Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Dimanche 7 Janvier 1934

Tranquillité relative, les deux grands sont à la Messe avec Georgette, le déjeuner cuit tranquillement, je n’ai qu’à surveiller Geneviève et à lui faire à manger tout à l’heure son œuf à la coque et sa compote. Il fait un temps merveilleux, un soleil splendide, une gelée blanche qui transforme le jardin en enclos féerique…. Le matin, je vais conduire Jacquie à l’école un peu après huit heures et surprend au passage la première caresse du soleil sur les arbres poudrés de givre ; l’après-midi, je laisse les portes grandes ouvertes pour que le soleil pénètre à flots dans le bureau où je travaille ….

Les Granger sont arrivés dimanche soir quelques minutes avant le départ de François et sont repartis dès jeudi, nous avons dîné ensemble chez Maman mercredi, ici lundi et nous sommes vus souvent dans l’intervalle. Toujours pas de bébé en route ! je ne crois pas que Jacqueline en souffre beaucoup d’ailleurs !… Maman et elle ont une toute autre façon que moi de comprendre les choses, elles ne voient dans la maternité que le côté pénible, la grossesse, l’accouchement douloureux, es soins souvent pénibles de la petite enfance, et ne considèrent pas le devoir qui est avant tout d’avoir des enfants et de les élever, le devoir immense et même un peu effrayant de former pour Dieu de petites âmes ; Maman est souvent même bien décourageante et il faut que j’aie un bon moral, joint à une grande confiance en la Divine Providence pour résister à ses propos.

Jour de l’an bien occupé, visites à faire, visites à recevoir, vœux nombreux et de toutes sortes. Reçu Armande et Marguerite vendredi.

Hier nous avons fêté les Rois, avec une tarte aux mirabelles (conserves provenant de notre jardin) laquelle tarte était d’ailleurs délicieuse ; les enfants étaient ravis et guettaient la fève avec impatience, mais comme j’avais envoyé deux parts à la cuisine, Georgette a été désignée comme reine et a choisi Jean pour roi. Quant à Geneviève, elle voulait absolument manger les noyaux de mirabelles, il a fallu les enlever de force de son assiette. Ces petites fêtes de famille sont délicieuses, et en voyant le sourire de Jacques, heureux d’être au milieu de ses enfants et heureux de leur joie, je suis payée au centuple des petits sacrifices, des peines et du travail de chaque jour !

Etat physique pas merveilleux cette semaine, fatigue générale par suite de sommeil insuffisant, migraines et ce qui est pénible, oppression à tout effort et à la marche, rien d’inquiétant… heureusement Jean et Jacquie vont à l’école et, en leur absence, j’ai un peu de repos et de paix ; ces quelques heures au calme me font grand bien et un peu après quatre heurs je les vois arriver avec joie, je verse le lait tiède de Jacquie dans sa tasse, je prépare les tartines de confiture de Jean, puis je travaille en surveillant la lecture de Jean ou en les regardant jouer, jusqu’à ce que l’heure du dîner des filles nous amène à la cuisine.

Ouverture de la Mission aujourd’hui, d’après le sermon de la première messe, nous aurons au moins un bon prédicateur, malheureusement je ne pourrai guère assister aux instructions, le matin elles ont lieu à l’heure où j’ai la toilette des enfants à faire et le soir, ce sont des cérémonies un peu longues et fatigantes, je prierai pour le succès de la Mission….

J’ai lu cette semaine un livre qui m’a beaucoup plus « Claude » de Geneviève Fauconnier, le dernier prix Femina, c’est une sorte de journal intime qui enferme des choses vraiment prenantes, si j’en peux trouver le temps je le relierai, le crayon à la main, car il y a des passages entiers, des paragraphes que je ne voudrais pouvoir commenter, tant ils répondent à mes propres souvenirs, à mes propres sentiments.

Derrière moi la TSF vient de jouer la Serenata de Torelli puis va commencer la Rêverie de Schumann ! que de souvenirs des années passées, de ma jeunesse heureuse et insouciante, des heures exquises à faire de la musique, à déchiffrer, à jouer des airs aimés !… tout cela a changé, mes occupations, mes devoirs sont autres, mais je suis dans la voie que Dieu à choisie pour moi, c’est l’essentiel.

Dimanche 14 janvier

Quelques minutes avant dîner ; les filles sont couchées, mais nous attendons Maman qui doit venir dîner avec nous. J’ai eu une journée chargée, plutôt fatigante et j’aurai hâte ce soir de me reposer. Il faut dire que nous sommes en temps de Mission et que forcément notre vie en est un peu bouleversée, je ne peux assister à tous les exercices et le regrette car nous avons vraiment des bons prédicateurs et les offices sont intéressants, mais je me fatigue et les cérémonies sont un peu longues pur moi. Le matin j’aimerais beaucoup assister à la messe de sept heures et demie, à l’instruction qui suit mais c’est l’heure où j’ai les enfants à habiller et il faut me presser pour que Jean ne soit pas en retard à l’école. J’ai pu assister, jeudi à l’instruction destinée aux femmes, sur leurs devoirs de mère vis-à-vis des enfants, instruction substantielle et très pratique ! mardi soir, office pour les morts, il y a eu un très beau sermon, et on a lu du haut de la chaire les noms de ceux qui sont morts depuis la dernière Mission, ce devait être émouvant au possible. Je suis allée cependant à la cérémonie de vendredi, il y avait une illumination très réussie, qui reproduisait les grandes lignes de la basilique de Lourdes ; nous avons eu un très beau sermon sur la Sainte Vierge, et toute la foule a chanté à pleine voix l’Ave Maria de Lourdes… on se serait cru un peu là-bas. Aujourd’hui donc journée très chargée ; j’ai assisté avec les enfants à la grand’messe où nous avons eu un beau sermon sur la confession, nous sommes rentrés déjeuner à midi, et, dès deux heures moins le quart, il fallait expédier les enfants aux Vêpres ; j’y suis allée moi-même un moment après avec Geneviève ; la cérémonie quoique longue, a été belle et émouvante, c’était charmant de voir toutes ces couronnes tendues vers la statue de la Sainte Vierge, et tous ces poupons sur les genoux de leurs mères. Nous sommes rentrés ici à quatre heures, j’ai fait goûter les enfants, goûté en vitesse et nous avons fait des visites Jacques et moi, jusqu’à six heures et demie.

Nous venons de dîner, j’ai sommeil et vais me coucher de bonne heure, j’en ai besoins d’ailleurs, le docteur est venu me voir cette semaine, je n’ai pas assez de tension artérielle, l’oppression me fatigue et il me faut beaucoup de repos. Demain, il me faudra m’habiller dès six heures et demie, habiller Jean pour l’école et le presser afin qu’il ne s’amuse pas trop devant le lavabo… lorsqu’il part, le jour n’est pas tout à fait venu. Quand Jacquie est partie à son tour, je peux faire mon ouvrage tranquillement et j’ai même en général le temps de me reposer avant le déjeuner. L’après-midi est ensuite vite passée, je travaille en écoutant la TSF ou bien je profite du sommeil du « petit lion » pour faire quelques rangements à moins que je n’aille faire une petite visite à Maman. A trois heures, il faut lever Geneviève, la faire goûter, un peu après Jean et Jacquie reviennent de l’école et c’est de nouveau le bruit et la vie dans la maison. Après dîner, une fois Jean couché, j’ai un moment de repos mais je me couche de bonne heure ; avant de me mettre au lit, je fais la tournée des enfants, je surveille ces trois petites têtes chéries sur l’oreiller, ces petits corps abandonnés au sommeil et je songe au berceau blanc où l’année prochaine, dormira un quatrième chéri.

Dimanche 21 janvier

Etat de santé pas très brillant actuellement, je suis toujours plus ou moins fatiguée… et avec des maux de tête ! e petit quatrième m’en fait voir ! pauvre trésor, je serai si heureuse quand il sera né !…

Je n’ai pas beaucoup de courage aujourd’hui….. Depuis lundi nous sommes lancés dans la confection d’arcs de triomphe pour la clôture de la Mission et le nôtre comporte une certaine quantité de roses en papier. De plus, hier et avant-hier, j’ai cousu une bannière pour la décoration de l’église, et tout mon ouvrage reste en chantier. Je ne le regrette pas, c’est pour le bon Dieu. On ne parle plus que de la Mission, on ne pense plus qu’à la Mission, on ne vit plus que par la Mission. Malheureusement, je n’ai pu assister à aucune des cérémonies du soir, qui cependant ont été très belles, j’aurais voulu y aller vendredi, mais j’avais une telle migraine que j’ai dû rester ici. J’ai assisté mercredi à l’instruction pour les femmes et suis allée deux fois à la première messe, c’est encore ce qui me fatigue le moins.

Dimanche 28 janvier

Clôture de la mission ! nous venons d’avoir une très belle cérémonie, mais quelque peu fatigante, aussi je suis lasse et je n’ai guère de courage. Nous avons beaucoup travaillé cette semaine à la confection de notre arc de triomphe ; les premiers jours il a fallu terminer les roses et, vendredi et samedi, nous avons fait la décoration, garni de verdure le grillage, tracé l’inscription, piqué les roses ; il y a eu aujourd’hui une bonne matinée de travail, à laquelle je n’ai pu participer, la garde des enfants me retenant ici ; ce qui m’a fait plaisir, c’est que tout s’est passé dans la gaieté, et la bonne entente la plus complète. Malgré tout cela nous avons continué nos exercices de mission : mercredi, instruction pour les femmes ; vendredi matin communion générale des femmes, avec une très belle messe, vraiment émouvante ; vendredi soir enfin, vénération de la statue devant être déposée devant la grotte, il y avait un monde fou, le défilé interminable a duré plus de deux heures, si bien que la cérémonie commencée à sept heures et demie n’a pris fin qu’à onze heures moins le quart.

Hier nous avons eu un temps merveilleux qui nous a permis de bien préparer les arcs de triomphe ; ce matin, au réveil, brouillard épais, mais la Sainte Vierge voulait nous récompenser de notre travail ; dans la matinée, la brume s’est levée, mais le ciel est demeuré couvert ; vers midi, le vent a balayé les derniers nuages, et bientôt il n’en est plus resté… aussi la procession a pu se dérouler sous un soleil rayonnant. Il y avait un monde fou, et la plupart des quarante six arcs de triomphe étaient bien réussis, l’ensemble était vraiment remarquable. A la grotte, la Sainte Vierge a été installée dans la niche qu’elle doit occuper, et, après un très beau sermon, les remerciements de M. le Curé et l’adieu des missionnaires, la foule s’est séparée ….

Mardi matin 30

Tristesse des lendemains de fête ! Je suis allée ce matin conduire Jacquie à l’école, ces rues que j’ai vues samedi si grouillantes, si animées, si pleines d’une foule joyeuse et affairée sont maintenant mornes et désertes sous la gelée blanche, quelques guirlandes ou plutôt quelques débris pendent çà et là ; on voit encore à terre des roses en papier toutes souillées ; les trous mal comblés marquent encore la place des arcs… la Mission est finie….

Dimanche 4 février

Peu de choses à raconter, semaine plutôt calme, j’ai travaillé comme d’habitude, ou plutôt repris mon travail, abandonné depuis plusieurs semaines ; d’ailleurs, après les occupations intenses de la Mission, on se sent un peu désorienté dans le calme. Bien travaillé régulièrement au début de la semaine ; jeudi voyage à La Roche, j’ai mené Jean chez le docteur Acher-Dubois, il estime l’ablation des végétations nécessaire, mais prétend que le garçon s’enrhumera quand même, ses muqueuses étant très sensibles ; j’ai vu aussi différentes choses chez ma couturière, ai fait une séance chez le coiffeur et une visite à Mme Lesaffre. Hier et avant-hier gardé Jean à la chambre et lui ai mis des cataplasmes pour enrayer un nouveau rhume.

Confectionné les beignets traditionnels pour la fête de la Chandeleur, à la grande joie des enfants.

Jeudi 8 février 1934

Nous vivons en ce moment des journées tragiques, des journées historiques ; Paris est en pleine émeute, et, depuis la Commune, on n’avait vu ainsi couler du sang ; l’heure est très grave et on peut se demander de quel côté la destinée du pays va tourner

Voici les faits, en grandes lignes, car je lis toujours les journaux rapidement : il y a un mois environ, on a commencé à parler de l’affaire Stavisky, une escroquerie formidable qui avait fait de nombreuses victimes ; Stavinsky rejoint, s’est suicidé, mais de nombreux hommes politiques et parlementaires étaient, pour diverses raisons, inculpés dans l’affaire, de sorte que, deux des membres étant en cause, le cabinet Chautemps a dû démissionner. Daladier a donc reçu la mission de former le ministère, mais, à peine au pouvoir, il a commencé par prendre une série de mesures qui ont violemment ému l’opinion, si bien que mardi, jour où le cabinet Daladier se présentait devant les Chambres, il y a eu à Paris de nombreuses manifestations, la police t les gardes mobiles avaient été renforcés par des troupes, de violentes bagarres se sont produites, et la garde mobile à cheval a chargé, sabre au clair ; ailleurs les deux partis ont tiré ! on avoue une vingtaine de morts et de nombreux blessés, ce sont les chiffres officiels, peut-être loin d’être exacts ! La journée d’hier a été houleuse, aux coins des rues, des orateurs improvisés haranguaient la foule ; plusieurs manifestations ont eu lieu : à la Bourse, à la Madeleine, place de l’Opéra ; il y a eu de nombreux incidents, particulièrement au Palais de Justice, et devant la poussée de l’opinion publique, le cabinet Daladier a du démissionner ; on va faire appel à Doumergue pour former le nouveau ministère. La nuit dernière a été très agitée, il y a eu de nouveau de violentes bagarres, des devantures ont été brisées, des autobus incendiés ; aux manifestants se mêlent maintenant la tourbe qui monte des bas quartiers. Nous suivons tout cela heure par heure grâce à la TSF, la situation est vraiment angoissante ! il faudrait que Dieu suscite un chef, lequel prenne en main fermes les destinées du pays, balaie toute cette clique gouvernementale qui ne songe qu’a « l’assiette au beurre » et donne à la France un régime propre et honnête. Ici nous ne pouvons que prier !

Autre chose ! Jacquie est revenue de l’école hier soir toute gelée, nous l’avons réchauffée, mais vers cinq heures elle a été prise de fièvre, j’ai pris sa température à six heures : 38°9, la nuit cependant a été calme, et, ce matin, elle avait 37°8, si bien que je n’ai pas appelé le docteur, je me contente de la tenir au lit et à la diète, espérons que cela sera peu de chose.

Vendredi 9 février

Journée plus calme à Paris, il n’y a pas eu de bagarres et tout a l’air de rentrer dans l’ordre. Doumergue est arrivé hier matin, salué par une foule enthousiaste, et il s’efforce maintenant de constituer un cabinet d’union nationale, tâche peu facile.

Jacquie est toujours au lit… j’ai préféré la laisser au chaud une journée de plus. Jean est en classe, Geneviève dort. J’ai quelques instants de tranquillité, ce qui me paraît d’autant meilleur que j’ai eu une matinée très dure, Georgette étant souffrante également…..

Dimanche 11 février

L’apaisement s’est fait à Paris, pour le moment, mais tout n’est pas fini, et nous avons encore des heures graves à traverser. Le cabinet Doumergue est constitué depuis avant-hier, un cabinet d’union nationale où nous voyons Pétain à la Guerre, Tardieu et Henriot comme ministres d’état, Barthou aux Affaires étrangères, Marin à la Santé publique. Souhaitons que tous soient à la hauteur de leur têche, car elle est vraiment bien écrasante et bien grave. Vendredi soir a eu lieu aux alentours de la place de la République une très importante manifestation communiste, il y a eu des bagarres, des arrestations et de nombreux blessés. On parle de la mise en accusation des membres du ministère Daladier. Demain la CGT a décrété une grève générale qui doit être suivie par la Fédération générale des instituteurs, il faut s’attendre à des troubles graves dans la plupart des grandes villes.

Ici tout va mieux, Jacquie est levée aujourd’hui mais nous avons eu à son sujet quelques émotions ; vendredi, après une journée assez lourde, la fièvre qui était tombée est remontée le soir, craignant une bronchite, j’ai fait venir le docteur Charrier, M. Lucas étant au lit avec de la congestion pulmonaire, il n’ trouvé qu’un peu de trachéite, mais l’oreille droite était un peu sensible, et il s’agissait d’enrayer une menace d’otite ; j’ai donc gardé la fille au lit hier, en suivant les prescriptions du docteur et hier soir la fièvre était tombée…..Georgette est remise également ce qui fait que je vais pouvoir me reposer…

Dimanche 18

Semaine plus calme à tous points de vue ; d’abord la situation politique, tout en restant sérieuse, est infiniment moins grave que précédemment ; la grève annoncée pour lundi a bien eu lieu, mais elle s’est déroulée dans le calme, et sans incidents tragiques ; actuellement le cabinet Doumergue s’efforce de travailler au relèvement national, mais la tâche est singulièrement ardue. D’autre part en Autriche, les événements sont graves, le gouvernement Dollfus est aux prises avec une rébellion nationale socialiste, l’émeute a été sanglante, et la situation internationale inquiétante. Que pouvons-nous faire face à ces questions si angoissantes ? La lettre pastorale de c carême qui a été lue à la grand’messe, nous donne la seule ligne de conduite : prier, prier, beaucoup prier ! …

Jacquie est cette semaine aussi bien que possible et ne se plaint pas de son oreille, par mesure de précaution je ne l’ai pas encore envoyée en classe car le temps est froid. Quant à Geneviève elle a trouvé moyen de faire une indigestion, et de rendre son dîner dans son lit dans la nuit de mercredi à jeudi, ce qui nous a donné une petite séance de nettoyage tout à fait intéressante. Fort heureusement, elle n’a pas eu de fièvre et j’ai pu la lever chaque jour tout en la laissant à la diète. Jean est bien, quoiqu’il ait toujours un peu d’irritation de la gorge, mais voilà deux semaines qu’il va régulièrement en classe. Pour moi, ma santé est un peu meilleure et j’ai pu me reposer…..

Quoi raconter encore ? Lundi, rien de nouveau, mardi nous avons faits de crêpes et des beignets, pour le grand plaisir des enfants, mercredi j’ai fait des conserves de pommes et de la gelée ; jeudi nous sommes allées chez Armande Brachet. Hier et avant-hier j’ai pu travailler tranquillement, j’ai toujours ma bonne heure du soir, quand les enfants sont couchés, avec mon tricot et mes livres… : Elisabeth Leseur, Lucie Félix Faure, ainsi que quelques ouvrages historiques, des mémoires, des vies intéressantes, ceci précédé chaque soir d’un chapitre de l’Evangile ou de l’Imitation.

Jean ferasa première communion de 15 avril, d’ici là il va falloir préparer sa petite âme à la venue du Divin Maître ; et quelle joie sera la mienne quand je m’agenouillerai à la Sainte Table à côté de l’aîné de mes enfants.

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 19 fevrier 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Un triste nouvelle apprise hier soir par TSF, le roi Albert de Belgique, au cours d’une promenade, samedi après-midi, est tombé du haut d’une falaise à pic et s’est tué sur le coup, ce n’est qu’hier, à 2 heures du matin, que le corps a été découvert. La consternation est grande en Belgique et en France ; le roi Albert était une figure extrêmement sympathique, et nous ne pouvons oublier qu’il a sauvé la France en 1914 en arrêtant quelques jours l’invasion allemande. Les obsèques ont lieu jeudi, le président de la République y assistera.

Geneviève avait 38° hier et m’a un peu inquiétée, ce matin, elle n’a plus que 37°2.

Dimanche 25 février

Quelques minutes avant d’aller à la grand’messe…. Beaucoup de choses cette semaine, si bien que je suis passablement fatiguée et que j’ai besoin de repos. D’obord Geneviève a été fatiguée et n’est pas encore remise, ce n’est pas grave, il s’agit d’un peu d’embarras gastrique… je suis obligée de la tenir à la diète, je l’ai gardée deux jours au lit, elle était très sage, un peu faible même, je l’ai levée un peu hier et de nouveau aujourd’hui, elle est mignonne, très gaie, très amusante même avec ses petites réflexions et ne paraît pas trop malade… Jean est enrhumé et je le garde à la maison depuis deux jours, je voudrais bien pouvoir l’envoyer en classe demain si le temps le permet. Jacquie est bien et va à l’école, ce quii débarasse toujours la maison.

Nous avons donc été bouleversés dimanche soir par la mort si brutale du roi des Belges et avons suivi lundi et mercredi sur les journaux les détails de l’accident, ainsi que les événements de Bruxelles. Jeudi matin, nous avons suivi par TSF la retransmission des obsèques du roi Albert, c’était profondément émouvant, nous avons assisté – de loin- au départ du cortège funèbre, tandis que le glas sonnait ; le speaker nous détaillait l’ordre du cortège et les personnalités qui défilaient, nous avons assisté ensuite à la cérémonie religieuse, les chants étaient merveilleusement exécutés et la retransmission parfaite de sorte qu’il nous semblait être dans l’église même, nous avons suivi ensuite le cortège qui, partant de la collégiale Sainte-Gudule, s’est acheminée à travers la ville jusqu’à l’église de Laeken ; là a eu lieu devant le cercueil un dernier défilé des troupes, puis quand le défilé a été terminé, la Brabançonne a été jouée une dernière fois, mais une Brabançonne toute différente, sur un rythme, si lent, si triste qu’elle était vraiment le dernier salut de tout un peuple, à son roi qui va rentrer dans le silence du tombeau. J’ai suivi de mon mieux la cérémonie, mais je n’ai pu tout entendre, car Geneviève était au lit et il y avait bien à faire, de plus la cuisine ne pouvait pas attendre, et il y avait un certain poulet en sauce qui me réclamait à un moment opportun, si bien que la sauce faite en vitesse n’avait rien de particulièrement réussi. Tout cela était très émouvant et j’ai pleuré à plusieurs reprises. Le nouveau roi Léopold III et la reine Astrid sont vendredi prêté serment à la Constitution. A Paris, tout est calme pour l’instant mais l’affaire Stavinsky continue dans le sang, et à Vienne la situation n’est pas encore très nette.

Reçu hier matin une lettre de Jeanne Lego, après le commencement d’asphyxie qui a failli leur coûter la vie le matin de Noël, voici qu’ils se sont offert un accident d’auto qui aurait pu être très grave ; espérons que la série des accidents est close pour eux.

Travaillé cette semaine, terminé une combinaison au tricot et un napperon, j’ai maintenant un autre napperon à faire, un chandail à Jean à terminer, sans parler des projets à exécuter qui sont multiples….

Dimanche 4 mars

Temps splendide aujourd’hui, les enfants jouent dans la cour, non sans se disputer quelque peu, mais cela rentre dans le programme habituel et je suis contente qu’ils jouissent du grand air et du soleil ! tout en me laissant quelques moments de paix et de tranquillité. Dans quatre mois, le tout petit chéri sera venu du moins je le pense, et, après le temps obligatoire au lit, ce sera la reprise d’une activité plus intense que jamais ! …. Geneviève, paraît maintenant aussi bien que possible… l’appétit est bon, la fille est gaie, joue de tout son cœur et dort bien, espérons que cela va durer. Jean a été en classe toute la semaine, il ne tousse pas et cela me paraît presque extraordinaire.

En somme, rien de très nouveau cette semaine, une succession de petits faits… Reprenons plus en détail : mardi mauvaise journée au point de vue moral, j’avais été inquiète au sujet de la santé de Geneviève et la réaction se produisait avec en plus les colères et les caprices de Jean à supporter, j’avais les nerfs à vif et j’ai eu quelques moments de découragement tels que je n’en avais pas eu depuis longtemps. Mercredi matin, j’ai assisté à la Messe… Mercredi après-midi Marguerite. Jeudi Jacques est allé à Nantes avec les deux grands et je suis allée passer l’après-midi chez Maman avec Geneviève, et j’ai rapidement expédié u dîner solitaire, Jacques et les enfants dînant à Nantes ce qui m’a donné ensuite une grande soirée pour travailler. Vendredi reçu la visite de Mme Herbreteau, le soir je suis allée au Chemin de Croix… ce matin assisté à la grand’messe avec Jean et Jacquie et suivi le mieux possible la belle liturgie du Carême.

A Paris, situation toujours trouble et énigmes non résolues ; je viens de lire un bel et réconfortant article de Mauriac sur les angoisses de l’heure présente ; en face de la puissance des ténèbres et de des serviteurs, il dresse la phalange de ceux qui aiment Dieu, le prient et travaillent à son règne ici-bas. Pour espérer, il faut se dire que Dieu sera éternellement plus fort que Satan, et qu’Il a pour lui l’Eternité.

Dimanche 11 mars

Tempête aujourd’hui, bourrasques et giboulées, je suis allée ce matin à la grand’messe avec Jean, mais nous avons essuyé une fameuse averse en sortant de l’église et il fait bon aujourd’hui rester chez soi, cependant depuis que la température s’est radoucie, la végétation a fait des progrès surprenants et les signes avant-coureurs du printemps commencent à paraître….

Quoi dire de la semaine ? tout va bien actuellement mais pourvu que ça dure ; Jean est aussi bien que possible quoiqu’il ait souvent un peu d’irritation de la gorge, la date de sa première communion se rapproche et nous lui en parlons souvent afin de le préparer. Geneviève a repris son entrain et son appétit, elle est amusante et mignonne au possible. Quant à Jacquie elle est à Nantes depuis jeudi, Jacques y est allé ce jour-là pour faire voir aux enfants la Mi-Carême et Grand’mère Dugast a gardé Jacquie, à qui la combinaison ne plaisait qu’à moitié « Je ne veux pas rester sans personne de mon pays », nous avons eu de ses nouvelles hier par téléphone et la jeune personne paraissait tout à fait réhabituée là-bas.

Lundi, rien de très nouveau, mardi sommes allés à La Roche par un temps affreux, j’ai fait quelques courses et suis allée voir Charlotte, avec qui j’ai bavardé un moment tout en tricoté. Mercredi après-midi chez Armande Brachet, Marguerite, souffrante, n’est pas venue. Jeudi, les enfants étant absents, je suis allée avec Maman jusqu’au Moulin-Guérin pendant le sommeil de Geneviève. Vendredi visite de Mme Lucas, hier matin suis allée avec Geneviève jusque chez Maman puis, ayant laissé la poupée avec grand’mère, je suis allée prendre des nouvelles de Marguerite qui est alitée avec une crise intestinale…

Terminé un napperon bleu cette semaine, j’ai quelques petites serviettes à thé qui vont être vite faîtes puis pas mal de tricots en perspective…..

Dimanche 18 mars

Semaine amenant bien des inquiétudes….les premiers jours ne se sont pas très mal passées, Jean nous faisait un gros rhume, mais avec des cataplasmes et quelques cuillerées de sirop, on en voit le bout assez facilement, et cela ne m’inquiétait guère. Geneviève a commencé elle aussi à tousser… et mercredi elle toussait tellement que j’ai pris sa température craignant un peu de bronchite, elle avait 37°2 et j’étais rassurée ; la nuit a été cependant agitée, et jeudi matin elle a vomi le biberon de bouillie… à mesure que la journée s’avançait, la petite chérie, qui toussait beaucoup, paraissait de plus en plus oppressée, le pouls était incomptable et nos étions très inquiets, cependant, elle s’intéressait à tout ce qui se passait autour d’elle… à 5 heures et demie le docteur est venu et lui a trouvé de la congestion pulmonaire, il a prescrit des grands enveloppements sinapisés et promis de revenir vers le matin. La nuit a été bonne, vers le matin Jacques a remarqué que la respiration de Geneviève était moins précipitée… le docteur est venu à 8 heures, a trouvé une véritable transformation, il n’y avait plus que de la bronchite…

Nous avons de bonnes nouvelles de Jacquie qui est toujours à Nantes, Oncle Raymond arrive chez Maman mercredi

Jean a sept ans depuis hier, nous avons évoqué une fois de plus Jacques et moi nos angoisses et nos souffrances de l’autre année….

Dimanche 25 jour des Rameaux

Jean est parti avec Georgette à la grand’messe et à la procession, il fait un temps radieux… Je suis tranquille pour l’instant, n’ayant à surveiller que le déjeuner qui mijote et Geneviève qui joue tranquillement à côté de moi, la petite chérie est maintenant aussi bien que possible, le docteur doit venir la voir encore une fois, mais il ne doit pas âtre inquiet, il remet sa visite de jour en jour, en attendant la fille joue et rie toute la journée, dort toute la nuit, ne tosse pas et mange tout ce qu’on lui sert avec grand appétit. Jacquie est toujours à Nantes, Jacques y est allé jeudi et pensait la ramener mais il avait du emmener des clients assez encombrants, et il ne restait pas de place pour le retour de la jeune personne, elle est, paraît-il, aussi bien que possible, avec des jours superbes, elle a appris à se culotter toute seule et même à réciter une fable, mais ceci est une surprise ! je serais bien heureuse de revoir ma grande chérie… elle doit nous arriver mercredi prochain, ainsi que Mère et Madeleine qui viennent passer avec nous les fêtes de Pâques.

Rien de très nouveau lundi et mardi, mercredi j’ai passé l’après-midi à La Roche, je suis allée chez ma couturière, chez le coiffeur, j’ai fait une visite de condoléances à Mme Durand qui vient de perdre sa mère et suis allée chez Charlotte prendre des nouvelles de Pierrot qui avait un abcès à une oreille, et finalement, sommes allés à la gare prendre Oncle Raymond qui arrivait par le train de Paris. Jeudi matin j’ai commencé un dessus de cheminée en filet, destiné à la cheminée de la salle à manger, je voudrais que ce soit terminé pour la Communion privée de Jean, et comme ladite cérémonie est dans trois semaines, j’ai beaucoup de travail en persective… Jeudi vu un moment Maman et Oncle Raymond, puis reçu une longue visite de Marguerite. Hier, Maman et Oncle Raymond sont venus déjeuner, j’avais un petit plat d’entrée aussi agréable au goût que joli pour les yeux, un poulet accompagné de beignets de pommes de terre très bien réussis et enfin une tarte aux mirabelles que tout le monde a déclaré délicieuse ; aujourd’hui assisté avec Jacques à la première messe, ma santé est très bonne, espérons que cela durera jusqu’au bout.

Dimanche 8 avril

Les occupations les plus pressées ont pris fin depuis ce matin, j’ai quelques minutes à moi avant le déjeuner, tout en surveillant les filles qui s’amusent, non sans se disputer de temps en temps. Reprenons u peu ces deux dernières semaines, d’abord elles ont été bien emplies, j’ai entrepris un dessus de cheminée pour la salle à manger, lequel je voudrais terminé pour dimanche, mon travail est bien avancé… j’ai entrepris aussi un nettoyage à fond de la maison, de ce côté-là il y a bien à faire, ne serait-ce qu’à surveiller, et ce n’est pas fini !

Mère et Madeleine nous sont arrivées le mercredi saint, avec Jacquie qui a des joues superbes et une mine de prospérité….vendredi j’ai emmené les enfants à l’église, adorer quelques minutes le Saint-Sacrement, vendredi, j’ai emmené Jean faire un petit chemin de Croix, bien court, à sa portée. Le samedi matin, au chant joyeux des cloches, nous avons assisté au bonheur des enfants, ravis de découvrir sur les fenêtres les bonbons soi-disant venus de Rome. Dimanche matin, jour de Pâques, je mes suis redue à la messe avant le jour, ainsi que les Saintes Femmes se rendant au Tombeau, pour y fêter la Résurrection du Divin Maître… l’après-midi, je suis allée aux Vêpres… comme il faisait très beau, nous avons terminé l’après-midi par une visite à la grotte avec les enfants.

Lundi pèlerinage à Sainte Radégonde, il y avait très longtemps que je n’avais vu cette chère petite chapelle, autrefois si souvent visitée, et j’avais eu souvent le désir d’y emmener Jacquie qui est né le jour de la fête de Sainte Radégonde, nous sommes tous allés, même Geneviève qui n’a cependant pas de grandes jambes, il faisait bon et nous avons fait une agréable promenade. Mardi matin, j’ai fait la valise de Jean, qui est parti l’après-midi avec sa grand’mère et sa tante, depuis, rien de nouveau, je travaille comme une enragée.

Dans huit jours la première Communion de Jean, il nous revient de Nantes demain et nous allons passer ces derniers jours à l préparer de notre mieux ; je suis allée vendredi à La Roche, j’ai vu la cuisinière et décidé le menu du déjeuner ; d’ici là j’aurai bien à faire….

Dimanche 22 avril

De nouveau quinze jours de silence et en perspective, pour aujourd’hui, une journée de dimanche bien occupée !… que le temps passe vite !…Je n’ai pu venir dimanche dernier raconter la petite fête de la Communion de Jean, j’ai été très prise, et de plus j’étais si fatiguée ! j’avais eu une semaine harassante, je m’étais mis dans la tête de finir le fameux dessus de cheminée pour la salle à manger et j’ai eu beaucoup de peine pour y arriver, puisque j’ai mis le dernier point le samedi après 3 heures… en plus les préparatifs à faire, les provisions à rassembler, le nettoyage à surveiller, mille petites choses harassantes, surtout vu mon état.

Le dimanche, il faisait très beau, Jean était gentil à croquer dans son marin neuf et assez sage et recueilli, il s’était confessé la veille au soir et s’efforçait d’être obéissant le plus possible. Nous avons donc tous assisté à la messe de 9 heures, une jolie messe où il y avait plus de trente communiants, Jean était en tête, quand il est passé près de nous Jacques et moi avons pris la file et avons eu la joie de communier de chaque côté de notre grand chéri, devant l’hôtel de Saint-Joseph. J’étais très émue pendant cette messe, je pensais au pauvre grand-père dont la place est si cruellement vide parmi nous ! j’avais tant compté sur cette première Communion de Jean pour le ramener aux pratiques religieuses abandonnées depuis longtemps.

Je me suis interrompue pour aller à la cuisine surveiller la cuisson d’un gâteau, en mon absence, Geneviève s’est emparée de mon stylo et a voulu écrire, à sa façon ! lorsque je suis revenue il y avait de l’encre partout, sur le cahier, le bureau, le plancher, sur les mains et jusque sur le nez de la jeune personne, je n’ai pas le courage d’arracher cette feuille et de la recopier, le temps me manque et puis ce sera un souvenir !

Je reprends la journée de dimanche, aussitôt le retour de la Messe, il a fallu se mettre à l’ouvrage, heureusement j’avais beaucoup d’aide ! nous avons fait une décoration de table tout en primevères, c’était frais et ravissant au possible, le repas s’est bien passé, j’avais une bonne cuisinière et j’étais sans inquiétude, les invités se sont retirés de bonne heure, après quoi j’ai emmené Jean au cimetière puis à la grotte.

Rien de très nouveau cette semaine, je me suis reposée, mais j’en ai encore besoin, je ne suis pas très vaillante, de plus j’ai trouva moyen hier matin de tomber dans l’escalier, j’ai eu très peur et suis encore sous le coup de l’émotion. Jacqueline est ici jusqu’à mercredi, nous l’avons beaucoup vue cette semaine et son départ nous laissera un vide.

J’allais oublier de parler du mariage Yvernogeau, qui a eu lieu le samedi 14, une mariée gentille, quoiqu’un peu jeunette, de jolies toilettes, le cérémonial ordinaire ; Jacques a assisté au cortège et au déjeuner ; je me suis abstenue vu mon tour de taille vraiment imposant.

Aujourd’hui réunion des œuvres, de nombreux rapports doivent être présentés, j’assisterai à la séance.

Dimanche 29 avril

Journée grise, impossible de faire sortir les enfants, il faut les garder tous les trois dans le bureau et le repos dominical est un repos très relatif ; il n’y a pas une demie heure que nous sommes installés ici et ils ont trouvé moyen de se disputer, tout à l’heure c’était Jean et Jacquie, puis Jacquie et Geneviève et maintenant c’est Jean et Geneviève, sans compter le quatrième qui ne peut rester tranquille et fait le diable lui aussi… et cependant je suis heureuse de les avoir autour de moi….

Racontons un peu les événements de cette semaine ! dimanche j’ai donc assisté à cette fameuse réunion d’œuvres et j’y ai pris un intérêt très vif…. Le soir nous avons eu une courte visite d’Oncle Alfred arrivé l’après-midi.

Le lundi après-midi, visite des Charles Regnault qui ont dû partir ces jours-ci pour les environs d’Angers où ils prennent une grande exploitation laitière. Nous avons goûté ensemble, ils avaient emmené leurs deux garçons, avec lesquels les enfants étaient ravis de jouer.

Rien de très nouveau le reste de la semaine, seulement une après-midi, mardi, chez Marguerite. Jacqueline est partie mercredi matin pour La Haye-Descartes, depuis nous avons repris notre vie, j’ai toujours beaucoup d’ouvrage en train… Nous avons un voyage à Nantes en perspective, il faudra passer trois jours là-bas, et ce la me pèse beaucoup et puis il ne me reste plus que deux mois avant la naissance de mon petit bébé, et bien des préparatifs à faire…

Je ne peux plus écrite, j’ai la tête cassée…..

Dimanche 6 mai

Matinée presque terminée, la messe de 9 heures à peine finie, j’ai à ranger la salle de bains que je laisse forcément en désordre, j’ai dû mettre en ordre du linge repassé hier, m’occuper des comptes du mois, du règlement de la semaine et enfin faire apprendre à Jean sa leçon d’histoire sainte pour demain, si bien que dans quelques minutes Jacques va venir déjeuner et que j’ai en perspective une après-midi très chargée.

Quoi raconter aujourd’hui , beaucoup travaillé cette semaine malgré de nombreux malaises, oppression incessante et pouls accéléré ; j’ai commencé aussi mes préparatifs pour la venue du petit bébé chéri, j’ai fait laver toute la layette du premier âge qui maintenant est mise en ordre, repassée et rangée, prête à être mise dans la valise pour le grand départ, quand je serai revenue de Nantes, je ferai monter les berceaux et chariots, afin que tout soit prêt pour l’arrivée même un peu prématurée.

Réunion ici avec Armande Brachet et Marguerite vendredi, avancé mon filet pendant ce temps , conversation d’ailleurs sans grand intérêt.

Nous partons à Nantes demain matin, j’ai rendez-vous chez le docteur à 9 heures, j’ai hâte que ce soit passé, nous conduirons ensuite Geneviève chez le docteur pour montrer ses petons. Jacques rentre ici demain soir mais il retourne à Nantes jeudi avec Jean passer le jour de l’Ascension, nous rentrerons tous ensemble le soir, beaucoup de courses et d’achats à faire à Nantes, aux changements de saisons il y a bien des choses à combiner pour les enfants.

Beau soleil aujourd’hui, la verdure nouvelle est ravissante et les fleurs vont éclore de toutes parts, mais un grand vent froid souffle et ôte tout plaisir, ce n’est pas encore le vrai printemps.

Dimanche 13 mai

Chaleur lourde et orageuse depuis hier, cette température accablante est pénible et me fait sentir encore plus le fardeau chéri que je porte ! … Je suis allée lundi voir le docteur, il m’ mise au régime et fait une prise de sang dont je n’ai pas encore le résultat, il a trouvé l’enfant bien placé et pas très gros pour le moment, mais il a le temps de se développer d’ici son terme.

*J’ai fait un assez bon voyage à Nantes, un peu fatigant toutefois, parce que j’ai dû faire pas mal de courses à pied, j’ai profité aussi de mon séjour là-bas pour faire couper les cheveux de Geneviève, ce qui n’a pas été aussi difficile que je le craignais ; mercredi j’ai emmené les filles à Chavagnes, nous avons vu Madame qui a été charmante, a donné jouets, images et bonbons aux enfants, je les ai ensuite emmenées à la chapelle, où si souvent j’ai prié, dans le jardin, où j’ai retrouvé tant de souvenirs, puis nous avons retrouvé André Jaffré et sommes revenues à la maison pour dîner. Jacques est arrivé ainsi que son grand garçon et nous avons passé une bonne soirée ensemble.

Jeudi, jour de l’Ascension, après avoir communié à la chapelle de Toutes-Joies, nous avons assisté à la grand’messe de Saint-Similien, puis Jacques nous a conduits au cimetière sur la tombe de Tante Marie-Angèle. Dans l’après-midi je ne suis pas sortie, j’étais lasse et j’avais besoin de repos, nous avons dîné de bonne heure et étions ici vers 9 heures pour coucher les enfants.

Bien à faire cette semaine, j’ai des lainages à laver, puis à serrer pour l’été, et pas mal de rangements et de petits préparatifs à faire.

Dimanche 20 mai

Dimanche de Pentecôte… ;Ce matin je m’étais levée pour aller communier, mais je n’étais pas très vaillante, je traîne un gros rhume depuis quelques jours, tousser me fait grand mal à la tête, et d’un autre côté, voilà bientôt mon huitième mois terminé et mon petit enfant pèse bien lourd….

Rien a dire de la semaine, travaillé comme d’habitude ;le matin, je passe quelques instants en rangements, mais peu de temps, parce que je fatigue vite, cependant je voudrais mettre beaucoup de choses en ordre avant mon départ pour Nantes. Mère et Madeleine sont arrivées hier soir et repartent demain soir ; nous avons passé un jour de Pentecôte bien calme, sans guère sortir, tous sont partis en promenade depuis le goûter, je ne les ai pas accompagné à cause de mon rhume, car il fait froid….

Trois roses sont passées devant moi sur mon bureau, leur parfum est délicieux, cela me rappelle des souvenirs, années lointaines, vacances, je retrouve dans ma mémoire le parfum des roses du Blanc, je revois le jardin, tel qu’il était autrefois, dans mon temps heureux de petite fille….

Dimanche 27 mai

Un temps radieux aujourd’hui, quoique le vent soit un peu frais et agite plus qu’il ne srait nécessaire les voiles blancs des communiantes ; Geneviève dort ; Jean et Jacquie jouent dans la cour en attendant l’heure des Vêpres, c’est le calme pour l’instant, et un peu de repos dominical, ce qui n’arrive pas souvent. Il y a vingt et un ans c’était mon tour d’être parmi les petites filles voilées….

Semaine un peu dure au point de vue physique, il ne me reste maintenant qu’un mois avant la venue de mon nouveau petit chéri… j’ai eu quelques jours de grosse fatigue à cause de la chaleur… Je fais le matin quelques petits rangements afin de laisser la maison en ordre lorsque je partirai, je commence à rassembler le trousseau de mon petit bébé… nous allons aussi regarnir les berceaux. D’ici-là, il me reste bien à faire, surtout des tricots, je voudrais que les enfants soient montés pour l’été et pour la plage avant mon départ….

Dimanche 3 juin

Premier dimanche de la Fête-Dieu, le temps tout en étant un peu nuageux, n’a rien de particulièrement menaçant et tout à l’heure la procession se déroulera et Jésus passera au milieu de nous… Je ne peux faire cette année la procession, je suis maintenant trop lourde et me fatigue vite, mais j’ira prendre une bénédiction à u reposoir avec ma petite Geneviève, puis reviendrai surveiller le rôti et mettre le couvert. Jean est enfant de chœur et doit jeter des fleurs devant le Saint-Sacrement ; je serai contente d’apercevoir mon grand garçon dans l’exercice de ses fonctions….

Rien de très nouveau cette semaine, je suis de plus en plus lasse, j’ai des misères variées et pas de goût à rien… Pour comble de bonheur, Maman a une sorte d’abcès au côté, lequel abcès ne se vide pas vite et je suis obligée matin et soir d’aller faire des pansements…

Déjeuné jeudi chez Charlotte avec les Lucas, les Yvernogeau et le jeune ménage Dézamy. Après-midi de mardi chez Armande.

La procession ne va pas tarder à sortir, je vais habiller Geneviève.

Dimanche 10 juin

Grosse chaleur, je suis seule à la maison, et il y fait réellement bon ; Georgette a emmené les deux filles à la procession, Jean remplit son office d’enfant de chœur et Jacques escorte de dais ; je suis allée prendre une bénédiction au premier reposoir…., j’ai de plus en plus de peine à marcher….Maman est grippée depuis hier, toute seule chez elle et je ne peux me transporter là-bas pour la soigner, son bobo n’est pas fini… je voudrais voir cela terminé et partir tranquille… dans deux semaines au plus il faudra me rendre à Nantes… laisser Jacques et les enfants à la maison…

Dimanche je suis allée à un reposoir avec maman et Geneviève… j’ai même pu aller à l’église pour la dernière bénédiction, Maman qui déjeunait ici, gardait « le petit lion ». Rien de neuf autrement dans la semaine le travail habituel ! je suis allée mardi à La Roche pour le coiffeur, mercredi chez Marguerite, jeudi et vendredi j’ai passé l’après-midi chez Maman avec les enfants ; la pauvre maison si vide et ainsi animée de leur présence, eux sont ravis d’avoir d’autres jouets, d’autres horizons et moi heureuse de les voir jouer où j’ai joué à leur âge, de revivre mes souvenirs.

Terminé cette semaine un paletot de laine et un chandail à Jacquie, je commence maintenant la révision des maillots et chandails de plage pour que tout soit prêt quand les petits chéris partiront en vacances ;Etat de santé pas merveilleux il faut respecter le régime.

La première floraison des roses est passée, elle a été superbe et nous aurons encore de bien belles fleurs, maintenant les œillets blancs embaument et, quand cela m’est possible, j’aime à aller dire mon chapelet en me promenant dans le jardin, le soir, quand les enfants sont couchés, c’est une détente après le labeur de la journée….

Dimanche 17 juin

Chaleur extrêmement accablante, pour trouver un peu de fraîcheur, je me suis réfugiée dans le salon, où la température est relativement meilleure, mais il fait encore bien chaud et j’écris sur mes genoux, ce qui n’est pas précisément commode !

Dernière semaine ici !… je pars à Nantes le 25 au plus tard, le docteur voudrait que j’y soie déjà, mais ce départ me coûte tellement que je le retarde le plus possible, je serai peut-être obligée à un départ en vitesse, ce qui n’amuserait pas Jacques ; au fond je préférerai peut-être cela car je n’aurai pas le temps de penser…., je continue cependant mon travail habituel, je tricote avec ardeur des chandails de plage, je vais plusieurs fois par jour soigner l’abcès de Maman lequel n’est pas encore terminé et j’ai eu en plus à soigner des boutons d’urticaire de Jean ce qui donne lieu à quelques bonnes séances.

Rien de très neuf cette semaine, j’ai passé quelques bonnes après-midi chez Maman, il y fait plus fais qu’ici. Reçu hier Armande Brachet et Marguerite.

Samedi 23

Me voilà installée à la clinique, plus tôt que je n’aurais voulu, puisque j’avais décidé de ne partir que lundi et voilà que jeudi, une alerte m’a fait faire ma valise en vitesse, pour rien hélas puisque les douleurs se sont arrêtées et que rien ne s’annonce… Jacques est reparti hier matin… j’ai eu ce matin des nouvelles des enfants et de la maison, tout va bien…Il est 8 heures et demie, je rentre de Monselet, où j’ai passé l’après-midi, Mère est venue me conduire une partie du chemin ; nous avons pris le passage qui débouche dans la Camus et contourné le jardin de Chavagnes ; les élèves étaient en récréation, on entendait des rires et des cris… Jacques a téléphoné un peu avant sept heures, les enfants sont sages et mignons. J’ai aussi de bonnes nouvelles de Thouars, Jacquie a l’air de s’y accoutumer….

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 24 juin 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toujours rien ! j’attends avec impatience, j’ai une telle hâte d’être délivrée ! le temps passe, et moi qui aurait tant à faire à la maison, je vie ici une vie inutile et désoeuvrée… Je vais assister à la messe de onze heures à la chapelle de Toutes-Joies puis j’irai déjeuner et passer l’après-midi chez Mère… si rien ne survient ! Je suis lasse et pourtant je ne fais rien de bien fatigant, mais mon petit chéri m’encombre et il m’est impossible de trouver une position confortable ; quand je m’allonge dans un fauteuil, j’ai mal au côté, quand je ne m’allonge pas j’ai mal au dos ! il est temps que tout cela finisse !

Je suis restée longtemps hier soir au balcon de ma chambre, contemplant la lune qui montait au-dessus des arbres, comme à cette même heure chez nous au-dessus du tilleul ! les petits devaient être couchés, Jacques devait arroser ses fleurs ou quelque planche de légumes…..

Mardi 26

Toujours cette même attente quelque peu énervante, et combien de temps cela va-t-il durer ? J’essaie de prendre patience… je prie longuement, le temps pour cela ne me manque pas, je lis un peu, je travaille ce qui m’absorbe et me fait trouver les heures moins longues….J’ai eu ce matin une lettre de Jacques hier matin avec de bonnes nouvelles, Dieu merci, et une lettre de mon Jean, me remerciant des vœux de fête que je lui avais adressés. Jacques m’envoie aussi des photos des petits, tout cela fait grand plaisir et aide à trouver les heures moins longues.

Dimanche journée interminable, il semblait que les aiguilles de ma montre n’avançaient pas. J’ai écrit une partie de la matinée : correspondance en retard… puis je suis ortie vers 10 heures et demie, pris une messe à Toutes-Joies en passant, et me suis rendue chez Mère pour déjeuner, il faisait beau et nous avons passé l’après-midi dans le jardin. Mlle Péneau est venue, puis l’oncle Alexis et Tante Thérèse, puis M. Péneau ; si j’avais pu avoir un ouvrage tout aurait été bien, mais sans aiguille ou tricot dans les doigts, je m’énerve un peu. Une fois tout le monde parti, nous avons dîné dans le jardin, et je suis rentrée à l’heure habituelle.

Hier rien de nouveau, j’ai écrit encore une partie de la matinée, j’ai eu une petite visite de Mme Barbin, j’ai travaillé puis passé l’après-midi chez Mère… Vie trop calme, trop vide !…

Jeudi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 28 juin 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les jours se suivent et se ressemblent, ramenant les mêmes choses aux mêmes heures… je passe toujours la matinée ici, je lis, je travaille, Mme Barbin vient me distraire quelques instants, après déjeuner, je pars pour Monselet, lorsqu’il fait beau je travaille avec Mère dans le jardin, puis je rentre ici pour me coucher !….Hier, j’ai eu la visité d’Andrée Jaffré, qui m’a fait bien plaisir, j’ai aussi des lettres qui m’aident à trouver les heures moins longues, j’attends Jacques un moment cet après-midi, j’avais compté un peu sur Jean, mais il a eu ces jours derniers un gros furoncle au genou et je ne sais pas s’il pourra venir….

Nous sommes huit ici à attendre des naissances, quand allons-nous nous décider ?

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 29 juin 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Jacques est venu hier et il m’a amené Jean, quelle joie de les voir tous les deux, mon bien aimé et mon grand garçon… mais ces moments sont bien courts, la séparation d’hier soir n’en a été que plus douloureuse et maintenant me voilà rendue à ma solitude jusqu’à quand ? si seulement mon petit bébé venait bien vite !… Il y a eu deux naissances cette nuit, l’une dans la chambre voisine de la mienne, si seulement mon tour ne tardait pas !

Oncle Raymond et Catherine sont au Poiré jusqu’à demain matin, ils sont également venus me voir. Tous m’ont parlé de Geneviève qui est amusante et mignonne et ne fait pas trop de sottises. Armand a envoyé de bonnes nouvelles de Jacquie, tout va bien et c’est le principal.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 30 juin 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’ai très peur que notre petit chéri ne soit pas du mois de juin mais du mois de juillet ! que cette absence est énervante, d’autant plus énervante que je suis consignée ici de puis hier ici sur l’ordre du docteur, il m’a examinée hier matin et dit que la naissance était imminente, il y a même un peu de travail de fait, si bien qu’il est imprudent d’aller me promener à Monselet et que je dois rester consignée ici. Le docteur prétend même qu’il serait possible de provoquer l’accouchement, j’espérais donc que ce serait hier soir ou cette nuit, et toujours rien !… je ne souffre pas… mais je m’énerve et je m’ennuie !

J’attends des nouvelles ce matin, j’ai eu hier un mot de Thouars, Jacquie est aussi bien que possible. Quand pourrai-je les revoir et les embrasser, tous mes chéris !

Dimanche 1er juillet

Je n’ai de goût à rien aujourd’hui et ne peux me mettre à une occupation quelconque ; la prière même…. me laisse indifférente, je suis de plus en plus lasse et énervée, cependant je crois que la fin approche, je souffre un peu plus aujourd’hui…

L’après-midi d’hier a été interminable, Madeleine n’est venue qu’un moment vers cinq heures puis Andrée Jaffré est arrivée pendant le dîner et m’a tenue compagnie jusque vers neuf heures, cela m’a fait du bien ; heureusement aussi que Mme Barbin vient de temps en temps, elle me remonte le moral, car parfois je broie du noir.

Une lettre de Jacqueline ce matin, un coup de téléphone de Jacques vers midi, sans soute viendra-t-il demain……

Mardi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 3 juillet 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Les jours passent sans amener l’événement tant attendu, il y a eu des naissances tous ces jours-ci, une cette nuit, j’envie les heureuses mamans qui ont maintenant leur petit enfant chéri… ce matin, je suis plus calme et plus résignée à la volonté divine ! mais aussi bien lasse ! Il fait très chaud je ne sais pas quelle position adopter pour ne pas trop souffrir du dos, des côtés ou des mouvements de mon petit chéri.

La journée de dimanche a tété interminable et très dure, hier, au contraire, bien bonne journée, Jacques est venu me voir et a passé presque tout son temps avec moi, quelle joie de le revoir, de le sentir là, de parler avec lui de nos petits chéris… mais cette journée a été trop courte ! Seigneur je suis en exil, vraiment en exil, veuillez abréger mon temps d’épreuve !

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 4 juillet 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je suis tellement abrutie par la chaleur que je n’ai même pas la force de m’impatienter, cela vaut peut-être mieux puisque je n’y peux rien…

Solitude complète hier, j’ai lu, travaillé, dormi ! J’offre tous ces sacrifices à mon petit chéri.

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 6 juillet 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une bonne journée hier, une éclaircie parmi la grisaille des jours (ceci au figuré bien entendu car nous avons au contraire une forte chaleur et une série de journées superbes ; jamais le ciel n’a été plus lumineux, les roses plus belles et le soleil plus éclatant), je reprends…une bonne journée hier, j’ai reçu au courrier un mot de Jacques m’annonçant sa visite dans l’après-midi… Nous avons passé ensemble une bien bonne après-midi, nous avons eu des moments délicieux, des causeries bien intimes, puis j’ai fait une petite fugue pour aller dîner chez Mère, en auto le trajet est si court, cela m’a fait du bien, depuis une semaine que je n’étais pas sortie d’ici ! Jacques est venu me reconduire ici après dîner, seulement il a fallu se séparer de nouveau. Si seulement le petit chéri ne tardait pas à venir ! A ce propos rien de nouveau , je ne souffre pas et rien ne s’annonce… Nous étions hier trois retardataires, l’une s’est décidée hier soir, tout s’est bien et rapidement passé, si ça pouvait être mon tour maintenant !…

Une histoire de Geneviève ! hier avant déjeuner, Georgette avait mis sur le buffet de la salle à manger une assiette qui pouvait contenir trente ou quarante framboises ; Geneviève qui jouait dehors s’est glissée là, à l’aide d’une chaise elle a atteint l’assiette et l’ vidée de tout son contenu, puis elle est venue trouver Georgette et lui a dt : « Bève a mangé toutes les françoises, a pu ! », Georgette a gronde, Papa a privé de dessert, pourvu qu’elle n’ai pas une indigestion !

Vendredi 20 juillet

Une belle journée encore aujourd’hui, suis bien tranquille encore ce matin et n’ai qu’à me reposer pendant qu’Yves dort près de moi, car il s’est enfin décidé à arriver le petit Yves, notre petit bébé chéri, et me voilà maintenant presque vaillante, songeant à partir et à réorganiser ma vie chez nous avec notre petit trésor.

Il y quinze jours j’écrivais ci et je disais mon énervement et ma fatigue d’attendre. J’ai passé une journée bien dure et bien longue, il faisait terriblement chaud et je ne savais pas quoi devenir, je n’ai eu aucune visite sauf un peu Madame Barbin…..Vers deux heures du matin j’ai été réveillée par une forte douleur, j’ai attendu un bon moment, puis vers trois heures comme les douleurs se rapprochaient, j’ai fait réveiller Mlle Barbier, cette fois-ci il n’y avait pas de doute, c’était le moment tant désiré, mais bien pénible cependant, tout allait assez rondement, je suis montée à la salle d’accouchement vers quatre heures, le docteur est venu vers cinq heures, à ce moment la dilatation était complète, mais toujours la même chose, l’enfant ne descendait pas, le docteur s’est décidé à m’endormir et vers cinq heures et demie avec le soleil levant, notre petit Yves poussait son premier cri. J’étais si heureuse en me réveillant, mais tout surprise encore que tout ce soit passé si vite et ravie à la pensée de la joie de Jacques recevant à l’ouverture du téléphone la nouvelle tant attendue. Il n’a pas tardé en effet à arriver, le temps de laisser les ordres à M. Baron, de faire prévenir quelques personnes, il a embarqué en auto Maman et Jean, lequel était ravi, et ils sont arrivés aussitôt qu’ils ont pu, voir le petit trésor et sa Maman. Je vois encore la figure illuminée de Jean devant son petit frère !

Jacques est reparti dès le samedi soir laissant Jean ici et il est revenu le dimanche avec Geneviève, Jacquie arrivait de Thouars également ce jour-là, si bien que j’ai eu la joie de voir mes deux filles autour du berceau de leur petit frère. Le baptême a eu lieu le lundi matin, Jacques avait pu avoir Michel dès le dimanche soir, Marguerite est venue lundi matin avec Maman, et, vers 11 heures tout le monde s’est réuni ici pour emmener le poupon à Saint-Louis où il a té baptisé sous les noms d’Yves Michel Abel Joseph. Depuis tout va bien, sauf la chaleur qui a été vraiment pénible les premiers jours ! je n’ai pas trouvé le temps long, j’avais d’ailleurs toujours dit à Jacques que je prendrais patience une fois que le bébé serait là ! La première semaine je me suis bien reposée, au bout de quelques jours j’ai pu recommencer à lire, mais je n’ai repris mon tricot que lundi dernier, maintenant je suis tout à fait vaillante, je m’assieds dans mon lit pour les repas, pour écrire et je vais me lever un moment cet après-midi. Je pars lundi au Poiré, quelle joie de me retrouver chez nous, il y a si longtemps que nous sommes séparés Jacques et moi !

J’ai eu des visites, pas énormément, André Jaffré est partie en vacances à Belle-Ile et je ne l’ai vue qu’une fois, Françoise n’est venue qu’une fois, elle aurait pu faire mieux ; j’ai vu Mère assez souvent, Madeleine le samedi, les oncles et tantes, Mme Houdbine est venue et m’a fait grand plaisir. Enfin Jacques s’est arrangé pour passer ici deux jours par semaine et m’amener les filles ; la dernière fois qu’ils étaient là, Geneviève a trouvé moyen de s’offrir une belle indigestion de dragées.

Jean est aux Sables depuis lundi avec Maman, Jacques y a amené les filles jeudi soir, pourvu qu’ils soient sages et ne fatiguent pas trop leur grand’mère !

Yves pesait à sa naissance 8 livres 150 gr., certaines personnes trouvent qu’il ressemble à Jean, c’est un beau bébé bien sage, cependant comme il tardait à reprendre du poids, le docteur Leroux lui a fait faire un peu de sérum et le garçon s’est décidé à démarrer. Jusqu’ici je le nourris et je voudrais continuer jusqu’en octobre, je ferai ce que je pourrai ; il est très éveillé, et on dirait déjà qu’il voit. Combien je remercie Dieu de m’avoir donné mon petit trésor.

Le Poiré jeudi 26 juillet

Je réorganise peu à peu ma vie ici, sans trop de peine, car mes forces reviennent facilement, et bientôt je pourrai sans effort reprendre une vie normale. Nous sommes ici depuis lundi, tout allait bien et je n’ai eu aucune peine à obtenir du docteur mon exeat. Les derniers jours à la clinique ont passé très rapidement… cette semaine, à part un peu de lecture, je n’ai rien fait, que de me reposer…. Le vendredi je n’ai vu Mère qu’un instant le soir. Le samedi je me suis levée une demie heure et j’ai fait quelques pas de mon lit à la chaise longue, ‘ai eu ensuite des visites, mes cousines des Buttes, Françoise, enfin Mère et Madeleine. Le dimanche je me suis levée un peu plus longtemps, Madeleine est venue puis Jacques est arrivé vers quatre heures et resté jusqu’au soir avec moi. Lundi nous avons fait les préparatifs du voyage, mais par la suite de différentes circonstances : visite du docteur, etc… nous n’avons pu partir qu’à six heures, si bien que nous étions en retard à arriver ici pour la tétée de bébé. Peu à peu je me remets donc à mes occupations, c’est moi qui m’occupe entièrement de mon petit gars, qui lui faits sa toilette et le pèse avant les tétées, Jacques n’a même pas la peine de se lever pour la tétée du matin, je suis maintenant assez solide pour m’en tirer seule.

J’ai été heureuse, profondément heureuse de me retrouver chez nous après plus d’un mois d’absence, de retrouver les objets familiers et le cadre aimé de notre existence…. Je suis descendue aujourd’hui pour déjeuner mais passe mes journées dans ma chambre… avec mon poupon cela me fatigue moins. Je lis, je tricote un peu, je mets à jour ma correspondance très en retard, j’ai quelques visites, hier le docteur et Mme Lucas, avant-hier, Tante Abel et Marguerite. Yves est sage, jour et nuit, espérons que cela va continuer… il regarde déjà, dans quelques jours il reconnaîtra sa maman !

Vendredi 27

Quelques événement très graves appris par radio hier matin, et confirmés par les journaux de ce matin, une bande de Nazis s’est emparée à Vienne de la chancellerie, ils ont blessé mortellement le chanceler Dollfuss et l’ont laissé pendant plusieurs heures sans aucun soin, lui refusant même l’assistance d’un prêtre, si bien qu’il est mort au milieu de ses ennemis, après une agonie atroce, sans une plainte, demandant seulement qu’il n’y ait pas de sang versé à cause de lui. C’est un assassinat monstrueux, commis certainement à l’instigation d’Hitler, et qui a révolté toute l’Europe. Dollfuss était un homme essentiellement sympathique, vrai patriote et chrétien. Pourvu qu ces événements n’amènent pas de troubles plus graves ! Il y aura bientôt vingt ans qu’éclatait la guerre !

Grand émoi cette nuit, le feu dans l’atelier de Barbin. Jacques s’est levé et s’y est rendu ; les dégâts n’ont pas été considérables, mais heureusement que les secours sont arrivés à temps, il y avait des bonbonnes d’huile et d’essence qui auraient pu faire un joli brûlot ;

J’ai pesé Yves ce matin, il a encore diminué, j’attends le docteur qui doit lui faire un peu de sérum, mais j’ai bien peur que mon lait ne soit pas assez nourrissant ; le pauvre trésor est pourtant bien sage et mignon. Jacques est allé dîné hier soir aux Sables, les trois autres vont bien.

Jeudi 2 août

Tout va bien ici, mes forces reviennent rapidement et d’ici quelques jours je pourrai reprendre mon existence normale, je monte et je descends maintenant les escaliers, je me promène un peu dans le jardin…. Et enfin, depuis hier, je me suis réinstallée tout à fait en bas, j’ai repris possession de mon fauteuil, de ma travailleuse, de mon bureau et cela a été pour moi un vrai plaisir. Yves va bien… je lui donne depuis huit jours un biberon de lait Nestlé et il profite, il est bien sage, ne pleure guère et passe de bonnes nuits, je m’occupe entièrement de lui et suis heureuse de jouir de ses petites grimaces.

Ces quelques jours ont été vite passés, Mère et Madeleine sont arrivées samedi soir ; dimanche, j’ai vu Mme Bonnaud puis Andrée Boyer et Madée ; lundi visite de Tante Abel et de Marguerite, Jacques a dîné ce soir-là aux Sables et ramené Jean et Jacquie pour le mariage de Germaine, seulement il était tard et nous les avons couché immédiatement. Mardi matin, après la tété d’Yves, grand branle-bas pour équiper tout le monde, il leur fallait être à Luçon à neuf heures, Jacques m’a dit que tout s’était bien passé, Jacquie était mignonne dans sa robe de « Normandie » et jean s’est conduit en grand garçon. Madeleine est rentrée à Nantes le soir. Jacques a reconduit les enfants pour dîner aux Sables et Mère nous a quittés hier après-midi. Nous avons eu hier les Granger à déjeuner, maintenant nous nous retrouvons tout à fait au calme. Je pense aller les retrouver aux Sables pour le 15 août

Les événements d’Autriche s’arrangent un peu, les obsèques de Dollfuss ont été émouvantes ; Mme Dollfuss est repartie en Italie où sont ses enfants, la pauvre attend un troisième bébé ! Les assassins du chancelier ont été exécutés.

Le Maréchal Lyautey est mort, la France perd en lui un grand serviteur et un vrai chef ; des funérailles nationales lui sont faîtes aujourd’hui à Nancy.

Temps douteux, malgré cela la pluie ne se décide pas à tomber ; tout est grillé, desséché ; partout dans la campagne on entend le ronronnement des machines à battre.

Les Sables, mercredi 15 août

Nous voilà une fois de plus réinstallés ici, dans des conditions quelque peu différentes cependant, car je suis encore obligée de me ménager, et, à cause d’Yves ne puis sortir aussi longuement que les autres années. Nous voilà maintenant organisés ici et je crois que tout va bien marcher sans fatigue ; j’ai installé Yves dans une chambre où il dort tranquillement, loin du bruit que font les autres, j’ai toutes ses petites affaires dans le cabinet de toilette et ai même organisé sur le balcon des enfants un séchoir qui me dispense de monter et de descendre aussi souvent …

J’ai été bien occupée les derniers jours au Poiré ; assez souvent j’avais des visites et puis je voulais mettre en ordre pas mal de choses avant notre départ, tout ceci joint à ma correspondance, mon tricot, quelques petites réparations, suffisait à remplir mes journées. Le dimanche 5 août nous sommes venus passer l’après-midi ici, j’ai été bien heureuse pendant quelques moments de revoir mes trois grands, surtout mon « petit lion » que je n’avais pas vu depuis si longtemps. Le lendemain nous avons fait des confitures et des conserves de mirabelles, le mardi c’était la lessive et il a fallu m’occuper un peu de la cuisine…

J’ai pu le dernier soir me rendre à la Colonne, où avait lieu la neuvaine précédant le 15 août… nous nous y rendions souvent autrefois… je suis passée dire une petite prière à la Grotte et je suis vite rentrée m’occuper d’Yves qui piaillait déjà en m’attendant.

Nous avons eu hier et lundi deux vilaines journées, peu de pluie mais un vent froid qui obligeait à se couvrir sur la plage, aujourd’hui nous avons au contraire un temps superbe ; les enfants se sont promenés ce matin avec leur papa et vont maintenant se baigner. Les deux grands surtout sont transformés en négrillons, Geneviève tousse un peu depuis longtemps déjà, aussi désirant être fixée, j’ai fait venir hier le docteur Lesueur, elle a des végétations et des ganglions, il va falloir lui faire enlever ses végétations dès le mois d’octobre et lui faire suivre tout un petit traitement, en somme rien de grave, mais un état à surveiller.

Nous sommes allés à la messe de 7 heures, Jacques, Jean et moi ; je tenais à ce que notre petit chéri communie en l’honneur de l’Assomption, j’ai essayé ensuite de le faire prier un peu, je désirerais tant qu’il soit un vrai chrétien comme son papa.

Les Alfred sont ici, nous les voyons assez souvent, nous voyons surtout Bernard qui vient souvent trouver Jean ; il ressemble beaucoup à Henri, qu’il est loin le temps où Henri passait ses vacances ici ! C’est maintenant un grave docteur, très occupé ! et moi-même maman de quatre petits !

Dimanche 19 août

Quelques jours de beau temps cela fait plaisir à tous, les enfants sont heureux du soleil qui leur permet d’aller sur la plage et de prendre de bons bains ; j’ai assisté ce matin à leurs ébats dans l’eau et cela m’a bien amusée ; Jean se baigne avec Menine qui lui apprend à nager, il paraît d’ailleurs qu’il va se lancer d’ici peu et commence à faire convenablement la planche ; Jacquie et Geneviève se roulent dans les premières vagues ; Geneviève est trop amusante à voir, elle court, s’éclabousse, s’assied dans l’eau et rie de tout son cœur quand les vagues arrivent sur elle. Je vais à la plage un moment matin et soir, à vrai dire je me reposerais mieux ici, mais je suis contente de voir jouer les enfants, de contempler la mer… et cela me fait du bien de prendre l’air. Je suis assez prise forcément par Yves, le petit chéri est toujours sage et mignon, il dort bien, boit de tout son cœur et progresse d’une façon suffisante, il a atteint ses neuf livres. Jean et Jacquie sont bien, Geneviève doit faire un peu d’embarras gastrique, elle n’a pas d’appétit et les repas sont de véritables comédies, je vais la mettra à une petite diète et cela passera sans doute.

Rien de nouveau autrement depuis mercredi, j’attends Jacques tout à l’heure, mais il doit partir dès demain… nous voyons toujours les mêmes personnes sur la plage, mais ce qui m’est pénible, c’est que j’éprouve, ainsi que jamais, le sentiment que nous n’avons maintenant plus rien de commun, ni pensées, ni préoccupations, ni façon de vivre, et cela ôte pour mou beaucoup d’intérêt aux conversations, je suis en dehors du monde, je ne suis maintenant qu’une maman ! Quelques paroles désagréables à mon égard vendredi matin, il m’est même dur pour moi de ne pas garder rancune….

Dimanche 26 août

Les enfants viennent de partir à la plage, Geneviève dort, cela fait un peu de calme dans la maison….

Tout va bien actuellement Jean et Jacquie sont en bon état, mais insupportables, quand ils sont à la maison, ils sont terriblement raisonneurs et même insolents, est-ce la mer qui les énerve, mais il faut souvent gronder et punir. Geneviève est bien, mais il a fallu la purger mercredi et la tenir à la maison, ensuite elle a trouvé moyen de faire un gros bouton à l’entrée d’une narine…. Yves est toujours facile et mignon, il prend du poids mais pas assez ces trois derniers jours… aussi hier j’ai remplacé la dernière tétée par un biberon complet de lait Nestlé, quant à moi, je fais une poussée de furonculose….

Les journées passent rapidement, toujours pareilles ou à peu près. A six heures et demie je donne la première tétée d’Yves, je me recouche ensuite jusqu’à sept heures et demie… ici, je suis en vacances… A sept heures et demie je commence ma toilette et fais lever les deux grands, nous déjeunons vers huit heures. A neuf heures, je m’occupe d’Yves pour son bain et sa tétée, et file sur la plage où je reste jusqu’à midi, là il faut donner la troisième tétée d’Yves puis je descends trouver maman, Jacqueline et les enfants qui sont déjà à table. J’ai ensuite un bon moment pour travailler jusque vers trois heures ; Puis il faut préparer le biberon du petit gourmand et le lui faire boire, je goûte ensuite moi-même et je file à la plage d’où il me faut repartir dès six heures pour mettre mon fils en maillot. Après le dîner la toilette des enfants se prolonge presque jusqu’à 9 heures, lorsque j’en ai le temps je me couche et tricote jusqu’au biberon de neuf heures et demie, après quoi je dors aussitôt.

Jacques a été obligé de partir lundi après déjeuner, mais il est venu jeudi après-midi, est allé à la pêche vendredi et parti hier matin, il viendra ce soir après dîner…..

Dimanche 9 septembre

Le départ est fixé à demain, déjà les Granger nous ont quittés vendredi, et cette dislocation marque bien la fin des vacances… Jacqueline me manque, nous avons eu le temps de reprendre des habitudes ensemble et depuis deux jours qu’elle est partie, j’ai déjà des tas de choses à lui dire ! Demain matin, je commencerai les valises… puis après le biberon de trois heures et demie nous chargerons Yves dans son moïse et regagnerons le Poiré ; mercredi nous viendrons chercher Jean et Geneviève ; vendredi, Maman nous arrivera avec Jacquie. Lundi, les enfants rentreront en classe….

J’ai eu ces deux semaines ici quelques bons moments à la plage malgré le mauvais temps, moments passés à regarder la mer tout en tricotant, moments souvent gâchés par les conversations de mon entourage, nous avons tellement peu la même mentalité…. Les meilleurs moments dont ceux que je passe à m’occuper d’Yves, ce n’est pas que je le préfère à mes autres chéris, mais il est à l’âge délicieux où il est tout faible et tout petit, où il d’abandonne entièrement à sa maman, où il est tout à fait à moi. Il faut souvent gronder et punir les autres, lutter contre leurs petits caractères, et encore encaisser les paroles aigres-douces de certaines personnes – souvent sans enfants- qui s’étonnent que les miens ne soient pas parfaits ! …

Samedi 1er septembre

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1934-09-09). Texte conservé tel quel.

Nous avons eu la visite d’Andrée Jaffré, …. Après le biberon de trois heures et demie, j’ai pu faire avec elle une bonne promenade…. Il y avait longtemps que je n’avais pas marché ainsi ….

Après dîner, nous sommes allés au marathon championnat de danse mais championnat d’endurance qui durera jusqu’à ce que…. Un seul couple reste en piste ; C’est complètement stupide mais passionnant et même très joli pour certaines valses grâce à la science des danseurs.

Le lendemain dimanche, le mauvais temps avait continué… nous avons pu cependant tenir sur la plage toute la matinée ; après déjeuner, pierre et Geneviève Bouliau sont venus nous voir ; Pierre est allé à la pêche avec Claude et Geneviève restée un moment avec moi ; après l’arrivée de Jacques, nous sommes allés les retrouver un moment à la Côte Sauvage, il faisait froid, le vent soufflait par rafales…. Nous sommes allés jusqu’à la Gachère et rentrés car il était l’heure du maillot et de la tétée d’Yves. Pierre et Geneviève sont partis peu après, Andrée vers huit heures., il pleuvait tout à fait….

Lundi, belle matinée à la plage, le soleil nous réjouissait tous, malheureusement le temps s’est vite couvert… L’après-midi, Jacques et moi sommes allés bavarder un moment sous la tente Touzain.

Mardi après-midi, pêche au marais, le temps était menaçant et nous avons dû nous équiper pour la pluie, il a plu d’ailleurs une partie du temps mais pas assez pour gêner la pêche, qui a été superbe…

Samedi, un moment au Casino avec Françoise et Tante Jeanne, nous avons parlé des choses d’autrefois….

Le Poiré vendredi 14 septembre

Nous voilà rentrés depuis mardi…. Il me faut reprendre la maison en main ce qui n’est pas chose aisée, depuis trois mois que je n’avais pu m’en occuper entièrement.

Nous sommes donc venus lundi Jacques et moi et Yves bien entendu… le lendemain Georgette allait à un mariage, aussi j’ai eu bien à faire… mercredi après-midi nous sommes retournés aux Sables chercher Jean et Geneviève, il a fallu ensuite faire une seconde installation. Enfin troisième convoi, Maman et Jacquie viennent d’arriver. Madeleine de Baynast et son mari arrivent demain soir pour deux jours….

Lundi 17

Ce mois de septembre est splendide, bien plus beau que n’a été le mois d’août…

Les Baynast sont arrivés samedi soir, je les ai reçus à dîner et nous avons causé jusque vers onze heures. Hier après-midi, nous avons fait une randonnée charmante par Challans, le Marais, Saint-Jean-de-Monts, Croix de Vie et les Sables, il faisait un temps merveilleux. En entrant, nous avons trouvé Geneviève malade, avec un gros accès de fièvre…, aujourd’hui, elle n’a plus que 37°, elle est gaie et mignonne.

Nous avons tous dîné hier soir chez Maman, et avons causé et regardé des photos jusque vers onze heures. Les Baynast sont partis ce matin….

Jean et Jacquie sont rentrés aujourd’hui en classe, Yves dort dans la cour.

Dimanche 23

Voyage à Nantes hier, pur commander des manteaux à Jacquie et Geneviève, la journée a été assez courte, car il a fallu partir après le bain d’Yves et revenir pour dîner…. J’ai choisi pour les filles des vêtements couleur sable, maintenant il fut combiner les accessoires, coiffures et cravates ainsi que les robes qu’elles porteront avec. Je n’ai pas eu le temps de m’occuper de toilettes pour moi, le temps étant trop limité, nous avons fait quelques courses et sommes allés à la clinique où rien n’est changé. Au retour, Jacquie s’est plainte de la gorge et des yeux, elle était très rouge, elle a dormi pendant presque tout le trajet…. Ce matin elle n’avait que 37°6, maintenant elle est très bien….

Jean paraît solide actuellement… il s’est fortifié, mais l’huile de foie de morue de l’année dernière lui a fait un bien énorme.

Yves est toujours sage et mignon, il ne pleure que lorsque le bruit le dérange ce qui arrive trop souvent, d’autant plus qu’il a le sommeil très léger, et que les frères et sœurs sont assez bruyants, mais il prend bien, digère bien et pesait hier pour ses onze semaines, 11 livres 40 gr

Rien de très neuf cette semaine, mardi, j’ai eu la visite de Tante Abel et de Marguerite, mercredi, nous sommes allées chez Armande Brachet, jeudi, je suis allée passer tout l’après-midi chez Maman avec les enfants ; Vendredi c’était l’Adoration… sommes allés aux Vêpres, la procession a été belle et émouvante ; malgré la gymnastique de Geneviève, j’ai pu prier….. Le soir, visite de Josée, pendant que j’emmaillotais Yves. Beaucoup d’ouvrage en perspective, j’ai terminé cette semaine un plastron-écharpe pour moi et des brassières pour le numéro deux de Marie Barreteau ; j’ai des paletots en laine à réparer à jean pour l’école, j’ai à faire une couverture de voiture pour Yves, un drap et une taie d’oreiller pour le bébé d’Henri, un manteau à refaire pour Geneviève, des coiffures et cravates pour mes filles, sans compter les chaussettes qui vont bientôt presser……

Mercredi 26 septembre

…. Aujourd’hui, un temps merveilleux, une des dernières journées sans doute. Jean et Jacquie sont allés en classe, Geneviève a joué dans la cour et Yves dormi dans sa voiture. J’ai pesé ce matin mon petit chéri, il a pris un peu de poids, et il a maintenant une petite figure fraîche, tout à fait mignonne, ses sourires sont une joie.

Hier, grosse émotion, Geneviève a fait tomber sur sa main le banc de chêne de l’étude, Jacques m’a appelée en toute hâte, la pauvre chérie avait trois doigts très abîmés et sa petite main était toute ensanglantée ; j’ai téléphoné à Mr Lucas qui nous a envoyé Lucien, le docteur débarquant à peine du pèlerinage des Anciens Combattants à Lourdes, Dieu merci, il n’y avait rien de grave et nous en avons été quittes pour la peur.

Aujourd’hui voyage à La Roche pour le dentiste, j’ai attendu longtemps, j’ai bien tricoté une demie pelote de laine. Maintenant les enfants sont couchés, Jacques travaille à l’étude, la maison est calme, je vais lire quelques pages avant de me coucher.

Dimanche 30

Quelques minutes avant la tétée d’Yves, je me presse car je prévois une après-midi plutôt chargée… et après le réveil de Geneviève nous devons aller à La Noue faire la connaissance du dernier né de Marie Barreteau… la semaine prochaine avec le changement d’horaire, le sommeil de l’après-midi sera supprimé et je n’aurai même pas un moment de liberté qui est pourtant une détente.

Temps gris et doux ce matin, temps d’automne, les enfants jouent dans la cour, Yves est dans le salon….

A la fin de la semaine dernière a eu lieu à Lourdes un pèlerinage d’anciens combattants – pèlerinage international, alliés et ennemis y étaient conviés et nombreux ont répondu à l’appel. Ce fut une chose merveilleuse, dimanche dernier, pendant deux heures, quinze évêques ont distribué la Communion sur les marches de l’église deu Rosaire, il y avait, di-on, cent mille personnes à Lourdes……

Dimanche 7 octobre

Yves a trois mois aujourd’hui…trois mois que j’ai eu la joie de contempler mon enfant chéri, d’entendre ses premiers cris, de baiser sa petite joue tiède et de contempler qur le visage de Jacques le reflet de ma propre joie….

Temps merveilleux aujourd’hui… nous avons eu cette semaine une série de jours bien désagréables, averses glaciales et vent cinglant. J’ai sorti les chaussettes de laine, les robes, les vêtements d’hiver, vérifié les bouillottes ! les jours diminuent rapidement, et ce soir, après le retour à l’heure d’hiver, il faudra nous enfermer plus tôt…..

Que dire de ma semaine, j’ai beaucoup travaillé… terminé un paletot pour Jean, bien avancé une cravate angora pour Jacquie, mis en train un manteau pour Geneviève, une taie d’oreiller de berceau pour Suzanne Pigeaud qui vient d’avoir une petite Françoise. Je n’ai pu faire grand-chose les derniers jours, Georgette a été prise d’un lumbago mercredi, elle a dû rester un jour au lit, maintenant il lui faut encore se ménager…. Oncle Raymond et Catherine sont ici depuis jeudi et repartent demain, je les ai reçus vendredi à déjeuner, et bien réussi un soufflé au thon. Dîné hier soir à la maison.

Voyage à Nantes mardi pour toilettes, chapeaux et essayages, retournons eudi. Reçu mercredi Armande et Marguerite…

Mercredi matin 10

Une chose très grave, apprise hier soir par TSF et confirmée ce matin par les journaux. Le roi Alexandre de Yougoslavie, qui venait faire en France une visite d’amitié, venait de débarquer à Marseille, il roulait en auto avec Barthou au milieu des acclamations de la foule, quand un homme fendant les barrages, est monté sur les marches et a tiré plusieurs coups de revolver dans l’auto ; le roi est mort un moment après sans avoir repris connaissance, M. Barthou, transporté à l’hôpital est mort après avoir prononcé quelques paroles. L’agresseur, qui paraît être un Croate a été tué à coups de sabre par les gardes. La reine Marie, qui venait par chemin de fer, a été avertie à Besançon. Le fils aîné du souverain, le prince Pierre a été proclamé roi hier soir. Tout ceci pourrait amener un bouleversement européen.

Passé l’après-midi d’hier chez Maman, avec les enfants.

Dimanche soir 14

Nous avons vécu ces jours-ci suspendus au micro, afin d’avoir plus rapidement les tristes nouvelles que nous apportait la TSF. Les complices de l’assassin du roi Alexandre et de M. Barthou ont été arrêtés, ils ont avoué et affirmé que si l’attentat avait échoué à Marseille, ils devaient le renouveler à Paris. Ils appartiennent à une association terroriste qui aurait des attaches en Hongrie. Le corps du roi Alexandre a été embarqué sur le croiseur qui l’avait amené, et qui, escorté de deux croiseurs français et d’une division de contre-torpilleurs a dû arriver en Yougoslavie ce matin ; les funérailles du roi ont lieu jeudi, M. Lebrun s’y rendra en avion, M. Pietri et le Maréchal Pétain sont partis hier sur un des croiseurs qui escortaient le navire royal. Les funérailles de Barthou ont été célébrées hier après-midi, un catafalque avait été dressé sur l’esplanade des Invalides, après un discours de Doumergue a eu lieu un défilé des troupes, puis une absoute fut donnée dans l’église Saint-Louis des Invalides par Mgr Crépin. Aujourd’hui, audition plus consolante, nous avons eu la messe pontificale de la cérémonie de clôture du Congrès eucharistique de Buenos Ayres. Quelle chose merveilleuse et incompréhensible d’assister de façon si parfaite à des cérémonies célébrées à une telle distance !

Je reprends les menus faits de la semaine, dimanche dernier après le goûter des enfants, nous sommes allés nous promener avec Oncle Raymond et Catherine, il faisait un temps merveilleux, nous sommes allés de pré en pré à la recherche de champignons, notre récolte a été plutôt maigre….. Semaine vite passée… j’ai terminé deux petites cravates angora pour les filles et fini une taie d’oreiller, mais il me reste à faire le drap du berceau, et le manteau de Geneviève n’est pas avancé…. Hier Jean était fatigué, il souffrait de la tête, des jambes et avait 39°, aujourd’hui, il se portait mieux…. Mais une figure de papier mâché – croissance, ganglions….

Mardi après-midi à la maison, Jeudi, sommes partis à Nantes aussitôt déjeuner pour en revenir après dîner, après-midi quelque peu fatigante avec les enfants à traîner. Vendredi, visite à Andrée Boyer, hier passé un moment chez Marguerite….

Dimanche 21

Les jours diminuent rapidement, je me lève maintenant avant le soleil…

Aujourd’hui, journée plutôt dure, le dimanche est toujours d’ailleurs très rempli… Je suis allée à la grand-messe avec les deux grands, nous avons ensuite déjeuné, il m’a fallu m’occuper d’Yves, et habiller de nouveau les enfants pour les emmener aux Vêpres, car c’était la fête de la Sainte-Enfance ; Jean a été très convenable, Jacqueline guère sage, quant à Geneviève, elle a trouvé moyen de faire rire toute la procession, y compris M. le Curé. Je n’ai eu un peu de paix que ce soir…. Je veux seulement raconter brièvement les faits de cette semaine : lundi, mardi et mercredi, rien de très nouveau, jeudi, entendu par TSF de Belgrade, les obsèques deu roi Alexandre, le reportage était fait en plusieurs langues, yougoslave, français et italien, il me semble, et nous pouvions suivre ainsi toute la cérémonie. Samedi assisté aux obsèques de Poincaré tout en faisant la cuisine, et pressant du jus de pommes et de coings pour faire de la gelée ; nous avons – à distance – entendu le discours de Doumergue, et suivi le cortège du panthéon à Notre-Dame ; les chants religieux ont été, comme toujours, très beaux et très émouvants….

Dimanche 28 octobre

Grande paix aujourd’hui, les trois grands déjeunent chez Maman, Yves dort dans le salon, nous avons eu Jacques et moi un repas bien paisible, pendant lequel nous avons pu parler…. La plupart du temps il faut gronder pour avoir un peu de silence, se fâcher pour que Jean et Jacquie mangent, préparer ce qui leur faut, tout en se pressant pour lé tétée de midi et demie, ceci sans parler des caprices et des colères de Jacquie, ni des singeries de Geneviève….

Tout va bien actuellement, mais pas depuis longtemps, Jacquie a fait mardi une poussée de fièvre avec gonflement des amygdales, je l’ai laissée au lit mardi, levée mercredi et jeudi elle était assez bien pour passer l’après-midi chez Maman. Geneviève tousse un peu, mais il ne fait pas froid, je peux la laisser sortir. Jean se comporte convenablement et Yves pousse à merveille : 13 livres 80 grammes hier matin, il est toujours facile et mignon et nous prodigue de ravissants sourires.

Semaine bien vite passée : lundi la lessive et un voyage à La Roche, mardi 25 pots de confiture à couvrir, une visite de Mme Dorion, un tour au cimetière et un moment chez Armande Brachet. Mercredi, reçu Marie Bellon. Le soir Georgette a appris la mort de son père ce qui a amené pas mal d’allées et venues et de perturbations dans la maison. Jeudi donc, après-midi chez maman, nous avons fait une flambée, ce qui fait la joie des enfants et permet de leur faire des tartines pour goûter. Assisté vendredi à l’enterrement du père de Georgette, et hier enfin travaillé tranquillement, c’est-à-dire en surveillant Geneviève, ce qui devrait exclure toute idée de tranquillité. Toujours beaucoup d’ouvrage… j’ai fini le drap et la taie d’oreiller mais le manteau de Geneviève est encore en chantier, j’ai une couverture de berceau à terminer pour Yves…. Je n’arrive plus à lire, cela me manque….

Jour de la Toussaint

Jacques est parti aux Vêpres, je suis obligée de garder la maison avec les enfants et cela me prive des cérémonies auxquelles j’aurais aimé assister, il est si doux de prier pour nos morts ; Nous avons porté ce matin des chrysanthèmes au cimetière et avons même poussé jusqu’à Palluau, déposer des fleurs sur nos tombes, seulement il a fallu faire vite, il fallait être de retour pour la grand messe, aussi je n’ai pu, comme je l’aurais aimé faire passer les enfants sur toutes les tombes de personnes que j’ai autrefois connues ou aimées, afin que Jean, maintenant assez grand pour comprendre, entende prononcer leurs noms et dise pour elles une petite prière….

Quelques jours bien occupés au début de la semaine : lundi, j’ai garni l’intérieur du buffet de la salle à manger, chose que je voulais faire depuis longtemps et suis allée faire mes invitations au repas de baptême d’Yves ; nous aurons Tante Abel et les Mignen, les Gourraud aussi je suppose, mais les Lucas ne seront pas libres ce jour-là. Mardi, voyage à Nantes, journée quelque peu pénible, courses et essayages, je suis allée à la Visitation… c’était la première fois que j’y retournais depuis la mort de Tante, et cela m’a rappelé le passé, j’ai vu assez longuement la Mère Supérieure… je suis partie comme les Vêpres commençaient…

Dimanche 11

Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : novembre 1934. L’en-tête ne porte que le quantième « 11 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.

Seize ans du jour de l’Armistice….j’ai prié pour les morts de la guerre… pour que nos petits ne connaissent jamais les horreurs que leur papa a connues, pour la France qui traverse une période bien troublée : par suite de la défection de quatre ministres radicaux, le ministère Doumergue a dû démissionner, nous avons maintenant un ministère Pierre-Etienne Flandrin qui prétend continuer le ministère Doumergue ! mais que va-t-il sortir de tout cela ?

Quelques journées bien remplies depuis la Toussaint… Vendredi, après déjeuner, promenade avec Maman et les quatre petits, les trois aînés trottant autour de nous et moi poussant la voiture d’Yves, nous sommes allés jusqu’à La Faucherie…. Je suis revenue ici recevoir Marguerite et Armande Brachet. Samedi, promenade jusqu’au Moulin-Guérin avec Geneviève et Yves, la pluie nous a pris au retour, aussi Geneviève était ravie de trotter sous son capuchon…

Dimanche, grand-messe, les enfants déjeunaient chez Maman, j’ai eu quelques minutes de tranquillité… il fallait que j’assiste aux Vêpres avec Jean, Jacques ne pouvant y aller, au retour, visite de charlotte, puis d’Armande Brachet et de Berthe Guillaumé, il était temps ensuite de s’occuper de mon poupon… Mardi terminé une petite guimpe en tricot destinée à Jacquie ; les Granger sont arrivés vers quatre heures, nous avons goûté et passé l’après-midi ensemble. Mercredi, voyage à La Roche pour les derniers préparatifs du repas de baptême d’Yves, j’en ai profité pour conduire les filles chez le docteur ? qui leur a trouvé que peu de chose ; nous avons ramené Mme Quéreau et dès le soir le grand branle-bas a commencé. J’avais le lendemain un joli déjeuner et tout était bien réussi, Jean était gentil comme toujours avec con marin ; Jacquie avait une jolie petite robe de velours marron et Yves était un amour dans son tricot rose, seulement notre petite Geneviève était malade ;.. toute la nuit précédente elle avait pleuré … elle est restée toute la matinée sur les coussins du bureau, dormant à moitié et très abattue ; au moment où on annonçait le déjeuner, elle était dans le salon sur les genoux de Maman quand elle s’est mise à vomir – comme apéritif, c’était réussi, nous avons épongé tout ce qu’elle a rendu, Jacques a découvert la cause de tout ce mal : un ver ! Nous avons été un peu rassurés, et avons pu déjeuner plus tranquillement. Le soir, le docteur est venu et a ordonné un petit traitement qui s’est terminé ce matin par l’absorption d’une grande cuillerée d’huile de ricin….

Vendredi temps affreux, nous avons eu chez Maman une grande séance avec tante Aline, Tante Chailloux, les Boyer et Granger ; il y a eu quelques orages, mais aussi des choses comiques. Hier, départ des Granger et après-midi chez Marguerite avec Armande. Aujourd’hui, j’ai Geneviève à surveiller et des dessins à faire….

Dimanche 18

Un mot seulement car je voudrais me coucher de bonne heure et j’ai une lessive de bas et de chaussettes à faire avant… Semaine très occupée, je ne suis presque pas restée chez moi et n’ai pu faire grand-chose… Lundi, je suis allée chez Mme Dorion pour la confection des paquets de vêtements destinés aux enfants pauvres, mardi, seconde séance ; mercredi, aussitôt déjeuner, Jacques et moi sommes allés à La Roche et revenus vers 4 heures pour la distribution des vêtements. Lundi, fait avec Jean et Jacquie une bonne marche jusqu’à La Bardinière, pendant que Maman promenait Yves et Geneviève…. Vendredi, suis allée voir les Bonnaud puis terminé l’après-midi chez Armande Brachet. Hier, promené les enfants avec Maman… Puis travaillé ici où j’ai eu la visite de Tante Abel….

Rien de nouveau aujourd’hui… reçu Charlotte et les Mignen.

Dimanche 24 novembre

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 24 novembre 1934 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Les journées, les semaines passent avec une rapidité affolante…. J’ai pourtant beaucoup travaillé, j’ai tout de même achevé le manteau bleu de Geneviève, aussi le dessus de berceau d’Yves est de nouveau resté en panne, j’ai aussi en chantier une petite robe rouge pour Geneviève, sans compter le cache-nez que je destine au Noël de Jacques.

Lundi, journée à Nantes, j’ai porté à réparer mon manteau neuf dont la doublure ne me plaisait pas ; nous avons vu Mère et Madeleine et fait une tournée de famille, ce qui ne nous arrive pas souvent, nous somme revenus après dîner par un clair de lune merveilleux. Le temps s’est maintenu toute la semaine au beau froid sec…. Yves et Geneviève ont pu avoir chaque jour leur petite promenade, Geneviève est maintenant aussi bien que possible, quant à Yves, c’est un beau poupon qui pèsera bientôt quinze livres, il est toujours sage et mignon, très gai, très souriant et ne me donne aucune peine. Jeudi, j’ai fait faire à Jean et 0 Jacquie une bonne promenade jusqu’à la Braconnerie, il faisait bon à marcher….

Dimanche 2 décembre

Dans mon lit, me voilà astreinte à quelques jours de repos… cela ne peut plus mal se trouver, car Jacquie et Yves sont grippés et mon immobilité complique les choses. Je me lève pour m’occuper des enfants, pour les repas….

Jacquie est prise depuis presque huit jours, cela a commencé comme un gros rhume… elle n’a pas de température ce matin, mais le soir la fièvre monte….elle est gaie et ne se plaint pas, mais j’ai hâte de la voir remise. Quant à Yves, il a commencé à tousser jeudi, vendredi soir il avait 39°, ce matin, il n’avait plus que 37°6, il est très gai, mais il a moins d’appétit, et il faudrait lui donner également de l’huile de ricin ! et ce n’est que le début de l’hiver !

Aujourd’hui pluie glaciale, je ne suis pas malheureuse ici ! Toute la semaine, d’ailleurs, le temps a été dur et pénible. Lundi, promenade avec Geneviève et Yves, mercredi, voyage à La Roche ; Jeudi promenade à Pont-de-Vie, il faisait très froid….Jean a été très exité par tout ce qu’il a vu : le portail du château, la rivière et surtout la carrière qui l’a enthousiasmé. Le soir, pendant que je couchais Yves, j’ai vu arriver dans la salle de bains tout un défilé : les trois enfants avec des fleurs, Geneviève m’apportait une joli petit réveil, cadeau de son Papa, Jean et Jacquie avaient des dessins de leur confection, et chacun m’a récité une petite poésie, puis arrivaient Jacques, maman et enfin Georgette, Marie, Augustine…. J’ai reçu les vœux de tous

Lundi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 3 decembre 1934, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toujours au lit ! il pleut depuis hier soir…. Jacquie n’a pas de fièvre, Yves non plus, mais Geneviève à 39°6 ! grippe ? dents qui poussent ? je suis abrutie de tout cela et vais sûrement rêver thermomètre !

Dimanche 9 décembre

Jacques part aux Vêpres avec Jean, je reste garder les filles et Yves. Je reviens de la réunion des Mères chrétiennes ; M. le Curé nous a parlé d’un sujet qui lui tient au cœur, d’une intention qui m’est chère entre toutes : l’œuvre du recrutement sacerdotal… Je désirerais tant et tant qu’un des mes enfants entende l’appel du Maître et y réponde !…

En attendant cet avenir, tout va mieux chez nous aujourd’hui… Yves est maintenant tout à fait rétabli, il ne tousse plus et prend bien ses biberons, il a fallu le purger mercredi…. Geneviève avait de la fièvre, je ne l’ai pas couchée, comme elle ne toussait pas, je l’ai tenue à la diète, jeudi elle avait 37°5, l’appétit est revenu, ce qui est bon signe. Quant à Jacquie, elle a encore fait des siennes au début de la semaine, elle n’avait plus de fièvre et j’ai commencé à l’alimenter, quand brusquement mercredi après-midi elle a fait 39°4, j’étais bien ennuyée, le docteur a prétendu que c’était une rechute d’embarras gastrique, mais dès jeudi matin, la température est redevenue normale, nous en avons été quitte pour la peur, mais ils faut des grandes précautions pour l’alimenter, la langue demeure chargée, l’appétit n’est pas merveilleux et la pauvre fille a beaucoup maigri…. Jean se maintient en bon état, peut-être, est-ce grâce à l’huile de foie de morue ! Quant à moi, j’étais sérieusement fatiguée ces derniers jours, mais tout à l’air de s’arranger maintenant.

Quoi dire de la semaine ? elle s’est passée presque toute entière à préparer des tasses de bouillon et de tisane, monter et descendre les escaliers, prendre des températures ; entre temps je n’ai pu faire que quelques aiguillées de tricot. Hier, j’ai pu assister aux Vêpres de l’Immaculée Conception et une bonne promenade avec Jean. Demain nous passons la journée à Nantes….

Dimanche 16 décembre

Reprenons un peu la semaine passée…. Lundi, voyage à Nantes par une journée grise ; après-midi un peu fatigante parce qu’il a fallu faire le travail du Petit Jésus, et courir de magasin en magasin pour les cadeaux du ciel et les étrennes. Nous sommes revenus après dîner, le brouillard était intense et Jacques avait de la peine à conduire. Mardi après-midi chez Armande Brachet, suis rentrée de bonne heure à cause des enfants. Mercredi ne suis sortie qu’un moment pour aller chez Maman, nous nous sommes aperçus le matin que Jacquie avait la varicelle, aussi nous avons expédié Geneviève chez Grand-mère pour essayer d’éviter la contagion. Mon « petit lion » ma manque, et je vais, en général, une fois par jour coir ce qui se passe là-bas. Jeudi soir assisté au patronage à une représentation donnée par la troupe du patronage, c’était bien joué et nous avons passé un agréable moment….

Jacquie n’est pas encore remise, sa varicelle l ne la fatigue pas, à part quelques démangeaisons…. Elle a un peu plus d’appétit et pas de fièvre. Jean est bien, au point de vue santé, mais lambin, taquin, raisonneur et désobéissant. Geneviève est toujours « le petit lion » amusante au possible, elle a fait hier soir une bonne colère, mais elle avait ensuite son petit cœur bien gros. Quant à Yves, il est tout sourire et pèse maintenant 15 livres 460.

Beaucoup travaillé cette semaine, mais comment arriver à quelque chose quand le temps est ainsi morcelé. Je tricote actuellement un ensemble pour Geneviève, la robe et la guimpe sont à peu près terminées, il me reste à faire le petit paletot, après quoi je pourrai peut-être tricoter pour moi ; j’ai entrepris également des jouets destinés au petit chausson d’Yves, et, cela occupe mes soirées.

Mauvaise période actuellement au point de vue moral, lassitude….dégoût devant l’esprit de malveillance trop commune hélas dans des milieux chrétiens…. Devant la mesquinerie, l’étroitesse de certains esprits….

J’ai rapporté de Nantes, le troisième volume de « Brigitte » dont j’ai tant aimé les deux précédents, ce sera, pendant quelques semaines au moins, mon livre de chevet.

Dimanche 23 décembre

Après-demain Noël, le temps passe rapidement et les enfants comptent les jours… Jean a libellé depuis longtemps la lettre collective au petit Jésus, mais si tous les jouets désirés venaient du ciel, la maison serait transformée en magasin ; le Petit Jésus sera cependant généreux : une bicyclette de grand garçon pour Jean, un bicyclette avec stabilisateur pour Jacquie, une auto rouge pour Geneviève, et pour Yves, j’ai tricoté un superbe canard jaune, tous seront contents je pense.

Pour moi, pour me plonger aujourd’hui dans l’esprit de l’Avent, j’ai assisté à la grand-messe et aux Vêpres, j’ai écouté le « Rorate »… et le cantique « Venez Divin Messie » m’a rappelé de lointains souvenirs.

Reprenons les jours passés : Jacquie est enfin mieux, mais elle nous a fait encore quelques histoires… son état est à surveiller quelque temps.

Lundi lessive, j’ai rangé une partie de l’armoire de la lingerie… Mercredi reçu Armande Brachet et Marguerite, jeudi fait avec Jean une promenade à la Bardinière. Vendredi, j’ai vu Mme Edmond Gendreau et Mme Herbreteau et reçu à dîner Maman et Oncle Raymond ; hier enfin, travaillé bien peu, car les enfants sont de plus en plus absorbants et ne me laissent guère en paix….

Dimanche 30 décembre

Quelques mots seulement si possible….

Dieu merci, les enfants sont bien aujourd’hui et voilà près de quinze jours que je n’ai pas eu de température à prendre… sont bien !… c’est-à-dire que Geneviève a la varicelle mais cela ne la rend pas très malade, la seule chose ennuyeuse est qu’elle est privée de ses bains, ce qui, après les inondations de chaque nuit, n’est pas précisément agréable.

Jean est à Nantes et revient demain, afin que nous puissions commencer ensemble l’année 1935. Jacquie reprend ses forces et ses bonnes joues, et petit Yves est de plus en plus mignon, il soulève sa tête, rit aux éclats et cherche toujours à jouer.

Nous avons passé une jolie fête de Noël, Jacques avait, ainsi que chaque année, dressé la crèche dans le salon, et lundi soir, les quatre chéris sont venus y déposer leurs souliers, même les tout petits chaussons de Vonvon, puis ils sont allés se coucher tout heureux. C’est moi qui, cette année, assistait à la Messe de Minuit… J’ai donc passé ma veillée avec Maman, puis nous nous sommes rendues à l’église… Nous sommes rentrées ici toutes deux Maman et moi et fait un petit réveillon avant de nous coucher. Mardi matin, je me suis pressée à changer Yves et à lui donner son biberon, pour descendre au salon jouir de la joie des autres….

Après déjeuner, nous sommes allés à Nantes conduire Jean qui doit y passer ses vacances. Là de nouveau les sabots étaient garnis…. Nous sommes rentrés ici pour dîner et avons eu l’agréable surprise de trouver un bouton de varicelle sur le dos de Geneviève, c’est son tour !

Depuis j’ai eu mes occupations habituelles… Vendredi, passé l’après-midi chez Marguerite, Suzanne Meaume vient d’hériter de deux jumelles, elle en est ravie et je la comprends…..