Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
4 janvier 1924
… Toute la journée du 1er, visites de métayers puis visites traditionnelles à Tante Abel et à Tante Victor ; chez Tante Abel, retrouvé tous les Yvernogeau : la salle à manger était pleine. Hier passé l’après-midi chez Berthe et le soir bridge chez les Brachet. Tout est calme, il fait un temps affreux.
samedi 7 janvier
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 7 janvier 1924 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Ce matin, une lettre de Marie… Vendredi passé l’après-midi en visite, puis, pour l’anniversaire de la mort de grand’mère, sommes allées au cimetière, six ans déjà ! Samedi, visite à Mlle Lucas, puis vu Marguerite et Charlotte. Dimanche… Maman et Jacqueline sot allées faire quelques visites, j’étais un peu fatiguée et suis restée auprès du feu avec un livre. J’ai eu quelques heures profondément intéressantes qui compensent largement certaines conversations frivoles ou vides que je suis obligée d’entendre, et auxquelles je dois paraître m’intéresser. Hier soir, bridge… Au sujet du Dixmund, la mer n’a pas livré son secret, mais l’Italie d’abord et la France ensuite, ont fait au commandant du Plessis de Grénédan d’émouvantes funérailles.
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 11 janvier 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Mercredi, violente tempête, et les journaux nous ont appris qu’un raz de marée avait dévasté toute la côte de l’Atlantique, de Quimper à Biarritz. Les Sables ont beaucoup souffert, la grande jetée a été très atteinte, et le brise-lames démoli ; dans les ports, les bateaux ont été endommagés et les chantiers de constructions détruits. Le Remblai est endommagé aussi ; la mer a défoncé des portes, envahi des maisons ; les vagues s’élevaient paraît-il à la hauteur d’un second étage. Un bateau s’est perdu avec six homms, tous pères de famille. Il fait beau pour la première fois depuis longtemps.
Mercredi 16 janvier
Pendant quelques jours temps ensoleillé et très doux avec quelques effluves de printemps. Avons pu nous promener plusieurs fois, ce qui avait été impossible depuis mon retour de Paris, avons même entraîné Maman … Samedi soir, cela s’est gâté et dimanche matin, le temps était si rouge que nous attendions de la pluie, il faisait beaucoup de vent… Vendredi après-midi chez Berthe. Dimanche quelques visites. Lundi, voyage à Nantes, leçons de musique et courses. Hier après-midi chez Berthe…
Mardi 27 janvier
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 27 janvier 1924 était un dimanche. Texte conservé tel quel.
Mercredi, en rentrant de la promenade, nous apprenons que Maman vient de partir en toute hâte, Tante Victor étant au plus mal, avec une congestion cérébrale ; elle a été administrée, on l’a veillée toute la nuit ; vers le matin, comme on l’avait laissée seule quelques instants, elle s’est levée, se sentant mieux, et maintenant elle est guérie. A 89 ans, elle est étonnante. A part cela, rien de neuf …
Dimanche, représentation au Patronage ; on donnait : « Pour la couronne » ; c’était bien et les premiers rôles n’étaient pas mal tenus ; le drame lui-même est très beau, et le troisième acte a été émouvant. Il y a eu aussi une pantomime et des intermèdes variés, ainsi qu’un chœur à plusieurs parties, pas mal réussi. Lundi, réunion à la maison pour le gâteau des Rois ; il y avait les Abel, Yvernogeau, Lucas et Mlle Lucas. Charlotte a été l’heureuse élue …
Samedi 28
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 28 janvier 1924 était un lundi. Texte conservé tel quel.
… Vendredi, gâteau des Rois chez Tante Abel. Le soir, bridge, chez les Brachet, Armande a en ce moment Gabrielle Retailleau. Vendredi après-midi assez gai chez les Gendreau ? Hier, suis retournée avec Charlotte et Mlle Lucas à la représentation du Patronage. Les acteurs jouaient mieux, et certains passages sont vraiment beaux. Lu les Souvenirs de la Princesse de Metternich, très intéressants et même amusants. Je lis « La Revue des Deux Mondes », à laquelle Papa vient de s’abonner.
Samedi matin 8
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : fevrier 1924. L’en-tête ne porte que le quantième « 8 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Très occupée ces jours-ci. Le lundi 25, suis allée avec Jacqueline jusqu’à la Croix Bouet, il faisait très beau… Mardi, gâteau des Rois chez Mme Yvernogeau, et passé une partie de l’après-midi très gaie. Hier, avons eu les Abel et Berthe à passer l’après-midi ; Armande et Gabrielle Retailleau sont venues un peu. Jeudi, promenade avec Jacqueline à Pont de Vie ; il faisait une journée radieuse ; avons pris quelques photos. Samedi, Jacqueline est allée passer l’après-midi avec Charlotte, j’étais fatiguée et suis restée au coi ndu feu. Dimanche… une visite de Mme Cornilleau, une visite des Gendreau ; bridge le soir chez Armande. Lundi, Jacqueline, qui partait le lendemain pour Paris, faisait sa malle. Sommes sorties cependant … pour aller à la Thibaudière. Jacqueline me manque maintenant, la maison est silencieuse sans son piano et je regrette nos promenades. Mardi, réunion chez Mme Lucas. Mercredi, entraîné Maman jusqu’à la Bardinière mais jeudi suis sortie seule ; j’ai pris ma canne, un livre et marché pendant près d’une heure sur la route du Printemps… Hier, temps superbe, n’ai pas eu le temps de me promener ; nous avions des visites à faire car nous partons Lundi aux Sables pour une dizaine de jours.
Les Sables, mardi 12
… Il y a donc eu le voyage du Poiré aux Sables. Vers 4 heures, sommes sorties Maman et moi et allées jusqu’à la rue Guynemer. Au retour, nous avons été prises par la pluie et sommes entrées à la chapelle du cours Blossac…
Jeudi 14 février
… Hier matin sommes allées jusqu’à la Rudelière, Maman et moi, et avons le long du Remblai, constaté les dégâts du raz de marée…
Lundi 18 février
Temps glacial ces jours-ci ; je ne peux me réchauffer, quand le vent ne souffle pas et que le soleil paraît, c’est encore supportable, mais tout juste… Vendredi, visite à Mme Godet, ce qui fait toute une promenade. Samedi, sommes allées à la Chaume ; depuis le raz de marée, la côte est méconnaissable ; dans le creux des dunes, à l’abri du vent, il faisait très bon. Hier, assisté à la grand’messe et aux Vêpres ; il y avait de très beaux chants, c’était la Septuagésime… Fini l’après-midi chez Mme Renaud ; il y avait aussi Simone et Odette Parent.
Le Poiré, mercredi 27
Notre séjour aux Sables s’est bien terminé ; le temps est demeuré beau, mais très froid. Sommes sorties quand même. Mardi, pas mal de choses et une visite de Mlle Herbert. De 5 à 7, avons reçu Me Renaud, Louisette, ainsi que Simone et Odette Parent. Le lendemain, il a fallu partir de bonne heure, Papa, et aussi Maman, tenant à assister à l’enterrement de Ruchaud. Avons quitté les Sables à 7 heures, il faisait en auto un froid terrible, pour comble de bonheur, il a fallu changer un pneu vers Beaulieu, ce qui nous a fait vingt minutes à geler sur la route ; j’étais malade de froid en arrivant et n’ai pu quitter le coin du feu de la matinée. Nous avons souvent des lettres de Jacqueline, je lui réponds régulièrement. Nous avons nos réunions habituelles, le soir pour le bridge et l’après-midi chez les unes et les autres. Cet après-midi, allons chez Armande. Hier déjeuner chez les Abel, avec les Lucas et Yvernogeau. Temps très froid, vent glacial et coupant ; hier, des giboulées de neige. …Dans huit jours serons à Lyon. Nous partons lundi soir; Jacqueline nous rejoindra mardi.
Lyon – mercredi 5 mars
Nous sommes arrivés à bon port hier vers 11 heures, après un voyage excellent…
La journée de dimanche s’est bien passée ; n’ai fait que quelques petits préparatifs vers le soir. Lundi, toute la journée, préparatifs et un peu de bousculade à cause des bagages qui devaient partir de bonne heure pour Belleville… Sommes allés à Belleville conduits par Samuel. Voyage bien passé. J’ai un peu dormi… et lu… A Saint Germain des Fossés, suis allée avec Papa prendre un café chaud, cela m’a fait du bien. A partir de là, il y avait de la neige sur les hauteurs… Avons trouvé Tante Jeanne et Henri venus à Perrache au devant de nous. Avons déjeuné et nous sommes installés. Rien n’ changé depuis l’année dernière…
Dimanche 9
Mercredi matin, suis sortie faire une course avec Françoise ; revu avec plaisir les quais de Rhône, la place Bellecour, Fourvière. l’après-midi, temps affreux ; sommes sortis chercher Jacqueline. Le soir aux Célestins pour « « a petite chocolatière », c’est une pièce charmante, très fine et très gaie. Jeudi après-midi, Papa et Jacqueline sont allés à la foire, maman et Tante Jeanne se sont promenées, Françoise et moi sommes allées à la Faculté de Lettres pour une conférence très intéressante : le Roman historique de Victor Hugo : Notre-Dame de Paris.
Vendredi sommes allées à Villeurbanne voir Henriette Meillou, mais elle n’y était pas ; il y avait seulement la petite Hélène ; sommes revenues à pied en faisant un tour par le Parc. Hier samedi, les Valade sont venus déjeuner ; il y a bien des années que nous n’avions vu Mme Valade. Le soir, une bonne promenade sur les quais de Saône, puis, après dîner, au Grand Théâtre pour la « Tosca » et la « Navaraise », très belle représentation…
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 10 mars 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Je viens de faire un petit pèlerinage à Fourvière, le temps était superbe et la vue très étendue, bien que voilée d’une légère brume…
Hier après-midi très agréable, avec les Meru et le Commandant Michard ? ? ? ? , certains ont joué au bridge ; nous avons causé, fait de la musique, dansé un peu…
Jeudi 13 mars
Bien des choses tos ces jours-ci. Mardi, sommes sorties de bonne heure pour aller à la foire. Il y avait un monde fou et une agitation débordante. Avons vu beaucoup de choses, mais une toute petite partie de ce formidable ensemble : de très jolis modèles d’auto, des meubles ravissants, des cristaux d’art, des bronzes, des marbres, des ivoires ; il y avait des choses merveilleuses. Une des choses les plus remarquables était le stand de la soierie, une vraie joie pour les yeux. Avons vu Marius Valentini au milieu de ses casseroles. Georges Blellon ? ? ? dans le stand de ses meubles ; le Commandant Michard, Mme Touzain et sa fille, visitant comme nous. Sommes revenus à pied … Sommes allés avec Henri au cinéma Grôlié ? ? ? voir « Koenigsmark », le roman de Pierre Benoît a été une peu modifié, mais les personnages incarnent bien leurs rôles.
Hier matin, suis allée à Perrache avec Papa qui voulait voir une exposition de machines agricoles ; sommes revenues par les quais de Rhône, l’air était très vif et le soleil agréable. L’après-midi, sommes montées à Fourvière ; goûté en descendant par le passage Gay… Sommes allées voir Colette Valentini et rentrées à pied…
Samedi 15 mars
Maman est partie ce matin à Besançon ; suis allée la conduire aux Brotteaux à 7 heures et demie. Elle doit revenir demain soir. Lyon était ravissant à cette heure matinale… au retour, suis entrée à Saint Bonaventure… Hier, courses dans les magasins ce qui est fastidieux. Avant hier, une bonne promenade au Parc.
Vendredi 22 mars
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 22 mars 1924 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Dimanche… Après-midi, sommes allés avec Papa à la Scala voir « Cyrano de Bergerac », c’est un beau film, il y a de jolies scènes. Avons fait ensuite une bonne promenade rue de la République et rue Victor Hugo jusqu’à la place Carnot. Maman est arrivée de Besançon vers minuit, l’avons attendue et causé un bon moment. Lundi après-midi courses. Mardi, Papa et Maman sont partis, les avons conduit à la gare ; la maison est plus vide maintenant sans eux.
Mercredi, passé l’après-midi chez Henriette Meillou, il y avait Mlle Belin ? ? ?, Mlles Thoupalière ? ? ?, Dufour, Vernet, Mme Rouillault ; nous avons eu un joli goûter. Jeudi, Tante Jeanne avait leur ami Georges Blanc, de Valence, venu passer deux jours à Lyon. Après déjeuner, un peu de musique, puis sommes allées visiter le salon d’automne ; il y avait de très jolies choses : cuirs repoussés, étains, des portraits remarquables, des paysages. De là, nous avons filé à la Faculté, entendre une conférence sur Alexandre Dumas, nous sommes arrivées un peu en retard… Hier, temps affreux, suis sortie quelques minutes pour faire des courses ; il fait beau aujourd’hui…
Samedi 29 mars
Toujours beaucoup de choses à faire : des lettres, mon étude de violon, et les jours passent. Samedi, temps superbe ; Françoise était enrhumée ; avons fait une bonne promenade, Jacqueline et moi, sur les quais de Rhône… Dimanche, pluie ; revu avec Jacqueline le musée de la soierie ; en rentrant, M. Condamin ? ? ? était là et est resté un bon moment puis les Meuse ? ? ? sont venus et ne sont partis qu’au moment du dîner. Lundi, Mme Mercantou est venue vers 2 heures et demie, puis sommes allées chez les Condamin. Mardi, Tante Jeanne a eu son amie Mme Romezin ? ? ? qui nous a invitées à goûter aus Deux Passages ». Le lendemain, sommes allées voir Mme Desrayaux. Jeudi, Mme Romezin est venue déjeuner ; l’après-midi, une conférence sur Victor Hugo (Hernani). Hier, promenade aux Aqueducs romains de Chaponost, ce qui nous a permis de goûter le calme de la campagne, de voir un peu le printemps…
Dimanche 6 avril
Bien des jours sans écrire. Nous organisons, indirectement, mais au nom de Bellon ? ? ? une surprise-partie chez Mlle Suyewetz ? ? ; les invitations ont donné pas mal de travail, de plus, il a fallu en porter à domicile, ce qui nous a donné l’occasion de nous promener dans pas mal de quartiers de Lyon ; je crois que nous nous amuserons bien. Nous venons de visiter le musée de Gadagne, installé dans l’hôtel du même nom ; il y a là quantité de souvenirs et de choses concernant le vieux Lyon, c’est très intéressant. Avons ensuite marché sur les quais de Saône… Hier, un temps merveilleux… sommes allés au Parc faire le tour du lac… Au retour goûté aux Deux-Passages.
Samedi 29, Françoise a réuni quelques amies, les Condamin, Pradelle, Paulette Menu, Andrée Suyewetz ; avons causé en travaillant, fait de la musique, dansé un peu. Dimanche après-midi à Villeurbanne chez Henriette Meillou. Lundi, visite à Mme Mercanton ? ? ?, y avons rencontré Jean-Marie Carré dont nous avons entendu plusieurs conférences. Tante Denise Iehl nous est arrivée mercredi soir… Ce matin… il nous a pris fantaisie de voir une cérémonie protestante ; avons entendu de beaux chants, un beau sermon sur les souffrances du Christ, très beau, mais trop humain ; un prêtre catholique y aurait mis quelque chose de plus divin, aurait montré Jésus non seulement se chargeant de nos souffrances, mais aussi de nos fautes. Jamais je ne me suis sentie plus catholique !
Vendredi 11 avril
Il est écrit que nous ne pourrions fraterniser avec des Juifs, même le jour des Rameaux. La surprise-partie est tout à fait abandonnée après une série de péripéties. Dimanche, tout marchait à souhait, les acceptations arrivaient ; Lundi, tout était bien, mais à 3 heures, Françoise reçoit un mot de Mme Lévy-Seyevety ? ? ?, annonçant qu’elle partait en voyage le lundi matin et ne pouvait nous recevoir. Le soir, mme Menu, d’une façon charmante, offre son appartement, cela doit donc reprendre chez elle, mais en petit groupe. Mardi, tout va bien, les acceptations pleuvent ; mercredi, arrivent Georges et Jean Bellou, Andrée Seyavetz et une amie ; pour bien des raisons, tout était abandonné. C’était une déception, mais tant pis.
Ne nous sommes d’ailleurs pas ennuyées cette semaine. Lundi, sommes allées avec Tante Denise voir les Fresch ? ? ? et la promenade le long du Rhône a été charmante. Mardi, dommes allées voir Henriette Meille et avons assisté à une conférence sur l’Amérique du Sud, avec projections très jolies. Mercredi après-midi charmant chez les Condamin avec d’autres jeunes filles très gentilles. Le soir, salle du Conservatoire, concert Enesco merveilleux : sonates de Bach, de Veracini, Chaconne de Vitali, Menuet et Tambourin de Leclair. C’était un enchantement. Hier, courte visite à Mme Ferry. Passé l’après-midi avec Mmes Belin, Martilon, Rouillault, Varvier, illisible. Partons mardi. Tout passe vite.
18 avril Vendredi Saint
Vendredi dernier, rien de très neuf ; une courte visite à Mme Méru ; retour par les quais de Saône pour prendre Menine. Soirée à la Scala. Samedi, sommes allées au Mont-Cindre, ce qui nous a fait l’occasion de quitter le bruit de la ville, de respirer un air pur, de se reposer les yeux sur la verdure nouvelle ? Avons pris le tram jusqu’à Saint Cyr au Mont d’Or et sommes montées ensuite à pied. Du Mont-Cindre, la vue est splendide ; d’un côté les Cévennes, de l’autre, tout au loin, les Alpes couvertes de neige. Tout près, Lyon, dominé par Fourvière, et tout autour la campagne. Vu l’ermite, visité l’ermitage très amusant avec des petites niches, des petites grottes, des petits escaliers. Sommes rentrées par lîle Barbe ? ?.
Dimanche matin, … les Rameaux… Grand’Messe avec Tante Denise et Jacqueline. les odeurs de buis remplissaient l’église. L’après-midi… nous sommes rendues chez Mme Menu, nous avons causé, dansé ; cela a été très gai, tellement que nous sommes restées dîner ; repas improvisé, mais plein d’entrain, sommes rentrées à 11 heures. Lundi matin, quelques courses, temps superbe ; l’après-midi, une courte promenade sur les quais de Rhône, puis avons goûté aux Deux Passages. Mardi matin, les préparatifs du départ. A 3 heures, Tante Denise et Françoise sont venues nous conduire à Perrache. Voyage très bien passé, avons débarqué mercredi matin, avec Oncle Raymond, rencontré à La Roche. Mercredi, visites d’arrivée à Tante Abel et à Mme Guesdon…
Mercredi matin 30 avril
La Grand’Messe de Pâques a été très belle… il y a eu la bibliothèque et les Vêpres, fait ensuite une bonne promenade par Pont de Vie, la Maumernière et la Croix-Bouet… Lundi , une bonne promenade par la Laitelière et la Gillardière. Les buissons sont pleins de violettes.
Hier, promenade à Saint Gilles, Sion, Saint Jean de Monts. Nous étions une trentaine, sept autos – Les Lucas, Brachet, Gendreau, Yvernogeau, Abel et Mignen, plus les Logeais qui nous ont rejoint là-bas. Passé une excellente journée, le temps était merveilleux. Nous sommes arrêtés à Saint Gilles puis à Croix de Vie ; avons déjeuné à Sion, par petites tables, le repas a été très gai, le menu excellent : crevettes, homards, soles, rôti de veau, salade, fromage et petits gâteaux. Sommes allés un moment sur la plage, puis filé à Saint Jean de Monts où nous avons goûté. Sommes rentrés pour dîner.
Dimanche 27 avril
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1924-04-30). Texte conservé tel quel.
Sommes partis de Saint Jean de Monts un peu avant les autres, mais il paraît que le départ a été tordant, et on raconte que Samuel est revenu avec ses phares allumés, alors qu’il faisait grand soleil. Marcel et Lucien y sont peut-être pour quelque chose ? Mercredi après-midi, sommes allés au Fief ; il faisait très bon à marcher ; sommes passés à l’aller par la Tirière, l’Alouette, la Piltière ; nous sommes assis pour goûter au pied d’une vieille croix d’où l’on domine toute la vallée. Au Fief, il y avait M. ? ? ? Gendreau et Mlle Armande. Au retour, sommes passés par la Marinière et la Braconnerie. Jeudi, visite à Mme Lucas ; sommes allées chez Armande, puis au Moulin-Guérin où il y a eu une naissance chez Roux. Vendredi après-midi chez les Gendreau ; Charles Jousset est venu un moment. Hier, visite à Mme Gendreau. En fouillant dans le grenier, ai trouvé une vieille toile de Jouy à personnages curieux, mais en mauvais état. L’avons rapiécée pour en faire une draperie de piano, ce qui nous a amenées à faire un déménagement dans le salon, et ce n’est pas mal du tout.
Mardi, 29 avril
Tante Denise et ses enfants sont partis ce matin, et la maison va nous paraître bien grande et silencieuse. Cependant, Andrée Jaffré nous arrive jeudi à midi, pour deux jours sans doute ; je suis bien contente de la revoir. Il pleut depuis hier… Hier, assisté avec les Enfants de Marie, à un service pour Marie Brochard, de la Favrie, morte postulante à Baugé. La mère Brochard et ses filles ont communié à la messe. Depuis dimanche, le mauvais temps a empêché toute promenade ; hier, visite à Mme Lucas et une visite de Mme Yvernogeau.
Lundi 5 mai
Très prise tous ces jours-ci… Mardi, pluie toute la journée. A 2 heures, M. Lucas est venu pour opérer Maman d’un bobo qu’elle avait au dos ; il lui a bien fait deux piqûres de cocaïne, mais Maman a souffert quand même, fait l’aide - infirmière, cela n’a pas été très amusant… Mercredi avons eu Berthe et les Abel, ainsi qu’Odette à passer l’après-midi. Armande est venue un peu. Le soir, ouverture du Mois de Marie. Jeudi, Andrée est arrivée à midi, avons fait une petite visite à Tante Abel, puis, après le goûter, une courte promenade. Vendredi, très mauvais temps… avons bien bavardé. Samedi matin, sommes allées dans le Parc, Andrée et moi, puis sur la route d’Aizenay. L’après-midi, avons pu, malgré quelques averses, faire une bonne promenade à la Braconnerie. Hier matin… Andrée a pris le train de 11 heures et quart. Ces quelques jours, vite passés nous ont fait plaisir. Hier après-midi… après les Vêpres, suis allée avec Maman au Mois de Marie de la Millière, c’est une tradition que j’aime beaucoup. Au retour, cueilli quelques branches de genêt pour ma chambre. Ce matin, mis quelques brins de muguet sur mon bureau. Il me semble avoir à moi tout le printemps.
Jeudi 8 mai.
Toujours le mauvais temps, vent froid, averses, parfois de la grêle ; malgré cela, le jardin est plein de fleurs. Ces trois jours-ci, avons fait pas mal de visites, en prévision de notre départ aux Sables, fixé d’abord à Vendredi, puis à Dimanche soir. Le matin, repris mon travail, mes études de violon. Le soir, nous allons au Mois de Marie en union cette semaine avec le pèlerinage vendéen à Lourdes. C’est maintenant la semaine de Pâques pour les infirmes, et chaque jour, on porte la Communion à l’un ou à l’autre…
Que donneront les élections qui ont lieu Dimanche ? Dieu protège la France.
Vendredi 29 mai
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 29 mai 1924 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Temps superbe aujourd’hui… commencé ma journée un peu plus tôt, je n’arrive jamais à tout ce que je voudrais faire. J’ai une heure de violon, puis il y a des rangements, pas mal à écrire ; je tricote en lisant et ne perds pas une minute. Dire qu’il y a des gens qui trouvent moyen de s’ennuyer. Ce matin, un petit mot d’Andrée et une lettre de Jeanne ; elle m’apprend le mariage de Nono, ce que je savais déjà ; celui de Suzanne Baudais ; l’entrée au couvent de Marguerite Bouvard. Hier, travaillé tranquillement tout l’après-midi…
Les Sables, mardi 13 mai
Une fois de plus, nous voilà revenus ici… Samedi, visite à Mme Lucas. Dimanche, fête de Jeanne d’Arc, que nous avons célébrée de notre mieux. Beaucoup prié pour la France. En Vendée, la liste Baudry d’Asson a passé toute entière, à la majorité absolue ; on ne sait pas encore les résultats définitifs, mais il faut prévoir une chambre plus à gauche. Sommes arrivés ici dimanche soir.
Vendredi 16
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1924-05-29). Texte conservé tel quel.
Toujours un temps superbe ; mardi, il faisait presque trop chaud. Avons fait ce jour-là une visite à Mme Renaud, et quelques petits tours de Remblai, Jacqueline et moi… Hier, accompagné Papa qui venait au poiré pour la foire ; sommes partis à 6 heures… avons passé la matinée au Poiré, vu Mme Lucas et Tante Abel ; déjeuné de bonne heure et sommes partis aussitôt, passant par la Chavechère et la Blédière. Hier un bon tour de Remblai et de jetée avec Jacquelie ; avons rencontré les Léveillé. Aujourd’hui visites à faire.
Dimanche 18 mai
Rapporté du Poiré une moisson de fleurs ; il y en a partout dans la maison. Dans le salon, il y a des aubépines et des tamaris, des genêts dans la salle à manger ; dans ma chambre, les dernières tulipes, quelques pervenches et quelques roses. Le temps est beau, mais orageux et presque trop chaud. Suis très lasse et le moindre effort me pèse…
Vendredi 27 mai
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 27 mai 1924 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Le temps passe vite ; jamais je ne peux arriver à tout ce que je voudrais faire. Nous sommes sans bonne, il faut aider Maman, et la matinée passe vite, d’autant plus que souvent je me repose et me lève tard. L’après-midi, il y a des séances chez le dentiste, des visites à faire ou à recevoir ; il est rare que j’aie un moment à moi… Le soir, nous allons au Mois de Marie. Jacqueline est très prise à cause du morceau qu’elle doit jouer dimanche à l’audition de Mlle Smolska, et qui la fait beaucoup travailler. Dimanche… après-midi chez Mme Renaud, avec Simone et Odette Parent. Mardi, sommes allées voir Mimi Léveillé qui n’était pas chez elle, nous rentrions quand Mme Moreau est arrivée, sommes allées avec elle voir la chapelle des Soeurs de la Miséricorde, rue Jeanne d’Arc, puis elle nous emmenées goûter chez elle, et nous sommes rentrées que pour dîner. Mercredi, une visite à Mlle Hubert, puis j’ai eu un bon moment pour travailler ? Hier, temps affreux, n’avons pu sortir ; une visite de Mme Léveillé et de ses deux plus jeunes filles ; avons fini l’après-midi avec Louisette chez Simone et Odette Parent. Aujourd’hui, suis allée avec Maman voir Mme Godet ; au retour, visite de Mlle Chalard. Suis un peu moins lasse ces jours-ci… Je lis « La vie spirituelle » d’Elisabeth Lesueur, cela me fait du bien. Quelques livres intéressants : « La première traversée du Sahara par les auto-chenilles Citroën » et aussi un autre qui m’a beaucoup plu : « L’Equipage » de Kessel, il y a là une merveilleuse figure de chef qui joint aux vertus de chef la valeur morale de chrétien.
Mercredi 28 mai
Toujours très occupés, sans bonne, avec des tas de choses à faire ? Vendredi, visite à Mme Godet… Dimanche, l’audition de Mlle Smolska, Jacqueline jouait « Ménétriers et glaneuses » de Déodat de Séverac ; elle était énervée, mais s’en est bien tirée. Il y avait un bon groupe d’élèves : les deux Chauvière, Mimi Léveillé, qui a très bien joué. Mlle Smolska a joué les « Etudes symphoniques » de Schumann, et accompagné M. Lehuédé dans une sonate de Boëtmann ? ? . J’tais avec Simone et Odette Parent, Louisette et Marie-Isabelle Damour ; nous ne nous sommes pas ennuyées. Lundi, promenade aux pins, hier une visite de Mlle Herbert. Fait ces jours-ci beaucoup de musique d’ensemble.
Dimanche 1er juin
Sommes rentrés au Poiré depuis Vendredi. Voyage bien effectué. la maison était toute embaumée par les roses et les oeillets du jardin. Rien n’a changé.
Mercredi, visite de Mme Godet. Le soir, promenade habituelle ; avons rencontré les Léveillé et Mimi, causé un peu. Jeudi, Ascension… à la Grand’Messe, les chants étaient superbes. L’après-midi reçu Mme Renaud, Louisette et les Parent. Le soir, dernière promenade. Vendredi, préparatifs de départ ; sommes arrivés ici vers 5 heures. Samedi, écrit à Françoise, puis visite chez Tante Abel… Clôture du Mois de Marie, avons chanté nos cantiques de Chavagnes, qui valent mieux que bien des mélodies compliquées : « Au ciel, au ciel, au ciel… » ou bien : « Prends mon coeur, le voilà… »…
Mercredi 4 juin
Charmante journée hier à Mervent. Cela fait déjà quelques bonnes promenades qui nous ont permis de connaître des coins charmants de Vendée, et laissé de bons souvenirs à nous rappeler : l’île d’Yeu, Passay et le lac de Grandlieu, Noirmoutier, le bois de la Chaize et les genêts d’Espagne qui embaumaient ? Je ne parle pas des journées à Sion et à Brétignolles, qui, cependant très agréables, étaient simplement prétexte à réunions. Hier matin, départ à 8 heures, le temps était couvert, mais le vent frais et l’air vif. Rendez-vous à la Brachetière, car nous partions par la Roche. Arrêt pour des courses à la Roche, puis nous avons filé… Second arrêt à la Caillière ; visité l’église, certaines dames ont acheté des cerises. Troisième arrêt à Vouvant, la route entre dans la forêt, ce n’est peut-être pas tellement une route qu’une allée, ravissante à suivre… Il y a eu des incidents ; à un virage en épingle à cheveux, Samuel était en détresse et n’osait se risquer ; certaines personnes étaient plutôt émues. Papa a dirigé la manoeuvre et tout s’est bien terminé. Les autres autos étaient ou sont passés sans encombre. Avons déjeuné à Pierrebrune : c’est un site très pittoresque, avec un ruisseau entouré de grans arbres, d’un côté des collines boisées, de l’autre une muraille de verdure avec des roches tombant à pic. Tout près se trouve la grotte du Père de Montfort. Nous y sommes montés par un raidillon assez dur, mais bien joli. Avons fait brûler des cierges, prié, puis sommes descendus à Pierrebrune où le déjeuner nous attendait et nous y avons fait honneur. Départ vers 2 heures, arrêt au Pont du Déluge ; l’endroit est superbe ; la rivière, très encaissée coule sous une voûte de verdure… sommes allés en bas, par un sentier de chèvre… Sommes allés ensuite à Mervent, qui commande deux vallées, d’un côté comme de l’autre la vue est splendide. Dernière halte au Roc Saint Luc ; le paysage est ravissant d’en haut, mais encore plus d’en bas, nous y sommes descendus par des raidillons et nous sommes promenés le long de la rivière, entre les coteaux boisés. Goûté à Fontenay où nous avons visité l’église Notre-Dame puis repris la grand’route ; dernière halte à Saint Hermine pour voir le monument de Clemenceau. Etions ici vers 7 heures et demie. Lundi, visite à Mlle Lucas.
Jeudi 5
Journaux inquiétants ces jours-ci. Poincaré a dû démissionner ; la livre est remontée ; on prévoyait un ministère Herriot, c’est en fait un ministère Painlevé. On s’attend à un conflit entre Millerand et la Chambre. Que va-t-il sortir de tout cela ? Que Dieu ait pitié de notre malheureux pays. le sang de tant de morts ne peut avoir été versé en vain. Temps gris, pluie fines par instants… Les rosiers sont splendides actuellement, j’en ai cueilli à foison hier ; toute la maison est fleurie.
Mardi 20 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 20 juin 1924 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Dimanche de la Pentecôte. La veille au soir, pour l’Angélus, les cloches ont sonné longuement, et ce matin j’ai été réveillée par leur carillon… Les offices ont été beaux…
Passé la journée à Fromentine et fait un charmant voyage ; il faisait bon à rouler. Vu en passant Sallertaine, le pays de la « Terre qui meurt ». A Fromentine, nous sommes promenées. L’air était très vif, la mer très bleue. La côte de Noirmoutier apparaissait très nette. Au loin, on apercevait l’île d’Yeu. Sommes restés longtemps assis dans les pins, respirant leur bonne odeur de résine… Visité en passant l’église de Beauvoir, assez ancienne et curieuse.
Nouvelles assez mauvaises ces jours-ci. Herriot a refusé la présidence du Conseil. François Marcel a formé un cabinet qui sera peut-être renversé ce soir.
Jeudi 12 juin
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1924-06-20). Texte conservé tel quel.
Hier, Millerand a dû donner sa démission. Le Congrès se réunit pour nommer un nouveau Président. Ce sera peut-être Painlevé. Le ministère Marcel tient, mais pour combien de temps. Les radicaux au pouvoir la persécution religieuse va-t-elle recommencer ? et l’Allemagne qui nous guette ! C’est demain la fête du Sacré-Coeur de nombreuses prières monteront vers Dieu…
Hier soir.. fait avec Papa et Maman une bonne promenade ; Au retour, avons appris avec stupeur la mort de Clément Faussier. Tout a été fait en quelques instants, il était mort quand le prêtre est arrivé… Suis allée dire un chapelet avec Maman, la peine d’Anne fait pitié. Hier, voyage à la Roche et quelques courses. De grosses averses flagellent les vitres…
Dimanche 15 juin
Aujourd’hui la Première Communion… onze ans déjà pour moi depuis le 18e mai. J’aime à revoir ces communiantes vêtues de blanc, le frissonnement des voiles, la flamme vivante des cierges ; j’aime entendre ces cantiques familiers. Après les Vêpres, la traditionnelle procession au Calvaire de la Jamonière. Vendredi, passé l’après-midi chez Tante Abel ; et appris en rentrant l’élection de Doumergue à la Présidence de la République. Depuis hier, un temps merveilleux… nous allons demain à Nantes.
Mercredi 18 juin
Hier, journée éreintante. Sommes parties par le premier train, ce qui avec l’avance de l’heure, nous fait lever très tôt ; Fait bon voyage, et le temps s’est maintenu beau. pas perdu une minute et fait quantité de choses. Le matin aux Galeries Lafayette, acheté robes et vêtements de plage. Leçons de musique ; vu le petit Jacques Houdbine qui est un enfant superbe. Après déjeuner, sommes allées à La Visitation, puis fait encore quelques courses. J’étais affreusement lasse. Jacqueline a profité de son voyage pour choisir un piano, il doit arriver ce matin, aussi est-elle au septième ciel. Me suis couchée avant 8 heures et demie…
Les journaux de ce matin donnent le premier discours d’Herriot ; ce n’est pas très joli : réintégration des cheminots révoqués, rupture des relations avec le Vatican, application de la loi sur les Congrégations ; très rassurant ; Je relis en ce moment les livres d’Henri Bordeaux « La chanson de Vaux-Douaumont », c’est très beau et cela fait du bien. Rapporté de Nantes quelques livres, entre autres, « la Guerre des Femmes » d’Antoine Rédier ? ? ?, histoire de Louise de Battignies et de ses compagnes ;… il est merveilleux de penser que des femmes aient pu, de façon aussi magnifique, travailler pour leur Patrie et en remercier Dieu. Hier matin, une bonne lettre de Jeanne Lego ; ce matin, une de Solange.
Lundi 27 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 27 juin 1924 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Semaine bien remplie… Mercredi après-midi chez Berthe, avons travaillé là un moment au reposoir de Mme Dorion. Jeudi après-midi chez Tante Abel avec Mme Lucas et Mme Yvernogeau. Vendredi voyage à la Roche. Samedi, avons eu les Bourmaud à déjeuner ; avions fait à l’avance des madeleines, des truffes, pas mal de pâtisserie. Samedi, j’ai fleuri toutes les pièces de la maison, si bien qu’à 9 heures et demie, quand l’auto Bourmaud est arrivée, j’étais loin d’être prête. Déjeuner réussi, et tout s’est bien passé ; avions fait le matin un tour du parc, sommes allés l’après-midi voir Tante Abel et Mme Lucas. Après dîner, Jacqueline a fait un peu de musique ; son piano neuf est vraiment bon ; elle nous a joué la « Sonate au clair de lune » de Beethoven, la « Chanson napolitaine » de Saint-Saëns, une « Romance sans paroles » de Mendelssohn, différentes choses de Chopin et de Grieg.
Hier la Fête-Dieu ; avons suivi la procession avec les Enfants de Marie ; ce sont là des cérémonies toujours émouvantes, non pour la beauté des cérémonies et des chants, qui laissent à désirer, mais par le recueillement, la foi… Il est très beau de voir la foule se prosterner au passage de l’Ostensoir, d’entendre les invocations… Après les Vêpres, une courte visite des Mignen et de Charlotte puis sommes allées voir Mme Edmond. Après dîner, une promenade avec Maman, le couchant était splendide… Aujourd’hui, matinée radieuse… je viens de finir mon étude de violon ; nous allons déjeuner et, cet après-midi irons chez Armande…
A la Chambre, il est question d’ôter à l’Alsace-Lorraine les quartiers solennellement donnés par Foch et Joffre. Les députés de Metz et de Strasbourg protestent. Que Dieu nous aide.
Vendredi 27 juin
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1924-06-27-bpour la distinguer de1924-06-27.
Temps très chaud… Hier et avant-hier, passé l’après-midi à travailler dans la cour… Aujourd’hui la fête du Sacré-Coeur… il y avait beaucoup de monde… Nous revenons de la procession… en raison de la chaleur, le sermon a eu lieu à l’église. Cet après-midi, reçu les Lucas, Mme Yvernogeau et les Abel ; Appris la naissance d’un troisième garçon Gaillard… Demain, déjeuner chez les Gendreau.
Dimanche 29 juin
… Procession longue, fatigante sous un soleil de plomb, mais vraiment belle. En rentrant, déjeuné en vitesse, changé de robe et je suis arrivée à la bibliothèque avec dix bonnes minutes de retard. Après les Vêpres, visite à Armande. Maman est partie chez Tante Abel avec Jacqueline ; j’ai préféré rester ici… Hier… déjeuner chez les Gendreau, ainsi qu’Armande et Ferdinand. Très beau déjeuner, et bonne journée ; ne sommes rentrés que vers 6 heures. Jacqueline a fait un peu de musique ; nous avons causé, fait un tour de jardin, goûté vers 5 heure. Après dîner, suis allée m’installer dans la cour avec un livre et mon tricot… Je lis actuellement « La vieille fille » de Pierre L’Ermite, c’est très beau et réconfortant.
Lundi 7 juillet
Huit jours sans écrire ; j’ai été très occupée d’abord par les mille petites choses de la vie courante, et ensuite par un grand rangement à faire dans mes papiers…
Mme Yvernogeau nous a annoncé que Marcel était admissible à son bachot, en anticipant un peu, je dois ajouter qu’il n’y a pas de nouvelles de l’oral, mais il y a tout lieu de croire qu’il a échoué. Mardi matin, grosse émotion dans le quartier ; la mère Gandillon a été trouvée noyée dans le lavoir des Chailloux ; sans doute a-t-elle eu une dépression très forte qui l’a conduit au suicide et est elle irresponsable, mais c’est une bien triste chose. Mardi après-midi avons reçu les Abel, Berthe et Armande ; fait de la musique ce qui nous a secouées un peu. Jeudi et Vendredi, pluie et vent, tempête par moments ; avons passé l’après-midi de jeudi chez Mme Lucas, celui de vendredi chez Mme Yvernogeau. Samedi, une visite à Mlle Lucas puis fini l’après-midi chez les Abel ; cela a été plutôt long, conversation banale et petites choses pénibles… Hier, les courses à la Roche ; temps superbe ; nous étions avec les Gendreau et avons vu pas mal de personnes de connaissance dont le jeune ménage Robert, arrivé dans une Chenard 15CV, éblouissante. Anne-Marie n’était pas à son avantage. Courses sans intérêt ; à la dernière, un jockey est tombé et s’est tué. Le soir ai pu m’asseoir dehors et lire un bon moment…
Mercredi 9 juillet
Temps incertain, averses et coups de vents qui secouent les marronniers…
Charlotte est à Brest avec Mme Yvernogeau et Odette ; nous avons reçu une carte de la Pointe Saint Matthieu ; moi aussi j’aimerais connaître la Bretagne. Berthe est à Vichy pour une huitaine ; nous allons cet après-midi chez Armande.
Lundi 14 juillet
Tante Jeanne, Françoise et Menine nous sont arrivées hier matin ; passé de bons moments à bavarder. Samedi, passé l’après-midi chez les Abel ; après dîner, une bonne promenade à la Bardinière. Chaleur très forte ces jours-ci, mais dans la cour, avec un livre ou un ouvrage, il fait vraiment bon…
Appris ces jours-ci, en feuilletant la collection du « Noël », que le capitaine Thélis, cette si belle figure de l’ «Equipage» n’était pas un mythe. Le livre est d’ailleurs dédié à la mémoire du capitaine Thélis Vachon, et j’ai retrouvé plusieurs notices sur le capitaine Thélis Vachon, mort pour la France à l’âge de 24 ans. La ressemblance est telle que le héros de Kessel est sûrement un portrait… Nous allons demain à Nantes.
Jeudi 17
Lundi, journée éreintante à Nantes, surtout par la chaleur… le matin, leçons de violon ; l’après-midi à la Visitation, assisté à la prise d’habit d’Yvonne Yernière ? ? ? maintenant Sœur Marie de Gonzague. Hie, après déjeuner, sommes allés au Puy-Chabot, en fin d’après-midi un petit tour vers le Calvaire de la Jamonière, et, après dîner, sommes allées à Pont de Vie.
Les Sables 27 juillet
Bien des jours sans écrire… Nous avons fait le vendredi 18 quelques visites, puis sommes allées avec Françoise à la Gillardière ; nous sommes assises un bon moment en haut du coteau ; c’était une très belle journée… Samedi, après déjeuner, promenade en auto à la Clopière ; sommes allées jusqu’à u champ où l’on coupait le blé, sous le soleil brûlant. Après dîner, promenade à Pont de Vie. Dimanche, offices habituels, il a plu l’après-midi et nous n’avons pu sortir. Avons eu la visite de Mme Edmond puis d’Armande et de sa tante…
Lundi, préparatifs de départ, avons cependant pu, le soir, sortir dans les prés derrière la maison. Mardi matin, messe de mariage de Berthe Guilbaud ; la mariée était très gentille, nous étions un peu émues, ayant grandi ensemble. Voyage bien effectué, nous étions ici vers 4 heures, l’installation a été vite faite. Depuis, la plus grande partie de nos journées se passe dehors ; nous avons, malgré le mauvais temps, de bons moments à la plage pour travailler en causant… Nous marchons beaucoup sur le Remblai, surtout le soir selon notre vieille habitude. Avons fait quelques visites et vu pas mal de personnes de connaissance ? Peut-être y a-t-il moins de monde que l’an dernier ; ce n’en est que plus agréable. Ce matin… la grand’messe présidée par l’archevêque d’Albi ; très belle cérémonie, chants superbes et sermons intéressants.
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 21 juillet 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier, une belle journée, mais ce matin, de nouveau il pleut. Assisté hier aux Vêpres et à la procession du Saint Sacrement. Avons fait visite aux Bourmaud, Maman, Tante Jeanne et moi ; avons rencontré Mme Godet, Mme Dory ? ? ? et Mme Moreau. Suis ensuite descendue à la plage où j’ai retrouvé Louisette, Françoise, Jacqueline et Lucien. Le soir, tour de Remblai ; les dames avec Mme Lucas et Mme Logeais, nous avec Lucien. Ce matin, vu M. Hardy, avec qui nous allons prendre des leçons de violon à partir de mercredi. Tout à l’heure, Jacqueline jouait en dessous de moi un « Nocturne » de Fauré. Je vais partir à la plage.
Mardi 5 août
Encore plus de huit jours sans écrire…
Lundi, pluie et vent ; avons cependant pu sortir plusieurs fois entre deux averses. Suis allée avec Françoise à la petite jetée ; la mer était très forte, le phare de la grande jetée souvent arrosé. Le soir temps un peu éclairci, avons fait avec Lucien l’habituel tour de Remblai. Mardi, avons vu Benjamin puis M. Potier-Chalard ? ? ?. A 3 heures, nous sommes embarquées pour la Chaume et y avons passé une délicieuse après-midi. La mer était très forte, les vagues splendides…
Mercredi, leçon de violon, M. Hardy doit être un très bon professeur ; il nous fait travailler ferme ; cela prend beaucoup de temps. Jeudi, de bons moments sur la plage. Soirée au Casino pur « La sonnette d’alarme » comédie très amusante.
Vendredi 1er août sont arrivés beaucoup d’habitants du Poiré, passé une bonne partie de l’après-midi sur la plage ; le soir, Françoise n’est pas sortie mais Jacqueline et moi avons fait une bonne promenade, rencontré les Gendreau, Grolleau, Léveillé. Samedi après-midi sur la plage, beaucoup de visites : M. et Mme Touzain, les Abel ; Mme Lucas, Mme Logeais, les Gendreau . Soirée au cirque, ce n’était pas mal, il y avait des lions, un hippopotame, des chameaux, des éléphants. Quelle belle chose que l’imagination ; avec quatre chameaux pelés, on peut évoquer l’immensité mystérieuse des déserts et, avec deux éléphants, se figurer toutes les splendeurs de l’Inde.
Dimanche… avons quêté à la grand’messe et aux Vêpres à la demande de M. Léveillé pour la conférence de Saint Vincent de Paul. Après-midi sous la tante de Mme Logeais ; le soir, promenade avec les Gendreau. Hier, suis allée avec Jacqueline au casino à un concert donné au profit de la Croix-Rouge. Il y avait de très bons musiciens : Yvonne Brottier, M. Hardy, Mlle Smolska ; programme très bien composé et intéressant. Beaucoup de personnes de connaissance. Aujourd’hui temps brumeux et triste.
Vendredi 8 août
Hier, une très bonne soirée au cinéma pour « Robin des Bois », film très intéressant et vraiment prenant, une évocation de ce moyen-âge lointain, à la fois chevaleresque et brutal…
Rien de neuf depuis mardi, ce jour-là, un goûter au Pierrot, des promenades sur le Remblai, des stations sur la plage ; une bonne partie de croquet hier soir. Suis sortie un moment, ce matin après mon étude de violon, la mer était d’un bleu ravissant ; il est des heures où il fait bon vivre, mais d’autres…
Dimanche 10
Hier, promenade à l’Aiguilon ; cinq autos , les Gendreau, Samuel, les deux autos Logeais et la nôtre ; temps superbe, soleil chaud et vent frais. Nous sommes arrêtés à l’aller sur une plage de la Tranche… au loin se dessinait l’île de Ré. Sommes arrivés vers midi à l’Aiguillon et avons déjeuné très gaiement, visité ensuite la digue de la Dive, puis arrêté à Saint Vincent sur Jard où nous avons visité l’église très ancienne. Vu la maison de Clemenceau, construite au bord de la mer, à l’emplacement de Bel-Esbat, ville légendaire et maudite, engloutie dans le sable en expiation de ses fautes. Sommes rentrés grisés de grand air, de soleil et de vent…
Mercredi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 13 aout 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Quelques jours de beau temps, puis de nouveau la pluie, juste comme je voulais sortir. Dimanche, après mon étude de violon, suis allée à la plage, et passé un bon moment à me griller au soleil, lisant « Arènes sanglantes » de Blasco Solarez, toute l’Espagne m’entourait e les airs de Carmen chantaient dans ma tête. Après déjeuner, sont arrivés à la maison les Logeais, Yvernogeau et Abel ; nous avons regardé le défilé de la Fête des Fleurs puis fini l’après-midi au pierrot.. Soirée au casino pour « Le petit chose » opérette gentille et très gaie ; il y avait un monde fou ; dansé un peu. Hier, journée presque toute entière à la plage, le matin à partir de 11 heures et l’après-midi à partir de 3 heures. Avons fait après dîner une bonne partie de croquet. Soirée au Pierrot avec les Touzain ; sommes rentrés vers 11 heures…
Samedi 16
Pluie presque toute la matinée de mardi ; vers midi le temps s’est nettoyé ; après mon étude de violon, j’ai pu sortir sur la plage ; fait avant dîner une bonne partie de croquet avec Maud Touzain ; le soir, promenade avec les Gendreau, Grolleau et Léveillé. Mercredi matin, leçons de violon ; l’après-midi, me suis installée avec Françoise tout au bord de l’eau ; la mer était très belle ; avons causé et passé une bonne après-midi. Soirée au Casino pour une conférence de Claude Farrère sur la femme turque, c’était intéressant, finement dit, amusant. Jeudi matin, un moment à la plage ; l’après-midi fait visite à Mme Léveillé et reçu Mme Godet. Vendredi, l’Assomption … grand’messe, … vêpres, les chants étaient merveilleux… passé l’après-midi sur la plage ; vers 7 heures, un tour de Remblai, soirée au Café de la Plage pour un concert ; on donnait les « Variations symphoniques » de Boëlmann. Aujourd’hui, nous devons aller à Croix de Vie, mais il pleut beaucoup.
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 17 aout 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
La pluie a cessé hier comme nous nous demandions si nous allions partir ; avons bien eu quelques petites averses ; mais nous avons eu cependant une très agréable promenade… nous sommes promenées un moment le long de la côte, les vagues étaient splendides. Sommes rentrés à 8 heures et quart, dîné en vitesse, puis soirée au cinéma pour voir « Geneviève », c’est un beau film, inférieur cependant à « Jocelyn ». Ce matin, tempête ; suis allée à la messe de la Croix-rouge, il y avait de très beaux chants. Le temps a l’air de s’éclaircir
Mardi 19 août
Dimanche, après déjeuner, suis allée avec Françoise porter une lettre à la gare ; en rentrant, avons trouvé Maud Touzain et son frère et sommes parties avec eux à la Chaume ; il ne pleuvait plus mais le vent était violent et la mer très forte. Sommes allés d’abord à la grande jetée, où nous nous sommes faits copieusement arroser, puis avons suivi la côte. Après dîner, bal de l’Aviation au Casino, il y avait foule, mais nous avons bien dansé ; il y avait pas mal d’aviateurs qui avaient beaucoup d’entrain. Ne sommes partis que lorsque le jazz s’est lui-même arrêté. Nous aurions aimé faire un tour de jetée, mais il pleuvait.
Hier après-midi, promenade en bateau à la côte sauvage, étions nombreux : les Touzain, une amie de Maud, Lucien, Louisette, Aline Huet, les Abel, Berthe… Sommes restés longtemps sur la côte, où les vagues étaient magnifiques ;… sommes ensuite rentrés en forêt où nous avons joué de bien des façons, jusqu’à l’heure du départ. Le retour a été très amusant, nous étions en brochette en arrière, les jambes pendant au-dessus des remous de l’hélice. Sommes allés en débarquant, voir lancer un bateau ; il a glissé avec un mouvement si souple que c’était plaisir à voir. En rentrant, trouvé Tante Marguerite et Suzanne, qui venaient d’arriver. Après dîner, tour de jetée avec les Touzain et Benjamin, il faisait beaucoup de vent, sommes rentrés de bonne heure. Ce matin, averses.
Jeudi 21 août
Le temps passe, le mois d’août va âtre vite fini, nous resterons quelques jours en septembre, puis reprendrons le chemin du Poiré.
Mardi après-midi, quelques bonnes parties de croquet, jusqu’à ce que la marée montante nous chasse. Un tour de Remblai avant dîner. Soirée au Casino avec les Touzain ; nous sommes bien amusés. Sommes sorties avec Benjamin et avons fait un tour de Remblai, puis sommes allés au Pierrot prendre des glaces. Hier matin, leçon de violon, suis sortie un moment avant le déjeuner pendant que les autres prenaient leur bain. L’après-midi, promenade en mer, tout le groupe habituel, la mer était grosse, les vagues très fortes ; le bateau montait, descendait !… c’était amusant, pas pour tous, Françoise, Jacqueline et Maud Touzain ont été très malades, Benjamin était vert, Charlotte aussi. J’ai eu quelques malaises, cinq minutes, pas plus ; les autres ont été superbes. En débarquant, sommes allés chez les Gendreau, nous remettre avec un petit verre de Bénédictine puis avons marché jusqu’aux pins. Le soir, un tour de Remblai mais assez court, tout le monde avait sommeil. Je viens de finir mon étude de violon ; les autres jouent au tennis sur la plage. Je vais sortir un peu.
Samedi 23
Eugène Porteau est mort hier matin ; il avait accepté les derniers sacrements. L’enterrement est demain soir.
Jeudi il a beaucoup plu puis le temps s’est dégagé et nous avons fait une promenade à âne avec les Touzain, Louisette et sa cousine. Le soir, au Casino, avons vu « Knock ou le triomphe de la médecine », original et très bien joué ; beaucoup de monde. Hier matin, suis sortie un peu sur le remblai et, après déjeuner, avons fait Françoise et moi, un dernier tour de jetée, la mer était ravissante. A 3 heures dix, conduite à la gare ; la maison nous semble grande maintenant. L’après-midi, Jacqueline et Suzanne ont joué au tennis, puis nous avons fait un tour de Remblai. Soirée au Royal avec les Touzain, pour un concert très intéressant « les Impressions d’Italie » de Charpentier et l’interlude du « Poème de l’Amour et de la Mer » de Chausson ; l’orchestre est vraiment bon. …
Mardi 26 août
Ces jours-ci… nous continuons à « touziner » avec entrain, et les jours passent vite. Dimanche… suis sortie un peu avec Suzanne et j’ai étudié mon violon. L’après-midi, promenade à la Chaume avec les Touzain et Charlotte ; le soir, promenade avec les Gendreau. Hier matin, suis descendue vers 11 heures et demie à la plage, et j’ai trouvé les Touzain et Charlotte. ; le soir, promenade avec les Gendreau. Hier matin, suis descendue vers 11 heures et demie à la plage, et j’ai trouvé les Touzain, Suzanne et Jacqueline qui lézardaient sur le sable ; tous se sont baignés et nous sommes rentrés déjeuner. A 2 heures, départ pour le Puy d’Enfer, temps superbe et mer d’un bleu intense ; retour en prenant des photos. Nous étions ici vers 5 heures et quart ; le temps de changer de robe et nous sommes allés à l’église où il y avait un concert spirituel donné par la maîtrise ; il y avait de très beaux chants, des interludes d’orgue vraiment intéressants. Fait ensuite quelques courses et il était temps de rentrer. Après dîner, promenade avec les Gendreau et les Touzain en « sucettant » quelques produits du Pierrot…
Vendredi 29
Le temps passe vite ; d’ici peu de jours il faudra quitter cette vie bien gaie qui est la nôtre pour une autre plus calme…
Mardi après-midi, un bon moment à la plage et quelques courses, soirée au Royal ; le concert était très intéressant : extraits de « Pier Gynt » de Grieg… la fin des « Impressions d’Italie », des fragments de la « Damnation de Faust ».
Mercredi matin, après mon étude de violon, suis allée retrouver les autres qui jouaient au tennis sur la plage. L’après-midi, Papa nous a conduits en auto à Cayola, et nous sommes revenus à pied en longeant la côte. ; il y a des endroits charmants où nous nous sommes attardés. le temps était splendide… avons pris des photos qui seront de bons souvenirs. Nous nous sommes même tant attardés qu’à 7 heures, nous étions au-delà du Puy d’Enfer et qu’il a fallu piquer un bon galop pour être à la maison à 8 heures et quart. Le soir, tour de Remblai en sucettant.
Hier, les Libaud sont venus déjeuner ; le matin, fait quelques courses et passé un moment à la plage ; l’après-midi, promenade aux marais salants. Avons dîné à 6 heures, à cause du train puis sommes allées nous asseoir Suzanne et moi au bout de la petite jetée… Vers 9 heures, avons retrouvé les Touzain et sommes revenus sur la petite jetée. Ce matin il a plu ; le temps est gris.
Jeudi 4 septembre
Suite de nos journées. Vendredi matin, passé un moment sur la plage ; l’après-midi, promenade en bande au champ de tir, avec les Touzain, Yvernogeau, Charlotte, Aline Huet et Louisette ; temps gris, un peu de pluie fine par instants ; promenade cependant très gaie ; à l’aller, avons coupé à travers les dunes ; au retour, suivi la côte. Avant de rentrer, un tour de Remblai. A la maison, avons trouvé la famille Gendreau en visite d’adieux. Après dîner, dernière soirée au Casino, où nous nous sommes bien amusés.
Samedi matin, leçon de violon puis un moment à la plage ; l’après-midi, avons voulu assister au lancement de deux bateaux, mais sommes arrivés quand tout a été fini. Après dîner, tour de Remblai ; avons fini par échouer devant le Royal, et, assis par terre les jambes pendantes au-dessus de la plage, avons écouté le concert.
Dimanche… dans la matinée, écrit à Françoise, étudié mon violon et reçu une dizaine de métayers du Poiré venus passer la journée aux Sables. Vers 2 heures, visite des Yvernogeau, Charles arrive d’une croisière en Norvège, Hollande et Ecosse ; reçu ensuite la famille Touzain, avec qui nous avons mangé une glace et fait de la musique ; Maud était habillée en Sablaise et cela lui allait très bien ; sommes sortis ensuite, mais la pluie nous a surpris au bout du Remblai, nous sommes réfugiés sous la carcasse du Casino en construction et y sommes restés jusqu’à 7 heures. Tout faisait prévoir la pluie pour le lendemain, il a fait au contraire très beau. Papa nous a conduits en auto à Bourgenay ; nous avons suivi la côte à pied ; les plus jolis coins sont certainement vers Cayola, c’est là que nous avons déjeuné, dans le petit salon de verdure déjà repéré. Passé un bon moment ; le repas a été plein d’entrain et les provisions dévorées avec appétit : melon, pâtés, veau, gâteaux et poires. Sommes restés là jusque vers 5 heures, puis sommes allés goûter un peu plus loin en contemplant la mer. Puis, ensuite le chemin du retour ; nous sommes arrêtés cinq minutes au Puy d’Enfer, et à 7 heures atteignions le Remblai. Le soir, tour de Remblai en sucettant.
Mardi, après-midi sur la plage, à ne rien faire, au soleil ; fait ensuite un peu de musique avec Pierre Touzain, puis passé un moment au Café de la Plage ; soirée au cinéma.
Hier, c’était le départ de Pierre Touzain ; nous étions bons camarades et il manque au petit groupe. Le matin, partie de tennis ; j’ai pu lire un peu pendant ce temps là. L’après-midi, quelques courses et un moment sur la plage, Jacqueline et Suzanne étant parties se promener, suis restée seule un moment devant la mer qui était ravissante…Le soir, tour de Remblai avec Maud. Ce matin une bonne heure sur la plage à lire au soleil. Nous partons demain.
Le Poiré, Dimanche 7
Regagné maintenant la grande maison fraîche, retrouvé la campagne ; les vacances des Sables ne sont plus que du passé ; nous en gardons cependant le meilleur souvenir.
Jeudi après-midi sommes allés à la Chaume visiter l’usine Dupont… sommes ensuite montées à la Tour d’Arundel, Suzanne, Maud et moi ; il y avait une légère brume… . Quelques courses, cinq minutes à la plage et il était l’heure du dîner. Reçu une lettre de Jeanne m’annonçant une grande nouvelle pour la semaine prochaine, sans doute ses fiançailles : j’en serais bien heureuse pour elle. Après dîner, tour de Remblai avec M. Touzain et Maud.
Vendredi matin, préparatifs de départ ; un moment à la plage ; l’auto est partie à 2 heures ; Jacqueline et moi prenions le train. Maud est venue assister à l’embarquement ; passé avec elle un moment à la plage, puis elle est venue nous conduire à la gare. Voyage bien effectué ; le soir, visite à Charlotte, un peu fatiguée. Hier après-midi, promenade à Pont de Vie, retour par les prés…
Mercredi 10 septembre
Aujourd’hui mes vingt-deux ans… La rapidité du temps est effrayante ; cette année a passé bien vite et qu’en reste-t-il ?…
Dimanche, occupations habituelles et visites ; lundi, sommes allées avec Maman et Tante au Moulin-Guérin puis, par le vieux chemin de Belleville, sommes allées à Montorgueil… Hier, un tour vers la vigne et les coteaux, puis après-midi chez les Gendreau avec Marguerite. Ce matin, une lettre de Maud avec un bon nombre de photos…
Lundi 15 septembre
Tante Marguerite et Suzanne sont parties ce matin, ce départ marque la fin des vacances ? Depuis plus de deux mois que nous avions toujours quelqu’un, la maison va sembler vide. Je vais reprendre mon travail régulier, mes études de violon et le temps passera encore trop vite…
Jeudi, j’étais fatiguée… passé l’après-midi à lire en tricotant et ai écrit à Maud. Vendredi, avons reçu les Abel et Berthe ; il y a eu aussi une avalanche de visites : Mme Gendreau et Mlle Armande ainsi qu’Armande Brachet, Mme Lucas. Samedi matin, sommes allées dans le Parc, pris quelques photos. L’après-midi sont venus M. Yvernogeau, Mlle Lucas, le Docteur ; nous n’avons été libres qu’à 6 heures. Hier, les courses ; temps très couvert, vent du nord-ouest, quelques gouttes par moments ; à 8 heures la pluie commence, désolation générale et lamentations. A 9 heures, un petit coin de ciel bleu se montre… puis après-midi superbe, courses bien réussies, il y avait beaucoup de monde, beaucoup de personnes de connaissance. Nous vendions des programmes Suzanne et moi ; après-midi très gai. Le soir, pas de chevaux de bois le manège n’étant pas venu, mais le feu d’artifice était bien, avons retrouvé Lucien, Benjamin et les Yvernogeau, Charles était superbe en uniforme. Nous avons fait une bataille de confettis et nous sommes bien amusés…
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 16 septembre 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Reçu tout à l’heure une lettre de Suzanne, écrite du train ; elle a retrouvé à Thouars les Touzain ; ils ont fait une partie du voyage ensemble, évoquent les bons souvenirs de cet été. Après-midi de visites hier, Mme Gaillard et Armande. … Aujourd’hui le temps est couvert, un peu triste…
Vendredi matin 19
Temps splendide aujourd’hui… Mais les feuilles jaunissent et les soirs viennent plus tôt…
Mardi, une bonne promenade avec Jacqueline par le chemin de la Tirière, il y a de jolis coins de ce côté… Mercredi matin, le baptême de la petite fille de Jean-Marie : Denise Robin. L’après-midi, visite de Mlle Lucas, puis sommes allées chez Tante Abel. Hier après-midi, travaillé dans la cour où il faisait très bon ; une visite des Logeais puis fait avec Charlotte un tour jusqu’à la Thibaudière. Le soir, 1er bridge de la saison…
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 21 septembre 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Aujourd’hui du vent d’ouest, de la pluie, un ciel gris, de la boue, on a l’impression de pénétrer déjà en hiver…
Vendredi, sommes allées au cimetière ; hier, avons fait Jacqueline et moi le tour du Guinoir…
Mardi 23
Ce matin une lette de Jeanne ; comme je le prévoyais, elle m’annonce ses fiançailles ; elle épouse M. Robert Lego, industriel au Mans, et son bonheur fait plaisir. Encore une qui suit sa voie. Hier matin, une carte de Pierre Touzain remerciant des photos, ladite carte accompagnait une boite de prâlines, spécialité de Montargis. Dimanche, l’Adoration, belle cérémonies ; grand’messe bien chantée, aux vêpres, beaucoup d’hommes à la procession. Bien du travail à la bibliothèque ; visite à Mme Lucas… Averses aujourd’hui, impossible de sortir ; après-midi d’hier chez Berthe et bridge chez Armande…
Dimanche 26 -visite de M. Dugast de Luçon
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 26 septembre 1924 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Je n’aime pas l’arrivée d’octobre, trois mois noirs à passer, sans compter janvier et février qui ne sont pas des plus gais ; de la pluie, du vent ou du froid, moi qui aime tant le soleil et la chaleur. Ce matin, brouillard épais et tenace, suis à moitié gelée… Repris depuis plusieurs jours l’anglais et la littérature ; la musique me prend du temps, et puis il y a la lecture, la promenade, l’ouvrage manuel…
Mardi, une bonne promenade avec Jacqueline sur la route d’Aizenay, visite à Mme Yvernogeau. Jeudi, pluie toute la journée, reçu la visite de M. Dugast de Luçon, puis de Mme Loizeau, accompagnée des Yvernogeau ; le soir, bridge chez les Lucas… Vendredi, envoyé à Maud et à Suzanne les dernières photos prises aux Sables. L’après-midi, reçu Berthe, Armande, les Abel et fait un peu de musique après le goûter. Hier, déjeuner chez les Lucas et passé une très bonne journée…
Jeanne est fiancée aujourd’hui. Qu’elle soit heureuse !
Mardi 30 septembre
Septembre s’achève dans la pluie, contraste après la radieuse journée d’hier. l’été de la Saint Michel a été bref, mais combien beau…
2 octobre- présentation du nouveau notaire
L’automne vient vite ; j’ai dû abandonner mes robes claires et me sens maintenant toute extraordinaire, les vacances sont loin et pourtant à peine un mois !
Deux belles journées hier et aujourd’hui, je vais m’installer avec mon travail, au soleil dans la chambre de Tante Denise. Hier, promenade avec Charlotte ; avons marché un bon moment ; l’air était frais et vif…
Mardi, visite de M. Dorion et du nouveau notaire : M. Dugast. Passons l’après-midi chez Berthe. Hier, dans « La Revue des Deux Mondes », un article de Lenôtre sur les guerres de Vendée ; on y retrouve tous les noms connus : Palluau, les Lucs, Saligny, Beaufou, la Vivantière. Le cher vieux Poiré y est même nommé deux fois.
Dimanche 5
Temps gris et sombre, pas de vent, l’horizon se perd dans la brume. Jacqueline joue des airs de cet été : Bach, Fauré.
Jeudi soir, bridge chez les Brachet. Vendredi matin… il pleuvait à torrents, l’après-midi, sommes allées avec Charlotte sur la route d’Aizenay, plus loin que la Providence… avons cependant essuyé une bonne averse en route… Hier, visite à Mlle Lucas, averses presque toute la journée. Sommes allées au Mois du Rosaire, peu de monde…
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 6 octobre 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier à la Roche, très belle manifestation, organisée par la Jeunesse catholique, sous la présidence de Monseignueur. Quelques détails hier soir par le Docteur Lucas, on parle de plus de dix mille personnes. Discours par Joseph Mouchard ? ? ? , président de la J.C. de Vendée, Jean Guiraud ? ? ?, rédacteur de la Croix, Oberkirch ? ? ? député d’Alsace et enfin le P. Martin qui a été particulièrement applaudi. Tout cela à cause des évènements particulièrement angoissants ; il est question d’ôter à l’Alsace-Lorraine ses privilèges religieux, de supprimer la liberté de l’enseignement, chasser de France les religieux et les religieuses. Déjà les Clarisses d’Alençon ont dû partir, celles d’Evian ont refusé, et les carmélites du Dorat ? ? ? refusent. Malgré toutes les angoisses, il est consolant de voir que la foi n’est pas éteinte en France puisque, de toutes parts s’élèvent des protestations. Il y a eu, adressée à Herriot, une lettre des cardinaux de France, lettre pleine de bon sens et de dignité. La réponse a été plutôt embarrassée et vague. Manifestations à Annecy où les catholiques ont déclaré s »opposer au départ des Clarisses d’Evian, dans d’autres villes encore. Hier, après les discours, un cortège s’est donc formé pour se rendre à Saint Louis où l’on devait donner la bénédiction, mais la plus grande partie de la foule n’ayant pu entrer, une seconde bénédiction a dû être donnée du parvis. Que Dieu nous aide et sauve la France. Lu hier dans la « Revue des Deux Mondes » des lettres de Denys Cochin, sur la liberté d’enseignement ; certaines sont anciennes : 1900-1902, d’autres plus récentes : 1919, mais toutes semblent d’actualité.
Hier dimanche, réunion des Enfants de Marie, bibliothèque, vêpres et procession. Visite à Mlle Lucas, le bridge ches les Lucas, sommes rentrés à minuit…
Jeudi 9
… Je viens de finir mon travail pour aujourd’hui : anglais et violon et me repose quelques minutes avant d’aller passer l’après-midi chez Tante Abel…
Mardi… passé ce matin là à faire de la musique avec Jacqueline : une Sonate de Mozart, la Romance de Georges ? ? ? ? , la Berceuse de Fauré, elle m’a même joué « Les jeux d’eau à la Villa d’Este » de Letto ? ? ?. C’est délicieux, cristallin et léger . Hier, une bonne promenade à la Braconnerie, conversation quelconque…
Samedi 11 octobre
Hier, voyage à Nantes ; journée fatigante, moins cependant que certaines fois, car nous sommes parties à 10 heures. par contre, il a fallu beaucoup nous presser pour déjeuner, faire les courses, aller à la Visitation et voir Mme Houdbine. … Avons voyagé le soir avec Mme Lucas…
Lundi 13 octobre
Deux journées ensoleillées… Hier soir un bon moment ; Jacqueline jouait du Grieg… puis une partie de « En Bretagne » de Rhené-Batou ? ? ? « Vieille diligence sur la route de Muzillac », on y entend de vieux airs bretons puis une phrase de La Tosca se mêle au premier thème sans tous les tons, à différents octaves. Le salon était éclairé par les lampes du piano… bridge chez les Brachet et joie de l’aller t de retour par une si belle nuit. Aujourd’hui, visite au cimetière ; c’est le sixième anniversaire de la mort d’Oncle Abel… Demain matin, nous allons à l’enterrement de M. Goulard, puis, nous avons les Boisseau à déjeuner.
Mercredi 15
Nous allons partir chez Berthe d’ici quelques minutes. Toujours un temps merveilleux…
Hier matin avec Papa à La Roche pour l’enterrement de M. Goulard, déjeuné avec les Boisseau, passé une agréable journée et fait quelques visites ; ils nous ont annoncé le mariage de Pierre avec… Françoise Forgeau. Jacqueline en est tombée d’étonnement. Nous sommes contentes, nous sommes déjà invitées au mariage et j’espère bien que nous irons…
Vendredi 17 octobre
Une fois de plus le 46 du boulevard de l’Ouest est habité ; tout est en ordre, les vêtements dans les placards, le linge dans les armoires, mes livres sur les rayons et les légumes dans la cave. Nous sommes ici pour une quinzaine seulement. Fait un bon voyage, il y avait du brouillard le matin mais le temps s’est dégagé… Me suis attardée un instant à la fenêtre avant de me coucher ; ce ne sont plus les belles nuits d’août, le brouillard de nouveau s’était levé, un sardinier glissait dans le chenal, un fanal à la pointe du mât ; les fenêtres de l’usine Amieux trouaient l’obscurité ; la cloche de la petite jetée tintait. Ce matin, le brouillard n’était pas encore dissipé…
Lundi 20
Après quelques jours de froid, de nouveau un temps plus doux et je respire un peu… Vendredi après-midi des courses ; samedi, des essayages et une visite à Mme Moreau. Hier, visite à Mme Godet ce qui nous a fait tout de même marcher un peu… pour finir l’après-midi chez Mme renault avec Simone et Odette Parent…
Relu ces derniers temps un certain nombre de livres d’Henri Bordeaux et cela m’a fait un réel plaisir. J’en aime les descriptions et surtout le sens moral profond, le culte du foyer, de la Patrie, l’inspiration chrétienne. Je relis lentement un livre apporté de Paris en décembre « Le tourment de Dieu » de Dom Willibrand Verkands, histoire d’un moine hollandais devenu bénédictin. Je relis encore mais plus lentement encore « Le Christ vie de l’âme » de Dom Marmion ? ? ? c’est un peu dur, mais solide et substantiel. J’ai aussi « La Revue des Deux Mondes » où se trouvent des articles intéressants. Cette semaine, une nouvelle de Kessel : Marie de Cork, qui nous dévoile la profondeur farouche et mystique de l’âme irlandaise. Un roman d’Hugh Walpole : « La cité secrète » qui nous montre la Russie à la veille de la Révolution. Je travaille ma musique, particulièrement les Sonates de Beethoven pour piano et violon et un concerto de Viotti.
Anatole France est mort ces jours-ci ; malgré ses dons réels d’écrivain, il fut un démolisseur. Il est parti comme il a vécu, sans Dieu ; … Ses obsèques ont été une manifestation socialiste et anti-patriotique. Ce matin dans les journaux un discours de M. Herriot au parti radical-socialiste ; il fulmine contre la réunion des vendéens qui a l’air de l’avoir profondément offusqué ; c’est infiniment regrettable !
jeudi 23 octobre
Nous partons ce soir pour Luçon, pour assister à un concert : le pianiste Reutchel et une cantatrice dont je ne me souviens plus le nom. Le programme est intéressant ; peut-être y aura-t-il un concert d’orgue à la cathédrale. Nous descendons chez les Boisseau et reviendrons ici demain.
Lundi matin, un bon moment de musique d’ensemble, Jacqueline et moi. L’après-midi, promenade sur la petite jetée et le Remblai. Temps gris et triste, la pluie nous a prises au retour… Mardi matin, lu un peu, puis mes études de violon et d’anglais. L’après-midi, écrit à Suzanne et à Maud. Il pleuvait, sommes sorties dans une éclaircie… Hier, suis sortie vers 4 heures et demie pour des courses, le ciel était gris ardoise…
Terminé hier soir « Les yeux qui s’ouvrent », c’est le livre de Bordeaux que je préfère… il y a là un sens profond de la force du foyer, de l’utilité morale de la famille, de l’indissolubilité du mariage… Lundi dans le « Phare »un très bel article de Ludovic Maudeau sur la morale à l’école : « J’ai longtemps cru qu’il pouvait y avoir une morale indépendante de toute confession, mais je m’aperçois que le résultat n’est pas brillant. Si M. Herriot en connaît une, qu’il nous la montre, mais moi je n’en ai pas trouvé. »
Samedi 25
Fait un bon voyage à Luçon ; sommes partis un peu après déjeuner, par un temps assez beau, doux, un peu voilé. Avons pris la route de Talmont… Sommes passé par Le Bernard faire une petite visite aux Bourmaud ; avons trouvé la maisonnée au complet, y compris Hélène et Louise Barade, et avons passé un agréable moment. En sortant du Bernard, il y a un dolmen qui, sous le ciel gris, avait une poésie, une majesté indicibles. Si, après tant de siècles, il pouvait parler ! On rejoint la route de Luçon au Pont Rouge, c’est un coin pittoresque, avec de beaux chênes et un bouquet de pins sur la crête. A Port Le Claye, on traverse le Lay… on aperçoit le marais. A 3 heures et demie, nous étions à Luçon, avons goûté chez les Boisseau, puis il y a eu à 4 heures et demie à la cathédrale, un concert d’orgue pendant une heure, c’était merveilleux… En sortant, avons trouvé Mme Delaunay ainsi que Mme Thireau qui nous a emmenées chez elle ; avons fait un bon moment de musique, Mme Thireau a chanté des choses de Saint-Saëns et de Duparc, vraiment ravissantes. Le concert était à 9 heures et vraiment intéressant, Reutchel a un jeu merveilleux, il a joué un Prélude et une Fugue de Bach, « Les Jardins sous la pluie », une « Ballade » et une « Etude » de Chopin, puis la « Marche funèbre », Jeanne Valette a chanté des choses exclusivement modernes. Avons quitté Luçon hier matin un peu avant 11 heures, par un temps gris et froid ; avons fait du feu en arrivant…
Dimanche 26
Cette nuit tempête violente ; j’entendais le vent souffler… suis passée par le Remblai, le vent était si grand que j’avais peine à avancer. Au retour, la pluie était diluvienne, suis arrivée trempée… suis restée au coin du feu. Passé l’après-midi chez Simone et Odette Parent avec Louisette et Jeanne Palas. Terminé hier les « Oraisons funèbres » De Bossuet…
Le facteur passe, un faire-part de la mort du Docteur Logeais, mort subite sans doute ; Françoise Forgeau parle de son mariage pour le printemps.
Le Poiré, vendredi 31
Bien des choses, toute la semaine. Dimanche assisté aux Vêpres, le vent était violent… le soir, une courte visite à Mme Renaud, écrit un peu et il n’est resté un bon moment pour lire ; je lisais un livre de Reynès-Montlaur « Leur vieille maison » que j’aime beaucoup, c’est un très beau livre presque trop beau, puisque tout y est parfait ; c’est un tableau tragique, mais sans ombres ; c’est cependant un livre prenant. Lundi matin, promenade avec Papa et Maman à Cayola, en auto bien entendu… l’après-midi, musique d’ensemble avec Jacqueline, travaillé, fait des courses… visite à Mme Renaud. Mardi matin, essayage, avons déjeuné toutes deux, Papa et Maman étaient partis à l’enterrement du Docteur Logeais. L’après-midi, reçu Louisette. Mercredi, tempête si violente qu’il était impossible de passer parle Remblai… après une courte visite à Mlle Chalard, passé l’après-midi chez Mme Renaud, il y avait Mme et Mlle Smolska, Mme Ouvrard ; ; ; ; Mlle Smolska a délicieusement joué une Berceuse de Chopin, Jacqueline a joué la « Pavane pour une infante défunte ». Hier matin, fait en vitesse nos préparatifs et sommes partis vers 9 heures et demie. A Pierre-Levée, Maman s’est aperçue qu’elle avait oublié ses bagues ; sommes retournés ce qui nous a retardés d’une demie heure. Voyage bien effectué, sommes arrivés juste avant une grosse averse. Après déjeuner, mis toutes choses en place et fait une visite à Tante Abel. A 5 heures et demie, une visite de Tante Guesdon, nous amenant Marie et un nouveau fiancé, combien a-t-il pu y en avoir ? … Demain la Toussaint…
Jour de la Toussaint
Aujourd’hui, vent violent, pluie fine, ciel gris… avons assisté à la grand’messe, non seulement il y avait l’admirable liturgie de la Toussaint, mais aussi, c’était la première messe de l’abbé Gabriel Vrignon, aussi la cérémonie était aussi solennelle que possible. Sermon de l’abbé Louis Vrignon… Passé l’après-midi d’hier chez Tante Abel ; cela n’a rien eu de très distrayant.
Mercredi matin, 5
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : novembre 1924. L’en-tête ne porte que le quantième « 5 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Toujours un temps affreux, vent violent et pluie, cela coûte de sortir. Nous avons eu dimanche la messe de Requiem que l’on chante habituellement un peu après la Toussaint, puis le soir, après les vêpres du dimanche, les vêpres des morts et la procession au cimetière, sous les parapluies… Le soir, à la nuit tombante, chemin de croix. Lundi matin, assisté à l’office des défunts… l’après-midi, avons reçu Berthe, Armande et les Abel. Sur la demande de Berthe, Jacqueline a fait un peu de musique « Pier Gynt » et la « Marche funèbre » de Chopin, toujours si belle. Dimanche, une lettre de Jeanne, elle se marie le 28 et nage dans le bonheur. Hier matin, des nouvelles d’Andrée ; elle est en Bretagne, près d’un oncle qui vient de perdre sa femme, elle est toujours malade et désemparée. Je fais pour Jeanne une liseuse en cuir repoussé et je me presse. Fait ce matin de la musique avec Jacqueline, du Beethoven, une très belle sonate de Franck et une fantaisie de Rimsky-Korsakow, qui est ravissante.
Vendredi 7 novembre
Pour la première fois de la saison, fait ce matin du feu chez moi ; cette année j’ai un petit poêle qui chauffe de façon épatante ; cela m’enlèvera le plaisir de tisonner, mais la température est certainement meilleure. Aujourd’hui du soleil pour la première fois depuis huit jours, mais le vent est froid… Je travaille toujours à la liseuse de Jeanne, et, avec mon violon, il ne me reste guère le temps de lire. Hier, j’ai eu cependant un bon moment tranquille au coin du feu ; sommes allées ensuite chez Armande, mais j’étais fatiguée et n’ai guère pris de plaisir. Lu cette semaine dans « La Revue des Deux Mondes » un article de Jean-Marie Carré sur Michelet et Montalembert. Très intéressant.
Mardi 11 novembre.
Je viens de relire les pages écrites il y a six ans d’aujourd’hui, et j’ai retrouvé cette atmosphère de joie débordante, d’allégresse qui nous enveloppait. On ne ne battait plus ! Cette affreuse guerre était finie. Ici le temps était doux comme aujourd’hui, mais le ciel était bleu et le soleil brillait. Les cloches sonnaient et nous les écoutions avec une émotion poignante. Aujourd’hui, après l’Angélus, les cloches ont sonné ; c’était pour un baptême… nous avons eu le tocsin, le glas de ceux qui ne reviendraient plus ; nous avons eu le carillon du retour, et aussi la prière pour ceux qui ne reviendraient plus…
Samedi soir, une bonne promenade avec Jacqueline ; il faisait froid, mais bon à marcher…
Hier matin, une invitation à la retraite de Chavagnes qui ouvre le 23 ; la messe du mardi sera pour Llle Reynolds, décédée ! je la revois si bien dans sa classe, une fois, avec Andrée et Jeanne… au bal du B.S., où elle était venue nous jouer « une petite polka », à la veillée de Noël, elle était venue nous faire chanter « Minuit Chrétiens ». … Nous n’irons pas à la retraite cette année, nous serions seules de notre petit groupe habituel ; les autres sont mariées ou vont se marier. J’aimais beaucoup ces retraites, les arrivées joyeuses, l’installation, le plaisir de se retrouver toutes, les repas au parloir Sainte Anne, les prières, les sermons ; les exercices à la chapelle, les promenades sous les cloîtres ou dans le jardin, les souvenirs épars partout, et puis cette insouciance heureuse, cette mentalité de pensionnaire qui redevenait nôtre pour quelques jours. C’est fini, la vie nous mène ; plusieurs sont mariées, quelques unes disparues, d’autres vont se marier à leur tour…
Relevé hier soir, dans les « Etudes », cette phrase, à peu près textuellement : « Parmi les manifestations religieuses, les plus émouvantes sont été celles du diocèse de Luçon et du diocèse de Bayonne. La foi est toujours vive chez les Pyrénéens du pays basque, comme sur la terre héroïque des Géants de Vendée »
Jeudi 14
Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 14 novembre 1924 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Reçu hier une lettre de Jeanne, la dernière avant son mariage ; elle est toujours heureuse, mais plus calme semble-t-il. Le voyage de noces sera à Venise… Madeleine Destouches va être bientôt maman… Depuis hier le soleil brille… je travaille, je fais du violon, de la broderie, du cuir repoussé, je luis le plus possible : Bourget, Mme Faure-Goyau…
Lundi 17
… Jeudi et vendredi, deux bonnes promenades, l’une à Pont de Vie avec Jacqueline, l’autre à Saint Louis avec Marguerite et Charlotte. Samedi, visite à Mlle Lucas…
Jeudi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 20 novembre 1924, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Beaucoup lu ces jours-ci, écrit un peu et travaillé le plus possible ; le temps est court et précieux, il n’en faut pas perdre une minute, et dire qu’il y a des personnes qui cherchent à passer le temps…
Il fait toujours froid ; la girouette ne se décide pas à quitter le nord… Hier, allant au cimetière, nous sommes arrêtées un moment chez Armande ; les Jousset y étaient et Charles nous a fait part de son mariage avec Mlle Marcelle Rouillé. Passé l’après-midi avec Marguerite et Charlotte et avons eu vers 5 heures une visite de Mme Yvernogeau. Reçu ce matin une lettre de Jeanne, Jeanne Lego maintenant, deux mots griffonnés à la hâte, le soir de son mariage pour me remercier de ma liseuse. Elle doit être maintenant à Paris avec son mari.
Dimanche 23 novembre
Temps gris, brouillard glacé. ma chambre est tiède et close, le poêle ronfle, la dernière rose fleurit sur mon bureau… avec Jacqueline, hier, sommes allées à la Croix Bouet… lu ces jours derniers : »Mademoiselle de Maisonfort », intéressante étude d’Edmond Pilon sur Mme de Maintenon, Saint-Cyr et la première représentation d’Esther.
En politique, des choses lamentables ; on doit transférer le corps de Jaurès au Panthéon, coût : six cent cinquante mille francs, quand les finances sont si mal en point. Il aurait mieux valu laisser Jaurès dormir en paix : pour le bienqu’il a fait à la France ; si on tenait à « panthéoniser » quelqu’un, il aurait été possible de mieux choisir. On fait venir des mineurs du Nord et de Carmaux , voyage payé bien entendu, pour faire une escorte d’honneur, et on interdit toute procession, toute manifestation religieuse ! Il y a des choses plus consolantes, Dieu merci, certains groupements de défense religieuse se forment à la chambre. Castelnau fonde la Fédération nationale catholique. Il faudra lutter pour les droits de Dieu.
Jeudi matin 27
Voyage à Nantes hier, journée fatigante et bien remplie. Sommes parties par le premier train, il ne faisait pas froid, mais un vent d’ouest annonciateur de pluie. Le matin, courses, visite à Mme Houdbine, suis allée à la Visitation où j’ai vu une minute Mme Logeais, rencontré Gabrielle Dodin avec qui j’ai parlé un moment. Après déjeuner, une visite de cinq minutes à Sœur Agathe, puis sommes allées à Chavagnes. Beaucoup de retraitantes que nous avons connues, … et de plus jeunes aussi. Vu un bon moment Mlle Otto… Avons voyagé avec Marguerite et Charlotte, le voyage se serait bien effectué, si le temps n’avait tourné à la tempête. Il faisait tellement de vent que l’auto avait peine à avancer et qu’il pleuvait à l’intérieur ; il a été agréable de trouver un bon feu pour se sècher. Aujourd’hui, temps très calme et ensoleillé ? Rien de neuf depuis dimanche ; le transfert du corps de Jaurès au Panthéon a été une manifestation socialo-communiste, à grand renfort de drapeaux rouges, d’emblèmes maçonniques et révolutionnaires ; et le gouvernement a toléré cela, tandis que l’évêque de Montauban est condamné pour avoir fait une procession au cimetière le Jour des Morts.
Ce matin, une carte de la jeune Mme Lego, de Nice ; « Suis très heureuse »…
Dimanche 30
Ces jours-ci souffert de rhumatismes dans l’épaule droite… rien de bien neuf à part cependant la mort de M. Jousset, malade depuis longtemps, mais mort d’un accident stupide, tombé d’une échelle où il réparait des fils électriques. Toujours la même petite vie tranquille…
Jeudi 4 décembre
Bien des choses… et peu de temps à moi. Assisté lundi à l’enterrement de M. Jousset. Beaucoup de monde, mais Charles et Suzanne restent seuls dans la vie, bien jeunes. Mardi, une bonne promenade avec Jacqueline, sur la route de la Genétouze ; temps doux et ensoleillé ; passé à travailler un après-midi délicieux, pendant que Jacqueline jouait « Werther ». Hier reçu les Abel, Berthe et Armande…
Cueilli les derniers chrysanthèmes bleus… et j’en ai fleuri ma chambre… les deux derniers boutons de roses sont sur mon bureau. Nous avons terminé « L’Aiglon » et lisons maintenant « Cyrano ». Je lis aussi, mais pour moi seule, « Angélique Arnaud » de Meynès-Monlaur…
Mercredi 20 décembre
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 20 decembre 1924 était un samedi. Texte conservé tel quel.
… Aujourd’hui trois, le reps de fiançailles de Marguerite ; aujourd’hui Denise aurait 21 ans…
11 décembre
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1924-12-20). Texte conservé tel quel.
Des mots qui pour les autres sont indifférents deviennent pour moi autant de choses douloureuses…
15 décembre
Pas écrit depuis plusieurs jours, à quoi bon raconter certaines choses…
Vendredi, après-midi avec Berthe, chez tante Abel ; quelques moments assez gais cependant. Samedi une tournée en auto avec Papa dans les métairies. Hier, une longue visite de Mme Lucas. Reçu samedi mon violon neuf ou plutôt mon nouveau violon, car c’est un instrument ancien, un Louvet de 1752. Combien avant moi l’ont fait chanter ou pleurer, pour bercer leur rêve ou leur mélancolie, et qui ne sont plus…
Mercredi 17
Hier, conférences du R.P. Martin sur les questions religieuses actuelles. A 2 heures pour les femmes, à 7 heures et demie pour les hommes ; il y avait foule, et c’était très émouvant que d’entendre le Père parler sur tous les dangers qui nous menacent : expulsion des religieux, institution de l’école unique, sur le communisme et son organisation formidable, sur la nécessité de nous grouper pour défendre nos droits et notre liberté. Toute l’assemblée était recueillie, visiblement touchée…
Lundi, une visite de Mme Yvernogeau ; une carte d’Andrée hier matin ; le travail de chaque jour ; mes études de violon, que je prolonge, en raison du plaisir éprouvé à jouer sur un tel instrument. Temps sombre, tout est grisaille…
Samedi 20
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1924-12-20-bpour la distinguer de1924-12-20.
…Passé hier l’après-midi chez les Chailloux, et fait notre rentrée dans cette maison que nous n’avions pas vue depuis mars. Madé est une enfant superbe. Reçu mercredi les Abel et Gendreau. Fait un peu de musique. Jacqueline joue de bien jolies choses de Debussy…
Mardi 23
Dimanche les offices, une visite à Mme Gendreau puis sommes allés à la mairie écouter le concert par radio. Le son était très pur , quoiqu’un peu faible ; il est émouvant qu’une telle musique vienne de si loin … Le soir, reçu Armande et Ferdinand, soi-disant pour jouer au piquet, en réalité, avons beaucoup causé. Hier… avons passé » chez Berthe une bonne après-midi… Après-demain, Noël…
Cet après-midi nous allons à La Roche ; demain matin Henri arrive. Samedi nous déjeunons chez Tante Abel ainsi que les Gendreau ; mardi, recevons les Abel et les Yvernogeau. Quelques jours d’une activité qui ne nous est pas habituelle.
Le Poiré – jour de Noël 1924
…Hier après-midi, j’ai dressé ma crèche, comme quand j’étais petite… nous avons passé une veillée bien agréable et gaie, puis, vers onze heures et demie, nous sommes parties ; l’église était bondée… A minuit a retenti le Noël d’Adam … « Peuple à genoux, attends la délivrance… »… presque tout le monde a communié… les chanteurs chantaient à deux voix … « Il est né, le Divin Enfant »… Pendant les deux messes basses qui ont suivi, nous avons eu des Noëls, des cantiques populaires… En rentrant, nous avons réveillonné Jacqueline et moi avec une tasse de thé et quelques gâteaux…
1 heure – assisté à la grand’messe ce matin… la crèche est toujours la même, avec ses personnages traditionnels que je connais depuis mon enfance, avec le petit nègre qui remue la tête lorsqu’on lui donne un gros sou, avec les anges qui se balancent pour chanter le Gloria…
Reçu hier matin une bonne lettre d’Andrée ; Henri nous est arrivé à bon port.
Dimanche 28 décembre
l’année s’achève, par un temps gris, mélancolique et changeant, tantôt de grosses averses, et tantôt un grand calme, dans la douceur du vent d’ouest. Le jour de Noël s’est achevé de façon très tranquille, nous avons fait à Pont de Vie une promenade… j’ai lu et me suis couchée de bonne heure. Vendredi soir nous avons fait chez Armande un bridge très animé, hier, déjeuné chez les Abel avec les Gendreau, les Brachet et Henri, repas très gai, nous en sommes revenus sous une pluie torrentielle…
J’ai terminé hier soir « Monsieur de Charette » de Lenôtre, c’est un livre merveilleux, un récit impartial et fidèle de cette splendide épopée qu’a été notre guerre de Vendée ; Lenôtre a peint magistralement cette grande figure : le Charette du début, ralliant à grand peine une poignée d’hommes, vaincu mais obstiné à la lutte… Charette vainqueur, tenant en échec les armées de la Convention !… Charette, traqué, poursuivi, se battant toujours bien qu’il se sache voué à l’insuccès, aigri peut-être par les défections, mais toujours obstiné, irréductible. On comprend la guerre de Vendée lorsqu’on connaît les Vendéens, lorsqu’on connaît notre Bocage, maintenant percé de routes, mais conservant ses chemins creux, ses fourrés, et tant de témoins de ce grand passé : le porche de l’ancienne église de Belleville, la maison qui fut le quartier général, Pont de Vie, Montorgueil où Charette avait un camps retranché ;… bien des choses ont changé depuis, des maisons se sont élevées, d’autres ont disparu, les champs sont cultivés différemment, mais la boucle de la Vie, le dessin des coteaux restent les mêmes… C’est grâce à Charette que le nom de Vendée est synonyme de fidélité jusqu’a la mort, de résistance héroïque, et qu’elle fait un peu port à M. Herriot ? « Dieu pour sa cause aura des hommes, tant que vivront les Vendéens »