Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche 3 janvier 1954
J’ai beaucoup à écrire aujourd’hui et ne sais si j’y arriverai facilement ; d’abord, l’électricité est coupée, coupures assez fréquentes depuis quelques heures – il est plus de 4 heures ½ et, si cela ne revient pas d’ici quelques minutes nous n’y verrons plus rien. Nous devons aussi aller faire visite aux Boyer, si bien que cela nous mènera presque jusqu’au dîner, et que je ne ferai pas grand-chose aujourd’hui. La fin de l’année 53 et ce début d’année ont été plutôt remplis. Le pire de tout est qu’il n’y a pas de possibilité de liberté pour ce que j’aurais à faire ; on se heurte sans cesse à des exigences, à des étonnements que je sois sans cesse occupée ; il y a pourtant des obligations qu’on ne peut laisser tomber, et des petites parlottes sans intérêt réel… J’aimerais faire tranquillement ce que j’ai à faire et profiter de la présence des enfants ; cela va être si cout maintenant ; Pierre part demain matin et Yves mardi matin. Lundi sommes allés à Nantes, partis en fin de matinée, Jacques avait à faire à Belleville, nous l’avons attendu dans l’auto, pour filer le plus vite possible ensuite. Sommes arrivés à Nantes assez tard mais à une heure possible pour déjeuner. Avons fait quelques visites de famille, chez Tante Marguerite, chez Germaine, chez les Landais, puis dîné à Nantes et sommes revenus aussitôt. Mardi, ne suis guère sortie, car nous avions le mercredi les Denis à déjeuner et je voulais préparer à l’avance pas mal de choses. Le repas d’est d’ailleurs bien passé et nous avons passé une bonne journée. Le jeudi, j’aurais été contente d’avoir un peu de tranquillité ; j’avais à tricoter, à raccommoder, et j’ai eu au contraire beaucoup à faire. Le matin, marché, passé une partie de la matinée à faire des « palmiers » pour offrir le lendemain. Déjeuné chez Maman, mais assez tard, Jacques n’étant pas libre plus tôt. Maman et Jacqueline auraient voulu que je reste ensuite pour recevoir une visite de Charlotte, mais cela m’était impossible, une veille de Jour de l’An, il y a trop à faire ici. Je suis rentrée pour recevoir la visite du Directeur de la Jamonière et d’un de ses adjoints, ensuite Bonne Mère de l’hôpital est venue avec Sœur Gertrude. Charlotte et Léon sont arrivés ensuite. Je me suis mise après leur départ à préparer une pâte à gâteaux, mais il était temps de partir chez M. le Curé. Au retour, fait quelques cartes parmi les plus pressées, puis me suis remise aux gâteaux. Ai été interrompue par le dîner, puis m’y suis remise jusqu’à 10 heures. Au lieu de faire tout cela, il aurait fallu que je sois dans le bureau à parler… Vendredi, sommes allés à la Première Messe, Jacques et moi, puis, comme d’habitude défilé de visites toute la matinée, j’ai pu écrire un peu après déjeuner, puis sommes sortis pour aller chez Grand-Mère, chez Tante Abel, au cimetière. Les enfants ont filé chez Mme Baron ; Jacques et moi sommes rentrés ici où j’ai pu avoir un peu de tranquillité et de paix. Hier, les garçons sont allés déjeuner chez les Bastard et sont rentrés vers 9 heures ; il faisait très froid… C’est toujours comme cela que je me représente le 1er janvier, un temps clair, ensoleillé et glacial. Hier matin le temps s’est couvert à plusieurs reprises ; on aurait dit qu’il allait neiger ; ce matin, le thermomètre était plus bas que jamais ; il y avait une splendide gelée blanche, et, quand je suis allée au marché, ce début de matin d’hiver, malgré le froid rigoureux, avait un charme. Dans la matinée le vent a tourné, le ciel d’est couvert, et il a plus ensuite tout l’après-midi. Armand, Suzanne et Michel ont déjeuné ici ; le repas était bien, le filet de bœuf très bien présenté et la bûche de Jacquie – café et praliné – tout à fait remarquable, mais Michel verse de plus en plus dans l’ascétisme alimentaire et sa supériorité est pour nous, pauvres provinciaux, un peu écrasante. Yves n’a pas déjeuné avec nous, il assistait au banquet de sa Classe, lequel avait été fixé pendant les vacances en son honneur, mais, le banquet commençant de bonne heure, il a pu nous arriver pour le dessert. J’ai encore pas mal de lettres à écrire ; le chandail d’Yves est terminé, il va l’emporter… Hier, une assez longue visite de M. et Mme Bricout…
Dimanche 10 janvier
Jacques et moi revenons de Beaufou où nous avons fait, chacun de notre côté, une réunion ; après quoi, nous sommes allés chez Mme Parois qui nous a offert à goûter et nous avons bavardé autour de la théière. Il fait moins froid que ces derniers jours, après la réunion de ce matin au Patronage, la grand-messe où il ne faisait pas chaud, la réunion de Beaufou, le couloir glacial des Parois, au sortir de leur salle à manger, j’apprécie le confort de la maison chauffée et aussi la perspective d’avoir, avant le dîner, trois quarts d’heure de tranquillité. Dimanche dernier, nous avons pu aller chez les Boyer, et c’est tout ce qui nous a été possible de faire ce jour-là ; depuis, Jacques n’a eu aucun moment de liberté à une heure favorable, et nous n’avons pu sortir ensemble. Lundi, Pierre est parti dès 9 heures, Yves est allé passer l’après-midi à La Roche pour voir ses anciens professeurs. Ne suis pas sortie de la journée ; Cela me faisait du bien, après une semaine un peu remplie, d’avoir une après-midi au calme. Mardi, Yves est parti en fin de matinée ; cela m’a fait de la peine de le voir s’éloigner encore une fois et pourtant Versailles n’est pas le bout du monde, il y aura peut-être, un jour ou l’autre, des départs plus douloureux. L’après-midi, suis allée offrir mes vœux à Mme Dorion, passée à l’église puis suis allée chez Maman, quand j’y suis arrivée, il tombait quelques petits grains de neige, puis cela a forcé et il a bien neigé pendant plus d’une heure. Le sol étant gelé, la neige a tenu et il y avait une bonne petite couche. Mercredi matin, Epiphanie ; beaucoup prié à la Messe, en cette fête que j’aime tant. Dans la matinée, fait le gâteau des Rois ; il était remarquablement réussi. C »était une pâte feuilletée avec de la gelée de groseilles et framboises. La pâte était très montée et bien légère, délicieuse avec la confiture. Anne a été reine et ravie, elle a confectionné aujourd’hui un gâteau que nous avons mangé à déjeuner. Maman a été reine à son tour. L’après-midi, il y avait le Conseil de Révision, et, selon l’habitude, jacques a reçu ensuite le Secrétaire général, les maires du canton, les conseillers généraux, les médecins. J’avais des petits biscuits feuilletés – restes de la pâte du matin – des petits gâteaux aux amandes - restes de ceux faits au Jour de l’An – et des palmiers. Jacques a été pris ensuite jusqu’au soir. Jeudi matin, déjeuné d’une façon bizarre, Jacques était aux Lucs pour fêter une centenaire, originaire d’ailleurs du Poiré, et le vin d’honneur, à la mairie des Lucs, était à midi, Jacquie était à la Roche, elle avait d’ailleurs failli rater le car le matin, Anne déjeunait chez Grand-Mère. A midi et demie, pas de Jacquie, nous avons pensé que cette fois-ci elle avait vraiment raté son car. A une heure, Geneviève et moi nous mettons à table. A une heure et quart, Jacques arrive ; mais il est aussitôt happé par un client et disparaît dans l’étude. A une heure vingt, Jacquie arrive, elle avait fait du stop avec Marie-Annick, une auto les avait amenées à Mouilleron, et, après avoir marché un peu, elles en ont trouvé une autre qui les a amenées ici. Jacquie a donc pris le repas au début. Jacques, arrivé à une heure et demie, a pris le repas au début puis Eugénie est venue prendre le café. Nous avons été libres vers trois heures. Suis allée ensuite chez Maman et revenue ici dans l’espoir de sortir avec Jacques ; il n’était pas libre. Vendredi après-midi, réunion de Ligue, elles sont venues deux ! je ne sais pas si j’aurais le courage de recommencer un autre vendredi. L’une d’elles avait sa cuisine de cochon, une autre recevait ses enfants, une troisième avait peur d’avoir froid. Cela ressemble à la parabole des invités aux noces. Ce matin, elles n’étaient guère nombreuses…. En sortant de la salle, où l’on gelait, suis allée chez Anne-Marie préparer avec elle la réunion de jeunes femmes pour mercredi. Passée ensuite par le cimetière et quelques minutes chez Maman. J’étais glacée en arrivant ici, et il a fallu un grog pour me retaper. Il a fait toute la semaine dernière un temps très dur, une des pires journées a été jeudi ; il avait neigé toute la nuit ; le matin, cela fondait et on piétinait dans une boue glaciale. J’étais transie le soir, et ai dû me coucher plus tôt pour me réchauffer…
Dimanche 17 janvier
Il y a un an, nous attendions le corps de notre petit Jean chéri… Nous avions préparé le salon, pour la dernière arrivée de notre enfant… Je n’oublierai jamais cet instant où Jacques et moi sommes sortis au-devant de lui, et, bien de fois, en franchissant la grille, je revois le camion arrêté, et le cercueil de notre cher petit descendu par ses camarades et les hommes présents…
Pierre vient aujourd’hui, avec trois jours d’avance, nous fêter ses dix-sept ans, avec un gâteau offert par Grand-mère, qui était reine la semaine dernière. Nous sommes contents de revoir notre petit garçon, Yves nous manquera lui aussi… Semaine bien remplie. Lundi, foire de La Roche, comme d’habitude, courses et réunion chez Mme Coutansais. Etions rentrés assez tôt le soir pour aller chez les Lucas, c’est d’ailleurs la seule visite que nous ayions pu faire cette semaine ! Mardi, suis restée au repos et au lait. Me suis levée pour voir déjeuner les autres et recouchée aussitôt. J’ai essayé de ne pas trop tricoter, en tous cas, me suis allongée davantage, et pris de grands moments pour seulement lire ; je suis nettement plus fatiguée que je l’ai été parfois, et ces journées doivent être un repos plus grand. J’ai eu cependant à préparer une réunion pour La Robière vendredi… Mercredi, repris le travail habituel ; suis allée chez Maman au début de l’après-midi, puis revenue ici pour recevoir une visite des Gilbert ; pendant tout ce temps, tempête et coupure d’électricité. Enfin le courant est revenu un peu avant dîner. Après dîner, réunion de jeunes femmes au cinéma, elles étaient quatorze, un peu moins que d’habitude, mais la tempête et les coqueluches y étaient certainement pour quelque chose. A la fin, avons partagé le gâteau des Rois, je crois qu’elles étaient contentes… Jeudi, rien de nouveau, suis allée encore un peu chez Maman. Vendredi, suis allée à pied à La Robière, Jacques étant absent, mais cela n’a pas été trop dur, il faisait beaucoup de vent, vent d’ouest un peu tiède que j’aime bien. Suis revenue sans m’attarder et sans faire de visites, je ne tenais pas à rentrer dans la nuit, la pluie d’ailleurs menaçait un peu. J’étais ici à 6 heures. Hier, suis sortie pour aller chez maman, au cimetière et à l’église. Aujourd’hui, à part la visite de Pierre, rien d’extraordinaire en perspective… Fini un paletot de bébé qui a été donné aussitôt, j’ai à faire maintenant une robe pour la petite fille de Lucien Gauvrit, mais, entre temps, il va falloir réparer le chandail d’Anne et lui faire une paire de chaussettes…
Dimanche matin 24 janvier
Coupure de courant ce matin ; suis installée dans la salle à manger avec Geneviève et Anne ; il fait bon avec le poële allumé ; tout à l’heure le soleil arrivera, et chauffera aussi. Le temps, depuis deux jours, est nettement plus dur, gelée blanche le matin, et hier après-midi, un vent très coupant ; il faisait cependant délicieusement bon sous la véranda, et les jours allongent… Semaine très chargée en souvenirs. Dimanche et lundi, malgré les occupations, malgré aussi les allées et venues des uns et des autres, je me suis efforcée de vivre par la pensée auprès du cercueil de notre petit Jean… Dimanche, trouvé Pierre ici, en arrivant de la grand-messe, il avait eu un temps convenable pour faire le trajet. J’avais soigné le menu et cela lui a fait plaisir. Le gâteau, offert par Grand-mère, était très bon, et c’est Anne qui a eu la fève, sans aucune fraude cette fois-ci. Pierre nous a quittés un peu avant quatre heures. Peu après, sont arrivés Pierre et Geneviève Bouliau qui sont restés presque jusqu’au dîner. Françoise est venue aussi un moment. Lundi, j’avais décidé de ne pas sortir, j’avais d’ailleurs le chandail d’Anne à réparer, et cela représentait un assez long travail, puisque je n’ai pu terminer que le soir à 11 heures, et encore il a fallu le laver avant d’aller me coucher. En fin d’après-midi, visite des Privat, avec Jean-Michel et sa fiancée, Jacquie la connaît, ayant été avec elle à Jeanne d’Arc. Mardi, suis sortie assez tôt, pour aller faire un Chemin de Croix et passer au cimetière, où, l’année dernière, nous avions eu la douleur de laisser le corps de notre cher petit, suis allée ensuite un moment chez Maman. Mardi, réunion au Plessis, assistance peu nombreuse, fait deux courtes visites en rentrant. Les deux filles avaient déjeuné mardi chez Marie-Annick, qui recevait quelques amies ; elles avaient décidé d’aller toutes en bande au théâtre, à La Roche mercredi soir. Seulement, c’était la tournée Baret, et il n’y avait plus de places. Elles sont allées au cinéma et le film leur a beaucoup plu. Elles retournent cette semaine à la Roche pour le concert JMF. Jeudi matin, pas mal de travail avec le marché, la cuisine et un peu de correspondance… Vendredi après-midi, réunion au Recredy, bonne petite assistance. Jacques a pu me conduire en auto, il est même venu au-devant de moi pour le retour, cart nous voulions faire quelques visites ; nous étions allés mardi soir chez Mme Gendreau et chez les Brachet ; ce soir, visite aux Yvernogeau et Gilbert.. Hier, rien d’extraordinaire, seulement une visite des Lucas ; suis allée ensuite chez Maman, au cimetière et à l’église. C’est hier que notre petit Bernard chéri aurait eu 14 ans… Il serait grand maintenant, il serait à Richelieu avec Pierre… Aujourd’hui, je ne prévois rien, peut-être quelques visites cet après-midi. Je suis pas mal lasse, ces réunions à chaque instant me préoccupent et me fatiguent plus qu’on ne peut se l’imaginer. Plus que trois en campagne à faire et ce sera une détente ensuite…..
Dimanche 31 janvier
Temps très froid et très dur ce matin ; ne suis pas encore sortie, mais, ce matin, les vitres de la chambre d’Anne étaient toutes givrées. Hier, le vent était coupant et vraiment pénible. Suis allée chez Maman et au cimetière, mais je n’ai pu m’attarder tant la température était pénible et tant j’avais hâte de rentrer à l’abri… Dimanche, j’avais eu une après-midi tranquille. Lundi matin, rangé ma travailleuse, sui en avait bien besoin, et mis en ordre bien des choses. L’après-midi, piqué des torchons. Avec la machine électrique cela va tout de même bien plus vite, mais je ne sais pas encore tellement m’en servir. Confectionné aussi trois petits mouchoirs pour Anne. Mardi, suis allée à un enterrement, fait visite à Radegonde Gendreau, suis allée ensuite chez Maman, puis retournée voir Mlle Lucas et Bonne-Mère. J’ai fini mes visites du Jour de l’An, c’est toujours cela de fait. Mercredi, après-midi à La Roche, par un temps un peu dur, mais supportable ; vu Pierre, qui est bien. Il avait eu une lettre d’Yves ; nous en avions eu une aussi le matin. En rentrant de La Roche, il n’était pas tard ; avons repris la voiture pour aller voir les Bricout… Mme Bricout a servi du vin, puis du café et des petits gâteaux, puis du Kirsch, si bien que Jacques n’a pu dîner le soir. Les deux filles étaient parties ce soir-là à La Roche pour le concert JMF. Jeudi, temps affreux et pluie glaciale, le matin à l’heure du marché c’était vraiment pénible, j’avais aussi à parler à M. Le curé, il m’a fallu attendre un moment et je suis revenue transie. Suis allée chez Maman l’après-midi. Le soir, une visite de Mme Privat, relative à la réunion à faire à Belleville aujourd’hui ; je reprendrais celle faite aux Lucs et à Beaufou, et j’aime mieux cela, parce que je n’ai eu à modifier que très peu de chose. Vendredi, réunion au Boucheau. Jacques est venu me conduire, et je suis revenue à pied, cela n’a pas été pénible ; il ne faisait pas trop froid, et surtout pas de vent. Le plus dur est de rester deux heures dans une pièce sans feu. Il y avait une bonne assistance. Hier matin, fait des rangements… Jeudi soir, avons eu à dîner les Abbés Sacré et Boucher, j’avais un dîner simple à confectionner, quoi que très bon, si bien que je n’ai pas eu de peine et tout a bien marché. Jacquie nous avait fait un gâteau vraiment délicieux et nous avons passé une agréable soirée. L’Abbé Boucher avait l’air d’apprécier la température de la maison, et aussi le vestiaire chauffant, d’où l’on retire des vêtements confortablement tièdes. Aujourd’hui, je dois donc avoir une réunion à Belleville ; Jacques va me conduire et Mme Privat me ramènera ici… Hier soir, suis allée au cinéma avec Geneviève, je comptais y aller avec Jacques, mais à 8 heures ½, il était encore retenu à l’étude par des clients arrivés un peu après 6 heures. Je voulais voir « Le petit monde de Don Camillo », ayant vu aux Sables le film qui fait suite. Celui-ci, le premier, est mieux, c’est un genre un peu à part, mais combien amusant et spirituel. Ce ne sera peut-être pas très bien compris ici…
Dimanche matin 7 février 1954
Quelques minutes avant de partir à une réunion de Ligue. Cela ne me dit pas grand’chose ; il fait froid et j’aimerais mieux rester tranquillement ici… Semaine de froid très vif et très pénible ; depuis hier il y a tout de même un peu moins de vent, et c’est déjà quelque chose… Dimanche, Jacques m’a conduite après déjeuner à Belleville où je suis arrivée pour la fin des Vêpres. La réunion était à l’école des garçons ; nous sommes allées et revenues à pied, et cela n’a pas été très drôle, car il y avait des dames respectables, qui marchaient comme des tortues, et le froid était très dur… N’avons vu personne le soir, si bien que j’ai bu écrire bien tranquillement. Lundi, suis restée ici, j’ai pu faire de la couture et tricoter. Mardi matin, passé un moment chez Maman. L’après-midi, il y avait réunion à l’Aumère, Jacques m’y a conduite, mais les femmes du village étaient sans doute gelées et personne ne venait, il a fallu que Radegonde Salmon aille battre le rappel….il s’est trouvé que Jacques, ayant fini ses courses à La Roche, est passé par l’Aumère, la réunion était presque terminée, et il a bien voulu attendre quelques instants. Nous avons pris, comme d’habitude le café et les petits gâteaux, puis j’ai eu en auto un retour très rapide et confortable… Mercredi, nous sommes allés à Nantes, les enfants s’en effrayaient un peu, vu le froid, mais tout s’est cependant très bien passé. Il y avait un beau soleil, pas très chaud, mais dans l’auto il ne faisait pas froid. La Loire, au bas de Pirmil était totalement prise, au bas de la Madeleine, cela coulait encore un peu, mais il y avait des glaçons et les rives étaient déjà prises. Sommes restés le matin chez Grand-Mère où il faisait bon. Avons fait des courses l’après-midi, Jacques et moi voulions nous acheter des descentes de lit et un tapis pour notre chambre. Après avoir fait plusieurs magasins, avons fini par nous décider pour des tapis d’Algérie dont je suis ravie. Sommes partis vers 7 heures. Jeudi matin, fait le marché. Jeudi matin, ayant téléphoné à la Maison des Œuvres, Mme Avril m’a demandé d’organiser une récolte de carrés de laine, afin de faire des couvertures, chose dont il y a grand besoin par un froid si vif. Tous les lainages étaient également demandés, aussi j’ai fait une rafle dans quelques armoires et tiroirs, et l’après-midi, Jacques allant à la Roche, j’ai expédié par lui toute une valise au Secours Catholique. L’après-midi, suis allée chez Maman, puis au cimetière. Suis passée chez Mme Baron, qui vient d’être malade, puis suis allée parler à la Bonne Mère, afin de lui demander de faire tricoter les petites filles. Bonne Mère ayant accepté, j’ai cherché un peu de laine pour l’envoyer le lendemain par Anne. Vendredi matin, les petites filles se sont mises à l’ouvrage et, hier soir, j’avais tout un panier de carrés de laine qui, réunis feront le début d’une couverture. Il m’en arrivera d’autres ces jours-ci. Reçu aussi quelques lainages et vêtements d’enfants. Vendredi, passé mon après-midi ici, entièrement seule, ce qui m’a fait beaucoup de bien. Jacques était parti à La Roche avec son personnel qui devait passer une visite médicale. Jacquie y était allée aussi pour conduire et Thérèse m’avait demandé à aller voir sa sœur. J’ai prié, j’ai lu, et l’après-midi a été vite passé. Le soleil a été assez bon pendant un moment, pour me permettre d’ouvrir la porte sur la véranda. Nous avons eu cependant, pendant toute la semaine, un froid très vif. Un peu partout toutes les pompes étaient gelées ; il y a eu des plantes, des pommes, des pommes de terre gelées partout, sans parler des mimosas qui ont été grillés et qui étaient si beaux, sans parler aussi des dégâts un peu partout en France, et même des vieillards et enfants morts de froid, ce qui est pire que tout. Nous avons dû laisser le chauffage allumé pendant trois nuits… Hier, c’était d’jà un peu moins dur, il ne faisait d’ailleurs plus de vent, suis allée l’après-midi chez Maman et à l’église. Il a fallu hier noyer notre pauvre Pacha ; cela nous a fait de la peine, nous étions habitués à le voir, à la cuisine, couché sur une chaise, d’une façon plus ou moins bizarre, seulement, il avait à l’extérieur de la gorge un gros abcès qui suppurait et aussi du mal sur la tête, aussi valait-il mieux s’en débarrasser. Cela fera de la peine à Pierre qui l’aimait beaucoup. Je me souviens aussi que c’est Jean qui l’avait recueilli aussitôt sa naissance et l’avait installé sur de la paille, en compagnie de la « Minette ». C’est donc encore un souvenir de Jean qui s’en va… Ce matin, je suis donc allée à une réunion de la Ligue, cla q’est beaucoup mieux passé que je ne l’espérais, elles étaient huit, et M. l’Abbé Boissonnet nous avait allumé le poële du Patronage, de sorte que cela a été relativement confortable. Suis allée ensuite à la Grand-Messe et aux Vêpres. Les Boyer sont venus presqu’aussitôt. Ils étaient à peine sortis que sont arrivés Juliette Moreau et son matri, trois de leurs enfants et une nièce, ils partent à l’instant, si bien que je n’ai rien pu écrire aujourd’hui…. Il pleut à verse pour l’instant… Je ne suis pas fâchée de voir enfin le dégel.
Paris, Lundi matin 15 février
Pas eu le temps d’écrire hier ; enfin j’ai décidé de ne pas sortir ce matin ; je vais déjeuner chez François, mais j’ai quand même un bon moment devant moi… Semaine vite passée et très remplie comme toujours. Lundi, c’était la foire de La Roche, il faisait un peu moins froid aussi la journée n’a pas été pénible. Un peu de verglas le matin, ce qui nous a fait faire dans la côte de Mouilleron un petit zig-zag quelque peu imprévu… courses le matin, déjeuner chez les cousines Bouliau, réunion Coutansais ensuite. Mme Coutansais nous a offert à goûter, mais j’ai été obligée de filer en vitesse pour prendre la voiture et filer à Richelieu. Quelques courses ensuite et nous avons pu ne pas rentrer trop tard. Mardi, suis restée au lit et tricoté un peu trop, selon mon habitude, j’avais à tricoter des bandes pour les couvertures du Secours Catholique. Ai cependant réussi à prendre un peu de vrai repos et à m’allonger tout à fait dans l’après-midi, ce qui m’a fait du bien. Préparé aussi une réunion de jeunes femmes pour mercredi soir. Mercredi matin, travail habituel, suis allée chez Maman l’après-midi, chez Marguerite aussi. Visite aux Bonnaud le soir ; nos visites du jour de l’an sont ainsi terminées, nous en aurons à recevoir en retour. Jeudi matin le marché et pas mal de dérangements comme toujours ; je suis allée chez Maman dans l’après-midi après avoir eu une visite de Mme Yvernogeau. Vendredi matin, assisté à un enterrement. L’après-midi, j’avais une réunion à la Petite-Durantière, cela me pesait un peu car Jacques ne pouvait m’y conduire, fait par conséquent le trajet à pied, et cela n’a pas été si dur que cela. Il faisait assez doux et pas de vent, quelques gouttes de pluie à l’aller, mais sans que cela soit gênant. Assez bon groupe de femmes à la réunion ; au retour, il pleuvait un peu et une des femmes m’a prêté un imperméable, la pluie n’a d’ailleurs pas été gênante et j’ai assez aimé cette promenade tranquille à travers la campagne toute en harmonies grises. Suis passée un peu chez Maman, sans m’arrêter au cimetière puisque j’y avais été le matin. J’étais rentrée de bonne heure, et me suis mise à organiser mon départ, de façon à voir tranquillement ce que je voulais emporter et ne pas être bousculée le lendemain matin. Jacques est rentré de La Roche à 7 heures ½, et il a fallu dîner en vitesse car il devait aller à Aizenay à une réunion agricole qui devait être à 8 heures. Il en est d’ailleurs revenu à minuit seulement. Samedi matin, j’étais prête de bonne heure, et j’ai même eu le temps, avant l’heure du départ, d’écrire et de mettre en ordre pas mal de choses. Nous sommes partis vers 11 heures, par un temps plutôt douteux. Un peu avant la Berthelière, quelques gouttes d’eau ont mouillé ma glace, cela a été de plus en plus fort, et nous avons vu que cela venait non de la pluie, mais du moteur. L’eau du radiateur fuyait et inondait tout. C’était donc la panne, et il a fallu rester sur place. Au bout de quelques minutes une auto est arrivée, venant du Poiré, et le conducteur a consenti à me prendre en charge pour me conduire à la gare, je ne sais d’ailleurs pas qui est cet automobiliste complaisant. J’ai donc eu la possibilité de prendre mon train sans émotion, mais j’ai dû laisser Jacques et Jacquie sur la route, avec la Frégate. J’espère qu’ils n’ont pas trop tardé à être dépannés. Heureusement que cela ne s’est pas produit la veille au soir au retour d’Aizenay. Pour moi, fait un très bon voyage, sans histoire comme d’habitude, j’ai prié, lu, tricoté… A Montparnasse, Mladen et Danitza (Danica) étaient au-devant de moi, il ne pleuvait pas et nous avons été vite rendus. Me suis couchée tard, un peu trop pour moi qui n’aime pas tellement cela, mais il était impossible de faire autrement. Hier matin grand-messe à Saint-François Xavier, j’étais bien placée… Suis rentrée ici, déjeuné et écrit un peu. Yves est arrivé vers midi ½. Avons déjeuné ensemble, puis sommes sortis pour aller un peu au Louvre. Il ne pleuvait pas, j’ai été contente de marcher un peu avec lui le long de la Seine. Au Louvre, visité avec lui, très rapidement, trop rapidement, la galerie d’Apollon et la grande galerie de peinture. Dans la galerie d’Apollon, certaines vitrines sont maintenant éclairées et leur contenu très bien mis en valeur, les Joyaux de la Couronne, entre autres, y gagnent énormément. J’ai été heureuse de revoir certains tableaux, mais il a fallu passer beaucoup trop rapidement. Sommes rentrés ici vers 5 heures afin de voir François et Marie-France qui devaient goûter. Sommes partis ensuite de bonne heure chez Solange afin de voir Maurice et elle un peu avant le dîner comme nous étions obligés de partir assez tôt. Miche de Baynast y était aussi, mais nous n’avons pas vu Perrine qui, parti danser, n’était pas encore de retour à 9 heures ½. Quitté Yves à Saint-Lazare, j’ai été contente de le voir, il a bonne mine et semble bien portant ; il a l’air de se donner tout à son travail et a un tel désir d’arriver, même cette année si possible. Suis rentrée sous la pluie, me suis couchée aussitôt, me suis reposée un peu ce matin. Cet après-midi, je tâcherai d’aller voir Tante Marguerite…
Mardi matin 23 février
Pas eu le temps d’écrire toute cette semaine, et beaucoup de choses à raconter. Je dois déjeuner chez Tante Marguerite et ne sortirai pas avant ; cela me fera du bien, car je suis beaucoup sortie et j’ai beaucoup circulé ; ne suis cependant pas arrivée à faire tout ce que j’ai à faire. Lundi, j’ai donc déjeuné chez François, et cela m’a fait plaisir de les voir tous les deux, ainsi que toute leur petite bande ; Suis allée ensuite faire une visite à Tante Marguerite, puis à Cécile, qui a bien mauvaise mine. Suis allée ensuite rue Duroc ; Louise-Marie m’a reçue dans sa chambre, où elle avait déjà Cadette, Françoise et Thérèse Vivier. Vu une minute Tante Juliette qui était assoupie ; elle m’a parue terriblement amaigrie et réduite. Dîné chez Tante Denise. Mardi, suis partie de bonne heure pour la première journée rurale de Ligue. C’était tout près d’ici, rue Notre-Dame des Champs ; suis passée devant Stanislas, me rappelant le temps heureux où Jean y était….Mercredi matin, la messe était à la chapelle de la rue du Bac, ce qui a été une grande joie pour moi ; les réunions ont eu lieu comme la veille, très intéressantes aussi…. Suis restée ici un peu ensuite, puis dîner chez Suzette ; elle avait préparé un charmant petit repas, et m’a raconté tous ses ennuis de logement, e même temps que ses ennuis de santé ; Jeudi, me suis levée tard, déjeuné à 10 heures, copieusement. A midi, suis partie à Versailles où j’étais à 1 heure ¼ ; Yves m’attendait, sommes allés au collège porter un chandail que je lui avais réparé, puis au château. Avons fait un tour dans le parc, mais il s’est mis à neiger… Yves était enrhumé, aussi nous ne nous sommes pas attardés. Sommes allés chez Cadette qui est vraiment bien installée, puis fait quelques courses avec Yves. La neige s’était tournée en pluie, mais il ne faisait pas bien bon. Vers 4 heures, sommes allés dans un salon de thé où nous avons goûté tous les deux. Le garçon a un excellent moral ; cela m’a fait plaisir. A 4 heures ½, il m’a quittée pour rentrer. Je suis allée voir Louise Bouliau, que je n’ai pu trouver, aussi repris mon train sans tarder. Dîné chez Aline. Vendredi matin, temps de plus en plus douteux, pris le train gare de Lyon vers 11 heures ½ ; j’étais à peine dans le train qu’il s’est mis à neiger, et cela a été en augmentant sans cesse…. C’ait un paysage d’hiver s’une infinie tristesse. A partir de Melun, tout cela a changé, le train traversant la forêt de Fontainebleau, là, c’était un enchantement ; j’étais ravie, et ne me lassais pas de contempler cette merveille des arbres fleuris de blanc…A Montereau, Jean était au-devant de moi et, en quelques minutes, nous étions arrivés. Jacqueline est aussi bien que possible, on doit lui faire bientôt de nouveaux examens, cela décidera ou non de l’opération. Avons tricoté tranquillement tout l’après-midi et nous sommes couchés de bonne heure. Samedi matin, me suis levée tard, suis allée rejoindre Jacqueline dans sa chambre, elle se lève vers 11 heures. Sommes restés dans le salon après déjeuner. Mon train était à 6 heures 25, Mlle Barreau m’a accompagnée à la gare. J’étais ici à 8 heures ½. Dimanche matin, grand-messe à Saint-François Xavier… Ecrit un peu ensuite, puis suis partie à Neuilly, où Yves et moi déjeunions chez Marie-Thérèse et sa mère. Avons été d’ailleurs remarquablement soignés. Sommes rentrés ici par l’autobus, cela faisait plaisir à Yves que de faire le trajet en surface. Passé un moment avec Tante, puis suis allée chez Suzette à qui j’avais promis de présenter Yves. Nous avions rendez-vous à Saint-Lazare avec Daniel et Louise Bouliau, qui m’avait téléphoné la veille au soir. Avons dîné – trop bien pour mon régime – dans un restaurant tout près de là et passé un agréable moment. Hier matin, suis partie à Rosny de bonne heure ; il y a un long trajet à faire en métro puis en autobus. Cela m’a fait à peu près une heure et quart, j’étais là-bas à midi. Toute cette banlieue Montreuil-Rosny n’est pas bien jolie. Passé là-bas une agréable journée ; mais Mme Aubin étant là, je n’ai pas pu parler à Jeanne aussi intimement que je l’aurais voulu. Leur pavillon est agréable et ils ont su y recréer l’atmosphère du Mans, mais les affaires ne sont pas brillantes. Dîné là-bas et vu Gilles ; Tous sont venus me conduire à l’autobus, j’étais ici à 9 heures ½. Cet après-midi, s’il fait beau, je voudrais me promener un peu…. Bonnes nouvelles du Poiré.
Le Poiré, dimanche soir 28 février
De mon lit. Suis arrivée ici hier après-midi. Depuis, pas une minute à moi… Mardi, déjeuné chez Tante Marguerite, avec Michel et Claude de Baynast. Réalisé ensuite un projet fait depuis longtemps, en allant visiter Saint-Louis. Fait une bonne promenade le long des quais, et sur les quais de l’Ile Saint-Louis, entrant dans les cours, regardant les façades et les nombreuses plaques rappelant les souvenirs de ceux qui vécurent là. Dans la Cité, vu une charmante maison de chanoine, puis suis allée jusqu’à la place Dauphine. Pris le métro ensuite jusqu’à Grenelle, où j’ai vu Sœur Marie Saint-Clément, ne suis restée qu’une demi-heure avec elle, il me fallait arriver de bonne heure rue Duroc pour dîner avec Louise-Marie et Laurence. Le dîner a été lugubre dans cette salle à manger pas bien gaie et je suis rentrée très tôt. Caty recevait une amie, et je suis arrivée assez tôt pour la glace, qui était délicieuse. Mercredi matin, ne suis pas sortie, j’avais beaucoup à écrire, déjeuné aussi chez Tante Denise, puis suis sortie de bonne heure pour aller chez Michel. Passée à la gare prendre mon billet, puis un peu chez Marie-France, j’étais chez Michel vers 3 heures, causé un peu avec lui, comme je voulais aller au Musée des Arts décoratifs, il m’a conduite en auto et m’a fait faire une charmante promenade en auto par les quais et la Concorde. Passé une heure délicieuse aux Arts décoratifs ; il y a tant de jolies choses à voir, chaque vitrine, chaque meuble mériterait qu’on s’y attarde ; il y a de ravissantes petites pièces aux boiseries sculptées, au plafond peint, et, par les fenêtres, un des plus beaux paysages de Paris, les Tuileries et le Louvre. Suis allée revoir le Palais-Royal, que je n’avais pas vu depuis très longtemps. En fin d’après-midi, suis allée voir Françoise puis dîné chez Cécile. Vendredi, passé presque toute ma journée aux Arts Ménagers, de 10 heures du matin à 5 heures du soir. Vu quantité de choses intéressantes, des appareils ménagers, des meubles, des ensembles, on ne peut pas tout raconter. A midi, ai déjeuné au restaurant, ce qui m’a d’ailleurs bien reposée. A partir de 3 heures, l’affluence jusqu’alors modérée, est devenue considérable ; revu certaines choses, puis suis rentrée un peu avant 5 heures. Samedi matin, Mladen est venu me conduire à la gare, où nous avons retrouvé Yves. Beaucoup de monde dans le train, j’avais bien fait de retenir une place. Fait cependant un très bon voyage. Jacques et Jacquie étaient au-devant de nous et nous ont annoncé que Tante Emma était morte le matin même. Sans désemparer, nous avons filé à Palluau voir Pierre et Geneviève. Suis allée ensuite un peu chez Maman, puis pris un peu de temps pour lire les journaux. Ce matin, sommes partis aux Lucs peu avant dix heures par une forte giboulée. Il y a eu la réception de Monseigneur et la messe pontificale, très belle. Déjeuné chez Mme des Rochettes avec ses filles et Mme Robert jean Yole. Assisté ensuite au Petit Luc à la bénédiction des plaques, portant les noms de ceux qui ont y furent massacrés, il y a cent soixante ans aujourd’hui. Allocution de Monseigneur pendant laquelle nous n’avions pas bien chaud. Enfin, à la salle du patronage, représentation par une troupe de Cholet, de la pièce de Jean Yole « Capitaine de Paroisse », c’est très beau et très émouvant… Une petite visite à Mme Parois et il était grand temps de rentrer…
Dimanche soir 7 mars
Pas une minute à moi encore aujourd’hui ; je viens de me coucher, et serais contente, après avoir écrit, de me reposer un peu en lisant…. Lundi, les obsèques de tante Emma nous ont fait passer toute la matinée ; il y a eu la levée de corps à Palluau, puis l’inhumation dans son pays à Mouzeuil. Nous en sommes rentrés pour déjeuner, un peu frigorifiés d’ailleurs. L’après-midi, suis allée un peu à l’église devant le Saint-Sacrement puis au cimetière et enfin chez Maman. Mardi, passé la journée à Nantes ; ne suis pas sortie le matin, aidé Mère et Madeleine à la cuisine. Quelques courses tranquillement l’après-midi. Mercredi, suis restée à la maison pour mettre à jour pas mal de choses, Pierre avait regagné Richelieu le matin. Jeudi, travail habituel. L’après-midi, suis allée à Saint-Paul Mont Penit ; M. le doyen de Palluau m’avait demandé de faire une petite causerie aux adolescents… De Palluau, on est venu me chercher en auto, et j’ai fait, au retour, le trajet de Saint-Paul à palluau à pied, ce qui a été une joie pour moi… Me suis arrêtée chez Pierre et c’est là que Jacques est venu me chercher après avoir été à Belleville conduire Yves qui repartait à Versailles, et Jacquie, se rendant à Pouzauges d’où elle doit rentrer demain. Les vacances d’Yves ont été vite passées. Vendredi après-midi, réunion de Ligue, suis allée voir Mme Dorion puis Anne-Marie Bernard à qui je voulais soumettre le plan de la prochaine réunion de jeunes femmes, puis Suzanne Talonneau qui vient de faire une fausse couche de six mois et en est encore très secouée. Hier, ne suis sortie que pour aller chez Maman, puis à l’église ; Aujourd’hui, le réunion de la Ligue, la grand-messe, les vêpres, une séance au patronage avec une pièce très intéressante.. Pour terminer, ai trouvé le temps de me tourner le pied et de tomber en plein carrefour. Je me suis trouvée idiote et j’ai eu très mal, je me demande ce que cela donnera demain, je dois pourtant aller à la foire de La Roche !
Dimanche matin 14 mars
Pour la première fois depuis mon retour de Paris, j’ai une matinée libre, et cela me paraît agréable… Lundi, impossible d’aller à la foire de La Roche, en me levant pour la messe, je me suis rendu compte que j’avais trop mal pour marcher – et surtout marcher dans les rues de la Roche – j’ai donc écrit à Mme Coutansais pour lui dire ce que je pouvais pas lui dire de vive voix, et j’ai décidé de bien reposer mon pied ce jour-là pour qu’il soit plus vite guéri, avant de partir à La Roche, Jacques m’a conduite chez Maman , elle souffrait depuis deux jours d’un rhumatisme dans le cou et la nuque, je lui avais fait le dimanche soir une friction avec la crème Rapp, et voulais lui en faire une autre, de plus elle paraissait un peu inquiète et énervée, elle n’avait cependant pas de fièvre, ni le cœur trop rapide, aussi, je suis rentrée rassurée, mais boitillant. L’après-midi, j’étais installée dans la véranda, où il faisait très bon, quand Maria est venue me dire que maman n’était pas bien, elle souffrait beaucoup plus, pleurait et se trouvait très mal. J’ai téléphoné au docteur, lui demandant de venir me prendre pour ménager mon pied. Le docteur a rassuré la pauvre Grand-mère, lui a dit qu’il s’agissait de rhumatisme cervical et qu’elle n’avait nullement le cervelet pris comme elle le croyait, et lui a donné des cachets calmants qui lui ont fait du bien. Maintenant, elle souffre encore, mais d’une façon supportable, mais je crois qu’elle a dû terriblement souffrir. Mardi, suis restée au lit, cela a reposé mon pied, me suis aussi beaucoup reposée, peu tricoté et lu aussi peut-être un peu moins que d’habitude. Mercredi, mon pied allait tout à fait bien ; suis allée chez Maman puis au cimetière et à l’église. Le soir, réunion de jeunes femmes, 17 présences et une très bonne ambiance. Le soir, j’avais téléphoné à Montereau, j’avais eu au bout du fil Mlle Barreau, qui m’avait dit que Jacqueline était rentrée à la clinique l’après-midi et devait être opérée le lendemain matin. Jeudi matin, j’ai été dérangée et n’ai pu à peu près rien faire. L’après-midi, je suis allée chez Maman le plus tard possible et suis restée à attendre l’appel téléphonique. A 4 heures ½, je suis tout de même allée chez Maman qui aurait dû s’étonner, je ne luis avais rien dit du téléphone de la veille au soir. En rentrant, toujours rien, c’est après huit heures que Jean Granger nous a appelé, pour nous dire que tout s’était bien passé, mais l’opération avait duré deux heures et demie et Jacqueline a été longue à se réveiller. Je suis allée tout de suite prévenir Maman pour qu’elle passe une meilleure nuit. Vendredi, suis allée au moulin-Guérin, puis une minute chez Maman, suis rentrée de bonne heure, parce que Thérèse n’était pas là et que mes filles désiraient sortir avec Marie-Annick et Annie Grolleau. Reçu une visite de Mme Caillaud. Hier, suis allée voir Marguerite, passé une minute chez Maman, puis suis allée voir Mme Lucas. Quatre jours de temps splendide cette semaine, nous avions stoppé le chauffage et il faisait très bon dans la maison. Avant 11 heures, on peut maintenant ouvrir des potes sous la véranda et laisser rentrer la bonne chaleur du soleil… Dans une semaine nous arriverons officiellement au printemps. Les enfants ont rentré de grandes branches de saule dont les « mimis » s’ouvrent peu à peu ; il y a de nouveau des camélias qui se sont épanouis depuis les gelées… Hier, au début de l’après-midi, coup de téléphone de Jean Granger, il nous a dit que Jacqueline était aussi bien que possible, mais l’opération a été très délicate. Jacquie part à Paris jeudi ou vendredi ; elle ira certainement aussi à Montereau. Bonnes nouvelles d’Yves et de son voyage ; il déjeune aujourd’hui chez les Félix mais rentrera désormais à 4 heures pour travailler ; il a un tel désir de réussir cette année.
Mercredi matin 17 mars 1954
Ans aujourd’hui que Dieu nous a donné notre cher petit Jean… pendant 25 ans, cet enfant a été notre consolation, notre fierté, malgré les inévitables inquiétudes… il nous attend, nous aime, prie pour nous…
Jeudi 18 mars
27 ans aujourd’hui que Jean a été baptisé… Hier M. L’Aumônier Moreau est venu nous voir, il était arrivé la veille au soir ; sa première sortie a été pour célébrer sa messe et l’une de ses premières visites pour nous. Il a su nous dire les paroles qu’il fallait, mais n’empêche que sa visite m’ quelque peu démolie ; Tous ceux qui étaient en Indochine en même temps que jean sont revenus, tous sauf lui. Je vais depuis hier, me rappelant ces paroles de l’Evangile : « Et il a donné sa vie pour le salut de beaucoup… ». Depuis ces deux jours, seuls ces mots me permettent de tenir.
Dimanche matin 21 mars
Je viens de confectionner une tarte pour fêter les 80 ans que Maman atteindra demain ; puissions-nous en avoir beaucoup d’autres anniversaires semblables à lui souhaiter. Papa aurait eu 80 ans hier, et depuis plus de 22 ans il nous a quittés… Toute cette semaine, avec ces anniversaires, a été un peu dure à passer, j’ai tenu à peu près, mais depuis hier matin suis très lasse et sans courage, est-ce le contre-coup de tout cela, et un peu de dépression nerveuse ?…De plus, mon pied droit, dont j’ai été pendant près de huit jours sans souffrir, me fait mal de nouveau, sans savoir pourquoi, c’est très supportable mais désagréable quand même. Dimanche, après mon retour de La Genétouze, j’ai eu une après-midi très calme et cela m’a fait du bien. Lundi, ne suis pas sortie ; piqué à la machine, tricoté et rangé bien des choses. Mardi, suis allée chez Maman. Mercredi, après déjeuner, sommes allés au cimetière, puis le soir, fait visite à Mme Bricout. Jeudi, c’était la foire, ces jours-là nous déjeunons toujours tard et j’ai une après-midi écourtée, suis allée chez Maman, puis Jacques et les filles sont venus me chercher pour porter au cimetière de très beaux œillets que Madeline avait envoyés la veille au soir ; elle a envoyé aussi des tulipes, mais nous les avons gardées ici, pour les mettre devant la photo de notre grand chéri, elles sont d’ailleurs très belles aussi ; Vendredi après-midi, suis allée avec Jacques à la Roche et passé l’après-midi à circuler sous la pluie. Vu Mme Coutansais…, suis allée à la Maison des Œuvres, à la bibliothèque, fait des courses, et enfin vu mon petit Pierre, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps, il paraît bien portant et en excellentes dispositions ; il viendra déjeuner ici dimanche prochain. Hier, sommes retournés à la Roche pour une réunion de parents d’élèves, organisée à jeanne d’Arc, pour les parents d’élèves de Jeanne d’Arc et de Richelieu ; l’intention était bonne, mais mal réalisée… Beaucoup de monde de connaissance, avions emmené Mme Caillaud et avons remmené ses filles. Vu de Directeur de Richelieu qui m’a parlé surtout d’Yves, disant qu’il avait fait ces dernières années un départ splendide, et que c’était un garçon ayant vraiment un bel idéal. J’ai eu quelques heures de tranquillité le soir. Jacquie est partie pour paris vendredi matin ; elle a trois jours de congrès J.I.C., hier, aujourd’hui et demain, aussi aujourd’hui, elle ne verra pas Yves, qui doit déjeuner chez tante Denise ; nous avons eu mercredi la lettre hebdomadaire ; les notes sont meilleures, je suis sûre qu’il doit faire un gros effort. Dans deux mois le concours sera sans doute passé ; Temps assez bizarre, tantôt un beau soleil vraiment chaud - il ne faut pas oublier que nous entrons dans le printemps aujourd’hui - tantôt de la pluie et même de la tempête comme vendredi soir et hier matin. Les beaux jours viendront, il y a déjà eu des heures bien agréables à passe sous la véranda ; il fait clair maintenant jusqu’au moment du dîner. Tous ces matins-ci, quand il n’y a pas d’autre travail pressé, et quand je ne suis pas trop lasse, je tâche de ranger une armoire… Jeudi, il y avait la lessive, et le soir, par suite d’une avarie à la pompe, le service d’eau est resté en panne, heureusement la lessive était faite. Il a fallu démonter la pompe, sortir le piston dont une tige était cassée, réparer et remonter. Cela n’a pu être terminé qu’hier après-midi ; bien entendu, il a fallu éteindre notre cuisinière « Aga », cela ne marchait pas très bien. J’ai fait le déjeuner hier sur la cuisinière électrique, et constaté que cela allait beaucoup moins vite, et demandait beaucoup de surveillance. C’est avec grand plaisir, hier soir, que j’ai pu tourner les robinets, et avoir de l’eau chaude pour ma toilette ; je n’en apprécie que davantage le confort. Il est 7 heures, nous sommes allés aux Vêpres, puis à la Braconnerie où nous avions promis, depuis plus de 6 mois, une visite chez les Locteau, et la visite a été longue, il ne pouvait en être autrement ; Je n’aurai le temps de rien faire ce soir ou à peu près.
Dimanche 28 mars
Je me presse, il est déjà 10 heures, j’ai eu pas mal à faire ce matin et sais que cet après-midi je n’aurai pas grand temps à moi, d’abord Pierre vient déjeuner, ce qui fait que resterons un peu plus de temps à causer à table et ensuite. Dans l’après-midi nous aurons sans doute Pierre et Geneviève Bouliau…. Suis mieux que la semaine dernière, mon pied aussi ne me fait plus mal, mais il ne faut pas grand-chose pour me mettre à plat. Lundi, ne suis pas sortie, fait pas mal d’ouvrage l’après-midi, il faisait bon sous la véranda. Mardi, suis allée chez Maman et au cimetière. Mercredi, malgré un temps de giboulées, suis allée à La Faucherie et à La Bardinière ; un peu de pluie à l’aller. Promenade cependant très agréable à travers la campagne… Jeudi, suis allée assez tard chez Maman ; ces jours-là, Jacques est pris tard à l’étude et le déjeuner n’en finit plus. Vendredi, journée à Nantes, nous ne sommes pas sortis le matin, l’après-midi, Geneviève, qui avait rendez-vous avec Majo, a fait des courses avec elle. Jacques est resté à la maison soigner un rhume qui n’en finit pas. Fait mes courses seule, et me suis montée pour le printemps ; acheté un chapeau, une veste grise et blanche, un chemisier de nylon blanc, des gants. Hier, suis allée chez Maman et à l’église ; fait aussi un peu de pâtisserie pour aujourd’hui… J’ai commencé à ranger l’armoire de la lingerie…Beaucoup de travail aussi en couture et raccommodage ; les tricots sont moins pressés, mais je fais cependant des socquettes pour Anne qui en aura bientôt besoin. Il faudrait que je lui fasses aussi des petits corsages d’été, qu’elle puisse porter ici avec une jupe, et aux Sables avec un short ; Reçu une lettre d’Yves mercredi, mais rien de Jacquie depuis lundi ; nous ne savons pas ce qu’elle fait cette semaine. Tous deux doivent déjeuner chez les Félix, et Jacquie ira danser chez Solange, alors qu’Yves rentrera à Ginette pour travailler. Bonnes nouvelles de Jacqueline Granger qui doit être rentrée chez elle depuis vendredi. Chaque soir, quand le temps le permet, je têche d’aller dire mon chapelet dans le jardin…
Dimanche matin 4 avril
Une demi-heure devant moi, tout à l’heure une réunion de Ligue, ce qui me prendra toute la matinée… Semaine encore une fois très vite passée, Dimanche après-midi nous avons eu Pierre, qui est venu déjeuner et parti vers 6 heures, il paraît bien et très gai, il a fait honneur au repas, soigné pour sa venue, et nous a annoncé quelques bonnes places. Pierre et Geneviève Bouliau sont venus au moment du goûter, et partis peu avant dîner. Lundi, reçu à déjeuner M. l’Aumônier Moreau, repas simple mais bien réussi, beaucoup parlé de tous les problèmes d’Indochine ; lui aussi souffre de l’indifférence des français à toutes ces questions tragiques ; il me semble qu’actuellement toutes les pensées, les prières devraient être tournées du côté de ces héroïques défenseurs de Dien-Bien-Phu, et tout le pays vit exactement comme si cette bataille en cours, cette guerre qui se prolonge et prend les meilleurs de nos jeunes, étaient des choses sans aucune importance. J’aurais voulu parler davantage de Jean… mais au fond, parler de l’Indochine, c’est encore parler de lui, puisqu’il a donné sa vie pour cette cause qui à tellement paraît lointaine et indifférente… Ces jours-ci, je revois les souvenirs vieux déjà de quatorze ans, de la maladie de mon petit Bernard chéri…Lundi, après-midi tranquille mais assez courte ; je n’ai pas pu faire toute ce que j’aurais voulu. Mardi matin un enterrement, mardi après-midi suis allée chez Maman. Mercredi, journée de la Ligue à Luçon ; j’appréhendais cela à l’avance ; la journée s’est bien passée, mais cela a tout de même été très fatigant. Après avoir eu 60 femmes inscrites, nous étions à peu près 70 pour 65 places en deux cars. Nous étions un peu en retard, mais il aurait fallu être très en avance pour avoir de bonnes places, tant la foule était nombreuse. La cathédrale était trop petite ; beaucoup de monde debout, mais recueillement cependant très grand… Le déjeuner s’est bien passé, il y a eu ensuite un très beau défilé… puis un chemin de Croix… une allocution de Monseigneur et nous aurions pu partir assez rôt, mais chacune avait quelqu’un à voir ou quelque chose à faire si bien que nous avons quitté Luçon après 6 heures. En arrivant ici, me suis déshabillée, dîné en robe de chambre, et me suis couchée après dîner, cela m’a un peu remise. Jeudi matin, repris le travail habituel ; suis allée chez Maman l’après-midi. Vendredi, réunion de la Ligue : 6 présences. Fait quelques visites ensuite : Mme Dorion, qu’il faut bien tenir au courant, Mme Lucas, à qui je voulais demander d’offrir les brioches, comme les autres années pour le déjeuner de vendredi ; Anne-Marie Bertomé, pour prépare »r la réunion des jeunes femmes pour mardi soir… Vu ensuite Maria Locteau qui attend un autre bébé, cela juste au moment où elle commençait à se trouver mieux. Hier, suis allée chez Maman, puis au cimetière. Temps douteux ces jours-ci, il a fait beau mercredi et c’est une chance ; depuis, nous n’avons guère vu le soleil, et pourtant nous voilà en avril. Les hirondelles sont arrivées. Jacques a entendu le coucou. J’ai pu arriver à ranger une partie de la grande armoire et à tricoter un peu. Nouvelles des enfants mercredi, la lettre d’Yves est arrivée au courrier et celle de Jacquie apr Marie-Annick, elle doit aller cette semaine à Montereau. Les Granger viendront sans doute pour Pâques.
Dimanche des Rameaux 11 avril
Beaucoup à écrire aujourd’hui, il est un peu plus de 4 heures, si bien que je ne pourrais peut-être pas arriver à tout aujourd’hui. Il y a eu bien à faire aujourd’hui, les lits, le marché, différentes choses à ranger et à préparer. La procession des Rameaux était à 10 heures ½, il y faisait très beau, bien qu’un peu froid. Le coq du clocher était au Nord, ce qui nous présage – peut-être – un temps sec et froid pour cette année. Il y a eu quelques petites gelées blanches tous ces jours-ci ; il faudrait un peu de pluie maintenant. La grand-messe a été longue. Nous nous sommes attardés à table, puis il y a eu les Vêpres ; maintenant je viens d’avoir une visite de Mme Thorette au sujet des brioches de Pâques, mais je voudrais bien ne plus être dérangée, si possible d’ici ce soir. Dimanche dernier, j’ai été à peu près tranquille. Lundi, fait ma journée au lait qui a été à peu près reposante. Suis restée au lit jusqu’à midi et quart et me suis couchée aussitôt après le déjeuner ; tricoté sans excès, lu aussi, prié un peu, moins peut-être que je ne l’aurais dû. Me suis allongée une bonne hure dans l’après-midi, ce que je crois vraiment nécessaire ; je crois que cette journée m’a réellement fait du bien. Le matin il faisait un beau soleil, et quand je me suis recouchée, le soleil donnait si bien que j’avais laissé la fenêtre ouverte, mais le temps s’est couvert, le vent s’est élevé, j’ai dû fermer la fenêtre et me faire monter une bouillotte. Cependant, le lendemain matin, avant de ma lever, j’ai tout de même été très surprise de voir la neige tomber à gros flocons, il y en avait une bonne couche, c’était de la neige molle dans laquelle on enfonçait facilement… je suis tout de même allée à la messe, ce qui m’a permis de bien patauger, mais aussi d’avoir du jardin et des coteaux derrière l’église une vision vraiment hivernale, ravissante d’ailleurs. Ceci un 6 avril !… l’après-midi, il ne restait presque plus rien. Suis sortie de bonne heure, passée chez Maman une minute, puis suis allée avec Marceline organiser le transport des vieillards et des malades pour vendredi… fait ensuite plusieurs courses toujours pour le même objet. En passant près de la salle paroissiale, j’ai eu l’idée de m’y arrêter pour parler à un des vicaires ; j’ai eu l’heureuse surprise d’y trouver Marguerite-Marie Tenailleau, que précisément j’allais voir, et j’ai pu la décider à faire le café et le chocolat. Elle était avec plusieurs autres personnes à préparer des robes de tarlatane pour les jeunes filles qui doivent danser un ballet pour la coupe de la joie. Au moment de partir, une idée m’est venue, et je suis retournée demander aux jeunes filles si elles consentiraient à jouer ou à chanter quelque chose vendredi matin, pour achever la fête, et je les ai laissées discuter la chose. Mercredi, sommes allés à Nantes ; ne sommes pas sortis le matin, j’en ai profité pour écrire à Jacquie ; l’après-midi, sommes allés à la foire, dans le but d’acheter une cireuse et cela a été une belle corvée. Nous avons étudié plusieurs marques de cireuses, chacune, d’après son démonstrateur, avait toutes les qualités – que ne possédaient pas les autres – et il se passait ceci, que plus nous en voyions, plus nous arrivions à tout confondre et à ne pouvoir nous décider. Enfin, à force de discuter, de voir et de comparer, avons fini par établir que nous prendrions une cireuse qui n’avait pas de distributeur de cire, et qui travaillerait dans le sens du bois. Enfin, vers 6 heures ½, nous avons fini par prendre une cireuse Mors, qui possède un distributeur de cire et des brosses qui tournent à plat. Tout cela a été absolument éreintant, et j’étais bien plus fatiguée que je n’avais été même après ma journée de Luçon. Sommes partis de Nantes plus tard qu’il n’avait été prévu, si bien qu’Yves était arrivé avant nous, heureusement, Anne avait été au-devant de lui et y avait même emmené Marie-Annick, si bien qu’il y avait tout de même quelqu’un pour l’accueillir. Il a bonne mine, et paraît gai ; il a commencé à sauter en parachute et nous a donné des premières impressions… Enfin, j’aime autant ne pas avoir su ce jour-là que mon petit Von, au bout d’un fil, se promenait dans l’espace. Jeudi, je suis allée à La Roche pour la journée d’Entr’aide ; suis partie par le car, après avoir laissé à Thérèse une fiche pour lui indiquer ce qui fallait faire pour le déjeuner et acheter au marché…. Ce sont des journées qui font infiniment de bien. Suis allée voir Pierre et fait quelques courses. Suis rentrée un peu plus tôt que je ne pensais, ayant eu la chance de rencontrer la famille Gilbert, Marie-Alice m’a annoncé avec joie qu’elle avait eu l’assentiment de M. L’Abbé, et que les jeunes fille donneraient le lendemain le ballet qu’elles avaient préparé. Vendredi, à l’heure où Jacques se lève habituellement pour la première messe, réveil en fanfare : Anne venait de découvrir, dans son lit, la « Minette » qui avait mis au monde un petit chat. Inutile de dire que le lit était dans un bel état, et la pauvre fille plutôt effarée. Je l’ai fait coucher dans mon lit, et j’ai expédié les deux bêtes, la Minette a mis son petit chat dans le panier que je lui présentais, et elle est descendue en vitesse dans la boite aux chiffons, qui est son refuge habituel,, et où elle a mis au monde son deuxième petit chat. Quant à moi, j’avais pourtant besoin de me reposer, mais je suis cependant allée à la première messe, ce qui valait d’ailleurs mieux, car j’avais bien à faire ; Tout s’est bien passé pour le déjeuner des vieillards, il ne faisait pas trop froid, et ils étaient nombreux, puisque nous avons servi plus de 70 petits déjeuners, mais quand nous sommes arrivés le patronage n’était pas ouvert et les tables n’étaient pas là : il y a eu un peu d’affolement, mais tout s’est cependant arrangé et nous avons été prêtes à l’heure. Tout s’est bien passé, bien qu’il y ait eu un oubli, que je déplore infiniment et aussi plusieurs susceptibilités, et de certains côtés, assez peu de bonne volonté. Peut-être est-il difficile, vu la nature humaine, qu’il en soit autrement. Marie-Annick a fait le taxi d’une façon charmante. La messe a été dite par M. L’Aumônier Moreau, qui est venu prendre un petit déjeuner avec les vieillards ; il a été frappé de la bonne ambiance qui y régnait et aussi de la joie de tous. Le ballet de Coppélia a été charmant et bien apprécié. Nous avons lavé la vaisselle, tout remis en place. Il était plus de midi quand je suis rentrée. Après déjeuner, suis allée chez Maman, puis chez Marguerite et enfin au cimetière. Passée à l’hôpital où j’avais quelque chose à demander, et enfin chez M. Le Curé, pour lui parler du pèlerinage du 12 mai… Le soir, cérémonie pour la fête de la Compassion de la Vierge, il y avait tout un défilé et cela avait attiré du monde, on a porté sur un brancard la Pieta du cimetière. J’ai tenu à y aller, non que j’aime beaucoup les cérémonies du soir, mais pour m’associer à la Vierge marie quand elle pleurait son enfant mort ; Hier, j’étais assez fatiguée, me suis reposée de façon très relative… il faisait vraiment bon sous la véranda… Jacquie arrive de Montereau et Paris ce soir ; nous allons savoir si les Granger viennent ou non cette semaine ; l’employé de Jean Granger vient de mourir et s’il leur est impossible de rester plus de deux ou trois jours, ils remettraient peut-être leur voyage au moment de La Communion d’Anne. Pierre arrive demain soir. Le petit groupe d’enfants se reforme, moins les deux chéris qui de reviendront plus jamais…
Dimanche de Pâques 18 avril
Nous sommes revenus de Nantes pour dîner, je viens de me coucher et pense avoir ¾ d’heure pour écrire tranquillement puisque je n’ai pu le faire plus tôt. Semaine Sainte assez chargée, comme bien souvent. Jacquie est arrivée à bon port dimanche soir et je dois dire que lundi matin il ne s’est pas fait beaucoup de travail tant il y avait des choses à lui raconter ou à lui entendre raconter. Lundi après-midi, ne suis pas sortie et ai travaillé ici. Pierre est arrivé un peu avant dîner. Mardi, suis allée chez Maman ; mercredi, ne suis sortie que pour aller me confesser ; il y a pas mal de choses à faire de réparations aux vêtements des uns et des autres. Jeudi, journée très remplie ; fait le marché avant l’office, auquel j’ai tenu à assister pour revivre le jour de la Cène et l’Institution de l’Eucharistie. Au retour, suis allée chez Marceline pour revoir les listes des brioches de Pâques, puis à la boulangerie pour en commander 145. L’après-midi, suis retournée chez Marceline pour faire le compte de ce que nous avions reçu, et porter à la boulangerie les œufs et le beurre, nécessaires . Il a été donné beaucoup de choses cette année, particulièrement du sucre, et cela nous aidera à boucler les comptes. Avant cela, j’étais allée un peu chez Maman, ainsi qu’au cimetière, c’était le quatorzième anniversaire du départ pour le Ciel de petit Bernard… j’oubliais de dire que Jean-Louis Duboux est venu déjeuner, j’avais un repas très simple, cependant j’avais préparé le dessert la veille… de plus Jacques étant allé à Beauvoir mardi après-midi, nous avait ramené un cageot de belle huitres ; nous en avons mangé mercredi et jeudi, elles étaient délicieuses. Suis allée un moment à l’église, jeudi après-midi, prier près du Reposoir, mais ne suis pas allée à la cérémonie du soir ; ces journées d’anniversaire m’ont un peu démolie et j’avais besoin de calme et de repos. Vendredi matin, sommes allés à l’office, les enfants et moi ; me suis mise ensuite à réparer une manche de chandail à Anne, ce qui a été terminé seulement au milieu de l’après-midi. Suis allée ensuite faire un Chemin de Croix, puis passé un moment chez Maman. Samedi matin, ne suis pas allée à tout l’office, mais seulement à la messe anticipée de la Résurrection. Pas mal de choses à faire encore dans la matinée. Sommes partis à Montaigu à midi. Passé là-bas une agréable journée, le déjeuner Denis étant égal à lui-même. Sommes sortis ensuite pour assister au départ de Pierre Denis et deux de ses camarades, qui avaient décidé de descendre le Maine en canoë avec pas mal de bagages, de camper hier soir, et d’aller le plus loin possible ; il y a pas mal de barrages à franchir et ils sont dû s’arrêter assez tôt et ne pas avoir chaud hier soir. Où seront-ils allés à la Messe ce matin ? Au retour, Hélène nous a fait voir sa robe pour le mariage Plessy ; nous avons goûté puis sommes partis pour Nantes où nous avons dîné – assez peu il est vrai. Sommes partis à la cathédrale un peu avant 10 heures, la Veillée pascale a été belle, mais elle manquait de solennité ; il y avait peu de prêtres assistants, les chants étaient faibles et Monseigneur Villepelet manquait de prestance ; C’est l’office traditionnel du samedi mais un peu réduit, quatre prophéties au lieu de douze, et remis à sa vraie place. Il y avait du monde, mais la cathédrale est si grande que cela paraissait à peine. Nous avons été très intéressés cependant et Anne s’est bien tenue, mais il faisait si froid que nous sommes tous rentrés gelés. Ce matin, avons dormi assez tard, puis Jacques et moi sommes allés à un bout de la Grand’messe de Toutes Joies, les chants y étaient très beaux. Nous aurions eu peut-être une plus belle veillée pascale plus près. Armand, Suzanne et Michel sont venus pour déjeuner et Mère était contente de nous réunir tous, seulement pour moi cela a été affreux de nous voir autour de cette table où seul manquait notre Jean chéri…Je me suis efforcée de faire bonne contenance, mais cela été vraiment dur, et vers la fin du repas il y a eu des propos qui ne me plaisaient guère, je n’aime pas toutes ces critiques contre la Religion, la Papauté et certains prêtres. Sommes restés avec Mère, Suzanne et moi pendant que les aitres allaient se promener et sommes partis un peu après 6 heures. En arrivant, sommes passés chez Grand-mère voir les Granger, les Mignen aussi étaient là ; Jacqueline va tout à fait bien, elle a beaucoup maigri. Il y a quatorze ans, nous avions pour la dernière nuit le corps de notre petit Bernard chez nous….Vendredi, Jacques est allé aux Sables à l’enterrement de Mme Dereure, morte à l’hôpital où elle avait été transportée les jours précédents, paralysée. Demain nous fêtons les 80 ans de Maman, il y aura des moments bien durs et pourtant il faudra être gai avec les autres.
Dimanche matin 25 avril
Beaucoup de choses à écrire et juste ¼ d’heure devant moi ce matin, car nous avons la procession qui, habituellement a lieu le jour de Saint Marc, et qui, paraît-il est attachée au 25 avril, et non au jour de Saint Marc, si bien que, avant la grand-messe, nous devons aller à la Jamonière, au petit calvaire de mission, où personne ne va, ceci en chantant les Litanies des Saints, qui sont pourtant si belles et que personne ne suit, ce qui fait que cette procession, au lieu d’être une magnifique prière, est une pieuse petite promenade à travers la nature printanière. Il fait d’ailleurs aujourd’hui un temps splendide… Pour l’instant, je suis ravie qu’il fasse beau, car Pierre est à son camp scout et doit rentrer demain soir. Il faudrait qu’il fasse beau mercredi pour le mariage de Jacqueline Plessy !… Lundi, nous avons donc fêté les 80 ans de Maman. Suis allée à la grand-messe avec les filles, puis nous nous sommes réunis pour déjeuner, c’était plutôt dur pour nous, car Jean nous manquait tellement § cela se trouvait être le quatorzième anniversaire de l’enterrement de petit Bernard, aussi les souvenirs revenaient en foule. Le repas s’est très bien passé, à vrai dire cela a été somptueux : crevettes, homard, gigot avec accompagnement de haricots, foie gras, religieuse remarquablement édifiée par la maison Arrivé et petits fours que Pierre était allé chercher à La Roche . Nous avons bu le champagne traditionnel et sommes restés causer un grand moment, vers 5 heures, sommes allés au cimetière avec les Granger puis rentrés ici. Il faisait froid et j’ai allumé le chauffage. J’avais beaucoup à écrire ce soir-là et cela m’a prise jusqu’au dîner. Sommes allés ensuite au patronage pour la demi-finale de la Coupe de la Joie. Il y avait certaines choses très gentilles, d’autres moins. Mardi, avons déjeuné seuls, ce qui ne sous était pas arrivé depuis quelques jours. Nous avions à dîner les Granger, Maman et l’Abbé Sacré. Mis en train le matin la glace et les brugnons qui devaient la recouvrir, et le dîner n’était ni long ni compliqué, je pensais avoir un début d’après-midi à peu près tranquille – il faut ajouter que les Granger nous avaient apporté des pâtés d’alouette de Pithiviers, et que cela devait constituer une partie du dîner – Au moment où j’allais tourner la glace pour la seconde fois, on sonne, je vais ouvrir, c’était l’abbé Hidier qui, venant de déjeuner à Chavagnes en Paillers avec les camarades de son cours, venait nous faire une petite visite. Je l’ai tout de suite invité à dîner, et il a accepté sans trop se faire prier, seulement il m’a fallu envoyer chercher Jacqueline pour qu’elle reste quelques minutes avec lui pendant que je faisais les derniers préparatifs. Geneviève, venant de se laver la tête, avait les cheveux sur les épaules et Jacquie était introuvable. Enfin, tout s’est arrangé, la glace a été prête à temps, les enfants se sont chargés du couvert, et on a corsé le menu par une omelette. Jacques, revenant d’Aizenay avec Pierre et Jean Granger, a eu la surprise de trouver un convive de plus ; l’Abbé Sacré de même. Tout s’est bien passé ; les plats du dîner ont été suffisants et la conversation agréable. Tous se sont retirés vers 11 heures et demie. Mardi Jacques est allé au mariage Martineau, de la Buzenière, j’ai réussi à me dégager et à rester ici. Nous avions les garçons Bastard, Jean-Pierre et Christian, à déjeuner ,cela a été gai, la glace aurait été bonne, mais la mousse au chocolat qui devait la recouvrir était bel et bien ratée ; elle a été mangée quand même. Jeudi, nous nous sommes trouvés au calme, mais Yves est parti dans l’après-midi. Ses départs me sont de plus en plus pénibles, non pas celui-là en lui-même, puisque dans un mois il sera ici, mais à cause des autres départs que cela présage, et aussi de ceux que j’ai connus… Pierre est parti au camp vendredi matin ; il avait préparé tout un paquetage jeudi soir avant de se coucher, si bien que le matin, il n’a eu qu’à ajouter le repas froid de midi, et qu’il avait même un quart d’heure d’avance ; Suis allée l’après-midi chez Maman et au cimetière. Hier, aussitôt déjeuner, nous avons fait à Anne l’essayage de sa robe de communiante, cela a été catastrophique, la rober était trop courte et surtout trop étroite, avec des manches neuves, des panneaux de chaque côté du corsage et de la jupe, cela pourra peut-être marcher, mais ce sont des surprises désagréables. Suis allée aussi à Sainte-Marie pour régler les dépenses du repas des vieillards. A part ces deux sorties, passé l’après-midi avec Anne à lui faire repasser son catéchisme. C’est demain le grand examen avant la Communion. Ce matin, nous avons donc eu la procession des Rogations, cela a été pour moi une vraie pénitence, d’abord, il y avait pas mal de monde et il a été impossible de suivre les Litanies, il a fallu réciter le chapelet, c’est mieux que de ne pas prier du tout, ensuite, il faisait chaud à monter à la Jamonière, et cela a été encore plus désagréable de descendre par le chemin de l’école qui est vraiment un peu raide. Il n’y a eu guère de recueillement ! Dieu tiendra sans doute compte de la bonne volonté. Maintenant nous arrivons des Vêpres. Deux choses avant de terminer, d’abord, nous avons su il y a quelques jours, qu’Auguste avait hérité d’un garçon, et mardi, si je ne me trompe, la famille Baron est allée au baptême. Le bébé a reçu le prénom de Jean. Comme je le disais à M. Baron, cela prouve qu’Auguste n’a pas tout oublié, ni le passé, ni celui qui a été son meilleur ami, et envers qui il eut bien des torts. Sans doute va-t-il se reprendre, du moins il faut l’espérer, d’ailleurs il a recommencé à travailler, et je crois que, du haut du ciel Jean ne peut l’abandonner. Cela été pour Jacques et moi une très vive émotion. Autre chose qui m’est arrivée lundi, et que je considère comme une grâce, après la grand-messe, je pensais en faisant mon action de grâce, que 14 ans avant, nous étions dans cette même église pour les obsèques de petit Bernard… j’ai entendu la réponse très nette, je dis entendu, ce n’est pas tout à fait cela, je n’ai perçu aucune voix, mais dans mon esprit s’est présenté la réponse, et cela a été d’une netteté parfaite : « Nous sommes toujours sept.. ». Peu après la mort de Bernard, il y avait eu une réponse analogue de Jean à une de ses sœurs qui disait : « Nous ne sommes plus que cinq ». Il avait répliqué aussitôt : « Nous sommes toujours six ! »… La bataille de Dien-Bien-Phu fait toujours rage, peu à peu les Viets s’emparent de nouvelles positions, et le camp retranché se rétrécit, les parachutages continuent mais deviennent de plus en plus difficiles. Les blessés vivent dans des abris souterrains, dans l’obscurité presque continuelle. Je suis terrifiée d’entendre tout cela à la Radio et de lire les journaux. Le pire est que chacun continue à vivre comme si cette affreuse chose n’existait pas… mercredi nous allons au mariage de Jacqueline Plessy, cela ne m’amuse pas, Jacques non plus, mais je tiens à y emmener Geneviève, elle ne peut toujours vivre en recluse ! elle a déjà bien assez tendance à cela. Pierre arrive demain soir.
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 26 avril 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Me suis couchée de bonne heure hier soir, pour avoir un moment de paix ; en ai profité pour lire les discours qui ont été prononcés au service de jean et le jour de ses obsèques. Repris ensuite quelques pages qui nous restent des cahiers de notre cher petit….Des discours prononcés le jour des obsèques, celui de Jean Yole est vraiment le plus beau, il y a des passages admirables.
Dimanche matin 2 mai
J’aurais voulu écrire à plusieurs reprises cette semaine, je n’en ai pas eu le temps… Ce soir sans doute, irais-je à une causerie de l’Abbé Moreau sur l’Indochine et les raisons de la guerre qui se déroule là-bas, raisons que si peu comprennent. Je regrette seulement que les invitations, à deux exceptions près, aient été réservées aux hommes ; les femmes aussi auraient besoin d’entendre cela. Donc, semaine chargée comme souvent ; lundi matin, suis restée ici, et mis à l’ordre pas mal de travail en retard, chiffré des mouchoirs pour Jacques, examiné des chandails à manches courtes, à réorganiser pour Anne, cela n’a pas l’air de presser tellement, car il fait toujours froid, mais la chaleur peut venir brusquement. Mardi, toute la journée à La Roche pour le service d’éducation familiale, j’avais emmené Anne-Marie et Marie-Josèphe Remaud-Mignet, et elles ont été enthousiasmées de leur journée. M. Josèphe était tellement contente qu’elle a décidé de rester l’après-midi aussi j’ai téléphoné ici pour qu’on ne s’inquiète pas chez elle… Fait quelques courses ensuite et retrouvé au car Jacquie qui avait passé l’après-midi ç La Roche, elle était très chargée, ayant sa robe pour le lendemain et pas mal d’autres choses. Le lendemain, le mariage Plessy s’est très bien passé, il faisait un peu froid, mais c’était très supportable, la robe de Jacquie était réussie et lui allait bien, c’était, avec celle de Marie-Thérèse, la plus jolie des robes de demoiselles d’honneur. Nous avions emmené Marie-Annick, et sommes arrivés en avance pour que Jacquie puisse se recoiffer… la messe était bien, la mariée très gracieuse ; pas mal de monde à l’église, mais beaucoup de vent pour l’entrée et la sortie. Le déjeuner était servi sous une tente et tout était très bien ; nous étions dans un coin sympathique et c’était agréable. Après le café qui a été servi devant la maison, avons fait un tour avec Geneviève qui, fatiguée par la chaleur qu’il y avait sous la tente, avait besoin de prendre l’air. Les jeunes ont ensuite dansé sous une autre tente. Geneviève avait une robe en taffetas blanc et noir, achetée l’année dernière, et qu’elle n’avait pas encore mise ; le chignon dans le cou lui va très bien et elle est vraiment gracieuse en dansant, plusieurs personnes m’en ont fait compliment ; je le lui au redit car elle aurait grand besoin d’avoir un peu plus confiance en elle-même, de sortir et d’être moins sauvage, mais tout glisse sur elle. A dix heures et demie, elle a déclaré qu’elle en avait assez, nous aussi. Jacques et moi en avions assez, d’autant plus que le froid de la nuit se glissait sous la tente, et c’était plutôt désagréable pour ceux qui ne dansaient pas. Jacquie est restée jusqu’au bout et a couché chez les Denis à Montaigu ; elle est rentrée jeudi après-midi par le car. Le lendemain, Geneviève a déclaré qu’elle était bien plus heureuse ici, même avec sa couture et sa machine à écrire. Jeudi matin, écrit assez moment à Yves, un peu comme j’aurais écrit à Jean, pour lui raconter le mariage Plessy ; Jean aurait très bien compris tout cela, Yves est peut-être un peu jeune, et surtout il n’a pas le souci de ses sœurs comme Jean l’avait. Le grand chéri était l’aîné, et sentait sa responsabilité de chef de file. Jeudi, suis allée un peu chez Maman. Vendredi matin, embarqué Pierre pour Richelieu ; l’après-midi, suis allée chez Mme Dorion, chez Marguerite et chez Maman. Hier, ne suis ortie que pour aller chez Maman et au cimetière. Peut-être partirais-je à Brides le 31 mai, et quand va arriver le moment de la Communion d’Anne, il y aura beaucoup à faire… Pierre est content de son camp mais il est revenu quelque peu flapi. Il s’est reposé mardi et mercredi ; jeudi cela allait tout à fait. Le temps a changé, le vent a tourné à l’ouest, mais il fait toujours froid ; Il a plu un peu cette nuit et ce matin, mais ce n’est pas suffisant tant toutes choses en ont besoin… Jeudi soir, la dernière réunion des jeunes femmes, elles étaient moins nombreuses, la saison n’est plus favorable… Hier soir, au cinéma ; « Demain, il sera trop tard », c’est un film sur l’initiation des jeunes et les dangers de l’adolescence, précédé d’un documentaire qui permet de mieux comprendre. C’est très bien et il y avait du monde… La Radio annonce que Dien-Bien-Phu subit sa troisième offensive, la plus terrible. La Conférence de Genève se poursuit, mais qu’apportera-t-elle ?
Dimanche matin 9 mai
Le camp retranché de Dien-Bien-Phu est tombé dans la nuit de vendredi à samedi. Je suis bouleversée et malade de tout cela ; c’est une chose affreuse. Les défenseurs ont été submergés par des vagues toujours plus nombreuses d’assaillants. Que sont-ils devenus, morts, prisonniers ? La Radio ne peut le dire encore. C’est une angoisse et une douleur sans nom ! Je pense aux familles de tous les malheureux qui étaient là-bas. A Geneviève de Galard, cette jeune infirmière qui était restée au milieu des blessés. A la Conférence de Genève qui se tient en ce moment. Au retentissement douloureux qui est cette chose terrible aura eu dans le monde. A la Chambre, où les députés, à part les communistes et leurs amis, se sont levés en hommage aux héros de Dien-Bien-Phu. Dieu ne peut permettre que tant de sacrifices demeurent inutiles. D’une façon ou d’une autre, Il s’en servira pour le salut de la France. Il y a des défaites bien plus grandes que certaines victoires, et l’héroïsme des défenseurs de Dien-Bien-Phu ne pourra être oublié. C’est pour eux que j’ai prié à la messe de Sainte Jeanne d’Arc, pour eux et tous ceux qui, dans une guerre ou l’autre, sont tombés pour la France et la Chrétienté. Tout cela ravive douloureusement le souvenir de Jean, surtout en ces jours anniversaires qui reviennent… Ce matin, sommes allés au Monument aux Morts, des gerbes ont été déposées, l’une d’elle, avec des azalées de chez nous touchait la plaque de Jean. Jacques et moi sommes allés ensuite au cimetière sur la tombe de Jean et sur la tombe des deux Indochinois, morts, eux aussi, si loin de chez eux. Je pense avoir une journée à peu près calme, j’en ai besoin. Il faudra cependant assister au baptême d’une petite Marie-Madeleine Guillet, née jeudi chez Maman, qui est toute heureuse de cette naissance. Tout s’est bien passé et les parents sont dans la joie. Pour moi, semaine très dure. Dimanche après-midi, visite des Bonnaud, le soir, conférence de l’Abbé Moreau, il y avait pas mal de monde, conférence bien faite et claire, exposés géographique et historique amenant à la question : pourquoi la France combat-elle en Indochine ? cela aura été très instructif pour beaucoup. Seulement pour moi cela a créé une émotion très dure et vraiment épuisante. Me suis réveillée lundi très fatiguée ; c’était une journée au repos et au lait ; j’espérais que tout cela s’arrangerait ainsi, mais je n’ai pu malgré tout me reposer suffisamment, et pourtant je n’ai pas fait grand-chose. Impossible de dormir la nuit suivante ; je crois que j’avais un peu de fièvre. Quelques journées assez dures ensuite du point de vue physique ; les deux grandes filles étaient à Montaigu chez Marie-Claude Gaillard ; j’ai eu un peu de calme et cela m »a fait du bien… Mardi, j’ai dû sortir et aller chez Maman ; mercredi, je ne sais plus ce que j’ai fait. J’ai entrepris de réparer la tapisserie de certains sièges du salon ; c’est un ouvrage long, minutieux et absorbant, mais intéressant. Comme j’ai quelques tricots pressés, cela me fait bien des choses en perspective. Jeudi, une chose très dure qui m’est arrivée, en sortant de la messe, M. le Curé m’annonce que le pèlerinage cantonal prévu pour le 12 mai, est supprimé, à cause d’un pèlerinage à Saint-Laurent… les deux pèlerinages seront confondus… les femmes qui seraient allées ici, n’iront pas à Saint-Laurent, et se trouveront privées de la journée de prières sur laquelle elles comptaient. Tout le travail préparé, toutes les démarches faites sont inutiles… Passé une partie de l’après-midi de jeudi à écrire aux Paroissiales, à Mme Auvynet qui devait venir, au Chanoine Poupeau à qui j’ai confié un peu ma misère. Repris un peu d’équilibre ensuite et me suis remise à travailler. Vendredi, journée à Nantes, particulièrement fatigante, Jacquie et Geneviève nous ont rejoints là-bas. Fait inscrire Anne à Chavagnes, elle aura le n°3 qui fut le mien ; il a fallu ensuite s’occuper de ses images, d’un Christ que Grand-Mère lui offre, de chaussures pour cet été, et différentes autres choses. Avons dîné de bonne heure, et filé à la Roche où il y avait au théâtre une séance au profit des scouts. Il y avait Mercier et les Quintuplés, c’était bien, mais cela ne vaut pas les anciens Compagnons de la Joie ; sommes rentrés à minuit et demie. Il était assez dur de se lever hier matin, j’étais très fatiguée ; fait cependant à peu près mon ouvrage habituel et suis allée chez Maman, mais bien des choses me pèsent, et me coûtent beaucoup. Bonnes nouvelles d’Yves mercredi, comme d’habitude, dans huit jours, il sera bien près du concours. Vu Pierre vendredi soir, il a toujours une mine florissante…
Dimanche matin 16 mai
Jacques vient de partir à la première messe, pour moi, je prévois une journée assez chargée, et tâche de prendre un peu d’avance, cela me laisse une heure à peu près avant de m’habiller ; il y aura ensuite le rangement du linge de la lessive, le marché à faire, deux réunions de Ligue, l’une ici, l’autre à la Genétouze, ce qui me pèse vraiment beaucoup… Jacques étant absent, je devrai me faire conduire par Bretaudeau et revenir à pied. Une fois de retour, j’aurai à préparer une glace et une mousse au chocolat pour le déjeuner de demain, c’est la réunion annuelle des notaires… Me Denis nous amènera Hélène, Marie-Claude et Marie-Thérèse, aussi je ne dois pas priver les jeunes filles du dessert prévu pour les autres convives. Je n’ai d’ailleurs pas le cœur à tout cela ; cela fait deux ans vendredi que notre Jean chéri est tombé sur cette terre d’Indochine, pour laquelle tant d’autres sont tombés depuis… En Indochine, l’évacuation des grands blessés de Dien-Bien-Phu se poursuit ; la radio du Vietminh a annoncé que le général de Castries a été fait prisonnier, mais ne parle pas de Geneviève de Galard. A Genève, la Conférence se poursuit ; les Russes, les Chinois sont très agressifs, que sortira-t-il de tout cela ? On devrait faire comprendre à tous, à tout le pays que nous vivons des journées exceptionnellement graves, et que les drapeaux, mis en berne dimanche, étaient le symbole du deuil qui doit être dans nos cœurs. Lundi, à la foire de La Roche, les jeunes chantaient et s’amusaient plus que jamais, il est vrai qu’ils n’ont pas souffert. Dimanche, après les Vêpres, et après le baptême, j’ai pu écrire un peu, puis nous sommes allés, Jacques et moi, au Mois de Marie de Recredy. En raison de l’année mariale, le Mois de Marie se fait cette année au dehors, à la Croix de chaque village ; on apporte une Vierge de chaque maison, on prie pour tous, vivants ou morts. Cela a été assez long, d’autant plus qu’après Jacques a dû boire avec M. le Curé, les vicaires, les Frères de la Jamonière, puis nous sommes allés à la Surie, voir Armand et Denise Louineau ; Jacques n’y avait pas été encore, si bien que nous sommes rentrés dîner assez tard. Lundi, foire de La Roche ; journée très remplie ; réunion le matin à la Maison des Œuvres, pour les trésorières, réunion chez Mme Coutansais après déjeuner… Vu Pierre, qui est bien, mais le Supérieur, à qui j’ai demandé la journée du 23, n’a pas l’air très enthousiasmé par ses candidats au bachot. Mardi après-midi, suis allée chez Léontine Berthomé, chez Maman, chez Marguerite, à moins que ce soit jeudi, je ne sais plus très bien. Mercredi, suis restée ici, mais me suis abrutie à travailler ; la tapisserie est réellement plus fatigante que le tricot et il y a beaucoup de travail pour remettre une seule chaise en état, et après il y aura une seconde chaise et ensuite le canapé… Jeudi, je ne sais plus ce que j’ai fait ; le soir, une visite de M. le Curé, venu, en ces jours d’anniversaire, nous apporter sa sympathie et ses prières. Vendredi matin, nous avons eu une messe, puis sommes allés au cimetière ; Madeleine avait envoyé des arums splendides, nous en avons mis aussi quelques-uns dans le salon, devant la photo de Jean. Passé une journée très très dure ; j’ai tâché de m’occuper de mon mieux. Au début de l’après-midi, réunion de Ligue, deux seulement sont venues, je leur ai passé les consignes et nous nous sommes séparées ; suis allée voir Eugénie Robin dont la mère est morte il y a deux mois, elle a su, à propos de l’anniversaire de Jean, me dire des paroles qui m’ont vraiment touchée. Une visite des Mignen ensuite. Hier, rien de très nouveau, le travail habituel, je suis allée chez Maman, il y a des moments où j’aimerais mieux ne pas parler du tout ; quelques moments très durs ; j’étais à bout moralement le soir. Après quelques journées de vrai beau temps, depuis hier, un temps détestable….
Vendredi matin 21 mai
Un peu de temps devant moi… Jacqueline arrive cet après-midi ; Yves cette nuit ; son Papa et Jacquie vont le chercher à minuit à La Roche, cela fait bien plaisir de l’avoir pendant quelques jours ; il commence aujourd’hui sa cinquième journée de concours et doit trouver cela bien long. Dimanche, ma journée s’est à peu près très bien passée ; six femmes le matin à la réunion de Ligue, c’est vraiment piètre ; il est vrai que la réunion a été insuffisamment annoncée. Aussitôt déjeuner, suis partie à la Genétouze où j’ai assisté à une partie des Vêpres ; il y a eu ensuite une bonne partie réunion et les femmes paraissaient contentes ; elles parlent maintenant, et c’est beaucoup. L’une d’elles a insisté pour que son mari me reconduise en camion, j’ai accepté car c’était un peu de temps de gagné, et cela m’a permis le soir de préparer tranquillement l’entremets du lendemain. Le lendemain, n’ai pas eu de peine, le déjeuner n’était ni long, ni compliqué à préparer ; cette fois-ci, la glace recouverte de mousse au chocolat était délicieuse, et le tout bien réussi. L’après-midi, me suis installée dans ma chambre, laissant aux jeunes filles le bureau et la véranda, j’étais très bien, très tranquille et ai passé une après-midi infiniment calme, seulement il faisait froid – vent du Nord et nuages sombres – si bien que je me suis enrhumée ce qui ne m’était pas arrivé de l’hiver. Le soir, à la Croix de Mission du carrefour, cérémonie du Mois de Mai, Anne y avait porté la statue de la Vierge de la salle à manger ; on y a prié pour tous, vivants et morts ; le nom de Jean y a été prononcé. Il faisait froid, alors qu’en mai on pouvait espérer une belle nuit étoilée. Mardi, une journée très dure. Suis allée le matin à une messe de mariage, le marié était un combattant d’Indochine. Je croyais pouvoir tenir le coup, je n’ai pas pu… L’après-midi, suis allée à la Roche par le car ; j’avais quelques courses à faire, mais assez peu ; à 4 heures ½, tout était terminé, et je n’ai eu qu’à me morfondre, en attendant l’heure du car. J’étais atrocement fatiguée en rentrant. Jacques dînait ce soir-là à Aizenay chez le docteur Buet, il paraît que j’étais invitée moi aussi, mais il y avait eu un malentendu, et nous avions cru que Jacques était invité seul. Cela a été providentiel pour moi, et je me suis couchée aussitôt dîner et je n’aurais pas été capable de causer jusqu’à une heure et demie. Mercredi, ne suis sortie que pour aller chez Maman, j’étais tellement lasse que j’ai laissé Jacquie faire une partie de la cuisine. Hier cela allait un peu moins mal. Suis allée chez Maman et au cimetière, seulement Anne nous fait un peu d’embarras gastrique, elle a vomi hier soir et de nouveau ce matin ; elle va retourner tout à l’heure à la retraite, mais je voudrais bien que cela soit terminé pour dimanche, et c’est un tourment pour moi. Je vais la tenir à peu près à la diète aujourd’hui. Geneviève est allée à Nantes hier pour la réunion des Anciennes de Chavagnes, je n’ai pas eu le courage d’y aller cette année, peut-être irai-je l’année prochaine. Après deux belles journées, à nouveau le temps se couvre ; il faudrait de la pluie et cela ne vient jamais.
Dimanche soir 23 mai
Deux ans aujourd’hui que nous avons appris l’affreuse nouvelle, la mort de Jean et il ne fallait pas que ce soit une journée de recueillement et de duil, puisqu’il nous fallait fêter notre petite chérie. Nous ne devons pas oublier qu’il y a six ans, en 48, c’était la Communion Solennelle de Pierre. Désormais, cette date du 23 mai sera celle de trois de nos enfants : Jean, Pierre et Anne, un jour de deuil, deux jours de joie…. Ce jour s’est d’ailleurs mieux passé que je n’avais osé l’espérer. J’ai eu à plusieurs reprises l’impression d’être aidée, portée, soutenue. J’ai vécu ma messe, je l’ai priée en union avec ceux de nos enfants qui sont au ciel, et, ce soir, nous sommes allés avec la petite Communiante, mettre des fleurs sur leur tombe, nous étions tous ensemble aujourd’hui. Quant à la Communiante, elle m’a donné des émotions ces jours-ci ; depuis jeudi, elle s’est plainte de l’estomac, elle a vomi à plusieurs reprises, elle était sans appétit ; ce soir, nous avons vu à ses yeux qu’elle faisait un peu de jaunisse ; peut-être un coup de froid, ou l’émotion de ces jours-ci (il fallait que je lise le « Pardon aux parents » seule, face aux assistants, entourée des pères, Papa à ma droite, le brigadier de police à ma gauche, je me suis embrouillée, j’ai récité n’importe quoi, j’en étais malade, et après le déjeuner, mon parrain a déclaré que j’avais une jaunisse, il y avait de quoi, après toutes ces journées de répétition et la cérémonie…). J’espère que cela va vite s’arranger. Vendredi, ne suis pas sortie ; Jacqueline est arrivée au début de l’après-midi, Yves la nuit suivante par le train où plusieurs fois nous étions allés chercher Jean, et cela a été dur pour le Papa. Yves ne sait pas s’il doit être content ou non de son concours, pour l’instant il a surtout sommeil et besoin de détente ; il part dans 8 jours. Pas sortie non plus hier ; des courses le matin et des préparatifs l’après-midi ; confection de tartelettes, sortie de linge, des plats, vu à bien des choses. Après dîner, visite de Pierre Bouliau. Ce matin, temps douteux, qui s’est tout de même maintenu sans pluie. Jacquie a habillé sa petite sœur, qui est bien mignonne dans sa robe blanche. Tous étaient arrivés à l’heure, et la messe s’est bien passée ; Jacques et moi étions heureux de communier avec notre petite chérie, j’étais très émue et toujours cette impression d’être soutenue, aidée. Le déjeuner s’est bien passé aussi, quoique la communiante, fatiguée, ait dû se reposer un peu. Les tartelettes aux champignons étaient très bonnes, et la pièce montée a fait l’admiration de tous. Sommes allés ensuite aux Vêpres au lieu d’un sermon sur la rénovation des vœux du baptême, il y a eu un baptême, expliqué et commenté, baptême donné au milieu même des fidèles – c’était un garçon de Thérèse Brochard, un garçon après tant de filles, un petit Joseph-Marie, et cela a été vraiment très beau. IL y a eu ensuite les cérémonies traditionnelles, rénovation des vœux du baptême, procession à la grotte (avec les oriflammes). Avons causé au salon jusqu’au dîner. Suis un peu lasse !
Jeudi matin 27 – Ascension
Une bien belle fête, c’est la fête de l’espérance, l’espérance en la vie éternelle avec ceux que nous aurons retrouvés. Jésus quitte sa Mère et ses Apôtres, et cela a dû leur être douloureux, mais il ouvre le Ciel ; Il est désormais assis à la droite du Père, Il nous attend là-haut, nous aurons notre Ascension nous aussi, et nous serons tous en Dieu dans le Ciel. Pour moi, le souvenir de Jean, de sa mort, lui est indissolublement lié… Aujourd’hui la grand-messe sera pour tous les Combattants d’Indochine, vivants ou morts, je pense toujours aux camarades de promotion, dont beaucoup sont tombés là-bas et à tous les combattants de Dien-Bien-Phu, morts, blessés, prisonniers. On commence à donner des listes de prisonniers et cela est terrible. Jacques et moi communieront à cette messe. Ce matin, j’ai été heureuse d’être un peu tranquille ; cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Ce matin, Geneviève s’est chargée du marché et j’ai pu faire mon travail sans trop me presser, j’ai rangé du linge de la lessive, fait un peu de cuisine. Dimanche, j’aurai mes préparatifs de départ à commencer. Anne est mieux, elle ne vomit plus, et le teint s’éclaircit. Il fait très beau, pas froid du tout, mais je n’ose quand même pas l’envoyer en classe, c’est très dommage, car elle n’est vraiment guère malade. Pour moi, j’ai essayé d’écrire l’autre soir dans mon lit pour raconter la journée de dimanche, mais je n’ai fait que résumer, j’étais trop lasse et bonne à rien. Lundi, j’ai arrangé bien des choses, e suis restée ici sans sortir, ce qui m’a vraiment fait du bien. Ecrit à Jeanne Lego. Mardi, c’était la journée des anciens de Richelieu, Jacques et Yves y sont allés, j’ai profité de ce qu’ils partaient assez tard pour aller avec eux à la Roche et y faire quelques courses. Jacquie est venue avec nous et a filé à Pouzauges où elle passe quelques jours chez Nicole. Au retour, déjeuné chez Grand-Mère avec Geneviève et aussi avec Anne, y suis restée jusque vers 5 heures. Hier, j’ai voulu faire la procession des Rogations que j’aime beaucoup, il faisait d’ailleurs un temps délicieux, seulement il a fallu ensuite faire le marché et pas mal de choses dans la maison, si bien qu’ensuite j’étais tellement fatiguée que la matinée a été très pénible. Me suis secouée ensuite dans l’après-midi, et suis allée faire visite à Marie-Josée Herbreteau qui vient d’être maman d’une petite Brigitte, fait quelques courses ensuite, et fini la journée sous la véranda. Je ne peux réaliser que, dans moins de 8 jours, je serai à Brides ; sur certains points, cela m’ennuie beaucoup de partir, et pourtant j’en ai tellement besoin.
Dimanche 30 mai 1954
J’ai bien prié depuis ce matin et nous venons de déjeuner, puis j’ai préparé un paquet de sandwiches pour Yves qui prend le train à la Roche avant cinq heures. Il passera les jours de la Pentecôte à Montereau, mais nous ne savons pas quand il reviendra. Les résultats seront donnés au début de juillet, s’il est refusé, il revient aussitôt, sinon il en a au moins jusqu’à mi-juillet. Pierre viendra en vacances vendredi soir, mais je ne serai pas là pour le voir. Lui, nous reviendra au moment de son bachot. Je prépare mon départ pour demain soir, à vrai dire ces dernières journées sont plutôt assommantes, et je voudrais maintenant être arrivée à Brides, car ce voyage si long sera certainement fatigant. En allant conduire Yves ce soir à La Roche, Jacques va essayer de m’avoir une couchette, ce qui serait certainement moins pénible, cependant il y aura encore ces quatre heures de chemin de fer entre Lyon et Moutiers après la nuit dans le train….Aujourd’hui, la kermesse, il fait beau, trop beau, puisqu’il ne pleut jamais et qu’il y aurait tant besoin d’eau. Les deux filles y ont passé toute la matinée et y sont reparties aussitôt déjeuner. Anne y est peut-être elle aussi, elle est nettement mieux ; l’appétit et l’entrain sont revenus, elle pourra reprendre sa classe demain. Jacques y est parti faire un tour avant de conduire Yves à la Roche. Jacqueline et moi y retourneront avec lui, ensuite je n’y resterai que le strict minimum de temps… Pas mal travaillé ces deux jours derniers. Jeudi soir, sommes allés au mois de Marie de l’Aumère, et en sommes revenus très tard, comme toujours. Vendredi après-midi suis allée un peu chez Maman, mais hier ne suis sortie que pour aller à l’église. Terminé des socquettes pour Anne et fait pas mal de rangements. Assisté à la grand-messe ce matin ; c’était à la fois le dimanche dans l’octave de l’Assomption et la fête de Sainte Jeanne d’Arc. Cette date du 30 mai me rappelle tant de choses : il y a bien longtemps déjà, il y a eu la Communion Solennelle de Jacqueline et de Denise, un an après l’enterrement de Denise. Il y a trois ans, Jean nous était arrivé de la veille, et le 30 ou le 31, écoutant la Radio avec lui, nous avons appris la mort en Indochine du lieutenant Bernard de Lattre ; cela a été pour moi un coup très dur, et, juste un an après, nous avions dans notre église le service pour le repos de l’âme de notre enfant chéri…
Brides jeudi 3 juin
Il faudrait ne plus me laisser aller à plus du tout écrire, sans cela je deviendrais vraiment très paresseuse, et j’aurais de la peine à m’y remettre. J’avais pensé, pour cela, m’installer sur la terrasse, mais depuis midi, il pleut un peu, je ne suis pas mal du tout dans ma chambre, j’ai devant moi le toit de l’église, ce n’est pas ce qu’il y a de plus joli, il y a aussi la montagne boisée et très verte, la sécheresse de sévit pas par ici. Fait bon voyage et suis tout à fait installée. Journée de dimanche relativement calme, après déjeuner j’ai pu écrire, puis Jacques est parti à La Roche conduire Yves. Au retour, il nous a emmenées Jacqueline et moi, d’abord au cimetière, puis à la kermesse où je voulais faire acte de présence. Je n’y suis restée que le temps de prendre une tasse de chocolat au salon de thé, et j’avais hâte de rentrer. Là, j’ai eu un moment qui m’a paru agréable ; la maison était vide et silencieuse ; je me suis installée dans le salon pour lire puis j’ai dîné, suis allée dire mon chapelet dans le jardin, et me suis couchée de bonne heure. Anne est rentrée la première, puis Jacques et les deux grandes filles ; chacun a fait un dîner à sa façon, assez fantaisiste d’ailleurs. Lundi matin, terminé mes bagages, puis avons déjeuné chez Maman ; ai eu ensuite une après-midi assez calme, pendant laquelle j’ai pu voir à bien des choses. Nous avons dîné de bonne heure, puis sommes partis pour La Roche. Jacquie conduisait et elle a pris bien de l’assurance. Son Papa et elle sont passés sur le quai, et m’ont installée dans l’autorail. Voyage sans histoire jusqu’à Nantes. Là, j’ai pu aussitôt me procurer une couchette, j’étais seule dans le compartiment, aussi, dès 10 heures ½, j’étais installée et étendue… j’ai dormi par moments. En tous cas, quand le matin est venu, je n’étais pas fatiguée comme les autres fois. Je me suis levée vers Saint Germain des Fossés, pris un petit déjeuner et me suis mise à tricoter en regardant le paysage qui, de ce côté-là, est ravissant. Nous étions à Lyon vers 10 heures ½ ; suis allée au buffet prendre des œufs au jambon, puis j’ai eu dans l’autorail de Moutiers une place confortable. Le trajet dure quatre heures, j’étais ici à 3 heures ; pris un petit repas, puis me suis installée dans ma chambre, qui est spacieuse et assez confortable. Je suis au troisième, mais du côté opposé aux deux autres fois ; j’ai le soleil le matin. Le premier jour, le temps était beau, mais très frais ; depuis hier, il fait moins froid, mais depuis ce matin, nous étions dans la brume, et aujourd’hui il pleur ! Suis sortie mardi avant dîner, pour marcher un peu et retrouver mes souvenirs du passage de Jean……Hier matin, à 8 heures, j’étais chez le docteur ; il m’a examinée comme d’habitude, me trouve une tension beaucoup trop basse et m’a mise au repos pour la journée. J’ai donc bu ma ration réglementaire et passé la journée au lit la plus grande partie de la journée. J’ai lu, tricoté et ne me suis pas ennuyée, dormi même un moment le soir. Ce matin, commencé La Léchère, c’est encore plus tôt que d’habitude, il faut partir à 7 heures ¼. Il y a un autre convoi à 9 heures ¼ ; je pourrais peut-être en faire partie un de ces jours. Pas de changement de ce côté si ce n’est que, depuis le percement du tunnel Arc-Isère, l’Isère a beaucoup baissé. Trouvé dans le casier à lettres le résultat de la prise de sang ; ce ne doit pas être merveilleux ; le coteur me met au régime lacto-végétarien, j’espère que c’est pour quelques jours seulement. Il y a ici quelques personnes de connaissance.
Dimanche matin 7 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 7 juin 1954 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Jour de la Pentecôte… Il y a trois ans… j’attendais Jean et Geneviève qui étaient à la piscine de Salins. Ce matin, je n’attends personne, je suis installée dans ma chambre, le temps est sombre ; les nuages trainent sur les montagnes et on se demande s’ils se décideront à s’élever. On ne se croirait pas au jour de la Pentecôte. Heureusement j’aurai la grand-messe tout à l’heure… Pierre a dû arriver au Poiré hier soir, et tous ont dû partir aux Sables pour y passer ces deux jours. J’espère qu’ils auront beau. A vrai dire, il vaudrait mieux de la pluie en Vendée qu’ici où il n’y en nul besoin. Je me demande aussi comment Geneviève va se comporter comme maîtresse de maison, et si Anne et Pierre lui aideront un peu. Il vaut mieux que je n’y sois pas, cela les obligera à se débrouiller. Jacquie est près de Poitiers à une session de formation de monitrices avec Marie-Thérèse Plessy. Yves est peut-être arrivé à Montereau hier soir ou tout au moins il y arrivera ce matin, Caty, safille et son mari y sont aussi. Je pense à tous mais surtout au grand chéri qui est au ciel et ne reviendra pas parmi nous… Le temps passe vite ici, malgré tout. Jeudi en fin d’après-midi, je suis sortie, et j’ai marché un moment sur la vieille route de Salins ; la vue y est très belle, il n’y a pas de circulation gênante, je tâcherai une autre fois d’aller un peu plus loin… J’y étais venue avec Jean… il avait pris des photos…
Mardi 9
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 9 juin 1954 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Fait encore hier une excellente promenade, c’est tout ce que j’aime le mieux ici, et j’en profite ces jours-ci, car, à partir de demain, j’aurai mon massage à 5 heures ½, et cela me coupera l’après-midi. Suis montée par le car et descendue à l’arrêt de Saint-Bon. Cela me faisait 4 km pour le retour, mais, comme cela descend tout le temps, ce n’avait rien de bien terrible… ce matin, suis allée à La Léchère par le taxi de 9 heures ; on y met plus de temps, mais cela me permet d’avoir la messe. Au courrier, une lettre de Maman et une carte de Jacquie
Dimanche 13 juin
Pas écrit depuis dimanche, c’est uniquement par paresse, car au fond j’aurais bien eu le temps. Je fais cependant un peu de correspondance chaque jour, et le temps passe très vite à ne pas faire grand’chose. Ce matin, je suis revenue de La Léchère depuis un moment, je me suis allongée près de la fenêtre. Dans une heure je descendrai déjeuner. Cet après-midi, si le temps est à peu près beau, je ferai une grande promenade, s’il pleut, j’ai à lire, à écrire et ne m’ennuierai pas. Pour l’instant, c’est plutôt douteux. Je pense toujours à ce dimanche où Jean était là. Semaine vite passée, j’ai des bonnes nouvelles du Poiré, tantôt Jacques, tantôt Maman m’écrivent. J’ai reçu aussi une lettre d’Yves, qui n’est pas allé à Montereau, comme il en avait fait le projet. Ils ont été convoqués du côté d’Evreux, pour sauter en parachute, mais n’ont pu faire que deux sauts sur trois, le jour de la Pentecôte, le vent était trop violent. Je ne sais ce qu’il aura fait ce jour-là : le lundi après-midi, il a eu quelques heures à Paris et doit y aller aujourd’hui, je suppose. Comme nouvelles du Poiré, il y a que M. le Curé est malade et en observation à la clinique. Jacquie est rentrée jeudi. Ici, je mène toujours la même petite vie à part quelques modifications. Mardi, j’ai eu mon massage à 5 heures ½ et ai décidé de faire ensuite une petite promenade, j’ai pris un chemin qui, assez raide d’ailleurs, m’a menée à la route des Allues, il paraît que c’est un ancien chemin muletier… Mercredi matin, suis allée chez le docteur dès 8 heures, il m’a fait une seconde prise de sang et m’a téléphoné un peu avant midi pour me dire que, la dose d’urée étant satisfaisante et autorisait une grillade. Après mon massage, suis allée au village, que j’aperçois sans cesse de ma fenêtre, mais le chemin qui en descend est un peu trop raide, et je n’y retournerai pas ; Jeudi, pas de massage, ma pauvre vieille masseuse étant tombée malade… et on ne sait pas quand elle reprendra son travail. Il faisait beau, et je suis allée au bois de Cythère, où les arbres étaient ravissants par ce beau soleil, seulement j’y ai retrouvé trop de souvenirs… la dernière conversation ensemble dans laquelle j’ai pu aborder, trop brièvement, un sujet qui me tenait à cœur, les derniers moments où j’ai eu mon enfant avec moi. J’ai voulu continuer la promenade… Je me suis rendue compte que le sol était bien trop glissant… J’avais le vertige, j’étais seule et il y avait le torrent en-dessous. J’ai cependant réussi à descendre sans histoire, mais l’ennui que j’ai eu, joint aux émotions et aux souvenirs retrouvés, m’a donné une bonne petite secousse nerveuse qui m’a beaucoup secouée le soir. J’ai eu un moment de douleur et de désespoir intense ; j’aurais désiré un appui humain et il n’y en avait pas. Heureusement il y a toujours l’église et Jésus dans le tabernacle. Vendredi, pas de massage non plus, passé une partie de l’après-midi à lire et à tricoter dans le parc où il faisait très bon. Hier matin, j’ai pu avoir u massage à 7 heures ½, j’en aurai demain à la même heure, cela me prive de la messe, mais M. le Curé me donne la communion avant. Pour mardi, je ne sais pas comment cela s’arrangera. L’après-midi, écrit un peu, puis suis allée encore passer un moment dans le parc avec un livre et un tricot. Ce matin… j’ai pu avoir la messe de 8 heures en entier et j’en étais heureuse, car elle était pour Jean. Suis allée voir le docteur hier après-midi, il a trouvé que tout allait bien, mais prétend que l’urée me vient par fatigue… j’en suis toujours aux grillades, légumes et fruits…
Jeudi 17 juin
Dans huit jours, je serai à Lyon, et par conséquent sur le chemin du retour ; cela m’effraie un peu, d’abord le passage à Lyon me coûte beaucoup, car je vais y retrouver tant de souvenirs du séjour de Jean… ensuite je vais rentrer chez moi reprendre la vie active et cela me fait un peu peur… Le docteur ne m’a pas donné mon régime, mais je pense qu’il sera plus dur qu’autrefois… Il faudrait aussi un peu de compréhension de certaines personnes de mon entourage qui ne se rendent aucunement compte de mon besoin physique de calme, de solitude, et croient qu’on peut me faire marcher indéfiniment, mais cela c’est bien difficile à obtenir….
Dimanche, temps lamentable toute la journée, écrit au début de l’après-midi puis suis allée faire une grande promenade sur la route, il pleuvait un peu, mais cela m’était égal… Suis allée jusqu’au-dessus de Salins et revenue par le même chemin. De là on découvre toute la vallée de Belleville… je suis rentrée un peu avant 6 heures, la pluie forçait, il faisait sombre déjà et pas chaud, me suis couchée et j’ai lu jusqu’à l’heure du dîner, puis assisté à l’église à la cérémonie paroissiale. Lundi, temps meilleur, surtout le matin. Ecrit après déjeuner, puis me suis mise en route pour Villarlu…, plusieurs personnes m’avaient dit que le sentier était joli et pas difficile. Il est joli en effet, et même ravissant par endroits ; on chemine à mi-pente, sous des arbres, et ce serait charmant, si par endroits je n’avais eu terriblement le vertige. La fin est moins difficile… je suis revenue par la route. Avant de redescendre, visité l’église… Suis allée un peu dans le cimetière… Il y a une plaque au nom de cinq jeunes gens fusillés par les Allemands ; Mardi matin, rien de nouveau, l’après-midi, suis allée en car à Val d’Isère, j’avais retenu ma place la veille… J’étais désireuse de voir le barrage de Tignes que j’avais vu en construction. Au début, cela a été dur, je me sentais seule au milieu d’étrangers, seule avec ma douleur…En arrivant à Tignes, le temps s’est assombri, le lac était gris. Peut-être est-ce plus gai par beau temps, mais le cadre lui-même est austère, rocheux, sans verdure. Le barrage est formidable, la nouvelle église tout à côté paraît un jouet, je l’ai visitée, elle est dédiée à Saint-Jacques… on a transporté de l’ancienne église tout ce qui pouvait être transporté, les autels, statues, confessionnaux, mais tous les souvenirs, les maisons, les tombes, sont sous l’eau du lac. Jusqu’à Val d’Isère, retrouvé aussi bien des souvenirs, la route passe maintenant plus haut, il y a de nombreux tunnels. Nous avons eu une demi-heure à Val d’Isère ; il faisait froid, les crêtes enneigées étaient toutes proches. J’ai pris du thé et suis allée visiter l’église… Mieux vu le paysage à la descente, mais il y a beaucoup de travaux d’EDF et cela gâte un peu le paysage. Un dernier arrêt à Bourg Saint-Maurice. Suis allée encore voir l’église, qui est grande et belle, mais pas du tout savoyarde ; il y a un clocher plus ancien. La ville paraît ancienne aussi, un de ces gros bourgs où l’on s’arrêtait avant de franchir les cols. La vallée est plus riante ensuite, mais il pleuvait par moments. Hier, pluie et froid une grande partie de la journée ; vu le docteur hier après-midi, il est assez content. Suis restée ensuite dans ma chambre et me suis couchée de bonne heure. Suis pour deux jours au repos. En ai profité pour aller à la messe ce matin puisque c’était la Fête-Dieu, puis me suis recouchée ensuite. Il fait beau aujourd’hui.
Dimanche 20juin
Temps splendide aujourd’hui, il fait un peu chaud, mais à l’ombre, sur la terrasse, il fait un peu d’air et on est vraiment bien. Dans ma chambre également il fait bon, avec les volets à demi-fermés ; cela change agréablement des deux dimanches froids et pluvieux que nous avons eu jusqu’ici. Passé jeudi et vendredi deux jours très calmes, assisté à la messe, puis, après le petit déjeuner, me suis recouchée jusqu’à midi. Cela me faisait quelques bonnes heures de repos, pendant lesquelles je pouvais lire et tricoter. L’après-midi, n’ai guère quitté la terrasse ; le temps s’étant amélioré, c’était bien agréable. J’avais d’ailleurs besoin de repos. Vu le docteur vendredi après-midi, il m’a trouvé le cœur un peu fatigué, un peu d’arythmie, et la tension toujours un peu basse. Avec un petit médicament, cela s’arrangera vite, dit-il, mais insiste pour que je ne fasse pas de régime plus sévère, quitte à ne pas plus perdre de poids. Repris hier matin La Léchère… je suis allée à la messe de 8 heures, et j’ai puy communier, nous n’y partons qu’à 9 heures ! et c’est beaucoup plus commode. Au retour, suis allée faire la fin de la procession qui, cette-fois-ci, se déroulait devant les Thermes… Il y a ici une personne de Clisson, Mme Sécher, nous nous sommes retrouvé pas mal de connaissances communes…
Dimanche 27 juin
Je viens de quitter la procession après la première bénédiction et suis rentrée ici, il n’est peut-être pas très indiqué après m’être soigné les jambes pendant trois semaines de rester debout et de piétiner si longtemps, mes trosi filles y sont et me remplaceront ; Jacques est à la Caillière, à un congrès de l’UNC, quant à Pierre, il est ici depuis hier soir, mais regagne Richelieu ce soir, les épreuves du bac commencent demain matin, il nous arrivera mardi soir. Le grand événement de la semaine est le fait qu’Yves est admissible à Saint-Cyr, il ne comptait avoir son résultat que samedi soir, et l’a eu jeudi soir, il a téléphoné aussitôt, mais on lui a donné le 27 au lieu du 7, et c’était le numéro des Brachet, aussi c’est Marie-Annick qui a reçu la nouvelle, et laissant son dîner, est venue l’annoncer ici aussitôt. Il ne passera son oral que du 7 au 11, il aura ensuite les épreuves physiques, aussi il craint de ne pouvoir se rendre au camp scout – qui est en Dordogne – que pour la fin seulement. Que Dieu lui aide à réussir son oral, puisque c’est son grand désir depuis si longtemps ! Pour moi les derniers jours à Brides ont été vite passés, il faisait beau et je suis presque continuellement restée sur la terrasse. Mardi, reçu une lettre de Geneviève, me racontant le mariage de Marthe des Rochettes, auquel ils ont assisté samedi, elle m’annonçait aussi la mort de Tante Juliette qui, après des mois d’inconscience bien pénible pour les siens, s’est éteinte tout doucement ; les obsèques avaient lieu jeudi matin ; pour moi, il n’était pas question de m’y rendre ; la famille était représentée par les Granger. Mardi après-midi, suis montée chez le docteur qui m’a donné traitement médical et régime à suivre – régime plus strict que par le passé – beaucoup de repos, beaucoup rester les jambes allongées. Ces deux dernières clauses sont vraiment très faciles. Le matin, avant d’aller à La Léchère, j’avais pris mon billet à Moutiers ; l’après-midi, expédié la fiche et le mandat nécessaires pour avoir une couchette. Mercredi, mon traitement comme d’habitude ; passé de grands moments sur la terrasse l’après-midi ; le soir, suis allée faire une petite visite à M. le Curé. Dîné très rapidement, puis fait toute seule une petite promenade, en m’efforçant de revivre tous les souvenirs, heureux ou tristes des deux jours que Jean avait passé là avec moi ; Jeudi c’était sa fête ; suis allée à la messe et prié en union avec lui ; Fait ensuite mes bagages ; il faisait chaud, et j’ai eu un peu de peine à tout faire rentrer dans mes deux valises. A 10 heures, pris un petit déjeuner substantiel, qui m’a permis d’attendre le repas du soir. J’avais demandé un taxi pour descendre à Moutiers, il n’y en avait pas, mais M. Favre a û m’y faire conduire par son frère. Le voyage jusqu’à Lyon d’est bien passé, malgré la chaleur ; Lyon était une étuve cet après-midi-là. Comme Suzanne était à paris, pour l’enterrement de Tante Juliette, il n’y avait personne au-devant de moi. Suis allée retenir tout de suite mon ticket de couchette, puis pris un taxi, pour aller rue Ferrandière. Tante Jeanne y était seule. Cela a été très dur pour moi d’entrer dans cet appartement où j’avais vu Jean pour la dernière fois. Il y avait là tant de souvenirs….Passé l’après-midi avec Tante Jeanne ; plusieurs personnes sont venues : une sœur d’André Lamy dont le fils était un bon camarade de Jean…Les Lamy sont venus pour me voir, habituellement ils restent à leur chalet où il fait bien meilleur. Le soir, Henri est venu me chercher en auto, nous sommes allés à la gare pour chercher Suzanne, dont le train arrivait vers 11 heures, si bien que tout cela m’a fait coucher assez tard alors que j’aurais eu besoin de me reposer beaucoup plus tôt. Vendredi, me suis levée assez tard ; je le regrettais, c’était la fête du Sacré Cœur, mais réellement, je n’étais pas en état de faire autrement. Passé la matinée chez Suzanne ; elle aussi m’a parlé longuement de Jean que tous appréciaient tellement. Tante Jeanne est venue déjeuner, ainsi que Françoise et son mari, qui est bien sympathique. Suzanne nous a reconduits ensuite chez Tante Jeanne ; je suis montée chez Menine où il y avait une réunion d’A.C.I ; cela m’a intéressée, mais leurs méthodes sont forcément très différentes des nôtres. Suis ensuite retournée chez Tante Jeanne ; causé avec elle tout l’après-midi, jusqu’au moment où Suzanne est venue me chercher. Nous sommes passées chez elle prendre mes valises et de quoi dîner, puis elle m’a conduite à la gare. Il faisait très chaud, et la température sous cette verrière de Perrache était étouffante. Un fois le train parti, il faisait meilleur ; j’ai dîné avec mon café au lait habituel, puis, dès 8 heures ½, on est venu mettre les couchettes ; je me suis installée presque aussitôt, c’était mieux pour moi d’avoir les jambes allongées. Il y avait dans le même compartiment une jeune femme avec un bébé de 9 mois, et un monsieur qui a été presque toujours dans le couloir ; La nuit se serait bien passée, car il ne faisait pas trop chaud, et bien que ce ne soit pas très moelleux, on peut tout de même dormir, mais au début de la nuit, une escarbille m’est entrée dans l’œil, et jusqu’à hier soir, m’a beaucoup gênée, si bien que la nuit m’a parue longue. Je me suis habillée vers Ancenis, il faisait gris et frais. A Nantes, j’ai pu avoir un porteur, mais juste le temps de changer de train. Jacques était au-devant de moi à La Roche, sur le quai, et tout de suite, en partant, il m’a annoncé l’admissibilité d’Yves. En arrivant ici, seule Anne était levée, j’ai été contente de retrouver la maison, et la cour toute fleurie ; tout le coin devant la cuisine est fleuri de géraniums, et il y a des bégonias superbes. Je ne suis pas encore allée dans le jardin. J’ai déjeuné avec Jacques et Anne puis suis allée un moment chez Maman, après quoi je me suis couchée, après une bonne toilette vraiment bienfaisante. Les deux filles sont venues dans ma chambre bavarder un bon moment. J’ai lu les journaux et me suis reposée. J’aurais volontiers dormi, mais mon œil me faisait mal. Je me suis levée pour déjeuner, puis suis restée un peu dans le bureau à coudre une petite robe en tricot, pour l’envoyer à Maria …J’ai défait ensuite mes valises, rangé sommairement bien des choses, puis me suis recouchée de nouveau. Pierre est venu, nous avons causé un peu. Me suis levée encore pour dîner et couchée aussitôt, mon œil était mieux et j’ai très bien dormi. Ce matin, fait le marché. Je me remets au courant de la maison, depuis trois semaines, tout marchait bien sans moi, ce pendant il faut tout de même voir à bien des choses. Suis allée à la grand-messe, la procession n’a pas été trop longue, menée par les deux vicaires. M. le Curé est à la clinique, où il a été opéré voilà quelques jours ; on ne sait quand il reviendra… Les prix sont jeudi pour Pierre et vendredi pour Anne. Geneviève part en forêt de Mervent samedi, comme intendante des louveteaux des Sables. Jacquie part le 4 ou 5 à Notre-Dame de Monts, pour un mois, avec une colonie de Thouars.
Dimanche matin 3 juillet
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 3 juillet 1954 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Pas eu le temps d’écrire cette semaine, il y a eu bien à faire, il me faut me réorganiser ici, prendre le courant du travail et aussi reprendre le travail mis en retard par mon absence. Je pense que nous partirons aux Sables le 17… Geneviève est partie en forêt de Mervent hier matin, depuis son départ, successions d’éclaircies et d’averses, je ne sais pas comment cela sera organisé, et s’ils ne seront pas trop mal sous la tente. Jacquie part demain matin, mais ce sera dans des bâtiments par conséquent plus confortables. Pierre est ici depuis mardi soir, il attend son résultat pour mardi prochain, mais ne veut rien dire de ses impressions et de ses espoirs, c’est peut-être plus prudent. Quant à Yves, sans doute en aurons-nous des nouvelles bientôt, en tous cas son oral est pour cette semaine. Dimanche, une journée calme, je suis allée aux Vêpres avec Anne, puis j’ai eu bien du temps pour lire et écrire tranquillement ; Jacques est arrivé assez tard de La Caillière, très content de sa journée, il m’a rapporté un petit entretien qu’il avait eu avec Monseigneur, ce sont des choses qui font du bien. Le soir, en feuilletant un numéro des Anciens Elèves de Ginette, trouvé sur le bureau, j’ai trouvé la mort en Indochine d’un garçon qui fut le binôme de Jean : Robert Philippe, sa mère m’avait écrit à plusieurs reprises, et cela m’avait beaucoup touchée. Je lui ai écrit lundi, écrit aussi à Louise-Marie, qui doit être bien désemparée par la mort de Tante Juliette. Reçu lundi une lettre de Mme Boutelier, qui m’annonce le mariage de Daniel pour le 13 juillet, et ajoute que ce jour-là, elle priera pour Jean. Je le ferai volontiers aussi, malgré toute la peine qu’a du faire à Jean, à bien des reprises, le silence de Daniel, surtout depuis son départ en Indochine. Des deux, ce sera Jean qui sera toujours le plus heureux, mais notre pauvre nature humaine a tellement de mal à le comprendre. Lundi aussi, passé un grand moment chez Maman, retenue au lit par un rhume. Françoise y est venue aussi, je l’avais d’ailleurs vue ici le matin. Mardi, ai dû aller aussi chez Maman, je ne m’en souviens pas très bien. Mercredi, suis restée ici, presque sans bouger, j’avais bien à faire. Suis allée, cependant chez Maman, lui ai soigné un bobo qu’elle a dans le dos, semblable à ceux que je lui ai soignés déjà….Jeudi matin, sommes allés aux prix de Richelieu. Jacques n’ayant pas le temps de nous conduire, c’est Jacquie qui a pris le volant, et s’en est d’ailleurs très bien tirée ; nous n’avons pas beaucoup circulé en ville, et cela valait mieux. Suis allée pour commencer chez Galigaud. Tante Abel, pour qui Jacques avait travaillé cet hiver, a voulu lui faire un cadeau, et je devais aller choisir parmi un certain nombre d’objets proposés. J’ai pris un service à fruits vraiment ravissant, il n’y a que 8 coupes, mais on peut toujours compléter. Suis allée ensuite aux prix, où je suis arrivée à peu près à mi-séance, il y a eu un discours du Père Pateau, vraiment très bien. Pierre a eu 10 nominations, dont deux premiers prix ; c’est très bien, mais un bon résultat au bachot serait encore mieux. Il a fallu ensuite aller à Richelieu, chercher les valises de Pierre ; vu là-bas pas mal de personnes de connaissance. Sommes arrivés ici vers midi et demie. Thérèse étant absente ce matin-là à cause de l’enterrement de son parrain, nous avons déjeuné chez Maman. J’y suis restée un grand moment, puis suis allée chez Tante Abel faire visite en attendant que Jacques et moi puissions y aller ensemble. Je me rappelle maintenant que mardi après-midi j’étais allée au cimetière sous une grosse pluie d’orage. Vendredi, journée à Nantes, peu de courses à faire, aussi ne sommes-nous pas sortis le matin. Fait quelques courses l’après-midi avec les enfants d’abords, puis avec Jacques, Pierre et Madeleine, laissant les trosi filles aller ensemble jusqu’à la fermeture des magasins. Geneviève est partie par le car hier matin. Travaillé au début de l’après-midi, puis sommes partis à 4 heures ½, Jacques, Jacquie et moi au Bois-Corbeau où nous étions invités à goûter par la Baronne Taylor. Sommes passés par Montaigu voir Mme Denis, qui fait du cancer généralisé, mais elle ne s’en doute pas et croit qu’il s’agit de choses pulmonaires ou rhumatismales. Très jolie réception à Bois-Corbeau, le cadre s’y prête d’ailleurs ; la salle à manger est très belle, et l’enfilade des salons vraiment somptueuse. Beaucoup de personnes de connaissance : Les Plessy, Guillaumé, Grelier, enfin, tout Montaigu. Avons confortablement goûté, et sommes revenus vers 9 heures. Me suis couchée sans dîner. Avant de partir, un coup de téléphone de Geneviève Bouliau, nous disant que Nicole étant à Palluau, ils avaient l’intention de venir nous voir cet après-midi ; or, notre après-midi, celui de Jacques surtout est surchargé, plusieurs visites importants, un enterrement. Jacques doit préparer des rapports pour une réunion de notaires qui a lieu demain. Je me suis vue obligée de répondre que notre après-midi était pris, mais que nous serions contents de las avoir à dîner. Il y aura un repas très simple, mais cela me sonnera tout de même quelques préparatifs à faire ; je comptais faire une tarte aux cerises pour ce matin ; j’ai fait la même pour la fête de Pierre, que nous avons souhaitée mercredi, et elle était vraiment très bonne. La fête a été resouhaitée vendredi à Nantes, et nous comptions recommencer aujourd’hui pour Grand-Mère, ce sera transféré ce soir, il y aura deux tartes au lieu d’une… Je vais maintenant me préparer pour la grand’messe, fête de Saint Pierre et de Saint Paul. M. le Curé est rentré de la clinique, mais pas très vaillant encore.
Dimanche matin 11 juillet
Pas mal de choses à raconter, aussi je vais reprendre chaque journée par le commencement, mais je ne sais pas si j’aurai le temps de terminer avant la grand’messe ; il est déjà 10 heures ½, il y a toujours à faire le dimanche matin : les lits, le marché, les fruits à préparer, de plus, je me suis allongée ce matin, afin de me ménager un peu les jambes…. Dimanche dernier, aussitôt les Vêpres, nous sommes allés Jacques et moi voir M. le Curé, afin d’avoir de ses nouvelles et lui offrir nos vœux à l’occasion de ses 50 ans de sacerdoce ; il est mieux, paraît-il, et il a un très bon moral, mais il doit avoir une autre opération dans deux mois et on ne peut guère savoir ce que cela donnera. Jacques est allé ensuite à un enterrement, puis, à son retour, sommes allés faire visite à Tante Abel et aux Mignen. Me suis mise ensuite à préparer le dîner. Il y avait tout de même bien à faire. Je ne pouvais pas compter sur Jacquie, qui faisait ses préparatifs de départ pour le lendemain matin. Tout était prêt cependant avec très peu de retard, j’avais un poisson très joliment décoré et deux tartes vraiment délicieuses ; j’ai trouvé depuis peu une recette de pâte qui fait merveille, et je les avais garnies, partie aux cerises, partie aux abricots ; c’était très décoratif et aussi très bon. Avons pris le café sous la véranda, tandis que les deux petits jouaient dans le bureau avec Anne, il faisait bon, pas trop froid ce soir-là. Lundi matin, Jacquie est partie assez tôt. Ne suis pas sortie ce jour-là, qu’un peu le matin, pour aller faire le pansement de Maman. L’après-midi, avais pas mal de travail à faire. Mardi matin, suis allée à la Roche avec Jacques et M. Baron ; passé presque tout mon temps chez le dentiste… l’après-midi, suis allée chez Maman, mais rentrée de bonne heure, de façon à être là quand le coup de téléphone nous donnerait le résultat pour Pierre, avons attendu, sous la véranda, jusqu’à 7 heures et demie, et à cette heure-là, préférant être fixée, j’ai téléphoné ; le Supérieur avait eu les résultats depuis peu, et malheureusement Pierre n’était pas sur la liste. En A, ils sont reçus 5 sur 14, certaines parties ont des meilleurs résultats. Enfin, espérons que certains se rattraperont en octobre, et surtout que Pierre sera du nombre. Nous aurons sans doute bientôt ses notes. Mercredi matin, une lettre d’Yves, il a dû terminer son oral hier soir, il a encore deux ou trois jours d’épreuves physiques ; il doit arriver mercredi à minuit et demie, sauf contrordre, mais ne restera qu’une journée et rejoindra les scouts de Richelieu en Dordogne, avec deux jours de retard. J’espère qu’il ne sera pas trop fatigué physiquement ; le camp peut être pour lui une détente morale ; en tous cas il aura cette année des vacances alors que Pierre devra se mettre à travailler sitôt après le camp. Mercredi, je ne sais plus très bien ce que j’ai fait, sans doute allée chez Maman, puis au cimetière. Jeudi matin, lettre des deux filles. Geneviève dit que, les deux premières nuits, elles ont eu très froid à cause de l’humidité ; depuis, on leur a prêté des couvertures et même des matelas…. Jacquie est mieux installée, bien qu’un peu à l’étroit, la colonie occupe 2 villas tout près de la plage et non loin des pins. Jacquie doit s’occuper de 12 filles, de 9 à 12 ans. Elle a retrouvé une jeune fille de Niort, qui était du voyage à Rome… Je leur ai répondu à toutes deux jeudi matin, si bien qu’avec le marché et la cuisine, ma matinée a été bien remplie. Les enfants déjeunaient chez Grand-Mère, aussi Jacques et moi avons déjeuné ensuite en vitesse pour partir à La Roche où j’avais beaucoup à faire. A la bibliothèque, appris que Jeanne Gallet était très malade ; elle doit faire, elle aussi, du cancer généralisé et c’est terrible. Vu Mme Lesaffre un bon moment ; sommes revenus par l’Hermière où il fallait partager la laine, si bien que j’ai eu peu de temps avant dîner. Vendredi matin, encore une matinée chargée, fait quelques courses et le pansement de Maman dont le bobo n’est pas terminé ; changé toutes les fleurs de la maison, ce qui n’avait pas été fait depuis le départ des filles ; couvert ensuite onze pots de gelée faits l’avant-veille, terminé un paletot de bébé… je voulais aller à La Bardinière voir Thérèse Brochard qui avait eu le jour de la Communion un petit Joseph Marie qui a été baptisé aux Vêpres…. Un peu avant le déjeuner, la pluie a commencé, et il était visible qu’elle ne cesserait pas avant le soir. Je me suis mise en route quand même, je ne peux pas dire que j’ai eu trop mauvais, mais il a plu tout le temps quand même…. Suis rentrée vers 5 heures ½ ; une bonne tasse de thé m’a fait du bien ; vers 7 heures, visite d’Armande Brachet…
Les Sables, dimanche 18 juillet
Dimanche dernier après-midi très calme ; suis allée aux Vêpres avec Jacques et Anne, puis avons fait tous deux une visite au Docteur Lucas dont c’était le 80ème anniversaire. Le docteur et Mme Lucas ont été tellement mêlés à tous les événements de notre vie, heureux ou non, que nous ne pouvions laisser passer cette date dans aller leur porter un témoignage de sympathie et nos vœux. Eu ensuite quelques heures pour lire et pour écrire… Lundi, suis restée à la maison… après déjeuner, arrangé des haricots verts pour mettre en conserve, puis me suis mise à arranger un chandail d’Anne en luis faisant des manches raglan, ce qui n’est pas toujours facile. Mardi, reçu toute la journée les trois cousines Bouliau, elles sont arrivées comme toujours dès le car du matin, mais elles avaient déjà pris leur petit déjeuner. Sommes restées un moment à cause sous la véranda, puis toutes trois sont parties avec Jacques a Legé pour leurs affaires. Pendant ce temps, je préparais le déjeuner, elles nous reçoivent si souvent en hiver, que j’étais contente de leur faire plaisir. J’avais une quiche bourguignonne – cela doit se faire avec des écrevisses, à défaut, j’avais mis des langoustines – c’est décoratif et vraiment bon. C’était un essai qui demande d’ailleurs à être mis au point…J’avais aussi une très bonne glace à la vanille. J’ai eu le temps d’y arriver facilement et même à préparer quelques petites choses pour le dîner. Répondu à Jacquie dont j’avais reçu le matin une lettre demandant plusieurs objets, et rassemblé pour les expédier les choses en question… Après déjeuner suis allée en vitesse à l’enterrement d’un petit bébé et il a fallu se presser pour ne pas être en retard, il faisait chaud au cimetière… Passé ensuite un moment à travailler avec les cousines puis j’ai eu une courte visite de Mme Bricout. Ensuite, pendant que toutes les trois étaient parties au Moulin-Guérin, j’ai préparé une tarte aux cerises pour le dîner, qui d’ailleurs a été très court, car il fallait nous presser pour l’heure du car. Préparé ensuite des sandwiches pour Pierre qui gagnait La Roche en bicyclette, afin de prendre le car à minuit ½ avec la troupe. Mercredi matin, pas de nouvelles d’Yves, puisque c’était le 14 juillet ; nous pensions qu’il arriverait le soir comme prévu, mais vers 3 heures ½, un coup de téléphone nous a appris qu’il était à la gare de La Roche, aussi son Papa est parti le chercher aussitôt, comme le 1er janvier 1948 il était allé chercher Jean, arrivant de Mutzig. Le garçon est bien, quoi qu’un peu maigre, mais surtout il est content de son concours ; il estime d’après ses points, qu’il doit être reçu, peut-être pas dans un rang extraordinaire, mais reçu tout de même. Il était content de se reposer ce soir-là et de se coucher de bonne heure. Jeudi matin, avons appris par le journal le décès du docteur Cesbron du Fuilet, aussi nous avons téléphoné à Geneviève qu’il a été possible de joindre presque aussitôt ; elle a pu se dégager pour le peu de temps qui restait, prendre un car à Fontenay et nous arriver pour dîner, un peu lasse de ces quelques jours de travail, mais bien contente quand même. L’après-midi de jeudi, suis allée chez Maman. Le soir, Yves a pris à minuit et demi le même train que son frère deux jours avant ; je pense qu’ils sont bien installés et souhaite qu’ils n’aient pas trop de pluie. Vendredi matin sommes donc allés au Fuilet pour la sépulture du docteur Cesbron ; le temps, qui était douteux, s’est cependant maintenu. Ce n’est pas tellement loin, mais cette direction d’Ancenis est un pays un peu inconnu par nous. Vu Majo quelques instants seulement. Etions de retour pour déjeuner vers 1 heures ½… L’après-midi, suis allée un peu chez Maman, puis suis allée voir Mme Bonnaud et un bébé Bretaudeau…La fin de l’après-midi a été vite passé avec du linge à trier, à ranger et pas mal de choses à préparer pour le départ d’hier. Il m’a fallu marcher pas mal, rester debout>… et cela ne me vaut absolument rien… et portant, pour 8 jours, nous n’avions que très peu de choses à emporter… Déjeuné chez Maman, avec Tante Marguerite, arrivée la veille au soir, puis fini les préparatifs de départ. Nous étions ici d’assez bonne heure dans l’après-midi, mais par la pluie. Fait le déchargement, puis quelques courses urgentes. Sommes allés ensuite, Jacques et moi, parles à M. ?, afin d’avoir des leçons d’allemand pour Pierre. Il suivra les cours de vacances à Richelieu, qui ont lieu du 16 août au 4 septembre, mais la première quinzaine d’août, il pourrait travailler son allemand. L’installation ici a été vite faite. Jacques et Geneviève se sont mis à tapisser dès hier soir, ils en auront demain pour une grande journée. Nous partons d’ici samedi, passons le dimanche au Poiré et repartons le lundi sans doute pour Loctudy. Jacquie vient nous rejoindre ici pour son jour de congé et arrivera pour déjeuner.
Le Poiré, dimanche matin 25 juillet
De passage ici, puisque nous sommes arrivés hier soir pour dîner, et repartons ce soir dîner et coucher à Nantes, afin de partir dès le lendemain pour Loctudy. La semaine aux Sables s’est bien passée, nous avons eu par bonheur un temps splendide… Dimanche dernier, temps très douteux, averses et vent froid, Jacquie est arrivée dès le matin et a retrouvé à la messe de 9 heures son papa et ses sœurs. Je suis allée à la grand’messe et fait quelques rangements ensuite jusqu’au déjeuner. Fait après déjeuner les installations et les rangements de placards, pendant que Jacquie repassait des robes qu’elle avait lavées le matin ; fait ensuite un peu de correspondance, puis sommes sortis ; il ne faisait pas chaud, et il n’aurait été guère facile de tenir sur la plage. Nous avons marché sur le Remblai et fait visite aux Renou, chez qui nous avons trouvé Simone Toussaint, Monique et les plus jeunes des enfants. Dîné au retour, puis pris la voiture pour aller conduire Jacquie à Notre-Dame de Monts. Cela fait plaisir de revoir toute cette côte de Brétignolles, Saint-Gilles, Sion. Avons vu – d’extérieur – l’installation de Jacquie, et fait quelques pas sur lla plage de Notre-Dame de Monts, où il soufflait un vent glacial. Lundi, passé une partie de la journée sur la plage avec Anne ; il ne faisait pas mauvais – ni soleil, ni vent, ni froid – c’était agréable. Fait quelques courses et commandes d’épicerie. Après déjeuner, une visite des Clairault, Anne, son mari, ses enfants, Denise et Jean, qui est immense. Ils sont venus me retrouver ensuite sur la plage. Anne a loué quelque chose à La Baule, mais s’y plaît beaucoup moins qu’aux Sables. Pendant ce temps-là, Jacques et Geneviève tapissaient la salle à manger, mais ils n’ont pu finir, faute de papier – sur 14 rouleaux commandés, 12 seulement étaient arrivés, les 2 derniers commandés en toute hâte sont arrivés vendredi, et la pièce a pu se terminer hier. Le soir, sommes allés, Jacques, les filles et moi, au Jardin du Tribunal voir des danses espagnoles, par une troupe de Galice. Le « Nouch » s’est produit à plusieurs reprises, et donne des choses charmantes. Les danseurs galiciens étaient très bien, les femmes habillées comme la poupée que Geneviève avait rapportée de Gijon… Mardi matin suis allée avec Anne sur la plage où il faisait très bon. Jacques et Geneviève sont partis pour déjeuner chez Grand-mère. Hier, rien de bien nouveau, l’après-midi, suis allée voir Mlle Chalard dont la santé n’est toujours pas merveilleuse, à son âge ce serait étonnant. Avons parlé lectures, il est un autre sujet qu’on ne peut pas toujours aborder avec elle. Le soir, fait avec Anne un tour sur la jetée. Mercredi, journée au lait ; suis restée au lit le matin, je m’étais arrangée pour ne pas aller au marché. Suis cependant allée à la plage pour le bain d’Anne, mais me suis recouchée aussitôt déjeuner jusqu’à 4 heures. Suis allée ensuite à la plage, où il faisait très bon, mais me suis couchée très tôt. Jeudi, sommes allées à la messe, Anne et moi, pour la Sainte Madeleine. Fait ensuite le marché et téléphoné au Poiré, où tout allait bien. Journée à la plage, bien entendu, l’après-midi, quelques courses et visite aux Plessy. Un tour de Remblai, le soir, avec Anne, qui marchait bien et causait gentiment ; elle porte actuellement un pantalon corsaire de toile bleu, avec son corsage bleu. Celui lui va et elle est mignonne avec ses nattes blondes qui dansent quand elle marche. Vendredi, suis allée sur la plage également, et, le soir, une réunion d’A. C. comme l’année dernière. Hier matin, temps délicieux… Jacques et Geneviève sont venus pour déjeuner et ont terminé leur travail. Fait les bagages, ce qui n’a pas été long, et quelques courses. Sommes partis vers 5 heures ½. En arrivant, suis allée voir Maman et Tante Marguerite et défait le plus pressé des valises. Après dîner, donné un bain à Anne, avec des moyens de fortune, car, la cuisinière étant éteinte, il n’y a pas d’eau chaude, et lavé pas mal de choses que je compte repasser cet après-midi pour les emporter. Une journée assez chargée aujourd’hui, nous aurons tout à l’heure la Grand-messe, qui est celle de Saint Jacques. Maman et Tante Marguerite viennent déjeuner ensuite… Il faudra ensuite aller aux Vêpres, on y bénira une statue de Sainte Anne, et toutes celles qui portent le prénom d’Anne auront des places réservées. Demain, nous partirons de bonne heure de Nantes afin de passer tout au moins un moment à Sainte Anne d’Auray, dans l’après-midi nous nous arrêterons un peu à Pont-Aven, 16 ans que je n’ai vu Marie, et nous serons le soir à Loctudy.
Loctudy, mardi matin 28 juillet
Pas mal de choses à écrire et il vaut mieux ne pas trop attendre… Caty, Jacques et Anne viennent de partir à la pêche, il ne fait pas très beau, le temps est assez incertain et la pêche ne sera peut-être pas très fructueuse, cependant ils s’amuseront, passeront une agréable matinée, et c’est le principal. Geneviève est plongée dans un album de la Semaine de Suzette, pour elle aussi, c’est une détente et un repos. Quant à moi, je n’ai strictement rien à faire, et c’est merveilleux. Je regrette bien un peu que le temps ne soit pas plus chaud et ensoleillé… Mais enfin, à travers les fenêtres de la grande salle, on voit la mer tout à loisir, en restant à l’abri et c’est encore le principal. Nous sommes partis du Poiré dimanche soir vers 7 heures, après une journée assez chargée : le déjeuner avec Maman et Tante Marguerite, les Vêpres, avec le sermon de l’inauguration de la statue de Sante Anne. J’ai eu ensuite à faire du repassage et à organiser les valises, ce qui est toujours plus long que de les défaire. Beau temps toute la journée, mais sur le soir, cela devenait orageux. Nous sommes arrêtés au cimetière en partant, allant le lendemain en pèlerinage à Sainte-Anne, nous avions besoins de nous recueillir dans le souvenir du grand chéri qui, il y a 8 ans a suivi à pied cette même route. Avons dîné à Nantes, en souhaitant une fois de plus la Saint Jacques, souhaitée le matin, et par anticipation la Sainte Anne du lendemain. Avons décidé d’emmener le lendemain Madeleine à Sainte Anne d’Auray, le retour par le train lui étant toujours possible. Nous sommes partis lundi matin vers 8 heures par un crachin typiquement breton, et le crachin, après nous avoir donné quelques espoirs, n’a pas cessé de toute la matinée ? Sommes arrivés à Sainte Anne d’Auray au début de la messe ; le crachin ne gênait rien, la messe était célébrée en plein air, et la foule, très nombreuse, n’était pas trop tassée, mais vraiment recueillie… Après la messe, avons vu la procession entrant dans la basilique, puis, avec quelque peine, avons regagné la voiture et filé vers Auray. Il a fallu attendre un certain temps pour pouvoir déjeuner, finalement tout s’est arrangé et nous avons eu un repas convenable. Avons ensuite conduit Madeleine à la gare, puis filé sur Pont-Aven, où nous étions vers 4 heures ½. Marie n’a pas changé. Vu son mari et trois de ses enfants… Pas mal bavardé, je m’u serais bien arrêtée plus longtemps. Sommes partis à 6 heures, alors que nous aurions dû être à 6 heures ½ à Quimper pour cueillir Caty et sa famille. Nous y étions quand même un peu avant 7 heures et avons pu les cueillir dans leur car, au moment où ils allaient partir. Cela ne nous a pas fait arriver trop tard à Loctudy. Tous sont là actuellement, sauf Aline et son mari. François et sa famille sont dans leur maison. Hier, passé la matinée en grande partie sur la terrasse. L’après-midi, avons fait l’agréable promenade classique de Notre Dame de Tronoën, l’anse de La Torche et Penmarch ; aujourd’hui, allons goûter chez François.
Jeudi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 15 juillet 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Jacques, Caty et Anne ont essayé de pêcher hier matin, il n’y avait pas de crevettes, il faisait froid et ce n’était pas agréable du tout. Finalement une averse les a poussés à rentrer. Quant à moi, j’ai passé la matinée dans la grande salle, si agréable avec ses grandes fenêtres ouvertes largement sur la mer… Hier, goûter chez François, leur maison sera agréable quand elle aura été arrangée, mais j’ai l’impression que cela leur donnera beaucoup de travail, il y a tout à faire – nettoyage du jardin, peinture des murs, qui sont sales et tristes, aménagement intérieur, la distribution actuelle étant peu pratique. Avons été un moment jusqu’à la rivière, la promenade dans les bois de pins est charmante et la vue sur la rivière bien jolie. Cet après-midi avions en vue toute une jolie promenade à la Pointe du Raz, Douarnenez, Locronan, mais il commence à pleuvoir. Jacques n’a même pas pu aller à la pêche, il fait froid et la mer ne se retire pas bien. Il est allé se promener avec Mladen, Geneviève et les enfants. Nous partons dimanche matin pour déjeuner à Pont-Aven, je voudrais bien avoir un moment pour voir tranquillement Marie… Une lettre de Maman ce matin. Les Granger arrivent aujourd’hui et Maman part avec eux aux Sables samedi. Les garçons doivent arriver ce soir et partiront aux Sables eux aussi. Nous aurons donc à recevoir lundi soir les Henri Pigeaud et Tante Jeanne.
Lundi 2 août
J’ai marché dans la maison depuis ce matin, cela me donne bien le droit de prendre une petite récréation, d’autant plus que tout à l’heure je ferai le dîner, Thérèse étant à La Roche jusqu’à ce soir et les Henri Pigeaud plus Tante Jeanne, nous arrivent vers 8 heures. Quant à nous, sommes arrivés hier soir un peu après 9 heures, il était plus de 11 heures quand je me suis couchée. Je me suis levée assez tard ce matin et il y avait beaucoup à faire. Thérèse ayant lavé tout ce que les garçons avaient rapporté du camp, j’avais pas mal de choses à ranger, les valises à défaire, en attendant de les refaire après-demain, le déjeuner à préparer et bien des choses à prévoir. Pendant que j’étais à Loctudy, j’ai essayé d’écrire, bien mal, parce que je n’avais pas mon stylo, ce que j’avais vu ou fait en ces jours-là, peut-être y parviendrai-je, mais ce que je pourrai dire ici, c’est l’impression de détente, de liberté et de vacances que m’ont donnés ces jours-là, il y a eu des moments durs, surtout samedi et il y en aura toujours, mais cette semaine-là m’a toujours reposée et fait du bien ; Je regrette seulement qu’il n’ait pas fait meilleur. Hier, nous avons trouvé le beau temps en arrivant à Pontchâteau, et aujourd’hui, nous avons une journée radieuse ; je regrette les moments que j’aurais pu avoir sur la terrasse pendant que Jacques aurait été à la pêche…. Je reprends un peu notre semaine là-bas. Jeudi après-midi, nous avons fait la promenade classique de la Pointe du Raz, le temps était assez clair au début, en arrivant à la Pointe du raz, on voyait largement l’Ile de Sein, puis le ciel s’est bouché, un grain est arrivé et nous a gagné de vitesse, si bien que nous étions un peu mouillés en arrivant à l’auto. Avons voulu ensuite suivre la côte nord de la presqu’île pour arriver à Douarnenez, mais nous nous sommes trompés de route et en avons pris une autre, assez mauvaise, qui nous a conduits à la Baie des Trépassés, c’était plutôt mélancolique… Sommes arrivés à Douarnenez… un coup d’œil sur le port et il était temps de rentrer. Il faisait d’ailleurs meilleur à cette heure-là. Vendredi matin, temps à peu près convenable. Jacques est allé avec Tante Denise faire des courses à Loctudy, puis il a pêché, mais bien peu de temps. L’après-midi, une ravissante promenade à Locronan, que nous avions déjà vu deux fois, mais dont Geneviève de ne souvenait pas, à Pleyben, où nous étions passés une fois, puis à Saint Michel de Brasparts, point culminant de la Bretagne ; le ciel était très nuageux, mais la vue cependant très étendue. Il y avait, pour monter, une route vraiment impossible. Sommes rentrés par Châteauneuf du Faou, il y avait des coins ravissants et des églises vraiment intéressantes. Une promenade à pied après dîner. Samedi, Jacques espérait pêcher, mais il pleuvait et il a plus toute la journée ou presque. Jacques est sorti cependant avec Mladen et un ami arrivé la veille au soir. Je suis restée tricoter dans la grande salle et je n’avais pas chaud. Caty s’occupait avec Geneviève à préparer une surprise-partie, que Daniel et Thierry avaient extorquée à leur grand-mère, et qui devait réunir une quarantaine de jeunes. Après déjeuner, le vent étant moins froid, sommes sortis, Jacques et moi, sous le crachin, le long de la côte. Par moments, le soleil essayait de percer, sans pouvoir y arriver. Avons goûté ensuite avec François et sa famille. Le soir, la surprise-partie avait envahie la grande salle et la chambre des filles, avons fait une promenade avant la nuit jusqu’à la plage, puis sommes restés un moment dans la salle à manger avec Caty et son mari, qui ne pouvaient aller se coucher. Eux deux et Geneviève n’ont pu dormir qu’à quatre heures. C’est un peu écœurant de voir les jeunes - non pas s’amuser, ce qui serait normal, mais gaspiller bêtement leurs vacances, alors que d’autres se font tuer pour eux – sortir tous les soirs, au détriment de leur santé, boire plus que de raison, ce qui a été le cas de beaucoup l’autre soir, et prendre avec leur famille des manières peu sympathiques. Par moment, je trouve que certains de mes enfants sont trop sauvages et pourtant !… Hier matin, sommes allés à la messe de _ heures et quart, j’étais navrée de faire lever ma pauvre Geneviève qui dormait si bien ! Au retour, déjeuné, fait les valises et il était temps de partir. Sommes passés par Bénodet qui est un joli petit coin. Partout des Bretonnes allant à la messe ou revenant dans l’envol de leurs grandes coiffes. Etions à Pont-Aven vers midi et quart ; Marie nous a reçus de façon charmante ; le repas a été très gai, le docteur était désopilant, nous nous sommes trouvés des quantités de connaissance communes parmi les médecins de la région étudiants à la même époque, si bien que nous nous sommes beaucoup attardés et qu’il était bien cinq heures quand nous avons pris la route. Tous étaient là cette fois-ci, Denise qui est pharmacienne chef à l’hôpital, ayant eu un congé de dimanche. Cela m’a fait un bien bon moment que je serai heureuse de me rappeler. Etions à Nantes à sept heures et demie et ici un peu après neuf heures. Yves nous attendant, le camp s’est bien passé, Pierre est aux Sables avec Maman et Jacqueline.
Le Poiré, dimanche matin 8 août
Suis arrivée ici hier soir avec Jacques, nous passerons la journée ensemble, ce sera infiniment plus reposant qu’aux Sables ; Ce matin il pleut, je ne sais pas si le temps va se dégager, mais le meeting d’aviation paraît assez compromis, j’en suis navrée pour tous, qui avons une saison plutôt désagréable, mais surtout pour Yves qui, tout en se reposant, a besoin de se distraire, et ne trouve pas très réjouissant, comme ces jours derniers, de rester à lire toute la journée, quand il serait content, avec le beau temps, de faire du canoë, de se baigner et de se promener. La semaine ne s’est pas mal passée. Les Henri Pigeaud et Tante Jeanne sont arrivés lundi soir vers 7 heures. Le dîner allait être prêt. En attendant Henri est allé chez Maman retrouver tous ses souvenirs. Avons passé un bon moment ensemble, j’avais un très beau plat de soles aux champignons, et le repas était bien. Sommes ensuite restés causer dans le salon. Le déjeuner de mardi aussi a été réussi, mais j’ai eu un peu plus de peine à y arriver, car il a fallu pas mal causer avec Tante Jeanne. N’étant pas très habituée au four électrique, j’ai laissé brûler une tarte. Heureusement, j’avais plus de pâte qu’il n’en fallait et j’ai pu en faire une autre qui, cette fois-là, a été réussie. J’avais aussi un beau plat de salade de riz et les poulets au céleri qu’Henri aime toujours. Aussitôt le déjeuner, tous trois sont partis en direction des Sables. Me suis reposée un peu cet après-midi-là, tout en pensant aux préparatifs du lendemain matin. Il m’a fallu toute ma matinée du mercredi, et encore, pour bien faire, je n’aurais pas eu top d’une bonne journée tranquille pour ranger des quantités de choses. Avons déjeuné de bonne heure puis partis presque ausitôt, Jacques devant être de retour ici à quatre heures. Avons laissé ici Geneviève ainsi qu’Yves, qui devait nous rejoindre le lendemain. L’installation aux Sables a été vite faîte, la maison étant ouverte et en ordre. Suis sortie faire quelques courses, puis défait les valises et suis restée ensuite avec Maman. Jacquie est arrivée en fin d’après-midi. Jeudi, temps à peu près beau, je suis allée sur la plage avec Anne, il y a eu une petite averse qui m’a fait me réfugier sous une tente, mais cela n’a pas duré. L’après-midi aussi a été à peu près convenable ; avons eu la visite de Berthe Renou. Les garçons ont pu se baigner et faire du canoë, mais les deux jours suivants, cela a été impossible à cause du vent et des averses. Vendredi matin, avons eu un temps convenable pour la messe du premier vendredi du mois, mais Pierre, n’ayant pas pris d’imperméable pour aller à son cours, est revenu tellement trempé qu’il lui a fallu se changer de tout. J’ai réussi à faire sécher assez vite son pantalon et son chandail, et c’était surtout urgent pour le chandail, car il n’avait apporté que peu de choses et n’avait plus rien à se mettre. L’après-midi, il faisait trop de vent pour aller à la plage, Anne y est allée quand même. Fait un tour de Remblai pour marcher un peu, puis, en fin d’après-midi, suis allée avec Jacqueline m’asseoir sur un banc du Remblai où nous n’étions pas mal. Après dîner suis allée à une réunion d’Action Catholique, il y avait du monde, c’était sympathique comme ambiance, et il y a eu des exposés intéressants, il a été question de la Légion de Marie, de l’organisation du comité des écoles libres au Mans, de la Semaine sociale de Rennes. Hier, je ne suis pas sortie, il ne faisait pas tellement beau, eu quelques moments tranquilles. Après déjeuner, Jacques est venu apporter les meubles de la salle à manger, tables et chaises. Le menuisier est venu aussi les installer. Cela va comme nous voulions. Une grande table longue, genre table de campagne, à laquelle on pourra tout de même tenir à douze, et des chaises très simples, copiées sur une de celles que Jacques avait achetées au Bois. Cela tient le fond de la pièce et nous laisse, devant la fenêtre, un espace où nous pouvons grouper les fauteuils et nous tenir. Geneviève est venue elle aussi, Jacquie et elle devaient aller danser hier soir chez Annie Grolleau. Jacques ayant à aller à la kermesse de Saligny, je suis revenue avec lui ici, nous avons dîné ensemble ; ce matin j’ai préparé un déjeuner rapide que je ferai chauffer au retour de la grand’messe. Cet après-midi je pense avoir quelques moments tranquilles. Nous ne partirons pas tard, de façon à aller dîner aux Sables, d’ailleurs je ne crois pas que Jacques, vu le temps, s’attarde à la kermesse de Saligny. J’ai pourtant pas mal à écrire, un peu à ranger, et voudrais avoir quelques heures de silence et de paix, ce qui me changera de l’atmosphère bruyante et toujours un peu tendue des Sables.
Les Sables dimanche matin 15 août
Encore une fête d’Assomption que nous passons ici, nous aurons la réunion de famille habituelle, avec le homard et la glace traditionnels, et, une fois de plus, nous n’aurons pas notre petit Jean parmi nous. Il faut s’y habituer et c’est toujours tellement dur ! Il y a trois ans, il avait eu la messe du 15 août à Singapour, et c’était la dernière fois qu’il pouvait prier et fêter ainsi d’Assomption de la Vierge qui est la fête de ses grands-mères….Aujourd’hui, sans doute, le temps ne sera-t-il oas parfaitement beau, ainsi que cela se produit trop souvent cette année. Nous avons eu du froid, de la pluie, et ce n’est pas très agréable. Pour moi, je m’arrange toujours de n’importe quel temps, mais mes pauvres garçons ne savent pas trop quoi faire quand ils ne peuvent se baigner et faire du canoë, et aussi quand Pierre ne peut pêcher à cause du vent. Les vacances de Pierre sont d’ailleurs terminées ; demain matin, il regagne Richelieu pour les cours de vacances. Puisse-t-il réussir en septembre ! dimanche dernier, suis allée à la messe avec Jacques, au retour j’ai fait chauffer le déjeuner et nous nous sommes mis à table. Vers la fin du repas, Eugénie Louineau est arrivée, elle avait froid, était fatiguée, je leur ai fait cuire deux œufs et nous avons pris ensuite le café ensemble. Comme nous finissions, le chanoine Poupeau est arrivé, c’est lui qui avait donné le sermon à la grand’messe, et après déjeuner, il avait voulu, avant de partir, nous faire une petite visite. La visite d’est prolongée, de manière agréable d’ailleurs, mais il était plus de trois heures quand j’ai pu me mettre à ranger et à faire la vaisselle ; j’avais ensuite pas mal à écrire, si bien que je n’ai guère pu finir avant six heures, et que, Jacques étant de retour à ce moment-là, il a fallu charger la voiture, fermer la maison, et je n’ai pu avoir les moments de repos et de paix que j’avais tellement désirés. En arrivant ici, tout le monde se mettait à table, sauf Jacqueline qui n’était pas là, elle avait eu une visite de Mme Paugam et de son fils, qui désiraient rester aux Sables jusqu’au lendemain, aussi elle était partie avec eux leur trouver un hôtel. Nous avons commencé à dîner, mais, au bout d’un moment tous trois sont revenus, ils n’avaient trouvé aucune chambre, aussi nous avons décidé de nous organiser ; il y avait de quoi dîner pour tout le monde, Mme Paugam a couché avec Jacqueline, on a mis pour Jean-Paul un lit américain dans la salle à manger, et tout le monde a pu se reposer. Lundi matin, je crois que je ne suis pas sortie du tout, en tous cas il ne faisait guère beau ; la tempête de la veille continuait sans pluie il est vrai. Les Paugam sont restés déjeuner et, dans l’après-midi Jacques leur a fait faire, ainsi qu’à Jacqueline et aux enfants, les promenades classiques de Cayola et de La Chaume. Geneviève et Pierre ont trouvé moyen de bien se faire doucher à la grande jetée. Suis allée porter le goûter d’Anne qui jouait toute seule sur la plage, mais il faisait un tel vent que je n’ai pas eu envie d’y rester ; suis allée seulement faire un tour à la petite jetée avant de rentrer ; Mardi, Jacques et Geneviève sont partis dès le matin, je crois me souvenir que nous ne sommes guère sortis ce jour-là. Suis allée faire un tour de Remblai le soir avec Pierre, et pris grand plaisir à causer avec lui. Mercredi, par contre, une belle journée ; c’est tellement rare que cela fait encore plus plaisir. Suis allée de bonne heure sur la plage avec Anne, et y ai passé un moment bien agréable. L’après-midi, Jacqueline et moi sommes allées voir Mlle Chalard. Pendant ce temps les enfants avaient pu faire du canoë et jouer au volley. Jeudi, le temps était déjà beaucoup moins beau, sommes sortis cependant un peu, et le soir, ai fait un tour de Remblai avec les deux garçons. Vendredi, pluie une partie de la journée, ne suis pas sortie d’autant plus que l’après-midi je n’étais pas très bien. Jacquie était ce jour-là en pique-nique avec toute une bande ; ils ont pu cependant s’installer dans les pins pour déjeuner ; puis allée à la réunion de l’A.C., il n’y avait pas beaucoup de monde, mais c’était bien, avec comme thème général : la paroisse, ce qui a donné quelques discussions intéressantes. Lundi, il y avait déjà eu, salle Jeanne d’Arc, une réunion faite par le Père Braillard, Jésuite, qui nous avait parlé de façon intéressante de la tentation de Jésus et en avait tiré les conclusions de pénitence qui s’impose pour toute militante d’A.C.. Hier, temps tout de même un peu meilleur…. Suis allée à la plage le matin et l’après-midi. Les garçons sont allés au meeting d’aviation, qui avait été remis à hier, mais c’était, paraît-il, très quelconque. Jacques et Geneviève sont arrivés pour dîner et Jean Granger juste comme nous finissions. Suis allée à la grand’messe ce matin, célébrée par Mgr … évêque de Papouasie ; J’ai pensé à nos missionnaires qui reposent là-bas, et vécu une messe non seulement avec la Sainte Vierge dans la gloire du Ciel, mais avec nos enfants chéris qui sont avec Elle là-haut. Je ne sais pas si j’irai à la Procession cet après-midi, j’ai eu mal aux jambes ces jours-ci, et j’aurais besoin de rester allongée ; de plus, ce sera peut-être, dans toute la journée, le seul moment de détente et de repos et, tous ce jours-ci, il y a eu des moments assez durs.
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 9 aout 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Epuisement moral, si profond, si intense, si total, que je ne crois pas jamais en avoir éprouvé de pareil, à tel point que je me demande quand et comment je pourrai m’en tirer. Sentiment profond de mon inutilité ici, de mon impuissance à faire quelque chose de bien, à contenter les autres. Sentiment non moins profond de l’incompréhension des autres, de la méconnaissance totale de tout ce que j’ai pu ou de ce que je peux faire ; à tel point que je n’ose plus soutenir une discussion, assurée que j’aurais toujours tort, que ce que je peux faire ou dire ne sera compté pour rien. Dégoût très pénible de tout travail, de toute occupation ; il n’y a rien qui puisse me faire plaisir, m’intéresser, m’enthousiasmer. Les heures mêmes que je passe dans ma chambre, heures qui me sont indispensables, ne m’apportent ni le soulagement, ni la joie que j’ai connus autrefois. Je ne peux le dire à personne, on me traiterait de personne mal commode ou de neurasthénique ! Je sais d’ailleurs, par expérience, que crier sa peine aux autres n’a jamais servi à rien. La prière seule m’est de quelque secours. Sans doute est-ce une épreuve que Dieu juge salutaire pour moi… et sans doute se servira-t-il de ma misère pour en faire quelque chose de meilleur. En attendant, qu’il me donne la force de vivre.
Vendredi 20 août 1954
Aujourd’hui, la fête du petit Bernard, nous ne lui avons fêté ici-bas, dès la première année, il était au Ciel…. Aujourd’hui, je n’ai pu aller à la messe, c’est ma journée de repos, et le seul jour dont je puisse disposer d’ici longtemps ; malgré cela, toute la journée de tâcherai de rester unie à mon petit enfant bien aimé, que depuis &’ ans je n’ai pas vu ! et il y a plus de trois ans que je n’ai pas vu son frère aîné. Nous les retrouverons tous deux à la fois ! Je vais tâcher de bien me reposer aujourd’hui, car j’en ai grand besoin. Les premiers jours de la semaine, à part quelques moments, ont été très très durs. Maman et les Granger sont partis hier matin, je regrette de n’avoir pas davantage profité de leur présence, mais la fatigue physique, et morale, était trop grande. Je n’arrive plus à tenir le coup dans une maison pleine et bruyante, j’ai besoin de solitude, de silence, de paix. Je n’ai pas été toujours ainsi mais maintenant je ne peux plus. Il y a continuellement des froissements et des choses pénibles, je pourrais sans doute y mettre plus de renoncement à mes propres goûts et à mes propres façons de voir, mais il y a aussi, vis-à-vis des enfants, des choses maladroites et pénibles qu’il faut supporter. Les repas sont parfois un supplice, et celui de dimanche tout particulièrement. Manque de délicatesse de certains parfois. Lundi, il a plu presque toute la journée. Jacques aurait aimé aller à la pêche ; cela lui était bien impossible ; il a bricolé toute la matinée… Me suis allongée une partie de la matinée, j’avais les jambes qui me faisaient très mal, et la salle à manger avec la T.S.F. et le bruit des conversations est vraiment trop bruyante. Mardi, le temps s’étant arrangé, il y a pu avoir une matinée de pêche, la seule de la saison. J’ai eu une joie profonde à cette petite matinée sur les rochers, certaines, autrefois, ont pourtant été plus belles, mais aussi un sentiment d’espace, de délivrance, de liberté, de paix. Passé quelques bonnes heures à tricoter, à lire, à contempler la mer se brisant sur les rochers. L’après-midi, avec les enfants, fait l’itinéraire du voyage en Espagne, où nous serons, si rien ne survient, dans quinze jours. Fait ensuite quelques courses. Jacques et Yves sont partis après dîner ; Suis allée ensuite à une réunion de la Ligue, assez quelconque parce que mal préparée…. Yves a dû passer la journée de mercredi au Poiré, faire quelques préparatifs de départ ce jour-là, et partir hier après-midi pour un voyage en bicyclette dont il parlait assez mystérieusement depuis quelque temps. A force de questions, pas toujours bien reçues, nous avons fini par savoir qu’il voulait faire en bicyclette les bords de la Loire jusqu’à Orléans, Chartres, une partie de la Normandie et les côtes de Bretagne, c’est peut-être beaucoup d’autant plus qu’il compte faire sa cuisine lui-même, coucher à la belle étoile ou en cantonnement. Il a calculé, qu’en raison de 80 km par jour, il pouvait faire cela en une quinzaine. C’est parfait en principe, s’il ne fait pas mauvais, si sa bicyclette se comporte bien, s’il n’est pas trop fatigué ! Quand il en aura assez, il pourra toujours revenir ! Il a dû partir hier après-midi et cela m’est très dur de ne pas savoir où et comment il a passé la nuit. Que la Sainte Vierge et aussi ses deux frères qui sont au ciel, protègent mon petit gars ! Mercredi, temps un peu meilleur ; Je me suis cependant recouchée toute la matinée … après-midi tranquille et solitaire sur la plage. Les Granger sont allés dîner à Marans emmenant mes deux filles, aussi déjeuner rapide avec seulement Maman, Anne et Thérèse. Fait un tour de Remblai avec Anne, le temps était clair, ce qui est rare, mais froid, ce qui l’est beaucoup moins, alors, la nuit, les nuages sont revenus et, hier matin, le ciel était sombre ; cela s’est éclaircie dans l’après-midi, mais il ne fait pas chaud et il faut renter de bonne heure… Ce matin, cependant, le soleil brille, je voudrais bien qu’Yves ait beau temps ! Sans doute sortirais-je cet après-midi, mais j’ai un besoins intense de calme et de paix.
Dimanche 22 août
Quelles belles journées, malheureusement cela ne peut durer ; ce matin, le temps est encore orageux et incertain. Cela s’arrangera peut-être tout à l’heure. Je voudrais bien du beau temps pour tous, et surtout pour Yves… Il était vendredi soir à Angers, d’où il nous a envoyé une carte. Y a-t-il cantonné ? Où est-il maintenant ? Autant de choses que je voudrais savoir. Je ne sais pas s’il les racontera au retour ; pour cela il ressemble bien à Jean. Deux journées de repos pour moi, cela m’a fait du bien et je me sens mieux. J’ai passé au lit toute la journée de vendredi, suis descendue pour voir les autres déjeuner, j’avais très faim et j’aurais langé avec plaisir les moules en sauce dont les autres se régalaient. Me suis couchée un moment, puis suis allée passer deux heures à la plage. Regagné ensuite ma chambre vers six heures. N’était pas fatiguée, mais avait eu faim toute la journée. Hier, nous avions Marie-Thérèse Plessy à déjeuner, j’ai organisé un repas ne donnant aucune peine et cela a été agréable. Passé un moment à la plage, fait visite à Mme Plessy et suis allée à l’église pour me confesser. La matinée d’hier sur la plage a été exquise, la meilleure que j’ai eue ici en cette saison… Hier après-midi il faisait bon aussi. Suis rentrée vers 7 heures ; Pierre venait d’arriver et était allé, bien entendu, faire un tour au port. Il paraît content de sa première semaine de travail. Nous avons dîné, Jacques ne devant arriver qu’assez tard, à cause d’une réunion du conseil municipal. Nous partirons demain de bonne heure dans l’après-midi et mardi il y aura d’autres préparatifs à faire, afin de filer mercredi sur Lourdes.
Le Poiré, mardi soir 24 août
Les valises sont faites, je viens de me coucher ; de bonne heure demain matin, nous prendrons la route et filerons sur Lourdes, où nous espérons bien être demain soir pour dîner. Cela m’effraie un peu, non le voyage qui est toujours pour moi un repos et une joie, mais le pèlerinage, qui, avec ses cérémonies forcément longues, est assez fatigant, et je suis tellement lasse ces jours-ci que tout effort m’épouvante. La Sainte Vierge m’aidera sans doute, et me permettra d’avoir à la grotte ces bons moments de prière que je désire tant. Jean sera aussi avec nous, notre enfant chéri ! Il y a dix-sept ans de cela, nous l’avions emmené, c’était un grand garçon de onze ans qui allait bientôt entrer au collège, il était content et nous aussi. En ‘-, il était aussi avec nous et ses frères et sœurs ! Nous allons retrouver là-bas bien des souvenirs ! Souvenirs de ces temps heureux dont je n’ai pas assez profité, et dont j’ai une nostalgie déchirante ! Ce temps où mes enfants étaient petits ! Cette fois-ci, c’est la petite sœur que nous emmenons là-bas, afin qu’avant son entrée en pension, la Vierge de Lourdes la bénisse à son tour. Nous devions y venir avec Jean, après son retour, il sera parmi nous, mais nous ne le verrons pas… Je suis complètement démolie ce soir, physiquement et moralement ! Les deux jours de préparatifs – retour des Sables, réinstallation provisoire ici, valises à préparer m’ont beaucoup fatiguée. Le moral est bien pire et ce soir je suis complètement à plat… Personne ne peut se rendre compte de ma misère ! Une carte d’Yves ce matin, une carte de Tours qui a été mise à la poste à Amboise hier matin ; il n’y a qu’un mot : tout va de mieux en mieux. Peut-être aura t’il atteint Orléans hier soir ou aujourd’hui. Je voudrais bien savoir s’il mange suffisamment, s’il n’est pas trop fatigué, s’il se repose bien la nuit. Dimanche, journée assez maussade, pluie et vent. Pierre n’a pas pu sortir le canoë, et, c’est bien dommage. Suis allée à la grand’messe. L’après-midi sommes sortis assez tard, Jacques m’a conduite chez Mlle Chalard, où je suis restée un grand moment ; pendant ce temps-là, avec les enfants, il est allé faire un tour sur la côte. Un bon tour de Remblai après dîner ; Lundi, Pierre qui espérait partir en bicyclette, a dû prendre le train, car il pleuvait. Fait les valises puis quelques courses avec Jacques. Après déjeuner, sommes allés chez le tapissier choisir une étoffe pour recouvrir les fauteuils du salon, puis il était temps de partir. Sommes arrivés ici, vers 4h 1/2, défait les valises, sorti les choses les plus pressées, puis sommes partis dîner à Nantes. Nous y étions vers 7 heures, et sommes partis à 9h ½. Aujourd’hui pas mal de choses à préparer, à ranger, un peu de raccommodage aussi, ce qui m’a permis de m’allonger les jambes, et un peu de correspondance aussi. Suis allée quelques instants chez Maman. Certaines choses me fatiguent et m’épuisent plus que je ne saurais dire…
Lourdes, samedi matin 28 août
Je vais commencer à écrire, mais je ne sais pas du tout quand j’aurai le temps de finir. Il y a tant de choses à raconter, et nous déjeunons, en principe, dans un quart d’heure, seulement Anne et son Papa sont ce matin à Bétharam, et j’attendrai qu’ils soient de retour. Tout va bien, c’est le principal. Notre voyage de mardi s’est bien passé, malgré le temps qui, douteux au départ, était franchement mauvais à l’arrivée. Nous sommes partis vers 8 heures, le départ avait été fixé à 7 heures, mais ce n’a pas été possible. Avant de prendre la route, sommes allés au ximetière, nous recueillir auprès de notre grand chéri qui, lui aussi, était venu plusieurs fois prier à Lourdes. L’auto s’est bien comportée, nous comptions passer à Bordeaux vers midi et nous arrêter un peu après pour déjeuner, mais il a fallu prendre une dérivation qui nous a fait passer par Blaye et prendre une route assez tortueuse suivant la côte, si bien que cela nous a fait perdre du temps. Avons cependant traversé Bordeaux sans encombre, et nous sommes arrêtés un peu après pour déjeuner, seulement il est plus d’1 heure. Il pleuvait un peu, aussi nous sommes restés dans l’auto, à trois seulement n’étions pas trop serrés et tout allait bien. Avons doublé, bien entendu, de nombreux cars de Vendéens. Celui du poiré était arrêté un peu avant Bordeaux, il nous a dépassé pendant que nous déjeunions, et nous l’avons redépassé depuis. Quant à Bulteau, il venait d’être accidenté par une voiture hollandaise, rien de grave, seulement un peu de retard. Quant aux Michaud, du Boupère, ils l’ont échappé belle, ayant dérapé dans un virage, ils ont rencontré un poteau… aucune blessure grave, mais la voiture est en triste état, du moins la carrosserie, mais elle roule quand même. Pour nous, sommes arrivés ici sous la pluie ; depuis Tarbes, et même un peu avant, il pleuvait très fort, de plus, il faisait froid, aussi je désirais vivement une chambre convenable et un robinet d’eau chaude. Nous avons trouvé facilement l’hôtel Lécuyer, d’où dépend la maison de famille Marie-Stella, mais notre chambre n’était pas libre pour le soir, on nous en a donné une autre, mais cette autre se trouvait plus haut que la gare dans une rue en construction qui était un vrai chemin de traverse. La chambre, en elle-même, était pas mal, très propre, mais sans eau courante et terriblement loin. Cela a été un peu dur, mais il a fallu accepter. Nous sommes allés dîner puis nous coucher aussitôt pour retrouver le chemin pendant qu’il faisait un peu jour ; j’étais gelée, et ai eu bien de la peine à me réchauffer. Le lendemain, le temps paraissait un peu meilleur ; nous sommes venus prendre le petit déjeuner et nous installer. Nous avons une chambre très petite, très encombrée, surtout avec le lit d’Anne, mais on voit la Basilique et même un peu les rampes qui mènent au Rosaire ; on entend chanter, on pourrait presque suivre les cérémonies ; ce matin, j’entendais quelques mots d’un sermon, tant les haut-parleurs sont puissants. Les repas sont bons, l’hôtel est haut perché, mais on peut passer par l’hôtel Lécuyer, ce qui gagne quatre étages. Jeudi matin, nous nous sommes donc rendus à la Grotte pour une première visite, puis au rassemblement des pèlerins de Vendée, qui étaient très nombreux. Il pleuvait et il faisait froid, mais, pendant le discours de Monseigneur, le temps s’est éclairci et depuis il a fait beau ; cependant cela a l’air de se couvrir davantage aujourd’hui. Après déjeuner, jeudi, un peu de repos, puis sommes allés à la procession du Saint Sacrement. Il y avait de nombreux pèlerinages, italien, irlandais, Limoges, Dijon, Clermont, Nancy, Langres et même Gibraltar, c’était splendide et vraiment imposant. Le Saint Sacrement était porté par le Cardinal Archevêque de Palerme. Aussitôt après, il y a eu, au Rosaire, une réunion pour la Vendée ; après quoi, sommes rentrés dîner, non sans avoir rencontré de nombreuses personnes de connaissance ; le soir, sommes allés sur l’esplanade, non pour participer à la procession aux flambeaux, mais dans l’espoir d’arriver assez tôt pour pouvoir prier à la grotte, mais cela a été impossible tellement il y avait foule ; il a fallu attendre très longtemps pour pouvoir traverser et passer un petit moment aux pieds de la Sainte Vierge. Hier matin, à 9 heures, au Rosaire, messe de requiem pour tous les pèlerins défunts. Anne et moi avons réussi à trouver une petite place, dans la nef, entre les bancs et un pilier ; Nous n’étions pas mal pour voir et entendre ; la messe était très belle et la foule recueillie … vécu cette messe avec mes enfants chéris….A la sortie, après bien des péripéties, le groupe du Poiré a réussi à se réunir pour une photo. L’après-midi nous sommes allés de bonne heure montrer à Anne la crypte et la Basilique supérieure, qu’elle n’avait pas encore vues, e avons réussi à trouver une petites place sur une des rampes. De là, avons admirablement vu la procession du Saint Sacrement, qui a été splendide. Suis allée ensuite à une réunion de l’A.C. féminine où il y avait bien du monde, et où j’ai retrouvé Mme Taylor et Mme de Baudry. Il y a eu de bien bonnes consignes données aux femmes ; il faudrait qu’elles les suivent ; Après dîner, sommes passés par les lacets pour rejoindre la Grotte pendant la procession aux flambeaux, et avons passé là-bas près d’une heure en prières. A dix heures, il y avait au Rosaire, pour la Vendée, veillée nocturne suivie d’une Messe de minuit. La veillée a paru un peu longue, Anne avait très sommeil et luttait bien courageusement ; mais la messe a été de toute beauté, chantée à plein cœur, et presque tous les assistants ont communié. Jacques était assez mal, dans un transept, et Anne et moi avions des places de choix, juste devant la Sainte Table, mais sur des pliants, ce qui est assez pénible au bout d’un certain temps. Sommes rentrés ici à deux heures. Samedi, jour de repos, mais il faut toujours employer son temps pour le mieux, et nous voulions qu’Anne voit pendant son séjour ici des choses qu’elle ne connaît pas ; Jacques l’a donc fait lever de bonne heure – relativement – pour aller à Bétharam, et partir à 9 heures. Pour moi, me suis reposée, il y en avait besoin ; la veille au soir, pour rentrer de la Messe de minuit, j’avais peine à me traîner. Me suis levée un peu plus tard, fait une course, puis suis allée aux piscines et à la Grotte. Rangé ensuite certaines petites choses urgentes, et me suis allongée en attendant midi, et le retour du Papa et de sa fille qui étaient bien contents. Après déjeuner, sommes allés en car à Cauterets et au Pont d’Espagne .La promenade est belle, mais, depuis que j’ai circulé dans les Alpes, je la trouve moins grandiose. Les cascades entre Cauterets et le Pont d’Espagne sont cependant très belles, et la montée sous bois ravissante, seulement, là-bas, il y avait foule. C’est inouï ce qu’il pouvait y avoir comme cars et comme voitures, et la foule qui stationnait tout autour du pont et de l’hôtel. Nous y avons d’ailleurs retrouvé Mme Baron et Marie, quelques personnes du Poiré et un grand nombre de vendéens. Je me suis assise près du pont, tandis que Jacques et sa fille se promenaient un peu plus loin. Nous sommes partis à 6 heures, c’était temps, le brouillard descendait les pentes et il faisait très frais. Après dîner, Jacques et Anne sont sortis un peu ; je me suis couchée, non sans avoir longuement contemplé la procession aux flambeaux qui défilait sur les rampes du Rosaire et autour de l’esplanade, ainsi que la Basilique illuminée. Nous nous sommes endormis après avoir entendu chanter le Credo et le Salve Regina final. Ce matin, dimanche 29 août, nous sommes levés à 6 heures pour communier et avoir une messe à la Grotte, seulement Anne était fatiguée ; cela commence à être beaucoup pour elle. Tout, à cette heure-là, était baigné dans le brouillard, montant du gave, mais quand nous sommes rentrés déjeuner ici, le ciel se dégageait déjà. A 9heures et demie, nous sommes rendus sur l’Esplanade, car avait lieu, devant le Rosaire, la messe pontificale… Il y avait beaucoup de monde, pas mal de curieux, mais beaucoup de pèlerins ; Nous étions assez loin, nous avons pu cependant bien suivre. Le sermon a été donné en trois langues, français, italien et allemand ;;; Nous venons de déjeuner ; Jacques vient de partir aux Vêpres qui ont lieu à Sainte Bernadette pour l’ pèlerinage vendéen, suis restée ici avec Anne qui a tout de même besoin de se reposer. Demain, nous serons partis, c’est notre dernière journée de pèlerinage ; Cet après-midi, pendant la procession du Saint Sacrement, nous tâcherons d’aller à la Grotte ; il y aura encore le Chemin de Croix qui se fera ce soir ou demain. Demain matin, Jacques et moi tâcherons encore d’avoir une messe à la Grotte, puis il y aura encore quelques préparatifs à faire. Anne restera demain après-midi avec Armande Brachet, en attendant qu’elle parte avec Marie-Annick par le train des malades. Quant à nous, nous filons vers Orthez et Pau pour retrouver les filles à la gare de Bayonne, et commencer un nouveau pèlerinage.
Saint Sébastien, lundi soir 30 août
Minuit. Fin de notre pèlerinage ce matin, et maintenant un autre voyage est commencé. Je suis un peu désorientée ce soir ; nous sommes arrivés tard, avons dîné tard, et je viens de me coucher. Jacques et les filles sont sortis marcher un peu ; je pense qu’ils ne tarderont pas. Ce matin, nous sommes levés à 6 heures pour aller communier à la Grotte, plus que jamais il y avait foule. Dans l’impossibilité d’avoir une messe ensuite et d’y assister avec recueillement, sommes allés au Rosaire où nous en avons eu une qui commençait à un des petits autels. Elle était dite par un prêtre italien. Sommes rentrés faire habiller Anne, boucler les valises et prendre le petit déjeuner ; Avons installé ensuite les valises dans l’auto, je suis allée m’entendre avec Armande Brachet au sujet du départ d’Anne ; pendant ce temps Jacques et sa fille allaient à la Grotte. Nous sommes retrouvés ensuite pour le Chemin de Croix, qui a été à la fois magnifique par l’assistance et le recueillement, et exténuant par la chaleur. Nous n’avons pu rester pour les adieux à la Grotte, il était midi et il fallait déjeuner. Aussitôt après nous sommes embarqués et sommes allés conduire Anne retrouver Armande Brachet. Maintenant la petite chérie doit être dans le train des malades, ce qui la ravissait à l’avance. Je ne sais pas ce qu’elle en pensera ni si elle dormira. Il faisait très chaud, et la voiture qui stationnait en plein soleil, était une étuve ;< peu à peu cela s’est arrangé. Nous avons monté deux dames qui faisaient du stop pour aller à Pau. La route est devenue ensuite plus belle, ombragée et accidentée, dans un paysage charmant. Nous étions à 5 heures, et même un peu avant, à Bayonne, et j’étais à fermer la voiture, quand j’ai vu les filles descendant du train. Nous avons vu au passage Biarritz, la côte basque qui est ravissante et avons passé la frontière sans encombre .Jacques avait changé, à Hendaye, des francs contre des pesetas, et les formalités de passage n’ont pas été trop longues. La côte ensuite est bien jolie, mais la nuit était venue quand nous sommes arrivés. Il a fallu chercher un hôtel, conduire la voiture au garage ; il était plus de dix heures quand nous avons dîné….
Santander mercredi matin 1er septembre
Jacques est en train de faire sa toilette ; je ne sais pas si, avant de partir, j’aurai le temps de raconter, très brièvement, notre journée d’hier, qui, malgré la chaleur excessive, a été pleinement intéressante. Cette nuit, il y a eu de l’orage, mais ce matin le temps se dégage, il fera peut-être meilleur. Sommes partis de Saint Sébastien un peu avant 11 heures. Traversé d’abord le pays basque espagnol, très accidenté et pittoresque, petites montagnes, collines, jolies vieilles maisons, le tout très riant ; cultures dans les vallées, beaucoup de maïs, de pâturages. Nous sommes arrêtés à plusieurs reprises voir des églises dans des villages, dont je ne me souviens plus le nom, l’un dont l’église avait un retable rappelant celui que nous avions vu la veille à Saint Jean de Luz. Arrêtés ensuite dans un village de pêcheurs, avec une église très pittoresque ; Jacques et Geneviève ont photographié le village de …., très pittoresque avec de hautes maisons où séchaient de nombreuses lessives, et une curieuse église, perchée sur des arcades sous lesquelles sont des maisons. La route est de toute beauté, elle suit la mer en corniche, avec une vue splendide, dans un décor tantôt sauvage, tantôt de collines boisées ; avons déjeuné dans un tout petit restaurant, juché tout en haut de la falaise, avec une vue plongeante magnifique, et un bois de pins derrière. Le menu, très simple, n’était pas mal, seulement, il faisait très chaud, bien que nous ayons tous porté notre table à l’ombre, heureusement Jacquie, un peu plus bas, a trouvé une fontaine délicieusement fraîche, et nous sommes tous allés nous mettre sous le jet d’eau froide les bras et les jambes, cela revigorait vraiment. Nous sommes arrêtés aussi à Guernica, dont il a été souvent question dans la guerre d’Espagne. La ville a été reconstruite en grande partie, mais il reste encore une très belle église. Nous sommes ensuite pressés, car il fallait arriver à Santander avant le soir. Avant Bilbao, la route est encore en corniche, à une hauteur un peu vertigineuse, et, par moments, le paysage est grandiose. Bilbao fait très grande ville, aperçu des églises, qui sont anciennes et doivent être intéressantes, mais nous ne pouvions pas nous arrêter. Jusqu’à Santander, la route, tout en étant jolie, est plus banale. Sommes arrivés encore une fois à la nuit, il a fallu chercher un hôtel, ce qui demande toujours un peu de temps. Nous étions très bien, et avons pu dîner pas trop tard, pour l’Espagne, et nous coucher sans trop tarder. Jacques et moi avions une salle de bains, qui nous a été bien agréable. Pendant que je finis d’écrire, c’est Geneviève qui est en train de profiter de la douche. Nous allons prendre le petit déjeuner et partir, sans savoir où nous déjeunerons aujourd’hui, mais dans l’espoir d’atteindre Gijon ce soir. Reçu lundi une carte d’Yves, de Deauville : « A moi, la belle vie ! ». Nous racontera-t-il son voyage comme nous lui raconterons le nôtre.
Guitiriz jeudi soir 2 septembre
Tout va bien jusqu’ici, le voyage est plein d’imprévu, de choses intéressantes, souvent agréables. Je n’ai pu faire hier le compte-rendu de la journée, mon sac étant resté dans l’auto, mais je vais tâcher de raconter brièvement ces deux derniers jours. Sommes partis de Santander hier matin avec un peu de retard, et il a fallu passer un peu de temps à prendre de l’essence, enfin tout a bien marché. Route encore une fois très jolie et très intéressante. Nous sommes arrêtés pour visiter Santillana, c’est une ravissante petite ville ancienne, admirablement conservée, des rues pavées, des maisons anciennes dont certaines admirables ; une très belle église, vraiment curieuse, avec un cloître assez italien, un retable et un très bel autel. En remontant la grande rue, avons aperçu un admirable jardin fleuri, plus loin, comme nous admirions l’escalier et l’entrée d’une très belle vieille maison, le propriétaire du bien, qui parlait français d’une façon parfaite, nous a aimablement invités à entrer un peu plus loin, jusqu’au jardin. Avons déjeuné assez tard, d’une façon assez quelconque d’ailleurs. Sommes allés le soir à Gijon, par une route très accidentée, avec des points de vue magnifiques, toujours un peu le même genre de paysages montagneux, accidentés et riants, dont je ne me lasse pas. Jacques et Geneviève ont photographié un de ces petits greniers asturiens sur pilotis, si typiques. Sommes arrivés assez tôt à Gijon ; Geneviève nous a fait faire le Remblai, qu’on appelle « le Mur » ; la baie est jolie, mais les maisons qui la bordent plutôt laides. Avons aperçu aussi la rue où est le couvent de Chavagnes. Trouvé un très bon hôtel, très confortable, salle de bains commune aux deux chambres. Dîner très bons, bien qu’il y ait encore de ces escalopes panées dont nous commençons à être las. Avant le dîner, avions fait un tour en ville ; les rues ont l’air d’appartenir le soir aux passants et non aux autos. Les terrasses de café regorgent de monde ; on vit beaucoup de hors le soir. Jacques et les enfants sont sortis après dîner pendant que je me reposais un peu. Ce matin, sommes partis à 10 h environ, et avons roulé jusque vers 2 heures. Route de nouveau très accidentée, avec des échappées vers la mer, et, par moments, des paysages dans les montagnes, avec des lacets vraiment vertigineux. Avons cherché à déjeuner dans un ou deux petits pays, et avons fini par trouver dans un petit port un hôtel, tout petit, qui s’appelle « la Marine », sur le port, personne ne parlait français, mais par gestes, et par quelques mots, on peut se comprendre. Avons mangé de drôles de petits coquillages, qu’on appelle en espagnol Percales, du thon à la tomate, et de la viande qui n’était pas panée ; avec des fruits, cela allait, et des petits repas comme celui-là, en Espagne, ne reviennent pas bien cher. Avons continué un large estuaire, très joli, avec une petite ville qui s’appelle Ribadeo. Peu après, le pays change ; on ne voit plus de petis greniers sur pilotis ; les toitures deviennent d’ardoise grossière ; il y a des pins, des fougères et une ressemblance très frappante avec certains coins du Finistère. Par endroits, des petits calvaires, presque bretons, des cimetières entourés de murs et de portiques, avec des calvaires, près des petites églises qui doivent servir de lieux de pèlerinage, le tout isolé dans la campagne. La campagne elle-même offre, comme en Bretagne, un mélange de parties fertiles et de landes qui, là, sont des pierres assez haut perchées. Un peu avant huit heures, avons cherché asile ici, c’est une station thermale où l’on soigne le foie. Il y a un immense hôtel qui ressemble à un couvent, avec des peintures blanches et des boiseries brunes. Nous avons des chambres très confortables, avec salles de bains, mais l’eau chaude est celle de la source et sent franchement mauvais. A part cela, je ne croyais pas trouver ici, quelque chose d’aussi bien. Avons fait, avant le dîner, un tour dans le parc, puis, pendant que je commençais à écrire, les enfants sont venues me chercher pour la prière et le chapelet qui se disaient à la chapelle, située derrière la source thermale. Avons très bien dîné. Demain, premier vendredi du mois, nous assisterons à la messe et filerons sur Saint-Jacques de Compostelle.
Saint-Jacques de Compostelle – 3 septembre
Tout avait marché ou roulait jusqu’ici, mais voilà que Geneviève est malade ; j’espère que ce ne sera pas grand-chose, et que demain elle sera mieux, mais cela nous gâche un peu notre pèlerinage. En arrivant ici, au moment du déjeuner, c’est-à-dire à 2 heures, nous avons décidé de faire un repas qui nous plaise, c’est-à-dire composé de fruits de mer et de poisson – c’est aujourd’hui vendredi – Ici comme à la Coruña, dans la matinée, nous en avions admiré à la devanture des restaurants et cela nous faisait envie ; Geneviève a-t-elle mangé une palourde, une huître ou une moule avancée ? Au cours de la promenade, cet après-midi, elle s’est sentie fatiguée ; heureusement, les chambres pour ce soir étaient retenues ; elle y est montée à vomir, s’est allongée, ne dînera pas ce soir ; il faut espérer que demain cela ira mieux. Je suis descendue avec Jacquie lui acheter un désinfectant intestinal, après avoir parlementé longuement, et usé du langage des sourds muets avec le pharmacien, Jacquie a eu l’idée de demander « Lactéol », et il en a aussitôt sorti une boite d’un tiroir. Il est 8 heures et quart et il va faire nuit, mais on ne dîne que vers 9 heures ou 9 heures et demie, c’est en peu ennuyeux, car, lorsqu’il fait nuit, on ne sait que faire ici. Nous avons quitté Guitiriz vers 9 heures et demie, pas fâchés de nous éloigner de cette odeur d’eau sulfureuse. Avions pu communier à la petite chapelle. Il y a eu du brouillard, qui s’est vite dissipé. On monte assez haut, dans un paysage de pins, de fougères et d’ajonc, assez breton. Vu La Corogne, qui est un port assez prospère et une ville animée. Les maisons des quais ont toutes des balcons fermés, peints en blanc, et toutes ces grandes façades blanches de bois, et de vitres, font un effet curieux. Circulé un peu dans les rues, puis repris l’auto pour venir ici, c’est à peu près à 70 kilomètres. Sommes allés, cet après-midi, à la cathédrale qui est intéressante et belle, beaucoup de pèlerins et on y retrouve l’atmosphère des cathédrales italiennes où chacun s’occupe à ses petites dévotions. Me suis efforcée - laissant de côté toutes les choses qui peuvent surprendre, et les boutiques de souvenirs où il faudra cependant trouver quelque chose pour ceux qui sont restés – me suis efforcée de mettre mes pas dans ceux de tous les chrétiens du Moyen-âge qui sont venus ici, et de prier pour toutes les intentions qui sont miennes, et dont certaines me sont si chères. Demain matin, nous tâcherons de monter à la cathédrale pour une messe. Hôtel moins confortable que les soirs précédents, c’est un hôtel de pèlerins, et l’installation y est beaucoup plus sommaire.
Ourense samedi soir 4 septembre
Il y a encore peu de jours, j’ignorais encore son nom, et maintenant je sais que c’est celui d’une charmante petite ville espagnole, qui possède une cathédrale merveilleuse où, sans doute demain, nous irons à la messe, un hôtel confortable et dont les rues, le soir, sont animées et vivante comme je ne pouvais l’imaginer .Ce matin, sommes levés assez tôt, Jacques et moi, pour faire notre pèlerinage, les filles se réveillaient et Geneviève paraissait aussi bien que possible. Sommes allés tout de suite à la cathédrale, et entrés par la Porte Sainte. Nous avons pu avoir la messe, communier et prier longuement. Visité ensuite le cloître et vu la façade principale, puis nous sommes rentrés à l’hôtel où les enfants nous ont rejointes. Hier soir, avant le dîner, Jacques, Jacquie et moi étions sortis pour voir la cathédrale illuminée, qui est merveilleuse ainsi. Ce matin a été consacré à l’achat des souvenirs : pour les garçons, pour toute la famille. Jacquie avait repéré certaines choses hier soir, si bien que cela n’a pas été trop ardu. Nous sommes allés déverser tout cela dans la voiture, et, Jacques a voulu la changer de place, quand le démarreur lui est resté dans la main. Il a fallu conduire l’auto au garage, et là, le malheur a été vite réparé. Pendant ce temps, Jacquie et Geneviève terminaient les emplettes, et m’on rejointe à la cathédrale où nous avons passé un dernier moment .Sommes allés ensuite déjeuner – sans fruits de mer – dans un petit restaurant où nous avons eu un très bon repas. Avons goûté à la paella, qui n’a rien de formidable, celle n’était peut-être pas assez assaisonnée, et à un gâteau, dit tarte aux amandes, spécialité de Compostelle, et qui est délicieux ; Sommes partis ensuite pour Ourense, il n’y a guère plus de 200 km, mais la route est très accidentée, avec une vue magnifique, par endroits, sur les collines galiciennes. Nous étions ici avant 7 heures, et mieux valait ne pas aller plus loin car nous n’avions ensuite aucune indication sur une étape possible. Avons trouvé tout de suite un hôtel, qui est bien. Jacques et moi avons une salle de bains très confortable, et les enfants une salle de douches. Le dîner était bien, et tout cela beaucoup moins coûteux qu’en France. Sommes sortis nous promener, avons vu une première église, puis nous nous sommes dirigés sur une autre, qui était la cathédrale. Sur le parvis, avons été abordés par le sacristain qui a proposé de nous faire visiter. Il nous a emmenés, à travers la cathédrale obscure, à une chapelle qu’il a éclairée. C’était un éblouissement, on aurait cru rentrer dans un reliquaire, partout des bois sculptés, peints et dorés, des choses magnifiques, d’une richesse presque invraisemblable. Sur le maître autel, dissimulé habituellement par un rideau, un Christ en bois sculpté, avec des cheveux naturels, d’un réalisme poignant, plusieurs scènes de la Passion, tout autour, en bois doré et polychromé, avec des personnages et des attitudes vraiment expressifs. Le maître autel aussi est une splendeur ; il est dédié à Saint Martin de Tours, et orné de scènes du Livre de Jésus, le retable du moins, car l’autel lui-même est tout en argent repoussé. Au chœur, comme dans la chapelle de la Passion, il y a aussi de très belles stalles de bois sculpté. Derrière le maître autel, un très beau Christ en ivoire. Dans une autre chapelle, un Christ byzantin en bois sculpté, très curieux. C’était une chose étrange que la promenade dans cette cathédrale obscure, qui paraissait immense, derrière le sacristain qui nous expliquait cela, tant bien que mal, en quelques mots que nous comprenions tant mal que bien. Sommes allés ensuite voir les rues, très animées par une foule gaie et amusante. A cette heure-là, les autos n’ont pas le droit d’y passer. Avons dîné à 9 heures et le service a été vite fait, si bien que j’ai pu me reposer assez tôt. De ma chambre, je domine la ville, qui brille de toutes ses lumières. Encore une journée bien passée, agréable et pleine d’imprévu.
Léon – dimanche soir 5 septembre
Sommes allés ce matin à la cathédrale, précisément dans le reliquaire que nous avons admiré hier soir, la messe a été suivie par un bon nombre de femmes, à 8 heures et demie, c’est ce qu’on appelle ici une messe matinale, et bien recueillie ; A part le sermon, dont je n’ai pas compris un mot, et les enfants bien peu de choses, la liturgie catholique est telle qu’à chaque messe on se sent chez soi et que l’on retrouve tous les gestes et toutes les prières. Avons fait ensuite le tour de la cathédrale, pour la revoir au grand jour ; notre ami le sacristain est venu nous retrouver, nous a ensuite montré le portail, inspiré du « Portail de la Gloire » de Saint Jacques de Compostelle, et finalement, nous a demandé de lui changer une pièce française, qui lui avait été précédemment donnée. Sommes allés ensuite prendre notre petit déjeuner à l’hôtel. On y préparait un lunch de mariage, avec certains détails qui, très différents de nos habitudes, nous ont amusés. Comme nous attendions l’auto, une partie des invités est arrivée dont une splendide espagnole en grand peigne et mantille, et quelques jeunes filles à grands chapeaux, ce qui est ici de la plus haute élégance. Route très accidentée ce matin, tantôt dans des vallées étroites, tantôt au flanc des sierras, tantôt sur des plateaux ondulés, tantôt dans des plaines, ce qui est plus rare, mais partout une vue prodigieuse, « vista pintoresca », avec, au loin, des chaines étagées qui se prolongeaient au-delà de la vue. C’était vraiment splendide, végétation très variée, allant des chênes aux châtaigniers et mêmes des oliviers, quelques eucalyptus, mais maintenant ils se font rares. Les petits greniers sur pilotis ont disparu ; au début, pas mal de constructions en granit et quelques chapelles à l’allure nettement bretonne, comme les mirettes de pierre sèche qui délimitent les champs. Sur certaines montagnes, des vignes cultivées en gradins d’une manière que Jacques a trouvé admirable, sur d’autres des champs de céréales ou tout simplement des ajoncs et de la bruyère ; du maïs dans les vallées. Sommes arrivés à Pontferrada pour déjeuner, ville industrielle et tout à fait quelconque ; hôtel bien, mais service trop rapide. Route beaucoup plus facile ensuite, sur des plateaux ou des grandes plaines – ce matin nous étions montés à plus de 900 mètres - . Terres d’ocre rouge, dont la couleur s’embrase sous le soleil, il y avait, avec le vert des cultures et le bleu des montagnes des colories inouïs. Un peu plus loin, les maisons sont en terre et en cailloux, cela faisait, dans cette plaine, a dit Jacques, un paysage presque africain. Sommes arrivés à Léon de bon heure ; trouvé un hôtel, puis nous sommes promenés ; Vu la cathédrale de l’extérieur seulement, nous y reviendrons demain, et avons circulé dans les avenues où il y avait beaucoup de monde, seulement les magasins ne sont pas éclairés et c’est moins gai. Cet après-midi visité au passage la cathédrale de Ortega, assez bizarre, le chœur des chanoines occupe presque toute la grande nef, il reste au public un petit espace dans le fond et à l’entrée de la nef. L’extérieur est pas mal. A côté, un affreux palais épiscopal. Demain, nous aurons Valladolid et Burgos, et un grand bout de route à faire.
Burgos, lundi soir 8 septembre
Nous approchons de la fin de notre voyage, et l’étape d’aujourd’hui nous a sérieusement rapprochés de la France, encore un jour à vagabonder de la sorte, puis ce sera le retour. Cela fera plaisir que de revoir ceux que nous avons laissés, et aussi de reprendre le travail quotidien, si pénible parfois soit-il, mais cette semaine a été réellement agréable, et que de choses nous avons vues. Ce matin avons vu l’intérieur de la cathédrale de Léon, là aussi le milieu de la nef est réservé au chœur des chanoines ; ils n’étaient pas nombreux mais ils chantaient à pleins poumons, comme s’ils étaient trente. La grand’messe commençait et l’évêque était présent. Nous avons fait le tour de l’édifice, il y a de très beaux vitraux, un retable doré, l’ensemble est certainement beau. Avons filé ensuite sur la route de Valladolid, qui est aussi celle de Madrid, là, un pays qui ne ressemble en rien à celui ou ceux que nous avions vus. Une immense plaine s’étendant en perte de vue, avec de faibles, de très faibles ondulations. Le sol est jaune, chrome assez vif, les maisons en torchis de même teinte, sous le ciel très bleu, la couleur était vraiment extraordinaire, et la lumière remarquablement pure, ce sont d’ailleurs des haut-plateaux, et la ville de Léon est à 800 m d’altitude, ou à peu près. Dans ces immenses étendues, la moindre chose prend un relief saisissant et les ciels une valeur extraordinaire. Ce sont des terres à blé, sur des hectares et des hectares ; les exploitations se groupent en gros villages. Actuellement, on vanne le grain et on emporte la paille, le tout par des moyens, semble-t-il, assez primitifs. Il y a des sortes de caves ou de réserves, creusées sous terre, avec des cheminées d’aération, et tout cela donne aux villages l’aspect d’un rassemblement de troglodytes. Une cassure busque dans le plateau, un fleuve, des arbres et c’est Valladolid, qui est une vieille ville, avec une belle promenade. Nous y étions assez tôt et avons essayé de voir le musée attenant à une église dont je ne me souviens plus le nom ; il venait de fermer, et c’était très dommage, car il est, paraît-il, remarquable ; avons vu l’église avant qu’elle ne ferme, l’intérieur est assez quelconque, mais la façade principale, toute sculptée, est très belle. Avons vu la cathédrale, de l’extérieur seulement, les églises ferment à 1 heure et demie. Le restaurant où nous avons déjeuné était très bien, mais, partout en Espagne, impossible d’avoir du café à notre goût. Avons repris la route, qui suit une large vallée, semblable à la plaine du matin, mais encadrée de collines de sable ou de terre semblables à des falaises, et d’une hauteur tellement semblables, qu’on pourrait croire les sommets égalisés. Certaines sont percées de trous, peut-être d’habitations. On suit le canal de Castille, puis il y a un large fleuve. La vallée devient plus riche, il y a un peu de verdure, des amandiers surtout. Nous sommes arrêtés à Palencia, qui se trouvait tout près de la route, une cathédrale immense. Avons visité le cloître, le trésor qui contient quelques belles pièces dont un chariot en argent qui porte le Saint Sacrement pour la Fête-Dieu. La salle capitulaire a de belles tapisseries et des portraits d’évêques ; La sacristie contient un Saint Sébastien, du Gréco et une Sainte Catherine de Sienne, de Zurbaran. Il y a également un beau retable dans l’église. La ville paraît animée et commerçante. Route de nouveau très droite jusqu’à Burgos. Avons trouvé tout de suite la cathédrale, grâce à ses flèches qu’on voit de loin ; Là, c’est une merveille, avons eu la chance de prendre part à une visite expliquée en français, tant bien que mal ; Il nous a fallu une heure pour tout voir, et encore trop vite. Le cloître, avec ses tapisseries, le trésor, qui contient des richesses inouïes, la salle capitulaire, très belle aussi. La chapelle du Connétable, et tant d’autres, je ne pourrais détailler, il y a trop de choses. Vu le coffre du Cid ; son tombeau est à quelques kilomètres d’ici, mais il repose, avec Chimène, devant le maître autel. Les stalles du chœur des chanoines sont de toute beauté. Avons ensuite trouvé un hôtel, qui n’est pas mal. Les enfants et nous avons une sorte de petit appartement comprenant deux chambres et deux salles de bains. Sommes sortis voir la cathédrale illuminée, elle n’est pas suffisamment mise en valeur ; en France, on ferait mieux. Avons dîné, pas mal d’ailleurs, maintenant je vais me reposer.
Bayonne, mardi soir 9 septembre
Demain soir nous serons chez nous ; je suis un peu effrayée par tout le travail qu’il y aura ensuite à faire et à prévoir, mais cela s’arrangera sans doute. Les vacances doivent toujours se terminer un jour ou l’autre. Pour moi, après quatorze jours sans régime, je me rends compte qu’il est grand temps que cela finisse ; l’appétit de va plus du tout. Par contre, Jacques et les enfants paraissent en bonne forme. J’espère que tout ira bien à la maison. Ce matin, après le petit déjeuner, expédié quelques cartes, puis visité l’église San Gil, intéressante avec de beaux tombeaux. Filé ensuite sur Vittoria, peu à peu, la plaine cède la place à de petites montagnes qui deviennent verdoyantes, malheureusement, le temps était gris. Arrêt d’un petit moment à Vittoria, pour prendre une idée de la ville, puis filé sur Pamplona où nous étions pour déjeuner, c’est-à-dire à 2 heures et demie. Visité rapidement la ville assez animée et la cathédrale, qui contient quelques belle choses : le tombeau des Rois de Navarre, une très belle sacristie où sont exposés des ornements précieux, le trésor et enfin un cloître flamboyant très beau, au cours de notre visite, nous entendons parler français, puis quelqu’un s’approche de nous et demande à Jacques s’il n’est pas des environs de La Roche sur Yon, s’il n’est pas le notaire du Poiré, nous reconnaissons Maurice Monier ? qui, avec son frère, a créé la pièce de Jean Yole : Le capitaine de paroisse. Il vient, avec sa famille, de faire un très beau voyage à Madrid, et je ne sais plus où, et un retour par Saragosse ; rencontre entre vendéens dans la cathédrale de Pamplona. Repris ensuite la route, mais, à la sortie de Pamplona, prenons trop à droite, et, au lieu de suivre la route directe pour Bayonne, nous en prenons une autre, qui doit elle aussi franchir les Pyrénées, mais nous amener à Saint-Jean Pied de Port, elle est d’ailleurs ravissante et doit nous donner des points de vue superbes, mais il y a trois cols à franchir, l’un dépasse les 800 mètres et l’autre les 900, le troisième les mille. Au début, tout va bien, il fait maintenant un beau temps, avec quelques nuages qui traînent un peu sur les crêtes. Au premier col, tout est parfait ; il y a des villages dans les vallées ; au second, nous trouvons un peu de brouillard, mais, au dernier, nous sommes tout à fait dans le nuage. La route tourne et retourne, surplombant des pentes dont nous ne voyons rien ; nous allons absolument à l’aveuglette. La descente est très longue ; enfin on atteint un tout petit village où on doit faire viser les passeports ; 3 km plus loin, dans un village dont je ne me souviens plus du nom, c’est la douane espagnole. Quelques mètres plus loin, la frontière et la douane française. Les formalités ont été assez rapides, puis nous avons pris la route de Bayonne : 62 km. La nuit nous a pris à Saint-Jean Pied de Port, mais là, ce n’était pas tout à fait la montagne. La route est pourtant terriblement sinueuse ; le temps de chercher un hôtel, nous avons pu dîner à 10 heures, cela va pour l’Espagne, mais peu pour la France. Demain nous prendrons la route de bonne heure ; en attendant, je vais me reposer, mais si le lit est meilleur que les lits espagnols, je regrette la salle de bains de Santander ou de Gijon…. Demain nous serons chez nous.
Le Poiré dimanche 12 septembre
Pas écrit depuis la fin du voyage, j’ai été trop reprise par le travail habituel et le souci de la maison ; il y avait d’ailleurs moins à raconter qu’au cours du voyage, si là-bas, je n’avais pas écrit chaque soir, de façon d’ailleurs trop brève, bien des choses m’auraient échappé, que je suis maintenant heureuse de retrouver. La dernière journée n’a vraiment rien de bien extraordinaire. Sommes allés le matin à la cathédrale, toute proche de l’hôtel. C’était le 8 septembre, et, à défaut du pèlerinage à la grotte, nous tenions à avoir la messe. Chargé ensuite les bagages, puis le petit déjeuner et sommes partis. Jacquie a pris le volant un peu après Bayonne, et l’a laissé à son Papa pour l’arrivée à Bordeaux. La route des Landes est sans histoire, non pas ennuyeuse, mais droite et facile. A Bordeaux, Jacquie et son Papa ont rapidement acheté du pain, de la charcuterie, quelques tartelettes et des fruits, et nous sommes allés faire un pique-nique un peu plus loin, le premier et le seul du voyage ; Nous étions bien au calme et il faisait bon ; le temps était un peu nuageux, mais beau. Repris la route, Jacquie toujours au volant ; entre Sainte et Saint Jean d’Angely, elle a été obligée d’arrêter brusquement à cause d’un camion qui, stupidement, avait doublé un autre véhicule dans un virage. Le moteur ayant calé, la tirette du démarreur lui est restée dans les mains ; Avec une ficelle, Jacques a remis le moteur en marche, mais, c’est lui qui a conduit jusqu’au Poiré, de crainte de caler une autre fois. Nous avons trouvé la pluie en arrivant en Vendée, et il pleuvait bien quand nous sommes arrivés ici, vers 8 heures. Pierre, Anne et Thérèse sont arrivés au-devant de nous, nous ont annoncé qu’Yves était définitivement reçu avec le numéro 153 - la liste a d’ailleurs paru dans l’officiel, mais c’est une lettre qui l’avait annoncé – mais aussi que Maman avait été très malade la semaine précédente, qu’on avait craint le pire, que Jacqueline était là, et que Maman n’était pas tellement remise. J’y suis allée presque aussitôt, pendant que Jacques et les enfants se mettaient à table. Le début remonte à 15 jours d’aujourd’hui, la veille du départ des filles pour nous rejoindre. Maman a déjeuné ici, et déjeuné comme tout le monde, quoi qu’elle ne se soit pas sentie très bien. Le lundi s’est passé à peu près normalement ; le mardi, Maman s’est mise au bouillon de légumes, et, c’est le mercredi, en prenant de la digitaline, que la crise s’est déclarée. Maria était seule avec elle, et l’a crue morte ; Elle est allée chercher du secours, personne chez Lambert. C’est Marie-Annick, qui s’est trouvée au portail, qui a été un premier secours, allant chercher le docteur, puis sa mère. Grand-mère dit : « Marie-Annick a remplacé mes petites filles. » c’est providentiel, mais je vois aussi une intervention bien chère dans le fait que ce soit précisément Marie-Annick qui remplisse ce rôle. L’assistance de nos enfants chéris ne peut nous manquer ; Je ne peux tout raconter par le détail, mais, bien que nous n’ayons pas été là, Maman n’a pas été abandonnée. Armande Brachet a téléphoné à Montereau, les Granger étaient rentrés de Vaugneray la veille, en partant à 4 heures, Jacquie a pu être à La Roche à minuit et demie. Andrée Boyer a passé presque deux nuits. M. Baron y a été longtemps lui aussi, Albert et Maria ont été d’un dévouement rare. Maman faisait, a dit le docteur une très forte intoxication alimentaire avec 29 de tension et de l’urée. Tous les assistants étaient impressionnés par le fait qu’elle gémissait sans cesse. Ils n’étaient pas habitués comme nous à entendre ses gémissements en auto. La situation était quand même tout à fait grave. Elle a eu tout ce qu’il fallait : saignées, sinapismes, sangsues, piqûres et cela s’est arrangé peu à peu. On ne peut pas dire que ce soit encore très brillant. Elle se lève un moment par jour, dans un fauteuil, et ne peut prendre qu’un peu de bouillon, légumes et fruits cuits. Benjamin est venu dimanche dernier et doit revenir aujourd’hui. Jacqueline est toujours là, mais elle ne pourra pas rester indéfiniment, et je ne sais pas très bien comment nous nous arrangerons quand elle ne sera pas là, car Maman en a pour des semaines, et peut-être des mois avant de reprendre une vie à peu près normale. Le soir de notre arrivée, avons téléphoné à Nantes où tout va bien. Mère nous a dit avoir reçu une carte d’Yves qui annonçait son voyage à Nantes pour le lendemain. Jeudi, beaucoup de choses à faire, beaucoup à ranger, la maison à reprendre en main et une messe de mariage à Aizenay. Suis allée l’après-midi chez Armande Brachet, pour la remercier, d’abord de s’être occupée d’Anne pour le retour de Lourdes, et surtout de nous avoir remplacés près de Maman ; suis allée ensuite raconter, très brièvement, notre voyage à Maman. Yves est arrivé le soir, un peu mouillé, mais très content de son voyage. Il a donc suivi la Loire jusqu’à Orléans, s’est dirigé sur Chartres, après avoir eu une grosse tempête en traversant la Beauce, puis Alençon, Lisieux, Deauville, la presqu’île du Cotentin, le Mont Saint-Michel, Dinard, Saint Brieux, Morlaix. De là, il a coupé à travers les Monts d’Arrée, vu Saint Michel de Brasparts, Pleyben, pour se diriger vers Loctudy. Il lui sera toujours possible de visiter le Finistère une autre fois. Il a passé plusieurs jours à Loctudy, et c’est là où il a appris à la fois la maladie de Grand-Mère et son succès définitif à Saint-Cyr. Je crois qu’il était content de ses trois semaines de vagabondage et de liberté, mais le soir un bon bain lui a fait du bien, et il aura été content de trouver un lit. Caty et sa famille nous arrivent demain soir. Préparé leur chambre vendredi, et rangé pas mal de linge qui était resté en souffrance. Passé l’après-midi près de Maman, pendant que Jacqueline sortait un peu. Hier, nous avions le mariage de Mydée Dorion ; temps affreux le matin pour la messe de mariage, le cortège d’honneur, pourtant charmant, était un peu mouillé. Sommes venus déjeuner un peu tard, le défilé à la sacristie ayant été un peu long. Sommes retournés là-bas vers 6 heures, tout était bien organisé, et les jeunes avaient l’air de s’amuser. Jacques et moi sommes rentrés vers 10 heures, mais Jacquie est restée jusqu’à 3 heures, et un des fils de Juliette Moreau est venu la conduire en auto. Aujourd’hui, Jacques ne déjeune pas avec nous, il fête la soixantaine, avec les survivants de la classe 14. Nous déjeunons chez Maman, pour qu’elle et Jacqueline ne se sentent pas trop seules. Pour moi cela va mieux, mais j’ai passé quelques jours très durs, le régime d’Espagne ne me valait rien, trop de viande, de poisson d’œufs, cela m’a fait quinze jours sans régime et c’est beaucoup, j’ai perdu plus d’un kilo, mais j’ai sûrement d’autres ennuis : maux de reins. J’ai fait 3 jours de régime lacto végétarien et cela va mieux. D’ici quelques jours beaucoup de travail, la rentrée d’Anne à préparer, le succès d’Yves à fêter mercredi en même temps que notre vingt-neuvième anniversaire de mariage ; les Plessy à recevoir. Pierre repasse son bac demain ; Geneviève est au Fuilet depuis vendredi, Majo et elle ont dû aller hier à la messe de mariage de Gilonne de Goué. Elle revient demain soir.
Dimanche 19 septembre
Pas eu le temps d’écrire, semaine bien remplie, et celles qui viennent le seront infiniment plus. Jacqueline part mercredi, cela fera trois semaines qu’elle est ici, et il est tout à fait normal qu’elle veuille rentrer chez elle, mais Maman n’est pas près de reprendre une vie normale. Elle se lève un peu chaque jour, fait quelques pas dans sa chambre, mais il faut continuellement être près d’elle, je sais que je pourrai, d’ici quelque temps, me faire aider par mes filles, mais il me faudra passer beaucoup plus de temps avec elle, et je serai certainement très prise. Cette semaine sera aussi très remplie avec la rentrée d’Anne à préparer. Cela me fait une peine affreuse de me séparer de ma petite chérie, beaucoup plus certainement qu’à elle-même ; J’espère que tout s’arrangera, mais c’est pour moi très dur ; Yves nous quittera dans quinze jours pour Coëtquidan ; quand Jean y est parti, c’était après Mutzig, et cela me paraissait tout près, mais pour Yves, c’est une nouvelle séparation, et le début d’une vie d’homme – je ne peux pas arriver à comprendre qu’il a 20 ans !- IL va revêtir l’uniforme, cela nous rappelle bien des souvenirs. Il faut nous dire que Jean doit être content de don frère ! Quant à Pierre, il est arrivé, mardi soir, complétement découragé, il est sûr d’un échec, dit-il, je ne sais pas quand les résultats arriveront, mais si il est reçu, ce sera une heureuse surprise. Dimanche, j’ai pu avoir un après-midi tranquille, nous avons déjeuné chez Maman, et je suis restée un moment avec Jacqueline et elle puis rentrée ici où j’avais bien à faire. Lundi, journée au lait et au repos ; je crois que cela m’a fait du bien, me suis levée pour le déjeuner, recouchée aussitôt, puis levée à nouveau vers 8 heures pour assister au dîner, Caty et sa famille arrivant à 8 heures 20 à Belleville ; c’est d’ailleurs Jacquie et Yves qui étaient allés les chercher, afin de donner quelques émotions à la « bonne tante » ; Geneviève était revenue à la fin de l’après-midi avec Jacquie et son Papa qui étaient à La Roche. Mardi, rien de bien nouveau… Pierre est arrivé le soir. Mercredi, Jacqueline est venue déjeuner ; nous avions fait un petit repas de fête pour célébrer le succès d’Yves et aussi, un peu, nos 29 ans de mariage. Avons bu le champagne, à la santé du Saint-Cyrien, avec Marie, Thérèse et Monsieur Baron qui étaient venus pour le dessert. Il y avait une splendide pièce montée qui a fait l’admiration de tous ! Jean devait être avec nous et aussi petit Bernard, mais Jean aimait tant ces réunions familiales ; Après déjeuner, suis allée une minute chez maman, puis chez Marguerite, je voulais aller au cimetière, mais il pleuvait trop, et, n’ayant pas d’imperméable, j’ai dû y renoncer. Suis rentrée ici où j’ai trouvé les garçons installés dans leur chambre avec Bernard Dorion, du porto et des palmiers qui avaient l’air d’être appréciés. Je me mettais à travailler quand sont arrivés Simone Bouliau, son mari et leurs 5 enfants, nous avons passé avec eux un bon moment, Simone est bien gentille, son mari très sympathique et ils ont une belle petite famille. Ils nous ont parlé de Jean avec beaucoup d’affection ; nous avons ensuite regardé ensemble tous ses souvenirs. Jean avait été content d’aller à Roubaix, pour le mariage de Pierre Bouliau, et nous avait parlé de tous. Au dîner, constaté qu’il n’y avait plus de petits gâteaux, et j’ai dû me mettre jeudi à en confectionner toute une boite ; Jeudi, j’ai donc été bien occupée, avec le marché, les petits gâteaux, les allées et venues chez Maman ; déjeuné assez tard, nous avons eu Eugénie et Raymonde à prendre le café ; cela entame sérieusement l’après-midi ; Vendredi, j’ai eu à faire les préparatifs du déjeuner Plessy, le matin, fait les croûtes de bouchées feuilletées et la mousse au chocolat, le soir, la crème pour la glace, fait cuire du riz, des œufs durs et préparé pas mal de choses. Hier, tout a bien marché et je n’ai pas eu trop de peine, seulement un peu de souci, j’avais des plats bien décorés, seule la glace, recouverte de mousse au chocolat, avait un air un peu « effondrée », mais, garnie d’amandes, elle était exquise. Mr et Mme Plessy, le jeune ménage Châtelier et Philippe sont partis assez tôt, car ils regagnaient Les Sables, mais Pierre, Marie-Thérèse et Bernard sont restés un peu plus longtemps et ont fait un tour avec les enfants vers la grotte avant de partir ; Eu un moment tranquille ensuite avant le dîner, et cela m’a fait du bien. Aujourd’hui, nous avons ici l’Adoration, par conséquent, assisterons à la grand’messe et aux Vêpres ; il faudra ensuite aller chez Maman, d’autant plus que Tante Jeanne et Françoise y seront, je voudrais aussi voir Benjamin pour certaines directives ; j’ai ensuite quelques lettres à écrire, dont certaines assez pressées et cette journée de dimanche passera encore vite. Dans huit jours ce sera le premier dimanche d’Anne à Chavagnes, tout cela me fait passer quelques moment sassez durs.
Dimanche 26 septembre
Suis restée au lit un peu ce matin ; je n’ai pas petite Anne à habiller, et je me lèverai aussitôt que les garçons auront libéré la salle de bains. Cela me fera un peu de repos dont j’ai le plus grand besoin ces jours-ci. Semaine très dure, encore plus dure que je n’avais prévu. Celle qui vient sera un peu moins chargée, mais il y aura, à la fin, la perspective du départ d’Yves, et cela me démolira encore plus. En attendant, je voudrais bien avoir des nouvelles d’Anne et savoir comment ce sont passés ces premiers jours à Chavagnes ; peut-être y aura-t-il une lettre mardi ; Dimanche, journée assez remplie, les offices de l’Adoration nous ont pris assez de temps. Nous sortions des Vêpres, quand une auto s’est arrêtée au carrefour devant nous, c’était la famille de Baynast, moins Michel, qui venait voir Maman. Je les ai accompagné chez elle ; la chambre était pleine, car il y avait en plus Françoise et Tante Jeanne qui, terriblement enrhumée, entendait encore moins que d’habitude. Suis restée un moment, puis revenue ici. Les Baynast n’ont pas tardé à venir et nous avons goûté, il y avait un cake, fait par Jacquie en cas où il y en aurait eu besoin le samedi, et une grande boite de palmiers. Entre temps et le soir, j’ai tout de même pu, avec quelque peine, écrire les lettres les plus pressées. Lundi matin, suis allée chez Maman voir Tante Jeanne et Françoise un moment. Je suis retournée l’après-midi, Mme Gendreau y est venue, et j’ai appris par elle que la rentrée de Chavagnes était le jeudi soir, et non le vendredi comme nous l’avions toujours cru – heureusement encore que nous l’ayons su - Suis rentrée chez moi catastrophée et terrifiée par tout ce qui me restait à faire ! Le mardi, ne suis guère sortie, et travaillé d’arrache-pied à finir le chandail d’uniforme, marquer différentes choses, et tricoter une petite garniture de laine rouge pour la robe grise d’Anne ; il y avait aussi à terminer un cache-nez pour le petit Pierre de l’Hermière qui partait vendredi au petit Séminaire. Mercredi, journée très chargée, beaucoup de travail le matin, et, l’après-midi des visites qui auraient été agréables un autre jour. Vu la Bonne Mère de la Maison familiale qui était venue se présenter à Jacques, il n’était pas là, ayant été absent tout le début de la semaine. Lundi aux Herbiers pour une réunion de notaires, mardi à La Roche pour le Conseil général, mercredi après-midi à La Roche également pour faire des courses et ramener tante Denise. Reçu ensuite le docteur et Mme Lucas – ils venaient plutôt pour Caty et son mari, mais je me suis crue obligée d’y aller quand même ; Avant qu’ils partent est arrivé M. Corvaisier qui, accompagné de sa fille, voulait nous faire une visite ! et il est resté très longtemps ! emmené ensuite Anne faire ses adieux à l’école, chez les Baron, chez Tante Abel, puis, pendant que Geneviève emmenait Anne chez Armande Brachet, suis restée une minute chez Maman, très « cafardeuse » du départ de Jacqueline ; J’ai pu ensuite avant le dîner tout réunir, et faire les valises ensuite. C’est moi qui, ce soir-là, ai baigné ma petite fille. Jeudi matin, sommes partis vers 10 heures. Heureux encore que Jacques ait pu se libérer et partir dès le matin. En arrivant, déposé les valises à Chavagnes, vu Bonne Mère et Mère Econome, c’est Mère Lucie, qui a été longtemps infirmière à la Maison de famille de Monselet, et qui était venue me mettre des ventouses avant la naissance d’Anne. Avons déjeuné ensuite puis fait des courses, et il y en avait. Acheté des tabliers pour Anne, un manteau d’uniforme qui lui plaît beaucoup, des souliers, différentes petites choses dont elle avait besoin. Pendant que Jacques et moi finissions les courses, Anne est allée, avec ses sœurs, chez le coiffeur pour qu’on lui coupe les cheveux. J’étais navrée, et cela joint à beaucoup d’autres choses, m’a fait passer de bien mauvais moments. J’ai eu, dans la nuit de lundi à mardi, de ces moments très durs que j’ai connus, puis ensuite, mardi, un bon coup de cette dépression nerveuse qui est pénible et revient, malheureusement, trop souvent. Anne est restée très longtemps chez le coiffeur, cette première coupe ayant été assez laborieuse ; je dois dire qu’elle est très mignonne avec ses cheveux courts, cependant je regrette toujours la petite fille aux tresses ; C’est un peu du passé qui s’en va et toutes ces choses d’autrefois, que, peu à peu, il me faut voir disparaître, me laissant une nostalgie et un regret cruels. A cause du coiffeur, nous l’avons rentrée assez tard ; les pensionnaires étaient rentrées au réfectoire ; ses sœurs sont allées la conduire, elle sont même allées porter certaines choses au vestiaire et à la salle d’études, et je suppose que cela leur a fait plaisir. Sommes arrivés ici à 9 heures ; j’étais exténuée et ma petite chérie me manquait terriblement ; Ce qui a été très dur le lendemain matin, çà a été de retrouver la chambre telle qu’Anne l’avait laissée, Thérèse n’ayant pas eu le temps de ranger, le lit défait avec un livre encore ouvert et le pyjama jeté par terre, enfin le petit désordre habituel ! J’entre le moins possible maintenant dans cette chambre, elle contient trop de souvenirs – du grand garçon qui l’a quittée pour toujours – de la petite fille qui, trop grande désormais, ne sera plus jamais ma toute petite. Suis allée vendredi matin chez Maman, pour lui raconter la rentrée, et y suis retournée aussi l’après-midi. Fait aussi toute une boite de palmiers et commencé des socquettes pour Pierre, mieux valait s’occuper, le moral n’allait pas du tout. Hier, me suis reposée tout de même un peu plus, je me rends compte que j’en ai grand besoin, mais de repos moral plus que physique, et c’est encore bien plus difficile. Les soucis exténuent et tuent peu à peu, et il y en a de toute sorte, soucis de santé, soucis à propos des enfants, et surtout ce sentiment terriblement douloureux de ne pas être tellement comprise de certains des miens - les jeunes ne se rendent pas compte – ils sont durs, souvent renfermés, s’impatientent de certaines choses pourtant normales. Que Dieu me donne beaucoup de force et de patience. Je vais aller tout à l’heure à la grand’messe. Caty et sa famille partent tout à l’heure, ils devaient partir hier matin, mais Danitza avait 38° et Caty n’a pas osé risquer le voyage dans ces conditions. Hier après-midi, cela allait d’ailleurs mieux. Ce matin, 11 heures, pas de fièvre, mais la pauvre fille vient de rendre tout son petit déjeuner. Je pense avoir un après-midi à peu près tranquille ; Tante Denise viendra déjeuner et j’irai certainement ensuite chez Maman, mais je voudrais bien avoir quelques heures à moi. Daniel arrive demain soir - il a échoué à la seconde partie de son bac, comme Pierre, ce qui d’ailleurs était prévu - et il a besoin de s’aérer un peu. Au milieu de la semaine, Bernard Pigeaud doit venir, mais je ne sais pas quel jour au juste ; Nous avons mercredi le mariage de Louisette Louineau. Vendredi Pierre rentrera, j’en profiterai pour passer l’après-midi à La Roche où j’ai beaucoup à faire. Il faudrait reprendre aussi le travail d’Action Catholique et je suis si lasse. Que Dieu m’aide pour tout.
Dimanche matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 3 octobre 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
J’écris encore ce matin avant de me lever ; nous allons à la messe de 9 heures, et partons ensuite conduire Yves à Nantes ; nous y déjeunerons, avec Anne sans doute, et irons conduire le garçon au train de Redon, où, si souvent, nous avons conduit Jean, à une heure différente. Ce sera dur pour nous, et lui-même s’en va avec courage, mais avec un peu d’appréhension, vers une vie toute nouvelle, espérons que tout ira bien. J’espère que nous ne rentrerons pas trop tard, car il faut absolument que je me repose. Cette semaine a été encore assez chargée. Dimanche, j’ai eu cependant, en grande partie, le calme que je désirais ; Caty et sa famille sont partis comme prévu. Tante Denise a déjeuné ici, nous avons causé ensuite un peu, puis elle est partie chez Maman ; Je suis allée aux Vêpres puis chez Maman qui était installé dans la salle à manger, et pas mal du tout ; Suis restée ensuite ici, où j’avais beaucoup à écrire. Récité mon chapelet dans le jardin ; il tombait un peu de brouillard qui s’est ensuite changé en pluie. Vers 7 heures, Tante Denise est venue, un peu inquiète de Maman qui n’avait pas uriné de la journée, il est vrai que la journée n’était pas très longue ; je suis allée prévenir le docteur Caillaud, qui est venu aussitôt, et a rassuré la malade. Parlé à ce sujet à Benjamin, et tous deux ont décidé de voir Maman le lendemain matin ; ils l’ont trouvée bien et lui ont ordonné seulement un fortifiant. Jeudi de lundi, vite passée aussi ; j’ai commencé à m’occuper du trousseau de Pierre. Daniel est arrivé le soir ; c’est Jacquie et Pierre qui sont allés le chercher à Belleville. Mardi, pas de lettre d’Anne, au début de l’après-midi, téléphoné à Madeleine pour savoir si elle l’avait vue. Madeleine a téléphoné le soir, disant que tout allait bien ; la jeune personne est très habituée, plutôt bavarde, mais elle ne sait pas très bien ses leçons, surtout le latin. Cela viendra sans doute ! Yves est d’ailleurs allé à Nantes mercredi, pour chercher un papier et faire quelques courses ; il a vu sa petite sœur qui lui a paru très gaie, elle a dû déjeuner chez sa Grand’mère jeudi. Mercredi, sommes allés au mariage de l’Hermière ; par extraordinaire, il a fait beau ce jour-là, un peu frais, mais du soleil, ce qui est cette année infiniment appréciable ; Sommes tous allés à la messe, qui était une messe de communion, cela m’a permis de me reposer le matin puis rentrés ici, en attendant le déjeuner. A ce moment-là Françoise a téléphoné pour nous dire que Bernard arriverait le soir par le car. Le déjeuner s’est bien passé, sommes rentrés ensuite à la maison, avec M. et Mme Dantoing, puis allés un peu chez Maman. Suis allée ensuite voir danser, puis rentrée ici où j’ai préparé une mousse au chocolat pour le déjeuner du lendemain. Tante Denise et Daniel venaient déjeuner avec Bernard ; tous deux avaient déjà déjeuné le mardi, je leur avait fait des très bonnes tartes aux poires. Sommes retournés ensuite au mariage, les enfants ont dansé un peu. Nous sommes sortis pour retrouver Yves et Bernard qui arrivaient du car. Bernard a passé ici la journée de jeudi, il a pris un train à La Roche vers 6 heures, conduit par Jacquie, il est tout à fait gentil et nous avons eu grand plaisir à le voir. Vendredi, rentrée de Pierre, fait la valise le matin, et trié en même temps toutes les choses d’Yves qui devaient être de nouveau marquées ; Il a fallu enlever le 39, pour y mettre le Y.D., et Marie était là pour ce travail ; Sommes partis aussitôt déjeuner pour La Roche ; il fallait faire quelques courses avec Pierre ; lui ai acheté une veste de tweed, des souliers de basket, un béret, une cravate. A Richelieu, avons vu le Supérieur, et quelques autres professeurs ; Sommes allés ensuite voir M. le Curé, puis suis passée à la Maison des Œuvres, où je n’ai trouvé personne de ceux que je cherchais, mais l’Abbé Sacré avec qui j’ai causé un moment. Avant dîner, sommes allés dire au revoir à Tante Denise et à Daniel qui partaient hier matin. Hier, bien des choses encore à faire, caleçons, socquettes à réparer pour Yves, ainsi que bien des choses à marquer, j’y suis arrivée cependant. Passé chez Maman un grand moment ; il faisait une journée splendide, ce qui a été tellement rare cette année, fait faire à Maman un petit tour de jardin, ce qui ne pouvait lui faire que du bien ; Suis allé le soir au « Mois du Rosaire », et je tâcherai de continuer. Tous ces soirs-ci, ou à peu près, suis allée réciter mon chapelet dans le jardin, mais, la plupart du temps sous un ciel bien nuageux ; aussi n’ai pu avoir ces couchers de soleil que j’aime….. La maison paraît grande ces jours-ci ; cela en fait tant de partis, et Yves va laisser aussi un grand vide. Anne me manque bien, mais va me manquer encore davantage ces jours-ci où je serai moins bousculée – à chaque instant je crois la voir venir de chez Grand’mère ; Enfin Pierre et elle viendront pour la Toussaint, et Yves pour Noël, mais le grand chéri ne reviendra jamais, et cependant il doit être très près de nous ; Hier, fête des anges gardiens et, à quelque chose près, anniversaire de la mort de Tante Marie-Angèle, nous vivons trop dans le monde visible, et pas assez dans le monde invisible, aussi réel et proche de nous.
Soir 9h ¼. De retour de Nantes après une journée bien remplie. Sommes allés à la messe de 9 heures, ce que je n’aime guère – cette messe n’est guère priante et l’assistance passive et peu recueillie – seulement j’avais besoin de dormir. Sommes partis pour Nantes vers 11 heures, en arrivant avons pris à Chavagnes une petite Anne souriante et ébouriffée, tout à fait habituée, très bavarde et très gaie ; Déjeuné avec Armand et Suzanne, mais avons écourté le repas pour aller conduire Yves à la gare, le train étant à 2 heures ; Nous l’avons vu prendre son billet, gagner le quai, comme Jean si souvent, cela a été très dur. Maintenant le grand chéri est à Coëtquidan, et, au musée du Souvenir, il y retrouvera la photo de son frère aîné. Dans l’après-midi, Jacques, Madeleine et les enfants sont allés du côté de Saint Similien, voir une procession des Vierges de Nantes et des environs. A 5 heures ½, rentré Anne, puis nous n’avons pas beaucoup tardé ensuite. En arrivant, vu Maman, qui n’est pas mal ; Suis affreusement lasse, surtout moralement, vais essayer ces jours-ci de me reposer.
Dimanche matin 10 octobre
8 heures, je n’ai rien de spécial à faire ce matin, pas de petite Anne à faire laver, pas de marché à faire, la maisonnée à nourrir étant assez restreinte, aussi je vais me reposer et ne me lèverai qu’à 10 heures ½ pour la grand’messe… Lundi, mardi et mercredi je suis restée au lit toute la matinée ; cela me privait évidemment de la messe, mais je crois qu’il était préférable de prendre pour une fois trois jours de bon repos pour retrouver ensuite une vie active et complètement normale. Cela m’a fait du bien que de dormir davantage et de tricoter quelques heures, la fenêtre ouverte, sans me préoccuper de quoi que ce soit ; Il faisait d’ailleurs très faut et c’était infiniment agréable. Le mardi Thérèse a du s’absenter pour aller vendanger chez sa sœur, mais c’est Jacquie qui a fait le déjeuner. Le mercredi, Thérèse a « cuisiné un quart de cochon », en s’opposant à ce que je l’aide. L’après-midi, suis allée régulièrement chez Maman, qui n’est pas mal du tout, seulement elle se plaint de ne pas reprendre ses forces, et ne peut réaliser qu’à 80 ans il est difficile de les reprendre très vite. Il faut aussi reprendre le travail d’Action catholique – ce mois-ci, c’est la mise en route et le mois prochain il va falloir repartir à plein – Suis allée mardi voir Marcelle Mignet, et savoir si les réunions des jeunes femmes pourraient toujours avoir lieu au cinéma… mercredi suis allée voir M. l’Abbé Poissonnet, puisque M. le Curé est toujours en clinique ; suis passée ensuite au cimetière, où je n’étais pas allée depuis le départ d’Anne. Jeudi, passé une partie de la matinée à faire la grande toilette de Maman, qui ne peut pas la faire seule, d’autant plus qu’elle s’obstine à s’installer, de façon tout à fait primitive, alors qu’elle a une maison bien organisée, avec sa salle de bains et de l’eau chaude quand on allume le fourneau. Pierre est venu déjeuner ce jour-là, afin de remmener sa bicyclette. Espérons qu’il fera une très bonne année, et réussira en juillet ; Il faisait très beau ce jour-là et on était vraiment bien sous la véranda… Mardi soir, l’Abbé Sacré, annoncé par un coup de téléphone, est venu voir Jacques un moment ; comme il est arrivé à 6 heures, et qu’après 7 heures il était toujours là, je l’ai invité à dîner et il a accepté, à condition de partir tout de suite aussitôt, après, nous avons fait un repas très simple et passé à causer un moment bien agréable. Vendredi, un beau temps, pas bien chaud cependant, fait toute une tournée, celle que je fais par an, à la Faucherie, à la Bardinière. Pas eu besoin d’aller jusqu’à la Robière, où je voulais voir Georgette Locteau au sujet des réunions, elle était chez sa belle-mère, et je m’y suis arrêtée en passant. A la Bardinière, c’est une situation lamentable – Thérèse est toujours à l’hôpital psychiatrique – et on se demande quand cela s’arrangera. A la Faucherie, la pauvre Marguerite regrette son mari, qui pourtant lui donnait bien de la peine. Suis passée au retour chez Maman ; j’y étais à peine arrivée, que M. l’Abbé est venu la confesser, pour lui porter la Communion le lendemain matin. Hier matin, suis allée à la première messe, puis me suis rendue préparer Maman que cela avait certainement empêché de dormir. La petite cérémonie a été bien émouvante et bien simple…. L’après-midi, suis allée voir Mme Dorion, toujours dans son fauteuil, puis Marie-Josèphe Remaud, qui attend son dixième enfant, et tire des plans pour faire réparer toute sa maison, à vrai dire il y en a grand besoin, puis Denise Augizeau, qui vient d’avoir un troisième enfant. Suis allée chez Maman puis à l’église un peu plus tard. J’oubliais de dire que, vendredi soir, Pierre et Geneviève Bouliau sont venus parler à Jacques entre 6 heures ½ et 7 heures ; naturellement je les ai gardés à dîner, mais ils sont partis pas trop tard. A part ces quelques soirs où je n’ai pas pu, suis allée au Mois du Rosaire, que j’aime tout particulièrement. Jeudi soir, le couchant était splendide, rouge et or, vraiment merveilleux…. Tout à l’heure, Geneviève ira régler le poste de Grand’mère pour qu’elle puisse avoir la Messe. Vendredi matin, une lettre de Madeleine disant qu’elle avait fait sortir Anne jeudi, et que tout allait très bien. Nous devons d’ailleurs aller à Nantes jeudi prochain, mes filles et moi. Pas de lettre d’Yves encore, j’ai pourtant hâte de savoir comment ce sont passés pour lui ces premiers jours. Il y a 7 ans, Jean partait luis aussi à Coëtquidan, mais, peu après, il avait été désigné pour Mützig, et il avait connu là-bas des difficultés et des ennuis que sans doute Yves ne connaîtra pas. Peut-être cela a t-il été mieux pour lui. La Providence fait bien les choses. Que Dieu assiste toujours mon petit enfant.
Lundi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 11 octobre 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hanoï a été occupée hier par les troupes du Vietminh, les derniers soldats français se sont retirés par le pont Doumer. Tout cela est bien crucifiant. Tant de travail, de sacrifices, apparemment inutiles. L’endroit où Jean est mort, l’hôpital où il a été déposé dans un cercueil, le cimetière où il a reposé, où reposent tant de Français, tout cela est aux mains de l’ennemi – les tombes de nos missionnaires, et, ce qui est plus terrible encore, tant d’âmes livrées à la propagande des Viets – que Dieu de serve de tant de souffrances pour son œuvre de rédemption
Dimanche matin 17 octobre
Je commence à écrire sans savoir quand je terminerai. Armand et Suzanne viennent déjeuner aujourd’hui, ainsi que Mère et Madeleine. Anne vient également – permission extraordinaire – et Pierre vient d’arriver. Le déjeuner n’est pas très compliqué ; Jacquie est d’ailleurs à la cuisine avec Thérèse, et Geneviève s’occupe des fleurs. Elles mettront le couvert tout à l’heure, et Marie, si elle n’a pas changé d’avis depuis hier soir, doit venir découper les poulets, si bien que je n’aurai pas beaucoup à faire. Bien des choses à écrire, comme toujours. Semaine assez dure, du point de vue moral. L’entrée des Viets à Hanoï m’a beaucoup secouée, et bien d’autres choses tout au long de la semaine des faits vus sur les journaux, comme le mariage du lieutenant Juin, ou des choses que certains ne comprennent pas, ou des réflexions maladroites et quelquefois dures, tout cela aggravé par des moments de très grande fatigue physique et nerveuse… Lundi, suis allée chez Maman, qui a eu la visite du Docteur et de Mme Lucas, puis de Françoise. Mardi, fait quelques visites, dont une aux Sœurs de l’hôpital de la part de Maman – et à Mlle Lucas. Mercredi, suis allée au Plessis pour organiser les réunions des jeunes femmes, lesquelles commencent en novembre, et vu plusieurs personnes là-bas. Suis allée assez peu chez Maman, et n’ai guère avancé la tapisserie que j’ai commencé depuis peu à réparer. Les filles étaient parties à Nantes le matin, et cela faisait tout drôle d’être seuls au dîner, alors que toutes les autres fois nous avions tout au moins notre petite Tachou. Jeudi matin, Jacques m’a conduite à Belleville prendre un car. J’étais à 10h1/2 à Nantes, et suis allée directement chez Mère ; j’avais d’ailleurs le poulet, qui devait être cuit pour le déjeuner. Passé la matinée à tricoter ; Les trois filles sont arrivées ensemble pour midi ½. Fait quelques courses ensemble l’après-midi, mais il faut rentrer Anne dès 5 heures ½, et cela ne donne pas beaucoup de temps ; nous n’avions d’ailleurs pas beaucoup à faire, mais cela et le retour en car m’a beaucoup fatiguée ; nous sommes allées jusqu’à La Roche rejoindre Jacques qui, arrivant des Sables, y était avec la voiture. Vendredi, nous comptions aller aux Sables dès le matin, et il nous a fallu aller à Montaigu pour l’enterrement du docteur Grelier. Sommes rentrés déjeuner ici en vitesse, et filé aux Sables où il y avait bien à faire. Les deux filles ont lavé le canoë ; j’ai passé à l’antimite toute la literie, rassemblé les provisions à rapporter, puis Jacques m’a conduite en auto chez Mlle Chalard. Suis revenue à pied, et rencontré presque aussitôt Jacques et les enfants, venus au-devant de moi. Nous avons fait, pour ce retour, une promenade délicieuse ; il faisait un temps splendide, le soleil venait de se coucher, et la mer était admirable. Avons vidé le service d’eau et pris la route du retour. Nous étions ici vers 8 heures. Hier, une journée très dure, j’étais vraiment fatiguée, et il y a eu bien des choses pénibles. Suis allée chez Maman puis au cimetière, j’avais besoin de l’aide mes enfants chéris. Il y a eu un certain soulagement ensuite, puis comme je venais de me coucher, un moment effroyable, avec des vagues de douleur dans lesquelles je me sentais submergée. La prière a été mon grand secours. On se sent, dans ces instants-là, tellement anéanti. Je vais finir de me préparer et de préparer le déjeuner. Peut-être pourrais-je me reposer un peu ce soir.
7 heures du soir – Journée bien passée. Nos invités sont arrivés vers midi, tout était prêt, ou peu s’en fallait. Geneviève avait mis dans le salon un bouquet de roses ravissantes ; il y avait aussi, un peu partout, des zinnias et des dahlias. Le déjeuner était bien ; il y avait du jambon roulé, avec une farce et une sauce madère, des soles et des poulets ; nous avions fait la glace à la vanille, recouverte de mousse au chocolat, qui est de mode cette année et l’avions servie dans des petites coupes individuelles, ce qui est infiniment plus joli, cependant Jacques a trouvé que c’était presque abondant. Il y avait des fruits, parmi lesquels, une belle coupe de framboises. Depuis la mi-septembre, nous en avons ainsi deux fois par semaine, une bonne assiette, ce qui est infiniment agréable cette année où les fruits sont rares, et, le plus curieux, c’est que, malgré l’absence de soleil en septembre, elles ont toujours été délicieusement parfumées. Temps splendide aujourd’hui, suis allée réciter mon chapelet dans le jardin, au coucher du soleil. Ces belles journées d’automne ont un charme vraiment rare. Il y aura 23 ans demain, je partais pour Nantes, par un temps assez radieux, avec un petit Jean, tout gai, une petite Jacquie en robe d’été. Papa était venu au portail me dire au revoir. Je ne l’ai jamais revu ; Quelques jours après il n’était plus de ce monde. Deux semaines après, Jean était si malade. Heureusement que petite Geneviève était là pour nous consoler. Reçu une lettre d’Yves mardi, il n’a pas l’air de trouver Coëtquidan un séjour enchanteur, le début n’a surement rien d’attrayant, et il y a les brimades des anciens ; Je souhaite qu’il arrive à y être aussi heureux que Jean le jour de triomphe de sa promotion. Il espère avoir une permission à la Toussaint, et cela nous ferait grand plaisir. Pas beaucoup vu Pierre et Anne aujourd’hui, ces quelques heures ont été vite passées ; je crois que Pierre viendra assez souvent cette année.
Vendredi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 22 octobre 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Le temps radieux de la semaine dernière a brutalement cessé, et, mardi matin, nous nous sommes réveillés par la pluie… j’ai passé sous la véranda quelques bonnes heures, avec la tapisserie qu’il me faut réparer, et j’ai eu deux couchers de soleil vraiment splendides. Maintenant nous entrons tout à fait en automne, il faut accepter le temps douteux, la pluie, la boue, l’absence de soleil, les jours qui maintenant diminuent très vite. Il faut cependant toujours se raccrocher à l’espérance, et mes filles se moquent – gentiment – de moi lorsque je leur dit qu’après tout, dans deux mois, les jours auront fini de diminuer. Ce matin dans mon action de grâces, je pensais à la vie éternelle, à laquelle je pense de plus en plus, mais d’une façon trop humaine, et je me disais que c’est le seul espoir auquel, en toute sûreté, nous puissions nous raccrocher. La vie présente disparaîtra, elle passe déjà trop vite – mais nous retrouverons un jour, et bien au-delà, tout ce que nous avons aimé ici-bas – les êtres chers, l’enfance de mes petits, dont j’ai une nostalgie si cruelle, et même, je le crois, les joies de la terre, mais transposées, transfigurées, divinisées. Je pense sans doute trop à cela et pas assez à la possession de Dieu, qui sera le bien suprême. Mais tout cela je peux le réaliser en esprit, mais suis incapable de m’imaginer ce que peut être la possession de Dieu. Il est vrai que c’est en Dieu que nous retrouverons toutes choses. En attendant, il faut regarder plus que jamais le travail d’Action catholique, maintenant il faut agir. Le début de la semaine a été assez chargé ; Travail d’A. C., d’une façon indirecte mais réelle – beaucoup ne comprennent pas cela ; La journée d’aujourd’hui sera également chargée, mais demain, je reste au repos ; j’en ai besoin. Dimanche… Bonnes nouvelles d’Yves, il fait le maniement d’armes et pense venir à la Toussaint.
Dimanche matin 24 octobre
Après une journée à peu près belle hier, c’est-à-dire sans pluie, mais une journée venteuse, avec des nuages et des rayons de soleil, c’est ce matin la tempête – pas terrible – mais du vent, des rafales, de la pluie et des feuilles mortes dans la boue, temps d’automne qui annonce la Toussaint ; Dans huit jours, les garçons et Anne seront là, et nous pourrons tous prier sur la tombe des deux chéris qui nous ont précédé dans l’éternité. Pour moi, après le déjeuner au lait et au lit, je peux me reposer ce matin, et ne me lever qu’à 10h1/2, pour être prête pour la grand’messe ; cela ne m’arrivera plus d’ici quelques dimanches ; avec la Toussaint et la présence des enfants, ce ne sera pas possible, et le 7 novembre j’ai une réunion de la Ligue à faire – ce ne sera pas la première de la saison, puis qu’il y a mercredi soir une réunion de jeunes femmes - mais ce sera la reprise du grand travail… je veux reprendre un peu la semaine passée. Lundi, je suis allée chez Maman, mais de bonne heure, pour être rentrée ici avant 5 heures ; je continue à travailler à la chaise en tapisserie qu’il me faut réparer, et cela prend bien du temps. Mardi, toute la journée à La Roche pour des réunions ; j’avais emmené Marcelline et Marcelle Mignet. Les réunions ont eu lieu dans une salle située au-dessus de la future chapelle et qui sera un jour dortoir. La chapelle n’est pas terminée, mais tout cela s’avance. Nous avons eu la messe sur un autel provisoire, face au peuple. Réunions intéressantes, cependant en fin de matinée il a fallu se partager en cinq carrefours, suis allée à celui des présidentes cantonales, aussi je ne sais pas ce qui s’est dit aux autres. Rencontré pas mal de personnes de connaissance, mais je n’ai pu parler à toutes celles que je voulais voir. Après-midi intéressante, également, qui s’est terminée par un Salut du Saint-Sacrement. J’ai commencé à mettre au net quelques notes, mais veux continuer cet après-midi, j’ai également aujourd’hui à préparer la réunion de jeunes femmes de mercredi soir et je voudrais bien ne pas être dérangée, si possible ! Fait quelques courses le soir, et il était temps de prendre le car. Mercredi, suis allée chez Maman, puis chez Mme Bricout, qui faisait de l’angine et avait bien mauvaise mine, étais passée auparavant chez Maria Locteau, qui attend ces jours-ci son sixième enfant, et dont l’aîné était malade depuis plusieurs jours, début de méningite ou d’encéphalite, le docteur était très inquiet. Ce jour-là, il était plutôt mieux, mais la maman demandait « une aide aux Mères », pour garder les enfants au moment de la naissance, qu’elle soit ou non à la Maternité. Je ne sais pas comment cela va depuis, n’ayant pas eu le temps d’y passer les derniers jours de la semaine. Mlle Battut n’est plus ici, elle a accepté un poste à Rouen, pour être auprès de ses parents, la chose est très naturelle, mais je regrette bien tout le travail que nous avons fait ensemble, et les femmes qu’elle suivait et aidait beaucoup, à tous points de vue, la regretteront aussi vivement. Toutes ces visites qui me prennent beaucoup de temps, sont des visites d’A.C., mais, cela, beaucoup ne le comprennent pas, si bien que je n’en parle guère. Jeudi, rien de nouveau, le marché, une matinée assez chargée, Eugénie et Raymonde à prendre le café, et un moment chez Maman l’après-midi. Vendredi matin, il a fallu aller à un enterrement à la Genétouze. L’après-midi, visites à Mme Lucas et Anne-Marie Bernard-Berthomé qui vient d’être maman d’une petite Hélène. Suis passée par le cimetière – il y a 23 ans d’hier que Papa y repose. Passé une demi-heure chez Maman ensuite. Je vais chaque soir, ou presque, au Mois du Rosaire. Hier, journée au repos, tricoté, lu et prié. Passé quelques heures sous la véranda, l’après-midi, avec la tapisserie. Maman doit venir ici cet après-midi, c’est à dire avant le déjeuner, et ceci pour la première fois depuis qu’elle est malade. Le temps est mauvais, mais pas froid, et je ne crois pas qu’elle prenne mal à faire ce court trajet en auto. Albert et Maria devaient aller à une Communion à la Biochère, mais depuis hier Maria est malade, et je ne sais pas ce qu’il en est ce matin. Ecrit à Anne mercredi, comme çà elle n’aura pas pleuré !
Jeudi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 28 octobre 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Lassitude physique très grande, le moral tient et c’est le principal, mais j’ai eu des journées très chargées, dans lesquelles j’ai eu peine à arriver à ce que je voulais ; il faut marcher quand même. Pierre vient demain soir. Yves et Anne samedi, du moins je le suppose ; Nous avons eu un temps très doux, mais bien humide, heureusement, le chauffage est en train de se réparer et nous l’aurons sans doute quand il y en aura besoin.
Dimanche 30 octobre
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 30 octobre 1954 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Pas eu le temps de venir ici depuis ce matin, les enfants étant là, il y a pas mal à faire. Suis allée au marché et organisé le ravitaillement jusqu’à demain soir, puis lavé différentes choses à Yves, choses qui lui faudrait emporter propres, mardi soir, si bien que cela m’a menée jusqu’à l’heure de la grand’messe, et maintenant j’arrive des Vêpres. Demain, la Toussaint, la plus grande partie de la journée sera prise ; le matin, nous porterons des chrysanthèmes au cimetière, il y aura les offices, le chemin de Croix du soir, enfin le soir, les garçons Bastard viendront dîner. A peine arrivé hier, Yves a téléphoné à Jean-Pierre, comme autrefois Jean téléphonait à Daniel Boutelier, et, il est si naturel qu’ils soient heureux de se revoir. Mais, maintenant, Jean ne reviendra plus parmi nous, et nous n’avons pas vu Daniel depuis sa mort. Pendant ces deux jours, nous allons vivre en compagnie de ceux qui nous ont précédés au Ciel ; déjà hier matin, la « Vigile anticipée de la Toussaint » nous a fait entrevoir leur bonheur. Ils jouissent de la vue de Dieu, aucun mal ne peut plus désormais les atteindre, et, c’est cela qu’il faut nous dire et redire, même et surtout quand la souffrance est dure à porter ainsi qu’il arrive si souvent. Semaine donc assez chargée, et il en sera de même pendant les mois d’hiver, mais cela a été compliqué par le fait que Maman et Maria ont été au lit en même temps, ce qui ne pouvait se trouver plus mal ; enfin tout s’arrange maintenant. Dimanche passé une partie de l’après-midi à rassembler quelques souvenirs sur l’Espagne, afin de les raconter mercredi soir à la réunion des jeunes femmes, et cela m’a pris un grand moment ; J’avais aussi pas mal à écrire et Françoise est venue un moment. Lundi matin, suis allée chez Maman, à qui le docteur Caillaud a fait une prise de sang, il a examiné sa jambe gauche, enflée depuis quelques jours, et n’a pu se prononcer à ce sujet ; Cela me tourmentait tout de même un peu, et j’ai demandé à Benjamin de venir lui aussi ; il a dit, comme le docteur Caillaud, que çà ne venait ni du cœur ni des reins, mais a conseillé à Maman de garder le lit quelques jours, afin de voir ce que cela donnerait, et de surveiller pouls et température ; Le lendemain matin, la jambe était désenflée et elle n’a pas enflé depuis ou très peu ; le pouls et la température ont été excellents ; au fond, il y a peut-être une question de fatigue mais c’est à surveiller. Pendant les jours où Maman a été au repos, et Maria au lit, et, comme, bien souvent, il n’y avait pas d’autre aide que celle d’Albert, nous nous sommes relayés, les enfants et moi, pour les repas et les gouttes à donner. Mardi matin, appris la mort, très rapide, du bébé de Thérèse Brochard, celui qui a été baptisé le jour de la Communion. Au début de l’après-midi, suis allée parler à M. l’Abbé, au sujet des dates de réunions à fixer, suis descendue chez Maria Locteau, qui est toujours dans l’attente, le garçon, malade, était guéri, mais il y en avait un autre qui faisait un peu de grippe intestinale. Enfin, suis allée à La Bardinière, mais très vite, et sans m’arrêter nulle part, parce que j’étais pressée, aussi j’étais plutôt fatiguée le soir. Le pauvre bébé est mort en quelques heures, sans qu’on sache très bien de quoi, et la pauvre Maman est toujours à l’hôpital psychiatrique, sans qu’on puisse prévoir la guérison, ou même une amélioration. Suis allée le lendemain matin à l’enterrement, et cela me rappelait beaucoup de choses ; je voyais le cortège funèbre de mon petit Bernard, et Jean conduisait le deuil à côté de son Papa. Le cher petit a connu bien jeune la douleur d’une telle séparation, et maintenant c’est luis qui est parti, et repose auprès de son petit frère. L’après-midi, malgré un temps plus que douteux, suis allée voir Mme Yvernogeau ; je n’aime pas bien faire des visites, mais j’ai eu cependant une certaine joie à parler des choses du passé et peut-être Mme Yvernogeau a-t-elle été heureuse que je lui parle de Charles et de son temps de Sainte-Geneviève. Dans vingt ans, et plus, je serai heureuse de constater que Jean n’est pas oublié de tous. Au retour, suis allée voir Eugénie Robin, et passé un moment ici en attendant d’aller m’occuper de Maman. Fait, ces jours-ci, des massages à Jacquie, laquelle souffrait de douleurs dans le dos et les épaules ! cela va mieux maintenant. Jeudi, matinée chargée, comme toujours – j’oubliais la réunion des jeunes femmes, qui a eu lieu mercredi soir ; j’avais bien envie d’aller me coucher que de leur raconter des tas de choses, elles étaient 17, j’espère qu’elles ont été contentes ; j’ai toujours l’impression pénible que ces réunions ne sont pas assez préparées ; j’avais pourtant beaucoup prié, mais peut-être pas assez réfléchi à certaines choses. Je voudrais tant que chacune puisse en retirer quelque chose – Jeudi après-midi, je voulais aller chez Marguerite, mais en ai été empêchée par une visite des Durand. Y suis allée le lendemain, Mme Bonnaud y était – des choses pénibles à propos de la Guerre d’Indochine ; certaines personnes ne peuvent se rendre compte du mal qu’elles font, et ignorent totalement le sens de la souffrance acceptée et du sacrifice – Pierre est arrivé vendredi soir pour dîner. Hier matin, lui ai raccommodé sa chemise kaki d’uniforme, elle en avait besoin ! Au début de l’après-midi, sommes allés à La Roche, Jacques avait demandé pour moi un rendez-vous chez Ferlicot ; cela ne me disait rien, et je me demande bien ce que cela pourra donner avec une physionomie aussi peu photogénique. Avons fait quelques courses et pris Yves à la gare – Anne devait venir par ce même train, mais, pendant que nous étions chez Ferlicot, Pierre nous a retransmis un coup de téléphone disant qu’elle était en retenue et ne viendrait que par le car du soir. Cela promet ! – Nous sommes donc allés chercher Yves au train, et avons vu arriver notre garçon avec une capote kaki et le képi que nous avons vu si souvent à Jean. Je m’attendais, je ne sais pourquoi, à le voir coiffé d’un calot, et cela a été pour moi une émotion très poignante, que de le voir dans cet uniforme qui a été celui de son frère. Mais il y a cependant une chose comique - je sais que Jean avait un peu plus de 21 ans quand nous l’avons vu avec son képi ; Yves a tout de même plus de 20 ans, mais il a l’air d’un collégien qui, pour rire, aurait pris l’uniforme de son grand frère – Je me rappelle tellement ce dîner à Coëtquidan, le Jour du Triomphe de Jean, où il était si heureux, ce dîner au cours duquel Yves, par plaisanterie, s’est coiffé du shako de son frère ; Jean riait, mais ce geste avait quelque chose de prophétique que je n’ai pas compris. Sous le képi, Yves a la même figure du gosse de 15 ans qu’il avait sous le shako, cela fait de la peine et de la joie à la fois ; Sans doute Jean est-il content, mais, pour ma part, j’ai passé hier soir, avec mes souvenirs, quelques moments bien durs. Suis fatiguée physiquement, le moral tient, j’ai encore assez de courage. Une semaine bien remplie en perspective. Yves part mardi soir, Pierre et Anne mercredi matin. Jeudi, c’est le conseil de révision. Jacques reçoit le préfet et les maires du canton et, le soir, nous avons à offrir le vin blanc et les petits gâteaux habituels. Il faut aussi reprendre les réunions de la Ligue, et bien des choses ne vont pas comme elles le devraient.
Lundi – Jour de la Toussaint
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 1 novembre 1954, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Nous arrivons du cimetière où nous avons déposé sur toutes nos tombes bouquets de dahlias et pots de chrysanthèmes – elles sont nombreuses maintenant, d’autant que nous comptons parmi les nôtres, celles des Indochinois qui, 10 ans avant Jean, sont tombés pour la France. La grand’messe sonne, cette grand’messe de Toussaint que nous allons célébrer et vivre avec nos morts bien-aimés. La radio diffuse une cérémonie célébrée à Saint-Pierre de Rome, cérémonie au cours de laquelle le Saint Père donnera sa bénédiction urbi et orbi, et annoncera la nouvelle fête de la Royauté de Marie. Quant à moi, j’ai commencé à feuilleter, hier soir, le livre d’or de Sainte-Geneviève, reçu cette semaine, il contient des notices sur tous les anciens élèves morts pour la France ou tombés en service commandé , entre 24 et 54, et ils sont nombreux…
Dimanche matin 7 novembre
Je viens de réveiller Geneviève et je vais rester au lit un peu plus longtemps ce matin ; je ne me lèverai cependant pas très tard, car j’ai à 10 heures une réunion de la Ligue, réunion importante, de début d’année, à laquelle j’ai convié les dizainières. Je ne sais pas si elles y viendront nombreuses. Cet après-midi, une autre réunion à la Genétouze. Cela fait donc un réel effort pour aujourd’hui, et il me serait bien plus agréable d’avoir un après-midi à lire et à me reposer… Semaine assez chargée et les suivantes le seront encore davantage ; c’est le début du travail d’Action Catholique, qui ne cesse jamais tout à fait, mais s’intensifie toujours pendant les mois d’hiver. Il y a eu en plus les vacances des enfants, et le Conseil de Révision, avec les réceptions qui m’ont donné pas mal de travail. Lundi, le jour de la Toussaint s’est écoulé à peu près comme d’habitude ; nous sommes allés aux offices ; il a fait beau pour la procession. En rentrant, avons trouvé ici Jean-Pierre Bastard, qui venait voir Yves et devait rester dîner. Passé une partie de l’après-midi à faire une tarte aux prunes, pour corder le dîner très ordinaire, et à repasser le linge d’Yves, lavé la veille, puisqu’il puisse l’emporter propre et sec le lendemain soir. Sommes allés ensuite, Jacques et moi, à l’église, pendant que sonnait le glas, et avons dîné un peu plus tôt pour que Jean-Pierre, qui était en mobylette, ne s’attarde pas trop dans la nuit ; Mardi, pris une messe de bonne heure, et passé ensuite la journée à recoudre des boutons, raccommoder des chaussettes, retricoter un poignet ; enfin bien des petites choses qu’il faut faire pendant les vacances. Yves partait le soir, il a bien failli manquer son train ! enfin j’espère que son voyage s’est cependant passé le mieux possible, nous aurons sans doute une lettre mardi. Anne s’est embarquée par le car mercredi matin, sous la garde de Fernande Baron, et Pierre, dont la rentrée était à 9 h ½, est parti tranquillement à bicyclette, vers 9 heures-1/4. Après, j’ai rangé, remis bien des choses en ordre, tout en faisant des préparatifs culinaires pour le lendemain, Jacques recevant à déjeuner le Préfet et les maires du canton. Fait le matin des bouchées feuilletées qui ont monté de façon remarquable ; Il m’est resté un peu de pâte pour confectionner l’après-midi des petits biscuits que j’ai recouverts d’amandes et qui étaient vraiment décoratifs. Fait également des galettes de maïs, comme cela j’étais parée. Les enfants avaient décidé de faire des œufs en gelée, elles en ont confectionné une partie la veille au soir, et les autres le lendemain matin ; c’était très bon et aussi très décoratif, pas tellement long à faire, mais le démoulage était délicat, si bien que cela leur a pris beaucoup de temps le matin. Une autre fois, on fera tout la veille. Tout s’est cependant bien passé ; les œufs étaient très jolis, les bouchées très bonnes –elles avaient été garnies de moules, de crevettes et champignons – Marie étant venue avait pu découper les poulets et dresser les plats. J’avais fait, le matin, deux Savarins à la crème, bien réussis. La conversation a été animée et assez agréable. Après le Conseil de Révision, il y a eu ici la réception habituelle, avec, en plus des invités de midi, les médecins et secrétaires. Tout était remis en place de bonne heure. Vendredi, j’avais besoin de me reposer, suis cependant allée parler à Léontine de question de Ligue, puis au cimetière et chez Maman. Hier, il y a eu le retour de M. le Curé, à la clinique depuis le début de septembre. On a sonné les cloches pour son arrivée, et il y a eu bénédiction, suis allée à l’église à ce moment-là, et n’y suis pas retournée le soir ; suis allée chez Maman assez peu ; je voulais terminer le dossier de chaise que je répare, et il fallait faire du petit point, ce qui est tout de même minutieux et impossible à faire à la lumière. Comme les jours diminuent rapidement, il n’y a pas tellement d’heures de travail sans électricité ; Nous avons eu beau pour la Toussaint, aujourd’hui temps douteux ; sans doute a-t-il plu cette nuit. Jusqu’ici, à part vendredi soir, le temps était très dur, il n’a pas fait vraiment froid, et nous n’avons pas parlé d’allumer le chauffage, qui maintenant pourrait fonctionner ; c’est déjà quelque chose de songer qu’au besoin nous pourrions allumer.
Mardi 9 novembre
Encore une fois, fatigue physique très grande, qui entraîne un peu de lassitude morale ; il faut que je me reprenne sans tarder. Deux réunions dimanche, hier la foire de La Roche, c’est peut-être beaucoup pour deux journées ; et comment arriver à prendre du repos ; il y a tellement- à faire ! Un bon moment cependant hier, à la bibliothèque, à parler « livres » avec Mlle Forestier. Anne a congé pour le 11 novembre et nous revient demain soir ; nous irons la conduire à Nantes lundi soir.
Vendredi 12 novembre
Cet après-midi, une réunion à la Robière ; j’aurais cependant grand besoin de me reposer, et tâcherai de le faire demain matin. Ce n’est pas souvent facile. Anne est venue mercredi soir, a passé la journée d’hier ici, et nous sommes allés la conduire hier soir, avons dîné à Nantes, et sommes rentrés ici vers 10h1/2. Ce soir, je vais à La Roche pour un récital de Léon Kantor qui donne cinq sonates de Beethoven. Ce serait pour moi une joie très grande si je n’y allais pas seule. Les enfants viendront - Jacquie conduira – mais iront au cinéma. Jacques reste à préparer ce qu’il lui faudra dire dimanche au Monument aux Morts. A part mercredi où il a fallu un peu chauffer, temps doux, pluie et ciel nuageux. Nous entrons doucement dans l’hiver. Suis allée mercredi soir au cimetière, une pluie fine et froide descendait sur les tombes encore parées des chrysanthèmes de la Toussaint.
Dimanche 14 novembre
Ce matin, la cérémonie commémorative de l’Armistice. Suis allée à la messe de 9 heures, dite pour les Morts de toutes les guerres. Il y a des choses que l’on comprend seulement quand on est passé soi-même par les mêmes épreuves. Depuis la mort de Jean, je partage tellement plus le deuil de tous ceux qui ont donné pour la France un être cher. Si tous étaient passés par de semblables souffrances, ceux qui, avant le Libere, ont quitté l’église, seraient restés, peut-être pas pour prier s’ils n’en éprouvent pas le besoin, mais par un sentiment de simple décence et de respect pour ceux qui sont morts afin que vive la France. « Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie ». Ce matin, il y avait parmi les combattants – anciens et moins anciens – le plus jeune d’entre eux, ce garçon de la Durantière qui a fait la Corée et l’Indochine, a été prisonnier des Viets et a eu la chance de revenir. C’est l’i qui a déposé les gerbes au Monument aux Morts, et c’était pour moi un renouveau de douleur, Jean aurait pu revenir lui aussi ! Jacques a parlé, en insistant sur les épreuves actuelles de la France, et il a eu pleinement raison ; tellement s’en soucient si peu ! Suis allée ensuite prendre des nouvelles du Docteur Lucas, qui était très mal hier soir ; il est mieux ce matin, il fait de la congestion des reins, c’est certainement grave, surtout à son âge, mais son tempérament vigoureux, lui permettra peut-être de supporter cela. J’y étais déjà allée hier soir. Madame Lucas se trouve terriblement seule en de pareils moments. Au retour ici, trouvé Pierre, arrivé depuis un moment. Il fait froid, mais nous avons allumé le chauffage et la température est bonne ici, malheureusement le soleil ne se décide pas à paraître. Ne suis pas tellement vaillante ces jours-ci, et pourtant je suis restée au lit toute la matinée d’hier, ce qui m’a fait certainement du bien, mais j’ai en perspective une semaine très chargée. Mardi, dîner ecclésiastique, mercredi réunion au Plessis, jeudi, journée à Nantes pour voir Anne, vendredi, réunion au Boucheau. Je prendrais un peu de repos ensuite si la chose est possible, et, en attendant d’autre travail. Cette semaine a été bien remplie. Dimanche soir j’ai eu un moment de tranquillité, mais lundi, la journée à la foire de La Roche a été assez fatigante ; déjeuné chez les Cousines comme d’habitude. Il y a eu une réunion Coutansais pour 3 personnes seulement. Vu Pierre ensuite ; il nous apporte aujourd’hui deux ou trois places de 1er, et deux places de second, et, avec tout cela il se fera peut-être refuser à son bachot en juillet ! Mardi matin reçu une lettre d’Yves dont le voyage s’est bien terminé, et espère aller à Paris quelques jours au début de décembre, et l’on parle d’un voyage en Allemagne pour le second trimestre ; peut-être en décembre ou janvier pourra-t’il venir le dimanche à Nantes. Reçu aussi une lettre d’Anne qui avait une place de 14e en excellence, ce pourrait être mieux, mais ce pourrait aussi être pire ! Elle nous disait aussi être libre le 11 novembre, du mercredi soir au vendredi matin. Nous avons profité de ce qu’il y avait un car direct le mercredi soir pour la faire venir. Elle était contente de passer la journée ici, et nous aussi. Jeudi matin, en revenant de la messe, je l’ai trouvée devant un bon petit déjeuner de cacao et de tartines grillées, préparé avec amour par Thérèse, et dégusté avec satisfaction par la jeune personne. Sommes partis pour Nantes vers 4 h ½, par un temps vraiment automnal et désolé, nuages de crachin, tourbillons de feuilles mortes. Avons dîné et étions de retour ici vers 10h1/2. Vendredi, réunion à La Robière ; en ai été seulement à moitié satisfaite ; il y avait peu de femmes, et il me semblait que cela ne passait pas. Peut-être le Saint Esprit se sera-t-il cependant servi de cette occasion de leur faire du bien ; c’est en Lui que j’ai confiance, beaucoup plus que dans ces pauvres choses qu’il me faut dire ! Sommes allés à La Roche le soir ; Jacques y est venu avec nous ; j’aimais mieux cela, car il faisait un temps affreux. Jacquie n’aurait peut-être pas été tellement ravie de conduire par cette nuit noire. Suis allée seule au concert, les trois autres allant au cinéma où le film, paraît-il, était très quelconque. Le concert était infiniment intéressant – cinq sonates de Beethoven, la Pathétique, la Pastorale, La Clair de lune, l’Aurore et l’Appassionata – c’est toujours une joie que d’entendre de telles choses, mais j’aurai avoir quelqu’un avec qui échanger des impressions, mais il n’y avait guère de monde, et personne de connaissance avec qui je puisse vraiment causer. Pour le retour il faisait meilleur, la pluie était arrêtée et la lune paraissait, seulement, hier matin, il faisait plus froid et il y avait un peu de gelée blanche, cependant le soleil a paru presque toute la journée, et, le matin, dans ma chambre puis dans la salle de bains et l’après-midi, sous la véranda, il faisait vraiment bon. Malheureusement cela ne dure pas toujours. Je pense être tranquille cet après-midi ; j’aurais pas mal à écrire, à lire un peu aussi, enfin serais heureuse de rester au calme. Par ailleurs le travail ne manque pas ; ma tapisserie est en panne, faute de laine, ce qui donne lieu à un échange de lettres avec Tante Denise et moi, mais j’ai pas mal de tricots à faire et pas beaucoup de temps pour y arriver. Hier soir, une visite d’Armande Brachet, parlé un peu de Jean ; il y a bien peu de personnes qui m’en parlent !
Dimanche matin 21 novembre
Je reste au repos ce matin ; non que je sois spécialement fatiguée, l’état de santé n’étant pas mauvais ces jours-ci, mais par précaution, pour ne pas trop me fatiguer pour les jours à venir, et la semaine prochaine qui sera pas mal remplie. Je ferai demain ma journée au lait, et ensuite cela ira bien, du moins je l’espère. Il fait froid, l’hiver est venu tôt cette année ; il est vrai que nous pourrons avoir, en décembre, une série de jours plutôt doux…. Dimanche après-midi à peu près tranquille ; sommes allés aux Vêpres, Jacques et moi, j’ai pu écrire un peu, réciter mon chapelet dans le jardin, puis Pierre et Geneviève Bouliau sont venus assez tard d’ailleurs, mais ils ne sont pas restés longtemps. Lundi, journée assez chargée ; suis allée à un enterrement puis fait visite à Radegonde Gendreau ; suis allée ensuite prendre des nouvelles du Docteur Lucas, qui d’ailleurs était bien mieux, fait mon Chemin de Croix au passage, puis suis allée un moment chez Maman. Mardi, suis restée ici, où j’avais pas mal de petites choses à faire, entre autres une paire de gants pour Anne, que je voulais lui terminer pour jeudi ; malheureusement le soleil ne paraissait pas et il a fallu rester dans le bureau, la porte fermée, au lieu d’avoir sous la véranda les quelques bons moments que j’espérais. Suis allée chez Maman un peu plus tard. Mercredi matin, les deux filles sont parties pour Nantes ; Jacques était ce jour-là en tournée d’inspection vers la Châtaigneraie ; j’ai donc déjeuné seule et cela a été vite expédié, ce qui m’a permis de partir de bonne heure au Plessis, et de marcher doucement pour ne pas m’essouffler dans la montée. Il y a eu là-bas une bonne petite réunion, pas très nombreuses, mais elles étaient plus attentives qu’à La Robière, et il me semblait que cela passait mieux. Fait deux visites dans le village, et j’étais de bonne heure de retour au bourg, ce qui m’a permis de passer une minute prendre des nouvelles du Docteur Lucas, de faire un Chemin de Croix et d’aller voir Maman une minute – tout cela avant 6 heures – j’étais déjà allée un moment chez Maman le matin. Jeudi, suis partie à Nantes par le car de 9 heures aux Lucs, il faisait froid, mais je me suis bien réchauffée chez grand-mère, ensuite, me suis rendue à Chavagnes vers 11 h1/2, ce qui m’a permis de faire une bonne petite visite à Mère Marie-Edmond, j’ai été bien contente de la revoir et de lui parler de beaucoup de choses. Un peu avant midi, j’ai récupéré à la porterie une petite fille toute gaie, et nous nous sommes tranquillement rendues toutes deux à Monselet. Avant et après le déjeuner lui ai terminé ses gants, dont il fallait arrêter le bout des doigts, puis nous sommes allées faire des courses, ce qui n’était pas de tout repos, avec la foule qu’il y avait dans les magasins ; Je n’avais pas grand-chose à faire, mais malgré sa journée du mercredi à Nantes, Jacquie avait besoin de s’acheter des chaussures et un chapeau, et elle devait être à 5 heures place Guépin, où elle avait rendez-vous avec Nicole Charlon –elle n’y a guère été d’ailleurs avant 5 heures ½ - mais elle était tout de même arrivée à trouver un chapeau lui emboitant la tête, ce qui est assez difficile. Jacquie s’est donc embarquée place Delorme, avec le Docteur Gaillard, Nicole et Françoise. Geneviève a rentré Anne, en vitesse, car il était grand temps, puis elle est venue me rejoindre et me conduire au car ; elle restait le lendemain à Nantes tapisser un bout de couloir avec Tante Madeleine. Voyage bien effectué et me suis couchée de bonne heure. Vendredi matin, suis allée un peu chez Maman et l’après-midi au Boucheau où il y avait réunion. Jacques ne pouvait me conduire, j’ai demandé à Bretaudeau. Nous sommes passés par l’Hermière pour prendre quelques femmes. Tout a bien marché, elles ont paru intéressées. Pris ensuite la route du retour, tandis que le soleil se couchait, mais je n’ai pas été jusqu’au bout, le Docteur Caillaud s’étant arrêté pour m’offrir une place, ce qui m’a épargné 1 km ½ - seulement, je n’ai pas pu me reposer ensuite comme j’en aurais eu besoin, car Pierre et Geneviève Bouliau sont venus pour parler à Jacques, qui n’était pas là ; ils l’ont attendu, et Jacques a pu les voir quelques instants seulement avant de partir aux Lucs chercher Geneviève. Hier, me suis reposée toute la matinée, et levée à 11 h ½ seulement, déjeuné tard, Jacques étant revenu de La Roche à 1 h ½ ; puis suis allée chez Maman, ensuite à l’église, et enfin chez Anne-Marie voir avec elle le programme de la semaine prochaine. Cet après-midi, j’ai cette réunion à préparer et deux lettres très urgentes à écrire. Reçu mercredi une image souvenir du camarade de Jean : Robert Philippe, qui a été tué au Laos le 17 mars dernier, ceci avec une longue lettre de sa pauvre maman à qui je veux répondre. Mardi une lettre d’Yves – le garçon a abandonné Sciences pour prendre Lettres, avec, comme sous-option, Histoire et Arabe – je ne comprends pas grand-chose à cela, mais je pense au vieux colonel que j’ai connu à Brides, et qui était si content de parler à un Saint-Cyrien, il comblait Jean de bons conseils et lui disait que l’étude de l’arabe était absolument nécessaire. Que sera-t-il de tout cela avec les événements actuels en Afrique du Nord ! Plus que jamais il est besoin de se confier à la Providence. Pierre ne viendra pas aujourd’hui, mais passera ici la journée de dimanche prochain, je compte aller mardi à La Roche et le verrai. Jacquie revient de Pouzauges jeudi soir. Nous aurons les abbés à dîner ce soir-là, le dîner de mardi dernier ayant été décommandé, l’abbé Boucher étant empêché. Je n’ai pas encore les laines à tapisserie, mais le travail ne manque pas cependant ; j’en ai profité pour finir pas mal d petites choses en retard.
Dimanche matin 28 novembre
Je me repose encore un peu ce matin, et ne me lèverai que pour la grand’messe ; après une période relativement bonne, suis de nouveau affreusement lasse ces jours-ci, un peu moralement, et beaucoup physiquement ; quelques heures avec les jambes allongées ne pourront que me faire du bien. J’ai cependant beaucoup à écrire, car cet après-midi nous allons à une représentation au patronage et cela nous mènera des Vêpres jusqu’au dîner, si bien que je ne pourrai rien faire cet après-midi. Dimanche dernier, me suis levée à la dernière minute, et suis arrivée un peu en retard à la grand’messe, grâce à Mlle Violeau venue me faire visite, dans la bonne intention de m’apporter des carrés de laine pour les couvertures puisque nous recommençons la campagne cet hiver. Après-midi assez calme, j’ai pu arriver à écrire tout ce que je voulais. Lundi, journée au lit sans trop de fatigue ; suis restée levée depuis le déjeuner jusqu’à 5 heures ; il faisait dans la véranda un temps délicieux et c’était un plaisir que de profiter de si belles heures – cela ne s’est d’ailleurs pas reproduit de toute la semaine – Suis montée vers 5 heures. Françoise est venue ensuite un moment. – J’oubliais de dire que, dimanche, nous avons eu l’agréable surprise de voir arriver Pierre, il avait eu beau à faire le trajet, et j’étais ravie qu’il soit venu ; je crois qu’il pourra recommencer cela souvent – Dans la nuit de lundi à mardi, orage et forte pluie ; nous avons d’ailleurs été privés de courant une grande partie de la matinée. L’après-midi, par un temps détestable, suis allée à La Roche ; j’avais des courses à faire, et promis à Pierre d’aller le voir ; J’ai eu de la pluie et du vent pendant presque tout le temps, et ce n’était pas très drôle. Fait pas mal de courses, suis allée à la Maison des Œuvres, à la bibliothèque, à Richelieu, et suis revenue réellement fatiguée ; Le soir, j’avais une réunion de jeunes femmes, avec une petite assistance, elles ont eu l’air intéressées. Je voudrais tant que cela leur fasse du bien ! Mercredi, Jacques était toute la journée en session du Conseil Général. Déjeuné avec Geneviève, suis allée chez Maman un moment, puis prendre des nouvelles du Docteur Lucas qui n’est pas tellement bien. Le soir, Geneviève est partie par le car rejoindre Marie-Annick pour aller au théâtre ensemble. Dîné seule, car Jacques n’est rentré qu’à 9 heures ½, plutôt fatigué d’ailleurs. A 9 heures, j’étais tout de même un peu inquiète, j’ai téléphoné à la Préfecture, et on m’a dit que « le Conseil Général est toujours en séance », il n’y avait donc qu’à attendre. Fait le matin et au début de l’après-midi, ce jour-là, toute une grande boite de palmiers ; c’est plus commode d’en avoir d’avance. Jeudi, Jacques a encore passé toute la matinée à La Roche, il en est revenu à 1 heure ½, ramenant Geneviève. Suis allée chez Maman aussitôt déjeuner, puis revenue ici préparer un dîner ecclésiastique. Jacquie a pu rentrer vers 6 heures, par une occasion, et il est heureux qu’elle n’ait pas eu à attendre le car ; elle avait un bon rhume et une de ces migraines qui lui arrivent parfois au retour de La Roche. Comme il y avait une bonne heure avant le dîner, elle a pu s’étendre un peu, dans l’obscurité, et cela lui a fait du bien, de sorte qu’elle a pu dîner, convenablement, mais elle avait une mine affreuse. Le dîner s’est bien passé, j’avais un très bon plat de cannellonis au jambon, et une Paella peut-être pas très réussie, parce qu’insuffisamment assaisonnée, mais mangeable, je l’avais décorée de minuscules coquilles Saint-Jacques achetées le matin au marché, et cela faisait très bien. J’avais préparé de jolies petites coupes de fruits rafraîchis et une visitandine qui pouvait passer pour une «Tarta Santiago de Compostella ». Soirée agréable, à parler de l’Espagne et de beaucoup d’autres choses. Les abbés sont partis un peu avant minuit. Vendredi, forte pluie dès le matin, cela a continué l’après-midi. J’avais une réunion au Recredy. Jacques étant occupé à l’étude, Jacquie m’a conduite en voiture. Il pleuvait, mais pas très fort, et je pensais revenir à pied. Bonne petite réunion, une dizaine de femmes, bien attentives. Pendant la réunion, le temps se dégageait, j’ai même aperçu un coin de ciel bleu, et j’espérais avoir une bonne promenade à pied pour le retour, mais la pluie a repris plus violemment que jamais, ce n’étaient plus des gouttes, mais des paquets d’eau qui tombaient. Jacquie a eu l’heureuse idée de revenir me chercher, et elle est arrivée juste au moment où j’allais me mettre en route sous un véritable déluge. Le trajet n’était pas très long heureusement ; cela forçait sans cesse, et nous sommes arrivées ici sous des trombes d’eau. C’était un plaisir vraiment grand que de se trouver au sec, dans une maison chaude, et de se réconforter en buvant quelque chose de chaud. Cela s’est un peu calmé vers le soir, mais le temps reste pluvieux depuis. Hier matin, suis allée un peu chez Maman, puis y suis retournée hier après-midi. Suis allée ensuite au cimetière, à l’église, puis chez Mme Lucas. Le Docteur n’est pas encore rétabli, il a du diabète, de l’albumine enfin son état est toujours sérieux ; Il faisait très mauvais de nouveau hier soir ; la tempête avait l’air de reprendre. Pierre a eu la bonne idée de venir par le car. Cela valais réellement mieux ; il partira par le car demain matin ; Reçu des nouvelles d’Yves mardi, comme de coutume et un petit mot de Tachou. Yves a eu ses dernières piqûres, qui l’ont rendu plus malade que les précédentes. Il sera à Paris dans huit jours, et ce petit congé a l’air de lui faire grand plaisir. Pour moi, semaine encore bien chargée ; j’ai une journée de réunions à La Roche mardi, et mercredi, les inspecteurs de Jacques à recevoir pour le déjeuner. Ce jour-là commence une semaine mariale pour la clôture de l’Année Sainte avec comme prédicateur, notre cousin le Père Coupet. Cela fera des allées et venues à la maison, des sermons auxquels il faudra assister. Je voudrais bien reprendre un peu haleine, je suis très lasse.
Dimanche 5 décembre
Jacques vient de partir à l’église ; il fait à peine jour. Le temps demeure ces jours-ci doux et pluvieux, il y a cependant des beaux moments, il ne fait pas froid et pour moi cela est énorme. Je me repose encore ce matin et me lèverai pour la grand’messe ; j’ai très besoin de me reposer actuellement, et ne peux rester dormir le matin, parce que c’est la neuvaine de l’Immaculée, et que je tiens à avoir une messe chaque jour. La neuvaine, sur le plan paroissial, est quelque peu compromise. Le Père Coupet n’a pas pu venir à cause de l’état de santé de son grand-père, état qui s’est brusquement aggravé, puisque Mr Libaud est mort dans la nuit de jeudi à vendredi. Les Dominicains d’Angers ont envoyé un autre Père pour remplacer, mais devant pêcher ailleurs, il est parti samedi matin. Il y aura un remplaçant que lundi matin, encore y a t’il eu pas mal de difficultés à le trouver, et c’est un Père des Missions Etrangères, donc pas tellement spécialisé dans les prédications ; Cela ira sans doute comme çà pourra. Dimanche après-midi avons assisté à la représentation du patronage, c’était désopilant, pas mal joué et Jacques Talonneau était du plus haut comique ; C’était fini assez tôt, si bien que j’ai pu lire un peu et écrire avant le dîner. Lundi après-midi, fait une série de visites, à Mme Baron, Mme Yvernogeau, Bonne-Mère, sans compter quelques courses dans le quartier de la route de Palluau. Mardi, journée entière à La Roche pour des réunions d’éducation familiale, suis partie et revenue avec Jacques. Journée de pluie, mais cela ne m’a pas tellement gênée. Réunions intéressantes, et pas mal de personnes de connaissance, j’ai fait quelques courses et attendu un peu Jacques qui était chez le coiffeur, si bien que nous n’étions ici que peu avant le dîner. Mercredi, Jacques avait son inspection, et nous les inspecteurs à déjeuner. Cela n’a pas donné beaucoup à faire, d’autant plus que Jacquie s’est chargée d’assaisonner et de présenter la salade de riz ; Il y avait aussi des soles aux champignons et du poulet au céleri plus une tarte feuilletée bien réussie. Majo Cesbron est arrivée pour déjeuner ; Il faisait beau ce jour-là, nous avions pu stopper le chauffage et ouvrir les portes sur la véranda. Suis allée un peu chez Maman ensuite, puis suis allée à la Jamonière et enfin pris des nouvelles du Dr Lucas, qui va mieux. Jeudi matin, le marché. Ce jour-là est arrivé le corps d’Eugène ????, mort en captivité en Tchéco-Slovaquie il me semble. L’enterrement devant être en fin de la matinée, il a été déposé à la mairie. J’y suis allée un moment, puis suis allée à l’enterrement. Jacques y était bien entendu, avec les Anciens Combattants. Au cimetière, un camarade de captivité du défunt a parlé, très simplement, mais très bien, et les Anciens Prisonniers de Guerre n’ayant pas voulu parler, Jacques a été obligé de prendre la parole au nom de la commune. Cela a été une chose affreusement dure pour lui. Le cercueil, recouvert du drapeau tricolore, rappelait vraiment trop de souvenirs. A un moment donné, sa voix s’est brisée sous l’émotion, et j’ai cru qu’il allait éclater en sanglots. Il s’est ressaisi cependant. Tous pleuraient dans le cimetière ; Cela a été un moment vraiment poignant. Seulement mon pauvre Jacques a été à plat pendant deux jours. Jeudi après-midi, vers 3 heures ½, sommes partis à Nantes. Nous n’avons eu guère une heure pour voir Anne, mais cela nous a suffi pour constater qu’elle était en bon état et bien gaie. Après l’avoir rentrée, fait quelques courses jusqu’à 7 heures, puis dîné et nous étions là après 10 h.1/2. Vendredi, un coup de téléphone du Père Coupet m’a appris la mort de son grand-père. Cela m’a fait marcher une grande partie de la matinée pour parler à M. le Curé, aller chez Maman, chez les Boyer. L’après-midi, Jacques allant aux Sables emmenait les trois jeunes filles - j’avais décidé de rester seule ici, Thérèse ayant elle aussi à s’absenter, et j’ai été dérangée tout l’après-midi – d’abord M. le Curé est venu, il y a eu ensuite des coups de téléphone, et finalement Mme Bricout, arrivée vers 5 h ½, est restée jusqu’au dîner. Quelques heures de solitude m’ont cependant fait du bien ; de même que mercredi, où j’étais particulièrement lasse, surtout moralement, cela m’avait fait du bien, en descendant de la Jamonière, de voir quelques instants les arbres parés pour l’automne, de respirer l’odeur de la campagne, d’avoir quelques instants de paix, seulement la matinée de jeudi, pour moi aussi, a été très dure. Hier matin, un peu de repos, mais je me fatigue très vite, je traîne une lassitude perpétuelle, et c’est vraiment pénible. Hier après-midi, suis allée seulement chez Mme Dorion et chez Maman. Les enfants goûtaient chez Marie-Josée Herbreteau, et, ne sont rentrées que pour dîner. Majo est toujours là, et c’est un plaisir pour tous, tant elle est gentille. Rien de prévu pour cet après-midi, irons sans doute au cinéma ce soir. Pierre ne doit pas venir. Quant à Yves, il doit être à Paris, bien content de s’y retrouver et d’avoir un peu de détente. Les Granger doivent déjeuner avec lui chez Tante Denise. Pour moi, beaucoup à écrire. J’ai reçu quelques lettres pour ma fête et voudrais y répondre…
Dimanche matin 12
Je vais écrire avant de me lever et revoir un peu la réunion de cet après-midi à Boufféré, il n’y aura peut-être pas grand monde, et elle m’a tout de même fait pas mal travailler, mais tout cela est du temps donné à Dieu et c’est encore le principal. Ce matin, temps incertain, pluvieux et un peu froid ; cela a été plus mauvais cette semaine, nous avons eu de la tempête de l’orage, beaucoup de pluie aussi. Dimanche, je suis allée aux Vêpres avec Jacques, puis me suis mise à écrire, me suis cependant interrompue pour préparer une tarte pour le soir, je n’avais pas eu le temps de la faire que Pierre et Geneviève Bouliau sont arrivés, et restés jusqu’au dîner, ou à peu près, si bien que mes lettres sont restées à faire, et ne sont d’ailleurs pas encore écrites. Après dîner, sommes allés au cinéma voir « Limeligth ». C’est un film poignant et bien joué. Lundi matin, Jacques est parti à Pouzauges en inspections et Jacquie est partie à La Roche avec lui ; elle n’est d’ailleurs pas rentrée, car elle partait à La Bruffière le soir et, hier matin, elle a dû filer à La Haye, où elle était invitée par Odile Jacobs’en ; elle nous reviendra demain ou après-demain. La matinée a été si mauvaise, il pleuvait tellement, que je suis allée demander à Bretaudeau de m’emmener à Treize-Septiers ; cela m’ennuyait d’emmener Majo et Geneviève, d’autant qu’elles n’auraient pas su quoi faire en m’attendant. Le temps s’est d’ailleurs arrangé, et il a fait moins mauvais que je ne pensais. La sépulture étant à 4 heures, sommes partis à 2 heures, pour que j’aie le temps de faire quelques visites à l’aller. Andrée Boyer était venue elle aussi. Sommes d’abord arrêtés à Boufféré, où je voulais voir Mme Gauvrit pour la réunion d’aujourd’hui. Il a fallu la chercher un peu, mais je l’ai tout de même découverte, et nous nous sommes mises d’accord sur ce qu’il fallait dire ; Nous nous sommes ensuite arrêtées à Montaigu, où je voulais voir Mme Denis, arrivée de Locarno depuis quelques jours ; le résultat est stupéfiant, alors qu’elle était mourante, elle paraît maintenant bien mieux, on n’ose croire à une guérison, qui serait cependant si désirable, en attendant il y a cependant une amélioration merveilleuse. Troisième arrêt à Bois-Corbeau, où je voulais voir Mme Taylor, qui s’est cassé le col du fémur en octobre et recommence à marcher – en clopinant - elle est toujours très courageuse, et si bonne, si maternelle, si surnaturelle. Nous étions à Treize-Septiers un peu avant l’enterrement, la cérémonie a été très courte. Il y avait au deuil le Père Coupet avec Marcel et son fils, puis la femme de Marcel, sa fille et une petite vieille dame qui était Aline ; Sommes revenus aussitôt ; à Belleville, avons trouvé Geneviève et Majo, qui avaient profité du temps un peu meilleur, pour aller à Saint-Denis, voir la jeune femme du notaire qu’elles ont connu autrefois ; elles n’ont d’ailleurs trouvé personne. Suis allée avec elle reconduire chez Grand-Mère l’auto de Majo. Mardi, il faisait relativement beau, avec quelques averses cependant. Dès le matin, Geneviève et Majo sont allées aux Herbiers chercher Mme Cesbron, qu’elles ont ramenée pour déjeuner. J’avais un repas très simple, qui aurait été réussi si mon feuilleté aux confitures n’avait pas été complètement raté. Le four étant trop chaud, il avait monté trop vite, sans que l’intérieur soit cuit ; la confiture est sortie, finalement il a fallu …un désastre ! cela rappelle la pâtissière à l’humilité. L’après-midi, nous sommes allées chez Maman, puis Mme Cesbron et Majo ont repris la route des Herbiers vers 5 heures et demie. Mercredi, nous nous sommes donc retrouvés à bien petit nombre… Ce jour-là je suis allée chez Marguerite, puis chez maman ; Jeudi matin, le marché, une petite visite à Maman, puis passé l’après-midi à La Roche. Cela a été absolument épuisant, et je ne m’en suis pas tellement remise ; d’abord, il faisait très mauvais, le matin, en me rendant à la messe, j’avais essuyé une grosse averse mélangée de grêle, et cela avait continué dans la matinée, si bien que sortir par ce temps-là n’avait rien de bien agréable. En descendant du car, suis allée à la bibliothèque changer mes livres, puis courru jusqu’à la Maison Saint Paul, où je suis arrivée en retard pour la réunion d’Entr’aide. Vu le temps, il y avait bien peu de monde, mais cela a té cependant bien intéressant. Pendant ce temps, la pluie battait les vitres, il y avait par moments des coups de tonnerre et de la grêle. Cela s’est un peu arrangé ensuite ; les réunions étant finies à 4 heures et demie, je me suis mise en route pour Richelieu, mais j’ai eu un peu de grêle en traversant la place du marché. Vu Pierre un quart d’heure, il est bien, mais ne viendra pas encore aujourd’hui ; il a une très bonne place en histoire et en géographie. Suis retournée ensuite à la Maison des Œuvres ; j’avais ensuite quelques courses à faire, mais, comme il y avait toujours de l’orage, le courant a été coupé et cela a fait un moment bien désagréable, pendant lequel on ne pouvait plus rien faire ou à peu près. Suis allée ensuite voir Jehanne Gallet qui est toujours dans le même état, mais paraît un peu se résigner. Il était ensuite temps de prendre le car, mais ces courses à travers la ville, avec la hantise de l’heure, m’avaient absolument épuisée. Vendredi matin, me suis levée plus tard, afin de me reposer, mais cela a été insuffisant. Il faisait un temps affreux ; j’ai dû garder l’électricité allumée jusqu’à midi et quart afin de pouvoir écrire. L’après-midi a été un peu meilleure. Suis allée prendre des nouvelles du Docteur Lucas, passé chez Marie, au cimetière et enfin chez Maman. Etais auparavant allée chez Marcelle Mignet pour des questions de Ligue ; cela fait vraiment beaucoup de choses à penser, et c’est quelquefois écrasant. Hier, ne suis pas sortie du tout, j’avais un immense besoin de repos, et aussi de silence. Suis restée au lit toute la matinée ; cela a un double effet, j’ai les jambes allongées et la solitude me fait du bien. Suis restée ensuite dans le bureau tout l’après-midi ; cela faisait des mois que cela ne m’était pas arrivé, et le travail ne manque pas non plus. Aujourd’hui, avec ce petit voyage à Boufféré, je ne sais pas si j’aurais le temps d’écrire, et cependant il y a des lettres qui pressent à faire. Nouvelles d’Anne mardi, elle ne raconte pas grand-chose. Une lettre d’Yves mercredi ; il paraissait content de son petit voyage à Paris et à Versailles. Ils ont passé la soirée de samedi à Ginette, reçus officiellement par les Jésuites ; réception présidée par la Maréchale de Lattre. Yves est d’ailleurs retournée à Versailles le lundi soir voir des camarades, de façon non officielle cette fois-ci. Une lettre des Granger, reçue depuis, dit que le garçon est en bonne forme. Dans quinze jours tous seront là ; mais Jacquie bien prêt de partir.
Dimanche matin 19 décembre
D’ici peu de jours, les pensionnaires nous arriveront ; une lettre d’Yves, reçue le mardi, comme toujours, nous annonce son arrivée pour mercredi après-midi. Pierre vient jeudi matin je crois. Quant à Anne, elle avait dimanche tant de choses à nous raconter, avec toutes les splendeurs du 8 décembre, qu’elle a oublié de nous donner la date des vacances. Ce sera pour mercredi aussi, sans doute, et cela fera plaisir que de retrouver la masion au complet –autant qu’on puisse l’être désormais. Depuis la mort de Jean, cette fête ne peut être ce qu’elle a été autrefois, même quand il ne pouvait être là. Et je pense souvent à ce Noël 52, qui a été si cruel pour nous, ce Noël que notre enfant chéri a passé en mer, son corps étant à bord du « Kerguélen » qui le ramenait vers la France. Il fait nous dire et nous répéter que, pour lui, c’était le premier Noël qu’il passait au ciel, bien que le temps n’existe plus pour lui, et que maintenant il est éternellement heureux dans la lumière et délivré des soucis qui hantent perpétuellement les pauvres humains. Aujourd’hui, temps brumeux, pas très froid, après une semaine pluvieuse, je ne me souviens plus si Pierre vient ou non aujourd’hui, il y aura toujours quelque chose à lui donner à manger. Semaine encore bien remplie. Je ne me souviens plus exactement de ce que j’ai fait lundi – sans doute suis-je allée chez Maman - . J’y suis retournée mardi matin, et, l’après-midi, suis allée à l’Aumère pour une réunion. Jacques m’a conduite en voiture ; il faisait assez beau, surtout pour la saison, et il y a même eu à ce moment-là un peu de soleil. Nous avons eu un bon groupe de femmes, et un accueil sympathique comme toujours à l’Aumère. Puis la route du retour un peu après cinq heures, et cette marche à travers la campagne, assombrie peu à peu par le soir, a été pour moi une joie profonde – j’ai revu ces horizons familiers, j’ai refait ce trajet accompli si souvent, en cet hiver 43-44 où je promenais dans sa voiture ma toute petite fille. J’ai rappelé des souvenirs, j’ai prié pour mes petits chéris qui maintenant sont grands – et je suis arrivée au bourg juste pour voir l’éclairage municipal s’allumer. Jacques commençait à s’inquiéter et parlait de partir au-devant de moi. Loin de me fatiguer, cette promenade avait été pour moi un grand plaisir. Jacquie est revenue le soir par le car, avec beaucoup de choses à nous raconter. Lundi soir, reçu par téléphone, une invitation à dîner à la préfecture jeudi soir ; cela m’a obligée à déplacer une réunion de jeunes femmes qui devait avoir lieu ce soir-là, et aura lieu maintenant mardi soir, je n’ai d’ailleurs pas commencé encore de la préparer. Mercredi matin, suis allée un peu chez Maman, et passé l’après-midi à La Roche avec Jacques, j’avais une réunion d’arrondissement à la maison Saint Paul, et cette réunion s’est un peu prolongée, si bien qu’il a fallu courir pour arriver à Richelieu à 5 heures 20, et que j’ai très peu vu Pierre. Fait quelques courses ensuite, mais cela a été moins fatigant que la semaine précédente car j’ai retrouvé Jacques à Richelieu, et les derniers trajets se sont faits en auto. Jeudi le marché, comme d’habitude, et plusieurs sorties dans la matinée. C’était la foire, et nous avons eu, comme toujours, Eugénie et Raymonde à prendre le café. Suis allée ensuite chez Maman, puis passée par le cimetière et suis allée prendre des nouvelles du Docteur Lucas qui, cette fois-ci, j’ai vu debout, et bien mieux tout de même. Me suis ensuite habillée pour nous rendre à la Préfecture, où le dîner devait avoir lieu vers 7 heures et demie ; C’était un petit dîner intime, mais fort bien ; il y avait, en dehors du Préfet et de sa famille, le Comte et la Comtesse de Chabot, le Docteur Paulet et nous. Le salon de la préfecture a, comme il se doit, un mobilier Empire, et l’ensemble est fort bien, la salle à manger est plus moderne. Service impeccable et très bonne cuisine, le tout sans rien d’absolument remarquable, mais très soigné. Avons causé ensuite au salon et sommes rentrés ici un peu avant minuit. Rien de très neuf vendredi, fait quelques courses le matin, et, l’après-midi, suis allée à la Bardinière voir Thérèse Brochard, revenue depuis trois semaines de l’hôpital psychiatrique. Je voudrais lui avoir fait du bien, et je ne sais pas du tout si j’y suis arrivée. Elle doit être mieux et paraît assez calme, mais la mémoire est défaillante, elle pense trop, se tourmente beaucoup trop… Jacques m’avait conduite en auto ; suis revenue à pied, ce qui faisait une petite promenade. Me suis arrêtée une demi-heure chez Maman, puis suis allée chez Marcelline pour des questions de trésorerie et de colis de Noël. Un petit moment de tranquillité ensuite. Hier, nous avions Pierre et Geneviève Bouliau à déjeuner, j’avais fait les choses très simplement, mais j’ai confectionné un gâteau feuilleté dans le but de rattraper ma réputation perdue le jour où j’avais si bien raté celui destiné à Mme Cesbron. Cette fois-ci, j’avais mis une garniture aux amandes, et il était vraiment bien réussi et très bon ; Avons causé ensuite dans le salon, où il faisait très bon ; le soleil paraissait, ce qui est infiniment agréable en cette saison, et j’avais stoppé le chauffage. Sommes allés ensuite un peu chez Maman, et pris du thé et des petits gâteaux en rentrant. Je vais me lever dans un moment, mais je voudrais auparavant préparer un peu ma réunion de jeunes femmes pour mardi soir, je la continuerai d’ailleurs demain car je ferai une journée au repos et au lait…
Lundi soir 9 heures
Fait ma journée au repos et au lait, en partie ratée, car je n’ai pas eu la solitude dont j’ai besoin, et que je peux trouver ici ce jour seulement. Trop lu et pas assez prié, c’est d’ailleurs souvent cela, et trop écrit aussi, mais, avec toute la correspondance qu’il va y avoir à faire d’ici la fin de l’année, mieux vaut prendre un peu d’avance. Une longue visite de Marguerite ; il a fallu beaucoup causer de choses assez indifférentes, alors que j’aurais voulu le silence. Me suis couchée trop tard et j’avais très froid. Le temps est d’ailleurs plus dur, nous entrons dans l’hiver demain. D’ici peu les jours vont recommencer à allonger. J’ai beau me faire moquer de moi, je me réjouis toujours de cela, comme d’une promesse d’espérance.
Samedi, jour de Noël
Quelques journées très pénibles, les plus dures que j’aie eues depuis bien longtemps, peut-être y a-t-il un peu de fatigue physique qui fait que je ne suis pas très bien, mais il y a aussi et surtout le souvenir des années heureuses qui reviennent en foule, et, dans ces moments-là toutes choses font mal à crier. Suis affreusement déprimée ces jours ci ; il y a des choses désagréables à supporter ; il y a un effort continuel à faire pour nous efforcer d’être gais, et de faire en sorte que la maison soit gaie pour les enfants ; il y eu des choses pénibles à voir dans les journaux, il y a eu le suicide d’un saint-cyrien seconde année, raconté par Yves, et qui m’a empêchée de dormir pendant plusieurs heures une certaine nuit ; il y a surtout la souffrance toujours vivante en moi – depuis quatorze ans déjà pour mon petit Bernard que je ne peux oublier – depuis plus de deux ans déjà pour mon petit Jean que je n’ai pas vu depuis plus de trois ans, et que je ne verrai désormais qu’au ciel ; Tout cela est affreusement dur, et c’est un supplice que d’être obligé parfois de rire avec les autres, et de supporter certaine gaîté un peu trop bruyante de ceux qui n’ont pas souffert. Semaine très remplier, une fois de plus, celle qui débutera demain sera elle-même très remplie, mais d’une autre façon, cependant je n’ai pas de réunion ni de travail d’Action catholique d’ici une quinzaine et c’est tout de même une certaine détente. Lundi, ma journée s’est bien passée, et, le lendemain je me sentais bien reposée – il ne faudrait peut-être pas en faire trop après – Mardi matin, suis allée chez Maman, l’après-midi, suis partie par le car retrouver à La Roche Jacques qui y était pour la journée. Fait pas mal de courses, sans trop cependant me fatiguer, parce que je n’étais pas talonnée par l’heure et aussi parce qu’il faisait beau et que je n’avais pas de parapluie à traîner. Sommes rentrés ici un peu après 6 heures, ce qui m’a permis de ranger bien des choses avant dîner ; A 8 heures et demie, suis allée au cinéma pour une réunion de jeunes femmes, elles étaient 17. J’espère que cela les aura intéressées. C’est assez épuisant, car il faut leur donner beaucoup de moi-même. Je voudrais surtout pouvoir leur donner Dieu. Mercredi matin, fait quelques courses, puis à 11 heures, sommes allés à la Genétouze pour la sépulture d’un garçon de 20 ans, de l’âge d’Yves, élève du Grand Séminaire, mort d’un cancer à l’estomac. Beaucoup de monde, ce qui fait que j’ai dû rester debout sous le clocher, prise dans la foule, pendant la plus grande partie de la cérémonie ; Il y avait les trois Supérieurs des Séminaires, une chorale de Séminaristes, des camarades du défunt, et son surplis sur son cercueil. M. Ducept est monté en chaire pour dégager les leçons de cette mort, comme il l’avait fait pour Jean. Tout cela était bouleversant. Les pauvres parents, surtout le père, étaient effondrés, il s’est accroché à l’épaule de Jacques en sanglotant. Jacques qui comprend si bien sa peine ! Sommes revenus en vitesse pour déjeuner, puis Jacques m’a conduite à la Petite-Durantière où j’avais une réunion ; tout s’est bien passé et j’en suis revenue vers 5 heures et demie. Pierre était arrivé pour déjeuner ; Anne est arrivée le soir par le car ; quant à Yves, il ne pouvait quitter Coët avant 5 heures, ce qui le faisait arriver à minuit à La Roche. Jacquie, accompagnée par Geneviève, est allée au-devant de lui, ce qui a permis à Jacques de se reposer, d’une façon très relative. Avant de se coucher, le garçon est venu nous embrasser comme autrefois le faisait Jean, ce qui nous a permis de l’apercevoir en uniforme. Jeudi, Yves s’est levé tard ; cela lui faisait du bien ; il est cependant en bonne forme. Réparé ce jour-là un chandail d’Anne, fini le chandail de scout à Pierre. L’après-midi, fait des palmiers, me suis confessée, suis allée voir maman et Armande Brachet. Jean-Pierre est venu passer un moment avec les garçons. Hier, journée un peu moins chargée ; il y a cependant toujours à faire. Les Granger qui devaient arriver jeudi soir sont finalement arrivés hier vers 4 ou 5 heures. Après déjeuner, fait un Savoie pour le réveillon, mais ne me suis mise qu’après dîner à préparer toutes choses ; il y avait de la charcuterie, une salade alsacienne et un gâteau au chocolat et caramel, où il n’y avait, à vrai dire, pas assez de caramel, mais tous ce préparatifs ont été faits sans goût et sans joie. Jacques et moi nous nous sommes rendus, vers onze heures et demie, à l’église ; il faisait une nuit merveilleuse, sans lune, mais pleine d’étoiles – c’est toujours un réconfort pour moi de regarder les étoiles – cependant, pendant toute cette messe, je me sentais le cœur lourd comme une pierre. Je pensais à la douleur de tant de mères qui ont perdu leurs enfants, et je priais la Sainte Vierge pour elles. Me suis efforcée cependant de prier avec nos enfants chéris, et de participer à cette messe avec eux, mais tout cela sans rien de cette joie que parfois j’ai connue, et qui aide tellement. Le réveillon s’est bien passé, a été gai pour certains, pour moi interminable. Avant de se coucher, les enfants sont allés visiter les souliers mis devant la crèche, dans ma chambre. Je pense que cela leur aura fait plaisir. Jacques a un livre sur l’Espagne. Cela nous permettra peut-être de revivre ensemble notre voyage de septembre ; Me suis levée ce matin vers 9 heures, Jacques est resté se reposer, les enfants aussi, ils descendent peu à peu. Anne a été, bien entendu, la plus matinale. Suis allée au marché, afin d’avoir un bon déjeuner aujourd’hui, Jean aimait tellement ces petites réunions de famille ; il aurait été heureux parmi nous aujourd’hui, et pourtant, il est tellement plus heureux et le sera toujours. Jacques m’a ce matin consolée, réconfortée ; cela fait du bien que de ne pas me sentir toute seule avec ma douleur.
Dimanche 26
La journée de Noël s’est passée de façon très calme - les enfants ne se sont levés que pour déjeuner – j’ai eu quelques heures de tranquillité le matin, et cela m’a été agréable ; Nous avons eu le repas traditionnel, avec la non moins traditionnelle bûche de Noël confectionnée par Jacquie, puis sommes allés aux Vêpres et enfin au cimetière porter des camélias sur la tombe de nos enfants chéris. Que de Noëls heureux nous avons eu autrefois avec Jean – et encore, nous avons cette année cinq enfants ici ; Un jour viendra peut-être où ils seront dispersés. Lu un peu l’après-midi et c’est tout ; aujourd’hui, je commence un peu mes lettres du Jour de l’An, mieux vaut ne pas me mettre en retard. Ce matin, me suis levée aussitôt que la salle de bains a été libre, c’est-à-dire quand Jacques et les enfants ont été partis à l’église ; j’ai confectionné des tartes aux pommes et fait pas mal de petites choses pour le déjeuner. Nous nous sommes un peu attardés à table, n’ayant rien de bien pressé à faire. Demain, nous déjeunons chez Maman et après-demain chez les Gaillard à Montaigu.
Dimanche matin 2 janvier 55
Beaucoup de choses à raconter aujourd’hui, la semaine ayant été très chargée, plutôt fatigante d’ailleurs, cependant, la pensée que demain la maison va retomber dans son calme me désole, les vacances des enfants sont vite passées ! on s’en réjouit à l’avance, on les attend avec une grande impatience, et, à peine commencé, c’est tout de suite fini. Dimanche après-midi, rien de bien nouveau ; Maman et les Granger sont restés jusqu’à l’heure du dîner ; j’ai réussi cependant à écrire quelques-unes des lettres les plus pressées, beaucoup cependant restent à faire. Lundi, matinée à peu près tranquille, au cours de laquelle j’ai pu un peu écrire et faire pas mal de choses. Déjeuné chez Maman avec Françoise et son mari ; c’était u bon repas, mais Maman s’en était pas mal tracassée, et cela avait dû la fatiguer ; suis partie vers cinq heures, ayant quelques courses à faire, puis rentrée ici. Mardi, avons déjeuné chez les Gaillard, Jacques avait le matin la foire des Lucs ; il est venu nous chercher vers midi, le déjeuner ayant été fixé à une heure ; Il y avait les parents de Mme Gaillard, ainsi que Marie-Claude, retour d’Angleterre ; Avons causé autour du feu, puis goûté – ce qui n’était pas très nécessaire après un bon repas. Suis allée ensuite voir quelques instants Mme Denis qui était nettement moins bien ; elle faisait, paraît-il une crise de foie ; en tous cas, elle était couchée et paraissait beaucoup plus fatiguée ; Sommes revenus par Les Lucs, où Jacques avait encore deux clients à voir. Suis allée quelques instants voir Mlle Parois, qui est au lit et se trouve bien seule. Sommes rentrés ici un peu après 7 heures. Mercredi, journée à Nantes. Sommes partis vers 9 heures et demie, parce que Jacques avait un rendez-vous à Aigrefeuille, avons attendu plus d’une heure dans l’auto. Il ne faisait pas très froid, mais j’étais ennuyée parce que Geneviève toussait beaucoup et qu’Yves souffrait de la sinusite qui lui revient de temps en temps ; Avons déjeuné avec Mère et Madeleine, puis sommes sortis faire des courses, tandis que Jacques avait l’après-midi pris par des rendez-vous. Fait des courses d’abord avec les enfants, puis seule, ce qui est infiniment moins fatigant. Fait quelques achats pour l’hiver. Suis rentrée ensuite à Monselet où tous étaient arrivés ; n’avons d’ailleurs pas tardé très longtemps, parce que il y avait différentes choses à prendre avant de partir ; aussi n’étions pas tard ici ; mais il y avait au courrier une lettre de Thouars, dans laquelle Armand disait leur intention de venir nous voir demain. Après dîner, Jacquie a téléphoné à son oncle pour expliquer que, s’ils venaient demain, il n’y aurait ici que les parents et Geneviève. Il a donc été décidé qu’ils venaient déjeuner hier ; cela ne m’arrangeait pas du tout, parce que la matinée du Jour de l’An est toujours assez occupée par les visites, si bien que je ne peux rien faire ce jour-là ; J’ai même été très contrariée, j’étais très lasse de ces cinq jours de repas un peu plus lourds, et aussi de ces moments où il faut parler sans cesse, où on est jamais seuls, où il n’y a jamais une détente. Il y a eu quelques très mauvais moments à passer, après quoi cela s’est tassé. Les deux filles ont promis qu’elle feraient tout ce qu’il y avait à faire, mais c’est bien moi qui, dès le lendemain matin, me suis mise à faire les commandes et à tout combiner pour le repas. Journée de jeudi encore bien remplie, le marché le matin, une visite à Maman, puis des gâteaux à confectionner pour les visites du Jour de l’An. Cela m’a pris un peu de la matinée, et je n’ai eu fini que le soir vers cinq heures. J’avais ensuite à écrire et ne suis pas sortie ; Vendredi, matinée encore très remplie. Sommes d’abord allés à La Roche, Jacques et moi, à l’enterrement du mari de notre ancienne Lucienne Moreau. Fait, avant d’aller à l’église, une commande charcuterie, et, pendant que le cortège se rendait au cimetière, fait quelques courses. Sommes allés ensuite serrer la main à la famille ; La pauvre Lucienne, bien accablée. Jacques lui a dit « Tâchez d’avoir du courage », elle lui a répondu « j’irai en chercher chez vous ». Sommes ensuite allés à Belleville pour la fin d’un autre enterrement, si bien que nous ne sommes rentrés que pour déjeuner ; Aussitôt après, suis allée un peu chez Maman ; A quatre heures, sommes allés faire une visite à M. Le Curé, puis avons filé à Palluau où nous allions goûter chez Pierre Bouliau. Leur studio (salle de séjour) est à peu près terminé, et pas mal du tout. Geneviève avait fait les choses pour le mieux. Sommes restés pour dîner. Heureusement, ces jours-ci, je n’avais pris au déjeuner que des légumes et du lait, cela m’a fait physiquement beaucoup de bien ; Hier matin, sommes allés Jacques et moi, à la Première Messe ; le temps était dégagé, et il faisait plus froid. Le froid s’est d’ailleurs accentué dans la journée, le vent s’étant levé, et hier soir, c’était plutôt pénible ; ce matin encore le thermomètre était très bas. Matinée d’hier semblable à tant d’autres, nous avons eu des visites sans arrêt : le personnel de l’étude, le personnel de la mairie, les métayers. Impossible de faire quoi que ce soit. Heureusement, j’avais un repas très simple, que les enfants ont pu arranger. Pour comble, Thérèse était malade hier, ce qui ne lui arrive jamais, elle a dû faire une fatigue intestinale, mais cela lui donnait triste mine. Elle a fait cependant son travail. Heureusement que tout était simplifié. Jacquie avait fait un très joli et très bon gâteau. Avons parlé à Michel de l’Espagne, mais il répond toujours Autriche. Après leur départ, avons lavé les tasses et les verres à liqueur, puis sommes partis faire nos visites traditionnelles à Maman et à Tante Abel. Sommes allés ensuite au cimetière, puis rentrés ici pendant que les enfants allaient chez M. Baron. J’ai eu le temps de préparer un entremets pour aujourd’hui, puis les Granger sont arrivés et restés jusqu’au dîner. Ils viendront déjeuner aujourd’hui, ainsi que Maman, mais Yves part ce soir, Pierre, Anne et Jacquie demain. Nous allons nous trouver un peu trop seuls.