Axe : la famille et la maison

Au fil du journal

  • 16 janvier 1927 — L’apprentissage du ménage, à vingt-quatre ans : « j’avoue en toute sincérité que le résultat n’est pas merveilleux, tout cela est dur pour moi qui n’y ai pas été habituée, et n’ai même pas eu l’idée de m’en occuper pendant ma vie de jeune fille ; je me décourage facilement et j’ai parfois le cœur bien gros, lorsque j’ai fait tout mon possible et ne suis pas arrivée ! »
  • 15 mai 1927 — L’emploi du temps, heure par heure : « à 6 heures je suis debout pour faire ma toilette et donner la tétée à 6 heures et demie… à 9 heures, c’est son bain, qui avec la tétée me mène jusqu’à 10 heures ; il faut ensuite m’occuper du ménage et de la cuisine pour déjeuner à 11 heures et demie exactement… à 4 heures et demie, je sors avec le petit et je rentre pour la tétée de 6 heures et demie ; après dîner, je travaille un peu, puis à 9 heures, je fais la toilette de Jean, je suis ensuite contente de me coucher. »
  • 23 juillet 1927 — « Il y a bien longtemps que je n’ai pas touché à mon violon, et cela me coûte plus que je ne saurais dire. »
  • 30 juillet 1927 — Ce qu’elle a laissé derrière elle : « il me vient une nostalgie profonde de tout ce que j’ai tant aimé autrefois, la lecture, le travail intellectuel, les choses d’art, mais je crois qu’au fond je n’y trouverais plus la satisfaction intime que j’y goûtais, car là n’est plus mon devoir… d’ailleurs j’ai aussi des joies infiniment profondes. »
  • 29 août 1927 — Une conversation surprise sur la plage, sur une jeune mère qui ne tenait pas à nourrir son enfant, appelle une seule ligne de réponse : « J’aurais eu honte de me dérober volontairement à un devoir sacré pour toute mère. »
  • 27 novembre 1927 — Le violon revient tout de même : « j’ai les doigts rouillés, mais je les sens revenir peu à peu et jouer est pour moi un si grand plaisir ».
  • 15 janvier 1928 — L’emploi du temps de l’hiver : « je me lève avant six heures et demie… l’heure du bain est vite arrivée puis c’est la cuisine, le déjeuner, la promenade… nous dînons vers 6 heures et demie, puis je mets Jean en maillot et le couche, après je lis. »
  • 22 janvier 1928 — « La musique est pour moi comme un rafraîchissement, un bien-être indicible ! » — après avoir noté qu’elle en est « si privée actuellement ».
  • 12 février 1928 — La cuisine devient un plaisir : « j’ai expérimenté pas mal de plats nouveaux, le résultat n’était peut-être pas parfait, mais quelquefois ce n’était pas mauvais ».
  • 12 juillet 1928 — Une coupe de cheveux à Nantes : « je me suis fait couper les cheveux et faire une ondulation indéfrisable, j’ai passé toute mon après-midi chez le coiffeur, mais depuis en suis enchantée ».
  • 21 octobre 1928 — Trois journaliers creusent le puits et il faut les nourrir : « je passe toute ma matinée à faire des grandes marmites de soupe, et de vastes casseroles de ragoût ; aujourd’hui, Marie étant à la grand’messe, c’est moi qui ai préparé le déjeuner, mais je me croyais presque en vacances, n’ayant à faire la cuisine que pour trois personnes ».
  • 2 mars 1929 — L’emploi du temps révisé, avec un enfant et un second à venir : « jusqu’à deux heures, c’est un moment bien à moi (Jean dort !), je peux faire tranquillement ma correspondance, lire les journaux ou quelques pages d’un livre que j’aime ».
  • 6 juillet 1929 — L’orgueil des conserves : « j’ai du plaisir à contempler mon régiment de bocaux bien alignés, le vert jade des petits pois, la blancheur neigeuse des choux-fleurs, la pourpre des framboises, le rouge sombre et poli comme du marbre de la marmelade d’abricots ».
  • 19 octobre 1929 — « Je travaille de toutes mes forces et le soir bien souvent je suis lasse, mais quelle douceur, en entrant dans ma chambre, de voir ces deux petits lits blancs, dans lesquels dorment nos petits anges. »
  • 23 février 1930 — Le dimanche : « le dimanche est soi-disant un jour de repos, mais c’est souvent pour moi le jour le plus occupé de la semaine ».
  • 25 mai 1930 — Pourquoi elle continue d’écrire : « C’est maintenant pour moi une douce habitude que de venir ici chaque dimanche relater les faits de la semaine, les autres jours le temps me manque… que de souvenirs pour plus tard ! »
  • 27 juillet 1930 — Sur les vacances à venir : « je suis ravie d’avoir en perspective ce mois de repos, mais ce ne sera pas de vraies vacances, il faudra toujours que je m’occupe des enfants ! »
  • 19 août 1930 — L’emploi du temps des vacances, écrit depuis la plage : « pendant que Maman emmène Jean à la plage, je vais ensuite les retrouver avec la poupée jusqu’à midi ; puis à deux heures, je reviens avec Jean ; de 4 à 5 heures, je rentre m’occuper de Jacqueline puis je reviens à la plage jusqu’au dîner ».
  • 28 septembre 1930 — La journée entière en une phrase : « le travail du matin, les soins des enfants, les bouillies et les biberons, la surveillance de la cuisine, les petits lavages, le coup d’œil général à la maison, les fleurs à renouveler dans les vases ».
  • 1er février 1931 — La théorie et la pratique : « pendant ce temps je suis censée pouvoir m’asseoir et travailler, en réalité, il faut sortir toutes les cinq minutes pour débloquer l’auto-skiff de Jean ou dégager la poupée de Jacqueline d’un tas de sable où elle s’est aventurée. »
  • 15 février 1931 — Ce qu’est devenue l’idée d’une heure libre : « une heure de liberté sans aucune tâche pressée… une heure totalement à moi ! Je sais bien que les enfants sont là à jouer, ils s’entendent bien pour l’instant, mais d’ici cinq minutes il faudra peut-être se déranger… mais j’en ai tellement l’habitude. »
  • 5 juillet 1931 — Le violon repris cinq minutes : « dès le premier coup d’archet, les deux petits sont arrivés dans le salon, Jean avec une figure réjouie, Pépée tout étonnée, et ensuite il n’y a pas eu moyen qu’ils me laissent en paix ! »
  • 9 août 1931 — Ce qu’elle va chercher au bord de l’eau : « tout en travaillant, je jouis intensément des aspects variés du ciel et de la mer… quel repos et quelle paix que cette contemplation, loin des conversations futiles et des choses oiseuses. »
  • 19 septembre 1931 — « On ne fait pas toujours des enfants ce que l’on veut, et il n’est pas facile de dresser, d’élever, de former ces petites âmes. »
  • 24 avril 1932 — Le meilleur moment de la journée : « le petit déjeuner, je lis quelques pages, tout en dévorant mon chocolat et une pomme, j’ai devant moi une grande journée où j’espère réaliser beaucoup d’ouvrage, mais ce moment est de bien courte durée ».
  • 31 juillet 1932 — Deux enfants, deux lieux : « sur la plage, ce sont des amours, ils obéissent, ils sont assez faciles… » — « il n’en est pas de même à la maison », note-t-elle entre parenthèses.
  • 28 août 1932 — L’aveu le plus franc de l’année : « j’ai eu d’abord, il faut bien l’avouer, pas mal d’envie, peut-être même de jalousie vis-à-vis de celles qui, moins favorisées pourtant que moi puisqu’elles n’ont pas d’enfants, ont moins de souci, moins de tracas, plus de liberté et la possibilité de mener une existence bien tranquille, toute en sorties et distractions ! »
  • 9 octobre 1932 — « J’ai aussi pris quelques leçons de conduite d’auto, ce qui m’a bien amusée, ce n’est pas trop mal pour un début, mais il y a encore des progrès à faire. »
  • 29 octobre 1932 — Où elle trouve le temps : « je m’évertue à ne pas perdre une minute, je travaille en auto, chez le dentiste, en surveillant la toilette de Jean, le soir… »
  • 7 janvier 1934 — Ce qui la paie : « en voyant le sourire de Jacques, heureux d’être au milieu de ses enfants et heureux de leur joie, je suis payée au centuple des petits sacrifices, des peines et du travail ».
  • 7 janvier 1934 — Une Rêverie de Schumann à la TSF : « que de souvenirs des années passées, de ma jeunesse heureuse et insouciante, des heures exquises à faire de la musique… tout cela a changé, mes occupations, mes devoirs sont autres, mais je suis dans la voie que Dieu a choisie pour moi, c’est l’essentiel. »
  • 29 avril 1934 — Un dimanche de pluie à quatre : « il n’y a pas une demi-heure que nous sommes installés ici et ils ont trouvé moyen de se disputer, tout à l’heure c’était Jean et Jacquie, puis Jacquie et Geneviève et maintenant c’est Jean et Geneviève, sans compter le quatrième qui ne peut rester tranquille et fait le diable lui aussi… et cependant je suis heureuse de les avoir autour de moi. »
  • 28 octobre 1934 — Ce qu’est un repas ordinaire : « la plupart du temps il faut gronder pour avoir un peu de silence, se fâcher pour que Jean et Jacquie mangent, préparer ce qu’il leur faut, tout en se pressant pour la tétée de midi et demie ».
  • 20 février 1935 — « Le repos dominical n’existe pour moi que par ouï-dire… Le jour du Seigneur serait une bien douce chose si, libre de travail et de soucis, je n’avais, comme autrefois, d’autre occupation que les offices puis une promenade, ou un moment de musique… Ce temps-là est loin ! »
  • 20 février 1935 — Et la phrase qui suit : « j’ai, malgré mon — trop — nombreux personnel, de plus en plus d’occupations… enfin, là est ma tâche, et si quelquefois elle est lourde, au fond je l’aime. »
  • 11 août 1935 — Sur l’éducation : « le pire est encore de constater l’inutilité des efforts ».
  • 27 octobre 1935 — La journée entière : « le matin, j’habille les enfants, ce qui me prend de six heures et demie à neuf heures, ensuite c’est le rangement de la salle de bains, la visite au garde-manger afin d’établir le menu, la visite au fruitier afin d’organiser le dessert, un peu de lavage ou du linge à ranger, ou des courses, ensuite un tour de jardin pour cueillir quelques fleurs. »
  • 22 décembre 1935 — Le bulletin des quatre, sans indulgence : « Jean, malgré quelques efforts, demeure taquin et désobéissant ; Jacquie fait à propos de tout des colères stupides ; Geneviève, après de réels progrès, recommence à arroser son lit avec une régularité désolante ; Yves, malgré ses petits caprices, fait toujours ma joie. »
  • 8 mars 1936 — Une invitation qu’elle doit refuser : « les Granger partent mardi soir pour Paris puis Bruxelles, que je les envie ! Jacqueline écrit hier matin : Andrée n’a qu’à venir avec nous ! mais comment le pourrais-je ? Jacques à peine remis, Geneviève encore en pleine coqueluche, les trois autres, la maison ! il me faut rester. »
  • 11 juillet 1936 — Un accident de confitures : « un pot que je remplissais s’est fendu par le milieu et j’ai reçu sur la main gauche la confiture bouillante… je ne peux ni coudre, ni tricoter ».
  • 2 août 1936 — À la cinquième grossesse : « par moments, je me tourmente un peu, je me demande comment j’arriverai à tout, mes journées sont tellement remplies par mon quatuor… et puis je me dis que la Providence arrangera toutes choses pour le mieux. »
  • 19 août 1936 — La difficulté propre aux vacances en famille élargie : « qu’il est donc difficile de tout concilier, la nécessité d’élever nos enfants selon nos principes, de leur donner l’habitude d’un travail personnel, et le souci d’éviter à autrui toute peine et tout froissement ! »
  • 4 octobre 1936 — Le compte d’automne : « j’ai fait cette semaine quelques-unes des revues préparatoires à l’organisation des trousseaux d’hiver, et je suis assez effrayée ! il faut tant de choses, les enfants grandissent si vite ! et pourtant je vais au strict nécessaire ! »
  • 21 mars 1937 — Sur les longues visites des anciennes bonnes : « je crois que c’est une charité d’écouter leurs confidences et les conseiller au besoin ! »
  • 2 mai 1937 — Le mois de Marie fait à la maison : « j’ai dressé sur la cheminée du bureau un petit autel à la Sainte Vierge, il y a des fleurs, des bougies ; nous récitons la prière, une dizaine de chapelet, nous chantons un cantique, les enfants sont contents ! »
  • 9 mai 1937 — « Mes dimanches ne m’appartiennent plus désormais, chaque heure apporte ses occupations et j’arrive au soir sans avoir rien fait de ce que je voulais faire. »
  • 16 mai 1937 — Un carillon de Pentecôte, entendu en donnant un biberon : « combien de fois l’ai-je entendu, mais pas comme aujourd’hui… J’étais jeune fille alors, j’étais libre, après le dîner, d’aller longuement me promener dans le jardin, rêver le long des allées, écouter le chant des cloches et jouir de la paix heureuse du soir. »
  • 16 mai 1937 — Une promenade sans enfants, la première depuis des années : « voilà une chose qui ne m’était pas arrivée depuis des années, de me promener sans voiture à pousser ou sans enfants à traîner par la main… nous avons flâné ».
  • 2 juillet 1938 — Le sens d’un travail répétitif : « découper dans le papier blanc les rondelles et les humecter d’eau-de-vie, confectionner les couvercles qui, soigneusement ficelés, garderont intactes tout l’hiver les richesses de l’été ».
  • 18 juillet 1938 — Le premier jour des vacances : « les enfants sont pétris de bonne volonté, les devoirs de vacances se font sans récriminations et chacun d’eux aide pour sa petite part au travail de la maison… mais cela continuera-t-il jusqu’au bout ? »
  • 24 octobre 1938 — Un déménagement de bibliothèque : « il a fallu opérer un tri plutôt mélancolique, mettre au rancart les journaux de modes où étaient dessinées des silhouettes démodées… que nous avons portées et trouvées jolies ».
  • 14 novembre 1938 — Une page entière du cahier intime tient dans un intérieur : « encore trois roses dans la salle à manger, trois roses d’arrière-saison, un peu pâles et fragiles… à côté, une jacinthe pousse dans l’eau ses racines blanches et chaque jour les enfants viennent en constater les progrès… De la cuisine vient le fumet savoureux d’un lièvre mariné qui est en train de rôtir. »
  • 18 novembre 1938 — « Il y a une ivresse intense à rouler, à se sentir libre et maîtresse de sa voiture. »
  • 12 février 1939 — Les comptes du mois : « je suis presque effrayée du total entrevu, il faut tant actuellement pour vivre ! je m’ingénie à dépenser pour la table le moins possible… à combiner des menus à la fois économiques, nourrissants et savoureux ».
  • 5 mars 1939 — « Que la tâche d’une femme est donc complexe, il faut penser à tout, surveiller tout et tout prévoir. »
  • 20 avril 1939 — Une semaine sans personne : « j’ai frotté, récuré, cuisiné, épluché des légumes, préparé des plats, fait la vaisselle, je m’en tire avec les mains très abîmées, mais une bonne dose d’expérience que je suis ravie d’avoir acquise ».
  • 27 juin 1939 — À la sixième grossesse : « que les maternités vieillissent donc ! J’ai les jambes si lourdes et je suis pourtant loin de la fin. »
  • 8 décembre 1939 — Le médecin l’envoie au lit huit jours ; c’est la première fois qu’elle s’arrête depuis des années.
  • 1er mai 1940 — Une procession retrouvée : « il y a peut-être quatorze ou quinze ans que cela ne m’était pas arrivé, parce que toujours il y avait un tout petit qui avait besoin de sa maman ! »
  • 7 juillet 1940 — Ce que la défaite change : « que de choses nous paraissaient autrefois essentielles, et semblent maintenant bien insignifiantes ou secondaires ! On se sent libéré de certaines conventions, et les vraies valeurs reprennent leur place. »
  • 13 juillet 1940 — Les devoirs de vacances, désormais surveillés par elle seule : « chaque après-midi, je passe ainsi de grands moments dans la salle à manger à les surveiller et ces moments ne sont pas de tout repos ».
  • 18 août 1940 — « Tes frères et sœurs ne se doutent pas de la peine qu’ils me causent, et ils ne voient pas combien je souffre de les voir si mous, si rebelles à tout effort, si peu désireux de faire quelque chose de bien, de travailler, pour Dieu et pour la France. »
  • 12 décembre 1940 — La septième grossesse commence dans un hiver sans charbon : « les maux de cœur commencent, mais tout cela n’est rien, il s’agit de supporter cela avec patience pendant quelques mois et de tâcher d’en parler le moins possible ».
  • 13 mars 1941 — Sur ses filles : « je voudrais bien que mes filles ne songent pas uniquement, comme tant d’autres, à leur toilette et au plaisir ».
  • 6 juillet 1941 — « Je suis toujours bien lasse de tant de préoccupations — que serait-ce si j’étais en ville — lasse de tant de luttes à soutenir, contre les enfants bien souvent exigeants, capricieux, insupportables… lasse de tant de courses pour le ravitaillement. »
  • 20 juillet 1941 — Une couveuse électrique achetée à Nantes : « je me suis beaucoup amusée à voir ces petites têtes sortir de l’œuf, mais c’est maintenant un petit travail de plus ».
  • 6 août 1941 — « J’aime mon travail, l’essentiel de la besogne se fait, et tout irait bien s’il n’y avait pas de par le monde des personnes qui ne comprennent pas combien je suis prise. »
  • 27 août 1941 — Tenir tout de front : « ce matin, pendant son enveloppement, tout en lui faisant la lecture, j’ai effilé des haricots verts pour des conserves, puis j’ai pu aller dans la cuisine préparer une terrine de lapin ».
  • 22 septembre 1941 — Ce qui suffit à la remettre d’aplomb : « j’ai réussi ce soir tout particulièrement un far breton que Jean aime beaucoup ; voilà des petites choses qui me rendent optimiste ».
  • 20 février 1942 — Le Poiré ravitaille Paris : « j’ai recueilli des pâtes, du riz, un peu de fromage, un peu de margarine, mais tout cela est bien peu de chose au regard de toutes les demandes qui nous sont adressées ».
  • 29 mars 1942 — Une ruche installée au fond du jardin : « cela réjouit les enfants, moi aussi, car c’est surtout la perspective de bons pots de miel qui me ravit, il faut tellement ménager le sucre ! »
  • 22 juin 1942 — Le matin d’une maîtresse de maison en 1942 : « j’ai ramassé les doryphores, sarclé un carré de bettes, betteraves… »
  • 31 juillet 1942 — « Le plus pénible est de mettre la paix entre les enfants, qui ne font que se disputer, de ranger le désordre qu’ils sèment. »
  • 8 août 1942 — Un départ à Nantes sans automobile : « Yves en tête, pédalant avec entrain, puis les deux filles, puis Jean traînant une remorque où trônait sa majesté Pierre ».
  • 9 août 1942 — Une journée seule : « il me semble être en vacances, et ce repos et ce calme me sont infiniment bienfaisants ».
  • 16 février 1943 — Un livre de voyage lu depuis son lit : « pour quelqu’un qui ne peut sortir, c’est une échappée sur des paysages lointains que nous ne verrons jamais ».
  • 8 avril 1943 — La récupération des chiffons à la mairie : « c’était une bousculade inénarrable ».
  • 12 septembre 1943 — Écrire avec un bébé : « Anne piaule dans son berceau, il me faut à chaque instant la coucher et lui chanter une petite chanson, ce qui est vraiment commode quand on a beaucoup à faire ».
  • 3 octobre 1943 — « Une maisonnée de dix personnes n’est pas une petite affaire à mener, et encore Mère et Madeleine ne demandent… »
  • 5 décembre 1943 — « J’ai pu avoir aussi quelques bons moments de solitude et de paix, qui me sont indispensables. »
  • 9 janvier 1944 — Une conversation rare avec sa fille aînée : « chose bien rare, ai pu causer longuement avec Jacquie, ce qui ne m’arrive jamais ! J’ai pu la comprendre un peu, la raisonner, lui expliquer certaines choses ».
  • 27 août 1944 — L’été 1944 dans une cuisine : « je suis bien en peine pour composer les menus ; les haricots verts ne donnent pas, il n’y a plus de pommes de terre dans le jardin ; nous n’avons plus de poisson et, faute de frigidaire, ne pouvons rien conserver ».
  • 22 octobre 1944 — Pourquoi elle tient ce journal : « ce n’est pas toujours facile, parce que je n’ai pas de mémoire et que, lorsque je ne note pas au fur et à mesure, j’oublie beaucoup de choses ».
  • 3 décembre 1944 — Les nouvelles charges d’après-Libération : « l’A.C., et surtout le Comité d’entraide, promettent de nous donner bien du travail ».
  • 3 décembre 1944 — Une expédition d’un autre âge : « expédition à Aizenay, en voiture à cheval, pour la réquisition de la laine ».
  • 31 août 1945 — Le premier voyage en automobile depuis des années : « j’arrive de La Roche avec Jacques, en auto ! Cela m’a paru merveilleux ! Il y a tant d’années que cela ne nous était pas arrivé… Partir à l’heure qu’il plaît, revenir quand on veut. »
  • 26 octobre 1945 — « Deux jours sans électricité, ou presque ; les repas, avec la lampe à pétrole, n’avaient rien de bien gai. »
  • 22 décembre 1945 — Noël avec tous les enfants : « cela nous est une grande joie, bien que je pense souvent au tout petit… Il aurait bientôt six ans et on parlerait de son entrée à la Jamonière pour le printemps prochain ! »
  • 20 janvier 1946 — L’hiver 1946, plus dur que l’occupation : « toutes les semaines, ce sont des supplications pour avoir un peu de beurre, et encore, nous n’en mangeons pas lourd ».
  • 18 avril 1946 — L’inventaire d’une garde-robe d’après-guerre : « Pierre n’ayant pas de chandail, mais pas du tout, il faut que je lui en répare un et en tricote un autre, que je fasse un chandail pour chacune des filles, ceci pour le plus pressé ».
  • 17 juin 1946 — « Je voudrais nourrir convenablement mon monde, alors que les ressources sont limitées. »
  • 15 décembre 1946 — « Tous ces jours-ci, pannes de courant à chaque instant, et il faut allumer dès cinq heures. Le réchaud aussi est en panne. »
  • 29 décembre 1946 — « Suis éreintée à force de tricoter. »
  • 13 février 1947 — Le marché comme travail d’apostolat : « parlé aux unes et aux autres, c’est ainsi que l’on peut avoir des contacts personnels et faire un peu de travail ».
  • 13 mai 1947 — Une inégalité qu’elle constate sans amertume : « ces journées aux Sables, si elles sont reposantes pour Jacques, ne le sont pas tellement pour moi, qui dois faire la cuisine et la vaisselle ».
  • 5 août 1947 — « Les filles sont arrivées ce soir, cela me fait sept enfants à nourrir, et une maisonnée assez lourde. »
  • 21 décembre 1947 — Une conférence à préparer depuis son lit : « préparer une conférence sur l’hygiène, que j’ai été priée de faire de la part des jeunes filles ».
  • 29 août 1948 — Le dernier soir des vacances : « on fait des projets pour l’année prochaine — et où serons-nous avec ces menaces qui pèsent sans cesse sur nous ! »
  • 19 septembre 1948 — L’automne d’une mère de six enfants : « préparé bien des choses pour les trousseaux des enfants ; la plus grande partie de celui de Pierre est marqué ».
  • 24 octobre 1948 — « Il faudrait que d’ici la Toussaint je tricote sans arrêt pour mettre en chantier des chandails destinés aux filles. »
  • 23 décembre 1948 — Une matinée d’hiver 1948 : « à moins que l’électricité nous soit coupée, ce qui pourrait bien arriver d’ici quelques minutes, car on a la manie de couper avant que le jour soit… »
  • 23 mars 1949 — Elle organise la paroisse par quartiers : « j’avais réuni quelques jeunes femmes, leur demandant d’assumer la tâche de chef de secteur, de prendre en charge un quartier ».
  • 25 mars 1949 — Le regard d’une mère au parloir : « la chemise d’Yves était quelque peu crasseuse, et les souliers de Pierre n’avaient plus… »
  • 3 août 1949 — « Il m’a fallu m’occuper aujourd’hui de trouver un professeur de math pour Yves — espérons que le résultat en sera bon, car le prix est… »
  • 18 décembre 1949 — Le dernier jour de l’année : « il m’est arrivé une catastrophe, le chandail de Jean, pour lequel j’ai tant travaillé la semaine de… »
  • 29 janvier 1950 — Pourquoi ce journal n’est plus quotidien : « je devrais écrire un peu chaque jour, cela m’aiderait pour bien des choses, et fixerait mieux certains souvenirs, mais c’est le temps qui manque ».
  • 16 février 1950 — Un retour de promenade : « à l’aller, j’avais un peu trop de soleil dans les yeux, mais le retour a été un enchantement… Que j’aime… »
  • 1er juin 1950 — « Journée très éprouvante au point de vue nerfs ; il a fallu lutter avec Anne pour sa toilette du matin et cela suffit à épuiser pour toute une journée. »
  • 17 août 1950 — L’été aux Sables, immuable depuis vingt ans : « trois jours très très durs. Je devais m’y attendre, il en est de même chaque année. Si je n’avais pas eu deux moments de solitude, l’un lundi matin sur la plage, l’autre mardi soir à La Chaume, je ne sais pas ce que… »
  • 20 août 1950 — Sa position entre les deux maisons : « Jacques a besoin de moi, et il est content que je sois un peu ici, mais je ne peux rester longtemps, car je suis utile aussi aux Sables. »
  • 25 février 1951 — Le petit lit démonté : « avons retiré hier de notre chambre le petit lit où Anne depuis plusieurs mois ne couche plus. Jean y a dormi, et Geneviève et Pierre, sans parler de Jacqueline et de moi autrefois. La chambre paraît maintenant plus g… »
  • 8 juillet 1951 — Une seconde cure, moins solitaire : « cette année, ce n’est pas pour moi la même chose que l’année dernière, j’étais entièrement seule, et je ne connai… »
  • 17 novembre 1951 — « Je suis tout de même arrivée à prendre une journée de repos et de lait déchloruré, ce que je n’avais pas… »
  • 16 décembre 1951 — « J’ai eu des préoccupations de toutes sortes, et même un peu de fatigue nerveuse assez pénible, il faut penser à tant et tant de… »
  • 6 juillet 1952 — Le personnel manque : « Marie n’étant pas là, j’ai forcément pas mal à faire et je ne sais pas encore si Marie nous reviendra ; elle se fait prier. »
  • 10 juillet 1952 — « Je travaille, mais n’ai pas tellement le goût à mon travail, et c’est dur, mais cela ne peut plus maintenant être pareil. »
  • 14 septembre 1952 — Ses cinquante ans, notés en passant : « j’ai cinquante ans ce soir ; au fond, cela m’est bien égal, car je suis infiniment mieux portante que je n’ai jamais été, et si Dieu me conserve la santé, je peux avoir quelques bonnes années encore à employer… »
  • 17 janvier 1954 — Les dix-sept ans de Pierre, fêtés trois jours à l’avance « avec un gâteau offert par Grand-mère, qui était reine la semaine dernière ».
  • 10 octobre 1954 — La maison se vide : « pas de petite Anne à faire laver, pas de marché à faire, la maisonnée à nourrir étant assez restreinte. »
  • 26 décembre 1954 — Le dernier Noël du journal : « nous avons eu le repas traditionnel, avec la non moins traditionnelle bûche de Noël confectionnée par Jacquie, puis sommes allés aux Vêpres et enfin au cimetière porter des camélias sur la tombe de nos enfants chéris. Que de Noëls heureux nous avons eus autrefois avec Jean — et encore, nous avons cette année cinq enfants ici ; un jour viendra peut-être où ils seront dispersés. »