Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche 4 janvier 1953
Pas eu le temps d’écrire depuis dimanche dernier, sans cesse des journées coupaillées, réduites à rien par des tas de choses qui viennent me déranger, souvent pour rien, ou pour des paroles inutiles, des tas de petits travaux qui n’aboutissent pas à grand-chose, si bien que le soir je me demande ce que vraiment j’ai fait ce jour-là. Je suis lasse d’user mes forces et mon temps, apparemment pour rien, d’être sans cesse dérangée pour des choses inutiles, je voudrais deux ou trois jours de travail tranquille et de paix ; physiquement je suis fatiguée, bien que j’ai pu un peu dormir ; j’ai très mal aux reins ce matin, et c’est pénible, mais c’est surtout le moral qui est à bout… Yves est parti hier mieux portant il me semble, en tous cas il paraît plus gai et avait plus d’appétit, mais Pierre est toujours là, il a commencé à tousser jeudi et toute la nuit n’a pas arrêté de tousser. Le docteur, demandé le lendemain matin, n’a rien trouvé, mais, par précaution, le garçon repartira demain matin seulement, il n’aura perdu que la journée d’hier. Je n’ai écrit aucune lettre du jour de l’An, n’ayant pas eu le temps matériel de le faire, et je ne crois pas avoir le temps cet après-midi, car il y aura toujours quelqu’un à parler. Pour la dernière lettre écrite à Jeanne Lego, il a fallu m’y mettre trois jours de suite. Quant à notre pauvre cher Jean, pas de nouvelles ; cependant Madeleine a téléphoné au bureau de transfert des corps ; il paraît que les camions destinés aux transferts ont dû quitter Paris vendredi matin ; on comptait sur une arrivée à Nantes entre le 7 et le 20. Peut-être le corps de notre grand chéri sera-t-il ici vers la mi-janvier. Je pense à ce retour en camion, à travers ces campagnes de France qu’il aimait à parcourir….
Je me suis arrêtée à la grand-messe, n’ayant eu que quelques minutes à moi ce matin ; j’ai eu pas mal à faire, puis Georgette Roux est venue, puis les Granger ; Kean partait aujourd’hui pour paris et Montereau, il doit revenir pour le retour du corps de notre cher petit. Après les Vêpres, nous sommes allés à l’Hermière où vient de naître une autre petite fille ; il est maintenant plus de 5 heures et il ne me restera pas grand temps à moi avant le dîner. Lundi, nous avons déjeuné chez Maman avec les Granger, Benjamin et Françoise ; nous avions in très joli repas, mais j’étais complètement démolie ce jour-là ; le matin, nous est arrivée une carte adressée à Jean, elle était d’un camarade qui, ignorant sa mort, lui adressait des vœux de jour de l’an ; je lui ai écrit pour le prévenir, et hier, je recevais une lettre tout à fait gentille… D’ici quelque temps je lui enverrai une image souvenir de notre grand chéri, puisque, d’après la lettre de Caty, reçue hier également, elles doivent être prêtes bientôt. Lundi soir, sommes rentrés assez tôt de chez Maman, parce qu’Armand, Suzanne et Michel passaient nous voir dans l’après-midi. J’avais fait un cake, des palmiers, et nous avons goûté en causant. Mardi, j’avais dans l’après-midi une réunion à la Petite-Durantière, il faisait un temps désagréable, au moment de partir, il y a même eu une bourrasque de neige, laquelle n’a pas duré, mais a empêché toutefois certaines personnes de venir à la réunion. Jacques étant pris, j’avais demandé à Jean Granger de me conduire, il devait même venir me chercher à 4 heures ½, mais, ayant fini, et ne voyant personne, je me suis mise en route. J’étais gelée et cela me faisait du bien de marcher ; les premières minutes ont été très dures, puis je me suis réchauffée, et finalement j’ai trouvé l’auto Granger à la hauteur du chemin du Moulin, au moment où, bien réchauffée, je n’avais plus tellement besoin d’eux. Cela m’a gagné quand même un kilomètre sur trois. Mercredi, reçu a déjeuner les garçons Bastard : Jean-Pierre et Christian ; Yves et Pierre étaient contents de passer la journée avec eux. Reçu ce jour-là Mlle Violeau et les Frères de la Jamonière. Le soir, la visite traditionnelle à M. le Curé, mais Jacques et moi seulement, les filles étant à Nantes jusqu’au lendemain après-midi. Bien des fois, à pareille époque, nous recevions les camarades de Jean : les Boutelier, Rémy Charron ; tout cela est fini maintenant et le souvenir de ce passé fait souvent bien mal. Le 1er janvier au matin, sommes allés à la messe avec Anne ; les garçons allaient à la grand-messe, j’ai eu ensuite le marché à faire, puis il a fallu me presser pour recevoir les visiteurs habituels : les Albert, Lambert, etc… jusqu’à Christiane, en fin de matinée et Marie Gauvrit qui a terminé. Après déjeuner, les Granger sont venus, et Jean est allé avec les garçons chercher ses nièces à la Roche. Pendant ce temps, M. le Curé est venu avec M. l’abbé Poissonnet. Sommes allés ensuite chez Maman, puis chez Tante Abel…. La nuit suivante, Pierre n’a pas cessé de tousser ; vendredi matin, j’ai fait venir le docteur, lequel n’a rien trouvé de grave, mais conseillé de garder le garçon jusqu’à demain matin et il n’en était pas fâché. Vendredi, suis sortie un peu, chez Maman et à l’église, une visite des Lucas. Le soir, gâteau de fête de Geneviève. Yves est parti hier matin. Ne suis pas sortie, cuisine, rangements. L’après-midi, commencé à préparer des petits tapis pour mettre dans l’auto, les jours de boue. Visite de Mme Herbreteau et de sa belle-fille. Il est maintenant près de 10 heures, je finis d’écrire dans mon lit. J’ai été interrompue par une visite de Pierre et de Geneviève Bouliau, nous avons goûté, causé, ils sont aprtis à 7 heures ½ ; j’avais préparé le dîner – en allant de temps à autre à la cuisine – mais je n’ai rien pu écrire de l’après-midi….
Vendredi matin 9 janvier
Le physique va un peu mieux ; j’ai pu dormir à peu près toutes les nuits, et, bien que j’aie encore mal aux reins, cela diminue cependant, je fais aujourd’hui ma journée de repos et de lait, espérons que cela me retapera complètement. Un peu plus de tranquillité ces jours-ci, moins de travail ; j’ai pu expédier le plus pressé de ma correspondance ; je n’ai d’ailleurs pas envoyé de vœux cette année, et me suis contentée de répondre à ceux qui nous en adressaient. Je ne sais pas comment vont les rhumes des garçons. Jacques est à La Roche, mais il n’aura pas le temps de les voir. Sans doute y retournerons-nous au début de la semaine prochaine ; il y a la foire, et les deux jours suivants, il y a Ecole missionnaire à laquelle j’aurais désiré assister, mais je ne sais pas si cela sera possible, nous sommes toujours en attente du corps de Jean, et ne savons aucunement la date de son arrivée. Lundi, ne suis pas sortie, j’avais pas mal de travail que je voulais expédier ; j’ai eu aussi une visite de Mme Yvernogeau et une des Gilbert. Mardi matin, fait la galette des Rois, elle était en pâte feuilletée, très réussie, c’est Jacques qui a eu la fève et a choisi Anne pour reine. L’après-midi, suis allée un peu chez Maman. J’y suis retournée un peu aussi mercredi après-midi. Hier, nous y avons déjeuné, c’est moi qui avais fait le gâteau, la même pâte feuilletée que mardi, mais, en plus, j’y avais mis de la pâte d’amandes au milieu et c’était très bon. Temps très froid et désagréable ces jours-ci. Mardi soir, quelques flocons de neige, mardi matin, il y avait du verglas sur la place, et cela glissait par endroits. Un peu de soleil l’après-midi en a fait fondre une partie, mais il y avait du vent et le temps était très dur. Dans la nuit, un peu de neige encore, mais hier matin, la couche était très légère, cependant Anne était ravie de s’en aller à la messe avec nous, à travers la place toute blanche, et cela a été pour moi une joie, un peu plus tard dans la matinée, que de voir cette petite fille émerveillée s’en aller dans le jardin, regarder toutes choses, se pencher pour toucher cette belle neige. Cependant la pauvre chérie, les jours de congé, est un peu trop seule ; il lui manque d’être en bande comme l’ont été les autres….
Dimanche matin 11 janvier
Hier soir, Madeleine a téléphoné, d’après les derniers renseignements reçus, le corps de Jean, bien que parti de Marseille, ne serait pas arrivé à Nantes. On suppose qu’hier soir il devait être à Limoges. Sans doute organise-t-on des circuits pour déposer au passage quelques uns des cercueils. Peut-être arrivera-t-il à Nantes demain ou après-demain ; en tous cas nous devons être prévenus aussitôt… Rien de très nouveau depuis vendredi, je me suis bien reposée ce jour-là ; Jacquie m’avait installé le poste de radio de Jean, et, à plusieurs reprises, j’ai pu avoir, très tranquillement, de la musique intéressante. Je ne me suis d’ailleurs pas levée et j’ai eu beaucoup de temps pour lire, tricoter, réfléchir et prier. Cela fait du bien de temps en temps. Hier matin, repris le travail habituel, depuis la messe jusqu’au soir. J’ai préparé le déjeuner, fait des gâteaux que j’envoie chaque année à l’hôpital. Cette année, je n’ai pas eu le temps de les faire pour Noël, ce sera pour la solennité de l’Epiphanie. L’après-midi, écrit quelques lettres pressées, puis suis allée chez Maman, à l’église et enfin chez Marie Locteau, qui est tout de même mieux sans être vaillante encore. Aujourd’hui, j’ai fait quelques lettres très pressées encore, je ne sais pas si cette fois-ci j’y arriverai….
Mercredi soir 14 janvier
Huit mois aujourd’hui que Dieu a rappelé à Lui notre Jean chéri…. Son corps est arrivé à Nantes ce matin ; nous avions été avisés par téléphone, de cette arrivée imminente, et, ce matin, un autre coup de téléphone nous a dit qu’il était là. Nous nous y sommes rendus cet après-midi ; ils sont plus de trente, qui viennent d’être amenés et sont alignés dans un baraquement, tous les cercueils recouverts de drapeaux tri colorés. Jean est le seul Vendéen…. Quelle douleur affreuse de se trouver ainsi près de notre enfant bien aimé, alors qu’il ne peut plus nous entendre que, séparés par quelques planches, nous ne pouvons ni le voir, ni l’embrasser… c’est une affreuse douleur et c’est une chose terrible que de voir la douleur de Jacques, que nos enfants chéris prient pour leur Papa et nous assistent tous deux. Nous ne sommes pas restés longtemps devant le cercueil, il y faisait très froid ; nous sommes allés chercher Mère et Madeleine pour les y emmener elles aussi. Rentrés assez tard le soir, il a fallu passer par La Roche prendre les faire-part commandés cet après-midi ; il y a beaucoup de détails à régler, et beaucoup de choses à prévoir. Notre grand chéri nous arrivera samedi matin, vers 10 heures ½, nous le garderons deux jours ici, avant qu’il repose au cimetière, mais combien ce retour sera différent de celui que nous avions espéré, dont nous avions rêvé. Pendant deux jours nous pourrons rester auprès de lui, l’entourer de prières, puis la cérémonie des obsèques aura lieu lundi matin à 10 heures ½. Les honneurs militaires lui seront rendus, il a bien mérité cela ; j’espère que beaucoup prieront pour lui.
Hier, passé ma journée à La Roche, pour l’Ecole missionnaire ; je n’avais ni le courage, ni la possibilité d’y retourner aujourd’hui ; j’ai tâché de profiter le plus possible de cette première journée qui a été intéressante… Suis allée déjeuner au parloir de Richelieu, ce qui me permettait de voir les garçons. J’y étais quand jacques m’a téléphoné ; il avait reçu, de Nantes, l’annonce de l’arrivée de Jean, et nous avions certaines décisions à prendre ensemble ; de plus, il désirait voir le Préfet, ainsi que le commandant Maguet. Suis retournée en réunion ensuite ; en arrivant, rencontré Mme Coutansais et Mme de Baudry à qui j’ai annoncé le retour du corps de Jean, et la date des obsèques, si bien qu’au début de la réunion de l’après-midi, M. l’aumônier a recommandé notre enfant et nous-mêmes aux prières de toutes et a annoncé que la messe de ce matin – messe de l’Ecole missionnaire – serait pour Jean. Cela a été infiniment bienfaisant que de sentir ce courant de sympathie, d’amitié, de charité. Suis rentrée hier soir, avec Jacques, un peu plus tôt que prévu, ce qui nous a permis de voir M. le Curé et de régler certaines choses avec lui. Que Dieu nous aide, nous allons avoir des jours bien douloureux.
Vendredi 16 janvier
C’est demain matin que le corps de Jean nous arrive ; demain, il sera là et nous aurons le suprême et le déchirant bonheur de le garder deux jours dans la maison qui a été celle de son enfance. Après quoi, il faudra le conduire au cimetière, où il reposera désormais, en nous attendant, et en attendant aussi la résurrection du dernier jour.…
Nous nous occupons aujourd’hui d’organiser toutes choses pour l’arrivée ici de notre enfant bien aimé, pour les deux jours qu’il passera parmi nous, et pour la cérémonie dernière. Hier, suis allée un peu chez Maman ; Jacquie est venue me chercher ; Mme Dantoing était là, ainsi que le Commandant Maguet, venu pour organiser certaines choses avec nous. Mme Dantoing est restée longtemps, et j’ai été heureuse de parler avec elle. Ce matin, sœur Gertrude est venue installer une tenture noire pour la mettre dans le salon, derrière le cercueil de notre cher petit, qui sera placé devant la glace. Les camarades de Jean de la classe 47 le veilleront la première nuit, et les rapatriés d’Indochine la seconde. Les camarades ont même déclaré que, si la chose était possible, ils préféraient porter le cercueil. Dans ce cas, la remise des décorations aura sans doute lieu devant le Monument aux Morts ; Il y a tant de choses qu’il faut prévoir. Nous allons avoir quelques jours très très durs. Que Dieu nous aide.
Hier matin, suis allée à un enterrement, après une nuit de brouillard, tous les arbres étaient givrés de façon féérique. Avec le soleil, c’était un éblouissement – bien entendu fugitif – Je pensais à jean, je pense à lui sans cesse et je me dis qu’au ciel c’est tellement plus beau. Le froid est encore très vif ; je voudrais bien que cela s’adoucisse un peu.
Mardi soir 20 janvier
Je voudrais écrire ce soir, mais très peu de temps, j’ai beaucoup de choses à raconter, mais espacerai cela sur plusieurs jours, car je ne peux pas beaucoup écrire, tellement j’ai les nerfs secoués, cependant, je tiens à commencer le plus tôt possible, afin de rien oublier de ces journées à la fois douces et déchirantes où nous avons eu le suprême bonheur de posséder le corps de notre enfant chéri, que jamais nous ne reverrons ici-bas. Il nous a donc été amené samedi matin à dix heures ½ comme convenu ; tout était prêt dans le salon pour la dernière arrivée, et cela avait été presque une joie, la veille au soir, d’arranger tout cela, de faire encore quelque chose pour lui. Quand le camion s’est arrêté, il y avait tout un groupe de personnes à attendre dans la rue ; les gendarmes, les jeunes de la classe 47, les rapatriés d’Indochine, quelques voisins, et surtout M. le Curé, ainsi que les Brachet et Boyer, venus nous assister, de même que plusieurs des métayers. Les jeunes, ainsi que les hommes présents ont descendu le cercueil. Jacques et moi étions sortis pour recevoir notre enfant chéri. Quelle douleur de rentrer dans la maison derrière le cercueil et de l’accompagner dans ce salon où il était venu si souvent, vivant et joyeux. Ce sont des moments atroces, que nous ne pourrons jamais oublier. Le cercueil, un pauvre cercueil de planches épaisses, fait pour supporter un long voyage, a été recouvert d’un drap mortuaire et du drapeau tricolore. Quatre cierges ont été allumés et M. le Curé a commencé la douloureuse veillée par un chapelet que tous ont récité avec nous, quelques-uns sont partis, d’autres sont restés avec nous, et, pendant deux jours cela a été un incessant défilé… A part les repas, pendant lesquels il y eu toujours quelqu’un pour garder notre enfant chéri et à part quelques heures de la nuit, nous ne l’avons guère quitté. Samedi après-midi sont venues de nombreuses personnes. Tante Abel, les Mignen, Gourraud, de nombreux amis. Le soir, pour le chapelet, le salon était plein ; il y avait du monde dans le couloir, jusqu’à la porte de la rue. Le soir, les rapatriés d’Indochine sont apporté leur fanion que nous avons épinglé à la tête du cercueil, sur la tenture noire ; de chaque côté étaient les drapeaux des Anciens Combattants et des Mutilés. En dessous du fanion, des tulipes blanches splendides, des boutons de roses sur un table à droite. A gauche, j’avais mis la photo de Jean, avec son casoar, et, après, nous avions disposé de très jolis œillets qui nous avaient été offerts. Quelques personnes sont venues passer la nuit. M. Baron est resté longtemps, Henri Louineau toute la nuit ; les camarades de Jean sont venus vers 3 heures. Nous nous étions aussi partagés la nuit. Les deux filles avaient veillé jusqu’à 1 heure, Jacques et Yves depuis 1 heure jusqu’à 4 heures, et Pierre et moi à partir de 4 heures. Jacques avait été à quatre heures 1-2 chercher les garçons. Tous quatre – je ne parle pas d’Anne, qui passait ces journées chez grand-mère – ont été très chics et très gentils. Yves a veillé longtemps et n’a jamais voulu s’asseoir en présence du corps de son frère. Tous ont fait leur possible pour nous soulager et nous aider. Dimanche matin, nous sommes allés, tous ensemble, à la première messe, puis avons repris notre veillée. La journée a été dure, il est venu beaucoup, beaucoup de monde, sans arrêt ou presque. A chaque instant il fallait recevoir des condoléances et des marques de sympathie, c’était infiniment touchant, mais épuisant par moments. A la sortie des messes surtout, il arrivait des flots de visiteurs ; impossible de dire ceux qui sont passés. L’après-midi, alors qu’il y avait foule, est arrivé un jeune lieutenant qui s’est incliné devant le cercueil, c’était le lieutenant de Sesmaisons, qui avait été rejoint par notre faire-part, mais ne pouvant assister aux obsèques lundi, il avait préféré, revenant de chez lui, s’arrêter au passage en regagnant Saint Maixent où il est instructeur actuellement. Nous l’avons emmené dans le bureau que nous avons transformé en petit salon, et avons pu parler avec lui de notre cher enfant disparu, qui était pour lui un camarade qu’il aimait bien. Après le dîner, comme la veille, nous sommes allés faire la prière du soir auprès du corps de notre cher petit. Pendant ce temps, Jean Granger, qui était arrivé la veille au soir, était allé à La Roche, d’où il avait ramené Solange, Pierre Douxami et Mladen, ainsi que Daniel ; Pierre et son fils logeaient ici ; les enfants les ont fait dîner, car j’étais trop lasse pour rester plus longtemps ; Jacques était d’ailleurs monté depuis un moment. Madame Baron est restée la nuit entière, Thérèse presque jusqu’à 4 heures ; Yves et Pierre sont descendus vers 1 heure et Yves est resté jusqu’au matin, les deux filles ont pris la garde vers 4 heures ; il y avait les 4 rapatriés d’Indochine : Martial Moreau, Jean Remaud, Michel Buton et Robert Gineau. Jacques et moi sommes descendus plus tard, vers 6 heures. Je n’avais guère dormi, mais Jacques dormait et je ne voulais pas me lever de peur de le réveiller. Armand Lambert est resté lui aussi presque toute la nuit. Marie Gauvrit et Lucien avaient veillé assez tard la veille au soir. Les Boyer étaient venus eux aussi, et, quand je suis descendue, Georges Lancelot était là depuis plusieurs heures. Il paraît que M. Michaud, député, est arrivé au milieu de la nuit ; il débarquait de Paris, et, avant tout autre chose, avait tenu à venir prier près du corps de Jean. Nous en avons été touchés, Jacques et moi. Sommes allés communier à la première messe, Jacques, Yves et moi ; il ne pouvait être question de communier au service, vu l’heure tardive et la saison plutôt rigoureuse. Les deux filles sont allées communier à la seconde messe. Pendant ce temps, Yves étant à déjeuner, et Pierre dormant encore, Jacques et moi sommes restés tous deux seuls auprès du corps de notre petit enfant. Un peu plus tard, nous avons été seuls avec les cinq enfants restants ; pour al dernière fois, nous nous trouvions, tous les huit, réunis sous notre toit ; j’ai prié Jean de faire que nous restions toujours très unis. Puis quelques personnes ont commencé à arriver ; la première a été la pauvre Eugénie Aubret, que j’avais priée de venir aider Thérèse. Elle était très émue de se retrouver devant le cercueil que son fils a touché, son fils qui est arrivé à Hanoï le lendemain ou le surlendemain des obsèques de Jean. Il y a eu aussi au courrier, comme samedi, de nombreuses lettres de gens nous assurant de leur sympathie et de leurs prières, et plusieurs s’excusent de ne pouvoir assister à la cérémonie en raison de grippes, vu le froid rigoureux. Il ne faisait pas trop mauvais le matin ; temps froid, mais clair et calme ; cependant quelques rafales avaient soufflé pendant la nuit. Il est arrivé des quantités de gerbes – quinze ou seize je crois – Maman et les Granger, les Mignen et Gouraud, les Landais, Armand, Suzanne et Madeleine, le Conseil municipal, le Conseil général, le Préfet, les Anciens d’Indochine et d’autres dont je ne me souviens plus. Yves Péchereau avait demandé, par télégramme, qu’une gerbe soit déposée à son nom. Toutes, au fur et à mesure qu’elles arrivaient, ont été déposées autour du cercueil qui disparaissait ainsi sous un monceau de fleurs. Des photos ont été prises, je voudrais bien qu’elles soient bonnes, ce serait un tel souvenir. Vers 8 heures ½, je suis montée me préparer, et j’étais encore près de la salle de bains, quand j’ai entendu Jacques monter à toute vitesse, pour n’annoncer que le sergent Dufau venait d’arriver. Cela a été une émotion indicible ; Jacques était blanc comme un linge et pleurait de joie. Je suis descendue en vitesse ; le sergent était recueilli devant le cercueil, j’étais tellement heureuse et émue, que je l’ai embrassé ; Nous l’avons emmené dans le bureau et avons pu causer un peu avec lui, mais très peu, parce qu’il a fallu retourner dans le salon où tout le monde arrivait. Beaucoup de personnes sont venues nous serrer la main avant la cérémonie, et puis le moment est venu. Il a fallu voir le cercueil de notre enfant quitter la maison, sortir derrière lui. Je revoyais l’enterrement de notre petit Bernard, là, c’était Jean qui accompagnait son Papa et le cercueil si léger, entouré de fleurs blanches, était porté par des enfants. Cette fois-ci, Jacques, accompagné du sergent Dufau – que nous avions tenu à voir occuper cette place – était entouré de ceux qu’il appelait autrefois « les deux petits », et le cercueil, si lourd, était porté sur les épaules des jeunes de la classe 47… Sur le parcours, beaucoup de monde, beaucoup de famille, d’amis, et aussi des personnalités officielles. Les deux grands-mères avaient été conduites en auto. Nous avons eu la cérémonie religieuse très belle et très édifiante. L’abbé Bouhier célébrait la messe ; nous tenions beaucoup à ce que ce soit lui, l’ancien professeur et le confident de toujours de Jean. M. Le Curé, en chaire, lisait l’Epître, l’Evangiles, les Oraisons ainsi que les Mementos des vivants et des défunts, ainsi que nous le lui avions demandé. Il a tenu à dire quelques mots, dégageant tout le sens profond di sacrifice de Jean. Nous sommes partis ensuite vers le cimetière ; le temps qui était, bien que froid, calme et beau depuis le matin, s’était brusquement assombri, et il soufflait un vent glacial. Arrêt au Monument aux Morts. Le cercueil a été déposé face au monument, le commandant Maguet a donné lecture des citations de notre cher enfant, et, a épinglé sur un coussin ses décorations. Cela a été infiniment émouvant et très beau. Il y a eu ensuite des discours. M. Vrignon a parlé au nom de la municipalité ; M. Lesaffre a lu, avec beaucoup d’émotion, un discours préparé par le docteur Robert-Jean Yole, le Président du Conseil général et le Préfet ont dit un mot Celui du docteur Robert était certainement le plus émouvant, seulement, il faisait un froid terrible ; les drapeaux claquaient au vent et tout le monde grelottait. J’étais très ennuyée de Maman, qui avait tenu à venir jusque-là, de Jean Granger très enrhumé et de tant d’autres qui pouvaient attraper du mal (finalement, on nous a laissées, Grand-mère et moi chez Piveteau). Le cortège a repris ensuite sa marche lente, sur les épaules des jeunes, entre deux haies de soldats. Je ne pouvais quitter des yeux ce cercueil, que dans quelques instants nous ne verrions plus, et je pensais que tant de fois Jean avait parcouru ce chemin, vivant et joyeux, pour gagner la maison Baron. Il paraît que la dernière fois qu’il en est parti, il avait les larmes aux yeux. Pensait-il qu’il pourrait n’y plus revenir ? Et maintenant c’est tout près de là, dans le cimetière, qu’il repose pour toujours. Et il a fallu le laisser là, remonter à sa suite cette allée tant de fois suivie, et voir le cercueil descendre dans la fosse préparée depuis plusieurs mois tandis que nous attendions son retour. Quelques commandements pour les honneurs militaires, une dernière bénédiction, puis il a fallu partir, et le laisser là, le moment a été atroce, je croyais ne plus pouvoir marcher le long de cette allée du cimetière. Nous avons eu ensuite à recevoir les condoléances ; beaucoup de personnes n’y ont pas défilé, et c’était mieux ainsi, malgré la température vraiment rigoureuse, mais cela a été vraiment très, très long. A la fin, je n’en pouvais plus. Jacques devait être bien fatigué ; il avait gardé près de lui le sergent Dufau pour le présenter aux personnalités qui pouvaient défiler. Je voyais Yves qui était vert, d’émotion et de froid. J’ai cru ensuite ne plus pouvoir gagner l’auto que Jacqueline avait cependant eu l’heureuse idée de faire amener par son mari ; il était temps que j’y soie ; à peine assise s’est déclenchée une belle crise nerveuse qui a épouvanté la pauvre Jacqueline. Elle a fait monter Jacques, et peu à peu, cela s’est calmé, seulement, en arrivant à la maison, j’étais brisée. J’aurais voulu me coucher, et ce n’était pas possible, nous avions à faire déjeuner les personnes de la famille qui pouvaient rester. Armand, Zuzanne et Michel ainsi que Madeleine, Pierre Douxami et Daniel étaient là aussi ainsi que le sergent Dufau. Thérèse avait préparé un repas très simple, mais cela pouvait marcher. L’adjudant Bellier est venu chercher son camarade, nous avons pu parler au sergent, et il nous a donné certains détails que nous ignorions. Après, il est encore venu du monde ; je n’ai pu me coucher qu’un peu avant sept heures, et me suis levée plus tard hier matin ; j’étais brisée, malade d’émotion, incapable de me réchauffer, avec les nerfs et le cœur démolis. Maintenant – mercredi soir – cela va mieux, sans que cela soit parfait, tout de calmera peu à peu. J’ai repris le travail, il faut toujours arriver à le reprendre. Nous sommes allés deux fois au cimetière, la tombe est toujours couverte de fleurs. Notre enfant bien aimé repose près de nous. Les garçons sont partis hier soir ; eux aussi doivent reprendre le travail.
Le sergent Dufau nous a raconté le dernier combat de Jean, ils étaient vingt-cinq contre plusieurs centaines de Viets – et encore, le seul groupe de Jean a été attaqué. Il y a eu bataille très dure et les Viets ont gagné du terrain. Ce n’est qu’après leur retraite que les nôtres ont pu relever les morts. Jean avait du être tué dès le début du combat – on ne saura jamais si il est mort sur le coup, ou si, sans connaissance, il a survécu quelques instants - .Il était couché sur le dos et paraissait dormir, la tête appuyée contre une diguette ; il avait un bras replié sur la poitrine ; sans doute se sentant frappé a-t-il porté la main à sa blessure. Il avait le visage très calme, ne paraissait pas s’être débattu, mais le sol, autour de lui, était couvert de sang. Les Viets l’avaient fouillé, avaient pris sa montre, ses lunettes, son revolver. Non loin de lui, un Indochinois avait été piégé, et le sergent, venu pour le relever, a failli sauter sur une grenade. Il a ramassé Jean, l’a chargé sur ses épaules et a essayé de l’emporter, mais il était blessé à la jambe et sa blessure commençait à le faire souffrir ; alors, avec ses hommes, il a confectionné une civière de bambous, mais les bambous ont cassé, ils ont été obligés de s’y reprendre à plusieurs fois, puis il a fallu traverser les rizières, où ils sont tombés dans des trous, enfin, il était plus de dix heures quand ils sont arrivés au P.C., où Jean a été veillé jusqu’au moment d’être transporté à Hanoï. Nous savions le reste. Maintenant tout est fini, il n’y a plus rien à attendre, qu’une tombe à visiter…
Chaque jour le courrier nous apporte des lettres de condoléances ; je me mettrai peu à peu à répondre à quelques-unes. Ce matin – jeudi matin – une carte de la Maréchale de Lattre nous envoyant un mémento de ses deux morts….
Dimanche matin 25 janvier
Il y a huit jours le coprs de notre cher petit reposait dans la maison qui fut celle de son enfance et nous avions le suprême bonheur, pour quelques heures encore, de veiller près de lui. Maintenant, il est au cimetière, sous les fleurs qui commencent à se faner et qu’il faudra bien enlever… Jacques paraît se reprendre, pour moi, je me sens un peu mieux, bien que très lasse encore, et les nerfs toujours très secoués, seulement, je vis dans une angoisse perpétuelle pour Jacques et pour les autres enfants… Pas grand temps ce matin jusqu’à la grand-messe ; il est bientôt onze heures déjà ; le courant ayant été coupé ce matin, nous avons allumé le poële de la salle à manger et il fait bon, mais en dehors le temps est très dur ; il y a un brouillard glacial et les arbres sont admirablement givrés… Le salon a été remis en ordre ; toute trace du court passage de Jean a disparu ; seules les roses, données par Tante Madeleine, et qui, jusqu’à lundi étaient restées en bouton, se sont épanouies, bientôt elles seront fanées…. Rien de très nouveau depuis jeudi. Vendredi Simone Masson-Bouliau est venue déjeuner. Madeleine nous avait demandé la veille, par téléphone, si nous pouvions la recevoir, et elle a passé la journée ici ; j’ai préparé le déjeuner et tout était à peu près terminé quand elle est arrivée. L’après-midi, Jacques nous a emmenées au cimetière. Nous avons eu quelques jours de beau temps froid, mais très ensoleillé ; à partir de midi et demie, on pouvait stopper le chauffage, et jusqu’à cinq heures, il faisait très beau sous la véranda. Aujourd’hui la chose ne sera pas possible… Le travail s’est accumulé, couture, tricot, un peu de raccommodage après la lessive. J’ai repris, pour Pierre, le chandail commencé pour Jean depuis un an… à présent il n’a besoin de rien et Pierre a un petit chandail bleu – que cependant il aime beaucoup – mais qui est très court et surtout très usé.
Hier soir, vu longuement Armande Brachet ; avons parlé assez longuement des derniers jours où Jean était là, de la souffrance que ces derniers jours lui ont apporté, et qu’il a dû supporter très généreusement et courageusement, cela fait du bien d’évoquer ainsi le souvenir du cher enfant.
Dimanche 1er février
Un mois déjà passé ; un mois de cette année 1953 où jamais nous n’aurons l’espoir de revoir ici notre cher petit… cela ne me fait rien de vieillir, non seulement Jacques et moi vieillissons ensemble, mais je sais que dans l’Eternité je retrouverai tout ce que j’ai aimé dans le passé, sont j’ai si souvent la nostalgie, et je retrouverai bien plus encore. Cela n’empêche qu’il y a des moments très durs. Et pourtant, il faut se reprendre, il faut travailler dans la maison, sortir, me remettre aux réunions d’Action catholique, bien que cela ne me dise pas toujours grand ’chose. Le physique va mieux, je me sens plus d’équilibre ; les nerfs se reprennent aussi, mais j’ai beaucoup de mal à prendre goût à certains propos tout à fait dénués d’intérêt, aux petits potins et aux petits faits cent fois ressassés…. Semaine assez chargée, je n’ai pas eu le temps d’écrire, ou plutôt, je n’ai écrit que pour envoyer des images souvenirs de Jean et des remerciements, au moins trois lettres par jour, je ne peux pas faire plus. Il y a quand même pas mal de faits….j’ai aussi à faire un gâteau pour Yves qui a été roi et veut l’offrir à sa table ; je l’avais oublié, Jacquie le lui apportera demain. Lundi après-midi, sommes allés à Vendrennes voir le docteur et Mme Robert. Après une matinée de brouillard, le temps d’était dégagé et, bien que l’air soit encore très froid, cela paraissait délicieux. Passé un moment très agréable, conversation intéressante, intelligente, cela change parfois – j’ai trouvé cela court – Une maison vendéenne sympathique ; de grandes pièces avec des meubles anciens ; un bureau très simple, mais bourré de livres, et une atmosphère qu’on sent pleine de pensée. Cela m’a ravie et j’ai eu une de mes premières joies depuis longtemps. Au retour, pas mal de brouillard, mais nous sommes tout de même arrivés avant la nuit. Mardi, suis allée chez Maman et au cimetière. Mercredi après-midi à La Roche, visite au dentiste. N’ai pas fait de courses, Geneviève s’en étant chargée. Suis allée porter des images aux trois cousines, à Mme Boutelier. Avec Jacques, visite de remerciements au Préfet. Jeudi, déjeuné chez Maman. A La Roche, vu les garçons, qui étaient bien tous deux. Jeudi matin, n’ayant pas de cuisine à faire, cela m’a permis d’écrire et de faire quelques rangements pressés, suis restée ensuite chez Maman jusque vers 5 heures. Après déjeuner Jacques nous avait emmenées en auto au cimetière. Vendredi, déjeuné de bonne heure, puis sommes partis à Angers. Nous avons eu la plus belle journée d’hiver, le temps s’était bien radouci et il faisait un temps délicieux. Sommes passés par Les Herbiers, Geneviève ne connaissait pas cette route-là et avons mis pied à terre devant la chapelle des Alouettes ainsi qu’il est d’usage. Jean de Baynast paraît mieux et Madeleine semble assez optimiste, mais on sent qu’il a été très touché. Avons quitté Angers vers 5 heures pour prendre la direction du Fuilet. Le ciel s’assombrissait, cependant, vers Ancenis, nous avons eu un beau coucher de soleil sur la Loire. N’avons pas tardé beaucoup, parce qu’il nous restait encore pas mal de route à faire ; nous étions ici vers 9 heures… Suis allée voir Maman un peu hier matin mais n’y suis pas retournée l’après-midi, j’avais pas mal de travail à préparer, de la couture pour les jours qui viendront, et quelques rangements encore à faire. Si je ne prends pas, de temps en temps, un après-midi tranquille pour ranger et travailler, je ne peux plus m’en tirer. Reçu quelques lettres et cartes encore cette semaine…
Dimanche matin 8 février
Après quelques jours où le temps semblait s’être radouci, il fait ce matin plus froid que jamais… Semaine encore très chargée. Je reprends mardi les réunions de quartier….Geneviève est arrivée hier soir du Fuilet, mais Jacquie s’en va demain matin à Montaigu, voir Nicole qui vient d’être maman d’une petite Elisabeth. Dimanche, j’ai été à peu près tranquille, j’ai pu écrire quelques lignes, et copier différentes choses remises depuis longtemps. Lundi, ne suis pas du tout sortie, passé l’après-midi à faire de la couture ; piqué des gants de toilette, des enveloppes de bouillotte et commencé des petites chemises pour Anne. J’ai pu m’installer à plusieurs reprises sous la véranda et c’était réellement agréable. Mardi après-midi à La Roche, suis allée porter une image de Jean à Mme Lesaffre. Mercredi et jeudi, il y avait deux jours de retraite pour les femmes, d’abord cela ne me disait rien, car j’avais eu ma retraite de décembre…. J’y suis allée, parce qu’il est nécessaire de donner l’exemple, et que beaucoup de femmes n’auraient pas compris la raison de mon abstention…. J’ai remarqué, avec plaisir, beaucoup de femmes qui viennent aux réunions de quartier. Jacques a été très content aussi des réunions pour les hommes. J’ai tout de même eu le temps, ces deux jours, de faire de la cuisine chaque jour en rentrant, et d’aller chez Maman un peu le soir. Vendredi, repris le travail habituel ; fait pas mal de couture, suis allée quelques minutes chez Maman ; hier de même ; reçu la visite de Yolande Valéry… Suis allée au cimetière hier et avant-hier ; les fleurs sont presque fanées sur la tombe de notre enfant chéri. J’ai retiré hier de la penderie ses derniers costumes civils ; l’un pas mal usagé, ira au Secours catholique ; d’autres, qui sont en parfait état, pourront peut-être portés par Pierre. J’ai vidé les poches. Il n’y avait presque plus rien, mais ces pauvres choses, il les avait mises lui-même. Quelques pièces de monnaie, quelques papiers, son télégramme de Lyon, reçu ici pendant les vacances de Pâques, une lettre de Milou Granger…. Quelle tristesse de retrouver cela… Et il faudrait ranger cette chambre ! Je n’en ai pas le courage. J’ai passé hier le disque que j’avais demandé à Caty : les chants de Saint-Cyr : la « Galette » et le « Pékin de Bahut ». Que Jean était heureux, ce jour de Triomphe !
Mardi soir 20 février
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 20 fevrier 1953 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Fait hier ma journée au lait, il faudrait que ces journées de solitude – qui me sont tellement bienfaisantes – soient pour moi des journées de prière – mais je me laisse trop distraire par le tricot, la lecture, la radio, et alors que j’en ai pourtant le loisir, je ne songe pas assez à Dieu… J’ai préparé tout de même ma réunion du lendemain, mais j’en étais presque embarrassée, tant le sujet est riche de réflexions et d’enseignements… réunion faite cet après-midi, elles étaient onze – et cela a bien marché. Suis rentrée très tard car j’avais plusieurs visites à faire au retour. Temps froid, averses et vent glacial.
Dimanche 15 février
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1953-02-20). Texte conservé tel quel.
Encore une semaine passée sans que j’aie eu le temps d’écrire ou à peu près. J’ai bien essayé mardi soir, mais j’étais couchée un peu lasse, et mon stylo marchait mal. Les deux réunions de cette semaine m’ont, sans que je veuille, un peu fatiguée, à cause du froid qui persiste d’une façon très désagréable, et m’essouffle pas mal. Quand je suis ainsi gênée, que j’ai le vent dans la figure ainsi qu’au retour du Plessis vendredi, que je me presse parce qu’il est tard, que j’ai fait trois visites, que j’en ai une quatrième à faire au retour et un petit tour chez Maman, je n’ai pas, à parcourir la campagne, la joie que j’ai eue quelquefois, et je n’ai qu’une hâte, c’est de retrouver la maison chaude, une tasse de thé bien réconfortante et un moment tranquille de lecture et de tricot. Par-dessus le marché les réunions deviennent plus longues parce que les femmes questionnent souvent et cherchent à s’instruire, ce qui est excellent ; ainsi, au cours des deux réunions, j’ai été amenée à parler du protestantisme, ce qui n’avait pas été du tout prévu, mais cela les a intéressées….Aujourd’hui, il faisait un peu moins froid ; sommes allés, Jacques, Anne, Jacquie et moi à la bénédiction de la Croix de la Maumernière laquelle, démolie par le cyclone de fin septembre, vient d’être relevée… Sommes revenus avec la famille Baron ; il commençait à faire réellement froid. Sommes montés ensuite dans la chambre de Jean, Jacques et moi. Il faudrait arriver à finir de ranger tous ses papiers et faire place nette. C’est extrêmement douloureux, mais il faudrait y arriver quand même. Nous avons trié pas mal de choses, mais il en reste encore beaucoup. Il y a des chemises de carton pleines de coupures de journaux – le grand chéri cherchait toujours à se cultiver et à s’instruire ; il mettait de côté tout ce qui lui semblait intéressant – J’ai demandé à Yves de revoir tout cela ; il m’a dit que la plupart des choses méritaient d’être gardées… Hier matin, reçu une lettre de Mlle Gallimard, qui est assistante sociale, et dont Jean disait le plus grand bien, une lettre d’ailleurs charmante… elle me dit que son retour en France est prévu pour avril et qu’elle sera ensuite à Paris ; combien je serais heureuse de la voir, elle me dit avoir vu Jean quelques jours avant le grand sacrifice, il me serait doux de parler avec elle de mon grand chéri. Sommes allés mercredi à Nantes, et passé une partie de la journée à chercher une vitrine afin de mettre à l’abri de la poussière - et des mites – quelques souvenirs. Nous en avons trouvé une en fin de journée, alors que nous avions fait tous – ou presque – les antiquaires de Nantes. Je pense qu’elle arrivera s’ici quelques jours, et suppose que nous l’installerons près de la cheminée, en poussant le secrétaire vers la fenêtre. Donc, lundi fait ma journée de repos… ai lu, tricoté, prié, écouté la radio, Geneviève m’ayant installé le poste de Jean sur ma table de nuit… Dès le lendemain, repris mon travail habituel ; Jacques m’a emmené en auto jusqu’à la Robière, le matin, il avait beaucoup plu et le vent était froid ; le soir, n’ai pas eu mauvais, mais suis rentrée tard plutôt lasse. Mercredi à Nantes, il faisait froid. Quelques courses l’après-midi avec Geneviève, à deux cela peut aller. Sommes rentrés ici vers 7 heures ½, les deux filles devant prendre le car pour un concert J.M.F.. Jeudi, nous déjeunions chez Grand-mère, ce qui m’arrange bien, parce que j’ai ainsi une matinée de libre ; j’en ai profité pour faire des palmiers, ce dont il y avait besoin et pas mal de petites choses. Suis rentrée aussitôt déjeuner, pour recevoir Marguerite qui s’était annoncée dès le matin ; elle est d’ailleurs restée assez tard, puisqu’elle était encore là quand Yves est arrivé vers 5 heures. Pierre n’est venu que le vendredi matin, assez tôt heureusement, car il s’est mis à neiger aussitôt son arrivée. Après le départ de Marguerite, il était trop tard pour sortir ; suis donc restée ici – ce qui n’arrive pas tellement souvent - . Vendredi après-midi au Plessis, suis allée et revenue à pied, j’ai eu plutôt froid. Suis ensuite chez Maman, qui faisait une fatigue d’estomac, et avait dû rester couchée toute la journée ; elle n’était d’ailleurs pas mal, mais cela l’a fatiguée et affaiblie ; elle a voulu aller ce matin à la grand-messe à pied, mais j’ai cru qu’elle ne pourrait pas revenir. Hier, rien de très nouveau ; suis allée chez Maman, puis au cimetière. Les fleurs fanées ont été retirées de la tombe de Jean. Nous allons maintenant mettre sur la Croix la plaque qui porte son nom, les dates de sa naissance et de sa mort. Au retour, préparé des pâtes à tarte, nous fêtons aujourd’hui, avec pas mal de retard, les seize ans de Pierre ; il était impossible de les lui fêter le lendemain des obsèques de son frère. Ce matin Rémy Charron est venu, il nous a apporté des agrandissements faits d’après de petites photos….
Dimanche matin 22 février
La vitrine achetée à Nantes est arrivée hier soir ; nous l’avons installée ce matin. Contrairement à ce qui avait été prévu, elle est mise en coin près de la fenêtre et le secrétaire a été poussé près de la cheminée ; cela me change un peu, mais je ne suis pas plus mal. J’ai commencé à y mettre certains souvenirs de mon grand chéri : sa photo avec son casoar, ses décorations, les insignes de ses régiments, de sa promotion. Cette semaine j’ai continué à ranger sa chambre. Dimanche après-midi, Jacques et moi, aidés des garçons, avons fini de trier tous les papiers contenus dans son armoire. Il va falloir se débarrasser de pas mal de choses – il y a de vieux livres de classes qui ne peuvent plus servir, même pour Pierre ; il y a des cahiers de Saint-Cyr… Hier, j’ai rangé le linge, les chaussettes que pour la plupart je lui avais tricotées. J’ai mis de côté les chandails pour le Secours catholique – je ne pourrais pas les voir sur les autres garçons - . Bientôt nous pourrons sans doute installer Anne, qui sera ravie d’avoir son domaine, et cela débarrassera Jacquie. Il faudra y arriver pour le printemps. Je me demande où mettre les uniformes…
Brouillard ce matin cependant on dirait que le soleil va percer… Semaine assez chargée… Lundi, après une courte visite à l’église où le Saint Sacrement était exposé, suis allée un peu chez Maman, soi-disant pour manger des crêpes avec les enfants, Françoise y est venue. Quelques moment très pénibles le soir et le lendemain, j’étais mécontente de moi, humiliée, alors que je suis trop facilement satisfaite, et quantité de souvenirs pénibles me revenaient…. Suis retournée un peu chez Maman avec les enfants mardi. Pierre avait l’estomac un peu fatigué depuis le déjeuner et cela m’ennuyait ; il est cependant parti le soir… Mercredi matin, cérémonie des Cendres ; il faudrait maintenant faire ce Carême le mieux possible. L’après-midi, réunion au Recredy, il ne faisait pas mauvais et surtout moins froid. J’ai fait les deux trajets sans fatigue. Là-bas, une bonne petite réunion, assez vivante, mais elles questionnent moins que les femmes de la Robière ou du Plessis, et je le regrette. Jeudi, ne suis sortie qu’un peu dans l’après-midi, j’oubliais qu’il y avait eu, le matin, un enterrement auquel il avait fallu que j’assiste : une personne de La Roche dont les tombes de la famille étaient ici ; il y avait pas mal de personnes de connaissance de La Roche et j’ai été très touchée de voir M. et Mme Coutansais venir prier sur la tombe de Jean. Je m’étais bien pressée, le matin, à faire le marché et à préparer pas mal de choses pour le déjeuner, heureusement, car je suis rentrée assez tard… Vendredi matin, rien de nouveau ; l’après-midi, une bonne petite réunion au Boucheau ; Jacques était venu me conduire, avec un petit crochet par l’Hermière, mais j’ai toujours le trajet du retour à faire à pied, et il a commencé à pleuvoir comme je quittais le village, la pluie a cessé vers le Moulin-Guérin ; je ne crains pas beaucoup la pluie, j’avais d’ailleurs une pèlerine de nylon, cependant je n’étais pas fâchée de me trouver ici à l’abri. Hier matin, le travail habituel ; l’après-midi, suis allée chez Maman, au cimetière, à l’église. J’ai pas mal d’objets de layette à faire – actuellement au moins cinq ou six – petite robe, barbotteuse, brassières ou autres petits objets du même genre, c’est encore assez vite fait, amusant et cela me change des travaux utilitaires qu’il faut faire souvent, certains de ces petits effets sont pressés… Geneviève est partie hier au Fuilet ; il y a aujourd’hui, chez les Cesbron, toute une réunion de famille pour les vingt et un ans de Majo. Les assistants seront costumés. Geneviève, avec des vieilles choses trouvées chez grand-mère, s’est organisé un déguisement d’espagnole – de fantaisie – mais qui lui va bien. Elle nous revient sans doute mardi.
Dimanche 1er mars
Beau temps toute la semaine, un peu froid encore, mais il fait plaisir et annonce le printemps qui n’est plus très loin désormais, ce printemps que notre petit Jean ne verra pas. Tous deux sont partis au printemps, Bernard et lui…. Dimanche dernier après les Vêpres, sommes allés sur la route de La Roche. Il faisait un temps délicieux, le brouillard s’était levé… Anne a été plutôt désagréable, comme souvent en promenade, j’ai eu ensuite une après-midi tranquille pour écrire ce qui était le plus pressé, et même sortir dans le jardin, pour la première fois de la saison, pour réciter mon chapelet au moment du coucher de soleil, qui ce soir-là a été admirable. Lundi, journée chargée et un peu abrutissante. Le matin, appris la mort subite d’un homme du Cerny, 40 ans, ancien prisonnier, père de trois petits enfants. Sa jeune femme est une des meilleures des réunions à la Robière… Au courrier, une lettre du lieutenant de Sesmaisons annonçant sa visite pour le soir. J’avais une réunion de jeunes femmes et j’ai demandé à Jacques de lui téléphoner de ne pas venir trop tôt, j’ai cru comprendre qu’il ne serait pas là avant 6 heures. Réunion de jeunes femmes intéressantes… Toutes étaient bouleversées par la nouvelle apprise le matin et nous avons décidé de prendre une auto aussitôt la réunion, et de filer au Cerny. J’ai demandé la camionnette de Bretaudeau ; à 5 heures, nous partions juste quand l’auto du lieutenant de Sesmaisons s’arrêtait devant l’étude. Je suis tout de même allée au Cerny, nous y sommes restées assez peu, le temps d’embrasser la pauvre petite femme et de réciter un chapelet, et suis revenue ici en vitesse, pour trouver le lieutenant de Sesmaisons en conversation avec Jacquie. Comme il est assez bavard, le temps n’avait pas paru trop long. Je lui ai demandé de rester dîner, il a accepté sans se faire prier, mais la cuisinière ayant jugé bon de s’éteindre, nous lui avons offert qu’un dîner assez sommaire. Il est parti vers 9 heures et quart. J’ai été un peu démolie par cette visite. Jean aurait pu revenir lui aussi, être affecté à une garnison pas trop lointaine… Mardi après-midi, réunion à l’Aumère, avec un bon petit groupe sympathique, j’avais eu une occasion pour me rendre et suis revenue à pied, mais il faisait un temps délicieux et le retour a été une vraie joie ; j’étais d’ailleurs ici assez tôt. Mercredi matin, suis allée à Belleville avec Jacques pour l’enterrement du Cerny ; cela m’a fait laisser le déjeuner à moitié fait, et surtout la confection de chaussons aux pommes que je devais apporter aux garçons l’après-midi, si bien qu’il a fallu m’y mettre en rentrant, et cela a été une belle bousculade. Après-midi à la Roche, comme d’habitude, les garçons sont bien. Pierre a dû reprendre son appétit, car, après la pain du goûter, il a mangé un chausson qui était d’une taille respectable. Suis rentrée avec la migraine ; ces deux réunions à la suite, plus l’après-midi à La Roche, m’avaient beaucoup fatiguée, et j’avais réellement besoin d’un peu de repos. Jeudi, cela se trouvait bien, nous déjeunions chez Maman et je n’avais pas de cuisine à faire, aussi j’ai pu m’asseoir tranquillement à tricoter, et cela a été une détente. Suis restée un peu chez Maman après déjeuner, et rentrée ici vers 3 heures. Un peu plus tard, suis allée au cimetière, où l’on devait fixer sur la croix la plaque portant le nom de Jean. Le soir, une visite d’Odile Gaillard. Vendredi, réunion à la Petite-Durantière, dernière de la saison, suis encore revenue à pied, mais, quand le temps est aussi beau, c’est un plaisir. Suis passée au cimetière… Mme de Gazeau m’attendait ici ; mais, après son départ, j’ai pu avoir un moment tranquille sous la véranda ; il y fait très bon maintenant le soir ; je peux y rester jusqu’à 7 heures, et ne relancer le chauffage qu’à ce moment-là. Hier, ne suis sortie qu’un peu le matin. J’ai eu une journée tranquille, cela m’a fait du bien et m’a permis de faire pas mal de travail en retard. Terminé un petit vêtement de laine que je veux offrir cette semaine… Suis allée réciter mon chapelet dans le jardin, mais il faisait plus froid, et le couchant était un peu brumeux. Je pense avoir une après-midi tranquille encore aujourd’hui… Je voudrais terminer mes souvenirs sur Jean, avec le récit du retour de son corps… Geneviève est revenue du Fuilet mardi à midi comme convenu. Majo vient jeudi matin et passera à son tour quelques jours ici. Jacquie comptait partir pour Paris à la mi-mars, mais Madeleine se fait opérer de la cataracte ces jours-ci, ou plutôt ce mois-ci, aussi Jacquie va partir tout de suite, pour revenir aussitôt son Congrès des J.I.C., et filer à Nantes quand il y aura besoin d’elle. Nous allons fêter jeudi les 10 ans d’Anne.
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 2 mars 1953, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une bonne après-midi hier. Cela arrive quelquefois. Avons décidé, au moment des Vêpres, d’aller à Bouin, remercier le P. Bouhier de nous avoir assisté au moment des obsèques de notre cher petit… Il faisait très beau, et nous sommes partis aussitôt les Vêpres, avec les trois filles ; Anne est maintenant assez grande pour aller partout. Le P. Bouhier était chez lui, et nous avons pu causer avec lui… Nous avons décidé de promener un peu les enfants et de leur montrer tout ce coin de côte peu ou mal connu. Sommes allés d’abord à un endroit qui s’appelle « Les Champs ». Là, une digue a été crevée par la mer, en 44, je crois, et il y a eu des hectares et des hectares envahis, ou qui paraissent définitivement perdus. Certains ne sont recouverts qu’aux grandes marées, mais, à d’autres endroits, on voit les ruines de la digue en plein dans l’eau. La marée était haute. Il y a les ruines d’une ferme, qui a dû être abandonnée. Malgré le soleil, c’était un peu mélancolique, mais il y avait sur le marais une couleur extraordinaire… Sommes allés voir le port de l’Epoids. C’est infiniment curieux, cette solitude, ces installations on ne peut plus sommaires et primitives, cet horizon infini. A droite, toujours les restes de la digue…une grève formée de vase plutôt liquide. A certaines heures, cela ne doit pas être très beau, mais hier soir, le ciel s’y reflétait… Sommes partis pour le Gois, avec l’intention d’y être pour le coucher du soleil, et y sommes d’ailleurs arrivés tout juste… La marée était haute, et l’eau clapotait entre les balises. Anne était très intéressée par toutes ces explications. Il a fallu ensuite revenir. Nous étions là vers 8 heures.
Dimanche soir 8 mars
Une petite minute avant de préparer le dîner ; nous allons nous mettre à table un peu plus tôt que d’habitude, car Bernard Félix est là, et il faut que Jacques le conduise à La Roche assez tôt pour qu’il puisse prendre le train et regagner Angers. Fait cet après-midi une agréable promenade, il fait beau, toujours un peu froid, mais le soleil est splendide, et nous avons décidé d’aller lui montrer, ainsi qu’à Majo Cesbron, arrivée hier, un petit coin de Vendée. Le Marais est en somme ce qu’il y a de plus proche et plus accessible, et, en cette saison, il y a assez d’eau dans les canaux pour que le ciel s’y reflète. Avons pris par Sallertaine et Le Perrier une petite route charmante que nous avions faite il y a longtemps, puis sommes allés à Saint Jean de Monts, Croix de Vie et Saint Gilles. La mer était ravissante et le soleil délicieux. - quelques minutes je vais aller mettre le bouillon sur le feu – Semaine encore assez remplie ; je crois avoir un peu plus de temps à moi, maintenant, mais je n’en suis pas tellement sûre, il y a tellement de choses qui se sont accumulées avec le travail intense des semaines précédentes. Lundi matin, rien de très nouveau. Lundi après-midi, j’avais décidé d’aller chez Maman pour pouvoir travailler, mais j’ai pensé que j’avais plusieurs visites en souffrance, et qu’il valait mieux les faire sans remettre davantage. Suis donc allée à la Jamonière porter des images-souvenirs de Jean à Mlle Violeau et à Tante Angèle ; suis allée voir Mme Bricout puis prendre des nouvelles de Mlle Lucas qui est malade chez son frère. Mardi, reçu la visite de Mme de Mazenod, venue demander des renseignements à Jacques – le corps de son fils, tué en Indochine il y a eu un an le mois dernier, doit lui arriver bientôt, du moins elle l’espère – Suis allée chez maman ensuite. Mercredi à La Roche, pour une journée d’éducation familiale ; nous avons eu beaucoup de réunions et des discussions passionnantes – j’étais ravie de ma journée – N’ai pu retourner le lendemain pour la journée d’Entraide, Anne ayant eu 10 ans la veille au soir, ses frères venaient ce jour-là manger le gâteau aux dix bougies, et je ne pouvais pas les repousser, parce qu’après il n’auraient pu venir d’ici un certain temps ; j’ai donc fait, mercredi soir un Savoie que j’ai garni de chocolat jeudi matin, et nous avons eu la joie de voir cinq enfants autour de la table de famille. Cinq enfants sur sept… Après déjeuner, je suis allée au cimetière, avec les garçons, porter quelques branches de mimosa sur la tombe. Pendant ce temps, Anne jouait avec quelques camarades réunies en son honneur, et pour lesquelles, les jours précédents, elle avait combiné des déguisements, avec l’aide de ses sœurs. Elle-même était en magicienne, avec une robe bleue de Geneviève, un hennin en papier de tapisserie et une baguette magique en papier d’argent. Le plus réussi était Dédé qui faisait un petit cuisinier tout à fait mignon, Marie-Reine était bien aussi, en Pierrot. Les garçons sont partis vers 4 heures ½. Suis sortie ensuite un peu. Vendredi, une réunion de la Ligue, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps, il y avait un bon petit groupe, intéressant, mais bien petit. Hier, suis allée chez Maman et au cimetière. Ce matin, la réunion de la Ligue, cet après-midi, la promenade improvisée et la semaine sera vite passée. Jacquie est partie pour Paris vendredi ; elle rentrera vers le milieu du mois sans doute.
Dimanche matin 15 mars
Le temps a l’air de vouloir se mettre à la pluie aujourd’hui ; ce ne serait pas dommage, tout le monde réclame de l’eau et une température plus douce serait nécessaire, seulement, je regretterai le soleil qui, dès dix heures, tous ces jours-ci, rentrait dans la véranda, et réchauffait délicieusement la salle à manger et le bureau. Même par le vent froid de ces derniers jours, il faisait bon, le soir, jusqu’à 7 heures, et c’est seulement à cette heure-là que j’allumais le chauffage pour avoir dans les chambres une température agréable. Tous est en retard cette année ; la gelée de cette dernière période a arrêté tout progrès dans la végétation… Je me souviens d’un 15 mars où j’attendais mon petit Jean….Passé hier une journée crucifiante ; cela arrive parfois, j’étais à bout de forces hier soir – moralement s’entend - Il y a peut-être aussi un peu de fatigue physique, résultat de ces dernières semaines, je voudrais un peu de détente, et reconnais que c’est difficile, pour ne pas dire impossible. Ne suis pas allée à La Roche cette semaine, ayant vu les garçons le jeudi, mais je pense y aller mardi. Semaine d’ailleurs encore bien employée. Lundi, suis restée ici, et passé mon après-midi à tricoter sous la véranda – cela me fait tant de bien de temps en temps, qu’une après-midi aussi paisible – Mardi, à Nantes, quelques courses le matin ; je voulais m’acheter un manteau et suis allée dans différentes maisons. L’après-midi, après l’achat du manteau, fait quelques courses et suis allée voir Mme Houdbine. En fin d’après-mid, avons eu la fantaisie d’aller, avec Geneviève et Majo, visiter la ménagerie du cirque Pinder ; c’était d’ailleurs très intéressant, et j’aime beaucoup voir les animaux. Il y avait pas mal de chevaux, dix éléphants dont deux splendides, quelques singes, un guépard, deux léopards, deux panthères noires , assez jeunes, et qui ressemblaient tout à fait au Minou – une autre panthère – quatre tigres dont trois jeunes qui avaient encore envie de jouer ; plusieurs lions, dont quelques très beaux, et deux ours qui n’étaient pas tellement sympathiques. C’est regrettable pour Pierre (Ours Placide chez les scouts). Cela nous a fait passer un bon moment. Mercredi, nous avons reçu à déjeuner Mlle Battut, à qui j’avais quelques renseignements à demander, puis suis allée chez Maman. Jeudi, c’est Maman qui a passé la journée ici, ses domestiques étant à Mormaison. Vendredi, fait tout une tournée ; Jacques m’a conduite jusqu’au Cerny, où j’ai vu la pauvre petite jeune femme qui a perdu son mari, et suis revenue à pied, en faisant des visites, à la Robière, à Montorgueil, où il a fallu prendre un café et un petit verre de « crème de bananes », à la Bardinière, à la Faucherie, si bien que je ne suis rentrée qu’à 7 heures. Malgré le froid, il faisait bon à marcher, et le soleil était agréable, actuellement, la vue s’étend loin dans la campagne à travers les branches dépouillées. Hier ne suis sortie qu’un peu dans l’après-midi pour aller chez Maman, au cimetière et à l’église. Jacques était à Angoulême, où il avait une journée de réunions de C.E.S.C.O., il y avait avec lui M. des Rochettes et M. de Villiers. Il est rentré après 9 heures seulement, très content de sa journée qu’il a trouvée d’un réel intérêt. Cet après-midi, nous devons aller aux Brouzils aux obsèques de Mlle Marie Dronneau, je n’aurai pas grand temps à moi après. Pas de lettre de Jacquie depuis lundi ; je ne sais pas quand elle revient ; en tous cas, elle doit être en réunions ces jours-ci. Elle est allée à Montereau mardi, et revenue mercredi matin. Maman aura les Douxami pendant les vacances, Marie-France et François viendront sans doute aussi. François a du débarquer à Oran vendredi.
Dimanche matin 22 mars
Maman entre aujourd’hui dans sa quatre-vingtième année, j’espère que, dans un an, nous pourrons lui offrir le gâteau agrémenté de huit grosses bougies ; seulement il y aura une place terriblement vide, celle de l’aîné des petits-enfants. Dieu fasse que d’ici là, il n’y en ait pas d’autres. Cela fait plus de vingt ans que Papa n’est plus !
Nous aurons les abbés Sacré et Boucher à dîner ; cela fait bien longtemps que ce n’est arrivé ; il faut reprendre la vie. J’espère avoir une après-midi tranquille, Jacques sera absent, mais je n’ai rien de prévu, et sauf imprévu, je voudrais ranger un peu avec Geneviève la chambre de Jean. Jacques n’a jamais le temps, et moi guère de courage pour le faire seule, et pourtant il faudrait y arriver. Notre grand chéri aurait eu 26 ans mardi. Nous sommes allés au cimetière mercredi matin, c’était le 26e anniversaire de son baptême, et nous avons déposé sur sa tombe des fleurs que Madeleine nous avait envoyées la veille au soir…. Dimanche dernier, après le retour des Brouzils, où nous sommes restés assez longtemps, pour voir quelques religieuses du Poiré, sommes allés au cimetière. Le soir, au cinéma pour « Procès du Vatican », mais le film nous a déçus. Lundi, suis restée au lit et au repos, mais cette journée, n’a pas été complètement reposante. J’ai eu du monde presque tout l’après-midi ; une visite d’abord, au début de l’après-midi, puis, une fois que j’ai été couchée, j’avais à peine pris mon tilleul, Madame Bricout est venue et est restée presque jusqu’à 8 heures ; j’étais couchée, aussi cela ne m’a pas tellement fatiguée, et je crois que cette visite a été une heureuse chose, car elle nous a permis de parler de bien des sujets, et peut-être Mme Bricout a-t-elle réalisé ce qu’elle n’avait pas saisi jusqu’ici. Il faut prier pour elle, afin que Dieu l’aide et l’éclaire. Mardi, repris mon travail habituel. L’après-midi à la Roche, dentiste, et encore des misères de ce côté-là. Suis allée voir Mme Gallet et ses filles pour les inviter à venir ici une après-midi. Vu les garçons, sui sont bien. Yves nous arrive dans 8 jours, Pierre le lendemain… les Douxami, au moins quatre, arrivent lundi chez Maman. François et sa famille viendront plus tard… Mercredi, suis allée chez Maman. Le soir, Geneviève est allée à La Roche au concert JMF et revenue jeudi par le car. Jeudi après-midi, Mme Gallet sont venues goûter, j’avais des feuilletés au fromage et un très bon cake. Maman est restée dîner ici. Vendredi matin, suis allée dire un petit mot au cours d’une journée d’adolescents sur « ce qu’une Maman attend de sa fille ». Je ne sais pas si cela a marché. Il aurait peut-être fallu prier davantage, à l’avance. Je comptais ne sortir que très peu l’après-midi, mais il a fallu marcher, pour organiser une journée, ou plutôt une réunion d’éducatrices pour jeudi prochain. Suis allée voir plusieurs personnes ainsi que Bonne Mère, après la classe, et c’est cette visite qui m’a fait le plus de bien, parce que je suis tout de même sentie comprise, ce qui n’arrive pas si souvent. Au début de l’après-midi, j’avais eu une visite d’Andrée Boyer Hier, suis allée voir Marguerite, recluse à la chambre depuis une huitaine avec un gros mal de gorge ! Passé un petit moment chez Maman, et n’ai pu faire grand-chose autrement. Les journées passent terriblement vite. Hier, en fin de matinée, c’est à peine si on pouvait dire en fin, car il était presque 1 heure moins le quart, il a fallu recevoir toute la famille Durand, sortant de signer leur partage à l’étude. Jacques a offert du Porto, et j’avais fait de tous petits biscuits feuilletés au fromage qui étaient délicieux. La cuisine, d’une façon habituelle, me prend une bonne partie de la matinée ; je manque de temps pour les rangements, les raccommodages et bien des choses, et, surtout, je ne peux pas arriver à avoir mes après-midis tranquilles, sans sortir….Un jour viendra où il faudra laisser tout cela, et je retrouverai mes enfants chéris.
Dimanche 29 mars
Jacques et les enfants sont partis aux Sables pour une partie de l’après-midi, afin de nettoyer et ranger la maison, ce qui ne fera pas de mal. Je suis donc seule ici, avec Maman…. Je pense qu’Yves va nous arriver ce soir et Pierre demain soir… mardi les garçons partent à leur camp. Aline et trois de ses enfants arrivent chez Grand-mère demain soir, François et Marie-France nous arrivent dans la journée de mardi, mais ils ne passeront qu’un jour ou deux ici, et iront aux Sables pour les vacances, je pense qu’ils s’installeront dans la maison, laquelle sera à peu près propre, pour rayonner un peu aux environs…. Dimanche soir, nous avons donc reçu les abbés Sacré et Boucher, j’avais eu une après-midi très tranquille, avec Geneviève j’ai pu mettre un peu d’ordre dans la chambre de Jean ; cela a été très dur, nous avons enlevé pas mal de choses, et réuni d’autres dans un plus petit espace. La chambre est maintenant à peu près en ordre, et, à la rigueur, on pourrait installer Anne un peu après Pâques. Geneviève a même rangé sans moi les livres et pas mal de choses. J’ai pu ensuite écrire quelques lettres pressées et, le dîner étant très simple à préparer, me mettre à la cuisine, à 7 heures seulement. J’avais un beau plat de langoustines et des endives aux champignons et au fromage. Pour le dessert, j’avais projeté de faire un soufflet au Grand’Marnier, mais le Grand’Marnier était inexistant ici, j’ai dû, utilisant un fond de bouteille, faire un soufflet à la Vieille Cure qui était d’ailleurs très bon. Au cours de l’après-midi, dans une boite que je n’avais jamais ouverte, sur la table de Jean, j’ai retrouvé l’insigne de son régiment de Lyon, et cela m’a fait plaisir, c’était le seul qui manquait, maintenant, dans la vitrine des souvenirs, les insignes sont au complet, et retracent l’histoire de sa trop courte carrière : Mutzig, Dinan, les deux insignes de promotion, Lyon puis l’Indochine. Les deux abbés sont partis vers minuit et demie, ils n’avaient pas l’air de trouver le temps long, cela nous a fait une soirée bien agréable ; ils ne reconnaissaient plus la maison depuis qu’elle avait été transformée. Dire que Jean n’a jamais vu tout cela, et il en parlait dans sa dernière lettre ! Lundi, je suis restée à la maison tout l’après-midi et j’ai fait bien du travail… Mardi, ne suis sortie que pour aller un peu chez Maman, puis au cimetière et à l’église. Mercredi, après-midi à la Roche, pour faire des courses et chercher Jacquie, laquelle avait l’air très satisfaite de son séjour à Paris. Les Granger et elle sont allés à Vézelay dimanche dernier. Les garçons étaient bien tous deux. Jeudi après-midi, réunion à l’école, réunion pour toutes les éducatrices… il y avait au moins une cinquantaine de femmes, peut-être plus, espérons que sera fera beaucoup de bon grain semé. Vendredi, une autre réunion, cette fois-ci au Patronage, une réunion cantonale, avec les curés et les présidents du canton, afin d’essayer de compléter l’équipe cantonale, nettement déficiente. Malgré tous les efforts, cela a été assez décevant, nous n’avons pu nommer une vice-présidente ni une responsable d’entraide ; pour quelques autres postes, on m’a fait des promesses et c’est tout, je n’ai pas les réponses et ne les aurai pas demain, alors que nous avons une réunion de présidentes cantonales, et que je n’aurai même pas pu répondre au questionnaire demandé. Suis revenue ici avec Mme Parois, Mlle Tenailleau et Andrée Boyer. Mme Privat est venue nous y rejoindre et Jacquie nous a servi du thé et des palmiers. Hier, voyage à Nantes, Benjamin avait donné rendez-vous à Jacques pour examiner son cœur ; il a donc pris une radio et un électrocardiogramme, mais nous aurons les résultats dans une quinzaine seulement. Dieu fasse qu’ils ne soient pas trop mauvais, cela m’inquiète tellement toujours ! Fait ensuite des courses ; j’avais besoin d’un sac à main ; le dernier datant de plus de 3 ans, était un peu malade ; Jacques m’en a acheté un très joli, en lézard noir, en crocodile c’est inabordable. J’avais besoin aussi d’un corsage en dentelle de nylon, noir également, on en trouve de très jolis, et ce sera pratique, en été, avec mon tailleur. Nous avons trouvé ensuite pour les deux filles, de très jolies vestes de lainage blanc ; il était ensuite temps de rentrer. Ce matin, bénédiction des Rameaux et procession au cimetière, pour la première fois, nous sommes allés déposer un rameau sur la tombe de Jean…Après-demain, je vais commencer à revivre tous les souvenirs de la maladie de mon petit Bernard, cela fait treize ans… Il y a des choses qui font terriblement mal ; tous ces soirs-ci, je récite mon chapelet dans le jardin ; les bourgeons des poiriers s’ouvrent d’ici quelques jours, comme il y a treize ans… quand les lilas blancs ont été fleuris. Quand je songe à tout cela, j’en ai le cœur démoli. Maintenant, c’est le grand aîné qui nous a quittés…Je me sentirais devenir folle si, ne me revenait pas cette phrase de l’Evangile, de l’Evangile où j’ai toujours trouvé ma plus grande consolation « Si le grain ne meurt pas, il reste toujours seul, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits… » Il est impossible que le sacrifice de Jean reste inutile. Mais comment peuvent faire ceux qui perdent un être cher, et qui n’ont pas d’espérance ?
3 Avril – Vendredi saint
Jacques et les enfants sont au chemin de croix ; je viens de me coucher, d’abord parce que cela me fait du bien, et surtout parce que j’ai un immense besoin de calme, sans savoir que j’en aurai de nouveau d’ici quelques jours. J’ai eu bien à faire cette semaine, et la semaine prochaine, il n’y aura pas moins de travail. Le plus dur pour moi est cette obligation de parler pendant des après-midi entières, sans avoir la possibilité d’avoir un peu de silence et de paix, un peu de temps à moi, si bien que cette Semaine Sainte n’aura pas été pour moi une semaine de recueillement et de prière, si bien que, lorsque je voudrais prier un peu, comme ce soir, où je suis allée à l’église faire mon chemin de croix, j’ai eu distractions sur distractions, et de pense beaucoup plus aux menus à combiner, au travail à faire, qu’aux souffrances de Notre Seigneur, et pourtant ! Dimanche, je n’ai pu faire, dans l’après-midi, ce que j’aurais désiré, Pierre et Geneviève Bouliau sont venus et partis un peu après 7 heures. Jacques et les enfants sont rentrés tard des Sables, ils avaient un peu nettoyé la maison, et Anne avait mis, pour ce travail, une très grande bonne volonté. Yves est arrivé très tard, nous avions dîné, lui aussi, cependant il s’est remis à table avec plaisir. Lundi, suis allée à la Roche pour une réunion des présidentes cantonales. Journée infiniment intéressante et bienfaisante. Vu des quantités de personnes de connaissance, et fait, le soir, une visite à Mme Coutansais malade. Suis revenue avec M. le Curé, ce qui m’a permis de faire certaines choses avant le dîner. Mardi, reçu les Douxami à déjeuner, très simplement d’ailleurs, mais il y a toujours quelques préparatifs à faire. Les garçons sont partis après déjeuner, Pierre était arrivé lundi soir. Mardi, en fin d’après-midi, sont arrivés François et sa famille. Cela a été pour moi une grande émotion. François a vu Jean bien depuis nous, pas très longtemps avant sa mort, le 13 et le 17 avril, et nous avons été content de parler un peu de lui. Jean aimait tant son « Citoyen ». Après dîner, sommes restés longtemps à parler dans le salon. Mercredi, sommes allés tous ensemble au cimetière avant déjeuner. L’après-midi, François est allé chercher Maman en auto et nous avons tous passé l’après-midi dans le salon. Causé un peu après dîner. Hier, journée éreintante. Suis allée à une communion, ne pouvant aller à l’office, puis toute la matinée a été plus que chargée, avec un peu de cuisine à faire, le départ pour Les Sables de François et des siens, et surtout les brioches de Pâques ; l’après-midi, il y a eu encore bien à faire pour les brioches, j’espère maintenant que tout marche bien, mais j’étais très lasse, me suis couchée tôt et endormie presque aussitôt. Suis allée ce matin à l’office que j’ai beaucoup aimé ; les prières sont tellement splendides. Les Douxami et Maman ont déjeuné ici, et nous avons passé l’après-midi à tricoter, sauf un moment où je suis allée à l’église. Je tâcherai de me réveiller de bonne heure pour l’office de demain matin.
Dimanche de Pâques – 5 avril
Le soleil a paru un peu ce matin, mais cela n’a pas duré ; il est monté de gros nuages, et nous venons d’avoir une grosse bourrasque, avec pluie et vent… et pour un jour de Pâques on aimerait mieux autre chose. Nous allons tout à l’heure transporter les brioches à l’église, et j’espère que malgré le ciel nuageux et la pluie, cela mettra dans quelques âmes un peu de joie pascale. Pour nous il ne peut y avoir cette année de joie humaine… Cette année je me cramponne à l’idée de la joie divine dont il est même question dans la liturgie du Vendredi Saint, la joie dans l’espérance, l’espérance de la résurrection…. Je suis un peu moins lasse, du moins j’ai pu me reposer ces deux derniers jours, mais la journée de jeudi a été dure, et vendredi il m’a été pénible de parler toute l’après-midi, j’ai besoin de calme et personne ne s’en rend compte. Hier matin, suis allée à l’office, c’est-à-dire que je me suis réveillée en retard, et n’ai pas pu avoir le début, d’autant plus que je prévoyais une journée très remplie et ai dû mettre certaines choses en ordre avant de partir, mais suis arrivée quand même au début des prophéties. Hier matin, sommes allés à Pouillé à l’enterrement de M. Pelletier, puis me suis mise, en rentrant, à faire de la pâtisserie ; je n’invite personne à déjeuner aujourd’hui, il y a trop de monde chez Maman, mais j’aurai toute la famille à goûter. Les Granger sont arrivés hier soir ; Pierre Douxami aussi cet après-midi, mais Sylvie a les oreillons, et il paraît que Danica a eu la varicelle à Montereau. Les garçons sont arrivés hier soir. Pierre vers 6 heures, mais Yves à 9 heures seulement. Ils vont se reposer cette semaine. Demain, nous passons la journée aux Sables, tout le monde se tassera dans deux voitures, et on emportera un repas froid de façon à ne pas avoir de peine. François nous reviendra, avec sa famille, mardi soir ou mercredi.
Dimanche matin 12 avril
Semaine très remplie, cependant je ne suis pas aussi lasse que je l’aurais cru ; il y a peut-être une question d’entraînement et surtout l’aide de Dieu, cependant je dois reconnaître que j’ai eu des journées bien remplies, quelquefois même un peu abrutissantes, que j’ai eu pas mal de travail, et surtout de souci pour tout organiser, de tout prévoir ; je crois m’en être tirée de façon satisfaisante, mais si ce n’était pas l’ennui de voir se terminer les vacances des enfants, dont je n’ai guère profité, je ne serais pas fâchée de me trouver maintenant un peu plus au calme. C’est d’ailleurs tout à fait relatif, car il va falloir organiser cette semaine la messe des malades, et ce sera encore un certain travail. Dimanche matin, pour les brioches de Pâques, tout s’est bien passé ; j’ai infiniment moins à faire maintenant que les premières années, l’habitude étant là, de plus, Andrée, Madée et Jacquie sont venues aider à la distribution, si bien que cela a été plus rapide. Il y avait cent trente-six brioches, et cela a été un peu juste, il en aurait fallu cent quarante. Elles étaient belles et paraissaient bien réussies ; j’espère que cela aura fait plaisir. Nous avons déjeuné seuls le jour de Pâques, ne pouvant recevoir, avec Maman, toute la tribu Douxami et les Granger, mais nous les avons reçus à goûter. J’avais préparé pas mal de choses à l’avance, et nous nous y sommes mises en revenant des Vêpres, si bien que tout a été prêt à l’heure dite. En même temps, je préparais un peu le déjeuner du lendeamain, en faisant cuire du riz et des rôtis de veau. Dans l’après-midi nous sont arrivés les trois garçons Bastard, Jean-Pierre, Christian et Franck, nous les avons gardés à dîner, mais ils n’ont pu rester en suite car nous devions aller au cinéma, depuis longtemps, j’avais promis à Anne de l’emmener voir « Sans famille », mais nous avons été tous déçus, car c’était un film italien, et les aventures de Rémi étaient transposées dans le goût italien, et ce n’était plus du tout la même chose. Lundi, il a fallu quand même se lever de bonne heure pour faire quelques préparatifs de départ pour Les Sables. Nous sommes partis tranquillement dans la matinée, nous entassant dans les deux autos, et tout s’est bien passé. Il y a eu des bonnes volontés pour coopérer aux préparatifs du repas. Nous étions bien un peu serrés, quatorze dans la salle à manger et cinq enfants dans la cuisine, mais cela a bien marché quand même. Sommes sortis dans l’après-midi, malgré le temps douteux, avons fait un petit tour de Remblai et de jetée, puis repris les autos pour aller à Cayola. Au retour, fait goûter les enfants, puis, en partant, sommes passés par la Chaume et la percée d’Olonne. Mardi, me suis un peu reposée ; suis allée un peu chez Maman, mais j’ai eu aussi des heures tranquilles, et cela m’a fait du bien. Ces réunions nombreuses sont un peu bruyantes parfois, et, à ce moment-là, le souvenir de mon Jean chéri ne me quitte pas, mon Jean chéri qui aimait bien ces réunions, qui y riait et s’y épanouissait volontiers. Si longtemps que nous ne l’avons pas vu ! François et sa famille nous sont arrivés mercredi pour déjeuner ; il m’avait fallu assister à une messe de mariage, mais j’avais préparé le repas. Je ne sais plus trop ce que j’ai fait dans l’après-midi ; j’ai dû aller chez Maman où Aline commençait une crise d’asthme. Jeudi, nous avons fêté les cinq ans de Constance, j’avais un superbe gâteau au chocolat qui a plu à tous, tout particulièrement à l. a jeune héroïne de la fête, cependant, elle l’a restitué la nuit suivante, sans être bien malade pour cela. Vendredi, voyage à Nantes, cela a été pour moi une journée de détente, n’ayant pas de repas à faire ce jour-là. Fait quelques courses le matin, et l’après-midi, sommes allés à la foire, vu pas mal de choses intéressantes dans les appareils ménagers, et, à l’ameublement, une splendide armoire sortie des ateliers Francis Praud. Toute la famille François Pigeaud était en promenade à Pornic et aux environs, nous les avons retrouvés le soir pour dîner ensemble. Ils sont partis hier matin. Les Granger étaient partis samedi matin. Les Douxami sont partis hier après-midi, Aline paraissait mieux, mais pas bien encore, ses crises d’asthme la secouent terriblement. Aujourd’hui, rien de très nouveau, les offices habituels, et, tout à l’heure, avons fait une visite aux Mignen. Je revis, jour après jour, les derniers moments de la vie si courte de mon petit Bernard. Il y a treize ans aujourd’hui…
Lundi matin 13 avril
Hier, en fin d’après-midi, Jacques et moi avons fait venir Yves dans le salon pour lui parler un peu et le questionner au sujet de son avenir ; il nous a répondu, aussi nettement que l’avait fait Jean, qu’il comptait préparer Saint-Cyr. Tout cela dépend, bien entendu, de sa réussite au bachot et de sa santé, qui n’est pas tellement résistante, mais, s’il échoue à Saint-Cyr, il a tout de même le grand désir de faire une carrière militaire en y parvenant par une autre voie. Que Dieu l’aide. Enfin, il part ce soir à Chaillé, en retraite, que le Saint Esprit l’éclaire, lui montre la place choisie pour lui par la Providence, et lui donne le moyen d’y parvenir. Nous avons causé un peu avec lui. Jacques lui a donné des conseils qui seront peut-être pour lui un précieux secours et quelle joie pour moi de pouvoir lui donner toujours et en tout son Papa en exemple. Pendant le dîner, Yves était gai, paraissait détendu et soulagé. Peut-être craignait-il quelque opposition de notre part. Malgré tout l’angoisse que cela peut être pour nous, nous ne pouvons nous opposer à sa vocation, et c’est bon de penser qu’il a un idéal. Jean a suivi le sien, jusqu’à en mourir.
Dimanche matin 19 avril
Treize ans aujourd’hui que notre petit Bernard repose dans la paix du cimetière, et trois mois que son frère aîné est allé le rejoindre. J’aurais voulu aller m’agenouiller et prier près d’eux, je n’en aurai pas le temps ; la matinée va être vite passée et cet après-midi je dois aller à Belleville pour une réunion de Ligue, et, ne sais à quelle heure je rentrerai… Semaine très remplie et très fatigante, j’ai tout de même eu un peu de repos lundi, et c’était nécessaire, Yves nous a quittés cet après-midi-là, pas eu de ses nouvelles depuis, il doit être rentré à Richelieu vendredi matin, et je pense le voir mardi. Mardi après-midi, commencé à m’occuper de la journée des malades, qui avait lieu hier, Marceline et moi avons un peu amorcé le travail. Le matin, étions allés à la Verrerie pour la messe de mariage de Joseph Bretaudeau. Mercredi, ne suis sortie que le matin pour une messe de mariage. L’après-midi, une visite de Mme Privat, et une de M. le Curé, qui venait régler certaines choses pour hier. Jeudi, journée très remplie ; Thérèse faisait la lessive, aussi j’ai eu bien à faire le matin : marché, cuisine, vaisselle. L’après-midi s’est passé tout entier à l’organisation du transport des malades et démarches pour demander les automobilistes. Je suis rentrée vers 7 heures ¼. Le vendredi, il a fallu recommencer, c’était un casse-tête vraiment pénible. Enfin hier, tout s’est bien passé, il faisait à peu près beau – soleil un peu voilé – mais temps assez doux. L’installation dans la grande salle a été plus commode que celle de l’année dernière, nous avions assez de matériel et de provisions ; heureusement, car nous avons dû servir 79 petits déjeuners. Tous étaient bien contents, mais le docteur Lucas, qui vient d’être souffrant, n’a pu venir, et c’était bien dommage. Me suis reposée l’après-midi, d’une façon assez relative, car j’avais à préparer ma réunion d’aujourd’hui à Belleville, mais enfin, j’ai été seule presque toute l’après-midi, et cela m’a fait du bien. Maintenant, il y a encore deux choses à préparer : la journée du 17 mai aux Sables, et la fête des Mères qui aura lieu le jour de la Pentecôte 24 mai. Cela me coûte beaucoup, il faudra reprendre tout ce qui avait été organisé l’année dernière, tout ce travail dont Jacques et moi nous nous étions occupé, le soir de l’Ascension, et même le lendemain, le 23 mai, avant d’apprendre l’affreuse nouvelle, il va falloir revivre cela et c’est très dur…. Les élections ont lieu dimanche, ce ne sera pas une journée très pénible, il n’y a qu’une liste et c’est le principal, dans certains endroits, cela chauffera dur.
Dimanche 26 avril
Dans quelques instants il me faudra sortir, d’abord pour aller voter, ce qui ne sera ni long ni compliqué, mais aussi pour faire une réunion de Ligue, sans savoir s’il y viendra du monde ou non. Si ce n’était pas pour le bon Dieu, ce serait plutôt décevant, après tant de travail et d’efforts, d’avoir en tout et pour tout quatre personnes (moi comprise) comme cela est arrivé vendredi… En attendant, j’ai beaucoup de choses à dire au sujet du 17 mai aux Sables, et, si personne – ou à peu près – ne vient, ce ne sera guère facile. A part ce matin, je pense avoir une journée assez calme. Jacques sera à la mairie. Je voudrais écrire, ranger, faire bien des choses, être un peu tranquille. Ce soir, après le dîner, nous irons voir le dépouillement ; espérons que cela ne sera pas fini trop tard. Semaine encore sassez remplie ; j’aurais voulu faire beaucoup de choses et suis loin d’y être arrivée. Lundi, fait une journée au repos et au lait ; cela m’a fait du bien, mais ce n’est pas suffisant et je ne suis pas encore reposée. Mardi matin, une messe de mariage. L’après-midi à La Roche. Nous avions une réunion chez Mme Coutansais ; cela m’a pris tout mon temps avant Richelieu. Vu les garçons, qui sont bien. Yves avait l’air content de sa retraite. Fait rapidement quelques courses ensuite. Suis allée à la clinique voir Mlle Violeau qui a eu une jambe cassée vendredi saint au soir, elle est merveilleuse d’esprit de foi et de prière. Mercredi, Thérèse était absente pour le mariage s’une cousine, mais, avec les filles, tout a marché pour le mieux. Suis allée un peu chez Maman et chez Tante Abel qui vient d’être malade ; suis allée aussi au cimetière. Jeudi, le travail habituel, suis allée un peu chez Maman. Vendredi, après la réunion, suis allée chez Mme Lucas et chez Marguerite-Marie Tenailleau. Hier, en fin d’après-midi, fait visite aux Bonneau avec Jacques. Dimanche dernier, tout s’est bien passé, suis allée avec Jacques à Belleville, assisté aux Vêpres avec Mme Privat, puis nous avons eu la réunion qui n’a pas dû trop mal marcher. Il y avait 26 présences, et il me semble que le courant passait ; cela n’arrive pas toujours. Comme Jacques n’avait pas fini la vente qu’il devait faire, Mme Privat m’a ramenée ici et j’ai eu un peu de temps à moi. Suis allée au cimetière porter des lilas blancs sur la tombe de mes deux garçons chéri… j’ai eu ensuite un peu de repos ici, et la possibilité de réciter mon chapelet dans le jardin, ce qui ne m’était pas arrivé depuis un certain temps. Maintenant, avec cette fin d’avril, tous les souvenirs de l’an dernier commencent à se lever… Que Dieu nous aide à supporter toute cette peine.
Lundi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 27 avril 1953, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Les élections se sont passées dans le calme. A 10 heures, les résultats étaient proclamés. Jacques arrivait en tête de liste, qui passait tout entière, à une très belle majorité. La plupart des électeurs se sont tout de même rendu compte de tout le mal, de toute la peine, qu’il se donne pour la commune, et cela fait tout de même plaisir. Ce matin, nous avons eu les résultats des communes avoisinantes ; certains sont excellents et il y a des choses amusantes. Les journaux donneront demain plus de détail. Suis sortie ce matin pour une messe de mariage, ce sera à reprendre demain et après-demain. Passé l’après-midi à travailler sous la véranda, ce qui m’a fait plaisir. Temps douteux, nuageux avec de belles éclaircies et de grosses bourrasques, je regardais le vent secouer les arbres du parc, les lilas en fleurs, le genêt blanc, le cytise. Le tilleul est superbe, avec toutes ses feuilles ; c’est Jean qui l’a planté…. Samedi, la procession de Saint-Marc nous a fait passer, comme d’habitude, par le chemin du Moulin. A cette heure matinale, la campagne, baignée d’un peu de brume, était ravissante, mais bien peu suivent les splendides litanies des Saints. Les enfants ont installé hier soir Anne dans la chambre de Jean , il fallait que, tôt ou tard, tout cela se passe, mais c’est une grande peine ; il a fallu défaire ce cadre que Jean aimait, toutes ces petites choses qu’il avait arrangées lui-même, accrochées au mur, disposées à son goût. Il y a quantité de choses que je ne sais pas où mettre ; ses uniformes sont toujours dans la penderie, et le tiroir du bas de l’armoire est plein de linge et de pas mal d’objets. Peu à peu cela se dispersera et trouvera sa place, mais c’est un crève-cœur pour moi. Il me semble que je perds mon petit Jean un peu plus, et pourtant dans l’océan d’amour et de bonheur où il baigne, il n’a aucun besoin de tout cela. Je le revois assis sur le toit ! Que cela est loin ! Je n’ai pas assez apprécié mon bonheur.
Dimanche 3 mai
Il y a un an Jean nous écrivait son avant-dernière lettre… Dimanche prochain, au cours de la cérémonie au Monument aux Morts, une plaque portant le nom de Jean doit être inaugurée. Le jour de l’Ascension, la grand-messe sera sa messe anniversaire ; elle sera annoncée « pour les morts d’Indochine et les Indochinois morts pour la France ». Je pense aux nombreux camarades de promotion de Jean, aux 6 Indochinois tombés le même jour que lui, et aussi aux deux Cambodgiens mort il y a onze ans, un jour d’Ascension, et dont les corps reposent au cimetière. Que Dieu les mette tous dans le paradis. Anne est tout à fait installée dans la chambre qui, pendant 16 ans, fut celle de Jean ; il me semble que, de bon cœur, il cède à son petit « singe à roulettes » cette pièce qu’il aimait. Peu à peu il faudra s’y habituer, comme il faut s’habituer à tant de choses. Geneviève est revenue de Nantes hier soir, Jacquie revient demain soir ; toutes deux étaient parties jeudi matin, afin d’aider leur tante à la vente du muguet. Quant aux garçons, Jacques et moi les avons vus mercredi, mais assez peu, car j’étais arrivée en retard et il a fallu encore attendre qu’ils arrivent. Tous deux sont bien, ils ont mangé de bon appétit les gâteaux et les fruits que je leur avais apportés. Sans doute viendront-ils dimanche prochain. Pas mal de travail cette semaine, mais un peu de détente aussi, il en est tout de même besoin. Le matin, il m’est toujours très dur de me lever, après tant de mois sans beaucoup de sommeil, depuis que Jean est dans le cimetière, j’ai recommencé à dormir, et voudrais souvent dormir le matin, mais j’aime mieux tout de même assister à la seconde messe, et parfois ce n’est pas facile. Les trois premiers jours de la semaine, des messes de mariage, aussi fallait-il m’arranger pour préparer le déjeuner et avant et après et ce n’était pas toujours facile. Lundi après-midi, suis restée ici ; mardi, suis allée chez Maman et au cimetière. Le soir, une visite d’Armande Brachet. Mercredi, voyage à La Roche, attendu longtemps chez le dentiste et me suis fait arracher une dent. Quelques courses seulement ensuite. Jeudi, avons déjeuné chez Maman, Jacques, Anne et moi, je suis restée un moment, puis visite à Andrée Boyer qui venait de faire une forte sciatique. Vendredi, suis allée à la Faucherie et à la Bardinière – partie par temps plus que douteux, suis revenue avec le soleil – Il a fait d’ailleurs cette semaine un temps très désagréable…. J’ai repris ma bouillotte avec plaisir. Hier, ne suis sortie que très peu dans l’après-midi, cela me fait tellement de bien que de rester un peu ici au calme. Le travail d’ailleurs ne me manque pas ; j’ai fini les socquettes pour Anne, mais commencé une robe pour ma petite filleule Marie-Bernadette, et je voudrais qu’elle la mette le jour de la Communion Solennelle dans quatre semaines d’aujourd’hui. Cette semaine je ne crois pas avoir à m’absenter, mais j’ai une réunion de jeunes femmes pour mercredi, et il me faut la préparer. Ecrit à Jeanne Lego, longuement, vendredi dernier. J’ai essayé de la remonter ; ce n’est sûrement pas facile.
Dimanche 10 mai
Semaine très remplie, très chargée, et je vais bien avoir à faire encore les jours qui viennent – on voudrait parfois vouloir se reposer et ce n’est pas facile – toujours il survient quelque chose. Je n’ai rien pu faire ce matin, o à peu près, et bientôt nous allons nous mettre à table. Il y avait aujourd’hui fête de Jeanne d’Arc, et anniversaire de l’Armistice de 45, la messe pour les Prisonniers et la cérémonie habituelle au Monument aux Morts, à cette occasion a été placée sur le Monument une plaque portant le nom de Jean, la date et le lieu de sa mort. Cela a été pour nous très émouvant. Cela va faire, dans quatre jours, un an que notre enfant chéri n’est plus de cette terre, et c’est toujours affreusement dur que de penser cela. Nous avons fait venir les garçons, et tous ensemble nous tenions groupés autour de Jacques. Nous sommes allés ensuite au cimetière ; grand-mère avait envoyé des fleurs sur la tombe de Jean, ainsi que sur les tombes des deux Indochinois tombés, voici bientôt onze ans. Tous les souvenirs à revivre ces jours-ci, j’y pense sans cesse et c’est terriblement dur. Dimanche dernier, rien de bien nouveau ; nous sommes allés au cimetière après les Vêpres, puis Jacques est sorti et je suis restée écrire. Lundi, ne suis pas sortie, cela me fait tellement de bien que d’avoir de temps à autre un après-midi à moi, dans laquelle je peux liquider pas mal de petits travaux et rangements qui traînent toujours. Mardi, suis allée chez Maman et au cimetière. Mercredi, la réunion de jeunes femmes s’est bien passée, elles étaient neuf et cela a été très vivant, et elles ont fait des projets pour l’année prochaine. Jeudi, une journée très chargée, le matin, il m’a fallu assister à un enterrement, et le soir, après dîner, nous voulions partir aux Sables aussi il me fallait caser beaucoup de choses dans l’après-midi. Pour comble de bonheur, avons déjeuné très tard à cause d’un baptême du Moulin-Guérin qui est arrivé au moment où nous allions nous mettre à table. Jacques était à La Roche pour le Conseil Général, et est arrivé au moment où le baptême partait. Je suis ensuite allée chez Maman, puis j’ai fait rapidement une petite valise pour partir aux Sables et je me suis mise à passer des vêtements à l’anti-mite. Je n’ai pu finir, car les Pierre Bouliau sont venus nous voir, nous emmenant Claude, Nicole et leurs enfants qui sont arrivés depuis une quinzaine. Claude paraît bien, les enfants ont beaucoup grandi, mais Nicole a une mine affreuse, elle est maigre, a le teint terreux et paraît déprimée ; ils viendront tous déjeuner mardi. Quand ils ont été partis, je pensais terminer ce que j’avais commencé, mais M. le Curé est arrivé. Après son départ, il était l’heure de dîner et de partir. En arrivant aux Sables, nous n’avons eu qu’à faire les lits, et à nous coucher. Vendredi matin, avons été réveillés par la sirène de brume ; le temps s’est un peu éclairci, mais sans se dégager, et nous n’avons pas, ou presque pas, vu le soleil. Jacques et les filles se sont mis tout de suite au travail dans le couloir. J’ai fait le marché, le déjeuner et la vaisselle. L’après-midi, suis allée voir Mlle Chalard, elle paraît bien et j’ai été heureuse de parler avec elle un grand moment. Me suis arrêtée un peu sur la plage avant de rentrer, mais le vent était froid. Hier matin, un temps splendide, j’ai fait les provisions en revenant de la messe, mais suis tout de même sortie dans la matinée pour quelques courses, et passé à peu près une heure sur la plage où il faisait délicieusement bon. Il était l’heure ensuite de faire le déjeuner. Dans l’après-midi, fait encore quelques courses, mais ne suis pas allée sur la plage, il faisait du vent et le temps était plus froid. Jacques et les filles ont beaucoup travaillé, ils ont entièrement enlevé le papier du couloir et de la cage d’escalier, lessivé toutes les portes et commencé à passer la première couche de peinture ; il y aurait encore trois jours de bon travail à faire. Avons dîné aux Sables avec des restes ; sommes partis un peu après neuf heures pour prendre les garçons au passage à la Roche ; il n’était pas de bonne heure quand nous sommes arrivés ici. J’ai remis bien des choses en place ce matin… Aujourd’hui, il fait beau, un peu frais, je suis contente d’avoir mes garçons, mais mon grand chéri me manque plus que jamais. Mercredi, suis allée avec mes filles à La Roche pour un concert, c’était un pianiste italien dont le nom m’échappe, mais qui était merveilleux. Jacques est venu nous chercher ensuite
Jeudi 14 mai 1953
Jour de l’Ascension. C’est une fête que j’ai toujours beaucoup aimée, une fête dont tous les détails, tous les enseignements sont riches de sens. Jésus remonte vers son Père, mais sur la terre, Il laisse sa mère et ses disciples, après leur avoir légué ses suprêmes enseignements… Toutes proportions gardées, c’est la même chose pour nous. Notre enfant chéri nous a quittés pour la Maison du Père, c’est pour nous une affreuse douleur que la seule pensée de ne plus le revoir ici-bas, mais nous avons foi en la réunion éternelle, et en attendant, nous devons vivre avec lui et travailler comme il aimerait nous voir faire. Je me redis tout cela, je l’ai redit à Jacques ce matin afin de le remonter car il en a besoin, mais je suis complètement démolie d’autant plus que le mariage de Madeleine Richard arrive ce soir, et, tout en me réjouissant du bonheur de cette réunion, je ne peux m’empêcher de faire un retour sur nous-mêmes, et de penser à ce qu’aurait été notre joie si Jean était revenu…Beaucoup de sympathies nous ont encore entourés ces jours-ci, et cela fait du bien. La messe des Rogations hier matin a été offerte pour Jean, je ne sais même pas par qui, M. le Curé ne s’en souvenant plus. La grand-messe d’aujourd’hui est célébrée, comme il avait été convenu, « pour les combattants d’Indochine et les Indochinois morts pour la France ». J’ai fait passer une insertion sur le Figaro, en annonçant que cette messe était particulièrement pour les Saint-Cyriens de la promotion Rhin et Danube. A la suite de cela, reçu plusieurs lettres hier matin, une des Daniel Bouliau, qui seront de cœur avec nous, un mot de Michel Adam, une lettre d’une jeune femme de 20 ans, dont le mari a été tué le 1er décembre dernier…Bien des messes seront dites aussi pour nous, il y en a une aujourd’hui à Lyon, une à Nantes. Demain, le chanoine Lesaffre célèbrera aussi sa messe pour Jean. Je suis sûre qu’à Richelieu, on priera beaucoup pour lui aujourd’hui ; c’est la fête du drapeau ; on chantera le chant traditionnel. Jean ne peut plus maintenant monter plus haut, ni plus près de Dieu, puisqu’il est dans sa paix et sa gloire.
Malgré tout cela, et ces souvenirs qui sont à la fois doux et cruels, il faut travailler quand même ; demain, c’est la réunion des notaires, nous avons à déjeuner Mme Belliard et sa fille. M. Denis nous amènera aussi Hélène et les Plessy, qui resteront quelques jours ; cela ne m’amuse pas du tout, j’aurais préféré, pour ces jours anniversaires, un peu de tranquillité et de solitude, mais il ne faut pas faire vivre les jeunes dans une atmosphère trop triste, et cela leur fera plaisir de voir leurs amies. Dimanche, j’irai aux Sables pour la journée du cinquantenaire…. Lundi, journée sans histoire ; nous ne sommes pas sortis, passé l’après-midi à mes préparatifs du lendemain. Mardi, tout a bien marché, et le déjeuner était réussi. La croûte aux champignons était très bonne, la glace aussi. Passé une agréable après-midi à causer, d’abord dans le salon, ensuite sous la véranda. Hier non plus, ne suis pas sortie, et comptais faire beaucoup de choses, mais j’ai eu d’abord une visite de Mlle Battut, puis Marguerite Mignen est venue, puis les Gourraud, si bien que j’ai été pas mal retardée. Je finis d’écrire assez tard, car il est presque 6 heures, me suis interrompue pour la grand-messe. Au début, avons eu la surprise de voir arriver avec Jacquie Jean et Madeleine de Baynast, ils avaient vu sur le Figaro l’annonce de la messe pour Jean et ses camarades, et sont venus s’associer à notre prière. Cela nous a beaucoup touchés, Jacques et moi ; j’ai complété le déjeuner tant bien que mal, enfin il y a eu assez pour tous. Avons causé ensuite, sommes allés au cimetière, puis ils sont partis vers 4 heures. Depuis, j’ai fait une croûte en pâte feuilletée pour demain, préparé la crème pour la glace et les poires au sirop, fait du bouillon de légumes qui servira pour ce soir, alors que les légumes iront en macédoine dans des tomates farcies, je vais maintenant faire cuire les artichauts du dîner, mais je ne suis pas fâchée de m’asseoir et de rester tranquille un moment. Le temps s’est assombri, il va sans doute pleuvoir ; je pense à cette journée de mai dernier, à cette journée rayonnante de lumière ; j’étais rentrée à cette heure-ci et triste sans savoir pourquoi…. La tombe de Jean est ornée aujourd’hui d’œillets blancs et rouges, de la couleur de son casoar.
Lundi matin 18 mai
Pas une minute il me pour écrire hier, et aujourd’hui il me faudrait absolument répondre à quelques lettres, d’un autre côté je suis un peu lasse et aurais réellement besoin de me reposer ; cependant il faut aussi que j’aille chez Maman ; de plus, si Hélène est partie hier soir, les Plessy sont toujours ici, et je soigne un peu plus mes menus….La journée d’hier a été splendide, mais quelque peu éreintante, je m’y attendais d’ailleurs. Il a plu dans la nuit, et nous sommes partis par un temps un peu incertain, et en retard par suite de choses imprévues survenues au dernier moment. Enfin tout s’est arrangé, à partir de Pierre Levée le soleil a paru, et nous avons eu une journée superbe ; par ailleurs, nous avons pu rattraper le retard et prendre notre place dans le défilé. J’ai infiniment aimé la Messe, qui a été très belle et très recueillie ; nous étions parfaitement bien placées…. Nous avons déjeuné dans les pins, bien tranquillement. J’ai moins aimé l’après-midi…. Il était 6 heures ½ quand nous sommes sortis, c’est-à-dire grand temps de partir. Toutes les femmes étaient ravies, mais moi, tellement lasse que j’aurais voulu me coucher tout de suite, seulement les Denis sont arrivés pendant que nous étions à table ; ils venaient chercher Hélène et sont restés un grand moment, si bien que nous nous sommes couchés assez tard. Vendredi, le déjeuner notarial s’est bien passé, la cuisine était assez réussie et nous avons passé une agréable journée. Samedi, journée assez remplie, dans laquelle je n’ai pu m’asseoir que très peu d’instants. Je repasse sans cesse en esprit ces jours de l’année dernière, nous ne savions pas encore notre malheur !
Vendredi 22 mai
Yves vient d’arriver ; Pierre ne viendra que demain matin, mais pour dimanche nous serons tous réunis. Je dis bien tous, car je pense que, du haut du ciel, nos enfants chéris se pencheront vers leur Maman, dont ce sera la fête, nous assisteront et prieront pour nous tous. Journée au lit, je viens de me recoucher ; cela n’allait pas très fort… Semaine très remplie comme toujours, il y a toujours quelque chose d’imprévu, quand on voudrait se reposer. Mercredi nous est arrivée une assistance sociale qui s’occupe, pour le département, de l’Association générale des paralysés de France. Je suis allée avec elle dans les trois écoles, et entre temps, je l’ai gardée à déjeuner… Temps ravissant aujourd’hui, je voudrais bien que cela dure jusqu’à dimanche…
Dimanche soir 24 mai - jour de la Pentecôte et Fête des Mères
Les enfants, y compris Anne, partent au cinéma. Je viens de me coucher, plus exactement de me recoucher, parce que j’ai passé au lit une partie de l’après-midi. J’étais tellement lasse, de cette matinée épuisante des jours qui ont précédé, des semaines, des mois de travail un peu lourd, et de tension nerveuse, que je n’en pouvais plus…. La messe qui était la grand-messe était très belle, de nombreuses mères de famille y assistaient, il y a eu de nombreuses communions, à l’issue de la cérémonie, les mamans, encadrées par les enfants, ont été amenées devant la Mairie où devait se dérouler la cérémonie. Tout était très simple, quelques discours très brefs, la distribution des médailles, coupé de quelques intermèdes par les enfants. Ensuite, à la salle Gandillon, vin d’honneur pour le Préfet, le conseil municipal, café et brioches pour les femmes. Il faisait un temps splendide, un peu chaud peut-être, mais à l’ombre nous étions bien. Cet après-midi, sommes allés aux Vêpres, puis jeter un coup d’œil à une petite fête qui se tenait du côté du cinéma. Me suis couchée au retour, laissant à mes filles le soin de préparer le déjeuner de demain ; nous avons l’intention d’aller à Ligugé, peut-être même plus loin, et nous emportons des provisions. Je ne reprends pas la semaine, il y a eu quelques jours sans rien de très sensationnel. Lundi, suis allée chez Maman et au cimetière. Mardi, quelques courses à La Roche et goûter Gallet, il y avait les Coutansais, Anne Rouillon-Josso et sa mère. Hier matin, déjeuné chez Maman et y ai passé une partie de l’après-midi ; en rentrant, écossé des petits pois et fait un peu de pâtisserie. J’étais affreusement lasse hier soir, et cette journée du 24 mai nous rappelle trop de choses de l’année dernière…
Dimanche matin 31 mai
Je reviens de la messe de la Communion Solennelle, messe d’ailleurs célébrée pour les Combattants d’Indochine vivants et morts, et malgré l’affluence, malgré les distractions inévitables, j’ai beaucoup prié pour tous les enfants qui étaient là et doivent prendre, cet après-midi, un engagement solennel… Nous avons été bien contents d’avoir nos deux grands pour la Pentecôte, qui était aussi la Fête des Mères, et Jacques et moi avons été contents que cette journée se soit bien passée… Lundi, passé une bonne journée, malgré la chaleur quelque peu écrasante, enfin, il faisait bon à rouler, et nous avons pu contempler de beaux paysages de France sous un ciel infiniment pur. Partis un peu après 7 heures ½, sommes arrivés à Ligugé un peu en retard pour la Grand-Messe, mais assez tôt pour entendre ce « Veni Sanctus Spiritus » que j’aime tout particulièrement. La messe était belle, plus simple qu’à Solesmes, mais très harmonieuse ; la cérémonie avait lieu à l’église paroissiale, qui est belle et ancienne, la chapelle des moines étant en réparation. Visité un peu tout cela, puis avons cherché un coin tranquille pour déjeuner, mais ce n’a pas été facile – au bord du Clain, trop de barbelés et d’interdiction de pénétrer ; après des tours et des détours, nous avons fini par trouver, du côté de Saint Benoît, un petit sous-bois où nous n’aurions pas été mal, s’il y avait eu un peu plus d’air. Cela a été gai et agréable quand même. Repris la voiture ensuite pour aller à Poitiers où j’ai aperçu, en passant, les murailles de Blossac, et filé sur Angoulême. La route est très belle, avec de splendides échappées sur la vallée de la Charente. A Angoulême, vu rapidement le centre de la ville, les remparts et la cathédrale, il faisait une chaleur quelque peu pénible, mais la façade ce cette cathédrale est bien belle, et la vue des remparts est splendide. Sommes allés ensuite à Saint Yriex, où Jacques avait àffaire au Couvent du Bon Pasteur, installé dans une très jolie propriété, un petit château avec terrasse, dominant la vallée de la Charente, un kilomètre de prés longeant la rivière, un parc, des dépendances, et pas mal d’hectares autour de tout cela. Sommes repartis, vers 6 heures ½, et étions un peu après 9 heures à La Roche, mais, à partir de Fontenay, le ciel s’est assombri, et, par moment, il y avait du brouillard ; le temps était d’ailleurs beaucoup plus frais. Mardi matin, avons été réveillés par l’orage ; en allant à la messe, et surtout au retour, pluie diluvienne, et de bons craquements de foudre. L’orage est tombé sur le transformateur de la place alors que Jacques était à quelques mètres ; nous avons été privés d’électricité une partie de la journée, de plus, le téléphone avait des avaries et le transformateur des sonnettes était grillé. Toute la journée, chaleur très lourde et pénible, j’ai voulu faire de la pâte feuilletée et l’ai complètement ratée. Les garçons sont partis aussitôt dîner. Mercredi, Jacques recevait à déjeuner les maires du canton ; Marie est bien venue donner un vague renfort, mais, en dehors des légumes à éplucher, des petits pois à écosser pour les mettre en conserve et de la vaisselle à essuyer, il ne faut pas lui demander grand-chose. Cela a marché à peu près, j’avais un poisson admirablement décoré, mais qui aurait gagné à être un peu plus cuit et la croûte aux champignons n’était pas parfaite, la pâte étant beaucoup moins légère que d’habitude ; le filet de bœuf était bien et la glace très bonne, mais Jacquie et Geneviève avaient dû partir avant le café, car elles prenaient le train pour Les Sables, où Jacquie avait une réunion le soir. Geneviève, qui n’avait pas de réunion, en a profité pour peindre une partie des portes du couloir, toutes deux sont revenues le jeudi soir. Mercredi matin, Anne s’est plainte d’avoir mal à une oreille ; elle s’en plaignait déjà le lundi soir ; pas de température le matin, aussi je l’ai envoyée à l’école ; l’après-midi, elle a dit à sa grand-mère qu’elle avait beaucoup plus mal. A la façon dont elle se plaignait, j’ai cru pendant un moment qu’elle allait avoir les oreillons, mais, le soir, alors qu’elle était couchée depuis un moment, moi aussi d’ailleurs, elle est venue me trouver, disant qu’elle souffrait beaucoup plus ; elle pleurait, elle avait des mouvements nerveux qui m’ont un peu inquiétée, si bien que nous avons fait venir le docteur ; il a commencé par calmer la fille avec des gouttes et de l’aspirine, puis il a parlé d’otite, et dit qu’il serait peut-être bon, le lendemain, d’aller voir Simonin. La nuit a été bonne et le lendemain, l’oreille était percée ; dans la journée de jeudi, Anne en a encore souffert, mais elle a été très vite mieux ensuite… il fallait lui administrer pas mal de gouttes, comprimés, suppositoires, lavages d’oreille. Ne suis pas sortie ou presque ces deux jours-ci, et cela m’a fait du bien ; la petite robe pour ma filleule et réparé un chandail à Yves. Jeudi soir, reçu à dîner les abbés Sacré et Boucher, repas plus réussi et plus fin que celui de mercredi, du moins à mon avis ; En raison de la chaleur, j’avais supprimé le potage pour le remplacer par un plat de crudités – carottes râpées, radis, artichauts, salade hachée, tomates, etc… - il y avait du jambon au madère, des asperges et une glace à la vanille et aux fraises, causé ensuite jusque vers minuit. Vendredi matin, Jacques est allé conduire les filles à Nantes, où Madeleine les réclamait pour la Fête des Mères, qui est officiellement aujourd’hui. Elles doivent revenir cet après-midi, mais Jacquie retournera à Nantes dans le courant de la semaine, Madeleine étant opérée sans doute mercredi. Le magasin est à peu près vendu, mais il faudra le tenir jusqu’à la fin de juin sans doute…
Dimanche 7 juin Fête Dieu
Temps affreux ce matin, il pleut, et le vent souffle du nord ; impossible de faire les reposoirs et d’avoir la procession ; nous devrons nous contenter d’une messe solennelle et ce sera tout ; cela ferait beaucoup de plaisir, à la saison où nous sommes d’avoir un peu de temps beau et chaud, car toute la semaine il a fait un temps froid, soit nuageux, c’est-à-dire venteux et instable. Avec tout cela Anne n’a pas recommencé à sortir ; elle voudrait bien aller à la grand-messe, mais avec ce temps-là je ne sais pas si c’est très prudent ; son oreille coulait toujours avant-hier ; cependant elle ne souffre pas, mange bien, sauf caprices, dot bien et joue bien. Avec un peu de beau temps tout cela serait liquidé promptement. Semaine encore très remplie ; je comptais faire beaucoup de choses et j’ai été au contraire très dérangée. Lundi, confitures de fraises, quand cela a été cuit, suis allée à la Jamonière où j’avais deux visites à faire, une chez Aurélie, à qui je devais remettre une médaille d’or, et une à Mlle Violeau qui ne va guère mieux. Mardi, fait des palmiers pour envoyer à Richelieu le jeudi suivant, en même temps couvert la confiture et écossé des petits pois pour mettre en conserve. Suis sortie le soir pour aller chez Maman et au cimetière ; temps plus que douteux, vent froid et averses. Le temps était cependant un peu meilleur le lendemain au réveil ; sommes partis pour Fromentine vers 7 heures ½ par un beau soleil. Nous n’étions pas en retard, le conseil général se réunissait peu à peu, et nous avons embarqué un peu après 8 heurs ½. Bonne traversée, nous avions pris de la « Nautamine », le bateau était secoué mais pas de façon excessive. Les enfants et moi étions à l’avant, ce qui était bien plus agréable, mais il faisait froid, et, malgré le soleil, nous étions gelés en débarquant. Cela n’a pas duré ; nous avons circulé toute la matinée à l’aide d’un car et de véhicules de fortune. Visité le grand phare, entièrement reconstruit depuis la guerre, et qui est une très belle réalisation ; du haut des 200 marches, la vue sur l’île est splendide. Sommes allés ensuite au château, si pittoresque, au port de la Meule, et enfin à la citadelle où vécut en captivité un vieillard qui fut Maréchal de France. Le vent était grand et assez froid, mais la mer avait une coloration intense, et, le long des petites maisons blanches, c’était une joie que de voir les tons vifs des géraniums. L’intérieur de l’île n’est plus cultivé, ce ne sont que fougères et chèvrefeuilles. Les deux filles sont parties ensuite pique-niquer, et Jacques et moi avons pris part au banquet, qui était bien, mais d’un prix quelque peu excessif ; nous étions heureusement en agréable compagnie. Départ un peu après 6 heures ½ ; la mer était plus dure que le matin, et, de même que la matin, il y a eu quelques malades. Il faisait peut-être moins froid, mais nous étions réfrigérés en arrivant ici, et, c’est avec plaisir, que je me suis fait une bouillotte. Jeudi, Jacques et allé à la journée des Anciens de Richelieu – Il y a deux ans Jean avait été si content d’y aller lui aussi ! – L’après-midi, suis allée à La Roche avec Jacquie, qui filait à Nantes, passé l’après-midi, d’abord chez le dentiste, puis en courses. Vu les garçons un instant à Richelieu ; Pierre était en scout et cela lui va toujours aussi bien. Yves était correct et sérieux dans son uniforme bleu. Suis revenue par le car, Jacques restait à La Roche pour une veillée récollection d’hommes à Saint-Louis ; il n’en est revenu qu’après minuit. Vendredi, nous devions avoir une réunion de jeunes femmes, elle a été supprimée en raison de différentes choses. Sommes allés passer l’après-midi à Nantes ; arrivés là-bas à trois heures, nous sommes d’abord allés voir Madeleine, dont l’état paraît satisfaisant, mais elle a encore pour quelques jours dans le noir, avec les yeux bandés, et ce doitêtre bien dur. Fait des courses tout l’après-midi, il fallait acheter des robes aux enfants, et ce n’est pas un eptit travail, d’autant plus que cette année elles ne peuvent pas encore en prendre de teintes vives ; après avoir fait bien des magasins, nous avons tout de même trouvé quelque chose qui leur aille à toutes deux – gris et blanc pour Jacquie, blanc et noir pour Geneviève. J’espère qu’elles seront contentes. Avons quitté Nantes après sept heures et demie, beaucoup de pluie pour le retour, mieux valait quand même que ce soit à ce moment-là. Hier, gelée de castilles et tricoté un peu ; cela faisait du bien de trouver un peu de calme. Suis allée chez maman et au cimetière. Il y a deux ans, c’était un de nos derniers jours heureux… Je finis d’écrire après les Vêpres, la pluie s’étant arrêtée ce matin, il y a eu une procession autour de la place, avec des reposoirs improvisés, c’était assez piètre, et sous un ciel plombé par un froid tenace, l’atmosphère n’y était pas. Cela se dégage maintenant un peu. Nous allons cet après-midi à la Bizière et à l’Hermière…
La Guérinière. Dimanche 14 juin
Depuis vendredi que je suis ici, j’aurais eu largement le temps d’écrire, mais je n’en ai ni le goût ni le courage. Je mène une vie bête et stupide, surtout végétative, je crois que j’en avais besoin et que cette inertie est un signe de la réaction qui se produit. Cela ne durera ,pas toujours, Dieu merci ! Pour l’instant, je suis capable de tricoter, de lire des choses faciles, de regarder la mer, ce dont je ne me lasse jamais, et de me promener, le pays est tout à fait pour moi, il n’y a pas de côtes… Il y a juste au-dessous de ma chambre une petite chapelle où est le Saint Sacrement, si bien qu’à toute heure du jour je peux aller prier ou méditer et cela est très précieux. Je regrette seulement d’avoir laissé Jacques seul, mais lui aussi, plus que moi peut-être, se rendait compte que ce départ était nécessaire. Nous sommes arrivés ici vendredi matin, vers 10 heures ½, après un voyage sans histoire. Jacquie était venue avec nous, pour voir un peu mon installation, ils m’ont installée dans ma chambre, nous sommes montés sur la terrasse, d’où l’on domine toute l’île, puis ils sont partis de façon à retraverser le Gois dans la même marée. Pour moi, je me suis installée ; ma chambre est agréable, assez petite, mais très suffisante, elle occupe un angle de la maison, il y a une porte-fenêtre avec un balcon, où malheureusement je ne peux guère me tenir, car il y a toujours du vent – pas très chaud – ces jours-ci, mais quand les deux battants sont ouverts, on voit bien largement la mer et la côte. De mon lit je vois le phare de l’île d’Yeu…. Vendredi après-midi, suis allée presque jusqu’à une pointe qu’on appelle pointe de la Loire, me suis assise sur le sable et tricoté un bon moment, puis suis revenue et me suis installée dans ma chambre pour lire et pour tricoter. Après dîner, récité mon chapelet tout en tricotant, allant et venant le long de la mer comme je le fais chez nous dans le jardin. Hier matin il brumassait, aussi, ne mouvant m’installer dehors suis allée me promener dans des sentiers perdus qui m’ont amenée à l’autre côte, celle qui regarde le continent. L’après-midi, suis sortie assez tard et suis allée du côté des moulins à vent que je vois à gauche de ma fenêtre. Gagné la plage et suis restée un grand moment à regarder la mer. Après dîner, ce qui a été vite fait pour moi, marché un grand moment sur la route de l’Epine. Ce matin, assisté à la grand-messe bien liturgique, et à la procession, assez courte, puisqu’elle comprenait seulement un reposoir qui d’ailleurs était dans le jardin du Bon Secours. Le curé est de Saligny…. Quoi dire du début de la semaine. Dimanche, il faisait très mauvais, mais nous avons tout de même eu une petite procession… Lundi, j’ai eu une courte visite de Françoise le matin, et l’après-midi suis allée voir Maman qui recevait Mme Lucas. Mardi après-midi à La Roche, j’avais apporté aux garçons des gâteaux et des fraises et ils ont bien goûté. Mercredi soir, François, Marie-France et de de leurs enfants sont arrivés pour dîner ; Maman était venue elle aussi ; j’avais un dîner simple, mais réussi et une bonne glace. Ils sont repartis dès le jeudi matin car François voulait s’arrêter à Lorient pour les obsèques d’un de ses camarades qui avait été instructeur à Coëtquidan et que Jean avait bien connu, il l’avait même retrouvé à son arrivée à Haïphong et déjeuné avec lui en débarquant du « Pasteur ». Lui aussi a été tué en Indochine ; Fait mes préparatifs dans la journée et suis allée voir Maman. Jacquie est arrivée mercredi soir, avec Jacques, qui était allé à Nantes voir ce que devenait Madeleine opérée du matin. Geneviève y est partie hier après-midi. Je pense rester ici jusqu’au 26 ou 27 ; cdla dépendra quand Jacques pourra venir me chercher. Yves passe son examen le 24 et 25.
Dimanche 21 juin
J’aurais dû écrire un peu chaque jour… Je n’ai d’ailleurs pas d’évènements marquants à signaler… A part hier où le temps a été merveilleux, la saison n’est pas particulièrement belle ; il a plu certains jours, souvent il a fait froid, mais je ne me suis jamais ennuyée, et me suis toujours accommodée de la température, quelle qu’elle soit….J’ai eu la messe chaque matin ou presque… J’ai demandé une messe pour Jean et elle a eu lieu mercredi. Chaque matin, je peux donc avoir à la chapelle un bon petit moment de prière, de lecture et de réflexion ; je retourne aussi à la chapelle pour la prière du soir. Auparavant je vais réciter mon chapelet dehors, soit, en longeant la mer, comme hier soir, soit, les soirs de vent froid, dans la lande que coupe un sentier et qui conduit au petit chemin encaissé où il fait bon. Deux lettres du Poiré cette semaine. J’ai téléphoné aussi mardi, pour prévenir que la messe du lendemain serait pour Jean ; téléphoné aussi hier soir. Jacques doit venir aujourd’hui, en fin d’après-midi, avec Geneviève et Anne. Ils pourront passer le Gois à partir de 5 Heures et auront une heure ou une heure et demie ici ; cela fera plaisir.
Vendredi 27 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 27 juin 1953 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Dernier jour ici, demain je serai chez nous et il me faudra reprendre mon travail habituel… Cela me fait un peu peur, je m’étais vite habituée à cette vie tranquille… j’ai eu quinze jours de repos, de détente et de solitude, je ne dois pas me plaindre, certaines personnes n’en ont pas autant… Je suis un peu effrayée de rentrer dans la vie active, d’autant plus que j’entrevois un été plutôt chargé, et peu d’aide, puisque Jacquie sera absente pendant six semaines et Geneviève pendant quinze jours. La providence arrangera sans doute les choses. Jacques est venu dimanche après-midi, avec Geneviève et Anne et même Maman. Après une matinée douteuse, le temps était pas bien beau et il a commencé à pleuvoir pendant qu’ils étaient là. Je m’étais réjouie à l’avance de leur montrer les endroits habituels de mes stations sur la plage, mais j’ai dû me contenter de faire avec Jacques une courte promenade aux environs immédiats et Maman a déclaré qu’elle ne se plaisait pas ici, on y entendait trop le vent. A peine étaient-ils partis que la pluie d’est mise à tomber torrentielle…. Mercredi, c’était la fête de Jean, et la journée a eu des moments plutôt durs, au poiré, la grand-messe était pour lui. Je pense qu’il a dû prier pour son frère Yves, dont c’était la première journée de bachot. Suis retournée à la messe hier matin pour prier pour mon petit garçon. Téléphoné hier soir ; il n’est pas très content, mais tout espoir n’est peut-être pas perdu….
Dimanche 28 juin
Suis maintenant réinstallée au Poiré. Cela a été vite fait ; Jacques et les enfants sont venus me chercher en fin de matinée ; mes bagages étaient faits et j’étais tranquillement à tricoter dans ma chambre. Eux avaient passé un moment à pêcher dans le Gois. Le trajet de retour a été rapide, et nous étions ici à 1 heure pour déjeuner. Défait mes valises, ensuite je suis allée un bon moment chez Maman. Suis restée tranquillement ici à tricoter ensuite. Il fait chaud et l’on fatigue vite. Suis allée au cimetière après dîner porter des glaïeuls sur la tombe de notre grand chéri… Yves paraît bien portant cette année, pourvu que çà dure !!!. Il aura son résultat jeudi soir. Pierre arrive vendredi, aussitôt les prix. Quant aux filles, elles s’en vont toutes les deux ; Jacquie part mercredi au Mont-Dore, pour un mois, comme monitrice dans une colonie de vacances ; elle sera avec Marie-Thérèse Plessy. Geneviève part vendredi pour quelques jours seulement, comme intendante dans un camp de louveteaux à l’Aiguillon sur Vie. Après, en août, ce sera un voyage plus lointain. Les Granger passent ici à la mi-juillet pour aller en Bretagne, après, ils viendront ici et aux Sables ; je ne sais pas comment cela va s’arranger. Vendredi soir, à la Guérinière, j’étais un peu cafardeuse de quitter cette vie si calme, si reposante, si paisible, pour venir ici retrouver du travail, des soucis… Je crois cependant que mon séjour m’a fait du bien… Je sens que j’aurais encore grand besoin d’être ménagée par les uns et par les autres, et cela n’est pas tout facile. Anne n’est pas précisément commode. Aujourd’hui la kermesse. Jacques est à un Congrès de l’UNC à la Motte-Achard. Il passera à la kermesse au retour. Les filles sont au salon de thé comme autrefois. Yves retourne à La Roche cet après-midi pour une sortie scoute. Je voudrais passer l’après-midi à lire et à me reposer, et me coucher de bonne heure. Le travail reprendra demain….
Dimanche 5 juillet
D’ici quelques minutes, je vais me préparer pour une réunion de Ligue, cela me pèse énormément, comme tout ce que je fais actuellement, mais surtout j’avais espéré ne pas en faire d’ici octobre et les directives reçues m’obligent à en faire une. Pour cela, comme pour toutes choses, j’ai besoin de l’assistance divine car je suis si déprimée actuellement que, par mes propres forces, je ne suis bonne exactement à rien. Passé une semaine très dure, surtout ces jours derniers, et pourtant, jeudi soir, nous avons eu une joie : Yves est admissible à son examen. Si seulement il était reçu définitivement – son oral est demain matin – nous serions bien contents pour lui, et cela permettrait au pauvre petit de passer des vacances reposantes avant son travail intensif de l’année prochaine. Pour l’instant, il prépare son oral sans perdre un moment. Tous ces jours-ci il est resté enfermé dans sa chambre ; ce matin il a assisté à la première messe et s’est mis à l’ouvrage aussitôt. Je crois que ce soir il part coucher à Niort, et nous reviendra demain soir, espérons que cela sera avec un succès définitif. Pierre est arrivé vendredi ; Jacques, Anne et moi avons assisté aux prix, Pierre a eu 9 nominations, cela ne lui était jamais arrivé d’en avoir autant. Yves en a eu 8, si seulement demain il avait son succès complet. Rien de très nouveau au début de la semaine, je ne me souviens plus si je suis sortie ou non lundi. Je me rappelle maintenant que c’est lundi que je suis allée à La Roche – dentiste et courses – et la visite traditionnelle à Richelieu, la dernière de cette année scolaire. Mardi j’ai dû aller chez Maman, ce qui est toujours une épreuve, car j’en sors à la fois déprimée et énervée. Mercredi, ne suis sortie qu’assez tard, j’avais pas mal de couture et des petites réparations à faire ; Jacquie est partie pour La Roche vers 6 heures, son Papa allant la conduire à un car qui partait vers 6 heures ½ ; quand elle est partie, suis sortie moi aussi pour faire visite à Mme Bricout, ce que je remettais, faute de temps, depuis fort longtemps. Jeudi, suis allée chez Armande Brachet avec qui j’ai passé un bon moment, puis chez Maman. Tante Marguerite y était arrivée au début de l’après-midi. Vendredi matin, passé la matinée à La Roche pour les prix, l’après-midi, j’ai défait les bagages des garçons, rangé leur placard et passé à l’antimite pas mal de vêtements, cela m’a prise jusqu’au soir. Hier, déjeuné chez Maman et y suis restée un moment, passé ensuite par le cimetière et rentrée ici ou j’avais pas mal à faire. Journée très dure, beaucoup plus que je ne saurais le dire, je suis lasse physiquement et déprimée…. Deux choses me fatiguent énormément, les caprices d’Anne, à qui il faut tout de même tenir tête et les visites chez Maman, dont je reviens toujours démolie ; il y a des conversations auxquelles il m’est impossible de trouver intérêt, et j’aimerais cent fois mieux un moment de repos et de silence, mais il est des choses qu’il faut tout de même subir. Geneviève est partie vendredi après-midi. J’ai de la peine à écrire, je n’ai guère le goût à lire, et j’ai toujours une peine affreuse qui me déchire ; hier soir je n’en pouvais plus de ne plus voir mon petit Jean…. La réunion de la Ligue ne s’est pas mal passée ce matin, il y avait encore un bon groupe de femmes, mais il m’a fallu faire un grand effort.
Les Sables – dimanche 12 juillet
Bien des choses à raconter, j’aurais dû écrire plus souvent, mais ne peux y arriver ; d’abord cela me fatigue beaucoup, et ensuite, ces jours derniers, n’ai pas eu le temps. Vais reprendre la semaine par le commencement. Dimanche, journée assez reposante ; suis restée tranquillement dans le salon jusqu’au soir. Yves a décidé de rester coucher au Poiré, son Papa lui a offert de le conduire le lendemain matin. Ils sont donc partis le lundi de bonne heure, ainsi que Pierre, pas fâché de faire un tour là-bas. Suis allée à la première messe, puis me suis recouchée, profitant que j’étais seule avec Anne, pour faire une journée au lait. Me suis levée vers midi, afin d’être en bas quand Jacques téléphonerait le résultat d’Yves. Il a appelé vers 1 heure, malheureusement Yves échouait à son oral, pour peu de points sans doute. Il n’a pas eu l’air trop affecté ; cela ne lui fait qu’un oral à repasser ; espérons qu’en octobre cela ira tout seul. Ce jour-là, lettre de Jacquie, nous racontant le voyage et les péripéties d’installation, peut-être avons-nous une autre lettre nous attendant au Poiré. Me suis couchée de bonne heure comme d’habitude. Mardi, repris mon travail habituel, après-midi à La Roche. Mercredi après-midi, sommes allés à nantes avec Pierre. Yves était vers Pouzauges pour préparer un camp auquel ils partent mercredi, et Anne avait eu le matin une petite indigestion. Grand-mère paraît très bien. Madeleine voit mieux qu’avant ; dans quelques semaines elle aura ses lunettes. Jeudi, occupations habituelles, le marché le matin et pas mal de choses l’après-midi, suis allée à la Faucherie voir le troisième garçon de Thérèse Billaud, à la Bardinière voir ma filleule puis chez Marguerite au retour. Après dîner, sommes allés chez Maman, Jacqueline et Jean Granger devant venir dîner, ainsi que Milou et sa femme, Maman nous avait invités à manger un gâteau avec eux pour que nous puissions les voir un peu ; ils partaient en Bretagne le lendemain, mais ils sont arrivés après 10 heures, si bien que cela nous a fait rentrer un peu tard. Vendredi, nous devions partir ici dès 9 heures, mais Jacqueline, sa belle-sœur et Milou sont venus nous voir, je n’avais pas fini les valises, si bien que nous sommes partis à 10 heures seulement, de plus il nous a fallu passer par l’Aiguillon voir Geneviève. Marie-Annick, rencontrée par hasard la veille au soir, m’avait dit que son camp se terminait ce jour-là, et nous voulions lui dire de venir nous rejoindre aux Sables le soir. Nous l’avons trouvée en tenue de cuisinière, très contente des quelques jours passés là. Ils étaient installés près d’un étang, dans un cadre charmant, et les intendantes se sont, paraît-il, bien acquittées de leurs fonctions. Sommes arrivés aux Sables après 11 heures, je n’ai eu que le temps de faire le marché, et de préparer rapidement le déjeuner. Jacques et les enfants m’ont d’ailleurs aidée. Dans l’après-midi, Anne et moi sommes allées sur la plage, pendant que Jacques et les garçons se mettaient à la peinture des portes. Il ne faisait d’ailleurs pas très chaud malgré le soleil. Geneviève est arrivée pendant que nous dînions, toujours pleine d’entrain. Après dîner, elle est sortie avec ses frères et son Papa, mais n’a pas dû être fâchée ensuite de retrouver son lit. Hier matin, bien eu à faire, suis sortie cependant avec Anne pour la faire inscrire à Sainte-Marie du Port pour les cours de vacances. Hier après-midi sur la plage, de 5 heures à 7 heures…. Jacques et les enfants s’étaient mis à tapisser la cage d’escalier, ils se sont quand même arrêtés pour dîner, mais s’y sont remis ensuite jusqu’à minuit, le plus dur est fait maintenant, il reste encore le couloir d’entrée, et celui du premier, mais c’est à une hauteur normale et Jacques a pu enlever l’échafaudage. Ce matin, tous nous sommes levés tard, il pleuvait et les enfants avaient besoin de dormir. Ils sont allés à la messe de 9 heures et moi à la grand-messe… Suis revenue ensuite faire le déjeuner. Geneviève et moi avons ensuite fait la vaisselle… Il a plus à verses toute la matinée et jusque vers 3 heures, aussi la Fête des Fleurs, qui devait avoir lieu cet après-midi, est repoussée à demain. Sans doute ne partirons-nous pas trop tard, nous devons dîner au Poiré ; les garçons ont demain une réunion scoute à la Roche ; Jacques et Geneviève parlent de revenir ici finir le travail mercredi. Pour moi, je pense, j’espère avoir une semaine tranquille au Poiré ; ce n’est pas le travail qui me manque
Jeudi matin 16 juillet
Hier soir, anniversaire du jour où j’ai fait le plus grand sacrifice de ma vie, celui de voir mon enfant bien aimé partir pour ne plus revenir…
Les garçons sont partis hier à leur camp. Bonnes nouvelles de Jacquie. Les Granger arrivent tout à l’heure. Je crois que je commence à écrire avec un peu moins de peine, mais il me faudrait beaucoup de calme et de repos…
Dimanche 19 juillet
De bons moments et de moins bons, je ne suis guère capable d’efforts, et voudrais passer mes journées sans sortir d’ici, à coudre et à tricoter sous la véranda. Tout effort me pèse plus que je saurais dire, et le pire de tout, avec les caprices d’Anne, ses entêtements et ses jérémiades perpétuelles, ce sont les petites parlottes qu’il faut entendre, et auxquelles je ne saurais prendre un intérêt quelconque, de même que sont dures à encaisser les récriminations de certaines personnes qui ne comprennent rien à beaucoup de choses. Je veux considérer cela comme une épreuve passagère, envoyée par le Bon Dieu, j’ai beaucoup de peine à prier et à méditer, je demande à mes enfants de le faire à ma place. Beaucoup de peine aussi à écrire et pourtant, ce serait nécessaire que j’écrive un peu. J’ai été quelquefois plus fatiguée physiquement, mais moralement jamais autant.
Notre retour des Sables, dimanche soir, s’est bien passé ; le temps s’était un peu éclairci dans l’après-midi, les garçons ont pu sortir un peu. J’ai eu vite défait les valises le soir. Lundi matin, une lettre de Jacquie ; passé une partie de la matinée à lui répondre. Tout va bien pour elle, sauf le temps, qui là-bas aussi n’a rien de merveilleux. Mardi, suis allée un peu chez Mme Dorion et chez Maman, voir Tante Marguerite qui devait partir le lendemain. Mercredi, embrassé les garçons qui partaient pour leur camp. Pierre est parti vers 9 heures et Yves à 11 heures ½, après avoir rapidement déjeuné .Passé ensuite la journée seule, Jacques et Geneviève étant aux Sables ; j’ai même envoyé Anne déjeuner chez Grand-mère, et fait tranquillement pas mal de petits travaux toujours remis. Jeudi matin nous est arrivée une des jeunes filles qui était à l’Aiguillon avec Geneviève, c’est la fille d’un maçon de la Genétouze, sa mère tient la cabine téléphonique, elle est habituellement à La Roche chez une de ses sœurs qui a une boucherie, elle paraît d’ailleurs parfaitement gentille et bien élevée, et Geneviève, Dieu merci, n’est pas snob pour deux sous. Nous l’avons gardée à déjeuner, et toutes les deux ont eu un bon petit moment pour bavarder. Geneviève est partie coucher à la Roche hier soir, car toute la bande des cheftaines et intendantes était aujourd’hui invitée par l’abbé Rouzeau au camp de scouts de Saint-Louis à Mouchamps. Un car a dû les emmener et les ramènera le soir, après le feu de camp. Geneviève couchera à La Roche et reviendra demain matin à bicyclette. Suis allée dans l’après-midi chez Maman où les Granger étaient arrivés pour déjeuner, un peu tard naturellement. Jean Granger est reparti dès vendredi matin. Vendredi, passé pas mal de temps en raccommodages, ce sont ces moments-là que j’aime le mieux. Suis allée chez Armande Brachet puis chez Maman. Hier, suis sortie pour me confesser, puis fait quelques courses…
Soir – suis allée cet après-midi à la Bardinière, voir Thérèse qui fait une sorte de crise de folie, folie douce et sans doute mystique. Il y a une part d’épuisement physique, et aussi de tension trop prolongée qui a fini par briser le système nerveux, souffrances morales qu’elle n’a jamais voulu dire, souffrance de ne pouvoir prier comme elle l’aurait voulu. C’est une épreuve terrible pour sa pauvre famille. Puisse-t-elle guérir bientôt. (sa fille aînée Thérèse était à l’école avec moi, c’est elle qui s’occupait de tout, traînait les enfants à l’école, au moins 7, leur préparait leur tartine du déjeuner, rentrait pour s’occuper des bêtes, des enfants, du dîner !….)
Lundi matin 27 juillet
Pas écrit de toute la semaine, faute de temps… Cet après-midi, nous partons aux Sables pour 2 ou 3 jours, cela ne me donnera pas beaucoup de peine ; il y a très peu de choses à emporter, les garçons n’étant pas là, de plus il n’y a pas comme l’autre fois de dimanche à passer. Je voudrais donner un rapide aperçu de la semaine. Lundi, les deux filles et moi sommes allées déjeuner chez Maman, Jacques étant à La Roche pour une réunion de notaires. Suis restée là-bas une partie de l’après-midi. Françoise est venue une minute, comme nous allions nous mettre à table. Mardi, ne suis pas sortie, j’avais Armance qui avait pas mal de réparations à faire, cousu à peu près toute la journée pour l’avancer un peu. Mercredi, c’était Marthe Fournier qui était là, suis allée cependant chez Maman quelques minutes dans l’après-midi. Jeudi, rien de bien nouveau. Vendredi, Jacques et les deux filles sont allés passer l’après-midi à Nantes, suis restée ici pour essayer de me reposer – le pire est que je n’y arrive pas – certaines choses me fatiguent tellement, certaines réflexions, certaines façons de faire me sont tellement pénibles, que j’en fais ensuite un peu de dépression nerveuse et que je suis à plat pour des jours et des jours, j’aspire à être seule, ou à avoir des grands moments de silence. J’aime tellement mieux le silence que certaines conversations ; le moral est totalement à plat et le physique pas brillant. Enfin, vendredi, je suis restée allongée presque tout l’après-midi sous la véranda. Il faisait beau sans chaleur excessive…. Je ne me suis pas ennuyée une minute. Ce sont là mes meilleurs moments. Samedi, déjeuner chez Maman, en l’honneur de la Saint-Jacques, je n’y suis pas restée ensuite, parce qu’il a fallu sortir avec jacques. Il y a eu beaucoup de décès ces jours-ci par conséquent pas mal de morts auprès desquels il a fallu aller prier. Jacques a assisté à deux enterrements ce jour-là, un à Aizenay et un ici. Le soir sommes allés à la Goichonnière où est morte une petite jeune femme de 21 ans, mariée depuis 2 mois à un garçon de l’âge de Jean. Elle a été emportée, paraît-t-il par une encéphalite foudroyante. De là, sommes allés au Recredy où j’avais une petite Anne à voir chez Léon Berthomé. Hier, passé la journée avec les garçons à leur camp de Montravers. Temps un peu douteux le matin, cependant la journée s’est passée à peu près sans pluie. Le camp est installé dans un cadre ravissant… Nous avons d’abord eu la messe… après il y a eu, selon la tradition, l’inspection des installations de patrouille… déjeuné au bord de la Sèvre… Les garçons ont déjeuné avec nous, et nous avons mangé le gâteau de la Sainte-Anne. L’après-midi, me suis promenée un peu avec Jacques dans les bois, c’était infiniment reposant et agréable ; ils y a eu ensuite les promesses de deux novices, puis des joutes, enfin, le passage, par patrouilles, d’un « pont de singe » sur la Sèvre. Au retour Yves a laissé tomber à l’eau la montre d’un camarade, il a été prendre son caleçon de bain et a plongé pour la retrouver, ce n’a d’ailleurs pas été très long, il en a profité pour nager un peu. Nous avons ensuite regardé les garçons commencer les préparatifs du dîner, puis, en attendant notre repas, nous avons fait un autre tour dans les bois. Yves a pu venir dîner avec nous, mais Pierre a dû rester avec sa patrouille, il m’avait cependant préparé une tasse de cacao. Après dîner, nous sommes promenés en attendant le feu de camp, qui a été réussi, bien qu’un petit peu long. Il était onze heures et demie quand nous sommes partis. Yves est venu nous conduire jusqu’à l’auto. Pierre et lui rentrent ici jeudi (moi j’avais passé une très bonne journée, avec des nouvelles copines très sympa, Anne et Elisabeth Barbier, très bon souvenir) ….
Dimanche soir 2 août
Nous allons partir aux Sables aussitôt le dîner, les bagages sont maintenant à peu près faits, si bien que je peux m’asseoir un petit moment, ce qui ne fait pas de mal. J’ai d’ailleurs bien des choses à raconter, si je peux arriver à écrire jusqu’au bout. Lundi dernier, nous sommes donc partis aux Sables aussitôt déjeuner, par un temps plutôt douteux. Jacques avait à faire à La Roche, ce qui nous a retardés un grand moment, si bien qu’il était sûrement plus de quatre heures quand nous sommes arrivés aux Sables. Les valises débarquées, ce qui n’a pas été long, et la maison ouverte, j’ai emmené Anne à la plage, ce qui avait le grand avantage de laisser le champ libre à Jacques et à Geneviève pour leur travail. Il faisait d’ailleurs un beau soleil, mais à peine étions-nous là-bas que le temps d’est assombri, puis la pluie est venue, avons nous nous sommes mises sous une tente ; Anne s’amusait à faire des boulettes de sable ; à 6 heures ½, avons profité d’une éclaircie pour rentrer. J’ai fait le dîner et nous nous sommes couchés aussitôt, Anne et moi, pendant que les deux autres continuaient leur travail. Mardi matin, Jacques aurait été content d’aller à le pêche, mais il pleuvait et il a plu presque toute la matinée ; nous nous sommes levés un peu plus tard, puis Jacques et sa fille se sont remis au travail. Fait les courses les plus pressées, puis suis sortie parler au Supérieur de Merveilleux du Vigneaux pour les cours de Pierre, fait ensuite quelques courses et suis rentrée préparer le déjeuner. Le travail de Geneviève et de son Papa n’a été fini qu’à 5 heures, j’ai eu un bon moment pour me reposer. Les bagages ont été ensuite vite faits et nous sommes arrivés ici pour dîner. Le soleil avait reparu comme nous quittions Les Sables. Mercredi, repris mon travail et suis allée l’après-midi chez Maman et au cimetière. Jeudi, rien de nouveau. Vendredi, Thérèse a été prévenue dès le matin que sa sœur avait eu son bébé, et que l’enfant n’allait pas bien ; elle est partie aussitôt à la Laitelière ; je n’avais pas grand-chose à faire pour le déjeuner, mais je voulais faire une croûte en pâte feuilletée pour les Henri Pigeaud qui devaient dîner hier soir, de plus il y avait les préparatifs du départ de Geneviève, si bien que cela a été une journée plutôt chargée. Thérèse est revenue à midi, disant que le bébé – une petite fille – était morte, elle est repartie presqu’aussitôt pour revenir un peu le soir ; elle s’est un peu occupée du dîner, mais j’ai fait la vaisselle, aidée heureusement par Anne, et me suis couchée un peu tard. La pauvre Geneviève s’est couchée à minuit et demie, pour se lever à cinq heures. Jacques est allé la conduire à Belleville, elle a dû retrouver Marie-Claude à Montaigu, arriver à Paris un peu avant 1 heure et en repartir vers 4 heures ½. Cela paraît fantastique de penser qu’elle était ici hier matin et qu’elle est ce soir au Danemark. Je ne sais combien de temps il faudra pour avoir des nouvelles. Il y a 2 ans, c’était notre pauvre cher Jean qui s’éloignait de la France… Hier journée très remplie. Thérèse est venue un peu le matin, mais restée assez peu. Tout le travail de la maison à faire : cinq lits, y compris celui de Geneviève, et encore je n’ai pas fait de ménage. Il a fallu déjeuner assez vite. Anne portait le cierge à l’enterrement de la petite nièce de Thérèse, et il ne fallait pas qu’elle soit en retard. Jacques est arrivé assez tard de la foire de Belleville, si bien que cela a simplifié un peu les choses. Quand je suis rentrée, il était 3 heures, les garçons avaient tout de même débarrassé la table, mais il y avait la vaisselle à faire, des petits gâteaux, les glaces à préparer, la maison à ranger, et toute la cuisine du dîner, pas très compliquée heureusement. Thérèse est venue un peu après 6 heures, amis le couvert et fini de faire la cuisine. Le dîner était prêt à l’heure ; j’étais atrocement fatiguée, mais contente d’y être arrivée quand même. Au dîner, les filles manquaient bien, mais les garçons et Anne ont fait le service, et tout s’est bien passé, je n’ai eu à me déranger que pour les glaces à démouler. Passé ensuite un agréable moment à causer. Ce matin, déjeuner chez Maman, si bien que jusqu’à l’heure de la grand-messe, j’ai pu rester ici en robe de chambre, à faire le début des préparatifs de départ. Maintenant, cela se tire ; nous dînerons de bonne heure et partirons aussitôt. Yves reste ici, Thérèse vient avec nous, mais rentre mardi matin avec Jacques ; elle aura bien du travail toute la semaine, et moi, pas tellement à faire, avec seulement Pierre et Anne, s’ils veulent s’entendre. Heureusement, ils auront leurs cours tous deux et cela les occupera un peu. Temps assez désagréable, souhaitons que cela s’arrange un peu.
Dimanche 9 août
Matinée où je peux me reposer un peu, je ne me lèverai seulement quelques minutes avant 9 heures, ce qui me permettra de rester les jambes allongées et me fera du bien, tout en étant prête pour la grand-messe. Jacques se prépare pour la messe de 8 heures à laquelle il doit conduire Maman. Les enfants iront à la messe de 9 heures. Il fait un temps splendide, comme toute la semaine d’ailleurs, si cela pouvait durer. Sommes arrivés ici dimanche soir vers 9 heures, Pierre nous avait précédés, parti en bicyclette à 7 heures, il était ici à 8 heures ½, avait dîné avec des provisions apportées, et ouvert la maison. Les bagages ont été vite défaits, et suis en place. Lundi matin, un temps radieux, cela changeait de la semaine précédente ! Il a fallu se mettre au travail, Thérèse a nettoyé la maison, je suis sortie faire les provisions, les commandes d’épicerie, et me suis occupée du déjeuner. L’après-midi, suis allée à la plage avec Anne, nous y avons été rejointes par Françoise. Après dîner, sommes allés sur la jetée avec Jacques. Le lendemain, Jacques et Thérèse sont partis, je suis donc restée avec les deux enfants, mais la maison était propre et en ordre et je n’avais pas tellement à faire. M’en suis tirée convenablement, leur ai fait de bons repas, tenu la cuisine, la salle à manger et les chambres en ordre. Tout aurait bien marché s’il n’y avait pas les caprices incessants d’Anne, Pierre veut la réprimander, crie plus fort qu’elle, et c’est assez fatigant, il y a eu des jours où la chipie a été parfaitement désagréable. J’ai eu aussi affreusement mal aux jambes, au genou gauche surtout, mais enfin aux deux jambes, cela a été très pénible, il y a certains jours où je redoutais d’aller à la plage, tant il était douloureux de se traîner jusque-là ; j’aurais préféré rester tranquillement ici, mais, à cause d’Anne, ce n’était pas possible. Cette semaine, Thérèse sera là, mais, avec Maman et Jacqueline, la maison ne sera pas très reposante, d’autant plus que, jusqu’au 15 août, le boulevard sera particulièrement bruyant, aussi je tâcherai d’être à la plage le plus possible. Mardi, Anne a commencé ses cours à Sainte Marie du Port, fait des courses, puis suis allée sur la plage en fin de matinée, pour qu’elle prenne son bain. Mercredi, par contre, suis allée m’y installer plus tôt, et elle est venue m’y rejoindre. Seulement, certains jours, il fallait rentrer tôt pour faire le déjeuner, et il y avait des tiraillements. Nous avons toujours passé nos après-midi sur la plage. Pierre amenait souvent le canoë – lui prend des cours à l’Amiral quatre fois par semaine et prend aussi par semaine trois leçons d’Allemand. Tout est bien maintenant à peu près organisé. Yves ne restera que jusqu’à mardi matin avec son Papa, et il préfère rentrer travailler. Reçu mercredi soir une carte des filles, du Danemark, elles avaient fait jusque-là bon voyage. Rien depuis, et pour cause, les PTT sont en grève et la SNCF aussi ; c’est charmant, surtout en période de vacances.
Samedi matin, jour de l’Assomption
Je viens de parler avec Jacques de notre Jean chéri, lui non plus ne peut s’habituer à la pensée de ne plus le revoir ici-bas, et comme moi, il le revoit sur la plage qu’il aimait tant….Il y a deux ans, il avait eu la messe de l’Assomption à Singapour, et en avait été heureux. Nous le suivions par la pensée. Cette année, ce sont nos filles qui sont loin et nous ne pouvons même pas les suivre, à cause des grèves qui persistent. Depuis dix jours, pas de courriers, pas de trains. J’espère qu’elles pourront tout de même nous arriver, peut-être avec un peu de retard. On a annoncé qu’il y aurait demain matin un tain Paris-Copenhague. Espérons qu’il y aura aussi un train Copenhague-Paris, et qu’une fois à Paris, elles pourront nous arriver par car peut-être avec quelques péripéties. J’ai hâte seulement de les voir arriver. Quant à Jean Granger, il est tout de même arrivé mercredi soir, Jacqueline commençait à être ennuyée, pas de nouvelles depuis huit jours, et personne ! mercredi, à l’heure du déjeuner, elle a essayé de téléphoner, elle est arrivée, après une longue attente, à avoir la communication, mais personne à Montereau, son mari étant déjà en route. Il arrivé le soir, vers 10 heures ½. J’ai toujours pu téléphoner facilement au Poiré, mais il n’en est pas de même partout, et beaucoup sont bien en peine. Dimanche dernier, suis allée à la grand-messe, puis écrit un peu des lettres, qui ne seront d’ailleurs pas parties. L’après-midi, Jacques m’a amenée à La Chaume, où nous sommes restés un grand moment, sur les rochers ; la mer était splendide et il faisait très bon. Nous avons pu causer longuement et cela a été un moment de grande intimité, vraiment délicieux. Lundi, matinée de pêche, Jacques et Yves étaient contents d’en profiter. Pierre y est venu également, ainsi qu’Anne et Tante Canette. Passé ma matinée à regarder la mer, à lire, à tricoter, à prier, ce sont des moments que j’aime entre tous. Jacques et Yves sont partis après dîner, et je crois qu’Yves a passé à travailler une semaine bien calme. Pour moi, quelques moments très pénibles, comme chaque année ; il y a trop de fatigue accumulée, de soucis, et puis des froissements, des choses déplaisantes, manque de tact et de discrétion, de la part de certaines personnes, manque de patience de ma part ; j’évite les discussions autant que je le peux, mais c’est une fatigue immense, d’autant plus qu’Anne n’est pas très reposante et qu’il vaudrait mieux, cependant, ne pas lui faire d’observations perpétuelles qui souvent tombent à faux et ne donnent aucun résultat. J’ai repris mes massages ; j’ai peut-être un peu moins mal aux jambes depuis, mais je dois me presser pour y arriver car j’e n’ai pu avoir d’autre heure que 9 heures, et cela fait un peu juste pour revenir de la messe, après avoir fait quelques courses et déjeuné. Temps splendide toute la semaine, un peu chaud certains jours, mardi surtout, c’était accablant. Sommes allés le soir à un récital d’orgue, vraiment très beau, mais au bout de deux heures et demie, les bancs de l’église étaient vraiment durs. Mercredi, il faisait un peu meilleur, suis allée voir Mlle Chalard qui vieillit bien ; comment, pour elle, se passera le grand départ ? Cela m’inquiète toujours. A part cela, quelques bonnes heures sur la plage, la matinée de jeudi, particulièrement, a été très agréable. Je sors peu le soir, quelquefois avec les enfants, ou sur la jetée avec Jacques quand il est là, mais j’aime bien me coucher de bonne heure et me reposer, d’autant plus que je dors assez mal. Que Dieu m’aide, j’en ai grand besoin et que mes enfants chéris m’assistent toujours.
Dimanche matin 16 août
Je commence parfois à avoir besoin d’écrire ; peut-être est-ce le signe de ce que je recouvre, peu à peu, mon équilibre perdu depuis ces jours terribles de janvier où nous avons dû déposer au cimetière le corps de notre enfant bien aimé, équilibre dont j’aurais tant besoin pour Jacques, pour les enfants, pour toute la tâche que j’ai à remplir ici-bas. Peut-être y aura-t-il encore des moments bien durs, mais sans doute les choses s’arrangeront peu à peu, et c’est nécessaire. Je suis un peu moins lasse, je souffre un peu moins des jambes ; c’est d’ailleurs Thérèse qui fait le travail, et j’ai surtout à prévoir, si bien que cela me donne tout de même quelques heures de repos. Hier, passé une journée à peu près calme, suis allée à la grand-messe, qui était splendide… Prié beaucoup pour que nous ayons un jour notre Assomption, et que nous puissions nous retrouver au Ciel… Au déjeuner ensuite, selon toutes traditions, nous avions le homard et la glace. Les filles manquaient, mais d’ici quelques jours sans doute elles nous reviendront, tandis que notre Jean chéri ne reviendra plus s’asseoir parmi nous….Avons fini de déjeuner assez tôt pour aller aux Vêpres ; il y a eu la procession traditionnelle, avec un incident causé par deux jeunes idiots, en moto, qui ont voulu couper le cortège ; la réaction a été immédiate, et tout s’est bien terminé. Suis allée ensuite à la clinique, voir Mme Michaud, du Boupère, qui y rédie pour accompagner une malade ; elle avait rencontré Jacques à la messe de 8 heures, et lui avait exprimé le désir de me voir ; nous avons passé quelques bons moments à causer. Suis sortie ici ensuite, le temps s’était brouillé et il pleuvait un peu, suis restée lire ici jusqu’au dîner. Fait ensuite une promenade sur la jetée avec Jacques et Anne, les lumières du Remblai se reflétaient dans l’eau.
Mercredi soir 19 août^
Deux ans que Jean débarquait à Haïphong, plein de vie et d’espoir, désireux de voir toutes choses… Nous n’aurions plus que trois ou même quatre mois à l’attendre, et au lieu de cela, c’est toute la vie qu’il faudra attendre avant de la revoir…Suis un peu lasse ce soir, et montée de bonne heure. Anne est sortie avec Jacquie, Pierre et Jean-Pierre Bastard. Nous avons récupéré, avant-hier soir, nos deux filles, retour de Norvège ; les Granger sont partis ce matin, emmenant Geneviève jusqu’au Poiré. Jacques était parti mardi matin avec Yves. Jean-Pierre est ici depuis vendredi soir ; peut-être Christian va-t-il venir. Suis moins lasse et commence à me trouver un peu mieux. Il fait toujours un temps splendide.
Samedi 22 août
Journée au lait et au repos, je ne suis pas mal, mais je regrette le calme qu’en pareille occasion je peux avoir au Poiré ; ici, c’est plutôt bruyant, des autos sans arrêt, des passants, jusqu’à un pick-up qui défile des rengaines ; cela manque de charme, cependant, si je n’avais pas profité de cette journée où la chose était possible, je n’aurais pas pu faire ma journée de cure avant octobre. Il fait beau, le temps a l’air remis ; depuis jeudi soir cela s’était gâché ; nous avons eu surtout dans la nuit de jeudi à vendredi, du vent et des averses. Demain, il y aura, comme l’année dernière, un grand meeting aérien, avec avions à réaction, parachutiste, ce sera assez curieux à voir. Aujourd’hui, comme en de semblables journées, ai lu et tricoté, peut-être pas assez prié… Jacques, Geneviève et Yves arrivent ce soir ; nous les avons déjà vus hier, puisque nous avons tous déjeuné à Palluau chez les Pierre Bouliau, Claude, Nicole et les enfants s’embarquent lundi soir pour Abidjan ; leur congé a été vite passé ; Nicole a tout de même meilleure mine, mais on ne peut pas dire qu’elle soit brillante quand même ; les deux petits sont très beaux. Tante Emma était mieux que jamais, les enfants ne la connaissaient pas.
Dimanche matin 23
C’est l’heure à laquelle j’écris volontiers le dimanche matin. Jacques s’habille, Anne aussi pour la messe de 8 heures ; les autres enfants n’iront qu’à 9 heures ; les garçons assistaient hier soir, à la salle Saint Michel, à une représentation des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, et les filles étaient au cinéma. Jacques est arrivé un peu avant 7 heures, amenant, en plus des enfants, Christian Bastard ; cela nous a fait ici quatre garçons et trois filles, ce que nous aurions dû être, si deux des garçons, le grand aîné et le tout petit ne nous avaient pas quittés si tôt, laissant leurs places cruellement vides. Il a fait beau cette nuit, maintenant le ciel est couvert et il ne fait pas chaud ; j’espère que ce n’est pas l’automne qui s’annonce, encore plus tôt que l’année dernière ; il y aura peut-être un temps convenable pour le meeting. En tous cas je verrai cela cet après-midi, mais je ne veux pas abandonner la grand-messe à laquelle je tiens toujours beaucoup. Semaine peut-être un peu moins fatigante ; cependant nous sommes aujourd’hui plus nombreux que jamais, mais ce ne sont que des jeunes, et il y a pour moi moins de préoccupations, et aussi moins de choses pénibles ; je crois que le plus dur est peut-être passé, d’ailleurs nous n’avons guère plus d’une semaine à rester ici ; cette saison aura été très courte, je n’ai peut-être pas profité de la mer autant que je l’aurais voulu ; on se laisse un peu trop absorber par les pensées, les conversations ou le travail, et le cœur ne s’élève pas assez vers Dieu pour admirer son œuvre et chanter ses louanges. Les filles dont donc arrivées lundi soir, sans avoir eu trop de péripéties ; leur train s’arrêtait à la frontière belge, mais un car les attenait et les a menées jusqu’à Paris. Le soir, elles ont pu s’informer, et ont su qu’il y aurait un car pour Nantes le lendemain matin, elles ont couché chez Tante Marguerite, et sont parties le lendemain, vers 7 heures. A Nantes, il n’y avait plus qu’à prendre un Citroën qui les amènerait ici vers 9 heures. Peu à peu elles nous racontent bien des choses, elles ont pris de très jolies photos, et rapporté bien de petits souvenirs qui nous mettent un peu dans le climat norvégien. Mardi, nous avons surtout beaucoup causé. Mercredi, les Granger sont partis dès le début de la matinée, nous avons installé Jean-Pierre dans leur chambre ; les enfants sont un peu plus au large. Jeudi, nous avons eu les Plessy et Hélène à déjeuner ; cela a été très simple et j’ai pu quand même aller sur la plage le matin, j’y suis retournée l’après-midi, mais le temps s’est gâté et il a fallu rentrer de bonne heure. Vendredi suis allée, ainsi que Jacquie, à la réunion d’Action Catholique, cela été plutôt moins intéressant que la précédente…. Les grèves se terminent paraît-il, on dit que les trains recommencent à circuler ; en tous cas ce sera un gros déficit pour la S.N.C.F. ; beaucoup de transports moins coûteux s’étaient organisés par car, et demeureront peut-être. Les P.T.T. ont repris leurs services, mais il devait y avoir une terrible accumulation de courrier ; depuis quinze jours nous n’avons rien reçu, et toutes les cartes que les enfants nous ont envoyées de Norvège sont encore à venir. Dimanche dernier, tout eu début de l’après-midi, avons eu la surprise d’une courte visite du fils et de la belle-fille de Daniel Bouliau : Pierre et Marie-Agnès Bouliau ; Jean avait été heureux, il y a quelques années, d’aller à leur mariage à Roubaix et de connaître ainsi toute une branche de la famille. Tous deux sont gentils, et la jeune femme, affectueuse et sympathique. Elle est souffrante, m’a-t-elle dit, depuis la naissance de son bébé, et craint de ne pas pouvoir avoir d’autre enfant. Elle m’a demandé de prier pour elle Jean qui est au Ciel, afin qu’il intercède près de Dieu….
Dimanche matin 30 août
Nous quittons Les Sables demain, ce mois d’août, que nous n’avons même pas eu au complet, aura été vite passé. De nouveau, cette semaine il a fait un temps délicieux et c’est presque du regret de quitter la plage, quand elle est si agréable et la mer si belle. Enfin, si le beau temps persiste, ce serait infiniment mieux pour notre séjour à Montereau et les quelques promenades que nous comptons i faire, que le triste temps de l’année dernière. Jacques est arrivé hier soir, avec Yves seulement, Geneviève est restée à La Roche pour une petite réunion avec les jeunes filles de son camps de juillet ; elle doit nous rejoindre aujourd’hui et nous partirons tous demain après-midi. Cette semaine, nous n’avons pas été nombreux ici, et c’était assez reposant. Maman est partie mardi matin, ainsi que Jean-Pierre, par contre nous avons gardé Christian jusqu’à hier. Lundi, rien de très neuf autant que je m’en souvienne. Jacques est allé à la pêche le matin avec les enfants ; l’après-midi sommes allés à la plage, la mer était très haute et bien belle. Mardi après-midi, la plage n’existait presque plus, suis allée voir les Renou, ai vu Berthe et Simone. Suis allée ensuite voir Mlle Chalard, elle était au lit, venant de faire une grosse crise hépatique, et l’état n’était pas brillant, on la sent très tourmentée à l’idée de la mort qui approche – à 81 ans - à la pensée de l’au-delà, seulement elle ne veut pas de prêtre pour l’aider, certains prêtres, dit-elle, lui ont fait trop de mal, et c’est tristement vrai, elle se dit qu’au moment suprême, Dieu suffira pour l’aider… en rentrant, suis passée à La Miséricorde, où je l’ai recommandée aux prières des sœurs. Je vois que je viens de faire erreur, cela se passait mercredi et non mardi. Ce jour-là suis allée à la plage, le soir au cinéma avec les enfants, nous étions assez mal placés mais le film était très bon, un film américain sur la vie du cirque. Jeudi après-midi, suis allée à la bibliothèque, fait quelques courses, puis suis rentrée en vitesse pour recevoir la famille Gallet qui venait goûter. Jacquie avait tout préparé en mon absence ; il s’agissait d’ailleurs d’un goûter très simple, je n’ai ici ni l’outillage, ni le temps nécessaire pour faire des choses compliquées ; il y avait des biscottes au fromage, des croissants à la confiture. Toutes trois désiraient voir les photos prises par les enfants en Norvège, ainsi que les petits souvenirs rapportés de là-bas. Ne suis pas sortie ensuite ; il était assez tard. Vendredi, journée passée toute à la plage, avec un temps délicieux, j’ai pleinement joui de la mer, qui était si belle. Pour aller à mon massage et en revenir le matin, j’étais passée tout au bord de l’eau. Quand la chose m’était possible, cette année, à l’aller et au retour, je passais par la plage qui à cette heure-là est déserte, et ces moments de marche rapide et libre sont parmi les meilleurs que j’aie eu. Il m’arrivait de prier en marchant, de faire un bout de méditation, ou bien de chanter à mi-voix des invocations ou des fragments de cantiques. Hier matin, je n’avais pas de massage ; suis venue m’installer sur la plage avant 10 heures, avec Anne, et la matinée a été bien courte, tant il faisait beau et tant la mer était belle. Pierre est allé conduire Christian au car, puis il est venu faire du canoë. Les autres matins, tous deux allaient à la pêche dans le port, et nous ont rapporté de nombreuses crevettes, un kilo certains matins. Nous nous sommes nourris de crevettes, seulement le beurre filait vite et il en fallait presque une livre par jour – en fait d’économies - . Hier après-midi, une visite de Mme Plessy, suis allée ensuite au collège du Vignaux voir le Supérieur et régler les cours de Pierre ; il paraît que Pierre a tout de même un peu travaillé, mais il n’a pas l’air de se douter est dans moins d’un an. Le Supérieur dit que les moyens sont loin de lui manquer. Fini l’après-midi à la plage où il faisait bien beau. Vendredi, sommes allées, Jacquie et moi, à la réunion d’Action Catholique ; celle-ci a été bien, infiniment plus vivante et enrichissante que la précédente….Fait le retour avec Mme Avril et une femme de douanier, mère de 10 enfants, qui a fui les Ardennes au moment de l’invasion allemande, sous les bombardements. Jacquie déjeune aujourd’hui chez les Plessy. Jacqueline Plessy va être fiancée au début de septembre.
Montereau, dimanche matin 5 septembre
Jacques et les enfants se préparent pour la messe de 8 heures ½ ; pour moi, j’irai à la grand-messe, comme d’habitude ; ici j’ai bien le temps et cela me permet de rester au lit, les jambes allongées, ce dont j’ai grand besoin actuellement, moins peut-être cependant qu’il y a un mois. Il fait beau, par la fenêtres je vois le soleil sur les peupliers dans la campagne, et c’est infiniment reposant. Nous sommes arrivés ici vendredi après un bon voyage. Départ à 6 heures ½, par un temps superbe et trajet effectué dans de bonnes conditions ; nous sommes arrêtés deux fois, une fois avant Tours, puis du côté de Pithiviers, et nous étions ici à 1 heure ¼. Maman n’était pas fatiguée, sinon de rester immobile trop longtemps, et Anne, ayant pris de la Nautamine, avait dormi une partie du temps. Avons déjeuné, organisé les chambres et l’après-midi s’est passée rapidement. Hier matin suis descendue déjeuner avec toute la famille, puis remontée me coucher, et passé au lit la plus grande partie de la matinée, cela me permet d’avoir un repos physique et moral, que je je pourrais pas avoir autrement, et dont j’ai grand besoin…. Dans l’après-midi, nous avions projeté d’aller visiter Vaux Le Vicomte, mais une lettre de Jérôme est venue annoncer sa visite pour ce jour-là. Nous sommes donc installés, en l’attendant, dans le jardin où il faisait très bon. Après son départ, fait une promenade au bord de la Seine ; il faisait bon, et c’était une joie, au retour, de voir la flamme du couchant se refléter dans l’eau…Séjour aux Sables bien terminé, Geneviève nous est arrivée vers 1 heure, alors que nous commencions à déjeuner. Passé un peu de temps à bavarder dans le salon, puis les enfants sont partis à la plage avec le canoë, et Jacques m’a conduite voir Mlle Chalard, qui allait un peu mieux. Suis allée à la plage finir l’après-midi. Après dîner, sommes allés au cirque Pinder. Je voulais que les enfants, Anne tout particulièrement, aient la joie de voir une bonne représentation et en gardent le même souvenir émerveillé qu’autrefois j’en ai gardé. C’était d’ailleurs très bien ; il y avait de bons numéros, et surtout, toute la seconde partie, la féérie sur glace, qui changeait totalement tout ce qu’on a pu voir. Malheureusement, Pierre qui n’était déjà pas très bien au moment du dîner, a été malade, son Papa q quitté le cirque, au moment de l’entracte, pour le ramener à la maison, et le plus comique de l’histoire – qui ne l’était pas tellement – c’est que Jacques, ayant oublié les clés, Pierre a été obligé, pour rentrer se coucher, d’escalader le balcon de ma chambre ; quand nous sommes rentrés, il souffrait encore beaucoup ; enfin tout cela s’est arrangé peu à peu, avec quelques précautions. Lundi, passé à la plage une partie de la matinée, il faisait beau, un peu chaud. Après déjeuner, me suis mise aux valises, ce qui a été encore vite fait. Yves est parti un peu avant nous, sur la bicyclette de Pierre, et nous l’avons dépassé un peu après La Mothe. Etions au Poiré assez tôt pour que Thérèse puisse faire le dîner, et que je puisse défaire les valises avant de me mettre à table. Mardi a été une journée assez chargée ; j’avais Armance pour le raccommodage, Eugénie pour la lessive, il fallait chercher le linge, les choses à raccommoder et faire le déjeuner sur le butagaz, la cuisinière Aga n’étant pas encore rallumée. Enfin le soir la remise en train de la maison était faite et il y avait de l’eau chaude aux robinets. Mercredi, passé la journée à Nantes pour souhaiter la fête de grand-mère, puisque la grève des PTT n’avait pas permis de le faire au moment du 15 août. Passé la journée avec Mère et Madeleine ; les filles se sont chargées des courses sans moi, elles aimaient sans doute mieux cela, et moi aussi. Madeleine a eu, ce jour-là, ses lunettes, maintenant elle dit y voir trop bien. Jeudi, journée encore très chargée, le marché, la cuisine, un peu de pâtisserie, une visite le matin de Mme Jacob’sen, venue à l’étude, et de ses filles. Bien des choses dans l’après-midi : rangement du linge de lessive, les valises à faire ; je n’ai pas eu le temps d’aller au cimetière, comme je l’aurais voulu, et pourtant je pense sans cesse à mes enfants chéri, à mon grand garçon qui repose là-bas, et que nous serions si heureux d’avoir avec nous ici…Je regrette bien d’avoir dû laisser au Poiré deux des enfants, surtout Yves qui n’est pas encore venu ici. Son examen est, paraît-il, aux environs du 26, puisse-t-il être reçu !
Mardi 8 septembre
Hier, une journée très chargée, très remplie et très intéressante. J’aime mieux la raconter tout de suite, parce que, une fois rentrée, je n’aurai sans doute guère de temps à moi. Sommes partis un peu après 10 heures, c’était un peu tard, mieux aurait valu partir dès huit heures et demie. Temps splendide, sommes passés par Nogent-sur-Seine et Sézanne, paysage ondulé, avec des plaines largement découvertes et ceintes de bois. Peu de fermes isolées, mais des agglomérations de fermes avec de jolies églises anciennes ; Fait quelques achats à Sézanne et visité l’église. Avons fait un détour par Mondement, où de dresse le monument commémoratif de la bataille de la Marne, une immense borne, un immense menhir de grès rouge qui porte le fameux ordre du jour de Joffre « tenir ou de faire tuer », ainsi que les effigies et noms des généraux ayant commandé en chef à cet endroit, au-dessus, une immense victoire aux ailes éployées. Tout près, le château de Mondement, une petite église avec, dans le minuscule cimetière, quelques tombes de soldats. Moment d’émotion intense devant cet immense horizon où s’est décidé, il y a trente-neuf ans ces jours-ci, le sort de la France ; Songé à cet autre lieu de combat, que je ne verrai sans doute jamais, cette terre d’Asie où mon enfant chéri a versé son sang pour la France et la chrétienté. Avec Jacques nous avons pu gagner l’église où il m’a été possible de pleurer devant la Sainte Vierge, qui comprend si bien. Avons déjeuné entre Sézanne et Epernay, nous n’étions pas mal, il faisait bon, et les enfants, aisi que leur tante, étaient bien gais. A Epernay, avons visité les caves Mercier ; pour cela avons attendu trois bons quarts d’heure, mais nous n’avons pas perdu, car la visite en valait la peine. Il y a 18 ou 20 kilomètres de caves, on ne voit pas tout, mais on en parcourt une bonne partie avec un petit train électrique. On voit les différentes phases de la fabrication et c’est très intéressant ; C’est un véritable monde, et il y a là-dedans quelques millions de bouteilles. Sommes partis pour Reims ensuite, mais nous n’y étions qu’à 5 heures. Traversé les vignobles, puis la montagne de Reims, toute boisée. Visité tout d’abord la cathédrale, seulement il aurait fallu avoir beaucoup plus de temps. Les sculptures de la façade étaient en partie cachées par des échafaudages, si bien que j’ai vu assez mal la Vierge de la Visitation, qui est pourtant si belle. A l’intérieur étaient exposées des tapisseries ; là aussi il aurait fallu du temps pour tout voir en détail, car elles étaient splendides, et à contempler tous ces personnages à la fois réalistes et naïfs, c’est toute une époque qui revivait. Les rosaces de la façade principale, bien éclairées, étaiet un flamboiement merveilleux de couleurs. Avons pris, devant la cathédrale, une coupe de champagne, puis avons visité la basilique Saint Rémi, très belle, une partie est malheureusement en cours de réfection. Il était 7 heures et nous avions à regagner Montereau. Nous avons vu, du haut de la montagne de Reims, le soleil se coucher derrière les collines, mais il a fallu faire un long trajet de nuit. Dimanche matin, assisté à la grand-messe ; l’après-midi, sommes allés à Vaux Le Vicomte ; le château, que l’on ne visite pas, est très beau, et les jardins, une splendeur. Nous sommes longuement promenés, puis assis à un endroit où la vue était très belle. Retour par les bords de la Seine, ravissants à l’heure du soleil couchant.
Vendredi matin 11 septembre
Je ne sais si j’aurai assez de temps ce matin car il sera bientôt l’heure du déjeuner, cependant je sais que j’aurai pas pas mal de travail une fois rentrée, et je voudrais tout au moins commencer à raconter tout ce que nous avons vu ces derniers jours de promenade et d’escusions si intéressantes, si enrichissantes, et en même temps libérées de soucis et de préoccupations – du moins immédiates – c’est bon d’avoir parfois quelques moments s’insouciance. Mardi après-midi, une randonnée bien moins longue que al veille, sommes allés à Montargis, voir Radegonde Gréaud, qui faisait un stage dans une petite maison dépendant des Sœurs missionnaires des campagnes, ordre tout récent, dont la Maison Mère est à Lumigny, non loin de Melun, et dont elle va prendre l’habit dans le courant d’octobre. Pays assez plat et sans beaucoup de pittoresque, des bois, des fermes, dont certaines paraissent pauvres. Population sympathique, nous a-t-elle dit, mais beaucoup de travail à faire. Avons trouvé la future religieuse dans la petite maison, bien simple et bien pauvre, ancien presbytère à deux pas de l’église ; causé avec elle un bon moment. Gagné ensuite la Loire, le château de Sully, qui a grande allure, malgré les dégâts causés par la guerre. Sommes allés à Saint Benoît sur Loire, magnifique église bénédictine, la plus belle vue jusqu’à ce jour… Continué la tournée par Germigny des Prés, où il y a une délicieuse église et un curé non moins remarquable, certaines parties de l’église sont carolingiennes et il y a une mosaïque splendide qui a été chipé, dit-il, « aux Normands, aux curés et aux Beaux-Arts ! ». Quelques autres très belles choses, dont une Pieta et une Sainte Anne que j’ai aimée. Mercredi, matinée de prière et de tranquillité – j’en ai besoin - ; après-midi à Provins, route agréable et ville intéressante. Certains canaux de la ville basse rappellent Annecy. Ville haute très intéressante avec le donjon, de vieilles maisons, l’église Sant Quiriace remplie de souvenirs historiques. Deux églises intéressantes en ville basse. Sommes rentrés de bonne heure, cela reposait Jacques qui a toujours la peine de conduire. Hier par contre, journée très remplie et très intéressante. Départ vers 9 heures et demie. Ciel gris, un peu menaçant, cependant il n’a pas plu et il n’a pas fait trop froid. Sommes passés à Sens, que nous connaissions déjà, puis à Auxerre, où il paraît y avoir de belles églises. Etions vers midi à Vézelay. Site incomparable, une vue magnifique, de tous côtés, sur les collines du Morvan. Basilique splendide dans une pierre rose pâle aux tons infiniment doux. Sculptures splendides ; crypte très recueillie avec les reliques de Sainte madeleine, et tous les souvenirs se rattachant à cet endroit qui est un des « hauts-lieux » de la France. Tout autour, de vieilles maisons, beaucoup de charme. Quelques boutiques, sans excès. Avons déjeuné sur la terrasse, face au splendide paysage pour lequel nous avons tout de même eu quelques rayons de soleil. Visité ensuite Saint-Père sous Vézelay ; belle église de même pierre rose. Traversé Avallon. Visité Quarré les Tombes, sarcophages curieux. Sommes allés à la Pierre qui Vire, encore une abbaye bénédictine, église infiniment moins belle que les deux précédentes, mais un recueillement, un sentiment de la présence de Dieu que je n’avais jamais trouvé ailleurs. Un site recueilli, caché, enfoui dans les bois. D’immenses bâtiments sont en constructions, maisons de retraites pour les exercices de 5 jours, et ce chantier, tout de pierre rose, donne aussi le sentiment d’une vie intense. Rencontré un religieux nantais : Dom Donatien, c’est assez naturel, nous avons conversé, étant presque compatriotes ; il connaissait d’ailleurs une bonne partie de la Vendée et certains vendéens. Je garde un souvenir profond de ce monastère de la Pierre qui Vire, de son site dans les bois, du recueillement de sa chapelle et aussi du Père bénédictin qui nous a promis de prier pour Jean (moi je me souviens de l’atelier de reliure et de deux gamins qui couraient, dont un Père, en soupirant, nous a dit que c’étaient les jumeaux du Comte de Paris, placés en résidence). De là, par un lacis de petites routes, sommes allés à Montréal, qui fut jadis la résidence de la reine Brunehaut, vieille ville, qui fut jadis importante, et conserve une église intéressante, des restes de fortifications et des vieilles maisons. Ces petites routes sont infiniment plus pittoresques que les grandes, bordées de réclames de Dulsol ou de Martini, à moins que ce soit l’adresse d’un restaurant des environs, mais, à chaque détour, on découvre quelque chose d’intéressant, une église, un village, une ferme fortifiée, ou quelque belle vieille maison au jardin fleuri. A chaque instant aussi, l’horizon change, et nous avons ainsi mieux connu le Morvan avec ses coteaux boisés et ses vallées. Etions ici vers 9 heures ½. Demain, ce sera le départ.
Dimanche matin 13 septembre
Voyage terminé et bien terminé, bien que nous ayons frôlé, de peu, l’accident, juste en arrivant, en rejoignant la route de Belleville au Moulin-Guérin, enfin, il y a eu seulement une petite émotion. Avons trouvé Geneviève et Yves qui nous attendaient pour dîner. La « bonne tante » et sa famille nous arrivent demain soir. Après dîner, défait les valises et me suis couchée le plus tôt possible. Ce matin, il y avait beaucoup à faire. Rangé tout le linge de la lessive, il y a encore pas mal d’autres petits rangements à faire, mais tout se tassera peu à peu. Donné un coup d’œil rapide aux fruits, de ce côté-là il y aura encore beaucoup à faire, trier, ranger, utiliser ce qui peut l’être, faire des conserves. Tout cela commencera demain. Aujourd’hui j’ai beaucoup à écrire, pas mal de lettres trouvées en arrivant, demandant une réponse, et il vaudrait mieux ne pas tarder, parce que à partir de demain je serais prise par l’engrenage du travail qui presse, et ce ne sera plus très facile. Enfin, je me suis bien reposée à Montereau, et ne me sens pas trop fatiguée ces jours-ci ; les matinées de solitude et de repos que nous avons pu faire, la contemplation de tant de belles choses est une détente nécessaire de temps à autres. Vendredi, nous n’avons pas fait grand-chose, cela faisait du bien que de rester un peu sans sortir. Dans l’après-midi, sommes allées un peu au bord de l’Yonne, jusqu’à Cannes-Ecluse, où nous avons eu la chance de nous trouver pour le passage d’une péniche, cela a intéressé tout le monde que de voir manœuvrer l’écluse. Jacquie a fait ensuite les provisions pour le voyage. Hier matin, sommes partis un peu après 10 heures, on traîne toujours un peu plus qu’il ne faudrait au départ. Temps très couvert et vent assez froid, cependant, en arrivant à Pithiviers, un peu de bleu se montrait dans le ciel ; à Orléans il faisait déjà bien meilleur, et un peu avant Blois, avons pu nous installer pour pique-niquer sur le bord de la Loire, qui était bien jolie, toute bleue sous le ciel nettoyé, entre les bancs de sable blond. Sommes allés visiter le château de Cheverny, un peu austère d’extérieur, intérieur intéressant, quelques belles pièces, une magnifique collection d’armures et d’armes de toutes sortes, de très beaux meubles, surtout un ensemble de fauteuils aux coloris splendides et merveilleusement conservés après plusieurs siècles. Sommes allés ensuite assez doucement le long de la Loire ; nous n’étions pas tellement pressés et Jacques était content de contempler le paysage. Avons été contents aussi de nous retrouver « chez nous ». Yves passe son oral mercredi matin à Poitiers, puisse-t-il être reçu ; c’est pour moi une angoisse, car tant de choses en dépendent.
Thouars, dimanche matin 20 septembre
Pas eu le temps d’écrire cette semaine, et cependant beaucoup de choses à raconter. Il vaut mieux reprendre par le commencement, ce sera plus simple. Dimanche après-midi, sommes allés à la Bouchère comme promis, et y sommes restés assez longtemps, un peu de temps ensuite pour écrire quelques lettres. Lundi, beaucoup de travail, rangement du linge, du fruitier, des fruits à peler, de la pâtisserie à faire. Caty, Mladen et Danitza nous sont arrivés par le car, pour dîner. Le lendemain, Thérèse devait s’absenter, sa sœur religieuse étant là ; avec l’aide des enfants, tout s’est bien passé et je n’ai pas eu trop de peine mais, pendant ce temps-là, Thérèse a été blessée par un éclat de verre qui, provenant d’une bouteille cassée, lui a coupé le dessus du pied ; elle a perdu beaucoup de sang, il a fallu lui faire trois points de suture et une piqûre antitétanique, enfin, depuis cela s’arrange convenablement. Mardi, Jacques et Yves sont partis pour Poitiers vers quatre heures, le pauvre petit avait travaillé jusqu’à la dernière minute. Mercredi matin, bien du travail comme toujours, cela valait mieux car je pensais à mon petit enfant affrontant les examinateurs ; enfin, vers une heure moins le quart, comme nous nous mettions à table, la sonnerie du téléphone m’a fait courir dans le bureau, et, au son de la voix de Jacques, j’ai compris que l’issue était heureuse. Yves était définitivement reçu et cela nous faisait un immense plaisir. Suis sortie un peu dans l’après-midi, j’avais besoin d’aller au cimetière, puis à l’église pour remercier. Au passage, prévenu la marraine d’Yves qui s’est réjouie elle aussi. Jacques et le garçon sont revenus vers 6 heures, mais Yves était un peu aplati et on ne pouvait tirer grand-chose de lui. Jeudi, travail habituel ; enfin, ce jour-là, Thérèse est restée pour le déjeuner, et cela était déjà beaucoup. Le soir, commencé à trier le trousseau de Pierre, en vue de sa rentrée le 25. Avant dîner, sommes allés au-devant de tante Denise qui arrivait par le car, mais au même moment, elle téléphonait de La Roche qu’elle avait raté le car, aussi il a fallu envoyer une auto au-devant d’elle ; nous avons pu quand même dîner vers huit heures ; Vendredi, rien de nouveau ; le déjeuner le matin, l’après-midi fait des conserves de brugnons et commencé à réparer des chaussettes pour Pierre. Pluie diluvienne tout l’après-midi. Hier matin, suis sortie faire des courses, pendant ce temps-là est arrivée une lettre de Versailles disant que la rentrée de Sainte Geneviève est vendredi prochain, le même jour que Pierre ; de plus on lui attribue le n°39, alors que j’avais demandé 18 ou 180 ou quelque chose d’analogue, alors il faut remarquer tout le trousseau, ce qui demandera un temps considérable. Nous allons à Nantes mercredi après-midi, acheter de qui manquera, et je partirai vendredi pour Paris et Versailles avec Yves, alors que Jacques rentrera Pierre. Il faudra que je revienne dès lundi car i Tout cela me tourmente, car nous aurons du mal à arriver à ce que cela soit prêt. J’ai vu bien des choses avec Yves hier matin. Après déjeuner, fait la valise et nous sommes partis un peu après 3 heures, avec un court arrêt à la Roche pour y voir Sœur Marie Saint Clément de passage chez son frère. Après dîner, sommes partis, dans deux voitures, voir quelques châteaux illuminés. Temps convenable au départ avec même un peu de clair de lune. Sommes allés d’abord à Chinon – les ruines illuminées, au-dessus de la Vienne, font vraiment un effet remarquable – Vu ensuite Azay-le-Rideau, ravissant, les arbres aussi, les massifs de fleurs sont remarquablement illuminés, et le reflet de l’eau merveilleux. Langeais est plus austère, mais très beau cependant. Vu au retour le château d’Ussé ; là, la pluie a commencé à tomber, puis nous avons eu une suite de mésaventures, d’ailleurs sans importance. Michel nous a fait suivre la rive gauche de la Loire, jusqu’à l’embouchure de la Vienne, mais là, il a dû oublier que c’était un bac et non un pont ; il a fallu faire demi-tour et passer par un pont à sens unique, avec des feux à chaque extrémité. Au moment où nous nous engagions, le feu rouge s’est déclenché, nous avons attendu le feu vert, mais, au bout d’un quart d’heure, nous attendions encore. Michel et Pierre sont venus au-devant de nous, disant que la route était libre ; nous nous sommes engagés, mais, au milieu du pont, un des essuie-glace s’est décroché, Yves et Geneviève sont descendus le chercher, mais, une fois Yves remonté, Jacques pour un peu oubliait Geneviève sur le pont. Tout cela nous a allongés, retardés. La pluie tombait maintenant très fort, et Jacques, sans essuie-glace, n’y voyait pas grand-chose et il fallait aller doucement ; Ce matin, nous sommes levés tard pour aller à la messe de 10 heures. Ce soir, devons faire une autre tournée, sans doute Chenonceaux, mais le temps est encore loin d’être merveilleux, et je ne sais si cela sera possible.
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 14 septembre 1953, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Avant de me lever, pendant que’ Jacques fait sa toilette, puis que Pierre va faire la sienne, je voudrais écrire un peu pour raconter notre journée d’hier, journée un peu chargée puisqu’elle s’est terminée à trois heures du matin. Je sais qu’une fois rentrée il y aura tellement à faire ! Nous sommes allés hier à la grand-messe ; déjeuné pas trop tard et sommes partis peu après, c’est-à-dire vers 3 heures. Sommes allés d’abord à Chinon, c’était agréable de voir en plein jours ces paysages entrevus la veille au soir au clair de lune. A Chinon, arrêt pour voir la statue de Jeanne d’Arc et une vieille rue avec de belles maisons anciennes très intéressantes. De là, Azay-le-Rideau, que j’ai revisité avec plaisir ; le château est aussi joli sous le soleil que sous les lumières, et le parc ravissant. Le guide, dans sa façon de raconter, a fait la joie des enfants. Sans nous presser, sommes allés ensuite à Tours, où nous avons dîné de bonne heure, près de la gare. Avant de partir vers Chenonceaux, avons vu la cathédrale illuminée et c’était splendide, les moindres détails de l’architecture tellement mis en valeur. A Chenonceaux, il y avait foule et service d’ordre – deux fois chaque soir il y a un spectacle lumineux et sonore, évocation des siècles passés, et c’est infiniment intéressant. Nous étions bien placés, il y avait un beau clair de lune, la nuit était calme et très douce – les jeux de lumière étaient parfaitement réglés ; les haut-parleurs, par récits et musique évoquaient les « dames de Chenonceaux » : Catherine Brissonnet, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, Louise de Lorraine, et enfin Madame Dupin sous laquelle le château fut sauvé, par un curé, des démolisseurs révolutionnaires. Il était près de 11 heures quand tout a été terminé ; nous sommes allés un peu plus loin, à Montrichard, voir le château illuminé, puis avons pris la direction d’Amboise. Là, il était près de minuit, nous pensions seulement voir en passant, mais on pouvait visiter jusqu’à 1 heure ; nous avons donc revu, sous les projecteurs, les tours, les terrasses et la ravissante chapelle Saint Hubert que nous avions vu jadis, avec Jean et Jacquie qui étaient petits. Le souvenir de mon Jean chéri ne m’a pas quitté pendant tous ces jours-ci et c’est toujours une souffrance nouvelle de penser qu’il ne viendra plus voyager avec nous… Sommes arrivés ici à 3 heures ; depuis quelques instants, il pleuvait un peu, mais surtout, nous étions morts de sommeil et ne demandions qu’à nous coucher. Il va falloir partir maintenant le plus tôt possible.
Paris – dimanche matin 27-septembre
J’ai eu un peu de temps devant moi pour me lever car j’irai à la messe de 9 heures à Saint François-Xavier ; cela me permet de me reposer, ce qui m’est bien agréable, après quelques journées un peu dures. Je suis tout de même arrivée à ce que je voulais ; la rentrée d’Yves a pu se faire avec un trousseau complet, et le trousseau de Pierre a été prêt aussi. Lundi matin, sommes partis de Thouars vers 10 heures ½, et passés à La Roche pour prendre la literie d’Yves qui était restée à Richelieu ; sommes arrivés au poiré pour déjeuner ; à ma grande joie, Marie était là, occupée depuis le matin à découdre et coudre des numéros ; elle en a eu encore pour une bonne partie de l’après-midi, pendant que je préparais les draps, les serviettes et pas mal de choses qui étaient à vérifier. Mardi, je me suis mise à vérifier les chaussettes et socquettes et suis allée un peu chez Armande Brachet pour faire la connaissance de la seconde fille d’Odile. Mercredi, Caty et les siens sont partis en fin de matinée. Aussitôt déjeuner, sommes partis pour Nantes, et fait des courses tout l’après-midi pour compléter le trousseau d’Yves. Après plusieurs magasins, sommes allés au magasin Adam, car, là seulement, il a été possible de trouver une veste s’adaptant à la conformation du garçon ; partout ailleurs, c’était trop étroit d’épaules et trop large pour la taille ; nous avons pris une veste de tweed et un pantalon de gabardine qui l’habilleront bien. Il y a eu plusieurs autres courses à faire, et cela nous a amené à la fermeture des magasins, aussi sommes-nous revenus assez tard. Jeudi, journée très remplie ; cousu des marques pendant une grande partie de la journée, et ; l’après-midi, fait les bagages d’Yves, ceux de Pierre et ma valise. Vendredi matin, sommes partis par Belleville à 6 heures ½. Voyage dans de bonnes conditions ; il faisait un temps convenable et nous avions de bonnes places. Arrivés à Paris à 1 heure ; Caty nous a fait à déjeuner en arrivant, puis, sans tarder sommes partis pour Versailles. Refait ce trajet parcouru plusieurs fois quand Jean y était, la dernière fois en septembre 1946, alors que j’étais si inquiète, me demandant si je pourrais faire rentrer le pauvre petit à Stan pour lui permettre de réaliser sa vocation. Je ne regrette rien de tout cela ; il a eu peu de temps pour vivre ce dont il avait rêvé, mais il y est parvenu quand même. A Sainte Geneviève, on se souvient de Jean, dès notre entrée, la concierge m’a dit qu’elle s’en rappelait, l’économe aussi ; le Père Rougé, aumônier, a été son professeur ; son nom est gravé sur une des tables où sont inscrits les noms de tous les anciens morts pour la France, depuis la guerre de 70. En arrivant, sommes tombés sur le jeune Belhomme de Luçon, qui a été l’année dernière surveillant à Richelieu, et qui nous a renseignés sur bien des choses. Yves est en dortoir, mais cela lui paraît agréable, parce que ces dortoirs sont en cellules séparées avec chacun un petit lavabo et une sorte de caisson pour les affaires personnelles. Nous avons vu sa place à la salle d’études, vu ensemble la chapelle, le réfectoire. Nous sommes allés voir le Père Recteur, qui ne paraît pas trop raide, et avons pour finir fait le tour du parc. Suis rentrée ici pour dîner, atrocement lasse et le cœur lourd d’avoir laissé là-bas mon petit garçon chéri, après avoir remué et vécu les souvenirs du passé. Hier matin, me suis levée tard et n’ai pas bougé. Les Granger sont venus et ont déjeuné avec nous. Suis allée voir Aline qui est au lit avec une crise d’asthme – après ne pas en avoir eu de tout l’été – De là suis allée rue du Bac, dans l’espoir de voir Mlle Gallimard, qui fut assistante sociale du secteur de Jean, elle était en vacances, mais doit rentrer ces jours-ci – j’essaierai de voir demain matin, si elle est arrivée. Suis rentrée à la chapelle de la Médaille miraculeuse et restée pour le chapelet qu’on y récitait. Repris ensuite le métro pour aller voir Suzette qui n’est pas bien, très fatiguée et une main raide ; elle doit faire des sortes de spasmes vasculaires et doit vivre dans la terreur d’une paralysie ; elle continue cependant à travailler ; suis restée assez longtemps avec elle, puis partie dîner à Auteuil. Suis restée assez longtemps à parler avec Mlles Lengrand et Marie-Thérèse, puis rentrée ici à 10 heures. Ce matin, il pleut ; cela va peut-être s’arranger. Yves doit avoir sortie de 3 heures à 8 heures ; j’aurai donc un écho des premiers contacts avec le collège, puis je reprendrai le train demain après-midi.
Dimanche 4 octobre
Un dimanche après-midi où je suis à peu près libre et tranquille – à moins qu’il ne nous arrive quelqu’un tout à l’heure, ce qui se pourrait bien – Après Vêpres j’ai fait une tarte qui cuit maintenant dans le four, et je voudrais bien avoir quelques heures à moi car j’ai beaucoup à écrire et besoin cependant de repos. Je suis un peu moins fatiguée qu’à mon retour de Paris, où j’étais complètement claquée, mais je me rends compte que ce n’est pas merveilleux et que j’aurais besoin de calme et de tranquillité. Dimanche dernier cependant, j’ai eu une journée assez peu chargée, je suis allée à la messe à 9 heures à Saint-François Xavier, c’était la grand-messe et j’ai été profondément heureuse de cette liturgie si sobre, et si belle… Suis restée tranquille jusqu’au déjeuner, puis jusqu’à l’arrivée d’Yves. Il est venu vers 4 heures ½, Mladen et moi étions seuls, Caty étant partie conduire sa fille au cinéma. Mladen a commencé par le faire goûter pendant que je raccommodais une chaussette, puis nous sommes sortis. Après une matinée douteuse, il faisait beau. Sommes passés quelques moments chez Louise-Marie prendre des nouvelles de Tante Juliette et de toute la famille, puis sommes partis nous promener du côté des Invalides. Il y avait foule et nous avons seulement traversé pour voir l’église et la façade. Cela a intéressé Yves et il reviendra voir le tombeau de l’Empereur et le Musée de l’armée. Il était ensuite temps de rentrer, mais j’étais contente de pouvoir causer un peu avec mon petit garçon ; les premières impressions du collège n’étaient pas mauvaises ; depuis, il est sorti jeudi avec sa Tante Canette à qui il a dit que le Père recteur paraissait tout à fait à la page et que la nourriture était meilleure qu’à Richelieu. Suis allée dîner avec Marie-France et ses enfants, François, étant de permanence à son bureau, n’avait pu venir, mais il est monté un peu le lendemain matin rue du Cherche-Midi. Lundi matin me suis reposée, j’ai préparé ma valise puis suis sortie pour voir Mlle Gallimard, elle n’était pas de retour. Suis passée de nouveau à la chapelle de la Médaille miraculeuse. Suis partie tranquillement après déjeuner, un train étant à 2 heures ½. Mladen est venu me conduire. J’étais bien installée et le voyage s’est bien passé… Mardi, Jacques passait la matinée à la Roche, ce qui m’a évité l’ennui de prendre le car de 7 heures ½. Nous ne sommes partis que vers 9 heures. Les réunions avaient lieu salle Gouvin, nous étions nombreuses et il y avait quantité de choses intéressantes… Déjeuné salle de la Vendéenne et vu quantité de personnes de connaissance… Vu Pierre un peu le soir ; il est gai et content, comme toujours. Mercredi matin, repris la maison en main – elle marchait bien sans moi ! – il y avait des quantités de pommes à mettre sur les étagères ; je ne sais pas si je m’en serais tirée si Thérèse n’était venue à mon aide ; je suis tellement essoufflée que souvent tout effort m’est pénible. Mercredi soir, Bernard Pigeaud nous est arrivé au car de Nantes. Nous avons été tout à fait contents de le voir, c’est vraiment un charmant garçon, si sympathique. Je suis allée au cimetière avec lui, jeudi matin, après le marché. Il est parti jeudi soir, Jacques étant allé le conduire à La Roche. Vendredi, fait la première réunion de la Ligue, je l’avais préparée la veille, tant bien que mal ; il y avait quatre ligueuses seulement ! Ce matin, elles étaient un peu plus nombreuses, et j’avais l’impression que cela « passait » mieux. La difficulté est toujours de les atteindre. Enfin, c’est le début du travail de l’hiver, et je demande à Dieu d’être assez vaillante pour pouvoir le faire en entier, surtout les réunions de quartier qui sont essentielles. Hier, travaillé tranquillement ici ; j’ai pas mal de tricots à faire, surtout plusieurs paires de chaussettes que je voudrais envoyer à Yves par Geneviève. Il y en aura d’autres à faire pour Pierre ensuite. Je finis d’écrire assez tard, il sera bientôt 7 heures. Jacques, qui était parti aussitôt déjeuner à une réunion à La Roche, n’est pas encore de retour. Pierre (Bouliau) et Geneviève sont venus et viennent de partir, je ne pourrai arriver à grand-chose ce soir.
Dimanche 11 octobre
Une semaine encore assez chargée ; il y a toujours à faire ; de plus je me suis pressée de tricoter pour Yves, afin que Geneviève, qui part cette semaine à Paris, lui apporte quelques paires de socquettes – il n’y en a plus qu’une à faire - … Je compte encore sur un dimanche calme, du moins nous ne serons pas nombreux à table. Jacques déjeune à Belleville où a lieu l’inauguration de la nouvelle école libre, Geneviève rejoint à Beaupuy la troupe des louveteaux de La Roche et ses chères cheftaines ; elles auront un temps superbe, ensoleillé et moins froid que ces jours derniers, si bien que nous ne serons que trois à table : Jacquie, Anne et moi. Jacquie s’en va demain passer quelques jours chez ses amies Plessy, Geneviève part sans doute vendredi à Paris ; la maison sera vide. Une lettre de jacqueline Granger, reçue hier, nous dit que, pour différentes raisons qu’il est long d’énumérer, ils ne ramèneront Maman guère avant le 20 novembre. S’ils sont à Montereau pour la Toussaint, Geneviève pourra y aller ainsi qu’Yves qui pourra passer près d’eux ses quelques jours de congé. Cette semaine, ai fait lundi ma journée au lait ; comme d’habitude, ai trop tricoté et trop lu. Je voulais finir une brassière et j’avais un livre intéressant, cela m’empêche, l’après-midi, de trop sentir les tiraillements d’estomac, mais je devrais un peu plus réfléchir et prier. Cependant cette journée m’a parue courte et m’a fait du bien ; je me suis d’ailleurs recouchée aussitôt le déjeuner, si bien que je suis beaucoup restée allongée. Cela va d’ailleurs un peu mieux ces jours-ci, sauf un peu de dépression nerveuse persistante ; il y a des choses que je ne peux plus supporter. Mardi matin, Jacques est aprti à Rochefort où il avait deux inspections à faire ; il devait en faire deux autres le lendemain à Surgères, si bien qu’il est rentré seulement le mercredi soir ; ces deux journées sans lui m’ont paru très longues, et cependant il a téléphoné, mardi soir, pour dire que la journée s’était bien passée. Mardi après-midi, suis allée à La Roche, dentiste et courses, comme d’habitude. Vu Pierre qui gémit un peu parce que le Père Huteau leur donne beaucoup de travail. Je le reverrai demain soir, puisque c’est la foire de La Roche. Le Père Traineau est venu au parloir et m’a remis le petit papier donnant les activités scoutes pour le mois d’octobre ; suivait une intéressante appréciation sur les deux garçons : »Yves a rendu de très grands services à la troupe du collège, spécialement au cours de cette année où il a su diriger, presque à lui tout seul, la troupe, et au camp où il a fait preuve d’un dévouement sans bornes. Pierre est un chef de patrouille qui se fait aimer de ses garçons. Il gagnerait à avoir plus d’entrain, plus d’audace dans ses initiatives. ». Mercredi après-midi, fait toute une grande tournée en campagne, en commençant par La Robière, pour voir le dernier bébé de Georgette Locteau ; vu deux bébés à Montorgueil, un autre à La Bardinière où j’ai vu Thérèse qui n’est pas tellement bien, fait deux autres visites à La Bardinière et suis rentrée pour la nuit ; Jacques est arrivé pendant que j’étais au Mois du Rosaire. J’y vais si possible chaque soir ; les jours diminuent vite, le soleil se couche à présent avant 6 heures ½… chaque jour, à la première messe, c’est maintenant à peine l’aube, dans quelques jours il fera tout à fait nuit. Nous avons eu une série de belles journées ensoleillées…. Jeudi, matinée très brumeuse et glaciale, le soleil ne s’est montré qu’au début de l’après-midi, et n’a pas été suffisant pour réchauffer. J’ai eu ce jour-là, en visite, Marguerite et Tante Abel ; avec leurs manteaux, elles n’ont peut-être pas eu tellement froid dans le salon, mais Jacquie et moi n’avions pas chaud ; il ne peut pas être question encore d’allumer le feu ou le chauffage. Vendredi et samedi, ne suis pas sortie, passée à tricoter deux après-midi, bien tranquilles et agréables. ….
Dimanche matin 18
Ne sommes pas bien nombreux ces jours-ci. Jacquie est depuis lundi chez les Plessy, et ne rentre que demain soir, Geneviève est partie à paris vendredi matien, et ne rentrera qu’avec maman et les Granger, c’est-à-dire dans les environs du 20 novembre. Heureusement que nous avons notre petite Chatou, sans cela la maison paraîtrait bien vide ; elle le sera l’année prochaine quand la petite chérie sera en pension. Jacques est aujourd’hui à une réunion du Conseil municipal ; nous irons à la grand-messe toutes les deux. Semaine encore une fois bien remplie… j’ai tout de même un peu de temps à moi, ce qui me permet d’écrire certaines choses pressées, mais j’ai commencé ce jour-là une lettre à Jeanne Lego, et n’ai pas eu le temps de la terminer. Lundi, foire de La Roche ; sommes partis assez tard, fait quelques courses le matin, déjeuné chez les cousines ; l’après-midi, une réunion, qui s’est un peu prolongée chez Mme Coutansais ; fait assez peu de choses ensuite. Vu Pierre qui paraît bien et dont le bulletin n’est pas mauvais. Mardi, reçu à déjeuner les inspecteurs de Jacques ; J’avais un menu qui, très bon cependant, ne me donnait ni peine, ni inquiétude ; Geneviève et moi avions fait, la veille au soir, la salade de fruits, si bien que je n’ai pas eu une matinée très bousculée et tout était réussi. A heures ½, il y avait une réunion cantonale de l’A. C., pour le lancement de la tombola en faveur de la maison Saint-Paul… Mercredi. Geneviève et moi nous sommes mises à déménager le salon, les maçons devant venir le lendemain enlever le carrelage. Pour l’instant, et jusqu’à une date indéterminée, la bibliothèque est dans le bureau, la commode et le secrétaire dans la salle à manger, le piano dans le couloir, le canapé sous la véranda et le reste un peu partout…. Le parquet pourra être mis ; j’aimerais bien que ce soit remis en ordre pour la Toussaint. Jeudi, à part un moment où il a fallu écrire le matin, j’ai tricoté comme une enragée pour terminer les chaussettes d’Yves, afin que Geneviève puisse les emporter le lendemain. J’ai tricoté presque toute une chaussette dans ma journée, mais c’est très fatigant… Nous avons eu des nouvelles d’Yves jeudi, sa lettre, écrite du lundi, était allée se promener à Vix ; cela paraît aller, il doit déjeuner aujourd’hui avec Geneviève et Michel chez Daniel Bouliau, à Versailles. Tous deux iront à Montereau pour la Toussaint. Vendredi matin, il y a eu un peu de bousculade pour le départ de Geneviève. J’espérais avoir une après-midi très calme, car je commençais une période de dépression nerveuse, et ces journées-là sont très pénibles, mais Charlotte est venue – ce qui cependant m’a fait plaisir – puis Tante Abel est arrivée, puis M. Lucas, puis Léon Gourraud. Samuel a fui en apercevant M. Lucas, si bien que j’ai eu quelqu’un presque vers six heures – et toutes ces visites étaient installées sous la véranda-. Hier, passé la journée à Vouvant, pour les vœux de Charlotte – journée très pénible, d’abord à cause des souvenirs que cela me rappelait, souvenirs du 13 mai 52, la veille de la mort de Jean, et ensuite, dépression nerveuse totale, ce qui m’a donné des moments très durs, à tel point que la pensée d’avoir à manger mes fruits et mes petits gâteaux avec toutes ces personnes venues pour la cérémonie me semblait une chose au-dessus de mes forces. La Providence a arrangé toutes choses, les Sœurs m’ont gentiment invitée à déjeuner avec les ecclésiastiques présents, plus Jacques, et cela a été infiniment moins pénible. Une bonne conversation avec les Mères Supérieures m’a ensuite un peu remontée. Cela va mieux maintenant. La cérémonie du matin a été bien belle et émouvante. L’après-midi, nous sommes partis, emmenant l’abbé Poissonnet¸ sommes passés par la forêt, qui commence à prendre de ravissantes teintes d’automne, malheureusement le temps était bien gris et le ciel brumeux. Jacques et l’abbé ont cherché des champignons à deux reprises, et cela nous permettra de manger aujourd’hui un petit plat de cèpes….
Dimanche 25 octobre
Après une semaine assez brumeuse, le soleil a l’air de paraître, et ce sera – si cela veut bien durer infiniment agréable – surtout avec la véranda qui emmagasine si agréablement le moindre rayon…Je me presse un peu, j’ai pas mal à faire, ma matinée seule pour écrire, car, cet après-midi, nous avons les abbés Sacré et Boucher, et aussitôt les Vêpres, je me mettrai à préparer le dîner – ce ne sera pas tellement compliqué, mais la pâte feuilletée de la tarte aux prunes est un peu longue à préparer et il y a toujours pas mal de choses à prévoir - . Après dîner, nous passerons dans le bureau, car le salon n’est pas terminé ; je pense que la pose du parquet commencera demain. Heureusement tout est en ordre à la fin de la semaine, et encore ce ne sera peut-être pas possible, car la bibliothèque a besoin d’être réparée. Dimanche, j’ai été seule une partie de l’après-midi ; Jacques et Anne étaient partis ramasser des cèpes, ils en ont trouvé quatre, dont un seul étant bon, mais fait une très agréable promenade dont Anne était ravie. Pendant ce temps préparé mon travail sur le canton, et un peu avant le dîner, suis allée en parler avec M. le Curé. Lundi, ne suis pas sortie, après-midi bien tranquille ; vu Françoise un moment, mais ne suis pas arrivée à tout ce que j’aurai voulu faire. Jacquie est rentrée le soir, de La Bruffière. Mardi, voyage à Nantes, sommes passés par Palluau, prendre des pommes de terre et des pommes, si bien que nous sommes arrivés assez tard, et n’avons eu que l’après-midi pour faire nos courses ; il y avait pas mal de choses à faire, un manteau pour Jacquie, des chaussures pour toutes deux, une robe pour moi. Avons fait pas mal de magasins. Jacquie a choisi un manteau bleu après avoir vu quantité de manteaux beige et « cognac ». J’ai trouvé une robe qui, une fois retouchée, n’ira pas mal, et les souliers n’ont pas été longs à choisir, si bien que l’après-midi, au point de vue de fatigue nerveuse, n’a pas été très pénible ; il y a eu cependant une bonne dose de fatigue physique qui a traîné les jours suivants et a failli tourner à la dépression nerveuse, puis tout cela s’est tassé. Jeudi après-midi, à La Roche, dentiste, courses, suis allée à la Maison des Œuvres où j’ai vu l’abbé Sacré, afin d’arranger avec lui la date du dîner, qui devait avoir lieu vendredi, et avait dû être changée, l’abbé Boucher n’étant pas libre ce soir-là. Vu Pierre, qui trouve l’abbé Huteau plutôt sévère. Je pense que la sortie sera vendredi soir. Mercredi, j’avais eu une après-midi assez chargée, avec de nombreuses visites, ce qui m’avait amenée presque jusqu’au moment de la prière, j’étais contente d’y être arrivée, car ce sont des visites que je voulais faire depuis septembre, et qu’il était nécessaire de faire, il m’en reste encore quelques unes, mais assez peu, et moins pressées. Jeudi, nous sommes rentrés de La Roche pas trop tard, ramenant Jacquie et Marie-Annick, qui étaient aux Sables depuis mercredi matin. Avons rapporté des photos de Jean en saint-cyrien – agrandissement et arrangement – cela ne peut être mieux. C’est bien son regard, s’est bien lui tel que nous l’avons vu en cette journée qui a été heureuse pour nous tous. Quand je pense que dans un mois on aurait parlé de retour….il y a des moments atroces, comme hier soir… Vendredi, travaillé sous la véranda jusqu’après 5 heures, puis suis allée passer un moment avec Mme Bricout. Hier, terminé mon travail sur le canton, fait la carte qui m’était demandée, il ne me reste plus qu’un questionnaire à remplir, et ce sera fait. Tricoté ensuite, jusqu’à l’heure du Mois du Rosaire. Encore quelques paires de socquettes à réparer pour Pierre et je pourrai reprendre le chandail d’Yves, qui devra être prêt à essayer dans deux mois, quand il viendra en vacances. Reçu une lettre de lui mercredi, en même temps qu’une lette de Geneviève ; tous deux racontaient leur déjeuner de dimanche chez Daniel Bouliau, en compagnie de Michel, Marie-Thérèse et de sa mère…..
Dimanche, soir de la Toussaint
Il est à peine 5 heures, et je dois allumer pour écrire tant le temps est sombre. Il pleut presque sans cesse depuis ce matin. Nous avons passé un moment au cimetière ce matin, Jacques et moi, à faire arranger par Albert les chrysanthèmes sur chacune des tombes ; il faisait un temps affreux et nous sommes revenus trempés. Nous avions de jolies fleurs , sur la tombe de nos enfants chéris deux très beaux pots de chrysanthèmes blancs, un autre très joli qui ressemble à de grosses marguerites ; des chrysanthèmes rouges et violets sur la tombe de Papa, celles de mes grands-parents, celle de Tante Denise, et celle du père de l’abbé Coupet dont nous nous occupons chaque année. Sur la tombe de Jean, il y avait un bouquet mis certainement par Mme Baron, et un autre envoyé par Marguerite Mignen, Madeleine avait envoyé aussi de très beaux œillets blancs. Le temps s’est dégagé, avant la grand-messe, mais quand la procession est sortie de l’église, après les Vêpres, il pleuvait un peu, puis la pluie a forcé, tout le monde est venu au cimetière cependant, mais nous sommes revenus trempés. Il pleuvait tellement qu’il était impossible de prier…. Avant les Vêpres des Morts a été fait l’appel des défunts, le nom de Jean a été prononcé, et, comme pour les autres, les assistants ont souhaité pour lui le repos éternel… Pierre est là depuis jeudi soir, content de se retrouver ici ; nous sommes bien peu nombreux, ni Geneviève, ni Yves. J’ai téléphoné hier soir à Montereau pour leur dire combien nous pensions à eux, je me réjouissais d’entendre la voix de mes deux enfants, mais je n’ai eu que Geneviève, Yves n’étant pas arrivé ; Caty avait téléphoné, paraît-t-il, qu’il avait manqué un train et n’arriverait que ce matin. Pierre part en principe demain soir. Dimanche soir le dîner ecclésiastique s’est bien passé, mais l’Abbé Boucher paraissait encore fatigué par sa bronchite ; le poulet était très bien, le riz aussi et la tarte aux pommes délicieuse. Lundi, ne suis pas sortie et Françoise est venue. Mardi matin, suis allée à La Roche dès le car du matin pour passer à la maison Saint Paul les deux journées de l’école des Cadres. Nous avons eu deux journées très intéressantes… repas en commun, avons couché sur place… il faisait très mauvais et nous n’avions pas chaud. Des âmes charitables nous avaient heureusement procuré des couvertures chaudes et de bonnes bouillottes… Mercredi, suis revenue un peu avant le dîner, avec Jacques qui m’a prise au passage, revenant d’inspection à La Châtaigneraie. Jeudi, pas mal de travail la maison, au fruitier, à la cuisine. Suis restée ici l’après-midi, Pierre est arrivé au moment où je ne l’attendais plus guère, il faisait nuit et j’allais partir au Mois du Rosaire. Vendredi, journée encore bien remplie ; le soir, suis allée à la Jamonière et à l’école des filles afin de demander des certificats de scolarité à joindre aux dossiers des mères de famille nombreuse. Hier, passé la journée aux Sables ; Jacques était en réunion, et je voulais, avant l’hiver, passer toute la literie à l’anti-mite et vider le service d’eau ; j’y suis arrivée assez facilement, j’ai aussi pu préparer un déjeuner rapide et mettre de l’ordre dans les provisions d’épicerie qui restaient. Jacquie a fait des courses, et ma débarrassée de la vaisselle. L’après-midi, il a plu ; Jacques nous a amené faire quelques courses ; j’ai trouvé un bonnet rouge pour Anne ; elle le portera avec un ancien manteau bleu à Jacquie qu’Armance a retourné et mis à sa taille. Jacquie, après avoir fait quelques magasins, a trouvé une très jolie robe en jersey vert un peu gris, elle lui va parfaitement et il n’y a qu’à la raccourcir un peu ; elle en avait besoin pour partir à Lyon jeudi soir. Jacques m’a même conduite prendre des nouvelles de Mlle Chalard que j’ai trouvée remise de sa grosse alerte de septembre, elle baisse cependant un peu. Il fait maintenant presque nuit, Jacques et moi allons partir à l’église pour le Chemin de Croix.
Dimanche matin 8 novembre
Je reviens du Monument aux Morts, où a eu lieu la cérémonie traditionnelle. Après la messe où nous avons prié pour les morts des deux guerres, il fallait bien évoquer leur souvenir. Jacques a très bien parlé avec une émotion qui passait dans sa voix et a dû toucher beaucoup parmi les assistants, seulement, après, il avait l’air épuisé. J’étais contente pour lui que ce soit passé. Suis allée ensuite au cimetière, Marie-Annick y était déjà à prier pour Jean. Cet après-midi, réunion de Ligue aux Lucs, elle est préparée, je n’ai plus qu’à la revoir un peu tout à l’heure et je pense que tout ira bien… Dimanche soir, sommes allés, Jacques et moi, à l’église pour le Chemin de Croix, beaucoup de monde, comme toujours, mais un grand recueillement qui permettait de bien méditer et prier. Lundi, Jacques et les enfants sont allés à l’office ; j’ai dû me contenter d’une messe basse, car il y avait trop à faire ici. Temps à peu près convenable le matin, l’après-midi il y a eu de très violentes bourrasques ; pluie torrentielle et même orage. La foudre est tombée à l’Île d’Yeu, sur le clocher de Saint-Sauveur, qui a été détruit… Le soir, une visite de Pierre et Geneviève Bouliau, qui étaient venus mettre des fleurs au cimetière. Après dîner, il faisait tellement mauvais, que Pierre n’est pas parti, il a pris le car le lendemain matin. Mardi, une bonne réunion à la Robière, Jacques m’a conduite et je suis revenue à pied… pluie au retour, suis cependant passée au cimetière, mais cela forçait et il était temps de rentrer. Trouvé ici Marie-Annick et Annie qui étaient avec Jacquie, pris avec elles une tasse de thé qui m’a fait du bien, car je me sentais les intestins fatigués et cela n’allait pas fort. Fait une bonne petite crise intestinale la nuit suivante. Cela tombait à pic, car le mercredi matin avait lieu le baptême de la seconde fille de Lucien Gauvrit et Jacques et moi étions invités au repas de baptême. Cela a n’a pas très bien marché, le déjeuner a commencé après 2 heures et s’est terminé vers 4 heures ½. A la fin, cela n’allait pas du tout et j’avais hâte de partir, Jacques m’a ramenée ici où Jacquie avait ses amies de la veille, plus Claude Légeron, je me suis décidée à me coucher, et j’ai bien fait, car j’étais fatiguée et glacée. Cela a été mieux ensuite, j’ai dormi et cela m’a fait du bien. Jeudi, journée bien remplie – préparé la réunion des Lucs – Jacquie est partie le soir pour Lyon. Vendredi, journée d’éveil à Aizenay… il y avait un repas froid – et maigre – pour celles qui déjeunaient sur place, plus du bouillon et du café chaud… Hier, bien du travail encore ; confession et quelques courses l’après-midi, plus une visite d’Armande Brachet. Pas de nouvelles de Jacquie hier matin, mais une lettre de Maman qui nous donne de bonnes nouvelles de Montereau, ainsi que des détails qui ont été les bienvenus, les lettres de Geneviève et d’Yves n’en donnant guère. Yves ne sort pas aujourd’hui, il y a exercice pour le défilé de mardi, mais ils sortiront mardi et mercredi. Les premières notes d’Yves sont arrivées ; l’oral n’est pas mauvais, mais l’écrit laisse à désirer, peut-être est-il dérouté par le changement de méthodes ; les notes de Ginette sont d’ailleurs assez sévères. Temps plus doux ces jours-ci, nous n’avons pas encore allumé le chauffage, cependant tout est prêt. Nous allumons seulement le soir le poêle de la salle à manger, et cela me rappelle les jours d’autrefois. Cela ne peut plus être la même chose !
Dimanche soir 15 novembre
Journée bien remplie. Armand et Suzanne sont venus déjeuner et nous ont amené Mère et Madeleine. J’avais prévu un repas très simple, mais bien, et, pour cela, il a fallu m’y prendre de bonne heure, parce que j’avais une tarte feuilletée, aux pommes, et qu’il fallait de toute nécessité la mettre au four avant dix heures ; j’avais une réunion de Ligue, ce qui me tenait prise de 10 heures à 11 heures et demie – ceci pour 5 Ligueuses ! - J’ai donc commencé ma pâte feuilletée avant de partir à la première messe, de la sorte, tout s’est bien passé. Pendant le déjeuner, le soleil, que nous n’avions pas vu depuis 2 jours, s’est montré. Il faisait si chaud que nous avons coupé le chauffage et nous sommes installés, pour prendre le café, sous la véranda, où il faisait délicieusement bon. Maintenant, j’espère avoir un petit moment tranquille avant le dîner… Jacquie nous est arrivée, hier soir, de Lyon, elle en était partie vendredi soir mais s’était arrêtée samedi matin à Nantes où elle s’est reposée ; elle a débarqué hier soir par le car. Cela m’arrangeait car il y avait tout de même un peu à faire ce matin. Lundi, fait ma journée de repos, Jacques était en inspections, aussi, comme il ne devait pas rentrer déjeuner, je ne me suis pas levée de toute la journée. J’ai lu, tricoté, prié aussi et réfléchi. Mardi, rien de nouveau ; suis sortie un peu l’après-midi pour aller à l’église faire un Chemin de Croix. Mercredi, préparé – assez mal – une réunion de jeunes femmes pour le Bourg et allongé les manches du chandail d’Anne. Jacques est venu déjeuner à 3 heures ; il avait ensuite une réunion du Conseil municipal et a amené tous les conseillers prendre ici un verre de Muscadet en l’honneur de l’Armistice. Pour moi, passé une journée très dure. Ecouté à la Radio les cérémonies qui se déroulaient à Paris – Yves défilait … Il y a eu ensuite des chants d’autrefois, que nous chanté à ces moments-là ! que de souvenirs ! Malgré toute l’atmosphère de tristesse que nous avons connue, nous étions jeunes, l’avenir s’ouvrait devant nous ; jamais je n’aurais pu penser que mon fils aîné, mon enfant chéri, serait mort pour la France et touché si loin. Le soir, réunion de jeunes femmes au cinéma – elles étaient 19, et avaient l’air de s’y intéresser. Suis rentrée un peu lasse et « tendue » ; il a fallu me lever de bonne heure, parce que je passais la journée à La Roche, pour des réunions d’Entr’aide, très intéressantes d’ailleurs, mais qui m’ont prise jusqu’à 4 heures. Suis allée ensuite voir Pierre, fait quelques courses, et il était l’heure du car. Vendredi, réunion de Ligue, que j’avais préparée en vitesse le matin. Fait cette réunion pour 4 personnes, c’est un peu décevant de travailler ainsi, de donner beaucoup de soi pour essayer de donner Jésus aux autres et de parler devant des bancs vides… Hier suis sortie juste pour aller à l’église et au cimetière – la veille j’avais fait quelques visites après la réunion - Il faisait hier, après une série d’après-midi ensoleillés, une journée glaciale avec un brouillard épais et bien désagréable. Nous avons tenu sans chauffage jusqu’à vendredi soir, mais hier, cela serait devenu pénible, de plus, Jacquie arrivant, il valait mieux chauffer les chambres. Le chauffage a marché tout de suite, et dès hier, la maison était bien confortable. Dimanche dernier une bonne réunion aux Lucs… Bonnes nouvelles de Montereau, mais il n’est pas encore question de retour, Geneviève a passé la semaine à Paris, a û voir Yves mercredi et aujourd’hui ; elle retourne à Montereau ce soir ou demain matin. Jacquie nous a écrit bien des choses sur Lyon et sur le mariage de Françoise ;elle avait l’air contente de son voyage.
Dimanche matin 22 novembre
Pendant quelques jours cette semaine, nous avons vécu dans un brouillard épais et glacé, et c’était infiniment désagréable ; ce matin, le temps s’est enfin éclairci et le soleil brille ; cela fait vraiment plaisir, j’ai allumé le chauffage dès le matin, pour réchauffer un peu la maison, mais, dès l’heure de la grand-messe, nous pourrons éteindre ; si le soleil persiste, une bonne chaleur nous viendra de la véranda, et peut-être sera-t-il possible de ne rallumer que vers 4 heures ½ ou 5 heures. Mercredi encore, Jacquie et moi, avions passé l’après-midi sous la véranda où il faisait délicieusement bon, et où nous avions pu rester jusqu’à 5 heures, nous y avions même déjeuné, Jacques étant ce jour-là à Luçon pour inspections. Le soleil était bas, le tilleul, qui a conservé encore ses feuilles, tamise sa lumière, mais les feuilles ne vont pas tarder à partir à leur tour. Le salon est enfin tapissé, ce n’est pas trop tôt. Il fait espérer que cette semaine le parquet pourra être raboté et ciré, afin que nous puissions nous y réinstaller ensuite. Cela aura duré plus d’un mois, et ce n’est pas encore fini ! Pas de nouvelles de Montereau cette semaine, j’espère que tout va bien cependant, mais nous ne savons pas quand tous nous arrivent. Une lettre d’Yves mercredi matin, très courte, comme toujours dans un mois, il sera tout près de nous arriver, et cela fera grand plaisir de le revoir, de causer un peu avec lui, et de voir un peu ce qu’il dit de Sainte Geneviève et de son travail. Pierre vient déjeuner dans 8 jours, et je n’irai sans doute pas à La Roche la semaine prochaine, j’ai très peu de choses à y faire… Jacquie le verra mercredi soir au concert JMF… Semaine assez calme, ce qui n’arrive pas tellement souvent. Lundi, visite de Françoise puis une visite à Mme Bricout. Mardi après-midi, suis allée à un enterrement puis fait une visite à Mme Baron. Mercredi, ne suis sortie dans l’après-midi que pour aller à l’église faire un Chemin de Croix ; Jeudi aussi, ne suis sortie que très peu, un brouillard aussi froid ne me vaut rien, et je voudrais bien passer encore, cet hiver, sans faire de bronchite. Vendredi, réunion au Plessis, Jacques m’y a conduite en auto et le retour a été assez vite fait. Assistance assez restreinte, beaucoup de mères de famille étant restées chez elles à cause des oreillons ou de la jaunisse. Fait quelques visites au retour, mais ne suis pas allée à l’église, j’avais très froid, et hâte de retrouver la maison chauffée et une tasse de thé bien bouillant. Hier, suis allée au cimetière et à l’église. Il y a ces jours-ci quelques souvenirs bien durs ; voilà un an que nous sommes rentrés en possession des bagages de Jean, et des pauvres choses qui nous ont été expédiées de là-bas…. J’écoute, tout en écrivant, la grand-messe à la Radio, au poste qui était celui de Jean, sans doute est-il content de nous voir nous en servir…. Dire qu’il pourrait, aurait pu, nous arriver dans quelques jours, dans un mois au plus ; il aurait été avec nous tous pour Noël… Terminé cette semaine mes gants d’Yves et les socquettes que j’avais à réparer, refait une manche du paletot rouge d’Anne, je vais maintenant pouvoir me mettre au chandail d’Yves, lequel doit être prêt à essayer pour Noël…
Dimanche matin 29 novembre
Un petit moment avant la grand-messe ; il fait un temps splendide, si bien que je n’ai pas allumé le chauffage ; d’ici quelques minutes le soleil nous arrivera par la véranda… Pierre aura beau pour venir de La Roche tout à l’heure, et cela fera tellement plaisir de le voir. Le petit groupe des enfants sera bien restreint. Yves ne peut venir et Geneviève n’est pas encore de retour… Reçu une lettre de Maman hier matin, avec les vœux de fête de tous. Il se peut qu’ils arrivent vendredi, mais il paraît beaucoup plus probable que Maman et les Granger attendent Noël pour venir. Dans ce cas, Geneviève reviendrait cette semaine. L’événement du jour est qu’Anne a les oreillons ; elle me l’a annoncé jeudi matin, quand je suis allée la faire lever pour la messe ; elle souffrait un peu, je l’ai fait lever cependant car elle n’avait pas de fièvre, le soir, elle a demandé à se coucher de bonne heure… elle est assez enflée, ne souffre pas, mange bien, à condition que cela ne soit pas trop dur, joue et chante toute la journée. Cela lui fera quelques jours perdus pour la classe, mais nous en serons débarrassé, depuis le temps qu’elle nous en parlait… Le salon n’est pas terminé ; c’est un ouvrier de La Roche qui se charge de raboter le plancher et de donner la première couche de cire ; il ne peut venir avant mercredi, et il lui faudra plusieurs jours ; peut-être ne pourrons-nous pas nous réinstaller avant dimanche ; enfin, ce sera toujours pour la semaine prochaine. Rien de très nouveau cette semaine, ne suis sortie lundi que pour aller à l’église ; mardi, suis allée faire une visite à Marguerite et à Tante Abel qui est toujours dans son lit, suis allée ensuite au cimetière. Brouillard très épais ces deux jours-là, lundi soir surtout ; Jacques était à la Roche pour une réunion à la Préfecture, et il était 8 heures ½ quand il est arrivé, et je commençais à être ennuyée de ne pas le voir venir plus tôt. Mercredi, brouillard encore très épais, suis allée le matin à une messe de mariage, les deux mariés étaient de l’âge de Jean… Après déjeuner, après quelques tentatives, le brouillard s’est tout de même levé, et j’ai eu très beau pour aller au Recredy, seulement la route était fatigante, il y a des côtes assez dures, surtout dans ce sens, et cela m’essouffle pas mal. Nous avons eu une bonne petite réunion, assistance peu nombreuse, mais intéressante, le tout assez vivant. Après la réunion, suis allée à la Surie voir Denise Louineau dont je ne connaissais pas la deuxième petite fille ; me suis attardée un peu au Recredy au retour ; cela m’a fait une bonne heure de retard, si bien que je me suis mise en route à 6 heures 20, ce qui faisait assez tard vu la saison, de plus le brouillard m’a prise après quelques centaines de mètres ; cela m’a fait un retour plein de charme, avec la nuit et la brume. Il faisait tout à fait noir quand je suis arrivée, de plus, j’avais le cœur un peu fatigué, sans doute pour avoir monté pas mal de côtes en allant trop vite, si bien qu’il m’a fallu me reposer un peu jeudi matin pour que cela s’arrange. Jacquie est allée à La Roche mercredi soir pour un concert JMF dont elle a été très contente ; elle est revenue par le car jeudi à midi. Me suis reposée un peu jeudi après-midi, c’est-à-dire que j’ai pas mal tricoté ; je pense terminer, peut-être demain matin, le paletot d’Anne, commencé depuis le mois d’août ; le chandail d’Yves s’avance aussi peu à peu… Vendredi, voyage à Nantes ; nous avons emmené Andrée Boyer et Madée, qui partait à Laval pour un mariage… Fait réparer la robe achetée la dernière fois, et qui était à retoucher ; Quelques courses l’après-midi. Sommes partis comme toujours vers 7 heures ½. Hier ne suis sortie encore que pour aller à l’église et au cimetière. Sans doute étais-ce une question physique, mais j’étais particulièrement cafardeuse…. Je finis d’écrire après le déjeuner, c’est-à-dire qu’il est presque 3 heures ½. Quand nous sommes revenus de la messe, Pierre nous attendait, nous avons déjeuné aussitôt, mais avons passé pas mal de temps à table. On m’a souhaité ma fête comme autrefois – trois enfants seulement étaient là, du moins visiblement – Jacquie nous avait confectionné un gâteau, il paraît qu’il était raté, du moins la pâte à choux n’était pas assez cuite, et le reste, fourré d’une bonne crème, était simplement délicieux. Il faudra que Pierre parte bientôt, malheureusement mais je crois qu’il aura été content de sa sortie ; pour le moment, son Papa et lui font un tour de jardin, il fait un temps ravissant et la véranda est particulièrement agréable… Aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent…
Dimanche matin 6 décembre
Je me presse, j’ai une réunion tout à l’heure, et cela me mènera jusqu’à la grand-messe, il y a ces temps-ci réunions sur réunions, et c’est tout de même assez fatigant… Semaine toujours assez remplie… Nous avons ces temps-ci une température exceptionnellement douce, puisque nous n’avons allumé ni la chaudière ni le poële de la salle à manger depuis plus de huit jours. Je m’étais promis de beaucoup rester ici, et de beaucoup travailler pendant le séjour de Maman à Montereau, puisque je n’avais plus à aller chez elle, et chaque semaine, chaque jour quelque chose surgit pour m’obliger à me déranger. J’ai cependant des matinées assez tranquilles, peu de cuisine, puisque nous ne sommes pas nombreux ; pas de pommes à trier, je ne m’en donne pas la peine, il y en a tellement que nous n’arriverons jamais à les manger toutes, aussi je me contente d’enlever rapidement celles qui me paraissent abimées, sans me donner la peine de vérifier les autres. Cela me permet de faire des raccommodages et de tricoter… Cette semaine, sans doute faudra-t-il réinstaller le salon ; il est tout de même terminé, raboté et ciré. Jacquie s’en va demain à Montaigu, mais Geneviève arrive demain soir et sera là pour le faire… Aujourd’hui, à part la réunion de la Ligue, rien n’est prévu… Dimanche, une après-midi bien tranquille, j’ai rangé un tiroir de la commode du salon, et ce n’était pas dommage. Lundi, suis sortie assez peu, simplement pour aller au cimetière et à l’église. Mardi, sommes allés à La Roche, ai vu Pierre qui avait fait dimanche un bon retour ; ses places et notes de compositions ne sont pas mauvaises, mais ses places de diligence et de mémoire ne sont pas fameuses, ceci d’ailleurs comme d’habitude. J’avais, ce jour-là, assez peu de courses à faire et nous sommes rentrés de bonne heure. Mercredi, j’avais une réunion au Boucheau… Jacques m’avait amenée à l’Hermière, là, avons pris quelques femmes et les avons emmenées en auto au Boucheau. Pour le retour, je n’ai eu à faire à pied que le trajet du Boucheau à l’Hermière, et Jacques m’a ramenée ici, si bien que je n’étais pas fatiguée, et que j’étais rentrée assez tôt. Jeudi, ne suis sortie que très peu, pour arranger différentes choses avec Marceline… vendredi, réunion de La Ligue… suis passée chez Anne-Marie Berthomé pour préparer la réunion de jeunes femmes de cette semaine, puis allée au cimetière puis chez Bonne-Mère mettre en train la participation des enfants au colis de Noël des orphelins. Hier, suis allée à la Jamonière toujours pour la même raison, fait auparavant une visite à Mlle Violeau pour lui demander de tricoter une paire de socquettes ; les autres chaussettes et socquettes seront faites en temps voulu par d’autres bonnes volontés. Voilà comment les semaines passent. Ce matin, je n’ai pas eu le temps de finir d’écrire avant la réunion… Suis allée aux Vêpres avec Jacques. Le soleil vient de se cacher… Je voudrais écrire quelques lettres maintenant…
Dimanche 13 décembre
Premier jour où je retrouve mon secrétaire, installé dans le salon, et le calme de ce petit coin que j’aime bien. Les travaux ont duré encore plus longtemps que nous n’avions pensé. Enfin je suis contente que ce soit fini que nous n’ayons plus à penser à ce malheureux parquet à remplacer et contente surtout que tout soit en place avant les vacances, l’arrivée des enfants, celle de Maman et des Granger. Nous nous y sommes mises, Geneviève et moi, mardi, et cela a été encore du travail. Le matin, il a fallu débarrasser tous les livres, les ouvriers sont venus ensuite démonter la bibliothèque pour la recoller ; pendant ce temps, Thérèse battait les tapis et cirait les meubles. Dans l’après-midi, la bibliothèque était remise en place, nous en avons profité pour faire remettre les gros meubles : piano, commode, secrétaire. Geneviève a réinstallé les sièges, les tables et les bibelots. Anne et moi avons remis les livres en place. Tout était à peu près réorganisé pour le soir. Mercredi matin, Geneviève a nettoyé et remis en place les cadres, photos et gravures. Jacques, le soir, a replacé les stores, il ne reste à mettre que les grands rideaux, mais, telle que, la pièce est bien agréable et je suis contente de l’avoir retrouvée. Maintenant, il reste à réorganiser la chambre du fond, qui servait de garde-meuble pendant tout ce temps-là, nous avons d’ailleurs refait les dessus de lit ; il faudrait recouvrir les chaises, mais Marie est malade, et je ne sais quand elle viendra. Cela n’est d’ailleurs pas si pressé. J’ai aussi à confectionner des draps et des torchons dont j’ai acheté la toile, seulement je voudrais auparavant finir de tricoter le chandail d’Yves… Passé une semaine assez fatigante, alors que je croyais être tranquille et avoir un peu de temps à moi. Lundi, passé ma journée au lait, Jacques étant toute la journée à La Roche pour des réunions ; Jacquie partait le matin pour Montaigu et Geneviève n’arrivant de Montereau que le soir. Suis donc restée toute la journée au lit et j’aurais dû, en principe, bien me reposer, mais j’ai été assez stupide pour tricoter comme une enragée ; j’ai voulu finir certaines petites choses, si bien que cela n’a pas tellement été du repos… Mardi, me suis donc mise, avec Geneviève, à réaménager le salon… peut-être ai-je payé cela le soir ; il y a eu à l’église toute une cérémonie pour l’ouverture de l’année mariale, j’y suis allée pour l’exemple, car je n’aime pas beaucoup ces cérémonies du soir. J’y ai eu un fort battement de cœur qui a duré presque jusqu’à la fin, et ce n’était pas drôle du tout. Mercredi, Jacques était absent toute la journée pour une session du Conseil général, jeudi aussi d’ailleurs, j’ai eu ce jour-là à déjeuner Mlle Battut (Assistante sociale), j’avais pas mal de choses à voir avec elle ; je n’ai rien fait de plus pour le déjeuner ; il y avait d’ailleurs un gâteau, confectionné la veille par Anne, et dont elle était assez fière, avec un bocal de framboises, cela a fait un bon dessert. Cousu ensuite les anneaux aux stores du salon, puis suis ortie en fin d’après-midi pour quelques courses. Jeudi matin, le marché, et un peu de cuisine de cochon, le morceau apporté de l’Hermière, étant arrivé la veille au soir. L’après-midi suis allée au cimetière puis chez Marie qui était couchée et dont le moral est très bas. Vendredi, préparé une réunion de jeunes femmes pour le soir… L’après-midi, suis allée voir Mme Baron, puis Marie qui était debout et mieux, mais toujours attendant la mort. Le soir, pas mal de présences à la réunion… Elle m’a terriblement fatiguée, j’ai pourtant dormi aussitôt, mais me suis réveillée le lendemain matin avec un sentiment de découragement intense. Le pire a été, que pendant la messe, pendant la matinée, sans cesse je continuais dans ma tête à faire la réunion, sans cesse me revenaient des choses à dire. Je finis par m’en débarrasser en cherchant à m’intéresser à autre chose, mais cela m’a laissé une très grande fatigue nerveuse, et une tension nerveuse assez pénible. Hier soir, nous est arrivé Pierre Douxami ; il faisait ce voyage pour venir chercher deux caisses de pommes, heureusement que le trajet ne lui revient pas bien cher. Il a dîné et couché ici, s’est occupé ce matin de ses pommes avec Albert, puis nous avons déjeuné ensemble, Jacques étant revenu du Conseil municipal à une heure presque convenable. J’avais un joli déjeuner, bien que la pâte de soit un peu trop ramollie sous la crème pâtissière ; enfin, c’était bon quand même. Maintenant, Jacques revient de Belleville, nous sommes tranquilles ici, Anne est à la salle paroissiale pour une séance récréative, première représentation d’une série qui doit durer jusqu’après Noël ; au dîner, il n’y aura qu’à se taire et à l’écouter… Rangé cette semaine, avant de la remettre en place, la petite vitrine où sont les souvenirs de Jean. Passé de l’antimite sur ses tenues militaires, sa capote kaki, sa tenue de gabardine que je lui ai vue si souvent, débarrassé ses tiroirs pour qu’Anne y range ses petites affaires ; c’est chaque jour un peu de passé qui s’en va… Terminé dimanche dernier le récit de tous les souvenirs que j’ai pu rassembler sur mon petit Bernard, il n’y en a pas tellement, sa vie a été si courte. Les souvenirs de Jean avaient été terminés fin mai….Je crois que je n’aurai jamais le courage d’écrire les chapitres destinés aux autres.
Dimanche matin 20 décembre
Beaucoup de choses en perspective pour aujourd’hui, et je n’arriverai sans doute pas à tout. La grand-messe sonnera dans moins d’une heure, et je n’aime pas être en retard. Aussitôt le déjeuner, Jacques me conduit à la Gentouze pour une réunion de Ligue…. J’ai pas mal de lettres en retard à écrire… Physique pas du tout merveilleux, le moindre effort musculaire me donne des battements de cœur, je repire mal ce qui est très pénible ! Migraines aussi parfois ; je voudrais du repos et n’arrive pas à en prendre… Dimanche, Jacquie nous est arrivée vers 8 heures et demie, conduite par Hélène et Pierre Denis, ainsi qu’un cousin des Gaillard, Loïc Gaillard. J’avais commencé à faire ma toilette, et suis descendue en robe de chambre les voir un peu. Lundi, foire de La Roche ; ne sommes partis qu’assez tard, Jacques et moi ; fait pas mal de courses et déjeuné chez les cousines. Après-midi, réunion chez Mme Coutansais ; y suis arrivée tard, il y avait peu de monde ; avons cependant échangé quelques idées intéressantes. Vu Pierre qui est bien, ses notes sont bonnes et ses places pas mauvaises. Mardi après-midi suis allée à l’Aumère, treize présences et auditoire assez vivant. Il faisait beau et le retour n’a pas été pénible ; je ne l’ai d’ailleurs pas fait jusqu’au bout, car, à la Gendronnière, à l’heure où la nuit arrivait, une auto s’est arrêtée pour me recueillir, c’était Joseph Baron, qui m’a ainsi rendu grand service, si bien que je n’étais pas arrivée trop tard. Mercredi, suis sortie pour aller au cimetière. Jeudi, ne suis pas sortie du tout, sauf pour le marché le matin ; c’était la foire ;nous avons déjeuné tard ; nous avons eu Eugénie et Raymonde, ainsi que Marie Barreteau ; passé ensuite un agréable moment sous la véranda, où il faisait très bon. Lundi après-midi il a plu un peu, et assez fort le soir, mais depuis nous avons toujours eu un temps très doux et souvent ensoleillé ; j’allumais cependant le chauffage matin et soir, mais il était possible de couper vers midi. Le soir, il faut souvent allumer dès 5 heures, le soleil disparaît si tôt…. Vendredi, suis allée à la Petite-Durantière ; Jacques m’a encore conduite en auto, il faisait beau pour le retour. J’ai encore fait du stop, c’est-à-dire que le Docteur Lucas m’a cueillie à peu près à Saint-Pierre, ce qui m’a fait deux bons kilomètres en moins. Suis rentrée cependant assez tard, car je suis passée à l’école, au cimetière, chez Marie, et enfin chez Marceline Gendreau, car c’est le moment des colis de Noël, et cela donne tout de même quelque travail. Hier, ne suis sortie que pour me confesser et faire quelques courses. Il faisait un temps bizarre, alternance de soleil et de brume. Fini hier soir le chandail d’Yves, et vais le faufiler et lui faire essayer dès jeudi…. J’ai maintenant quelques petits objets de layette à faire, puis des culottes pour Anne qui grandit tellement qu’elle n’a plus grand-chose à se mettre. Ce sera moins long que les manches d’Yves….
Vendredi matin, jour de Noël
11 heures -1/4 – je n’ai pas eu mon Noël encore ; Jacques et moi ne sommes pas allés à la Messe de minuit, la grand-messe d’aujourd’hui étant pour les soldats d’Indochine vivants ou morts, nous avons tenu à y assister tous deux. Les enfants sont allés à la Messe de minuit avec leur oncle et leur tante arrivés mercredi, je leur avais combiné un petit réveillon, et, d’après les éclats de rire qui montaient jusqu’à nous, cela n’a pas dû être triste. Si Jacqueline et son mari n’avaient pas été là, nous aurions accompagné les enfants à la messe et aurions réveillonné avec eux, tout en nous efforçant d’être gais et joyeux… Cela fait trois Noëls que nous n’avons pas Jean – quatre même, puisqu’en 50, il n’avait pu venir que pour le Jour de l’An…
9 heures ½ - Je me suis arrêtée d’écrire ce matin un peu avant la grand-messe. Pierre et Anne étant descendus, nous sommes allés réveiller les trois autres afin de voir ce que le Petit Jésus avait déposé dans les souliers. Je crois que tous ont été contents des livres ainsi que des oranges et chocolats traditionnels –Anne avait, sur sa demande, des bananes et une tablette de chocolat à croquer. Jacques avait des agrandissements de deux photos de Jean, prises pendant sa permission de janvier 48. J’avais choisi de jolis cadres, et je crois que cela lui a fait plaisir. Nous sommes allés ensuite à la grand-messe…. Sommes rentrés ensuite déjeuner. Grand-mère avait apporté une très bonne galantine de volaille, j’avais une croute aux champignons très réussie et la bûche de Jacquie était délicieuse. Jacques et moi sommes allés aux Vêpres… Sommes allés ensuite au cimetière porter des camélias blancs pris au passage chez grand-mère. Tous ont prié devant la tombe de nos enfants chéris, tous étions réunis comme autrefois, puisque leurs âmes étaient certainement près de nous. Après tous ces sentiments de foi, la journée n’a pas été trop dure à vivre… Sommes rentrés ensuite retrouver Maman et les Granger, et avons causé jusqu’au dîner. Tous sont maintenant au cinéma, je viens de me coucher, je suis un peu lasse, pas trop cependant, il y a eu pire. Dimanche, une journée à peu près tranquille, une bonne petite réunion à la Genétouze – j’y retournerai en Mars – Jacques m’a conduite en auto, et il est revenu ensuite au-devant de moi. Quelques heures tranquilles ensuite, lu ensuite, écrit, rangé bien des choses. Lundi et mardi ne suis sortie que le lundi matin pour un enterrement… Lundi passé un bon moment sous la véranda, mais il faut rentrer dès 5 heures parce que la nuit vient. Mercredi, sommes allés à Nantes, pas mal de courses comme toujours ; Avons emmené Pierre qui est arrivé un peu avant 9 heures, il a fallu lui acheter un uniforme et un imperméable, il grandit beaucoup. Pendant ce temps, Jacquie et Geneviève montraient les magasins à Anne. Le soir, quand nous sommes rentrés, Yves était là ; il a bonne mine et paraît gai. Il rentre le 5 au soir. Les Granger sont venus l’autre soir. Jacqueline a eu des ennuis, elle va être obligée de se faire enlever un petit fibrome… Grand-mère n’a pas été trop fatiguée par son voyage. Hier, journée assez remplie ; le marché, un enterrement, de la cuisine, de la pâtisserie, suis allée chez Maman en fin d’après-midi. Après dîner, les garçons et Anne ont fait la crèche… revu tout le trousseau des garçons…
Dimanche 27 décembre
Pas un moment à moi depuis ce matin ; je viens de laisser dans le salon Maman et les Granger, qui parlent avec les enfants ; tout cet après-midi ainsi que celui de Noël se seront passés en conversation, cela n’est pas désagréable, mais il y a tellement d’autres choses à faire, et qu’il faudra cependant faire les jours suivants, en se bousculant faute de temps, sans compter que cela me fait du bien de me trouver un peu au calme et en silence. Il devrait y avoir des lettres du Jour de l’An à écrire, mais de nouveau on parle de grève, si bien que je ne sais pas trop quand les vœux partiront et arriveront. J’ai aussi des menus à combiner. Nous avions, mercredi, les Denis à déjeuner. Armand, Suzanne et Michel déjeunent ici dimanche, il me faut y réfléchir un peu en avance. Rien de très nouveau ces jours-ci. Hier, ne suis pas sortie, trié des fruits, préparé le déjeuner hier matin sans parler du marché qu’il a fallu faire et de quelques rangements nécessaires. L’après-midi, réparé des chaussettes et commencé à coudre le chandail d’Yves qui, par bonheur, va bien. Il me faut, en vitesse, tricoter des culottes pour Anne qui n’en a plus à se mettre. Me suis couchée de bonne heure, j’avais besoin de calme….