Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Dimanche 3 janvier
… Aujourd’hui j’ai encore un peu de correspondance, une copie à faire à la machine, ma travailleuse à ranger…. Enfin un gâteau à confectionner pour souhaiter ce soir la fête de Geneviève, sans compter une visite aux Chailloux, et un morceau de veau à mettre en train pour demain….
Lundi, Jacques a emmené à Nantes les trois grands, pour voir les cadeaux déposés par le Petit Jésus, dans la cheminée de grand-mère Dugast, et je n’avais ici qu’Yves, lequel a dormi assez longtemps, si bien que j’ai eu la paix ! Jacques est revenu assez tôt avec Geneviève, afin d’aller chercher maman qui débarquait de La Haye. Mardi matin, nous avons eu Oncle Raymond et maman à déjeuner, puis Maman a passé ici une partie de l’après-midi. Mercredi je me suis mise à mes lettres du jour de l’An, je comptais m’y remettre après déjeuner, mais Pierre Bouliau est arrivé et resté un grand moment, puis je suis allée jusqu’à l’école où j’avais à parler à Mlle Douillard, si bien que je n’ai pas fait grand-chose ce jour-là. Jeudi… Pierre est revenu chercher Jacques pour l’emmener à Nantes et nous a laissé Geneviève et Claude…. Les voyageurs sont revenus à huit heures et demie, et nous n’avons eu fini de dîner qu’à dix heures. Vendredi, Jacques et moi avons commencé l’année par l’assistance à la première messe, puis nous avons eu une journée plutôt chargée avec les vœux et les visites habituelles ; hier, visite des Gourraud, la maison était toute encombrée par les étrennes.
Je me presse, le temps passe ! que nous réserve 1937 ?
Dimanche 10 janvier
Quelques minutes seulement avant la grand-messe, il faut que je me presse, ma correspondance est restée en panne pendant toute la semaine, j’ai des réponses pressées à faire, des rangements de linge et autres choses, ma valise à faire, car j’entrevois un départ presque imminent, et si la valise de mon petit bébé est prête, la mienne n’est pas encore commencée, et Oncle Raymond et François nous arrivent vers deux heures, ils dîneront ici ainsi que Maman, j’ai préparé hier un gâteau, mai le reste du dîner ira comme il pourra, je suis trop lasse pour faire quoique que soit en cuisine !
Reprenons rapidement la semaine ! Lundi reçu Armande Brachet et ses filles, ainsi que Marguerite ; le soir Maman a dîné avec nous et nous avons tiré le gâteau des rois, Jacquie a eu la surprise heureuse d’être la reine, aussi hier soir m’a-t-elle aidé de toute sa bonne volonté à la confection d’un autre gâteau destiné à être mangé ce soir avec Oncle Raymond et François….Vendredi, après-midi très chargée, nous avons commencé le déménagement qui doit transformer la lingerie en une chambre pour Jean, et, pour ce, nous avons transporté la grande armoire et tout ce qu’il y avait dedans à la place de la commode, en haut de l’escalier, aussi il m’a fallu faire un sérieux rangement du contenu, et ce rangement s’est prolongé pendant toute la matinée d’hier, j’étais ensuite si lasse que je ne pouvais plus marcher !
Les enfants sont bien… pour le moment, mais Jacquie a eu un peu mal à la gorge…. Geneviève a eu un gros rhume, il a fallu lui faire des enveloppements sinapisés….
Dimanche 17 janvier
Dernier dimanche ici ! Mon petit bébé sera-t-il né la semaine prochaine ?… En tous cas je pars mercredi, et la pensée de ce départ tout proche me remplit d’angoisse ! J’ai le cœur serré en songeant à tout ce que je laisse ici, à la grande souffrance maintenant toute proche !….
J’ai terminé hier mon fameux filet et j’en suis bien contente, maintenant je me presse pour tricoter une liseuse destinée à mon séjour en clinique…. La chambre de Jean s’organise peu à peu, j’ai transporté hier son linge et ses vêtements….
Rien de très nouveau cette semaine… mercredi reçu M. le Curé, jeudi je ne suis pas sortie, il a fallu s’occuper des enfants que le mauvais temps empêchait de sortir ; vendredi déménagé l’armoire et le lit de Jean, le soir il était heureux de coucher dans sa nouvelle chambre, ce jour-là visite de Mme Bonnaud, hier après-midi chez Armande Brachet, dernière réunion avant mon départ.
Jean et Jacquie sont aussi bien que possible, Jacquie a rapporté hier une place de première dont elle était tout de même ravie. Yves est un vrai petit diable, terriblement gourmand et passablement autoritaire, très bien portant, Dieu merci, mais cette chipie de Geneviève fait encore quelques râles de bronchite, très peu de choses, car elle n’a pas de fièvre… elle devient aussi très capricieuse et cela donne lieu à des séances plutôt pénibles….
Dimanche 31 janvier
Quinze jours sans écrire… et pour cause ! Ma voilà maintenant à peu près solide, heureuse de venir ici raconter la naissance de mon petit Pierre…
Je reprends un peu les faits, depuis mon dernier dimanche ; ce jour-là, j’ai reçu la visite de Mlle Lucas et tâché de mettre en ordre le plus possible de choses ; le lundi, travaillé à ma liseuse. Le mardi matin, fait pas mal de rangements et lavé des lainages, l’après-midi une assez longue visite de Marguerite qui est restée jusqu’à six heures, le dîner s’est à peu près bien passé, j’ai couche les enfants comme d’habitude, j’ai à peu près terminé mes préparatifs de départ et me suis couchée de bonne heure. A onze heures et demie j’ai été réveillée par une première douleur… a trois heures il n’y avait plus de doutes, j’ai réveillé Jacques… j’ai bouclé les valises pendant que Jacques allait réveiller Maman ! Nous sommes partis à cinq heures… nous étions ici à six heures et demie et la sage-femme qui est venue après m’a dit que le travail était en effet commencé… le docteur est arrivé vers neuf et a déclaré ….qu’il fallait monter. Nous sommes donc montés, la sage-femme m’a fait une piqûre et alors j’ai commencé à souffrir pour de bon ! Puis les tampons de chloroforme se sont succédés jusqu’à ce qu’on me mette le masque, puis plus rien…. Quand je me suis réveillée, le poupon était dans le pèse-bébé ! et un garçon, un gros garçon de 8 livres 300 ! Jacques est monté peu après, il était ravi lui aussi, que tout se soit passé si bien set si vite, puisqu’il n’étai pas plus de dix heures quand il a entendu le premier cri de son fils…..
Je nourris mon petit Pierre, bien entendu, mais cette fois-ci encore le résultat n’est pas merveilleux, puisqu’au bout de douze jours, il continue à perdre du poids, le docteur a décidé ce matin de lui donner un biberon de lait Nestlé par jour…. A part cela il digère bien, et il est toujours sage et mignon ; je ne sais guère à qui il ressemble !
Pierre a été baptisé le samedi après sa naissance ; Berthe Renou qui est marraine, étant à Nice, Germaine Barré a bien voulu la remplacer, Jean était parrain, tout fier et pénétré de son importance ; à cette occasion, j’ai vu tous mes petits chéris…. Yves voulait le faire rire, Geneviève lui parlait ! tous sont restés ici jusqu’au dimanche soir… puis Jacques a laissé Geneviève ici pour la faire examiner par la doctoresse Pouzin, il est revenu mardi nous voir, et jeudi chercher la fille. Les conclusions de la doctoresse ont été les mêmes que celles du docteur Lucas, rien de grave, mais à soigner et à surveiller….. J’ai repris mon tricot lundi et suis arrivée à finir la fameuse liseuse… J’ai maintenant d’autres tricots en chantier, je n’aurai pas le temps de m’ennuyer ; Jacqueline va peut-être venir passer quelques jours avec moi. J’ai des bonnes nouvelles de la maison. Maman écrit ce matin que tout va bien, Jean a été ravi de distribuer des dragées à ses camarades, Jacquie a la croix d’honneur, Geneviève est toujours pas mal capricieuse – ce qui n’a rien d’étonnant – et Yves est de plus en plus endiablé, il me tarde de les retrouver tous !…
Le Poiré 7 février
Un autre dimanche, sans messe, sans sortir… Nous voilà tout de même rentrés chez nous, cette fois-ci, du moins, l’absence n’a pas été trop longue et vendredi petit Pierre a fait son entrée dans la maison….Quelle joie de l’avoir enfin là ce petit cinquième si longtemps attendu, et quelle joie de retrouver les autres, qui de temps en temps montent voir Maman et le petit frère, et de recevoir les visites du Papa, qui vient dès que son travail lui laisse un peu de liberté.
Rien de très nouveau, les premiers jours de cette semaine j’ai lu, j’ai tricoté, Lundi, Jacqueline est arrivée pour passer deux jours avec moi… mardi je me suis levée pour la première fois, mais j’ai eu ce jour-là une avalanche de visites… d’abord Françoise, puis Tante Denise et Caty sont arrivées, ensuite Charlotte ! je commençais à goûter quand sont arrivées les Delaroche puis Mme Bouet et ses filles…. Je me suis recouchée le plus tôt possible, et, bien m’en a pris, car peu après est arrivé Oncle Raymond, puis Léon Gourraud et Pierrot. La journée de mercredi a été plus calme, Mère est venue de bonne heure, puis j’ai eu – successivement – Germaine Barré et Andrée Jaffré. Jeudi aussi, peu de monde : Tante Thérèse, Madeleine le soir. Vendredi matin, le départ était fixé à dix heures et demie, mais nous avions une bonne heure de retard, si bien que nous étions ici à une heure, toutes les tétées se trouvaient décalées, il a fallu organiser l’installation…. Hier, tout allait mieux, je me suis levée pour faire la toilette de Pierre et j’ai eu la joie de le voir agiter ses petits membres débarrassés du maillot, il est bien beau et fort, quoi qu’il n’ai pas encore repris son poids de naissance, je me suis levée aussi pour toutes les tétées et suis restée sur la chaise-longue de deux heures à six heures sans trop de fatigue…..Jean est un peu enrhumé et ne va pas à l’école à son grand désespoir, mais Geneviève paraît mieux, elle ne tousse plus, et voilà presque huit jours qu’elle n’a pas arrosé son lit ! Jacquie a toujours ses bonnes joues roses et Yves une figure tout à fait réjouissante.
Oncle Raymond, Tante Denise et Caty déjeunent ici aujourd’hui, j’entends les voix qui montent de la salle à manger, bientôt je me mêlerai moi aussi à la vie de famille !
Jeudi 11 février
Quelques jours de solitude avant de reprendre ma vie habituelle… et mes occupations. Je suis descendue aujourd’hui pour la première fois….. je m’occupe de mon petit Pierre, et c’est une grande joie pour moi, je le change, lui fais sa toilette, lui donne ses tétées, ses biberons ; il a commencé à prendre du poids, a même rattrapé tout ce qu’il avait perdu, 4 kg 260, ce matin ; il est plutôt sage et je ne l’entends guère ; il ouvre maintenant tout grands ses yeux, gris comme ceux de Geneviève.
Il fait un temps doux, humide, un peu mélancolique, cependant j’ai sur la cheminée une grosse touffe de violettes et quelques primevères, et cela parle du printemps. Maman a emmené les quatre « grands » (Yves, un grand !) se promener, la maison est pour le moment silencieuse, autrement quel tapage la plupart du temps !…
Aujourd’hui dix sept ans que Simone n’est plus !
Dimanche 14 février
De jour en jour je me sens plus solide…. Je reviens du jardin où j’ai été faire un tour avec Jacques, le ciel couvert toute la matinée s’était brusquement dégagé…. Le printemps d’annonce déjà, un bon mois d’avance ! Les tulipes, la rhubarbe, les pivoines sortent de terre…j’ai aperçu un prunier fleuri !….
Dimanche 21 février
Pour la première fois je mes suis réinstallée dans le bureau, j’ai retrouvé avec plaisir les objets qui me sont familiers, et c’est avec joie que je me réorganise dans la maison…. Je suis allée ce matin à la grand-messe et j’ai installé petit Pierre dans le salon, dans le chariot regarni en son honneur ! Mon petit bébé a eu un mois hier et pesait neuf livres cent gammes, c’est un beau petit enfant bien fort et bien facile, il a fait ce matin une grosse colère, mais le reste du temps je ne l’entends guère, je le baigne maintenant chaque matin, et c’est une vraie joie que de le voir détendre dans l’eau ses petits membres potelés ; je l’ai mis en culotte pour la première fois, je lui ai mis des petits bas, des petits chaussons bleus, il paraît presque un grand garçon !…
Dimanche 28 février
Me voici maintenant tout à fait remise… Maman est toujours là et se charge d’une grande partie de la besogne, elle n’est pas pressée de repartir chez elle, et nous-mêmes ne tenons pas à la voir rentrer avant le printemps dans une maison froide, ce qui fait actuellement que je n’ai guère de peine, ce qui me permet de m’occuper un peu de la cuisine, de ranger des armoires et des tiroirs, et de tricoter avec frénésie des chaussettes pour Geneviève.
Tout va bien pour le moment, petit Pierre n’est guère absorbant, et on ne l’entend pas pendant des journées entières, il progresse bien et prend son biberon avec appétit, il est très éveillé pour son âge et regarde bien autour de lui. Geneviève se plaignait un peu d’une oreille ce matin… Jacquie nous a rapporté hier une place de première et la croix, mais elle est toujours aussi « rosse », particulièrement envers Jean et Geneviève. Quant à Jean, il a trouvé moyen de se heurter dans la soupière que Lucienne apportait, et la soupe bouillante lui ayant sauté sur la joue, il a une belle brûlure au-dessus de la lèvre.
Le soleil paraît maintenant, mais nous avons eu un temps détestable ce matin, du froid, de la grêle, de la neige ! bien que les azalées se préparent à fleurir, le printemps n’est pas encore venu !…
Dimanche 7 mars
Me voici infirmière, je suis installé dans la chambre de Jean, au lit depuis ce matin avec un bon mal de gorge et un peu de fièvre, de la grippe aussi sans doute… j’ai peur de passer le microbe à Petit Pierre… Maman est là et c’est énorme pour moi, elle me seconde tellement auprès des enfants, lesquels sont plutôt exigeants ; Geneviève n’a pu aller en classe qu’un jour et demie cette semaine… Yves est amusant au possible et se débrouille bien pour parler ; quant à petit Pierre, il est toujours sage et mignon, il pousse à merveille et on ne l’entend guère.
La semaine, jusqu’à aujourd’hui, a été bonne, lundi, nous avons eu de la neige, les enfants étaient ravis ! Quand Jean et Jacquie sont partis en classe tout était blanc et Geneviève, le nez aux vitres, ne pouvait se lasser de regarder, malheureusement vers 10 heures le soleil a fait son apparition, et à midi tout était fondu. Mardi et mercredi, Maman et moi sommes sorties avec Yves. Jeudi je suis allée faire un tour en auto avec Jacques, je tenais à reprendre le volant en vue de quelques prochains voyages à La Roche, j’ai ensuite terminé l’après-midi chez Armande Brachet avec les enfants….
Dimanche 14
La fatigue de Jean n’a pas été de longue durée, Dieu merci, il paraît maintenant tout à fait remis, quoiqu’un peu maigre ! Et pourtant l’appétit est bon. Il a passé dimanche une journée assez calme, il était un peu abattu et somnolent et souffrait de la tête. Lundi, il était mieux, il a lu et s’est amusé dans don lit, mardi… il s’est levé un moment, mercredi, il était tout à fait bien et vendredi il a pu retourner à l’école…. Les autres dont bien, Geneviève a pu aller à l’école presque toute la semaine et elle était bien contente ! Yves était sec ce matin dans son petit lit ! il était ravi et les autres ne l’étaient pas moins ! Petit Pierre pousse admirablement, presque trop, puisque pour ses huit semaines, il aura dépassé onze livres, il est sage et facile et commence à sourire… reconnaît sa maman. Quant à Jacquie, depuis pas mal de temps elle se plaignait de souffrir de la tête, à la lumière trop vive, aussi, je l’ai conduite jeudi chez l’oculiste, j’ai passé toute mon après-midi à attendre, mais le principal c’est qu’il n’y a rien de grave, seulement une petite faiblesse des muqueuses pour laquelle il y a un petit traitement à suivre, enfin peu de chose et je suis plus tranquille.
Lundi, reçu Oncle Raymond à déjeuner, il s’est annoncé le matin par téléphone, mais j’avais ce qu’il me fallait et n’ai pas eu trop de peine ; j’avais entre autres de petites tartelettes feuilletées aux champignons et au fromage que Jacques a déclaré délicieuses. Mardi, mercredi et vendredi travaillé ici avec maman. Jeudi à La Roche, hier j’ai reçu Armande Brachet et Marguerite. J’ai terminé des réparations à trois robes des filles et commencé un petit costume au tricot pour Yves ; j’ai aussi à terminer mon fameux store, pour lequel il reste à faire une garniture de galons reliés par des barrettes, seulement je n’ai guère le temps pour cela, un moment seulement l’après-midi ! A trois heures et quart, il faut m’occuper des Pierre, les autres reviennent ensuite de classe, il faut faire apprendre et réciter les leçons, et à six heures j’ai à coucher mon petit bonhomme ; après dîner je n’ai le temps de rien faire….Les journées passent vite…
Entendu aujourd’hui la fin de la lettre pastorale sur le communisme, sujet un peu ardu…
Dimanche 21 mars
Je comptais avoir aujourd’hui quelques heures à moi… ce matin, je finissais de faire boire Pierre quand Georgette est arrivée, et j’ai passé beaucoup de temps à causer avec elle ! Dimanche dernier c’était Marie Barreteau ! Je crois que c’est une charité d’écouter leurs confidences et les conseiller au besoin ! J’ai juste eu le temps de déjeuner avant la messe de huit heures, au retour il a fallu baigner Pierre et le faire boire, ensuite cuisiner un quartier de cochon apporté hier, et je n’ai eu fini qu’une fois tout le monde à table. Après le déjeuner – ou plutôt entre le poulet et la compote – de nouveau le biberon de Pierre ; je me suis installée ensuite à lire les journaux… puis Charlotte est arrivée avec Pierrot et partie à quatre heures…
J’ai avance le galon de mon store, mais ne suis pas près d’avoir fini, le petit chandail d’Yves est aussi loin d’être terminé !… Jeudi, Maman et moi avons promené les enfants sur la route de la Genétouze et j’en ai profité pour monter chez Angèle Violeau qui relève d’une mauvaise grippe avec un peu de congestion pulmonaire, il faisait très beau et c’était une vraie joie que de marcher au soleil ! Vendredi, suis allée faire avec Jean une petite promenade. Hier après-midi chez Armande Brachet. Mardi, voyage à Nantes pour m’occuper des toilettes de printemps, que de jolies choses aux devantures !…
Aujourd’hui le printemps, et dimanche Pâques !
Dimanche 4 avril
Quinze jours sans pouvoir écrire, ce qui m’a fit deux semaine bien remplies….Reprenons en vitesse cette quinzaine…. Le mardi je suis allée à La Roche avec Marguerite, pour le dentiste, le coiffeur et les courses ; nous avons eu un temps affreux avec au retour des bourrasques de neige qui me gênaient pour conduire. Le jeudi saint nous avons fait avec les enfants la visite traditionnelle au Reposoir. Le vendredi matin j’ai bu aller à l’office avec Jean et Jacquie…. J’avais baigné Pierre dès six heures du matin pour y arriver. Le vendredi soir, nous avons été bouleversés d’apprendre la mort presque subite de Jeanne Boutelier, survenue très rapidement en quelques heures, par une hémorragie interne, conséquence d’une grossesse extra-utérine qui n’a pas été reconnue à temps ! Elle est partie à vingt-neuf ans, laissant trois petits enfants dont l’aînée a six ans, et le plus jeune, même pas quatre ans ! Quelle chose navrante !
Samedi matin les cloches ont déposé sur les fenêtres des œufs en chocolat pour les enfants – y compris Pierre – et nous avons eu la joie de voir courir les filles en chemise de nuit, tandis qu’Yves se trémoussait de joie dans son lit. Mère et Madeleine sont arrivées dans l’après-midi. Le dimanche de Pâques, j’ai pu assister à la première messe avec Jacques, Madeleine et les enfants, le soir, je suis allée avec Jacques faire une visite à Jeanne Boutelier. Lundi… Mère et Madeleine sont parties le soir. Mardi après-midi, nous avons eu l’enterrement de Jeanne Boutelier, j’avais été demandée pour porter un cordon, aussi j’ai dû assister également à la cérémonie à La Roche ; le tout a été très long, il y avait beaucoup de monde, et l’émotion aidant, j’étais bien lasse le soir ; le pauvre mari faisait peine à voir, quelle solitude maintenant pour lui !
Mercredi, il faisait un temps superbe… J’ai fait des courses le matin, et l’après midi, nous avons pris toute la famille Baron et nous sommes allés à la carrière ; Yves était avec nous, et trottait comme un petit lapin avec son grand ami Auguste ; là-bas, nous avons fait goûter les enfants, ils ont joué à cache-cache un moment, puis nous avons pris le chemin du retour et j’étais ici à six heures pour emmailloter Pierre. Jeudi, j’avais des visites à faire ; vendredi, nous sommes allés à Nantes, nous avions des courses et des essayages ; hier j’ai passé un moment chez Marguerite avec Armande Brachet. Aujourd’hui, nous avions Oncle Raymond à déjeuner, aussi j’ai eu bien à faire toute la matinée, maintenant les enfants viennent de goûter, j’ai des lettres à faire – que je ne ferai sans doute pas – des petits pâtés à la viande à confectionner pour le dîner, et je dois aller avec Jacques à Pont-de-Vie où Mme Gendreau vient de mourir….
Dimanche 11 avril
Bousculade habituelle du dimanche… dans u quart d’heure, il faudra m’occuper du biberon de petit Pierre … il me fait passer un temps considérable, il prend très lentement ses biberons, et le plus joli est qu’il ne veut les prendre qu’avec moi… dès que je m’absente il ne veut rien prendre avec Maman, ni avec Marie, à part cela, il est toujours superbe, frais et rose, avec une frimousse éveillée et souriante. Les autres sont bien portants, Yves est extrêmement amusant, il dîne avec nous depuis huit jours, et, dimanche les autres ne se tenaient pas de rire, tant il était drôle….. Mon store est presque fini, il faut une ou deux après-midi de travail… le costume d’Yves avance tout doucement, j’ai passé deux après-midi à finir la garniture du placard du cabinet de toilette des enfants, je l’ai tout tendu de cretonne à fleurs orange, et j’ai garni le bord des planches de petits volants froncés, l’ensemble est très joli et très frais ; j’ai passé aussi à ranger ma grande armoire à linge, j’aime beaucoup ranger dans un ordre impeccable les piles de draps, de nappes, de serviettes ; toutes ces blancheurs sont maintenant joliment alignées et font plaisir à voir….
Lundi, nous avons eu l’enterrement de Mme Gendreau de Pont-de-Vie, jeudi, expédition à la carrière avec toute la famille Baron, les enfants ont même pêché là-bas et ils étaient ravis. Vendredi, voyage à Nantes, j’avais pas mal de courses et d’essayages, et j’étais plutôt lasse quand j’ai regagné l’autobus, mais là-bas, j’ai passé une heure exquise avec le livre d’Anne Lindbergh « Le monde vue d’en haut » et cela a suffi pour me reposer. Hier après-midi avec Armande Brachet et Marguerite….
Dimanche 18 avril
Pierre vient de finir son biberon, Maman fait goûter Yves et Geneviève, Jean et Jacquie sont aux Vêpres avec leur Papa et Tante Canette, je me presse à écrire avant qu’ils ne reviennent… Dimanche dernier je suis arrivée à écrire deux lettres… ils faisait beau, les enfants étaient sortis, et j’avais la paix, Marie avait emmené à l’Hermière Jacquie sur sa petite bicyclette, et après les Vêpres, Jacques a emmené Jean et Geneviève les rejoindre, ils sont revenues ravis de leur promenade. Lundi, mardi et une partie de mercredi, j’ai dû rester au lit… j’ai profité de ce repos forcé pour travailler le plus possible, j’ai enfin terminé mon fameux filet, il y manque encore une frange, mais ce n’est pas grand-chose. J’ai avancé le costume d’Yves, fait des jours à deux petits draps… et une paire de chaussettes pour Yves, et il n’y en a qu’une de faite…
Lundi matin, Maman a reçu une lettre des Granger annonçant leur arrivée pour le soir, je me suis levée vers quatre heures de façon à pouvoir faire goûter les enfants et m’occuper de leurs leçons, tandis que Maman organisait sa maison pour ses occupants. Jeudi, journée assez reposante, les enfants ont déjeuné chez Maman… Vendredi suis allée un moment à la maison l’après-midi ; hier, voyage à Nantes par l’autobus, la voiture étant toujours en réparation, j’ai fini mes achats de la saison et suis allée voir Mme Houdbine que je n’avais pas vue depuis la mort de Jean, elle supporte sa douleur avec une résignation, une foi admirable ….
Dimanche 25 avril
Pour la première fois hier nous nous sommes aperçus du printemps, malgré le vent un peu frais, le soleil était bon… J’ai pu sortir mon poupon, et il a passé un grand moment dehors, il y est encore en ce moment, et pousse une belle petite colère en attendant son biberon. Depuis ce matin je n’ai pas eu une minute à moi… avec la toilette des enfants, le marché, la messe, précédée aujourd’hui de la procession de Saint-Marc, la matinée a été vite passée, Marie Barreteau est venue, et est restée un bon moment après déjeuner….
Reprenons brièvement la semaine… Mercredi je suis allée à Noirmoutiers avec jacques qui faisait là-bas une inspection, il nous a fallu partir de bonne heure pour passer le Gois à la marée du matin ; par extraordinaire il faisait beau… Pendant que Jacques était occupé, j’ai eu quelques heures de repos….j’ai lu, j’ai tricoté…. Nous avons ensuite tranquillement déjeuné tous deux, puis sommes allés nous promener au Bois de la Chaise…. Nous avons passé le Gois vers sept heures, au soleil couchant, et étions ici pour embrasser les enfants avant qu’ils s’endorment. Jeudi, je ne suis pas sortie, le marché, les lavages de tête, les essayages de robes d’été aux filles, le rangement de la lessive et quelques aiguillées de tricot m’ont pris toute ma journée…. Hier, reçu à dîner Oncle Raymond et François, ils ont couché ici et sont repartis ce matin. Demain, nous allons à Mortagne au mariage de Simone Renou ; jeudi, je voudrais bien aller à Nantes pour la réunion des Anciennes à Chavagnes….
Dimanche 2 mai
Le mois de mai a bien débuté, le temps est peut-être un peu froid, mais le ciel est bleu et le soleil chauffe… Jean vient de partir au catéchisme, les filles jouent dans la cour, Yves et Pierre dorment. Tout à l’heure il faudra apprêter Jacquie pour aller aux Vêpres, puis préparer les goûters pour partir le plus tôt possible à la bénédiction du Mois de Marie à la Millière….
Semaine bien vite passée…. Mardi, mariage de Simone Renou, nous avons eu beau temps et une très bonne journée, tout était réussi, un très joli cortège avec de belles toilettes, un déjeuner succulent, une après-midi très gaie ; vers huit soir, il y a eu une sorte de petit souper chaud au buffet et la réunion s’est prolongée, nous sommes partis vers onze heures et étions ici à une heure du matin, après un voyage merveilleux, le Mont des Alouettes, sous le clair de lune… Mardi et mercredi, j’avais un rhume de cerveau très gênant… Jeudi, j’ai tout de même pu réaliser mon projet de voyage à Nantes… je me suis donc décidée à prendre l’autobus qui passe aux Lucs vers neuf heures moins le quart, malheureusement, en montant en auto, je me suis aperçue que j’avais un trou dans mon bas et dans ma précipitation j’ai trouvé moyen d’en faire craquer deux autres paires, si bien que j’ai raté l’autobus ! Jacques m’a conduite à Legé où j’ai pu prendre un Citroën… je suis arrivée à Nantes qu’à onze heures, et je n’ai pas eu la réunion, je suis arrivée juste pour le déjeuner ! J’ai vu assez longuement André Jaffré…. Je suis restée ensuite un moment à la kermesse, puis suis allée voir Mère, et enfin, j’ai fait des courses jusqu’à l’heure de l’autobus….
Nous avons repris la chère habitude du Mois de Marie de chaque soir, j’ai dressé sur la cheminée du bureau un petit autel à la Sainte Vierge, il a des fleurs, des bougies ; nous récitons la prière, une dizaine de chapelet, nous chantons un cantique, les enfants sont contents !
Dimanche 9 mai
Mes dimanches ne m’appartiennent plus désormais, chaque heure apporte ses occupations et j’arrive au soir sans avoir rien fait de ce que je voulais faire. …Après la toilette des enfants, je suis allée au marché, j’ai baigné Pierre puis Georgette est venue et restée pendant que je rangeais le linge repassé la veille ; ensuite il m’a fallu habiller les filles et moi-même pour la grand-messe, au retour j’ai fait biberonner Pierre. Après le déjeuner, j’ai eu la réunion des Mères chrétiennes, la toilette des deux filles et d’Yves pour les envoyer aux Vêpres, puis le biberon de trois heures et demie, les enfants vont revenir des Vêpres, il faudra les faire goûter et les préparer pour les emmener au Mois de Marie de Montorgueil, et nous ne rentrerons que pour dîner.
Reprenons très brièvement la semaine. Lundi, Marie était malade…. Mercredi Jacquie faisait de l’embarras gastrique, j’ai dû la garder au lit. Jeudi matin, j’ai assisté à la première messe en l’honneur de l’Ascension… après les Vêpres, nous sommes allés au mos de Marie du Beignon, mais ayant un peu traîné au départ, nous sommes arrivés comme la cérémonie s’achevait. Pour consoler les enfants un peu déçus, nous avons décidé de revenir par Montorgueil…. Seulement nous avions la bicyclette de Jean, la voiture d’Yves et la voiture de marie Baron, aussi certains passages n’étaient pas très faciles, mais la chose n’en était que plus amusante… Samedi, voyage à Nantes avec Jacques, nous avons déjeuné à la Duchesse Anne avec Oncle Raymond, avons fait quelques courses et dîné avec Mère et Madeleine.
Dimanche 16 mai
E me suis levée ce matin à cinq heures et demie – je désirais assister à la première messe et communier, il me fallait auparavant changer petit Pierre et le faire boire. Tout en lui donnant son biberon, j’écoutais les cloches annonçant la messe, ce carillon de la Pentecôte, combien de fois j’ai-je entendu mais pas comme aujourd’hui…. J’étais jeune fille alors, j’étais libre, après le dîner, d’aller longuement me promener dans le jardin, rêver le long des allées, écouter le chant des cloches et jouir de la paix heureuse du soir. Hier, au contraire, aussitôt le dernier morceau de pomme distribué aux enfants, j’ai emmené ici toute le troupe pour un Mois de Marie assez mouvementé, grâce aux incartades d’Yves, puis je les ai fait monter pour la toilette du soir et le bain de Geneviève, il était plus de neuf heures quand le dernier a été bordé, et dix heures et demie, quand ma toilette faite, Pierre changé et repu, j’ai pu aller me reposer à mon tour ! Ces journées pleines, ces journées bourrées de travail, combien je les regretterai plus tard, lorsque les enfants devenus grands auront quitté le nid……
J’ai pu avoir par TSF la grand-messe de la Pentecôte à la cathédrale de Nantes…. tout en faisant les comptes de la semaine…et en confectionnant un pâté en croûte destiné à notre dîner dominical. Maintenant nous venons de déjeuner, Jean est au catéchisme, les trois autres jouent dans la cour, tout à l’heure nous irons au Mois de Marie à la Garnerie….
Lundi matin, j’ai eu une longue visite de Menine et de Françoise, ce qui n’a pas avancé mon ouvrage, et ce qui m’a encore moins avancée, c’est que je me suis laissée entraîner à faire une promenade avec elle, l’après-midi ; voilà une chose qui ne m’était pas arrivée depuis des années, de me promener dans voiture à pousser ou sans enfants à traîner par la main ; nous avons fait la promenade classique par le Beignon et Montorgueil, il faisait délicieusement bon… nous avons flâné et nous sommes rentrées qu’un peu avant six heures…. Mercredi, j’ai passé le plus possible de temps à la radio, afin d’écouter les cérémonies du couronnement du roi d’Angleterre, malheureusement j’étais souvent obligée d’aller à mes occupations, cependant j’ai eu un ensemble assez complet de la cérémonie. Le matin, reportage de l’arrivée à Westminster, avec les divers cortèges se succédant, puis la cérémonie su Sacre dont toutes les explications, ce qui est regrettable, n’étaient données qu’en anglais ; ensuite, l’après-midi, un reportage extrêmement intéressant, très vivant du cortège ramenant les souverains à Buckingham Palace, cortège auquel prenaient part les délégations des Dominions, les clameurs poussées par la foule étaient formidables ; en fermant les yeux, on pouvait imaginer ce merveilleux défilé, sous la pluie qui n’éteignait pas l’enthousiasme des spectateurs….
Demain nous allons déjeuner chez Charlotte en l’honneur de la Communion Solennelle de Pierrot….
Dimanche 30 mai
Quinze jours sans rien écrire et quinze jours bien occupés, les dimanches, en particulier, regorgent de travail…
J’ai eu une première semaine sans grands événements, les grands ont eu trois jours de vacances pendant la retraite de la première Communion et Jean en a profité pour faire une indisposition de deux jours, crise de croissance je suppose. Le dimanche, cérémonie de la Première Communion, les offices ont pris beaucoup de temps, la grand-messe le matin, la procession l’après-midi, une visite chez M. Baron le soir, si bien que je n’ai pu rien faire. Petit Pierre avait pleuré ce jour-là plus que d’habitude… je ne me suis pas inquiétée ; le lendemain il a fait encore quelques bonnes colères… dans la nuit de lundi à mardi j’ai pensé qu’il pouvait y avoir autre chose ; effectivement le matin il avait 39°, j’ai fait venir le docteur qui a trouvé que de l’embarras gastrique, mais le pauvre petit avait la voix toute éraillée, me lendemain, après une nuit meilleure, il avait encore 40°2, le lendemain matin°3, j’étais inquiète malgré les affirmations du docteur… Le vendredi matin, il faisait encore 39°6, cependant il était clame et paraissait mieux… le soir 37°2… depuis tout à l’air de s’arranger, mais il faisait encore 38°5 ce matin, de plus il fait une chaleur infernale, et le pauvre petit souffre comme nous tous. J’attends le docteur cet après-midi.
Ce matin, procession de la Fête-Dieu, il faisait un soleil splendide, mais combien brûlant ! Jacques tenait un cordon du dais, Jean escortant le Saint-Sacrement avec une lanterne, Jacquie était en blanc dans les rangs de l’école, et Geneviève tenait un de ces fameux cordons de Mlle Violeau ; j’ai fait la plus grande partie de la procession avec Yves par la main, mais le pauvre petit ne demandait qu’à rentrer, après le dernier reposoir, pour manger sa tranche de jambon et se coucher…..
Dimanche 6 juin
Voilà la journée presque terminée, et je n’aurai pas encore le temps de faire grand-chose, il est cinq heures et demie, Maman a emmené chez elle les quatre grands, si bien que j’ai la paix….
Après déjeuner, il y a eu une cérémonie au Monuments aux Morts pour le remise d’un fanion au groupe nouvellement formé de la « Relève », Jean portait une gerbe en tête du cortège, il y a eu quelques discours, et surtout fut évoqué le souvenir de tous nos morts tombés au champ d’honneur – Dieu fasse que pareille chose ne se reproduise pas !…
Semaine meilleure que la précédente, mais Pierre n’est pas parfaitement rétabli… cependant il est gai et dort bien… Mardi, voyage à Nantes avec les Mignen, journée fatigante, quoique le chaleur ait été moins accablante. Mercredi après-midi chez Marguerite. Jeudi, sommes allés aux Brouzils remercier le Père Monnereau d’avoir guéri notre petit Yves et faire visite à notre ancien curé. Vendredi, j’ai fait des conserves de petits pois…..
Dimanche 13 juin
Quelques minutes de répit, Jean et les deux filles sont aux Vêpres avec leur Papa, Maman vient de changer petit Pierre, le fait boire, mais Yves ne va pas tarder à se réveiller…. Je reprends un peu les faits de la semaine, Lundi, Jacques, Jean et moi sommes allés à Richelieu pour y faire inscrire le futur pensionnaire, je n’ai pu visiter l’établissement, seulement le jardin et les dépendances, mais nous avons longuement causé avec le Supérieur, quel crève-cœur ce sera lorsqu’il faudra rentrer mon grand garçon. Mardi fait de la confiture de fraises, mercredi des conserves de petits pois…. Jeudi nous sommes allés à Nantes, Mère et Madeleine qui ont dû partir pour Vichy, avaient demandé d’amener les enfants, nous nous sommes rendus là-bas vers le fin de la matinée, avons déjeuné avec Michel, fait quelques courses dans l’après-midi et sommes rentrés après dîner avec quatre mioches qui n’avaient pas envie de dormir. Vendredi, reçu, marguerite, Armande était souffrante et n’avait pu venir, de plus nous avions les peintres à la maison…
Petit Pierre paraît maintenant à peu près bien, quoiqu’il n’ait guère progressé cette semaine, mais il prend beaucoup de force, soulève seul sa petite tête et agite les bras dès qu’on s’approche de lui avec un sourire ravissant….
Dimanche 20 juin
Petit Pierre a cinq mois aujourd’hui, il est beau, sage et mignon, il a repris à progresser et prend bien ses biberons, pour le moment, il dort dans la cour, mais il n’est jamais plus heureux que lorsqu’il peut sortir ses petites patoches et arracher ses chaussons, alors il agite triomphalement un peton nu….Je me presse….nous avons un déjeuner en l’honneur du petit Pierre …
Semaine bien vite passée, mardi, Lucienne était malade et j’ai eu bien à faire, mercredi soir, une visite de M. le Curé, jeudi avons passé l’après-midi à Rocheservière, les enfants sont allées en bateau, pour leur plus grande joie. Vendredi, je suis allée chez Armande Brachet avec Yves et Geneviève, et hier, passé toute mon après-midi à La Roche pour faire des courses….
Dimanche 27 juin
Depuis une demi-heure le temps s’assombrit et je crains que nous ayons de l’orage ; je voudrais pourtant emmener petit Pierre à l’église pour le faire évangiler, pieuse coutume à laquelle j’ai tenu à me conformer pour mes quatre aînés, et les frères et sœurs ne seront pas moins ravis d’amener à l’église ce petit frère, qui, depuis son retour de la clinique, n’a ps encore franchi le portail….
Lundi, j’ai envoyé les enfants déjeuner chez Maman, et j’ai déjeuné en vitesse pour me rendre au certificat d’étude pour l’examen de l’ouvrage manuel, j’ai passé là-bas tout l’après-midi et en attendant les résultats parlé longuement avec Andrée Boyer et Armande Brachet sur un sujet brûlant et malheureusement d’actualité. Comme il était prévu, Auguste Baron a été reçu premier, à notre grande satisfaction à tous. Mardi, voyage à La Roche, séance chez le coiffeur et quelques courses. Mercredi, j’ai passé ma journée en préparatifs pour le lendemain : rangements, installation de mon fameux filet dans la salle à manger où il fait vraiment bien et de quatre stores de voile uni dans le salon. Les Granger, arrivés du matin, sont venus aussi un bon moment. Jeudi matin, j’ai été bien occupée, quoique nous ayons été moins nombreux que je n’avais pensé au début. Charlotte étant souffrante, je n’avais pu avoir les Gourraud, quant aux Lucas, impossible de les inviter malheureusement ! Tout était réussi, le couvert joli, la cuisine très bonne et le service correct ; les Granger et Maman son restés dîner… Vendredi, j’ai eu encore à faire avec l’argenterie à vérifier et à ranger, les Granger nous ont quittés vers quatre heures. Hier fait de la gelée de castilles et framboises et voilà la semaine passée…
Dimanche 4 Juillet
Dans quinze jours nous serons sur le point de partir aux Sables… En attenant Mère et Madeleine arrivent demain soir, j’ai des confitures à faire, des tricots sans nombre…
Lundi, ne suis pas sortie que pour un moment chez Marguerite l’après-midi, mardi, voyage à Nantes, essayages et courses, mercredi travaillé ici, jeudi, j’ai décidé jacques d’aller à Saint-Laurent, voyage remis depuis presque deux ans ! Nous avons eu un après-midi superbe. Joseph Baron nous a fait visiter le collège, au bord de la Sèvre, nous avons vu aussi l’église paroissiale, avec le tombeau du père de Montfort, mais n’avons pu visiter la chapelle de la Sagesse. Nous sommes revenus par Torfou et Tiffauges, nous avions pris le matin la route des Epesses qui est également ravissante et étions ici à huit heures….
Dimanche 25 juillet
Je n’ai que quelques minutes devant moi et pourtant je voudrais commencer à raconter ici mes souvenirs de ces trois semaines….Mère et Madeleine ont passé à la maison une dizaine de jours, et je ne les ai guère vue, occupée que j’étais par les confitures, les conserves, et aussi par les enfants qui ne me laissent guère de répit. Le samedi 10 juillet, les enfants sont entrés à la maison, chargés de livres et de cahiers ; Jean n’a guère manifesté de peine en quittant la Jamonière, ou pourtant il a passé quatre ans ! les enfants ne réalisent pas certaines choses, c’était moi qui était la plus émue, et il m’est dur de penser que je ne verrai jamais plus le petit écolier partir, sac au dos, dans les matins gris d’hiver….. c’est encore une chose qui finit et c’est le début de l’émancipation de notre grand garçon. Le dimanche nous avons assité aux deux cérémonies de prix, Jean avait un petit rôle dans une pièce et il était ravi, les deux filles débitaient quelque chose dans des compliments, enfin tous étaient heureux ! Le lendemain, nous avions toutes les familles Dugast, Renou et leurs enfants à déjeuner, nous étions vingt deux, j’avis une cuisinière dont j’ignorais la capacité, et j’étais inquiète, enfin tout a été réussi et nous avons passé une bonne journée, un peu fatigante peut-être ; Armand, Suzanne et Michel sont restés dîner, le lendemain il a fallu tout remettre en place… il m’a fallu ensuite la fin de la semaine pour réorganiser la maison ; Madeleine est partie le mercredi soir ; le vendredi Jacques,Jean et moi sommes allés à Nantes pour achats et avons emmené Mère, le samedi, Maman est partie aux Sables, le dimanche soir nous sommes allés conduire Jean, Geneviève et Yves, Jacquie étant punie, restait quelques jours avec nous au Poiré…. Le lundi, j’ai eu à terminer des petites robes aux filles, le mardi, j’ai eu des visites à faire, le mercredi, j’ai passé mon après-midi à La Roche, si bien que jeudi nous n’avons pu partir avant sept heures, ayant embarqué le frigidaire et un nombre respectable de colis, ceci sous les yeux de la famille Baron. Maintenant notre vie est à peu près réorganisée, plus remplie pour moi que les autres années, et il me faut renoncer à bien des petites choses qui étaient pour moi un repos et une détente, plus de stations sur la plage le matin, plus de temps le soir, pour lire… je sors un peu les trois grands après de dîner, puis il me faut m’occuper de Pierre, tous mes petis chéris m’absorbent forcément de plus en plus. L’ai des montagnes de tricots à faire et n’ai fait jusqu’ici que quelques aiguillées…..
Dimanche 1er août
Je ne sors pas ce matin, petit Pierre est fiévreux….
Notre séjour ici se poursuit comme d’habitude… Ici nous sommes forcément les uns sur les autres et cela m’est pénible… Encore autre chose, ici, nous sommes plusieurs personnes à donner des ordres, cela ne vaut rien et pour les enfants et pour le personnel, surtout quand ces ordres se trouvent contradictoires, ou à peu près ! Il y a souvent des choses qui me déplaisent, des moments où je ne sais quel parti prendre. Hier soir, j’étais bien lasse et découragée…. Je sors les enfants chaque soir après dîner, cela nous fait du bien à tous de marcher un peu, mais en rentrant ils lambinent à qui mieux mieux, et je ne suis jamais couchée avant onze heures, et chaque matin il me faut être levée à six heures et demie. J’ai quelques bonnes heures sur la plage, à tricoter en regardant la mer, mais trois fois par semaine il me faut aller au marché, et ces jours-là il m’est impossible de sortir ensuite….
Dimanche 8
Je n’ai pas le courage d’écrire aujourd’hui, Pierre a été souffrant toute la semaine, il a fait d’abord de l’embarras gastrique, puis une poussée de furonculose….tout cela le fait bien souffrir…. Il se réveille vers trois ou quatre heures, deux heures et demie ce matin, et ensuite impossible de le faire dormir, si bien que je ne tiens plus debout….
Le Poiré dimanche 29 août
Tant et tant de jours… de semaines sans rien écrire !…J’ai tant de choses à raconter que je ne sais plus très bien où j’en suis, ni par où commencer.
D’abord aux Sables, toute une semaine d’inquiétude pour moi et de souffrance pour mon petit Pierre… la semaine suivante a été meilleure, mais pour éviter toute poussée de nouveaux boutons, le docteur m’a fait trois prises de sang et a injecté ce sang à mon petit bonhomme, il paraît qu’on obtient ainsi des cures merveilleuses ! En tous cas le petit chéri n’ rien eu depuis et c’est le principal. …Jean Granger est venu du mardi au samedi, Jacques est revenu le mercredi, Maman recevant ce jour-là Françoise et son mari à déjeuner, puis il est revenu le samedi pour nous chercher Jean et moi pour notre voyage à Lourdes ! depuis le temps que nous en parlions de ce pèlerinage ! Nous avions toujours projeté d’y amener Jean avant sa rentrée au collège, afin de le mettre sous la protection de la Sainte Vierge….
Nous sommes donc partis des Sables le samedi soir après dîner et sommes venus coucher ici ; le dimanche matin, j’ai terminé les préparatifs de départ, nous avons bouclé la maison et pris le train à La Roche à midi et demie. Nous étions à Bordeaux, dès quatre heures et demie, ce qui nous a permis de nous reposer et de visiter la ville ; le lundi matin, fait une longue visite à Anne, et l’après-midi pris notre train vers quatre heures et demie, après avoir visité la cathédrale… nous étions à Lourdes à neuf heures, après avoir salué au passage la grotte toute scintillante de cierges. Une bonne nuit nous a remis d’aplomb et nous sommes allés au plus tôt visiter la grotte, la basilique, le Rosaire et prendre contact avec le pèlerinage vendéen, en nous munissant de nos insignes ? A dix heures et demie, rendez-vous au Monument Interallié, tous les vendéens, leur Evêque en tête, se sont rendus à la grotte au chant des cantiques, cette procession était superbe, beaucoup d’hommes, beaucoup d’entrain. L’après-midi, procession du Saint Sacrement, Jacques y prenait part ; Jean et moi sommes allés de bonne heure prendre des places à l’ombre, cérémonie splendide encore une fois, plusieurs pèlerinages y prenaient part, mais las Vendéens étaient les plus nombreux, Monseigneur portait le Saint Sacrement, bénissant tous les malades rangés de chaque côté de l’esplanade…. En sortant nous avons visité le musée… Le soir je me suis reposée pendant que Jean et Jacques sortaient un peu, mais dès six heures le lendemain matin, nous étions à la grotte pour la messe de communion des Vendéens… le soir visite aux grottes de Bétharram que nous voulions montrer à Jean. Le jeudi avons fait l’excursion classique de Cotterets, Gavarnie, nous sommes allés comme d’habitude au pont de neige, Jean était content et moi enchantée…. Vendredi matin, messe matinale à la grotte puis nous avons fait un chemin de croix et avons déjeuné de bonne heure pour les adieux du pèlerinage de Vendée à midi…. Après dîner, avons assisté au départ de la procession aux flambeaux…. Samedi matin à 8 heures et demie, avons quitté Lourdes, nous comptions être à Bordeaux vers midi pour prendre vers midi et demie l’expresse de Saint-Malo, mais le train qui avait déjà du retard a perdu du temps à Dax si bien que nous sommes arrivés à Bordeaux alors que notre tain était parti depuis une demie heure….il a fallu attendre jusqu’à trois heures et demie avant de quitter Bordeaux, changer de train à Saintes, changer encore et attendre à La Rochelle, enfin là nous avons pris une autre automotrice qui nous a mis à neuf heures à La Roche, voyage mouvementé !… Jean et moi sommes réinstallés aux Sables, nous avons trouvé tous ici en bonne santé, Pierre surtout est superbe, il a pris beaucoup de poids et atteint presque ses seize livres, mais déjà, il faut songer au départ
Dimanche 5 septembre
Rien de bien nouveau, la semaine s’est écoulée très calme, remplie seulement des occupations habituelles…. Je donne le premier biberon de Pierre à sic heures et demie, puis je me recouche un peu ; ensuite c’est le lever et la toilette des enfants, leurs déjeuners, les biberons à préparer, puis le bain de petit Pierre, une fois tout en ordre, trois fois par semaine je pars au marché ; les autres jours il m’arrive de passer une heure à la plage, mais le plus souvent il me faut rester ici pour écrire, laver les lainages ou faire un peu de couture urgente. Après déjeuner, j’ai la bouillie de Pierre à préparer, les goûters pour emporter à la plage, les devoirs de vacances de Jacquie à surveiller, puis c’est le biberon de Pierre ; ensuite aller à la plage jusqu’à six heures où il me faut rentrer pour emmailloter Pierre et lui donner son biberon. Après dîner Jacqueline et moi sortons avec les trois grands, pendant que Maman couche Yves, une fois tous couchés, j’ai un biberon à donner à Pierre, si bien que je ne suis guère couchée avant onze heures….J’ai fini avant de partir pour Lourdes une blouse jaune dont je suis bien contente, j’ai fait deux paires de chaussettes pour Jean et j’ai en train actuellement un napperon pour la kermesse qui doit avoir lieu à la fin du mois, et un petit paletot de bébé… Nous partons sans doute à la fin de la semaine et irons à Thouars avec les trois grands passer deux ou trois jours pendant que les petits restent ici avec Maman
Dimanche 19 septembre
Mes journées sont de plus en plus remplies… c’est à peine si j’arrive à rappeler ici, les souvenirs de cette dernière quinzaine… D’abord notre dernière semaine aux Sables, elle n’ pas été des plus agréables, il faisait froid, la mer était grosse, nous étions heureux de nous réfugier sous les tentes. Rien de marquant en ces quelques jours ; les Granger sont partis le samedi après-midi et nous après dîner, avec Jean, Jacquie et Geneviève, laissant les deux petits sous la garde de grand-mère. Nous étions ici vers dix heures, et avons mis tout le monde au lit. Le lendemain matin, je suis allée avec les enfants à la messe de neuf heures, puis je me suis mise à l’ouvrage, il fallait défaire la plus grande partie des bagages pour partir à Thouars… sommes partis vers deux heures, nous étions à Thouars vers quatre heures et demie, j’ai fait goûter les enfants, puis nous sommes allés jusqu’au château avant dîner. Lundi matin avons fait avec Armand un tour vers les remparts, et l’après-midi, avec Suzanne, une promenade en auto très intéressante, nous avons vu …des églises…., il a plu pendant toute la promenade. Mardi, nous sommes partis de Thouars après déjeuner….Nous étions ici vers 5 heures et demie. Je me suis mise aussitôt à ranger, j’ai continué toute la journée de mercredi, puis vers cinq heures nous sommes partis aux Sables chercher Yves et Pierre, nous étions de retour vers 8 heures. Jeudi j’ai rangé toute la journée. Vendredi, voyage à Nantes avec Jean et Yves, nous avons passé l’après-midi en emplettes et avons laissé Jean là-bas pour quelques jours….Aujourd’hui les offices habituels, je dois ce soir emmener les enfants voir Marie Barreteau et son dernier poupon dont Jacques est le parrain. Jeudi nous devons aller chercher Jean à Nantes….
Les enfants vont bien, Pierre a fait de grands progrès en quelques jours, il se tient maintenant debout et on le sent très ferme, il est facile et bien mignon. Jacquie et Geneviève ont repris vendredi le chemin de l’école.
Dimanche 3 octobre
Tant et tant de choses à raconter… voici quinze jours que je n’ai pu venir ici faute de temps, j’ai eu des journées vraiment très chargées : la kermesse et aussi la rentrée de Jean, m’ont donné beaucoup de travail… Ma première semaine a été bien remplie, j’ai terminé mes ouvrages pour la kermesse et les chaussettes de Jean, nous sommes allés à Nantes le jeudi avec les deux filles pour chercher le grand frère et sommes revenus après dîner ; vendredi, je suis allées deux fois à La Roche, une première fois le matin chez le dentiste, une seconde fois l’après-midi à Richelieu, l’économe nous a fait visiter tout l’établissement et sommes restés assez longuement à voit toutes choses. Samedi, je suis allée un moment sur le terrain de la kermesse, il faisait un temps superbe…Dimanche matin, temps merveilleux, je suis allée y faire un tour pour voir toutes les choses qui s’organisent, et je suis retournée aussitôt déjeuner prendre ma place de vendeuse, il y avait beaucoup de monde, à notre comptoir tout a été enlevé, puisque nous avons manqué de gâteaux et de glaces ; nous sommes rentrés ici vers sept heures et sortis de nouveau aussitôt dîner pour assister à une représentation des Cosaques Difgnites (?), que nous avions vu il y a quelques années à La Roche ; les enfants étaient enthousiasmés ! Lundi, j’ai passé toute mon après-midi à faire faire à Jean ses visites d’adieux ; mardi matin, il a fallu faire les derniers préparatifs ! J’avais le cœur affreusement serré ; Armande Brachet est venue quelques minutes avec Odile ; elle aussi avait le cœur serré à cause de la rentrée toute proche !nous sommes partis pour La Roche vers deux heures et demie et sommes allés au collège, là, nous avons procédé à la petite installation de Jean, j’ai pu voir sa place au réfectoire, en classe ; nous sommes montés au dortoir, avons installé sur son lit sa chemise de nuit et ses vêtements pour le lendemain ; nous avons pu parler à un professeur, et tout cela a un peu adouci l’amertume de la séparation…. Vers six heures il a fallu rentrer le collégien …lui étant bien courageux, il nous a embrassé et il est partie en compagnie du petit Gendreau de Pont-de-Vie retrouver ses camarades. Depuis nous n’avons pas eu de nouvelles, mais nous comptons aller tout à l’heure à la Kermesse de La Roche, les élèves de Richelieu y seront, et nous pourrons voir le garçon un moment. J’ai tellement hâte de l’embrasser et de voir s’il est bien habitué ! C’es tel vide à la maison que de ne plus l’avoir, et je suis toujours à guetter son arrivée, quand ‘ai entendu sonner la cloche de la Jamonière, heureusement que les autres ont là et ne laissent guère le temps de penser !… Jeudi, nous avons passé une partie de l’après-midi chez Maman, un moment chez Armande Brachet ! Aujourd’hui, changement d’heure, ce qui amène pour un jour quelque perturbation dans les habitudes, j’en ai profité pour mettre à cinq biberons par jour, j’espère que tout marchera bien ; Yves ne dormira plus l’après-midi et se couchera vers six heures et demie. Pierre est bien amusant, il se tient debout sur ses petites jambes, il est gai et drôle au possible, huit mois et demie déjà !
Dimanche 17
Quelques instants seulement devant moi pour rappeler ici les souvenirs de quinze jours… Jacquie, Geneviève et Yves jouent peut-être un peu bruyamment, mais petit Pierre est souffrant, fatigué, je suppose, par son vaccin… les autres vont bien, les filles vont en classe régulièrement, mais me donnent bien du fil à retordre par leur manque d’obéissance, quant à Jean, c’est un garçon heureux, il se dit tout à fait habitué à Richelieu et rentre sans larmes ! Nous sommes allés le voir il y a quinze jours à la kermesse de La Roche, et avons pu le garder jusqu’à cinq heures, le jeudi suivant, nous l’avons fait sortir, Jacques est allé le chercher le matin, et je l’ai reconduit le soir, il a déjeuné de bonne appétit et il est reparti gaiement…. Reçu le vendredi Armande Brachet et Marguerite, Mère et Madeleine sont arrivées le même soir, et ont passé avec nous le samedi et le dimanche… Lundi je suis allée à Nantes avec Geneviève et Maman…. Le mercredi je suis allée à La Roche avec Jacques et j’ai vu Jean quelques minutes ; Jeudi reçu Marthe Régnauld, j’avais un déjeuner très simple, mais réussi en tous points ; vendredi fait 22 pots de gelée de pommes et de coings, hier je les ai couverts et voici ma semaine terminée ! J’ai de l’ouvrage par-dessus la tête… j’ai terminé une serviette de table pour les enfants, une combinaison pour moi, mais j’ai à faire d’autres serviettes et une quantité de tricots pressés….
Appris vendredi la mort du père Faussier, j’en ai été bouleversée ! il n’y a encore aucun détail…
Dimanche 24
Je pensais avoir aujourd’hui une partie de l’après-midi à peu près tranquille, et voici le premier moment de liberté de la journée, je viens de coucher les filles, les petits frères dorment déjà depuis un bon moment…je suis allée aux Vêpres avec Yves, c’était la fête de la Sainte Enfance et il ne fallait pas rater pareille cérémonie, les deux filles processionnaient avec l’école et elles étaient ravies. En rentrant ici, j’ai trouvé Françoise, puis Tante Abel et Marguerite sont arrivées, puis toutes sont parties assez tard puisqu’il était plus de six heures …préparer la toilette de nuit de Pierre.
Reprenons un peu la semaine, dimanche soir nous sommes allés a Legé voir Marie Maie Mériau qui nous a fait bien de la peine, tant elle paraissait mal, nous sommes rentrés ici à six heures pour faire dîner Yves, petit Pierre était fatigué, grognon, je pensais bien que c’était l’effet de son vaccin, mais pour plus de sûreté, j’ai fait venir le lendemain le docteur, qui m’a d’ailleurs pleinement rassurée, le petit chéri a mis trois dents depuis… je l’ai laissé au lit lundi et mardi et mercredi… je l’ai descendu ici en le couvrant bien…..Jeudi grand événement, Jacques m’a autorisée à aller avec Maman et les enfants en auto à condition toutefois que je laisse la voiture à Pont-Rouseau, nous sommes donc partis un peu avant huit heures et étions au garage vers neuf heures ; le tram de Vannes part justement de Pont-Rousseau, ce qui nous était vraiment commode, nous avons donc fait nos courses facilement et sommes partis de là-bas un peu après quatre heures et demie pour être ici à six heures. Vendredi, Oncle Raymond est venue déjeuner, j’avais un pudding de poisson et un cake bien réussis…
Bonnes nouvelles de Jean mardi… il est gai, bien portant, mais les notes n’étaient absolument pas bien merveilleuses ! enfin, nous allons l’avoir d’ici quelques jours pour les vacances de la Toussaint. Les deux filles ont bien, mais il paraît que Jacquie ne brille pas par l’amour du travail, ni Geneviève (qui va cependant savoir lire) par la sagesse ! Yves est bien mignon, un peu capricieux quelquefois, mais il faut lui tenir tête ! Mercredi, sixième anniversaire de la mort de Papa, nous sommes allés à la croix….à la Buzenière et à la Blédière où Yves a vu des moutons qu’il a pris pour des vaches, puis pour des chameaux ! Lundi soir, après son bain, il disait qu’il était un petit poisson, en l’embrassant, je luis ai dit « bonsoir poisson » il a réfléci une minute puis m’a dit avec un regard de malice « Bonsoir, la mère poisson ».
Quant à moi, pas beaucoup avancé mon ouvrage… j’ai commencé un chandail pour Jacques et aimerais bien pouvoir lui offrir pour Noël….
Dimanche 31 octobre
Encore un dimanche passé… Jacques est aux Vêpres avec trois des enfants, Geneviève seule est restée, elle avait la figure un peu enflée, aussi j’ai fait venir le docteur, craignant que ce soit les oreillons, il paraît que ce n’est rien. Nous allons partir tout à l’heure pour Palluau, fire une visite au cimetière et demain nous allons passer la journée à nantes, afin de voir Mère et Madeleine qui ne peuvent venir. Jean est ici depuis vendredi soir, je crois qu’il a grandi mais il a une mine superbe et un appétit convenable, il est très gai et paraît heureux et habitué, la rentrée est pour mercredi soir, en attendant, je crois qu’il a été heureux de retrouver sa petite chambre, les menus habituels et l’atmosphère de la maison, heureux aussi de retrouver petit Pierre qu’il a trouvé bien changé.
Reprenons un peu les faits de la semaine… Mardi après-midi chez Armande Brachet, je suis rentrée de bonne heure, Pierre étant enrhumé avait besoin d’une compresse de moutarde, il faisait un temps affreux, et, au retour, à la clarté de la lampe électrique, Geneviève était obligée de me tenir par mon manteau, pour ne pas me perdre dans la traversée du jardin… Jeudi, je suis allée à Nantes avec les deux filles et Marguerite, le voyage s’est bien passé, mais la pluie à commencé à tomber des trois heures et nous avons eu pendant tout le retour, le nuit qui est venue très vite et la fin du trajet n’a pas été précisément un plaisir ! Vendredi, fait des conserves de marmelade de pommes, hier terminé un paletot à Yves et tricoté une cravate pour Geneviève, après avoir fait une promenade avec mes deux grands garçons.
…Nous sommes allés tantôt à Palluau et avons trouvé au retour Pierre et Geneviève qui nous attendaient, j’avais des gâteaux et nous avons goûté ensemble, ils sont repartis vers six heures. Assisté mardi à un service pour le repos de l’âme du Père Paul Faussier, emporté en quelques jours par un abcès qui s’est infecté… Le chanoine Vrignon a dit un mot très émouvant, j’étais bouleversée et il me semblait revoir partout le Père Paul, que j’avais connu depuis les bancs du Catéchisme et revu bien des fois l’année dernière !…
Que dire encore ? quelques soirées bien tranquille avec un tricot, lu le second volume des mémoires de la Reine Marie de Roumanie, très intéressant, malgré quelques préjugés d’étrangère et de protestante.
Dimanche 7 novembre
Jacques vient de partir aux Vêpres avec les enfants, Pierre dort… Semaine encore une fois vite passée… Lundi matin assisté à la première messe ainsi qu’à chaque matin de Toussaint….Jacques a emmené Jean et Jacquie à une communion, puis à la messe de huit heures, nous avons fait ensuit les traditionnels bouquets de dahlias et de chrysanthèmes et en partant pour Nantes, sommes passés les déposer au cimetière, nous avons prié et fait prier les enfants sur tous ces chères tombes, sur celles de ceux que nous avons connus. Jean ne maque jamais de s’arrêter sur la tombe d’Elisa, et suivant la promesse, nous sommes allés sur celles des parents d’Anne où nous avons eu un souvenir pour le père Faussier. De là, nous avons filé à Rocheservière, où nous nous sommes arrêtés quelques instants puis sommes arrivés à Nantes pour le déjeuner. Dans l’après-midi nous nous sommes rendus dans les deux cimetières, sur la tombe de l’Oncle Alexis, et sur la Tombe de Tante Marie-Angèle…. Nous sommes rentrés à Monselet pour goûter, mais n’avons pas tardé ensuite, nous sommes passés à la Duchesse Anne pour voir Oncle Raymond, ainsi que Tante Denise et Caty, qui étaient à Nantes depuis la veille et sommes arrivés ici pour dîner. Mardi matin… ai emmené Jean et Jacquie à l’office des morts, la procession au cimetière a pu avoir lieu malgré le temps douteux. Après déjeuner, nous sommes allés tous les trois jusqu’à la carrière de Pont de Vie, sous le ciel nuageux… Le soir Jacques nous a fait une séance de cinéma et les enfants comme toujours riaient à gorge déployée de se voir sur l’écran, il y a d’ailleurs quelques films assez réussis et bien drôles. Le lendemain après déjeuner, Maman et moi sommes sorties avec les deux garçons, et le soir je suis allée jusqu’à La Roche rentrer Jean. Ces vacances ont été bien vite passées…
Terminé enfin le chandail que j’avais en chantier, ainsi que la paire de chaussettes de classe destinées à Jacquie, j’en ai commencé immédiatement une autre en beige clair destinée à suppléer les chaussettes blanches qui sont d’un gros entretien, j’en aurais à faire aussi pour Geneviève, ainsi que des petits gants, et des brassières pour Pierre, toutes les siennes étant trop petites. Le petit chéri a bien profité cette semaine, il passe maintenant de grands moments dans son parc, où il se tient très bien, il est tout à fait drôle et mignon, les autres vont bien, quoique Geneviève tousse encore un peu ; Yves est lui aussi bien amusant !
Dimanche 14 novembre
Semaine un peu remplie…. Mercredi, les Granger sont arrivés, je suis allé passr un moment avec eux chez Maman aussitôt leur arrivée, puis tous deux sont venus le soir, malheureusement je n’ai qu’un goût modéré pour les visites de cinq à sept, il y a trop à faire en ce moment, la page à faire lire à Geneviève, les leçons de Jacquie puis à partir de six heures le coucher de petit Pierre ! Jeudi matin, nous sommes allés chercher Jean pour déjeuner, il était content de voir son oncle et sa tante, après déjeuner, nous sommes sortis un moment, mais l’heure de la rentrée a été vite venue. Oncle Raymond, Tante Denise et Caty sont arrivés juste comme on embarquait le collégien, le soir, tous ont dîné ici… Vendredi, nous avons été seuls ici, maman recevant tous les invités ; Tante Denise, Caty et Jacqueline sont venus vers cinq heures, j’étais comme toujours occupée aux leçons de Jacquie, par bonheur le docteur et Mme Lucas sont arrivés, j’ai pu, Dieu merci, faire venir Marie et lui confier le soin de l’écolière. Samedi Jean et Jacqueline étant sur leur départ, les Raymond ont déjeuné ici, aussitôt après nous sommes allés visiter la maison de Clémenceau que je voyais pour la troisième fois, il faisait un peu froid, mais très beau….Nous étions seuls comme touristes et avons pu avoir de Brébant toutes les explications désirées. Nous sommes repartis par Les Sables, le soleil se couchait sur le remblai…. Dimanche, suis allée à la grand’messe avec Jacquie, Geneviève achevant un petit rhume et il faisait froid, Maman a déjeuné avec nous tandis que Jacques et Oncle Raymond banquetaient avec les anciens combattants, après déjeuner, visite de Marguerite. A quatre heures nous sommes allés à La Roche conduire Oncle Raymond, puis avons filé à Richelieu où nous avons vu Jean quelques minutes… Tante Denise et Caty partent demain matin.
Dimanche 21 novembre
Une fois de plus nous avons des malades à la maison. Geneviève a eu vers la Toussaint un assez fort gonflement du haut du cou… je ne m’en suis pas inquiétée, d’ailleurs la malade n’avait pas de fièvre…. Mardi, Jacquie était enflée à son tour, je l’ai gardée à la maison sans m’inquiéter davantage… Yves est tombé malade à son tour, plus sérieusement que ses sœurs… J’ai demandé le docteur qui m’a dit qu’il prévoyait les oreillons… Le docteur est revenu ce matin, la maladie n’est pas encore franchement déclarée, cependant le petit souffre ; quant à moi, je suis prise à mon tour… et petit Pierre va sans doute y passer !… Rien de très nouveau autrement, lundi soir une visite de Françoise, mercredi je suis allée chez Mme Dorion confectionner une partie des paquets de vêtements pour les enfants pauvres… depuis vendredi, je suis garde-malade.
Petit Pierre a dix mois depuis hier, il est amusant au possible dans son parc, Yves lui aussi est bien mignon, mais les deux filles sont souvent chipies.
Dimanche 28
Me voici encore confinée à la maison par les oreillons, Yves est totalement guéri, mais je suis toujours enflée… J’ai du me résigner à rester aujourd’hui…et cela me prive beaucoup parce que c’est la premier dimanche de l’Avent…. Pour compenser un peu j’ai pris au Poste Parisien, une messe célébrée à Saint-Louis des Invalides, par le patriarche d’Antioche, selon le rite syrien en présence des cardinaux Verdier et Baudrillart, d’un représentant du président de la République et de nombreuses personnalités… Les chants étaient étranges et cependant très beaux et toute cette liturgie orientale, d’ailleurs très ancienne, est en même temps très instructive… Mais cela ne vaut tout de même pas la messe paroissiale…
Revenons à la semaine… Lundi soir, Yves n’avait plus de fièvre, je ne sais pas si il a eu ou non les oreillons, il n’y pas eu d’enflure, mardi, nous avons pu le lever et le descendre….Je suis restée enfermée toute la semaine avec le figure enflée et bandée,… cependant je n’ai plus de fièvre et je peux manger.. Maman est venue à mon secours une fois de plus, pour s’occuper des enfants, et, dès que cela m’était possible, j’allais m’étendre, dans un fauteuil du salon, où j’étais au moins au calme, j’en ai profité pour tricoter tant que j’ai pu, j’ai fait une paire de chaussettes pour Geneviève et presque terminé hier soir les petits gants assortis, j’avais fait auparavant la même chose pour Jacquie, j’ai avancé autant que possible le chandail de Jacques, mais comme je n’ay travaille qu’en cachette, je n’avance pas énormément….
Bonnes nouvelles de Jean, mais cela fait bien longtemps que je ne l’ai pas vu, et impossible de le faire venir la semaine prochaine ainsi que nous l’avions projeté. Les filles vont bien, petit Pierre de plus en plus amusant et mignon.
Dimanche 5 décembre
Marie est à coucher Yves, maman s’occupe de Pierre, d’ici quelques minutes nous allons dîner….mes occupations habituelles ont rempli toute la matinée, cet après-midi quelques lettres et une visite de la famille Baron, je viens de ranger du linge, et, après dîner, j’ai du dessin à faire….
Semaine bien remplie… J’ai terminé les gants de Geneviève et terminé une autre paire pour Jacquie, bien avance le gilet de Jacques, mai je travaille le soir à un petit mari au tricot pour Pierre…. Je suis tout de même désenflée et je suis sortie vendredi pour passer un moment chez Marguerite, cela m’a fait plisir, j’en avais tellement assez d’être enfermée !…
Lundi soir a eu lieu la cérémonie traditionnelle de ma fête, Yves m’a offert des fleurs, Geneviève un petit compliment et un beau cahier d’écriture, Jacquie a récité « Perrette et le pot au lait », petit Pierre était là lui aussi, dans les bras de grand-mère, mais mon grand garçon me manquait, et, mercredi, je lui ai envoyé par son papa une part du gâteau de la fête…
Dimanche 12 décembre
La fête de Noël se rapproche rapidement… les enfants attendent avec grande impatience… quelle joie que de se retrouver tous au complet, si chaque repas, chaque moment n’était gâté par les caprices stupides de Jacquie, qui semble de prendre à cœur de se rendre désagréable et saisit tous les prétextes pour faire une colère ou une bouderie ! il y a des moments où c’est infernal ! En attendant il me faut travailler ferme pour toutes les surprises ! J’ai à faire pour Noël, des personnages découpés, destinés à garnir un petit arbre, mais, c’est surtout les étrennes qui me donnent beaucoup de travail, les jouets sont si chers que j’ai préféré faire le plus possible par moi-même, seulement, rien n’est avancé ! le chandail de Jacques est à peu près au milieu de la première manche, j’ai terminé un petit marin tricoté destiné à petit Pierre ; je dois faire pour les filles du linge de poupée, mais il n’y a encore qu’une chemise de cousue ! Yves aura des enveloppes de serviette, qu’il réclame depuis longtemps et Jean un dessus de lit et des rideaux pour sa chambre, mais tout cela est loin d’être achevé….
Lundi, nous sommes allés à Legé voir Marie Merriau qui était mourante, et désireuse de revoir Jacques… Mardi, je suis allée à La Roche, j’ai vu Jean qui paraissait aussi bien que possible. Mercredi assisté à la messe de sept heures avec Jacquie, l’après-midi reçu Armande Brachet et Marguerite et une longue visite du docteur et de Madame Caillaud. Jeudi, nous sommes allés à l’enterrement de Marie Merriau, morte mardi soir, pendant ce temps les enfants passaient l’après-midi chez M. Baron, je suis allée les chercher vers cinq heures et demie et au retour j’ai trouvé petit Pierre malade, il venait de vomir et était d’une pâleur impressionnante, j’ai envoyé chercher le docteur, mais entre temps le malade s’était endormi…. Le coteur n’a pas voulu le réveiller et a préféré revenir le lendemain matin, il n’a d’ailleurs rien trouvé de grave, à peine du rhume et un peu d’embarras gastrique, cependant la fièvre a persisté pendant deux jours…. Vendredi, je ne suis pas sortie, mais j’ai eu une longue visite de Mme Bonnaud et hier j’ai dû aller à Remouillé à l’enterrement d’un cousin Douillard…
Maman est partie à la Haye mercredi, de là, elle va filer à Lyon vendredi, j’ai sa bonne en son absence, elle s’occupe un peu des enfants, de sorte que j’ai quelques loisirs, et surtout, pendant qu’elle promène Yves l’après-midi, de grands moments de solitude, de silence….
Dimanche 19 décembre
Il est fastidieux de répéter que le dimanche est une journée très chargée, mais cependant, rien de plus vrai….
Beaucoup travaillé cette semaine, mais tout n’est pas encore fini ; j’ai à peu près terminé hier soir les parures des poupées, mais il y a encore les enveloppes de serviette d’Yves, et pas tout à fait une manche du chandail de Jacques, plus le montage et la parementure. Je voudrais aussi cette semaine préparer des petits gâteaux pour l’arbre de Noël, et peut-être des bonbons pour les souliers, tout est maintenant d’un tel prix et il y a tant à garnir !… Jean ne viendra que le lendemain de Noël, ce sera un grand vide pour ce jour de fête, mais nous l’aurons une grande semaine…le petit collégien est bien portant, ses notes sont bonnes et les notes de la semaine dernière excellentes. Les autres sont bien, mais les repas sont souvent une corvée par suite de l’entêtement de Jacquie, des caprices de Geneviève, et la toilette du matin n’est pas non plus bien amusante. Mardi, nous avons passé à Nantes une grande journée, nous avions beaucoup de choses à faire, il fallait commander le lit de Geneviève et faire toutes les acquisitions du petit Jésus, les magasins sont ravissants à cette époque de l’année, il y avait entre autres une vitrine, avec la chanson d’Adèle, qui aurait fait la joie d’Yves et de ses sœurs ; nous avons acheté quantité de choses, mais combien d’autres m’auraient fait envie… J’ai cependant rapporté de Nantes le dernier des « Brigitte », je le lis et le relis depuis….
Dimanche 26 décembre
Je reviens de l’Arbre de Noël où j’ai été conduire les enfants, tous trois vonst maintenant partir aux Vêpres avec Baptistine, tandis que je vais garde la maison en attendant le réveil de Pierre, et, à trois heures, Jacquie partira à la Roche chercher Jean qui nous arrive en vacances…. Dans le salon, les cadeaux du petit Jésus attendent encore à la place où ils ont été déposés, et aussi l’arbre de Noël qui fait bel effet avec ses personnages découpés peints e couleurs vives, et aussi les paquets de gâteaux….tout cela n’a pas été touché pour que le grand frère en arrivant jouisse aussi du coup d’œil. Nous avons eu hier un jour de Noël bien tranquille, les enfants ont joué avec les cadeaux du Petit Jésus, Jacques a entrepris de faire des rangements dans le bureau… La veillée de Noël s’est passée à préparer la crèche, Jacquie aidait son Papa avec un louable empressement, puis nous avons garni l’arbre de Noël à son grand émerveillement, et, un peu après onze heures et demie, sommes parties toutes les deux à la messe de minuit ; nous avons eu une jolie messe, bien pieuse, recueillie et pendant les deux autres messes basses, les cantiques traditionnels ; au retour, nous avons fait toutes deux un petit réveillon avec une tasse de thé et des gâteaux, puis Jacquie s’est couchée bien vite, tandis que j’allais remplir les souliers du Papa, lequel avait avant de se coucher rempli tous les autres. Il a fallu lever les enfants de bonne heure, hier matin, Yves surtout qui était réveillé, était impatient de voir les cadeaux du petit Jésus, tous ont été émerveillé en rentrant dans le salon….
Rien de nouveau autrement cette semaine, au début, je ne suis pas sortie, j’ai travaillé aux cadeaux du Jour de l’An… le chandail de Jacques n’est pas encore tout à fait fini et il me reste à terminer deux enveloppes de serviette à Yves et les paquets à confectionner, et le tout à installer coquettement ! Mercredi passé un moment chez Armande Brachet, nous sommes allés chez Mme Gendreau voir Berthe Guillaumé, elle a « des espérances », et vient de Paris, où elle a été quelque temps en clinique suivre un traitement, elle est maintenant aussi bien que possible sauf malaises…. Jeudi a emmené ses filles chercher de la mousse pour le crèche, pendant que je gardais Yves, un peu enrhumé. Vendredi, j’ai passé une bonne partie de la journée à confectionner les gâteaux pour l’arbre de Noël….