Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Dimanche 6 janvier 1946

Fête de l’Epiphanie, fête de l’étoile, c’est-à-dire de la lumière qui doit nous garder toujours et aussi fête du gâteau et de la fève ; nous l’avons anticipé pour les pensionnaires, et j’avais glissé une fève dans les gâteaux du jour de l’An. J’ai eu la surprise d’être reine, aussi je me suis vue mise en demeure d’en faire un autre aujourd’hui ; j’ai confectionné une tarte, gâteau économique par excellence, puisque depuis longtemps je n’y mets pas de beurre, et comme ces temps-ci nous n’avons que très peu de crème, parce que très peu de lait, un œuf – de conserve – et un peu de saindoux servent à amalgamer la farine ; cela fait une pâte ma foi très bonne lorsqu’elle est bien fraîche, et, comme j’ai encore quelques bocaux de conserve… nous avons eu tantôt une savoureuse tarte aux mirabelles, agrémentée d’une crème pâtissière et d’un peu de gelée de groseille ; c’était exquis, et tous nous en sommes régalés. Cela fait un peu d’amertume que de manger de si bonnes choses pendant que tant d’êtres souffrent… mais Pierre était content de cette tarte du jour des Rois, Jacques aussi, car il apprécie les bonnes choses et il travaille tant, il se donne tant de mal pour tous qu’il faut le gâter un peu. La maison est un peu trop vide ces jours-ci, après avoir été trop bruyante ; j’ai eu beaucoup de peine du départ de mes grands, et attend des nouvelles, surtout de Jean, avec impatience. Lundi, j’ai beaucoup travaillé à terminer les étrennes de Geneviève, j’ai été dérangée à plusieurs reprises par des visites à recevoir, et aussi la visite traditionnelle et familiale à M. Le Curé ; enfin, il était bien sept heures quand j’ai eu terminé mon écharpe ; Après dîner, cinéma ; les enfants étaient ravis et le film vraiment bien ; Mardi matin, les vœux traditionnels ; assisté à une messe avec les enfants puis reçu toute la journée, comme d’habitude sont venus mon filleul, les métayers, M. Baron, Mlle Armande, les employés de la mairie, Marie Barreteau, M. le Curé et ses vicaires, M. le directeur de la Jamonière et un des Frères, il commençait à être tard quand nous avons pu nous échapper pour aller chez Maman, puis chez Tante Abel ; j’aurais voulu aller au cimetière, mais il faisait nuit et je suis passée seulement une minute voir l’ami Auguste qui, grippé, n’avait pu nous offrir ses vœux. Mercredi, il a fallu faire les préparatifs du départ de Jean, qui nous quittait l’après-midi pour pouvoir passer quelques heures à Nantes, près de sa grand-mère et de sa tante ; il a dû rentrer le jeudi soir à Versailles. J’ai fait en même temps les préparatifs de départ des deux filles, et bien m’en a pris, car j’ai eu ce jour-là, une matinée, et même un début d’après-midi très chargé, avec la réparation d’un chandail à Jacquie, lequel je croyais prêt à être emballé ; il a même fallu un peu trop brusquer, au dernier moment, de crainte qu’elles ne puissent avoir le car. Enfin, Yves est parti le dernier, vers cinq heures et la maison s’est faite bien trop calme, et la table bien petite ; Depuis j’ai eu beaucoup à faire, surtout des rangements, mais il fait tellement froid que je ne peux rester longtemps dans des pièces sans feu et que je remets cela… j’ai d’ailleurs bien à faire sans sortir d’ici, d’autant plus qu’il me faut garder Anne pour empêcher qu’elle aille rejoindre Thérèse pour avoir froid… Température très rigoureuse ces jours-ci, surtout depuis le départ des enfants… Me suis promenée ces deux jours-ci avec Anne, mais elle ne trotte pas bien vite. Ce matin, passé la matinée chez Mme Dorion pour distribuer aux prisonniers quelques vêtements que j’ai pu obtenir du Comité d’entraide…

Vendredi soir 11 janvier

Température très radoucie, presque printanière aujourd’hui… Journée à la Roche hier, partagée entre les courses, le déjeuner avec Yves, et un brin de causette avec lui en faisant les courses, deux visites à la maison Lesaffre et un moment à la Maison des Œuvres… Une longue visite d’Auguste au retour, malgré une migraine un peu pénible, beaucoup de plaisir et d’intérêt à causer avec lui, tellement nous avons la même façon de comprendre certaines choses. Aujourd’hui, une bonne promenade solitaire…. Lu, il y a quelques jours, la vie du Curé d’Ars, insuffisamment connu….

Dimanche 13 janvier

Quelques jours d’une douceur exceptionnelle, pour la saison. Les enfants jouent dans la cour. Je n’ai pas allumé de feu aujourd’hui, et suis installée dans la salle à manger, la porte grande ouverte au soleil. C’est toujours çà de pris sur l’hiver…. Jean a écrit hier matin ; il n’avait pu encore faire changer ses tickets de pain, et je suppose que les 300 gr. de sa ration devaient être un peu juste ! D’ailleurs, il réclame des biscuits, et, pour qu’il réclame, il faut qu’il ait réellement faim. J’ai fait plusieurs épiceries pour avoir des casse-croûte, il est très difficile d’en trouver, et ils sont à des prix exorbitants Je lui ai donc envoyé deux petits paquets, hier, plus un pain d’épices ; je tâcherai de lui faire la semaine prochaine des pains au lait, ou pain de mie ou tout autre chose dans ce genre, mais il faudrait un peu de lait, et, à partir de demain nous n’en aurons juste que pour les petits, encore très juste ! Naturellement pas de crème pour remplacer le beurre dans les gâteaux des pensionnaires, parce que, du beurre, il ne faut pas y songer, il y en a si peu que, une fois mis de côté celui des pensionnaires, et les deux morceaux qu’il nous faut envoyer à la Haye et à Nantes, il ne nous en reste pas lourd, impossible de songer à une tartine de beurre, ou à un peu de beurre frais dans les légumes ! Et dire que certaines personnes en ville s’imaginent encore que nous en sommes gavés ! Enfin, ici on vit tout de même, mais il est dur de penser que les autres n’ont pas ce qui serait nécessaire ! Rien de bien nouveau les premiers jours de la semaine ; j’ai dû aller chez Maman chaque jour, je ne me souviens plus au juste. Mercredi ouvroir comme d’habitude ; on a bien de la peine à mettre les ouvrières en train, elles critiquent et gémissent sur le mauvais état de ce qui leur est confié, au lieu d’en plaisanter et de tout prendre du bon côté, jusqu’au moment où elles prennent goût à leur travail, cherchent à l’enjoliver et se disent qu’après tout elles font quelque chose avec presque rien… Jeudi à La Roche, j’ai été contente de voir mon petit garçon et de causer avec lui, il est bien portant, gai et content, il dit que son travail va mieux mais nous attendons le bulletin pour en être sûrs….Hier, samedi, quelques courses dans l’après-midi, puis un moment chez Maman. Le soir, suis allée faire des visites avec Jacques. J’oubliais, mardi, le mariage d’Odette, Jacques et moi avons assisté au déjeuner, puis je suis restée un moment et j’ai dansé. Suis rentrée ici vers six heures. Il est bientôt onze heures, nous n’allons pas tarder à aller nous coucher, nous sommes allés ce soir à la pièce donnée par les hommes à la salle paroissiale … Un peu long, mais très intéressant et aussi très bien joué, cela nous a fait passer un bon moment.

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 17 janvier 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Un froid crispant, douloureux, tenace, qui n’a pas l’air de vouloir céder… J’essaie de réagir en prenant un peu de mouvements, et marche une demi-heure en sortant de chez Maman, mais hier cela n’a même pas suffi, et je n’ai même pas eu le courage de me lever pour aller à la messe….

Dimanche 20 janvier

Toujours le froid…. Tout est difficile actuellement, tout marche mal. Toutes les semaines, ce sont des supplications pour avoir un peu de beurre, et encore, nous n’en mangeons pas lourd, j’ai même été obligée d’engager Jacques à en prendre un peu, tant je craignais qu’à force de se priver il finisse par se fatiguer et à tomber malade. Pour le lait, cela fait juste pour les enfants ; heureusement qu’Eugénie nous en apporte un peu de l’Hermière ; hier aussi, j’en ai eu un litre chez Perrin ; cela nous poussera un peu plus loin. Par ailleurs, les prix montent d’une façon terrifiante, les poulets, la charcuterie sont inabordables, la viande de boucherie d’un prix excessif… J’ai envoyé quelques colis à Jean, des biscuits, du pain d’épices, du chocolat, un peu de beurre et de saucisson. Je suis arrivée à faire des casse-croûte maison assez présentables, j’espère qu’ils voyageront et se conserveront bien, cela reviendra moins cher ! Pourvu que nous ayions toujours assez de farine ; on parle de nouvelles restrictions sur le pain. A Paris, les bouchers sont en grève, les légumes rares et chers, c’est une situation affreuse ; dire qu’on avait tant attendu la fin de la guerre pour faire cesser toutes ces misères ! Cette semaine, je suis beaucoup allée chez Maman, qui, avec cette température rigoureuse, n’a guère bougé du coin de son feu. Chaque soir je me suis efforcée de faire une petite promenade pour réagir et lutter contre le froid ; ce sont des moments bénis, parce que je suis seule, que je peux réfléchir et prier…. Vendredi, passé une partie de l’après-midi chez Mme Dorion avec Andrée Boyer pour répartir quelques vêtements qui nous avaient été attribués pour des enfants pauvres, mais il y a si peu de vêtements, et tant d’enfants qui en auraient besoin, que la répartition a été très difficile. Fait ensuite quelques visites avec Jacques. Hier matin, fait des gâteaux, un destiné à être vendu aux enchères à la pièce, un autre pour les neuf ans de Pierre, et un autre pour envoyer à Jean, puis nous avons cuisiné, avec Marie, un quart de cochon venant de l’Hermière, et cela nous a mené jusqu’au déjeuner. Ensuite, fait avec Jacques la tournée des fermes, et revenus pour dîner. Au déjeuner, avons fêté les neuf ans de Pierre… Grand-mère et Pierre viennent de partir à la salle paroissiale pour la troisième représentation de la pièce du patronage…

Mercredi 23 janvier

Petit Bernard aurait 6 ans aujourd’hui…. Il jouerait avec Anne, avec Pierre et se disputerait avec les deux… J’aurais voulu aller au cimetière dès ce matin, en sortant de la messe, mais impossible, après ces quelques journées très froides, le dégel a commencé cette nuit, mais la pluie par terre se transforme en verglas… Quelques jours très pénibles, non seulement à cause de la température, mais depuis dimanche, la crise politique que traverse la France nous met tous dans l’angoisse ; où allons-nous, quel chef va succéder à de Gaulle ?…

Vendredi soir 25 janvier

Toujours le temps très froid… Ce matin, voyage à La Roche avec Jacques…. Je ne suis pas sortie ce soir. Je devais aller en visite avec Jacques, mais il n’a pu se rendre libre assez tôt… Ce matin à La Roche, vu Yves quelques instants, à part cela, dentiste, un moment à la Maison des œuvres d’où j’ai rapporté certaines choses qui feront plaisir je pense et une bonne visite à Mme Lesaffre….

Dimanche matin 27 janvier

Après deux jours de brume, le soleil paraît, et cela fait tout de même plaisir ; hier et avant-hier nous avons vécu dans la brume…. Je n’ai pu faire mes promenades… Hier, je suis bien sortie un peu pour me réchauffer, sans cela je suis glacée jusqu’au soir… En rentrant, j’ai eu une bonne visite d’Auguste, et passé un agréable moment à causer avec lui ; le pauvre a été obligé de revenir ici au début de la semaine, après avoir passé huit jours au Séminaire seulement, il souffrait de maux de tête continuels, ne pouvait travailler, et la nourriture est nettement insuffisante pour les garçons de cet âge ; il se désole de ce temps perdu et je le comprends. Rien de nouveau autrement toute la semaine. Lundi, j’ai eu quelques courses à faire avant d’aller chez Maman ; mardi, suis allée chez Marguerite. Mercredi, ouvroir, où nous étions bien peu nombreuses, mais avons cependant pas mal travaillé. Ce jour-là, Jacques étant à Nantes, je suis allée chez Maman avec les enfants, et avons fait un déjeuner de galettes. Il a fait, après le verglas du matin, un temps ensoleillé et presque doux, aussi Anne, qui n’était pas sortie depuis bien des jours, était toute heureuse de trotter dehors ; depuis, le temps s’est encore refroidi et la pauvre chérie n’a guère pu mettre le bout du nez dehors. Jeudi, rien de nouveau ; vendredi matin à La Roche. Hier, journée assez remplie, fait le matin des casse-croûte pour Jean, puis fait quelques courses au sujet du Comité d’entraide et suis allée un peu chez Maman. Mes tricots n’avancent guère, j’ai pourtant fini une paire de gants destinés à mettre les grosses pattes d’Yves ; par bonheur, ils lui vont bien, mais j’ai repris un chandail pour moi, commencé en décembre….

Dimanche 3 février

Toute une semaine sans rien écrire, je n’en ai pas eu le temps… mon chandail n’avance guère, d’ailleurs je n’aime pas bien travailler pour moi et cela ne m’enthousiasme pas. Je répare ces jours-ci des gants pour Jacquie, afin de les lui envoyer à la première occasion ; elle m’en a envoyé deux paires en triste état ; quand il fait froid, elle ne les quitte pas à cause des engelures, aussi s’usent-t-ils très vite et cela me donne plus de travail. Il y en a une paire à Geneviève à réparer, mais ils sont moins malades… Chaque après-midi je vais une heure ou deux chez Maman… Mais, à part le dimanche, ou dans des cas très rares, Maman ne veut pas venir ici, à part le dimanche, qui est le jour le moins commode pour moi. En sortant de chez elle, je fais chaque jour, ou presque une promenade… Mercredi ou jeudi, je ne sais plus, étant sortie assez tard, j’ai été prise par la pluie, qui a forcé assez rapidement, je suis revenue sous l’averse…. Hier, par contre, quelques rayons de soleil donnaient l’illusion du printemps… Le matin, il me faut souvent faire de la pâtisserie pour envoyer aux pensionnaires ou faire notre dessert, puisque nous n’avons pas de fruits, ni la possibilité de faire des laitages, mais ce n’est pas de la pâtisserie au beurre ou à la crème de lait, ainsi qu’il m’était possible pendant longtemps ; j’y mets un peu de graisse ou de l’huile, enfin ce que je peux avoir et ce n’est pas mauvais du tout. Par ailleurs je soigne la cuisine pour que Jacques, bien surmené pour le moment, ait des repas réconfortants. Tout cela est bien compliqué. La situation ne s’améliore guère pour le lait, un peu cependant pour le beurre… Par contre, je suis écoeurée de voir ce qui se passe dans certaines maisons, où l’on ne se prive de rien, où l’on met une quantité de beurre à faire les desserts, quitte à « souffler » celui que pourraient avoir les autres, et dans certains pays où il n’y a pas tous les jours des goûters somptueux et de bons repas, où l’on se « bourre de gâteaux » à tel point que nous n’en pouvions plus !…

J’ai assez souvent la visite d’Auguste, le soir, avant le dîner ; le pauvre garçon a été mercredi à Nantes, le docteur Giroire lui trouve une grande dépression nerveuse et lui ordonne au moins trois mois de repos ! Il est désolé, naturellement, et souvent le moral est bien bas. Jacques est allé le conduire, ainsi que Mme Baron, prendre le car à Belleville, mais il est resté en panne à Belleville en allant les chercher le soir, il lui a fallu se faire remorquer, et depuis il est privé de sa voiture, aussi a-t-il dû emprunter l’auto de M. le Curé pour aller hier à la foire de Belleville. Avec le mauvais temps, et le surcroît de travail actuel, il lui serait impossible de reprendre ses courses à bicyclette. Bonnes nouvelles des pensionnaires, Jean est bien mais se tourmente au sujet de l’avenir, son Papa et moi aussi d’ailleurs, on ne sait même plus si il y aura un concours cette année, et, si le garçon est obligé de renoncer à sa carrière militaire, laquelle lui plaisait tant, de quel côté va-t-il pouvoir se tourner ?… Hier, suis allée, avec Pierre, à la grand-messe de la Chandeleur ; il y a bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé, et jamais je n’avais autant compris le symbolisme des cierges. Relu dans la Bible l’évangile selon Saint Luc, car j’ai maintenant une Bible, où je lis un peu chaque jour….Hier, assisté aux Vêpres ; les psaumes sont des prières splendides, mais ils ont été chantés devant des bancs vides, à part des Religieuses, les Frères de l’école et les enfants, il n’y avait que bien peu de monde ! Dimanche dernier, fait avec Jacques une courte promenade sur la route de La Roche, il faisait presque beau, mais nous avons tourné devant le brouillard qui montait rapidement. Il y a eu ensuite quelques jours de froid brumeux assez pénible, puis brusquement le temps a changé, et nous avons eu un délicieux petit vent d’ouest, qui nous a tous réjouis…. Le thermomètre de la salle de bains est à 11° et c’est merveilleux. Mardi, passé un moment chez les Boyer, causé agréablement, suis allée ensuite au Moulin-Guérin ; retour dans la brume, à la nuit. Mercredi, ouvroir comme d’habitude, nous n’étions que quatre, mais Mme Bonnaud était là. La grand-messe finit de sonner, il faut partir.

Jeudi 3 heures

Suis allée à La Roche mardi, il a fait dans l’après-midi un temps affreux ; trotté sous la pluie sans même pouvoir ouvrir un parapluie, tellement j’avais les deux mains encombrées, aussi cela n’a pas arrangé le rhume que je traînais depuis quelques jours. Avais très mal à la tête et suis restée sans sortir. Aujourd’hui non plus je ne sortirai pas, mais lorsque je n’ai pas mes messes du matin, ne peux arriver à me recueillir ni guère à prier. Il est difficile de réfléchir ou de lire, ou de dire une dizaine de chapelet, quand Anne chante auprès de moi « Quand le’tit Jésus allait à l’école »… Passé la matinée à confectionner des casse-croûte pour les filles ; demain il faudra en faire pour Jean, un autre jour pour Yves ! Ecrit à Jean aussi ce matin ; sa dernière lettre paraît plus gaie…

Dimanche 20 février

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 fevrier 1946 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Ne suis pas sortie depuis mercredi, mon rhume va mieux… Anne est mieux aussi, mais elle a été très prise, Jacques arrive aussi à liquider son rhume…. Dans un mois le printemps… les jours ont bien allongé, surtout le soir et nous n’allumons guère qu’une heure avant le dîner. Je voudrais partir pour Paris la semaine prochaine, mais cela dépend de beaucoup de choses… ce serait en tous cas un voyage assez court, puisque je serai toujours de retour pour les vacances de mardi-gras, afin de recevoir les filles et Yves. Jean aura quatre jours de congé, mais il ne viendra pas et passera sans doute ces quatre jours chez Tante Denise – si elle peut le recevoir – si non il restera à Sainte-Geneviève. D’après sa dernière lettre, il espère avoir un concours cette année, peut-être sera-t-il reçu ? Suis allée chez Maman lundi, suis rentrée en passant par le cimetière. Mardi à La Roche. Mercredi matin, messe de mariage de Marie-Josèphe Tenailleau, suis ensuite restée près du feu ; j’avais très mal à la tête et aurais préféré être seule, et j’ai eu du monde tout l’après-midi ! Ne suis pas sortie ces trois derniers jours, ce qui m’a permis d’avancer mon tricot ; j’ai bien avancé la veste de Jacquie, il me reste encore un peu plus de la moitié d’un des devants à faire et la bande de montage, je voudrais qu’il soit assez avancé pour l’essayer aux prochaines vacances. Mon chandail est presque terminé, il ne me reste plus que les poches à monter e des boutons à coudre… J’ai toujours la visite d’Auguste, presque chaque soir, cela me fait plaisir et le distrait un peu, il en a besoin ! Jusqu’ici il ne se sent pas mieux et cela le désespère ! Il a tellement hâte d’être guéri et de retourner au Séminaire !… Une petite amélioration dans le ravitaillement, nous avons quelquefois du lait pour faire un laitage le soir, et aussi un peu plus de beurre ; j’en ai envoyé un morceau à Cécile Poupardin, comme cadeau pour la naissance de son fils Didier. Pour le dessert, j’ai trouvé à la Roche des raisins secs ; le prix en est assez élevé, mais ils sont délicieux et font plaisir à tout le monde ; il n’y a plus que très peu de pommes dans le fruitier ; je les ménage afin que les enfants en aient toujours un peu, et il faut compter trois grands mois pour arriver aux fraises, si toutefois les gelées de mai ne viennent pas tout nous rafler comme l’année dernière ! Situation politique très angoissante, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ! De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Menine est maman d’une petite Anne ; Yvette Mahot, d’une petite Anne aussi. Demain, fête de l’Apparition de Notre-Dame de Lourdes, pourrons-nous y aller en pèlerinage avec les enfants, ainsi que nous l’avons rêvé ? Demain, l’anniversaire du départ pour le ciel de ma chère petite amie Simone, il y a vingt six ans…

Dimanche 17 février

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1946-02-20). Texte conservé tel quel.

Je pense toujours partir cette semaine… je voudrais bien y aller, je voudrais surtout que Jacques puisse y venir, il est tellement pris, tellement surmené, tellement excédé qu’il lui faut absolument une détente… Nous pourrons, je l’espère causer avec Jean ; pour lui l’avenir est bien inquiétant, le gouvernement a décidé la réduction des cadres ; que vont devenir tous ces garçons qui rêvaient d’être chefs ? et si Jean doit abandonner l’armée, de quel côté se tournera-t-il ?… Lundi, j’ai recommencé à sortir, j’en avais assez d’être enfermée, et avais hâte de reprendre une vie normale. Je suis allée au cimetière et à la grotte, puisque c’était l’anniversaire de la première apparition de Lourdes ; il faisait doux et j’étais heureuse de respirer le grand air. Mardi, passé un moment chez Maman, après avoir fait quelques visites. Mercredi, nous devions passer la matinée à La Roche, Jacques et moi, mais l’auto ne voulait pas partir, nous n’avons pu nous mettre en route qu’un peu avant onze heures et je n’ai pu passer chez le dentiste, ce qui était tout à fait urgent. Jeudi, suis allée chez Maman. Vendredi, il faisait un temps superbe, malgré le vent, un peu froid, sommes allées au Moulin-Guérin Maman et moi, avec Anne qui marche comme une grande fille. Hier, suis allée chez les Boyer, où Madée et sa mère m’ont organisé, avec un morceau d’étoffe, une sorte de turban qui me servira de coiffure pour mon voyage à Paris ; je n’ai pas l’intention d’apporter un chapeau là-bas, ce sont des objets trop fragiles et trop chers pour que l’on puisse se permettre de les porter dans les trains ou de les écraser sous des parapluies, sans compter que les élastiques sont de plus en plus distendus et qu’ils oscillent sur la tête au moindre vent. Aujourd’hui, Monseigneur vient pour l’affiliation de la J.A.C., aussi la paroisse s’apprête-t-elle à lui faire une réception solennelle ; espérons qu’il fera beau, mais le temps est sombre et brumeux ce matin. Beaucoup travaillé cette semaine, mon chandail est fini, mais je n’ai pas de boutons à y coudre, et n’ai pu encore le porter ; la veste de Jacquie est presque bonne à essayer, je n’ai plus que la bande de boutonnage à faire …L’ami Auguste vient presque chaque soir, le physique n’est pas mieux, et le moral un peu bas ; c’est une grande épreuve pour lui ! Dieu lui donne quand même la grâce de suivre sa vocation, malgré tous les obstacles ! Situation politique, tant intérieure qu’extérieure, de plus en plus inquiétante….

Mardi soir 5 mars

Tant de jours sans écrire ; depuis mon voyage à Paris, j’ai été absorbée par les enfants en vacances, et n’ai pu faire tout ce que j’aurais voulu. Tous sont partis ce soir ; les filles ont regagné Nantes dans l’après-midi et Jacques vient de partir conduire Yves à la Roche ; nous avons dîné plus tôt, si bien que le petit chéri était content de prendre un repas de plus avec nous. Pierre lit son histoire sainte près de moi, je viens de coucher Anne et pense avoir un grand moment bien tranquille, seulement j’ai tant de choses à raconter que je n’aurai peut-être pas assez de temps pour cela, et je suis sûre d’en oublier. Le dimanche 17, assisté à la grand-messe comme d’habitude ; aussitôt après déjeuner, Pierre mous a quittés en vitesse, afin d’aller à la Jamonière prendre les rangs pour le cortège de l’arrivée de Monseigneur. Jacques s’est rendu, avec les autorités, au carrefour de la route de Belleville, c’est là que l’auto s’est arrêtée, et qu’a eu lieu la réception officielle. Maman et moi nous étions installées devant la grille, avec Anne, pour voir le cortège ; les enfants des écoles ont défilé d’une façon impeccable, puis les Jacistes, et enfin, entouré des autorités, Monseigneur, qui s’est avancé vers nous pour bénir ma petite fille (je m’en souviens, il paraît que je disais « le Seigneur à Maman a béni moi… »). Nous sommes allés à l’église où a eu lieu la bénédiction des fanions et un sermon de notre évêque. Ensuite, à la salle paroissiale, affiliation des jacistes et une petite séance récréative. Les jeunes ont ensuite offert un goûter à Monseigneur et M. le Curé nous a prié d’y assister, Jacques et moi ; cela m’ennuyait un peu, j’étais si peu qualifiée pour représenter la population féminine du Poiré devant notre évêque, mais cela a bien été le meilleur moment, tant l’atmosphère était cordiale, simple et familiale à la fois. Nous sommes rentrés très tard, et Maman se demandait ce que nous devenions ! Le lundi et le mardi, assisté à la messe pour un triple mariage. Le mercredi matin, me suis embarquée ici par le car, j’ai pris à La Roche le train pour Nantes, compagnons de voyage insignifiants et peu communicatifs, se sorte que j’ai bien pu prier, d’autant plus que les vitres avaient été remplacées par des carreaux dépolis, de sorte qu’il était impossible d’apercevoir quoi que ce soit du paysage. J’ai donc bien avancé ma petite culotte pour Anne… A Nantes, déjeuné en vitesse dans la salle d’attente, puis suis allée m’installer une heure avant le départ, de façon à avoir une place convenable… Au Mans, Jeanne m’attendait, nous sommes rentrées, avons goûté, bavardé jusqu’à l’heure du dîner, puis rebavardé après dîner. Le lendemain jeudi, sommes sorties dans la matinée, Jeanne et moi, dans l’après-midi également, et avons pu longuement parler ensemble, ce qui m’a fait grand plaisir. Erré l’après-midi dans les vieux quartiers du Mans, où l’on voit d’anciens hôtels déchus de leur ancienne splendeur. Vendredi main, sommes allés au devant de Jacques, qui arrivait à 10 heures, nous avons déjeuné chez les Lego, vu ensuite Yvonne Tabourin et deux de ses filles, lesquelles sont venues un moment. Avant de reprendre le train, sommes allés voir Yvette Mahot, installée pour quelques jours encore chez le Dr Caraguier. Arrivés à Paris à 8 heures, Tante Denise était au-devant de nous ; dîné chez elle, avec Caty et Mladen, puis Mladen nous a conduits à notre hôtel rue Vaneau. Samedi matin, sommes allés voir les Gaston, qui ont tellement insisté pour que nous allions nous installer chez eux que nous sommes allés à l’hôtel prendre nos valises et les avons transportées rue Duroc. Déjeuné chez Tante Denise, puis sommes allés voir Suzette Bruot, Michel puis Cécile Poupardin. Dîné chez les Chaise. Dimanche matin, grand messe à Saint-François-Xavier, c’est je crois le meilleur souvenir de notre voyage ; une liturgie impeccable et cela sans employer des moyens extraordinaires…. La messe face au peuple, ce qui est merveilleux… pas de chaisière ou de vicaire parcourant les rangs pour la quête, mais un plateau passe de main en main dans la nef, les bas-côtés ; tous ces plateaux réunis au fond de l’église, sont recueillis par les enfants de chœur qui les apportent solennellement en procession, et les présentent devant l’autel, c’est vraiment l’offertoire. Une grande partie de l’assistance a communié, dans un recueillement splendide. Nous sommes sorties de là profondément impressionnés. Fait ce matin là une agréable promenade du côté des Invalides puis retrouvé Jean chez Marie-Thérèse, avons déjeuné ensemble et passé une agréable après-midi. Dîné chez Tante Denise. Lundi matin, fait une course du côté de Saint-Lazare, puis sommes venus à la gare pour y rencontrer M. l’Abbé Blaizot, curé de Notre-Dame d’Argenteuil, avec qui nous avions rendez-vous. Passé trois-quarts d’heure à causer avec lui… Déjeuner chez les Gaston, visite très intéressante au four de Louise-Marie, vu les très jolies choses qu’elle crée. Sommes allés ensuite voir Saint Pierre de Chaillot. Passés chez Tante Denise, qui avait du monde, comme chaque lundi. Vu Suzette un moment, puis Jacques est venu me prendre pour aller dîner avec Michel du côté de la Madeleine. Passé un bon moment. Sommes revenus à pied par la Concorde et les Invalides. Mardi, journée à Versailles ; il pleuvait le matin, puis le temps, tout en restant couvert, s’est éclairci par la suite. Parcouru un peu le parc le matin, à 1 heure, nous étions à Sainte-Geneviève et avons vu Jean jusqu’à 2 heures. Sommes allés ensuite chez les Stahl, puis visite du palais très intéressante, bien qu’il soit regrettable de ne pouvoir visiter précisément ce que l’on nous montre pas. Sommes allés ensuite du côté des Trianons, mais il était temps de rentrer. Dîné chez Aline et fait nos préparatifs de départ. Quitté Paris mercredi à 8 heures et quart… wagon non chauffé… Etions gelé en arrivant à Nantes ; Le train pour La Roche était chauffé, et cela allait mieux ensuite, mais nous étions contents le soir de nous retrouver chez nous. Au réveil, le jeudi, j’ai cru qu’il pleuvait, mais c’était plutôt du grésil qui tapait dur sur les vitres ; pendant que j’habillais les enfants, la neige s’est mise à tomber, mais en tempête ; au bout de peu d’instants, le sol était tout blanc. Suis sortie plusieurs fois pour aller chercher du poisson, puis chez maman. La neige était chassée en rafales qui venaient cingler douloureusement le visage. Cela a duré toute la journée ; de mémoire d’homme, personne n’avait vu une couche semblable. Les filles devaient venir le soir par le car direct, mais dans l’après-midi, Odile a téléphoné que les Drouin ne pouvant assurer le service, elles prendraient le car de Belleville qui devait arriver vers 7 heures et demie. Avons envoyé une auto au-devant d’elles, mais, à dix heures, personne encore, et nous étions bien inquiets ; Armande Brachet est venue, puis Ferdinand, et nous nous demandions quoi faire. Après quelques coups de téléphone à Rocheservière et à Belleville, nous avons été tout de même rassurés ; le car avait beaucoup de retard. Un autre coup de téléphone de M. Bassereau, nous a appris que l’auto était en panne près du passage à niveau de Belleville. Enfin, les pauvres filles nous sont arrivées un peu avant minuit, gelées et trempées jusqu’aux genoux. Elles ne sont même pas enrhumées. Vendredi, il ne neigeait plus, mais la couche était très épaisse ; le soleil a reparu ensuite, Jacques a pu aller chercher Yves pour déjeuner ; Fait ensuite une bonne promenade sur la route de La Roche et contempler à loisir la campagne enneigée. Samedi, sortis aussi, mais il faisait plus froid. Dimanche, fêté les trois ans d’Anne avec un bon déjeuner ; j’avais invité Auguste et avons fait à Jean une lettre collective. Le soir, sommes allés à l’Hermière Jacques et moi. Hier, journée chez grand-mère : botrots le matin, crêpes au goûter ! Les enfants se sont déguisés avec de vieux habits et se sont bien amusés. Aujourd’hui, préparatifs de départ, passé un bon moment ce soir à entendre Jacqueline jouer du piano. Il faut reprendre le travail habituel, et vraiment je n’en manque pas !

Jeudi soir 7 mars

Depuis que les enfants sont partis, je recommence à m’y retrouver dans mon travail … je me suis remise à mes tricots… j’ai fait en voyage deux culottes pour Anne et une paire de socquettes pour Jacquie, j’en ai fait depuis deux autres paires… Aujourd’hui, visite à Marguerite qui est au lit pour un temps indéterminé, nouveau traitement dont on attend quelque amélioration ; elle est vraiment à plaindre, car elle vit dans une atmosphère lamentable, et elle ne sait pas « utiliser » au sens chrétien ses souffrances et ses misères. Visite pénible, nous avons à part quelques souvenirs d’enfance, certaines choses d’autrefois, si peu de choses communes… Passé un grand moment chez Maman, rentrée ici assez tard ; j’aurais voulu prier ou lire en tricotant, mais il a fallu chanter des chansons à ma petite chérie, pourtant je sens de plus en plus le besoin d’une vie d’union à Dieu et de prière, je crois que je ne suis pas tout à fait de ce que l’on appelle le monde.

Bernard serait rentré à la Jamonière depuis le 1er mars

Dimanche 10 mars

Pas de lettre de Jean cette semaine… j’aimerais savoir s’il est bien portant, s’il a été ou non à Saint-Maixent, comme il l’espérait… en attendant, ses dernières notes sont meilleures, et cela fait tout de même plaisir… Rien de bien sensationnel cette semaine, le neige fond peu à peu… Suis allée beaucoup chez Maman cette semaine et tricoté avec acharnement, commencé hier soir une cinquième paire de socquettes, la seconde pour Geneviève. Vendredi, par contre, n’ai pas bougé d’ici… Hier un petit moment chez Mme Dorion, du côté des œuvres il y aurait beaucoup à faire et pas beaucoup de bonne volonté ; Auguste est venu comme chaque soir, et je l’ai emmené dans le jardin voir le coucher du soleil ; il a besoin qu’on le distrait et qu’on s’occupe de lui, le moral est bas, d’autant plus que l’abbé Bailly part à la fin de la semaine, appelé d’urgence à Saint-Fulgent pour remplacer un vicaire malade ; il s’en va d’ailleurs navré d’abandonner ses oeuvres bien prises en main, et tant de travail en perspective et le pauvre Auguste est tout à fait à plat ! Beaucoup de soucis et d’inquiétudes ces temps-ci, situation politique, tant intérieure qu’extérieure, de plus en plus angoissante ; les élections approchent et les partis politiques s’agitent ; le préfet est venu vendredi soir et a annoncé au Conseil municipal que le ravitaillement ne fournirait plus de blé aux campagnes ; chaque commune devra organiser elle-même la collecte du blé se trouvant sur son territoire ; le blé américain étant uniquement réservé aux villes. Tout cela serait terrible si nous n’avions pas la foi en la divine Providence. J’ai ces jours-ci un livre merveilleux ‘Sur le devoir d’imprévoyance » d’Isabelle Rivière… Plus je vais et plus je suis effrayée de l’étroitesse d’esprit et du manque de charité vraie de ce qu’on appelle « la société » ou les « gens bien pensants » - à tort souvent – .J’ai entendu ces jours derniers quelqu’un se plaindre d’avoir mal venu ses haricots - à 30 fr. le kg, alors que d’autres les sont vendu 40 et à Paris, ils se vendent à 80. Le monsieur en question possède une grosse fortune, laquelle n’aurait pas été en péril si même il les avait vendu à la taxe qui est de 22 fr. Maman au contraire les a vendu 20, mais elle en a cédé aux Petites Sœurs de l’Assomption de Bordeaux, aux Carmes d’Angers, à bien des familles dans la peine, je crois que cette manière de faire est plus près de l’Evangile.

Vendredi soir 15

La lettre de Jean est arrivée lundi matin ; elle était longue et intéressante, avec de nombreux détails que ce qu’ils ont vu et fait à Saint Maixent… Suis seule pour un moment ce soir, Jacques et Pierre étant au Chemin de Croix, je viens de coucher Anne….Auguste vient chaque soir, c’est une charité que de le distraire, et j’aime bien aussi causer avec lui. M. l’Abbé Bailly est parti aujourd’hui ! Tantôt, suis allée voir Marguerite, je tâcherai d’aller la voir ainsi chaque semaine, mais quoi lui dire qui puisse réellement lui faire du bien ? L’ambiance n’y est pas ! Vais demain à la Côtrelière, avec Andrée Boyer, voir une malade. Il me faut aller aussi le plus possible chez Maman, Jacqueline est partie hier ; Jean est venu la chercher, il est arrivé avant-hier soir, accompagné d’un ami, et nous avons dîné ensemble ce soir-là chez Maman. Déjeuné hier ici ; j’avais improvisé un repas, n’ayant guère de provisions, mais, par bonheur, il y avait du poisson au marché, et il y avait un très beau plat de soles, qui pouvaient faire passer le plat de viande froide et la purée réchauffée, une crème au chocolat en petits pots, et des langues de chat clôturaient agréablement. Beaucoup de travail ; des tricots à ne pas savoir où donner de la tête, une matinée en courses ; malgré le « devoir d’imprévoyance », il faut bien que ce soit la mère de famille qui fasse les provisions !

Dimanche 17 mars

Dix-neuvième anniversaire de Jean ! Avant de me lever, puis en faisant mon action de grâces, j’ai repassé chacun des détails de cette journée… Temps sombre encore aujourd’hui, l’hiver n’en finit pas… Malgré cela, j’ai deux jacinthes fleuries sur la cheminée, et un vase rempli de petits iris mauves, on voit aussi quelques primevères. Lundi, rien de nouveau, mardi matin, je suis allée à La Roche, passé un moment à la Maison des œuvres, dix minutes chez Mme Lesaffre, vu Yves qui est bien portant et toujours content, causé assez longuement avec l’Abbé Bouhier, au sujet de Jean et aussi d’Yves. L’après-midi, accompagné Jacqueline et Auguste qui allaient jouer de l’orgue, passé un moment à écouter. Mercredi, suis allée à l’ouvroir, il n’est venu personne qu’Andrée Boyer, mais nous avons pu répartir entre plusieurs familles des vêtements que j’avais rapporté de La Roche la veille….

Jeudi matin 21

Trois jours de printemps, c’était un délice que de respirer l’air tiède… Les abricotiers sont fleuris… Anne passait ses journées dehors. Aujourd’hui, pour l’ouverture officielle de la saison, ciel gris et pluie fine, mais il ne fait pas froid… Vais écrire à Jean, dont nous avons reçu une lettre ce matin, lettre attendue depuis bien des jours…Lundi et mardi, travaillé tranquillement. Hier, ouvroir, il y avait bien du monde ; trois robes ont été faites, si bien que j’aurai un bon paquet à porter à La Roche mardi prochain. Cet après-midi, j’ai embauché Auguste pour m’aider à déménager la bibliothèque de grand-mère. Demain, voyage à Nantes… Suis contente, ce matin ai reçu du Comité d’entraide de La Roche la promesse de 500 fr. par mois pour Charlotte Rocheteau ; je voudrais tant arriver à faire un peu de bien ! J’irai lui porter un de ces jours. Chaque soir je lis la Bible….

Dimanche soir 24 mars

Il est bientôt dix heures… reprenons à jeudi, ce jour-là, après-midi très remplie, le déménagement et le rangement de la bibliothèque de Maman nous ayant pris plusieurs heures ; je suis contente d’avoir fini ce travail et surtout d’avoir débarrassé les rayons d’un certain nombre de volumes indésirables, bons tout au plus à faire disparaître. Le matin, reçu une longue visite de Mme Baron avec laquelle j’ai beaucoup parlé, tout en avançant mon tricot ; je voudrais tant ainsi faire du bien aux autres ! Vendredi, voyage à Nantes ; nous avons commencé par une aventure dénuée de charme, le car, venant de La Roche, avait un retard considérable, si bien qu’en arrivant à Legé, le car que nous devions prendre était parti depuis un quart d’heure, il ne nous restait plus qu’à faire ce que nous aurions dû faire en constatant le retard : prendre la voiture et filer. A part cette petite promenade supplémentaire, nous avons fait un très bon voyage. Je n’ai trouvé que bien peu de choses à acheter, j’ai été contente de parcourir les rues familières et de regarder les vitrines. Hier visite à Marguerite qui semble un peu moins fatiguée mais guère brillante encore ; Pluie une partie de l’après-midi d’hier et de fortes averses cette nuit, si bien que nous nous demandions ce matin si nous pourrions ou non aller à la Chabotterie ; comme il ne pleuvait presque pas, nous nous sommes décidés à faire nos tartines et à partir, mais il avait tellement plu que les abords de la Chabotterie n’étaient que boue, aussi la grand messe a été célébrée dans l’église de Saint Sulpice le Verdon ; il y a eu un très beau sermon du P. Girard. En sortant, il ne pleuvait plus, et nous avons pu nous installer près de l’auto pour déjeuner. A 2 heures et demie, rassemblement devant l’église, il pleuvait un peu, mais sans excès, nous sommes allés à l’école des filles où a eu lieu la séance vendéenne : discours des dirigeants du Souvenir vendéen, fragments du « Pater des Vendéens », chants, monologues, etc… c’était bien, mais un peu long, d’autant plus que nous étions debout tout ce temps-là et qu’il faisait un peu chaud, aussi, après une dernière « Vendéenne » finale, nous avons été contents de pouvoir marcher un peu. Il était d’ailleurs 7 heures et grand temps de rentrer, cependant, Jacques, sur ma demande, a consenti à nous faire passer par Les Lucs, pour un pèlerinage à la chapelle du Petit-Luc, et j’en ai été ravie… c’est bien là, un des « hauts lieux » de Vendée, que cet endroit rendu sacré par le sang de 563 martyrs, dont 110 petits enfants au-dessous de sept ans. Au retour, dans le chemin creux, avons été pris par une grosse averse et avons été heureux de retrouver l’abri de la voiture… Avons été heureux, en arrivant ici, de retrouver petite Anne qui nous attendait, ainsi que le dîner servi et du feu dans la salle à manger….

Dimanche 31 mars

Semaine très employée, et me suis aperçu, avec regret, que j’avais même oublié d’écrire à mes filles, ce que je regrette tout de même bien, et pourtant je n’ai pas perdu de temps… Lundi, par contraste avec dimanche, nous avons eu une journée ravissante, tiède, ensoleillée ; suis allée à la Cotrelière voir la malade que j’avais déjà visité ; emmené Auguste pour le distraire et le faire remuer un peu. Sommes revenus par la Maldemée, afin de voir le neveu de Marie, malade également ; suis rentrée chez Maman un peu avant six heures seulement. Mardi, toute la journée à La Roche, j’avais beaucoup à faire, et étais contente de ne pas être trop bousculée ; j’ai cependant pu, dans l’après-midi, rester assise une heure dans le jardin de la Préfecture, à tricoter, à lire, à prier… Il faisait beau, très doux…Mercredi, promenade au Recredy avec Léontine Brethomé. Je crois qu’il faut ainsi faire des visites en campagne, et voir ainsi les foyers « chez eux ». Jeudi, suis tout de même restée là ; Pierre était enrhumé depuis deux jours, Maman l’avait gardé le mardi et le mercredi, le jeudi, j’ai préféré qu’il ne sorte pas encore et j’en ai profité pour faire ici des raccommodages urgents. Vendredi, suis allée chez Maman. Hier matin, fait un peu de cuisine, puis collationné des actes avec Mlle Baudry et Auguste ; après déjeuner, suis allée un peu chez Marguerite, toujours dans le même état, passée un peu chez Maman, puis repris le travail à l’étude jusqu’au départ d’Armande. Avec tout cela, pas mal de courses pour le ravitaillement, les tissus et toutes sortes de choses agréables, et tricoté avec acharnement ; j’ai terminé les chaussettes de Jacquie et de Geneviève, en ai commencé pour Pierre…. Ce matin, réunion pour la liberté de l’enseignement ; Jacques a eu à ce sujet bien des ennuis et des préoccupations. Me Lesaffre a pris la parole, c’était intéressant et il y a eu bien du monde. Mme Lesaffre et ses filles sont venues déjeuner, et j’ai eu un grand plaisir à les voir, j’avais pu trouver du poisson hier soir, nous avions un gigot, et mes petits pots de crème au chocolat étaient bien réussis. Tous quatre viennent de partir. ….Jacques a de gros ennuis actuellement au sujet du ravitaillement en blé, et personne ne se figure à quel point la situation est grave ; heureux encore si nous n’avons pas une ration moindre que celle à laquelle nous donnent droit nos tickets ; en tous cas plus de farine, plus de gâteaux, qui pouvaient compléter un repas un peu juste, plus de ces rissoles ou de ces croûtes qui utilisaient les restes ; la situation est loin de s’arranger, et je me mets un peu en peine pour les vacances de Pâques, me demandant ce que je vais pouvoir donner à tous ces affamés qui vont m’arriver. Aujourd’hui, nous avons pourtant lu à la messe, l’Evangile de la multiplication des pains et devons avoir confiance en la Divine Providence….

Mercredi soir 4 avril

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 4 avril 1946 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Me suis couchée de bonne heure étant lasse et souffrant du dos et des reins… Je suis toujours plus ou moins « patraque » et fatiguée, et c’est assez pénible. Je crois que j’aurais besoin de quelques jours de vrai repos…. J’ai pourtant deux bonnes, peu d’enfants à la maison, mais mes journées sont trop courtes pour ce que j’ai à faire, remplies d’occupations et d’obligations multiples. Et encore, le pire est de voir Jacques surmené, surchargé comme il l’est en ce moment, et de ne rien pouvoir faire pour lui venir en aide. C’est à tel point que nous n’arrivons plus à nous voir et à passer quelques heures ensemble. Depuis dimanche, je crois que nous n’avons pas eu deux repas en commun… Lu ces jours-ci un livre que j’aurais voulu lui faire connaître…. Ouvroir tantôt, il y a parfois des choses pénibles, des froissements, des conversations fastidieuses, j’essaie de faire de mon mieux… pour beaucoup de choses, je ne me sens plus en communauté d’esprit avec celles qui, autrefois, furent mes amies. Si je leurs disais certaines de mes pensées et de mes sentiments, elles me traiteraient de révolutionnaire ! Je reviens au livre, dont je parlais tout à l’heure, il est à coup sûr peu banal, c’est le témoignage d’une jeune fille du monde qui pour « servir mieux », pour comprendre la mentalité du monde rural, pour pénétrer la réalité de la vie des champs et se rendre compte de la vie des paysans, a vécu trois mois, comme servante. Elle raconte son expérience de façon intéressante, fait son examen de conscience sur bien des sujets. Beaucoup d’entre nous, moi aussi, pouvons faire le nôtre, et, si nous nous plaignons actuellement de revendications, il faut nous rendre compte qu’elles sont justifiées et que nous avons mérité des reproches. Certains en sont indignés et pourtant !…

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 11 avril 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée assez remplie ; après la messe, le marché. Jacques vient de faire une petite crise d’entérite et ne peut manger de tout. Pierre a été enrhumé et manque d’appétit, aussi je tâche de varier les menus ; il y avait ce matin beaucoup de beau poisson. Thérèse avait eu l’heureuse idée de lever Anne, si bien que j’ai pu me mettre à table en arrivant. Plusieurs personnes sont venues ensuite avec lesquelles il a fallu parler. Assisté à un enterrement ; suis allée ensuite voir la femme d’Henri, toujours souffrante depuis la naissance de son bébé ; elle fait un abcès à un sein et cela ne s’arrange pas vite. Au retour, trouvé ici deux assistantes sociales venues me demander des renseignements sur les mères de familles dont j’ai déposé les dossiers à la préfecture ; cela m’a pris un grand moment, d’autant plus qu’il a fallu leur faire des itinéraires compliqués. Il y a des femmes à visiter dans tous les coins de la commune ! Après cela j’ai tout de même pu déjeuner avec Jacques, chose qui ne m’était pas arrivée depuis dimanche ! Terminé ensuite une lettre à Jean commencée depuis ce matin. Suis allée vers quatre heures chez Maman pour en revenir à six heures. Fait ensuite quelques préparatifs pour mon départ à Nantes demain matin. Tricoté un peu après dîner…voilà la journée terminée….

Samedi matin 6 avril

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1946-04-11). Texte conservé tel quel.

… Hier, voyage à Nantes, essayé le nouveau car, assez commode. Journée fatigante, sans que j’aie grand-chose à y faire. Le trajet était assez long, à cause de tous les détours pour desservir bien des petits pays entre Legé et Nantes. Cela m’a donné quelques heures de loisir pour contempler la campagne à la verdure naissante, les arbres fruitiers tout blancs. Lu aussi et médité le livre dont je parlais l’autre jour… fait des courses une partie de la journée, certaines choses se dont passées mieux que je ne l’avais espéré ; que Dieu en soit remercié. Par contre, vu un moment Andrée Jaffré, et cela m’a été pénible, tant on la sent montée, aigrie, exaspérée contre les gens de la campagne. Le ravitaillement est on ne peut plus défectueux et ceux qui ont faim sont bien excusables d’avoir l’esprit critique, mais il ne faut pas rejeter tout le tort sur les paysans ; les intermédiaires et les trafiquants de marché noir sont bien plus à blâmer, et aussi la galaxie gouvernementale ; On fausse ainsi l’esprit des villes, et cela amènera des troubles un jour. Vu les filles qui sont en bonne santé et bien gaies. Pris le car sans difficulté, seulement j’étais assise auprès d’une glace cassée et cela était un peu pénible ; me suis unie par la prière à ceux qui ont eu froid cet hiver dans des logements mal clos…

Dimanche matin 7

Temps très bleu et très froid ; le vent est glacial…. Nous allons tantôt à la manifestation de la Roche en faveur de la liberté de l’enseignement… Nous déjeunerons chez les Lesaffre, ce sera une détente pour Jacques et un grand plaisir pour moi. Hier, journée sombre et froide, je n’ai guère pu sortir Anne qui n’a pas été de charmante humeur ; de plus, elle voulait aller chez « Mémé », et la pauvre Mémé, comme tous ceux qui le peuvent, a été embauchée par Jacques, pour faire des copies ; elle a ainsi travaillé toute la journée d’hier, Jacques et son personnel ne pouvant plus s’en tirer. Hier, après déjeuner, suis allée passer un moment chez Marguerite, toujours souffrante ; j’ai réussi à lui parler longuement d’elle, ou à l’écouter parler, sans parler de moi et de mes petites misères ; c’est assez difficile, on a toujours tendance à revenir sur soi… seulement j’ai fait des critiques sur d’autres personnes, et il ne le faudrait pas, même si ces critiques sont justifiées…. Continuons à dormir avec la fenêtre grande ouverte, c’est infiniment agréable, même par les nuits froides comme celles que nous venons d’avoir, lorsqu’on a de chaudes couvertures !…

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 8 avril 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Belle journée hier, l’après-midi le vent n’était pas trop froid, et, au meeting, nous avons pu ainsi sans geler entendre les orateurs ; Il y a eu quelques beaux discours : de M. de Meaupou, d’un étudiant d’Angers, qui fut déporté en Allemagne, de M. Marchand, de Mme Goarant, mère de dix enfants, de M. de Las Cases, qui a parlé de façon magistrale et enfin de notre évêque ; tout cela a été très beau, très émouvant et aussi bien réconfortant…. Le défilé a été splendide. Passé un moment à causer avec les Lesaffre. Vu Yves qui est venu me retrouver vers la fin du meeting ; nous avons eu le temps de bien parler pendant le défilé. Il arrive en vacances le mardi saint.

Mardi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 9 avril 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier après-midi voyage à Cugand ; j’ai pu avoir de l’étoffe pour un manteau à Geneviève et en suis bien contente. Je compte sur autre chose pour l’été, dont un manteau pour moi, dont j’ai réellement besoin. Jacques et moi sommes descendus au bord de la Sèvre, c’est un joli coin et la verdure naissante est ravissante. Matinée pénible, j’ai sans cesse été dérangée…

Jeudi 11 avril

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1946-04-11-b pour la distinguer de 1946-04-11.

Jacques a dû déjeuner à Rocheservière mardi, en raison du Conseil de Révision ; il est rentré assez tard, comme nous avions presque fini de dîner les enfants et moi, et il m’a annoncé que nous aurions sans doute le préfet à déjeuner le lendemain, mais rien n’était sûr, la réponse devant être donnée le lendemain matin. J’ai tiré mes plans à l’avance, pour ne pas être prise de court, si bien que hier matin, quand l’acceptation est arrivée, je savais exactement ce que j’avais à faire, et il n’y a eu aucun affolement, seulement cela me faisait huit convives, et il a fallu tuer en vitesse deux poulets, en plus de celui qui était destiné à notre déjeuner familial. J’ai fait une bonne salade de riz, bien assaisonnée, décorée de jeunes d’oeuf et de carottes râpées, ainsi que de persil ; les poulets sautés étaient accompagnés de salade d’endives ; il y avait ensuite des beignets de pommes de terre et des petits pots de crème au chocolat qui ont été, je crois, bien appréciés. Tout s’est bien passé. Le Préfet a été fort aimable, nous avions également M. Valéry, un lieutenant-colonel ; un médecin capitaine, père de huit enfants, très sympathique, un autre médecin, trois secrétaires, dont celui du préfet. Jacques a été bien content. Aussitôt le café pris au salon, les messieurs sont partis, j’ai pu ranger un peu, et suis allée voir Mme Caillaud, qui vient d’être maman d’un petit Henri. Après mon retour, il y a encore eu à faire, j’ai eu des métayers, venus pour le Conseil de Révision, puis Jacques a ramené ici le Préfet et les maires du canton ; M. Valéry est resté assez tard, si bien que je suis allée chez Maman un peu avant le dîner seulement. Aujourd’hui marché, je fais quelques provisions, qui nous arrive demain soir. Cet après-midi, je vais à La Roche.

Il fait de nouveau très froid et le vent est glacial ; les arbres sont cependant en fleurs…

Vendredi matin 12 avril

Jean arrive ce soir, Jacques et moi sommes bien heureux… celui-ci nous paraît bien plus loin de nous que les autres, je puis suivre par la pensée les filles, qui évoluent dans le cadre de mes années de pensionnaire, quant à Yves, il est à Richelieu, très près de nous. Suis allée hier après-midi à La Roche, nous avons maintenant des cars bien commodes, et un voyage à La Roche n’est plus une expédition, comme il y a si peu de temps, alors qu’il fallait supplier un commissionnaire pour avoir une place ou partir de bon matin par l’auto de la poste ! Fait entre 2 heures et 6 heures bien des courses ; je suis aller porter l’étoffe du manteau à faire pour Geneviève, voir Mme Boutelier, avec qui j’ai eu une conversation vraiment intéressante, faire des achats pour les desserts des enfants, pendant les vacances ; il y a des noix, des raisins secs, de la pâte de figue, de dattes ; tout cela est très cher, mais il leur faut des fruits, et nous n’avons presque plus de pommes ; je ne m’en sers d’ailleurs que pour agrémenter les laitages. On voit aux devantures des œufs de Pâques – en carton - où sont les beaux œufs en chocolat d’avant-guerre ? Il y a des bonbons pour les garnir, des bouchées au chocolat, aux fruits, mais tellement chers qu’il est impossible d’y songer ! Vu Yves qui est gai et toujours content, avant son arrivée, vu son professeur qui m’a dit que les choses marchaient à moitié bien, mieux en tous cas qu’au début de l’année, c’est déjà quelque chose. Terminé mes courses à 6 heures moins 10, pour prendre mon car à 6 heures ; j’étais tellement chargée que je ne savais pas comment tenir tous mes paquets, heureusement la Providence, m’a envoyé Marie-Bernadette Lesaffre qui m’a déchargée d’un de mes cartons et m’a conduite jusqu’au car…

Mercredi matin 17

Plusieurs jours sans rien écrire ; travail intensif, abondant ; suis exténuée et voudrais rester sans rien faire…. Il faudrait que je fasse faire pour les filles différentes petites choses, et je ne sais où prendre une ouvrière ; il faudrait que je fasse des copies pour Jacques, qui est débordé d’ouvrage et ne peut s’en tirer. Je me sens submergée par tout cela, et en même temps, si lasse, si lasse ! Samedi, mis en place les vêtements de Jean, fait la cuisine le matin. L’après-midi, suis allée voir Marguerite, qui paraît un peu mieux, et passé un moment chez Maman. Dimanche matin, copié un peu pour l’étude, puis procession et grand messe des Rameaux. Avant la messe, Marie-Annick, arrivée un peu fatiguée la veille au soir, nous a apporté une lettre de Jacquie, disant qu’elle avait grand mal aux oreilles et à la gorge et se sentait réellement fatiguée, aussi, pendant le déjeuner, nous avons décidé d’aller à Nantes la chercher ; il faisait un temps superbe, aussi nous avons emmené Anne, dont c’était le premier voyage là-bas. La Bonne-Mère n’a fait aucune difficulté et nous avons ramené la fille pour dîner, mais auparavant, elle avait été ravie de promener sa petite sœur dans le pensionnat et de la présenter aux maîtresses et aux élèves. Lundi, copié pour l’étude une partie de la journée, réparé un chandail à Jean et commencé à combiner les tricots que j’aurai à faire… Hier matin, Yves nous est arrivé, aussi j’ai eu à mettre ses affaires en place ; après-midi à la Roche montrer Jacquie au Docteur Simonin ; elle n’a rien aux oreilles, mais la gorge est en très mauvais état ; sans doute faudra-t-il lui enlever les amygdales au mois de juillet. Suis ensuite allée chez le dentiste, puis passé un moment chez Mme Lesaffre. Bientôt 11 heures, vais me mettre à tricoter avant de donner un bain à Yves….

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 18 avril 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je commence, non sans peine, à voir un peu plus clair dans mon travail ; il en résulte que Pierre n’ayant pas de chandail, mais pas du tout, il faut que je lui en répare un et en tricote un autre, que je fasse un chandail pour chacune des filles, ceci pour le plus pressé…. Geneviève est arrivée à bon port hier soir ; nous voilà tous réunis…..Aujourd’hui jeudi saint ; les enfants sont à l’office, sauf Jacquie parce qu’il fait froid…

Vendredi Saint

Jacques, Jean et Geneviève viennent de partir pour le Chemin de Croix, Jacquie est montée se coucher, sa gorge va mieux, mais elle a encore besoin de se reposer et de dormir. Je suis allée tantôt à l’église avec Yves et Pierre leur faire faire leur petit chemin de Croix, si bien que les voilà aussi couchés tous deux. Anne doit dormir et je vais avoir un petit moment de calme, ce qui me fera grand bien. J’étais tellement exténuée tantôt que, à part le petit tour à l’église, j’ai préféré ne pas sortir pour ne pas parler et avoir quelques heures de silence, les enfants étant partis chez grand-mère ; j’ai eu hier une après-midi si dure, avec les caprices et les taquineries de Pierre, les cris et les bruits des uns et des autres, que je me sentais incapable de parler aujourd’hui, surtout pour ne rien dire…Après une journée de temps sombre et de petite pluie, le soleil est reparu…. On parle de nous ramener la ration de pain à 200 gr. le mois prochain ! Aujourd’hui six ans que notre petit bien aimé repose au cimetière.

Dimanche soir de Pâques

Nous venons de dîner, les petits sont couchés, et je ne tarderai pas à en faire autant…. J’ai encore à écrire… Commencé avant-hier un chandail à Jacquie, j’ai fait la plus grande partie du dos, mais il y a une bande de tricot Jacquard, et je crains qu’elle manque de souplesse. Assisté hier matin à l’office du Samedi Saint, j’étais arrivée une des premières afin de ne rien perdre de ces magnifiques prières ; quel dommage que ces offices si beaux ne soient guère suivis que par très peu de fidèles ; ici, pas un des enfants n’a manifesté le désir de m’accompagner, et je le regrette bien vivement. Tricoté toute la journée ; suis allée un peu chez Maman, puis au poisson le soir ; cela est affreusement cher, mais il faut nourrir convenablement les enfants pendant qu’ils sont là, et quoi manger d’ailleurs ? Presque plus de légumes, et il faut ménager les pâtes et le riz pour les mauvais jours qu’on nous annonce tout proches. Assisté aujourd’hui à la grand-messe et aux Vêpres ; ce soir, emmené Anne qui a fait des siennes et nous a donné un fou rire quelque peu ennuyeux. Au retour trouvé Pierre et Geneviève Bouliau qui venaient d’arriver ; j’avais par bonheur un gâteau, que Jacques avait apporté hier soir de chez Perrin et des petites galettes faites ce matin par Jacquie, si bien que nous avons eu un goûter presque convenable. Ils sont partis un peu avant dîner ; j’ai eu juste le temps de faire la salade de légumes projetée. Les enfants désireraient faire une promenade demain lundi, mais impossible de mettre tout le monde dans la Simca, peut-être une partie de la famille devra-t-elle prendre le car ?…

Mercredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 24 avril 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Passé la journée de lundi à Saint-Jean de Monts, cela ne m’enthousiasmait guère, je craignais l’affluence dans les cars, et aussi la température pas spécialement printanière ; enfin nous avons eu relativement de la chance, et tout s’est bien passé. Nous avons pris le car à la Roche, Geneviève, Yves et moi, et avons pu nous asseoir, seulement, le car fait tout un crochet par la Chapelle Palluau et Saint-Paul, si bien que les voyageurs en auto étaient arrivés avant nous…. Passé une bonne journée, malgré le vent vraiment froid, sur la plage ; il faisait bon à l’abri de la dune, mais, dans les pins nous avons eu quelque peine à trouver un coin bien abrité, d’autant plus que vers midi de gros nuages sont montés ; nous avons même craint la pluie pendant un moment. Les enfants ont dévoré les tranches de gigot, les œufs durs, les sardines à l’huile avec force tartines – mes tickets de pain – puis se sont amusés un bon moment. Sommes allés ensuite jusqu’à la plage des Demoiselles puis il était temps de repartir. Sommes descendus à Palluau, Jacques, retardé par une crevaison, n’était pas au rendez-vous si bien que nous avons pris la route et filions allègrement quand il nous a rencontrés. J’ai été heureuse de retrouver le soir ma petite chérie qui avait eu tant de peine de nous voir partir sans elle, et pourtant ce n’était pas possible !

Pas fait grand-chose hier, je suis sans cesse dérangée et mon travail n’avance pas. Hier, Jeanne Crochet m’a téléphoné pour me demander d’aller dimanche à Soullans faire une conférence à la L.C.A.F. sur « le devoir civique des femmes », je ne sais pas comment je m’en tirerai…

Vendredi soir 26 avril

Je vais monter me coucher, je suis très lasse, j’ai la tête martelée par une migraine un peu pénible. Après-midi de pluie, ce qui fera grand bien au jardin et aux champs, mais ce n’est pas très drôle de tenir les enfants dans le bureau. Auguste, qui s’ennuie est venu les rejoindre, ainsi que Marie-Annick, et cela faisait beaucoup de monde ; Tous ont besoin de se détendre et de « chahuter », mais quel cris et quel tapage ! Hier matin, procession de Saint-Marc, peu de monde et il pleuvait ; les litanies des Saints et les prières qui suivent sont splendides, mais personne ne les suit, alors que tous devraient chanter en choeur les « ora pro nobis » ou le « rogamus audi nos ». Je n’ai pas vu une femme avec un livre ! C’est tout ce qu’on veut, une petite promenade matinale dans la campagne, en récitant un vague chapelet, mais ce n’est pas la grande prière de l’église, à laquelle tous devraient participer. Hier après-midi départ de Jean ; ce ne sera pas bien long maintenant avant de le revoir, un peu plus d’un mois….Fais copier par Jacquie la « conférence » destinée aux femmes de Soullans, je l’avais bâtie à peu près avant-hier, et montrée hier soir à Jacques ; il croit que cela devrait marcher. Espérons-le !

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 29 avril 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée d’hier bien passée. Nous avons eu très beau temps. Sommes arrivés à Soullans, après un excellent voyage, comme la grand-messe sonnait. L’église est vaste, claire, et l’assistance recueillie. Après la messe a eu lieu la fameuse « conférence » dans une salle de l’école des filles. Tout s’est bien passé, il y avait une belle assistance de femmes et l’auditoire était attentif. Passé ensuite de bons moments en déjeunant et après déjeuner. Pour Jacques, c’était une journée de détente ; les enfants étaient contents de retrouver des camarades, et Jeanne et moi avons évoqué bien des souvenirs.

Hier soir, conduit les enfants au cinéma, le film était très bien, mais il était question d’un enfant mourant d’une pneumonie, il est venu à guérir, d’ailleurs, mais pour moi et pour Jacques aussi, sans doute, cela a été affreux et j’ai eu le pire moment de détresse que j’ai connu depuis longtemps. Aujourd’hui journée très dure, dépression nerveuse, migraine persistante… phobie du bruit, des cris des enfants, du bruit des pantoufles d’Yves sur le plancher du bureau…. Je viens de me coucher et vais dormir.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 1 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Suis tout de même moins lasse, ai dû me reposer le plus possible, ces deux derniers jours… Hier matin, fait des courses, hier après-midi beaucoup travaillé au chandail de Jacquie, mais la jupe de flanelle de Geneviève ne lui va pas, j’en suis bien ennuyée et me demande comment arranger cela. Ce matin, messe de mariage… Déjeuné seule avec Jacques, les enfants étant chez grand-mère, et nous avons pu causer un peu tous deux. Il a décidé de faire ce soir une réunion préparatoire à une conférence en fin de semaine en vue du référendum de dimanche, il y a grand besoin de faire l’opinion. Passé une bonne partie de l’après-midi à faire les convocations, les adresses, si bien que je n’ai pu faire tout ce que j’avais projeté….

Vendredi soir 3 mai

Les enfants sont tous rentrés hier. Les filles sont parties dans l’après-midi et Yves par le dernier car qui, en principe, part dès 8 heures, mais avait bien une heure de retard. La maison paraît grande, surtout après les préparatifs des derniers jours. Il me reste beaucoup à faire encore maintenant : toutes les armoires, bibliothèque, les placards à ranger….Ce matin, j’ai fait la cuisine, Marie et Thérèse s’étant mises en lessive ; cet après-midi, il a fallu aller à la Clopière partager la laine ; demain ce sera à l’Hermière…. Jacques est parti à une réunion qui se tient salle Gandillon, cela l’ennuie un peu, car il y aura sans doute pas mal de monde. Hier soir, ils sont allés à trois faire une petite réunion à Barrot ; il y avait plus de soixante personnes et les auditeurs ont l’air d’avoir compris. Souhaitons que beaucoup comprennent d’ici dimanche.

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 5 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Aujourd’hui le référendum ; quel sera le résultat de cette journée qui peut très bien marquer un tournant décisif dans l’histoire de notre pays. Dieu veuille que la constitution soir repoussée afin que nous gardions tout de même un peu de liberté. Que Marie, reine de France, dont c’est actuellement le mois, nous vienne en aide et nous sauve. Jacques s’est donné beaucoup de peine afin de faire comprendre aux électeurs où est leur devoir ; la conférence de vendredi soir a été très écoutée et intéressante paraît-il. Celle d’hier soir, à la Marinière, avait bien une centaine d’auditeurs. Deux autres équipes opéraient dans d’autres coins de la commune. Dieu ne peut laisser ces efforts sans résultats. Avec tout cela, voilà encore une journée où Jacques sera pris jusqu’au soir ; il a déjeuné trois fois hors de la maison cette semaine, vendredi soir nous n’avons pu dîner ensemble, je ne peux plus arriver à le voir et à causer avec lui et c’est un peu pénible. Hier, suis allée à l’Hermière, il ne faisait pas trop chaud, cependant le trajet m’a beaucoup fatiguée tant je suis peu vaillante actuellement. Jacques, qui avait déjeuné à Belleville, a eu fini des affaires plus tôt qu’il ne pensait, et il est venu me chercher là-bas ; j’ai trouvé si agréable de pouvoir causer avec lui pendant tout le trajet que j’ai filé dans les fermes ensuite, et ne sommes rentrés que pour dîner… la récolte de blé s’annonce très belle ; puissions-nous ne pas avoir les mêmes ennuis que cette année ! Vendredi soir, un orage assez fort, j’étais couchée et ai été obligée de me lever pour rassurer Pierre qui avait grand peur des éclairs ; heureusement, Anne ne s’est pas réveillée ! Aujourd’hui, je vais avoir un dimanche à moi, et cela me paraît bien agréable ; j’irai seulement au dépouillement du scrutin ce soir….

Mardi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 7 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Vais monter me coucher d’ici quelques minutes, suis lasse et ai besoin de repos. Mauvaise journée à bien des points de vue. Nous arrivons de Nantes, avons dîné et j’ai couché les petits. Thérèse n’étant pas là, elle assiste à un mariage…. Couru les magasins pour ne rien trouver de ce que je voulais, ou des choses tellement chères !… Il faut près de 4000 fr. pour avoir un imperméable à Jean. Je suis affolée de tout l’argent qu’il faut mettre ! Hier, une journée bien remplie, je suis allée chez Marguerite, chez Mme Baron, un peu chez Maman.

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 9 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je voudrais avoir une journée entière sans sortir d’ici, cela me ferait tellement de bien, sans bouger et aussi sans parler… Hier, matinée très remplie – elles le sont toutes du reste - après-midi aux Sables. Avions emmené Anne qui a été ravie de voir la mer, elle a tout reconnu là-bas. Cela m’a fait plaisir aussi… Ce matin, rangement, écrit à Jean, à grand peine. Après-midi à La Roche, je suis éreintée, et vais me coucher, aussitôt qu’Anne sera endormie….

Dimanche matin 12 mai

Aujourd’hui, fête de la Victoire ; il y a eu un an mercredi, qu’on a cessé de se battre et c’est tout ; il n’y a de paix encore nulle part et l’avenir est bien sombre. Le résultat du référendum est excellent ; la Vendée arrive au tout premier rang, avec 71% de non, mais ce n’est pas là le plus important ; la bataille se jouera pour les élections, et, d’ici là, ce sera la grande lutte ; les listes sont constituées et déposées ; qu’en sortira-t-il ? Je suis demandée pour parler le dimanche 26 aux femmes de l’Herbergement, et me demande bien ce que je leur dirai ; on ne peut pas prendre position pour une liste ou pour une autre ; il faudra seulement leur rappeler le devoir de voter et de bien voter. En attendant, ne suis pas bonne à grand-chose ces jours-ci ; mon voyage à La Roche, jeudi, m’a mise complètement à plat….

Mardi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 14 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée de pluie hier…. Suis restée seule une grande partie de la journée, j’ai pu beaucoup travailler, lire et méditer, cela m’a fait le plus grand bien…

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’arrive de La Roche, et, par extraordinaire, ne suis pas trop fatiguée ; pour cela, il a fallu me ménager, marcher lentement, et surtout ne rien porter de lourd ; heureusement, Auguste était là, c’est lui qui m’a porté ma valise, et cela m’a bien rendu service. Vu Yves qui est aussi bien que possible…. Mardi, suis allée à la Côtrelière….

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 17 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

La salle à manger a été retapissée hier et ce matin ; il y a eu bien à faire pour débarrasser, puis tout remettre en ordre, mais maintenant tout est propre et en ordre, et la pièce, avec sa tapisserie claire, paraît toute renouvelée. Ce n’était pas du luxe ; il y avait vingt ans que l’ancien papier était posé ; il était terni, délabré par endroits, déchiré à bien des places, je reconnais qu’il était urgent de le remplacer, mais, au fond de mon cœur, je regrette le papier bleu, son mimosa et ses petits oiseaux, que les enfants étaient si heureux de découvrir… Hier, voyage à la Roche, n’ai pas été trop fatiguée, grâce à Auguste qui m’a porté ma valise. Aujourd’hui, visite à Marguerite, puis suis allée à la Bardinière où le bébé, si malade l’autre jour, est totalement rétabli. Ce matin pluie, cet après-midi il faisait moins froid…

Dimanche matin 19

Il pleut presque sans cesse depuis quelques jours ; la campagne, très verdoyante, regorge d’eau et les cultivateurs commencent à se plaindre de ce que la terre étant trop mouillée, ils ne peuvent faire les haricots. Puisse vite venir le soleil et sa chaleur bienfaisante. Je me sens tout de même mieux ces jours-ci… Je voudrais bien que cela dure. La grand messe ne va pas tarder à sonner ; Oncle Gaston et Tante Juliette sont arrivés vendredi soir, nous avons dîné avec eux chez Maman hier soir et tous viennent déjeuner ici ce matin, aussi m’a-t-il fallu faire un peu plus de cuisine. Semaine chargée : demain Jacques et moi allons déjeuner à Mortagne, mardi, c’est le mariage de mon filleul, mercredi, je pars à Nantes jusqu’à jeudi soir, afin d’assister à la réunion des anciennes élèves… Aujourd’hui, fête d’Yves et anniversaire de sa Communion Solennelle…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 20 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Voyage à Mortagne aujourd’hui, d’abord parce que les Renou pouvaient me fournir du tissu pour les enfants, ce dont j’ai toujours si grand besoin, ensuite parce que Berthe nous avait invité à déjeuner, et que cela nous faisait plaisir de passer la journée avec eux. Journée de détente pour Jacques, et de grande joie pour moi : nous avons pu causer tous les deux en auto, ce qui nous arrive bien rarement…. Rapporté quelques bons métrages d’étoffe ; cela représente des tabliers, des robes, des chemises, des pyjamas.

Vendredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 24 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Arrivée de Nantes hier soir ; suis éreintée et aurais grand besoin de calme ; et voilà que Caty, son mari et leur petit fille nous arrivent ce soir pour un temps indéterminé. Je m’en remets à la Providence et tâcherai de faire de mon mieux. Mardi, voyage de mon filleul ; bon déjeuner, ai dansé ensuite. Je me suis embarquée pour Nantes mercredi matin ; fait bon voyage ; toute la journée fait des courses ; vu les filles de 4 heures et quart à cinq heures. Dîné chez Andrée Jaffré, qui milite actuellement pour le M.R.P. et ne songe plus guère qu’à cela, ainsi qu’à un départ problématique pour l’Indochine. Hier, passé une bonne partie de ma journée à Chavagnes ; messe de Communion, très belle, quoique je n’aime pas énormément les messes en musique, petit déjeuner dans notre réfectoire d’autrefois ; vu ensuite pas mal d’anciennes, mais pas celles que j’aurais eu tant de plaisir à voir ; déjeuné dans les réfectoire des demi-pensionnaires ; quelques conversations intéressantes. Passé un moment à la kermesse avec mes filles, fini mes courses et suis allée prendre le car. Je suis bien lasse.

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 26 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Caty, son mari et sa petite fille nous sont arrivés hier soir ; la petite est mignonne et bien forte ; pour le moment, il s’agit de tout organiser pour que leur installation ne soit pas trop défectueuse, seulement il pleut et impossible aujourd’hui de descendre la pouponne au jardin. Vendredi, suis allée chez Maman une partie de l’après-midi. Hier visite à Marguerite. Les Granger arrivent ce soir, mais nous ne les verrons que demain, au mariage de la Clopière – pourvu qu’il ne pleuve pas ! Je suis demandée pour faire cet après-midi une conférence à l’Herbergement, après quoi nous assistons à une pièce à Saint-Denis, mais en partirons très tôt pour aller à une réunion à La Roche si bien que nous mangerons seulement quelques tartines en route. Hier soir, réunion communiste ; M. Baron est venu chercher Jacques et quelques autres pour y assister ; la séance a été plutôt houleuse, s’est terminée assez tard, et Jacques a mal à la gorge ce matin.

Le chandail de Pierre n’a guère avancé cette semaine, heureusement il ne fait pas chaud et il peut encore porter son chandail d’hiver.

Jeudi – Jour de l’Ascension

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 30 mai 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

B

Bien des jours sans rien écrire. J’ai été très prise cette semaine…. Dimanche, pluie une partie de la matinée ; après déjeuner sommes partis pour l’Herbergement, il y avait peu de monde à la conférence, quelques auditrices seulement ; de là, nous avons filé à Saint-Denis, où nous avons assisté à la plus grande partie de la représentation donnée pour l’inauguration de la salle de patronage, qui paraît fort bien, mais nous sommes partis avant la fin, afin d’assister à La Roche, à une réunion politique ; nous avons mangé quelques tartines dans l’auto, et sommes arrivés assez tôt. La réunion a été assez houleuse : discours, contradiction et nous sommes sortis peu avant minuit. Le lendemain, mariage de Marthe Richard ; quelques grosses averses le matin, puis le temps s’est maintenu beau à peu près toute la journée. C’était un triple mariage, et c’était un joli spectacle que ces trois mariées, trois belles filles d’ailleurs, habillées de façon semblable, seulement il y avait beaucoup de monde aussi le repas a commencé fort tard et a été très long. Nous sommes arrivés ici un peu après 10 heures, et, au départ, les préparatifs du dîner n’étaient pas encore. Mardi, j’étais très lasse et je comptais me reposer, mais j’ai eu pas mal à faire le matin, et, l’après-midi, ai dû courir dans les champs, avec Armand Lambert et André Boyer, pour capturer un essaim d’abeilles. Dîné ensuite chez Maman. Oncle Gaston et Tante Juliette sont partis hier matin ; les Granger déjeunent demain matin et partent ensuite ; nous sommes ici un peu plus au calme, mais je ne sais combien de temps Caty et les siens comptent rester. Jean arrive après-demain soir, il a encore une journée de concours demain ; beaucoup prié pour lui ces temps-ci.

Dimanche 2 juin

Jean est arrivé à bon port hier soir, il n’a pas l’air trop fatigué par ses quatre jours de concours, et nous reste ici jusqu’au 14, mais quel sera le résultat et quand l’aurons-nous ? Aujourd’hui, les élections, tout a été très calme ici, mais c’est toujours la vie du pays qui est en jeu ; passé un moment ce soir à la mairie pour le dépouillement du scrutin ; la commune a voté M.R.P., mais cela a peu d’importance, c’est l’ensemble de la France qu’on doit voir. La radio diffuse quelques résultats, d’autres arrivent par téléphone ; demain matin, nous aurons les résultats définitifs….

Reçu à déjeuner vendredi Maman et les Granger, après quoi suis partie avec eux à la Roche pour faire quelques courses et en revenir par le car ; vu Yves qui va bien. Il est déjà tard, vais dormir, suis un peu mieux ces jours-ci, mais la tension est un peu faible ; le docteur me dit de me reposer. Hier, le 21e anniversaire de nos fiançailles.

Mercredi soir 5 juin

Beaucoup de choses en quelques jours et pas eu le temps d’écrire – ou presque. D’abord les élections de dimanche, suis allée au dépouillement du scrutin, qui a été assez vite terminé ; nous avions nos résultats assez tôt et ai pu dîner avec tout le monde. Pour la Vendée, 2 P.R.L. ; 2 M.R.P., un S.F.I.O.. Le soir nous avons eu quelques résultats, mais, dès le lendemain, le résultat d’ensemble était connu. Le M.R.P. arrive en tête et gagne pas mal de sièges ; le P.C. en perd 6, les Socialiste 14 ou 15. Il faut maintenant attendre les événements et nous confier à la Providence.

Lundi, rien de bien neuf. Hier le mariage de Joseph. Par bonheur il a fait beau, la mariée était très gentille ; il y avait un joli cortège et une belle messe solennelle. Nous avons assisté au déjeuner et au dîner, dansé entre temps, et aussi après, puisque nous ne sommes rentrés ici qu’à 4 heures alors que le jour commençait à poindre. C’était très gentil, très gai et très vivant ; tout le monde dansait avec beaucoup d’entrain, les jeunes et les moins jeunes. Jacques s’y est même mis, et ne s’en tirait pas plus mal qu’un autre. Jean s’est lui-même laissé faire et n’a pas trop fait le sauvage. Cela a été une très gentille fête et nous nous sommes bien amusés. Seulement, aujourd’hui, il a fallu remonter Auguste qui avait le moral très bas, il a passé hier une journée très dure et était ce matin quelque peu déprimé ; il a besoin qu’on s’occupe de lui, qu’on le stimule, et ce n’est pas facile. Que Dieu m’assiste dans cette tâche qui est grande.

Lundi soir 20 juin

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 20 juin 1946 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Tant de jours sans écrire ; j’ai été débordée de travail ces jours derniers ; mon tricot ne peut avancer et il m’est très rare d’avoir un instant de solitude…. La maison est pleine, et quelque peu bruyante, et il me faut combiner des menus copieux, et garder un peu d’ordre ici, ce qui n’est pas précisément facile. Jeudi, je suis allée à La Roche, voyage dont je me serai bien passée, mais qui m’a permis tout de même de faire quelques courses. Vendredi, Jean, Caty et son mari ont passé la journée à Nantes, je me suis occupée de la petite, et cela a été une vraie joie pour moi que de la changer et de lui faire prendre ses biberons. Les filles sont arrivées ce même jour pour déjeuner. Samedi, sommes allés à Richelieu pour la cérémonie de la seconde Communion d’Yves, seulement, il pleuvait à verse depuis le matin ; Geneviève et Jean qui ont dû se rendre à La Roche en bicyclette ont été copieusement trempés ; quant à petite Anne, elle a fait une belle colère, parce que elle ne voulait pas me laisser aller à la Communion. Nous avons vu pas mal de monde là-bas et sommes revenus ici pour déjeuner. Passé l’après-midi à chanter et à parler avec les enfants. Le soir deux Jacistes sont venus pour me demander de faire ce matin une petite causerie sur l’hygiène prénatale, je me suis mise immédiatement à l’ouvrage, et j’ai réussi à bâtir quelque chose que j’ai mis au net dans la journée d’hier, ce qui m’a obligée à bien me presser. Hier, après déjeuner, sommes allés chez Mme Baron manger un gâteau pour que les pensionnaires participent un peu au mariage de Joseph. Ce matin, débité aux Jacistes ma petite conférence, elles ont eu l’air de comprendre. Cet après-midi, les trois grands, Caty et son mari sont allés à la Métairie avec la famille Baron…

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 27 juin 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les enfants sont tous partis, Jean lui-même nous a quittés ce soir pour aller coucher à Nantes et regagner Versailles demain. Les filles et Yves sont partis hier matin, seulement j’ai beaucoup de rangement à faire dans la maison, beaucoup de travail en perspective, et il nous faut faire des projets pour Les Sables. Jacques et moi y allons demain afin de combiner certaines choses, après cela on verra ! Mardi, le mariage de l’Hermière, il a fait relativement beau, et, tout s’est bien passé, quoi que l’ambiance ait été moins agréable qu’au mariage de Joseph ; les deux repas ont été copieux et plutôt longs ; quelques chansons assez bien, mais certaines n’étaient pas du meilleur goût. Les filles ont dansé et cela les amusait. Avant le dîner, pendant qu’on préparait les tables, les jeunes ont fait des rondes et c’était assez gentil. Nous sommes partis aussitôt dîner, mais il était déjà minuit. Jacques a emmené d’abord les filles et Pierre, tandis que Jean filait à bicyclette ; Yves et moi sommes partis à pied, nous donnant le bras et chantant au clair de lune. En arrivant, j’ai fait les bagages des pensionnaires si bien que nous nous sommes couchés à 1 heure et levés à 5, ce qui était plutôt pénible…. Aujourd’hui cela va mieux…

Lundi soir 17 juin

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1946-06-27). Texte conservé tel quel.

Pas de temps pour écrire tous ces jours-ci, mes journées sont gaspillées par des tas de petites choses et d’occupations diverses… La cuisine me prend une grande partie de mes matinées… Je voudrais nourrir convenablement mon monde, alors que les ressources sont limitées. J’y arrive, mais à condition de me creuser la tête et d’exécuter ensuite. Aussi ce matin, il valait mieux mettre en rissoles quelques petits restes de poisson, sardines et pâtes que de les présenter comme tels, d’autant plus qu’ils auraient été insuffisants, seulement il a fallu le temps de le faire ! Ne sais plus ce que j’ai fait vendredi, rien d’extraordinaire sans doute ; Samedi, suis allée voir Marguerite et passer un moment chez Maman. Hier, c’était le premier anniversaire de mariage de Caty et Mladen, j’avais invité Maman à déjeuner, et décidé de les fêter un peu, les enfants leur ont offert des fleurs, il y avait des crevettes, des palourdes, un rôti avec des légumes, une glace. Cela leur a peut-être semblé moins dur, alors qu’ils sont loin des leurs. Hier après-midi, suis allée au Printemps et passée au retour par l’Espérance et la Jamonière, faire quelques visites….

Repris à peu près mon équilibre au sujet de mes exercices religieux et de la vie intérieure qui m’est plus nécessaire que tout….Pas repris encore mon équilibre au point de vue nerveux, il y a des choses, des conversations, des mentalités qui m’exaspèrent…

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 19 juin 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier après-midi à La Roche, fait quelques courses et suis allée voir le jeune ménage Joseph Baron ; vu Yves quelques minutes. Je comptais voir aussi Mme Lesaffre mais elle était sortie, suis allée devant la Préfecture, m’asseoir dans l’auto, en attendant Jacques qui était au Conseil général et j’ai eu là une heure de tricot, de lecture et de tranquillité, un moment vraiment délicieux. Ce matin, fait sept pots de gelée de castilles, cet après-midi suis allée chez Maman ; certaines choses s’arrangent.

Chavagnes – samedi soir 22 juin

Me voici installée pour trois jours de retraite… Jacques est venu me conduire en compagnie d’Auguste qui n’était pas fâché de revoir un peu Chavagnes. Nous avons eu quelques petits incidents pour arriver et avons failli rester en panne d’essence ; tout s’est bien arrangé. Je suis installée dans une petite chambre d’une austérité toute conventuelle, mais suffisamment agréable puisqu’il s’agit de prier, de méditer et de travailler. Il y a deux lits, je serai seule cependant – je l’espère – une commode, une table de toilette, et une petite table suffisante pour écrire. Deux fenêtres, dont l’une donne sur le chevet de l’église paroissiale, l’autre au-dessus de al porterie, sur la campagne….

Beaucoup travaillé ces jours derniers ; il me faut une veste pour partir aux Sables ; j’en ai fait le dos en deux jours, mais il y a tout le reste à faire, aussi j’ai laissé en souffrance tous les autres tricots.

Mercredi matin 26

Je viens de remettre au net toutes mes notes de retraite…. La retraite s’est bien passée ; nous avons eu dimanche matin, avant la dernière instruction, une messe basse et une très belle grand-messe ; puis des exercices selon l’horaire approximatif de toutes les retraites. Des sermons intéressants… Il y avait particulièrement, le soir, une petite revue de la journée tout à fait intime et pleine d’intérêt… Je n’oublierai pas non plus les messes dialoguées, ni l’offrande des hosties comme ce matin… c’est tellement plus prenant que ces messes où le prêtre a l’air d’officier pour lui-même. Comme milieu, c’était agréable et gai, nous retrouvions, par moments, des âmes de pensionnaires et les religieuses ont été charmantes. Beaucoup parlé avec Mme Mignen du fils qu’elle a perdu ; cette douleur semblable nous a rapprochées, mais c’est bien plus terrible pour elle, en même temps que si beau !

Dimanche matin 30 juin

La grand-messe ne va pas tarder à sonner et nous avons aujourd’hui la seconde procession de la Fête-Dieu, avec les reposoirs de la route de Palluau. Il fait un temps superbe, l’été s’est tout de même décidé à nous arriver, au moment hélas, où les jours commencent à décroître…. Je reprends en vitesse les jours passés… mercredi matin, une fois la retraite terminée, passé la plus grande partie de la matinée dans ma chambre à mettre au net mes notes… Suis allée au petit Séminaire, où j’ai vu Mgr Soulard, lequel m’a reçu avec toute l’affection qu’il porte à Jacques et à sa famille. Avons quitté Chavagnes vers midi, pour arriver à la Roche au début de l’après-midi. Passé un petit moment chez les cousines, fait quelques courses, puis, n’ayant plus rien à faire, suis allée m’installer à Richelieu, où les Sœurs m’ont donné l’hospitalité du parloir, si bien que j’ai attendu bien tranquillement la récréation d’Yves. Pris ensuite le car pour arriver ici à 7 heures. Trouvé tout mon monde en bonne santé, il ne s’était rien passé d’anormal pendant mon absence, et je n’ai eu qu’à reprendre la maison en main le lendemain. Jeudi après-midi, un coup de téléphone d’Aline faisait savoir à Caty et à son mari que leur retour à Paris était urgent. Ils sont donc partis vendredi matin, ce départ était navrant, et nous étions très attristés de les voir partir dans ces conditions. La maison maintenant nous paraît assez vide sans eux. Fait pas mal de choses depuis mon arrivée, plusieurs visites dont certaines ont été pénibles… Nous finissons de déjeuner, après avoir assisté à la procession de la Fête-Dieu, participé est un grand mot, car il est impossible malgré certaine bonne volonté, d’avoir une participation quelconque ; les fidèles ne prient pas, et, pour la plupart, ne chantent pas ; c’est vraiment pénible, mais, ce qui est pire encore, c’est que les bénédictions, et il y en a eu encore cinq aujourd’hui, sans compter celle donnée à l’église au retour, se donnent uniquement pour les hommes, les femmes, jeunes filles et enfants sont relégués de façon à ne rien voir et presque rien entendre de la cérémonie, si bien que je me suis promis, pour l’année prochaine, de ne pas faire la procession avec les autres, mais de la suivre à distance, de façon à mieux y participer, ce qui me paraît paradoxal mais réel…. Maman compte emmener les enfants chez elle aussitôt les Vêpres, et je vais en profiter pour faire un rangement à fond de mon bureau et de ma travailleuse, chose que je n’arrive jamais à faire.

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 1 juillet 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée assez remplie. Marie et Thérèse étant parties bêcher des carottes à l’Hermière, j’ai dû faire le travail de la maison…. Chaleur accablante aujourd’hui… Ce soir arrosage du jardin…

Dimanche matin 7 juillet

Pas pu écrire de toute la semaine, tellement j’ai été prise et tellement le travail me pressait, je voulais finir ma veste de tricot pour vendredi ; j’y suis arrivée avec bien de la peine…. Nous partons aux Sables après-demain. J’appréhende beaucoup cette installation et ce séjour là-bas… Je ne sais pas du tout comment nous allons nous organiser, ni quand se fera le déménagement, ni les réparations. Jusqu’au 15 juillet, il ne faut pas parler à Jacques de quoi que ce soit tant il est pris par son travail. Le 16, il faudra que je revienne ici pour l’opération de Jacquie. Je suppose que Maman viendra un peu aux Sables ainsi que les Granger, et je suis à peu près sûre que je regretterai par moments le campement de l’année dernière, où, à défaut d’autre chose, j’avais du moins la liberté et la paix. Hier, une journée très dure, beaucoup de choses empoisonnantes, des ennuis de toutes sortes…. Pour comble de malheur, la bonne de Maman déclare qu’elle ne peut pas s’habituer et voulait partir tout de suite ; j’ai fini par la faire patienter un peu, et je crois qu’elle ne partira pas avant le 15 juillet ; mais où en prendre une autre ?…

Quoi dire de ma semaine ? Suis beaucoup allée chez Eugénie Robin, très souffrante ainsi que son bébé. Mardi soir, elle m’a fait dire que la petite était très malade, avec un abcès au cou ; elle avait 40° et l’enflure s’étendait tout autour du cou, qui était rouge et enflammé ; l’enfant paraissait de plus en plus mal. Dans la nuit, la mère a failli mourir d’une hémorragie et personne pour s’occuper des deux malades. Depuis, une cousine est arrivée les soigner, mais la situation est toujours grave. L’abcès va mieux mais la petite, qui ne prend que très peu, est faible et il faut la remonter avec du sérum…

Jeudi matin, reçu Mme Baron qui m’a raconté bien des choses, puis Auguste qui m’en a raconté d’autres. Je voudrais bien faire plaisir à tous, faire du bien à tous.

Aujourd’hui les 12 ans d’Yves…

Les Sables, mercredi soir 10 juillet

Nous voilà installés ici jusqu’au 15 août sans doute. Nous avons retrouvé nos deux petites chambres au-dessus du garage et notre cuisine- salle à manger – fourre-tout à la cave ! C’est un petit ennui ! J’espère que les choses vont s’arranger avant la fin de ce séjour, et que nous retrouverons une autre fois une maison en ordre et à peu près confortable. Fait beaucoup de choses lundi, aussi j’étais quelque peu « claquée » le soir… Yves est arrivé pour déjeuner, content de ses cinq nominations : deux prix, trois accessits. Mercredi matin, il y a eu encore bien à faire, d’autant plus que j’avais encore quelques courses. La petite Robert n’est pas mieux – sans être cependant plus mal - …. Mercredi après-midi, sommes allés Yves et moi prendre le tain à La Roche vers 5 heures et demie. Nous étions ici de bonne heure. Sommes venus nous installer ici ; avons dîné très rapidement et commencé à faire les lits en attendant l’arrivée des autres voyageurs ; Anne était ravie mais très énervée et ne pouvait arriver à s’endormir. J’ai organisé le plus gros hier soir et ce matin l’installation a été vite terminée. Il y a aujourd’hui des courses à faire et quelques questions à régler. J’ai réglé celle de la glace et j’en suis bien contente ; celles du lait et du pain le seront demain sans doute ; il y a des légumes et des fruits en quantité, mais très chers, et jusqu’ici, moins de poisson que l’année dernière. Je crois que nous nous arrangerons cependant. Réglé aussi différentes choses avec M. Conté hier soir ; nous aurons sous peu la chambre des filles, et c’est déjà quelque chose ; nous pensons aussi faire sans tarder les réparations urgentes de la cuisine, si bien qu’aussitôt leur départ, nous pourrons nous installer convenablement.

Une très bonne journée sur la plage ; il faisait délicieusement beau, pas trop chaud et la mer était ravissante. J’ai bien peur qu’Anne ait pris quelques coups de soleil !

Dimanche matin 14 juillet

Premier dimanche ici ; assisté à la messe de huit heures avec Yves, nous rentrons du premier coup dans nos habitudes de l’année dernière… Je me retrouve avec plaisir à ma petite table à écrire bien que je sois, encore cette année, obligée de la tirer à cause du lit d’Anne qui encombre un peu la chambre. Bien des choses se sont améliorées… La chambre des filles a été donnée avant-hier. ; Yves y a couché cette nuit, cela nous a donné un peu plus de place, mais pour ceux qui arriveront bientôt, il n’y aura pas de lits, seulement des matelas et cela n’a rien de confortable. Nous avons de la glace autant que nous voulons et cela m’arrange bien… vu hier la bouchère, qui a de la viande à volonté chaque jour. J’ai pu avec bien des pas et quelques soucis, obtenir des cartes de lait pour les enfants ; nous aurons chaque jour 1 litre un quart ; de cette façon, Anne n’en manquera pas ; elle mange déjà mieux, arrive à faire un déjeuner presque convenable, si bien que je l’ai mise à trois biberons par jour. (à trois ans ! pas étonnant que j’ai été dégoûtée du lait après !)

Pas de nouvelles du Poiré depuis jeudi, ce jour-là, j’ai eu une lettre de Jacques et Auguste est venu passer une partie de la journée ici ; il est allé sur la plage, s’est baigné et a déjeuné avec nous – dans notre cave ! Je ne sais pas si Jacques vient ce soir ou demain avec Pierre et Geneviève ; en tous cas je regagne le Poiré après-demain pour l’opération de Jacquie ; je voudrais cela passé ; J’avais pensé emmener Anne pendant ces quelques jours, mais ne sais si je vais vraiment le faire ; il y a eu quelques jours de grosse chaleur ; elle a eu des coups de soleil sur les joues, les bras, les cuisses, mais, depuis deux jours, il fait moins chaud et elle est mieux ; elle dort bien et, sauf caprice, mange convenablement. Nous dormons avec la fenêtre du balcon grande ouverte ; au cours de la nuit, je suis obligée de me lever pour tirer un volet afin que la lune ne vienne pas réveiller la petite fille, mais le matin, le réveil est un délice…. Passé de bons moments sur la plage, je lis, je tricote, je prie, je contemple la mer toujours si belle…. Je lis la Messe dans mon lit aussitôt réveillée et je m’arrange pour avoir, dans la matinée, un petit moment de méditation, soit à l’église, soit à Sainte-Marie du Port.

Le Poiré, jeudi matin 18

De nouveau ici. Je reprends en vitesse les derniers jours ; le temps me manque. Dimanche après-midi, conduit Yves à la bibliothèque, puis avons assisté aux Vêpres avec Anne, qui a été sage, bien que sa présence ait nécessité une sortie au début de la bénédiction. Ensuite, beaucoup de vent, temps médiocre, sommes allés sur el Remblai ; entrés un moment chez les Renou ; là, Anne s’est endormie, et j’ai dû la porter pendant une grande partie du trajet. Fait goûter les enfants en arrivant, puis Jacques est venu avec Geneviève, Pierre et Jean, qui a échoué à son concours. Grosse déception, pour lui surtout ! Il fallait l’année dernière avoir 66 points, il en a eu cette année 631 et on en a exigé 650 ! Avons fait une bonne promenade autour du port ; sommes revenus de La Chaume en barque ; Anne était ravie. Organisé ensuite le couchage, avec trois matelas parterre tout s’est arrangé. Jacques et Jean sont partis très tôt. Journée assez peu agréable, beaucoup de vent, froid le soir !

Partie des Sables à 10 heures et demie, mardi matin, pris à La Roche le car de midi pour venir déjeuner ici, puis reparties aussitôt Jacquie et moi. Vu le docteur chez lui, puis sommes allées à la clinique, attendu assez longtemps, opération à 5 heures et demie. Jacques est venu me chercher, sommes rentrés vers 8 heures. Hier matin, repartie par le car, et ramené Jacquie avant déjeuner. Après-midi pas trop mal, mais mauvaise nuit, souffre de la tête, gorge, oreilles et mâchoires ; ne peut avaler ; pas de fièvre cependant. Quelques mauvaises journées à passer.

Demain, déménagement du reste du mobilier pour Les Sables ; préparé beaucoup de choses aujourd’hui. Suis lasse…

Les Sables, dimanche 21 juillet

De retour ici depuis vendredi ; je voudrais bien rentrer au Poiré demain soir, afin de voir comment va Jacquie, la conduire au docteur et la ramener ici vendredi matin, mais je ne sais comment les choses vont s’arranger à cause des réparations qui restent à faire et des ouvriers à surveiller. Les locataires sont toujours ici et occupent le rez-de-chaussée ; pour comble de bonheur, leur petite fille est malade, sans doute les oreillons, mais je voudrais bien qu’ils puissent partir aussitôt cette enfant guérie, tout serait simple ensuite. Laissé Jacquie mieux portante vendredi….

Vendredi la journée a été assez dure avec le déménagement à charger ; pour ma part, je n’avais peut-être pas grand-chose à faire, mais beaucoup à monter et à descendre et j’étais à l’avance très fatiguée. Il a fallu déjeuner en vitesse avant de partir ; Arrivés ici vers deux heures, nous comptions trouver les réparations bien commencées, et rien était fait, aussi retard considérable. Passé l’après-midi à tout mettre en place ; le soir tout était organisé, mais la salle à manger était dans le garage, jusqu’à quand ? Hier matin, fait des courses, rangé du linge…. Je pense que Jacques et Jean vont venir ce soir. Jean a échoué à son concours, c’est pour lui une grosse déception. Que va-t-il faire maintenant ? Nous n’en parlons pas encore, mais bientôt il va falloir poser la question…

Mardi soir 23 juillet

Dimanche matin, quelques instants agréables à la plage, mais il était l’heure de rentrer déjeuner. Conduit les enfants ensuite à la bibliothèque, il y avait foule et il a fallu attendre très longtemps, si bien que, ayant désiré assister aux Vêpres, nous sommes arrivés juste pour la bénédiction. Après-midi désagréable, il faisait froid ; emmené les enfants faire un petit tour sur la plage ; au retour, avons trouvé Jacques et Jean qui arrivaient et nous avait même amené Jacquie, un peu pâlotte il est vrai, mais assez solide. Elle souffre moins de la gorge mais n’a guère d’appétit.

Hier, pluie presque toute la journée ; sommes restés en haut avec les enfants ; après el goûter, le temps étant meilleur, les petits sont allés sur la plage. Jacques est parti vers 6 heures, emmenant Jacquie, Jean étant parti par un car, afin d’avoir quelques heures à La Roche. Je comptais partir moi aussi hier soir, et passer quelques jours au Poiré, mais je me suis décidée à rester à cause des ouvriers qui travaillent ces jours-ci à la cuisine ; nous avons eu aujourd’hui menuisier, plâtrier, maçon, demain, je pense, viendra le plombier. Le résultat est que je ne suis pas sortie de la journée et pourtant, le temps s’étant mis au beau, il devait faire bien bon sur la plage… J’ai profité de ce que j’étais obligée de rester ici pour faire pas mal de petites réparations et de choses que je ne peux pas faire sur la plage, mais cela ne m’a guère reposée, et je ne sais comment je pourrais bien faire pour me sentir moins lasse ; j’ai des battements de cœur encore ces jours-ci et cela ne va pas du tout ; et encore, je n’ai que quatre enfants ici et Thérèse fait tout le travail de la maison…

Dimanche matin 28 juillet

Jacques et Jean, sont arrivés hier soir nous surprendre ; nous étions tous couchés et les garçons dormaient, seulement une arrivée impromptue n’est pas un grand branle-bas comme l’année dernière, il y a assez de lits pour nous coucher tous, et cela fait tant de plaisir de se retrouver au complet. Ce matin, le Papa et les enfants se sont levés de bonne heure, pour assister à la messe de six heures, déjeuner en vitesse et partir à la pêche ; il fait un temps ravissant et ils passeront sur les rochers une matinée bien agréable qui leur fera à tous le plus grand bien ; quant à moi, assisté à la messe de huit heures, fait le marché en revenant, puis vais passer maintenant une matinée bien tranquille à écrire… Passé une semaine pas très agréable, ne suis guère allée sur la plage que la journée d’hier ; il a fallu, presque chaque jour, rester ici à cause des ouvriers qui pouvaient avoir besoin de renseignements, et, quand le temps était beau, cette réclusion forcée me pesait un peu, bien que l’ouvrage à faire ne m’ait jamais manqué ; j’ai au contraire, une telle montagne de tricots en perspective que je ne sais pas très bien comment j’arriverai à tout, il faudrait que les filles m’aident un peu pour cela ; Geneviève fait bien un petit chandail pour les œuvres, mais Jacquie entend ne rien faire sur la plage. Elle n’a pas encore compris. Suis allée au Poiré mercredi soir, pris à 5 heures 20 un car bondé, où je n’ai pu m’asseoir que grâce à la complaisance d’une jeune fille ; Jacques était à la Roche, et nous ne sommes pas arrivés trop tard au Poiré. Bien à faire en peu de temps, au fond il est bon que je revienne de temps en temps pour voir à bien des choses. Passé l’après-midi à La Roche avec Jacquie, il faisait très chaud et c’était plutôt pénible. Vu le docteur qui a trouvé la fille en bonne voie de guérison, fait quelques courses et suis allée à la clinique voir Mme Dorion qui a fait une chute dans sa chambre et s’est cassé le col du fémur, c’est une bien dure secousse à son âge. Le soir Jacqueline est arrivée, elle est venue avec Maman après dîner et nous nous sommes couchés assez tard. Rentrés ici vendredi matin pour déjeuner, Jacquie et moi. Il a fallu aussitôt me mettre à courir après les ouvriers ; le plombier n’en finit pas de venir et il fallait l’électricien ; hier, c’était le peintre, Geneviève ayant eu la maladresse de casser un carreau. Ce sont des vacances qui ne sont guère des vacances, et notre séjour ici sera vite passé désormais ; dans quinze jours nous serons sur le départ….

Jeudi soir 1er août

Je viens de me coucher afin d’avoir quelques minutes de paix avant de dormir…. Dimanche après-midi, bibliothèque paroissiale, puis Vêpres après quoi nous sommes allés à la plage. Françoise est venue et nous avons causé jusqu’au soir. Lundi matin, il pleuvait un peu ; Jacques et les enfants sont cependant allés à la plage ; le temps s’est d’ailleurs éclairci et ils n’ont pas eu trop mauvais. Fait des courses ce matin-là, puis sommes partis pour Le Poiré le plus vite possible. Suis allée chez Maman et fait quelques courses le soir. Mardi matin, beaucoup de choses à faire, particulièrement une veste de Jacquie à finir de monter ; cela m’a pris une grande partie de ma journée. Mercredi matin, sommes allées à la Roche avec Jacquie ; fait des courses en attendant l’heure du train ; étions ici pour déjeuner… seulement le plombier n’était pas venu et un fusible du compteur avait sauté, nous privant de lumière, il a fallu courir après le plombier, l’électricien et faire les courses une partie de l’après-midi. Les Comté m’ont annoncé qu’ils partaient le samedi et désiraient voir Jacques avant, aussi je lui ai téléphoné de venir le plus tôt possible ; il est arrivé ce soir pour dîner, amenant Jean et Auguste, qui restent ici quelques jours ; nous nous sommes organisés tant bien que mal pour dîner, en mettant les trois petits à une autre table, puis il a fallu organiser le couchage et tout cela s’est fait gaiement. Pour le moment les jeunes sont partis se promener, sous la conduite de Jacques et de Tante Canette. Que vais-je donner à déjeuner demain à toute cette marmaille ?

Dimanche matin 4 août

Temps superbe, les enfants sont à la plage et vont se baigner ; nous avons tout de même depuis jeudi deux belles journées, et cela fait plaisir ; pour moi, je me réserve toujours autant que possible, ma matinée du dimanche pour écrire et faire certaines choses urgentes… quoi que la circulation soit intense sur le boulevard, et que j’aimerais infiniment un peu de calme, mais on ne peut tout avoir. Suis très lasse, surtout moralement et ai les nerfs à vif…. Si chacun y mettait un peu de compréhension, de bonne volonté, les choses seraient bien aplanies et simplifiées… je suis excédée des disputes et de la mauvaise humeur des garçons, de la nonchalance de Jean, des caprices de Tachou, du désordre qui règne… Bien des fois, je me reproche, de n’avoir pas travaillé ‘assez près à leur éducation, mais quand je veux faire quelque chose pour eux, leur parler de ce qui est pour moi essentiel, certains m’envoient promener et d’autres disent que j’insiste trop là-dessus… Les locataires sont partis hier soir, nous allons pouvoir nous organiser, mais assez sommairement, car nous partons dans dix jours, et ce sera vite venu maintenant ; sans doute serons-nous obligés de revenir soit en octobre, soit au printemps, pour des réparations un peu plus complètes… Jacques est arrivé hier soir ; il va demain à la foire d’Aizenay, puis passera sans doute la semaine ici ; peut-être Maman viendra-t-elle à la fin de la semaine ?

Mardi soir 6 août

Tous les jeunes, plus Jacques et Tante Canette sont partis se promener, je viens de me coucher, auprès de ma petite Anne qui s’endort…. Jean et Auguste sont toujours là, et n’ont pas l’air de s’ennuyer ; Tante Canette est venue nous surprendre au milieu du déjeuner, et repart ce soir avec Françoise, et Jacquie nous est arrivée de Saint-Jean de Monts pour dîner, amenant Simone Bichon. Heureusement, nous ne sommes plus dans la cave, et avons tout de même un peu plus d’air et d’espace. Le déménagement s’est fait hier ; l’eau est maintenant sur l’évier, la cuisine sommairement installée, enfin nous avons pu y dîner hier soir et cela a été un soulagement général. Hier, nous ne sommes pas sortis, il y avait assez à faire ! Ce matin fait seulement quelques courses, et suis allée à la plage cet après-midi, pendant que Jacques et les enfants allaient pêcher des crevettes près de la grande jetée ; ils en ont rapporté un énorme plat, mais des petites ; Françoise est venue à la plage ; tous ont fait ensuite une grande partie de croquet. Pour moi, je tricote avec acharnement…

Dimanche matin 11 août

Notre dernier dimanche ici ; mercredi prochain nous regagnons Le Poiré, afin de tout remettre en ordre, et de recommencer aussitôt des préparatifs en vue du voyage à Lourdes ; dans huit jours nous serons là-bas… Les vacances des enfants se continuent aussi bien que possible, du moins je le suppose, en tous cas ils n’ont pas l’air de s’ennuyer. Simone Bichon est partie hier matin, mais Auguste est toujours là et ne repartira qu’avec nous. Toute cette bande joyeuse fait des parties de croquet sur la plage, se promène, prend deux bains par jour ; ce sont des farces les uns aux autres, des taquineries et des éclats de rire qui se prolongent assez tard le soir, si bien qu’il faut aller y mettre un terme afin qu’ils puissent dormir. Jacques est allé hier chercher Maman qui restera ici jusqu’au départ, et sera contente de se retrouver un peu en famille. Quelques jours de gros temps cette semaine : pluie, vent. Les enfants sont sortis cependant chaque jour, mais il y a eu des journées où, pour ma part, j’aimais mieux rester à tricoter ici que de grelotter sur la plage ; maintenant que nous sommes à peu près installés, bien qu’il reste encore quantité de choses à faire, je n’éprouve plus autant le besoin de sortir qu’autrefois. Suis allée hier chez Mlle Chalard, c’est une charité à lui faire, elle a tellement besoin de visites et d’affection… Jacques et les enfants sont partis à La Chaume pour pêcher, sauf Geneviève à qui çà ne disait rien, et Auguste qui assiste à la grand-messe… La mer, démontée hier, est aujourd’hui unie comme un lac, et d’un bleu ravissant. Je suis moralement très lasse, lasse de lutter sans cesse, d’être sans cesse discutée et contredite, et les quatre jours qui viennent ne seront pas de tout repos. Que Dieu m’assiste !

Jeudi soir 15 août

Quelques minutes avant de dîner…. Les valises apportées hier ne sont pas totalement débarrassées, j’ai des quantités de choses à mettre en place, choses ramenées des voyages précédents de Jacques, ou linge lavé et raccommodé par Marie pendant mon absence. Il faut que demain je fasse quelques courses, que j’organise les valises pour le départ samedi matin et combiner les provisions. Ce voyage me ravit et m’effraie à la fois….

Le séjour aux Sables s’est bien terminé, malgré un temps assez variable et changeant. Dimanche soir, j’avais froid sur la plage, sommes allés, Jacques et moi, à la grande jetée, il y avait bien longtemps que je n’ay avais été, et cela m’a fait grand plaisir. Le lendemain, fait une bonne promenade avec Jacques à La Chaume ; avons suivi la côté jusqu’au Sémaphore….Mardi, sommes allés Jacques et moi, conduire Maman chez Mlle Chalard, puis, laissant ces dames à l’évocation de leurs souvenirs, nous sommes allés un moment au Puy d’Enfer. Entre temps, il y a eu bien des courses à faire, bien des choses à organiser et à combiner. Hier a été une journée particulièrement remplie avec les préparatifs de départs. Les enfants sont partis par le train (moi aussi pour la 1ère fois, je suis même montée près du conducteur de la micheline), mais j’avais encore à faire ayant à examiner avec le maçon les travaux à faire à la cuisine, aussi j’ai pris un car qui m’a amenée un peu plus tard à La Roche. J’y étais cependant assez tôt pour prendre le car. Maman et Jacques sont arrivés en auto ici, très peu après nous. Maintenant, il faut défaire les bagages, et en organiser d’autres, j’ai hâte d’être arrivée à Lourdes.

Lourdes, lundi soir 19 août

Quelques notes très brèves sur notre voyage… Vendredi, journée de préparatifs assez abrutissante. Samedi, quatre des enfants sont partis par le car ; Jacques, Jean et moi sommes partis en auto avec les bagages. Départ à La Roche assez pénible, mais les choses se sont arrangées et voyage confortable jusqu’à Bordeaux, mais ¾ d’heures de retard, et raté le train que nous aurions dû prendre. Arrêt assez long à Bordeaux, rencontré tout à fait par hasard, Anne, sœur Marie-Clément. Départ de Bordeaux à 6 heures et demie, wagons peu confortables, mais peu encombrés, arrivée à lourdes à minuit.

Hier, lever assez tardif, messe à 10 heures à Sainte Bernadette, vu la Grotte et différents endroits. Après déjeuner, promenade, de 5 à 7 heures, de service aux piscines. Le soir, pluie, coucher de bonne heure. Ce matin, communié à la Grotte puis messe au Rosaire. Sommes allées au Pic du Jer, très belle vue sur les Pyrénées, le Pic du Midi, le Vignemale. De service aux piscines de 3 à 5 heures, travail plus dur, mais plus intéressant qu’hier ; que de misères et de souffrances ! Pris ensuite la fin de la procession du Saint-Sacrement, puis vu avec les enfants les trois églises. Tous sont partis à la procession aux flambeaux, suis trop lasse pour y aller et vais me coucher…

Jeudi 22 août

Dernière journée à Lourdes, demain nous serons pour quelques heures à bordeaux, en attendant le train qui doit nous amener chez nous. Pour quelques heures je suis tranquille, à part Mère qui est à la Grotte, tous sont partis voir les grottes du Loup…. Je suis bien heureuse de ce pèlerinage….

Je récapitule en vitesse les événements… Mardi matin, Jacques et moi sommes allés de bonne heure communier à La Grotte ; c’était la fête de notre petit Bernard, et la prière est le meilleur moyen de nous unir à lui. Ce pèlerinage a été promis au moment de sa naissance… A 8 heures et demie, Chemin de Croix. Plusieurs groupes devaient le faire à cette heure-là, mais les Vendéens ont pris la tête, et c’était vraiment très beau… L’après-midi, nous sommes allés à Cauterets, le trajet est joli et a bien intéressé les enfants, malheureusement nous étions là-haut dans un brouillard très froid et n’avons pu nous y attarder. Le soir, une splendide procession aux flambeaux, telle que je n’en avis jamais vue. Hier matin à 8 heures et demie, messe au Rosaire, puis ensuite la matinée à faire des achats ; c’est une belle corvée, mais il vaut mieux faire plaisir en achetant quelques petits souvenirs pour les uns et les autres. Cela représente beaucoup de pas de piétinements dans les magasins, et surtout des recherches pour trouver quelque chose de convenable, car il y a ici beaucoup plus d’horreurs que de jolies choses. Hier après-midi, réunion de la Ligue… Suis allée aux piscines de 5 à 7 heures, rentrée pour dîner et me suis couchée aussitôt. Aujourd’hui, messe matinale, et courses dans les magasins, je croyais hier soir en avoir fini, mais Jacques a émis l’idée, d’ailleurs heureuse, de faire choisir par les enfants un souvenir à rapporter du voyage ; l’idée leur a souri, mais la réalisation a été laborieuse, et il a fallu toute la matinée, ainsi qu’un bout de l’après-midi pour y arriver. Jean a choisi un stylomine et cela a été vite fait. Jacquie a pris un coffret dont le couvercle porte un écusson aux armes des sept provinces basques ; il n’est pas mal et Jacquie est ravie d’avoir un joli objet qu’elle a choisi elle-même. Pour Geneviève, cela a été beaucoup plus laborieux, elle ne s’est décidée qu’au début de l’après-midi, et a pris un bracelet, formé des écussons basques, c’est gentil et elle n’a pas l’air d’avoir copié sur sa sœur !!!! Yves a choisi un serre-livres mais j’ai eu de la peine à lui trouver quelque chose de bien. Pierre a un petit coffret. Jacques a acheté un Saint Antoine de Padoue – promesse faite depuis longtemps – et nous avons choisi une Vierge pour installer aux Sables, puisque les Allemands nous ont chapardé celle qui y était ! Nous avons aussi des souvenirs pour Thouars, pour Jean et Jacqueline, pour la famille Baron, Mlle Armande, le personnel etc… sans oublier un souvenir pour petite Anne chérie, qui avait tant de peine le matin de notre départ, ainsi qu’une Vierge pour Maman. Je ne suis pas fâchée d’en avoir fini, et ai décidé de me reposer pour mon dernier après-midi… je compte aller prier à la Grotte et me coucher de bonne heure ce soir…..

Dimanche soir 25 août

Je suis sortie jeudi vers 6 heures, j’ai fait quelques achats, suis montée à la basilique supérieure, puis au Rosaire, et j’allais vers la grotte, lorsque, sous les arcades, je me suis sentie attrapée par le bras, c’étaient Mlle Anne-Marie Lengrand et Marie-Thérèse ; nous sommes allées nous asseoir au bord du Gave et avons causé un bon moment, si bien que je n’ai eu que quelques minutes à passer à la grotte…. Elles sont venues jeudi soir après dîner, et nous avons bavardé un bon moment. Vendredi départ vers 11 heures ; malheureusement nous avons été obligés de rester debout entre Pau et Bordeaux et cela a été plutôt pénible. A Bordeaux, après un peu d’attente à la consigne pour les bagages, nous avons filé cours Saint-Louis ; les enfants y sont restés un bon moment, ainsi que Jacques, puis tous sont allés se promener et je suis restée avec Sœur Marie Saint Clément jusqu’à 7 heures et demie ; nous avons causé longtemps, et cela a été un des meilleurs moments de mon voyage. J’ai rejoint la bande à la gare vers huit heures, nous avons dîné dans la salle d’attente, et nous nous sommes installés dans le train, dès qu’il a été formé. La nuit a paru un peu longue, nous étions pourtant tous assis, mais il est toujours inconfortable de dormir dans un train. Il y a eu un long arrêt à Tonnay-Charente, un autre, plus court, à Luçon, si bien que nous avions une bonne demi-heure de retard à La Roche, Jacques n’a pas eu besoin de faire, avec la Simca, les deux tours prévus ; il ne restait plus qu’une demi-heure avant le car, et il était trop tard pour se coucher en arrivant. La matinée s’est ensuite assez bien passée avec les rangements indispensables, mais à partir de midi, rien n’allait plus, je me suis couchée aussitôt déjeuner ; Jacques et Jean en ont fait autant et nous avons dormi jusqu’à six heures, après quoi, cela allait tout de même mieux.

Ce matin, il a fallu reprendre la vie ordinaire, cependant les petits ont dormi plus tard que d’habitude, ils avaient besoin de se reposer un peu, et je les avais laissés jusqu’à ce qu’ils se réveillent d’eux-mêmes. Cet après-midi, fait un petit tour jusqu’à la kermesse pour les œuvres, installée dans les prés, en bas de la Jamonière. Maintenant, j’ai des lettres à écrire et le dîner sera vite venu….

Mardi soir 27 août

Jean et Auguste sont partis hier matin, à pied, pour Sainte-Anne d’Auray, pèlerinage décidé par Jean et projeté depuis plusieurs semaines, mais non préparé en tout cas, puisque, dimanche soir, il a fallu improviser un sac de couchage ; Jean n’est pas à cela près ! J’ai assisté à leur départ hier matin, il faisait un temps superbe, et ils étaient ravis ; seulement aujourd’hui, il pleut depuis midi, assez peu, il est vrai, mais suffisamment peut-être pour transpercer leurs sacs et imprégner désagréablement leurs couvertures. Je me demande où ils peuvent être ce soir !…

Dimanche 1er septembre

Plus occupée que jamais ; ces derniers jours ont été particulièrement chargés, et je crois que ce mois sera tout entier très rempli…. Maman est toujours sans bonne, et souvent sans femme de ménage, et Oncle Alfred, ainsi que Tante Jeanne sont arrivés hier soir, aussi, tous prendront leurs repas ici ; ce n’est pas cela qui m’effraie, mais la perspective d’être obligée de faire conversation toute l’après-midi, alors que j’aurais beaucoup, beaucoup à écrire, et que j’aimerais parler un autre jour tout en tricotant. C’est très difficile de faire admettre cela ! Je reprends ma semaine. Suis allée chez Maman mercredi, rien de nouveau ce jour là. Jeudi et vendredi, sommes allés à La Roche, Jacques et moi, assister aux journées sociales présidées par Monseigneur…. Trouvé là-bas tout un groupe sympathique rencontré déjà à la retraite de Chavagnes, et causé avec plaisir. Hier, repris en main la maison, un peu délaissée depuis deux jours, suis allée voir Maman et aussi Mme Dorion, à qui j’avais beaucoup de choses à communiquer. Aujourd’hui ma journée sera encore vite passée, bien que je n’aie pas l’intention d’aller au « préveil » qui se tient sur la place, et dont on entend d’ici la rumeur quelque peu bruyante.

Jacquie reçoit demain son amie Nicole Gaillard, puis toutes les deux finiront la semaine à Montaigu. Jean rentre, paraît-t-il, mercredi soir, du moins il nous l’a écrit, nous avons reçu jusqu’ici deux cartes ; leur première étape les a menés jusqu’à Pont-Rousseau, mais c’était une étape un peu dure, les autres ont été plus courtes. Peut-être les deux pèlerins nous donneront-ils des détails une fois qu’ils seront rentrés. Maman compte sur Madeleine de Baynast et tous les siens samedi ? Jean part, samedi ou dimanche pour Clermont-Ferrand où il doit assister au mariage de Claude la semaine prochaine.

Mes tricots n’avancent guère, j’ai encore une manche de celui de Jacquie à faire, et aurais bientôt fini le devant de celui de Geneviève….

Jeudi soir 5 septembre

Suis allée voir Andrée Boyer cet après-midi ; j’avais beaucoup de choses à lui raconter, ou plutôt je pensais avoir à lui raconter beaucoup de choses, mais un certain nombre sont restées en route, à cause du peu de compréhension trouvé chez elle ; plus rien de l’enthousiasme d’il y a deux ans ! A-t-elle eu des déceptions vraiment pénibles ou bien l’ai-je contrariée sans le vouloir ? Elle a l’air de vouloir s’effacer et me mettre en tête des œuvres alors que je n’ai ni le temps ni la capacité pour de telles choses, et qu’il vaudrait mieux « faire équipe » afin de secouer un peu toutes les tiédeurs !… En rentrant, préparé un peu de cuisine pour ce soir, puis suis allée chez Maman. Après déjeuner, j’avais fait des courses, si bien que je n’ai pas eu un moment pour moi cet après-midi… Jean est arrivé de Sainte-Anne, mardi matin vers 4 heures, il nous a réveillés en tapant à la porte. Les deux pèlerins sont revenus par le train, puis à pied depuis La Roche, ce qui était une bien petite étape. Ils nous ont raconté leur voyage dans les grandes lignes ; les détails viendront après. Jacquie est partie hier soir à Montaigu avec son amie Nicole Gaillard, qui était ici depuis lundi matin. Pluie à chaque instant, de plus, il fait froid ; on se croirait plutôt à la mi-octobre ; orage cette nuit, et de grosses averses. Rentré au fruitier une grande quantité de pommes abattues par le vent ; nous serons peut-être moins à court que l’année dernière !

Dimanche 8 septembre

Nous devrions avoir aujourd’hui à la grotte notre pèlerinage habituel, avec une grand-messe célébrée là-bas, et impossible, à cause du mauvais temps, il pleut tous les jours, ou à peu près ; hier seulement nous avons eu une journée convenable, mais ce matin ce sont de violentes averses… Hier, Maman a reçu toute la famille de Baynast, nous l’avons aidée autant que possible, mais elle était un peu crevée. Vendredi matin, suis allée lui aider à commander son déjeuner et faire des gâteaux. Dans l’après-midi j’ai eu bien des choses à faire ; de tous côtés le travail me tombe sur les bras, il y a vendredi, à La Roche, un congrès de la Ligue Féminine d’Action Catholique, j’aurais beaucoup désiré y assister, je regrette de ne pouvoir être libre ce jour-là ; je ne sais encore si Andrée Boyer y sera, mais en tous cas, j’ai essayé de recruter quelques adhérentes. Il m’a fallu aussi faire des lettes circulaires pour toutes les personnes qui, en juillet, avaient promis de la laine pour le Comité d’Entraide et n’ont rien envoyé ! Tout cela prend un temps considérable, et j’ai pourtant tant d’autre chose à faire ; mes tricots n’avancent pas ; ,je n’ai vérifié ni les chemises d’Yves, ni les tabliers d’école de Pierre, dont la rentrée est le 17, et il faudrait sans cesse toujours s’occuper des autres !

Hier matin je suis allée parler à M. le Curé au sujet du Congrès et de plusieurs autres choses ; de là, j’ai filé chez Maman lui porter des fruits, glacer les gâteaux et arranger les fleurs ; confectionné ensuite un pâté pour le faire cuire à midi, la matinée se trouvait vite passée. Le déjeuner de Maman était bien réussi et nous avons eu d’agréables moments en famille. Je finis d’écrire pendant les Vêpres ; les enfants assistent à la cérémonie à la grotte, le temps étant cet après-midi presque convenable, malgré le vent ; je viens d’expédier Jean, qui part à Clermont-Ferrand assister au mariage de Claude Bouliau, mercredi ; il gagne Belleville en bicyclette et partir de Nantes ce soir ; j’espère qu’il sera de retour samedi pour l’arrivée des jeunes Adam qui viennent passer quelques jours ici. Jacques est à La Roche à un Congrès de l’U.N.C. Après déjeuner, suis allée inviter toute la famille Baron, que je voudrais recevoir avant la rentrée des enfants. Yves rentre le 27, je crois, les filles le 1er octobre ; quant à Jean, je ne sais encore où il rentre, ni quand, et cela me tourmente un peu ; j’essaie de m’en remettre le plus possible à la Divine Providence. Tantôt les confidences de Mme baron, il est bien difficile d’être heureux !

Le Blanc, vendredi 17 septembre

Nous allons déjeuner et je n’ai que très peu de temps devant moi, mais je serais heureuse d’avoir quelques moments libres aujourd’hui, afin de noter le plus tôt possible mes impressions de retour dans cette chère vieille maison qui fut celle de bien de mes vacances d’autrefois, et qui si elle n’est plus la nôtre aujourd’hui, garde cependant entre ses murs, et surtout dans son jardin, le parfum de tant de souvenirs d’enfance. Fait bon voyage hier ; départ matinal, mais cela valait mieux, car il faisait meilleur à rouler. Traversé tous ces paysages connus, les coteaux des environs de Bournezeau, vu les moulins de Mouilleron-en-Pareds, la verdure de la Châtaigneraie. Traversé Parthenay sans encombre. A peine entrés dans la Vienne, le paysage change, les haies disparaissent pour laisser la place à des champs cultivés en longues bandes régulières ; quelques noyers dispersés dans la plaine. Traversé Poitiers assez facilement, il nous semblait être arrivés, mais à Chauvigny, une surprise désagréable : le pont étant détruit, il fallait utiliser un bac pour franchir la Vienne, et faire queue pour cela, si bien que nous avons perdu trois bons quarts d’heure ; ensuite, le pont d’Ingrandes étant lui aussi détruit, il a fallu faire un détour par Concremiers, ce qui nous a permis de découvrir un ravissant petit château, mais aussi nous a fait arriver vers une heure, alors que nous espérions y être à midi. Déjeuné en arrivant. La salle à manger, pourtant agrandie par les Gaston, m’a parue plus petite que dans mes souvenirs, cependant, j’ai reconnu les liserons du service de table, et cela m’a fait plaisir. Nous avons pris le café devant le salon. Le jardin a beaucoup changé ; il a été transformé en jardin d’agrément… Le potager a été reporté à côté dans ce qui était autrefois le jardin des voisins et que nous dominions de la tour. Beaucoup de choses ont disparu : la charmille du fond, les buissons de lauriers et de roses qui existaient devant la serre et jusqu’au salon. Le tout est actuellement bien agréable et reposant. Visité la maison, très transformée ; Tante Juliette a su l’aménager de manière charmante, elle a ajouté beaucoup de jolis meubles, et mis en valeur ce qui existait du temps de grand-mère. Reconnu au passage quantité de souvenirs de choses courantes qui sont maintenant des choses anciennes. Nous logeons dans l’appartement de Cécile, qui était autrefois la partie des locataires et que je ne connaissais pas du tout ; il y a deux grandes fenêtres ensoleillées et c’est charmant. J’aimerais rester quelques jours et rayonner un peu aux alentours, connaître ce pays qui fut celui de mes ancêtres, mais, demain soir il faudra être au poiré et reprendre le travail quotidien. Mais jamais je n’avais senti au fond de mon cœur combien j’étais attachée à ce pays, et ne l’ai réalisé grâce à la joie que j’ai eue hier. Avons fait hier soir avec Louise-Marie, Françoise et Laurence, une promenade au bord de la Creuse, et revu ces paysages connus, les peupliers coupés il y a quelques années ont repoussé, et tout est bien semblable aux souvenirs de mon enfance. Avant dîner, monté à la tour ; il faisait un temps ravissant pour la première fois depuis longtemps, un peu de brume au-dessus de la Creuse, tout était comme autrefois. Ce matin, sommes allés au cimetière, puis à Belâbre, où nous avons pu voir assez longuement notre cousin curé. Demain nous serons en route.

Samedi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 14 septembre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Dernier jour ici ou plutôt dernière matinée ; nous partons aussitôt déjeuner pour être à la maison ce soir ; Michel et Nano Adam y seront sans doute avant nous, et, toute la famille Crochet vient déjeuner demain, aussi je n’aurai pas le temps à perdre en rentrant. Ces trois journées auront été pour moi une halte délicieuse dans un mois plutôt rempli, et je suis très heureuse d’avoir pu faire avec Maman et jacques ce petit pèlerinage à la chère maison d’autrefois, cette plongée dans mes souvenirs d’enfance, d’avoir pu revivre tant de passé et montrer à Jacques ce dont je lui avais parlé si souvent. Joie aussi de parler avec Oncle Gaston, de mes grands parents et des ancêtres plus lointains ; il garde plus de souvenirs que Maman et, je regrette de pas avoir le temps de noter quantités de choses. Passé un bon moment après le déjeuner dans le jardin, puis un peu plus tard dans l’après-midi, sommes allés en auto en ville basse, il y avait quelques petits coins que je voulais revoir, et cela faisait aussi plaisir à Maman. Avant dîner, sommes allés, avec les trois cousines et les enfants au château, d’où la vue sur la ville basse était ravissante. Jacques aime beaucoup ces grands toits de tuiles aux nuances chaudes, malheureusement, ils cèdent la place peu à peu aux toits d’ardoises. Parcouru ensuite les rues au pied du château ; il y a des maisons anciennes très curieuses ; remonté par la Poterne et les Hautes-Tours. Fini l’après-midi dans le jardin. Après dîner, revu quelques vieux livres, et un « Recueil de compositions littéraires » écrit de la main de grand-mère et dédié à sa tante Rosalie. Je viens de préparer les bagages et vais descendre dans le jardin ; ne peux me lasser de contempler le platane sous le soleil.

Quelques jours bien remplis avant de partir, les fruits prennent beaucoup de temps. Fait de la confiture de pêches et pommes ; je tâcherai de faire des conserves en rentrant ; puis le départ des enfants ne tardera pas et d’ici là l’ouvrage ne manquera pas.

Dimanche soir 15

Les enfants viennent de partir au cinéma, la maison est plus calme. Nous avons ce soir onze enfants, sic garçons et cinq filles dont Anne, et cela fait une bande joyeuse. Les deux Adam étaient arrivés hier soir, un peu avant nous, par le car, et les Crochet qui sont venus déjeuner tantôt, nous ont laissé leurs trois enfants jusqu’à mardi soir. Cela va faire un peu d’occupation en perspective, surtout avec l’approche de la rentrée. Fait hier un bon voyage ; le passage de Chauvigny a été rapidement effectué, et nous sommes arrivés ici un peu avant huit heures, avec un peu de pluie seulement depuis Mouilleron. Hier matin, passé une partie de la matinée à tricoter dans le salon ; un peu avant midi, suis montée à la tour avec Jacques, puis sommes allés un peu à l’église ; quand retournerons-nous là-bas ? Après dîner, fait cuire le poisson et préparé la crème pour la glace, de sorte que je n’ai pas eu trop de peine ce matin ; le déjeuner était réussi et l’ambiance bien gaie. Passé de bons moments avec Jeanne Crochet, nous avons beaucoup de souvenirs communs et sommes en contact sur bien des points ; parlé du Congrès de la Ligue auquel je regrette tant de n’avoir pu assister…

Aujourd’hui vingt et unième anniversaire de mon mariage.

Mercredi 18 septembre

Le train en gare du Mans ; quelques lignes en vitesse. Hier matin je ne pensais pas être ici aujourd’hui, mais Jacques et moi, en accord avec Jean, avons décidé brusquement qu’il valait mieux faire un voyage rapide à Paris, afin de régler quelques questions relatives à l’année scolaire de Jean. Par lettres, les choses ne s’arrangent guère ; je ne sais si cela ira mieux de vive voix, mais cela aura toujours l’avantage de nous donner des réponses plus rapides, car désormais le temps presse. Je dois arriver à Paris vers 1 heure et demie, voudrais régler rapidement le plus de choses possible, et repartir vendredi ou samedi, car je ne manque pas de travail à la maison ; j’ai même été obligé de laisser les deux Adam, qui partent demain, mais ils viennent plus pour Jean que pour moi, d’ailleurs si le temps le permettait, ils devraient aller passer la journée aux Sables, seulement je ne sais pas quel temps ils peuvent avoir ; à Nantes il pleuvait à verse et depuis, le temps est très nuageux, bien que le soleil essaie de paraître. Partie de La Roche ce matin à 4 heures et demie, j’étais à peu près à 6 heures à Nantes, pour repartir à 6 heures 25 ; le train était formé et j’ai pu m’asseoir aussitôt, si bien que ce voyage n’a rien de pénible…

Paris, jeudi matin

Je suis complètement claquée aujourd’hui et me demande comment je vais arriver à tenir le coup pour tout ce que j’ai à faire. Arrivée hier à bon port, mais il m’a été pénible de traîner ma valise chez Tante Denise et surtout de monter les six étages sans ascenseur. Je suis sortie presque aussitôt. Pas moyen de voir le père O’Reilly. Suis allée à Stanislas où il m’a fallu attendre très longtemps. Directeur assez peu aimable dans ces grands collèges, il y a loin de la compréhension que l’on rencontre dans les petites boites comme Richelieu, où l’on a tout le temps de vous écouter. Il m’a demandé un mot du Recteur de Sainte-Geneviève. Filé à Versailles, où je n’ai pas pu voir le Recteur, mais le Père Préfet, très pressé, il m’a promis un mot pour aujourd’hui ; devrai-je aller le chercher à Versailles ? Je dois téléphoner aujourd’hui. Peut-être pourrais-je liquider la chose à Stanislas demain et repartir samedi… Suis campée chez Laurence qui m’a accueillie tout à fait gentiment, et installée tout à fait bien dans la chambre de Louise-Marie. Je voudrais bien que tout soit terminé et bien terminé.

Vendredi matin 20 septembre

Une journée encore assez fatigante, suis lasse, préoccupée et ne peux dormir comme d’habitude. J’ai hâte d’être rentrée au poiré. Hier matin, fait quelques courses et suis allée voir le Père O’Reilly, qui a été aimable et compréhensif ; je regrette que Jean n’ait pu entrer en relations avec lui. Il m’a dit que toutes les pensions de famille étaient archi-pleines et que Jean devrait se résigner à l’internat à Stanislas, si possible. Suis restée avec Tante Denise après déjeuner, fait quelques courses, puis ai vu Michel qui m’a raconté son voyage en Autriche, et exposé toutes sortes de théories, ainsi que des pronostics plutôt sombres. Rentée à 6 heures chez Tante Denise, Jean y était, sommes passés une minute rue Duroc, puis filé à Auteuil où nous avons dîné avec Marie-Thérèse et Mlles Lengrand. Passé avec elles de bien bons moments. Vais rester me reposer un peu ce matin, suis toujours très lasse et voudrais la journée passée. Vais à Stanislas tantôt, chercher la réponse du Directeur. Que Dieu m’inspire dans ce qu’il y aura à décider, et arrange toutes choses pour le plus grand bien de Jean. Suis allée hier matin à la chapelle de la rue du Bac, que la Sainte-Vierge garde toujours mon grand chéri !

Samedi soir 21 septembre

Suis de retour au Poiré. Jean et moi avons débarqué à La Roche vers 5 heures et demie pour avoir le car une heure après. Partis à dix heures et quart de Paris, le voyage n’a été ni long, ni désagréable, nous étions au large et bien installés, nous avions des compagnons de voyage peu gênants… Passé hier une après-midi très dure, vu le directeur de Stanislas qui consent à prendre Jean comme pensionnaire, mais la façon dont il m’a reçue m’a été assez pénible ; je ne comprends pas que entre chrétiens on puisse agir de la sorte, et surtout qu’un prêtre, qu’un ministre de Dieu, soit aussi sec, aussi dur, aussi peu compréhensif… Je comprends qu’il faut des règles et des garanties, mais pas énoncées de cette façon là. En sortant je n’en pouvais plus tant j’avais pris sur moi-même, je n’ai pu qu’aller à Notre-Dame des Champs, lui confier ma peine, la prier et lui demander son secours. Je veux espérer que tout ira bien, mais je suis plutôt inquiète de cette année scolaire, d’ailleurs que nous réservent les événements ? Vu Suzette une minute hier soir, je comptais causer un peu avec elle, et cela m’aurait fait plaisir, mais elle avait un rendez-vous urgent. Dîné avec Pierre Douxami, puis fait les tartines, et rentré de bonne heure chez Laurence pour voir Cécile et Jean Poupardin….

Jeudi soir 26 septembre

Quelques jours bien remplis, et ce n’est pas terminé, puisque Yves est rentré ce soir, et qu’il me reste exactement trois jours pour préparer la rentrée des filles…. Dimanche matin, je me suis mise au rangement du linge de la lessive, et aussi du fruitier, ce qui m’a pris la journée ou presque. Dans l’après-midi, Jean a reçu son camarade Charron puis les Pierre Bouliau nous ont amené Claude et Nicole ; ils ne sont pas restés longtemps… Lundi matin, suis allée conduire au car Geneviève qui s’en allait à Nantes ; les trois cousines sont arrivées par le même car pour passer la journée ; le matin, elles sont allées au Moulin-Guérin pendant que je faisais la cuisine ; l’après-midi, elles se sont promenées avec Jacques et les enfants pendant que j’écrivais ; nous les avons gardées à dîner, et je crois que cette journée leur a fait plaisir. Mardi matin, ai été dérangée et ne suis pas arrivée à tout ce que je voulais faire, l’après-midi, voyage à la Roche pour faire des essayages et conduire Jacquie chez l’oculiste ; impossible de passer mais obtenu un rendez-vous pour samedi ; suis allée à Richelieu, où j’ai pu voir un peu le père Bouhier, puis fait une courte visite à Renée Baron. Hier matin, une messe de mariage – trois mariées – travaillé un peu dans l’après-midi puis suis sortie. Il y a des visites qu’il ne faut pas faire par charité, et pourtant le travail ne manque pas ! J’ai six culottes aux filles à réparer, différentes choses à coudre, deux chandails à monter… Aujourd’hui, reçu à déjeuner la famille Baron, il ne manquait que Fernande, qui a regagné Nantes hier, j’avais un déjeuner court mais soigné et très bon ; le thon a été très apprécié, les poulets aussi et tout particulièrement la glace. Passé ensuite ensemble une agréable après-midi, cela fait du bien de causer et d’oublier les soucis qui ne manquent pas. Préparé ensuite rapidement le départ d’Yves, qui s’est embarqué plutôt gaiement….

Dimanche matin 29

Beaucoup à faire aujourd’hui… Fait bien du travail ces derniers jours. Vendredi, ne suis pas sortie, mais il m’a fallu le matin ranger le fruitier, et cela me représente bien deux bonnes heures. L’après-midi, j’ai fait un peu de raccommodage, et me suis débarrassée de pas mal de culottes qui avaient besoin de réparation. Hier, j’ai monté les deux chandails des filles et tricoté les encolures, mais en fin d’après-midi j’ai été obligée de sortir et j’ai encore trois culottes…. Pour comble de bonheur, il y a aujourd’hui, aussitôt la grand-messe, une réunion de la L. F. d’A.C., réunion non préparée, personne n’étant prévenu, mais en l’absence de Mme Dorion, il va falloir que je dise quelque chose, et je ne sais vraiment pas quoi dire….

Jeudi soir 3 octobre

Orage ce soir, pluie, ceci après une série de belles journées… Un peu de repos ces jours-ci, j’en avais besoin ; dimanche écrit toute la journée… Lundi, journée très dure, j’ai tricoté un gant pour Geneviève, réparé deux culottes et fait les bagages, si bien que je me suis couchée à minuit et levée mardi matin à 5 heures et demie ; les trois grands sont partis dès le matin par le car, Jacques et moi, qu’à la fin de la matinée emmenant Anne qui s’est admirablement comportée, elle n’a pas dormi en route, pas fait sa petite sauvage, a consenti à rester au magasin avec sa grand-mère et sa tante, et n’a pas dormi non plus le soir en rentrant ; elle était même un peu excitée et n’a cessé de chanter à tue-tête depuis Rocheservière. Là-bas, rien de nouveau, nous n’avons eu que le temps de faire à Chavagnes nos visites habituelles et d’aller un peu en ville. Ramené Jean le soir, mais il faut maintenant préparer sa rentrée, puisqu’il part après-demain. Hier et aujourd’hui, encore bien à faire…

Aujourd’hui treizième anniversaire de la mort de Tante Marie-Angèle…

Les Sables dimanche 6

Sommes installés ici depuis quelques heures, il y avait si peu de choses à transporter que tout a été rapidement mis en place et que je n’ai eu guère de peine ; pendant que je défaisais les valises, Thérèse faisait cuire un dîner très rapide, et nous nous sommes retrouvés chez nous ; Anne, elle-même, reconnaissait toutes choses. Je pense rester la semaine avec elle ; tout cela dépend des ouvriers et de la façon dont iront les choses ; peut-être reviendrai-je ici la semaine prochaine – car de toutes façons, je rentre au Poiré dimanche pour voter - … J’ai apporté ici beaucoup de travail… Je ne voudrais pas laisser trop longtemps Pierre seul, il va trouver sans doute la maison bien grande et s’ennuiera sans sa petite sœur. Il y aura aussi le retour de Maman à préparer, sans parler d’une réunion de la Ligue que M. le Curé voudrait faire la semaine prochaine.

Jean est parti hier matin, cela a été bien dur, et jamais je n’ai eu un tel déchirement de le voir partir. Yves à Richelieu, les filles à Chavagnes me semblent tout près, tandis qu’il est terriblement loin, surtout dans une nouvelle pension, où il ne se plaira peut-être pas tellement ! La rentrée n’est que demain, mais il lui fallait partir à l’avance pour s’occuper de sa malle. Qu’aura-t-il fait aujourd’hui ? Tante Denise n’étant pas à Paris, il sera descendu chez les Gaston. Peut-être aura-t-il vu Marie-Thérèse ou Aline. Il avait un peu le « cafard » de cette rentrée, moi aussi ! Et, ce qui a achevé de me démolir, c’est qu’il m’a déclaré nettement avoir l’intention de s’engager si une guerre survenait, et cela paraît tellement possible ! Je voudrais savoir cet enfant installé et habitué à Stanislas. Pourvu que tout aille bien !

Beaucoup de travail ces jours-ci ; beaucoup de couture, des réparations à faire. Suis allée vendredi chez Marguerite, conversation sur le cinéma, sur le nombre des passants qu’on peut voir sur la route, pas passionnant du tout. Suis allée ensuite voir une famille, sur laquelle j’ai été priée de faire une enquête… quel contraste, d’un côté le bien-être, l’oisiveté, la maladie aussi mais bien des compensations, de l’autre !…

Hier fait vingt pots de confiture de pommes, poires et coings, je les ai couvert ce matin…

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 7 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Première journée ici… Jacques est parti dès ce matin ; je sais que sa présence est indispensable au Poiré, et cependant je voudrais qu’il soit ici… Temps splendide aujourd’hui ; fait pas mal de courses ce matin puis suis restée à écrire pendant que Thérèse emmenait Anne sur la plage. Après déjeuner, c’est moi qui y suis allée ; Anne s’amusait beaucoup dans le sable, et le soleil était si beau qu’elle pouvait patauger dans l’eau… Suis allée voir ensuite Mlle Chalard, visite qui, si elle est un plaisir pour moi, est aussi une charité, tant on sent qu’elle est heureuse de l’affection qu’on lui témoigne… avons parlé religion aujourd’hui, pour la première fois, il y a longtemps que je le désirais, pour mieux savoir « où elle en est » et mieux prier pour elle. Elle croit en Dieu, ceci sans l’ombre d’un doute, elle prie parfois, non pas avec des formules et des paroles, mais par une élévation du cœur ; elle s’abstient de mal faire, parce que cela déplaît à Dieu… elle s’efforce d’être sincère, avec les autres, avec sa conscience avec Dieu… Elle a été rebutée, par certains prêtres, certains soi-disant chrétiens, et se refuse à croire que ce soient des ministres, des serviteurs de Dieu, et dans un sens elle a raison ! Elle n’éprouve pas le besoin de cérémonies à l’église, le besoin de s’appuyer sur la religion, parce qu’elle englobe Eglise et religion dans la même réprobation que ceux qui l’ont scandalisée, ceci en raison de la droiture de son caractère, un peu entier. Elle me dit que, si elle allait à l’église, elle aimerait y aller toute seule. Je ne peux pas croire que Dieu ne lui donne pas la lumière, et n’ait pas pitié de cette âme, qui est en somme une âme de bonne volonté. Si je pouvais faire quelque chose pour elle !

Verrons-nous les ouvriers demain ? Et que devient Jean ce soir, dans son dortoir de Stanislas ?

Mercredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 9 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pas encore d’ouvriers ce matin ; ils s’étaient annoncés pour 7 heures, à 7 heures, Thérèse et moi étions levées et en attente, et personne n’est venu, sera-ce pour cet après-midi. A part cela, vie très calme ici, je me repose, je prie, je tricote seulement il fait froid brusquement…

Vendredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 11 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Tricoté à outrance depuis deux jours ; j’en suis un peu abrutie, d’autant plus que je me suis couchée tard et levée tôt. En principe, je devrais me reposer ici, d’autant plus que j’en ai grand besoin, mais j’ai tant d’ouvrage à faire que je voudrais m’avancer ici, d’autant plus que les deux petits manquent de bien des choses. Anne n’a que des chaussettes trop petites et percées, et il fait froid, aussi j’ai tricoté mercredi une paire de socquettes à Pierre et hier, une paire de chaussettes à Anne… Jacques est venu mercredi soir avec Pierre, pour que le petit chéri passe la journée de jeudi ici, et il est venu le chercher hier soir ; aussi j’ai profité de l’occasion pour expédier Anne et Thérèse ; le temps est sombre, il fait froid, la petite chérie n’aurait pas pu aller sur la plage aujourd’hui, elle sera mieux à la maison, et Thérèse aura du travail à faire. D’un côté cela va me reposer, et mes repas seront vite expédiés, seulement, le soir, je trouverai la maison un peu grande… Mercredi, passé un bon moment sur la plage… Mais hier, il faisait plus froid, Pierre a pu cependant se promener et passer un moment sur la plage. Je partirai demain soir au Poiré.

Samedi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 12 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Passé une journée très calme et cela fait du bien parfois… j’avais des restes à réchauffer et je ne fais pas le ménage puisque c’est inutile. J’ai lu, j’ai prié, j’ai tricoté, j’ai eu une visite de Mme Dereure, qui est bien restée une heure et demie. Suis sortie faire une course ; le temps était glacial et je ne regrettais pas du tout qu’Anne soit partie… Aujourd’hui, il fait un temps délicieux…

Dimanche 13 octobre

Suis atrocement fatiguée et dans un état de dépression nerveuse indicible… je voudrais ne plus penser à rien, fermer les yeux et dormir, et encore, je dors très mal ! Hier, matinée assez calme, il faisait un temps splendide, mais pas d’ouvriers ! Après-midi pénible, mon train avait été avancé, et était parti quand je suis arrivée à la gare, il me restait la ressource du car de 5 heures 20, mais je n’ai rien pu faire à La Roche, et, par-dessus le marché, j’ai failli rater le car du Poiré, avancé lui aussi sans que je le sache. Ici, j’ai tant de travail que cela me décourage et que je n’arrive à rien faire ; il faut entendre des gémissements de toute nature, et les lettres de Maman contiennent des tas de recommandations : faire ceci, faire cela ! En une journée comment y arriver ! Il faut que j’organise des chandails pour Pierre qui n’en a plus, et que je pense aussi à la garde-robe d’Anne – tout cela sans savoir pour combien de temps j’en ai aux Sables !

Mardi 15

Sommes réinstallés ici depuis hier après-midi, il fait un temps délicieux et Anne sera bien sur la plage aujourd’hui ; les ouvriers travaillent, cela avance tout de même un peu. J’ai été contente d’avoir une matinée de plus au Poiré, cela m’a permis de faire bien des choses… Ce matin, suis sortie de bonne heure, et revenue par l’entrée de la petite jetée e les piles, la mer était très haute, et, le long du chenal, se reflétaient les maisons de La Chaume….Je suis lasse, j’aurais besoin de détente et il faut que je travaille.

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 17 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Quelques journées très remplies ; et pourtant j’ai eu l’intention de me reposer ici ; je crois qu’il me sera difficile d’y arriver. Mardi après-midi, pas d’ouvriers, aussi j’ai tricoté avec frénésie ; Mme Boisseau est venue me voir, puis suis sortie vers cinq heures faire une course et voir Mlle Chalard. Visite intéressante et agréable. Suis rentrée par le remblai… en rade, un aviso et une quinzaine de dragueurs de mine, tous éclairés dans la nuit tombante. Mercredi après-midi pris le train pour La Roche ; fait quelques courses, vu Yves qui est bien portant e toujours gai, puis suis arrivée au Poiré par le car de 6 heures et demie. Après dîner, écrit à Jean et à Maman. Ce matin, fait beaucoup de courses et quelques rangements. Assisté tantôt à l’enterrement de M. Célestin Gendreau, puis pris le car de 5 heures et demie pour arriver ici à 7 heures. Anne était contente de me voir et mignonne au possible. Les ouvriers ont travaillé ; certaines choses sont bien avancées, mais je ne sais pas si nous pourrons partir ou non samedi soir, et je suis effrayée à la pensée du travail qui m’attend en arrivant au Poiré…

Dimanche 20

De retour au Poiré, pour quelques jours, du moins je l’espère, car la menuiserie n’est pas prête et ne le sera vraisemblablement pas avant le début de novembre ; j’y retournerai pour quelques jours et ferai passer l’électricien en même temps ; il ne restera plus ensuite que la peinture, que nous ferons faire en mars, après quoi la maison sera propre et en état de nous recevoir l’été prochain, si rien ne survient d’ici là. Je ne suis pas fâchée de me retrouver ici pour quelques jours… rangements du fruitier…des placards et armoires, tricots en quantité, dont quelques uns pressés. Je ne ferai rien aujourd’hui, et pourtant, j’ai des tas de comptes en souffrance, parce que je dois assister après les Vêpres à une représentation donnée par les jeunes filles ; ce sera fini très tard, aussi après dîner je n’aurai qu’à me coucher.

Mardi soir 22

Beaucoup de fatigue qui se porte sur les yeux… Après-midi à la Roche ; passé un moment à la Maison des Œuvres, il va falloir reconstituer la Ligue, par une réunion la semaine prochaine…

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 24 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Inquiétudes au sujet de la santé de Jacques, il a le cœur fatigué, le docteur ne croit pas que ce soit trop grave, mais il nous conseille instamment d’aller voir Benjamin, il suppose que cela provient de fatigue trop longtemps accumulée et cela ne m’étonne pas trop ; depuis le début de la guerre, Jacques mène une vie vraiment infernale, et je m’étonnais parfois que sa santé y ait jusqu’ici résisté. Il lui faudrait du repos, mais quand ? Et comment faire pour y arriver ?…

Autre chose, il va falloir reconstituer La Ligue féminine d’Action Catholique ; d’accord avec Mme Dorion, toujours immobilisée, M. le Curé m’a priée de m’en occuper, et de convoquer quelques personnes pour une réunion lundi. Il me faudra ces deux jours-ci faire les invitations de vive voix, et je suis sûre d’en oublier, alors que je suis débordée par mes tricots en retard, mes fruits à trier et sans doute des confitures à faire….

Samedi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 26 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Mon travail n’avance guère… mes tricots n’avancent pas, j’en ai quatre de commencés, tous urgents, et ne peux en faire qu’un à la fois ; je n’ai pas terminé la réparation des culottes, et il faudrait des chaussettes, des chandails ! Fait hier 21 pots de gelée de pommes, les ai couverts aujourd’hui. Passé la plus grande partie des deux derniers après-midi à faire des démarches à propos de la réunion de lundi… Dans la plupart des maisons je peux bien dire toutes, j’ai été bien reçue, mais parfois on exprime des doutes au sujet de la réussite de la chose, ou de l’intérêt que cela peut avoir ; d’autres me disent « j’irai certainement, mais ne veux m’occuper de rien ». Dans une seule maison j’ai eu un refus. Je revois encore cette cuisine où j’ai été reçue, cette cuisine si bien astiquée, si parfaitement rangée ! Mais est-ce cela la vie chrétienne ? S’occuper de ses petites affaires à soi et ne pas se préoccuper des autres…

Lundi soir 28

Réunion de la Ligue tantôt, ai été nommé présidente, d’un côté cela m’ennuie, parce que c’est une nouvelle charge, alors que j’en ai déjà pas mal, une nouvelle et assez lourde responsabilité… D’un autre côté, j’en suis heureuse, parce que cela me permettre de faire quelque chose…. Y arriverais-je seulement un peu ? Ou vais-je au devant d’un échec ? Cela ne fait rien, les efforts faits, le travail, tout cela peut servir à Dieu…

Deux belles journées, un peu froides. Une flambée le soir ferait plaisir ; ce sera pour plus tard. Je travaille le plus possible ; j’aurais bientôt fini les réparations de culottes, mais il y a bien des choses en attente.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 30 octobre 1946, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Suis lasse, déprimée ce soir, espérons que cela ne sera pas grand-chose et que demain j’aurai repris mon équilibre habituels, mais ces quelques jours de vacances des enfants vont me donner pas mal de peine et de travail. Yves est arrivé ce soir, et déjà il a fallu lutter avec lui pour certaines choses, supporter une colère, des cris puis le raisonner un peu…

Il fait froid, beaucoup de vent aujourd’hui, le temps est dur, malgré le soleil encore chaud, le matin et le soir, on grelotte dans la maison, il est ennuyeux de faire déjà du feu, quant au chauffage central, inutile d’y songer pour cet hiver, la chaudière est claquée, et le brûleur à mazout que nous avions un peu espéré sera peut-être pour l’année prochaine. En attendant, pour me réchauffer, j’ai décidé d’aller tantôt à la Pampinière où j’avais promis une visite depuis quelques jours… me suis arrêtée une minute au « pâtis aux moutons » où j’ai eu de si précieux moments de solitude et où ma petite chérie a fait de si bons sommes, tandis que je tricotais en allant et venant devant le buisson… Aujourd’hui avait emmené le merveilleux « Journal d’une française » que l’on peut reprendre sans se lasser, tant il contient des choses jamais épuisées. Suis revenue comme les enfants rentraient de classe. Demain, resterai ici et n’en suis pas fâchée, mes tricots n’avancent guère, et certains sont tellement urgents.

Dimanche matin 3 novembre

Beaucoup de travail aujourd’hui, et tous ces jours-ci, avec la présence des enfants en vacances et aussi les allées et venues chez Maman, qui est arrivée jeudi avec les Granger. Yves est donc arrivé mercredi soir, il a bonne mine, et, à part une très grosse colère le jour de son arrivée, je n’ai pas eu trop de peine avec lui ces jours-ci. Je me sens d’ailleurs plus forte… et les enfants le sentent facilement… jeudi matin, beaucoup de choses à faire, j’ai pu arriver à ranger le placard des filles et ceux des garçons avant leur arrivée ; maintenant je suppose qu’il faudra de nouveau y donner un coup de main une fois qu’ils seront partis. Il me reste encore tous les autres placards et armoires à ranger à fond, et il faut que je le fasse ce mois-ci car, une fois le froid réellement venu, cela ne me dira plus rien de rester dans les chambres glaciales.

Maman et les Granger s’étaient annoncés pour déjeuner, mais ils sont arrivés vers 2 heures et demie. Nous avions fini depuis un certain temps. Les filles étaient ici dès 4 heures, ayant pu avoir un express de bonne heure dans l’après-midi. Toutes deux ont l’air bien portantes et à peu près raisonnables ; Geneviève a encore grandi. Le jour de la Toussaint, suivi l’horaire traditionnel ; visite au cimetière le matin avant la grand-messe, pour fleurir les tombes. Vêpres et procession au cimetière l’après-midi. Jacques a emmené à Palluau les deux filles et Yves, les deux petits étant allés chez grand-mère ; je suis allée voir M. le Curé, pour régler avec lui certains détails, puis fait mon chemin de croix et suis rentrée ici. Il fait froid, certaines journées ont même été très dures, nous sommes obligés d’allumer du feu, au moins le soir ; cela ne peut durer, le temps se radoucira bientôt sans doute. Hier matin, suis allée à Beaufou avec Jean Granger, essayer de dénicher une bonne pour Maman ; je ne sais pas si cela réussira. Déjeuné chez Maman et suis rentrée passer l’après-midi avec les enfants, pendant que Jacques, Jean Granger et Jacques étaient à Aizenay. Aujourd’hui, Jacques déjeune aux Lucs, en l’honneur de la décoration de M. Renaudin, fait chevalier de la Légion d’honneur. Maman et les Granger viennent ici, je ne peux pas laisser Maman faire toute la cuisine, elle fatigue vraiment trop. Demain, ils viendront encore pour fêter les quinze ans de Geneviève, puis ce sera le départ de tous. J’entrevois pour ensuite beaucoup de travail encore. J’arrive peu à peu à faire quelques petites choses : une culotte à Anne, des chaussettes, j’ai aussi un caleçon de commencé pour Pierre, Jacquie y a même travaillé un peu…

Mercredi matin 6 novembre

Une série de belles journées, il fait froid soir et matin, et, pour le dîner, j’allume du feu dans la salle à manger, mais dès que le soleil donne, l’après-midi, il fait bon, c’est merveilleux pour un début de novembre. Tous les pensionnaires sont partis lundi, j’ai eu ce jour-là encore une journée bien remplie. Maman et les Granger sont venus déjeuner pour fêter les 15 ans de Geneviève, nous avions un savarin qui aurait été bon s’il y avait eu un peu plus de rhum, mais c’était le fond de la bouteille ! Après déjeuner fait en vitesse les préparatifs de départ des filles, puis ensuite ceux d’Yves, qui ne partait qu’à huit heures, et mis un peu d’ordre dans la maison.

Suis occupée avec la préparation d’une récollection cantonale pour demain ; M. le Curé veut faire entrer dans cette journée beaucoup de choses et je crains qu’on ne puisse arriver à tout, mais en attendant, il faut téléphoner, télégraphier, et cela prend un temps considérable.

Dimanche matin 1 novembre

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 1 novembre 1946 était un vendredi. Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1946-11-06). Texte conservé tel quel.

L’hiver est réellement venu, très tôt cette année, peut-être fera-t-il très doux un peu plus tard… Il faut faire du feu presque toute la journée, heureusement Jacques a pu faire rentrer un peu de bois. Nous avons pris nos quartiers d’hiver, et nous sommes tout à fait réinstallés dans la salle à manger, ce qui nous prive du bureau et du salon ; peut-être une autre année serons-nous un peu mieux ; les chambres sont glaciales, et il faut aller vite pour faire sa toilette…. Aujourd’hui les élections, que va-t-il sortir de cette journée ? La chose est bien angoissante, d’autant plus que les élus le seront cette fois-ci pour cinq ans ! Et tout cela peut entraîner tant et tant d’événements. Que la Vierge Marie intercède pour nous… Il y a vingt huit ans, nous étions à la veille de cet armistice qui fut une telle délivrance et une telle joie pour tous ; que de changements et de triste choses depuis ! Maintenant, un pays par endroits dévasté, en grande partie ruiné, partout déchiré par des dissensions, des querelles, par ces affreuses luttes politiques qui font tant de mal. S’il n’y avait pas la Providence, ce serait à désespérer !

Jeudi, une journée intéressante, un très bon prédicateur, qui nous a donné des instructions vraiment belles ; malheureusement, nous n’étions guère nombreuses, très peu d’ici, et quelques paroisses du canton n’étaient même pas représentées… Ai été nommée présidente cantonale, je me demande bien pourquoi… La Baronne Taylor est venue ensuite et nous a parlé sur la Ligue. Terminé par une instruction à l’église et la bénédiction. Vendredi, suis restée travailler ici. Hier, un moment chez Maman avec Anne. Beaucoup d’ouvrage à faire. Pierre n’a pas de chaussettes, et ses socquettes sont maintenant insuffisantes, il lui faudrait aussi des caleçons, mais le paletot d’Anne n’est pas terminé, et je prévois une semaine dans laquelle je n’aurais guère le temps de travailler…

Les deux filles nous sont arrivées hier soir ; elles ont congé aujourd’hui et demain en raison de l’Armistice, aussi elles ont pu avoir le car hier et rentreront demain soir. Pour l’instant, elles arrivent de la messe de 9 heures où elles ont quêté. Yves n’a pas eu de congé. Pierre est très enrhumé, aussi je le soigne avec des inhalations, des gouttes dans le nez et du révulsif sur la poitrine. Anne est un peu prise elle aussi ; depuis près d’un mois, elle ne se mouille plus dans son lit, aussi elle se trouve très grande et n’en est pas peu fière ; elle est d’ailleurs très amusante et très mignonne, et au fond pas trop entêtée.

Dimanche matin 17 novembre

Une semaine très remplie, n’ai guère eu du temps à moi ni fait du travail dans la maison. J’espère être à peu près au calme cette semaine… Nous avons eu dimanche une journée plutôt bruyante, après les Vêpres, les deux filles étant ici, Marie-Annick est venue également puis Auguste, lequel est venu pour voter ; ils ont passé une partie de l’après-midi à jouer au nain-jaune, tandis que j’essayais d’écrire. Ne suis pas allée au dépouillement du scrutin ainsi que j’en avais l’intention, il y avait trop à faire ici. Suis allée cependant à la mairie quelques minutes, avant de dîner mais ne me suis pas attardée, les résultats, pour ici du moins, étant officiellement connus – glissement à gauche avec 102 communistes de plus qu’en juin – ici, au dépens des socialistes surtout. En Vendée la situation reste stationnaire, avec pas mal de voix communistes cependant. Dans l’ensemble de la France, le socialisme perd nettement ; les communistes renforcent leurs positions mais modérés et M.R.P. pourraient avoir une réelle majorité s’ils voulaient s’entendre.

Lundi a été assez pris par les filles, qui partaient l’après-midi. Mardi, sommes allés au mariage du second des Louineau de l’Hermière, mais cette fois-ci la noce était au Recredy. Il a fait très beau – pour la saison – pas de pluie, pas de vent et pas trop froid. La mariée était très gentille, aînée d’une famille de onze enfants dont le plus jeune a dix mois ; la tenue générale a été bonne, nous sommes restés au dîner et revenus aussitôt après. Mercredi, j’avais une messe de mariage, ce qui, pratiquement, prend toute la matinée, mais j’ai tout de même eu une après-midi tranquille, Marie, étant malade, n’est pas venue. Vendredi à Nantes, le trajet en auto, le matin, a été une vraie joie… Ce voyage me pesait pourtant beaucoup, Jacques devant se faire examiner par Benjamin, au début de l’après-midi, au point de vue du cœur. Moi aussi, me suis fait examiner, mais cela ne m’inquiétait pas du tout, je voulais savoir s’il s’agissait bien comme toujours de faiblesse cardiaque. Benjamin a été assez rassurant, cependant il ne pourra nous donner des précisions que demain sans doute, quand il aura développé le film qu’il a pris ; il donnera en même temps un traitement, un régime, et, avec l’aide de la Providence j’espère que nous arriverons à soigner efficacement le malade. En tous cas cette visite l’a remonté et lui a fait grand bien. Une journée à Nantes est aussi pour lui une détente, surtout lorsque le voyage se fait dans d’aussi bonnes conditions… Hier matin, suis allée à La Roche, séance chez le dentiste pour préparer l’appareil qui me sera posé la semaine prochaine et réunion à la Maison des Œuvres, pour essayer d’organiser le Service d’Education Familiale ; je crois que ce sera très dur et que nous nous heurterons à beaucoup de difficultés, mais il faut toujours essayer quelque chose.

Jacques surmené encore ces jours-ci par la préparation des listes des grands électeurs pour dimanche prochain. Tout cela est bien lourd pour lui….

Vendredi matin 22

Après la journée de dimanche, laquelle a été très remplie, et s’est terminée assez tard, je crois que celle d’aujourd’hui sera très remplie également, dans un quart d’heure la messe sonnera, j’ai pas mal de lettres et de convocations à faire, et, ce soir, je dois aller à la mairie pour le dépouillement du scrutin ; certains scrutateurs seront peut-être bruyants et ils faut que les autres soient très calmes. Je ne sais pas à quelle heure nous dînerons Jacques et moi, mais Maman viendra peut-être coucher ici, et cela simplifierait toutes choses pour les enfants.

Semaine très chargée, Jacques a été surmené par cette question d’élections, il a fait des voyages multiples à des heures impossibles. Je voudrais que tout soit terminé et pourtant que vont nous amener ces élections d’aujourd’hui prélude des élections au Conseil de la République, dans quinze jours, et prélude aussi, il faut bien le voir, aux élections municipales qui auront lieu au début de l’année. Les choses ne marcheront peut-être pas toutes seules. Je veux avoir confiance en la Providence…. Dimanche soir, il y a eu ici une réunion des maires du canton ; ce devait être à 5 heures, mais Jacques était à une réunion d’A.C., laquelle n’a été finie qu’à 6 heures, mais nous en avons eu ici jusqu’à 9 heures et demie. Lundi, reçu Maman et Menine à déjeuner ; Françoise est venue ensuite, puis Benjamin, qui nous a donné des explications sur les radios, puis suis allée un peu chez Maman, pour en revenir vers 6 heures, heure à laquelle je m’occupe de Pierre pour ses leçons. J’ai pris cette habitude depuis mon retour des Sables et m’en trouve fort bien ; ce n’est pas toujours de tout repos à cause d’Anne qui veut elle aussi apprendre ses « taleçons », ou fait une colère parce que je ne lui chante pas des chansons, mais cela me permet d’avoir les deux petits bien plus en main et c’est infiniment préférable. Mardi matin, une messe de mariage, l’après-midi suis allée à La Roche avec Jacques, sommes revenus assez tôt, vu Yves qui est bien. Mercredi après-midi, suis allée voir M. le Curé pour diverses questions concernant La Ligue, puis fait plusieurs visites à ce sujet ; passé un moment chez Marguerite puis suis revenue chez Maman pour lui aider à déménager une armoire. Jeudi après-midi, temps affreux, causé avec Anne-Marie Mollé au sujet de certaines militantes J.A.C. maintenant mariées, que je voudrais voir entrer dans la Ligue afin de la rajeunir un peu. Suis allée ensuite chez Maman pour ses déménagements d’armoire. Vendredi, réunion chez Mme Dorion pour revoir les listes des dizainières afin d’organiser bientôt une réunion de cadres… seulement, pendant ce temps, mon tricot reste dans mon sac et le travail n’avance pas. Hier, je suis tout de même restée ici pour la première fois, aussi j’ai fait quelques raccommodages et tricoté les deux tiers d’un caleçon à Pierre. Il y en a un autre fini qui ne reste plus qu’à coudre, et un autre trop court qu’il serait facile d’arranger. La seconde paire de chaussettes est bien avancée mais les tricots pour Anne ont été abandonnés. Reçu les notes de Jean, elles ne sont pas mauvaises. Dans un mois, tous mes chéris seront ici.

Dimanche mati 1er décembre

Une semaine très remplie … Terminé la seconde paire de chaussettes à Pierre, une autre est bien avancée et j’ai été obligée de l’abandonner pour remonter la paire de chaussettes du dimanche, réellement bien malade, j’aurais voulu les finir hier soir, mais n’ai pas eu le temps, je me suis mise à répare ses manches de chandail – un chandail déjà porté par Geneviève et par Yves – et il a fallu reprendre au-dessus du coude tant cela était mauvais ; je ne pouvais y travailler qu’après la classe, puisqu’il a le chandail sur le dos toute la journée, enfin la première manche a été finie vendredi soir à minuit et la seconde hier bien après onze heures, enfin le chandail est en ordre et pourra lui servir jusqu’aux grands froids, où il en aura un autre plus épais…. La réorganisation de la Ligue me donne plus de travail qu’il ne paraît… Lundi, je suis allée chez Maman, mardi matin, à La Roche, pour le dentiste, vu Yves qui aurait envie d’être scout, je crois que cela lui ferait du bien. Fait dans l’après-midi quelques courses et visites – chez Andrée Boyer, Armande Brachet, chez Marie-Josèphe Mignet, à qui j’ai porté des livres, chez Mme Bonnaud, enfin chez Maman, avec qui j’ai préparé des colis pour les enfants. Mercredi, préparé avec Marceline Gendreau et Madeleine Bouchereau, des listes et des circulaires pour la prochaine réunion de La Ligue, vendredi prochain – espérons que cela marchera ! – Jeudi, chez Maman avec les enfants, après avoir fait quelques courses. Vendredi suis restée ici, et cela m’a paru bien bon de ne pas avoir à bouger. Hier, une après-midi très chargée, sous la pluie suis allée chez Mme Baron, qui m’a semblée encore fatiguée et déprimée, aigrie aussi, et cela est pénible ! Chez Léontine Berthomé lui porter des livres pour se belle-fille, chez Mme Dorion, chez Mme Bonnaud – car il m’arrive encore autre chose, Marie-Thérèse m’envoie des cartes pour sa vente de charité, et me prie de « taper » quelques personnes ! Suis allée me confesser puis chercher les enfants chez Maman ; quand je suis revenue avec Anne, il pleuvait à torrents et la pauvre chérie paraissait toute apeurée ; Pierre était sixième hier soir et très heureux. Aujourd’hui, j’ai pas mal de correspondance à faire et aussi à sortir avec Jacques, lequel, pour la première fois depuis longtemps, n’a ni réunion, ni choses extraordinaires aujourd’hui, cela doit lui paraître agréable, car il a eu une semaine par trop chargée. Dimanche, il a passé toute la journée à la mairie ; je suis restée avec lui presque jusqu’au bout, pour attendre les résultats du canton. Le Poiré n’a pas mal voté, ainsi que Beaufou et Saint-Denis, mais Aizenay est toujours extrémiste et Les Lucs pas brillant. En résumé, sur 31, il en est passé 25 de la liste d’union et 6 de la liste soi-disant résistante, dont certains, ce soir-là, ne résistaient pas à la bouteille. Je suis rentrée vers 10 heurs préparer le dîner, Jacques est venu vers 10 heures et demie, nous avons dîné rapidement pour aller ensuite à La Roche porter les résultats à la Préfecture. Lundi, Jacques était aux Lucs toute la journée ; mardi, mercredi et même jeudi matin au Conseil général ; hier, il a été absent toute la journée, si bien qu’il n’est guère resté ici. Demain, nous partirons à Nantes jusqu’à mardi soir, cela lui fera un peu de détente, mais le travail s’accumule, et, lorsqu’il rentre, il ne sait plus où donner de la tête.

Aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent, cette période sont j’aime si profondément la liturgie. Après déjeuner, nous avons une réunion d’Entre’aide, que je ne voudrais pas trop longue, car je désirerais beaucoup être aux Vêpres pour chanter le « Rorate ».

Mercredi matin 4 décembre

Je viens d’écrire à Jean, il fait un temps splendide et j’ai la porte grande ouverte au soleil. Il n’en a pas été de même ces jours-ci. Lundi, nous allions à Nantes, mais sommes partis par Saint-Denis afin d’assister à la sépulture de la mère de Léon Gouraud ; au cimetière, pluie diluvienne, si bien que nous sommes remontés en auto avec les jambes trempées ; j’ai été gelée jusqu’à Nantes. L’après-midi, temps à peu près convenable ; vu les filles qui sont en bonne santé et paraissent aussi heureuses que possible. Hier matin, fait les magasins avec Jacques ; tout est hors de prix ; fait quelques achats pour le Noël des enfants, mais il vaudrait mieux ne pas s’arrêter aux étalages ; il y a des choses ravissantes vraiment tentantes, et qu’on ne peut s’offrir. Et pourtant, quel plaisir ce serait ! Un meuble ancien, un tapis, le tableau vu passage Pommeraye, et qui représente un paysage de montagnes, de la lingerie, un beau sac de voyage en cuir – ou même en toile – pourvu que ce soit logeable, des livres, beaucoup de livres que j’aimerais avoir, un chauffe-eau électrique et bien des choses encore ! Hier après-midi, vu Françoise un peu, puis fait encore quelques courses, mais le temps devenait franchement mauvais….Sommes partis vers 6 heures, sortie de ville assez difficile, d’autant plus désagréable que le moteur « calait » à chaque instant. La pluie nous a pris vers Geneston, et a forcé vers Saint-Philbert de Bouaine ; l’auto marchait bien… En arrivant ici, portail fermé ; je descends pour l’ouvrir mais le moteur cale, et, quand Jacques veut remettre en marche, le démarreur ne donnait plus ; C’est encore de la veine que nous ayions été arrivés ! Jacques est reparti ce matin, pour la journée, à La Chaise, Saint Florent et Mareuil avec André Dorion…

Dimanche 8 décembre

Le temps a l’air de s’éclaircir, mais il pleut à verse depuis ce matin, aussi les deux petits sont restés ici au lieu d’aller chez grand-mère, comme ils le font souvent le dimanche matin. Pierre joue avec le meccano et Anne chante « La berceuse blanche », je pense que, d’ici quelques minutes, ils vont se chamailler, faire des caprices ou des colères, et j’aurais bien besoin ce matin d’un peu de calme et de repos… Je ne peux pas entendre des cris continuels, et pourtant, dans quelques années, je regretterais peut-être éperdument ces moments un peu pénibles, où la maison est vivante, animée où j’ai encore deux petits autour de moi !…Aujourd’hui ce devrait être la Communion de Bernard…

Jeudi après-midi suis allée à La Roche, fait sortir Yves, que j’ai été heureuse de revoir ainsi pendant quelques heures. Suis revenue par le premier car, ce qui m’a donné un moment de tranquillité pour préparer ma réunion du lendemain. Le matin, fait avec Maman, une caisse de différentes choses, destinée à Marie-Thérèse, pour sa vente de charité qui doit avoir lieu jeudi prochain. Mercredi après-midi, suis allée voir Marguerite, laquelle m’a donné deux cents francs pour l’œuvre. Avec les 200 francs, j’ai eu chez Barbin un beau colis, Mme Bonnaud en a fait un de son côté ; Andrée Boyer, m’a donné une livre de beurre ; je crois que Le Poiré n’a pas mal travaillé. Vendredi après-midi, nous avons eu notre réunion de la Ligue française d’Action Catholique, les dizainières sont venues assez nombreuses, la plupart ont l’air de bonne volonté, elles gardent leur dizaine et cherchent à recruter de nouvelles adhérentes. Hier matin, fait quelques courses, suis allée voir Mme Dorion, puis n’ai pas bougé de l’après-midi, ce qui m’a permis de faire bien des choses ; j’ai terminé un caleçon à Pierre et un autre est bien avancé… j’en ai fini avec les chaussettes de Pierre, terminé hier une paire à Anne… Jeudi, les sœurs du vestiaire m’ont remis deux paires dont les pieds n’existent presque plus….

Mercredi 11 décembre

Hier, un temps splendide, suis allée aux Sables voir ce que devenait la maison et relancer les ouvriers ; j’ai déjeuné avec le fenêtre ouverte tant il faisait beau ; la mer était un peu houleuse, mais bien belle… Malgré le soleil, les Sablais disaient que « l’eau n’était pas loin », en effet, le soir, le temps se couvrait et ce matin il pleut sans arrêt. Cela ne vaut pas encore la tempête de dimanche : pluie, vent, grêle, éclairs, tonnerre, il y avait de tout ! Le Remblai, aux environs du Phare Rouge était paraît-il inabordable. Lundi, suis allée tout l’après-midi chez Maman, aujourd’hui, j’ai beaucoup à faire et je voudrais rester ici.

Dimanche matin 15 décembre

Temps très froid depuis hier matin ; après une très belle journée vendredi, le brouillard est monté, un brouillard glacial qui pénètre jusqu’au fond des poumons ; c’est le début du véritable hiver, pourvu que nous n’ayions pas trop froid pendant les vacances de Noël, cela fait de la peine de voir les enfants grelotter dans leurs chambres, et c’est quelque peu ennuyeux de se confiner toujours dans une pièce… Les filles viennent samedi, Yves peut-être aussi ; quant à Jean, il a en principe sa sortie à 11 heures et demie ce qui l’obligerait à voyager de nuit s’il ne peut pas avoir la permission de terminer plus tôt. Ce trimestre aura quand même été vite passé, et je suis loin d’avoir fait tout ce que j’aurais voulu faire. Travaillé de mon mieux cette semaine… mais j’ai été obligée d’abandonner, une fois de plus, le paletot rouge, qui est pourtant presque terminé, une manche à finir et le montage à faire, parce que les chaussettes d’Yves pressent. J’en ai terminé une hier soir, à grand peine, mais il y a encore une paire à remonter, et surtout une paire de chaussettes blanches à lui tricoter, afin qu’il puisse le mettre pour les vacances de Noël. Je prévois une semaine assez chargée, demain Jacques voudrait m’emmener à Aizenay ; mardi, j’aurais très en vie d’aller à La Roche, afin d’assister à une conférence d’instruction religieuse sur la Bible… Mercredi, il faudrait que j’aille à Nantes, mais tâcherai de revenir par le train, afin de revenir plus tôt le soir…

Lundi, il me semble, suis allée chez Maman ; mardi aux Sables ; le voyage est facile à faire entre deux cars ; il faudra que j’y retourne en janvier sans doute, sans cela le menuisier n’en finira jamais. J’ai vu un peu la maison et fermé soigneusement toutes les fenêtres, que Mme Dereure avait laissées ouvertes, les volets à peine tirés. Mercredi, ne suis pas sortie, il a fait un temps affreux toute la journée ; jeudi, suis allée chez Maman assez tard, car j’avais plusieurs courses à faire avant d’y aller et aussi à écrire. Vendredi, reçu à déjeuner deux inspecteurs de Jacques ; cuisiné toute la matinée, et séance chez la coiffeuse l’après-midi – bien du temps perdu – enfin, j’ai eu le temps de lire « Témoignage chrétien » que je n’aurais peut-être pas eu le temps de lire autrement.

Tous ces jours-ci, pannes de courant à chaque instant et il faut allumer dès cinq heures – ou presque – Le réchaud aussi est en panne ; il faut allumer la cuisinière – heureusement qu’il y a un peu de charbon – cela donne un peu plus de peine mais il n’est pas désagréable d’avoir de l’eau chaude aux robinets. Jacques très pris et surmené tous ces temps-ci ; maintenant que son inspection est passée, peut-être sera-t-il un peu moins bousculé ; la plupart du temps, il travaille dans son bureau après dîner, et c’est un peu pénible de ne pas avoir même nos veillées ensemble…

Dimanche 22 décembre

Non seulement depuis dimanche le froid dure, mais il augmente sans cesse et devient vraiment très dur ; aujourd’hui le brouillard est monté et il est à craindre que nous ne voyions pas le soleil. Pour éviter le gel du service d’eau, nous faisons du feu dans plusieurs chambres, mais je crois que, malgré cela, toute la partie du fond est gelée, dans le cabinet de toilettes des garçons j’ai réussi à maintenir une température à peu près normale en faisant du feu presque toute la journée, mais quelle dépense de bois et encore il fait froid quand même. On est crispé, on souffre, et on aspire à un temps plus doux, qui ne paraît pas près d’arriver. Les enfants sont tous arrivés, Yves pour déjeuner et les autres dans le courant de l’après-midi, ils sont tous en bonne santé, et n’ont pas l’air de trop avoir souffert du froid en voyage ; Jean nous a parlé un peu de son collège, sur lequel il ne nous avait donné aucun détail. Lundi, suis allée chez Maman un peu au moment du goûter. Mardi, voyage à La Roche, l’après-midi suis allée assister à une conférence sur la Bible…Vu ensuite Yves, fait quelques courses, le temps était vraiment très dur mais j’ai réussi à bien me réchauffer en marchant. Mercredi, voyage à Nantes, et cela a vraiment été très dur, le car est parti d’ici avec une demi-heure de retard et pendant plus d’un quart d’heure, nous étions restés à l’attendre dehors. Les deux heures passées dans le car ont vraiment été pénibles, je suis arrivée ensuite à me réchauffer en faisant mes courses, mais, au cours de la matinée, le vent s’est levé et le froid a été plus dur. J’ai fini dans la matinée tout ce que j’avais à faire, d’ailleurs j’ai fait un voyage à peu près pour rien, j’ai déjeuné en vitesse et suis allée prendre l’express de 2 heures, j’étais à 3 heures et demie à la Roche, fait quelques courses, puis suis venue me chauffer chez Mme Lesaffre, devant le fourneau de la cuisine. Jacques est venu m’y rejoindre et nous sommes arrivés ici vers 6 heures. J’étais malade de froid, et n’ai pu m’en remettre avant jeudi soir ; suis allée chez Maman, incapable de me réchauffer, j’avais beau être presque collée au poële, je grelottais et j’avais très mal dans la nuque et dans les épaules. Vendredi, cela allait un peu mieux, mais aujourd’hui, de nouveau, j’ai très froid, et, malgré le feu, j’ai peine à tenir mon stylo. Du travail par-dessus la tête, les enfants m’ont apporté des réparations à faire, je n’ai pas terminé les chaussettes à remonter pour Yves, et il faut que je fasse des bas pour Jacquie, ce qui représente quelques points. Il y a aussi les lettres de Noël et de Nouvel An, je voudrais en faire un peu aujourd’hui, si je peux y arriver, avec le bruit des conversations autour de moi, les taquineries de Pierre et les cris d’Anne.

Dimanche 29 décembre

Jacques avait l’intention de passer une partie de la journée aux Sables avec les enfants ou tout au moins une partie, puisque tous ne peuvent pas entrer dans la Simca, mais il y a du brouillard, il fait froid et cela ne lui dit rien d’aller traîner là-bas une fin de rhume et de passer quelques heures dans une maison glacée, si bien que tout le monde restera là et que les enfants sont pour le moment autour de la table de la salle à manger aux prises avec les lettres du Jour de l’An, et ce n’est absolument pas de tout repos pour moi ;

Je suis très enrhumée depuis avant-hier, j’ai très mal au dos et aux épaules et suis éreintée à force de tricoter ; j’ai entrepris des bas pour Jacquie, et c’est un certain travail, il faut qu’elle puisse en emporter une paire, et que j’en ai une autre terminée pour servir de modèle, aussi faut-il travailler dur. Geneviève aide un peu, mais elle n’en fait pas lourd quand même. J’ai hâte d’avoir fini, d’autant plus que j’ai bien d’autres choses pressées, entre autres des chaussettes à Yves qui ont besoin de sérieuses réparations, et, je serai pas mal occupée ces jours-ci… mardi, nous allons déjeuner chez Maman, mercredi, jour de l’an, je serai très prise et jeudi ce sera le départ des pensionnaires ; ces vacances auront encore passé bien trop vite. Ne suis que très peu sortie cette semaine, pour pouvoir tricoter plus tranquillement et surtout plus vite. Un petit moment chez Maman mardi après-midi. Jacques et les enfants sont allés à la Messe de Minuit, je suis restée garder Anne et remplir l’office du Petit Jésus ; les souliers étaient encore cette année bien garnis, quoique je n’ai pu trouver tout ce que j’aurais voulu, car certaines choses seront achetées par la suite. La plus heureuse était Anne, ravie de la poupée, pourtant bien médiocre, que nous lui avions mise ; elle la regardait, l’embrassait et lui disait « Fais-moi un bibi ! » (elle s’appelait Marivonne, et avait une tête en carton pâte que je lavais toujours, et un corps en chiffon). Le matin de Noël, suis allée à la grand-messe, sommes tous allées aux Vêpres, et terminé l’après-midi en essayant d’écrire, ce qui n’était vraiment pas commode… Jeudi matin, j’ai dû assister à un enterrement, j’y suis d’ailleurs arrivée le plus tard possible. Mais vendredi, c’était l’enterrement de Mme Brachet, et là il a fallu prendre toute la cérémonie, si bien que la matinée entière s’est passée sans que j’ai pu tricoter. Hier, Jean a reçu son camarade Daniel Boutelier, il est même resté dîner avec nous, son car étant après huit heures…..