain puis de Marguerite ; Geneviève fait en ce moment une grosse colère, mais ce n’est pas grave ; elle a une bonne petite frimousse rose, des cheveux noirs et déjà longs, elle ressemble à Jacques dit-on….Dans une huitaine je pense regagner Le Poiré, mais Jean ne partira pas avec nous, il va beaucoup beaucoup mieux… mais sa convalescence n’est pas terminée et il me tarde que nous soyons réunis, tous les cinq chez nous !
Jeudi 20 novembre
Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 20 novembre 1931 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Je viens de déjeuner, j’ai donnée une tétée à ma fille, puis je me suis levée, j’ai maintenant en perspective une grande après-midi coupée d’agréables visites je pense… je suis condamnée pour quelque temps encore au repos… mais du moment que personne n’en souffre, je n’ai pas à me tourmenter, la maison est propre, les repas prêts à l’heure, Jacquie est en bon état, Geneviève est changée quand il est nécessaire, elle a des tétées à heure fixe, par conséquent tout va bien.
Je suis de retour ici depuis lundi dernier, les premiers moments ont été ennuyeux, il y avait tant à organiser et de mon lit je ne pouvais surveiller grand-chose mais tout marche maintenant. La dernière semaine à la clinique a été somme toute vite passée, Maman est restée avec moi jusqu’à mon départ, j’ai eu de nombreuses visites et, étant plus forte, j’ai pu travailler un peu dans mon lit, de sorte que j’ai trouvé les heures moins longues. Le mercredi matin j’ai eu la visite d’Armande Brachet et de Berthe Guillaumé ; le jeudi, Maman venait de sortir, quand j’ai eu l’agréable surprise de voir arriver Marie Morvezen et son petit garçon, elle venait consulter le docteur Bureau précisément pour le petit, et avait fait coïncider son voyage avec mon séjour à la clinique ; elle a passé avec moi la plus grande partie de l’après-midi, nous avons bien bavardé et évoqué de bons et lointains souvenirs ! le vendredi j’ai vu les Gourraud, Mme Yvernogeau et Madeleine, puis Mme Houdbine et Yvonne. Le Samedi, après-midi solitaire…. Dimanche matin j’ai vu assez longuement Andrée Jaffré, puis l’après-midi s’est vite écoulé dans l’attente de l’arrivée de Jacques… puis le lendemain il a fallu faire les préparatifs de départ, j’avais souvent pensé autrefois à ce retour ici et je me le représentais aussi joyeux qu’il avait été avec les deux autres, mais cette fois-ci, retrouver ici ce vide qui ne comblera jamais ! laisser Jean malade à Nantes, il y a de durs moments dans la vie
Jean va beaucoup mieux, il n’a plus de température et on commence à l’alimenter légèrement, on a même du le lever un peu cet après-midi, mais la convalescence sera longue ! Je l’ai aperçu en partant, nous sommes passés rue Monselet et Mlle Denues l’a descendu, roulé dans une couverture, derrière la fenêtre de la salle à manger, et je l’ai aperçu derrière les vitres ; je m’attendais bien, après trois semaines de diète, à le trouver amaigri, j’ai été impressionnée par cette pauvre petite figure tirée, dans laquelle on ne voit plus que les yeux ! Jacques a sorti le moïse de l’auto et ainsi il a pu apercevoir sa petite sœur ! En arrivant ici, j’ai trouvé Jacquie en bon état, avec des joues tout à fait réjouissantes, mais ce que je n’avais pas su plus tôt je l’ai appris dimanche seulement : c’est que cette vilaine puce a trouvé moyen de faire une angine , et que, juste le jour de la naissance de Geneviève, elle avait 40°, heureusement que pour elle l’alerte a été de courte durée….
Voilà maintenant la nuit, bientôt 5 heures, je viens d’allumer le plafonnier… j’ai vu longuement Mme Bonnaud puis le Docteur et Mme Lucas. Geneviève dort en attendant sa prochaine tétée, Jacquie joue à la cuisine, Maman lit près de moi, encore trois semaines de patience et je pourrai reprendre une vie à peu près normale avec mes trois petits !
Mardi 1er décembre
Les jours coulent, monotones et quelque peu longs mais je me laisse soigner et suis raisonnable…
Rien de nouveau ces derniers jours, je lis quelques romans faciles à lire et peu fatigants, j’ai aussi un ouvrage qui m’occupe plusieurs heures ; je mets à jour ma correspondance quoiqu ’écrire au lit ne soit pas très aisé… j’ai eu des visites, vendredi Armande Brachet, samedi Tante Abel, Marguerite et Anne Péchereau ; dimanche une avalanche que j’aurais préféré répartie sur plusieurs jours :Charlotte, Mme Dorion, Mme Edmond Gendreau, Mme Gabriel et enfin Françoise, sans compter les métayers et visiteurs divers. Hier personne. Je me sens plus forte de jour en jour, aussi maintenant je me lève pour déjeuner, d’abord j’ai commencé par le faire servir à une petite table de ma chambre, mais dimanche, prenant une grande résolution, je suis descendue dans la salle à manger, ce n’est pas descendre qui est le plus dur mais de remonter ! ce système nous permet en principe de prendre au moins un repas ensemble Jacques et moi, je dis en principe car, en réalité, cela nous arrive pour la première fois aujourd’hui, dimanche il avait des clients et n’est venu déjeuner qu’après midi et demie et hier il était à Nantes, cependant j’avais décidé Maman à venir déjeuner avec moi. Les nouvelles de Jean sont aussi bonnes que possible, il s’alimente et l’appétit est bon, on le lève deux heures par jour, mais c’est tout juste s’il n’a pas fallu lui réapprendre à marcher ! Jacquie est en bon état mais non sans caprices ; Geneviève dort bien, prend bien mais fait des selles vertes…je la rationne mais cela ne passe pas, c’est peut-être une conséquence de son vaccin qui est bien pris.
Une splendide journée d’hiver ! il y avait ce matin un brouillard épais maintenant dissipé et le soleil rayonne…combien je serais heureuse de faire un tour de jardin, quand je suis partie c’était encore presque l’été, tout était encore fleuri…..
Samedi 5 décembre
Le dernier mois de l’année est déjà entamé, voici l’époque où les nuits sont longues…de ma chaise - longue, j’aperçois un peu le jardin dépouillé et les sapins du parc….
Je passe encore de longues heures étendue, mais peu à peu je reprends une vie plus normale, je reste au lit toute la matinée, Marie s’occupe entièrement de Geneviève, c’est elle qui monte à 6 heures et demie, me la donner pour une première tétée, souvent je me rendors ensuite ou du moins je me repose… Les matinées sont calmes, coupées par la tété de 9 heures et demie je dis mon chapelet, je lis, je travaille puis je me lève pour déjeuner, ce qui fait que, lorsque Jacques est prêt à l’heure, nous causons un peu tous deux. Pendant les premières heures de l’après-midi je suis seule, j’écris un peu, puis je prends mon ouvrage et la nuit vient vite, un peu après 4 heures le jour baisse et il faut allumer ; depuis jeudi je reste dîner avec Jacques puis je monte trouver mon lit et je reprends mon livre ou mon ouvrage jusqu’à l’heure de la tétée.
Rien de bien nouveau cette semaine, j’ai eu très peu de visites, personne dans les premiers jours, hier Mme Gendreau et Mlle Armande, aujourd’hui Mme Bonnaud qui a été mise en fuite par l’arrivée des dames Loiseau et de Marguerite. Jeudi, Maman a été avec Jacques vers les Buzenières et l’Atrie, il faisait un temps lamentable… une plus glaciale, un vent violent…..
Hier une grande joie, j’ai pu téléphoner à Jean qui descend maintenant chaque jour pour déjeuner à table, combien j’ai été heureuse d’entendre sa petite voix que depuis un mois je n’avais pas entendue ; quelle joie d’entendre son « bonjour Maman » puis quelques mots me racontant qu’il a mangé « quatre filets de sole et de la marmelade, et c’était bon ! » pauvre trésor chéri quand allons-nous avoir la joie de le revoir et de reprendre notre vie de famille, à cinq maintenant que Geneviève est là !
Petite Geneviève chérie, je commence un peu à m’occuper d’elle…. Je la change avant la tétée de midi et demie et suis toute heureuse de voir se détendre ses petites jambes délivrées des couches. Je la nourris toujours, mais depuis une huitaine elle fait des selles vertes, j’i beau la rationner, elle n’a pas encore de belles digestions ; je lui donne un peu d’eau de riz dans un biberon, espérons que cela va passer. Elle a une bonne petite figure rose et ronde et ressemble à Jacques ; ses yeux gris foncés s’ouvrent maintenant largement pour fixer la lumière, ou essaye de reconnaître les personnes qui se penchent sur son berceau….
Jacquie est vigoureuse et bien portante, elle a un appétit superbe, une petite langue bien pendue et … quelques caprices ! c’est une grande compagnie pour moi. Jacques est très pris non seulement par l’étude mais par toutes choses que Papa faisait et qu’il lui faut maintenant faire à sa place : visites aux métayers, foires, vente et achat de bétail ! Que Dieu, pour nous tous, lui conserve la santé !
Vendredi 11 décembre
Toujours de ma chaise - longue où je passe encore ces jours-ci bien des heures, cependant mes forces reviennent rapidement, et j’espère la semaine prochaine reprendre une vie à peu près normale.
J’ai eu aujourd’hui un déjeuner solitaire avec Jacquie, Jacques est parti à Aizenay et n’st pas encore rentré déjeuner, ce qui m’étonne car il est maintenant près de deux heures. Jacquie est au Moulin-Guérin avec Maman. Je viens de fermer la TSF, j’ai eu tantôt un concert intéressant : Chopin, Debussy, Bach. , hier, j’ai eu le plaisir d’entendre « Dans les steppes de l’Asie centrale », cela me fait paraître les journées un peu moins longues, car si j’ai quelques visites, j’ai encore des moments de solitude, et d’autres non moins pénibles où Jacquie, énervée d’être enfermée, est particulièrement fatigante. Tantôt j’ai téléphoné à Jean qui est aussi bien que possible, mais je ne sais pas quand il nous reviendra…..
Dimanche, quelques visites encore : Armande Brachet, qui m’a même donné un coup de main au moment du goûter des enfants, puis Mlle Violeau, Mme Tenailleau et Mme Pannetier. Lundi mes deux bonnes souffraient tellement des dents que je les ai expédiées à La Roche et que Maman est venue s’installer ici, elle a même dîné et passé la journée avec nous. Mardi, visite d’Angèle Violeau, Mme Tenailleau et les Abel…
Je travaille, je lis et je commence à m’occuper de Geneviève, ce qui est une joie pour moi ; la petite chérie a pris 240 grammes dans sa semaine … je suis obligée de lui donner deux biberons de lait Nestlé et de l’eau de riz. Pour le moment elle pleure un peu mais elle n’est pas méchante. Déjà cinq semaines, comme le temps passe ! et bientôt Noël !
Mercredi 17 décembre 1931
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 17 decembre 1931 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Geneviève a six semaines aujourd’hui, je l’ai pesée ce matin, elle a pris 230 grammes dans sa semaine, elle pèse maintenant 8 livres 380, je l’ai baignée aussi aujourd’hui pour la première fois et c’était une joie de la voir détendre dans l’eau ses petits membres roses. Je revis aujourd’hui cette journée angoissante… je ne sais pas comment j’ai fait pour laisser mon pauvre petit garçon malade… je ne sais pas comment j’ai fait pour descendre cet escalier et quitter la maison…enfin la joie d’avoir une petite fille…joie bien assombrie par notre deuil d’abord et par la maladie de Jean et encore je ne savais pas ma petite Jacquie malade ce jour-là ! j’en suis encore à me demander comment Jacques a pu supporter à lui seul, pendant toute la journée, ce fardeau de peines, et comment il a réussi pour me remonter un peu, à me présenter un visage souriant ! il y avait de quoi devenir fou !
Enfin les trois semaines de précautions imposées par le docteur Grosse prennent fin aujourd’hui,…je vais pouvoir mener une existence un peu plus normale, je me lève maintenant pour faire la toilette de Geneviève, je passe encore ma journée sur ma chaise – longue, mais je change ma petite chérie et lui donne ses biberons et, à partir de ce soir je resterai un peu avec Jacques dans le bureau jusqu’à la tétée de 9 heures et demie, dans quelques jours je m’occuperai un peu de petite Jacquie.
Nous avons toujours de bonnes nouvelles de Jean, Jacques a passé à Nantes la journée de lundi et a constaté une certaine amélioration, sans doute reviendra-t-il la semaine prochaine, ce qui fait que nous serons tous réunis pour Noël, de voir devant la cheminée les trois petites paires de chaussures, y compris les chaussons de Geneviève. Cependant la présence de Jean me donnera un peu plus de travail, d’autant que Marie me quitte définitivement demain soir, son mariage étant fixé au 5 janvier, heureusement Léa commence à être plus au courant !…
Dimanche 20 décembre
Maintenant que me voilà à peu près rétablie, quoiqu’ encore pas très solide, je me remets peu à peu à mes occupations habituelles et tout rentre dans l’ordre… et je reprends comme chaque dimanche autrefois, cette chère habitude de venir ici rappeler mes souvenirs et les mille petites choses quotidiennes. D’abord in événement : une première sortie hier ! je suis allée à l’église pour me confesser en vue de la fête de Noël, il faisait hier une belle journée d’hiver, très froide, ensoleillée….j’étais comme étourdie de me retrouver dehors après tant de semaines de réclusion ! …
Ce matin je suis allée à la messe de _ Heures puis il m’a fallu m’occuper de Geneviève et faire le kéfir, Marie est partie jeudi soir, Léa se met bien courant mais il y a encore bien à faire ! aussi maintenant je suis heureuse de me reposer quoique Jacquie soit passablement cramponnante et ne laisse guère la paix. Rien de très nouveau cette semaine : mardi une visite de Mme Bonnaud, jeudi nous avons vu Pierre Bouliau qui est resté dîner avec nous. Vendredi. Vendredi nous avons vu Tante Abel et Marguerite mais je n’avais guère le cœur à bavarder ce jour-là, Mère nous avait téléphoné le matin que Jean depuis son lever se plaignait du ventre et nous étions bien tourmentés, j’ai passé une après-midi bien pénible, tournant sans cesse dans mon esprit des pensées pas très gaies ; le soir, un peu avant sept heures, nous avons eu un nouveau coup de téléphone, le docteur était passé et ne trouvait absolument rien, il attribuait es douleurs à la constipation ; depuis les nouvelles sont très bonnes, il est gai, mange bien et dort bien, mais il porte très mal le pied gauche, là non plus le docteur ne trouve rien, c’est peut-être un peu de faiblesse encore. Jacques allant demain à Nantes, je l’accompagne, j’ai tellement hâte de revoir mon petit chéri, sans doute l’aurons-nous pour Noël…..
Les petites sont toutes deux en bon état, Jacquie a une figure superbe et Geneviève a pris encore une demie livre cette semaine…
Hier soir une fantaisie très amusante par TSF, une parodie de l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, appliquée à l’Exposition coloniale, avec en sourdine, la Marche Funèbre de Chopin, c’était très réussi.
Mercredi 23
Nous sommes allés lundi à Nantes et avons eu la grande joie de voir notre petit chéri ! Avec quelle impatience j’attendais ce moment et quel bonheur en arrivant à la maison. Je revois toujours la petite figure heureuse et l’élan avec lequel il a jeté les bras autour du cou ! il a grimpé ensuite sur mes genoux et m’a raconté quantité de choses et moi je ne me lassais pas de le regarder, de l’écouter, de le sentir là ! Nous avons passé de bons moments avec lui, déjeuné ensemble et l’avons emmené faire des courses, seulement il a fallu le laisser à cinq heures, mais la séparation ne sera pas longue désormais, Jacques va le chercher demain ainsi que Grand-mère et sa tante ; il faut bien que Jean vienne mettre ses souliers dans la cheminée…. Cette fête de Noël ne sera pas un joyeux jour pour nous comme l’ont été certaines autres, mais nous aurons au moins la joie de fêter la guérison de notre petit chéri…
Jacquie s’amuse dans la cour, Geneviève suce son poing. Il fait beau mais froid, nous avons eu des journées glaciales et des clairs de lune splendides qui me donnaient le frisson, cependant il faisait bon dans l’intimité de la maison.