Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
1er janvier 1933
Encore une année de plus à fêter dans l’éternité et une année de plus qui s’ouvre devant nous ; je ne peux en ce premier jour me défendre d’une certaine angoisse en face du mystère de l’avenir, la souffrance vient quelquefois si vite, mais j’ai communié ce matin et le Divin Maître m’a fortifiée et rassurée, vienne la douleur, il sera avec moi pour me soutenir.
Que dire de ces deux dernières semaines, elles ont été bien employées et bien remplies, avant Noël j’ai été encore bien prise, Marie Gillet n’étant pas là et l’après-midi, quand cela était possible, je tirais l’aiguille avec acharnement. La veille de Noël Jacques est allé chercher Marie Mériau et cela a apporté un peu d’aide. La veillée de Noël Jacques a passé son temps à fabriquer dans le salon une crèche pour les enfants et nous nous sommes beaucoup amusés à disposer les rochers de papiers, le lierre, la mousse et les minuscules personnages, François, qui était là depuis le jeudi matin disait également son mot, et c’était très gai. Vers onze heures et demie, nous sommes allés à la Messe de Minuit, Jacques et moi, il faisait une nuit merveilleuse, toute pétillante d’étoiles, la messe a été belle et recueillie, avec des chants et une nombreuse assistance. Au retour nous avons réveillonné avec une tasse de thé et des gâteaux, le Petit Jésus était passé et nous avait gâtés mais il n’était pas encore passé dans les souliers des enfants et il a fallu nous charger de ce soin, ce qui n’a pas été une petite affaire : établi et rails pour Jean, panoplie de ménagère et tramway pour Jacquie, lapin en étoffe pour Geneviève, le tout accompagné d’oranges et de chocolats. Au réveil, la joie des enfants a été grande et c’était charmant de les voir courir en chemise devant la cheminée. La journée de Noël a été bien calme, Maman a déjeuné ici, nous ne sommes pas sortis et n’avons vu personne ? La semaine aussi s’est écoulée sans événements notables, j’ai plutôt moins travaillé, j’étais lasse et j’avais besoin de détente ! j’ai cependant presque fini mon corsage et ces jours derniers, j’ai liquidé presque toute ma correspondance du Jour de l’An, ce qui n’a pas été une petite affaire. Mercredi soir nous avons reçu les Nida, venus pour 2 jours chez Maman, ils comptaient rester jusqu’à vendredi, mais ils ont été rappelé dès jeudi, le frère aîné de Jean Nida étant très souffrant. Hier nous sommes allés à Nantes conduire Mère qui passait deux jours chez elle et doit rentrer ci mardi sans doute.
Ce matin, assisté à la première messe, puis reçu les métayers, ce soir visites à Maman et à Tante Abel.
Dimanche 15 janvier
Geneviève dort, Jean et Jacquie jouent près de moi, nous venons de déjeuner et j’ai devant moi un bon moment puisque nous ne devons sortir qu’à 5 heures Jacques et moi, mais ce sera une tranquillité plutôt relative car je prévois d’être dérangée à chaque instant par l’un ou par l’autre, et j’ai quelques lettres et des rangements à faire.
Reprenons un peu ces deux dernières semaine, le jour de l’An a été bien occupé avec toutes les visites obligatoires, le lundi, rien de bien nouveau, le mardi, j’ai eu à déjeuner Armand et Suzanne qui venaient rentrer Michel, ils ont ramené Mère avec eux mais sont repartis aussitôt dîner. Rien de très marquant les jours suivants, une après-midi chez Armande le mercredi, un voyage à La Roche et quelques visites le vendredi. Cette semaine je suis allée à la Roche le jeudi, j’ai eu une séance de dentiste et fait visite à Charlotte qui est souffrante, le soir nous sommes retourné au cinéma avec les Bonnaud et le docteur Lucas pour voir « l’Atlantide », version parlante, c’est un beau film mais je crois que je préfère la version muette, dont la mise en scène était certainement supérieure. Vendredi reçu Armande Brachet et Marguerite, hier nous sommes allés après déjeuner reconduire Mère à Nantes, Madeleine arrivant de Paris ce soir, nous avons fait quantité de courses, dîné à Nantes de bonne heure, et étions rentrés ici à huit heures et demie.
Le moral n’est pas merveilleux, j’ai été fatiguée, depuis deux mois Marie Gillet est venue d’une façon très irrégulière, il y a beaucoup d’ouvrage et je ne peux arriver à tout ce que je voudrais faire. De plus j’ai eu au début de la semaine, dimanche surtout … des moments vraiment pénibles… inutile de revenir là-dessus…
Dimanche 22 janvier
Quelques mots seulement en passant ! j’aurais aimé m’attarder ici plus longuement mais je n’en ai pas le loisir, j’ai les enfants à garder, des lettres à écrire, des dessins à choisir pour décorer des serviettes à Jean et de plus le dîner à faire, Georgette assistant ce soir à une représentation au patronage.
Semaine relativement plus calme, d’abord Marie Gillet n’a pas manqué jusqu’à ce matin et cela m’a donné quelques loisirs que j’ai employés à installer la garniture d’armoire de la chambre bleue… J’ai confectionné aussi la moitié d’un sac à ouvrage en tapisserie, lequel je voudrais terminé à la fin de la semaine. J’ai eu cependant à supporter bien des tracasseries, des discussions assommantes pour des choses sans intérêt, tout cela est vraiment fatigant, heureusement j’ai mes veillées au calme et une bonne heure de travail ou de lecture avec mon tricot, dans e calme le plus complet, cela suffit à effacer toute fatigue même morale….
Rien de très nouveau, dimanche fait des visites chez le Henri Tenailleau, les Benjamin Gendreau et les Yvernogeau, il faisait un temps affreux et j’ai eu grand plaisir en rentrant à retrouver la maison tiède et bien close. Mercredi matin assisté à la messe, dans l’après-midi fait des visites. Jeudi soir, représentation au patronage par la troupe des hommes, c’était réussi et nous avons passé une bonne soirée. Vendredi après-midi chez Marguerite avec Armande. Hier matin, court voyage à La Roche pour le dentiste et le coiffeur. Ce matin bousculade habituelle du dimanche, je suis obligée maintenant de sacrifier ma communion et vais être obligée d’adopter la grand’messe, je ne peux plus m’en tirer autrement !
Dimanche 29 janvier
Semaine très très dure, que je ne suis pas fâchée de voir terminée, j’ai eu beaucoup de travail et de peine et ne serais pas fâchée maintenant d’avoir un peu de calme et de repos. Dimanche dernier, Jacques était très enrhumé et un peu fiévreux, lundi, il lui a fallu rester au lit, le docteur ne lui a rien trouvé de grave, qu’un peu de grippe et de bronchite ; le lendemain Georgette se mettait au lit à son tour avec la grippe, de plus il faisait un froid terrible et le service était gelé, le mercredi, Monsieur Baron était pris à son tour, de plus il neigeait ces deux jours-là, j’ai passé mon temps en allées et venues entre la chambre de Jacques, l’étude et le grenier où les ouvriers de Pompidou dégelaient le service d’eau ; en plus de tout cela, il y avait le travail de la maison, Maman est bien venue à mon secours avec la bonne et Joséphine mais il restait encore beaucoup à faire, d’autant plus qu’il y avait des malades à soigner. Enfin tout va mieux, Jacques se lève et depuis deux jours descend déjeuner, Georgette se lève aussi sans être encore bien solide, espérons que tout va s’arranger, mais je suis bien lasse et n’ai guère envie de travailler le soir, je n’aspire qu’à dormir…. En tous cas il fait moins froid et j’espère que je n’aurai pas toute la peine que j’ai eu avec le chauffage, ni les ennuis causés par le service d’eau, lequel a gelé deux fois… nous avons eu jusqu’à – 9° ! puisse vite revenir le temps doux !
Dimanche 5 février
Enfin nous avons de la pluie autant que nous en voulons et peut-être même plus mais je ne m’en plains pas, par ce temps doux, con vit et on respire !… Les malades sont mieux, on peut même dire rétablis, Jacques tousse encore mais circule, Georgette a repris son service, Marie Gillet est même venue cette semaine de sorte que j’ai eu quelques loisirs et que j’ai pu travailler un peu, cela ne me fait pas vraiment de mal car au début de la semaine j’avais grand besoin de repos, ensuite j’ai beaucoup d’ouvrage en train, j’ai terminé un sac à ouvrage en tapisserie, lequel n’est pas encore monté, j’ai à finir deux petits tabliers pour Geneviève, à confectionner un drap et une taie d’oreiller pour le bébé de Solange, et un tricot pour le bébé Lesaffre qui doit venir à la fin du mois, ce qui fait que j’ai besoin de me presser.
Quoi de nouveau cette semaine : beaucoup de visites lundi, M. et Mme Henri Tenailleau puis Tante Abel et les Mignen ; mercredi Les Gourraud et M. et Mme Dorion. Jeudi matin je suis allée à la première messe en l’honneur de la fête de la Purification, il faisait une tempête effroyable et j’ai eu toutes les peines du monde à me rendre à l’église, au déjeuner nous avons confectionné des crêpes et des beignets ce qui a fait la grande joie des enfants ; après dîner, je suis allée avec les Bonnaud à une représentation de cinéma, oui, du cinéma parlant au poiré, donnée à la salle paroissiale. On a donné d’abord un film américain des plus quelconques, avec quelques beaux paysages, puis « Douaumont », film de guerre allemand assez bien rendu, mais loin d’approcher « Les Croix de bois ». Vendredi matin assisté à la messe en l’honneur du 1er vendredi du mois, puis passé l’après-midi à La Roche pour le dentiste et quelques courses. Hier après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet.
Les enfants sont bien, ils toussent un peu, mais ce n’est rien ; Jean est allé en classe hier, à sa plus grande joie ! Geneviève a maintenant quinze mois, et sa septième dent est percée depuis la semaine dernière.
Dimanche 12 février
Beaucoup travaillé cette semaine, peut-être même trop, car je suis fatiguée et forme le projet de me coucher ce soir à neuf heures au plus tard….Dimanche dernier, visiteaux Brachet, avec Jacques, nous sommes rentrés assez tôt pour le coucher des filles. Lundi travaillé ici tranquillement ; mardi, voyage à Nantes, j’ai entrepris de prendre des leçons de coupe avec Mlle ??? et suis allée là-bas à cette intention, je suis allée et revenue par l’autobus et j’ai fait pas mal de courses. Mercredi et jeudi travaillé ici également, reçu Armande Brachet et Marguerite. Vendredi, j’ai travaillé à mon tailleur commencé chez Mlle ???, fait deux tabliers pour Geneviève et un paletot, ainsi qu’un bonnet pour le bébé Lesaffre.
Après une semaine de temps très doux, très pluvieux et au fond pas désagréable, voilà qu’hier les vent s’est élevé et a balayé les nuages et un souffle glacial …. Hier, je suis cependant allée jusqu’à l’église avec Jean, c’était le 75me anniversaire des apparitions de Lourdes aussi la bénédiction du soir a-elle été plus solennelle, nous avons chanté devant la statue illuminée l’Ave Maria Stella, chanté si souvent autrefois, que de souvenirs !… ma réception d’Enfant de Marie, la bénédiction de chaque soir à Chavagnes pendant la guerre, et la dernière dois de ma vie de jeune fille, l’Ave Marie Stella de ma messe de mariage… nous avons chanté ensuite l’Ave Maria de Lourdes ! que de souvenirs encore là….
Aujourd’hui j’ai plusieurs lettres à faire et les enfants sur le dos !
Sommes allés jeudi soir au cinéma à La Roche, vu deux films quelconques avec cependant quelques jolies vues de Tahiti.
Lu « La maison des bories »le dernier prix Interallié, quelques idées discutables, mais un livre vraiment prenant et intéressant.
Dimanche 19 février
De nouveau de mauvais jours ; Jacquie est au lit avec une otite et cela nous inquiète bien, cela lui est venu très brusquement puisque jeudi soir seulement elle a commencé à se plaindre, la nuit suivante a été mauvaise, la journée de vendredi a été meilleure à tel point que nous croyions l’affaire liquidée,mais vers 8 heures et demie elle a recommencé à souffrir et la nuit a encore été très mauvaise ; hier matin nous sommes allées voir le docteur ???-Dubois, la pauvre chérie a bien supporté le voyage et a fait assez bonne contenance, mais l’après-midi a été plutôt pénible, elle était abattue avec une grosse fièvre, j’ai veillé la nuit dernière, elle a bien reposé à partir de minuit et la journée d’aujourd’hui a été assez calme, cependant la température persiste, nous retournons demain matin à La Roche voir le docteur.
Jacqueline est là depuis jeudi, mais nous n’avons guère profité de sa présence. Passé l’après-midi de mercredi à La Roche pour des visites ; jeudi chez Armande.
Révolution domestique cette semaine, changement de femme de ménage.
Dimanche 26 février
Une bien mauvaise semaine, heureusement mieux terminée que commencée. ! Jacquie était déjà bien fatiguée dimanche dernier, mais lundi la situation était pire, la nuit avait été mauvaise, la pauvre petite n’avait pas cessé de pleurer, l’oreille précédemment malade coulait abondamment et l’autre était prise à son tour, à huit heures notre pauvre chérie avait 40° et nous étions bien angoissés. J’ai fait demander M. Lucas, il nous a conseillé de transporter immédiatement Jacquie à La Roche à la clinique pour que le docteur puisse la suivre et la surveiller. Nous sommes donc partis le plus tôt possible, emmenant la petite chérie emmaillotée dans des couvertures, elle était un peu plus calme mais épuisée. Le docteur était là-bas… il a jugé son cas très sérieux et il m’a dit depuis qu’il craignait même de la méningite et il a procédé tout de suite à la perforation du tympan gauche…. L’après-midi a été clame, Charlotte est venue me voir, Jacquie a dormi presque tout le temps, à 5 heures la température avait un peu baissé, la nuit a été calme et le lendemain matin il n’y avait plus que 37°6. L’alerte avait été chaude… J’ai pu revenir ici vendredi après-midi, il me semblait que j’avais quitté la maison depuis plusieurs mois, ces journées à la clinique m’avaient paru mortellement longues, Charlotte est venue me voir chaque jour et m’a fait grand plaisir, j’ai travaillé et même fait pas mal d’ouvrage…. Enfin nous sommes maintenant réunis ici et à peu près tranquilles dur la santé de Jacquie, qui est gaie et aussi bien que possible….
Les Granger sont partis hier, je ne les ai cette fois-ci presque pas vus. Oncle Raymond devait venir hier soir, il y a dû avoir un contre-ordre car nous n’avons vu personne.
Mlle Rivallaud est morte ce matin.
Dimanche 5 mars
Tout va mieux maintenant, Dieu merci, Jacquie est aussi bien que possible, ses oreilles ne lui font plus mal et elle commence à passer des bonnes nuits…. Je suis allée à Nantes, hier après-midi avec elle, profitant d’une place offerte par Marguerite, et lui ai acheté un chapeau, et commandé un petit manteau bleu clair….
Quoi de nouveau cette semaine ? L’événement marquant est l’entrée de Jean à La Jamonière vendredi matin, il a l’air de se faire à ce changement, mais cela a été pénible de l’envoyer ainsi au milieu de tous ces garçons ! à l’asile, Mlle Violeau faisait un peu la maman, tandis que maintenant le voilà lancé dans la vie !
Reprenons les autres jours ! lundi voyage à La Roche avec Maman et visite à l’église à l’occasion des Quarante Heures ; mardi assisté à l’enterrement de Mlle Rivallaud. Jeudi, voyage à La Roche pour le dentiste et le coiffeur, puis fini l’après-midi chez Armande Brachet.
Temps superbe aujourd’hui, les enfants jouent dehors, tout annonce le printemps. Je retourne à Nantes lundi pour m’occuper des toilettes de la nouvelle saison.
Geneviève a seize mois d’hier, c’est un petit diable plein de malice qui nous donne du fil à retordre.
Dimanche 12 mars
Un vrai temps printanier aujourd’hui, c’est une joie de sortir au soleil… d’apercevoir par dessus le mur du jardin les branches d’un prunier en fleurs. Les enfants s’en donnent à cœur joie, depuis le matin jusqu’à l’heure du dîner ! Geneviève elle-même passe ses journées dehors, trotte de tous côtés et fait sottise sur sottise, elle patauge dans l’eau, tripote le charbon et cherche à ouvrir le portail, un vrai petit démon !
Tante marguerite est ici depuis lundi, aussi je vois forcément moins Maman et mes journées sont très remplies. Lundi visite de Françoise, mardi voyage à nantes avec Jacques, mercredi compotes de pommes en conserve, jeudi gelée de pommes, vendredi confection de rillettes et cuisiné un morceau de cochon, bien pris tout de même un moment de repos mais repos très relatif à cause de mon petit diable ; aussi je suis lasse et enchantée que Maman ait pris Jean et Jacquie pour déjeuner. Jean va régulièrement à la Jamonière mais se fait fortement prié pour se lever à 7 heures et quart.
Je comptais sur une bon moment de repos… tante Aline est ici, elle est arrivée aussitôt déjeuner alors que j’avais encore de la cuisine à faire et Geneviève à lever, il y a des questions d’intérêt à régler et c’est empoisonnant !
Au point de vue moral, mauvaise semaine, depuis la mort de Papa, j’ai perdu mon insouciance heureuse d’autrefois, et me tourmente souvent avant qu’il ne soit temps ; il y a bien aussi des sujets d’inquiétude, la situation extérieure n’est pas claire, pour mon compte personnel j’entrevois un été infiniment moins calme que j’aurais aimé, peut-être des grands changements et cela me tourmente !…
Dimanche 19 mars
Jean a six ans depuis avant-hier…. Depuis hier Jacquie de plaint à nouveau de son oreille, elle n’a pas de fièvre mais elle a pleurniché toute la nuit et nous sommes malgré tout assez inquiets !… d’un autre côté les événements extérieurs ne sont pas rassurants, et la menace d’une guerre pèse sur l’Europe, ce serait quelque chose d’effroyable et on ne peut assez prié pour demander à Dieu d’éloigner de nous ce cauchemar !…
Reprenons cette semaine. Lundi travaillé avec Augustine, il faisait un temps radieux et nous pouvions déjà nous croire au printemps. Mardi voyage à Nantes avec Maman, Tante Marguerite et Jacquie, j’ai fait tout ce que j’avais à faire maiq nous n’avons pu partir qu’à six heures et pour comble de bonheur, nous avons eu une panne d’éclairage un peu après Rocheservière, si bien que nous étions là assez tard. Mercredi travaillé au tailleur que je me suis fait avec Mlle ???? et passé l’après-midi à Luçon avec Jacques et Jacquie. Jeudi travaillé de nouveau avec Augustine. Vendredi reçu Maman et Tante Marguerite à passer l’après-midi et enfin hier fait quantité de rangements, nous avons acheté une commode pour le salon et j’y ai installé tout mon matériel habituel, livres de cuisine, fournitures d’ouvrages et autres de façon à laisser les meubles du bureau pour les jouets des enfants, cela m’a pris la plus grande partie de la journée !
Ce matin assisté à la première messe, je compte ne pas sortir de la journée, je ne sais pas ce que va nous amener l’oreille de Jacquie et cela nous tourmente. J’ai un peu à écrier, des dessins à faire et cela va bien m’occuper aujourd’hui.
Dimanche 26 mars
Aujourd’hui l’heure d’été, d’où le décalage dans nos habitudes, il va y avoir quelques jours de flottement, puis tout rentrera dans l’ordre. Nous avons aujourd’hui un temps superbe, un vrai temps printanier, j’ai mis ce matin un chapeau de paille pour aller à la messe, dans le jardin, les pêchers sont des bouquets roses et les fleurs des poiriers ne vont pas tarder à d’ouvrir…. Les enfants et Jacques vont bien, il n’y a pas pour l’instant de gros soucis, la situation extérieure, sans être claire, est un peu moins tendue, je voudrais fixer cette heure et toujours y demeurer !…
Beaucoup travaillé encore cette semaine, lundi gardé les enfants, le matin sommes allés à la Roche montrer Jacquie au docteur, ilne s’agissait que d’un furoncle du conduit, par conséquent rien de grave et nous avons été rassurés. Mardi, voyage à Nantes par l’autobus, avec Tante Marguerite, j’ai eu le maintenant trois essayages et des courses à faire, l’après-midi je suis montée un peu chez Françoise, puis suis allée à une leçon chez Mlle ???. Mercredi voyage à La Roche chez le dentiste et visite à Charlotte. Jeudi pour la Mi-Carême, Jacques a conduit les deux grands et Georgette à Nantes, je suis restée seule ici avec Geneviève, j’ai eu la visite de M. Pillet et de sa famille, puis j’ai préparé mon dîner qui a été vite fait et vite avalé. Maman et Tante Marguerite sont venues me tenir compagnie jusqu’à l’arrivée des voyageurs, les enfants dormaient et il n’y avait plus qu’à les mettra au lit. Vendredi passé l’après-midi chez Maman. Beaucoup travaillé à mon tailleur ces jours-ci, la jupe est maintenant bien avancée ! Tante Marguerite est partie hier matin, Oncle Alfred arrive ce soir !
Quelques rangements à faire cet après-midi avant le retour des enfants qui déjeunent chez Maman.
Dimanche 2 avril
Les premières hirondelles sont revenues la semaine dernière, elles ont bruyamment salué leur nid, puis sont reparties, que s’est-il passé ? leur nid était-il occupé ?, sont-elles aller chercher un gîte ailleurs ? espérons que malgré cela elles nous reviendront ; j’ai toujours , depuis ma plus tendre enfance, connu un nid d’hirondelle à cette place, et cela me manquerait trop.
Jacquie est à Nantes depuis jeudi et d’après un coup de téléphone reçu hier, tout à l’air de bien marcher là-bas , cela me fait un peu de vacances, Jean est toute la journée en classe et avec mon « petit lion » seulement j’ai quelques loisirs pour travailler. Mon tailleur avance… hier j’ai installé toute une doublure et cela m’a fait beaucoup travailler, j’ai encore une jupe en petit lainage pied de poule que je pourrai porter également avec ma jaquette noire, cela me donne bien à travailler, j’ai eu de plus de tout cela un napperon en chantier et des tricots, beaucoup d’autres projets encore :
Lundi j’ai eu la visite d’Oncle Alfred et de Françoise et suis allée faire eux une bonne promenade, chose qui ne m’était pas arrivée depuis fort longtemps ! mardi voyage à La Roche pour le dentiste et le coiffeur. Mercredi ne suis pas sortie ; Jeudi voyage à Nantes et courses, hier et avant-hier travaillé ici.
Assisté, hier soir, à l’église à une bénédiction avec chants arméniens, précédée d’un service sur l’Oeuvre d’Orient qui remplace en Terre Sainte et dans les pays d’Orient la Propagation de la Foi, sermon d’ailleurs très intéressant. Les vêtements liturgiques aux couleurs et aux formes inusitées chez nous, les chants graves d’une beauté mélodieuse et profonde, tout cela donnait un aperçu de ces pays inconnus que probablement nous ne verrons jamais.
Dimanche 9 avril
J’attends Jacques pour déjeuner, il est retenu à l’étude par des clients, mais ne va tarder à venir maintenant. Geneviève est au dodo. Jean et Jacquie déjeunent aujourd’hui chez Maman ;il fait un temps radieux, tout est absolument calme et paisible, et cette tranquillité me fait même un peu peur ? Puisse la Divine Providence écarter de nous les orages !…
Que dire de cette semaine ?… Lundi nous avons eu la lessive et comme il faisait très beau, le soir tout était sec, les serviettes, torchons et draps rentrés dans les armoires, les mouchoirs repassés et tout le linge à repasser en ordre. Mardi après-midi courses à La Roche. Mercredi après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet. Jeudi nous avons eu Michel à déjeuner, et pour les distraire Jean et lui j’ai fait une partie de nain-jaune ; vendredi travaillé comme d’habitude et hier une journée à Nantes, j’avais ma leçon chez Mlle ??? et l’après-midi, j’avais à m’occuper de pas mal de petits détails de toilette, fleurs, les chapeaux etc… il faisait chaud à marcher et je suis revenue avec une bonne migraine. Nous avons ramené Jacquie enchantée de son séjour chez sa grand’mère, mais non moins ravie de se retrouver ici. Je sui contente d’avoir de nouveau mes trois petits autour de moi, mais cela ne va pas sans fatigue et sans peine, d’autant plus que certaines choses m’ont profondément froissée, bien que je n’ai pas voulu le laisser paraître, il y a des moments douloureux parfois !
Ce matin les Rameaux…..
Dimanche 23 avril
Beaucoup à raconter, et je ne dispose que de très peu de temps, car nous devons aller à Nantes cet après-midi et le voyage me prendra une bonne part de ma journée. Les semaines passées ont été bien remplies et il ne m’arrive pas souvent d’avoir du temps à moi ; j’ai beaucoup d’ouvrage en chantier, trop peut-être…. mon tailleur est terminé, ma jupe grise aussi, mais j’ai commencé une blouse en geo blanc, une robe au point de croix pour Jacquie, des napperons sans compter les indispensables tricots….
Pendant la semaine sainte j’ai été pas mal dérangée, nous avons eu l’arrivée de Jacqueline, venue passer quelques jours avec nous ; le mardi, je suis allée à Nantes pour une dernière séance chez Mlle Laucoin ??? et quelques courses, j’ai profité d’un peu de temps pour aller voir la foire de Nantes, qui n’avait rien de très sensationnel, le pavillon des fleurs, seul, était superbe. Le mercredi, pêche au marais, j’y suis allée avec Jacqueline et Charlotte, et nous avons passé un bon moment là-bas, le grand air m’a fait du bien… Le jeudi saint je suis allée communier à 7 heures puis, dans la matinée, nous avons eu la visite d’Oncle Raymond venu passer la journée à la maison. Maman, Jacqueline et lui sont venus dîner avant son départ ; Aline se marie le 4 juin, j’irai… si je le puis !….Vendredi, rien de nouveau, samedi matin nous avons eu la joie des enfants à l’arrivée des cloches de Pâques, Geneviève, elle-même, était très heureuse de sa petite « cocotte en chocolat » ! samedi après-midi j’ai fait les préparatifs de voyage, et vers 6 heures nous sommes partis pour Nantes ! départ pas très gai, Jean était très enrhumé, les yeux mêmes étaient pris, Jacquie se plaignait d’une oreille !…
Dimanche matin, nous sommes allés communier à la chapelle Notre-Dame de Toutes Joies, puis une fois le travail indispensable fait, nous sommes allés Jacques, Madeleine et moi à la grand-messe de Saint-Pierre… L’après-midi il faisait très beau, promenade en auto jusqu’à Lucé, quelques jolies échappées sur l’Erdre, soirée au cinéma voir « Fanny »
Lundi matin nous avons paressé un peu puis fait la cuisine et le ménage. Après déjeuner, nous avons expédié la vaisselle et sommes partis en promenade, nous avons débuté par Saint-Sébastien, qui a l’allure pittoresque d’un village de pêcheurs puis, par la route sud, nous avons remonté la route jusqu’à Saint-Florent Le Vieil, la vue sur la Loire est toujours très belle et, du côté de Champtoceaux surtout, il y a des paysages de toute beauté. Nous avons goûté dans une île de la Loire entre Varades et Saint-Florent, puis pris, pour le retour la grande route d’Angers.
Mardi matin pris pour le retour la route du Poiré, laissant Jean à Nantes pour les vacances, seulement comme il a été très enrhumé, il n’a pu sortir. Jacquie a dû manger un peu trop de chocolat et nous fait des poussées de boutons, que je suppose être de l’urticaire. Geneviève est toujours éveillée et mignonne.
Rien de très nouveau cette semaine, Armande Brachet est souffrante, Marguerite au lit avec une angine. J’ai reçu hier à goûter Pierre et Geneviève Bouliau
Dimanche 30 avril 1933
Mauvaise semaine, j’ai eu dès le premiers jours un gros mal de gorge, contre lequel j’ai voulu lutter, j’ai essayé de « tenir le coup », mais en vain, après une journée assez pénible mercredi et une matinée très dure jeudi, j’ai été obligée de me mettre au lit, j’ai été fatiguée surtout jeudi soir, avec un peu de fièvre, mais dès vendredi matin je me sentais un peu dégagée et mieux, j’ai passé au lit toute la journée de vendredi et hier je me suis levée pour déjeuner, un peu tôt peut-être car maintenant je tousse sans arrêt et la nuit dernière a été mauvaise. J’ai passé encore une matinée au lit et je me coucherai de bonne, Maman a emmené les deux grands chez elle, si bien que je n’aurais pas de peine avec Geneviève toute seule !
Rien de bien important cette semaine ! dimanche nous sommes allées à Nantes chercher Jean, lequel est très enrhumé et n’a pu retourner à l’école. Lundi et mardi travaillé avec Augustine. Mercredi…, ah si mercredi, un événement marquant, Jacques a décidé de changer la…. contre une Chenard 9 CV qui sera en notre possession dans une quinzaine. Depuis jeudi, travaillé dans mon lit, j’ai tiré l’aiguille avec acharnement et fait beaucoup de besogne
Le mariage de Georgette est raté, pour ma part je n’en suis pas mécontente, mais pour la pauvre fille cela me fait de la peine.
Dimanche 22 mai
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 22 mai 1933 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Une grande interruption, c’est le premier jour où je reprends mon stylo, et je ne suis pas encore très vaillante, je viens d’être très secouée, j’ai fait une mauvaise grippe avec une grosse bronchite et un très fort embarras gastrique et cela m’a mise complètement à plat. J’ai maigri de plusieurs kilos et n’ai plus aucune force, cela reviendra peu à peu mais il faut de la patience et du temps. Je suis restée plus de quinze jours au lit, et le pire, c’est que la première semaine, Jean était grippé aussi et Maman passait son temps à aller d’un lit à l’autre. J’ai trouvé le temps bien long !… Les premiers jours j’ai encore pu travailler, mais ensuite je n’ai plus eu de force et j’ai dû me contenter de lire ou de somnoler ! j’ai eu quelques visites, qui me faisaient plaisir, mais me fatiguaient tellement que la fièvre montait ensuite. J’ai vu plusieurs fois le Docteur Lucas, puis Mme Logeais étant venue à mourir il s’est fait remplacer par le docteur Charrier. Il m’a fallu avaler des potions et des tisanes, des pilules et autres drogues, mes laisser faire des ventouses et des cataplasmes… Enfin le Docteur Lucas m’a dit jeudi que la bronchite était disparue, que je pouvais m’alimenter légèrement et prendre des fortifiants, ce dont j’ai grand besoin !… je me suis levée quelque heures mercredi et depuis hier je me lève la journée entière, tandis que jeudi et vendredi il fallait me recoucher de 1 h. à 5 h…..
Maman est partie tantôt aux Sables, pour quelques semaines, elle a emmené Jean et Jacquie de sorte qu’avec Geneviève seule j’aurais du repos et me remettrait plus facilement, je suis encore peu solide.
Dimanche 28 mai
Quelques progrès cette semaine mais pas très rapide, il faut le temps pour toute chose ! j(‘ai fait vers mardi une petite poussée de température et de bronchite, le docteur est revenu vendredi et a constaté que les râles avaient disparu, mais il m’a dit qu’il me faudrait des précautions pendant plusieurs mois, du repos, il a beaucoup insisté là-dessus. Je ne fais que cela depuis un mois, et je m’ennuie ! Les journées sont longues, je ne peux guère écrier ou travailler….et je sens bien que je n’ai aucune force.
Rien de très nouveau cette semaine, j’ai eu quelques visites, il a fait beau, hier il a plu, maintenant il fait froid. Jacques m’apporte des roses, il y en a de superbes, paraît-il dans le jardin !
Nous avons de bonnes nouvelles des Sables ; Jacques va m’en apporter de toutes fraîches, il est parti depuis hier soir, pour le clôture du Congrès national des anciens combattants, je ne sais s’il reviendra ce soir ou demain matin.
Nous renonçons, et par force, à notre voyage de Paris pour la Pentecôte, Aline se mariera sans nous ?
Madeleine de Baynast a un fils Bertrand.
Samedi 3 juin
J’ai vu le docteur hier soir, il m’a auscultée de nouveau et son examen a été satisfaisant, je peux maintenant sortir, modérément il est vrai, et surtout ce qui m’a fait grand plaisir, je suis autorisée à passer aux Sables la journée de demain, quelle joie de sortir après un si longue réclusion ! Quelle joie de voir les deux chéris dont je suis privée depuis quinze jours ! Pourvu qu’il fasse beau !
Semaine un peu plus mouvementée que les précédentes, j’ai encore pris beaucoup de repos cependant, et aujourd’hui seulement ai recommencé à travailler un peu dans la maison. Mardi et mercredi, Georgette s’est absentée pour aller à un mariage et il m’a fallu m’occuper de Geneviève, ce qui ne m’ cependant pas trop fatiguée ; mardi soir Armand et Suzanne sont venus coucher ; mercredi c’était la réunion des anciens de Richelieu, Armand y est allé avec Jacques et Suzanne est restée déjeuner avec moi ; nous avons beaucoup causé, plus intimement que de coutume, et j’ai compris bien des choses que je ne comprenais pas auparavant. Ils ont dîné et sont partis ensuite. Jeudi, journée très calme. Hier visite de Mme Lesaffre puis de Marguerite.
Aujourd’hui fait des confitures de fraises et écossé des petits pois… après déjeuner ma première sortie dans le jardin, tout est vert et fleuri, il y a des roses ravissantes. Je me sens beaucoup plus forte….Maman et les enfants vont bientôt revenir des Sables ; je vais reprendre ma tâche quotidienne.
Dimanche 11 juin
De mieux et mieux ! voici le bulletin du jour et c’est une grande chose ! mes forces reviennent rapidement…. Je m’occupe maintenant de Geneviève, c’est moi qui la lève le matin, elle est quelquefois un peu fatigante mais c’est pour moi une grande joie que de m’occuper de ma petite fille, que de jouir de ses petits mots et même de ses caprices. Je m’occupe aussi un peu dans la maison, les conserves et les confitures prennent beaucoup de temps ; j’écosse aussi des petits pois, ouvrage que je peux faire assise ; je commence, sans me fatiguer, à faire quelques rangements dans la maison, j’ai beaucoup de travail en perspective, mais me fatigue encore vite ; hier matin j’étais si lasse que j’ai dû rester au lit une partie de la matinée ; enfin tout cela reviendra peu à pau.
Quoi de nouveau cette semaine , mercredi après-midi chez Marguerite avec Armande, jeudi après-midi aux Sables, nous y étions déjà allés dimanche, et avons les deux fois, trouvé les deux grands bien portants. Jean est encore maigre mais il a bon teint et bon appétit, Jacquie entend mieux, elle a un appétit solide et des joues superbes, tous deux sont heureux de jouer sur la plage et ne demandent pas à revenir ici. Nous y allons, dimanche passer la journée, avec « le petit lion »
Aline est mariée depuis mercredi ; Jacqueline nous a donné par lettre des détails, mais je regrette de n’avoir pu faire ce voyage dont je me promettais tant de plaisir !
Aujourd’hui la première communion ici, j’ai pu assister à la grand’messe, il y a longtemps que je n’avais pu assister à pareille cérémonie et j’en ai été très émue ; que de souvenirs, de souvenirs de vingt ans !
Dimanche 25 juin
La grand’messe sonne, tout à l’heure, si le temps le permet, la procession déroulera d’un reposoir à l’autre sa pompe est ses cantiques, je laisse les enfants avec Georgette et serai heureuse d’y assister ! Nous avons actuellement une période à peu près calme, je me sens tout à fait remise, à part quelques douleurs dans le dos et qu’un peu de raideur dans les jambes et les enfants sont bien portants ; Jean est toujours aux Sables avec maman, laquelle souffre des reins et aurait bien besoin de se soigner. Jacquie est ici, nous l’avons ramenée des Sables à la suite d’une nouvelle alerte, elle a été prise en pleine nuit de violentes douleurs d’oreille, Maman affolée, a couru chercher le docteur, qui a immédiatement perforé le tympan de la pauvre chérie, le pus a coulé et elle a été soulagée, mais elle avait en même temps une bonne angine, résultat également d’une infection des végétations, dès le matin, Maman nous a prévenus par téléphone, malheureusement c’était la foire et nous n’avons pu partir que l’après-midi et sommes arrivés là-bas par un violent orage. Jacquie était mieux elle avait encore de la fièvre mais ne souffrait pas, je me suis décidée à rester pour la soigner, nous avons organisé toutes deux une chambre au-dessus du garage, la maison étant pleine d’ouvriers et Jacques est reparti seul le soir. Dès le lendemain , la fièvre était tombée et le mieux est venu rapidement, seulement il faudrait lui faire enlever les végétations au plus tôt ! je suis restée aux Sables, jusqu’au mardi et au fond, est-ce le changement d’air ? ce séjour m’a fait du bien ; les premiers jours ont été plutôt pénibles, il fallait sans cesse monter et descendre et l’escalier est très fatigant, mais les derniers jours j’ai pu bien me reposer. Le vendredi je suis sortie un moment avec Jean, il faisait un temps radieux …. Mais dès le lendemain nous avions de la tempête et dimanche le temps n’était pas merveilleux pour la bénédiction de la mer, le coup d’œil était pourtant superbe, une cinquantaine de bateaux décorés encadraient celui où Monseigneur avait pris place avec le clergé, une fois en rade, a eu lieu le chant du Libera pour les « péris en mer », les enfants ont jeté des fleurs puis le défilé s’est reformé au chant des cantiques.
Je suis donc ici avec Jacquie depuis mardi et j’ai repris ma tâche habituelle, l’ouvrage ne manque pas, il y a naturellement des conserves et des confitures et beaucoup de rangements à faire dans la maison. De plus il nous est arrivé une histoire qui aurait pu avoir des conséquences tragiques ; Augustine en descendant dîner à laissé le fer branché et il a chauffé de 7 heures à 10 heures et demie !… heureusement Jacques s’en est aperçu ! j’étais couchée, Georgette aussi et s’il n’était pas passé par l’escalier de service, nous aurions flambé dans la nuit ! résultat, la planche à repasser brûlée, le tapis de table, la table également, avec un beau trou, de plus une chemise de nuit à Jacques et deux des ses pantalons, justement les plus propres, c’est du beau travail !
Passé une après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet, toutes deux surtout Marguerite ne sont pas brillantes !
Dimanche 2 juillet
Une courte revue de la semaine car je n’ai que quelques minutes, l va être l’heure de faire déjeuner Geneviève et de la coucher, et cet après-midi je ne serai guère libre.
Lundi, journée à Nantes, quelque peu fatigante naturellement, emplettes diverses. Mardi nous avons eu la surprise de voir arriver par le tram Maman et Jean, alors que nous les attendions que le lendemain. Mercredi matin, arrivée de François qui vient d’échouer à son bachot et nous reste quelques jours, mercredi après-midi voyage à La Roche, j’ai conduit Jean chez le dentiste et nous avons mené Jacquie chez le docteur ???, lequel a jugé la suppression des végétations nécessaire, et ce sera donc pour après-demain mardi. Jeudi après-midi, rangé la grande armoire de la lingerie, laquelle en avait le plus sérieux besoin. Vendredi reçu Marguerite et Armande Brachet, hier passé l’après-midi chez Maman avec les enfants. Demain nous avons la lessive, mardi donc l’opération de Jacquie, samedi je reçois Mère et Madeleine et dimanche tous les Landais à déjeuner et à dîner.
Beau temps depuis quelques jours. Jacquie et Geneviève portent des petites roves en toile brodées, fraîches et jolies, il fait bon s’attarder le soir dans le jardin… ce sont des instants délicieux, trop rares malheureusement mais une vrai détente après le travail de la journée.
Dimanche 23 juillet, de la plage
Bien longtemps que je n’ai pu écrire j’ai été prise ces deux derniers dimanches, et bien absorbée sur la semaine, aussi il m’a fallu laisser couler les jours. Depuis mercredi nous sommes aux Sables, et si je suis occupée avec les enfants, j’ai au moins sur la plage de bonnes heures de repos. Il fait ce matin un temps délicieux, le soleil est chaud, mais l’air est vif, Maman et moi sommes installées sur le sable, les enfants jouent autour de nous, ils sont déjà tout bronzés par le soleil, les deux grands ont déjà des superbes coups de soleil.
Reprenons un peu ces deux dernières semaines, le mardi 4, nous avons eu l’opération de Jacquie, tout a été vite passé, mais la pauvre poupée a fait ensuite un bonne colère, nous l’avons transportée à la clinique, elle a dormi et n’a pas trop souffert ; j’ai vu Charlotte un moment matin et soir, Madame Durand un peu aussi, malgré cela le temps m’a paru long, et j’avais hâte d’être rentrée chez moi. Les deux journées suivantes ont été pénibles, il a fallu tenir Jacquie au lit et ce n’a pas été commode, d’autant plus qu’il faisait très chaud ; il y a eu des moments épuisants ! Le jeudi soir tout allait bien et je croyais la corvée terminée, quand Maman m’a amené Geneviève qui venait de vomir ; elle était pâle comme un linge et très abattue ; elle a piqué un bel embarras gastrique et il a fallu recommencer mes séances près d’un petit lit ; la pauvre chérie n’a jamais fait une grosse fièvre … elle ne pleurait pas et ne paraissait pas souffrr, elle était sage même trop sage, ne riant pas, ne jouant pas et cela m’inquiétait. Le dimanche, j’ai eu tous les Landais à déjeuner, Geneviève était debout, mais elle se traînait et marchait encore plus mal que d’habitude, aussi Paul Landais s’est inquiété, craignant qu’il s’agisse d’une malformation du bassin et nous a conseillé de voir un spécialiste. Le mardi une cuillerée d’huile de ricin a débarrassé les intestins de la pauvre poupée, et le mercredi sommes allés à Nantes consulter le docteur Joubert, le bassin est parfaitement conforme, il ne s’agit que d’une faiblesse des jambes et cela n’a rien d’inquiétant, dit le docteur. Le jeudi nous étions rassurés et plus tranquille mais, la nuit suivante, Jacquie, qui avait mangé sans permission des framboises dans le jardin, a piqué à son tour un bel embarras gastrique et vomi deux fois ; pour comble Mère et madeleine arrivaient déjeuner, les Lego passaient l’après-midi et Oncle Raymond arrivait le soir. J’ai eu un moment de découragement, j’avais été tellement fatiguée par les événements des semaines précédentes !… et Jacques ne peut savoir quel sacrifice m’a été imposé ; il y a des personnes qui ne se rendront jamais compte de ce qu’elles peuvent être importunes !… enfin tout cela est oublié, je suis plus forte, plus capable de supporter mes ennuis, mais il est terrible de ne pouvoir jamais être chez soi !…
Le samedi j’ai purgé Jacquie et tout a été mieux ensuite ; le dimanche j’ai un peu commencé mes préparatifs, le lundi j’ai fait des visites et bouclé la valise de Jean qui partait avec Maman le mardi matin ; mardi j’ai continué mes préparatifs, reçu une longue visite de Mme Rivallaud qui est fort aimable et mercredi après-midi nous nous sommes embarqués, voiture comble comme d’habitude. Depuis nous sommes organisés ici, grâce aux réparations la maison est plus agréable ; et, étant mieux servis, nous sommes malgré tout plus libres, il fait beau et les enfants passent la plus grande de leurs journées sur la plage ; espérons que cette saison sera exempte de maladies, et leur fera à tous le plus grand bien.
Dimanche 30 juillet
Une belle journée aujourd’hui cela fait plaisir après deux jours de mauvais temps ; avant-hier nous avons pu passer encore notre temps sur la plage, mais hier après-midi nous n’avons pu sortir et il a fallu garder les enfants à la maison, ce qui n’a pas été précisément reposant, vers 6 heures, fatiguée d’entendre leurs cris, je les ai emmené faire un tour de Remblai mais nous avons été pris par la pluie et sommes revenus trempés ; cela fait plaisir ce matin de voir le soleil.
Bonne semaine, Jacques est venu dimanche comme d’habitude, nous avons passé l’après-midi sur la plage et fait un tour le soir. Le lundi Maman avait invité les Lego à déjeuner, il a fallu cuisiner le matin ; l’après-midi, nous sommes allés visiter la maison de Clémenceau et cette visite m’a beaucoup mieux plu que la dernière, nous étions seuls comme visiteurs et avons pu avoir beaucoup de détails que nous n’avions pas eu. Le soir nous sommes allés tous deux au Casino entendre les Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Vu beaucoup de personnes de connaissance et passé une soirée charmante, ces chœurs d’enfants sont une merveille, merveille d’expression, de finesse, il y avait d’abord des chants religieux très beaux puis plusieurs choses du XVIe siècle, très intéressantes, enfin des vieilles chansons harmonisées d’une façon exquise, et tellement bien rendues que notre vieux « Malb’rough » par exemple, devient un vrai petit drame. Tout cela expliqué d’une façon charmante et pleine de finesse par le directeur de la Maîtrise.
Jacques est reparti mardi matin, comme d’habitude, depuis rien de bien nouveau, nous passons presque toutes nos journées à la plage et je ne peux me rassasier, tout en tricotant, du spectacle admirable de la mer ; Les enfants sont bien, Jean a le sos à vif par des coups de soleil, Jacquie est transformée en négresse, Geneviève est de plus en plus drôle et mignonne et fait de grands progrès pour parler, sur la plage ils ne donnent guère de peine, et cela ma fait du bien de me reposer.
J’attends Jacques tantôt, les Granger viennent mercredi ; nous allons avoir l’avalanche du mois d’août.
Le Poiré, dimanche 6 août
Ce n’est pas de la plage hélas !… je suis de retour ici, pour très peu de temps, je l’espère, Jacques est malade et je n’ai pu le laisser seul ; j’ai confié les enfants à Maman, à Jacqueline et aux deux bonnes et suis venue ici soigner mon pauvre chéri ; je suis arrivée hier soir voir 10 heures et demie avec M. Guillaumé qui partant à Montaigu déposait chez eux M. Gendreau et Mlle Armande… tout le monde dormant, j’ai eu de la peine à me faire entendre, enfin Jacques était content de m’avoir auprès de lui et plus tranquille, le pauvre chéri a un embarras gastrique, dû sans doute à la chaleur et à la fatigue, il est à la diète depuis deux jours et il a té purgé ce main, il se trouve très faible, je n’ai pas grand-chose à faire pour le soigner, mais il est content que je soie là… les petits sont bien, Jean est de plus en plus grillé et Jacquie transformée en petite négresse, quant à Geneviève, elle a percé sa onzième dent, elle est de plus en plus mignonne et fait des grans progrès pour parler.
Lundi dernier j’ai assez peu vu Jacques, il est allé à une réunion et n banquet de notaires, mais nous avons pu, de 4 à 6 heures, faire un bon petit tour en auto. Mardi rien de nouveau, de longues stations à la plage. Mercredi après-midi, visite de Suzanne Truffaut et de ses sœurs, le soir arrivée des Granger. Jeudi, Jacques est venu dîner avec nous et nous comptions faire vendredi après-midi une randonnée à Croix de Vie et Sion, mais il s’est trouvé malade en déjeunant et a dû passer son après-midi à se reposer, il a voulu cependant partir après dîner, mais la nuit n’a pas été très bonne et hier matin il m’a téléphoné que cela n’allait pas très fort, c’st pourquoi je me suis décidée à partir.
Jean Granger a regagné La Haye hier ; les Valade sont arrivés Hier ; Tante Jeanne et Menine arrivent après-demain.
Dimanche 13 août
Jacquie a 4ans aujourd’hui, elle en est toute heureuse et très fière, elle a promis de ne plus faire de colères, mais je n’ose croire qu’elle tienne sa résolution ; en tous cas elle nous a donné cette semaine quelques échantillons de son talent et ceci, joint à quelques petites histoires désagréables, est quelque peu fatigant !
J’ai donc passé au Poiré les journées de dimanche et de lundi, il faisait une chaleur atroce, Jacques avait pris une purge le matin, il était anéanti et a passé la journée au lit, je suis restée écrire auprès de lui, j’étais malade de chaleur, le soir seulement j’ai pu respirer un peu dans le jardin. Le lundi matin j’ai fait de la confiture et des conserves de mirabelles ; l’après-midi j’ai pu me reposer tranquillement dans le bureau ; Mère est arrivée le soir à 8 heures et je suis repartie pour les Sables en prenant l’autobus à Aizenay à 9 heures moins le quart, et laissant mon malade en bonne voie de guérison.
Rien de bien nouveau à part cela cette semaine ; de longues stations sur la plage, mais hélas souent par une chaleur étouffante ; jeudi et hier ont été les pires journées, il n’y avait aucun souffle, vendredi on respirait un peu mieux, ce matin nous sommes au bord de l’eau, il y a un peu d’air, mais tantôt le soleil tapera dur.
Soirée au cinéma mercredi avec Jacqueline pour « Théodore et Cie », très amusant. Quelques bons moments cette semaine, mais bien des mauvais aussi, discussions et choses pénibles.
Dimanche 21 août
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 21 aout 1933 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Il pleut ! pour une fois nous ne pouvons expédier les enfants sur la plage à l’heure habituelle, is jouent à peu près gentiment ici et je les surveille en écrivant, ce qui constitue un repos très relatif.
Bonne semaine, le temps a été quelque peu douteux, mais nous avons cependant passé la plus grande partie de nos journées à la plage ; j’ai travaillé comme d’habitude, j’ai fait – à la maison- des jours Venise ; confectionné une culotte en tricot à Jean, un chapeau au crochet pour moi et la moitié d’un chandail pour Geneviève.
Dimanche dernier, Jacques est venu comme de coutume, et nous avons passé sur la plage une après-midi bien tranquille. Lundi matin quelques courses, lundi après-midi voyage à Croix de Vie et Sion, nous n’avons pas u Tante Aline, qui venant aux Sables pendant ce temps-là, mais nous avons passé un bon moment avec les Lego sur la plage de Croix de Vie et sommes allés voir les Durand à Sion. Dimanche avons eu une visite des Mignen qui sont restés dîner avec nous. Mardi, jour du 15 août, nous sommes allés Jacques et moi à la messe de 7 heures, nous avons ensuite passé la journée sur la plage avec les enfants. Mercredi déjeuné chez Tante Aline, il pleuvait et nous ne sommes pas sortis ; Jacques est parti le soir après dîner.
Jeudi, j’ai passé la journée seule ici avec les enfants, Maman est allée à Nantes, avec Jacqueline, consulter le docteur Joubert, pour ses douleurs très vives dans la région des reins ; il a trouvé une ossification des ligaments produite par des rhumatismes ; il n’y a rien de grave, mais c’est une chose douloureuse qui nécessite un traitement de longue haleine.
Vendredi et samedi rien de nouveau, les enfants sont désagréables à la maison et bien faciles à la plage, je passe de bons moments avec Geneviève qui est délicieuse et commence à dire beaucoup de petites choses. Jean a récité pour la fête de sa grand-mère « Le lièvre et la tortue » il y mettait le ton avec conviction et faisait des gestes tout à fait comiques.
Dimanche 28 août
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 28 aout 1933 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Reprenons mes gribouillis, je suis sur la plage, pas très confortablement installée, mais au moins je peux surveiller les enfants qui jouent devant moi et j’ai devant moi le spectacle toujours merveilleux de la mer ; il fait d’ailleurs un temps délicieux, après quelques jours assez désagréables, nous avons de nouveau du soleil mais tempéré par une brise fraîche….
Je dois me presser ce matin, car j’ai plusieurs lettres à écrire et en semaine je n’ai guère le temps, j’ai entrepris la confection d’un sweater dont j’ai besoin le plus vite possible aussi je me presse de le faire ; Lundi matin, nous avons emmené les enfants à la pêche à Cayola, Jacques a pris quelques coquillages et crevettes et cela lui a fait plaisir ; l’après-midi, nous avons vu Charlotte, puis Françoise Boisseau et ses enfants. Mardi, rien de nouveau, que du mauvais temps qui nous a forcés à fuir la plage. Mercredi, arrivée de Jean Granger. Jeudi une bonne journée à la plage et un moment le soir au Parc des Sports, vendredi après-midi sommes allés au Poiré et avons vu Marguerite, qui a eu deux fortes crises intestinales et est encore bien fatiguée. Hier une partie de croquet avec Françoise et Jacqueline.
Hier soir, sommes allées Jacqueline et moi entendre la Chapelle Ukrainienne, il y avait peu de monde et c’était bien dommage parce que les chœurs en valaient la peine, il y avait un ensemble, une ampleur vraiment extraordinaire, et aussi un chef d’orchestre très bizarre, qui dirigeait sans baguette, avec des mouvements de mains qui ressemblaient à des incantations.
… J’ai eu quelques moments durs cette semaine, des angoisses… et aussi un sentiment bizarre que je suis en dehors de beaucoup de choses, que je ne peux m’intéresser à ce qui intéresse certaines autres, alors que ce qui me passionne les laisse indifférentes. Quelques bons moments aussi, surtout mes lectures du soir, j’ai repris le Journal d’Elisabeth Leseur, qui tant de fois m’avait fait du bien, et je réfléchis, je pense, je médite.
Dimanche 3 septembre
Peu de temps à moi ce matin, j’ai des lettres à faire et une corvée imprévue est venue s’ajouter au travail habituel : depuis jeudi nous sommes privés d’eau, les réservoirs sont à sec et, depuis ce temps nous sommes réduits à la portion congrue, n’étant ravitaillés que par des tonnes qui de temps en temps distribuent de l’eau ; or ce matin, le servi e d’eau est ouvert de huit heures à midi, lais comme tout le monde en veut, il ne vient qu’un mince filet, nous sommes obligés de rester dans la cave à remplir des récipients au fur et à mesure.
Quoi de neuf autrement cette semaine ? Lundi j’ai passé ne bonne journée avec Jacques et nous avons joué au croquet toute l’après-midi. Mardi, rien de bien nouveau, ni mercredi, travaillé sur la plage et reçu la visite d’Armande Brachet. Mercredi soir, Jacques est venu dîner ici, car nous devions partir de très bonne heure à Noirmoutier, la marée la plus basse étant vers 7 heures, nous nous sommes levés avant le jour, dans la fraîcheur d’une aube ravissante, nous passions le Goie vers sept heures et demie et vers huit heures étions à Noirmoutier sur la plage des Dames encore déserte, il faisait un temps merveilleux, un beau soleil, un vent frais, une mer idéalement jolie, nous avons fait une bonne promenade dans le bois de la Chaise, puis suivi la plage jusqu’au Vieil, nous sommes ensuite revenus par les bois et avons déjeuné à l’hôtel Saint-Paul, après déjeuner, visite au bois de la Blanche, nous sommes restés longtemps sur la plage, à l’ombre des chênes verts, puis nous sommes revenus à Noirmoutier, avons visité l’église et le château, puis terminé l’après-midi du côté de la Guérinière et de la plage de Barbâtre. Le retour s’est également bien passé, nous étions ici à neuf heures, enchantés de notre journée.
Vendredi, rien de nouveau, hier visites à Mme Godet, à Mademoiselle Chalard…..
Dimanche 10 septembre
Trente et un ans aujourd’hui, que le temps passe ! bientôt nous aller fêter le huitième anniversaire de notre mariage ; les enfants grandissent, les semaines, les mois, les années se succèdent avec une rapidité vertigineuse et nous rapprochent de notre vraie vie qui sera l’éternité.
Je me presse, peu de temps à moi aujourd’hui, il est deux heures et à quatre heures nous partons à Nantes avec les enfants, il a fallu ce matin faire les valises, un peu de repassage et ranger pas mal de petites choses, sans parler de la bousculade précédant le départ pour la Messe. Nous restons à Nantes jusqu’à mercredi soir, et, samedi recevons tous les Raymond, y compris Aline et son mari qui viennent passer quelques jours avec nous. La semaine passée a été d’ailleurs pas mal mouvementée : dimanche une promenade avec Jacques et une visite aux Touzain ; lundi suis allée faire arracher une dent à Jean, ce qui n’a pas été une petite séance, suis allée ensuite avec Jacques à la Gervière et en revenant par La Chaume, nous avons trouvé tous les Régnault et Ménard, ainsi que l’abbé Jacques Trottier et avons passé un moment avec eux à la terrasse du petit restaurant qui se trouve en face du Fort Saint-Nicolas, c’était une fin de journée superbe… Mardi promenade au Pont d’Yeu, promenade un peu ratée il est vrai, car je ne sais pourquoi, nous sommes arrivés comme la mer montait, alors qu’il aurait fallu au contraire la voir descendre ; nous avons trouvé là-bas encore tous les Régnault-Ménard-Trottier, avons eu ensembles quelques petites aventures amusantes, et avons passé quelques bons moments avant et après déjeuner.
Mercredi mauvais temps ; un très court moment sur la plage. Après dîner je suis venue ici avec Jacques et y avons passé la journée de jeudi, j’avais apporté la plus grande partie des bagages que nous avons pu ranger tranquillement ; nous avons regagné Les Sables après dîner ; vendredi matin, bouclé les derniers paquets, fait quelques emplettes, et sommes arrivés ici de façon à ranger avant dîner.
Fait des conserves de poires hier.
Dimanche 24 septembre
Un peu de repos et de paix ce qui ne fait vraiment pas de mal, après les semaines plutôt agitées que nous venons de passer. Georgette a eu l’heureuse idée d’emmener les deux grands à la Linière, ce qui leur fera une bonne promenade ; Geneviève vient de se réveiller et joue gentiment, mais pendant son sommeil j’ai eu un bon moment pour travailler tranquillement, j’ai préparé de l’ouvrage pour Augustine qui vient demain couper des rideaux pour les fenêtres et portes de l’étude et taille un patron pour une petite robe à Jacquie, maintenant il a falloir s’attendre à moins de calme et de paix..
Quinze jours que je n’ai pu venir ici faute de temps ! nous sommes partis à Nantes le dimanche 20 et y avons passé trois jours ; le lundi, nous avons fait faire aux enfants une tournée de visites, nous sommes allés voir les oncles les tantes, y compris Tante Marie-Angèle que nous n’avons malheureusement pu voir, une rechute ayant eu lieu le matin même. Nous sommes également allés à la clinique où Madame Barbin nous a reçus avec effusion, et nous avons terminé la journée par une séance à La Belle Jardinière, séance pendant laquelle les enfants ont organisé des courses et des parties de cache-cache dans le magasin à peu près vide, sous l’œil complaisant des employés. Le mardi, voyage à La Baule et très bon voyage, gâté cependant un peu par un malaise de Jacquie en auto le matin. Dîné avec Andrée Jaffré, vu ensuite Paul et Irène. Mercredi matin, courses, l’après-midi conduit les enfants faire quelques tours de chevaux de bois à la Foire de Nantes, puis fait les valises et pris le chemin du Poiré, où nous sommes arrivés pour dîner.
Pendant les trois jours suivants, il n’y a pas eu une minute à perdre, il a fallu faire pas mal de rangements, remettre en état le salon, préparer les chambres pour l’arrivée des Raymond le samedi soir, Oncle, Tante, François et Catherine sont arrivés vers ept heures et demie, Aline et son mari u peu après neuf heures, Oncle Alfred et Menine un peu plus tard. Nous avons fait la connaissance de notre nouveau cousin Pierre Douxami, qui est bien sympathique et gentil. Le dimanche j’ai voulu les recevoir à peu près convenablement, mais par malheur, Marie Rambaud s’est trouvée malade le matin, aussi il y a eu bien à faire, tout a été réussi cependant, nous sommes allés le soir faire un tour aux Sables et sommes revenus par la forêt d’Olonne, la Gâchère et Coëx. Les Douxami et Oncle Raymond sont partis le dimanche.
Lundi matin, les enfants sont rentrés en classe, Jacques a mené Jean à La Jamonière, où il a retrouvé ses camarades et j’ai mené à l’asile Jacquie qui était enchantée ; depuis tout va bien, Jean a quelques pages à lire chaque soir, et ne grogne pas trop pour le faire ; Jacquie est paraît-il pas trop sage en classe, mais Mlle Violeau est indulgente vu son jeune âge. Pour moi c’est un grand débarras, je n’ai que Geneviève à m’occuper et pourrait peut-être travailler cet hiver un peu tranquillement.
Rien autrement cette semaine il a plu presque chaque jour et nous n’avons pu sortir, nous avons passé nos après-midi à travailler avec Tante Denise et Maman. Le Raymond sont partis hier matin ; Tante Jeanne est arrivée hier soir, tous trois restent jusqu’à mardi matin ; Maman ayant pu avoir Octavie, les reçoit chez elle.
Nous allons dîner, j’ai été interrompue à plusieurs reprises, et j’ai cru ne pas pouvoir finir, il a fallu m’occuper des enfants, ls coucher, après quoi nous aurons peut-être une heure de paix, en attendant de recommencer le travail demain.
Dimanche 8 octobre
De nouveau quinze jours bien occupés et pas mal d’événements à raconter, cependant le temps me manque, car j’ai des lettres à faire et pas mal de choses à ranger et une fois Geneviève réveillée je ne serai guère tranquille.
Rien de très extraordinaire la première semaine ! le travail habituel, des tricots à terminer pour la kermesse, des tricots à commencer pour les enfants, des conserves de confiture à faire, des rideaux à organiser pour la chambre de Jean et pour l’étude, une après-midi à La Roche pour le dentiste, une autre pour recevoir Marguerite et Armande et enfin, le samedi reçu les Régnauld, Ménard et les enfants. Dimanche dernier j’ai passé une partie de la matinée à tailler différentes petites choses et nous avons passé notre après-midi à la kermesse de la Roche, il faisait un temps superbe, aussi y avait-il une affluence considérable, beaucoup de comptoirs, beaucoup d’attractions ; nous sommes rentrés vers 6 heures avec pas mal de petites saletés, et moi avec une bonne migraine. Oncle Raymond et Caty sont arrivés le soir vers sept heures et demie et sont restés jusqu’au mardi matin. Ils venaient à peine de partir quand nous avons reçu une dépêche de la Visitation nous annonçant que Tante était au plus mal et que le dénouement fatal était attendu ! nous le savions depuis bien longtemps très atteinte, nous ne pouvions croire le dernier moment si proche ! cette journée a été très dûre ! la savoir mourante et ne pouvoir aller près d’elle ! vers sept heure est arrivée une seconde dépêche nous annonçant le décès. Mercredi matin, nous sommes partis vers huit heuresà Nantes et sommes allés directement à la Visitation ; les supérieures nous ont raconté les derniers moments très doux puisqu’elle s’est éteinte paisiblement peu de temps après son action de grâces. Nous sommes allés ensuite à la chapelle voir Tante qui était exposée dans le chœur des religieuses, couronnée et couverte de roses blanches, mais toujours derrière la grille ! elle n’était pas changée, elle avait une expression de grande paix et l’on ne pouvait s’empêcher de songer à la récompense qu’elle aura raçue la-haut en retour de tant de sacrifices !
Nous avons fait ensuite quelques courses indispensables et sommes rentrés pour déjeuner. Jeudi nous sommes partis pour Nantes dans la matinée, avons vu Jacqueline à son arrivée puis après avoir déjeuné chez Mère, nous sommes retournés à la Visitation pour la cérémonie, cérémonie bien simple, mais aussi bien touchante ; les religieuses étaient groupées au fond du chœur, derrière le cercueil non recouvert, le clergé a chanté quelques psaumes puis les sœurs ont transporté le brancard derrière la porte de la clôture, la Supérieure s’est approchée une dernière fois de la défunte, lui a glissé les mains dans les manches, échangé la croix d’argent contre une croix de bois, rabattu sur la figure le drap et le suaire, puis le couvercle a été vissé et nous sommes partis pour le cimetière !… La première sortie de cette pauvre Tante, depuis quarante quatre ans qu’elle était au couvent, que de changements n’aurait-t-elle pas trouvés ! L’inhumation a eu lieu dans un petit enclos que la Visitation possède au cimetière de la Boutellerie, on a descendu le cercueil dans le caveau, un pauvre petit cercueil de bois blanc qui ne devait pas peser bien lourd ! puis nous sommes retournés à la Visitation une dernière fois !
Cette mort nous laisse un grand grand vide ; Tante nous aimait tous beaucoup et elle était pour nous un très grand appui moral, nous étions surs de ses prières, de ses conseils, de son affection. Jacqueline est ici jusqu’au service qui sera mardi prochain ; je partirai peut-être ensuite avec elle passer quelques jours à la Haye-Descartes, si rien ne survient d’ici là.
Dimanche 22 octobre
Quinze jours encore sans venir ici, et aujourd’hui comme toujours, je suis quelque peu pressée, je travaille en semaine et réserve ma correspondance pour le dimanche, j’ai pas mal de choses à inscrire, d’autres à mettre en ordre et il va falloir emmener les enfants aux Vêpres de la Sainte Enfance ; bien heureux encore s’ils ne me réclament pas une partie de nain jaune avant le dîner. Après dîner nous allons au cinéma à La Roche.
J’ai donc pu arriver à aller à La Haye, une seconde visite à Jacqueline depuis deux ans et demie qu’elle est mariée. Nous sommes parties le mercredi 11, avec Jacquie qui était ravie ; le voyage a été bon, quoiqu’un peu long et il a fallu amuser la fille, ce qui n’était pas toujours facile, pour lui faire oublier la longueur du trajet, nous étions vers 4 heures à Tours, et comme nous avions environ trois quarts d’heure entre les deux trains, nous avons fait une petite promenade aux environs de la gare, à 6 heures nous étions à La Haye et avons mis Jacquie au lit le lus tôt possible. Le lendemain passé l’après-midi à Tours où Jean avait des rendez-vous, la route est jolie, le pays pittoresque et riant ; la ville de Tours animée et agréable, la catédrale a de très beaux vitraux. Nous sommes rentrés assez tard. Le vendredi, fait une bonne promenade au bord de la Creuse, le samedi suis allée à l’église avec Jacqueline qui préparait les morceaux d’orgue pour la grand’messe du lendemain. Le dimanche après-midi de nouveau une promenade, le reste du temps, avons causé, lu et travaillé ensemble.
Le lundi matin nous sommes partis un peu avant neuf heures rejoindre Jacques avec qui nous avions rendez-vous à Saumur ; Jean nous a fait passer par Azay-Le-Rideau, afin que je puisse au moins visiter un château, cette visite m’a fait un très grand plaisir, il y a tant de belles vieilles choses à voir, des portraits, des bronzes de Benvenuto Cellini, des soieries, des meubles de la Renaissance, vraiment superbes, des bois sculptés, tout cela très intéressant. A Saumur nous avons trouvé Jacques qui était exact au rendez-vous, nous avons déjeuné ensemble et très bien déjeuné, puis nous avons repris la route ; le voyage de retour s’est très bien passé, nous étions ici vers 5 heures et demie, si bien que j’ai eu le temps de défaire un peu les valises avant le dîner des filles
Depuis travaillé et beaucoup travaillé, malgré cela je ne peux pas arriver à tout ce que j’ai à faire, j’ai des tas de lainages à faire pour les enfants, pour moi aussi, sans compter tous les ouvrages en suspens, dont la maison aurait besoin. Après-midi vendredi chez Marguerite, conversation banale, toilettes, potins, rien pour l’ême. Fait hier de la gelée de pommes.
Quelques belles journées… mais les matins sont froids … il faudra songer bientôt à allumer le chauffage.
Dimanche 28
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 28 octobre 1933 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Le froid est arrivé, nous retardons le plus possible le moment d’allumer le chauffage, mais les matins et soirs sont frais et il y a des moments où, j’ose l’avouer, une bonne flambée ferait du bien, mais il est bon de se priver un peu ; les enfants ne souffrent pas, ne sont pas enrhumés, nous pouvons attendre encore quelques jours.
Peu de temps à moi aujourd’hui, j’ai assisté avec les enfants à la grand-messe, et j’ai hélas bien mal prié, il avait fallu les presser pour arriver à l’heure, Jacquie avait fait avant de partir un des ses bons petits entêtements dont elle a le secret et j’étais passablement énervée, trop pour le mystère divin auquel j’assistais, il est vrai que les enfants dont bien assommants quelquefois ! et pourtant…. Je crois que je peux dire ici notre chère espérance, notre grande joie d’avoir l’année prochaine un petit enfant de plus à aimer, à élever et aussi à me faire enrager ! qu’importe malgré les moments bien désagréables qu’ils me font passer, mes chéris, je ne voudrais pas ne pas les avoir ! Il me faudrait un garçon cette fois-ci… ce sera pour l’été, fin juin ou début juillet ; pour le moment je suis aussi bien que possible, mais les malaises viendront sans doute dans quelque temps ! enfin il n’y a qu’à attendre et s’en remettre à la Divine Providence !
Je continue… donc grand’messe aujourd’hui, après déjeuner, je suis allée aux occupations les plus pressées, c’est-à-dire, correspondance en retard et rangements remis depuis dimanche, faute de temps ; entre le goûter de Geneviève et celui des deux grands, j’ai reçu une visite des Boyer, et maintenant j’ai promis une partie de nain-jaune et il va falloir s’exécuter, alors qu’il serait beaucoup plus urgent de leur donner à chacun un bon shampoing.
Quoi dire de ma semaine ? je suis obligée d’aller vite ! j’ai beaucoup beaucoup travaillé et suis loin de faire tout ce que j’aurais voulu. Jeudi, voyage à La Roche, vendredi reçu Marguerite, Armande n’a pu venir, Odile étant souffrante. Mardi un temps affreux, des trombes d’eau qui nous rappelaient les inondations de 1909 ! Je dois m’arrêter !…
Dimanche 5 novembre
Geneviève a deux ans depuis hier soir, et Jacquie est très étonnée qu’elle n’ait pas subitement grandi en changeant d’âge ! en attendant, pour ses deux ans, c’est une grosse poupée très débrouillée, amusante et très bavarde, elle raconte toutes sortes de choses dans son petit langage, auquel il faut être habitué, elle fait aussi quelques petites colères, sans cela approcher de ce que peut faire Jacquie, mais on arrive à la calmer assez facilement ; elle mange très bien, presque seule et est maintenant presque propre le jour, ce que je trouve bien agréable. J’ai revécu ces jour-ci les heures douloureuses d’il y a deux ans, les heures les plus pénibles de ma vie, alors qu’il m’a fallu quitter mon petit gars bien malade pour m’en aller à la clinique mettre au monde ma petite Geneviève ! Enfin, je les ai tous trois autour de moi, bien portants et le petit quatrième s’annonce, il s’annonce hélas par quelques maux de cœur et ce n’est pas le plus amusant ! Que Dieu le protège et le garde notre petit chéri !
Cette semaine les offices de la Toussaint, mercredi j’ai assisté à la première messe, puis après m’être occupée des enfants j’ai préparé les bouquets pour le cimetière. Mère et Madeleine sont arrivées pour déjeuner et nous sommes ensuite allés au cimetière Jacques et moi et avons fait notre chemin de croix à la nuit pendant que le glas tintait. Jeudi matin, j’ai assisté avec Jean à l’Office des défunts, nous sommes allés ensuite prier sur les tombes et je l’ai emmené le soir faire un petit chemin de croix très court. Madeleine est partie jeudi matin, Mère hier soir, toutes deux reviendront la semaine prochaine.
Jacquie a trouvé moyen de faire cette semaine, un bon petit embarras gastrique, il a fallu la purger, mardi la repurger jeudi et ce sont des cérémonies qui ne sont pas très amusantes , de plus elle a passé quelques mauvaises nuits et c’est toujours pénible ; tout va à peu près bien maintenant à part le petit caractère qui n’est pas encore très facile, Jean, au contraire, devient tout à fait grand garçon, il va régulièrement en classe, mange à peu près bien, ne fait pas de caprices, et, chaque soir lit quelques pages de son livre de lecture avant de se mettre à jouer. Il aime beaucoup causer avec nous et se faire expliquer ce qu’il ne comprend pas ; sa petite tête réfléchit beaucoup !
Ne suis pas sortie au début de la semaine puisqu’il fallait rester garder Jacquie ; hier reçu une grande visite de Mme Lesaffre, nous avons causé longuement de choses qui m’intéressent, enfants, tenues de maison, ce que je trouve infiniment plus agréable que les petits potins trop souvent ressassés. Fini l’après-midi chez Armande avec Marguerite et les enfants.
Dimanche 26 novembre
Tant de jours sans venir ici ! le temps me manque et souvent le courage ! mon petit me fatigue beaucoup, ce sont des nausées, des efforts, des malaises, un dégoût continuel pour beaucoup de choses et d’occupations ! cela me passera d’ici quelques semaines peut-être, mais en attendant c’est bien pénible et bien dur. Pour comble de bonheur, Jean est au lit depuis jeudi avec un peu de grippe et il faut monter fréquemment et descendre, espérons que cela va vite s’arranger, car le pauvre garçon d’ennuie au lit et regrette amèrement sa classe, il avait encore un peu de température ce matin, je lui ai donné une cuillerée d’huile de ricin pour achever de le débarrasser. Heureusement Jacquie est à Nantes depuis mercredi, et cela me débarrasse bien, grand-mère Dugast a téléphoné ce matin et donne de bonnes nouvelles, il me reste donc, en plus du malade, que mon petit « lion », lequel est bien absorbant souvent.
Reprenons un peu ces dernières semaines… Maman nous a quittés le 9 pour faire un séjour à La Haye, depuis nous avons de bonnes nouvelles, elle se repose et ne souffre plus de ses reins ; elle compte rentrer vers la mi-décembre. Le lendemain, Mère nous est arrivée, puis Madeleine le samedi matin, ayant un congé en l’honneur de l’Armistice. Toutes deux sont reparties le dimanche soir.
La semaine suivante, je ne vois rien d’extraordinaire…. J’oubliais de ire que j’ai été prise deux après-midi par la confection des vêtements des pauvres, c’est-à-dire des paquets et une autre après-midi pour la distribution. J’ai reçu Armande Brachet et Marguerite, mais Odile avait un peu de bronchite et n’a pu venir.
Cette semaine non plus rien de bien nouveau, j’ai beaucoup travaillé, du moins quand cela m’a été possible… quand les deux grands sont à l’école et que Geneviève dort… j’ai fini le manteau de Geneviève qui est réussi et l’habille bien, je me suis confectionné un petit paletot, en grosse laine blanche, j’ai un chandail à Jean en chantier et lui en répare de vieux pour aller à l’école.
Reçu dimanche les cousines Bouliau à déjeuner ; le soir j’ai eu une migraine terrible et me suis couchée avant huit heures. Fait visite à Andrée Boyer mercredi.
Il fait froid, le temps est gris et sombre, en deux jours les feuilles du tilleul dont tombées, j’ai des lettres à écrire, des papiers à ranger et je n’en ai guère le goût. Dimanche nous chanterons le « Rorate » de l’Avent qui nous fait espérer l’ « Adestes »de Noël
Dimanche 3 décembre
Encore garde-malade, et même un pu malade moi-même, enfin tout va mieux, je reprends courage, mais nous avons eu une bien mauvaise semaine. Jean a trouvé moyen d’avoir 39°, nous étions inquiets, le docteur est venu et lui a trouvé un commencement de bronchite, … maintenant Jean tousse encore un peu, il n’a plus de température et se lève l’après-midi. Quant à Geneviève, elle a commencé un gros rhume lundi, mardi soir elle avait à son tour 39°, mais la bronchite ne s’est déclarée que mercredi, maintenant elle est à son tour au lit, elle n’a pas de fièvre, aussi elle fait le diable et j’ai beaucoup de peine à empêcher qu’elle ait froid. J’ai eu moi-même un gros rhume… j’ai beaucoup toussé et me suis soignée à l’aide de cataplasme et de sirop… Jacques s’est érigé en docteur et m’a interdit d’aller à la messe aujourd’hui… je dois penser à ma santé et aussi au petit enfant que je porte.
… Ce matin, il neige…Jean est encore au lit et grille d’envie de se lever pour contempler le spectacle, évidemment très rare pour nous…..
Bonnes nouvelles de Jacquie, elle a téléphoné jeudi, Madeleine a écrit et nous a dit qu’elle n’avait pas fait de colères depuis son arrivée ; j’ai demandé à sa grand’mère de la garder quelques jours encore, car la maison est infectée et je ne tiens pas à ce qu’elle fasse sa petite bronchite en arrivant ! c’est suffisant.
Aujourd’hui premier dimanche de l’Avent, je suis privée de cette liturgie que j’aime, dans quelques semaines nous serons à Noël…..
Dimanche 20 décembre
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 decembre 1933 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Je reviens de la grand’messe, il fait un froid vraiment pénible, lequel tient depuis plus de quinze jours, et ne paraît pas vouloir céder ! j’étais gelée et j’ai eu un plaisir infini à retrouver mes pantoufles chaudes et la tiédeur de la maison.
Tout va mieux depuis la semaine dernière ; Geneviève est debout depuis mercredi, Dieu merci, car ce n’était pas du tout amusant de la garder au lit, d’autant qu’il a au moins deux degrés de moins au premier qu’au rez-de-chaussée, et je trouvais bien pénible de rester auprès d’elle sans bouger, aussi c’est avec joie que je l’ai levée. Jean est aussi bien que possible, à cause du froid je ne l’ai pas encore envoyé en classe, il rattrapera cela plus tard. Mon rhume est terminé, Dieu merci, celui de Jacques également, mais les maux de cœur ne me quittent guère, et j’ai des fréquentes migraines qui me fatiguent bien ! Jacquie est toujours à Nantes, elle est à peu près sage et se porte bien, écrit sa grand’mère ; Jacques parle d’aller la chercher jeudi.
Bien travaillé autrement cette semaine, j’ai repris un drap en cours d’exécution depuis plusieurs mois, et je voudrais pouvoir l’achever bientôt. Jeudi j’ai fait avec Jean une bonne promenade sur la route de La Roche, il faisait beau, quoique froid, mais cela m’a fait du bien de sortir et de marcher un peu. Vendredi par contre, il faisait extrêmement froid, un temps couvert, un vent glacial, nous sommes allés à La Roche, pour le déjeuner de Communion de Pierrot ; nous étions une vingtaine et avons eu un très beau repas, maigre bien entendu puisque c’était vendredi, nous avons passé une très bonne journée, mais le communiant n’était pas précisément recueilli. Hier passé l’après-midi chez Armande. Dans la nuit de jeudi à vendredi, nous avons été réveillés par le clairon des pompiers, il était deux heures du matin, et c’était sinistre à entendre, c’était une meule de paille qui brûlait à La Faucherie ; à quatre heures tout était brûlé, mais les bâtiments préservés……
Dimanche 17 décembre
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1933-12-20). Texte conservé tel quel.
Toujours le froid ! aujourd’hui cependant il fait un beau soleil et cet après-midi il ne fera peut-être pas trop mauvais mais le thermomètre est bas, nous avons eu jusqu’à -9°au début de la semaine et la TSF annonçait -21° à Bar-Le-Duc et ce n’est que le début de l’hiver !… le tuyau de descente de mon lavabo est gelé et le lavabo inutilisable et, ce matin, j’ai constaté que le tuyau de descente de la baignoire gelait à son tour ! le service d’eau, cette année, ne nous joue pas de touts jusqu’ici
Dimanche rien de nouveau. Lundi ne suis pas sortie non plus, mais mercredi je suis allée avec Marie chez Maman ouvrir sa maison et la chauffer un peu en prévision de son retour vendredi soir, ce n’était pas dommage, il y avait presque -3° dans la salle à manger ! jeudi et vendredi j’y suis retournée et nous avons chauffé jusqu’au soir pour que Maman trouve son poêle allumé en arrivant, j’ai eu bien froid dans mes allées et venues. Jeudi reçu Armande Brachet et Marguerite, il faisait un vent terrible qui pénétrait partout ; nous ne pouvions réchauffer la maison. Le soir séance au patronage ! nous avions pris nos précautions contre le froid. Jacques avait trois paires de chaussettes, mois deux paires de bas, des pantoufles et une bouillotte ! tout s’est bie passé, les acteurs ont bien joué, la pièce était intéressante, et les intermèdes amusants, mais le retour a été pénible, il faisait un vent si glacial que j’ai cru tomber avant d’arriver.
Maman est arrivée vendredi soir avec une figure reposée ! si seulement elle consentait à se reposer ici ! je luis ai annoncé la grande nouvelle qu’elle ignorait ; elle n’a trop rien dit, elle ne l’accepte pas avec la même joie que moi ! Mon état m’a un peu moins fatiguée cette semaine, les maux de coeur ont l’air de s’espacer ; tout ira peut-être mieux maintenant.
Beaucoup travaillé cette semaine, j’ai bien avancé mon drap, mais suis obligée de le laisser depuis quelques jours à cause d’une coupure au doigt qui ne veut pas fermer. J’en profite pour tricoter des culottes de laine et des brassières pour Geneviève. Jacquie est toujours à Nantes et ne veu pas revenir avant le printemps, elle a peur que l’auto gèle quand Papa ira la chercher ! j’aurais pourtant hâte de voir ma grande fille !
Je lis toujours le soir dans mes veillées bien calmes, après la lecture pieuse de chaque jour, je lis quelques pages d’histoire ainsi qu’un chapitre d’ouvrage traitant de la même époque ; en même temps que la Révolution, j’ai lu « La captivité et la mort de Marie-Antoinette », j’en suis actuellement au Directoire et lis le livre d’Henriot sur Madame Récamier. En même temps que le Consulat et l’Empire, je lirai les Mémoires de la Duchesse d’Abrantès. J’ai actuellement quelques loisirs et j’en profite avec joie, quand le petit frère sera là je serai plus absorbée !
Dimanche 31 décembre
Dernier soir de l’année ! les enfants sont couchés, Jacques et moi sommes seuls dans le bureau, bercés par la TSF, dans quelques heures 1934 va commencer, que les années s’écoulent donc vite ! …. Je viens de relire les pages écrites en 1933 et j’ai vécu à nouveau les joies, les angoisses, les inquiétudes passées…. Je ne veux pas me tourmenter au sujet de l’avenir lequel n’est cependant pas très riant, mais je préfère m’en remettre à la Divine Providence, je demande seulement que cette année soit illuminée pour nous par le minois rose et le sourire d’un petit bébé.
Quinze jours bien remplis ! le froid a momentanément cédé et nous avons eu quelques jours de temps doux où le thermomètre dans la maison atteignait 16°, ce que l’on avait pas vu depuis longtemps. La semaine précédant Noël, Jacques est allé à Nantes chercher sa grande fille qui nous est revenue avec une mine de rose et un caractère bien amélioré, à sa place il a laissé Jean qui nous est revenu le samedi suivant. Nous étions donc tous réunis pour Noël et avions en plus le cher « citoyen », arrivé dimanche matin. La veille et le jour de Noël, nous n’avons pas aperçu le soleil, il y avait un épais brouillard, mais un brouillard glacé qui givrait toutes choses, les arbres du parc, le tilleul du jardin avaient une parure de rêve ; malheureusement ce brouillard a eu des conséquences funestes samedi soir, le rapide Paris-Strasbourg a tamponné le Paris-Nancy, gêné dans sa marche par le brouillard, il y a eu plus de deux cents victimes et de nombreux blessés ; quelle épouvantable chose et quel deuil pour ces jours de fête ! Les Chaise et les Douxami qui devaient prendre ces trains-là, ont été bien inspirés en choisissant les trains précédents.
Lundi matin la joie des enfants a été grande devant les jouets trouvés dans la cheminée, et depuis les étrennes qui arrivent de toutes parts les tiennent dans le ravissement.
Reçu mardi Armand et Suzanne à déjeuner ; passé l’après-midi de jeudi chez Armande Brachet. François vient de partir et les Granger sont arrivés vert sept heures. Je vais me coucher, j’ai veillé assez tard ces jours derniers et hier soir, Jacquie ayant une indigestion, il était bien onze heures et demie quand je me suis couchée après avoir remis tout en place. Assisté tantôt à l’arbre de Noël de l’asile.