Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Lundi 2 janvier 1939

Quelles journées vraiment fatigantes et remplies, je suis lasse, tous ces jours-ci je me suis couchée plutôt tard…. Jacquie a fait la semaine dernière un peu d’angine, Yves un peu d’embarras gastrique, tout cela a gâté un peu les vacances de Jean, vacances si vite passées ! Ces jours-ci des visites à faire ou à recevoir, des lettres à écrire prennent tout mon temps. Le soir seulement j’ai le temps de tricoter en lisant le troisième volume des si intéressants Mémoires de la Reine Marie de Roumanie. Ecouté ce soir la « Sonatine » de Ravel…

Le froid a tout de même cédé, nous retrouvons avec joie cette atmosphère de pluie… ou même de boue qui est nôtre.

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 3 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jean vient de repartir pour Richelieu, les vacances auront été vite passées, il a dîné avec nous et d’ici quelques minutes il aura retrouvé ses camarades… et son petit lit au dortoir ! Nous avons célébré la Sainte Geneviève, mais l’héroïne de la fête n’ pas fait honneur au repas, l’appétit n’était pas fort… est-ce comme pour Yves, un petit excès de bonbons….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 6 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fête de l’Epiphanie…. J’ai confectionné pour le déjeuner une tarte aux pommes avec la fève traditionnelle, nous avons coupé huit parts, une pour Jean, puisque notre grand chéri est toujours présent à notre pensée, et la fève s’est trouvée précisément dans la part e Jean, c’est lui qui sera notre roi.

Voyage à Nantes, hier, exposition de blanc, que de choses tentantes aux étalages, mais je n’ai pas le droit de satisfaire toutes mes fantaisies.

Lundi 9

Visites du jour de l’an, hier après-midi, nous sommes allés chez les Lucas où nous avons trouvé les Yvernogeau, passé un moment bien agréable et bien gai, le docteur parlait de ses aventures aux temps héroïques de l’automobile… Sommes allées, ensuite chez les Benjamin Gendreau ; là l’atmosphère était moins gaie, parlé des malades, des accidentés, partout des inquiétudes, heureusement la petite fille de Berthe était là et éclaircissait toute cette ambiance de tristesse de son ravissant sourire.

Mardi 20

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 20 janvier 1939 était un vendredi. Texte conservé tel quel.

Yves est bien mignon et bien amusant ; depuis qu’il a quatre ans et demie, il se trouve tout à fait grand garçon et demeure pénétré de son grand âge et de son importance. Hier matin, il construisait un château de cubes et comme Papa le complimentait sur son édifice, il lui a répondu d’un ton satisfait : « C’est que je suis construit, maintenant que j’ai quatre ans et demie ! ». Hier matin, je confectionnais un ragoût et les petits tournaient autour de moi, j’avais toujours peur qu’ils se brûlent aux fourneaux et je voulais les renvoyer dans le bureau pour qu’ils ne fassent pas de sottises, mais Yves m’a encore dit d’un ton pénétré « On ne fait pas de sottises quand on a quatre et demie »… Et pourtant !

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 26 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

….Pierre est tout à fait comique, il veut maintenant manger tout seul, et impossible de l’aider, il est drôle au possible quand il porte maladroitement la cuiller à sa petite bouche, et cependant il ne se salit pas trop…Il ne veut pas non plus qu’on l’aide à monter et descendre les escaliers, je me tiens devant pour éviter les chutes, mais je n’ai pas le droit d’y toucher. Il ne parles pas mais se fait comprendre à merveille.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 27 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fait hier ne promenade délicieuse, je suis allée à la Turquoisière voir mon pauvre filleul qui ne va guère mieux, et cela m’a bien attristé, mais la promenade en elle-même a été charmante, j’y suis allée seule, les enfants ayant déjeuné chez Maman refusaient de quitter leurs jeux. Cette marche solitaire m’a fait le plus grand plaisir, il y a si longtemps que je n’avais eu d’autres promenades que celles où il faut traîner les enfants, pousser des voitures et régler son pas sur leur petit pas….

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 28 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Hier, voyage à La Roche. Si ce n’était la crainte d’un pneu à plat -que je ne saurais réparer- j’aimerais ces petites courses solitaires….

Ce matin, courses, achats. Au retour dégivré le frigidaire, mis en route des cannellonis pour déjeuner et un pot au feu pour ce soir. Piqué à la machine des gants de toilette confectionnés avec les morceaux encore bons d’une vieille serviette de bain à Pierre.

Mercredi 18 janvier

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1939-01-28). Texte conservé tel quel.

Pendant deux jours, pluie et vent… Geneviève étant un peu enrhumée, je l’ai gardée à la maison, elle jouait avec ses petits frères dans le bureau et c’était un beau charivari !…

Je me presse, j’ai des lainages à laver, des confitures à couvrir et les matinées sont si courtes quand mes petits ne sont pas là.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 21 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toujours la tempête… Les enfants gardent la maison, Geneviève et Pierre sont enrhumés, Jacquie est en classe, elle revient avec son capuchon ruisselant. Quant à moi, mes journées s’écoulent bien remplies, j’ai entrepris beaucoup de travail et me couche tard…. De plus Pierre a entrepris de nous faire la nuit des petites sérénades totalement dépourvues d’agrément, aussi je suis un peu fatiguée…

Mardi matin 24

Pris samedi soir l’actualité catholique au poste Parisien, le père Leseur y parlait de celle qui fut sa femme Elisabeth Leseur dont je possède tous les livres, tant de fois lus et relus. La cause de la béatification et introduite en cour de Rome et, d’ici quelques années, on verra un religieux, un Dominicain, assistant à la glorification de son épouse….

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 25 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pris hier l’écoute de Radio-Strasbourg, c’était un concert que j’ai eu grand plaisir à écouter : l’Appassionata et la Sonatine de Ravel….

Ce matin, encore pluie et vent, Jacquie et Geneviève sont en classe, mais les petits sont restés avec moi, je viens de faire une lessive de lainages, et vais maintenant les garder en travaillant.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 28 janvier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1939-01-28-b pour la distinguer de 1939-01-28.

Voyage à Nantes hier, courses et achats toute la journée… Je suis allée la Visitation… Malgré le départ de tante Marie-Angèle, le monastère n’est cependant pas vide pour nous, les sœurs converses nous sourient comme à de très anciennes connaissances, les Mères supérieures sons accueille affectueusement, c’est pour moi un peu du réconfort que je trouvais jadis à parler avec Tante….

Lundi 31

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 31 janvier 1939 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Acheté vendredi à Nantes un meuble pour la salle à manger ; la maison, quoique vieille, manque de placards et ce meuble me sera très utile pour ranger argenterie, linge de table, provisions et toutes sortes de choses, c’est un bahut bressan, une bonne copie d’ancien, très joli, je suis ravie de l’avoir acheté, et voilà que maintenant, près de le voir arriver, je suis partagée entre deux sentiments, la satisfaction d’avoir un beau meuble qui nous sera très pratique et la crainte de voir arriver un intrus chez nous. Il va falloir modifier le cadre aimé où nous avons vécu pendant près de treize ans, changer la desserte de place, bouleverser différentes choses. Qu’elle est grande, la force de l’habitude !….

Je me presse, la matinée avance et Pierre va bientôt venir déjeuner. Dix sept ans aujourd’hui du mariage de Marguerite….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 3 fevrier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Passé l’après-midi hier chez Maman, il faisait froid et malgré le chauffage nous avons allumé du feu, pour la joie des enfants. Il me semblait être au temps lointain déjà où je tirais l’aiguille, près de la cheminée, mais de la « chambre aux jouets » arrivaient les voix et les rires de toute la petite bande….

Samedi 20 février

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 20 fevrier 1939 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Le Saint Père est mort ce matin, vers cinq heures et demie. C’est une grande lumière qui s’en va, une noble et belle figure qui disparaît….De là-haut il priera pour cette paix pour lequel il avait offert sa vie.

…

Dimanche 12 février

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1939-02-20). Texte conservé tel quel.

Passé une partie de mon après-midi à faire les comptes du mois dernier, je suis presque effrayée du total entrevu, il faut tant actuellement pour vivre ! je m’ingénie à dépenser pour la table le moins possible… à combiner des menus à la fois économiques, nourrissants et savoureux, il m’arrive de me laisser tenter, comme ce matin par des soles si fraîches, si appétissantes, et qui seront si appréciées tout à l’heures, dorées au four dans du beurre, je suis si contente de faire plaisir à Jacques et aussi aux petites filles qui aiment bien les bonnes choses, et ce n’est pas seulement le poisson, mais c’est l’épicerie, la boucherie, et tout, j’accommode certains plats à la crème de lait bouilli pour ménager le beurre, nous mangeons lapins, poulets et jambon, je confectionne souvent de gros plats de riz et de pâtes, ou de croquettes de viande, avec différents restes hachées, nous sommes nombreux et il faut beaucoup. Et ce sont les vêtements, le personnel, les pauvres, les œuvres, les études de Jean en attenant celles de ses frères et sœurs ! Que Dieu nous assiste et nous donne toujours notre pain quotidien !…

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 fevrier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jean est arrivé tantôt, ce soir tous les poussins sont dans le nid, le grand chéri sera heureux tout à l’heure, de s’asseoir à sa place habituelle et après un bon bain, de retrouver sa chambre et son petit lit.

Aline Douxami et Daniel ont passé deux jours ici ; Oncle Raymond est venu la conduire et la chercher, en ces deux jours nous avons eu le temps de bien parler et de sortir ensemble, mais n’ai guère pu m’occuper des enfants….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 17 fevrier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Maman est à La Haye depuis samedi dernier, si je suis privée de sa présence, j’ai un calme et une paix intérieure que je ne goûte pas souvent, et puis je suis un peu en vacances, j’ai Baptistine pour m’aider, elle me seconde auprès des enfants….. le travail ne me manque pas, le paletot de Jacquie que je croyais prêt à être porté, a dû être repris en partie, comme trop large, j’ai les chemises de nuit en train, col, poignets et pattes à broder, coutures à rabattre, j’ai les taies d’oreiller qui avancent…Ce soir, Jean fait faire la dictée de Jacquie, mais pourvu qu’ils ne se disputent pas !

Jeudi 23

Les enfants jouent dans la chambre des petites filles, le bureau est désert, quoiqu’en désordre… Quelques journées bien chargées, le voyage à Angers samedi, vu dimanche Pierre et Geneviève, reçu lundi les Dorion, passé la journée de mardi à Nantes ; hier après-midi à La Roche ! Pendant ce temps le travail s’accumule….

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 25 fevrier 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pierre malade depuis deux jours … je l’ai mis à la diète et au lit, ce qui est une façon de parler parce qu’il ne veut pas resté couché longtemps, il faut le lever et il vagabonde dans la chambre ; j’ai repris la médication habituelle : gouttes, sirop, compresses de moutarde, le lactéol ; la fièvre l’excite… et il est franchement désagréable….37° ce matin, aussi je l’ai descendu dans le bureau où il jouera sans donner trop de peine et où il ne pourra avoir froid.

Yves est à l’école, il fait très beau, et je n’entendrai pas continuellement « sais pas quoi faire », « dis-moi un peu » !

Jeudi 2 mars

Nous avons un Pape ! Depuis cet après-midi, le cardinal Pacelli a été élu et a pris le nom de Pie XII, j’entends en ce moment les cloches qui, ainsi que celles du monde entier, se réjouissent et saluent le nouveau Pontife ; la joie est universelle , et nous sommes infiniment heureux que le Saint Esprit, après une seule journée de conclave, nous ait sonné un nouveau Père et surtout, malgré bien des prévisions pessimistes, celui qui continuera l’esprit, la ligne de conduite du Pontife défunt….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 3 mars 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Entendu hier soir par TSF une reconstitution de la minute si émouvante où le Saint Père a donné sa première bénédiction Urbi et Orbi et c’était une chose si émouvante que Jacques et moi, d’un même mouvement, sommes tombés à genoux, sous cette bénédiction qui, un peu plus tôt, à travers l’espace, avait atteint toute la catholicité. Lu avec avidité les journaux de ce matin, tous les détails sont si intéressants !

Dimanche 5 mars

Que la tâche d’une femme est donc complexe, il faut penser à tout, surveiller tout et tout prévoir…. Souvent dans le vacarme des enfants, le remue-ménage ordinaire de la maison…..En ce mois de mars, il faut prévoir et combiner les toilettes des enfants et les miennes, voir d’avance quels tricots il faudra faire pour cet été, approvisionner de nouveau l’armoire à linge, que la famille plus nombreuse exige plus garnie et la nécessité de s’habiller convenablement, combinée avec le poids de plus en plus lourd du budget, me fait passer de mauvais moments.

Mercredi 8 matin

Trois jours de vent et de pluie… Jacquie fait sans doute de l’otite et cela m’ennuie !

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 9 mars 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacquie paraît aussi bien que possible, le docteur est venu hier, nous a rassurés…. Je suis à la recherche d’une bonne depuis plus de quinze jours et n’en trouve pas, et je ne peux pas faire mon ouvrage toute seule, ou seulement avec Marie.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 10 mars 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le printemps avant la date, le temps est si beau, si calme, le ciel si bleu, le soleil si doux que je voudrais passer une journée entière dans le jardin…..Jacquie et Pierre sont dehors, Geneviève et Yves en classe….

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 12 mars 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Ecouté ce matin la retransmission du couronnement du Saint Père ! Je n’ai pu avoir dès huit heures le défilé des personnalités entrant à Saint Pierre et le début de la messe pontificale, mais j’ai pu reprendre cette même messe à la communion et assister au défiler de tous les assistants sortant de Saint Pierre, et surtout au couronnement, cérémonie qui d’ailleurs a été très courte, mais si belle, si émouvante….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 mars 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Nous voilà revenus aux jours d’angoisse, aux pires journées de septembre dernier, voilà que de nouveau l’Allemagne se révèle une nation de proie, et de nouveau la vie de l’Europe, la paix du monde est menacée ! La Tchécoslovaquie n’existe plus, la Slovaquie a demandé son indépendance, de même que l’Ukraine carpathique, et la Tchéquie – si l’on peut dire, a été absorbée par l’Allemagne, comme l’a été l’Autriche l’année dernière, les troupes allemandes sont rentrées hier à Prague sans que les Tchèques tentent de se défendre. On peut se demander maintenant de quel pays ce sera le tour la prochaine fois ! Voilà l’Allemagne, cette Allemagne humiliée au traité de Versailles, devenu plus formidable que jamais ! Sera-ce le colosse aux pieds d’argile, puisque l’histoire a prouvé que ces empires si formidables ne demeuraient jamais très longtemps, mais, si ce colosse s’effondre, quels remous sa chute va causer ! Que Dieu nous assiste et sauve encore une fois notre pays !

Samedi 18

Douzième anniversaire de Jean hier…. Jeudi, comme c’était la mi-carême, nous avons fait sortir notre grand garçon, j’avais soigné le menu, il y avait les botreaux traditionnels et un gâteau accompagné de ses douze bougies ; tous étaient ravis, pour compléter la fête, j’ai envoyé chercher Pierre qui venait de se réveiller, on l’a installé dans sa petite chaise à côté de son Parrain, il a mangé de tous les desserts et il était très satisfait. Quelle joie d’avoir ainsi autour de nous nos cinq chéris, de les voir heureux, bien portants et de choyer un peu le poussin qui a déjà quitté le nid, et qui semble si heureux d’y revenir !

Situation extérieure toujours tragique.

Mardi 21

Voyage présidentiel à Londres, je viens d’écouter la cérémonie d’inauguration de l’Institut français, plusieurs allocutions, dont une de la Princesse Royale, qui parle un français très pur ; minute émouvante à écouter les deux hymnes nationaux. Puisse la collaboration franco-anglaise porter ses fruits de paix ;

Rien de nouveau aujourd’hui, l’objectif allemand semble être la Roumanie, qui proteste ; tous les pays se préparent, une classe de réservistes a été appelée. A côté de cela grand chambardement ici, Lucienne nous a quitté avec fracas jeudi, j’en aurai une autre d’ici peu.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 24 mars 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée d’hier à Nantes, particulièrement fatigante parce que j’avais les enfants avec moi et qu’il fallait les emmener en ville pour leurs coiffures d’été….Ce matin davantage d’ouvrage à la maison, Lucienne n’étant pas là, et ce sera pire encore quand la nouvelle arrivera !

Situation internationale alarmante. Hitler vient de conclure avec la Roumanie un accord commercial qui constitue sa plus grande victoire. L’avenir est bien inquiétant pour nous !

Samedi 1er avril

Une semaine quelque peu fatigante… Maman arrivant lundi soir, elle a naturellement repris Baptistine, mais ma nouvelle bonne est rentrée mardi soir, elle paraît bien gentille et surtout très propre, ce qui me change agréablement. Depuis son arrivée, tout en la mettant au courant, je passe mon temps à nettoyer, ranger et réorganiser la maison, ce qui n’est pas une petite affaire.

Au dehors, malgré le temps douteux, le printemps s’annonce ; la première hirondelle a paru hier.

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 2 avril 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je viens de placer dans chaque chambre le buis des Rameaux….Une journée de détente… cet après-midi un peu de temps à moi, pour lire, faire des comptes, réfléchir, prendre des notes et parler….

Mardi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 4 avril 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Quelques journées bien pénibles, rangements de placards, nettoyage, ceci tout en faisant la cuisine… Le pire est que je constate plus que jamais, la malpropreté, la négligence de ma précédente Lucienne, ainsi que le gaspillage qui en résultait, ce dont malgré mes efforts je ne m’apercevais pas ! J’ai donc du endurer la réprobation muette de Jacques, qui, malgré toute son indulgence pour moi, ne peut comprendre qu’une maîtresse de maison ne soit pas plus vigilante et la surpris légèrement étonnée de tant d’autres qui ne comprennent pas que je n’aie pas été plus exigeante !…

D’autres petites choses pénibles encore, des froissements assez fréquents, depuis bientôt quatorze ans je n’ai pu encore arriver à être chez moi et ne peux empêcher que l’on fouilles mes tiroirs, ma boite à ouvrage, ou que l’on dépose sur mon bureau les objets les plus saugrenus !…

Mercredi 5

Election présidentielle, Lebrun réélu, c’est un heureux événement pour la France….

Moral un peu meilleur aujourd’hui….

Samedi 8

Nous voilà revenus aux pires journées d’angoisse, hier, vendredi saint, l’Italie a bombardé les ports albanais et opéré un débarquement, l’Albanie demande assistance, que va-t-il sortir de tout cela ?.. ;

Jour de Pâques

En commençant ce cahier, je comptais y noter les faits journaliers, les travaux habituels… et au lieu de cela il faut venir ici noter nos angoisses et nos craintes. De nouveau la situation est très grave, pire peut-être qu’elle n’était avant Munich ! Que Dieu nous vienne en aide !….

Mardi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 11 avril 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Deux journées de vacances… si l’on peut appeler cela des vacances ! Hier voyage à Nantes avec les quatre plus grand, avons fait un tour à la foire où il y avait quelques choses intéressantes, mais un monde et une chaleur étouffante. Aujourd’hui aux Sables, nous avions emmené les cinq enfants, même Pierre qui pour la première fois était traité en grand garçon, ainsi que les trois garçons Baron, nous avons déjeuné là-bas et les enfants ont passé toute la journée sur la plage….

Situation extérieure légèrement détendue du fait de l’attitude ferme de l’Angleterre, en France on prend d’importantes mesures militaires….

Jeudi 20 avril

Tant de jours passés ! J’ai dû faire la cuisinière pendant plus d’une semaine….. j’ai frotté, récuré, cuisiné, épluché des légumes, préparé des plats, fait la vaisselle, je m’en tire avec les mains très abîmées, mais une bonne dose d’expérience que je suis ravie d’avoir acquise….Les enfants ont fait avec joie leur petite part de travail : les lits, les chaussures, l’essuyage de la vaisselle, l’épluchage de certains légumes, mais cela durera-t-il ?

Quelques belles journées… et au milieu de toute cette joie printanière, …La mort d’Annick Lego, sans que je sache encore les circonstances de cette mort, quelle douleur ce doit être pour Jeanne et son mari.

Mardi 2 mai

Dressé hier matin notre petit « Mois de Marie » ! La cheminée du bureau ayant été supprimée, nous l’avons organisé sur la table de chevet de Jean, un joli petit autel bleu et blanc, fleuri de muguet, de primevères et de boutons d’or, et c’est là que chaque soir nous irons adresser à la Reine du ciel, nos prières, nos chants plus ou moins harmonieux….

Vendredi 5

Reçu ce matin une lettre de Jeanne Lego ! Un cri de douleur, quelque chose d’affreux, elle souffre et ne peut se résigner ! Elle ne peut se représenter sa fille heureuse ! Que Dieu ait itié d’elle et la console.

Mercredi 16 mai

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 16 mai 1939 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Tant de jours sans rien écrire, faute de temps, pas mal de bousculade, d’occupations et d’événements. Yves malade pendant plusieurs jours, grippe et rechute… Pierre pris en même temps… Yves n’était pas encore remis que les Granger sont arrivés, je n’ai presque pas vu Jean, étant retenue par mes petits malades et des démarches au sujet d’une nouvelle bonne. Ensuite nous avons eu la journée à Chavagnes… Nous avons appris ce jour-là la mort de l’Oncle Alphonse, il a fallu aller à Luçon, à Nantes pour mon deuil, à Rocheservière pour l’enterrement. Et maintenant c’est la pauvre tante qui vient de mourir et sera enterrée ce soir ; après avoir été séparés, ils vont de nouveau être réunis !

Bien négligé la maison ces derniers temps, par la force des choses….

….

Samedi 3 juin

Tant de jours sans écrire, du surmenage, de la fatigue, du dérangement incessant…. Mère et Madeleine sont venues pour la Pentecôte, nous avons eu la Seconde Communion de Jean, les vacances avec la ravissante promenade de Mervent que nous avons tout de même pu faire. Maintenant Lucienne est partie, le travail ne manque pas….

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 5 juin 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Première Communion hier, seulement, pendant la procession, l’orage est monté brusquement, et nous avons juste eu le temps de rentrer à la maison….

Jeudi 8

… Hier, j’ai fait couper les boucles de Pierre, avec quel regret ! Maintenant je ne le reconnais plus ans ce petit bonhomme tondu, c’est toujours un ravissant sourire, mais les frisures de soie blonde qui entouraient son petit minois ne sont plus là ! C’est un petit garçon et non pas mon tout petit bébé.

Oncle Raymond vient déjeuner aujourd’hui.

Mardi 13

Journées harassantes, commencées à six heures du matin, achevées à onze et remplies à craquer d’occupations les plus diverses ; me petite bonne est rentrée dimanche soir, elle a l’air pleine de bonne volonté, travailleuse et adroite, mais elle est si jeune ! Marie ne se plaint pas trop ces jours-ci, mais elle n’est pas habituée à la cuisine, s’affole pour un rien et ne sait pas très bien s’y prendre avec son fourneau ! Tout retombe sur moi….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 16 juin 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Seule à la maison ce soir, Jacques et les enfants sont à la Procession du Sacré-Cœur… seulement il fait froid, j’ai été obligée de mettre aux petites filles des gros manteaux… les deux petits ont dîné avant nous, je vais tricoter un bon moment et me coucher de bonne heure, ce qui ne m’arrive pas souvent !

Lundi 19

Yves réclame à chaque instant un petit Bernard, et je crois que son désir va se trouver exaucé… je suis ravie mais bien malade !

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 20 juin 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journées lamentables où du matin au soir je suis en proie aux nausées ! De rentrer dans la cuisine, le cœur me lève, et je suis obligée de presque tout préparer moi-même….

Pierre commence à parler un peu et dit toute la journée des « ui Maman », tout à fait comiques.

Mardi 27

Quelques journées un peu moins mauvaises… J’ai un peu moins de malaises et puis moins lasse…. Que les maternités vieillissent donc ! J’ai les jambes si lourdes et je suis pourtant loin de la fin

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 28 juin 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fait hier de la confiture de cerises, la semaine dernière c’était de la rhubarbe et avant de la gelée de castilles, je ferai ensuite de la gelée de groseillles….

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 1 juillet 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les deux petits dînent en ce moment, Geneviève est libérée de ses leçons et Jacquie finit d’apprendre les siennes, c’est un moment de répit, je suis lasse de la journée….

Il fait froid, journée de bourrasques et de vent ; nous avons une triste saison et je ne peux quitter un certain petit paletot gris, mon état me rend frileuse et je suis perpétuellement gelée.

Samedi 15

Tant de jours passés et si mal passés, des matinées lamentables où je me traîne, presque incapable d’un effort ….il me faut ces jours-ci beaucoup sortir…. les enfants sont en vacances, Jean a eu de nombreux prix, c’est dans la maison un remue-ménage un peu pénible, mais bien gai, je ne peux plus m’installer dans le bureau qui leur est livré, je dois me réfugier dans la salle à manger. Maman est partie cet après-midi aux Sables, nous partons sans doute après-demain.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 21 juillet 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Beau temps depuis hier, cela paraît agréable de s’étendre dur la plage au soleil et de tricoter en regardant la mer… les enfants s’amusent de tout leur cœur, y compris Petit Pierre qui s’émancipe et commence à suivre les autres.

Mardi 25

Jolies vacances, Geneviève a la rougeole depuis dimanche… Yves est malade à son tour depuis hier matin… je suppose que la rougeole va se déclarer…entre ces deux malades qui ne sont pas très malades, la journée d’aujourd’hui a été infernale, d’autant que je suis plus que jamais éprouvée par les malaises, les nausées et les vomissements, et Jacques étant parti ce matin, plus personne à qui confier toutes ces misères ! Il est si dur de ne pouvoir parler à Maman !

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 26 juillet 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Geneviève n’a pas de fièvre ce soir… voilà pour une la chose liquidée, mais pour Yves c’est une autre affaire, la fièvre monte et les boutons ne sortent pas… ils ont dormi tantôt et ont été à peu près sages….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 27 juillet 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves a ce soir 40°3, le docteur sort d’ici, il n’a rien trouvé d’alarmant, seulement une très forte rougeole, le pauvre chéri n’est pas très abattu, il parle gentiment, mais il a une pauvre petite figure boursouflée et pleine de boutons ! De nouveau j’ai été recluse ici toute la journée, je sors de temps en temps sur le balcon respirer le vent de la mer….

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 29 juillet 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves est comme un démon aujourd’hui, il chante, il rie sans arrêt, se découvre, et ce sont des hurlements quand on veut le recouvrir, il n’a plus de fièvre et j’attends avec impatience ques les boutons soient disparus pour le lever…. J’ai bien de la peine avec lui ! Pour comble de bonheur Jacquie est au lit depuis hier soir, elle était à Nantes avec son Papa et elle est revenue en m’annonçant qu’elle avait la rougeole et que la tête lui tournait, elle n’a pas de fièvre mais ne veut pas se lever, elle n’a pas trace de rougeole, mais est-ce le prélude ?

Il a fait ces jours-ci un temps splendide… qu’il est dur de rester enfermée !

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 2 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacquie est au lit depuis hier après-midi… la température monte et les boutons commencent à sortir. Yves est debout depuis lundi, ravi de pouvoir trotter dans la maison et Geneviève a regagné la plage hier.

J’ai pu passer sur la plage un bon moment et cela m’a fait du bien…. Les Granger arrivent ce soir

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 3 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacquie est en pleine rougeole avec une éruption formidable, 40°1, de la conjonctivite et un peu d’angine… elle est bien mignonne et facile à soigner. Yves et Geneviève sont bien, ils ne sont pas sortis, le temps étant incertain, mais s’amusent en bas. Jacques vient dîner ce soir.

Meilleure journée, Jacquie se sent mieux et peut lire…. J’aurais pu sortir aujourd’hui sans une autre affaire, Baptistine a eu brusquement mal à un œil hier soir, elle est partie ce matin avec Jacques voir sont oculiste et cela me tourmentait ! Dieu merci elle est rentrée dès quatre heures n’ayant rien de grave et va reprendre son service….

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 7 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacquie est aussi bien que possible, elle n’a plus de fièvre et les boutons sont presque disparus, mais Geneviève fait maintenant de l’embarras gastrique… Jean ne se trouvait pas bien lui aussi hier soir et avait très peur d’avoir la rougeole, il ne ressent rien maintenant. Quand aurons-nous fini ? Il fait aujourd’hui un temps lamentable….

Mardi 8

Après une journée lamentable, suis sortie un peu avec Jacqueline après dîner… lui ai parlé de ma chère espérance, du petit sixième qui viendra l’an prochain, mais j’ai vu bien vite que je n’étais pas comprise ; elle ne comprend pas que je puisse ainsi prendre une nouvelle charge et accepter de nouvelles souffrances, je n’en parlerai plus, mais cela est dur.

Jacquie est levée, mais Jean se plaint de malaises qui peut-être annoncent la rougeole.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 9 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Nous n’avons pas fini, Jean est au lit depuis hier soir… il se plaint de la gorge. Je souhaite que les boutons sortent vite… Me voilà de nouveau cloîtrée, et c’est la solitude, bien des personnes me fuyant à cause de la contagion, et je n’ai du goût à rien….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 10 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le docteur sort d’ici, la rougeole de Jean est franchement déclarée, aussi je pense que dans deux ou trois jours tout ira mieux. Allons-nous respirer un peu ensuite !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 12 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jean est aussi bien que possible… seulement le pauvre garçon n’a plus de livres et trouve le temps long. Peut-être pourrais-je sortir au début de la semaine, à moins que Pierre passe à la rougeole à son tour.

Une journée splendide aujourd’hui….

Revu hier soir « Blanche Neige », il y a des détails ravissants.

Mardi 15 août

Jean se lève ce matin, il paraît aussi bien que possible, mais Pierre est pris à son tour… il tousse un peu, il a les yeux rouges et est un peu grognon… Je voudrais bien qu’il ne soit pas trop malade et ainsi vite débarrassé !

Il fait un temps splendide, Jacques vient de partir à la pêche.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 16 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pierre est debout… il est bien difficile de le laisser couché et j’ai l’impression que les boutons vont sortir… Jean est debout, un peu pâle. Je garde le malade et le convalescent tout en tricotant avec acharnement, je suis affreusement lasse….

Marguerite est venue et a passé un grand moment avec nous….

17 août

Voilà le quatrième jeudi où il me faut veiller un enfant en pleine fièvre et en pleine rougeole… Personne ici ne peut comprendre ma fatigue en cet instant ! et il y a tant de choses si pénibles tout au long de la journée ! Maman et Jacquie ne peuvent s’entendre et ce sont des disputes perpétuelles et si pénibles, des cris à enlever la maison, Pierre en sautait dans son lit ce soir ! Souvent j’ai à supporter des paroles agressives que je laisse tomber pour éviter toute discussion ! Je redoutais cette saison mais elle est bien pire que je n’aurais supposé, et personne à qui me confier. Depuis un mois que nous sommes arrivés, je suis sortie exactement huit fois !…

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 18 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pierre n’avait plus que 37°3 ce matin, seulement c’est un vrai petit démon, il cherche sans cesse à découvrir ses petons, ou bien prétexte un petit besoin pour chercher à sortir de son lit….

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 19 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Grâce au dévouement de Jacques, qui a revendiqué la corvée de garder son fils, j’ai pu aller un peu sur la plage hier soir et ce matin…. Pierre était terrible hier, dans son lit, si bien que je me suis décidée à l’habiller, en le couvrant bien, et à le garder dans ma chambre et celle de Jean…. Jacques a regagné le Poiré cet après-midi, il revient demain soir.

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 21 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pierre est aussi bien que possible, il a passé hier une bonne journée, il est bien mignon et amusant, mais aussi capricieux comme tous les petits enfants qui viennent d’être malades ; j’entrevois la fin de ma réclusion et demain je pourrai regagner la plage, cela vaudra mieux à tous points de vue, car je pourrai recommencer à prendre les enfants en main… il y a encore eu ce matin des choses si pénibles, si pénibles que je ne sais pas très bien où j’en suis ! j’ai passé une matinée affreuse, en allant au marché j’ai trouvé Françoise, puis Armande, je leur ai avoué une part de ma souffrance, j’ai peut-être eu tort…Jacques n’étant pas là… Il y a des moments où l’on a un besoin impérieux de s’appuyer sur quelqu’un….

Emmené les enfants au cinéma pour « Robine des Bois », ils ont été bien contents. Jacques était là quand nous sommes arrivés, nous avons eu des bons moments de causerie….

Mardi 22 août

Les enfants sont tous très bien, j’ai pu aujourd’hui, laissant Pierre avec Baptistine, retourner sur la plage, de ce côté nous voilà tranquille, mais la situation extérieure est pire que jamais, et de nouveau voilà l’angoisse atroce que nous avons connue voilà bientôt un an ! Cette fois-ci l’Allemagne réclame Dantzig, le couloir polonais et je ne sais plus quoi encore, et l’on fait prévoir une action comme imminente ; des troupes allemandes sont massées sur la frontière polonaise ; de notre côté des précautions sont prises, on rappelle des permissionnaires ! Et pas moyen de reculer ! Nous avons appris depuis peu que les signataires ne valent rien et qu’une fois la Pologne dévorée ce sera le tour de la Roumanie ou de nos colonies !… Que Dieu nous aide et nous prenne en pitié !

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 23 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Rien de bien nouveau aujourd’hui ! Des pourparlers et c’est tout, il faut attendre…. et prier. Si ce n’avait pas été cette angoisse, nous aurions eu une journée délicieuse aujourd’hui ; la mer était si belle, le ciel si pur, la plage si gaie § J’ai annoncé à Maman, ce matin, la grande nouvelle, que jusqu’ici j’avais essayé de lui cacher, et, comme les autres fois, j’ai reçu un paquet de reproches ! Cela a été bien dur !…

Jeudi 24

Depuis ce matin, les affiches de mobilisation sont posées, on appelle les numéros 3 et 4 ; nous sommes dans l’attente et dans l’angoisse. Que va-t-il arriver maintenant ?

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 25 aout 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Rien de très nouveau, des informations peut-être contradictoires : un message de Roosevelt au Roi d’Italie, un message du Saint Père en faveur de la paix, des notes diplomatiques, des préparatifs et naturellement des racontars…. Jacques est venu hier soir mais reparti dès ce matin ! si ce n’étaient les enfants, je serais repartie moi aussi pour être avec lui dans ces jours d’angoisse, mais les petits dont besoin du soleil et de la mer. Il fait un temps radieux, la plage est si paisible !

Samedi 26

Une journée affreuse… les journaux de ce matin ne donnaient pas trop de mauvaises nouvelles mais vers quatre heures ont été placardées des nouvelles affiches de mobilisation, on appelait les numéros 1, 4, 6 ; C’était une consternation générale ! Les nouvelles de ce soir, par TSF, n’étaient cependant pas plus mauvaises au contraire, puisque Hitler accepte de négocier mais pose des conditions très dures ! Que va-t-il sortir de là ? Nous sommes toujours dans l’attente et l’angoisse !

Les Granger sont partis à cinq heures, Jean était arrivé cette nuit vers une heure pour chercher Jacqueline, Pierre Bouliau est mobilisé….

Lundi 28

Jacques est arrivé hier plutôt optimiste, il m’a bien réconfortée… pour le moment…Il n’y a en réalité rien de nouveau, la réponse de l’Angleterre est partie pour Berlin aujourd’hui, il faut attendre pour en savoir la teneur, la mobilisation continue, par convocations individuelles, mais ce ne sont que des précautions. Les nouvelles les plus alarmantes et quelquefois les plus invraisemblables circulent, on s’affole et l’on ne réfléchit pas que les choses les plus affolantes sont précisément celles qui ne sont pas annoncées, car la censure joue déjà pour les journaux et les émissions de TSF. Il faut attendre et prier !

Jeudi soi

Rien de bien nouveau en somme, les pourparlers continuent : Londres-Berlin, Berlin-Londres avec communication à Paris, nous vivons dans l’attente et dans les alternatives d’espoir et de découragement qui sont épuisantes. Jacques m’a remontée hier soir, puis des propos alarmants circulent et nous mettent en émoi jusqu’à ce que M. Saverny ??? avec le plus grand calme, remette les choses au point et nous rende un peu de courage. Pour ma part je suis bien lasse, toutes ces émotions ne sont pas indiquées en ce moment, je suis lasse de lutter contre les enfants, lasse de l’atmosphère de cris et de bataille qui est celle de la maison en ce moment, je voudrais me coucher et toujours dormir….

Vendredi 1er septembre

C’est fini, la mobilisation générale est pour demain, il n’y a plus d’espoir qu’en un miracle ! L’Allemagne a attaqué la Pologne cette nuit, sans avertissement, plusieurs bombardements dont eu lieu et le sang coule peut-être en ce moment. Sans doute à l’heure actuelle les cloches apprennent-elles au pays la terrible nouvelle, avoir entendu le tocsin de 1914, les cloches de la victoire de 1918 et entendre cela à nouveau ! Quelle chose atroce, sans savoir si cette guerre qui vient sera la dernière ! Je commence mes préparatifs, Jacques vient nous chercher demain, je m’efforce de rester calme pour le petit être que je porte, mais je n’en peux plus !

10 heures 20 _ A dix heures toutes les lumières doivent être éteintes, exercices de défense passive ; je reviens du Remblai, c’est lugubre, et pourtant il y a des promeneurs ! Au communiqué de ce coir, on nous présente la situation comme extrêmement grave, mais non désespérée, les raids sur la Pologne paraissent bien être un moyen d’intimidation, un fait semble être acquis, mais très important : la neutralité de l’Italie….

Samedi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 2 septembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Situation inchangée, ni meilleure, ni pire, l’irréparable n’est pas encore accompli ; l’Italie propose une médiation ; la Slovaquie, quoique sous la domination allemande, se déclarerait avec la Pologne ; l’opinion américaine serait très ébranlée… Mais c’est aujourd’hui la mobilisation et les hommes partent en masse.

Je me presse pour terminer les préparatifs de départ.

Dimanche soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 3 septembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

C’est maintenant une affaire faite, depuis ce soir cinq heures, l’état de guerre existe entre la France et l’Allemagne ! Vingt-cinq ans après, en revenir là, dire qu’on se bat peut-être déjà à la frontière ! Quelle chose affreuse, presque inimaginable ! Nous voici lancés dans l’inconnu ! et pour combien de temps ?…

Partout des départs ! Marie Barreteau est venue en larmes, son mari part demain ! bien d’autres sont partis aujourd’hui laissant femme et enfants, et de chères espérances, le docteur Caillaud est parti cet après-midi, il se rend à Pontivy et doit déposé à Pont-L’Abbé sa femme qui attend un troisième bébé pour décembre ! Que de souffrances partout !

Lundi 4

Les hostilités ont commencé, nous n’avons guère de détails encore ! Une alerte aérienne sur Londres, un cargo anglais torpillé, nous vivons dans l’angoisse. En attendant se posent quantité de problèmes pratiques : hospitalisation des réfugiés qui vont nous arriver ; ravitaillement des civils, les deux boulangeries étant sur le point de fermer faute d’ouvriers ; études de Jean, Richelieu ne rouvrant que pour les externes ! Que tout se complique, c’est une autre existence à réorganiser et tout n’est pas fini ! Aujourd’hui, réquisition des chevaux, je viens d’en voir tout un convoi partir.

Mercredi 6

Deux journées passées ! A chaque instant, nous tournons le bouton de la TSF à l’affût de nouvelles, et, si le communiqué polonais parle de combats, surtout de combats aériens, le communiqué français n’annonce rien du tout. Nous sommes allés hier à La Roche nous occuper de la rentrée de Jean, Richelieu ne recevra en effet que des externes, aussi le garçon sera pensionnaire chez les cousines Bouliau. Aujourd’hui, passé la journée près de Pierre, retenu au lit par une incompréhensible enflure à la cheville, il est d’ailleurs assez facile. Demain réunion pour l’organisation des réfugiés qui ne vont pas tarder à arriver.

On signale (dernière heure) des alertes aériennes sur Paris, le Havre, Bourges et Poitiers.

Vendredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 8 septembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Hier matin, ce matin, nous avons vu bien des hommes prendre l’autocar pour regagner leur régiment, et si les communiqués ne disent rien, la radio italienne nous apprend que les premiers blessés français arrivent dans les hôpitaux. En Pologne, les allemands avancent. Malgré tout j’espère que nous serons vainqueurs mais au prix de quels sacrifices !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 9 septembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les communiqués nous apprennent qu’on se bat en territoire allemand, entre Rhin et Danube, que l’activité aérienne et maritime est grande… et c’est tout ! On nous laisse volontairement dans l’ignorance, mais la malheureuse Pologne semble écrasée par un adversaire bien plus puissant. Reçu ce matin une lettre de Jacqueline, Jean est pour l’instant dans le Loir et Cher.

Le temps est splendide… impossible d’en profiter, les occupations sont bien trop nombreuses et je suis, pour bien de choses exténuée…

Jeudi 14

Les hostilités continuent sans changements très marquants, nos troupes avancent et encerclent presque totalement Sarrebruck ; la Pologne résiste ! La prise de Varsovie, annoncée par les communiqués allemands, a été démentie, ce matin, la radio annonce que les troupes polonaises auraient repris Lods. Tout cela est terrible, que de vies sacrifiées ! En attendant, les Anglais arrivent ! Il y en a beaucoup à Nantes qui flânent dans les rues, beaucoup de réservistes arrivent également ; la ville a un aspect nouveau avec ses vitres badigeonnées de bleu. Michel a fait une demande pour s’engager dans l’artillerie lourde.

Beaucoup travaillé ce matin, rangé beaucoup de choses… plus que jamais il me faut m’organiser pour réduire les dépenses, il n’y a guère de travail à l’étude et les dépenses sont lourdes quand il y a cinq enfants à nourrir et à vêtir !

Samedi 16

Hier, quatorzième anniversaire de notre mariage ! Quatorze années de bonheur avec mon Jacques, puissions-nous en voir ensemble beaucoup d’autres ! Les nouvelles de la guerre ne sont pas mauvaises, mais on craint une entrée en guerre de la Russie et cela compliquerait la situation ; on peut s’attendre à tout avec ces gens-là !…

Lundi 18

Une nouvelle angoissante hier matin ! Les troupes soviétiques ont franchi la frontière polonaise, sous prétexte de protéger les minorités russes en Pologne, l’Etat polonais n’en étant pas capable ! Les troupes polonaises se sont opposées à cette invasion et se battent maintenant sur deux fronts ! Que va devenir la malheureuse Pologne, prise ainsi entre deux feux ! Quand elle sera tout à fait écrasée, les troupes allemandes reviendront toutes sur nous ! C’est une situation écrasante, terrible ! Maintenant que vont faire les neutres ? Que Dieu nous protège et nous sauve.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 22 septembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

….Appris hier soir l’assassinat du premier ministre roumain M. Calinesco par des Gardistes qui s’apparentent en quelque sorte aux nazis.

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 24 septembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Situation inchangée, rien de nouveau sur le front de la Sarre : en Pologne, Levov s’est rendu, mais Varsovie tient toujours sous le bombardements ; on annonce des soulèvements en Bohême et en Moravie, ainsi qu’en Slovaquie. L’Autriche aussi est mécontente ! Une révolution en Allemagne hâterait peut-être la fin du cauchemar ! En Italie, la radio devient de nouveau hostile à la France et la speakerine de 7 heures du soir est à nouveau agressive. La radio allemande lance des émissions en français destinées manifestement à nous émouvoir et à brouiller la France avec l’Angleterre ; ils nous annoncent pour ce soir avec quelques trémolos dans la voix « Une page tragique de l’histoire de France….Fachoda » !…

Jeudi 28

Varsovie s’est rendue à bout de résistance. Pas d’autres nouvelles ! Il y a un an on annonçait la conférence de Munich ! Que de choses depuis !

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 1 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

On a annoncé vendredi un accord germano-russe signé à Moscou ; cet accord délimite la nouvelle frontière qui partage en deux la malheureuse Pologne, jusqu’à sa prochaine résurrection. On prétend également que l’Allemagne va faire des offres de paix naturellement inacceptables, et que, si elles sont repoussées, ce serait la guerre à outrance, La Russie entrant à son tour dans la danse….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 6 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

La guerre semble subir un temps d’arrêt ! Calme partout ! Est-ce le calme précurseur d’une tempête ? On est dans l’attente des propositions de paix annoncées ! L’Italie et les Etats-Unis, pressentis pour servir d’intermédiaire, ont refusé. Hitler a dû parler au Reichstag tout à l’heure, nous aurons sont discours ce soir.

Jean est rentré hier, c’est une nouvelle organisation, il nous revient demain soir.

Mardi 10 octobre

Mauvaise journée hier, j’ai dû me coucher dès huit heures, et ne me suis levée ce matin qu’à huit heures, Thérèse a préparé les petits déjeuners, Jacques a fait lever les enfants, Jacquie, pleine de bonne volonté, a même habillé Pierre, pour un jour, tout s’est arrangé, je suis mieux, mais j’ai grand besoin de repos et de précautions, pour rien au monde je ne voudrais risquer une fausse-couche ! Je tiens à ce sixième numéro plus encore qu’aux autres ! Je préférerais avoir des jumeaux que de pas aller jusqu’au bout !

Visite de Françoise hier. Rien de bien nouveau au point de vue situation. Les exigences russes au sujet de la Finlande inquiètent les pays scandinaves. La radio italienne est toujours aussi agressive.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 11 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pluie depuis trois jours ! Les deux filles sont en classe, les petits chez grand-mère ; je viens de laver des lainages, cuisiner un ragoût, trier des fruits….

Discours de Daladier hier soir ; clair et ferme comme on l’attendait. Rien de très nouveau sur le fond. Un certain mécontentement en Allemagne au sujet de la main mise de la Russie sur les Etats baltes

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 13 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toujours pluie et grisaille, passé l’après-midi d’hier chez Maman, la maison maintenant est en ordre et tout à fait confortable.

Hier soir discours de Chamberlain, donné et redonné par la TSF, très ferme et net. Les pourparlers russo-finlandais sont commencés….

Mercredi 18

Pluie incessante, humidité et boue ! J’ai sans cesse mal à la tête et j’aimerais sortir malgré le mauvais temps, mais je suis essoufflée pour la moindre marche ! Les enfants sont souvent pénibles, Yves fait des caprices et Jacquie des entêtements stupides. Jean vient ce soir et j’en suis bien heureuse.

Mercredi 18

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1939-10-18-b pour la distinguer de 1939-10-18.

Pluie après deux jours de beau temps…

Avant-hier deux attaques allemandes, l’une à l’Est de la Moselle, l’autre de plus vaste envergure à l’est de la Sarre, nos postes avancés sont repliés et les attaques sont été arrêtées par les lignes ! Deux raids aériens sur le Firth of Forth et Scapa-Flow ; dégâts matériels peu importants, quelques avions allemands abattus. Le cuirassier anglais Royal Oak a été torpillé samedi, huit cents hommes et officiers ont péri, mais quatre sous-marins allemands ont été détruits, ce qui porte les pertes allemandes au tiers environ de la flotte sous-marine. Plusieurs bâtiments de commerce coulés. Les pourparlers russo-finlandais se poursuivent mais les conversations russo-soviétiques paraissent suspendues.

Je suis toujours plongée dans les chaussettes.

Vendredi 20

Une chose très importante et excellente pour la diplomatie française, est la signature, qui a eu lieu hier soir, d’un accord anglo-français, pour lesquels des pourparlers étaient en train depuis longtemps, c’est un pacte d’assistance mutuelle en cas de conflit dans la Méditerranée et c’est une grande chose pour nous. Les pourparlers russo-turcs ont été rompus parce que les exigences russes étaient incompatibles avec cet accord. Sur le front rien de nouveau.

Hier, passé l’après-midi chez Maman….

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 24 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacquie une otite vendredi soir, Pierre les oreillons dimanche, tous deux sont mieux, mais gardent la chambre. Rien de nouveau sur le front. Vu Françoise hier.

Jeudi 26

Jacquie et Pierre sont aussi bien que possible… jusqu’à la prochaine otite de Jacquie… Suis allée hier voir Andrée Boyer, qui m’a fait visiter la salle de bains qu’elle vient de se faire installer, tout est bien rangé chez elle, minutieusement ordonné, personne pour laisser traîner quoi que ce soit, et pour elle, de journées entières pour arranger son intérieur ! je l’envie, moi qui passe mon temps à ranger le désordre des autres et qui suis ensuite trop fatiguée pour que tout soit parfait… seulement, elle m’envie mes cinq… bientôt six petits enfants !

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 27 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fatigue, hypertension artérielle ! Pour comble de bonheur, Marie ne vient pas aujourd’hui et j’en suis réduite à ma seule Thérèse… qui d’ailleurs fait tout ce qu’elle peut ! Hier à Nantes, après-midi très chargée avec les achats pour les enfants, avons dîné avec Armand, Suzanne et Michel… Michel a tout de même décroché la seconde partie de son bachot. De nouveau des soldats anglais, plein les rues.

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 30 octobre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jean est arrivé à midi pour les vacances de la Toussaint….

Visite de Françoise cet après-midi, elle nous a fait lire un article de Phare sur Oncle Raymond ; sa dernière citation a été magnifique, et la plaque de Grand Officier une splendide récompense, si sa santé avait été meilleure, il serait devenu sans aucun doute un de nos grands chefs.

Terminé un gant à Jacquie, je commence le second, mais je suis si lasse… et les enfants ne me laissent guère de repos. Marie se plaint toujours et cela est fatigant aussi !

Jour de la Toussaint

…Pas assisté à la grand’messe ni aux Vêpres… les cérémonies un peu longues me fatiguent, tout à l’heure quand le glas sonnera j’irai dire mon Chemin de Croix pour nos défunts… Passé ma journée à une besogne urgente, remise depuis longtemps, le classement de pas mal de papiers, feuilles et coupures de presse, de journaux et modèles, toute une documentation destinée à m’aider dans ma tâche. Les autres jours je réserve mon temps pour les tricots qui sont urgents ; j’ai une paire de gants à Jacquie, il me faut maintenant en faire pour Jean, pour Geneviève, il y a encore des chaussettes qui attendent !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 4 novembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Matinée de pluie, fatigue intense, pour changer ! Pourtant je suis au calme, les deux petits sont chez Maman et les deux filles en classe…

Situation militaire sans changement notable ! Les chambres américaines ont voté le levée de l’embargo sur les armes ce qui est une excellente chose pour nous. Nouvelles d’Oncle Raymond pas merveilleuses…..

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 7 novembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Un journée merveilleuse, le ciel bleu, le vent tiède…

Au communiqué, un magnifique combat aérien, neuf avions français contre vingt sept allemands, ils ont abattu neuf avions allemands e ont regagné leurs bases sans une perte….

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 8 novembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Temps doux ce matin, je suis allée un grand moment dans le jardin.

Le Roi des Belges et la Reine des Pays-Bas tentent une médiation, mais peu de chances qu’elle réussisse !

Vendredi 20

Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 20 novembre 1939 était un lundi. Texte conservé tel quel.

…Journée de repos hier, Jacques à Nantes avec Jean et Jacquie, passé l’après-midi chez Maman avec les trois plus petits, dîné seule, Geneviève ayant désiré dîner avec ses petits frères, tricoté pendant une veillée paisible…

Nouvelles d’Allemagne, une explosion à Munich, dans la salle où Hitler venait de terminer un discours, aussitôt après son départ, pas mal de victimes, mais circonstances bizarres, est-ce un indice de mécontentement qui règne là-bas ou un attentat organisé par ordre ?

Lundi 13

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1939-11-20). Texte conservé tel quel.

Appris hier matin la mort d’Oncle Raymond, nous avons tous été atterrés ! Bien que le sachant très malade et même gravement atteint, il nous était impossible de songer à une fin aussi prompte. Une dépêche nous a annoncé hier matin la triste nouvelle, et tous en avons beaucoup de peine, nous aimions bien Oncle Raymond qui était si familial, si affectueux, si gentil avec nous !

Maman et Jacques sont partis ce matin pour Paris, les obsèques auront lieu demain, je suis seule ici ce soir, je viens de faire la prière avec les enfants, je vais me mettre à tricoter, mais j’ai le coeur bien serré !… Ce nouveau deuil, dont j’ignore encore toutes les circonstances, même les plus essentielles, ma solitude présente !… Il me semble toujours entendre le pas de Jacques dans le couloir ou sa clé dans la serrure …. Et son absence ne sera que de deux jours, alors qu’actuellement tant de pauvres femmes sont séparées de leur mari depuis plusieurs semaines et pour combien de temps encore ? Que Dieu protège nos voyageurs, et donne à notre pauvre Oncle le repos éternel !

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 17 novembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Deux journées de solitude, puis Jacques et Maman sont revenus de Paris mercredi soir… Je me suis sentie revivre ! Nous avons beaucoup et longuement causé…. Avant-hier et aujourd’hui, séances chez Mme Dorion pour les paquets de vêtements des pauvres, que de misères à soulager ! Je voudrais beaucoup faire, moi qui ne peux me tirer de mes chaussettes.

Passé hier un bon moment avec Jacquie, la plupart du temps, elle apprend ses leçons dans la salle à manger ou le salon, pour ne pas se laisser distraire par ses petits frères qui jouent et pour ne pas déranger Geneviève qui étudie avec force distractions ! Hier donc, étant seule ici, elle est restée étudier sa géographie dans le bureau près de moi, et nous avons longuement causé toutes les deux, elle me questionnant sur les côtes, les montagnes, les ports ! C’est si rare que je puisse profiter de mes enfants ! Je ne les vois la plupart du temps que pour gronder et punir ! Cela m’a paru si agréable, mais quand retrouver une telle occasion ?

Dimanche 19

Jean vient de partir prendre son car, les deux petits sont couchés et nous allons dîner… la semaine dernière j’ai terminé la série des gants, mais suis loin d’avoir terminé la série des chaussettes, j’en ai encore deux paires à remonter et deux autres à faire, j’entreprendrai ensuite la série des culottes. Jacquie se trouve si bien dans celle que je lui ai tricotée qu’elle n’en voudrait pas d’autres ! il faut faire aussi une guimpe pour Geneviève, un chandail pour chacun des deux petits, sans compter les draps qui attendent ! Qu’il y a à travailler pour ces petits, et pourtant c’est une grande joie !

Jeudi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 23 novembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacques et Jacquie à Nantes ! J’ai passé avec les trois plus petits l’après-midi chez Maman ; nous avons fait une promenade, le temps était beau, pas trop froid, il faisait bon être dehors, nous sommes rentrés ici pour dîner, au clair de lune, ce qui a ravi les petits….

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 24 novembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

La journée s’achève, les deux petits dînent avec Grand-mère et Marie, les deux filles travaillent auprès de moi, ce qui ne veut pas dire que ce soit une détente complète, car si Jacquie tricote avec assez de bonne volonté, Geneviève traîne tant qu’elle peut sa tapisserie et il faut la secouer à chaque instant….

…..

Dimanche 3 décembre

Vendredi passé une très mauvaise journée, aussi quelqu’un de mon entourage m’a dit : « que c’est triste de souffrir toujours ainsi » j’ai répondu que c’était certainement ennuyeux et désagréable, mais ce ne peut pas être triste car ces souffrances physiques, pénibles mais supportables, ont une cause tellement joyeuse… ces souffrances-là finiront aussi ! Sans trois mois, j’aurai un beau petit bébé, que nous serons heureux Jacques et moi !

… Les troupes soviétiques ont envahi la Finlande, jusqu’où le conflit va-t-il s’étendre ?…

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 5 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

On ne parle plus… ou presque, des opérations sur notre front ! L’intérêt du monde est fixé sur la Finlande, qui, de même que l’a fait la Pologne, se défend héroïquement, ses armées, à travers les tempêtes de neige, se frottent contre un adversaire d’une supériorité numérique écrasante. Que va-t-il sortir de tout cela ?

Ici, un moment calme, Pierre dort et les autres sont partis pour l’école ! J’écoute la TSF pour ne pas trop penser ! J’ai des malaises variés, beaucoup de fatigue et par moments un inquiétude folle et un cafard assez tenace…

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 6 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Nous partons ce soir avec Jean pour Nantes, le garçon a rendez-vous chez son dentiste et moi un rendez vous demain chez le Docteur Leroux, cet examen ne m’enchante guère….

Vendredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 8 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

De mon lit. Voyage à Nantes hier, journée quelque peu pénible, courses multiples et pourtant nous n’avons fait que le strict nécessaire ! J’ai vu le docteur hier, il a trouvé toutes choses normales sauf… ma fatigue actuelle, rien de grave cependant, mais il me met au lit pour huit jours… Je me suis levée cet après-midi, mais vais commencer mon traitement demain et sois retourner à Nantes au début de janvier. La clinique déménage pour se transporter dans un immeuble plus grand, cela m’ennuie, je ne me retrouverai plus « chez moi »…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 14 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une journée passée au lit, la première…. Vu Françoise ce matin, Tante Abel cet après-midi. Les enfants sont bien portants, Dieu merci ; Pierre est amusant, il vient taper à ma porte, ouvre tout seul et grimpe sur mon lit pour m’embrasser. Geneviève est venue apprendre ses leçons auprès de moi, Jean est venu par le car comme d’habitude, il vient de me réciter sa grammaire….

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 17 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Vu Françoise et Benjamin, il m’a examinée comme spécialiste du cœur, et sa conclusion est le même que celle de Leroux, c’est encore le principal. Je crois que le mois d’août m’a valu cette chose-là, mais autant par la fatigue physique que morale, un peu de réconfort fait tant de bien !

Rien sur le front, la Finlande vient de lancer un appel au monde civilisé, remerciant les états de leur sympathie, mais demande aussi une aide effective ! Qui répondra ?

Lundi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 18 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pour la première fois depuis six mois j’ai éprouvé ce matin une impulsion de détente, de repos… mais cela n’a pas duré, après déjeuner, Yves s’est plaint d’être fatigué… à cinq heures il avait 38°7… maintenant il dort…

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 20 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves a encore 39°4 ce soir, cependant j’ai l’impression qu’il est mieux, d’abord il devient difficile, ce qui est bon signe, ensuite il parles de purée de pommes de terre, de pain d’épices et surtout il ne souffre plus, ni de la tête, ni de la gorge… le docteur n’a rien trouvé de grave et dit que c’était grippal…. Terminé hier une culotte à Jacquie, aujourd’hui son gros chandail, ce dont je ne suis pas fâchée, car cette laine bouclée est fatigante à tricoter, terminé aujourd’hui une chaussette qui était à remonter, vais sans doute finir l’autre demain …

Hier, vu un moment Andrée Boyer, ce matin Armande, ce soir Mme Bonnaud….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 21 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacques est aujourd’hui à Nantes avec Jean… Maman est à dîner avec les deux filles, Yves et Pierre sont couchés, Yves est aussi bien que possible… la pauvre grand-mère doit être fatiguée de la journée que ce garnement lui a fait passer, je pense que nous pourrons le lever un peu demain…. Je me sens beaucoup mieux, ce qui m’ennuie, c’est que Jacques est surmené et je ne voudrais pas qu’il tombe malade à son tour.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 22 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves est aussi bien que possible… seulement Pierre est pris, je ne crois pas qu’il ait la grippe comme son frère, mais un bon rhume et de l’embarras gastrique…. Jacquie tousse elle aussi, il faudra lui mettre de la moutarde ce soir. Je voudrais bien me lever demain, ce soit être une belle pagaille en bas et c’est grand temps d’y mettre ordre, cela ne vaut rien d’être deux à commander !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 23 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves et Pierre dorment, Jacques, Maman et les enfants dînent, je viens de terminer mon dîner, bien court, et suis au calme pour un moment…. Je me suis levée à 11 heures et suis descendue déjeuner… passé l’après-midi dans ma chambre avec les deux petits qui étaient au lit. Yves avait de nouveau de la fièvre ce matin, et Pierre aussi, Yves a été à peu près sage, mais Pierre un vrai petit démon, ce soir il a de la fièvre, je lui a fait faire un enveloppement sinapisé et le docteur viendra demain….

Lundi 17 décembre

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 17 decembre 1939 était un dimanche. Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1939-12-23). Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1939-12-17-b pour la distinguer de 1939-12-17.

Pierre paraît maintenant en bonne voie de guérison… mais Yves m’ennuie beaucoup plus, après deux jours sans fièvre, il a encore 38°6 ce soir et je me demande d’où cela peut venir !…le pauvre chéri est maigre à faire peur, alors que Pierre est en bon état. Jacquie tousse et se plaint de la gorge, mais elle n’a pas de fièvre. Je suis excédée de ces thermomètres et encore, Maman prend la plus grande partie de la besogne….

Rien de très neuf sur le front de la Finlande, les communiqués parlent surtout du cuirassé de poche allemand « Amiral Gref Von Spee » qui, très endommagé par des bâtiments anglais et réfugié dans le port de Montevideo a été détruit par ses officiers qui ont préféré couler leur navire que d’accepter le combat ou de se rendre, ils avaient eu soin auparavant de s’éloigner dans les embarcations du bord.

Mardi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 19 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Yves n’avait plus de fièvre ce matin…. Il se plaignait ce soir d’une oreille….

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 21 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1939-12-21-b pour la distinguer de 1939-12-21.

Yves paraît aussi bien que possible, mais Pierre n’est pas rétabli, il recommencé à avoir de la fièvre….

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 22 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1939-12-22-b pour la distinguer de 1939-12-22.

…Pierre n’a pas de fièvre ce soir… il n’a pas repris son appétit, mais il est gai et mignon….

Je reprends ma vie normale, je me suis levée un peu tard ce matin… le temps est beau mais froid, je ne suis pas sortie aujourd’hui.

Reçu ce soir les notes des enfants, celles de Jean sont bonnes, celles de ses sœurs bien mauvaises.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 23 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1939-12-23-b pour la distinguer de 1939-12-23.

Les deux petits dînent, ils ont l’air aussi bien que possible ; Geneviève vient de terminer ses leçons, mais Jacquie est encore aux prises avec sa géographie, Jean rentre de promenade avec Joseph Baron ! Un moment de paix qui fait grand bien ! Je suis de plus en plus forte, mais l’atmosphère de la maison n’est pas de tout repos ! En plus des moments désagréables dus aux enfants, il y a des tiraillements, des discussions, des choses pénibles qui épuisent….

Les Ruses reculent en Finlande !

Lundi – Jour de Noël

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 25 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Un temps radieux….jacques vient de partir pour la grand’messe avec Geneviève, Jacquie et Jean, tous sont allés à la messe de minuit pendant que je gardais les deux petits. Je me suis levée pour aller à la messe de l’aurore, puis revenue bien vite lever les enfants afin d’aller dans le salon découvrir les présents du petit jésus. Malheureusement, cette année, les deux filles ne croient plus à la visite céleste, et, c’est tellement moins joli ! Pierre et Yves étaaient ravis….

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 27 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Maman est sortie avec Jean et Jacquie, c’est un moment de paix, de paix toute relative parce que j’ai avec moi Geneviève, Yves et Pierre… j’ai eu des journées harcelantes où il fallait servir de rampon entre tout le monde, petits et grands, y compris le personnel, et ce n’est pas drôle, dire qu’à la clinique je n’aurai qu’à me laisser vivre !…

Reçu un moment Armande Brachet et ses filles, puis Pierre Bouliau et Geneviève sont venus ainsi que Claude et sont restés dîner !

Journée au lit demain !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 30 decembre 1939, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les enfants sont tous partis à Nantes avec Jacques passer la journée, même petit Pierre, mai qui n’était pas le moins ravi. Je suis donc seule ici avec maman qui utilise ses loisirs à se réinstaller chez elle….