Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Dimanche 13 janvier

… La journée d’aujourd’hui a été plutôt chargée, et encore nous ne faisons pas de visites, Jacques étant enrhumé….. J’ai assisté ce matin à la Première Messe, je me suis pressée pour habiller Jean, que je devais envoyer à la messe de 8 heures avec son Papa ; après mon déjeuner, j’ai habillé les filles, puis Vonvon, j’ai eu ensuite une tarte à confectionner pour le déjeuner, du linge à ranger, le menu de la semaine à établir, cela tout en surveillant les enfants. Après déjeuner, j’ai eu la réunion des « Mères chrétiennes »…. J’ai assisté ensuite aux Vêpres avec Jean, en rentrant, j’ai eu le goûter des enfants, puis j’ai lu les journaux, préparé un peu de cuisine pour demain et voilà ! Voici pourtant deux semaines que je n’ai pu venir ici, j’ai été très prise pendant quelques jours, par mes lettres de Jour de l’An et, s’il y en a quelques unes dans le nombre qui sont fastidieuses et obligatoires, beaucoup me sont agréables à faire et je les prolonge volontiers… après déjeuner, quand il fait beau, je sors avec les enfants et cela me prend plusieurs heures ; il y a en plus pas mal de choses à faire ici, et le pire est que je ne peux, avec Geneviève, avoir un seul moment de tranquillité, elle est harcelante et ne me laisse un seul moment de repos, lorsqu’elle ne sort pas surtout… et je n’ai qu’une hâte, lorsque le soir arrive, c’est de la voir couchée. Une fois Jean et Jacquie revenus de classe, c’est un autre travail, Jacquie, à condition qu’elle ne se dispute pas avec Geneviève, ne me donne guère de peine, elle est mieux, à vrai dire, plus facile qu’il y a quelque temps, mais Jean, au contraire me donne beaucoup de peine, il est entêté, raisonneur, lent et difficile, il faut lui faire apprendre ses leçons, et une fois ses livres rangés, nous faisons une partie ensemble, comme hier soir, il fallait jouer au Nain jaune et faire marcher quatre jeux tout en tricotant…. J’ai cependant eu de bons moments ! Mercredi, j’ai longuement promené Geneviève et Yves, il faisait un temps merveilleux, malgré les caprices de Geneviève qui s’arrêtait toutes les cinq minutes, j’ai pleinement joui de la limpidité de l’air, de la caresse du soleil….. Par contre le lendemain, le temps s’était couvert, il faisait réellement froid, je suis cependant allée avec Jean et Jacquie jusqu’à la carrière de Pont de Vie, c’est maintenant leur but de promenade préféré, et jamais ils ne se seraient lassés de voir rouler les wagonnets, et les pierres rouler du trieur, mais j’étais gelée et j’ai dû presser le retour. Un de mes bons moments de la quinzaine, c’est la messe du dimanche, j’aime tout particulièrement la liturgie de l’Epiphanie….

Au déjeuner, nous avons tiré la fève, dissimulée dans une tarte aux mirabelles et Jean a eu la joie de découvrir la fève, j’ai été choisie pour reine et ai dû confectionner pour aujourd’hui une autre tarte aux abricots cette fois et j’ai été reine à mon tour, il me faudra donc faire un autre gâteau !

Un événement très important ces jours derniers : M. Pierre Laval, étant allé à Rome pour conférer avec Mussolini en vue d’un accord franco-italien, est allé lundi en visite officielle au Vatican, il est resté avec le Saint Père cinquante minutes. L’accord a été signé, tout s’est passé pour le mieux.

Je ne vois pas autre chose à raconter pour aujourd’hui, j’ai été interrompue par la visite des Boyer, nous avons dîné et je viens de coucher les enfants….

Reçu quelques bonnes lettres ces temps derniers, Andrée me parle de son travail, Marie Morvezen me raconte que son n°4 est terrible et Jeanne m’annonce une grande nouvelle, son n°2 est en route….

Dimanche 20 janvier

Ces journées de dimanche passent avec une rapidité affolante, depuis le déjeuner, j’ai pris un moment pour lire les journaux et peut être flâné un peu, mais il va bientôt être trois heures et il va être bientôt temps de m’occuper d’Yves et de Geneviève ! Ce matin, les enfants ayant toussé cette nuit, je les ai tenu au lit un moment et leur ai administré à chacun une compresse de moutarde, ce qui d’ailleurs a valu une bonne colère du « petit lion »….Heureusement que Maman était là pour m’aider à habiller les enfants, sans cela je n’aurais jamais été prête pour la grand’messe.

Récapitulons vite la semaine, car j’ai peu de temps à moi cet après-midi, Jacques est en ce moment aux Vêpres avec Jean, et, aussitôt son retour, nous irons faire quelques visites du jour de l’an….

Je ne suis pas sortie ou presque de la semaine, Jacquie et Geneviève étant enrhumées et Yves achevant sa varicelle, Geneviève nous a même donné une grosse émotion, elle avait 38°9 mercredi soir, et elle toussait beaucoup, nous lui avons fait, avant de la coucher, un enveloppement sinapisé, elle a dormi profondément mais en respirant d’une façon précipitée, comme dans sa congestion de l’année dernière…. La respiration est redevenue meilleure et le lendemain, la fille n’avait que 37°1….

Mardi, visite de Tante Abel et de Marguerite, qui nous ont invités à déjeuner jeudi, puis Armande Brachet est venue finir l’après-midi… Jeudi, suis allée me promener avec Jean, nous avons pris en passant les trois garçons Baron, et sommes allés à la carrière de Pont de Vie, puis j’ai ramené ici toute la petite bande, qui a joué dans la cour jusqu’à la nuit. Vendredi, préparatifs de cuisine, j’ai reçu hier le Docteur et Mme Lucas, ainsi que M. le Curé et ses vicaires, aussi j’ai préparé la veille ce que j’ai pu… je me suis cependant levée à cinq heures pour faire la mayonnaise de la langouste, avant que les enfants soient réveillés, mais cependant j’ai trotté toute la matinée… tout a été réussi et j’ai été bien contente.

Aujourd’hui, journée de la bonne presse ici, avec sermons aux messes et réunion qui doit avoir lieu tout à l’heure….

Relu cette semaine des livres de Zénaïde Fleuriot, et j’y ai pris un grand plaisir, au moins c’est moral, et on y trouve des personnages sympathiques, alors que dans la plupart des romans actuels, on n’y rencontre qu’une triste humanité et un étalage d’amoralité quand ce n’est pas d’immoralité…..

Dimanche 27 janvier

Rien de très nouveau aujourd’hui, d’ailleurs, à mon grand regret, je n’ai pas le temps de m’attarder ici, j’ai beaucoup à faire aujourd’hui… mes lettres du jour de l’an ne sont pas terminées… cela a pris beaucoup de temps. J’ai des tricots à faire et des tricots pressés… j’ai encore des visites à faire, quelques unes avec Jacques, d’autres seule…

Passons la semaine en quelques mots. Lundi, fait une tournée avec Jacques chez les métayers, mardi, assisté à l’enterrement de la pauvre Tante Guesdon, mercredi, visite chez Madame Bonnaud. Jeudi déjeuné chez Marguerite avec les Lucas et fait quelques visites avec Jacques. Vendredi après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet et hier suis sortie faire des visites…. Où je n’ai rencontré personne !

Maman est partie hier matin pour La Haye.

Dimanche 3 février

….Peu de temps devant moi aujourd’hui, je viens de mettre en ordre le menu de la semaine, j’ai à faire mes comptes de fin de mois, des lettres à écrire et j’attends des visites….. Les jours passent de plus en plus vite, j’ai pourtant trois bonnes, puisque Maman m’a laissé la sienne, mais cela ne me laisse aucun loisir supplémentaire et le travail s’accumule, ce que je fais ne peut être fait par d’autres….

Jeudi soir, nous sommes allés avec les Bonnaud voir « La châtelaine du Liban », nous nous sommes couchés à minuit et demie et il m’a fallu me lever à 5 heures et demie pour m’occuper d’Yves…

Quoi raconter cette semaine ? Lundi, écris un peu, mardi, voyage à Nantes, nous y avons laissé Jacquie, ce qui me débarrasse un peu, set sommes revenus pour dîner. Jeudi promenade à la clairière avec Jean et les trois Baron, puis visite des lucas. Vendredi, voyage à La Roche, puis fini l’après-midi chez Armande Brachet….

Temps doux et pluvieux, Jean est aux Vêpres avec Jacques, Geneviève joue dans la cour et Yves jase dans son berceau…

Dimanche 20

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 20 fevrier 1935 était un mercredi. Texte conservé tel quel.

Le repos dominical n’existe pour moi que par ouï-dire…la présence à la première messe de Georgette me décale et met en retard le petit déjeuner…. De plus aujourd’hui j’ai dû faire un quatre-quarts, moitié avant le bain d’Yves, moitié après et aussitôt déjeuner galoper pour assister à la réunion des Mères chrétiennes. J’espère que nous n’aurons pas de visites aujourd’hui…. Le jour du Seigneur serait une bien douce chose, si, libre de travail et de soucis, je n’avais, comme autrefois, d’autre occupation que les offices puis une promenade, ou un moment de musique…. Ce temps-là est loin ! Dimanche, aussitôt les Vêpres, nous avons eu M. et Mme Henri Tenailleau, ainsi que Thérèse. Un peu plus tard, les Privat qui sont restés une bonne partie de l’après-midi puis Mr et Mme Dorion, enfin les Brachet. Lundi, je me suis mise en tournée de visites : Mlle Lucas, Mme Herbreteau et Mme Edmond Gendreau…. Mercredi, visite aux Mignen, aux André Dorion à Palluau, puis reçu Marguerite et Armande Brachet. Jeudi, nous avions Michel à déjeuner, mais il faisait un tel vent froid, qu’il nous a été impossible de sortir, et, que nous avons passé l’après-midi à jouer au Nain jaune et à faire marcher le phonographe… reçu hier la visite des Benjamin Gendreau.

Il fit très froid, un vent glacial… Je désire vivement le retour du temps doux… car j’aurais très envie, mercredi soir, d’aller entendre à la Roché Arcouët et Maréchal, et la chose de sera pas pareille que si la voiture ne risque pas de geler en nous attendant !

Rien de neuf autrement, j’ai malgré mon – trop - nombreux personnel, de plus en plus d’occupations… enfin, là est ma tâche, et si quelquefois elle est lourde, au fond je l’aime.

Dimanche 17

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1935-02-20). Texte conservé tel quel.

Quelques minutes seulement, car il se fait tard et j’ai hâte d’aller me coucher. Les enfants ne dorment pas encore, car nous étions à Nantes cette après-midi, et n’en sommes revenus qu’un peu avant huit heures. Nous sommes allés chercher Jacquie qui nous avait quittés depuis trois semaines bientôt, sa grand-mère l’aurait bien gardée plus longtemps, mais l’Oncle Alexis est très malade, et Mère et Madeleine obligées à de fréquentes allées et venues, si bien que Jacquie les encombrerait un peu.

Je reprends brièvement les faits de cette semaine ; lundi, mon personnel étant en lessive, promenade avec les enfants, promenade au cours de laquelle j’ai rencontré Françoise… Mercredi voyage à La Roche et visite à Mme Lesaffre ; après dîner sommes retournés à La Roche pour le concert Arcouët-Maréchal, c’était merveilleux… depuis qi longtemps que je n’avais pas entendu de musique autrement que par TSF. Jeudi, temps affreux, finis avec Jean mes visites de jubilé, visite chez M. le Curé. Vendredi après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet…

Nous sommes donc allés voir le pauvre Oncle Alexis, qui visiblement s’en va ver son éternité, mais quels tristes moments pour la pauvre Tante Thérèse. Je suis allée quelques minutes voir Andrée Jaffré qui vient de perdre sa grand-mère et en même temps relève de grippe ; elle est bien changée, bien amaigrie, le moral est mauvais….

Dimanche 24 février

Jean est au lit depuis hier avec une bonne grippe, grippe blanche dit le docteur, qui en voit une certaine quantité par jour…. grosse fièvre…ce soir il était assez abattu et surtout il ne faut guère le laisser et j’ai dû passer mon après-midi à lui lire ou lui raconter des histoires. Pour le moment, il dort…. Jacquie et Geneviève vont bien mais Yves a été très enrhumé, un peu grippé peut-être lui aussi…

Au début de la semaine quelques jours de beau temps, ce qui m’ donné un peu de repos, Geneviève étant dehors toute la journée, elle ne voulait même pas rentrer à 6 heures pour son dîner ! Mardi, deux accidents pour encadrer le déjeuner, Geneviève avait trouvé moyen de toucher le tuyau d’un poële et de se brûler très légèrement – le bout de trois doigts – et il a fallu faire un pansement à la pommade Reclus ; au dessert les deux filles se sont disputées à propos d’un couteau, Geneviève a saisi la lame du couteau à pleine main, Jacquie a tiré et le pauvre « petit lion » a eu toute la paume de la main entaillée ; Dieu merci ce n’était pas profond, mais la coupure a saigné abondamment et il a fallu faire un second pansement.

Mercredi, sommes allés aux Brouzils faire visite à notre ancien curé M. Dronneau, il nous a fait voir de nombreuses reliques du Père Monnereau… si bien que nous sommes rentrés qu’à sept heures.

Jeudi matin, assisté à un service pour Mgr Gendreau, évêque d’Hanoï, né et baptisé au Poiré, décédé au Tonkin au début de ce mois. L’après-midi, mené les enfants, pour les occuper, jusqu’au Moulin-Guérin, mais il soufflait des bourrasques très froides et j’ai été contente de rentrer.

Vendredi rien de neuf. Dans la nuit suivante, il y a eu une tempête effroyable, du moins le dit-on, car je dormais comme une souche et n’ai rien entendu, il y a des grands dégâts un peu partout, ici la trappe du grenier a sauté et a fait un beau tapage, la grange de la Chavechère est bonne à recouvrir. La couverture de l’église bonne à reprendre. Chez Maman, il pleut comme dehors. Ce soir encore le vent fait rage.

Hier, après-midi chez Armande Brachet, c’est en rentrant que Jean s’est plain d’être malade !…

Dimanche 3 mars

Toujours Jean au lit, cela va mieux cependant, mais il a des rechutes et des reprises de fièvre et cela n’en finit pas….le pauvre petit ne prend qu’un peu de lait coupé d’eau de Vals et il est très faible, il me faut passer une grande partie de mes journées à lui lire des histoires de la Semaine de Suzette…. Si seulement les filles n’y passaient pas ensuite !

Quoi dire de cette semaine ?… L’Oncle Alexis est mort lundi matin, l’enterrement a eu lieu mercredi matin, nous nous y sommes rendus tous les deux, laissant Jean en pleine fièvre, j’avais à m’occuper de mon deuil, je me suis commandé un manteau de marocain noir et fait retaper un chapeau, mais j’avais surtout dans l’idée de regagner le Poiré… j’avais une migraine affreuse.

Reçu une lettre d’Andrée Jaffré qui est mieux, Maman revient jeudi.

Dimanche 10

La neige aujourd’hui !… les enfants ravis ne se sont pas fait prier pour se lever afin de contempler ce spectacle si rare pour nous.

Jean est levé depuis mardi et aussi bien que possible maintenant ;… Jacquie est un peu enrhumée, il me faut lui mettre des compresses de moutarde, Genevièveest bien, pourvu que cela dure ! Yves a pris du poids et depuis huit jours, prend sa bouillie à midi et demie.

Lundi et mardi… suis restée avec Jean… Mercredi, voyage à Nantes avec les Boyer, nous sommes partis dès six heures et demie par un matin superbe, tout paré de gelée blanche…, nous étions de retour vers cinq heures, après avoir trotté toute la journée…

Jeudi, voyage à Machecoul pour la signature de la vente de la Jarrie, une fois les formalités remplies, Me Guimbretière nous a amenés chez lui prendre un porto, mise en présence de sa femme, j’ai reconnu avec stupéfaction Juliette Dubourg, dont je n’avais pas entendu parler depuis ma sortie de Chavagnes ; il nous a fallu rester un moment, le temps passait et Maman devait débarquer à six heures en gare de La Roche ! Nous avons quitté Machecoul à six heures moins le quart ! Jacques m’a déposée ici en passant puis filé en vitesse vers La Roche ; j’étais à peine arrivée que Maman, affolée, téléphonait se demandant ce qui se passait ! Tout s’est arrangé promptement….

Ce matin assisté à la grand messe du premier dimanche de Carême ; assisté tout à l’heure à la réunion des Mères chrétiennes, occasion de nous rappeler nos devoirs… de circonstance, puis-je dire : prière, pénitence, apostolat familial.

Dimanche 17 mars

J’évoque aujourd’hui mes souvenirs d’il y a huit ans, j’étais en possession de mon tout petit bébé, et si heureuse après tant d’angoisses d’avoir enfin ce petit enfant tant désiré !… J’ai maintenant un grand garçon, pas méchant, mais pas toujours docile et raisonnable…

Semaine un peu meilleure au point de vue santé, un peu seulement ! Jacquie tousse encore et n’est pas retournée à l’école, Yves est lui aussi enrhumé, Geneviève, elle, a vomi deux fois dans son lit hier soir, indigestion due à un appétit vraiment excessif. Jean n’a pas encore repris sa mine, mais ses forces sont revenues et aussi son appétit, il a repris, depuis jeudi, le chemin de l’école, et a même pu assister jeudi à la journée de la Croisade Eucharistique, le voilà croisé maintenant ! Puisse-t-il tenir ses promesses !

… Nous avons eu quelques belles journées qui ont permis de promener les enfants ; vendredi j’ai roulé la voiture et eu de la sorte quelques moments de paix, le soleil était superbe…

Malgré cela toujours des nouvelles angoissantes : l’Allemagne dénonce le Traité de Versailles et institue le service militaire obligatoire, encore cette menace de guerre qui nous fait toujours trembler.

Tout à l’heure, une visite du maire, sollicitant Jacques comme conseiller municipal ! Encore une nouvelle charge pour lui !…

Bientôt trois heures, je vais m’occuper d’Yves…

Dimanche 24 mars

Semaine désagréable du commencement à la fin ! Geneviève a trouvé moyen de nous faire lundi un peu de congestion pulmonaire, mais d’une façon infiniment moins grave, nous devions aller à Nantes ce jour-là, et sommes allés quand même, laissant la petite malade sous la garde de sa grand-mère, mais nous étions inquiets et nous sommes pressés de revenir ; le lendemain, les râles congestifs étaient disparus, mais Geneviève faisait un peu de grippe qu’elle a traînée quelques jours encore….Yves a fait une poussée de fièvre mercredi soir, le docteur l’a vu jeudi et ne lui a rien trouvé, ce sont peut-être les dents. Quant à moi, je suis très enrhumée et sans doute un peu grippée….

Dimanche matin 31

Un peu de temps devant moi aujourd’hui… nous avons eu le changement d’heure, ce matin il a fallu se débrouiller vite… maintenant Yves dort et les trois grands jouent dans la cour, nous avons eu une série de belles journées de printemps…

Geneviève nous a encore donné des émotions cette semaine, il s’agit de vers, du moins je le suppose… Jacques a également été très enrhumé, quant à Yves, il prend des forces chaque jour, il gazouille toute la journée, toujours mignon au possible…

Beaucoup travaillé cette semaine, j’ai entrepris un drap avec un jour ravissant, mais bien long à faire, aussi je m’y tiens le plus possible, j’ai toujours des tricots à faire, des chandails pour les filles, ensuite des robes, puis un chandail pour le grand garçon. Je suis peu sortie, seulement mercredi pour aller chez Marguerite et jeudi soir pour aller à l’Hermière, nous avons eu Michel à déjeuner jeudi et en l’honneur de la Mi-Carême, Marie Mérieau nous a confectionné les traditionnels « botrots ».

Aujourd’hui, journée missionnaire, le sermon a été intéressant et profondément émouvant, combien nous devrions tous avoir l’esprit missionnaire et donner notre argent, nos prières, nos enfants même s’il le faut, si l’un des miens était choisi, quel déchirement pour moi, mais aussi quelle fierté et quelle gloire !…

Dimanche 7 avril

Yves a eu 9 mois ce matin ;;;; il joue près de moi, assis dans son berceau ! c’est un beau petit gars de près de dix neuf livres, qui va bientôt percer ses dents, qui dit « Papa » et même quelquefois « Maman » ! il est doux, sage, facile, je ne peux me lasser de le regarder et de jouer avec lui ! Nous n’avons pas eu de malades cette semaine et c’est presque extraordinaire, mais pour moi la réaction se produit et je suis bien lasse, je voudrais toujours dormir ! et avec les enfants il ne peut guère y avoir de repos. Pour le moment ils jouent dans la cour à peu près gentiment….

Reprenons la semaine : beaucoup de travail, mon drap avance, mais j’en ai deux autres en chantier pour les filles et puis encore des robes….Lundi, mardi, mercredi, ne suis pas sortie, jeudi j’ai amené les enfants chez Maman et suis allée promener les deux grands, il ne faisait pas bien beau…. Nous avons goûté au coin du feu, mangé des « rôties » qui ont fait la joie des enfants et nous sommes revenus pour dîner. Vendredi, fait des visites, samedi après-midi chez Armande Brachet. Ce matin, grande bousculade, je devais aller avec Jean à la Communion de huit heures et auparavant il m’a fallu faire biberonner Yves et lever les trois autres… Ce soir j’ai eu un bout de Vêpres, un bout seulement, mais aussi l’Adoration de la Vraie Croix qui marque notre entrée dans le temps béni de la Passion….

Dimanche 14 avril

Triste jour des Rameaux, de la pluie, toujours de la pluie, la procession a pu sortir, un peu arrosée sans doute, mais cet après-midi, les averses ont recommencé plus fort que jamais…la journée d’hier avait si bien commencé, un beau soleil… un ciel pur, une apparition du printemps… Jean, tout joyeux, a mis ses sandales pour partir en classe, ces sandales évocatrices des belles journées d’été, mais hélas, il a fallu déchanter, et après déjeuner, il a fallu chausser les galoches pour repartir en classe !….

Reprenons vite cette semaine… Lundi, rien de nouveau, mardi, voyage à Nantes et courses, mercredi suis restée ici, jeudi après-midi chez Maman… hier reçu Armande Brachet et Marguerite.

… Autrement, beaucoup travaillé, je suis peut-être un peu moins lasse que la semaine dernière….

Dimanche 28 avril

Aujourd’hui à Lourdes, clôture du dix-neuvième jubilé de la rédemption, nous venons de tourner les boutons de la TSF et sommes en communication avec la grotte, où le Cardinal Pacelli, légat du Pape, vient de commencer la messe pontificale, la maîtrise chante en ce moment un Kyrie vraiment splendide sur l’air de l’Ave Maria….

Je vais tâcher de reprendre, tout en écoutant, les faits de cette quinzaine…

D’abord, la semaine sainte, j’ai travaillé comme de coutume et suivi les offices, j’y ai emmené Jean le jeudi et le vendredi lui ai fait suivre les belles prières, je l’ai emmené aussi au Chemin de Croix du vendredi soir… Vendredi, après-midi chez Armande Brachet, le soir Mère nous est arrivée, amenée ici par Pierre et Geneviève Bouliau. Le lendemain, Madeleine a débarqué un peu après déjeuner et nous avons passé quelques bons moments ensemble. Nous avons eu samedi matin, la joie des enfants découvrant le cadeaux des cloches ; Jean n’y croit plus hélas à ce beau voyage des cloches à Rome, mais Jacquie y croit toujours et était heureuse, Geneviève ne comprenait pas trop encore, mais il y avait des bonbons, et c’est pour elle le principal. Dimanche, nous avons fêté la Résurrection par un bien mauvais temps… Le soir, Armand et Suzanne sont venus dîner. Le lendemain, j’avais à déjeuner Pierre, Geneviève et Claude…

Je m’interromps, le Credo commence, le Credo de Lourdes… repris par la foule, et les journaux prétendent qu’il y a aujourd’hui deux cent quatre vingt mille personnes !

Mardi matin, nous sommes partis pour La Haye dès la première heure, c’est-à-dire vers dix heures et quart, il a fallu du temps pour préparer nos valises, celle de Geneviève qui s’embarquait pour Nantes, ainsi que le déjeuner. Il faisait à moitié beau, mais le temps s’est maintenu convenable pour notre déjeuner au bord de la route, u peu après l’Absie…, mais la pluie nous a pris et ne nous a plus lâchés jusqu’à La Haye. Nous avons passé une bonne soirée avec Jean et jacqueline.

Une nouvelle interruption pour le goûter des enfants, la messe pontificale vient de s’achever… et d’ici quelques instants, nous allons avoir de Rome, la bénédiction papale, puis de Lourdes, la cérémonie de clôture.

Je reprends encore… Mercredi matin, promenade avec Jacques et les enfants, sur la route de Ligueil, il ne pleuvait pas… L’après-midi, promenade en auto à la forêt de la Guerche, le printemps y avait fait son apparition, par quelques anémones sauvages…. Il y avait eu de grandes chasses au moment de Pâques, aussi les pavillons étaient encore ouverts, on faisait la toilette de la meute, on astiquait les selles, tandis qu’un peu plus loin, abandonnées aux chiens, demeuraient les dépouilles des victimes.

La bénédiction papale vient d’être donnée, ainsi que l’indulgence plénière.

Jeudi, sommes partis de bonne heure pour Loches où nous nous sommes arrêtés quelques minutes pour voir les châteaux, mais sans visiter, faute de temps. A Chenonceaux, nous avons visité le château, très intéressant, et nous sommes promenés dans les jardins à la française qui sont ravissants, je me suis accordée un moment à la balustrade qui domine le Cher et évoquèrent le souvenir de ceux qui aimèrent ce site, embellirent ce château…. Et depuis longtemps ne sont plus : Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, Louise Lorraine, veuve d’Henri III ! Le château appartient maintenant au chocolat Menier ! les choses changent !

A Amboise, nous avons aussi visité le château, très intéressant et d’un autre genre : encore de nombreux souvenirs historiques : Charles VIII, Anne de Bretagne, Louis XII, Claude de France, François 1er, Léonard de Vinci. Nous avons vu la chapelle, dressée au sommet des murailles… la porte où Charles VIII se blesse mortellement, la tour des cavaliers, la salle des gardes et le balcon des conjurés, et surtout, nous avons contemplé, du haut des terrasses, le panorama des bords de Loire….

Maintenant à la grotte, Mgr Gerlier parle, mais on se remue autour de moi et je ne peux parfaitement suivre.

Nous sommes revenus par vouvray et Tours, les bords de Loire étaient ravissants par cette belle journée de printemps et le soleil déclinant saignait de lumière ces paysages charmants de Touraine.

Vendredi promenade du côté de la papeterie et un moment chez Mme Goupille naturellement. Hier une bonne matinée avec Jacqueline, puis vers 2 heures nous avons repris la route, laissant Jacquie avec son oncle et sa tante.

Nous avons passé cette fois-ci par Chinon, Saumur et Cholet…. Après Saumur, nous avons eu une émotion, nous nous étions arrêtés pour goûter et nous nous préparions à nous remettre en route quand Georgette nous appelle pour nous montrer une entrée de souterrain, Jacques y pénètre, Jean également, j’allais y pénétrer à mon tour lorsque Jacques me prenant par le bras me fait reculer sur la route, et même Jean près de moi, puis il nous montre une énorme vipère endormie à quelques mètres de l’endroit que nous venions de passer. Jacques a essayé de la tuer à coups de pierre, mais après s’être redressée, elle a regagné son repaire qui, précisément était l’endroit que nous venions de quitter, nous avons eu une belle peur rétrospective. Traversé ensuite Cholet, le Mont des Alouettes… A Vendrennes, nous avons assisté à un accident qui aurait pu être grave, devant nous un homme est tombé de voiture, et la voiture lui est passée sur les jambes, c’était un grand mutilé de guerre, plusieurs fois blessé et trépané, il a une forte commotion, mais rien de grave. Nous étions ici vers 7 heures et demie et avons été heureux de revoir notre petit Vonvon, sa figure mignonne, son sourire et ses caresses…

Je reprends après dîner, nous avons eu un long et beau sermon du Cardinal Pacelli, puis l’émission a été coupée, alors que nous espérions assister à distance à la procession, et avoir le chant du Te Deum et le Magnificat final. Une visite de M. le Curé, puis le dîner et le coucher d’Yves, la prière, le coucher de Jean, je ne vais pas tarder à mon tour.

Après les vacances – bien courtes – il faut secouer la paresse qui trop facilement deviendrait habitude, et me mettre à l’ouvrage avec un courage nouveau.

Dimanche 5 mai

Un dimanche plutôt chargé… ce matin après avoir changé Yves et l’avoir fait boire, il m’a fallu habiller les enfants, et ceci en vitesse, car Jean et moi devions aller à la Communion de 8 heures ! Heureusement, Geneviève n’avait pas arrosé son lit, ce qui simplifiait les choses, la messe a été longue car il y avait une communion privée ; au retour, j’ai expédié Jean et Geneviève chez Maman, puis, laissant Yves sous la surveillance de Georgette, j’ai filé dire mon chapelet chez Armandine Giraud qui a tout de même fini de souffrir samedi matin. Au retour, j’ai eu quelques rangements à faire, in peu de cuisine à mettre en train pour demain, et il était l’heure de déjeuner…. Si le temps ,n’est pas trop mauvais, Jean et moi irons à la bénédiction du mois de Marie à la Millière….Nous avons eu deux jours de vrai printemps mercredi et jeudi et j’avais repris possession, dans la cour, de l’ombre du tilleul, et Yves passait dehors les heures où il ne dormait pas, mais depuis vendredi, la pluie est revenue, il ne fait pas chaud.

Rien de nouveau lundi, mardi, voyage à Nantes pour aller chercher Geneviève, laquelle encombrait bien sa grand-mère. La journée a été bien pénible, d’abord nous sommes partis avec une heure de retard, et ce temps m’aurait été bien précieux à Nantes, il m’a fallu faire deux essayages, des courses et surtout ramener Geneviève. Le retour a été mouvementé, nous avons eu trois pannes et ne sommes revenus qu’à huit heures et demie… Jeudi après-midi chez Maman, comme de coutume, Vendredi, passé un moment chez Marguerite avec Armande Brachet et hier déjeuné chez Charlotte avec les lucas.

Jacquie arrive mercredi avec Tante Canette ; le quatuor sera de nouveau au complet…

Dimanche 12 mai

La maison est silencieuse… pour un moment, Jean, Jacquie et Geneviève sont partis finir la matinée et déjeuner chez grand-mère, Yves dort dans le salon et cette paix est pour moi une grande détente…j’ai pourtant trotté de six heures et demie du matin jusqu’à neuf heures, pendant que les enfants déjeunaient, j’ai mis en train un plat de gras double qui doit mijoter toute la journée sur le fourneau, si bien que je suis arrivée à la messe un peu en retard et si fatiguée qu’il m’a été impossible de prier…

Aujourd’hui, il fait froid, on se croirait revenus en hiver ! et pourtant les premières roses s’épanouissent ! Reprenons les faits de la semaine, d’abord, le sujet brûlant : les élections ! Il y avait donc dimanche dernier deux listes en présence, la liste Tenailleau, composée de conseillers sortants et de quelques nouveaux, dont Jacques et la liste Rocheteau dite d’opposition paysanne pour laquelle une campagne effrénée a été faîte par les ennemis de la municipalité. Jacques s’est donc rendu dimanche soir au dépouillement du scrutin lequel s’est prolongé assez tard dans la nuit ; vers onze heures fatiguée de l’attendre, je suis allée me coucher et c’est vers une heures et demie qu’il est rentré, m’apprenant des résultats désastreux : toute la liste d’opposition passait à une majorité écrasane, passaient également tous les conseillers de la campagne qui figuraient sur la liste Tenailleau, plus Jacques ; restaient sur le carreau, le maire et ses conseillers du bourg, c’était lamentable, Jacques en aurait pleuré, ce qui est le plus triste, c’est que ce scrutin est l’indice d’un état d’esprit désastreux, la campagne n’est plus ce qu’elle était autrefois, et la mentalité, jusque là saine, vire au communisme ; ce sont surtout les jeunes générations, vingt à trente disons, qui se sont fait remarquer par la violence de leurs propos, ainsi que la classe ouvrière, laquelle cependant ici ne connaît ni le chômage, ni la misère ; les meneurs sont connus, et auront peut-être à s’en repentir ! En attendant aujourd’hui, scrutin de ballottage, huit sièges étant à pourvoir, le maire se représente avec sept conseillers, j’ai hâte d’avoir le résultat.

Rien de très nouveau, autrement. Jacqueline est ici depuis mercredi et nous reste encore toute la semaine.

Dimanche 19 mai

Triste mois de mais, nous avons été obligés de rallumer le chauffage hier… on parle un peu partout de gelées et de chutes de neige !…

Quelques minutes avant les Vêpres !

Yves est dans son parc, Jacquie et Geneviève jouent sous la surveillance de Maman, François, qui est notre hôte depuis hier matin, lit et fume. Jean est parti au catéchisme. S’il fait beau après les Vêpres, nous irons à la bénédiction du Mois de Marie du Beignon … pour moi, je ne demanderais qu’à me reposer car j’ai eu une semaine plutôt fatigante. Lundi, rien de nouveau, mardi voyage à la Roche, coiffeur, courses, visite. Mercredi, déjeuné chez les Lucas avec Maman, Jacqueline, Tante Abel, les Gourraud et Mignen, je suis rentrée ici dès cinq heures, car je partais le soir à Nantes avec Jean, nous avons pris un autobus aux Lucs à 7 heures et étions à 8 heures et demie, ce qui nous donnait une grande journée pour le lendemain matin… je me suis rendue à Chavagnes dès huit heures…J’ai assisté à la Messe à la chapelle, j’ai rencontré pas mal de figures connues, à 10 heures réunion à la grande salle… à 11 heures et demie déjeuner, les autorités étaient logées dans le réfectoire des demi-pensionnaires et nous sous une véranda, nous étions environ deux cent cinquante, ce fut gai et plein d’entrain. Je suis restée un moment à la kermesse, promenée dans le jardin avec Andrée Jaffré, nous avons aussi erré sous les cloîtres familiers, avons ouvert les portes de quelques classes, de la salle d’études, avec quelle émotion j’ai retrouvé, sur l’appui d’une fenêtre du cloître des cours, les marques que Marie avait faites en travaillant son cuir, alors que Simone s’appliquait à sa peinture et moi à mon fusain ! Seize ans passés, Simone disparue depuis longtemps déjà, Marie et moi, mères de famille !… J’ai quitté Chavagnes à trois heures et demie et je me suis dirigée vers le musée Dobrée, où est en ce moment une exposition très intéressante de souvenirs de l’époque révolutionnaire, j’avais promis à Jean de l’y mener, et nous avions rendez-vous là-bas… puis j’ai fait quelques courses et il était l’heure de reprendre d’autobus. Vendredi j’étais fatiguée et ne suis pas sortie, hier non plus, Jacqueline est rentrée à La Haye.

Dimanche 26 mai

Temps gris, quelques gouttes tombent… cet après-midi je voudrais avec les enfants voir bénir le Mois de Marie de Montorgueil….

Les trois grands sont partis déjeuner chez grand-mère, Yves se roule dans son par cet jase, cela fait du bien d’avoir un peu de repos et de paix !

Semaine sans grand évènement, dimanche, nous sommes allés avec la famille Baron à la bénédiction du Mois de Marie du Beignon, de là nous sommes allés à la Turquoisière, y avons fait les petites visites obligatoires, puis pris le chemin du retour. Lundi, tournée des métayers avec jacques et François… Jeudi, promenade avec les enfants et Citoyen ; nous avons gagné Montorgueil par les chemins et sommes revenus par la route, la campagne est ravissante en cette saison, mais il faisait chaud et les enfants trouvaient le chemin long ! moi-même, hélas, ne suis plus entraînée aux grandes courses d’autrefois ! vendredi après-midi chez Armande Brachet ; hier, passé tranquillement l’après-midi dans la cour, près du parc de Von-von.

Jeudi soir, sommes allés au cinéma pour « Maria Chapdelaine », très beau film, dans lequel nous avons pu admirer ces merveilleux paysages canadiens… que nous ne connaîtrons sans doute jamais !

François part ce soir. Maman de rend aux Sables mardi, nous allons sans doute lui conduire les filles jeudi.

Dimanche 2 juin

Le Mois de Marie est terminé.. J’ai assisté avec Jean ; vendredi soir, à la clôture de ce mois béni, nous avons chanté le cantique que j’aime tant « Prends mon cœur, le voilà… »… Hier ouverture du mois du Sacré Cœur, c’est en plus la neuvaine préparatoire à la Pentecôte, comme je suis un peu plus libre cette semaine, je voudrais y assister chaque soir ;

Reprenons un peu cette semaine : dimanche après-midi, bénédiction du Mois de Marie de Montorgueil ; ce sont des cérémonies que k’aime tout particulièrement, en même temps qu’une bonne promenade pour les enfants, mais la promenade a été gâtée, du moins le retour, Jacquie qui toussait depuis le matin, s’est plainte d’avoir froid, mal à la gorge, d’être fatiguée… Je l’ai mise au lit en arrivant, elle avait 40°1, heureuseent le lendemain matin elle n’avait plus que 34°4 et avec quelques compresses de moutarde tout s’est arrangé. Maman est partie aux Sables mardi, et jeudi, jour de l’Ascension, nous sommes allés lui conduire les filles, mais nous avons laissé Geneviève un peu fiévreuse, avec un gros rhume et l’estomac un peu fatigué ; de plus, il ne fait guère beau, et je comptais sur le changement d’air pour fortifier les filles…. Ici, tout est calme… je trouve la maison vide sans mon « lion », j’en profite pour faire quelques rangements et aussi pour me reposer un peu…

Crise politique, le ministère Flandrin est tombé dans la nuit de jeudi à vendredi, l’heure est grave et les nouvelles angoissantes.

Dimanche 9 juin

Jour de la Pentecôte ! Je me souviens d’un jour semblable à Lyon en 1924 peut-être, nous étions allées entendre la messe pontificale à la Primatiale Saint-Jean, nouis étions arrivées un peu en retard, selon notre habitude, nous étions malgré cela parfaitement placées et de cette cérémonie, j’ai gardé une impression inoubliable. Le Cardinal archevêque officiait, assisté de ses deux auxiliaires et de nombreux prélats, et c’était une chose merveilleuse que le déploiement de toute cette pompe, de toute cette liturgie… les chants étaient superbes…. Aujourd’hui, je m’apprête à assister à la grand’messe dans notre église, cela sera beaucoup plus modeste…

Quoi dire de cette semaine ? rien de sensationnel vraiment. Lundi une visite de Mme Tenailleau. Mardi, assisté à la noce Chevillon, une vraie noce de campagne, très simple, mais il y avait autour de nous des tas de figures connues qu’il était agréable de retrouver. Mercredi reçu Suzanne à déjeuner, pendant que Jacques et Armand déjeunaient à Richelieu ; le soir une visite de M. le Curé. Jeudi, promenade à la carrière avec la famille Baron, j’ai amené ensuite tout le monde à la maison pour jouer dans la cour. Vendredi, Jacques avait à faire à Longeville, je l’ai accompagné, et nous avons pu passer quelques minutes aux Sables ; les filles ont bonne mine et sont très heureuses là-bas….Hier, reçu Armande Brachet et Marguerite, nous pensions avoir ces jours-ci Mère et Madeleine, mais elles n’ont pu se déplacer….

Yves joue dans son parc, il a fait ces jours-ci de grand progrès, il se relève et s’assied seul, se promène en s’accrochant aux barreaux ; la plage lui fera le plus grand bien.

Dimanche 16 juin

Bien des choses à raconter aujourd’hui, j’espère avoir pour cela un grand moment… petit Vonvon, dort sagement et Jacques doit emmener Jean aux Vêpres qui doivent être suivis d’une procession à la grotte en l’honneur de la Communion Solennelle. Solange, son mari et la jeune Perrine arrivent ce soir pour une dizaine de jours…

Donc Lundi, bonne journée et belle journée, ce qui est plus extraordinaire vu le temps lamentable que nous avons cette année ! Nous sommes partis de bonne heure et nous avions emmené les trois garçons Baron, heureux eux aussi d’aller au bord de la mer, nous avons eu le matin un bon moment à passer sur la plage, les enfants ont pataugé, non sans mouiller un peu leurs fonds de culotte ! ils ont joué dans le sable et construit une magnifique auto dans laquelle il a fallu les photographier avant de quitter la plage ! Après déjeuner, Jacques nous a tous chargés dans l’auto, y compris Maman, Jacquie et Geneviève et nous a emmené dans les rochers, un peu plus loin que le Puits d’Enfer ; nous avons passé toute l’après-midi, les garçons ont pêché avec Jacques, Jacquie a barboté un peu et Geneviève joué dans le sable près de nous ; il faisait délicieusement bon….

J’ai été bien contente de revoir mes petites filles… Jacquie est bien mignonne et son petit caractère s’est tellement amélioré depuis quelque temps ! Geneviève est très amusante, elle a l’esprit extrêmement vif et un aplomb formidable, mais, quoiqu’elle soit peut-être moins entêtée que Jacquie, elle a aussi son petit caractère et n’est pas toujours commode ! Jean est toujours raisonneur, entêté, désobéissant et terriblement lent, mais c’est pourtant un bon petit gars… Quant à Yves, c’est la joie de mes journées, pas besoin de gronder, de punir ! de ravissants sourires, des petites grimaces charmantes, un bébé adorable !

Je continue donc… mardi suis restée ici sans sortir, mercredi voyage à Nantes avec les Boyer, journée très pénible, il a fallu partir de bonne heure pour revenir assez tard, courir de magasin en magasin, je suis revenue avec les jambes rompues, la migraine et le cafard !

Jeudi, autre chose, nous avions décidé d’aller à Solesmes assister à une grand’messe des bénédictions, seulement Solesmes est à 200 km et cela est quelque peu fatigant ! je me suis levée à 5 heures et quart, il a fallu lever et habiller Jean, qui par bonheur ne s’est pas fait prier ! déjeuner, confectionner quelques sandwiches pour emporter, bref, il était six heures et demie quand nous sommes partis, le temps était un peu voilé mais beau cependant, nous avons franchi le Mont des Alouettes… nous avons revu Mortagne… la Loire aux Ponts de Cé, Angers que nous avons contourné par les boulevards, puis Solesmes. Dix heures sonnaient à l’abbaye comme nous nous arrêtions, aussi, sans tarder, nous nous sommes rendus à la chapelle, les moines étaient au chœur et le célébrant arrivait pour commencer la messe. Quelle merveilleuse grand’messe nous avons entendue….Après la messe, les moines sont sortis en procession, deux à deux, et nous avons filé en vitesse, car il était onze heures et demie et nous avions très faim, aussi nous sommes allés chercher un coin tranquille au bord de la route pour déjeuner : sandwiches au jambon, de sardines, oeufs durs, cerises, tout s’est bien passé, après quoi, nous sommes repartis, nous sommes passés d’abord à Notre-Dame du Chêne, centre d’un pèlerinage très visité, puis nous sommes allés à Solesmes revoir à loisir les sculptures de l’église….Nous sommes ensuite descendus vers la Sarthe, afin de voir la façade l’abbaye… puis le couvent des Bénédictines qui ont une jolie chapelle… nous avons repris la route. A Beaucoupé ( ???) près d’Angers, nous avons fait un arrêt de deux heures pour voir nos cousins Charles Regnault et leur dernière pouponne et nous sommes arrivés ici vers huit heures et demie, harassés mais contents tout de même.

Vendredi à La Roche pour le coiffeur, hier pas bougé de la journée, ce matin assisté à la Messe de Communion, tout y était émouvant, les brassards, les robes blanches, les enfants accompagnés de leurs parents à la Sainte Table…

Dimanche 23 juin

Quelques mots seulement, j’ai la migraine… il fait une chaleur terrible, nous avons 30° dans la salle de bains, aussi le moment où il faut faire la toilette des enfants et un moment bien désagréable ; la cour est une fournaise, et je ne sais plus quoi faire de mon pauvre Vonvon. Je l’ai sorti ce matin avant huit heures et l’ai rentré dès dix heures, je suis obligée de le garder dans le bureau et de la faire dormir dans une chambre où il fait vraiment très chaud ; les enfants sont tous fatigués par la chaleur, énervés et insupportables ! Ce matin a eu lieu la procession de la Fête-Dieu, Jacques portait le sais, Jean était porte-torche non loin du Saint-Sacrement, Jacquie tenait le cordon de Mlle Violleau ; j’ai pu prendre une bénédiction au dernier reposoir, et j’étais heureuse de voir ainsi mes chéris. Quant à Geneviève, je l’ai envoyée chez Maman à cause de la chaleur, mais nous l’emmènerons tantôt au Vêpres. Jacquie et elle ont de magnifiques petites robes de tussor bleu, et je suis contente de mes deux petites filles.

Dimanche 7 juillet

Peu de temps à moi encore aujourd’hui, depuis 3 semaines je ne m’appartiens plus, il y a toujours quelqu’un ici… j’ai eu une semaine très dure, des choses ennuyeuses, je suis lasse et découragée…

Les Chaise nous ont quittés le jeudi 27 juin ; le lundi précédent nous avions fait en auto une longue randonnée : Pornic, le Goa, Fromentine, Saint-Jean de Monts, avec le retour par Apremont. Le mardi, je suis allée à Nantes… le jeudi, les Chaise sont donc partis mais Oncle Raymond et Tante Denise venaient d’arriver et sont restés jusqu’à samedi matin, samedi soir Mère et Madeleine sont arrivées à leur tour et nous quittent sans doute après-demain.

Quoi dire de cette dernière semaine, dimanche dernier, nous avons eu la seconde procession de Fête-Dieu, sous un ciel d’orage des plus menaçants, avec un accompagnement de roulements de tonnerre… Lundi, nous sommes allés déjeuner aux Sables avec Maurice et Solange, et nous sommes allés au Puy d’Enfer voir les vagues sur les rochers, mais il faisait un temps sombre et plutôt froid… mardi, fait 30 pots de gelée de groseille ; mercredi, rangé le linge de la lessive, jeudi, passé l’après-midi à Rocherservière ; vendredi après-midi à la Roche, heir, seulement, j’ai pu me reposer un peu.

Aujourd’hui, premier anniversaire d’Yves… c’est maintenant un beau petit bébé ; il a six dents et tourne autour de son par cet marchera bientôt ; il devient un peu volontaire et capricieux.

Jeanne Lego a un fils : Gilles.

Samedi 13 juillet

… Petit Vonvon est malade et il faut que fréquemment je monte vers lui, je n’ai pas beaucoup de temps à moi…

Le pauvre chéri a été bien fatigué, il semble mieux maintenant… depuis lundi, il toussait un peu et trouvant que sa température montait, je lui ai mis des compresses de moutarde ; jeudi soir, l’ayant trouvé plus oppressé, nous lui avons fait un enveloppement sinapisé, la nui était très mauvaise, Yves, énervé, très oppressé, gémissait sans cesse, dès le matin, nous avons appelé le docteur, qui n’a rien trouvé de grave, la journée d’hier a plutôt été pénible, le pauvre petit avait une grosse fièvre, il voulait boire sans cesse et ne pouvait rester tranquille, le docteur est revenu hier soir, il n’ a encore rien trouvé, mais lui a cependant fait un peu de vaccin anti-pneumonique. Cette nuit, le pauvre chéri a mieux reposé, mais il a toujours de la fièvre, le coteur doit revenir lui faire une autre piqûre ; j’ai hâte de voir le mieux.

Un peu de calme enfin cette semaine, Mère et Madeleine sont parties le mardi après-midi, mais reviennent ce soir. Demain : les prix ; nous devions partir aux Sables dès le début de la semaine, mais cela dépendra de la santé de Vonvon…

Les Sables 21 juillet

Quelques mots très rapidement, nous sommes ici depuis vendredi soir et pas très organisés encore…. Il s’agit de plier à la vie de la plage les petites habitudes d’Yves, et cela ne va pas tout seul, il en est encore à faire deux sommes par jour, mais il serait plus commode qu’il n’en fasse qu’un, je vais tâcher peu à peu de faire d’expérience, le petit chéri est maintenant aussi bien que possible, il ne tousse plus, il a repris sa gaîté, son entrain et jusque son appétit…. Maman, est arrivée ici lundi soir ; Jacques et moi sommes venus mardi pour dîner et conduire Jean, Jacquie et Geneviève ; j’ai profité de l’absence de « mes trois grands » pour faire quelques rangements dans la maisons et préparer le départ sans me fatiguer. Je veux avoir un peu de repos ici, j’en ai grand besoin, ainsi que de sommeil, j’ai les jambes enflées, laides et douloureuses ! mais si nous avons de bons moments à la plage, ici, nous devons réprimer les insolences de Jean, les entêtements de Jacquie et les caprices de Geneviève…

Yve a pris connaissance de la plage, hier il a paru très étonné, mais très intéressé par tout ce qu’il a vu, il a déjà mangé du sable, puissent le soleil et le grand air lui donner force et santé !

Dimanche 28

Temps gris et couvert, cela change du soleil de ces jours derniers et aussi de la chaleur un peu excessive ; je viens de m’installer ici, tous les petits sont autour de moi, Jean, Geneviève et Jacquie jouent dans le sable et Yves, dans son parc, vient de faire une colère parce qu’il se voyait prisonnier ! Un moment de calme et de repos !… La vie serait paisible et agréable sans les enfants qui sont vraiment difficiles… chaque jour, il faut supporter, au moment de la toilette et des repas, les insolences de Jean, ses taquineries qui font piailler les filles. Quant à Jacquie, elle a de moins en moins d’appétit et ne mange que les bouchées mises dans sa boche, il me faut la faire manger comme un bébé, elle grandit, maigrit beaucoup… Geneviève est en bion état, mais passablement capricieuse, tous trois sont grillés par le soleil et aujourd’hui dans leurs maillots bleus, semblent trois bonhommes de pain d’épice. Quant à Yves, il n’est pas si reposant qu’autrefois, il fait souvent le petit diable, pour se faire habiller ou prendre ses biberons. La grosse chaleur de la semaine dernière l’a un peu fatigué, il a eu un accès de fièvre, deux nuits sans dormir, enfin tout paraît être revenu à son état normal ; luis aussi a ses petits bras grillés par le soleil et de bonnes petites joues rondes. En plus de tout cela, il faut surveiller les devoirs de vacances de Jean, afin qu’il les fasse à peu près sérieusement…Malgré tout cela… je ne voudrais pas ne pas avoir mes quatre petits !

Jeudi soir, j’ai promené les deux grands sur la petite jetée, le soir était merveilleux… les enfants s’extasiaient sur tout : sur les phares qui s’allumaient, les arcs électriques du Remblai, un bateau ancré en rade ! Nous tâcherons de recommencer de temps en temps. Ce matin, je me rendais avec Jean à la messe de sept heures lorsque j’ai rencontré …. Sœur Agathe qui passe un mois ii près d’un malade, nous avons été stupéfaites l’une et l’autre de nous rencontrer, elle viendra nous voir un de ces jours et nous évoquerons des souvenirs d’autrefois !

L’heure du bain, allons déshabiller la bande.

Dimanche 4

Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : aout 1935. L’en-tête ne porte que le quantième « 4 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.

Une demi-heure de tranquillité avant l’heure du bain… Il fait un temps ravissant aujourd’hui… Jean et Jacquie jouent un peu plus loin, Geneviève gratte le sable, Vonvon s’amuse avec Armande, il est tout grillé par le soleil, le petit chéri, ses joues sont toutes dorées et toutes rondes, il prend de la force de jour en jour et devient très amusant, un peu capricieux peut-être !

Jacques est venu dimanche dernier comme d’habitude et nous est resté jusqu’à mardi soir, il a pu aller à la pêche, ce qui l’enchante toujours et nous avons eu quelques bons moments ensemble. Lundi soir, après dîner, nous avons emmené Jean et Jacquie faire un tour sur la plage, il faisait bon et les deux petits étaient enchantés, les lumières du Remblai surtout les ravissaient.

Tante Jeanne, Oncle Alfred, Menine et Bernard sont ici depuis mercredi matin, les Granger sont arrivés jeudi pour déjeuner, mais Jean a dû repartir dès hier. Jacques est venu ici vendredi matin et hier sommes allés tous deux à Rocheservière à l’enterrement de Marie Gouraud-Briton ( ?), la pauvre a succombé en quelques jours à une méningite tuberculeuse, Alexis faisait peine à voir. J’ai déjeuné avec Jacques et suis rentrée hier soir par le train ; voyage peu banal, il y avait dans mon compartiment un communiste, employé du chemin de fer ou je ne sais quoi, mais un ardent, un convaincu, certainement un entraîneur, il fallait l’entendre, tandis qu’il exposait à son interlocuteur, les théories sur le collectivisme, sur la beauté de la vie en Russie, mais bien triste aussi, et quelle perspective !

Dimanche 11 août

Maman et Jacqueline sont sur la plage avec les enfants, j’ai pu m’arranger pour ne pas sortir ce matin et cela me fait beaucoup de bien. Chaque jour je dois me presser pour sortir un peu avant onze heures afin d’avoir environ une demi-heure tranquille avant le bain des enfants, cela me permettra aujourd’hui de faire quelques petites choses négligées, ce qui n’est pas de trop.

Semaine un peu pénible ; il fait beau et nous passons sur la plage des moments agréables, mais une fois rentrés ici, les enfants sont franchement insupportables. Jean taquine Jacquie qui pousse des cris affreux, elle-même nous fait des entêtements à tous propos, Geneviève est à peu près convenable, mais j’ai dû la faire dîner chaque soir avant nous tant elle tombait de sommeil, et cela donne un peu plus de peine ; quant à Yves, il prend assez bien ses biberons, fait le diable et tombe de sa chaise, pendant les repas, il faut le surveiller, faire manger Jacquie… le pire est encore de constater l’inutilité des efforts que je fais, j’ai beau dire, j’ai beau punir, aucune obéissance et des scènes chaque jour !

J’ai connu cette année la même épreuve que tous les ans ! je devrais pourtant m’y habituer, depuis bientôt dix ans que je suis mariée, depuis huit ans que je suis maman, mais la peine est toujours vive à me voir rejetée hors du cercle des jeunes – ou qui le paraissent encore – de celles qui furent mes compagnes autrefois ! je me sens maintenant plus mûres qu’elles !… et pourtant… moi aussi, j’aimerais aller de longues heures sur la plage, contemplant sans me lasser la mer… et il faut me contenter d’une demi-heure le matin, de deux petites heures le soir, avant de reprendre la corvée des repas ! J’aimerais quand le soleil décline, aller doucement le long de la mer… et je reste avec Maman garder les enfants, tout en avançant un tricot qui presse !…

Je réfléchis, médite, tout en écrivant, je ne devrais pas me plaindre….

Je lis chaque soir quelques pages de « Brigitte » et cela me réconforte. Suis allée jeudi soir avec Jacqueline au cinéma, vu « Les trois lanciers du Bengale » très beau film, rempli d’énergie, de vaillance jeune et gaie, de beaux exemples. Lundi une promenade avec Jacques et les enfants à la grande jetée, la mer était si belle !

Dimanche 18 août

Quelques minutes avant le déjeuner … je vais commencer tout de même à raconter cette semaine, j’aurai du temps devant moi aujourd’hui, Jacques ne vient pas cet après-midi…

Rien d’extraordinaire dimanche qu’un bon moment sur la plage. Lundi, après déjeuner, nous avons décidé de faire une promenade en mer à la grande joie des enfants, nous avons été vite équipés et, accompagnés de Jaqueline, avons pris place sur le « Stylet », le temps était couvert mais calme, la mer clapotante avec une légère houle, nous avons tourné la grande jetée et filé droit sur le phare des Barges, les enfants ravis, contemplaient la côte qui s’éloignait et le remous formé par le bateau, mais j’ai vu que petite Geneviève, peu à peu, paraissait s’endormir, je l’ai prise sur mes genoux, mais au moment précis où le bateau tournait devant les Barges, et où tous les passagers saluaient le gardien, Geneviève a restitué son dessert dans mon mouchoir et s’est ensuite nichée sur les genoux de son Papa et endormie profondément. Pendant ce temps, Jacquie verdissait et baillait de façon inquiétante, finalement elle a posé sa t^te sur les genoux de sa tante Jacqueline et s’est endormie aussi. Absorbés par les enfants - Jean n’a cependant pas été malade - nous n’avons pu jouir de la promenade autant que nous aurions voulu. Après les Barges, le bateau a piqué droit sur Cayola, nous avons tourné avant la baie et sommes revenus en longeant de près la côte, pour ma part, je préférais regarder de l’autre côté, vers la haute mer… j’essayais de m’imaginer ce que peuvent être les joies d’un vrai voyage en mer. Jean est revenu enchanté, se croyant tout à fait l’estomac marin.

Mardi rien de nouveau, un petit moment seulement à la plage, soirée au Casino pour « Le nouveau Testament » de Sacha Guitry, pièce très spirituelle, parfaitement immorale. Mercredi, rien de nouveau non plus, Jacques est arrivé pour dîner… Jeudi 15 août, Jacques, Jean et moi sommes allés à la messe de sept heures, dans la matinée, Jacques et moi sommes allés faire visite à l’Abbé Douillard qui venait de perdre sa mère, dans l’après-midi, Jacques et moi avons passé un grand moment à lire au balcon de la chambre des enfants… Le soir, une grande promenade tous deux encore ; cela me fait tant de bien de causer….Nous sommes allés jusqu’à l’extrémité du Remblai (où je n’étais pas allée depuis bien longtemps), il faisait très bon, le Remblai était noir de monde, mais la plage déserte…

Hier, pêche dans les rochers de La Chaume avec les enfants et Bernard, nous sommes arrivés là-bas vers neuf heures et demie… Jacques et les garçons sont allés pêcher dans les rochers, Jacquie et Geneviève ont joué sur le sable du bord, j’étais installée non loin d’eux et passé une matinée parfaitement heureuse, je lisais, je tricotais, je regardais le paysage admirable que j’avais sous mes yeux, j’avais tous mes chéris devant moi ! j’ai passé quelques heures exquises. La pêche terminée, nous avons dévoré de bon appétit les provisions apportées, puis les enfants ont joué pendant que je reprenais mon tricot. Nous sommes rentrés vers quatre heures. Jacques était content de cette journée de liberté, le pauvre chéri aime si peu la plage !mais il lui a fallu rentrer dès hier soir….

Communié ce matin à la messe de 7 heures, nous avons eu un sermon sur les missions ; quelques souvenirs personnels du missionnaire donnaient à sa prédication un accent tout à fait émouvant ; heureuses les mères dont les enfants travaillent ainsi à l’extension du règne de Dieu sur la terre.

Quelques bons moments aussi dans ma chambre, dont la solitude m’est douce ; j’y reste ordinairement de deux heures à quatre heures attendant le réveil d’Yves ; je lis, j’écris, je travaille, je passe parfois quelques moments étendue pour raison de santé, ce sont des moments de repos et de paix !

Dimanche 25

Encore un dimanche, le mois s’écoule avec une rapidité affolante, bientôt il faudra rentrer, quitter la plage accueillante, la mer toujours si belle ! Terminées ces journées de vacances pas complètes forcément, mais un peu moins remplies… ces quelques loisirs qui peuvent être une détente….

En attendant, quoi de neuf cette semaine ? Jacques est venu lundi et reparti mardi matin, lundi soir une courte visite des Lancelot. Mardi, passé une partie de l’après-midi avec Armande Brachet et Berthe Guillaumé. Mercredi une bonne matinée sur la plage, petit Yves était comique au possible, il avait entrepris de se mettre debout sans aucun appui, il restait en cette position quelques secondes, campé sur ses petites jambes écartées, écarquillant ses doigts de pied comme pour chercher une base plus solide, et puis…. Pouf ! sur son petit derrière ! Yves se retrouvait en souriant assis sur le sable ; sans se décourager, il recommençait ! Jeudi, sommes allées Jacqueline et moi faire une visite à Mme Godet et à Mlle Chalard, et dans les deux endroits nous avons trouvé porte close, cela nous a fait faire cependant une bonne promenade

Vendredi, journée terrible, il a plu du matin au soir ! il a fallu garder les enfants à la maison, ce qui n’a pas été précisément agréable, car ils ont été aussi assommants que possible, aussi hier, avons-nous été heureux d’avoir un temps passable, lequel par contraste, nous a paru délicieux ! les enfants ont pu rester toute la journée à la plage, il ne faisait pas chaud, mais on pouvait tenir, et la pluie ne nous a chassés qu’un peu avant sept heures. Aujourd’hui, temps douteux, Jacques ne vient que pour dîner.

Quoi dire encore de ma semaine ? J’ai eu quelques bons moments à moi, quelques moments sur la plage à tricoter en regardant la mer… quelques bons moments aussi dans ma chambre, j’ai lu pas mal, mais je n’ai pas toujours le temps nécessaire pour cette méditation écrite qui me serait si profitable. Je me presse, j’ai un peu de temps libre devant moi et je voudrais en profiter pour faire un peu de correspondance en retard, mettre au net certaines impressions de lecture et copier plusieurs passages m’ayant frappée….

Dimanche 1er septembre

Le mois a débuté par un orage !… Nous avons eu au point de vue temps une semaine lamentable, de la pluie, du grand vent, du froid… Les trois grands, bien couverts, ont pu malgré tout passer la plus grand partie du temps à la plage, mais mon pauvre bébé Yves ne pouvant se traîner sur le sable mouillé a dû souvent rester à la maison, ou bien se contenter de promenades en voiture sur le remblai ! et pourtant, il va marcher bientôt, le petit chéri ! hier, il a fait trois pas tout seul, puis il s’est arrêté fier de sa victoire, pour pousser un cri de triomphe, il est aussi de plus en plus mignon, il a des moments de tendresse dans lesquels il frotte sa petite joue ou son nez contre ma joue, ou bien serre la tête de Jacquie dans ses petits bras, il aime beaucoup Jacquie qui est d’ailleurs très mignonne pour lui, une vraie petite maman !

Mauvaise semaine pour moi aussi, des discussions pénibles, un cafard intense, le sentiment douloureux d’être partout « de trop », de mauvais moments avec les enfants, tout cela compose un fardeau bien lourd que j’ai déposé ce matin aux pieds de Jésus dans ma communion, je me sens maintenant fortifiée et soulagée.

Un bien triste événement aussi cette semaine : la mort accidentelle de la reine Astrid de Belgique, tuée jeudi dernier dans le capotage de sa voiture près du lac de Lucerne. Les journaux sont pleins ces temps-ci de détails navrants et nous avons été bouleversés par cette fin si rapide et tragique. Les souverains belges villégiaturaient depuis quelque temps en Suisse et, jeudi matin, partaient pour une nouvelle excursion ; le roi Léopold conduisait, la reine près de lui, à un moment donné, la reine ayant voulu consulter la carte, le roi a fait un mouvement vers elle, ce qui a fait légèrement dévier l’auto, il a voulu redresser, mais dans le même instant, l’auto a dérapé sur la chaussée rendue très glissante par des pluies récentes, et dégringolant le long d’une pente, est allée tomber dans le lac ; dans le choc, les occupants avaient été projetés au dehors ; le roi, le chauffeur et la dame de compagnie n’avaient que des blessures sans gravité, mais la reine avait heurté un arbre, ce qui avait déterminé une fracture du crâne, et la mort presque instantanée ! Des gens du pays sont accourus sur les lieux de l’accident et ont relevé les victimes, le désespoir du pauvre roi a été affreux, il a longuement embrassé sa malheureusement épouse avant de se laisser emmener ; le soir même il est reparti pour Bruxelles, accompagnant le fourgon mortuaire, et maintenant jusqu’à mardi, date des obsèques, la pauvre reine, tout de blanc vêtue, repose au palais royal, sur un lit de parade, tandis que le peuple de Bruxelles défile devant la souveraine.

Le roi n’a pas eu le courage d’apprendre lui-même à ses enfants la terrible nouvelle, cependant il a fallu le leur annoncer avec tous les ménagements dus à leur jeune âge, la petite princesse Joséphine-Charlotte, qui n’a pas huit ans, a fort bien compris et s’est évanouie de douleur ; le petit prince Baudouin, qui aura bientôt cinq ans a pleuré sans bien savoir pourquoi ; il y a encore un petit prince Albert qui n’a pas quinze mois et ne connaîtra jamais les baisers ni le sourire de sa maman, je me souviens de cette naissance, un mois avant celle d’Yves ! a la clinique, occupant les trop nombreux loisirs, je regardais les photos du baptême du petit prince de Liège, la reine Astrid était tout de blanc vêtue, ravissante, heureuse, et la voilà maintenant couchée pour toujours ! La reine Astrid était une figure idéalement sympathique, elle et son mari formaient un couple très uni, entourés de leurs trois enfants ; femme exquise, épouse aimée, heureuse mère, reine depuis dix huit mois d’un pays valeureux, et Dieu l’a ravie à l’affection de tous ! Ce matin, dans ma communion, j’ai longuement prié pour elle, et aussi médité sur cette mort…..

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 4 septembre 1935, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’ai été bouleversée, à la lecture des journaux, par la lecture des obsèques de la reine Astrid, déjà hier, grâce à l’obligeance de Mme Tapissier, nous avions pu entendre une partie de la retransmission de cette cérémonie funèbre…. Nous avons donc assisté à distance au départ du cortège, le cercueil de la reine quittant le palais royal, escorté du roi et des princes de la famille, là, il a fallu rentrer à la maison pour ranger le cabinet de toilette, lissé en désordre par le bain d’Yves, quand j’ai pu y retourner, le cortège arrivait à Sainte-Gudule, le glas sonnait ; nous avons entendu de façon très nette, le pas des chevaux du corbillard, tandis que le clergé s’avançait au seuil de l’église pour accueillir le corps de la reine, puis nous avons eu l’entrée du cortège, la messe des morts dont nous avons pu suivre les détails liturgiques ; avant l’absoute, il nous a fallu partir, c’était l’heure du déjeuner, mais nous avons pu arriver assez tôt pour avoir l’arrivée du cortège à l’église de Laeken ; là ce fut très simple, les porteurs sortirent le cercueil du char funèbre et le tinrent élevé dans le soleil, face à la ville, pendant l’exécution d’une dernière Brabançonne, aussi triste, aussi poignante que celle qui a salué une dernière fois le roi Albert.

Ce matin les journaux nous donnent des détails, des photos ; le rois, malgré ses blessures (on a su hier qu’il avait une côte cassée) a suivi seul, à pied, le cercueil de son épouse pendant tout le parcours, ce qui faisait bien cinq kilomètres ; il avait le visage crispé par la douleur, et de temps en temps essuyait une larme. Pendant la cérémonie de Sainte-Gudule, la petite princesse Joséphine-Charlotte, qui était près de lui, lui touchait parfois le bras d’un geste affectueux. A l’église de Laeken a eu lieu une deuxième absoute à laquelle assistèrent les membres de la famille royale, puis le corps de la reine Astrid fut déposé dans un caveau, non loin de celui du roi Albert.

Et puis après… Le pauvre Roi a dû quitter l’église de Laeken, le cœur broyé, il lui a fallu retourner dans ce château, témoin des jours de son bonheur, retrouver partout des souvenirs de jours heureux et puis il va falloir vivre, seul, reprendre la chaîne inexorable des jours, s’intéresser aux choses de son royaume….

Le Poiré dimanche 8 sept.

Nous voilà de retour ici, Jacques est venu me chercher vendredi, et, avec Yves et la plus grande partie des bagages, nous sommes arrivés ici pour dîner ; il m’a été infiniment doux de me retrouver « chez nous »…et surtout de nous retrouver ensemble, Jacques et moi, plus unis que jamais après bientôt dix ans de mariage !

Quoi raconter de cette semaine : dimanche Jacques est arrivé assez tôt et nous avons eu une bonne après-midi à nous ; après dîner, sommes allés avec Jacqueline au cinéma voir « Les Nuits moscovites », très beau film qui nous a emballés à fond, c’était d’abord très bien joué et ensuite c’était une évocation de l’ancienne Russie, cette Russie disparue maintenant à jamais.

Lundi, rien de neuf, de bons moments à la plage, mardi matin suis allée chez Mme Tapissier, entendre les émouvantes funérailles de la Reine Astrid, dans l’après-midi, visite au Touzaint puis un tour en auto chez les Friconneau. Mercredi, pluie toute la matinée, impossible de sortir, vers quatre heures seulement, le temps s’étant dégagé, nous avons pu aller un moment sur la plage. Jeudi, fait une peu de musique avec Jacqueline, voilà longtemps que cela ne m’était pas arrivé, nous avons repris une sonate de Mozart, puis avec grand plaisir, la Romance de ??? que j’avais tant travaillé autrefois ; nous avons pris « la Symphonie inachevée » de Schubert, quand Maman est venue nous prévenir que Suzanne Truffaut et Mimi Léveillé nous attendaient à la plage ; la « Symphonie inachevée » l’a donc été deux fois et j’ai fini ce dernier après-midi à la plage avec mon tricot.

Vendredi le départ, je n’ai pu aller à la plage que quelques minutes, il y a eu bien à faire avec les préparatifs de départ ; nous étions ici à sept heures, et après dîner, ayant défait les bagages, j’ai même eu le temps de me reposer un peu/ Hier pèlerinage de la grotte, j’ai assisté à la messe qui se disait là-bas, il faisait un temps merveilleux, et c’était vraiment émouvant. Je suis retournée dire un chapelet là-bas, puis rentrée ici pour que Jacques puisse assister aux Vêpres. Ce soir, nous allons dîner aux Sables et ramèneront Jean et Jacquie ; demain, voyage à Nantes, nous laisserons là-bas les deux grands avec leur grand-mère et leur tante, pendant les quelques jours qui les séparent de la rentrée. Geneviève reste encore aux Sables avec Maman.

Ce matin, dans la Croix, deux lignes émouvantes dans leur simplicité : « le roi des Belges a repris ses occupations, il lui faut surmonter ses souffrances pour penser à son pays ».

Dimanche 15 septembre

Il pleut à verse depuis ce matin… je me sens presque en hiver, il faut mettre des bas et des chaussettes aux enfants, se calfeutrer de nouveau dans la maison, ranger les petites robes claires, agréables à porter. Les enfants rentrent demain à l’école, c’est maintenant la reprise du travail, de l’activité plus intense… après la détente des vacances.

J’ai passé dimanche mon après-midi à écrire, j’avais bien à faire… j’étais délicieusement tranquille, les grands n’étaient pas là, Yves dormait, tandis qu’aujourd’hui !… Les Granger ont passé quelques minutes ici vers quatre heures, Jacqueline avait tenue à aller au cimetière avant de repartir à La Haye. Nous avons pu partir aux Sables vers cinq heures et demie et j’ai eu assez de temps, avant le dîner, pour préparer les valises de Jean et de Jacquie, nous avons dîné, puis regagné le Poiré où nous étions un peu après 10 heures.

Lundi, voyage à Nantes, il a fallu dès le matin, défaire les valises des enfants, les refaire avec d’autres objets, préparer Yves que nous emmenions ; nous ne sommes pas partis de bonne heure, si bien que nous n’avons rien pu faire dans la matinée. Après déjeuner, j’ai fait quelques courses avec Jacques, puis il était temps de lever Yves et de l’emmener chez le photographe. La séance s’est bien passée, nous avons eu d’ailleurs vendredi matin les épreuves sont trois sont très réussies. Ensuite, nous sommes allés voir Mme Barbin qui a quitté la clinique et habite boulevard des Anglais, puis nous avons quitté Nantes, laissant Jean et Jacquie.

Toute la semaine j’ai fait beaucoup de travail et le temps a passé bien rapidement…. J’ai rangé l’armoire de la lingerie, le placard des enfants qui était dans un désordre affreux, réorganisé mon fichier, mais de l’ordre dans l’argenterie, dans ma travailleuse, terminé les robes vertes des filles et le cadeau que je compte envoyer à Jeanne Lego pour la naissance de son petit Gilles. Chaque après-midi, je suis allée faire une promenade avec Yves ; le pauvre petit bonhomme trouve le temps long dans son parc, la plage lui manque et surtout la liberté, je crois cependant qu’il ne va pas tarder à marcher seul, il a fait quelques pas hier et ce matin des petits pas encore bien hésitants, mais c’est toujours un début.

Maman est toujours aux Sables avec Geneviève ; quelques jours encore et j’aurai tous mes petits autour de moi, ce n’est pas que ce soit toujours très amusant : Jacquie vient de nous faire à table une comédie infernale à propos d’une sardine à l’huile…

Aujourd’hui, dixième anniversaire de notre mariage, dix ans déjà, dix ans de bonheur, Jacques et moi sommes heureux, ces jours ci, de revivre un peu ce passé…

Dimanche 22 septembre

Matinée harassante…. Les trois grands jouent dans la cour, mais ils rentrent à chaque instant pour chercher un jouet ou demander quelque chose ; quant à Yves, j’ai profité de l’absence momentanée des autres pour le mettre en liberté dans le bureau, mais il exige une surveillance continuelle, car il se carapate dans tous les coins ou vient se cramponner à ma robe pour se mettre debout ! et pourtant, j’ai bien à raconter cette semaine, ce serait si bon d’avoir un peu de tranquillité…

Donc dimanche après-midi très remplie par beaucoup de correspondance en retard…. Interrompue par la visite des Pierre Bouliau qui sont restés jusqu’au dîner. Lundi, passé une grande partie de la matinée dehors avec Yves, fait la cuisine entre temps ; il faisait assez beau et nous avons décidé d’aller dîner aux Sables, mais dans l’après-midi le temps s’est assombri, un grand vent de tempête s’est levé …. Il faisait franchement mauvais en arrivant aux Sables, nous sommes passés par le Remblai, la mer était démontée et couvrait la plage, plus de tente, plus de cabine, beaucoup de maisons fermées, c’était lugubre. Voyant ce mauvais temps, nous avons décidé d’emmener Geneviève aussitôt dîner, j’ai fait ses petits bagages et nous avons ramené notre « petit lion ».

Mardi, rien de bien nouveau, mercredi conduit Geneviève à l’école. Jeudi, il a fait très mauvais temps et les enfants n’ont pu sortir que vers cinq heures, aussi la journée a été un peu longue. Vendredi, promené Yves une partie de la matinée depuis le temps s’est brusquement éclairci, et il fait très chaud, aussi, vers cinq heures, nous sommes sortis avec tous les enfants. Jacques est parti chercher des champignons avec les grands et moi je suis restée sur la route avec Geneviève et Yves. La promenade aurait pu être charmante, elle a été une corvée, Geneviève étant horripilante, il a fallu la déchausser plusieurs fois, il y avait toujours un caillou ! la traîner !… Hier, fête de l’Adoration, nous avons eu une journée splendide et de beaux offices, malheureusement notre pauvre curé est souffrant et son absence laissait un grand vide. Je suis allée à un bout des Vêpres et j’ai assisté à la procession du Saint-Sacrement et demandé à Jésus-Hostie de bénir mes petits. J’ai fini ensuite mon après-midi dans la cour, il faisait délicieusement bon…

Pas mal d’occupations en perspective, j’ai aujourd’hui à dessiner un drap pour le jeune Daniel Douxami, né il y a huit jours, demain nous recevons Marie-Thérèse Bled, mardi, je voudrais faire un peu de gelée de pommes ; les enfants m’occupent de plus en plus et c’est non sans fatigue que j’arrive au bout de ma tâche quotidienne….

Dimanche 29 septembre

Journée grise encore aujourd’hui, nous voici tout à fait en automne, dans un mois il va falloir allumer le chauffage et cette semaine j’ai sorti tous les lainages, afin de les examiner, de voir ceux qui pourront être portés, par qui ils pourront être portés et commencer ceux qui sont nécessaires….Après, oh, après, c’est presque une folie de ma part, je vais entreprendre un store pour la salle à manger, c’est un travail de longue haleine qui me prendra une partie de mon hiver, je voudrais faire aussi un cache-sommier pour la chambre grise, j’ai à organiser deux plafonniers pour les deux chambres d’amis… et avec tout cela je n’ai guère le temps de travailler, les enfants me prennent maintenant tout mon temps, je ne peux maintenant que surveiller le ménage et la cuisine sans rien n’y faire par moi-même, la toilette des enfants me donne beaucoup de mal ; lorsqu’ils sont à l’école, je respire un peu, mais c’est alors Yves qui m’occupe et ne me laisse pas un instants tranquille, mon seul repos est le temps de son sommeil, car le soir il ne me reste que très peu de temps une fois que les autres sont couchés. Et encore ! s’ils étaient toujours faciles et obéissants ce ne serait rien, alors que j’ai une belle série de colères chaque jour !…Et encore ! même avec des colères, ce ne serait pas grand-chose, s’ils ne faisaient pas quelques maladies en hiver !

Lundi, reçu à déjeuner Marie-Thérèse Bled, Jacques est allé la chercher un peu avant midi, le soir, nous sommes allés la reconduire à Grand’Landes ; elle est toujours la même, nous avons causé toute l’après-midi, elle a une façon très juste de comprendre certaines choses et m’a beaucoup intéressée par tout ce qu’elle m’a raconté sur les oeuvres dont elle s’occupe et la colonie de vacances dont elle arrive, ce que j’apprécie beaucoup chez elle, c’est qu’elle n’a pas voulu rester une inutile….Quand nous sommes revenus de Grand’Landes, il y avait un couchant splendide…. Pendant ce temps là Jean, Jacquie et Geneviève, à l’arrière de l’auto, jouaient à se laisser tomber les uns sur les autres, et c’étaient des fou rires pour nous délicieux à entendre !

Mardi, rien de nouveau, j’ai fait la conserve de compote de pommes et brodé. Mercredi, voyage à La Roche, je suis allée voir Mme Lesaffre, à peine remise d’une grave maladie de son mari, et de sa propre fatigue, nous avons causé un bon moment, mais pas assez pour mon goût. Madame Lesaffre est une personne tellement sympathique et en qui je retrouve mes goûts et mes idées pour une foule de choses. Jeudi, arrivée d’Oncle Raymond et de Catherine qui restent encore quelques jours. J’ai eu ce jour-là une après-midi tranquille, Jean étant à la pêche avec son Papa et les filles chez Maman. Vendredi, reçu à dîner Maman, Oncle Raymond et Catherine. Hier après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet.

Dimanche 6 octobre

Un jour assommant aujourd’hui, c’est le changement d’heure…. Ce qui cette année est pire, c’est qu’il me faut modifier l’horaire d’Yves et surtout ses menus, lui donner, au lieu de ses cinq petits biberons, trois grands et un petit repas à onze heures, lequel repas n’est pas un petit travail, enfin j’espère que l’habitude aidant, Yves avalera de bon cœur les mets, auquel il n’est pas habitué et ne fera plus de difficultés…

Je me presse… Lundi Jacques était à la pêche avec Oncle Raymond, j’ai déjeuné seule avec les enfants et vu Maman et Caty, ainsi que Françoise, une partie de l’après-midi. Armand, Suzanne et Michel devaient venir le soir, mais Michel ayant une angine, sa rentrée s’est trouvée repoussée…. Mercredi matin, Oncle Raymond et Caty sont partis, ne suis sortie que pour faire quelques courses. Jeudi… voyage à Vieillevigne, il y a longtemps que je voulais présenter les enfants à la Tante Luneau, qui est maintenant la doyenne de la famille, de plus nous n’avions pas revu les Gouraud depuis la mort de Marie Briton, nous avons donc fait là-bas les visites traditionnelles, dans chaque maison, les enfants ont eu des bonbons si bien que Geneviève qui a mangé plus que de raison, a trouvé moyen d’être malade et de tout restituer dans les mains de Maman !

Vendredi, occupations habituelles : lavages et rangements de linge, broderie et tricot dans l’après-midi, plus….une leçon de conduite avec Bretaudeau, après avoir abandonné pendant deux ans, j’ai envie de m’y remettre sérieusement et de continuer jusqu’au permis, cela me rendrait grand service.

Hier leçon, puis après-midi chez Armande Brachet. Aujourd’hui j’ai assisté à la première messe afin d’être présente pour le déjeuner d’Yves. Jean et Jacquie ont déjeuné chez Maman, seule Geneviève est restée ici, elle était un petit peu fièvreuse…

Mon meilleur souvenir de cette semaine pour terminer. Dimanche soir, sommes allés faire un tour en forêt d’Aizenay, soi-disant pour trouver des cèpes, nous n’en avons trouvé que très peu, mais malgré l’heure un peu tardive, avons fait une promenade exquise, j’en suis si privée actuellement de mes promenades d’autrefois !

Trois heures, il faut que je monte, j’irai ensuite promener Yves, puis j’ai quelques comptes à faire et aussi des rangements !

Dimanche 13 octobre

Une journée de dimanche bien remplie… la toilette des enfants, la grand-messe, le déjeuner, la réunion (hélas écourtée) des Mères chrétiennes, maintenant Maman a emmené les trois grands aux Vêpres, Jacques étant à une réunion du Conseil municipal et petit Yves joue dans le bureau près de moi. Après les Vêpres, je dois voir Charlotte et peut-être Mme Lucas…

Semaine donc très remplie, le matin : soins aux enfants et à la maison, aussitôt déjeuner, un tour en auto, je commence à conduire convenablement sur route et à faire quelques manœuvres. Peu après mon arrivée, les enfants reviennent de l’école, il faut les faire goûter, faire apprendre les leçons des deux grands ; à six heures je fais dîner Yves et Geneviève, ce qui nous permet d’avoir un repas plus tranquille avec Jean et Jacquie seulement. J’ai ensuite une heure lorsqu’ils sont couchés, mais seulement une heure car je me lève tôt….

Lundi donc rien de nouveau, mardi non plus, mercredi, voyage à Nantes, j’avais beaucoup à faire et une migraine atroce, malgré cela il m’a fallu choisir deux robes et un chapeau… nous avons dîné à Nantes et sommes revenus vers dix heures. Jeudi, un tour en auto comme chaque jour. Vendredi, voyage à La Roche avec Jacques, au retour, nous avons eu la visite du Père Faussier, le frère d’Anne, qui, nouvellement débarqué du Cameroun, venait revoir le pays natal, il est resté un moment, nous a raconté des choses très intéressantes et apporté un cachet en ivoire représentant une tête d’éléphant. Hier encore, voyage à La Roche avec Maman.

Yves trotte en ce moment autour de moi, il n’est pas encore bien solide sur ses petites jambes mais s’affermit de jour en jour ; don petit esprit s’éveille aussi très rapidement et il comprend et remarque beaucoup de choses, ses dents le fatiguent un peu actuellement, mais il est toujours gai et mignon et l’appétit est satisfaisant. Geneviève va régulièrement en classe et s’y plaît beaucoup, elle a appris ses prières et quantité de petites choses, elle a l’esprit très vif et apprend très vite, je crois. Jacquie a moins de mémoire et les leçons sont dures à rentrer. Jean n’apprend pas mal, mes ses maîtres s’accordent à dire qu’il pourrait faire mieux

Dimanche 20 octobre 1935

Quatrième anniversaire de la mort de Papa, c’était une belle journée d’automne, comme aujourd’hui. Papa, sa dernière journée de vendanges faite, s’en revenait comme d’habitude et la mort l’attendait à ce point de route…. Il y a quelques soirs, je racontais tout cela à Jean et à Jacquie qui sont maintenant en âge de comprendre, les larmes m’ont gagnée et je ne pouvais continuer, alors mon petit Jean est venu passer ses bras autour de mon cou et m’embrasser pour me consoler. Je vais revivre la période de beaucoup la plus douloureuse de mon existence, et je me dis quelquefois que sans l’assistance divine, je n’aurais pu tout supporter : la typhoïde de Jean, l’angine de Jacquie, que je n’ai sue qu’après, la naissance de Geneviève au milieu de toutes ces angoisses….

Je me presse, les enfants sont à la messe avec Georgette, Marie couche Yves, je me suis levée pour la première messe, d’abord parce que je tenais à communier aujourd’hui et ensuite parce que cela me sonnait un peu plus de temps à moi, mes journées sont si prises actuellement….

Les leçons de conduite vont à part les manœuvres qui ne sont pas toujours faciles, surtout le fameux demi-tour sur route ! je cale le moteur, je viens heurter le trottoir, c’est lamentable ; j’ai besoin de faire des progrès avant l’examen !

Jacques est parti pour toute la journée à La Roche à cause des élections sénatoriales ; les enfants et moi déjeunons chez Maman, pendant que Marie garde Yves, ensuite il faudra les emmener tous aux Vêpres car c’est la Fête de la Sainte-Enfance, ensuite je file à La Roche pour ma leçon de conduite….

Dimanche 27 octobre

Quelques minutes seulement avant la grand-messe… j’ai très mal à la gorge, la tête fatiguée et je ne suis guère en goût pour écrire. Rien de bien nouveau d’ailleurs, les jours au fond se ressemblent : Le matin, j’habille les enfants, ce qui me prend de six heures et demie à neuf heures, ensuite, c’est le rangement de la salle de bains, la visite au garde-manger afin d’établir le menu, la visite au fruitier afin d’organiser le dessert, un peu de lavage ou du linge à ranger, ou des courses, ensuite un tour de jardin pour cueillir quelques fleurs… Onze heures, il faut faire déjeuner Yves et le coucher et ceci avant onze heures et demie car à ce moment, Jean et Geneviève arrivent de l’école (Jacquie n’arrive qu’un peu plus tard), nous nous mettons à table et déjeunons, souvent non sans peine…. Je respire lorsque tous sont partis ! mais ce n’est pas long, car Bretaudeau arrive et nous filons à La Roche où il faut travailler dur, les départs en côte et les demi-tours sur route vont à peu près, mais les virages en marche arrière ne sont pas merveilleux et il me manque l’habitude de conduire en ville. Je fais cependant ma demande cette semaine et espère passer vers la fin de novembre ; peut-être avec échec ! Nous revenons donc de La Roche vers trois heures et demie, parfois un peu plus tard ; les enfants ne tardent pas à revenir de classe ; il faut les faire goûter, faire apprendre les leçons tout en tirant l’aiguille, car la taie d’oreiller, destiné au jeune Daniel Douxami, n’est pas finie ! A six heures, il faut faire dîner Yves et le coucher, pendant que Georgette s’occupe de Geneviève, puis nous nous mettons à table à notre tour, je couche les deux grands et j’ai enfin à peu près une heure de paix…

Jeudi, voyage à Nantes avec les Boyer, j’ai fait deux essayages et bien des courses, mais sans trop me presser car nous partions que vers six heures ;;; Vu Andrée quelques minutes.

Dimanche 10 novembre

Quinze jours sans rien écrire… Les deux grands sont à la grand-messe avec Mère et Madeleine, Geneviève et Yves s’amusent près de moi. Le soleil brille et pourtant des averses menacent, nous voilà maintenant tout à fait en automne… nous avons eu des journées de pluies diluviennes, suivies de brusques éclaircies ; le jardin est lamentable et dévasté….

Reprenons les événements. Nous avons donc eu Mère et Madeleine pour les fêtes de la Toussaint, puis Madeleine nous a quitté le dimanche soir pour revenir hier prendre ici son congé de l’Armistice. Nous avons eu pour la Toussaint un jour relativement beau et j’ai pu, par extraordinaire, assister à la grand-messe et aux Vêpres…. Le soir, à la nuit tombante, nous sommes allés à l’église pour un chemin de croix rythmé par les coups du glas…. Le Jour des Morts, seulement une messe matinale… L’après-midi, nous avons fait comme chaque année, la visite des tombes dans les cimetières de Rocheservière, Palluau et sommes revenus pour dîner.

Le dimanche, occupations habituelles, Armand et Suzanne sont venus dîner avant de rentrer Michel ; ils ont couché ici et déjeuné lundi, je suis allée ensuite à La Roche emmenant Jacques qui avait des courses. Mardi, voyage à Nantes, deux essayages et des courses ; j’ai conduit à l’aller et au retour, les leçons de conduite vont d’ailleurs de mieux en mieux et j’attends ma convocation à l’examen. En rentrant, nous avons trouvé Maman occupée à coucher Jean et Jacquie, Jean se plaignait d’être fatigué et de ne pas avoir d’appétit… ce matin, réveil en fanfare, Jean avait vomi et tout expédié, et sur son lit et sur le lit de sa sœur, il a fallu changer la chemise, les draps, tout nettoyer, après quoi nous avons pu nous rendormir ; j’ai laissé Jean à la diète un jour, ai surveillé son alimentation pendant deux autres jours, maintenant il n’y paraît plus rien. Mercredi, voyage à La Roche, puis après-midi chez Armande Brachet, le soir à la salle paroissiale : conférence du Père Faussier sur sa mission, je suis plongée depuis dans un livre sur le Cameroun…..

Jeudi, reçu les trois cousines Bouliau à passer l’après-midi, Vendredi, voyage à La Roche avec Jacquie, passé un moment chez Charlotte. Hier, temps affreux je ne suis pas sortie….

Aujourd’hui cérémonie commémorative de l’Armistice…

Dimanche 17 novembre

Une bien vilaine semaine, de la pluie presque tous le jours et même de la tempête… Nous avons appris par TSF qu’un glissement de terrain, à la suite de pluies diluviennes dans les Alpes, a détruit la distillerie de la Chartreuse à Fourvoirie ?

J’ai été très prise encore cette semaine et même suis assez fatiguée, j’ai eu de violents maux de reins et depuis jeudi, j’ai été obligée de me soigner, j’ai fait chaque soir un peu de chauffage électrique, ce qui m’a fait le plus grand bien….

Mère et Madeleine sont donc parties lundi soir, nous avons passé la journée à travailler ensemble, il faisait un temps clair et plutôt doux, comme dix sept ans auparavant… nous avons eu par TSF une audition très intéressante, le générale de Bourbon-Busset, le général Weygand…. Ont évoqué pour nous les souvenirs de l’armistice et le clairon Sallier a joue le « Cessez le feu » sur le clairon même qui lui avait servi ce jour-là, c’était extrêmement émouvant….

Mardi matin, suis allée à La Roche avec Bretaudeau pour une leçon de consuite, après-midi chez Mme Dorion pour confectionner les paquets de vêtements des garçons. Mercredi, reçu Armande Brachet et Marguerite. Jeudi, sommes allés à la carrière, promenade traditionnelle avec la famille Baron. Vendredi matin, voyage à La Roche, après-midi chez Mme Dorion pour les vêtements des filles. Hier distribution des paquets et courte visite à l’église pour une confession. Aujourd’hui, j’ai assisté à la grand-messe avec Jacquie, Jean est parmi les enfants de chœur. Nous avons déjeuné à midi et ce n’a pas été un petit travail, Jacques était retenu à l’étude, et, pour comble de bonheur, il y avait des œufs à la coque et un poulet à découper, ce qui fait que Jean a dû se presser pour être à l’heure au catéchisme. Maintenant tous sont aux Vêpres, les deux filles conduites par Marie Rambaud ; je viens de lever Yves et il joue près de moi, mais bientôt tous vont arriver et je les aurai sur le dos jusqu’à ce coir, Maman est un peu grippée et ne pourra venir les garder, comme elle le fait chaque jour, si bien que je prévois une après-midi pas très reposante….

Dimanche 24 novembre

Quoi raconter de ma semaine ? … Au début de la semaine, Georgette était absente, et il y avait pas mal à faire… l’après-midi, j’ai travaillé à un cache sommier pour la chambre jaune, je voudrais bien le finir pour entreprendre le fameux store de la salle à manger, je me suis donnée une tâche, et j’ai quelquefois de la peine à y arriver, avec tout cela mes tricots n’avancent pas, les lectures en attente s’accumulent, je suis aussi allée à La Roche trois fois et c’est après-demain que je comparais devant l’examinateur, j’ai un peu le trac à l’avance…

Lundi, passé un moment avec Maman légèrement grippée. Mardi, suis allée à La Roche avec Jacques, mercredi, j’y suis retournée pour ma leçon, puis fini l’après-midi chez Marguerite. Jeudi, temps affreux, impossible d’aller à la carrière, passé une grande partie de l’après-midi chez Maman avec les enfants, suis revenue ici vers quatre heures et demie voir ce que devenait mon petit Yves qui devient de plus en plus intéressant et mignon. Vendredi, travaillé avec Maman ; hier, dernière leçon, visite de Mme Edmond Gendreau au retour.

Etat physique par merveilleux actuellement, je souffre beaucoup des reins… il fait froid depuis quelques jours et on se dent vraiment en hiver…

Dimanche 1er décembre

Bien des choses à raconter aujourd’hui et pourtant il faut que je me presse… avant dîner je vais avec Jacques à la représentation du patronage, j’ay avais envoyé dimanche les enfants avec Marie et Georgette. Maman était venue m’aider et s’occuper de Geneviève et d’Yves, mais cependant de 4 à 6 heures, il a fallu cuisiner, j’avais un civet de lapin à faire, de la langue de bœuf à mettre au gratin, des betteraves à faire rissoler ! il a fallu fermer, préparer les chambres pour la nuit, à 6 heures faire dîner les petits et les coucher, si bien que je n’ai rien fait de ce que j’avais à faire !… Lundi, j’ai passé mon fameux examen, il faisait par chance un temps superbe, ce qui n’est guère arrivé depuis, j’ai eu aussi la veine de passer la seconde, ce qui m’ évité une attente énervante et… réfrigérante devant la préfecture. La première à passer était Mlle Salmon qui m’a soignée à la clinique pour la naissance de Geneviève, et qui est maintenant installée comme sage-femme à Bournezeau ; la pauvre a été refusée ! Quant à moi, j’ai eu mon permis, mais de justesse, car j’ai fait ce jour-là plus de sottises que je n’en faisais d’habitude, et il ne faut pas grand-chose pour faire tempêter un examinateur aussi malcommode, Bretaudeau se tenait coi, dans le fond de la voiture, et moi, je n’en menais pas large ! J’ai bien cru être recalée et quand j’ai eu mon précieux papier rose, j’ai filé sans demander mon reste et, ayant fait quelques courses en ville, suis arrivée triomphante.

Mardi, voyage à Nantes, il faisait très froid, un brouillard épais, Jacques ayant à passer par Clisson, j’ai tenu le volant jusque là, puis le lui ai laissé à cause de l’here qui pressait. Nous avons déjeuné à Nantes, fait nos courses, mais sommes aprtis dès cinq heures et il nous a fallu deux heures pour faire le trajet, la visibilité étant mauvaise…

Mercredi après-midi chez Armande Brachet avec Marguerite ; le soir sommes allés à la Roche voir « Athalie » en tournée Baret, cela nous a fait à tous deux un plaisir extrême, les chœurs étaient un peu maigres, mais les acteurs vraiment bons… Jeudi rien de nouveau, les enfants ayant déjeuné chez Maman, je suis allée les retrouver jusque vers quatre heures et demie.

Mercredi, grand événement, mon permis en poche, ou plus exactement dans mon sac, je me suis risquée à aller seule à La Roche ; Jacques n’était pas trop fier ! J’ai fait un parfait voyage et une fois mes coures faites, suis rentrée tranquillement… sans excès de vitesse. Le soir, nous avons eu une jolie petite cérémonie, avant le coucher des deux petits, les enfants m’ont conduite dans le salon et m’ont fait asseoir dans un fauteuil ; Jacquie et Geneviève m’ont débité un compliment tout à fait charmant appris en l’honneur de ma fête, Jacquie récitait et Geneviève reprenait les deux derniers mots de chaque strophe. Jean m’a ensuite récité « Les animaux malades de la peste » il avait choisi cette fable « parce qu’elle est la plus longue du livre » ; il m’a ensuite remis des dessins, Jacquie un cahier sur lequel elle avait écrit : « Je me suis appliquée pour faire plaisir à Maman ». J’étais heureuse, et si émue de recevoir ainsi les vœux de mes petits chéris, puis Jacques m’a embrassée, puis Maman et ensuite j’ai reçu les vœux de mon personnel, auquel s’était jointe Augustine ; à dîner, nous avons partagé un gâteau apporté de La Roche.

Aujourd’hui, tempête, Jacques qui parlait d’aller à un enterrent à la Genétouze y a renoncé….

Dimanche 8 décembre

Aujourd’hui, ouverture du retour de Mission, nous avons revu, comme voilà bientôt deux ans, le Père Girard et le P. Arnaud et entendu à la grand-messe un sermon vraiment très beau, vibrant, convaincant… Cette semaine, une retraite pour les femmes, je tâcherai de la suivre autant que possible.

Rien de très nouveau cette semaine, si ce n’est que j’ai beaucoup souffert des reins, cela va mieux depuis deux jours….si cela continue je serai obligée d’en parler au docteur.

A part cela rien d’extraordinaire : lundi, une visite de Françoise, mercredi reçu Marguerite et Armande Brachet, vendredi suis allée à La Roche avec Jacques, le soir, une visite de M. le Curé. Hier, vu quelques minutes Andrée Boyer. Je travaille toujours autant que je peux, mais je suis souvent dérangée… mon cache sommier est presque à moitié fait, mais je fais quelques petites surprises pour Noël et cela me prend beaucoup de temps… J’envie les personnes qui ont de loisirs ! Hier Andrée Boyer me disait qu’ayant des lectures en retard, elle avait passé sa matinée à se mettra à jour, où, sont-elles, les matinées où il m’était possible de lire ? Seulement je n’avais pas mes quatre petits, malgré la peine qu’ils me donnent, malgré les mauvais moments qui souvent sont mon partage, je suis profondément heureuse de les avoir…

Dimanche 15 décembre

Plus que dix jours avant Noël, je ne sais comment j’arriverai à tout faire d’ici là, j’ai en cours des robes de poupées pour les filles et je ne peux y travailler que lorsqu’elles sont à l’école, j’ai commencé un napperon pour Maman et il ne n’est possible d’y travailler que quelques instants après déjeuner ou bien le soir, quant à la surprise pour Jacques, c’est encore plus difficile, il me faut attendre qu’il soit sorti en auto…. Avec cela mes autres ouvrages n’avancent pas, mon cache sommier n’est même pas à moitié fait et le cache-nez de Jean s’éternise. De plus nous avons eu pendant trois jours une retraite pour les femmes… prêchée par nos missionnaires, grâce à Maman qui a bien voulu garder Yves, j’ai pu assister à tous les sermons….

Rien de bien extraordinaire autrement cette semaine ! mardi soir nous avons eu une tombée de neige… Jean était tout joyeux à la pensée de pouvoir le lendemain sortir dans cette blancheur, mais, hélas ! le lendemain, tout était fondu ! Mercredi après-midi chez Marguerite avec Armande Brachet. Jeudi matin, suis allée à La Roche avant déjeuner chercher Michel, nous avons passé l’après-midi à jouer au Nain jaune et Jacques est allé le reconduire à Richelieu pour cinq heures.

Toute cette semaine, lever matinal, Jean a recommencé à servir la messe ou plutôt à apprendre, il faut donc que dès six heures je sois debout afin de lever le garçon dès six heures dix et l’expédier à six heures vingt cinq ! heureusement que la toilette est faite le soir ! c’est bien un peu dur pour le petit chéri de se lever de bonne heure, mais il le fait de bon cœur….

Quand il est parti, je fais ma toilette, puis il me faut m’occuper des filles puis du petit frère ? Pour Geneviève, cela va tout seul, depuis quelques semaines, elle est presque propre… aussi se sent-elle tout à fait une grande fille et la toilette est vite faite, mais avec Jacquie, c’est autre chose et les colères sont nombreuses… pendant ce temps Yves piaille pour avoir son biberon.

Je me presse ! Jacques est à l’étude, Jean aux Vêpres et les filles chez Maman, Yves dort encore, je voudrais profiter de son sommeil pour faire quelques rangements.

Dimanche 22

Une demie heure avant la grand-messe, je me presse, car j’ai bien des choses à faire aujourd’hui… cette semaine dernière la préparation des cadeaux de Noël m’a pris tout mon temps et ce n’est pas fini ! L’album de Jacques est à peu près terminé, les robes de poupées des filles aussi, mais les petits bonnets ne sont pas commencés et le napperon de Maman est loin d’être fini, je voudrais profiter de mon dimanche pour faire les rangements habituels, tailler des patrons de paletots pour les filles, commencer des cartes et des lettres de Nouvel An…De plus je voudrais bien assister aux Vêpres…. Il y aura la consécration de la paroisse au Sacré Cœur… Les Nida nous arrivent sans doute aussitôt Noël, puis les Granger viendront pour le Jour de l’An, ensuite… c’est la perspective de notre beau voyage !

Semaine assez chargée : mardi, voyage à Nantes par un temps affreux, nous avons eu une après-midi quelque eu fatigante, car il fallait faire tous les achats de Noël et du Nouvel An… Nous avons dîné à Nantes et sommes rentrés ici vers dix heures. Mercredi, je suis allée avec Maman chercher un quartier de cochon à la Blédière, nous sommes parties vers une heure et revenues un peu avant quatre heures. Jeudi, il a fallu aller à la carrière avec Jean, nous avons pris au passage les deux garçons Baron, et Jean est resté ensuite un moment pour jouer avec ses amis ; vendredi, voyage à la Roche pour le dentiste, j’ai emmené Georgette avec moi, et je n’étais pas fâchée de l’avoir avec moi, car l’attente s’étant prolongée et les courses à faire étant nombreuses, j’ai été obligée de revenir dans la nuit. Tout s’est bien passé cependant.

Hier après-midi chez Armande Brachet avec Marguerite

Rien de bien nouveau autrement, de bons moments et de mauvais …Jean malgré quelques efforts demeure taquin et désobéissant, Jacquie fait à propos de tout des colères stupides ; Geneviève, après de réels progrès, recommence à arroser son lit avec une régularité désolante ; Yves, malgré ses petits caprices, fait toujours ma joie…

Dimanche 29 décembre

Tristes vacances de Noël, la maison est transformée en une véritable infirmerie, Jacquie est au lit depuis mardi avec de la bronchite, Geneviève été prise hier vers midi d’un gros accès de fièvre… le docteur lui a trouvé également de la bronchite. Quant à Yves, il était tout fiévreux et grognon hier après-midi, le docteur l’a ausculté également, il n’avait pas encore de râle… Résultat, il faut matin et soir prendre trois températures, faire trois enveloppements sinapisés et en attendant garder les trois gosses au lit, ce qui n’est pas le plus petit travail ! Moi aussi aurais grand besoin d’être dans mon lit, j’ai mal à la tête et me sens à moitié grippée, espérons que nous serons tous guéris à la fois !

Reprenons un peu cette semaine : lundi ne suis pas sortie, dans l’après-midi appris la mort du beau-père d’Armande Brachet. Mardi, visite de Berthe Guillaumé, passé beaucoup de temps ce jour-là à terminer les cadeaux de Noël, Jacquie a été prise de fièvre ce jour-là et j’ai dû la coucher dès cinq heures.

Nous avons passé une veillé de Noël bien tranquille, Jean allait à la messe comme enfant de chœur, aussi il est resté avec nous, et il a aidé son Papa à faire la crèche. Je me suis couchée de bonne heure et relevée, un peu après minuit, pour garnir les souliers de Jacques et de Jean et finir de garnir ceux des enfants ; j’ai assisté à la messe de sept heures et suis revenue bien vite habiller les enfants et les emmener devant leurs souliers garnis, j’avais bien couvert la pauvre Jacquie et elle a pu venir avec les autres pour jouir du spectacle ! Jean, qui est en garçon averti, n’était pas le moins heureux des cadeaux trouvés dans ses souliers, et Yves, qui ne comprenait rien cependant, n’a pas quitté de la journée une certaine locomotive en bois dont il avait l’air enchanté. Pour ma part, j’avais un gros paquet contenant un ravissant service à gâteaux…. La journée de Noël s’est écoulée bien paisiblement, je suis allée avec Geneviève aux Vêpres, et c’est avec joie que j’ai entendu chanter l’ « Adeste », j’ai ensuite emmené Geneviève à la crèche, et elle était ravie de contempler le petit Jésus, don papa, sa maman, les bergers et le petit nègre qui fait merci.

Jeudi, sommes allés à Boulogne, pour l’enterrement de M. Brachet, depuis je n’ai plus bougé d’ici, je fais peu à peu mes lettres de jour de l’an et soigne mes malades…