Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


5 janvier 1926

Cinq jours déjà que l’année est commencée et je n’ai pas encore trouvé le temps de venir écrire un peu ici…

Le jour de l’an, nous avons assisté tous les deux à la messe… la matinée a été remplie avec les séances des métayers et les visites à la maison et à Tante Abel, l’après-midi, nous sommes allés à Palluau, faire visite aux oncles et aux tantes, et le soir j’ai fait un peu de musique pour Jacques. Samedi j’ai reçu mes parents et Jacqueline à déjeuner, aussi il a fallu faire de la pâtisserie et un peu plus de cuisine, l’après-midi j’avais Marguerite et Charlotte, puis il est venu quelques visites : Mme Lucas, Charles Jousset…

Dimanche, la journée a été vite passée, avec les offices, une visite aux Dorion, et à la maison le soir. Hier, nous avons déjeuné à Vieillevigne et fait une tournée de famille du côté de La Planche et de Remouillé ; au retour, l’éclairage ne marchait pas, aussi nous avons été obligés de revenir très lentement, et on nous attendait à la maison pour dîner.

Il pleut toujours, c’est une humidité pénétrante, nos travaux n’avancent pas…mais… j’ai du soleil plein le cœur…

Jeudi 13 janvier

Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 13 janvier 1926 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Bien des jours que je n’ai pas écrit, mais j’ai été débordée d’ouvrage… et par-dessus le marché le froid est revenu de sorte que je suis à moitié paralysée… J’ai passé une après-midi à La Roche pour me faire arracher une dent… j’ai eu deux après-midi prises, une chez les Gendreau, une chez Armande, mes parents et Jacqueline sont partis aux Sables, dans la grande auto neuve, il y a toujours eu à la maison des occupations , de la cuisine, des raccommodages, de l’ouvrage, des visites… Nous sommes allés à Nantes dimanche soir… nous avons retrouvé à Nantes Armand, Suzanne et Mimi et sommes restés jusqu’au mardi matin, la journée de lundi a été vite passée en courses et en visites. Hier j’ai fait faire une petite lessive mais le linge gèle à mesure et ne peut sécher. Nous avons deux journaliers qui creusent des tranchées, aussi la cour est dans un état épouvantable, je me demande pour combien de temps nous en aurons. Tantôt, j’attends des visites, Mme Yvernogeau s’est annoncée, ainsi que Charlotte et Léon Gouraud. Nous partons pour les Sables dimanche soir.

Samedi 16

Tous ces jours-ci, nous avons eu une surprise en nous réveillant, hier matin c’était la neige… ce matin, c’est tout autre chose, quand je me suis partie à la messe à 6 heures et demie, j’ai failli m’étaler par terre, le sol luisait comme du verre et glissait comme une patinoire, maintenant le spectacle est très amusant, tous les gens marchent avec une sage lenteur et de grandes précautions, certains ne peuvent esquiver quelques glissades…

Vendredi 22 janvier

Je viens de faire une bonne promenade, je suis allée avec Jacques en auto jusqu’au pont de la Bardinière et je suis revenue à pied, l’air était frais et humide et il faisait bon à marcher… Hier, j’ai accompagné, de la même manière, jusqu’à la Providence mes parents et Jacqueline qui partaient aux Sables…

Quoi de neuf cette semaine ? d’abord, dimanche soir, nous sommes partis aux Sables, il faisait un vent fou, tel que l’auto avait peine à monter certaines côtes, en passant à la Mothe, nous avons fait nos visites, de sorte que nous sommes arrivés aux Sables qu’assez tard. Lundi matin j’ai fait des courses, lundi après-midi des visites, mais entre temps j’ai eu des bons moments de musique avec Jacqueline. Mardi matin, nous sommes revenus par La Roche faire des courses ; mercredi, nous avons eu le repas de fiançailles de Charlotte, nous étions une vingtaine et le déjeuner était très réussi, Charlotte avait un diamant superbe, mais elle n’est pas certainement une plus heureuse fiancée que je n’ai été.

Mardi 24 janvier

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 24 janvier 1926 était un dimanche. Texte conservé tel quel.

Hier journée vraiment douloureuse et crucifiante … à cause de plusieurs symptômes, j’ai cru que j’attendais un bébé… et hier, tous nos beaux espoirs ont coulé, la déception a été atroce…

Samedi j’ai reçu Marguerite et Charlotte ; dimanche, j’ai pu lire un grand moment « Le démon de midi » de Paul Bourget, qui est un très beau livre, et nous avons fait quelques visites. Hier, nous avons passé à Apremont une journée qui aurait été très bonne sans la souffrance présente, la vue des deux petites filles de Jeanne me déchirait le coeur… Ce matin j’ai fait avec Jacques un tour du côté de la Turquoisière

… Nos réparations continuent toujours, mais je me demande si la fin en viendra jamais.

Vendredi 29

Mes parents et Jacqueline reviennent tout à l’heure des Sables, il me sera doux de reprendre mes visites quotidiennes à la maison, bien que je ne m’ennuie pas… j’ai au contraire beaucoup à faire… j’ai les occupations de la maison, un coup d’œil à donner partout, un coup de main à Berthe au moment du déjeuner, ce qui fait qu’ensuite mes doigts sentent l’oignon ou l’échalote ; je voudrais aussi travailler mon violon pour au moins ne pas perdre ce que j’ai acquis, j’ai repris ces jours-ci le buvard commencé pour Jacques au moment de nos fiançailles et interrompu au mois d’août, c’est un travail qui m’intéresse et qui me rappelle de si bons moments passés à Chavagnes, il y a longtemps déjà, six ans que c’est loin ! en fait de broderies, j’ai des tas de choses à faire !… je lis en ce moment « Le démon de midi », c’est un très beau livre, plein de sens profond et d’une haute portée chrétienne.

Hier après-midi passée à La Roche pour faire quelques courses et me faire extraire trois ou quatre racines chez le dentiste, plus qu’une séance et ce sera fini ! Passé mercredi une bonne après-midi chez Berthe avec Armande, nous y déjeunons demain ; notre voyage à Lyon va être vite venu ! le mariage de Berthe est le mercredi de Pâques, celui de Charlotte le jeudi ! c’est une idée saugrenue de sa part, mais, si elle avait pu passer avant Berthe elle l’aurait fait ; pour nous ça va être gênant.

Reçu ce matin une bonne lettre de Jeanne… Aujourd’hui temps de giboulées, nous ne sommes cependant pas en mars…

Jeudi 3 février

Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 3 fevrier 1926 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Depuis quelques jours, je ne peux arriver à tout ce que j’ai à faire… d’abord une lessive, qui sèche tout doucement, dans la cuisine à cause des averses continuelles, il faut plier le linge et raccommoder le plus pressé, puis mon buvard, je l’ai sulfaté avant hier, décoloré hier et peint aujourd’hui, aussi j’ai une main orange et une main bleue, avec tout cela mon ouvrage n’avance pas et j’ai eu à écrire plusieurs lettres pressées, naturellement, je n’ai pas le temps de lire et mon violon passe au bleu.

Reprenons un peu ces jours derniers : samedi déjeuner chez les Gendreau avec M. Guillaumé, très bon repas et excellente journée, dans l’après-midi nous nous sommes promenés dans le parc et Jacqueline nous a fait de la musique. Dimanche, quelques visites sous la pluie ! Lundi, j’étais très enrhumée, aussi je ne suis pas sortie d’ici. Mardi après-midi chez les Abel, Tante Abel et Samuel commencent à se chamailler, que sera-ce dans quelque temps ; Charlotte fixe son mariage civil au lundi de Pâques, elle sera « madame » avant Berthe, bien qu’elle soit obligée de passer ensuite pour le mariage religieux ! que de chinoiseries ! Hier, nous sommes allés à La Roche, visite au dentiste qui m’a extrait trois grosses racines, en rentrant, je m’étais mise à écrire lorsque sont arrivés le docteur Moreau et André Dorion, si bien que lorsqu’ils sont partis, l’heure du courrier était passée et mes lettres sont restées en souffrance. Ce matin, j’ai eu la messe, le marché et une visite de Jacqueline, nous avons bien bavardé…

Nous partons pour Lyon mardi prochain et serons absents un peu plus de huit jours peut-être, je serai contente de montrer à Jacques cette bonne ville de Lyon, de retrouver là-bas bien des souvenirs. Nos réparations avancent tout doucement, les tranchées sont bouchées en parie devant la cuisine ; quand tous les travaux seront-ils finis,

Dimanche 7 février

… J’ai eu ces jours-ci pas mal d’occupations et bien peu de temps à moi ; vendredi, j’ai passé une matinée à faire du repassage, et je n’étais pas fâchée de m’asseoir à table pour me reposer un peu ; après déjeuner, j’ai fait de la musique avec Jacqueline, nous avons déchiffré une sonate de Khulhmann dont la seconde partie est merveilleuse, puis Jacqueline m’a joué des pièces de Vincent d’Indy que j’aime tout particulièrement : Sermoos, Beurou, le Glas… une visite au cimetière, une à Mlle Douillard et mon après-midi était passée. Hier, j’ai reçu mes parents et Jacqueline, aussi, j’ai eu pour une grande partie de la matinée à nettoyer des pièces d’argenterie et de verrerie qui n’avaient pas encore été faites. Après déjeuner nous avons causé en travaillant, Mlle Lucas est venue…

Jeudi soir 15 février

Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 15 fevrier 1926 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Nous voilà revenus de Lyon depuis hier soir et maintenant reposés de ce voyage plutôt long et fatigant. Nous sommes donc partis le mardi 9 vers 10 heures… nous étions à Nantes pour déjeuner, je suis allée à la Visitation et j’ai fait quelques courses, le soir à 10 heures nous avons pris le train pour Lyon ; nuit forcément fatigante, j’ai beaucoup lu et peu dormi, aussi j’ai été bien heureuse d’apercevoir la Saône… Françoise nous attendait à la gare, et nous avons trouvé toute la famille en bonne santé, quoique bien occupée par les préparatifs du mariage d’Henri. Mercredi après-midi, nous sommes montés à Fourvière, en passant, nous sommes entrés à la Primatiale, j’étais heureuse de faire connaître tout cela à Jacques, et de lui raconter tous mes souvenirs des années précédentes… Jeudi matin nous avons fait une bonne promenade vers l’Hôtel de Ville et la place des Terreaux, avec retour par les quais de Rhône, l’après-midi nous sommes allés faire un tour au Parc puis une visite chez les Pont pour connaître notre nouvelle cousine qui est tout à fait gentille, charmante et sympathique. Vendredi matin, nous sommes allés à Perrache pour chercher mes parents et Jacqueline, mais nous avons trouvé moyen de nous attarder en route et d’arriver à la gare une demie heure après le train ; l’après-midi, nous avons fait quelques courses, Jacques et moi, puis une bonne promenade sur les quais de Rhône. Samedi matin, nous avons visité l’église d’Ainay, intéressante et curieuse ; l’après-midi, nous avons assisté au mariage civil, et avalé un long discours d’un des députés du Rhône qui a été parfaitement ennuyeux ; nous avons eu ensuite un thé chez les Pont ; le soir, une séance au cinéma pour le « Miracle des loups » qui est une évocation historique vraiment remarquable. Dimanche matin, nous avons entendu la messe à Saint Bonaventure, et fait une promenade délicieuse à la Croix-Rousse avec retour par le cours des Chartreux;  l’après-midi nous sommes allés au théâtre entendre « Werther », c’était merveilleux, les voix étaient superbes et les acteurs parfaits, quoique Werther ne fût pas suffisamment romantique à mon gré, mais le tout était en somme d’une beauté inexprimable. En rentrant, nous avons trouvé Oncle Gaston et Oncle Raymond, venus pour la cérémonie du lendemain, et dîné en famille.

Le mariage d’Henri était superbe, nous n’étions que trente cinq peut-être au cortège, mais la messe en musique, superbe et le défilé à la sacristie interminable ; le déjeuner où nous étions peut-être cent quarante, parfait à tous les points de vue, la soirée très brillante, mais comme il y avait bien quatre cents personnes, il était bien impossible de danser, j’ai vu pas mal de personnes de connaissance, les Meillon , Condamin, Valentini, Touzain, Lorain, Mme Weltz, Mme Romesin, Mme d’Orfond ; nous sommes partis vers 9 heures. Mardi matin, il a fallu faire les malles, puis nous sommes partis à 3 heures 58, nous avons dîné à Saint Germain des Fossés et la nui a été assez bonne, nous étions à Nantes vers 5 heures et demie, rue Guénepin vers 6 heures, nous nous sommes couchés et avons dormi jusqu’à 10 heures, puis il a fallu nous presser à déjeuner pour prendre l’express, qui, à la Roche, correspondait avec le tram pour parvenir ici.

Maintenant, je m’occupe à remettre tout en place, je range, j’installe chaque chose, je me réorganise chez moi, je reprends le courant de mes occupations quotidiennes…

Lundi soir 22 février

Nous avons depuis vendredi un temps délicieux… j’en profite avec joie, avant le déjeuner je vais faire un tour de jardin… dans la grande allée, les jacinthes sont fleuries, les primevères et les violettes s’épanouissent de toutes parts…

Nous sommes en retraite depuis hier soir, retraite prêchée par deux missionnaires diocésains, à l’occasion du retour de mission coïncidant avec le jubilé…

Hie soir, après dîner, nous sommes allés à La Roche, Jacques et moi, voir le célèbre film de Pierre l’Ermite « Comment j’ai tué mon enfant »… le film était très beau plein de sentiments nobles et élevés…

Vendredi 26

… Mardi soir, Tante Denise Raymond est arrivée, je suis allée un bon moment à la maison, tandis que Jacques était à l’église pour sa retraite ; mercredi matin, il a fallu recevoir à déjeuner l’inspecteur de l’enregistrement, jeudi matin, nous avons eu la clôture de la retraite… j’ai eu ensuite Tante Denise, Papa et Maman à déjeuner, puis Berthe et Armande à passer l’après-midi. Nous avons tous les ouvriers à la maison ces jours-ci, peintres, menuisier, serrurier !… nous sommes d’ailleurs en grands nettoyages et rangements, Mère nous arrive mardi, et si la chambre que je lui offrirai n’est pas luxueuse, je voudrais au moins, qu’elle soit propre, et la maison à peu près en état ! j’ai passé mon après-midi à dérouiller et faire briller les fiches de ma grande armoire ! il fait toujours un temps délicieux, et si je le pouvais , je crois que je passerais ma vie dans le jardin !

Mercredi 1 mars

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 1 mars 1926 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Rien écrit depuis quelques jours, faute de temps !… le samedi matin 26, je me suis réveillée avec un violent mal de tête, des courbatures partout, enfin, une bonne grippe…, j’ai gardé la maison les jours suivants… j’ai vu passer le dimanche la procession de la clôture de la Mission pour l’érection d’un Calvaire à l’Aumère, dix huit bœufs, les cornes garnies de papier doré, le joug enguirlandé de verdure et de roses de papier, conduits par des hommes aux aiguillons pareillement décorés, traînaient le char où reposait le Christ, pendant que tout le monde défilait au chant des cantiques.

Mère nous est arrivée mardi, j’étais déjà un peu mieux pour la recevoir et, dès jeudi… nous avons commencé à organiser toute une garniture pour notre chambre, dessus de lit, fond de lit, rideaux, tout cela demande pas mal de travail… Hier, nous sommes allés conduire Mère à La Roche, et avons fait nos visites là-bas. Aujourd’hui, le temps était superbe, aussi j’en ai profité pour faire avec Jacques une bonne promenade jusqu’à la Bardinière, il va falloir maintenant que je prenne pas mal d’exercice, je peux dire maintenant, il me semble notre chère espérance, qui est presque une certitude, d’avoir avant la fin de l’année un petit être à chérir…

Dimanche 14 mars

Après quelques journées superbes, voici que nous avons aujourd’hui un brouillard épais et glacial…Cette semaine a été vite passée, j’ai été très prise par toutes sortes d’occupations, d’abord la lessive, le repassage et le raccommodage … Chaque soir régulièrement, après dîner, j’étudie mon violon en vue du morceau que j’ai à jouer au mariage de Charlotte. Vendredi, j’ai passé l’après-midi chez les Abel, hier je suis allée chez Armande, où j’ai vu un moment les Jousset ; Vendredi également nous avons eu une visite de Berthe et de M. Guillaumé. Le temps passe avec une rapidité affolante… je ne peux guère lire et cela me manque, c’est à peine si j’arrive à me tenir au courant des revues ; trouvé cependant deux articles très intéressants dans les « Etudes », l’une sur le scoutisme, l’autre sur l’état religieux de l’extrême banlieue parisienne.

Reçu ce matin une bonne lettre de Jacqueline, rien depuis longtemps du Mans ni du Canada.

Samedi 20 mars

Bien des jours sans écrire, chaque heure apporte des occupations et le temps me manque. reprenons un peu cette semaine passée… dimanche soir, nous sommes allés faire visite à Saint Etienne, puis avons passé une bonne veillée tranquille au coin du feu. Lundi, j’avais invité Papa et Maman à déjeuner pour fêter nos six mois de mariage… Mardi, nous avons déjeuné chez les Dorion en compagnie des Lucas, très beau repas, j’étais à droite de M. Dorion et il m’a offert son bras pour passer à la salle à manger, j’étais intimidée !. Mercredi, j’ai reçu Marguerite et Charlotte et j’ai été inondée toute d’après-midi du récit de leur voyage à Nantes et de la description de leurs toilettes : satin, dentelle, bleu pervenche, bois de rose, tout cela a tourbillonné dans mon esprit, si bien que j’ai fini par tout confondre… Jeudi après-midi, suis allée à la maison et j’ai fini de déménager quantité de petits objets que j’avais laissé en quittant la maison ; Maman a maintenant changé les meubles de place et, c’est fini, cet ensemble que j’aimais est détruit, désagrégé… Hier, j’ai passé l’après-midi avec Berthe, nouveaux récits de voyage, descriptions de toilettes, j’ai admiré certains cadeaux qui sont vraiment très jolis, c’est une des dernières, peut-être la dernière après-midi que nous passons ensemble, puis que le mariage va être maintenant vite venu, encore une chose qui finit !. Tout à l’heure, nous allons déjeuner à la maison, Jacques et moi, ce soir, Mère arrive pour assister demain à Palluau à l’enterrement de M. Guérineau, nous la ramènerons à Nantes demain soir, nous ferons sans doute, au passage, nos visites à Montaigu et à Aigrefeuille, nous assisterons lundi au concert de la Schola, et nous rentrerons ici mardi matin de bonne heure.

Mes matinées sont toujours très occupées, j’ai des rangements, des travaux de couture, des raccommodages, le buvard de Jacques que je voudrais terminer, et le temps passe si vite !

Jeudi Saint 1er avril

Dix jours déjà que je n’ai rien écrit… j’ai eu ma semaine dernière très chargée…J’écrivais donc le samedi 20, le dimanche soir, nous sommes partis pour Nantes avec Mère, nous sommes passés par Montaigu où nous avons fait visite aux Guillaumé, par Aigrefeuille où nous avons vu les deux familles Dugast, si bien que nous ne sommes arrivés à Nantes qu’à 7 heures. Le lundi, notre journée s’est passée presque toute en courses, nous avons choisi nos tapisseries, vu des tapis… le soir, concert à Graslin, la Schola donnant la Passion selon Saint Mathieu de Bach, c’était merveilleux, et j’ai passé là des moments inoubliables. Mardi, nous sommes revenus de très bonne heure, Jacques devant recevoir des clients, le soir nous avons dîné à la maison avec Jacqueline qui revenait de Paris et avait toutes sortes de choses à raconter. La journée de mercredi a été à peu près calme, dans l’après-midi, Jacques et moi avons fait quelques visites. Jeudi, je suis partie aux Sables avec mes parents et Jacqueline, il m’en coûtait beaucoup de me séparer de mon Jacques pour la première fois… En passant à La Roche, nous nous sommes commandé des chapeaux pour le mariage ; aux Sables, en arrivant, je suis allée me commander un tailleur et j’ai fait un premier essayage vendredi matin, puis j’ai pris le train de trois heures, Jacques m’attendais à La Roche, nous avons fait quelques courses et repris le chemin du Poiré. Samedi, journée très chargée, toute la famille devant arriver le soir, y compris Armand, Suzanne et Mimi, aussi j’ai eu fort à faire à mettre la maison en ordre, à organiser les lits pour tout le monde… j’ai tellement trotté quil m’en reste un arrière-fond de fatigue et très mal aux reins ! Dimanche… j’ai été occupée toute la matinée, ce qui m’a privée de la procession des Rameaux… aussitôt après déjeuner, visite des Gaillard, départ d’Armand et de Suzanne à 4 heures, puis toutes sortes d’émotions, le chien de Jacques, ayant galopé après l’auto, ne rentrant plus ! Madeleine est partie après dîner ! j’étais si lasse que je me suis endormie dans un fauteuil et nous n’avons pas tardé à nous coucher, pour être réveillés par le toutou qui a jugé bon de rentrer à 10 heures et demie ! Lundi matin nous devions partir de bonne heure pour Les Sables, mais nous avons trouvé le moyen de nous réveiller qu’à 8 heures et demie, si bien que nous sommes arrivés là bas que très tard ; dans l’après-midi j’ai eu un essayage, puis nous avons fait visite à Mme Godet et à Mme Léveillé, le temps était merveilleux… Mardi, nous sommes rentrés ici pour déjeuner, … l’après-midi chez les Abel, hier, il a fallu assister à l’enterrement de Pierre Charrier, de la Buzenière, tantôt, il faut aller à La Roche pour essayer un chapeau et faire quelques courses !…

Vendredi Saint

Trop de bousculade et d’occupations…, j’arrive à assister aux offices et c’est tout… hier matin, j’ai tenu à communier, mais je n’ai pu le faire à l’office… j’avais peur d’être souffrante, je le suis souvent le matin !… hier soir nous avons assisté au Stabat, ce matin, je suis allée à l’office… je n’ai pas le temps non plus de contempler l’éclosion merveilleuse du Printemps…

Mardi 6 avril

Quelques minutes à moi… j’ai eu depuis samedi beaucoup d’occupations, de dérangements, Madeleine nous est arrivée ce jour-là et j’ai du faire beaucoup de choses par moi-même, j’ai eu également ce jour-là une visite de Berthe, sa dernière visite de jeune fille ! samedi …j’ai beaucoup aimé toutes les cérémonies, le cierge pascal, l’eau bénite, la lecture des prophéties… Dimanche, … nous avons assisté à la grand’messe et aux vêpres ; dans l’après-midi, je suis allée voir les cadeaux de Berthe qui vraiment sont superbes, puis nous avons eu une répétition à l’église, Jacqueline et moi, pour le morceau que nous jouerons au mariage de Charlotte.

Hier, déjeuné chez Tante Abel, avec les Logeais et toute la famille Gouraud, pour le mariage civil de Charlotte, déjeuner réussi, j’avais pris la robe verte que je portais à mes fiançailles, et qui est toujours fraîche et jolie, mais je n’ai pas assisté à la cérémonie, Mère et Madeleine étant là, et devant partir ce matin, je désirais les retrouver.

Aujourd’hui, nous avons déjeuné à la maison avec Oncle Logerie et Tante Aline ; ce matin j’ai beaucoup travaillé, Berthe étant absente depuis hier matin, et elle m’a laissé la cuisine et ses dépendances fort sales et en désordre, j’ai voulu nettoyer et ranger un peu, voir à tout ! tantôt, j’ai eu une longue visite de Tante Aline, puis une répétition avec Jacqueline… Demain, nous assistons au mariage de Berthe (son mariage civil a eu lieu tantôt), après-demain, le mariage de Charlotte…

Vendredi matin 9 avril

Deux jours de noce à la suite, tout cela a passé bien vite, nous laissant un peu de fatigue, mais aussi le souvenir de deux bonnes journées. Reprenons au commencement.

Mercredi matin, temps très incertain, averses par moments, mais malgré tout nous avons eu assez de chance, le cortège rentrait à l’église comme les premières gouttes d’une averse commençaient ; le retour s’est bien effectué et l’après-midi a été assez belle pour que les invités puissent faire quelques tours de parc ; Berthe était très gentille en mariée, sa robe était réussie et j’ai trouvé sa coiffure originale et jolie, le cortège était superbe, de très jolies toilettes, des teintes vives, de sorte que l’effet était charmant ; nous clôturions avec les Jousset. Très beau déjeuner, beaucoup d’entrain également chez les danseurs, dîner vers 8 heures, puis le bal a recommencé, nous nous sommes retirés vers minuit, Jacques et moi, mais les jeunes ont continué jusque vers 3 heures, et ont fait un chahut monstre en se reconduisant les uns les autres.

Hier, il a fallu, se préparer de nouveau et recommencer, malgré la fatigue. Le temps s’est maintenu assez beau, la mariée était très bien, le cortège très joli, autant que j’ai pu le voir puis que nous étions en auto, mon morceau de violon a bien marché ; aussitôt après la messe, nous sommes partis en auto à La Roche, déjeuner à l’hôtel de l’Europe, le repas était fort bien, mais les invités sont partis peu après et nous étions rentrés de bonne heure.

Maintenant, j’ai un immense besoin d’être au calme pendant quelque temps… et voilà qu’hier soir Berthe m’annonce que pour raison de santé, elle ne pourrait rester ainsi qu’il était convenu, il va falloir me mettre en quête d’une autre bonne, et travailler davantage moi-même…

Jeudi matin 15

Après quelques journées ravissantes, voici que brusquement, ce matin, le temps s’est couvert, il pleut par instants… J’ai mis en ordre ces derniers jours ma correspondance, j’ai écrit à Québec, au Mans, Jeanne attend son bébé pour la fin du mois !

Lundi, j’ai passé l’après-midi chez les Abel, mardi, nous sommes allés à La Roche, hier j’ai pu travailler tranquillement ici, aujourd’hui, je reçois sans doute Armande. Je cherche de tous côtés une bonne et je n’en trouve pas, plusieurs pistes n’ont pas abouti, enfin je ne me tourmente pas, je suis encore bien portante, et je peux marcher et travailler pendant plusieurs mois.

Nos réparations s’avancent mais nous avons sur le dos une kyrielle d’ouvriers.

Dimanche matin 28

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 28 avril 1926 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Quelques instants à moi… j’ai toujours des quantités de choses à faire, comme Berthe doit partir, dans un temps encore indéterminé, je prends un peu plus d’initiative à propos du ménage et de la cuisine pour pouvoir former une autre bonne, chose introuvable pour le moment ! Hier matin, je me suis levée à 5 heures et demie, et j’ai assisté à une partie de la messe, pendant toute la matinée j’ai marché, j’ai fait ma chambre et une partie de la salle à manger, préparé le déjeuner ; l’après-midi, j’ai passé quelques instants à la maison, à plier du linge avec maman et Jacqueline, puis retourné ici, j’ai employé à des raccommodages le reste de mon après-midi ; après dîner, un peu de lecture et de la musique.

Jeudi, rien de bien nouveau, j’ai vu Armande un peu le matin, l’après-midi nous avons vu Griffon pour lui faire quelques commandes de meubles et fait une visite à tante Abel. Vendredi après-midi, j’ai reçu Marguerite et nous avons même passé quelques bons moments, car elle était au chapitre confidences, ce qui est toujours amusant, elle nous a entre autres raconté longuement l’intrigue entre Charlotte et Benjamin, si bien qu’il était sept heures et qu’elle ne s’en apercevait pas ! Demain, nous passons la journée à Nantes ; mardi, je serai tout à fait sans bonne, j’aurai beaucoup plus de travail, mais aussi beaucoup plus de tranquillité, car Berthe est ces temps-ci d’une humeur de porte de prison et répond la plupart du temps de façon très insolente.

Il pleut toujours, … hier soir, c’était une vraie tempête, il fait plus froid, et, au moment du dîner, nous faisons une flambée qui égaie et réchauffe.

Nous avons toujours les ouvriers, le premier étage est en partie tapissé, sauf notre chambre, et je suis contente de voir que les choses prennent tournure ; le puits est vidé et nettoyé, j’espère que maintenant l’eau sera bonne !

Vendredi 30 avril

Voici le second jour que je me lève… j’écrivais pour la dernière fois le dimanche 18, j’étais bien portante et gaie… ce jour-là s’est passé rapidement, j’ai eu les offices ordinaires, une visite de Mlle Lucas, un moment passé à la maison et le soir, une bonne heure de lecture au coin du feu. Le lundi, voyage à Nantes… en auto, mes parents et nous, journée forcément fatigante, avec ses courses de toutes sortes, il a fallu aller à la Visitation, j’ai du courir pour voir Tante quelques instants ; Jacques m’a gâtée en m’offrant une superbe fourrure. Mardi, Berthe était au mariage de sa nièce au Fief, aussi pour prouver mes talents culinaires, j’avais invité mes parents à déjeuner, Jacqueline est venue m’aider à faire la cuisine, tout marchait très bien et le repas de déroulait gaiement lorsque, vers la fin, je me suis sentie souffrante et j’ai constaté que j’avais une petite perte, Maman m’a fait mettre au lit, le docteur est venu presque aussitôt… me conseillant de garder le lit deux jours. La nuit a été bonne… le docteur est revenu… mais après son départ, j’ai commencé à souffrir…puis de plus en plus fort ; je ne m’en occupas guère d’abord, j’étais occupée de Berthe que Jacques était en train de congédier, nous avons appris sur son compte des choses tellement formidables qu’il était impossible de la garder une journée de plus ! mais vers 8 heures… j’ai envoyé Jacques chercher Maman, le docteur est venu et m’a dit que j’allais faire une fausse-couche… A quatre heures tout le monde a pu dormir…Mère, nous est arrivée le soir, Jacques lui ayant téléphoné, elle a pris la direction de la maison, ce qui est vraiment utile.

Depuis les jours ont passé, un peu monotones, j’ai eu des visites… j’ai vu hier soir Charlotte, arrivée depuis peu de son voyage de noces. J’ai beaucoup lu aussi ces jours-ci, quelques petits romans, des revues, mais aussi relu des livres sérieux… deux volumes sur Port-Royal et Pascal…

J’ai pu travailler, depuis mardi, mais pas longtemps… cela me distrait. Je me suis levée pour la première fois hier, et je suis restée presque toute l’après-midi dans mon fauteuil ; Mme Guesdon est venue, et m’a abrutie de toutes ses histoires. Aujourd’hui, je me sens lasse et découragée, Françoise Boisseau est depuis hier maman d’un petit Jacques, et cette nouvelle m’a bouleversée !…

Lundi 3 mai

Je reprends des forces de jour en jour… j’ai pu descendre hier pour la première fois et j’ai passé l’après-midi dans la salle à manger, étendue sur ma chaise-longue … les journées me paraissent longues … J’ai eu des visites, hier, d’abord Mme Edmond et Mme Gabriel, ensuite les Abel, y compris Charlotte un moment, enfin les dames Gendreau et Armande Brachet. … Reçu aujourd’hui une carte des Guillaumé, de Venise… hier, une carte des Boyer, d’Alger ; que de beaux pays à voir !

Lundi 10 mai

Une semaine monotone et cependant vite écoulée, je suis maintenant tout à fait bien… Je n’ai pas encore repris le courant des mes occupations habituelles, d’ailleurs Mère est toujours ici… nous avons des ouvriers plein la maison, tout est en chantier et il y a des moments où l’on ne sait vraiment pas où se mettre, une seule pièce est enfin terminée, notre chambre, j’en suis contente et je m’y plais ; le matin, lorsque je suis encore au lit, comme je me lève un peu plus tard, je m’amuse à suivre des yeux les roses de la tapisserie !

Rien de très neuf cette semaine… j’ai lu et travaillé étendue sur ma chaise, Jacqueline m’a passé « Le Duc de Morny » de Marcel Boulanger, ouvrage d’histoire extrêmement intéressant. J’ai eu des visites, Mme Lucas, les Abel, Armande et Berthe, qui m’a longuement parlé du voyage merveilleux qu’elle vient de faire : Rome, Naples, Venise, Florence… ! Madeleine est arrivée samedi soir passer avec nous la journée d’hier. Papa, Maman et Jacqueline sont partis aux Sables, nous irons les rejoindre mercredi soir pour passer avec eux le jour de l’Ascension.

Après plusieurs journées très froides, il fait aujourd’hui un temps merveilleux… Jacques et moi sommes sortis un peu, après déjeuner, et nous ne pouvions plus rentrer…

Appris mardi, par un mot aimable de M. Lego, la naissance d’une petite Annick. Jeanne doit être bien contente ! La livre est à 156  ; les meurtriers de la rue Damrémont ont été, l’un acquitté, l’autre condamné à trois ans de prison seulement, quelle honte !

Jeudi 20 mai

Dix jours bien chargés, et passés avec une rapidité affolante, je n’ai pas une minute à moi… Une bonne est entrée depuis huit jours, elle se met au courant de la maison et j’en suis très contente, mais il faut encore que je veille sur ce qu’elle fait de beaucoup plus près, de sorte que je suis toujours debout et c’est fatigant. Mère nous a quittés il y a huit jours, le mercredi, mais elle doit nous revenir avec Madeleine pour passer ici les jours de la Pentecôte. Une heure après son départ, nous sommes partis aux Sables, Jacques et moi… j’ai assisté le jeudi à l’audition de Mlle Smolska, très intéressante, Jacqueline a très bien joué…Nous sommes rentrés vendredi matin et j’ai repris mes occupations sérieuses ; nous avons toujours les peintres sur le dos, ils sont pour le moment dans le cabinet de toilette, aussi, tout est au milieu de la chambre et c’est un désordre inimaginable ; la salle à manger est tout à fait débarrassée et nettoyée, j’ai passé une matinée à tout remettre en ordre. Papa est venu pour la foire, aussi, nous l’avons eu à déjeuner.

Passé la journée de lundi aux Herbiers chez les Moreau ; vu Françoise Boisseau et son fils, le bébé est superbe.

Mercredi 26 mai

Je commence à avoir enfin un peu plus de repos et de tranquillité, d’abord du repos forcé, parce q’il a fallu depuis lundi que je fasse de la chaise longue l’après-midi et que je reste au lit le matin, ensuite parce que ma bonne se met au courant de la maison, et que, si je dois toujours exercer une certaine surveillance, j’ai malgré tout moins de fatigue que les premiers jours. Nous avons depuis lundi un temps superbe, un peu chaud peut-être mais délicieux… je passe mon temps, le plus possible, dehors, avec mon ouvrage…

La fin de la semaine dernière a été assez fatigante ; jeudi, nous avons reçu Papa, et, bien que nous ne fassions aucune cérémonie, j’ai dû apprendre à Irma bien des choses nouvelles, l’après-midi, j’ai eu bien à faire pour des commissions à Maman, si bien que je n’ai pu aller chez Marguerite que vers 4 heures et demie. Vendredi après-midi à La Roche, je suis allée faire une petite visite à Charlotte, légèrement souffrante, puis j’ai eu des courses et un moment chez le dentiste. Samedi, j’ai eu une matinée très chargée, j’ai fait du ménage avec Irma, pour que tout soit prêt pour l’arrivée de Mère et de Madeleine, après déjeuner, promenade au Moulin-Guérin avec Jacques, puis je suis allée chercher nos voyageuses au train, et nous avons passé tranquillement la soirée ensemble. Dimanche, jour de la Pentecôte… nous sommes partis à Grand’Landes voir la Tante Louise Charrier et Marie-Thérèse Bled. Lundi, nous avions projeté une excursion à Mervent, mais je me suis trouvée fatiguée et tout le monde y a renoncé à cause de moi, c’était dommage, car le temps aurait été superbe. Mère et Madeleine sont parties hier matin, et j’ai passé chez Armande une bonne après-midi, nous causons installations, aménagements et projets, cela est intéressant.

Dimanche 6 juin

J’ai enfin quelques minutes à moi… j’ai des lettres très en retard, des papiers, des tas de choses à ranger ; Jacqueline, me réclame pour faire de la musique et je n’arrive à rien de tout cela. Hier et avant-hier, nous avons fait, Irma et moi, une assez grosse lessive, avec ma machine à laver, le résultat est très bon, le système très commode, mais nous ne sommes pas très habituées et tâtonnons encore, et puis cela donne encore pas mal de travail ; vendredi, donc, première lessive, le temps étant beau, le linge a séché vite et bien ; hier matin, la quantité de linge étant très forte, seconde lessive, mais la pluie tombait ! comme il faut que le travail de la maison se fasse aussi, j’ai passé là-bas presque toute ma matinée à alimenter le feu, j’ai fait le déjeuner, ensuite rinçage de la lessive, puis, la pluie ayant cessé, le linge a pu sécher en partie ; ensuite, pendant qu’Irma continuait le ménage, repassage et surveillance du dîner ; ce n’est qu’après dîner que j’ai pu aller me reposer un moment à la maison…

Mardi, j’ai passé un grand moment à travailler au reposoir. Mercredi, assisté aux deux mariages Dorion : Juliette avec Jules Moreau, Marcelle, avec M. Jean Filaudeau, il faisait un temps affreux, le cortège a pu heureusement de faire sans la pluie, mais l’après-midi a été déplorable, le déjeuner n’était pas mal, mais nous étions bien mal installés, on n’avait pu loger qu’une soixantaine de personnes à l’abri, et les quarante autres étaient sous une tente, il n’y pleuvait pas heureusement, mais les toiles étaient fortement secouées par le vent, à croire que tout allait chavirer ! …

Si le temps le permet, nous partons après-demain au Mont Saint Michel et Saint Malo…

Jeudi 17 juin

Deux heures sonnent, nous venons de déjeuner, temps gris, incertain, je me demande si ma lessive va finir par sécher. Nous voilà revenus de voyage depuis samedi… Reprenons les événements … dimanche 7, il a plu le matin, aussi la procession de la Fête-Dieu n’a eu lieu qu’après les Vêpres. Le lundi, j’ai été très occupée par des raccommodages et les préparatifs du voyage ; mardi matin, nous sommes partis de bonne heure, et avons retrouvé les Bourmaud à Belleville, il pleuvait …

voyage…

Samedi matin, nous avons filé sur Nantes, déjeuné r. Guépin, sommes allés à La Visitation et rentrés ici pour dîner. Dimanche, rien de neuf, j’ai fait des visites très en retard…

Dimanche soir 27 juin

Dix jours que je n’ai pas écrit… cette semaine a été très prise, dimanche dernier j’ai fait des visites, lundi, j’étais fatiguée… mardi, j’ai mis un peu la maison en ordre, et le soir nous est arrivée Marie-Thérèse Bled, qui, n’est repartie qu’hier soir, nous avons passé avec elle quelques bonnes journées, elle n’est pas gênante, sait laisser aux personnes qui la reçoivent quelques heures de liberté ; elle est très amusante, désopilante parfois ; mercredi, j’avais Jacqueline à déjeuner, nous avons travaillé un moment ensemble, puis fait une petite promenade, Marie-Thérèse et moi. Jeudi, temps merveilleux, nous sommes allés tous quatre faire un grand tour en auto, nous sommes passés à La Bernerie surprendre Suzanne et Mimi, avons déjeuné à Pornic, à la pointe de Gourmalon, sommes passés à Préfailles, Saint-Michel et nous sommes arrêtés à Saint-Brévin, d’où nous avions une vue très étendue sur l’estuaire de la Loire, Saint-Nazaire, La Baule ; la mer était superbe… dans le fond de l’auto, Jacqueline et Marie-Thérèse étaient d’une gaieté folle.

Vendredi, j’ai fait des confitures, fraises, groseilles… hier, j’avais les ouvrières, aussi j’ai eu bien à faire, donner de l’ouvrage, essayer, couvrir mes confitures. Aujourd’hui, j’ai fait ma correspondance en retard…, après les Vêpres, visite chez les Lucas où nous avons déjeuné samedi dernier ; visite chez Tante Abel, vue les Mignen et les Gourraud, nous dînons ce soir à la maison…

Vendredi 2 juillet

…Les matinées sont délicieuses tout au début, ce matin de bonne heure, je suis allée cueillir les haricots verts, les radis, faire une provision de fleurs, mais dès 10 heures, il a fallu rentrer ; les soirs aussi sont superbes, j’ai deux heures devant moi après dîner, je vais cueillir les petits pois, je les écosse … j’ai le temps de lire, de travailler…

Rien de bien neuf cette semaine, lundi j’ai passé une partie de l’après-midi à la maison avec Armande ; mardi, voyage à La Roche, visites et courses, j’étai morte de fatigue en rentrant ; mercredi, j’ai fait des visites, mais j’ai pu avoir un on moment pour faire de la musique avec Jacqueline, nous avons joué une sonate de Fauré extrêmement intéressante. Hier, journée de lessive, fatigante par conséquent mais le linge sèche à merveille, et c’est un vrai plaisir ; nous avons dîné hier soir à la maison…

Dimanche 11 juillet

Une semaine encore bien remplie… A la fin de la semaine dernière, j’ai du m’occuper du rangement de ma lessive et du raccommodage ; nous avons fait le vendredi une visite aux Bourmaud, ce qui m’a pris une grande partie de mon après-midi ; samedi, j’avais mal aux reins et ne pouvais faire grand chose, l’après-midi, reçu Armande. Dimanche, grand’messe solennelle, chantée par l’abbé Guillet, Père de Chavagnes, enfant de la paroisse, ordonné prêtre à la dernière ordination… l’après-midi, je suis allée quelques minutes à la maison, puis nous sommes partis pour Nantes, nous arrêtant quelques minutes à Rocheservière, faire visite à Mme Lefèvre. Le soir, en arrivant, Mère nous a appris que le père de Suzanne était très gravement malade, Armand et Mimi avaient été appelés, une issue fatale était à craindre. Lundi, nous avons fait quantité de courses… dans la matinée, est arrivée la nouvelle de la mort de M. Rouillé, il nous a fallu téléphoner pour savoir la date et l’heure de l’enterrement, et, comme c’était mercredi à 10 heures et demie, nous avons décidé de rester, pour que Jacques puisse partir le mardi soir.

Mardi matin, encore fait quelques courses, l’après-midi, nous sommes allés à la Visitation et rue Saint Charles, puis Jacques s’est embarqué vers 3 heures avec Madeleine, et Armand qui était venu la veille au soir chercher du deuil pour Suzanne. J’ai passé la journée de mercredi tout entière avec Mère… les voyageurs sont arrivés le soir à 6 heures et demie, nous avons dîné et sommes repartis aussitôt. Jeudi, j’avais un grand besoin de me reposer, mais je n’en ai pas eu le temps, j’ai passé mon après-midi, et presque toute la journée du lendemain à cirer la salle à manger avec Irma, maintenant, mes meubles sont brillants et superbes, je ne me lasse pas de les contempler. Hier matin, j’ai fait pas mal de correspondance et je me suis occupée de la cuisine, ayant mes parents et Jacqueline à déjeuner, dans l’après-midi, je suis allée travailler un moment à la maison, puis nous avons fait, Jacques, Jacqueline et moi une promenade jusqu’à la Bardinière… après le dîner, j’ai pris mon violon et j’ai passé un moment exquis à jouer cette 7e sonate de Beethoven que je trouve si belle et si prenante, puis je suis allée cueillir des petits pois, je les ai écossés, et il était temps de dormir.

Ce matin dimanche… quelques visites à faire puis nous dînerons ce soir à la maison, j’espère avoir tantôt quelques bons moments pour lire… j’ai rapporté de Nantes, deux livres, très différents et très intéressants… le Journal de marie Bashkirtseff, très curieux, révélant une âme ardente, des sentiments nobles et élevés, mais un orgueil extrême ; le livre de l’abbé Grimaud : l’épouse attrait du foyer, dans lequel je vais trouver de précieux enseignements…

Je suis allée à Chavagnes mardi soir, et j’ai vu Mlle Otto, mais seulement quelques minutes, elle aussi, comme Jeanne et comme moi, n’a pas eu de nouvelles d’Andrée depuis janvier, de plus en plus inquiète, je suis allé, rue du Pont Sauvetout, j’ai vu la cousine d’Andrée, qui m’a dit que cette dernière était bien portante, toujours au Canada et que si elle ne m’écrivait pas, ce devait être une simple négligence, j’ai trouvé cela un peu bizarre, et voici qu’hier matin je reçois une lettre de Jeanne, me racontant qu’elle a reçu il y a quelques jours, d’une dame de Lorient, totalement inconnue, un objet pour sa petite fille, avec la carte des Jaffré et quelques mots de félicitations de M. Jaffré. Jeanne très étonnée, écrit à cette personne, qui lui répond que les Jaffré sont au Canada, très bien portants, et que si Andrée n’écrit pas ce doit être une négligence ; Jeanne écrit immédiatement, et rien depuis !… je trouve tout cela très étrange, et je ne sais quoi penser !… Jeanne et moi allons resserrer notre affection, en attendant de percer ce mystère.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 14 juillet 1926, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’ai eu dimanche une heure de vrai et bon repos, j’ai pu écrire et lire assez longuement… ; j’ai dû ensuite faire des visites et cela m’ennuie…

Dimanche soir nous avons dîné à la maison comme d’habitude, et nous nous sommes même couchés assez tard, car je me suis lancée avec Papa dans toutes sortes de renseignements généalogiques, et, je ne pouvais plus m’arrêter. Hier j’ai passé mon après-midi, aidée par Maman, à faire des confitures, il faisait une chaleur étouffante auprès du fourneau. Ce matin, j’ai eu bien à faire, tantôt, je suis allée à la maison puis nous avons passé l’après-midi chez Armande qui est maintenant tout à fait au Parc ; l’installation est superbe, grandiose, un peu trop peut-être, car les meubles ne paraissent pas dans ces pièces immenses, mais je lui envie sa salle de bains. Après le goûter, Charles Jousset est venu, et nous sommes allés nous installer sur une des pelouses, près de la pièce d’eau et il y faisait délicieusement bon, et j’ai eu peine à quitter pour aller dîner.

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 18 juillet 1926, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Chaleur étouffante toute cette semaine… je suis terriblement fatiguée et le moindre effort m’accable…

Hier matin, voyage à La Roche, pour quelques courses et l’achat d’un chapeau, j’ai pris le volant en mains, et j’ai conduit pendant quelques kilomètres, cela m’a beaucoup amusée ; dans l’après-midi, j’ai travaillé un moment avec Jacqueline, puis nous sommes allées toutes deux à la maison faire un peu de musique, nous avons chanté des airs de Manon, joué « Clair de Lune » de Debussy, qui est ravissant, une sonate de Fauré, superbe, puis Jacqueline m’a joué des airs espagnols brillants et colorés.

Rien de très nouveau cette semaine, au début j’ai ciré ma chambre avec Irma, malgré la chaleur ; mercredi, j’ai rangé tout mon linge de maison, toutes mes armoires, si bien que le soir j’étais rendue ! jeudi, j’ai reçu Marguerite ; vendredi, j’ai eu mes ouvrières, ces deux journées de repos m’ont fait grand bien.

Acheté hier le dernier livre de Pierre l’Ermite « La Femme aux yeux fermés » que j’ai parcouru rapidement après déjeuner…

Le ministère Briand a démissionné, la livre a dépassé 200, vers quelle débâcle allons-nous ? Le jardin est plein de roses, j’ai fait ce matin un bouquet ravissant.

Mardi 20 juillet

Passé dimanche une bonne partie de l’après-midi avec Jacques à fouiller les vieux papiers de l’étude, dans les années 1760 à 1793, nous y avons trouvé des choses intéressantes, des délibérations communales au sujet des réparations à faire à l’église, le testament de ma trisaïeule, c’est extrêmement curieux et passionnant, j’y passerais bien du temps si je le pouvais. Hier, journée bien remplie par des occupations diverses ; dans l’après-midi, visite des Bonnaud… Aujourd’hui, nous sommes en lessive, j’ai fait le déjeuner pour laisser travailler Irma, cependant il faut qu je me ménage.

Herriot cherche à constituer un ministère. La livre est à 230.

Dimanche 25 juillet

Semaine assez chargée, cependant j’ai pu me reposer… j’en ai d’ailleurs grand besoin, je suis assez souvent lasse et anéantie, avec une envie intense de ne rien faire, de ne pas parler, de ne voir personne, enfin tout est pour le mieux et ces choses ne sont pas graves, c’est au contraire tout naturel, je crois avoir de nouveau des espérances de maternité… il faut maintenant que je me ménage, pour éviter un nouvel accident, l’auto me sera interdite, aussi je ne bougerai pas d’ici jusqu’au bout et ma saison aux Sables est dans l’eau !…

Quoi de nouveau cette semaine ? mercredi, je me suis mise au raccommodage et j’ai fini de m’occuper de ma lessive ; jeudi, Mère nous est arrivé pour déjeuner, dans la matinée j’ai pu faire un peu de musique, Jacqueline a un très bon violon un Salomon de 1756 et j’ai voulu l’essayer, nous avons joué le « Clair de Lune » de Debussy qui est délicieux, une sonate de Piernée et quelques autres choses. Vendredi, j’ai travaillé assez longuement avec Mère, puis je suis allée un moment chez Marguerite. Hier, nous avons déjeuné chez les Edmond Gendreau, avec mes parents, Tante Abel, les Mignen et Gourraud, très beau déjeuner, malheureusement j’étais très lasse et n’en ai guère profité. Madeleine arrive ce soir.

Le ministère Herriot a duré deux jours ? Poincaré en forme un autre, avec des chefs de partis de toutes nuances : Briand, Painlevé, Herriot, si celui-là ne tient pas, c’est la débâcle. La livre qui était montée à 235, est revenue à 206. Attendons les événements.

Mercredi 28Madeleine nous est arrivée dimanche soir, mes parents et Jacqueline sont partis aux Sables lundi, Papa inaugurant la camionnette et Jacques la conduite intérieure, Madeleine est allée à La Mothe où Jacques l’a reprise en passant le soir !… Nous devions aller demain aux Sables déjeuner en compagnie de Tante Abel, des Mignen et des Gourraud, et la chose est impossible à cause de moi, aussi pour avoir un prétexte acceptable, nous avons invité à déjeuner l’Oncle Romain avec toute sa famille et nous voilà sauvés pour cette semaine ; j’ai eu très mal au coeur ces deux matins… il faut bien que j’achète un peu mon bonheur de l’an prochain.

Hier, j’ai entraîné Mère et Madeleine à faire une grande promenade, nous sommes allées jusqu’à Pont de Vie, puis revenues par le bord de la rivière et l’Idonière…

Vendredi 30 juillet

Reçu ce matin une lettre d’Andrée ! depuis le mois de janvier que je n’avais rien, je n’attendais plus de réponse ! Marie est à peu près bien, mais son mari vient d’être très souffrant, elle me raconte un peu sa vie au Canada…

Journée de lessive, assez chargée, cependant je n’ai pas eu de peine car Mère et Madeleine me forcent à me reposer…

Mercredi j’ai fait quelques visites, à Armande et aux Abel, puis je suis allée rejoindre Jacques et Madeleine qui se promenaient. Hier, nous avons reçu la famille de Palluau, l’oncle Romain, la tante Mathilde et leur quatre filles ; là aussi, Mère et Madeleine m’ont bien déchargée, et m’ont permis de passer cette journée sans trop de fatigue…

Aujourd’hui, visite de remerciement à Mme Edmond Gendreau.

Dimanche 1er août

… Aujourd’hui temps superbe… c’est le grand départ pour Les Sables ! cette année je reste ici !… j’irai prendre des nouvelles de Charles Yvernogeau qui est de plus en plus souffrant ! il est venu en convalescence il y a plus d’un mois, après une congestion pulmonaire, dont on le croyait bien guéri, depuis, il a été repris de crachements de sang et son état s’aggrave, on craint maintenant de la phtisie ! c’est navrant pour les pauvres parents !

Jeudi 5 août

Depuis dimanche les journées se sont vite écoulées… lundi, nous avons passé notre journée à travailler en causant, mardi, j’ai cependant fait une bonne promenade avec Madeleine, nous avons marché un bon moment sur la route de la Genétouze, le temps était superbe… nous sommes rentrées avec un gros bouquet de chèvrefeuille et quelques bruyères.

Hier, Jacques était en voyage avec Mère, et nous comptions, Madeleine et moi, passer un après-midi tranquille, nous avions l’ouvrier à poser notre tapis de salon, voilà qu’au moment de le tendre, il s’est aperçu qu’une bande avait été cousue à l’envers ; il a fallu découdre et recoudre, nous nous y sommes mises toutes deux, et, à la fin de l’après-midi nous cousions comme des professionnelles. Le salon est enfin terminé, j’en suis très contente, le petit couloir qui y mène est tout à fait gentil.

Aujourd’hui, j’ai eu quelques nouvelles des Sables, Papa, étant venu pour les batteries de Bouffard, a déjeuné avec nous ; l’intrigue de Françoise et de Benjamin continue toujours. Je suis allée moi-même, ce matin, voir la machine à battre, spectacle toujours plein d’intérêt pour moi, mais cette année la récolte est mauvaise et le blé ne vaut rien, c’est un désastre !

Jacques m’a rapporté de Brétignolles un bouquet d’oeillets des dunes et d’immortelles, je respire avec joie leur parfum âcre qui m’apporte la senteur des dunes et de la mer que je ne verrai pas cette année.

Vendredi 13 août

Bien des jours sans écrire… depuis mardi, j’ai presque toujours gardé ma chaise longue, de crainte d’un accident, et comme il m’est interdit de monter et de descendre, je n’ai pu aller trouver mon bureau ; enfin, aujourd’hui, Jacques m’a descendu tout ce qu’il me faut…

Reprenons un peu les événements de cette semaine ; dimanche… dans l’après-midi, nous avons fait tous quatre une très bonne promenade par la Minoterie, la Tirière et le bas du Puy-Chabot ; le soir nous sommes allés à la Colonne.

Mardi matin, grosse alerte, j’ai eu une petite perte… suffisante pour m’imposer de grands ménagements, j’ai passé tout l’après-midi sur ma chaise longue, j’ai reçu Marguerite à qui j’ai appris la grande nouvelle ; mercredi, rien de nouveau, Jacques était aux Sables, Irma à Mormaison, Mère et moi sommes restées toutes deux. Hier, j’ai reçu Papa, Maman, Oncle Alfred, Madeleine et Solange, j’ai passé une bonne journée et j’ai eu des nouvelles des Sables, Françoise n’est pas venue, bien entendu, elle a autre chose à faire !… Mère vient de partir, nous allons maintenant trouver la maison vide !

Dimanche 15 août

Je n’ai pas pu communier ce matin, j’étais trop fatiguée… j’ai déjeuné au lit pour éviter quelques malaises, et j’ai assisté à la messe de 9 heures ; pour un jour de l’Assomption, c’est bien peu…

Je n’ai guère bougé ces jours-ci, j’ai beaucoup écrit hier… j’avais pas mal de voeux de fête à envoyer pour aujourd’hui ; je ne suis allée qu’un petit moment chez Marguerite, après le dîner, je me suis promenée dans le jardin en récitant mon chapelet, au loin j’entendais le cantique de la neuvaine à la Colonne, puis les cloches ont sonné à toute volée pour annoncer la fête d’aujourd’hui…

Mardi 17 août

Rien de nouveau depuis dimanche, mes journées s’écoulent, monotones et peu remplies… il me faut faire de fréquentes stations sur ma chaise longue, ce qui n’est guère commode pour tenir un ouvrage, quant à la cuisine, inutile d’y songer…

Dimanche, je suis restée assez longtemps à la maison, puis, pendant la procession je suis sortie dans le jardin… et de loin, j’ai écouté les cantiques… malheureusement un piano mécanique s’est mis à jouer… Hier soir, après dîner, je me promenais dans le jardin en récitant mon chapelet… le soir était merveilleux … et brutalement cette paix a été troublée par le maudit piano se mettant à jouer : « Mes parents sont venus me chercher… »…

Jeudi 19

J’au eu hier tout un chargement de famille venant des Sables, Papa et Maman, naturellement, Tante Marguerite, Tante Jeanne et Françoise, tout a bien marché, Jacques m’a beaucoup secondé… tout le monde a été content de voir l’organisation de ma maison et les progrès accomplis en un an ; Françoise a été convenable, mais froide, il y a entre nous, depuis l’année dernière, quelque chose d’irrémédiablement brisé et c’est dur de me comporter envers elle comme envers une indifférente, elle qui fut ma meilleure amie ! hier, je me suis montrée extrêmement réservée, je n’ai pas hasardé une parole vers le terrain brûlant, et je n’ai rien livré de moi-même, puisque je sais que tout cela sera pris en mauvaise part et commenté d’une façon malveillante, avec un autre, bien entendu !

Françoise a beaucoup changé, je la croix intoxiquée par les romans modernes qu’elle a lus et qui, à part de belles et rares exceptions, n’ont aucun sens moral ; pour elle, il n’y a plus qu’une chose, le plaisir, la jouissance ; les distractions : « je ne voudrais pas avoir un enfant avant trois ou quatre ans de mariage, il faut bien profiter de sa vie de jeune femme, voyager, se distraire ! »… Tante Marguerite a répondu que la venue d’un enfant compensait bien des voyages manqués, et je l’approuve de tout coeur !…

Hier, journée brumeuse avec des bourrasques de pluie très fine, aujourd’hui, soleil superbe… pour la première fois depuis une dizaine de jours, j’ai pris mon déjeuner dans la salle à manger et j’ai pu aller goûter la fraîcheur matinale du jardin.

Lundi 23

Pas écrit depuis plusieurs jours ! je ne suis pas en train… j’ai vu le docteur Lucas, qui a renouvelé ses conseils de prudence…

Quoi de nouveau ? Jeudi, je suis allée voir Marguerite, Charlotte y était et nous avons passé un bon moment ; vendredi, j’ai fait visite à Mlle Lucas, puis je suis montée chez Mme Yvernogeau prendre des nouvelles de Charles qui est toujours à peu près dans le même état. …

Samedi soir le temps sentait l’automne, il faisait un grand vent fou qui apportait le goût et l’odeur de la mer… hier, le temps s’est nettement remis au beau… j’aimerais marcher longuement, boire cette lumière et m’en imprégner, pour les jours gris à venir !

Vendredi 27 août

J’ai eu hier une bonne visite des Sables, papa, Maman, Jacqueline et Suzanne ! je les ai même gardés à dîner… demain, nous recevons Armand, Suzanne et Mimi, mais comme je ne veux pas me fatigués, j’ai retenu Lisa, de sorte que l’ouvrage se fera sans peine. Reprenons un peu ces derniers jours ; lundi, j’ai passé l’après-midi avec Marguerite, Charlotte attend un bébé elle aussi, pour la même date que moi, laquelle de nous deux passera la première ! en attendant, elle se porte assez mal ! Nous avons vu lundi pas mal de monde, M. Logeais, l’oncle et la tante Logerie, les Gouraud, venus nous faire leur invitation au mariage d’Alexis, invitation que nous avons déclinée avec ensemble ! Mardi, c’était jour de lessive, je ne suis pas sortie ; mercredi j’ai passé un moment avec mme Bonnaud, et c’est tout…

Mardi 31 août

Je suis seule aujourd’hui pour la journée, Jacques est à Rocheservière avec toute la famille… la matinée a été mauvaise, j’ai rendu mon chocolat… j’ai déjeuné seule, sans appétit, à la table où nous nous retrouvons joyeusement, Jacques et moi, et j’ai évoqué pour me tenir compagnie les petites têtes brunes ou blondes qui viendront s’y grouper, bientôt je l’espère !…

Armand, Suzanne et Mimi nous sont arrivés samedi soir… Lisa est venue à notre aide… je suis souvent trop fatiguée pour garder l’amabilité que je devrais avoir ; hier, tous trois, sont allés à la Mothe, et j’ai eu ma journée à moi… je suis allée voir Marguerite, là-bas, j’ai entendu quantité de choses, de réflexions de Mme Lucas sur la vie qu’on mène aux Sables, le luxe, etc… J’ai vu le salon de Marguerite, archi-moderne avec un papier extravagant, violet et noir, sur lequel il faut écarquiller les yeux avant de distinguer quelque chose, des sièges recouverts de broché violet et argent, rangés dans un ordre impeccable : un fauteuil, un fauteuil, une chaise, une chaise !… je deviens mauvaise langue, sans doute parce que je suis pas assez occupée, le fait est que je ne peux rien faire dans la maison et que je passe mon temps à lire et à broder ; j’ai beaucoup lu, ces temps ci… les Bonnaud m’ont passé des volumes de « La Petite Illustration », il y a des romans, deux surtout m’ont frappée : « Graine au vent » de Lucie Delarue-Mardrus, qui est une chose délicieuse et, « Le Nouvel Adam » de Noëlle Roger ou Royer , peu banal ; j’ai lu des pièces de théâtre mais, à part quelques exceptions, je m’en fatigue vite, car elles sont toutes d’une immoralité désolante, l’adultère, présenté comme une chose normale, y tient une large place, ainsi que le divorce ; j’ai lu tout à l’heure « La Vierge au grand coeur » de François Porché… la semaine dernière, deux livres de Marie Gasquet « Une fille de Saint François » et « Tante Capucine », délicieux tous deux, et le denier livre de Baumann « Le Signe sur les mains » sur le sacerdoce, ce sont là de bonnes et saines lectures.

Lundi 6 septembre

Le mois de septembre est déjà entamé, dans quelques jours je vais avoir 24 ans… en attendant, j’ai passé la semaine dernière de bien mauvaises journées… je souffrais beaucoup ; hier, la journée a été meilleure, mais la messe m’avait fatiguée, et, au lieu d’aller aux courses, je suis restée sur ma chaise longue, je n’ai fait qu’un petit tour avec Jacques avant dîner et ensuite nous sommes sortis voir le feu d’artifice qui n’était pas mal du tout.

Mère nous a quittés ce matin, ainsi que Madeleine qui était venue nous rejoindre samedi ; j’ai vu jeudi mes parents et Jacqueline, ils vont rentrer ici dans une huitaine, je l’espère.

11 septembre

Reçu ce matin une lettre de Jeanne, m’apprenant une nouvelle atroce. Andrée a perdu son mari, c’est une chose navrante et je me demande encore si je rêve ; elle m’écrivait le 18 juillet, auprès de son malade et me disait sa joie de le savoir enfin hors de danger, il est mort le 30, dans une crise d’étouffement, sans avoir repris connaissance, sans un mot d’adieu, rien ! Quelle chose terrible ! Veuve au bout de onze mois de mariage, à 23 ans, quelle situation affreuse ! J’ai été bouleversée toute la matinée, et cette nouvelle m’a tellement fatiguée que j’ai eu plus de malaises. … je ne peux pas écrire plus longuement aujourd’hui.

Samedi 13 septembre

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 13 septembre 1926 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Lu l’autre jour en une après-midi « L’Empreinte » d’Estourné, c’est un livre que je n’aime pas et qui, sous une forme respectueuse, peut faire beaucoup de mal, parce qu’il dépeint la religion comme une suite de calculs, d’ambitions, de fourberie employant tous les moyens pour arriver au but, « c’est une mauvaise action » disait de ce livre le Père Chesnais qui fut un des professeurs d’Estourné. Quelle différence avec le dernier livre de Baumann « La Ligne sur les mains », où l’on voit le héros après bien des luttes et des déchirements, certes, marcher résolument vers le sacerdoce plein d’amour et de foi. Hier, j’ai passé à peu près toute la journée seule sur ma chaise longue, j’ai lu des romans modernes, mais rien qui mérite d’être retenu !

Jeudi 16

Ces journées de septembre sont d’une splendeur merveilleuse, le temps est superbe… je vis avec les fenêtres ouvertes et je passe le plus possible mes après-midi assise dans la cour… j’évite toute fatigue. Mes parents et Jacqueline sont rentrés lundi, j’en suis bien contente, car je peux les voir souvent ; ce soir nous dînons à la maison pour fêter les noces d’argent de Papa et de Maman, et notre anniversaire de mariage, un an déjà !…

Mardi 21 septembre

Il y a un an nous déjeunions à Pont-Aven chez Marie Morvézen …, moments trop courts passés près de Marie, toujours la même, si charmante dans son rôle de jeune maman…

Je passe actuellement des journées lamentables, malaises, maux de coeur, saignements de nez … Depuis jeudi rien de nouveau, le temps est toujours superbe… Samedi j’ai passé la journée à la maison, Jacques était à la chasse et nous avons déjeuné tous ensemble. Dimanche, je n’ai pas bougé de la journée, le soir, visite des Brachet.

Samedi 25 septembre

J’ai relu ces jours derniers la vie de Louise de Bettignies, c’est un livre merveilleux… je relis actuellement les volumes d’Elisabeth Leseur…

Nous avons eu quelques journées délicieuses que j’ai vécues entièrement dehors… dès que j’étais descendue, Jacques me portait ma chaise longue à l’ombre et je m’installais là avec un livre ou un ouvrage, et je ne rentrais que pour les repas ; malheureusement, au beau soleil d’hier a succédé un temps brumeux, déjà un peu froid, l’automne est là …

Lundi 27 septembre

Deux journées ravissantes… ce sont peut-être les dernières !… ; tout cela annonce que bientôt viendront les jours froids et moroses… mais pour moi, cette année, l’hiver ne sera pas triste, j’aurai beaucoup à faire, et je vivrai dans l’espérance de voir avec les premiers jours de printemps, l’arrivée de mon petit enfant !

Mercredi 29 septembre

Causé hier soir avec Papa, un bon moment, de la généalogie de la famille, mon arrière-grand-mère a vécu ici, c’est ici qu’elle est morte, je marche sur les dalles qu’elle a foulées ; je monte l’escalier qu’elle a gravi, je contemple l’horizon qu’elle a si souvent contemplé, c’est une joie pour moi que de continuer la chaîne de la famille sous le toit même où mes aïeux ont vécu.

Temps superbe toujours ; Jacques est avec Papa à la pêche chez Louis ; je vais déjeuner avec Maman et Jacqueline ; je suis mieux depuis quelques jours et c’est un grand soulagement ! Lundi, j’ai passé un bon moment à la maison puis j’ai eu la visite d’Armande, la visite de Mme Dugast, la sœur de Samuel, de Marguerite et de Tante Abel ; hier, j’ai fait un petit tour avec Jacqueline…

Dimanche 3 octobre

Aujourd’hui commence une semaine que je prévois assez chargée, d’autant plus que je ne sois pas me fatiguer, bien que d’une façon générale, je soie mieux depuis une huitaine. Mardi, Papa a organisé une réunion de chasse à la Buzenière, avec M. Boisseau et Louis Dugast, pendant ce temps, je recevrai les dames. Jeudi, nous déjeunons chez Armande, e même temps, il y aura la lessive, et ensuite visite du linge et raccommodage. Rien de très nouveau cette semaine, jeudi soir, nous sommes sorties un moment, Jacqueline et moi, puis dîner à la maison ; Vendredi, j’avais mes ouvrières et j’ai passé la journée à travailler avec elles. …

Nous voici tout à fait en automne, nous avons eu quelques journées très fraîches et le matin, le temps était gris et brumeux…

Dimanche 19

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 19 octobre 1926 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Hui jours sans écrire ! … j’ai passé de très mauvaises journées, avec quantité de malaises… une migraine atroce…

Lundi, nous avons passé une bonne après-midi chez Armande ; mardi, j’ai reçu la famille de Luçon et Mme Boisseau, Maman et Jacqueline m’ont bien secondée, je n’ai eu aucune peine. Mercredi, passé l’après-midi à la maison avec Marguerite. Jeudi, déjeuné chez les Brachet, très beau repas et excellente journée, il faisait un temps superbe de sorte que nous avons pu prendre le café dehors ; Jacques s’est promené avec M. Guillaumé, j’ai causé avec Berthe, Jacqueline a fait un bridge avec les messieurs. Vendredi, Jacqueline et Maman sont venues me retrouver, j’ai passé ces deux jours à m’occuper du linge de la lessive.

J’ai repris cette semaine ma chère habitude de ces années dernières, le mois du Rosaire, le soir à l’église… cela ne ma fatigue pas trop à condition de rester assise…

Vendredi 15 octobre

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1926-10-19). Texte conservé tel quel.

Me voilà seule à peu près toute la journée, toute la famille est à Nantes, Mère nous quitte, Jacques est allé la conduire, Maman et Jacqueline profitent de l’occasion pour faire des courses et des emplettes, Papa seul est ici, et nous avons déjeuné ensemble pour réunir nos solitudes.

Rien de très nouveau depuis dimanche, je n’ai pas été souffrante, de sorte que j’ai pu travailler davantage et m’occuper de la maison. J’ai eu quelques visites dimanche, Tante Abel et Marguerite sont venues me voir, puis les Guillaumé, samedi, j’avais vu Mme Edmond, mercredi, j’ai vu Mme Bonnaud ; nous avons dîné à la maison dimanche et hier soir, le reste du temps nous avons travaillé, Mère et moi, dans mon petit bureau, j’ai beaucoup cousu, réparé de la lingerie ; mercredi soir, nous sommes allées jusqu’au Moulin-Guérin…

Grande joie pour moi mardi, j’ai senti, pour la première fois, mon enfant remuer en moi…

Vendredi 22

Depuis le commencement de la semaine, quelques jours de froid très vif, qui me paralysent ; j’ai lutté jusqu’ici, mais finalement je me suis rendue et j’ai allumé du feu, il fait un temps triste et sombre, il va sans doute pleuvoir ! hier pluie presque toute la journée, une eau glaciale qui pénétrait jusqu’aux os, nous avons dîné à la maison, et, il ne faisait pas bon à revenir !

Rien de nouveau autrement, j’ai beaucoup cousu, travaillé, fait des raccommodages de ma lessive ; j’ai eu mardi une lettre d’Andrée, bien vaillante dans sa douleur, elle ne sait pas encore quand elle rentrera en France.

Dimanche, j’ai fait quelques visites avec Jacques, ce qui ne m’était pas arrivé depuis plusieurs mois ; je vais recommencer à sortir maintenant que je suis mieux !… je prends beaucoup d’embonpoint, dans quelque temps je ne serai plus présentable !

Dimanche 24

Temps superbe, l’air est vif mais le soleil brille… je suis allée à la messe de 8 heures, et maintenant je passe une matinée tranquille dans mon petit bureau, réchauffé par un bon feu de coke, c’est une pièce que j’aime et où je me plais beaucoup, plus tard, je rêve d’y installer le berceau de mon petit, pendant que je travaille à côté !… En attendant, j’ai là mes livres, mon ouvrage, ma chaise longue, mes bibelots familiers, le papier de tapisserie est gai, les meubles simples et commodes ; j’y ai passé hier une matinée délicieuse, il pleuvait, il faisait froid et triste, j’avais mon ouvrage et un livre, de temps en temps, j’allais faire un tour à la cuisine, voir au fourneau et surveiller les casseroles d’où s’échappait une bonne odeur de lapin mariné !… J’ai passé mon après-midi à la maison avec maman et Jacqueline…

Mardi matin 26

Tempête violente hier, le matin il y a eu de telles bourrasques et de telles rafales qu’il nous a fallu tout fermer du côté du jardin, sous la menace d’être inondés, l’après-midi a été meilleure, avec de grosses averses, cependant, maintenant, le soleil luit dans un ciel lavé, mais l’air est vif et il fait bon au coin du feu.

Jour de la Toussaint

Temps merveilleux, l’air est vif, mais le ciel est d’une pureté extrême… J’ai voulu venir écrire ici tous les jours, et je n’en ai pas trouvé le temps… des confitures, des raccommodages, les soins de la maison, ma broderie que je voudrais un peu avancer, et quelques rares moments que je me réserve pour la lecture… Hier, temps affreux, nous nous sommes rendus à l’église à travers une véritable tempête… ; ce matin, au contraire, le soleil se levait radieux …

Mère et Madeleine, sont ici depuis samedi soir, Madeleine part ce soir, mais Mère nous restera bien quelques jours encore, Jacques est allé les conduire hier à Palluau, ils iront aujourd’hui à Legé et à Rocheservière, pour moi, je reste garder la maison… Nous sommes allés au cimetière porter quelques fleurs et prier sur nos tombes… J’ai pensé à Andrée, là-bas, déjà veuve après si peu de bonheur ! … je me demande si à la Toussaint prochaine il ne faudra pas prier pour moi, il y a de tels exemples !

Rien de bien neuf cette semaine… nous avons eu quelques jours de beau temps et nous en avons profité pour faire de courtes promenades avec Jacqueline après déjeuner… Reçu vendredi une bonne lettre de Suzette.

Mardi 4 novembre

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 4 novembre 1926 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Me voilà seule pour l’après-midi, Jacques est à La Roche et Mère repart pour Nantes, je n’ai qu’à travailler, et d’ailleurs bien des choses à faire, le temps est gris et brumeux, cela me désole à cause de ma lessive qui ne sèche pas ! quoi de neuf depuis lundi ? ce jour-là, je suis restée seule tout l’après-midi, mais je ne me suis pas ennuyée… je suis allé à l’église, pendant que le glas tintait, je n’ai pas fait mon chemin de Croix, ce qui m’aurait fatigué… le soir, nous avons dîné à la maison avec Mère. Mardi matin, j’ai assisté à l’Office des Morts… nous sommes ensuite allés au cimetière, il tombait une brume glacée, et j’ai été heureuse de trouver un bon feu en rentrant, depuis nous avons travaillé ensemble, Mère et moi, nous ne sommes pas sorties, le temps étant bien désagréable, d’ailleurs, j’ai bien à faire et peu de temps à moi.

Papa, Maman et Jacqueline sont aux Sables pour une dizaine de jours.

Jeudi 11 novembre

Rien écrit tous ces jours-ci, j’ai été débordée d’ouvrage… j’ai travaillé d’arrache pied, réparé pas mal de lingerie, ce qui fait qu’avec les soins de la maison et quelques sorties indispensables, toutes mes minutes étaient absorbées…

Vendredi, j’ai fait pas mal de correspondance, samedi j’ai reçu Marguerite et nous avons travaillé ensemble, il faisait un temps affreux, une vraie tempête ! dimanche… temps superbe… l’après-midi, nous avons visite aux Yvernogeau, Charles est de plus en plus fatigué, ce n’est maintenant qu’une question de jours, quelle chose navrante pour les pauvres parents ! nous avons ensuite passé un moment chez Tante Abel. Lundi nous avons fait une toute petite promenade, Jacques et moi, malgré le vent fou, j’ai cousu tout le reste de la journée ; mardi, j’ai passé l’après-midi avec Marguerite, hier, j’ai fait de la gelée de pommes et de coings … de plus, les meubles de Chambretaud sont arrivés, depuis le temps que nous les attendions, ils sont bien réussis, et je suis contente de voir enfin la maison installée.

Aujourd’hui, anniversaire de l’Armistice, déjà huit ans ! Jacques a assisté à la messe ce matin… il y a demain une messe pour Tante Denise… voici un an qu’elle n’est plus !…

Vendredi 19 novembre

Bien des jours sans rien écrire… J’ai beaucoup travaillé cette semaine à relever le dessin d’une couverture de berceau en filet pour le petit chéri, si bien que je n’ai guère eu le temps de toucher à mon aiguille, enfin maintenant le dessin est prêt, et je vais pouvoir bientôt me mettre à l’ouvrage.

Quoi de neuf cette semaine, Charles Yvernogeau est mort hier, tout doucement… nous y sommes allés ce matin Jacques et moi, mais je ne suis pas montée le voir, il est d’une maigreur effrayante dit-on, ses pauvres parents font pitié, ils font là une perte immense, c’était un jeune homme d’élite, sa mort a vraiment été édifiante et belle.

Rien de nouveau dans les derniers jours de la semaine dernière, comme nous avions un temps superbe, nous avons fait quelques bonnes promenades après déjeuner… , mardi, Papa et Jacques étant à Nantes, j’ai déjeuné avec Maman et Jacqueline, puis nous avons travaillé ensemble au coin du feu. Nous avons eu la lessive, mais il a fait depuis lundi un temps affreux, et le linge ne peut finir de sécher qu’aujourd’hui.

Reçu ces jours-ci une bonne lettre de Jeanne avec la photo de sa petite fille, qui paraît bien mignonne ? Lu un peu « Le dernier Wiking » de Johan Boyer, très intéressant.

Vendredi 26 novembre

Huit jours sans rien écrire… j’ai entrepris, ces jours-ci, une couverture de berceau et ce travail m’intéresse à tel point que j’ai de la peine à m’en détacher ; c’est ma première et ma seule après-midi tranquille de la semaine et j’en profite. Lundi, nous avons assisté à l’enterrement de ce pauvre Charles, il y avait beaucoup de monde et c’était navrant, les pauvres parents sont bien à plaindre, M. Le Curé a prononcé un petit mot très émouvant, rappelant les grandes espérances que donnait Charles, et sa fin si chrétienne et si belle. Mardi, j’ai eu la visite de Mme Bonnaud, qui est restée un bon moment ; mercredi, j’ai passé une bonne partie de l’après-midi à la maison, et nous avons dîné là-bas ; hier, j’ai vu assez longuement Mlle Lucas, puis j’ai terminé l’après-midi chez Armande.

Le temps est assez froid et sombre aujourd’hui, il n’est pas encore quatre heures, et c’est à peine si on y voit ! je suis allée ce matin à la maison, voir Papa qui est un peu enrhumé, en rentrant, j’ai trouvé avec joie un bon feu…

Samedi 4 décembre

Le temps passe avec une rapidité affolante… j’ai toujours beaucoup de travail, et je ne peux toujours terminer…

Samedi, j’ai reçu Marguerite, nous avons travaillé et causé ; dimanche, j’ai passé presque toute mon après-midi à lire au coin du feu… puis nous avons fait une visite aux Yvernogeau, Jacques et moi, et dîné à la maison. Lundi, Papa et Jacques étant à Nantes, j’ai déjeuné à la maison, mais nous avons passé presque toute notre journée à préparer des gâteaux et des entremets pour le lendemain, Maman recevant les Gendreau. Le fameux repas d’est bien passé, tout à marché comme il fallait, et nous avons passé une bonne journée. mercredi, nous avons déjeuné à la maison, puis passé l’après-midi chez Marguerite ; jeudi, Maman et Jacqueline ont déjeuné ici, mais ne sont pas restées longtemps, Jacqueline faisant ses préparatifs de départ, elle est parti hier matin et a dû passer la journée d’hier à Nantes, assister hier soir ,avec Madeleine, au concert Jacques Thibaud, et filer ce matin sur Paris, il y a longtemps que je ne suis pas allée là-bas, j’aimerais moi aussi revoir un peu la capitale, mais ce ne sera pas pour cette année ! Nous avons fait ensemble deux bonnes promenades, avant son départ, jeudi, il faisait un temps merveilleux…

J’ai beaucoup travaillé cette semaine et pas mal avancé mon filet. Trouvé dans la « Revue des Deux Mondes » quelques articles vraiment intéressants, les mémoires de la Reine Hortense, un roman d’Estaunié et des Lettres de Silvestre de Sacy à sa fille, renfermant des réflexions très tristes et profondes.

Jacques étant enrhumé ces jours-ci, nous nous tenons davantage dans la salle à manger, bien chauffée par la Salamandre, je regrette un peu mon petit bureau si intime…

Mercredi 8 décembre

Quelques minutes à moi avant de me remettre au travail, et je voudrais en profiter pour noter quelques petites choses ; car le temps passe vite et je voudrais tout retenir. …

Dimanche, j’ai assisté à la grand’messe, les chants liturgiques de l’Avent du grande beauté, c’est avec joie que je les entends chaque année ! l’après-midi j’ai vu Charlotte puis Marguerite et Tante Abel ; nous avons ensuite passé un bon moment à la maison.

Lundi, rien de neuf, j’ai travaillé au coin du feu, hier, nous avons vu un marin paraît-il qui rapporte d’Extrême-Orient des objets à des prix paraît-il très avantageux, il avait de très belles choses, mais assez chères, je trouve, des panneaux brodés à la main, de toute beauté, des tapis, des ivoires, tout cela très tentant, d’un travail merveilleux et d’un charme exotique tout particulier ; nous avons acheté deux vases de Saktuma ? ? ? qui décorent notre cheminée du salon.

Ce matin, fête de l’Immaculée Conception… Lu Dimanche de très belles pages de Louis Bertrand sur Sainte Thérèse. Reçu ce matin une carte d’Andrée.

Jeudi 16 décembre

Plus de huit jours que je n’ai pas écrit ! … aujourd’hui, temps superbe. …

Quoi dire de ma semaine, nous avons eu du mauvais temps, du brouillard et je n’ai guère pu sortir, mais quels bons moments j’ai passés à travailler près du feu, et, le soir sous la lampe …, dimanche, … je me suis installée dans le salon pour faire mas correspondance, le petit poêle chauffe à merveille et la pièce, pourtant grande, a été vite réchauffée ; nous avons eu la visite d’Alexis et de sa femme, cette dernière, que je ne connaissais pas, paraît fort aimable, elle doit avoir l’habitude du monde et possède beaucoup d’aisance ; nous avons ensuite dîné à la maison. Lundi, je suis sortie après déjeuner, il faisait un temps doux, légèrement voilé, je suis allée voir ma vieille amie Victorine, passée au cimetière, puis rentrée pour recevoir Armande, hier, nous avons fait une courte promenade, Jacques et moi, malgré le brouillard, je suis allée un moment voir Marguerite, puis rentrée ici travailler avec Maman.

Pas mal de choses en perspective d’ici Noël, Armand arrive sans doute dimanche soir, Mère dans le courant de la semaine, j’ai ensuite ma cuisine de porc à faire, heureusement je me porte à merveille et tout le monde me fait compliment de ma fraîcheur. J’ai repris depuis quelque temps mon violon, je joue peu : des sonates de Beethoven, des chœurs d’Athalie, mais ce peu me fait grand plaisir !

Samedi 18 décembre

Hier temps merveilleux, le soleil m’a réveillée, j’ai vite déjeuné et je suis allée dans le jardin… la gelée blanche recouvrait toutes choses… et tout cela était si beau que, s’il n’avait pas fait si froid, je serais restée des heures à contempler ! J’ai travaillé toute la matinée et reçu Maman à déjeuner, puis nous sommes sortis Jacques et moi… En rentrant, je me suis mise à mes raccommodages, mais, avant cinq heures, je suis retournée au jardin…

Vendredi 24 décembre

Encore presque une semaine de passée, et une semaine bien remplie ! … Dimanche, pas mal d’occupations, d’abord Armand arrivant le soir, j’ai eu le matin pas mal à faire, l’après-midi, je suis allée voir Charlotte et Mme Yvernogeau, puis j’ai écrit à Jacqueline en attendant les voyageurs ; Lundi, j’ai déjeuné et passé un bon moment à la maison, Jacques et Armand étant absents, puis je suis allée voir Mme Bonnaud ; mardi matin, Armand est parti, après déjeuner, j’ai fait une petite promenade avec Maman, il faisait très bon à marcher, Maman est venue ensuite travailler avec moi ici. Mercredi, j’ai eu mes ouvrières, nous sommes allés l’après-midi au Moulin-Guérin voir le cochon qu’on venait de tuer, il faisait très froid, nous étions à peine ici qu’il s’est mis à neiger à gros flocons, heureusement çà n’a pas duré, le soir, Gandillon est venu détailler mon quart ; entre temps, j’ai eu la visite du jeune ménage Moreau et de Mme Julien Dorion. Hier, nous avons cuisiné toute la journée ; le soir, dîné à la maison ? Aujourd’hui, il fait un froid terrible, Jacques est à Nantes et doit ramener Mère et Madeleine.

Ce matin, une grande nouvelle, apprise par une lettre de Jacqueline : les fiançailles de Suzanne avec M. Jean Nida, ingénieur civil des Ponts et Chaussées, le mariage aura lieu dans les derniers jours de janvier, et, le 15 février, le jeune ménage s’embarquera pour le Congo, où le fiancé a signé un engagement de deux ans pour la construction d’une voie ferrée reliant Brazzaville à la côte. Jacqueline parle de revenir jeudi.

Demain Noël, ce soir la Messe de Minuit à laquelle je compte bien assister…

Jeudi 30 décembre

L’année touche à sa fin, et je suis plongée jusqu’au cou dans les lettres et cartes du jour de l’an, je ne pense pas avoir tout terminé ce soir !… J’ai été très prise tous ces jours derniers…, vendredi soir, nos voyageurs sont arrivés avant la nuit, nous avons passé une bonne veillée en famille, puis nous sommes allés à la Messe de Minuit, nous ne sommes restés qu’à une messe, car je ne voulais pas me fatiguer. Il faisait d’ailleurs un froid terrible… nous avons gaiement réveillonné au retour, avec toutes sortes de bonnes choses trouvées dans nos souliers ; le lendemain matin, je me suis reposée assez tard, puis nous avons tous déjeuné à la maison, le froid étant très vif, nous ne sommes pas sortis et avons passé le reste de la journée à nous griller devant le feu. Dimanche, assisté à la grand’messe, Madeleine nous a quittés le soir. Lundi, il faisait plus froid que jamais, nous sommes cependant sortis un peu, Jacques et moi, Mère commençait un rhume et gardait la maison, Maman est venue nous retrouver et nous avons travaillé ensemble, mardi également, malgré le soleil qui essayait de percer ; hier, c’était le dégel, le temps était très doux, mais brumeux, n’y tenant plus, je suis allée chercher Maman et nous avons fait un petit tour ensemble ; aujourd’hui, le brouillard est plus intense que jamais, Mère est au lit avec un gros rhume, nous dînons à la maison, Jacqueline arrivant ce soir. Demain, dernier jour de l’année…