Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Vendredi 4 janvier 1929
Une année nouvelle est commencée, sans que j’aie eu le temps et la liberté de venir ici me recueillir un peu! il y a toujours tant à faire, je suis souvent fatiguée et Jean toujours bruyant…
Reprenons ces derniers jours : l’après-midi de Noël nous sommes sortis, Jacques, Jean et moi et avons fait une bonne promenade, Jean était heureux de trotter dehors; le soir nous avons vu M. Guillaumé et Samuel venus écouter la TSF. Jeudi après-midi chez Armande. Vendredi reçu à déjeuner le docteur Falipeau et son filleul. Samedi, arrivée de Mère et de Madeleine venues passer trois jours avec nous. J’ai été très bousculée par la corvée des lettres et cartes du jour de l’an…
Maman et Jacqueline sont à Nantes pour la toilette du mariage de Françoise; Tante Juliette nous a annoncé le mariage de Francette avec M. Henri Félix, ingénieur des Ponts, le jeune ménage partira à Madagascar.
Dimanche 12 janvier
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 12 janvier 1929 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Les jours passent rapidement, mais pas assez à mon gré, car je voudrais être arrivée au moment où je n’aurai plus d’inquiétude au sujet du petit être que je porte… J’ai été un peu fatiguée, ces jours derniers et j’ai dû faire un peu de chaise longue, au début Jean ne voulait pas me voir là, et essayait par tous les moyens de m’en déloger, maintenant il s’y est habitué et me fait même quelques commissions pour éviter de me déranger. Il est toujours bien mignon, bien fort et vigoureux, il commence à causer, à répondre, on peut tenir une vraie petite conversation avec lui, et c’est pour moi une grande compagnie.
Reprenons un peu les jours passés. Samedi, déjeuner chez les Mignen avec les Gourraud, repas bien réussi, mais il faisait grand froid. Dimanche après-midi nous avons fait quelques visites, Jacques et moi, puis passé une veillée bien tranquille. Mardi, visite des Lucas. Mercredi suis allée voir Mmes Bonnaud. Jeudi, passé l’après-midi à la maison avec Armande, le soir suis allée au cinéma voir “La terre qui meurt”, film particulièrement bien rendu et représenté, passé une excellente soirée. Hier et avant-hier, j’ai passé une bonne partie de mes journées à faire de la gelée d’oranges et à plier du linge…Temps..très froid et sombre… Jean n’est pas beaucoup sorti cette semaine, quelques minutes seulement l’après-midi, quand un rayon de soleil permettait un tour de jardin, aussi plus que jamais il fait le diable…
Dimanche 20 janvier
Un temps superbe aujourd’hui… seulement Jean a un peu de rhume de cerveau et je n’ose pas le sortir… Nous avons passé une semaine très calme et je suis moins souffrante…
Je viens d’avoir une visite de Mlle Lucas; Jean qui s’est réveillé de bonne heure, tourne et s’amuse autour de moi en racontant des choses incompréhensibles…
Fait et reçu quelques visites cette semaine, il faut que j’en fasse ce soir avec Jacques, puis deux la semaine prochaine, et je pense en être débarrassée. Hier, après-midi à la maison avec Mme Loiseau, Tante Abel, Marguerite et Mme Edmond, conversation parfaitement vide et creuse : mondanités, toilettes, petits potins, certaines de ces dames ont sur le but de la vie, la compréhension de la vie et la valeur de l’argent, des idées qui ne sont pas miennes et que je ne saurais admettre; avec Mme Edmond seule, je peux un peu parler, parce que nous causons “enfants”. On parle du mariage de Françoise qui approche, des invitations, des cadeaux, des dentelles et des fourrures de la famille Gendreau ! comme s’il n’y avait pas autre chose dans la vie!
Reçu jeudi une bonne lettre de Marie, qui m’a fait grand plaisir
Mes parents et Jacqueline partent jeudi pour Lyon, nous gardons la maison.
3 Février
Quinze jours passés et bien rapidement, reprenons-en la suite. Le dimanche 20 après-midi, je suis sortie avec Jacques faire quelques visites; le lundi, Jacques étant à Nantes, je suis allée déjeuner à la maison; mardi, j’étais en lessive, il faisait un temps affreux, heureusement le lendemain le temps s’est mis au beau, et tout a pu sécher assez rapidement. Mercredi, Madeleine partant à Nice, Mère nous est arrivée pour quelques jours, le reste de la semaine a été très calme, je ne suis guère sortie ayant un pied enflé… Mes parents ne sont partis que vendredi soir pour Lyon, Papa étant très enrhumé a bien craint même de ne pas y aller, Jacqueline est partie elle aussi avec un bon rhume…
Je suis allée lundi chez Tante Abel, jeudi avec Mère chez Mme Lucas, j’ai vu Mme Bonnaud jeudi également. Mère nous a quittés jeudi soir, Michel a la rougeole, Suzanne est obligée de faire de fréquents voyages, et comme ils n’ont personne, Armand était seul et réclamait du secours. Papa et Maman sont arrivés hier matin, Jacqueline reste à Lyon; Maman est venue hier après-midi et m’a donné quantité de détails, tout était réussi, la mariée très bien, de belles toilettes, un beau cortège, un beau repas, beaucoup d’animation. Nous avons souvent des nouvelles de Nice, Madeleine a trouvé là-bas de la neige et du froid, aussi elle a dû avoir une forte déception, de plus, pour égayer son séjour, Mme Ayraud, la mère de Louise Dugast, est morte là-bas, dans une chambre d’hôtel!
Je suis à peu près bien ces jours-ci… si je passe cette semaine je crois que j’aurai moins d’inquiétude… mais j’ai par ailleurs bien des souffrances, bien des choses pénibles et douloureuses, par moments cela me semble bien lourd…
Dimanche 10 février
Semaine calme! dimanche dernier, nous avons assisté Jacques et moi, à une petite représentation à la salle paroissiale, c’était gentil et nous avons eu quelques heures de distraction. Rien de neuf autrement, je ne suis pas sortie… J’ai eu une lessive, le linge à vérifier, à raccommoder, la cuisine à faire ou à surveiller, les soins à donner à mon petit chéri qui est toujours de plus en plus mignon et intéressant. J’ai vu maman souvent, passé hier après-midi chez Tante Abel, avec Mme Edmond et les Loiseau ; j’ai terminé un petit chandail pour Jean, avancé mon ouvrage et passé de bonnes heures à travailler sous la lampe en écoutant la TDF, programmes assez intéressants pour la plupart. Lu dans la “Revue des Deux Mondes” une suite d’articles sur Philippe III à l’Escorial, de Louis Bertrand; j’ai relu à ce propos “La rose de l’Infante”, y a-t-il là exagération de poète?
Dimanche 17 février
Semaine très froide, ce qui est bien désagréable, heureusement que grâce au chauffage, nous avons dans la maison une température convenable… Dimanche dernier visite de M. et Mme Privat, avec qui nous avons goûté et passé une après-midi agréable, visite des Brachet, puis dîné à la maison. Lundi, je ne suis sortie qu’un court moment après déjeuner pour aller à l’église à l’occasion des Quarante heures, il commençait à tomber une petite pluie froide… dans la nuit cette pluie s’est changée en neige, mais au matin, la couche était légère, un grand vent s’est levé, faisant tourbillonner cette neige en poussière… Mercredi et jeudi je ne suis pas sortie, et ai travaillé tranquillement ici; je n’ai vu Maman que très peu, sa bonne est grippée et elle doit faire seule son ouvrage… Hier matin, nous avons eu une bonne tombée de neige… en une heure la couche était épaisse, et Jean, son petit nez collé aux vitres, était heureux de voir tourbillonner les flocons. Après déjeuner, je suis allée faire une visite au jardin, tout blanc… Ce matin, il fait froid de nouveau, et j’ai nulle envie de sortir aujourd’hui, je préfère rester écouter le sermon de Carême à Notre-Dame, qui sera diffusé par la TSF.
Beaucoup travaillé cette semaine, couture, broderie, tricot, je passe aussi de bien bons moments le soir à travailler sous la lampe et, à cette heure-là seulement je suis entièrement tranquille et puis écouter à tête reposée la musique de Radio-Paris; dans la journée, il suffit que je veuille écouter, par exemple, la “Pavane pour un Infante défunte”, la Sonate de Franck, ou l’ouverture de “Tannhäuser”, pour que Jean me d’amande à cors et à cris de luis réciter “Le loup et l’agneau” ou bien “Le corbeau et le renard”; à part cela il est bien mignon et de plus en plus intéressant.
Passé l’après-midi d’hier chez Armande. Hier a eu lieu le mariage de Francette, Jacqueline est arrivée vendredi soir à paris, avec simplement trois heures de retard, par suite de chutes de neige ; les Bonnaud sont revenus de Nice gelés !
Dimanche 24
Fatiguée aujourd’hui, j’ai passé une assez mauvaise semaine… j’ai été obligée de faire deux jours de chaise-longue, souffrant du ventre et des reins, de plus Jean est enrhumé du cerveau, aussi un peu grognon et désagréable, il m’a fait passer une mauvaise nuit, vendredi à samedi il a fallu le changer à 3 heures du matin…
Nous avons eu dimanche Andrée Boyer et les Guillaumé à écouter le sermon de carême, sermon intéressant, mais un peu dur et abstrait… j’ai eu mercredi la visite des Dorion, vendredi, Tante Abel et Marguerite ainsi qu’Armande. Passé de bons moments à travailler, à lire, à tricoter, soit auprès de la fenêtre, soit sous la lampe. Passé aussi de bien bons moments avec Jean… J’ai repris depuis le début de ce Carême, l’habitude délaissée depuis mon mariage, de lire quelques pages d’Evangile, d’Imitation ou d’Ecriture sainte, mais ce n’est pas toujours facile d’y arriver… il suffit que, ayant un moment à moi, je prenne un livre, pour que Jean vienne me demander une chanson ou une explication sur des images, il y a des moments où j’en ai la tête cassée…
Bonnes nouvelles de Jacqueline, qui s’est bien amusée au mariage de Francette, jolie mariée, beau cortège, réception très brillante, les jeunes mariés partent dans un mois pour Madagascar. Reçu hier matin une bonne lettre de Jeanne. Le temps s’est beaucoup radouci, on respire enfin!
Samedi 2 mars
De nouveau le froid !… Madeleine nous arrive tout à l’heure à 3 heures et Jacqueline débarque ce soir, cela fera plaisir de se trouver un peu en famille. Semaine calme, ne suis sortie qu’assez peu, mercredi pour voir Mme Bonnaud et jeudi pour voir Josée Lancelot; Maman est grippée depuis mercredi, aussi j’ai passé bien des après-midi seule, c’est à dire avec Jean, …
Je me lève une peu plus tôt maintenant que je suis mieux et que les jours allongent; à huit heures, je suis habillée, j’ai déjeuné et je suis prête à lever Jean, ensuite toute la matinée les occupations se succèdent, les courses, la cuisine, les bouillies de Jean, le kéfir, un peu après 11 heures, je fais déjeuner Jean, à midi, nous déjeunons… puis jusqu’à deux heures, c’est un moment bien à moi(Jean dort!), je peux faire tranquillement ma correspondance, lire les journaux ou quelques pages d’un livre que j’aime, puis je prends mon ouvrage jusqu’au dîner, avec quelques interruptions nécessitées par le goûter de Jean, et sa petite séance sur le pot; à 6 heures et demie, je le fais dîner, je le couche, puis nous dînons à notre tour, puis c’est la bonne veillée sous la lampe, égayée par la TSF…
Relu ces temps-ci quelques uns des livres de Mme Faure-Goyau, livres qui ont fait mes délices étant jeune fille et me charment toujours; à ce propos, j’ai relu quelques passages des livres de Victor Giraud sur Pascal, quelques pages des “Pensées”…
Vu Marguerite un bon moment hier; les jeunes mariés Gendreau sont là depuis jeudi soir, mais personne ne les a encore vus…
Cette date du 2 mars me rappelle le souvenir de Simone… son image est toujours présente et tant de choses passés toujours vivantes…
Vendredi 8 mars
Je suis seule à la maison, Jacques est au Chemin de Croix, Jean dort… nous avons été cette semaine un peu tourmentés au sujet du petit chéri, il a fait un peu d’entérite, je ne crois pas que ce soit grave, il est très gai, joue toute la journée… pour moi, je suis aussi bien que possible…
Nous avons donc vu madeleine samedi, et passé ensemble la journée de dimanche, mais Marie était absente et je n’ai pu avoir personne, si bien que j’ai passé une partie de ma matinée et bien des moments dans l’après-midi à la cuisine; Jacqueline est arrivée elle aussi samedi soir, et depuis, nous n’avons guère cessé de bavarder. Lundi, Jacques est allé à Nantes conduire Madeleine et faire quelques courses, aussi j’ai déjeuné à la maison; je ne suis guère sortie, seulement mercredi une visite à Mme Lucas; vu Mme Bonnaud quelques minutes jeudi. Vu Françoise un petit moment ce soir, depuis plus de dix jours qu’elle est ici, je ne l’avis vue que quelques minutes lundi avec son mari elle se laisse accaparer par sa nouvelle famille et oublie quelque peu l’ancienne…
J’ai eu une grande joie aujourd’hui, j’ai senti mon petit enfant remuer en moi, encore un peu plus de cinq mois et j’aurai l’immense bonheur de le voir.
Ecouté par TSF mercredi soir, le “Songe d’une nuit d’été”, c’était délicieux, et la musique de Mendelssohn ravissante, nous avons eu cet hiver quelques bonnes soirées d’après Shakespeare.
Dimanche 17 mars 1929
Jean a deux ans aujourd’hui…c’est un grand garçon maintenant, bien fort et vigoureux, il est grand pour son âge et maintenant il dit beaucoup de mots, on peut tenir avec lui une vraie conversation… il est assez facile bien qu’il prenne quelquefois de bonnes petites colères. Nous avons eu toute cette semaine un temps merveilleux, aussi le cher petit est heureux de jouer dehors, le grand air lui fait tant de bien…
Quoi de neuf cette semaine, samedi nous avons passé l’après-midi chez Armande avec Françoise, dimanche, … j’ai passé une après-midi très tranquille à lire “La tempête” de’ Shakespeare, qui m’a enchantée, ainsi que “Les joyeuses commères de Windsor” ; j’ai emmené Jean à la Bénédiction, mais le petit coquin faisait ses réflexions tout haut et a donné des distractions à toute l’assistance. Mardi, dîner à la maison avec Françoise et Benjamin, qui viennent dîner ici jeudi…
Commencé “Madame Récamier et ses amis” d’Edouard Herriot, intéressant et bien documenté, quelques bons moments et de bonnes causeries avec Jacques, mais malheureusement trop rares car le pauvre aussi est toujours bien occupé.
Dans une quinzaine, nous commençons nos réparations…
Dimanche 24 mars
Jour des Rameaux !… j’ai assisté à la messe de huit heures et lu le récit de la Passion selon Saint Matthieu…
Début de la semaine assez calme, dimanche, nous avons passé l’après-midi dans la cour, il faisait une douceur printanière, et c’était délicieux de respirer. Lundi, Maman, Jacques et Jacqueline étaient à Nantes, Papa est venu déjeuner avec moi, puis dans l’après-midi je suis allée voir marguerite un moment. Mardi, réunion à la maison avec Armande, Marguerite; mercredi, visite de Mlle Rivallaud, qui est bien inquiète, sa nièce de Luçon est très fatiguée, elle a eu une petite fille il y a une huitaine, et cette naissance lui a aggravé une lésion du poumon, et il est à croire qu’elle ne s’en remettra pas ! Quelle triste chose…
Mercredi soir, appris par le TSF la mort du Maréchal Foch, nouvelle qui nous a tous douloureusement émus; les obsèques seront nationales, et auront lieu probablement mardi, l’inhumation sera faite aux Invalides, ce fut un grand soldat et un grand chrétien.
Jeudi soir, j’ai reçu à dîner Françoise et Benjamin, ainsi que mes parents, bien entendu dîner très simple, mais il a cependant fallu faire quelques préparatifs, pour comble de bonheur, j’ai souffert des reins ce jour-là comme jamais encore… vendredi, mes parents sont partis aux Sables où ils doivent rester une huitaine.
Relu ces jours derniers le “Journal” de Marie Baskirtseff, c’est prenant, vivant, intéressant au plus haut point, quelle âme ardente, et que d’élans perdus qui auraient pu être autres avec une éducation mieux dirigée; certaines phrases rendent un son presque chrétien. Relu également “Ma Messe” de l’Abbé Grimaud, il y a de bien belles choses et de grandes vérités qu’il est bon de se remémorer de temps à autre.!
Mercredi Saint 27 mars
Assisté hier matin par TSF, aux obsèques du maréchal Foch, quelle chose merveilleuse que de pouvoir suivre ainsi les cérémonies se déroulant à Paris, de pouvoir prier, vibrer avec la foule. A 9 heures, cérémonie funèbre à Notre-Dame, l’orgue vibrait sous les hautes voûtes, et je me représentais la foule recueillie qui s’y pressait, toutes les notabilités, toute l’élite du pays, rendant hommage à son plus glorieux chef; malheureusement je n’ai pu arriver dès le début, ni suivre tout au long la cérémonie, j’avais la cuisine à faire … entre deux coups de cuiller ou entre une bouillie et un roux, je venais prendre quelques bribes; L’Elévation avec les clairons sonnant aux champs, l’Absoute donnée par le Cardinal de Luçon, vers 10 heures et quart, la cérémonie était terminée. Vers 11 heures, j’étais de nouveau devant l’appareil avec les Boyer pour attendre le discours de Poincaré devant les Invalides; peu à peu nous avons entendu le cortège approcher, la rumeur de la foule, le pas des chevaux, la “Marche funèbre” de Chopin, même un hennissement de cheval, peut-être celui du Maréchal, qui suivait le cortège; un peu avant midi, discours de Poincaré, très bien, récit de la vie et éloge funèbre de Foch, puis (ceci par les journaux, la communication a été coupée) les troupes ont défilé devant le cercueil, puis dans l’intimité, le corps du Maréchal a été déposé dans la chapelle des Invalides. Une fois toutes portes closes, dans le silence et la solitude, quels dialogues sont pu être échangés, entre le glorieux chef et les grandes ombres se levant pour l’accueillir ; En somme, cérémonie grandiose unique, funérailles vraiment nationales, celles d’un grand chrétien et d’un grand soldat.
Dimanche, passé une après-midi très tranquille et reposante à lire puis écouté la dernière conférence du Père Pinard de la Boullaye. Lundi vu un peu Tante Abel et Marguerite, conversation banale, creuse, vide, si bien qu’hier, toute la journée, j’ai ressenti… une lassitude morale absolue, un sentiment de solitude intense…
Dimanche 31, Jour de Pâques
Temps merveilleux, soleil tiède et doux…
Nous avons Armand et Suzanne aujourd’hui, ils sont venus pour déjeuner et couchent ici ce soir, ils sont allés tantôt chercher Michel qui a dîné avec nous, et sont partis en ce moment le reconduire. J’ai eu ce matin les préparatifs du déjeuner, mais j’ai pu cependant assister à la grand’messe… nous avions cette année encore un nouveau prêtre, le P. Violleau, futur missionnaire; quelle gloire et quel bonheur pour une famille d’avoir un fils prêtre! que je serais heureuse si Dieu me donnait une telle bénédiction parmi mes enfants !
Depuis mercredi, rien de bien nouveau, je n’ai pu assister aux offices de la Semaine Sainte à mon grand regret… mais, à mes moments libres, j’ai lu et médité les cérémonies admirables de ces jours-ci avec le plus vif intérêt; vendredi soir, nous avons eu par la TSF un très beau commentaire du Père Lhaude sur les Sept paroles de Jésus en Croix… J’ai vu Françoise une minute jeudi matin, et un bon moment vendredi matin; vu Armande vendredi après-midi, elle avait emmené Odile jouer avec Jean, il y a eu plusieurs petits incidents assez comiques, mais en somme les deux petits se sont bien entendus. Vendredi soir, mes parents et Jacqueline sont revenus des Sables…
Dimanche 7
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : avril 1929. L’en-tête ne porte que le quantième « 7 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
J’ai été interrompue l’autre soir par l’arrivée des voyageurs qui revenaient de La Roche, nous avons passé ensemble un bout de veillée et nous sommes couchés tôt, Armand et Suzanne devant repartir de bonne heure le lendemain.
Depuis j’ai passé une semaine plutôt calme, j’ai travaillé comme de coutume, matinées passées presque tout entières à cuisiner et à ranger différentes choses, après-midi consacrés à la couture… Lundi, nous sommes allés Jean et moi, passer notre après-midi à la maison, j’ai fait de la musique avec Jean… seulement nous sommes rentrés de bonne heure, il s’est mis à souffler un grand vent froid, et, depuis le temps, quoique beau, est demeuré très dur, heureusement que la cour est bien abritée aussi Jean peut jouer toute la journée dehors. Mardi j’ai eu Jacqueline, Andrée Boyer un moment puis nous avons dîné à la maison le soir; mercredi, j’ai passé ma journée seule, Jacques est allé l’après-midi à Nantes voir Mère et Madeleine, grippées toutes deux, Maman et Jacqueline avaient profité de l’occasion pour aller faire des essayages; le soir, par TSF, nous avons entendu “Le Cid”, avec grand plaisir… Jeudi, mes parents et Jacqueline ont passé l’après-midi aux Sables, mais j’ai vu assez longuement Marguerite, puis Tante Abel et Pierrot, escortés de Tante Guesdon. Vendredi, reçu Armande et Marguerite l’après-midi, longue et ennuyeuse conversation, affreusement banale, sans aucun intérêt, roulant sur des sujets cent fois ressassés…
Nous allons avoir une semaine bien chargée, demain sans doute la lessive, mardi et mercredi déménagement de la cuisine, jeudi des ouvriers de Cortella viennent déplacer la cuisinière et vendredi sans doute les maçons donnent le premier coup de pioche, et nous n’en avons pas fini.
Malgré le froid, le printemps est ravissant…
Vendredi 12 avril
Une nouvelle bien triste et bien pénible : Jacqueline Hervé est morte ce matin, après cinq jours d’agonie, onze jours après la naissance de sa petite fille… ce pauvre Hervé, qui aurait dit, alors qu’aux Sables, il y a sept ans, il faisait partie de notre bande joyeuse, qu’un malheur pareil lui était réservé ! Madame Hervé était souffrante, grippée avant la naissance, l’accouchement s’est fait normalement, mais la grippe est devenue infectieuse et la tuberculose s’y est mise ; quelle chose navrante, nous sommes tous atterrés et ne faisons qu’y penser.
Aujourd’hui, début de nos réparations ! pour combien de temps en avons-nous ?
Lundi 15 avril
Semaine bien remplie et très occupée ; reprenons un peu au début : lundi, c’était la lessive, il faisait un temps superbe, mais il fallait aller et venir pas mal pour s’occuper du linge; mardi, début du grand branle-bas, nous avons commencé le déménagement de la cuisine et de ses dépendances, et l’avons achevé le lendemain, tout cela a été plutôt fatigant, car il fallait transporter, combiner, organiser et surtout entasser toutes choses dans infiniment moins d’espace que nous en avions, enfin maintenant tout est casé, la cuisine est organisée, un peu petite et bien loin de la maison, mais à part cela bien pratique et commode.
Jeudi Cortella est venu pour transporter la cuisinière et démonter les cuves et vendredi, maçons et charpentiers venaient entreprendre la démolition, juste ce jour-là, naturellement, il s’est mis à pleuvoir et depuis nous avons de fréquentes averses, les giboulées de mars passent en avril, mais seulement n’empêche pas les ouvriers de travailler, la démolition sera bientôt terminée, et bientôt on commencera à construire, ce sera intéressant de voir les murs s’élever, et se dessiner un peu l’aspect du nouveau bâtiment qui complètera notre “chez-nous”
Jeudi, réunion chez Marguerite, nous y avons vu Françoise, mais ne l’avons pas vue depuis, ils doivent maintenant s’installer à Nantes. Mardi, messe de mariage de Marie Tenailleau, mariée bien gentille, mais affreusement intimidée, quelques jolies toilettes. Vendredi et samedi je ne suis pas sortie, j’ai cuisiné le matin et travaillé l’après-midi… Hier… Léon est venu voir la construction puis Maman a passé l’après-midi avec moi.
Aujourd’hui averses, bourrasques…
Depuis que nous avons déménagé, pour simplifier le service, Jean prend ses repas avec nous, il mange tout seul et assez proprement pour un enfant de deux ans, aussi nous n’avons aucune peine, mais au contraire le plaisir de l’avoir avec nous et d’entendre ses petites réflexions amusantes, il en a quelquefois d’impayables !
Jacques vient de partir à La Roche à l’enterrement de cette pauvre Jacqueline Hervé !
Mardi 13 avril
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 13 avril 1929 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1929-04-15). Texte conservé tel quel.
Rien écrit depuis bien des jours, j’ai une brûlure au pouce qui m’a bien gênée… je recommence à tenir mon stylo… Reprenons les jours passés.
Lundi, Jacques est revenu bien attristé de l’enterrement, ce pauvre Hervé est comme fou et faisait peine à voir… Mardi,… giboulées sur nos maçons, dîné à la maison Jacques et moi. Mercredi, vu quelques minutes M. Boisseau, qui passait la journée ici, puis fini l’après-midi chez Marguerite avec les Loiseau. Jeudi, sommes allés chez Armande, j’ai emmené Jean jouer avec Odile, ces deux petits sont très amusants ensemble? Vendredi, Jacques passait la journée à Nantes avec Jean qu’il avait emmené pour l’habiller de neuf, j’ai déjeuné à la maison et je suis restée presque toute l’après-midi, à part un moment passé chez Mme Bonnaud, nous avons même dîné là-bas avec Jean qui, excité par son voyage, n’avait pas envie de dormir et était tout émerveillé de voir le clair de lune…
Dimanche matin, Maman a eu la surprise de voir débarquer Oncle Alfred, venu sans prévenir, nous l’avons vu un bon moment avec Françoise, dimanche après-midi et avons tous dîné à la maison; il part aujourd’hui pour Nantes avec Benjamin et Françoise.
Temps superbe aujourd’hui, mais nous avons eu deux jours de vent glacial… la construction a bien avancé la semaine dernière, mais les maçons manquent hier et aujourd’hui et nous trouvons le temps long.
Mère vient demain passer quelques jours avec nous.
Samedi 4 mai
Toute seule aujourd’hui ! Jacques, Mère et Madeleine sont à Mortagne, mes parents absents, heureusement que j’ai mon petit Jean pour me tenir compagnie…
Reprenons un peu ces derniers jours… Mère nous est arrivée le mercredi 24, le 25, j’ai reçu Armande qui avait emmené Odile jouer avec Jean; vendredi nous avons eu la visite de Mme Dorion puis de Tante Abel, Marguerite et Charlotte, ainsi que Pierrot; samedi ne suis pas sortie, ai travaillé avec Mère. Dimanche assisté à la messe de 9 heures pour le Maréchal Foch, il y avait beaucoup de monde, les Anciens Combattants, le conseil municipal; M. le Curé a prononcé un petit mot, très bien; il a plu une partie de la journée, mais le soir, le temps s’étant dégagé, nous avons pu faire une bonne promenade, Jacques, Mère, Jean et moi; lundi, sommes allées dans l’après-midi quelques minutes à la maison, Maman faisait des préparatifs pour un tour en Normandie avec Lisieux comme point extrême; aller par Angers, Solesmes et Alençon, retour par les plages normandes, Caen, le Mont Saint Michel et Rennes. Mardi, matinée crucifiante, mes parents sont venus me voir avant de partir et Jacqueline m’a dit des choses dures et désagréables à propos de quelques mots un peu vifs répondus la veille dans un moment d’énervement, elle n’a pas l’air de se douter que suis souvent lasse, découragée, aigrie par ma réclusion prolongée, que moi aussi j’aimerais circuler, voir des horizons nouveaux, sortir un peu de moi-même…
Jeudi après-midi chez Marguerite, il faisait un temps affreux, la pluie cinglait les vitres, les propos échangés étaient d’une banalité écœurante , j’en aurais pleuré! Hier, travaillé avec Mère; Madeleine nous est arrivée pour dîner et doit rester jusqu’à demain soir ou lundi matin, mes parents rendrent ce soir sans doute.
Tante Abel et Marguerite sortent d’ici, elles m’on fait passer un moment moins long, tout à l’heure après le goûter de Jean, j’irai chez Mme Bonnaud.
Nos réparations avancent, lentement ! les ouvriers viennent d’une façon irrégulière, ou, quand ils sont là, la pluie les force à abandonner le travail ; il a plu presque toute la semaine, la cour est affreusement détrempée et la maison bien sale : jeudi matin, nous avions la salle à manger inondée. Entre les averses, je vais dans le jardin surveiller les salades, les choux-fleurs ce matin un iris a fleuri !
Anne nous quitte dans moins de deux mois pour le service des pauvres, elle rentre aux Petites Soeurs de l’Assomption, ordre voué aux soins des malades pauvres à domicile; voici longtemps que sa décision est prise, et nous en étions avertis depuis décembre, mais il n’y a que peu de temps encore que la chose est officielle; tous ici la regretterons beaucoup et, son départ nous causera un grand vide; pour l’éternité, c’est elle qui a choisi la meilleure part !
Jeudi 9 mai
Pour la première fois peut-être depuis le début du mois, nous avons un temps merveilleux… j’ai repris depuis lundi la douce habitude d’assister chaque soir au Mois de Marie… mardi soir, nous avons chanté l’Ave Maria de Lourdes et je revivais par la pensée les cérémonies de là-bas, si vibrantes et si belles.
Reprenons un peu ces jours passés depuis samedi; après le goûter de Jean, je suis allée bavarder un peu avec Mme Bonnaud… j’étais à peine rentrée ici que mes parents sont arrivés et m’ont brièvement raconté leur voyage, dont ils étaient très satisfaits, ils ont eu la chance d’avoir beaucoup moins de pluie que nous ici.
Jacques, Mère et Madeleine sont revenus pour dîner après un bon voyage. Dimanche matin… une fois mon ouvrage terminé, j’ai passé de bons moments à bavarder avec Madeleine; dans l’après-midi nous avons fait avec Jean une bonne promenade, dont j’ai rapporté une botte de genêt et quelques branches d’aubépine qui fleurissent la salle à manger, j’(ai des lilas, des iris au salon. Mère et Madeleine sont parties après dîner, [Jean] Jacques les a conduites à Belleville, puis il est ressorti pour s’informer des élections municipales : tout s’est passé dans le plus grand calme, il n’y avait qu’une liste, mais dans presque toutes les communes environnantes il y a des ballottages.
Mardi j’ai fait quelques visites, lundi et hier j’ai fait des raccommodages de lessive et pas mal de petits travaux de couture. Maman et Jacqueline ont passé de bons moments avec moi, tous trois vont partir dimanche aux Sables et je me trouverai bien seule…
Dimanche 12 mai
Fête de Jeanne d’Arc, aujourd’hui, et il pleut ! … une petite pluie fine qui a l’air de vouloir durer jusqu’à ce soir ! les drapeaux s’égouttent, et, à la nuit nous ne pourrons allumer les lanternes qui auraient brillé si gaiement. Depuis jeudi, nous avions un temps merveilleux… Jeudi après-midi je suis restée seule, Jacques est allé à Saint Paul chez les parents de Marie, et a emmené Jean, qui était ravi; le soir, nous avons tous dîné à la maison. Vendredi, passé l’après-midi chez Armande… mes parents partent aux Sables aujourd’hui.
Samedi 18 mai
Veille de la Pentecôte, temps radieux, Mère et Madeleine nous arrivent au train de 3 heures et demie pour passer avec nous ces jours de fête; nous venons de déjeuner, Jean dort, j’ai fait avec Jacques un tour de jardin…les premières roses s’épanouissent. Dimanche…, il a plu une partie de l’après-midi, mais vers 4 heures le temps s’est dégagé, et c’est par un beau soir, un peu froid, mais très pur, que Jacques a allumé les lanternes en l’honneur de Jeanne d’Arc; l’après-midi… je suis allée jusque chez Tante Abel, puis passé un moment avec notre pauvre Lisa qui est souffrante, Armand et Suzanne sont venus vers 9 heures et sont partis dans la matinée du lendemain ayant été chercher Michel à La Roche.
Rien de très nouveau ces jours-ci… mes parents sont venus jeudi et j’ai eu un bon moment à passer avec eux dans la matinée, l’après-midi, reçu Armande et Marguerite. Tous les soirs régulièrement j’assiste au Mois de Marie… J’ai fleuri la maison ce matin, j’ai ici une gerbe d’iris, dans le salon quelques tulipes, dans la salle à manger, les premières roses, ces jours derniers j’avais des aubépines…
Dimanche 26 mai
Le temps coule rapidement,… reprenons les jours passés : la veille de la Pentecôte, Mère et Madeleine nous sont arrivées à trois heures, Jean et moi sommes allées les chercher au train, puis nous avons passé une après-midi très paisible à travailler toutes trois. Jour de la Pentecôte très calme également, je me suis occupée de cuisine le matin, puis, l’après-midi, nous ne sommes sorties que pour conduire Jean à la Bénédiction, le petit diable n’y a pas d’ailleurs été très sage; le lundi pas bougé et travaillé toute la journée à confectionner des petits costumes à Jean; Mère m’a préparé pas mal de choses, et je n’ai maintenant qu’à terminer, ce qui est la besogne la plus facile; Mère et madeleine sont parties après dîner. Mardi, mes parents et Jacqueline sont venus déjeuner ici, ainsi qu’Oncle Raymond qui passait quelques jours aux Sables; il a fallu faire un pue plus, si bien que j’ai eu quelques jours de fatigue… me voilà à six mois et demie, et souvent il ne faut pas grand chose. Mercredi après-midi chez Marguerite avec Armande; jeudi je me suis occupée du rangement de mon linge et des raccommodages de lessive, vendredi j’ai travaillé tranquillement, et hier après-midi chez Armande. Vu mes parents un bon moment hier matin. Ce soir, nous comptons sur Armand et Suzanne pour dîner et coucher.
Aujourd’hui la Communion, le soleil brille et l’on aperçoit des envolées de voiles blancs qui passent… je continue ma chère habitude du Mois de Marie presque chaque soir, mais aussitôt dîner, j’ai quelques minutes pour surveiller les fraises qui rougissent, les petits pois… les radis…
2 Juin Fête-Dieu
Pas de procession pour moi aujourd’hui… ce n’est que de très loin que j’ai pu la suivre grâce aux chants qui m’arrivaient par bouffées, tout en surveillant le rôti, la tarte aux cerises et le déjeuner de Jean…
Semaine très calme, j’ai beaucoup travaillé et suis peu sortie, quelques visites seulement à Andrée Boyer et à Marguerite…
Il a fait chaud, très chaud pendant quelques jours, et, cette température lourde m’a un peu fatiguée, tout va mieux maintenant.
Nous comptions sur Armand et Suzanne pour dîner dimanche soir, mais ils ont eu des ennuis de moteur, il a fallu faire réparer à Nantes ce qui n’a pas été facile un dimanche, si bien qu’ils ont dû dîner là-bas et ne sont arrivés ici que vers onze heures et demie, nous commencions à nous demander s’ils n’avaient pas eu une nouvelle panne.
Vu mes parents un moment vendredi, ils reviennent définitivement mercredi prochain, leur présence me fera plaisir… Mère viendra peut-être aussi cette semaine? Nos réparations continuent, mais combien lentement, est-ce que tout sera fini quand notre petit chéri arrivera ?
Le Poiré - dimanche 9 juin 1929
Un moment bien à moi, Jean dort…, ma matinée était un peu chargée, Jacques était à la procession, Marie aussi, j’avais à surveiller le déjeuner et garder Jean, j’ai même abandonné mes casseroles et mon rôti pour courir jusqu’au reposoir prendre une bénédiction…
Mère est venue nous voir mardi soir et comptait nous rester jusqu’à ces jours-ci, mais le mauvais temps l’a fait fuir et elle a regagné Nantes dès vendredi.
Ne suis guère sortie cette semaine, sauf jeudi où j’ai fait une petite visite à Marguerite souffrante; vendredi soir je suis allée à l’église pour la fête du Sacré Coeur, mais la procession n’a pu sortir. Hier, déjeuner chez mes parents avec Tante Abel, les Mignen et Gouraud; Jean et Pierrot se sont amusés ensemble… et disputés, l’après-midi.
Je pensais avoir un grand moment tranquille, et j’ai été dérangée par une visite de Mlle Lucas, Maman est venue ensuite, puis nous avons emmené Jean à la Bénédiction, où il a été à peu plus sage ; en rentrant, j’ai trouvé ici le jeune ménage Pannetier ; ce soir, promenade tous ensemble avec Jacqueline et Françoise.
Dimanche 16 juin
Il pleut, petite pluie fine et lente…, nous avons eu des averses qui nous obligent à fermer les volets de peur de voir la salle à manger inondée. Notre construction n’a guère avancée, les bâtiments sont cependant couverts, mais les maçons ont encore du travail… et ils ne viennent pas! c’est agaçant de voir les choses traîner à ce point !…
Mardi, Jacques était à une réunion des anciens de Richelieu, j’ai déjeuné chez mes parents avec Jean… jeudi déjeuner chez les Lucas avec mes parents, Tante Abel, les Mignen et Gourraud, joli repas et bonne après-midi… ces derniers jours, j’ai entrepris un chandail au tricot, dont le dessin, assez compliqué, jusqu’ici me passionne…
Anne a quitté l’étude vendredi, elle doit nous faire ses adieux à la fin de la semaine et samedi prochain sera rentrée au couvent ; elle sanglotait l’autre jour en partant ; quelle chose mystérieuse et incompréhensible au point de vue humain, qu’une vocation ; on souffre et il faut partir!
Appris cette semaine la naissance, à Quimperlé, d’une petite Monique Robert.
Dimanche 23 juin
Chaleur étouffante aujourd’hui… je ne sais plus où me mettre… tout va normalement, les analyses sont satisfaisantes, la position de l’enfant est bonne, je souhaite que tout continue ainsi jusqu’au bout.!…Cette semaine j’ai fait de la gelée de groseilles, à plusieurs reprises des conserves de petits pois, je trotte et circule pas mal dans la maison…
Jeudi, Anne est venue nous faire ses adieux définitifs… Vendredi, après-midi passé avec Armande et Marguerite, bien des choses pénibles et fatigantes !… hier, passé une partie de l’après-midi à la maison, bon moment de repos! hier soir, Armand et Suzanne sont venus coucher ici, ils sont arrivés forcément assez tard, et de plus, comme j’avais eu l’idée saugrenue d’entreprendre des conserves de petits pois, il a fallu attendre que le bocal ait fini de stériliser et nous nous sommes couchés à minuit… Jacques a fait une crise d’entérite encore cette semaine, en resserrant le régime, la voilà encore une fois enrayée…
Dimanche 30 juin
Encore un mois de passé, ce n’est plus maintenant qu’une question de semaines, puis je verrai mon petit enfant…
Semaine un peu fatigante, j’ai voulu beaucoup faire. lundi j’étais sans bonne juste une femme de ménage, mais, comme elle n’est guère au courant, j’ai beaucoup fait par moi-même… mercredi, fait de la couture avec Augustine, puis reçu Marguerite, Tante Abel et Mme Eugène Dugast. Jeudi, de nouveau, conserves de petits pois. Vendredi, Jacques allant à Nantes avait emmené Jean… j’ai déjeuné et dîné avec Maman et Jacqueline, et, dans l’après-midi, vu marguerite et Armande. Hier, fait 27 pots de confitures avec des abricots que Jacques m’a apporté de Nantes, ainsi que deux bocaux de marmelade…
Dimanche, nous avons eu Armand et Suzanne une partie de la journée, ils sont allés à Richelieu dimanche matin pour la Communion de Michel, et sont venus dans l’après-midi tous trois ici. A part cela… j’ai fait cette semaine la révision de la layette, pour le petit qui doit venir…
Dimanche 6 juillet 1929
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 6 juillet 1929 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Jean ne va pas tarder à se réveiller… j’ai été prise depuis le déjeuner et n’ai pas eu de temps à moi, Jacques m’a apporté hier de la Roche des abricots à mettre en conserve… j’en ai fait stériliser un bocal ce matin, et viens de passer de la marmelade qui refroidit maintenant, et que je mettrai en bocaux ce soir… c’et maintenant la saison des conserves, cela donne un peu de peine, mais il sera agréable de varier les menus cet hiver et en attendant, j’ai du plaisir à contempler mon régiment de bocaux bien alignés, le vert jade des petits pois, la blancheur neigeuse des choux-fleurs, la pourpre des framboises, le rouge sombre et poli comme du marbre de la marmelade d’abricots, la bigarrure de la macédoine de légumes, maintenant ce sera les haricots verts ; les confitures aussi ont eu leur part, cette semaine j’ai fait de la gelée de groseilles et de framboises, rose et jolie à merveille…
Dimanche dernier, visite des cousines Bouliau, Marthe, Jeanne et Anne-Marie, nous sommes allés les reconduire au train, Jacques et moi, sous une bonne averse. Lundi, journée de confitures ; mardi, Jacques état convié par M. le Curé, en raison du Certificat d’études, je suis allée déjeuner à la maison, mais avant il y avait eu bien à faire, les maçons étant venus percer une porte entre notre cabinet de toilette et la chambre à côté, il avait fallu tout déménager, ce qui n’est jamais une petite affaire… nous avons pu nettoyer et remettre une partie en place le lendemain… le plâtrier doit venir dans quelques jours., mais Armand et Suzanne viennent sans doute coucher mercredi soir et leur chambre n’est pas débarrassée…
Jeudi, j’ai fait mon premier bocal de haricots verts et suis allée voir Mme Bonnaud ; vendredi après-midi chez Marguerite avec Armande ; vu Mme Dorion qui nous a appris la naissance d’une petite fille chez Juliette Moreau ; hier, j’ai eu la surprise de voir arriver Oncle Alfred, qui débarquait de Nantes, Tante Jeanne et Menine ont suivi hier soir et je les ai vu un bon moment ce matin…
Jean est un petit amour à certains moments et un petit démon à d’autres… il tousse un peu ces jours-ci… Jacques a l’air remis de sa dernière crise et je le maintiens à un régime plutôt serré. Pour moi tout va aussi bien que possible, à part des névralgies dentaires qui me tourmentent toutes les nuits…
Dimanche 14 juillet
Chaleur torride depuis quelques jours…
Lundi, reçu à déjeuner Tante Jeanne et Menine, ainsi que Maman et Jacqueline bien entendu, Papa et Oncle Alfred étaient à la pêche, nous avons causé ensuite tranquillement et Françoise est venue passer un moment avec nous. Mardi, déjeuné à la maison, mais j’étais fatiguée et j’ai souffert à peu près toute la journée. Mercredi, le Docteur Lucas est venu m’examiner, et a constaté que la position de l’enfant s’était modifiée, il se présente maintenant par le siège, aussi a-t-il écrit au Docteur Grosse… sans doute pour le faire venir, je ne me sens pas le courage de faire le voyage à Nantes par cette chaleur !
Jeudi j’ai fait de la gelée de groseilles, il faisait dès huit heures du matin une chaleur torride à les cueillir, et cette journée dans une étuve comme la cuisine a été épuisante. Vendredi, couvert mes confitures et passé un moment chez Armande le soir ; hier après-midi chez Marguerite avec mme Edmond et les Loiseau.
Jean dort… ce n’est pas toujours facile de le faire tenir à l’ombre, le soir seulement ont peut circuler dans le jardin et avoir un peu d’air. La première floraison des roses a pris fin, mains nous avons maintenant une abondante moisson de dahlias au teintes riches, chaudes et variées… tous les soirs je cueille des assiettes croulantes de framboises…
28 juillet
Mon dernier dimanche ici, dans huit jours je serai à Nantes et j’attendrai…Je pars donc mercredi, j’ai rendez-vous avec le docteur Grosse, Jacques assistera à cette première consultation et regagnera le Poiré le soir avec Jean…
Reprenons un peu ces dernières semaines..
Le dimanche 14 au soir, visite de Mme Edmond avant dîner ; au début de la semaine, lessive, j’ai eu à vérifier et à raccommoder le linge ; le mardi, j’ai fait plusieurs bocaux de conserves de haricots verts, par une chaleur étouffante… mercredi soir, j’ai fait venir Berjonneau, qui m’a mis un peu de cocaïne dans une dent, est-ce cela ou autre chose, mais mes névralgies ont été calmées du coup, et depuis j’ai retrouvé mon sommeil…Jeudi matin, lettre de Mère et de Madeleine s’annonçant pour le soir, il a fallu préparer les chambres puis j’ai eu dans l’après-midi quelques courses à faire ; les derniers jours de la semaine, nous les avons passés toutes trois à travailler sous le tilleul en compagnie de Jean qui tournait en jouant autour de nous…
Dimanche, Marie est partie à Saint Paul, Lise n’avait pu venir, aussi j’ai eu pas mal de peine et de fatigue, Madeleine nous a quittés lundi matin, mais Mère est restée jusqu’à jeudi soir ; lundi j’ai fait des conserves de haricots verts et suis allée en visite avec Jacques chez les Lucas, mardi travaillé avec Mère, mercredi et vendredi avec Augustine, jeudi nous sommes allées un peu à la maison. Tante Marguerite est arrivée hier matin avec Jérôme qui est beau bébé, bien qu’un peu pâlot ; Jean et Suzanne arrivent sous peu. Hier, assez longue visite chez Mme Bonnaud, après quoi je suis passée me confesser, puis j’ai passé un moment à la maison sous les noisetiers de la cour…
Les réparations avancent enfin, nous en sommes aux plâtriers qui sifflent toute la journée comme des merles, quand je reviendrai je trouverai tout transformé…
Nantes jeudi 1er août
C’est fait, le sacrifice est accompli, Jacques et mon cher petit Jean m’ont quittée hier soir, et me voilà seule, désoeuvrée, désemparée, sans cesse je pense à lui, à tous deux, à cette heure-ci Jacques doit être à son bureau, Jean s’amuse dans la cour…
Quoi de neuf depuis dimanche ? nous avons passé ce jour-là une après-midi tranquille, Tante Marguerite est venue un moment nous voir avec Jérôme. Lundi j’ai terminé le travail que j’avais en train… l’après-midi, je suis allée faire mes adieux aux Lucas et passer un bon moment à la maison. Mardi, Jean et Suzanne Nida ont débarqué… nous avons eu leur visite à 11 heures, j’avais passé ma matinée à préparer ma valise pour le départ du lendemain matin ; après déjeuner, visite à Tante Abel, puis j’ai terminé mes préparatifs et rassemblé ce que Jean emportera aux Sables …
Hier matin, départ vers 8 h et demie… nous sommes allées voir le Dr Grosse qui s’est montré très optimiste et rassurant, il m’a retourné l’enfant séance tenante et doit venir demain matin s’il s’est maintenu en bonne position. En revenant je suis passée chez Françoise prendre des nouvelles de Berthe Guillaumé sont on était très inquiet, craignait une histoire dans le genre de celle d’il y a deux ans, elle était plutôt un peu mieux hier. J’ai encore profité de mon petit Jean et de Jacques hier soir pendant le dîner, mais le moment de la séparation est proche…
Samedi 3 août
Vu le docteur ce matin, l’enfant est resté en bonne place, espérons qu’il en sera de même jusqu’au bout…
J’ai eu ce matin des nouvelles du Poiré, Jacques me donne des détails sur Jean, ce qui m’a fait bien plaisir… malgré tout les journées passent, jeudi matin je suis sortie un peu, j’ai fait des courses avec Mère et suis allée chez le coiffeur, je n’ai pas bougé de l’après-midi, mais vu l’oncle Alexis, puis Mlle Peneau. Hier après-midi, nous avons vu un grand moment Paul et Irène, puis je suis sortie avec Léa, j’ai voulu monter chez Françoise, mais l’ayant aperçue en auto, je ne suis pas allée jusque là, elle est d’ailleurs venue un peu vers six heures ; Berthe serait plutôt un peu mieux. Tantôt, après déjeuner, nous avons vu l’Oncle Alphonse, puis nous sommes allées toutes trois un bon moment au jardin des Plantes… de là je suis allée à la Visitation, puis rue Saint Charles, si bien que je suis un peu lasse et vais me coucher.
Demain Jacques sera là, ce sera un grand bonheur.
Lundi 5 août
Jacques est parti ce soir… il ne viendra pas maintenant avant dimanche à moins toutefois qu’il soit appelé d’urgence pour voir arriver notre petit chéri. Jai eu ce matin de bonnes nouvelles de Jean, Maman m’écrit qu’il est bien portant et à peu près sage et mignon…
Dimanche… après déjeuner nous avons vu M. et Mlle Péneau, Jacques est arrivé vers 4 heures, puis nous avons fait une grande promenade du côté de Monselet. Ce matin je me suis reposée au lit… tantôt je suis sortie avec Jacques, nous sommes allés voir Tante Thérèse puis nous avons fait quelques courses ensemble.
Reçu ce soir un mot du Dr Grossse au sujet de mon régime… pas bien méchant!
Clinique du Bocage 9 août
Me voilà rentrée ici, et installée pour y passer ma première nuit, Mère et Madeleine viennent de repartir, et je me retrouve dans cette chambre que j’ai déjà habitée deux fois, dans laquelle j’ai vu Jean tout petit, et où, j’espère, je verrai bientôt un autre petit. J’ai vu le docteur ce matin, il m’a dit que l’enfant était resté en bonne place, et que tout irait certainement très bien, il n’y a plus qu’à attendre, huit jours sans doute, quinze… tout au plus!…
Reprenons les événements, mardi, je suis allée passer l’après-midi chez Françoise et j’ai appris que l’état de Berthe qui semblait s’être amélioré, s’étant brusquement aggravé dimanche, il avait fallu la faire avorter, quelle peine pour tous, et quelle chose navrante, j’en aurais pleuré!… J’ai passé avec Françoise une bonne après-midi et suis rentrée pour dîner. Mercredi… après-midi, nous avons vu Mme Renou, puis sommes venues ici, Mère et moi, et avons causé un moment avec Mme Barbin ; hier après-midi, j’ai fait quelques courses, tantôt j’ai vu Sœur Agathe un bon moment, puis suis sortie un peu, en rentrant j’ai trouvé l’Oncle Léopold et Tante Marguerite, j’ai fait ensuite mon petit bagage, nous avons dîné et voilà!
J’ai reçu ces jours-ci de bonnes nouvelles de Jacques et j’en suis bien heureuse, il a joint à sa lettre de ce matin quelques photos, dont une de Jean, quelle joie pour moi de revoir ce petit minois… de lui aussi j’ai de bonnes nouvelles, il est gai, mignon et sa Maman ne lui manque guère, mais il paraît qu’il faut quelquefois se gendarmer pour le faire obéir…
Samedi 10 août-
Pour que je ne fatigue pas, Madame Barbin m’a prêté la clé d’un portail qui ferme l’autre bout de l’avenue Emile Boissier, on grimpe un petit raidillon, puis le portail ouvre dans une avenue qui débouche sur la Camus, il n’y a ensuite qu’à suivre le boulevard Delorme et à descendre tranquillement la rue du Calvaire, c’est moins pénible et bien plus intéressant que l’affreuse rue de Gigant, de plus on contourne le jardin de Chavagnes, et, en revoyant la serre, en apercevant les bâtiments à travers les grands arbres, je revis tous mes vieux souvenirs.
Rien de neuf aujourd’hui, je suis restée presque toute la journée à la maison et ne suis sortie que quelques instants ce soir avec Madeleine. Tout à l’heure en rentrant, j’ai vue Madame Barbin qui est débordée, il y a eu plusieurs rentrées aujourd’hui…
Reçu ce matin des nouvelles de Jacques, sans doute viendra-t-il demain…
Mercredi 21 août
Je commence aujourd’hui, je ne sais quand je finirai, car j’écris sur mon lit…, je voudrais dire ici ce qu’ont été ces derniers jours si pleins de choses…
Je me suis arrêtée là le samedi soir; le dimanche matin, j’ai quitté la clinique après mon petit déjeuner et me suis rendue à Saint Nicolas… je suis ensuite montée rue Guépin où la matinée s’est passée… je me sentais mal à l’aise et m’énervais, je ne suis pas sortie l’après-midi, Jacques est venu vers 4 heures, puis nous avons eu la visite de Tante Thérèse; Jacques est venu le soir me conduire ici, il est resté un moment avec moi puis m’a quittée… dans la nuit, à 3 heures j’ai été réveillée par quelques chose d’anormal, les eaux commençaient à arriver, si bien que lorsque Jacques est venu, il m’a trouvée au lit avec défense de bouger; le docteur Grosse est venu et m’a dit qu’il n’y avait qu’à attendre… la journée a été longue, Jacques n m’a pas quittée, Mère est venue un moment l’après-midi, Madeleine un peu le soir; j’ai commencé à souffrire vers 9 heures… à minuit, je suis montée en salle d’accouchement, à 2 heures, le docteur est venu et à trois heures moins vingt, notre petite Jacqueline faisait son entrée dans le monde, elle a crié beaucoup et aussitôt habillée, nous avons pu l’embrasser, j’étais bien lasse, mais bien heureuse. Vers 5 heures Jacques est descendu se reposer un moment…Mère et Madeleine sont venues de bonne heure ; j’ai dormi presque toute la journée; mes parents sont venus presqu’aussitôt déjeuner; vers 4 heures, on m’a amené mon petit Jean… seulement il ne s’est guère occupé de sa maman, il s’intéressait beaucoup plus à sa petite sœur, c’était même tout à fait comique. Le soir, Maman est restée coucher… Depuis les jours ont passé un peu longs et monotones… j’ai eu des visites, Mère chaque jour, souvent même deux fois par jour, Madeleine souvent, j’ai vu les Oncles et Tantes, cousins et cousines ; Jean étant resté ici jusqu’au dimanche, il venant deux fois par jour un petit moment… Jeudi, c’était l’Assomption, Jacques a passé la journée ici… Dimanche, nous avons eu le baptême de la petite chérie, avec Armand comme parrain et Jacqueline comme marraine. Armand et Suzanne étaient arrivés vendredi soir, et quoique Michel ait trouvé sa jeune cousine un peu petite, il était enchanté d’assister au baptême ; tout s’est bien passé, la poupée a été très sage et le parrain nous a tous gâtés… le soir j’ai fait un peu de température causée par la fatigue des allées et venues et aussi par la montée de lait, car je nourris ma petite chérie…elle téte avec avidité, elle a grande envie de vivre ; pour le moment elle n’est pas jolie, elle a la jaunisse des nouveaux nés et un drôle de petit nez aplati, mais je l’aime telle que, elle fait des petites grimaces comiques et ouvre la bouche dès qu’on la penche vers mon lit. … Lundi, Jacques a passé près de moi tous les moments dont il pouvait disposer, mais il a eu bien à faire avec toutes les boites de baptême à commander, il est parti hier matin…
Vendredi 23 août
Tout continue à aller le mieux du monde, je me sens de jour en jour plus forte et je passe de bonnes nuits, la petite chérie est sage, elle prend de bonnes tétées et dort jour et nuit sans pousse un cri… espérons que ces bonnes dispositions vont continuer. Rien de nouveau ici, la vie est clame… j’ai lu des journaux, des articles de “la Revue des Deux Mondes“, quelques jolies pages dans “Noël“, on commence à parler du Pélerinage national qui va se dérouler à Lourdes bientôt…
Aujourd’hui, j’ai vu l’aumônier de la Visitation puis Paul et Irène.
Dimanche 25 août
Jacques vient aujourd’hui… rien de bien neuf depuis deux jours, le temps est long et forcément monotone, je tâche de varier mes occupations… Mère et Madeleine viennent à tour de rôle, hier j’ai vu Tante de Luçon puis Tante Thérèse. Lettre des Sables ce matin, Jean est aussi bien que possible, Jacqueline m’a envoyé quatre photos…
Mercredi 28 août
Je pars samedi, le docteur en a ainsi décidé…
Dimanche soir( j’ai vu Jacques assez longuement, ainsi que Mère et Madeleine, il a passé près de moi toute la matinée de lundi et un moment dans l’après-midi avant de partir… Mardi j’ai vu Mère et Madeleine à tour de rôle, je suis restée dans mon fauteuil pendant deux heures… aujourd’hui j’ai fait quelques pas autour de ma chambre… Chaque matin j’ai de bonnes lettres de Jacques…
Jacqueline dort bien paisiblement à côté de sa maman, elle est toujours sage et mignonne, on ne l’entend jamais, elle a eu ces jours-ci des selles un peu vertes, il a fallu la rationner et lui donner un peu d’eau de riz, demain sans doute on reprendra les tétées normales. …
Vu Lundi Mme Houdbine, hier Paulette Delaroche. Appris les fiançailles de Madeleine Pigeaud avec Jean de Baynast de Septfontaines, le mariage aura lieu le 10 octobre, avant le départ des Nida pour le Congo ; naturellement il nous sera impossible d’y assister, Jacqueline étant vraiment trop petite ; le jeune ménage habitera Paris.
Vendredi 31 août
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 31 aout 1929 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Le départ …je suis de plus en plus forte, mercredi j’ai fait deux fois le tour de ma chambre, et suis restée à peu près trois heures dans mon fauteuil… aujourd’hui je vais me lever pour déjeuner.
Jacqueline dort bien paisiblement près de moi, elle est toujours sage et mignonne, mais elle nous fait alternativement des selles vertes et d’autres convenables, on lui donne un peu de lait Nestlé, tout en conservant quatre tétées par jour… elle ne souffre pas, elle ne pleure presque jamais…
Hier j’ai vu Tante Abel et Marguerite, qui a bien triste mine, son séjour à Chatel-Guyon ne lui a apporté aucune amélioration. Mère a passé l’après-midi ici, Madeleine est venue un moment hier soir…
Samedi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 7 septembre 1929, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Tout à m’heure le départ, Jacques est venu ce matin, il a passé avec moi un grand moment, il est maintenant à la Visitation, et nous nous mettrons en route aussitôt que Jacqueline aura bu son biberon de quatre heures, je suis heureuse de rentrer au Poiré…
Hier, je me suis levée après déjeuner et couchée aussitôt dîner, sans être fatiguée, Mère est venue vers quatre heures, Armand venait de téléphoner que Michel avait été opéré de l’appendicite la veille au soir, il doit avoir donné d’autres nouvelles ce matin…
Jacqueline nous fait maintenant des selles plus normales, aussi, suivant le conseil du docteur, je vais continuer d’ici quelque temps les deux biberons de lait Nestlé par jour,…elle est toujours sage et mignonne, ses yeux commencent à se fixer, d’ici quelque temps elle sera très amusante
mercredi 4 septembre
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1929-09-07). Texte conservé tel quel.
Me voilà réinstallée ici, de jour en jour je reprends des forces… je suis heureuse de me retrouver là avec ma petite fille auprès de mon Jacques, il n’y a que mon petit Jean qui manque à mon bonheur, mais j’aime mieux le laisser aux Sables quelques jours encore… Jacqueline me suffit pour l’instant, elle est bien mignonne le jour, mais pleure beaucoup les nuits…
Je l’ai baignée hier pour la première fois, elle couinait comme un petit diable, je l’ai pesée aussi, la semaine prochaine je verrai si elle a pris du poids
Samedi nous avons fait un excellent voyage de retour, j’ai trouvé ici quantité de lettres… et aussi beaucoup de cadeaux pour Jacqueline, ce qui m’a valu force correspondance à faire hier et avant-hier. Passé depuis des journées tranquilles, je n’ai pas vu grand monde, que Mlle Lucas quelques minutes avant-hier ; je reste encore au lit à me reposer le matin, je me lève pour faire la toilette de ma poupée, puis je me recouche un moment, je descends pour déjeuner, puis je m’occupe en bas et ne remonte que le soir pour me coucher.
Vu Françoise quelques minutes ce matin ; mes parents, Jacqueline et Jean viennent passer ici la journée de demain.
Dimanche 7
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 7 septembre 1929 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1929-09-07-bpour la distinguer de1929-09-07.
Jour de la Nativité! Je suis allée pour la première fois à la messe…Jean nous revient cette semaine, le travail ne me manquera pas, mais combien nous serons heureux d’avoir nos deux petits. Jacqueline dort bien sagement, dans un quart d’heure je vais la changer et lui donner don biberon, elle ne pleure jamais le jour mais la nuit, elle nous donne quelques petites sérénades sans aucun charme ; elle a une petite figure comique, des cheveux noirs, des yeux gris, un nez tout aplati, un joli petit corps tout rose et potelé ; je l’ai mise en culotte ce matin, et elle est heureuse de remuer ses petites patoches…
Je n’ai repris ma vie normale qu’aujourd’hui, la semaine dernière je suis restée au lit jusqu’au moment de déjeuner et le soir me couchais de bonne heure ; de jour en jour j’ai senti mes forces revenir et maintenant je me trouve tout à fait vaillante. Jeudi mes parents et Jacqueline sont venus déjeuner, ainsi que Jean qui a bien changé depuis un mois, il a étonnamment grandi et grossi, son séjour aux Sables a fait merveille, il est enchanté de voir sa petite sœur, mais n’aime pas l’entendre pleurer, ce qui arrivera plus d’une fois sans doute. J’ai passé ces derniers jours en raccommodages, il y a toujours à faire, et le travail s’est accumulé pendant mon absence.
Vendredi matin, j’ai vue l’Oncle Logerie et tante Aline ainsi que Tante Abel et Marguerite ; vendredi soir les dames Gendreau et Armande, hier soir Mme Lucas et aujourd’hui Mme Tenailleau, Mlle Rivallaud, tante Abel, Marguerite et Charlotte.
Il fait très chaud, le soleil est torride, le ciel implacablement bleu, le jardin est desséché, rien ne pousse et les plantes courbent lamentablement la tête dans l’attente vaine d’une ondée bienfaisante, les dahlias s’obstinent à fleurir…La pointe du tilleul, déjà touchée par l’automne, est desséchée et dépouillée, bientôt viendront les mauvais jours.
Dimanche 15
Quatre ans aujourd’hui que nous sommes mariés… en quatre ans que de bonheur, et que d’heures de douce inimité chez nous, des heures douloureuses aussi puisqu’aucune vie n’en est exempte, bien des angoisses, notamment à la naissance de Jean, et puis aussi les deux petits que nous aurions du avoir et ne connaîtrons jamais!..
.Une semaine passée et vite passée ; j’ai repris peu à peu mes habitudes nouvelles et mon travail, mais je suis encore en pleine période d’organisation et rien n’est au point, il faudrait pour organiser mon travail de façon définitive que nous soyons débarrassés des ouvriers, et pendant quatre jours cette semaine, nous n’avons eu personne ; il faut aussi que Jean soit là, or son retour va nous amener une sérieuse augmentation de besogne, c’est mercredi que nous reverrons notre petit chéri.
Lundi rien de nouveau, mardi, j’ai passé l’après-midi à La Roche pour voir le dentiste, il faisait une chaleur torride et je suis très éreintée, mercredi et jeudi, ne suis pas sortie, fais des raccommodages et vendredi, visite de Mme Bonnaud puis de Mme Yvernogeau, hier travaillé tranquillement.
Jacqueline a bien pris du poids cette semaine, je l’ai pesée mardi… elle est sage…par moments, mais à d’autres pousse des cris à enlever la maison, elle a un appétit superbe et un petit air malin, amusant au possible, elle pleure encore un peu la nuit, mais nous nous sommes habitués et dormons quand même, cependant que dira Jean, quand il sera là ?
Les Charles Dugasr ont eu une petite fille qui n’a pas vécu… Mme Gaudry ?? a eu un petit garçon le même jour ou le lendemain, mais la joie de cette naissance sera bien assombrie par la mort de l’autre bébé.
Dimanche 22
Nous avons notre petit Jean depuis mercredi, et il se charge de nous occuper et de rempli la maison, il faut aussi bien souvent gronder et punir car le petit coquin n’est pas précisément facile, il a sa petite volonté et de nombreux caprices et il n’est pas facile de le faire céder, et pourtant c’est bien le moment d’être ferme et de lui apprendre à obéir ; malgré cela, quelle joie de l’avoir ici, d’entendre ses petites réflexions si drôles, de s’occuper de lui, de le voir jouer ou dormir ; il a étonnamment grandi, s’est beaucoup fortifié et a bruni au grand air de la mer, il est bien vigoureux et plein de santé. La petite poupée aussi est bien portante, elle fait pour le moment, à côté de moi, une grosse colère, mais elle est en général beaucoup plus sage la nuit, et par bonheur ses cris ne réveillent pas Jean ! Pour moi, inutile d’en parler, je suis tout à fait remise et me sens en pleine force pour mener une tâche de maman, de ce côté-là, il y a bien à faire! Je me lève à 6 heures et quart, je change Jacqueline, lui donne a tétée, je fais ma toilette, je déjeune puis je m’occupe de Jean, il faut le lever, l’habiller, lui faire manger sa bouillie, il est à ce moment-là un peu plus de huit heures, je m’occupe du kéfir et range un peu ma chambre, à neuf heures, je me mets à la toilette de la pouponne ce qui avec la tétée me mène presque jusqu’à dix heures; ensuite j’ai un moment libre jusqu’au déjeuner, mais souvent il y a la cuisine à surveiller ou des raccommodages à faire ou bien des courses ; l’après-midi, je suis à peu près tranquille, d’autant plus que, donnant un biberon à 3 heures et demie, je peux sortir et laisser ce soin à Marie, mais à 6 heures et demie, il faut que je sois là pour la tétée, nous dînons un peu avant sept heures, puis c’est le coucher de Jean ce qui n’est pas une petite affaire, j’ai ensuite un quart d’heure de tranquillité puis je fais ma toilette, je m’occupe de la petite chérie et me couche à 10 heures.
… Lundi nous avons voulu passer l’après-midi aux Sables mais, pour comble de malchance, le démarreur ne fonctionnant pas ce qui nous a beaucoup retardés, il a fallu passer par La Roche ou nous sommes restés une heure, si bien que nous n’avons pu passer aux Sables que quelques instants seulement, nous avons pu cependant aller jusqu’à la plage, où j’ai été heureuse de voir Jean tremper ses petons dans l’eau. Mardi, nous avons remonté le chariot alsacien, ce qui n’a pas été une petite affaire. Mercredi nos voyageurs sont revenus des Sables, Jacques est allé les chercher et ils sont arrivés un peu avant dîner. Jeudi, voyage à La Roche, dentiste et coiffeur. Vendredi passé une partie de l’après-midi chez Marguerite avec Armande. Hie c’était l’Adoration… j’ai confié ma fille à Maman et emmené Jean aux vêpres pour assister à la procession.
Nos réparations se poursuivent bien doucement, la salle de bains commence à s’installer, mais quand en verrons-nous le bout ??
Dimanche 29 septembre
Un beau dimanche clair et ensoleillé, Jean vient de se réveiller et joue à côté de moi… il est superbe, tout bronzé par le soleil des Sables, bien fort et vigoureux, c’est vraiment un beau petit garçon et je suis fière de mon fils, malheureusement, il n’a pas grandi en sagesse autant qu’en taille, il a de nombreux caprices et ce n’est pas facile de le faire obéir, il faut être très ferme et il m’en coûte plus d’une fois…
Quoi de neuf cette semaine ; j’ai travaillé de mon mieux et le plus possible. Vu Mme Flavet lundi et Suzanne Jousset mardi, mercredi je suis allée à La Roche ; jeudi j’ai fait faire à Jacqueline sa première sortie, nous sommes allées à la maison et chez Tante Abel; vendredi, j’ai passé un moment chez Armande, et emmené Jean jouer avec Odile. Hier, nous avons eu à déjeuner Marie-Thérèse Bled… vers 5 heures nous sommes allés à Grand’Landes conduire Marie-Thérèse et nous sommes revenus pour la tétée de la poupée ; le soir j’ai vérifié l’argenterie, lu les journaux et il était temps de me coucher.
Beaucoup de correspondance en retard… de la couture, du raccommodage… Assisté dimanche dernier à une séance récréative au profit de la Caisse des Mutilés, ce n’était pas mal, quoique les rôles de femmes aient été supprimés, on donnait “Le chapeau de paille d’Italie“. Malheureusement j’ai été obligée de sortir avant la fin pour la tétée de ma fille.
Dimanche 6 octobre 1929
Le soleil brille, bien que le ciel soit encore chargé de nuages, mais ce matin nous avons eu de grosses bourrasques, une vraie tempête, de mon lit, car à l’occasion du changement d’heure j’ai pu me reposer un peu plus tard…
Quoi de neuf autrement cette semaine ? Dimanche j’ai mis ma correspondance à jour et vu Maman un bon moment. lundi nous avons passé quelques heures à La Roche et reçu en revenant la visite des Tenailleau de Sainte-Marie, puis de Mlle Lucas. Mardi travaillé toute la journée, mercredi également… vu mes parents, visite de l’Abbé Guilbaud, notre nouveau vicaire ; jeudi passé l’après-midi à la maison avec Armande et Marguerite. Hier je suis allée voir notre pauvre Lise, qui approche visiblement de son éternité… c’est une vieille figure du pays qui disparait.
Le cardinal Dubois, archevêque de Paris est mort la semaine dernière, ses funérailles ont eu lieu mardi, émouvantes et grandioses comme il convient à un pasteur de l’église et en même temps un pasteur très aimé de son diocèse, quel sera maintenant son successeur ?
Jean et Jacqueline vont tous les deux aussi bien que possible, mais Jean prend des caprices et des colères qu’il n’est pas toujours aisé de réprimer, hier soir il y a eu une fameuse séance au bout de laquelle il a dû céder, mais non sans peine ; que c’est délicat de former une petite âme d’enfant, il est plus facile de débarbouiller le petit derrière de Jacqueline ou de lui donner ses tétées. Quant à la poupée, elle est maintenant dressée et ne pleure plus la nuit, mais elle ne s’en prive pas le jour…
Nos réparations se poursuivent et traînent…
12 octobre
Une belle journée, une de ces belles journées d’automne… Jean vient de se réveiller et joue au soleil dans la cour, nous projetons d’aller tout à l’heure à Sainte Radégonde, pèlerinage bien cher que je n’ai pu faire depuis 4 ans! Jacqueline a deux mois aujourd’hui, elle dort pour le moment… elle va aussi bien que possible bien qu’elle n’ai pas pris de poids la semaine dernière, il est vrai que je n’ai pas beaucoup de lait et suis maintenant presque toujours obligée de compléter la tétée du soir par un peu de lait Nestlé…
Rien de neuf cette semaine… fais pas mal de couture, un peu de correspondance, de la cuisine, des conserves de fruits… j’ai vu Armande et Marguerite… demain nous avons les Boisseau à déjeuner. Les réparations traînent…
Samedi 19 octobre
Lisa est morte e matin, je suis allée la voir pour la dernière fois car nous partons demain après déjeuner à Nantes… je vais passer là-bas une semaine bien remplie, courses, essayages et emplettes, je n’aurai guère de temps à perdre, bien que j’emmène Marie, cela m’ennuie un peu car je laisse Jacques avec Marie Gillet pour lui faire la cuisine et elle n’est pas très au courant…
Dimanche dernier nous sommes allés à Sainte Radégonde, Jacques, Jean et moi, promenade bien familière et pélerinage… il faisait un temps merveilleux et la promenade a té charmante. A l’aller nous avons pris le raccourci de Saint-Georges et au retour suivi le chemin ; j’ai rapporté un gros bouquet de houx, Jean courait partout, heureux comme un roi, et passait sans cesse à son papa des “qu’est-ce que c’est çà ?“
Lundi, reçu les Boisseau et mes parents, Maman est actuellement sans bonne, la sienne est partie avec une crise d’appendicite. Où en prendre une autre ? Mardi, visite à Madame Bonnaud, puis promenade avec les enfants. Mercredi fait deux bocaux de compote de poires et huit de marmelade de pommes; j’en ai eu pour toute la journée, et j’ai terminé le soir avec des doigts courbaturés et tout noircis. Jeudi, voyage à La Roche ; hier après-midi chez Marguerite. Je travaille de toutes mes forces et le soir bien souvent je suis lasse, mais quelle douceur, en entrant dans ma chambre, de voir ces deux petits lits blancs, dans lesquels dorment nos petits anges.
Dimanche 3 novembre
Tant de jours de passés et tant de choses à faire, j’ai couru toute la matinée pour ne pouvoir faire tout ce que j’aurai voulu… pour le moment, Jean tournicote autour de moi, mais Jacqueline dort bien tranquillement et j’ai quelques instants à moi. J’ai donc passé dix jours à Nantes, mais dix jours bien occupés, où je n’ai fait que des essayages, courses strictement indispensables. Je ne reprendrai pas le détail de mes journées, j’ai fait toutes sortes d’achats, quelques visites et remonté ma garde-robe : manteau rouge garni de martre, robe rouge, robe de velours imprimé, taupé noir. J’ai dîné un soir chez Françoise avec les Guillaumé, passé une autre soirée au cinéma avec Jacques et Madeleine pour “La merveilleuse vie de Jeanne d’Arc“, film intéressant et très bonne reconstitution ; un autre soir Mère à eu à dîner Félix, Berthe et Louis…J’ai eu de bonnes journées, de bons moments, d’autres plus pénibles, mais je ne veux pas y songer, ni approfondir…
Nous sommes rentrés ici jeudi … et pendant que je déballais nos nombreux colis, Jacques a réorganisé l’essentiel de la cuisine pour que nous puissions nous y installer le soir même, ce que j’apprécie infiniment. Jeudi, jour de la Toussaint… après déjeuner nous sommes allés à Palluau, en passant par le cimetière, à la tombée de la nuit je suis allée à l’église faire mon Chemin de Croix et prier pour nos morts pendant que le glas lançait ses appels désespérés… Dîné à la maison avec Oncle Raymond, arrivé la veille et dégusté une pintade et des cèpes. Toute la famille est venue déjeuner hier ici, puis j’ai passé une partie de l’après-midi chez Armande Brachet avec Jacqueline et Marguerite. Mère nous arrive sans doute demain.
Dimanche 17 novembre
Plus de quinze jours passés, et quinze jours bien remplis… Jean s’amuse gentiment près de moi, il est à peu près sage, avec des bons et des mauvais moments, mais en le raisonnant on arrive à se faire obéir, et, chose merveilleuse, depuis huit jours, il est presque propre. Petite Jacqueline pousse à merveille, elle est sage et mignonne, et passe de bonne nuits, elle a un beau petit corps ferme et potelé, c’est une joie de la voir détendre ses petits membres dans son bain. Mère nous est arrivée le lundi 4 et a passé une huitaine de jours avec nous, quoi de nouveau dans cette semaine-là ? j’ai fait de la gelée de pommes et de coings, reçu Armande et Marguerite et passé à La Roche l’après-midi du samedi, et ramené Madeleine. Le dimanche, j’ai assisté à la messe de 8 heures, messe des anciens combattants à l’intention des morts de la guerre, Jacqueline tenait l’harmonium et les autorités sont rentrées dans l’église aux sons de la Marche des pèlerins de Tannhauser… dans l’après-midi vu mes parents et visite des Guillaumé. Lundi avons fait notre petite tournée habituelle sur les tombes : Palluau, Legé, Rocheservière, et Mère et Madeleine sont parties le soir, par un temps affreux. Mardi et mercredi je me suis occupée de mes raccommodages de lessive, jeudi je suis allée chez Marguerite, vendredi à La Roche, dentiste, courses, visite aux Durand ; hier j’ai fait quelques visites.
Que dire encore de cette quinzaine ? j’ai eu quelques moments bien durs et douloureux mais d’autres infiniment doux à causer avec mon Jacques ou à m’occuper des mes petits, puis satisfaction le soir du devoir accompli…
Dimanche 24 novembre
Madame Lucas sort d’ici, Jacqueline dort, Jean jacasse autour de moi, vais-je avoir quelques instants de repos et de tranquillité? la matinée a té assez occupée, communion à 7 heures et demi et confection d’une crème à la vanille destinée à accompagner un pudding aux pommes au déjeuner, puis la toilette de Jacqueline, cela m’a menée jusqu’à 10 heures, il était grand temps de s’habiller pour la grand’messe.
Reprenons un peu cette semaine, lundi et mardi j’ai eu Augustine et travaillé avec elle, après déjeuner, le temps étant beau j’ai promené les enfants, la campagne est ces jours-ci merveilleusement jolie… mais dans ces promenades je n’ai pas le temps de contempler la campagne autant que je le voudrais, il faut surveiller Jean, lui parler, aussi je ne m’appartiens guère. Mardi, dîné à la maison, mercredi travaillé à peu près tranquillement ici, jeudi, passé l’(après-midi à la maison avec Marguerite et Armande et le soir sommes allés à La Roche, Jacques, Jacqueline et moi, au cinéma voir “Le batelier de la Volga“, film inférieur à sa réputation, apologie de la révolution russe, le seul tableau intéressant est celui où l’on voit les haleurs tirant les chalands sur la rive, en chantant le chœur célèbre, nous avons eu des chants et des danses russes assez bien. Vendredi visite aux Pannetier à Nieul…
Les semaines sont vite passées et je n’ai jamais le temps de faite tout ce que je voudrais, je lis un peu, en donnant les tétées, les journaux et quelques revues…
Dimanche 1er décembre
Premiers moments de tranquillité aujourd’hui, je suis sortie ce matin pour aller à la Communion, je suis revenue déjeuner rapidement pour aller à la messe de 8 heures, en rentrant, j’ai eu la toilette et la tétée de ma pouponne, le kéfir à préparer, un peu de pâtisserie que j’ai voulu faire et il était l’heure de déjeuner, nous avons passé notre après-midi à Apremont, où Jean a été content de jouer avec ses petits cousins…
Rien de bien nouveau cette semaine, Lundi je suis restée ici et ai travaillé, mardi, Papa et Jacqueline étaient à Nantes avec Jean et Jacques, j’ai déjeuné avec Maman et nous avons passé notre après-midi ensemble. Jeudi, après-midi chez Armande, vendredi, courses à La Roche, hier, eu la visite Andrée Boyer et de Josèphe Lancelot et suis sortie voir Tante Abel… Je suis toujours assez prise,… j’ai plus d’ouvrage que je peux en faire et n’arrive pas à tout, que serait-ce si j’avais quatre bambins comme Jeanne Régnault. Jean est très mignon quand il le veut, mais bien désagréable parfois, mais cependant intéressant au possible. Jacqueline est un amour de petite poupée bien sage et facile, et je suis heureuse d’avoir une petite fille ; elle connaît maintenant sa maman et lui fait de jolis sourires…
Vendredi soir 6 décembre.
Nous avons enterré ce matin notre pauvre père Guilbaud… il y a bien longtemps qu’il avait quitté la maison et vivait chez lui, à peu près paralysé, cependant, nous avons tous assisté à la cérémonie et tenions à donner ce dernier témoignage à ce vieux serviteur de la famille, représentant d’un passé qui n’est plus ; il a servi chez nous quatre générations, depuis mon grand-père jusqu’à Jean, puis que avant de tomber, il allait encore chercher son lait au Moulin-Guérin ! Qu’il repose maintenant dans la paix.
Nous partons dimanche à Nantes pour en revenir mardi matin, il s’agit d’acheter le petit Noël de Jean, et d’ici là je vais avoir bien à faire.
Lundi, j’ai passé l’après-midi chez Armande avec les Loiseau, Mme Edmond, Berthe, Françoise, Marguerite et Jacqueline ; mardi, je suis tout de même restée ici faire des raccommodages ; mercredi, par un temps superbe, série de visites et, pour terminer l’après-midi, avant de reprendre à 6 heures ma tâche quotidienne, je suis allée bavarder un peu pour mon plaisir avec Mme Bonnaud. Jeudi, après-midi à La Roche séance chez le dentiste, visite et courses ; aujourd’hui, reçu Armande, Marguerite et Jacqueline ; avec tout cela mon travail n’avance guère et raccommodages et couture s’amoncellent dans mon placard ! Après cela, il faudra passer beaucoup de temps à nettoyer, si seulement nous pouvions voir la fin de tous nos ennuis !
Dimanche 15
Un moment de calme au milieu des soucis de chaque jour et bercée aux sons du concert Pasdeloup, par la TSF, je suis heureuse de venir, malgré un rhumatisme à la main droite, reprendre possession de moi-même ! …
Nous sommes partis à Nantes dimanche dernier, aussitôt déjeuner par un temps d’averses peu engageant et après un excellent voyage, après le goûter des enfants, nous sommes sortis montrer à Jean les étalages animés, qui d’ailleurs ne l’ont pas beaucoup intéressé ; en rentrant, j’ai trouvé rue Guépin Andrée, avec qui j’ai eu le plaisir de bavarder un moment tout en donnant la tétée à Jacqueline. Lundi, journée éreintante, j’ai fait quelques courses le matin avec Jacques, et l’après-midi, il a fallu traîner Jean dans les magasins voir un peu ses préférences en fait de jouets, j’ai eu un petit moment pour goûter avec Andrée… Mardi matin, retour, puis l’après-midi il a fallu se mettre au nettoyage, mercredi, lessive, depuis il a fallu s’occuper du linge, promener les enfants les après-midi de beau temps, et continuer le fameux nettoyage qui n’est pas encore terminé, cependant je crois que les mauvais jours tirent à leur fin et que le service d’eau pourra fonctionner cette semaine. Hier passé l’après-midi à La Roche et ramené Mère et Madeleine…
Petite Jacqueline est de plus en plus mignonne, elle a 4 mois d’avant-hier et commence à rire aux éclats, c’est une belle pouponne, vigoureuse et bien portante, bien sage et facile. Jean est de plus en plus entêté et coléreux, mais délicieux par moments, il est si grand et fort qu’on lui donnerait 4 ans et le voudrait plus raisonnable qu’il ne peut être ; mon petit bien aimé!
Tout à l’heure, visite de Charlotte et de Pierrot, demain, allons passer la journée à Luçon.
Lu un peu ces temps-ci, des articles de revue dont plusieurs intéressants, des évocations de l’Espagne, un reportage en Martinique, des poèmes en prose de Tourguenieff, très beaux mais dangereux à lire tellement poignants, parce qu’ils évoquent un regret désespéré, de la jeunesse, du passé, toutes choses qui ne peuvent plus être, et cela sans l’espérance chrétienne de la vie éternelle
Dimanche 22 décembre.
Il ne n’est pas très facile d’avoir un moment de paix, Jean jacasse sans s’arrêter une minute et après une matinée passée à la cuisine, il me serait bien agréable d’avoir un peu de tranquillité.
Semaine encore bien occupée, lundi nous avons passé la journée à Luçon et emmené Jean, qui a été bien mignon, nous avons eu d’agréables moments là-bas, Louise est toujours si affectueuse et gentille ; Madeleine est partie le soir, tandis que Mère nous est restée jusqu’à vendredi matin. Mardi, temps froid mais beau et sec, après déjeuner, j’ai promené Jacqueline tandis que Jean était à Rocheservière avec son papa et sa grand’mère et fait ensuite quelques rangements. Rien de nouveau les jours suivants, le matin mes occupations habituelles, après déjeuner une sortie avec les enfants, malgré le froid qui prenait durement aux mains, ensuite un peu de couture jusqu’à six heures. Jeudi soir allé à la représentation donnée par la Jeunesse catholique, certains acteurs n’étaient pas mauvais, entre autres, Talonneau et surtout Edouard Piveteau qui figurait le Sganarelle du “Médecin malgré lui“. Jeudi matin reçu la visite des Raoul Gendreau, venus nous inviter au mariage de leur fille Yvonne le 16 janvier. Vendredi, passé l’après-midi à la maison avec Armande et Marguerite, le soir, visite de Sorin, venu pour placer sa marchandise, Jacques s’est laissé faire et demain nous entrons en possession d’une Donnet JVC conduite intérieure. Hier visite de Mme Bonnaud.
Quelques moments bien durs et douloureux encore cette semaine…