Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Note de la transcriptrice. A partir de juillet, je me suis trompée de cahier, (juin 38, jusqu’en 40) il contient des choses plus intimes, je ne sais pas si j’aurais le courage de comparer (ndlr)
Dimanche 2 janvier 1938
Une année nouvelle commencée, et commencée sous le signe de l’angoisse, une angoisse incessante qui depuis hier matin m’étreint à me faire crier, et le pire est que je n’ai personne à qui confier ce que éprouve… Tout semble réuni pour m’accabler, alors qu’en apparence je suis, et je le suis pourtant, une créature heureuse. Inquiétudes au sujet de la santé de Jacques, inquiétudes au sujet des enfants, de leur santé, du caractère de Jacquie laquelle me donne tant de peine ; inquiétudes au sujet de l’avenir, l’horizon est si sombre, intérieurement, extérieurement tout va mal ! L’Espagne et la Chine en feu, l’Allemagne menaçante et partout des grèves ou des menaces de grève, un vent de révolution partout !…
A part cela, une semaine bien vite passée ! je suis tout de même arrivée à être prête pour les étrennes, mais combien de choses à faire maintenant, de travail accumulé. Jean nous est arrivé dimanche avec une figure satisfaisante et une place de second en excellence qui nous a fait bien plaisir, nous avons passé ensemble un bon moment à causer tranquillement dans le salon en défaisant les cadeaux de Noël ! Quelle joie de réunir tous les poussins dans le nid ; Lundi, c’était la lessive…. Mardi, j’ai emmené Geneviève et Jean jusqu’à la carrière, nous avons pris les deux garçons Baron et fait une bonne promenade malgré le grand vent. Mercredi, nous sommes allées à Nantes où il y avait quelques courses à faire, surtout toute une tournée de famille, nous sommes restés dîner…. Puis nous sommes partis un peu après huit heures et demie et tout marchait bien, quand un peu après Les Lucs, les phares s’éteignent brusquement, nous laissant dans la nuit noire …. Jacques essaie de réparer…après des essais infructueux Jacques se voit dans l’obligation de se rendre à pied aux Lucs chercher un mécanicien, cela lui a demandé du temps, il faisait très froid… les enfants et moi étions bien à l’abri dans la voiture, mais j’avais peur que le Papa prenne froid sur cette route, enfin le mécanicien est arrivé, mais il a fallu du temps pour réparer, changer les ampoules des phares, si bien qu’il était onze heures et demis quand nous sommes arrivés ici, nous avons été heureux de trouver la maison chaude et de bonnes bouillottes dans les lits…. Jeudi et vendredi, terminé les préparatifs des étrennes et commencé les lettres du Jour de l’An… Hier, durant la matinée, nous avons reçu les métayers, l’après-midi, Pierre et Geneviève sont venus et restés un grand moment, puis nous sommes allés offrir nos vœux à Tante Abel. Ce soir, nous souhaitons la fête de Geneviève…
Dimanche 9 janvier
Tout va mieux que dimanche dernier… enfin, Jacques est allé consulter un chirurgien, qui l’a pleinement rassuré sur don état, voilà toujours un grand soulagement… du côté de Jean, tout va bien aussi, il a eu quelques jours de fatigue, réaction probable du travail du dernier trimestre, mais dès le jour de la rentrée il était mieux, Jacques qui l’a revu hier l’a trouvé bien portant et gai, tout à fait repris par son travail et réhabitué à cette vie régulière du collège qui est au fond une excellente chose pour les enfants. Seulement il reste les autres, et cela ne va pas tout seul, petit Pierre est un amour, mais Yves commence à faire de bonnes petites colères et des entêtements contre lesquels il faut sévir. Geneviève est souvent capricieuse, et maintenant qu’elle sait lire, elle a des leçons à apprendre et il faut les lui faire ânonner jusqu’à ce que ce soit rentré dans sa petite cervelle ; quant à Jacquie, il lui faut trouver plusieurs fois par jour un sujet de colère ou de bouderie sans compter les leçons pour lesquelles il faut bien deux heures. Tantôt pour déjeuner, Jacques était retenu à l’étude, il a fallu faire manger les trois numéros, faire prendre le biberon de Pierre, nous avions presque fini quand Jacques est arrivé, il était fatigué, préoccupé, il a déjeuné en vitesse pour partir en auto presque aussitôt, et moi j’ai filé à la réunion des Mères Chrétiennes, d’où il a fallu revenir pour préparer les enfants pour les Vêpres, et aussitôt les Vêpres il faudra sortir faire des visites jusqu’au dîner….
Reprenons cette dernière semaine, dimanche après-midi nous avons eu toute la famille Baron, venue assister à une séance de cinéma, les enfants se sont bien amusés. Lundi matin, nous sommes allés à Palluau, à l’enterrement de la tante Rose Michon, il faisait un froid terrible…Mardi soir sommes allés rentrer Jean et faire quelques courses à La Roche ainsi qu’une visite aux Gourraud…. Vendredi après-midi chez Marguerite et hier une visite à Berthe Guillaumé. Beaucoup de travail en perspective… un cache sommier pour Geneviève, des serviettes de table pour les deux filles, des draps, une robe pour Jacquie,un chandail pour moi….
Dimanche 16 janvier
… Impossible de traîner trop longuement, trop de travail m’attend ce soir, quelques lettres à faire comme d’habitude, des comptes, des rangements, puis, Lucienne allant conduire les deux filles à une séance récréative au patronage, il me faudra aider Marie à la cuisine et confectionner un gratin de riz pour le dîner ! Semaine donc très remplie, j’ai confectionné une serviette à bouillie et une enveloppe pour le bébé Dézamy-Yvernogeau, commencé une serviette de table pour une des filles… Lundi et mardi je ne suis pas ortie, gardé les enfants, mercredi après-midi à La Roche, vu Jean à la récréation du goûter, il était un peu enrhumé, mais l’appétit est bon et le garçon est gai. Jeudi, il faisait à peu près beau, suis allée avec Jacquie, Geneviève et Yves jusqu’au pont de la Bardinière, vendredi fait avec Jacques une série de visites et hier reçu la visite des Mignen et de tant Abel, en attendant l’arrivée de Maman un peu après six heures. Mardi, nous avons eu Oncle Raymond à déjeuner, il y avait un gâteau avec une fève, et Geneviève a eu la joie d’être Reine, aussi, mercredi soir, elle doit m’aider à confectionner un gâteau que nous mangerons le lendemain avec Maman et le jeune collégien en l’honneur du premier anniversaire de Pierre….
Dimanche 23 janvier
Deux malades dans la maison aujourd’hui, Jacquie est prise depuis la nuit de mercredi… le fièvre est remontée ce matin…. Elle est très sage et de laisse soigner facilement… Yves, lui est pris depuis jeudi, vers midi, il revenait de promenade et s’est plaint d’être fatigué, puis la fièvre est montée à 40°, le docteur lui a trouvé également la gorge prise, de sorte que je vais d’une chambre à l’autre…Avec tout cela, nous avions Jean jeudi, nous n’avons guère profité de sa présence, de plus c’était la foire, aussi Jacques est venu déjeuner très tard, et n’a presque pas vu son petit collégien…
Rien de bien nouveau … mardi, voyage à Nantes particulièrement odieux, j’étais par un autobus qui ne marchait pas et j’avais quantité de courses à faire, si bien que je suis revenue à sept heures et demie, complètement éreintée. Mercredi, je ne suis pas sortie, depuis je fais la garde-malade. Marguerite est venue vendredi ainsi qu’Armande Brachet, Berthe Guillaumé est venue un moment mais je n’ai guère profité de leur présence, tourmentée que j’étais par la montée des thermomètres. Jeudi soir, assisté à une séance récréative au patronage, piève intéressante et bien jouée….j’ai terminé la serviette de Geneviève, mais à peine commencé celle de Jacquie …
Dimanche 30 janvier
Yves et Jacquie sont tout de même rétablis, mais voilà Pierre enrhumé à son tour, il n’est pas gravement atteint…. Il tousse beaucoup et ne finit pas ses biberons, cependant il est encore bien gai, et toujours bien mignon….
Rien de nouveau cette semaine, je ne suis pas sortie lundi, mardi passé l’après-midi à faire des visites avec Jacques… travaillé tout le reste du temps, j’ai tout de même terminé la serviette de table et fait un bon bout du cache sommier de Geneviève… Ce soir j’ai à préparer des fruits rafraîchis pour recevoir les Raymond demain….
Dimanche 6 février
Après une matinée de brouillard, un temps splendide, un vrai temps de printemps aujourd’hui ! déjà nous avons eu deux belles journées, qui ont permis aux enfants de reprendre leurs jeux dans la cour. Pierre a même pu faire hier matin une bonne promenade…. Pour le moment les enfants sont bien, Jacquie a même eu quelques bonnes journées qui m’ont semblé bien agréables, Geneviève est parfois capricieuse, mais souvent bien mignonne, Yves est toujours bien amusant et plutôt facile, Pierre a l’air de terminer son rhume, il est bien intéressant et très gai, plein de vie et d’entrain, quant à Jean, voilà quinze jours que je ne l’ai pas vu, son Papa l’a vu la semaine dernière et l’a trouvé aussi bien que possible…
Lundi, nous avons eu à déjeuner Tante Denise, Oncle Raymond, Caty, nous avons passé l’après-midi ensemble et ils sont restés dîner, j’ai improvisé rapidement un repas avec de la viande froide, de la mayonnaise, des pommes de terre, un pudding de pommes en conserve et une crème à la vanille. Mardi, j’ai eu la visite des Bonnaud, puis j’ai passé un moment chez Marguerite, Berthe Guillaumé y était, elle a dû regagner Montaigu jeudi, se trouvant mieux portante. Mercredi, voyage à Nantes, nous avons déjeuné chez les Landais, vu les Raymond et passé un moment chez Françoise, nous ne sommes rentrés qu’après dîner, nous avions la petite voiture qui marche vraiment bien et n’est pas du tout difficile à conduire. Jeudi, reçu à déjeune Tante Marthe Régnauld, j’avais préparé une visitandine dès mardi, de sorte qu’avec un gâteau de semoule confectionné le matin, j’avais un déssert convenable. Vendredi et samedi, je suis tout de même restée à la maison à travailler tranquillement, j’avais quantité de petites réparations à faire à des lainages, quelques point à mettre, des chaussettes de Jacquie à remonter pour Yves, des manches de brassière à retricoter pour Pierre… avec cela, mon cache sommier n’avance pas……
Dimanche 13 février
Si le temps était printanier la semaine dernière, il ne l’est guère aujourd’hui et le froid est revenu plus vif que jamais, il souffle un grand vent glacial vraiment pénible ; les enfants sont partis aux Vêpres avec leur Papa et leur grand-mère, ils doivent embrasser la statue du petit Jésus, mais Pierre est resté à la maison…..
Lundi, nous avons eu une longue visite de Françoise, nous avons causé pendant que je tirais l’aiguille dans le cache sommier de Geneviève… Mardi, reçu Tante Abel et Marguerite. Mercredi, voyage à La Roche, j’ai fait des courses, une visite à Radegonde Gendreau et suis allée voir Jean à 4 heures et demie, il est bien portant et toujours très gai. Jeudi, matinée relativement tranquille, les enfants étant allés jouer chez Maman, je suis restée travailler près de petit Pierre, qui s’amuse si gentiment dans son parc ; l’après-midi, nous sommes tous allés aux Sables, le temps était superbe et il faisait vraiment bon sur le Remblai….les enfants tout heureux ont couru jusqu’à l’eau, ils voudraient déjà être à la saison prochaine… Au point de vue physique et moral, je suis fatiguée…. et cafardeuse…. Depuis vendredi tout va un peu mieux, j’ai commencé mon jubilé – remis à cause des oreillons- et cette station à l’église tous les après-midi, me fait du bien…..
Dimanche 20 février
Quelques minutes avant d’équiper les enfants pour les Vêpres…. Dimanche… nous sommes allés à La Roche, avec les Bonnaud, voir le film intitulé « Sœurs d’armes » qui retrace la vie de Louise de Bettignies et de ses compagnes, tout est remarquablement bien joué et tourné aux endroits mêmes où les événements se sont déroulés, c’était très émouvant et si beau, si élevé, si poignant ! depuis, j’ai relu « La Guerre des femmes » lu déjà si souvent ! cela fait du bien de respirer une atmosphère d’héroïsme au milieu de la petite routine quotidienne. Lundi, je ne suis pas sortie, travaillé. Mardi, voyage à la Roche…. Dentiste, j’ai passé un bon moment chez Mme Lesaffre, nous avons les mêmes goûts, nous pensons de même sur tellement de points que c’est pour moi une vraie joie que de parler avec elle de tant de choses qui nous tiennent à cœur. Je suis allée ensuite voir Jean, toujours bien portant et heureux au collège. Mercredi, reçu Armande Brachet, nous avons bien causé ; Marguerite n’est venue qu’un peu avant six heures. Jeudi matin, je suis allée chercher Jean pour déjeuner, il semblait heureux, depuis un mois, de se retrouver parmi nous…. Les soles frites et le poulet lui ont certainement parus bon, il y avait au dessert un biscuit en couronne avec des ananas – son régal - et une assiette de choux glacés assez réussis. Seulement l’heure du départ a été vite venue ! mais les vacances du Carnaval ne tarderont pas maintenant ! Hier et avant-hier, je ne suis pas sortie, ai travaillé au tablier destiné au bébé de Cécile Poupardin, le cache sommier de Geneviève avance très doucement, et mon corsage n’est encore qu’à la première manche !;.. Un peu de lecture pour ne pas me laisser rouiller l’âme et le cerveau, mais on ne peut se figurer comme c’est commode de lire quand il faut se déranger à chaque instant pour remettre les pantoufles de Pierre et répondre aux questions saugrenues d’Yves ….
Dimanche 27 février
… Jean, Jacquie et Yves sont aux Vêpres avec leur Papa et leur grand-mère, Geneviève, un peu enrhumée est restée avec moi et Pierre dort. Nous avons depuis vendredi notre grand garçon, bien content de se retrouver à la maison pour quelques jours, tous sont bien portant actuellement…. Mais c’est moi qui suis encore ces jours-ci plus ou moins patraque, voilà plus d’un an que j’ai été debout tous les jours avant six heures… Même pendant mes oreillons….je n’ai jamais ou presque de ces moments de silence et de solitude qui font tant de bien. Jacquie nous fait des scènes incessantes et une résistance de tous les instants vraiment exaspérante ; Geneviève est capricieuse, Yves bien volontaire parfois……
Une belle journée aujourd’hui, il fait moins froid. Ne suis pas sortie lundi comme d’habitude, Mardi, à La Roche, dentiste et courses. Mercredi, réunion chez Marguerite qui était souffrante. Jeudi, promenade avec maman et les enfants, le soleil était vraiment bon, les deux filles qui s’étaient débarrassées de leurs gros vêtements, étaient heureuses de courir au soleil. Vendredi, jean nous est arrivé aussitôt déjeuner, tous deux avons fait une promenade pendant qu’il faisait beau. Hier, journée avec les quatre « grands », nous ne sommes revenus qu’après dîner, sans être tombés en panne cette fois-ci….
Dimanche 6 mars
Dans quinze jours peut-être partirons-nous sur la Côte d’Azur, projet si souvent remis, mais je ne sais pas si nous trouverons là-bas un ciel aussi bleu, un soleil aussi éclatant que dans notre Vendée aujourd’hui… il semble qu’avec ce beau temps non seulement les plantes mais les enfants aussi s’épanouissent, ils sont heureux de courir au soleil, de s’ébattre au grand air ; Yves, e plus de sa promenade du matin, passe son temps sur le tas de sable et à la balançoire ; les deux filles, au retour de l’école, goûtent et apprennent leurs leçons dehors, hier soir, il était six heures quand nous les avons fait rentrer ! jusqu’à petit Pierre qui est heureux et le manifeste )à sa façon ! pendant sa promenade en voiture, il s’émancipe, se débarrasse de ses couvertures, se met debout, mais surtout ce qui lui plaît tant, c’est d’aller faire un petit tour à pied dans la cour après déjeuner ! il commence à marcher seul, depuis jeudi il fait parfois trois ou quatre pas en trébuchant, mais avec un air victorieux, et il a mis une septième dent !…
Dimanche, promenade avec Jacques, Jean et Jacquie, nous sommes allés à la Bardinière et pendant que Jacques regardait les pêcheurs, je me suis promené un grand moment dans un pré… Lundi, je ne suis pas sortie, Jacques avait emmené Jean à la pêche, gardé Geneviève un peu enrhumée. Mardi, suis allée comme la veille passer un moment à l’église, Jean rentrant le soir, je le sentais ennuyé, il était pourtant bien gentil, lisait des histoires à ses petits frères, je crois qu’il apprécie davantage la maison alors qu’il en est éloigné, Jacques est allé le conduire le soir…. J’ai hâte de le voir mardi.
Mercredi, les cendres, il y avait deux ans que je n’avais pas assisté à la cérémonie, j’y suis allée avec Jacquie, Maman gardait les petits. Jeudi, les enfants ont déjeuné chez Maman, puis tous ensemble sommes allés en promenade au Moulin-Guérin. Vendredi, après-midi chez Armande Brachet, hier travaillé ici avec Maman….
Dimanche 13 mars
Jacquie, Geneviève et Yves viennent de partir chez Mme Baron, Maman fait boire Pierre, un petit moment de répit…. Il fait beau, le soleil chauffe délicieusement mais le vent est froid…. La journée de dimanche dernier était plus agréable, nous en avons profité, y compris Yves dans sa voiture, pour aller jusqu’à la Turquoisière voir mon pauvre filleul enfin de retour de l’hôpital, au point de vue général, il est aussi bien que possible, mais que pourra-t-il faire désormais avec sa pauvre jambe coupée ?…Lundi reçu une longue visite de Françoise. Mardi, vu Armande Brachet et Marguerite. Mercredi, voyage à La Roche avec jacques, visite trop courte à Jean… jeudi passé un bon moment chez Maman avec les enfants. Hier, je suis allée passer l’après-midi chez Berthe Guillaumé, nous avons causé longuement, elle m’a mopntré les réparation en cours dans sa maison, j’ai fait ensuite une courte visite à Mme Guicheteau et me suis pressée de prendre le chemin du retour, car il était déjà six heures et demie et j’avais trente kilomètres à faire, tout a bien marché, je trouve merveilleux de conduire, c’est pour moi un plaisir toujours intense et nouveau….. J’ai terminé mon chandail, il est joli et j’en suis particulièrement contente, le cache-sommier de Geneviève est terminé également, j’ai en train maintenant une serviette de table pour une des filles et une paire de chaussettes pour Jacquie…. Dimanche prochain, si rien ne survient d’ici là, nous filons pour La Haye, Lyon, Marseille, Nice !…Pierre a encore toussé cette nuit, j’espère qu’avec un peu de moutarde et de sirop cela cèdera promptement, mais la situation extérieure est beaucoup plus inquiétante, l’Autriche n’existe plus, les troupes allemandes sont à Vienne, que va-t-il se passer ? à la volonté de Dieu
Dimanche 20 mars
D’ici, quelques heures nous allons partir pour la Haye-Descartes, Lyon, Marseille et Nice…
Quoi de neuf cette semaine ? Une visite de Françoise lundi, mardi, réunion chez Marguerite, jeudi, tournée de famille à Vieillevigne, les enfants Maman et moi. Vendredi suis allée à La Roche, une visite à Charlotte, embrassé mon grand garçon de onze ans, puis un peu avant six heures, nous avons filé dîner à Nantes, nous sommes rentrés vers onze heures. Pas bougé depuis, commencé les préparatifs.
Dimanche 3 avril
Nous sommes arrivés hier pour déjeuner et maintenant que toutes les choses sont en place, je voudrais retracer bien rapidement les étapes de notre voyage….
Donc, le dimanche 20, départ pour La Haye… une petite aventure sans gravité nous a arrêté un moment à Chantonnay, si bien que nous sommes arrivés assez tard à La Haye. Nous avons passé avec les Granger une agréable soirée et, dès le lendemain matin 9 heures, avons filé à Lyon et la petite Simca a pris une bonne petite moyenne…. Nous avons dîné chez Oncle Alfred et passé la soirée chez Henri puis avons fait un tour en ville, cela me faisait tant plaisir de ma retrouver à Lyon.
Mardi matin, départ vers neuf heures, avons filé par la vallée du Rhône… avons déjeuné un peu avant Orange au milieu des oliviers…A Avignon, nous sommes montés à Notre-Dame des Doms d’où la vue est superbe, pas le temps de visiter le Palais des Papes, nous avons vu le fameux pont puis traversé le Rhône pour aller voir le Pont du Gard…. Nous avons ensuite gagné Nîmes… Arles, nous avons gagné Marseille… Nous nous sommes occupés de trouver un hôtel et de dîner, et nous avons fait un tour en ville. Mercredi matin, visite de Marseille… puis nous somme allés déjeuner à Cassis… malheureusement le temps était couvert et tout tait gris… puis nous avons repris notre route à travers de très beaux bois de pins, sur La Ciotat, Bandol, très joli, Hyères où nous avons admiré de splendides palmiers, malheureusement le temps d’assombrissait de plus en plus et nous avons décidé de rester au Lavandou pour dîner et coucher.
Le lendemain matin, le soleil nous a réveillés…. Nous avons parcouru toute cette corniche ravissante, les pins d’un côté, la mer de l’autre…. Arrêt à Sainte Maxime, pour admirer le golfe de Saint-Tropez, vu ensuite Saint Raphaël, toute cette côte est bordée de superbes villas. Suivi ensuite la corniche de l’Esterel… A partir de Cannes, nous avons filé à bonne allure pour atteindre Nice, où nous étions à onze heures et demie. L’après-midi, bataille de fleurs de la mi-carême, il y avait quelques petits chars….
Vendredi, toute la journée, promenade en voiture… Le samedi, journée splendide avons pris direction Menton, la route de la Moyenne corniche… vu travailler un potier, nous sommes allés ensuite à Monte-Carlo où nous avons visité les jardins exotiques… Après déjeuner, sommes allés à Monaco, visité le musée océanographique… Nous sommes entrés quelques instants au Casino, mais Jacques et moi en avons eu vite assez et avons préféré filer voir Menton et la frontière italienne ; nous sommes rentrés le soir par la basse corniche.
Dimanche excellente journée… à neuf heures, avons pris un autocar pour les gorges du Var… nous avons déjeuné en face d’un splendide panorama de montagnes neigeuses.
Lundi matin, après quelques achats, nous avons quitté Nice, nous avons déjeuné à grasse et pris la Route Napoléon… nous avons dîné et couché à Gap et le lendemain nous apprêtions à faire l’ascension du col Bayard, quand une avarie survenue à la voiture nous a immobilisé à Gap pour deux jours. Nous avons gagné Grenoble par le train, et fait le lendemain une excursion ravissante à la Grande Chartreuse, Chambéry, Aix-les Bains… le lac du Bourget nous a émerveillés également. Le mercredi soir nous sommes retournés à Grenoble, puis à Gap chercher la voiture. Le lendemain matin nous sommes retournés sur Grenoble par le col Bayard, la Mure, Laffrey, Vizille… puis nous avons filé vers le Rhône… traversé Annonay, Saint-Etienne… Vendredi, vu Thiers, Vichy… avons repris à Saint-Pourçain la route de l’aller, nous étions à La Haye vers six heures. Passé la soirée avec les Granger et sommes partis hier matin à huit heures et demie pour être ici à midi. J’ai retrouvé avec joie les petits, la maison, nous revenons de La Roche où nous sommes allés embrasser Jean et la vie habituelle reprend son cours
Dimanche 20 avril
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 avril 1938 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Jour des Rameaux. Ce matin, sous un soleil radieux, mais un vent glacial, nous sommes allés au cimetière porter sur nos chères tombes un brin de buis béni…. Les enfants attendent avec impatience le départ des cloches et surtout leur retour et leurs cadeaux pour les petits gourmands…
Quoi raconter cette semaine ? j’ai beaucoup travaillé, terminé une paire de chaussettes de laine à Jacquie et commencé une autre en coton, brodé au coton rouge deux serviettes de table à Yves et commencé à faire des nids d’abeille sur une robe à Jacquie….
Dimanche 24 avril
… La Semaine Sainte a été comme toujours bien vite passée, beauxoup travaillé les premiers jours, le jeudi voyage à La Roche, puis un petit moment d’Adoration au Reposoir. Vendredi, assisté à l’office du matin, l’après-midi nous sommes allés à Nantes, fait quelques courses et amené Mère et madeleine le soir. Samedi matin, nous avons eu comme toujours, la joie des enfants devant les présents des cloches ; petit Pierre avait un œuf lui aussi, et celui de Jean a été soigneusement mis de côté en attenant les vacances toutes proches. Passé la journée à travailler, soit avec Mère et Madeleine, soit dans la cour l’après-midi en surveillant les enfants… Dimanche suis allée à) la première messe, puis, dans la matinée, pris par TSF des messes de Pâques, celle du petit séminaire de Paris tout d’abord, puis celle de Rennes, afin d’entendre l’Alléluia pascal, je suis allée également aux Vêpres… J’étais heureuse d’entendre chanter O filii et le Regina Coeli… je voudrais passer à mes enfants l’amour de la liturgie….
Lundi matin, Jean nous est arrivé de bonne heure, quelle joie de nous voir tous réunis ! l’après-midi, une longue visite de Françoise, Jacqueline est arrivée mardi soir et mercredi nous sommes tous allés déjeuner chez les Mignen. Jeudi, une promenade à la carrière était projetée, mais il a fallu y renoncer à cause d’un orage menaçant qui d’ailleurs n’a pas éclaté et nous avons passé l’après-midi chez Maman. Vendredi après-midi aux Sables, le temps était douteux, il faisait froid sur la plage, nous sommes allées dans les rochers, au-delà du Puy d’Enfer, là nous étions à l’abri et avons passé une bonne après-midi… Hier, promenade à la carrière avec toute la famille Baron… les enfants étaient heureux de courir et de jouer, ils sont revenus bien sales et les genoux emportés, si bien que j’ai dû faire hier soir un lavage général ! Avec tout cela mon ouvrage n’avance guère, j’ai fini les chaussettes de coton pour Jacquie mais commencé une autre paire….
Pierre trotte depuis une quinzaine comme un petit lapin, il est mignon au possible, et si intéressant !
Dimanche 1er mai
Quelques minutes avant la grand’messe… Tante Denise et Caty sont ici, nous les verrons tout à l’heure, et s’il fait beau nous ferons une promenade cet après-midi, mais le temps est sombre et le vent très froid…. Pas beaucoup travaillé cette semaine, j’ai circulé pas mal aussi…. Dimanche, une grande promenade avec Jacques et les enfants… Lundi après-midi, promenade avec Jacqueline et Françoise, nous avons fait un bon tour par le Fief et la Marinière et sommes restées longtemps assises dans un pré, quel repos et quel calme ! Mardi après-midi chez Armande Brachet avec les enfants. Mercredi, sommes allées à Nantes, Maman, Jacqueline et moi plus Jean qui allait passer quelques jours là-bas, nous sommes allés en auto et, pour la première fois, j’ai risqué la traversée de Nantes et suis allée jusqu’à Monselet par mes propres moyens, ce qui est vraiment plus agréable. Jeudi, suis allée chez Maman rejoindre des enfants qui y avaient déjeuné et nous avons passé là-bas l’après-midi. Vendredi, suis tout de même restée à la maison et gardé les petits, Maman étant occupé par les préparatifs du départ de Jacqueline hier matin. Hier soir, Oncle Raymond et Tante Denise sont arrivés vers six heures avec François, Caty et le jeune Daniel, nous avons tous dîné hier soir chez Maman, y compris Yves qui était ravi de ce retour tardif ; pendant ce temps Marie gardait petit Pierre, il m’ fallu ensuite rentrer coucher Yves et Geneviève, baigner Jacquie, après quoi j’ai retrouvé tout le monde là-bas
Jean arrive de Nantes ce soir, plus que deux jours à passer ici….
Dimanche 8 mai
Quelques mauvaises journées, je suis lasse lasse…. Moralement… Je suis sans cesse exaspérée par la résistance des enfants à tout ordre de ma part, par cette lutte continuelle pour se faire obéir, par cette atmosphère incessante de surveillance autour de moi, par ces conversations insipides tous les instants, où « il faut bien dire quelque chose »…. J’ai avec les enfants une peine inimaginable, Jacquie est extrêmement difficile, elle n’a pas trouvé moyen dans la soirée d’hier et la matinée d’aujourd’hui d’apprendre ses leçons, et c’est souvent la même chose ! Aussi les punitions pleuvent ! Geneviève est capricieuse, Yves plutôt coléreux, il n’y a que Pierre avec qui je n’ai que du bonheur et encore a-t-il une bonne petite tête…..
Il fait assez beau… Yves et Pierre passent leurs journées dehors, ce qui demande une surveillance incessante. Avancé les chaussettes de Jacquie et fait un bon bout d’un napperon tricoté en lin. Lundi, reçu Tante Denise et Caty à déjeuner, puis ensuite une visite de Françoise. Mardi, une longue visite de Mme Caillaud qui est très sympathique. Jean est parti le soir…. Jeudi passé l’après-midi chez Maman avec les enfants, vendredi un court voyage à La Roche puis reçu Armande Brachet et Marguerite….
Dimanche 15 mai
Quelques minutes de paix, avant d’habiller les deux filles pour la grand’messe, toutes deux jouent avec Yves sans trop de disputes, Pierre s’amuse dans son parc, le temps est couvert, aussi au lieu de jouer dans la cour, ils retrouvent avec plaisir leurs jeux du bureau, rien ne vaut le changement pour les enfants !…
Mardi sommes allés à Nantes avec Geneviève, Yves et Pierre dans le but de faire photographier ce dernier numéro, mais cela a fait une séance peu ordinaire, le garçon nous a fait une colère particulièrement bruyante et il a fallu le faire jouer pour retrouver son sourire… Mercredi, travaillé dans la cour, préparé le lendemain quelques desserts pour le lendemain jeudi en vue de la sortie de Jean. Il nous est arrivé à midi avec M. Dorion qui amenait ses petits-fils, nous aurions passé une bonne journée, si Jacques n’avait pas été si surmené, il est arrivé déjeuner alors que nous étions depuis un moment à table, et il lui a fallu filer presque aussitôt, aussi n’a-t-il guère profité de la visite de son grand garçon. Le soir, j’ai rentré Jean et les trois Gaillard… Vendredi, une visite de Mme Herbreteau et un moment chez Marguerite. Hier, conduit maman partager la laine chez les métayers, nous sommes passées dans toutes les maisons….
Dimanche 23 mai
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 23 mai 1938 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Une belle journée aujourd’hui… je viens de faire avec Jacques un tour de jardin, il me semble que je suis en vacances, Pierre dort, Yves à déjeuner chez grand-mère, Jacquie et Geneviève à Nantes et n’en reviennent que ce soir….
Dimanche fait une belle promenade, dont j’ai été bien contente, nous sommes allées Jacquie, Geneviève, Marie et moi jusqu’à la Maldemée pour la bénédiction du Mois de Marie, Jacques est venu nous rejoindre avec Yves et la petite voiture et nous nous sommes empilés pour aller jusqu’à la Gannerie ; là, assisté à une autre bénédiction et sommes revenues à pied avec Mme Baron, laissant Jacques et son fils filer en auto….Mardi, voyage à La Roche, vu Jean un moment et fait pas mal de courses, le jour de sa communion approche et il y a maintenant bien des choses à préparer et à prévoir. Mercredi, reçu de bonne heure une visite d’Andrée Boyer et des cousines des Buttes, puis terminé quelques préparatifs. Je suis partie à 6 heures moins le quart pour Nantes avec Armande Brachet, Jacquie, Geneviève et Yves, notre voyage s’est bien passé et nous étions à Monselet vers sept heures et quart. Le lendemain jeudi, messe à Chavagnes à 8 heures… Après la messe, j’ai filé parler à ma cuisinière …. Discuter le menu et tout cela m’a pris du temps si bien que je suis arrivée un peu en retard à la séance, j’ai ensuite déjeuné avec Armande Brachet, Yolande Valéry, Andrée Jaffré, puis suis partie dès deux heures chercher mes filles pour faire des courses avec elles, là, pour gagner du temps, je me suis décidée à prendre la voiture et j’ai du circuler ainsi toute l’après-midi, cela ne m’a pas amusée du tout, mais ‘a permis de faire beaucoup de choses plus vite. Vendredi matin, après avoir fait un dernier essayage, je me suis mise en route et j’ai fait un bon voyage, arrivant ici vers onze heures.
J’ai trouvé Pierre un peu fatigué…. Cependant il est bien gai et amusant… Hier suis allée voir Marguerite encore une fois souffrante, au retour, une longue visite de mme Lucas, ce soir, j’irai peut-être avec Yves au mois de Marie de Montorgueil.
Le moral va mieux, j’ai prié, ces deux jours m’ont reposée et j’ai eu, à causer avec Jacques des moments de si parfaite compréhension qu’ils compensent tous les ennuis que je puis avoir !
Dimanche 29 mai
Nous attendons cet après-midi les Baynast qui, nouvellement installés à Angers, doivent venir passer l’après-midi ici avec leurs enfants, j’ai préparé un joli goûter, un cake bien doré et deux assiettes de tartelettes aux fraises et aux cerises à l’intention de tous les petits gourmands. Jacques est aux Sables à une réunion des notaires, cependant j’espère qu’il n’arrivera pas trop tard….
Semaine bien remplie, mais aussi plutôt dure, je suis fatiguée…., je suis préoccupée par la Communion de Jean… enfin petit Pierre a été malade, il a fallu le tenir au lit jusqu’à hier matin , le docteur attribuait cela à un petit mal de gorge et aux dents qui se préparent, il a quand même une petite figure pâlotte. Les autres sont bien actuellement… Jacquie a rapporté hier soir une place de huitième dont elle était contente.
….Mercredi, suis allée prendre des nouvelles de Marguerite toujours souffrante, jeudi, jour de l’Ascension, je suis allée à la première messe, puis j’ai gardé Pierre, l’après-midi pendant qu’il dormait… j’ai rangé des tiroirs, classé des papiers, pris des notes, relu des pages précédemment écrites, comme en mon lointain temps de jeune fille….vendredi j’ai repris mon tricot, j’ai en train les chaussettes que portera Jean pour sa Communion, et la seconde est à peine commencée, l’après-midi, voyage à La Roche pour le dentiste et les commandes de poisson et de pâtisserie ; hier, passé un moment chez Armande Brachet.
Dimanche 12 juin
Quinze jours que je n’ai pu venir ici, faute de temps, nous avons eu deux semaines bien remplies, je suis contente de les voir terminées….
Reprenons donc vite ces deux semaines : les premiers jours, je me suis pressée pour terminer les chaussettes de Jean, il fallait que Jacques puisse les emporter à La Roche le mercredi, et je les ai terminées… le mardi soir à onze heures. Je me suis mise ensuite à faire la vérification de l’argenterie, de la vaisselle et des verres, cela m’a pris quelques bonnes journées. Mercredi, déjeuné chez Maman ainsi que les enfants tandis que Jacques était à La Roche pour la réunion de Richelieu, le soir, il nous a fait la bonne surprise de nous ramener Jean à quatre heures, il a fini l’après-midi et dîné avec nous. Le jeudi, les enfants m’ont aidé à faire le déménagement de la bibliothèque du salon… Jacques a pu ensuite déclouer le tapis. Vendredi après-midi à La Roche, j’en suis même revenue très tard ayant eu une petite aventure au départ. Samedi, Mère et Madeleine sont arrivées pour déjeuner, nous avons eu une après-midi à peu près tranquille. Dimanche, je me suis levée de bonne heure, le temps était douteux, j’ai fait mon marché avant de partir à La Roche afin d’être tranquille pour les provisions du lendemain. Nous étions à temps à Richelieu, il y avait du monde, cependant la messe était bien intime et de ma place, je voyais bien JKean, qui était le plus grand des communiants, et bien sage, bien recueilli. Nous l’avons vu quelques minutes après la messe, puis sommes allés fraire quelques courses et déjeuner, après déjeuner, les Vêpres avec la procession, après quoi, nous avons eu la permission d’emmener le pensionnaire. Après notre retour, une fois les enfants déshabillés, j’étais lasse… mais la cuisinière arrivant, il a fallu trotter de nouveau, combiner les plats pour le lendemain, les bassines pour faire cuire les turbots et bien d’autres choses qu’il fallait prévoir à l’avance. Le lundi matin, nous avions une messe pour les défunts de nos deux familles, car nous avions tenu à associer à notre fête le souvenir des deux grands-pères disparus, ensuite il a fallu se hêter, heureusement, j’avais de l’aide et tout s’est bien passé. Suzanne, arrivée de bonne heure, s’est occupée des fleurs avec Madeleine ; Michel faisait le sommelier avec Jacques ; Maman gardait les enfants chez elle, Jacqueline écrivait les menus. Pour moi, j’avais assez de courir partout où l’on me demandait. J’avais pris à La Roche une serveuse très débrouillarde qui m’a été d’un grand secours. A midi, tout était prêt, nous tenions à l’aise dans notre salle à manger improvisée, la cuisine était très bonne et tout s’est bien déroulé sans anicroches. Les Renou et Dugast sont partis de bonne heure. Les Mignen et Tante Abel n’ont pas tardé à en faire autant ; a six heures et demie, Jacques est allé conduire au car Mère et Michel et nous avons eu à dîner les Granger, Maman et Suzanne qui prenait son train de neuf heures. Ensuite…. Il a fallu remettre en place ! j’ai rangé la verrerie le soir, l’argenterie le lendemain, j’ai aussi réorganisé la salle à manger pour le déjeuner ; les Granger ont passé une partie de l’après-midi avec nous et sont partis vers cinq heures. Mercredi, passé toute l’après-midi à faire des visites avec Jean qui rentrait le soir. Jeudi après-midi à La Roche pour le dentiste et… notes à payer. Hier et avant-hier correspondance, remerciements et images à envoyer. Aujourd’hui reçu Oncle Raymond à déjeuner, comme c’est aujkourd’hui la Communion Solennelle et que je devais assister à la messe de communion avec les enfants, j’avais préparé le plus possible la veille, fait hier soir une salade de fruits – il y en a tant maintenant dans le jardin - et des tuiles bien croquantes ; il ne restait en arrivant que les hors d’œuvres à préparer. Demain voyage à Nantes avec Maman. La semaine prochaine, je vais me mettre à l’ouvrage.
Dimanche 19 juin
Aujourd’hui premier dimanche de la Fête-Dieu, le ciel est couvert, cependant la procession se déroule sans encombre, je suis allée tout à l’heure avec Marie et petit Pierre prendre une bénédiction…. Yves était tout beau dans son petit marin blanc qui lui va si bien, les deux filles étaient en blanc également, Geneviève tenait le cordon d’une bannière avec le petit sourire angélique qu’elle sait prendre… quand elle veut ! et Jacquie portait l’un des cordons du dais….
Lundi, voyage à Nantes avec Maman, il s’agissait de voir un docteur pour elle ; l’examen a été des plus rassurants, et notre voyage s’est bien passé. Mardi, conserves de petits pois, il a fallu passer la matinée à les écosser, l’après-midi à surveiller la stérilisation. Mercredi soir, il a fallu se mettre à cueillir les castilles et jeudi matin les passer afin de faire de la gelée ; vers deux heures, j’avais vingt sept pots qui attendaient d’être couverts, j’ai pu me mettre à confectionner une tarte aux cerises pour Jean qui devait venir dîner. Entre temps, j’avais épluché de la rhubarbe et l’ai fait cuire le soir afin de terminer la confiture le lendemain…. Vendredi, confectionné les confitures de cerises… Entre temps, j’ai tout de même terminé une paire de gants et commencé les jours d’un drap….
Les enfants sont bien portants…. Ils vivent toute la journée dehors. Jacquie grandit beaucoup et me donne moins de peine, Geneviève est toujours capricieuse et gourmande et Yves amusant quoique entêté. Petit Pierre est mignon au possible, et, si ce n’étaient les occupations toujours pressantes, ce serait une grande joie que de m’occuper sans cesse de lui. Sa petite intelligence se développe à merveille, seulement, il fait des sottises, barbotte dans la buanderie, s’échappe dès que le portail est ouvert ! c’est un petit diable qui demande une surveillance incessante. Jean est venu jeudi soir, il peut maintenant sortir de quatre heures à huit heures trois quarts, si bien que nous pouvons l’avoir à dîner et que c’est bien agréable, il est bien portant, bien gai et entrevoit les vacances maintenant toutes proches.
Dimanche 26 juin
Semaine très occupée, et aujourd’hui où j’aurais eu tant à faire, je ne dispose que de bien peu de moments. Je viens d’habiller mes filles pour la grand-messe et la procession, tout à l’heure avec Yves, je prendrais la procession au premier reposoir, nous déjeunons ensuite en vitesse pour partir aux Sables assister à la Fête de la Mer, qui a cette année un reflet tout particulier en raison de la présence du Cardinal archevêque de Paris…
Reprenons rapidement la chronique de cette semaine : lundi matin, conserves de cerises, ma matinée y a passé ; j’ai ensuite couché Pierre et déjeuné en quelques minutes pour aller examiner les épreuves du certificat d’études…. Mardi, confitures de cerises le matin, après-midi à La Roche pour me faire arracher une dent. Vu Oncle Raymond un moment le soir. Mercredi sommes allés à la pêche à Lavaud chez les Louis Dugast, la journée aurait été charmante s’il n’avait pas fait si chaud, pour ma part, j’étais à tricoter à l’ombre, mais Jacques a passé son après-midi en plein soleil à pêcher, la ligne à la main, il était ravi….Jeudi, couvert mes confitures le matin, après déjeuner une bonne visite de Mme Lesaffre qui m’a fait bien plaisir. Jean est encore venu vers 4 heures et demie et son Papa l’a reconduit après dîner. Vendredi passé une partie de l’après-midi avec Mme Caillaud qui est tout à fait aimable. Une visite de Mme Bonnaud le soir. Hier, reçu une visite des Mignen et passé un moment chez Maman. Appris avec grand plaisir la naissance d’une petite fille chez Berthe Guillaumé » ; après des années d’attente, des mois d’inquiétude et d’angoisse, tout s’est bien passé et tous doivent être bien contents….
La suite a été prise dans un cahier à part, je n’ai pas le courage de faire le recoupement (ndlr)
Jeudi 23 juin 1938
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1938-06-26). Texte conservé tel quel.
J’ai toujours beaucoup aimé commencer un cahier neuf, et surtout y noter, au jour le jour, les impressions, les souvenirs, les mille petites choses que je désirais garder. Depuis 21 ans j’ai tenu mon journal, mais depuis plusieurs années, ce journal s’est transformé en une suite de chroniques dominicales où je résume brièvement les faits de la semaine, cela ne me suffit plus tout à fait, j’ai besoin de quelque chose de plus intime et de plus complet, pour retrouver quand les années seront écoulées le parfum de ma vie de jeune femme, je viendrai donc ici, chaque jour, autant que possible, réfléchir, méditer….
Jean vient dîner ce soir, quelques préparatifs afin que tout soit à son goût.
Samedi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 25 juin 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Vu hier après-midi Madame Caillaud, qui est charmante, très simple ; elle a une petite fille de treize mois et attend un bébé pour novembre, je lui ai demandé si elle préférerait un garçon ou une fille, elle m’a dit que son mari préférait sans doute un garçon, mais que pour elle-même cela lui était indifférent, car elle espère avoir toute une bande où filles et garçons de trouveront en bonnes proportions. Voilà une chose que l’on n’entend pas couramment de nos jours…..
Lundi 27 juin
La procession hier matin, la fête de la mer hier après-midi aux Sables… nous avons pu ramener Jean et le garder à dîner, au retour, les enfants riaient à chaque auto que nous dépassions.
Ce matin Jacques est absent, inspection à Chantonnay, comme toujours Geneviève a été désagréable au repas, il a fallu encore punir. Quelle fatigue que de se heurter perpétuellement à l’entêtement et à la mauvaise volonté des enfants.
Samedi 2 juillet
Couvert trente et un pots de confitures confectionnées avant-hier, travail long et minutieux, découper dans le papier blanc les rondelles et les humecter d’eau de vie, confectionner les couvercles qui, soigneusement ficelés, garderont intactes tout l’hiver les richesses de l’été. Autour de moi la maison était silencieuse, seul Petit Pierre chantait en s’amusant dans son lit…
Vendredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 8 juillet 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Pas le temps d’écrire ces jours-ci, je ne m’appartiens plus, la maison est envahie ! Mère et Madeleine, Oncle Alfred, Tante Jeanne et Menine et Maman, les uns et les autres arrivent ici, les jours passent en conversations, puis en travaux pressés !…
Il est 7 heures, nous allons dîner ; Pierre commence à sucer son pouce, il a sommeil et il a faim…
Vendredi 17 juillet
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 17 juillet 1938 était un dimanche. Texte conservé tel quel.
Mère et Madeleine sont parties hier soir, mais la maison est pleine d’enfants, tous sont en vacances…. Tous les jours il faut s’occuper d’eux, surveiller l’exécution des devoirs, mettre la paix bien souvent. Maintenant il va falloir préparer le départ aux Sables, puis que nous pensons nous y rendre au milieu de la semaine….
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 18 juillet 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
En ces premières semaines de vacances, les enfants sont pétris de bonne volonté, les devoirs de vacances se font sans récriminations et chacun d’eux aide pour sa petite part au travail de la maison. Les trois grands ont fait leurs lits et m’ont aidé à couvrir les confitures ; Jacquie a pelé des pommes avec moi et a fait manger son petit frère, mais cela continuera-t-il jusqu’au bout ?
Vendredi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 22 juillet 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Mardi, promenade à la carrière avec tous les amis Baron, c’est peut-être une des dernières fois que nous pouvons reprendre tous ensemble cette partie, voici les garçons qui grandissent !… Quand Joseph sera à on travail et plus tard quand Auguste aura revêtu la soutane, ils ne pourront plus courir et sauter comme ils le font maintenant ! En attenant ils s’en sont donné à cœur joie se laissant glisser le long des grands tas de sable ; Yves n’en cédait rien aux autres et les suivait partout mais dans quel état étaient les culottes le soir !…
Hier, toute la journée en préparatifs ! Penser à tout, tout prévoir et organiser, quel cassement de tête, par une chaleur étouffant et au milieu d’enfants énervés et harcelants ! Nous sommes partis vers 6 heures et demie, moi conduisant la grande voiture avec Pierre et les bagages et Jacques la petite avec les enfants, le soleil tapait en plein et ce n’était pas amusant du tout ! Après une bonne matinée de travail, tout a été à peu près en ordre, et les enfants réhabitués, seul petit Pierre, qui ne reconnaît ni son lit ni sa baignoire… ni son petit pot, et qui pousse des cris d’orfraie quant on veut lui faire user d’un de ces ustensiles !
Je viens de promener les trois grands, après un soir un peu orageux, le couchant est de nouveau rose et pur….
Samedi 23
J’éprouve chaque soir un intense plaisir à me retrouver « chez moi » dans ma chambre, tranquille et sûre de ne pas être dérangée…. La vie en commun est parfois pesante, il en résulte des froissements inévitables….
Loctudy, jeudi matin 28
Trop de choses à raconter ces quelques jours, Dimanche le retour au Poiré et le voyage à Nantes, la fête de Jacques et de Jacquie souhaitée au dîner. Lundi…. Le déjeuner à Pont-Aven chez les Morvézen toujours si accueillants et gentils, la visite de Concarneau, l’arrivée à Loctudy… Ce sont ici mes vraies vacances, je me repose… les enfants sont à peu près obéissants…..
Dimanche 31 juillet
Trois heures, les Vêpres sonnent, dans quelques instants je vais partir pour les Sables, emmenant Marie et les enfants, pour revenir dîner avec Jacques et faire demain des confitures de mirabelles, je regagnerai les Sables définitivement mardi matin sans faute.
Fait hier un voyage excellent,…. nous étions à sept heures et demie à Nantes et à neuf heures ici. Les enfants tombaient de sommeil et Jacques était fatigué. Tout va mieux aujourd’hui.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 1 aout 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
La maison vide me semble étrangement silencieuse… j’ai préparé les mirabelles pour mettre en confiture, j’ai cueilli des œillets et les ai disposés dans un vase breton acheté jeudi soir à Pont-L’Abbé… J’ai fait hier après-midi le voyage des Sables,…. j’étais de retour vers sept heures, épuisée par la chaleur. Les petits ont des mines superbes.
Les Sables, mardi
Chaleur étouffante, ma chambre est une étuve, les enfants viennent de se coucher après une petite promenade. Journée pénible… conduire est pour moi un plaisir, mais il faisait trop chaud ! Ici des enfants piaillards et capricieux, une grand-mère énervée, une plage odieuse avec son affluence, un Remblai où l’on se bouscule, une maison trop petite où on étouffe. Ce sont là les vacances !…
Vendredi 5 août
Aujourd’hui…. Résolution de spiritualisation de ma vie, qui, dans le milieu où je me trouve actuellement, tend à s’éparpiller et à se paganiser… Agir par l’exemple sur les personnes qui m’entourent, et pourtant…. Quel triste exemple est le mien !… Celui, comme ce soir d’une mère de famille énervée par des enfants insupportables, le cœur gros de se voir toujours mise au rang des dames mûres qui restent à tricoter sous la tente, alors que des groupes joyeux se forment un peu plu loin !… Dire que depuis onze ans je n’ai pu encore m’habituer à cela !…
Mardi 9
Hier au cinéma avec Jacqueline, vu le film tourné au moment de la visite des souverains anglais en France, un réception fastueuse et parfaitement ordonnée, des défilés magnifiques, des décors féeriques, des fêtes inimaginables. Le roi, tellement simple et sympathique, la reine Elizabeth si gracieuse, si souriante, si charmante. Le défilé des troupes a été merveilleux, l’armée donne une impression d’ordre et de puissance, mais cela ne suffit pas à rassurer l’horizon est si noir, voilà maintenant le Japon aux prises avec la Russie ! L’incendie ne va-t-il pas s’étendre jusqu’à nous ?
Mercredi 17
… Je suis lasse à nouveau de tout ce qui m’entoure, écoeuré de l’égoïsme de certaines personnes qui me reprocheraient presque le nombre de mes enfants… qui viennent me dire que du moment où je le plaisir d’avoir des enfants, je n’ai pas besoin d’autre plaisir, comme si la maternité était une source ininterrompue de réjouissances alors qu’elle est formée de mille joies profondes, mais faîte ainsi s’une infinité de souffrances ! Il y a des moments où je regrette de ne pas être seule à m’occuper des enfants, j’aurais de la peine, mais tout irait mieux ! J’ai à supporter leurs caprices et leurs insolences, les récriminations des grandes personnes, les démêlées avec le personnel…. C’est bien lourd tout cela…..
Dimanche 21
Hier pluie toute la journée, passé la matinée quand même sur la plage ; l’après-midi, suis allée avec Françoise et toute sa bande au Casino des Sports ; ai même dansé, ce qui ne m’étais pas arrivé depuis des années ! Contemplé tous ces couples s’agitant sur la piste… Le vide de tout cela ! Et dans cette atmosphère étouffante, des enfants, amenés là par leurs mères désireuses de danser alors qu’ils seraient mieux à faire une bonne partie avec d’autres enfants de leur âge…. Des chevelures teintes, des visages fardés, des déshabillés suggestifs, rien de sain, de normal, de reposant, de franchement gai…..
Mardi 30
Suis allée hier au Poiré avec mes petites filles pour assister aux obsèques de Mlle Douillard ; beaucoup de monde, toute une paroisse, venue en témoignage de sa reconnaissance pour ces vingt cinq années de dévouement….
Samedi 3 septembre
J’étais sur la plage ce matin à dix heures, le temps était idéalement beau…. Et au milieu de toute cette splendeur, de cette tranquillité de la nature, j’avais le cœur si plein d’angoisse ! peut-être aurons-nous la guerre d’ici peu de jours ; les allemands massent des troupes de l’autre côté du Rhin ! ….
Lundi 6
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 6 septembre 1938 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Nouvelles toujours angoissantes, les permissionnaires et certains réservistes ont été rappelés, afin que l’effectif des forts soit au complet en cas d’attaque ; deux jeunes gens qui se sont mariés ce matin ont du rejoindre leur poste dès ce soir…..
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 13 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Pas de nouvelles marquantes ce soir, mais toujours cette même angoisse et toujours cette même pensée. Ce sont des jours qui comptent double, et que seront les jours suivants ?
Mercredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 14 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Situation non pas détendue, mais peut-être un peu moins angoissante ! le gouvernement de Prague a fait de nouvelles propositions aux Sudètes, et ces propositions paraissant devoir être acceptables ! Il faut attendre !…
Journée de pluie, il a fallu rester enfermés toute l’après-midi ; Anne et Denise Clérault sont venues rejoindre les enfants, et, jusqu’au dîner, ils ont mené un joyeux vacarme dans la maison, seulement pour les parents ce sont des moments quelque peu pénibles !
Jeudi 8
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1938-09-14). Texte conservé tel quel.
…Rien de sensationnel, les négociations se poursuivent, ces jours d’incertitude et d’attente sont particulièrement angoissants….
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 9 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Dernier soir ici dans ma petite chambre. Jean et Jacquie viennent de se coucher…. Journée lamentable à tous points de vue, de la pluie sans arrêt, une atmosphère d’automne avec une mer grise, cette plage déserte… tristesse du temps, tristesse de l’heure…. Ce sont peutêtre maintenant nos derniers jours de paix !… Les négociations continuent, bien lentement. Les nouvelles les plus alarmantes circulent, me mettant dans une telle angoisse que par moments il m’est impossible de parler !…
Le Poiré, samedi soir
Déménagement aujourd’hui, emballage ce matin et déballage ce soir ; après toute la journée de travail, la maison me semble apparemment en ordre… Les enfants sont retrouvé leurs jouets et les sortent avec joie, quelle pagaille dans le bureau ! Pierre est désorienté et piaille un peu.
Pas de nouvelles aujourd’hui, j’en aurai ce soir par TSF
Lundi 12
Journée de solitude, tous les enfants, sauf Pierre, sont partis pour Nantes, dans la Simca, quel joli spectacle que ces cinq têtes groupées dans une si petite voiture. J’ai tout rangé après leur départ….je reviens du jardin où je suis allée ramasser les poires tombées, occupation de septembre, cela et le rangement du fruitier.
Rien de nouveau à l’extérieur, nous sommes dans l’attente !
Mardi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 13 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1938-09-13-bpour la distinguer de1938-09-13.
Le discours d’Hitler, attendu hier soir, n’a rien apporté de plus ; le ton en était très violent, mais les paroles n’ont pas dépassé ce que nous avions déjà entendu…
Ce matin levé les lainages, ramassé les fruits tombés et trié des haricots verts
Mercredi 14
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1938-09-14-bpour la distinguer de1938-09-14.
Hier le plus beau soir de septembre… je suis allée dans le jardin un peu avant de faire dîner Pierre… il y avait une telle douceur, une telle beauté …comment les hommes peuvent-ils songer à se battre quand tout est si paisible et que le bonheur serait si simple.
Et voilà qu’à dix heures, alors que je tricotais sous la lampe, la TSF nous annonce que, à la suite d’incidents nombreux et sanglants, les sudètes sont adressé au Gouvernement de Prague un ultimatum leur ordonnant de retirer la police d’état ; la réponse étant exigée avant six heures. Ce matin nous apprenons que le délai ayant expiré avant qu’aucune réponse ne soit parvenue, les Sudètes considèrent les négociations comme rompues. Les événements vont sans doute de précipiter !…
Une journée merveilleuse, les petits jouent dans la cour. Je prie à chaque instant, entre mes occupations. Que Dieu daigne nous exaucer.
Jeudi 15
Suis allée aux Sables hier après-midi chercher Maman et les bagages, il faisait un temps splendide….
Toujours la situation angoissante, Chamberlain est parti en avion pour Londres, conférer avec Hitler, c’est peut-être la dernière chance de salut.
Aujourd’hui, treizième anniversaire de mon mariage.
….
Mardi 20 septembre
Yves est rentré hier matin à l’école, je suis allée le conduire avec Geneviève, et me demandais bien comment cela se passerait. Contrairement à mon attente, il m’a laissé partir sans s’occuper de moi, intéressé qu’il était par les autres. A onze heures, j’ai vu arriver mon bonhomme tout essoufflé et tout tremblant, il s’était sauvé !…les petits garçons lui parlaient en plus, un malheur était arrivé parce qu’il n’avait pas oser demander la permission ! J’ai bercé mon petit garçon sur mes genoux, l’ai consolé, et il m’a promis de ne plus recommencer. L’après-midi s’est ensuite bien passé et il est revenu radieux d’avoir eu une image.
Quant à Jean, il était depuis son retour dans l’impatience d’essayer sa bicyclette neuve, aussi hier matin, il n’a rien trouvé de mieux que d’aller avec son camarade Auguste jusqu’à Belleville ; cela lui paraît une belle preuve d’indépendance et il se croirait volontiers un homme. Malheureusement il pleut depuis ce matin et la bicyclette reste au garage.
Les conversations se poursuivent entre Londres, paris et Prague, nous vivons dans l’attente.
Vendredi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 23 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
… Les affaires de Prague ne s’arrangent pas ; la Pologne et la Hongrie réclament elles aussi leur part de gâteau. Nous n’avons pas encore le résultat des conversations Hitler-Chamberlain.
Samedi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 24 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Appris hier soir l’échec des pourparlers… ce matin on annonce une mobilisation partielle, certains officiers, sous-officiers et soldats appartenant à des corps spécialisés. Ce n’est qu’un début. On voit partout des visages anxieux, des femmes en larmes. L’affiche de mobilisation générale va bientôt arriver.
Mercredi 28
Pas eu le temps d’écrire ces jours-ci, et partout l’angoisse est si forte qu’elle ne laisse guère de courage. Depuis samedi nous ne vivons plus, nous sommes dans l’attente de toutes les choses atroces qui peuvent arriver. Samedi une nouvelle affiche blanche, mobilisation d’une autre catégorie de réservistes. Dimanche Oncle Alfred, Tante Jeanne et Menine sont arrivés, on conseille aux civils de quitter Lyon et ils arrivaient se réfugier chez Françoise. Hier Oncle Raymond m’a téléphoné pour savoir si, éventuellement, Aline et les enfants pourraient venir ici. La situation est tragique, Hitler a annoncé que les troupes allemandes rentreraient en Tchécoslovaquie le 1er octobre ; le président Roosevelt envoie message sur message pour le déterminer à la paix ; Chamberlain essaie de tenter de nouvelles négociations. Nous vivons dans l’attente des communiqués par sans fil, espérant chaque fois avoir de meilleures nouvelles, et cela ne s’arrange guère, que Dieu nous protège et nous aide.
Jean est rentré hier soir au collège sans trop d’émotion.
5 heures : de nouvelles affiches viennent d’être apposées, on mobilise les réserviste de la DCA.
Bretaudeau vient de prévenir Jacques d’avoir à faire son plein d’essence, tout sera réquisitionné.
Jeudi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 29 septembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une journée terrible hier, nous avons vécu dans une angoisse sans nom et encore nous n’avons su qu’après le danger qui nous a menacé. Le monde entier a été à deux doigts de la catastrophe, et, si elle n’est pas encore confirmée, il y a quelques chances qu’elle soit évitée. La mobilisation générale était décrétée en Allemagne pour hier deux heures ; l’Angleterre a fait un suprême effort pour sauver la paix, elle a prié Mussolini de demander à Hitler une nouvelle entrevue laquelle est fixée à aujourd’hui trois heures, elle aura lieu à Munich, entre Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler. Que va-t-il en sortir ? Nous espérons un peu maintenant !…
Vendredi 10 heures
…L’accord de Munich a été établi et signé cette nuit, il reste évidemment à le réaliser ! Ne nous réjouissons pas trop tôt, tout n’est pas terminé, mais il y a maintenant de grandes chances pour que la paix nous soit rendue. Nous avons suivi hier toute la journée, heures par heure, les entretiens de Munich, dans l’attente anxieuse du résultat. A trois heures, je me suis rendue à l’église, pas mal de femmes et d’enfants s’y sont rendus et nous avons récité un chapelet. Nous avons dîné dans le bureau en écoutant la TSF, nous y avons pris d’ailleurs tous nos repas, depuis avant-hier, afin de mieux suivre les communiqués. Vers 10 heures et demie est arrivée une communication de Munich annonçant officieusement qu’un accord était conclu. Pour la première fois depuis le début du mois nous avons pu nous endormir tranquilles !
Samedi 1er octobre
Le Saint Père a parlé au monde avant-hier soir par TSF, son appel, prononcé en italien, a été diffusé ensuite dans pas mal de traduction. J’ai sous les yeux le texte de ce message. Quelle grandeur et quelle élévation de pensée ! Le Saint Père offre sa vie pour la paix ; et quelle émotion nous avons eu à l’entendre, Lui, le représentant de Dieu sur terre ! Une voix de vieillard, brisée par l’émotion ; la dernière bénédiction a été donnée dans un sanglot….
Rien de nouveau, enthousiasme chez tous les peuples, chacun s’imagine que la paix est due à son « Premier », cela n’a pas d’importance, pourvu que nous la tenions.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 3 octobre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Maintenant que les choses sont calmées et que nous respirons enfin, la vie reprend son cours et il redevient possible de faire des projets, de s’intéresser aux mille petites choses de la vie quotidienne : un rangement de livres, la remise en état des chaussettes d’hiver, la gelée de coings à confectionner, la cuisson de ces beaux cèpes que l’on nous apporte chaque jour….
…
Lundi 10 oct.
Ce matin la cueillette des dahlias, la maison est toute égayée de leurs corolles éclatantes, j’ai aussi tout un bouquet de roses dans la salle à manger, les dernières ou avant dernières !…Samedi, confectionné quarante quatre pots de gelée de pommes et de coings…. La matinée s’achève, Petit pierre vient déjeuner.
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 7 octobre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une semaine occupée, Yves s’est trouvé malade avant-hier. J’ai eu très peur, mais hier il était mieux et aujourd’hui paraît tout à fait bien, seulement il a tout sorti pour s’amuser et le bureau est dans un désordre affreux….
Dimanche 16
Pierre malade à son tour, il avait cette nuit une respiration précipitée et une grosse fièvre, j’attends le docteur… Yves paraît tout à fait bien, ces jours-ci, il est beaucoup resté avec moi, il est bien amusant et mignon, sa petite langue n’arrête pas, dire qu’il a été si long à parler !… et ses réflexions sont bien amusantes. Il est du plus haut comique de l’entendre expliquer le catéchisme e images à son petit frère qui répond par des grognements approbateurs. Il a l’esprit très vif et curieux et réclame toujours des histoires ; hier soir au dîner, je lui ai lu l’histoire de Charlemagne visitant les écoles et celle de Roland de Roncevaux, mais Geneviève qui a le cœur très sensible, sanglotait sur le triste sort de Roland ; ce soir nous chercherons quelque chose de plus gai !
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 17 octobre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Repris hier mon violon à la demande de petit Yves, voilà plus de deux ans que je n’en avais pas joué, car je ne compte guère les quelques minutes de musique faites aux Sables avec Jacqueline….
Pierre est mieux… Il paraît que c’étaient les dents…. J’ai les nerfs à vif, les cris stridents d’Yves et les luttes continuelles pour faire obéir les sœurs m’épuisent. Appris ce matin par le journal la mort de Madeleine Destouches, cela m’a fait beaucoup de peine, nous avions passé plusieurs années ensemble, elle laisse cinq petits enfants. Que Dieu leur vienne en aide !
20 octobre
Occupations traditionnelles du jeudi, le marché et le lavage de tête des deux filles, après quoi, tous sont partis chez Maman et m’ont laissée à mon travail….Nous déjeunerons en tête à tête Jacques et moi, et pourrons causer un peu, ce qui n’arrive pas souvent.
Vu hier Armand et Suzanne, qui ont passé avec nous une partie de l’après-midi, nous avons goûté, j’avais un joli cake, bien doré et réussi ; Petit Pierre en a réclamé bruyamment, il ne pouvait comprendre pourquoi les grandes personnes mangeaient et pas lui !
Dimanche 23
Sommes allés jeudi soir nous agenouiller au pied de la croix qui marque la place où Papa est mort… Nous avons emmené les petits, Jacquie qui seule avec Jean, a connu son grand-père, Geneviève qui était tout près de venir au monde, Yves et Pierre qui sont encore si petits !
Lundi 24
Il a fallu hier soir déménager la bibliothèque du bureau, non seulement les rayons souvent visités, mais aussi les placards où s’accumulaient tant de choses – excellente occasion de mettre un peu d’ordre et de nettoyer, nous avons donc hier soir feuilleté de nombreux paquets de journaux et revues, ceux des premières années de notre mariage… Il a fallu opérer un tri plutôt mélancolique, mettre au rencard les journaux de modes où étaient dessinées des silhouettes démodées ;;; que nous avons portées et trouvées jolies….
Jeudi 7
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : novembre 1938. L’en-tête ne porte que le quantième « 7 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Une fois de plus des ouvriers dans la maison ! cela nous est arrivé sis souvent depuis treize ans que cela ne me tracasse pas du tout… Je me vois ainsi obligée de me tenir dans la salle à manger… sombre l’après-midi… Le pire est que je ne sais quoi faire de Petit Pierre, il monte sur les chaises et fait mille sottises… aujourd’hui toute la bande passe la journée chez grand-mère….
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 11 novembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Passé quelques heures délicieuses à relire de vieux Noëls tout en tricotant, il faudrait pouvoir glaner ci et là les choses intéressantes pour le conserver….
Oncle Raymond et Tante Denise arrivent ce soir ainsi que François, Mère et Madeleine demain, Jean dimanche.
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Vendredi 4
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1938-11-11). Texte conservé tel quel.
Onze heures moins le quart, je me presse, dans un quart d’heure, Pierre va arriver, il faudra lui donner son petit repas ! Les matinées sont si courtes et il y a tant à faire ! Depuis ce matin la maison a repris son rythme normal… Les enfants sont en classe, Mère est repartie à Nantes et Jean, hélas, a regagné Richelieu ; les vacances ont été bien courtes et comme nous avons toujours eu du monde je n’ai pu profiter de mon grand chéri….
Fêté hier les sept ans de Geneviève !
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10 novembre
Jeudi. Ce matin, soins de toilette aux enfants… nous venons de déjeuner tranquillement Jacques et moi et je vais partir chez Maman chercher les petits pour les promener. Il fait aujourd’hui un temps radieux….
11 novembre 1938
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1938-11-11-bpour la distinguer de1938-11-11.
Vingt ans aujourd’hui ! Est-ce possible ? je revis si nettement cette minute bienheureuse où l’annonce de l’armistice fit bondir de joie tous les cœurs ! Il faisait un temps clair et doux, comme celui d’hier. Aujourd’hui il pleut ! Vint ans déjà ! Et nous avons failli vivre des angoisses bien pires que celles déjà vécues ! Que Dieu protège la France et la garde en paix !
12 novembre
Suis allée jeudi en promenade avec les enfants à la carrière, naturellement, puisqu’il n’existe pas au monde un endroit plus attirant ! Seulement on ne peut pas s’y attarder et goûter comme en été. Nous étions de retour à quatre heures. J’ai laissé les petites filles chez Madame Baron et suis rentrée avec Yves chez grand-mère, Pierre y était depuis un moment, nous nous sommes installés dans la salle à manger et avons fait du feu ! La joie de mes petits devant les belles flammes dansantes ! C’est un spectacle qu’ils soient si rarement ! Cela me faisait plaisir aussi, c’est si agréable de tisonner…. Seulement cela représente un luxe de temps dont je ne peux disposer…..
Dimanche 13
Messe pour les morts de la guerre, à l’occasion de ce vingtième anniversaire de l’armistice. Les anciens combattants étaient là recueillis, les « survivants », et il me semblait que les morts étaient là eux aussi… les cents quatre vingt huit morts dont les noms sont gravés sur le monument qui rappelle leur mémoire….
Lundi.
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 14 novembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une bonne promenade hier avec les enfants avant la nuit… tous ont pu jouer ensuite dans la cour à ramasser des feuilles tombées du tilleul pour faire la litière des lapins. Ce matin cueillette de quelques poires et des derniers haricots verts….
Encore trois roses dans la salle à manger, trois roses d’arrière saison, un peu pâles et fragiles, mais qui font tant de plaisir à regarder ; à côté, une jacinthe pousse dans l’eau ses racines blanches et chaque jour les enfants viennent en constater les progrès. Il fait doux dehors, sous le ciel gris. De la cuisien vient le fumet savoureux d’un lièvre mariné qui est en train de rôtir.
Mercredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 16 novembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Jacques a reçu hier la visite de l’abbé Grimaud qui, accompagné de M ; le Curé, est venu le remercier d’avoir accepté la présidence de la section cantonale des chefs de famille ! Accepté un peu à contre cœur car c’est une nouvelle charge venant s’ajouter à tant d’autres… J’ai un peu insisté pour que Jacques accepte, c’est un devoir pour lui et on ne peut reculer devant le devoir !…
Vendredi 18
Suis allée hier à Nantes avec mes petites filles… Il y a une ivresse intense à rouler, à se sentir libre et maîtresse de sa voiture….
Rencontré Jeanne Gallonier, que je n’avais pas vu depuis longtemps ; elle m’a donné de tristes détails sur la mort de Madeleine Destouches, c’est terrible de mourir ainsi alors qu’on espère donner la vie !
Lundi 21 novembre
Trouvé vendredi Jean avec un œil bandé, rien de grave, un peu de conjonctivite paraît-il ! J’ai téléphoné hier matin pour avoir de ses nouvelles, mais il était à la grand messe et je n’ai pu en avoir, aussi j’attends avec impatience la lettre que nous aurons demain matin et encore des nouvelles toutes fraîches que j’aurai mercredi par son Papa …
Assisté hier soir à la bénédiction qui a terminé la réunion d’Action Catholique, il y avait une belle assistance d’hommes et beaucoup de recueillement. Que toutes ces bonnes volontés puissent nous faire une France nouvelle !
Vendredi 25
Depuis hier, Yves de nouveau au lit avec une menace de bronchite…. Il faut faire des enveloppements sinapisés et cela fait pleurer le pauvre chéri….
Jean est venu déjeuner hier, mais sa visite a été gâtée, il était pourtant bien content de se retrouver ici, son œil est mieux, les notes sont bonnes et les places aussi, il se réjouit vivement de venir bientôt pour la Première Communion de Geneviève.
Jacquie est à Nantes depuis mercredi
Mercredi 30
Yves se lèvera cet après-midi, depuis deux jours, il est insupportable… Seulement, c’est Pierre qui est pris à son tour….Il faut lui faire à lui aussi des enveloppements sinapisés…Hier soir, une fois que tous deux ont été installés pour la nuit… Je suis allée chercher Jacques pour dîner, au sortir de cette chambre où j’avais été confinée toute la journée, de cette salle de bains qui sentait la moutarde, l’air du dehors m’a paru délicieux…..
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 2 decembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Voyage à Nantes dans la Simca… fait des courses en me pressant tout l’après-midi, impossible de regarder les devantures faute de temps… Sommes revenus après dîner.
Yves est rétabli, Pierre mieux.
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 4 decembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Quelques mauvaises journées ! Fatigue intense d’avoir monté et descendu les étages tant de fois pour mes petits malades, d’avoir passé des heurs à veiller sur eux et à satisfaire leurs caprices…..d’avoir aussi trop travaillé… car j’ai en commencement plusieurs ouvrages pressés dont une paire de chaussettes que Geneviève portera jeudi, et j’ai encore à lui faire une cravate de laine pour accompagner son manteau. J’ai en plus la préoccupation du repas de jeudi, dès mercredi soir nous serons dix ou douze personnes….
Vendredi 9 décembre
Geneviève a fait hier sa Première Communion… Toute la famille était réunie pour cette occasion… Nous avons eu une jolie Messe, pendant laquelle j’ai ardemment prié…et j’étais si émue quand Jacques et moi avons accompagné à la Sainte Table notre petite fille, la troisième de nos chéris… A la sortie de l’église, Geneviève a été rejointe par sa grande amie Anne Bouillé qui voulait l’embrasser, et c’était si joli, ce baiser de ces deux petites filles en blanc devant l’église de leur Première Communion….
Dimanche 17
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 17 decembre 1938 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Hier matin un temps très doux, brumeux… Dans l’après-midi le vent a semblé un peu plus froid et voici que vers six heurs, des compagnies d’oies sauvages sont commencé à passer ; dans la nuit, on entendant leurs cris aigus qui allaient en décroissant vers le sud, et ce matin la bise est âpre et le ciel plombé, l’hiver est là maintenant…
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 19 decembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Le froid est venu âpre et mordant… Il neige… Malgré le chauffage, les vitres sont gelées… Les petites filles sont parties à l’école bien emmitouflées et je crois qu’elles ne traîneront pas au retour.
Hier fini l’après-midi à La Roche, à une pièce donnée à la salle paroissiale, ce qui était pour nous surtout une occasion de voir Jean, mais nous n’avons pas regretté notre voyage, c’était un drame, très beau, très élevé, très émouvant, en même temps que très bien joué….
Jean vient samedi, nous serons tous réunis pour Noël !…
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 20 decembre 1938, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une journée terrible hier, neige et tempête, mes petites filles sont rentrées glacées de l’école, à tel point que je n’ai pas osé les envoyer ce matin… Petit Pierre a son bout de nez tout rouge et je ne peux réchauffer ses menottes.
Mardi 27
Depuis plus de huit jours la neige persiste, certains après-midi le soleil paraît…. Hier, Jacques a promené les trois grands, puis ils ont joué un moment à se bombarder avec de la neige dans la cour, ils sont rentrés trempés et ravis… mais réchauffés.