Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Mardi 9 janvier 1951

Ce début d’année a été bien chargé, je pense avoir maintenant un peu de calme, avec une maison moins remplie, mais de tout mon cœur, je regrette que les vacances soient déjà passées, et malgré le travail accru, les soucis multiples, le désordre de la maison, je voudrais bien que tous les six soient là. Encore le départ des garçons est peu de chose, ce n’est rien de les avoir à Richelieu, c’est le départ de Jean qui est le plus dur, et encore un jour viendra sans doute où je regretterai de ne pouvoir le conduire au train de Lyon, comme hier soir. Nous sommes donc allés tous ensemble à la messe de minuit qui ouvre ce demi-siècle. Anne était ravie ; nous avons prié tous ensemble et réveillonné ensuite bien gaiement. Jour de l’An ensuite, comme d’habitude, nous avons reçu les visites traditionnelles, et sommes allés l’après-midi voir Tante Abel et les Mignen. Mardi, voyage à Nantes, nous nous sommes tous entassés dans la Citroën, on y tenait juste avec Anne sur les genoux. Avons fait pas mal de courses – un uniforme pour Pierre, une culotte de scout pour Yves, mais le gros morceau a été la veste de fourrure que Jacquie s’est achetée en partie avec ses économies – sommes revenus assez tard. Anne, qui s’était comporté convenablement, a dormi pendant une partie du trajet – les autres chantaient – Mercredi, avons souhaité la fête de Geneviève ; le soir, les garçons sont partis après dîner avec un peu de bousculade pour les préparatifs de départ. Jeudi, mis un peu d’ordre dans la maison – il y en avait bien besoin – Ces deux derniers jours, lettres du Jour de l’An et quelques visites pressées, j’avais vendredi une réunion de la Ligue – il n’est venu personne, que Mme Thorette – cela est parfois un peu dur, et ce soir-là, le moral était bien bas. Samedi, sommes partis au début de la matinée, Jacques ayant un peu à faire à La Roche, au passage. Temps superbe, nous avons vraiment de la chance pour un début de janvier, étions à Thouars un peu après midi, avons eu après un bon et beau repas, et nous sommes attardés à table, si bien que nous n’en sommes partis qu’après 4 heures et demie ; la nuit nous a pris assez tôt, sur des routes tortueuses, que nous ne connaissions guère, si bien que nous n’étions à La Haye qu’à 6 heures et demie. Avions fait au passage un arrêt à Richelieu pour faire voir à Jean cette petite ville assez curieuse. Avons trouvé tout le monde aussi bien que possible, Jean était dans son fauteuil, il a fait de gros progrès vraiment. Avons bien causé avant et après dîner. Dimanche matin, lever assez tardif, et grand-messe puis une courte promenade avec Grand-mère au jardin public. Avons ensuite mangé la dinde annoncée et bu le champagne pour fêter à la fois le 20ème anniversaire du mariage des Granger et la « résurrection » de Jean. Passé un après-midi tranquille ; les Joureau sont venus, puis nous sommes sortis pour marcher un peu. Hier, passé une bonne matinée à causer, déjeuné, puis nous sommes partis vers 2 heures et quart, direction Saumur… Etions au Fuilet vers 5 heures, avons trouvé la familles Cesbron, qui nous attendait, goûté confortablement, puis laissant Geneviève, qui en paraissait ravie, avons filé sur Nantes où nous étions vers 7 heures et demie. Pluie du Fuilet à Nantes. Dîné avec Mère et Madeleine, puis sommes restés chez elles jusque vers 10 heures ½ et conduit Jean à son train qui était à 11 heures. Nous étions ici un peu avant minuit, Jacquie est descendue et nous avons causé un peu. Ce matin, mis bien des choses en ordre ; il va falloir reprendre le travail.

Dimanche 14 janvier

Jacques est au lit aujourd’hui avec un peu de grippe… Heureusement que le voilà malade aujourd’hui plutôt que dimanche dernier. Anne, a été aussi bien enrhumée, et j’ai craint de la voir grippée, mais cela a l’air de s’arranger ; espérons que l’épidémie ne s’étendra pas au reste de la maison. Cela se trouve mal pour Jacques, car il avait aujourd’hui des réunions d’Action catholique, et il comptait y voir pas mal de monde. A part cela, la semaine s’est bien passée. Mardi, repris mon travail habituel, qui ne manque jamais. Mercredi, déjeuner chez les Durand, le matin dentiste et Maison des Œuvres, l’après-midi quelques courses et vu les garçons. Nous avons déjeuné avec M. L’Archiprêtre de la Roche et deux de ses vicaires, plus les Lesaffre et Marie-Bernadette, si bien que le repas a été agréable et la conversation intéressante, de sorte que nous avons passé d’agréables moments. Jeudi, assisté à deux enterrements… Suis allée ensuite chez Marguerite, puis dans deux maisons du côté de la gare et enfin, chez Mme Dorion. Suis rentrée avec les jambes trempées et gelées. Vendredi, j’avais une réunion de jeunes femmes, qui pouvait être intéressante, mais elles ne sont venues que deux ; j’ai fait la réunion quand même, et, à nous trois, avons bien causé, mais cela est assez décourageant…. Si cela fait du bien à une seule âme, mon temps et mes efforts ne seront pas perdus. Je crois d’ailleurs que rien ne sera perdu, puis que j’ai tout donné à Dieu. Il en fera ce qui lui plaira. Fait ensuite deux visites avec Jacques, chez les Bonnaud et chez Mme Gendreau. Nous devions continuer aujourd’hui et ce sera pour un autre jour. Hier, fait des visites, seule, suis allée à la tannerie où Marie-Josèphe est quelque peu démontée, son mari étant menacé d’une opération grave, chez Mme Caillaud, dont le petit garçon est malade, une fois de plus, chez Mlle Lucas, malade depuis cinq semaines et toujours seule, elle m’a vraiment fait peur hier, c’est terrible cet isolement ! chez Mlle Baudry, malade depuis huit jours. Geneviève et Majo nous étaient arrivées par le car de midi, mais Jacquie était à La Roche ; J’ai fait un chausson aux pommes le soir, un gâteau au chocolat pour aujourd’hui et cela m’a menée jusqu’au dîner. C’est après dîner que Jacques a commencé à se sentir malade ; je lui ai fait une tasse de tilleul bien chaud, sucrée de miel et aromatisée de rhum, et un bon badigeonnage. Je pense que cette nuit il a dû faire un accès de fièvre… Fini le chandail de Jacques, c’est un gros travail et je suis contente de l’avoir terminé, d’autant plus qu’il est réussi et bien confortable, j’aurais été contente que Jacques le porte aujourd’hui mais çà sera pour une autre fois. Une lettre de Jean vendredi, il part aujourd’hui à Grenoble pour un mois ; une lettre de Maman, reçue vendredi également, dit que Jean Granger a fait, après notre départ, une grosse crise de cafard ; l’adaptation à sa vie nouvelle, sa vie de malade, sera sans doute pénible.

Dimanche matin 21 janvier

Une semaine assez désagréable, telle que j’en ai connu autrefois, quand les enfants étaient petits, mais dont, depuis plusieurs années, j’avais un peu perdu le souvenir. Le microbe de la grippe est dans la maison, et se promène de l’un à l’autre, alors ce n’est pas toujours bien drôle. Jacques est guéri, mais il a été assez secoué et se trouve déprimé maintenant, il va falloir le remonter un peu. Anne a été la seconde atteinte, elle traînait un peu depuis quelques jours, sans entrain et sans appétit. Lundi soir, qui a été le plus mauvais jour pour Jacques, tous deux avaient 39°1, il a fallu mettre Anne au lit… le mardi soir, Jacques était nettement mieux, mais Anne était toujours fiévreuse et vomissait, de plus, le lendemain matin, elle était abattue et somnolente, aussi j’ai fait venir le docteur… Majo étant partie ce matin-là et Geneviève ayant repris sa chambre, je me suis installé avec Anne dans la chambre des garçons, qui est plus chaude et plus commode ; Le soir, Anne avait 39°8 et a passé une assez mauvaise nuit ; Pendant ce temps-là, Jacquie se plaignait de fatigue et de tournements de tête ; cependant jeudi matin, elle n’avait pas de fièvre, et elle a pu aller à La Roche pour une réunion et différentes courses. Ce jour-là, les garçons sont venus déjeuner, pour que nous fêtions les quatorze ans de Pierre. J’avais fait la veille un biscuit de Savoie, et n’ai eu, le matin, qu’à le garnir de crème et d’amandes grillées, il était d’ailleurs très bon. Les garçons ont fait honneur aux huîtres du déjeuner, ainsi qu’au pâté et aux côtelettes de porc qui leur plaisaient. Cependant, je n’ai guère profité de leur présence, j’avais à peine commencé à rassembler les provisions pour leur départ que les Gourraud sont venus et nous ont fait une longue visite. Il était temps ensuite de partir, et il faisait bien mauvais. Yves a eu à peine le temps de passer quelques disques ; Enfin, ils nous reviendront la semaine prochaine pour quelques jours. Depuis jeudi, Anne est mieux, elle est gaie, s’amuse et me réclame de lui lire des histoires – la fièvre baisse, mais très lentement… L’appétit ne revient pas encore. Quant à Jacquie, ses tournements de tête étant hier matin pires que jamais, elle a dû se remettre au lit, elle a somnolé à peu près toute la journée, hier soir, elle se sentait un peu mieux, mais elle avait 38°2 ; le docteur a conclu, pour elle aussi, à un peu de grippe…. Nous venons de déjeuner, Jacquie s’est levée, a mangé un peu, et elle est restée étendue sur le divan du bureau. Quant à moi, je n’ai pas arrêté… et je dois traîner un peu de grippe sans fièvre, car j’ai très mal dans les yeux et une forte courbature dans le dos, les reins, les jambes, mais il faut marcher quand même pour veiller à la maison et aux malades. J’aurais été bien contente, moi aussi, de rester au lit toute la journée d’hier… et il a fallu passer mon après-midi à lire pour Anne « les malheurs de Sophie ». Ce matin, sommes allés Jacques, Geneviève et moi, seuls valides, à la messe de 9 heures, je n’ai pas eu le courage d’aller à la grand messe tellement j’avais mal aux reins. J’ai eu pas mal à faire dans la matinée et pas le temps d’écrire, et, depuis le déjeuner, je viens de faire des petits gâteaux pour offrir à Auguste et Ginette Baron qui sont ici et doivent venir ce soir… Je devais partir aujourd’hui pour Paris, mais il a fallu y renoncer, et cela m’est un sacrifice assez dur, seulement je ne pouvais pas laisser deux filles malades, alors que je ne me sentais pas très bien et risquer d’avoir la grippe à Paris. Je regrette beaucoup ces journées [de Ligue] qui auraient été intéressantes, et aussi la détente que cela aurait été pour moi…. Suis peu sortie cette semaine, faute de temps, les visites que nous devions faire, Jacques et moi, sont remises à une autre semaine, ne suis sortie que pour aller à deux enterrements – il y en a beaucoup ces jours-ci – et vendredi, pour aller faire, au Recrédy, une réunion de jeunes femmes ; elles n’étaient pas nombreuses, mais l’auditoire était sympathique et intéressant. Promenade agréable, par un temps doux et voilé, mais il faudrait que nous soyions toute une équipe pour faire ce travail-là.

Jeudi matin 25 janvier

Situation sanitaire meilleure, bien que pas très brillante encore. Jacques tousse toujours, mais il a repris son activité. Anne est debout maintenant ; elle n’avait pas de fièvre lundi matin, et je l’ai levée pour déjeuner ; elle était ravie, mais une fois debout, a été déçue de ne pas se trouver comme d’habitude. Depuis, les forces ont l’air de revenir un peu, mais la pauvre fille a grandi et maigri, et, comme elle a si peu d’appétit, c’est assez difficile de l’alimenter comme il faudrait. Jacquie est debout aussi, mais sans appétit, sans forces, et toujours ses tournements de tête ; enfin, depuis deux nuits, elle a retrouvé le sommeil, et c’est déjà quelque chose. Quant à moi, ma grippe est terminée, elle n’a pas été bien méchante, cependant ces courbatures m’ont fatiguée et j’ai besoin de repos et de sommeil. Geneviève tient le coup, mais les garçons nous sont arrivés hier midi, licenciés pour cause de grippe. Pierre est bien, mais Yves traîne depuis deux jours un mal de tête qui pourrait bien être un peu de grippe, seulement il prétend ne pas avoir de fièvre et met cependant son point d’honneur à « tenir le coup »… Lundi soir, nous avons eu à dîner, Auguste et Ginette Baron, qui n’avaient pu venir nous voir dimanche soir. Mardi, ne suis pas sortie, que pour une messe de mariage le matin. Hier après-midi, suis allée à La Roche avec jacques, fait pas mal de courses, ce qui est assez fatigant, car il faut traîner des paquets à bout de bras. Suis allée chez Mme Boutelier, à qui, nous avons longuement parlé des problèmes d’éducation de nos enfants, qui maintenant sont grands, mais posent toujours de nouveaux problèmes, et, sur ce chapitre, il y a tant à dire et à réfléchir. Sommes rentrés un peu avant le dîner. Ce matin, le marché, par temps brumeux et froid.

Vendredi 2 février

Tant de jours sans écrire, tout simplement parce qu’à La Roche, ayant porté des colis plus lourds que je ne le pensais, j’ai eu chaud, ce qui m’a donné mal à la gorge, et que, le lendemain, ayant eu froid au marché, ce mal de gorge s’est changé en petite bronchite. J’ai essayé de faire un peu de révulsif, mais cela n’a servi à rien ; le vendredi, je ne me sentais pas à mon affaire, le samedi non plus, je suis pourtant sortie e jour-là, avec Jacques, pour faire quelques visites, mais cela allait de mal en pis, me suis couchée aussitôt dîner… Suis restée au lit dimanche et lundi, le docteur est venu lundi matin, il m’a trouvé assez peu de bronchite, pas mal de trachéite… Je me suis levée un peu mardi, ayant moins de fièvre, je suis restée en bas le temps du déjeuner e un petit moment après. J’étais un peu inquiète, les Michaud, du Boupère, venant déjeuner le lendemain, et je me demandais comment Jacquie s’en tirerait. Jacques, au contraire, était ravi, non que je soie malade, mais que cette maladie fournissait à sa fille une excellente occasion de se débrouiller toute seule, et elle s’est, ma foi, très bien débrouillée. Nous avions, en entrée, un très beau plat de langue de bœuf en gelée, vraiment très réussi et bien présenté. Il y avait ensuite des filets de soles garnies de bouchées aux champignons. Là aussi, elle s’en est tirée à merveille, non sans quelque émotion peut-être, les bouchées étaient très légères et bien montées. Nous avions des poulets au céleri, mais là, leur cuisson est l’affaire de Marie. Pour terminer, une très bonne salade de fruits, les filles s’y étaient mises toutes les deux à la préparer la veille au soir, et elle était délicieuse, bien arrangée et bien présentée. Jacquie avait fait, dès lundi, de bons petits gâteaux. Cela faisait un repas très réussi, pour lequel je n’avais rien fait, et j’étais bien contente. Les Michaud sont partis assez tôt, parce qu’ils devaient passer par Les Lucs et ne voulaient pas se mettre trop en retard. Il y avait eu, paraît-il, pas mal de neige le matin au Boupère. Jacques est allé conduire à La Roche l’Abbé Sacré. Je me suis couchée aussitôt, pas trop fatiguée, et sans fièvre. La journée d’hier n’a pas été mauvaise, je me suis levée vers 10 heures ½ et couchée après dîner seulement, mais aujourd’hui, cela va beaucoup moins bien, parce que je fais un rhume de cerveau abominable, je mouche, j’éternue, mes yeux pleurent, je n’y vois rien, j’ai mal au dos. De plus, je n’ai guère d’appétit, je ne peux pas manger et j’ai les jambes en coton. J’arrive à lire et à tricoter avec un peu de peine, mais je n’arrive guère à prier. Par bonheur, j’ai été seule à peu près tout l’après-midi, tous étant à Nantes, sauf Geneviève qui est à l’étude et Anne qui a repris sa classe - elle vient juste de rentrer - et cela m’a fait du bien que d’avoir quelques heures toute seule sans parler, j’ai écouté quelques disques et cela m’a fait un agréable moment. Quoi dire des autres jours, rien. Dimanche j’ai été seule à peu près toute la journée, Jacques étant absent pour des remises de décorations à Belleville et à Saligny. Lundi et mardi, j’ai relu pas mal de vieilles choses. Je n’ai pas pu voir beaucoup les enfants pendant ce temps-là, c’est un congé qui n’aura guère été agréable, Yves a été malade tout le temps, ou à peu près. Sa grippe a commencé le jeudi, lendemain de son arrivée ; si ce petit sot avait consenti à se coucher et à se laisser soigner, au bout de quelques jours, tout aurait été liquidé, mais il a fait, en plus de sa grippe, une petite crise de foie, un gros rhume de cerveau et un peu de sinusite. Il est guéri, juste pour rentrer et c’est hier seulement qu’il m’a demandé des tartines pour son goûter. Anne est remise, les autres sont bien, quoi que Geneviève ait un orgelet. Il a fait quelques jours de beau temps, ce qui est agréable, même quand on ne sort pas. Les jours allongent.

Dimanche matin 4 février

Très mauvais temps ce matin, pluie et vent, de plus, ce doit être froid. Je voudrais cependant bien sortir pour aller à la grand-messe, bien que je ne me sente pas tellement remise. J’ai encore la trachée pas mal embarrassée, mais suis cependant beaucoup mieux d’un gros rhume de cerveau qui m’a rendue malade toute la journée de vendredi. L’appétit n’est pas encore revenu, mais il faut marcher quand même ; je me suis levée à l’heure habituelle pour habiller Anne, car Jacquie est de nouveau fatiguée. Elle était avec son Papa et ses frères à Nantes vendredi, et en est revenue plus enrhumée, se plaignant des oreilles, ainsi que cela lui est arrivé souvent quand elle était petite. Hier matin 37°7, elle devait aller à La Roche pour ne réunion, mais j’ai insisté pour qu’elle reste ici, le temps étant assez mauvais… Elle s’est couchée de bonne heure. Ce matin, elle dit qu’elle a beaucoup souffert d’une oreille, surtout cette nuit, mais que cela s’est un peu calmé sur le matin. Voilà trois semaines aujourd’hui que nous sommes dans les thermomètres…Pas fait grand-chose ces deux derniers jours, sinon tricoté ; me suis levée assez tard, parce que j’ai fait ma correspondance au lit avant de descendre. A part cela, lu en tricotant, allongée dans mon fauteuil ; vendredi, les yeux me gênaient bien, hier je fatiguais encore vite… Une lettre de Jean hier matin, il doit être à Lyon aujourd’hui pour le bal de Saint-Cyr ; il ira passer ensuite trois jours dans je ne sais plus quel camp, pour rentrer vendredi à Lyon ; Il a pu aller un dimanche à Aix les Bains et un autre à Annecy ; je suis contente qu’il ait pu voir du pays.

Mercredi matin 7 – Jour des Cendres

Le physique va un peu mieux, je sens que de ce côté je me remonte, mais le moral ne va pas du tout, et j’ai mille difficultés, des ennuis et de bien mauvais moments. Il y a des choses très dures à supporter, et quand, trop lasse moralement de tout cela, je crie ma détresse, je sens que je ne suis pas du tout comprise. Dimanche, temps affreux, mais après-midi paisible, pendant lequel j’ai pu mettre ma correspondance à jour et faire beaucoup de bonne besogne. Ce matin, office des Cendres…

Dimanche 11 février

Une journée d’averses, et un temps souvent sombre, alors que nous aimerions bien voir du soleil, et que cela ne nous arrive pas bien souvent cet hiver ; enfin ce n’est pas la tempête de dimanche dernier, heureusement, car s’ouvre aujourd’hui le Retour de Mission jubilé, avec deux missionnaires, et durant quinze jours, des prédications et de nombreuses causeries de piété, si le temps est mauvais, beaucoup en prendraient prétexte pour ne pas venir à l’église, et pourtant il y a tant besoin dans la paroisse comme ailleurs d’un renouveau spirituel. Pour moi, la semaine a été meilleure, je me sens mieux, et surtout, depuis que je recommence à sortir, cela me fait du bien, quoique le temps ne soit pas toujours radieux, je n’ai pas encore repris mes messes du matin ; il le faudrait cependant, mais souvent je suis lasse et j’ai sommeil ; aujourd’hui, j’ai une sorte de rhumatisme dans la nuque et l’épaule droite, et cela me gêne beaucoup ; espérons que ce sera vite passé… Lundi dernier, sommes allés à La Roche où nous devions goûter chez les Gallet, il faisait un temps plus que douteux, mais Jacques nous a déposées et reprises à la porte. Vu quelques personnes de connaissance… Mardi, ne suis sortie qu’un peu, à deux reprises pour aller à l’église à cause des Quarante Heures. Mercredi, avons fait visite aux Boyer que nous n’avions pas pu encore aller voir depuis le Jour de l’An (il s’agissait de traverser la rue !). Une visite de Mme Bonnaud. Jeudi, ne suis pas sortie. Vendredi, les filles sont allées goûter avec Marie-Annick et Annie Grolleau, Jacques et moi sommes allés faire une visite à M. et Mme Bricout, notre tournée du Jour de l’An est terminée ; je n’ai plus qu’à reprendre mes tournées habituelles, interrompues par les grippes. Hier après-midi, suis allée à la Bardinière où vient de mourir un petit garçon de 5 ans… Fait dans le quartier mes visites habituelles et suis passée voir Marguerite que je n’avais pas vue depuis longtemps ; tous chez eux ont été malades… ou presque. Suis revenue ici assez tôt pour installer à goûter les enfants ( !), avec Marie-Annick et Annie ; puis suis sortie pour aller à l’église. Ensuite un moment tranquille ; je m’étais installée dans le salon pour lire et tricoter et Anne est venue m’y rejoindre pour ses leçons. Les jours allongent…. Pas de lettre de Jean cette semaine. Aujourd’hui fête de Notre-Dame de Lourdes et trente et unième anniversaire de la mort de ma chère petite Simone.

Mercredi 14 février

Je viens de commencer à préparer une réunion de la Ligue pour lundi prochain… Beaucoup de travail ces jours-ci. Dimanche, une journée assez chargée, avec la grand-messe qui a été assez longue, et une partie de l’après-midi aux Lucs… réunion intéressante, seulement Mlle Parois était malade… Je suis allée la voir ensuite, seulement, elle avait une forte fièvre et je n’ai pu y rester longtemps. Suis allée voir M. le Curé, qui, très aimablement, m’avait proposé d’attendre chez lui l’arrivée de Jacques retenu ici par deux enterrements, et j’ai pu passer un grand moment à causer avec lui problèmes paroissiaux très intéressants, et aussi Rome… Ce sujet est inépuisable. Sommes rentrés ici vers 7 heures, j’ai juste eu le temps de mettre des œufs dans la couveuse, il était l’heure de dîner. Lundi, journée passée toute entière à la foire de La Roche, puis que nous en sommes revenus qu’après 6 heures ½. J’ai fait des tas de choses, des courses…, passé un moment à la Maison des Œuvres, et vu avec Mlle Tanguy comment accorder mon devoir paroissial d’assister aux exercices pour les femmes au moment du jubilé, et de faire une réunion aux Ligueuses, et mon autre devoir d’aller aux journées missionnaires de Luçon. J’en avais fait le sacrifice de ces journées de Luçon, mais c’était assez dur. En ruminant la chose, nous avons vu qu’en faisant la réunion lundi, je pourrais avoir les journées de mardi et mercredi en entier ; j’ai d’ailleurs arrangé les choses le soir avec M. le Curé. Tout sera donc pour le mieux. L’après-midi, une bonne réunion chez Mme Coutansais… Sommes allés à Richelieu pour la récréation ; les garçons sont bien, Yves se reprend et Pierre a une mine superbe. Quelques courses encore avant de repartir. Hier, une journée très chargée, aussitôt après déjeuner, suis allée aux Lucs où j’avais à voir plusieurs personnes ; il s’agissait de faire présenter mardi à Luçon un témoignage d’une paroisse travaillant en équipe, et la paroisse des Lucs est particulièrement qualifiée, seulement, Mme des Rochettes est absente et Mlle Parois malade. Tout s’est arrangé, Mme Roulet, la femme de l’instituteur, rédigera le rapport et le présentera. De retour ici, suis allée voir Mme Lucas ; passé chez Léontine Brethomé prendre des nouvelles de son mari ; à la tannerie prendre des nouvelles de Stane qui vient d’avoir une grave opération ; Vu Mme Dorion puis Armande Brachet qui est un peu patraque. J’ai tout de même eu un peu de tranquillité hier soir, mais j’ai bien du travail à faire !

Dimanche 18 février

Tout à l’heure le soleil paraissait et on pouvait espérer que la journée serait très belle, du moins convenable, et que cela changerait agréablement des jours de pluie sont nous avons été gratifiés cette semaine… Journée assez chargée encore aujourd’hui, en plus des offices habituels qui seront assez longs à cause du jubilé, il y aura après les Vêpres l’ouverture de la retraite pour les femmes…. Mes papiers de la réunion de demain sont prêts et mis au net, cela m’a donné quelques bonnes heures de travail… Mercredi après-midi suis allée au chapelet, qui est récité ces jours-ci à l’église à 3 heures, je comptais aller voir ensuite Mme Baron, mais elle était en courses ; suis allée voir Renée, que je n’avais pas vue depuis très longtemps, et aussi Eugénie Robin, dont la dernière petite fille pousse bien. Jeudi, ne suis pas sortie, beaucoup à faire après le marché, l’après-midi, les filles et Thérèse étaient à la retraite, je suis restée avec Anne, et j’en ai profité pour faire pas mal d’ouvrage. Vendredi, après le chapelet, suis allée voir Mme Baron – je n’y étais pas allée depuis septembre – la pauvre a des ennuis multiples, sans parler de Dodo qui ne travaille pas et ne veut guère travailler, Auguste a perdu sa place, lui qui était si content quand nous l’avions vu ! son patron lui a simplement dit qu’à partir du 1er mars, c’était une cousine qui se chargerait de la comptabilité, voilà le pauvre garçon sans situation, et le bébé va venir le mois prochain. Seulement, au lieu d’accepter ces épreuves, qui sont lourdes et qui sont dures, elle passe son temps à pleurer et à dire « qu’est ce qu’on a fait au Bon Dieu pour qu’il nous punisse comme çà » Que de chrétiens se croient chrétiens et ne le sont pas totalement ! Le vent et la pluie étaient si froids que je suis rentrée ici gelée. Hier ne suis pas sortie, il faisait très mauvais… passé une après-midi très paisible et tranquille et me suis offert « un petit concert de musique enregistrée ». J’ai passé les disques qui me plaisent le mieux et qui commencent à être nombreux. Terminé par « La Pathétique » que je ne me lasse jamais d’entendre, c’est à ce moment-là qu’Anne est revenue de classe, et je suis allée lui faire griller ses tartines. Une lettre de Jean au début de la semaine ; il était à Lyon dimanche, mais devait partir lundi pour Briançon, mais ne nous disait ni ce qu’il allait y faire, ni combien de temps il y resterait… Ne suis pas allée aux réunions du soir, je me couche de bonne heure, mais je peux arriver facilement, en habillant Anne plus tôt, à assister chaque matin à la messe de 8 heures. Suis infiniment mieux portante qu’il y a quelques semaines.

Dimanche matin 25 février

Beaucoup de choses à écrire aujourd’hui, et, comme toujours, fort peu de temps à moi, d’autant plus que cet après-midi, pour la clôture du jubilé, nous aurons une procession au Beignon pour la bénédiction d’une croix, qui branlant depuis un certain temps, a eu l’esprit de se laisser choir au début « du retour de Mission », si bien que la voilà relevée et que cela fera un souvenir tout indiqué pour la clôture… Dimanche dernier, journée aussi très vite passée, la cérémonie des Vêpres a été longue, ensuite les femmes sont restées à l’église pour leur première instruction de retraite, c’était d’ailleurs très bien. Une fois rentrés ici, visite des Bonnaud, puis des Boyer, et il était l’heure de dîner. Lundi matin, pris, comme les autres jours la messe de 8 heures, puis j’ai eu une matinée très remplie. L’après-midi, une instruction très intéressante, sur l’éducation et les problèmes de l’adolescence, j’étais ravie, ce sont des choses que je voudrais dire et redire aux femmes, et, comme elles ne viennent guère aux réunions, il n’est pas très facile de leur parler. Ensuite, à la salle paroissiale, une réunion de Ligueuses, je l’ai faite assez courte, tout en essayant de dire le plus de choses possible. Me suis préparée ensuite à partir à Luçon, Jacques m’a conduite à La Roche, et j’ai pris pour Luçon le car de 6 heures ½ qui m’amenait là-bas pour 7 heures ½. La pauvre Louise est toujours dans le même état lamentable, mais ne paraît pas pire. J’ai dîné avec Louis et elle, c’est difficile, quand on sort, de maintenir le régime ! Mardi matin, me suis rendue à Sainte Thérèse dès 8 heures, pour avoir la messe de Monseigneur ; Je considère ces moments comme parmi les plus heureux de ma vie, quand nous toutes, militantes, groupées autour de notre évêque, nous prions avec lui… Pour le petit déjeuner, retrouvé beaucoup de personnes de connaissance. Tout Montaigu était là, avec Mme Taylor, Mme Gaillard, Mme Plessy. Vu Mme Michaud qui m’a annoncé les fiançailles de Mylène…. Pour la première fois, j’ai pu causer avec Mme Rémy René-Bazin – huit enfants de 19 à 4 ans ! Beaucoup d’allant et des principes d’éducation solides, des aperçus originaux et pleins d’entrain. J’aurais plaisir à la revoir ; Nous avons eu ensuite une journée très intéressante, toute sous la présidence de Monseigneur…. La nuit, tempête, et il pleuvait encore beaucoup quand je me suis rendue à Sainte Thérèse pour la méditation et la messe. De nouveau une journée très intéressante… Nous nous sommes ensuite séparées. Suis allée chez Louise où Jacques, revenant de Saint Michel en l’Herm, où il était allé à l’enterrement de la mère du docteur Caillaud, m’a prise au passage. Tous ces soirs ci, cérémonies du jubilé, avec les processions évoquant les grandes basiliques de Rome. Mercredi soir, c’étaient les femmes qui processionnaient… Tachou était en communiante, mais elle a grandi et son manteau blanc est passablement étriqué. Jeudi, procession des jeunes filles, vendredi, celle des enfants. J’ai eu ma messe chaque matin….L’après-midi, ne suis pas allée souvent au chapelet de 3 heures. Jeudi, j’étais à La Roche, M. Le Supérieur de Richelieu avait téléphoné mercredi soir qu’Yves faisait de nouveau de la sinusite et demandait à voir le docteur. J’y suis allée jeudi avec l’intention de mener le garçon chez un jeune docteur Monnier, qui lui a donné un traitement ; Jacques l’a vu hier soir, il n’y avait pas de mieux encore, mais cela ne faisait que deux jours de traitement ; ce qui est ennuyeux, c’est que cela empêche le pauvre garçon de travailler à cause de ses maux de tête, et il est à craindre que ce second trimestre soit bien compromis. Nous allons voir les deux garçons jeudi où ils viennent souhaiter – avec un peu d’avance – les 8 ans d’Anne. Jacquie est à La Haye depuis jeudi, elle doit ramener sa Grand-mère demain. Une lettre de Jean vendredi, il a dû rentrer à Lyon ces jours derniers. A Briançon, il y avait beaucoup de neige, mais il faisait beau et le froid n’était pas trop pénible ; Le « gouverneur de la place »,capitaine Deslandes est du Boupère ; il a commencé ses études au Petit Séminaire de Chavagnes, et connaît une grande partie du clergé vendéen ; cela a du faire plaisir à Jean. IL pense aller en manœuvres vers le 10 mars, mais il ne dit pas où, et venir ici, en permission, du 17 au 27, ce qui serait parfait, parce que, pendant la Semaine Sainte, il verrait davantage ses frères et sœurs. Après Pâques, les garçons doivent aller en camp scout et les filles à Ligugé avec Anne Grangé et certaines jeunes filles du voyage à Rome. Il parle ensuite d’un stage à Chamonix, tout cela est bien intéressant pour lui. Vendredi, une visite de Renée Baron, qui est restée assez longuement et m’a raconté beaucoup de choses. Je suis ennuyée pour elle, car cette rancune qui lui reste, l’empêche de prier, la gêne dans ses communions, et j’ai l’impression que pour elle, comme pour Joseph, la vie spirituelle est en baisse. Quel triste exemple aussi, que celui d’une personne qui se dit chrétienne, et qui passe sa vie à dire du mal des autres, ou à se révolter contre la volonté divine, je lui ai conseillé de prier pour ceux qui lui font de la peine, c’est au fond la meilleure chose à faire.

Avons retiré hier de notre chambre le petit lit où Anne depuis plusieurs mois ne couche plus. Jean y a dormi, et Geneviève et Pierre, sans parler de Jacqueline et de moi autrefois. La chambre paraît maintenant plus grande, et un peu trop vide.

Mercredi matin 29 février

Note éditoriale. Date impossible dans le calendrier : 29/2/1951.

Dimanche une très belle journée de clôture de Jubilé, nous avons eu une grand-messe vraiment liturgique, et cependant très simple. Un autel provisoire, face au peuple, ce qui associe tout de même bien avantage le peuple à l’action du Prêtre. Un des missionnaires, en chair, donnait quelques mots d’explication ; c’était simple, recueilli, vraiment très beau. De nombreuses communions, ce qui est rare. Aux Vêpres, une splendide assistance d’hommes, procession du Saint Sacrement très nombreuse et recueillie. Puis la procession au Beignon pour la bénédiction de la Croix, et là-bas, un sermon, pas trop long. Seulement, il y avait quelques coups de vent froid, je crois que je me suis enrhumée de nouveau, je recommence à tousser, et ce matin, j’ai un peu mal à la tête. Je voudrais bien ne pas faire de bronchite cette fois-ci. Maman est arrivée lundi vers 3 heures, après un voyage très long et pénible pour elle, puisqu’elle avait dû partir le matin, vers 7 heures et demie ; elle a passé ici l’après-midi et y a même dîné, mais hier il lui a fallu se reposer. Jacques était passé lundi à Richelieu prendre des nouvelles d’Yves et il ne l’a pas trouvé bien, le pauvre garçon était à l’infirmerie, souffrant beaucoup et ne pouvant travailler. Je suis allée hier matin et l’ai conduit chez Simonin, qui a commencé par me dire de ramener Yves ici et de le faire reposer, puis il a ordonné des piqûres – la première a été faite hier après-midi – et il espère un bon résultat. Je ramènerai le garçon au docteur dans une dizaine de jours. Cette interruption au milieu du trimestre est bien ennuyeuse ; Sommes revenus ici par le car, nous avions à déjeuner Marie-Annick et Simone Bichon, je n’avais pu m’occuper de rien, cela a marché quand même. Aussitôt après déjeuner, filé à la Bobière où j’avais une réunion, il y avait encore là un bon petit groupe de jeunes femmes ; nous reprendrons cela en octobre. Suis allée ensuite faire quelques visites : deux à Montorgueil et deux à Sainte Anne, si bien que je suis revenue ici juste pour dîner. Aujourd’hui il me faut aller au Recredy, mais j’espère revenir un peu plus tôt. Il fait plus froid mais le temps est beau et le soleil fait plaisir.

Dimanche 4 mars 1951

Depuis hier nous retournons en hiver ; après une très belle journée jeudi, puisque nous avions pu ouvrir les fenêtres et couper le chauffage une grande partie de l’après-midi, nous avons eu un grand vent glacial extrêmement pénible…. Fait un bon rhume encore cette semaine, certainement de la trachéite, si non un peu de bronchite ; mercredi je ne me sentais pas très bien, frissons, lassitude, maux de tête et courbatures en rentrant du Recredy, j’ai pris un comprimé et cela m’a fait du bien, seulement, comme il fait froid, je ne sors que le moins possible. J’irai à la grand-messe, mais je ne sais pas si j’irai aux Vêpres. J’ai d’ailleurs mes occupations habituelles du dimanche, quelques lettres à écrire, cela n’en finit jamais. Aujourd’hui, nous fêtons pour la seconde fois les 8 ans d’Anne, elle ne les aura d’ailleurs que ce soir, mais Pierre est venu dimanche, nous avons mangé le gâteau d’anniversaire des 8 ans et, pour faire plaisir à la petite chérie, j’en ai fait un autre aujourd’hui. Huit ans que Dieu nous a envoyé cette dernière petite fille ! Avec quelle joie nous l’avons reçue, alors qu’elle venait prendre la place si douloureusement vide laissée par le petit Bernard. Elle m’a donné souvent de la peine et du « fil à retordre », mais je suis quand même heureuse de l’avoir. Yves est un peu mieux, bien qu’il souffre toujours de la tête, il a bon appétit mais ses piqûres sont assez douloureuses, et, hier, j’ai dû lui mettre une compresse humide sur la cuisse pour qu’il puisse marcher. Je voudrais bien que cela aille tout à fait mieux et qu’il puisse rentrer à Richelieu. Quel temps perdu cela lui fait ! Mercredi, suis allée au Recredy pour la réunion de jeunes femmes, qui s’est bien passée. Le temps était beau quoiqu’un peu ferme, et la promenade agréable. J’avais emmené avec moi Anne-Marie Bernard Brethomé qui est tout à fait intelligente et agréable. Suis rentrée un peu avant 7 heures, juste pour avoir un ravissant coucher de soleil tel que je n’en ai pas contemplé depuis des mois ! Jeudi, cela m’a fait plaisir d’avoir mon petit Pierre, et de grouper 5 enfants autour de la table, à défaut de 6 – peut-être dans quinze jours, Jean sera-t-il là ! – Suis sortie avec lui pour lui acheter une paire de souliers, il faut toujours quelque chose à l’un ou à l’autre : chaussures, vêtements, laine à tricoter ou autre chose. Vendredi, sommes allés à Nantes, après la journée radieuse de jeudi, de nouveau le temps était froid et brumeux, mais sans le vent qui sévit depuis hier ; avions beaucoup de courses à faire et pas mal d’achats. Geneviève voudrait retapisser sa chambre, elle a pris le papier et les accessoires nécessaires, et voudrait s’y mettre pendant la Semaine Sainte, espérant que ses frères, tout au moins Jean et Pierre, pourront l’aider. Pris aussi du tissu pour faire des housses d’auto, et là je ne sais guère comment Marie et moi nous nous en tirerons ; j’en suis bien en peine ! Hier, ne suis sortie que pour aller chez Maman et un peu à l’église, et encore, je m’en serais bien passée tellement le temps était dur et pénible. Je crois avoir fini bientôt un chandail pour moi, en train depuis quelque temps, terminé une culotte pour une des filles, laquelle culotte, à moitié faite, traînait dans ma travailleuse depuis longtemps, je voudrais me faire une liseuse dont j’ai un certain besoin, et quelques objets de layette pour des naissances imminentes….

Dimanche 11 mars

Toute une semaine sans rien écrire et pourtant elle n’a pas été particulièrement chargée… Temps lamentable aujourd’hui, ainsi que cela arrive parfois cet hiver….Nous sommes dans dix jours au printemps – du moins officiellement – mais, à part les bourgeons qui se gonflent au bout des branches, et les jours qui allongent, ce qui permet de n’allumer qu’un peu avant dîner, et me donne la joie, vers sept heures, de rares couchers de soleil, à part cela, rien n’annonce le printemps. Je ne crois pas avoir beaucoup de travail aujourd’hui…Jacques a cet après-midi une réunion qui doit se tenir dans la salle à manger ; en principe, je ne m’en mêle pas, mais il se peut tout de même que je sois obligée d’ouvrir la porte, ou d’apporter des verres, en cas de besoin, j’ai confectionné hier toute une fournée de petits palmiers bien réussis ; s’ils ne sont pas mangés aujourd’hui, ils le seront toujours un jour ou l’autre ; ce sont des petits gâteaux qui se gardent bien et sont toujours appréciés. Je reprends un peu ma semaine. Lundi, rien d’extraordinaire, suis allée chez Maman ; mardi, suis allée voir Mme Lucas qui vient de faire une grosse grippe intestinale. Mercredi, suis restée au repos et fait ma journée au lait ; en ai profité pour beaucoup tricoter, cela a certainement fait du bien à mon rhume. Reçu la visite de Mme Yvernogeau. Jeudi matin, suis allée à La Roche avec Yves voir Simonin, le docteur a trouvé son malade un peu mieux, mais pas guéri encore, il lui fait faire une seconde série de piqûres – de plus, il faut lui mettre des gouttes dans les yeux, car il fait un peu de conjonctivite, et lui frictionner le font avec une certaine pommade - Yves est revenu avec moi passer deux jours ici ; il a essayé de travailler un peu, et trouve que cela va mieux ; il va rentrer ce soir ou demain et les vacances de Pâques seront désormais toutes proches. Jeudi, retour de La Roche, déjeuné chez Grand-mère, et passé chez elle une partie de l’après-midi. Vendredi, Jacquie est partie à Paris pour assister à un congrès J.I.C.F., elle doit descendre chez Tante Denise et voudrait tâcher d’y rester toute la semaine prochaine, d’autant plus que Jean doit, sauf imprévu, y partir jeudi, pour nous arriver le Jour des Rameaux, ils nous arriveraient tous deux ensemble. Jacquie a trois jours de congrès, et aussi, en perspective, la visite du Salon des Arts Ménagers – je l’envie, cela m’aurait beaucoup intéressée aussi - . Vendredi, une réunion de la Ligue, peu nombreuse, mais bien vivante. Hier, pas mal de travail, mais rien de sensationnel. Beaucoup de tricots en train, j’avais presque terminé pour moi - un chandail rose buvard – et tout le devant est à refaire, parce que trop grand, de plus, je me tricote une liseuse, ce qui est toujours utile, d’autant plus qu’il me faut rester au lit assez souvent, et j’ai toujours quelques petites choses en train… Demain, foire de La Roche, mais il va falloir me lever de très bonne heure pour préparer Anne qui doit partir pour Mormaison à 6 heures et quart avec tout un car de petites filles, afin d’assister à la prise d’habit de Mademoiselle Jacqueline qui leur faisait la classe l’année dernière…

Appris hier par le journal un effroyable accident d’auto du côté de Bressuire ; deux autos, une de Nantes et une de Parthenay, sont entrées en collision, Marie-Josèphe Gaillard, qui était avec des amis, a les deux jambes fracturées, et de très mauvaise façon ; on craignait hier d’être obligé de l’amputer, elle a aussi quelque chose à la tête et on ne peut se prononcer au juste. Dans l’auto où elle était, il y a trois morts. Un mort aussi dans l’autre voiture et des blessés graves. Xavier, qui était à Abidjan, est sur le chemin du retour, et Odile toujours ici.

Dimanche matin 18 mars

Bien des choses à écrire, puisque je n’ai pu venir ici depuis huit jours, et bien peu de temps à moi. Nous avons ce matin la procession des Rameaux, ce qui prend une bonne heure avant la grand-messe, et j’ai bien à faire cet après-midi…Jean et Jacquie devaient nous arriver dans l’après-midi, mais une lettre de Jacquie, reçue hier matin, nous dit que Jean n’a pu arriver là-bas que vendredi matin au lieu de jeudi, et qu’ils s’attardent un jour de plus. Nous les aurons donc demain ; les autres garçons seront en vacances mardi matin. Pierre viendra aussitôt à bicyclette ; mais je vais rejoindre Yves ce matin-là pour l’accompagner chez Simonin, afin de savoir si il est suffisamment guéri de sa sinusite. Je l’ai d’ailleurs vu jeudi soir, il ne souffrait plus de la tête, seules les piqûres le gênaient. J’espère qu’il passera de bonnes vacances et que cela achèvera de le remettre. Ce sera si bon de les avoir, encore une fois, tous réunis, ce ne sera pas long, puisque Jean, s’il n’y a rien de changé, repartira le lundi de Pâques. Le grand chéri a vingt quatre ans d’hier… Dieu est bon de nous avoir donné ce premier enfant, je le revois bébé, petit garçon, grand garçon… Nous avons toujours eu tant de joie à l’avoir. Dieu soit béni en tout. Mais où sera Jean l’année prochaine ? Que la Providence le protège toujours. Temps douteux aujourd’hui pour la procession des Rameaux ; à part lundi où il a fait beau, nous avons eu encore de bien vilains jours cette semaine. Dimanche, ai été assez prise tout l’après-midi – ouvrir la porte, introduire, parler aux uns et aux autres. Nous avons eu quatre parlementaires, deux députés et deux conseillers de la République, et quelques délégués de chaque commune – Dans l’ensemble, ma dit Jacques, c’était sympathique, Rousseau a été obligé de partir de bonne heure, il s’en allait à Concarneau. Les petits palmiers ont dû être appréciés, car les assiettes se sont bien vidées. La salle à manger, le soir, était en triste état ; boue et cendres de cigarettes un peu partout, j’étais contente que ce ne soit pas de salon ! Lundi, foire de La Roche, fait pas mal de courses le matin, puis abandonnant pour une fois les cousines, suis allée déjeuner chez Mme Duchaine… après déjeuner, réunion comme d’habitude chez Mme Coutansais et cela a été très intéressant… Terminé mes courses en vitesse, suis allée voir les garçons. Jacques est venu me rejoindre à Richelieu, et nous n’avons pas tardé à partir. J’oubliais de dire que, ce matin-là, j’ai dû me lever à 5 heures moins 10 pour faire lever Anne qui allait à Mormaison, avec un groupe de petites filles et les sœurs, afin d’assister à la prise d’habit de sa maîtresse de classe de l’an dernier. Le car, prévu à 6 heures moins le quart, est arrivé à 6 heures et quart, à moitié plein, aussi les petites filles, comprimées, étaient restées debout, et qu’un certain nombre, y compris Anne, ont été malades. A part cela, elle était très contente de sa journée quand nous l’avons retrouvée le soir. Mardi, nous avions les cousines Bouliau à passer la journée ; suis allée, le matin, les chercher au car de Nantes, sommes allées à la messe, avons pris ensemble le petit déjeuner, puis dans la matinée, elles sont allées, comme d’habitude, au Moulin-Guérin, ce qui m’a permis de faire tranquillement ce qu’il y avait à faire pour déjeuner. Comme elles revenaient, vers onze heures ou onze heures et demie, il s’est mis à pleuvoir, puis, brusquement, une bourrasque formidable et ensuite la tempête. Bien entendu, le courant a été coupé, si bien que jusqu’au lendemain, vers midi, nous avons été sans chauffage, et il ne faisait pas bien chaud, sans radio, sans lumière et j’avais bien peur que nous restions sans eau ! C’était une tempête extrêmement violente – on a parlé de cyclone – Jacques et les cousines avaient le projet d’aller à Brétignolles, ils se sont mis en route quand même après déjeuner, mais n’ont rien pu faire à Brétignolles même, car il y avait une telle tempête de sable, qu’il était impossible de circuler dans la dune. Ils ont allés aux Sables, ont donné un coup d’œil à la maison, qui n’avait pas de mal, et sont allés au Fort Saint Nicolas pour voir la mer en tempête. Jacques et Geneviève m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu la mer aussi déchaînée. La grande jetée disparaissait sous les vagues. On attendait plusieurs bateaux, mais, dès le soir, ils avaient pu donner de leurs nouvelles par radio, et dire qu’ils attendaient une accalmie, ne pouvant, avec une mer aussi démontée, risquer de prendre l’entrée du port. Il y a eu un bateau de l’Ile d’Yeu entièrement perdu, et un autre à Noirmoutier, mais dont l’équipage a pu être sauvé. Au retour, ils ont vu l’église de Beaulieu dont la moitié de la toiture avait été arrachée, on voyait la charpente. Il paraît qu’il a fallu corder le clocher d’Olonne pour l’empêcher de s’abattre ; Ici, une cheminée de la mairie s’est écroulée, faisant un grand trou dans la toiture. Il y avait aussi un grand trou dans le faîtage de l’église. La tempête s’est déchaînée encore toute la nuit, avec averses de grêle par moments. Mercredi, il ventait encore, mais moins fort, avec quelques averses, suis allée à Sainte Anne porter une layette, mais n’ai eu qu’un peu de pluie à l’aller. A plusieurs endroits, des arbres arrachés ou cassés. Jeudi, passé toute la journée à La Roche pour l’Entr’aide. Programme habituel, la messe à l’Immaculée et les réunions dans la salle attenante. Vu beaucoup de personnes de connaissance… Vendredi, suis allée chez Marguerite, passé un petit moment chez Maman, suis allée voir Mme Dorion et passé une minute à la tannerie. Je ne fais plus guère que ces visites, à des malades, à des éprouvés, visites de charité en somme, mais avec le moment que je passe chaque jour chez Maman, je ne suis guère chez moi. Hier, rangé et réparé des livres qui en avaient grand besoin, fait une fournée de galettes de maïs pour avoir quelque chose en cas de visite imprévue et suis allée chez Maman. Le corsage que je devais me faire pour cet hiver n’est pas fini et j’aurais tant de choses à faire. Vu Odile hier soir, sa belle-mère est hors de danger, on espère lui conserver ses deux jambes. Geneviève a entrepris la réfection de sa chambre, mais elle a simplement, jusqu’ici, décollé le papier peint qui tenait très dur aux murs, cela lui a donné beaucoup de travail.

Dimanche 25 mars – Pâques

Pour le jour de la Résurrection, temps froid et par instants très nuageux ; le soleil arrivera-t-il à réchauffer ? Hier, nous avons eu un vent du Nord glacial et par moments des nuages noirs et des giboulées. Bien que le printemps soit là depuis quelques jours, on ne s’en aperçoit guère. Semaine Sainte remplie ; chaque année, je rêve de choses irréalisables, d’un Jour des Rameaux où il me serait donné d’entendre la Passion, d’une Semaine Sainte calme et tranquille, où je pourrais, à loisir, relire les récits de la Passion, assister à tous les offices, relire les Psaumes des Ténèbres, et les textes se rapportant à la liturgie, et chaque année, la chose m’est impossible, une autre année peut-être … Dimanche dernier, un jour des Rameaux tout à fait réussi ! depuis le matin, le temps était très douteux, mais pendant la messe, le ciel s’assombrissait de plus en plus, la procession est sortie quand même et à ce moment la pluie a commencé à tomber. Geneviève avait oublié son parapluie et s’abritait avec moi d’abord, avec Marie-Annick ensuite, mais cela forçait de plus en plus en pluie, et arrivée devant l’église, la procession avait disparu, les femmes rentrant dans toutes les maisons pour se mettre à l’abri, et, on apercevait au loin quelques groupes qui se hâtaient vers le cimetière. Nous avons enfilé à grande allure la rue des Ecus, arrivées au cimetière, il n’y avait que M. l’Abbé qui, sous la pluie, récitait tranquillement le chapelet, et les enfants trempés de pluie. Il faisait pas mal de vent, et l’averse est devenue torrentielle, j’ai fait rapidement le tour des tombes pour y mettre des brins de buis, quand je suis redescendue, plus personne, les enfants eux-mêmes étaient partis. La pluie était de plus en plus torrentielle, et cependant on apercevait un peu de bleu dans le ciel. L’eau remplissait mes souliers et me coulait jusqu’au coude dans le bras qui tenait le parapluie. J’étais trempée en arrivant à l’église, les hommes n’étaient pas sortis, et la cérémonie s’est terminée à l’intérieur !… Quelques minutes après, le soleil paraissait ! Le soir, le manteau de Geneviève n’était pas sec ! Lundi, journée encore assez remplie et grand vent. Jacques est allé à la Roche au début de l’après-midi, espérant cueillir Jean et Jacqueline au train de 3 heures, mais personne ! On lui a annoncé que le train de Paris avait eu pas mal de retard, n’avait pu avoir la correspondance à Nantes, et que les voyageurs de Paris arriveraient à 6 heures à La Roche. Jean et Jacquie nous sont donc arrivés par le car du soir, pour dîner. Il y avait, depuis le matin, grève des chemins de fer à Paris, leur train était parti après quelques difficultés, avec une bonne heure de retard ; la grève n’étant pas encore déclanchée en province, ils n’avaient eu aucune difficulté ensuite, sinon un bon retard. Mardi matin, sommes allés à la Roche, je voulais accompagner Yves chez Simonin, il l’a trouvé tout à fait bien, voilà j’espère, une chose terminée. Il pleuvait, j’ai fait quelques courses, passé un moment chez les Lesaffre, et rejoint l’auto, où nous avons pris les sacs des garçons pour rentrer – Pierre était venu à bicyclette, il était trempé en arrivant ici – Mercredi, rien de nouveau. Jeudi, déjeuné chez Grand-mère, et cela a été agréable et bien gai. Ne suis pas restée longtemps, il fallait m’occuper des brioches de Pâques et cela m’a donné beaucoup de travail. J’ai tout de même pu assister à l’office, mais après n’ai cessé de courir d’un côté et de l’autre jusque vers midi, pour voir les boulangers, rassembler les listes, trouver du beurre, recevoir les provisions. Après déjeuner, suis revenue ici, avons pesé, avec Marceline et Madeleine Bouchereau, toutes les denrées et fait la répartition entre les boulangers. Cela a pris pas mal de temps. Vendredi, Jacques passait la journée à Nantes avec les enfants, suis allée à l’office, puis quelques courses encore chez les boulangers, et ensuite, me suis mise à confectionner pas mal de choses pour les Gaillard de Montaigu, que nous recevions hier. J’ai fait le matin un biscuit de Savoie, dans l’après-midi des bouchées à la Reine, très bien réussies, deux Savarins, une crème pour les accompagner, et une mousse au chocolat pour garnir le Savoie ; Tout cela m’a occupé jusque vers 5 heures. A 4 heures et demie est arrivé un télégramme rappelant Jean à Lyon et cela m’a donné une tape ; Je m’y attendais cependant depuis le matin, les journaux avaient annoncé que les grèves de la SNCF allaient de mal en pis, et que les permissionnaires étaient rappelés – téléphoné aussitôt à Nantes, Jean était bien allé à la gare, mais un meeting s’y tenait et il n’avait pu avoir aucune indication – il a tout de même eu quelques renseignements aux Cars Drouin et a décidé de partir hier matin en car pour Paris et de là pour Lyon. Hier matin, la radio annonçait qu’un accord étant survenu, la reprise du travail allait avoir lieu, le journal annonçait que l’express de Lyon avait pu partir. Aussi, hier matin, au lieu de conduire seulement Jean à Nantes pour le car de 9 heures, Jacques est allé avec lui jusqu’à Nantes ; là, il y avait à la gare, une amorce de reprise du travail, on espérait que les trains circuleraient sur les grandes lignes. Jacques a donc ramené le garçon ici pour la journée, et il est parti hier soir par le car de 7 heures aux Lucs ; espérons qu’il a eu son train hier soir et est à Lyon maintenant ! Cela nous a fait grand plaisir de l’avoir hier bien que nous soyons bien privés de ne pas l’avoir aujourd’hui, pour le jour de Pâques ! Passé une bonne journée en compagnie des Gaillard, les jeunes étaient gais et le déjeuner bien réussi. Fait dans l’après-midi un petit tout à l’église et à la grotte comme d’habitude. Geneviève a fait cette semaine un très gros travail, elle a entrepris de repeindre et de tapisser sa chambre, mais pour cela, il fallait enlever l’ancien papier, en bon état, mais très démodé, et ce papier tenait très solidement aux murs, aussi il a fallu le décoller et le gratter petit morceau par petit morceau, et cela a été un travail considérable, elle a donc gratté tout ce papier la semaine dernière, et, cette semaine a peint la porte, la fenêtre, les tuyaux de chauffage, le radiateur, ainsi qu’un petit meuble qui doit lui servir de penderie. Elle s’absente cette semaine pour aller, ainsi que Jacquie, faire un camp à Ligugé avec les jeunes filles de leur pèlerinage à Rome, mais la semaine prochaine, elle tapissera sa chambre, ce qui sera encore une besogne bien minutieuse et ensuite, elle sera installée à son goût. Les garçons partent mardi matin à leur camp scout ; Pierre reviendra peut-être jeudi soir ou vendredi matin, mais Yves samedi soir seulement, car il doit participer à un grand raid, où ne sont acceptés que les « durs ». Il est bien maintenant et ne souffre plus de sa sinusite. La grand-messe sonne, nous venons de porter les brioches de Pâques à l’église où elles seront bénies, elles sont très belles et très réussies, c’est déjà quelque chose…. Nous allons partir à la grand-messe, goûter la joie pascale et recevoir le Christ ressuscité. N’ai pu, en raison du départ de Jean, assister à l’office d’hier matin, et cela m’a beaucoup privée.

Dimanche matin 1er avril

Une semaine relativement reposante, et cependant très remplie, car j’ai profité de ce calme passager pour faire beaucoup de choses en retard, si bien que j’ai été en somme très occupée. Cela m’a fait du bien cependant. Dimanche, nous avons eu une grand messe de Pâques et ensuite la distribution des brioches, ce qui m’a pris beaucoup de temps, mais s’est bien passé cependant ; suis arrivée pas mal en retard à déjeuner. Assisté ensuite aux Vêpres, puis nous avons profité de ce qu’il ne faisait pas trop mauvais, puis qu’il ne pleuvait pas, pour aller à la Faucherie voir Odile Louineau à qui nous avions promis une visite depuis son mariage. J’ai eu ensuite pas mal de temps pour écrire, et suis arrivée à terminer le récit de notre voyage à Rome – depuis plus de deux ans qu’il était commencé, ce n’est pas trop tôt – J’ai beaucoup d’autres choses à écrire maintenant. Lundi, branle-bas matinal, les filles partaient à Ligugé et devaient prendre un car à la Roche à 7 heures ½. Lever à 6 heures pour les derniers préparatifs, Jacques est allé les conduire, mais là-bas, il n’y avait pas de car. Elles ont eu un train vers 9 heures ½. Si nous nous avions su, nous ne nous serions pas levés aussi tôt. Dans l’après-midi, sommes allés aux Sables, par un temps douteux. Nous sommes d’abord promenés sur la petite jetée, qui est très belle et que nous avons eu plaisir à retrouver, les abords en sont encore bien encombrés et l’accès difficile. Avons vu la piscine et le casino en construction et sommes allés jusqu’à la place Foch. Revenus à la maison, Jacques a pris le temps de tailler les treilles, puis, avec l’auto, sommes allés à Cayola. La mer était assez calme, mais le temps devenait franchement mauvais, et nous n’avons eu que le temps de monter dans l’auto pour éviter un bon grain, aussi sommes revenus sans tarder. Mardi matin, c’était le départ des garçons, mais un peu moins matinal ; ils ont pris leur petit déjeuner un peu plus tôt, et sont partis à bicyclette par une petite pluie fine qui a augmenté ensuite. Ne suis sortie ce jour-là que pour aller chez Maman, allongé des manches de chandail à Yves, tricoté des petits chaussons que je voulais offrir, et mis à l’ordre bien des petites choses. J’étais très tranquille, Jacques étant à la foire des Lucs, Anne déjeunait chez Maman et c’était pour moi un grand repos et une détente. J’ai pu aussi, chaque jour depuis mercredi, assister à la seconde messe, Thérèse se chargeant de lever Anne, et cela m’a permis de me reposer une demi-heure de plus. Mercredi, par exception, un beau temps, un peu froid cependant, mais bien agréable ; j’en ai profité pour faire une visite promise à la Robière. Passé un petit moment chez Maman en rentrant ; Le lendemain, par contraste, très mauvais temps, il a neigé un peu le matin, puis ensuite nous avons eu du vent du Nord et une pluie très froide…. Je suis allée chez Maman retrouver Anne qui y avait déjeuné. Vendredi, Tachou n’est pas sortie, elle n’était pas très bien, peut-être un peu d’embarras gastrique, peut-être des vers, elle n’avait pas de fièvre, mais pas d’appétit, un peu mal à la tête, je l’ai laissée à la diète et lui ai donné un petit vermifuge. L’après-midi, pendant que j’allais chez Maman, elle est restée avec Thérèse, mais a trouvé le temps très long. Pierre est arrivé ce jour-là pour déjeuner, et ils ont un peu joué ensemble le soir, mais se sont aussi chamaillé, bien entendu. Dans l’après-midi, un coup de téléphone des filles, nous a annoncé qu’elles ne rentreraient que samedi soir. Hier, Yves est arrivé pour déjeuner, très content de son camp et de son raid, fait en compagnie de Jean-Pierre et d’Antoine ; Il a été totemisé sous le nom de « Cavale flegmatique », mais il a les jambes couvertes d’égratignures. Fait quelques visites hier après-midi. Les filles sont arrivées par le car, je crois qu’elles ont eu un camp intéressant, mais elles étaient un peu fatiguées. Hier, au passage, elles ont pu visiter quelques églises de Poitiers. La grand-messe commence à sonner, je n’aurai pas le temps de faire grand-chose aujourd’hui, j’ai préparé des croûtes aux fruits pour le déjeuner, et, cet après-midi, nous allons à Saint-Denis, pour une pièce. Les garçons partent mardi soir. Reçu vendredi matin une lettre de Jean – il a fait un bon voyage, bien que son train ait eu deux heures de retard – Le jour de Pâques et le lundi, il n’avait rien à faire, aussi, le lundi, il est allé à Vaugneray, où il a vu son oncle et sa tante, ainsi que les Milou Granger, il est même resté dîner. Mardi, il est parti à Chamonix et venait à peine d’y arriver quand il nous a écrit. Terminé mon chandail qui m’a donné beaucoup de travail, mais paraît bien réussi, ma liseuse sera vite faite maintenant, je l’espère, mais j’ai beaucoup de travail en perspective pour après.

Dimanche matin 8 avril

Je me presse, j’ai juste un moment avant la réunion de la Ligue et toute ma journée sera très remplie ensuite. Cet après-midi nous devons aller aux Lucs pour la finale de la Coupe de la Joie, et cela nous prendra presque jusqu’au dîner, si bien que je n’aurai le temps de rien faire, ou à peu près. Par extraordinaire, il fait beau aujourd’hui, c’est-à-dire que ce matin il y a du soleil, mais il n’est pas dit que cela dure ; nous avons eu, à part mardi, un bien mauvais temps cette semaine. Dimanche, sommes allés donc à Saint Denis pour voir « Ces dames aux chapeaux verts », c’était gentiment joué, et nous avons passé une agréable après-midi. Lundi, rien de nouveau, sommes allés chez grand-mère comme d’habitude ; Mardi, Jacques et moi sommes allés à Aizenay pour le mariage d’Irène Chevillon. Tout s’est passé comme d’ordinaire ; le repas a été tardif, si bien qu’il était plus de 5 heures quand nous sommes sortis de table. Avons vu bien des personnes de connaissance, dansé un peu, mais nous ne nous sommes pas attardés parce que les garçons rentraient le soir. Sommes revenus ici pour dîner et avons assisté à leur départ pour La Roche, je suppose qu’ils sont arrivés à bon port. Mercredi, les filles et Marie-Annick, se sont embarquées de bonne heure pour Challans, où elles allaient passer la journée chez Simone Bichon. Suie allée à la messe de mariage Péchereau, la mariée était bien et le cortège d’honneur, en vert et blanc, assez réussi. Suis allée l’après-midi chez Maman. Jeudi matin, bien à faire de tous côtés. L’après-midi, il y avait le conseil de révision, aussi, je me suis mise, après déjeuner, à confectionner des petits gâteaux pour ces « messieurs » ; Comme j’avais par avance quelques petites galettes de maïs, cela a été vite fait. Le préfet n’était pas là, mais il y avait le secrétaire général et plusieurs maires, M. Lefebvre, le commandant Maguet, le docteur Allègre et un major qui réside actuellement à Coëtquidan et y était certainement en même temps que Jean. Cela s’est prolongé presque jusqu’au dîner. Sommes allés ensuite à la Genétouze applaudir « Le grillon du foyer », c’était d’ailleurs très réussi. Vendredi, réunion de la Ligue pour le bourg ; nous étions très peu et cela a plutôt l’air d’un petit cercle d’étude, y aura-t-il du monde aujourd’hui ? Hier après-midi, suis allée chez Marguerite, puis chez Maman, puis à l’église pour ma confession. En rentrant ici, trouvé Marie-Annick et Annie qui sont restées presque jusqu’au dîner. La semaine a été vite passée. J’ai terminé ma liseuse à un détail près… elle est jolie et confortable. Vais me mettre à présent à faire une série de paletots de bébé. Marie Barreteau a eu dimanche soir un gros garçon – son cinquième – cela a été difficile, mais s’est bien terminé. Nous sommes allés la voir mercredi après-midi, en reconduisant le bébé après le baptême ; seulement Solange se marie le 17 et Marie sera à peine debout. Le bébé de Ginette Baron est attendu depuis le 15 mars et n’en finit pas de venir. Il y a des naissances aussi attendues chez les mariés de l’année dernière au Moulin-Guérin…. Lettre de Jean hier matin, il fait du ski, mais pas sur les pistes classiques, il ne se sent pas assez fort pour cela, et prend de nombreuses bûches, il ne dit pas combien de temps il restera à Chamonix. Reçu ces jours derniers une lettre de Brides me donnant les prix de la saison au Savoye ; si rien ne survient, Geneviève et moi, y partirions dès le 1er juin, et ce sera encore vite venu.

9 heures 20 – Nous venons de dîner, après avoir assisté aux Lucs à la finale de la Coupe de la Joie ; il y avait beaucoup de monde et le spectacle en valait la peine ; il y avait de très gentilles choses. Ce matin, la réunion s’est bien passée, mais si peu de femmes, neuf seulement… La pauvre minette a eu hier une bien mauvaise journée, elle a eu des petits chats qui sont morts et toute la journée elle les a pleurés avec des miaulements déchirants ; hier soir encore elle ne pouvait se consoler, maintenant elle semble calmée.

Dimanche matin 15 avril 1951

Onzième anniversaire de la mort de notre petit Bernard chéri ; depuis quinze jours j’ai suivi par la pensée les phases de sa maladie…. Jusqu’au soir, j’ai eu un peu d’espoir. A partir du dîner seulement je me suis rendu compte que la fin approchait… Je revois encore la façon dont il nous a regardés Sœur Angèle, Jacques et moi, quelques minutes avant de mourir et la dernière cuillérée d’eau de Lourdes qu’il a bue…..J’ai toujours la même peine, le regret si cruel du bébé que j’ai perdu, et qui serait maintenant un grand garçon, un petit collégien qui, de temps à autre, nous viendrait avec ses frères, et pourtant, il est tellement plus heureux au ciel….J’ai essayé de parler de tout cela à Anne ce matin, en l’habillant, mais elle est encore petite ! Les lilas blancs ne sont pas encore fleuris cette année, ces lilas dont nous avions entouré le petit berceau. Le 15 avril est aussi l’anniversaire de la 1ère communion de Jean… Que Dieu le garde toujours, maintenant qu’il est un homme et le bénisse. Nous avons eu de ses nouvelles jeudi, il est à Chamonix jusqu’au 21, et hier, a envoyé à Anne une carte représentant le Mont-Blanc. Une semaine bien remplie encore cette fois-ci. Lundi, c’était la foire de La Roche, et il faisait bien mauvais, surtout le matin. Nous avons eu encore une réunion bien intéressante chez Mme Coutansais. Fait pas mal de courses et ai été effrayée du prix de la laine, d’autant plus que j’en avais beaucoup à acheter. Mardi, nous sommes allés à Nantes, mais partis assez tard, parce que Jacques avait un mariage à faire avant, aussi la journée a été chargée. Sommes allés à la foire, où il y a des choses intéressantes, particulièrement dans les machines à laver et machines à coudre ; une de celles-ci a tellement intéressé Jacques que, malgré son prix élevé, nous allons peut-être nous décider à l’acheter ; si les filles veulent coudre, il vaut mieux qu’elles aient un instrument plus pratique que la machine à main, qui, pourtant depuis vingt ans a cousu tant de choses. En fin de journée fait quelques courses, et me suis acheté un imperméable, dont j’avais besoin depuis longtemps, c’est une bonne gabardine qui me rendra bien service. Sommes rentrés plutôt tard ; Mercredi, fait ma journée au lait déchloruré, selon le programme habituel ; restée au lit le matin, écouté des disques l’après-midi en tricotant et me suis couchée de bonne heure, j’en ai profité pour faire pas mal de choses, je suis dans une série de paletots de bébé, j’en ai fait un pour le dernier garçon de Marie Barreteau, j’en ai commencé un autre hier pour la jeune Catherine Baron, dont nous avons appris la naissance mardi matin et j’en ai trois autres à faire pour les « Moulin-Guérin ». Ce sera encore vite fait. Les trois derniers jours, suis allée chez Maman et vendredi chez Mme Lucas. Cet après-midi, je dois aller à la Genétouze pour assister Mme Duchaîne, dans une réunion de la Ligue. Mardi, nous allons au mariage de Solange Maindron, et samedi soir, je pars à Chaillé pour une retraite de 5 jours…. Vendredi soir, sommes allés à une séance de cinéma à La Roche, au profit du Secours catholique, on donnait « Cendrillon » de Disney, que j’ai pourtant moins aimé que « Blanche Neige » et un documentaire ravissant « La vallée des castors », lequel me rappelait les livres de Grey Owel que j’ai donnés à Yves…. Depuis deux jours il fait beau, c’est-à-dire que c’est assez relatif, et, si le soleil est bon, le vent est froid et, avant-hier, j’ai dû allumer le chauffage tout l’après-midi… Geneviève et son Papa travaillent chaque soir à la tapisserie de la chambre, ce sera maintenant vite fini, mais leur a donné tout de même un peu de peine.

Chaillé, samedi soir 21 avril

Premier soir de la retraite… Jacques et Geneviève sont venus ce soir me conduire à La Roche, Geneviève devant attendre au train de Challans ses amies Crochet, qui passent à la maison la journée de demain. Nous nous sommes arrêtés quelques minutes chez Corvaisier pour prendre ma montre et Jacques n’a pu ensuite mettre l’auto en marche, si bien que nous sommes allés à pied à la gare routière, Geneviève portant ma valise, et je ne sais pas comment ensuite ils se sont débrouillés pour partir. Quand le car descendait la rue de Bordeaux, l’auto y était venue je ne sais comment, et Jacques et Geneviève à côté. Comment ont-ils fait ensuite ? Cela me tourmente un peu. Je voudrais cependant penser le moins possible à ce que j’ai laissé à la maison, à la santé de Jacques qui me tracasse toujours un peu, aux garçons qui doivent à cette heure déjeuner au Poiré, et que je ne verrai plus. J’ai préparé à l’avance le plus de choses possible, les filles se débrouilleront pour le reste. Fait bon voyage hier soir ; depuis Luçon, causé un peu avec le Père Vignaud, qui voyageait avec moi…. Ce matin un peu de pluie, mais le soleil essaie de paraître. Retraite très différente des autres, moins d’instructions, que des méditations, et pas mal de travail personnel, solitude et silence….

Dimanche après-midi à la Genétouze ou je me suis retrouvée avec Mme Duchaîne, réunion intéressante mais bien peu de monde : manque d’intérêt ou les responsabilités ? Jacques m’avait conduite en auto, fait une partie du retour à pied ; c’était un délicieux jour de printemps, le premier, d’ailleurs. Sommes allés ensuite au cimetière porter des myosotis et quelques camélias blancs au cher petit. Lundi, rien de nouveau. Mardi, le mariage de Solange Maindron ; Marie était debout, toute vaillante, mais très pâle. Rien de très nouveau depuis ; jeudi matin à La Roche où j’ai vu les garçons. Une lettre de Jean cette semaine, il a dû rentrer à Lyon hier. François a été décoré par de Lattre de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre avec palme pour avoir brillamment repoussé une attaque contre son poste. Vendredi, suis allée chez Maman. Jeudi soir, la pièce jouée par les hommes « Maître après Dieu », c’est admirablement bien joué par trois Talonneau et quelques autres ; la pièce elle-même est très belle, mais on a nettement l’impression que c’est trop élevé pour le public, et que cela n’intéresse pas grand monde.

Dimanche soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 22 avril 1951, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une journée passée et vite passée sans que le silence et la solitude m’aient pesé le moins du monde ; journée d’ailleurs très remplie. Lever à 7 heures, méditation et messe. Une autre méditation après le petit déjeuner ; un peu plus tard une instruction. Après déjeuner, récréation silencieuse, que nous avons presque toute employée à nous promener dans le parc, priant et lisant. Le parc est d’ailleurs bien joli, avec la verdure nouvelle des marronniers et des tilleuls, les boutons d’or dans l’herbe et les tapis de pervenches. J’aime à aller jusqu’au bout, et du pavillon délabré, contempler la plaine, qui fut autrefois la mer. Un peu plus tard, encore une méditation, puis un assez long temps libre, et un autre avant le dîner. Avons récité ensuite le chapelet en faisant le tour du parc ; le soleil se couchait dans une très légère brume, et me rappelait, avec un ciel plus pâle, le soleil couchant d’Assise, au-dessus de la plaine d’Ombrie.

Lundi soir 23 avril

Un mot seulement en terminant cette seconde journée de retraite, journée vite passée. Le silence ne pèse pas le moins du monde, parce que la journée est, en grande partie, une conversation avec Dieu….

Mercredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 25 avril 1951, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Journée d’hier vite passée aussi ; elle a été celle de la confession que j’ai préparée en faisant, comme bien souvent, le tout du parc….

Jeudi 26 avril

Anniversaire de la Première Communion de Jacquie qui sera aussi la date de mon engagement solennel. Dernier jour de Chaillé, demain nous serons à Luçon… Au début, j’ai été un peu surprise et déroutée, puis après intéressée, et maintenant tout à fait conquise… je me dis que je reviendrai tous les ans si je le peux ! Nous avons eu hier une journée bien remplie – méditations, exercices – le déjeuner était un repas de fête – menu plus copieux et plus soigné – fleurs sur la table, café, au dessert, les Pères sont venus nous demander nos impressions de retraite. Il faut dire que, à la fin du repas, le silence a été levé, ensuite il a été pris une photo, ou des photos dans le jardin, puis la cloche a donné le signal du silence….J’ai fait mon tour de parc en récitant les litanies des Saints, n’ayant pu avoir hier matin la Procession de Saint Marc.

Messe ce matin, bien entendu précédée d’une méditation, une autre méditation à 10 heures… Nous avons eu ensuite une cérémonie très touchante, en même temps que très importante ; l’imposition d’insignes, bénits, qui ne sont pas seulement pour nous des souvenirs de retraite, mais que nous devons porter toujours avec fierté, et le plus possible… et nous avons échangé le baiser de paix. Nous étions 20 ou 21 retraitantes, nous ne nous connaissions pas ou à peine, nous avons à peine fait connaissance hier, et encore pas avec toutes….

Dimanche matin 29 avril

N’ai pu venir ici depuis mon retour de Chaillé, les occupations m’ont reprise, et aussi le train habituel de mes journées, mais il faut désormais que l’esprit dans lequel je vis mes journées, dans lequel j’accomplis mon travail, soit désormais transformé, et que cette retraite à Chaillé soit pour moi le commencement d’une vie nouvelle sans craindre les critiques… et l’incompréhension…Je reprends donc ces derniers jours, l’après-midi de jeudi a été vite passé… pour la cérémonie de clôture, renouvellement des vœux de baptême qui vient préciser de façon formelle notre engagement à Dieu ; il y a eu ensuite la bénédiction, et la vénération des reliques de Sainte Thérèse. La retraite était terminée. Quelques unes qu’on était venu chercher sont parties aussitôt, mais la plupart sont restées dîner… Nous sommes couchées assez tôt, mais il a fallu se lever dès 5 heures pour être prêtes pour le car, un peu après 7 heures… (à Luçon) j’ai retrouvé un petit groupe de femmes qui débarquaient du Poiré, ainsi que deux paroissiennes de Saligny. Nous sommes allées déposer les sacs à Sainte Ursule, où nous devions aller déjeuner, puis il était l’heure de regagner la cathédrale, le car des Lucs y arrivait comme nous, avec les femmes de Belleville et de Beaufou également…. Déjeuner à Sainte Ursule, c’était parfaitement inconfortable, mais nous étions groupées entre paroissiennes, et cela valait mieux. Le temps gris et un peu froid le matin s’était arrangé… Meeting très intéressant… La réunion s’est terminée au chant du Credo, puis toute l’assistance s’est rendue à la cathédrale pour la bénédiction. J’ai vite couru chez les Pères pour récupérer ma valise, j’ai pris la bénédiction du fond de la cathédrale, puis il était temps de prendre le car. Voyagé avec mon petit groupe du Poiré et causé avec quelques unes, c’est tellement nécessaire. Débarqué ici avant dîner et trouvé Geneviève à la maison, Jacquie était partie à Nantes du matin, Jacques n’a pas tardé à rentrer et Anne est arrivée pour dîner. Hier matin messe, je voudrais bien reprendre ma messe chaque matin ! Repris ensuite les occupations habituelles. Suis allée chez Maman hier matin, en revenant de la messe, et au début de l’après-midi. Suis rentrée ici pour avoir, à 4 heures ½, un concert Chopin qui m’a fait infiniment plaisir. Essayé de dire mon chapelet hier soir dans le jardin, mais il faisait froid et j’ai dû y renoncer… Jacques vient de partir pour Luçon avec une voiture pleine d’hommes, Bretaudeau y emmène aussi un groupe, mais pour bien faire il aurait fallu avoir un car….

Jeudi 3 mai – Ascension

Encore une journée qui paraît assez chargée, j’ai à écrire un peu ce matin, une lettre un peu pressée, des comptes, et cet après-midi, nous allons au Mois de Marie de Montorgueil, peut-être à celui de la Maldemée, si bien que nous ne reviendrons que pour dîner et je n’aurai le temps de rien faire… Aujourd’hui, il paraît faire beau et cela fait plaisir ; nous avons eu au début de la semaine quelques jours lamentables … il n’y avait que 13° dans la maison, et, si nous n’avions pas été fin avril, nous aurions très certainement rallumé le chauffage…. Dimanche, Jacques est arrivé à peu près à l’heure du dîner, très content de sa journée à Luçon, et émerveillé de la décoration des rues de la ville ; la messe pontificale a été splendide et la procession l’après-midi très belle ; il y avait d’ici un groupe assez restreint mais sympathique. Pour nous, cet après-midi-là, en rentrant des Vêpres, nous avons trouvé ici Marie-Josée Lancelot, Andrée Boyer et Madée sont venues un moment après, et Marie-Josée, étant parties avec elles voir Marguerite, est revenue ensuite un moment. En fin d’après-midi, on a eu la visite de Bulteau, qui n’a pas d’inscriptions pour aller à Rome ni à Fatima cette année. Lundi après-midi, suis allée chez Maman et chez Mme Dorion, mardi, chez Mme Lucas, si bien qu’après tout cela il ne me reste pas beaucoup de temps pour faire mon travail. Hier, passé l’après-midi à Nantes, nous devions y partir vers 11 heures ½, Jacques n’étant pas libre avant, mais finalement sommes partis à midi moins dix, nous étions quand même là-bas pour déjeuner et avons passé l’après-midi à faire des courses. Acheté des tissus pour les robes d’été des filles, mais pour cela, il a fallu courir tous les magasins, ce qu’elles ont trouvé d’ailleurs fort intéressant. Nous avons de quoi faire, deux robes et un corsage pour Geneviève, une jupe à Jacquie et une robe pour Anne, toutes deux n’ont qu’à travailler, mais Geneviève surtout, avec son travail à l’étude, aura bien à faire. Aujourd’hui l’Ascension ; l’église doit être toute décorée avec du genêt blanc du jardin. Sœur Gertrude était ravie…..

Dimanche 6 mai

Je n’aurai guère de temps à moi aujourd’hui, c’est la fête de Jeanne d’Arc, et tout à l’heure il va y avoir défilé, et rassemblement au Monuments aux Morts ; le président des A.P.G (Ass. des prisonniers de guerre) doit y prononcer un discours et Jacques dire quelques mots, ainsi que chaque année – c’est aussi l’anniversaire de la Libération ; six ans sont passés et la paix du monde est loin d’être rétablie, au contraire, partout il y a des sujets d’angoisse et la paix n’est pas près de nous. Dans sa dernière lettre, Jean nous faisait prévoir un départ en Indochine pour la fin de l’année sans doute. Après, j’irai à la grand-messe avec les filles, et, cet après-midi, nous allons au Mois de Marie de l’Aumère et de la Pampinière, ce qui fait que certainement nous ne rentrerons pas de bonne heure pour dîner…. Rien de très nouveau depuis jeudi, après les Vêpres, sommes allés au Mois de Marie de Montorgueil, avons emmené Maman qui était bien contente et revoyait toutes choses avec plaisir. Vendredi, une réunion de la Ligue, nous n’étions que cinq, cela a fait un bon petit cercle d’études, bien vivant et intéressant, mais il faudrait que nous soyons un peu plus nombreuses… Hier, journée assez chargée, la matinée à La Roche pour voir les garçons et faire quelques courses, il faisait chaud à marcher et c’est assez fatigant. Après déjeuner, un petit moment de répit, puis suis allée à la tannerie, où j’avais à faire de la part de Jacques, puis chez Marthe Fournier ; passé un moment chez Marguerite, et j’arrivais chez Maman quand Anne m’a dit que Pierre et Geneviève (Bouliau) étaient à la maison ; je suis rentrée en vitesse, en réalité ils n’y étaient pas, mais s’étaient rendus avec Jacquie chez le docteur Lucas afin de lui demander des renseignements pour un élevage de poulets, et n’ont passé ici qu’une minute avant dîner. Je suis toujours bien occupée par des tas de choses, rangements qui n’en finissent pas, courses, visites – obligatoires – tricots. J’ai toujours ces petits paletots de bébé à faire et les ai abandonnés – momentanément – pour faire un petit vêtement gris pour Anne, afin qu’elle le porte sur une robe rouge que Jacquie lui a terminée. Temps un peu moins mauvais depuis hier, mais vendredi, il faisait un triste temps, avec un grand vent froid et des averses. Tout serait si beau maintenant, s’il y avait du soleil et du ciel bleu.

Dimanche matin 13 mai – Pentecôte

Je me presse, je n’ai que très peu de temps à moi. Il y a après la messe de 9 heures réunion de la Ligue, et il est 9 heures et demie, aussitôt après, nous partons déjeuner chez les Denis et n’en reviendront peut-être pas très tôt. Après dîner, il y aura des préparatifs pour notre journée demain à Solesmes, et il nous faudra nous coucher de bonne heure, car le lever sera matinal, il nous faut partir à 6 heures ½, afin d’arriver là-bas pour la grand-messe qui est à 10 heures…. Dimanche sommes allés, comme prévu, au Mois de Marie de la Pampinière et de l’Aumère, sommes rentrés dans toutes les maisons et sommes revenus à la nuit. Maman et les enfants avaient dîné sans nous attendre. Lundi, mon travail habituel, qui ne manque jamais. Mardi, une messe de mariage qui nous a pris une partie de la matinée. Suis allée chez Maman l’après-midi. Mercredi, mariage Martineau, de la Buzenière, y sommes allés Jacques et moi, c’était simple mais pas mal, sommes revenus avant le dîner, mais n’avons presque rien pris en rentrant, Jacques et moi, d’abord parce que nous avions déjeuné un peu tard, et ensuite parce que nous allions au théâtre de La Roche, où une tournée nous donnait « l’Annonce faite à Marie ». Nous n’avions pas retenu nos places à l’avance, et avons dû nous contenter de ce qui restait, c’est-à-dire de quelques places au poulailler. Malgré ce manque de confort, n’avons pas regretté ; nous avons été vraiment intéressés par la pièce, qui est remarquable et extraordinairement puissante. Yves était venu nous rejoindre, et je suis sûre qu’il en a bien profité aussi ; Jeudi, déjeuner chez Maman, puis suis allée voir Mme Baron, ainsi que Renée ; en suis revenue assez tard. Samedi matin, fait un Savarin et des bouchées à la Reine pour recevoir hier Pierre et Geneviève Bouliau. Suis sortie un peu l’après-midi. Hier, reçu donc Pierre et Geneviève et sommes allés au cinéma le soir, mais le film, qui aurait pu être très beau, était mauvais comme lumière et comme son, et cela nous a gâché notre soirée. Fini hier le paletot destiné à Anne et elle va le mettre pour aller à Montaigu aujourd’hui, après quoi je le rectifierai un peu. La pauvre fille est très enrhumée depuis quelques jours, je l’ai gardée à la maison hier pour surveiller cela et lui donner du sirop ; ces quelques jours de vacances vont sans doute la remettre et je voudrais bien éviter la rhino-pharyngite. Bonnes nouvelles de Jean, il a eu cinq défilés en huit jours, et c’est lui qui, à chaque fois, commandait le piquet d’honneur. Les Granger sont partis jeudi soir de La Haye, et ont dû débarquer à Alger ce matin, nous aurons, d’ici peu, des nouvelles de leur traversée. Les garçons sont arrivés vendredi soir, tous deux ont apprécié les bouchées, le gigot et le savarin d’hier. Yves a peut-être la figure plus tirée ; l’examen est maintenant bien proche.

Dimanche soir 20 mai

Bien des choses encore aujourd’hui, et peu de temps devant moi, car il est déjà tard ; nous venons de dîner, et je voudrais bientôt me coucher… Avons passé la journée aux Sables, c’était la Première Communion, le jour où notre petit Bernard chéri aurait renouvelé les promesses de son baptême, et il nous aurait été pénible de ne pas le voir parmi les enfants de son âge. Je sais bien qu’il est tellement plus heureux au Ciel…. Mais cela n’empêche pas la peine ! Nous sommes donc partis vers 9 heures ce matin, temps un peu brumeux, mais qui paraissait vouloir se lever. La grand-messe n’étant qu’à 10 heures ½, nous avons eu le temps de nous promener un peu avant… Sommes rentrés ensuite préparer le déjeuner, le poulet et les légumes ont été vite cuits et nous avons eu un repas bien tranquille. Pendant ce temps le ciel s’assombrissait, le vent soufflait de plus en plus fort et il a même plu un peu, aucun espoir d’aller l’après-midi s’asseoir sur la plage, aussi nous ne nous sommes pas pressés à sortir ; nous avons fait la vaisselle, mais tout en ordre et pris le temps de discuter au sujet de quelques réparations à faire – certaines en juillet si possible - Sommes sortis seulement vers 5 heures pour aller sur le petite jetée et sur le Remblai. Au retour, avons fait goûter Anne, suis allée une minute chez Mme Tapissier, chez Mme Dereure, et nous sommes partis vers 7 heures. Nous étions ici un peu avant 8 heures en même temps que Thérèse qui revenait d’un repas de Première Communion ; le dîner a été vite fait et vite expédié. Anne va se coucher, je crois que le grand air lui aura donné sommeil. La mer était plutôt houleuse ce soir, avec de grosses lames et des teintes changeantes selon le jeu des nuages, mais ce n’était vraiment pas le temps rêvé pour le mois de Mai. Passé dimanche une bonne journée chez les Denis ; nous avons déjeuné, fait un tout dans leur propriété, goûté, et sommes rentrés ici, non pas pour dîner, parce que personne n’avait faim, mais pour l’heure du dîner. Fait ensuite les préparatifs pour le pique-nique du lendemain à Solesmes. Lundi matin, lever matinal, et départ avec un quart d’heure de retard seulement sur l’horaire, il faisait beau, mais le temps ne paraissait pas très sûr. Fait bon voyage, par Montaigu, Cholet, Angers et Durtal, set sommes arrivés, un peu après 9 heures ½, mais il y avait un monde fou et il fallait faire queue. Nous avons réussi cependant à rentrer, mais étions mal placés ; j’entendais, mais ne voyais rien. Jacques et les garçons, tout au fond de la chapelle, avaient la ressource de monter sur un banc et de voir, mais ils n’entendaient que faiblement. La grand-messe a cependant été très belle. A la sortie, vu un peu les Gaillard, qui étaient venus de Montaigu. Avons trouvé un coin un peu abrité, tout près de la Sarthe, et nous n’étions pas mal, malgré le vent froid. Le pique-nique s’est passé le mieux du monde, les enfants et Jacques ont mangé de bon appétit la salade d’araignée au riz, la charcuterie, le gigot froid, ainsi qu’un bon gâteau, confectionné par Jacquie. Nous avons ensuite flâné au bord de la Sarthe, puis sommes retournés à Solesmes où nous avons eu tout le loisir de visiter l’église abbatiale, la chapelle des Bénédictines et de nous promener le long de la Sarthe. A 4 heures ½, il a fallu faire queue pour les Vêpres, mais nous étions cette fois-ci très bien placés, et l’office a été splendide. Sommes partis vers 6 heures ½, mais, à Angers, au lieu de filer sur Cholet, nous savons suivi les bords de la Loire jusqu’à Ancenis… et il était près de dix heures quand nous arrivions ici. Anne était couchée, mais Thérèse m’a dit le lendemain qu’elle avait été fiévreuse toute la journée ; mardi matin, elle n’avait que 37°4, mais 38°3 le soir, aussi nous nous sommes décidés à ne pas partir aux Sables, et je ne l’ai pas regretté, car il fait tout de même un temps mauvais, froid et désagréable… Tous ces jours-ci, rien de neuf, suis allée chez Maman et vendredi à La Roche où il a fait de l’orage, et une pluie glaciale qui me faisait regretter de ne pas avoir un manteau d’hiver. Je prépare mon départ à Brides, mais je me demande bien ce que j’y porterai s’il fait toujours aussi froid ; je tricote un petit vêtement en laine zéphire grise qui me sera sans doute bien utile… Pas de nouvelles de Jean cette semaine, je me demande ce qu’il devient ! Les garçons sont rentrés mercredi soir, après avoir souhaité la fête d’Yves, l’anticipant un peu. Mardi nous recevons toute la bande Plessy, Gaillard et Hélène Denis ; elles nous resteront deux jours et Marie-Annick viendra déjeuner le mercredi, j’aurais pas mal de choses à préparer, d’autant plus que mardi Thérèse va à un mariage….

Dimanche 27 mai

Beaucoup de choses à écrire aujourd’hui et certainement peu de temps à moi ; les dimanches sont toujours très remplis. Aujourd’hui il va y avoir la première procession de la Fête-Dieu, bien que le temps soit plutôt douteux cet après-midi, nous allons à la Genétouze où Jacques est invité à la fête des Mères – avec remise de décorations – j’y suis invitée moi aussi ; enfin, ce soir, nous allons au cinéma à La Roche, aussi il ne me reste guère de temps. Cependant je suis moins bousculée que je ne le croyais parce que mon séjour à Brides est reculé jusqu’à une date indéterminée. Jean nous annonce son arrivée pour mardi matin ; il a une permission de trente jours maintenant et doit se tenir prêt à embarquer pour l’Indochine à partir du 1er juillet. C’est une déception à tous points de vue, non surtout pour mon séjour à Brides qui peut se remettre, plus ou moins commodément, mais parce que, tout en sachant ce départ pour l’Indochine certain pour cette année, nous croyions qu’il aurait lieu en octobre et non pas en juillet, ce qui donnait deux mois de plus à Jean en France, sa permission aurait été aussi plus agréable pour lui en juillet ou en août, avec ses frères en vacances, alors qu’en juin il ne verra personne, Yves surtout étant très pris par son bachot. Enfin nous tâcherons de nous accommoder le mieux possible des circonstances, de faire que le séjour de Jean ici soit aussi agréable pour lui que possible et aussi de faire provision de courage pour le jour où il faudra le laisser partir ; il y a eu quelquefois des départs pénibles, mais celui-là sera tellement plus douloureux ! En attendant, Jean pourra assister cette année à la journée des anciens de Richelieu, qui est justement mardi, et je suis sûre que cela lui fera bien plaisir.

Semaine passée pour moi très remplie, cependant je ne suis pas fatiguée, malgré un certain manque de sommeil. Les amies de Jacquie arrivant mardi, j’ai fait le plus possible de choses lundi, afin de ne pas être débordée ; j’ai confectionné des pâtes à tartes, deux gâteaux de Savoie, une fournée de palmiers, ce qui me permet de parer à bien des desserts. Mardi, j’avais bien à faire, Thérèse étant à un mariage et moi-même devais assister à une messe de mariage, aussi j’avais tout préparé de bonne heure pour me trouver libre, mais à 10 heures ½, Nicole a téléphoné qu’elles ne viendraient que pour dîner ; j’étais plutôt mécontente ; tout était prêt, elles auraient bien dû téléphoner un peu plus tôt ; enfin, le premier moment passé, je me suis arrangée et j’ai combiné mes menus autrement. Passé une après-midi relativement tranquille ; les jeunes filles sont arrivées le soir, par le car, et le dîner a été assez gai. Mercredi, nous avions Marie-Annick à déjeuner, Marie était absente, cependant je n’ai pas eu trop de peine ; après déjeuner, sommes allés à Palluau prendre Pierre et Geneviève pour aller visiter l’élevage de poulets du docteur Lucas ; il faisait un temps splendide, chaud même…. J’étais contente de voir comment se pratique cet élevage industriel de poulets, mais ce qui nous a le plus intéressés, c’est le troupeau qui se trouve dans les prés d’alentour, des charolais de race pure, d’une beauté remarquable ; un élevage de la sorte, pratiqué dans ces conditions, est bien plus intéressant que tous ces poulets en batteries, si remarquables soient-ils, et représente quelque chose de sain, de naturel, à côté de cette industrialisation qui, me semble-t-il, ne soit pas sonner de poulets si savoureux que ceux élevés au grand air. Sommes rentrés ici vers 5 heures pour le goûter des jeunes filles, il y avait en plus Marie-José Privat à passer l’après-midi, Jacquie avait fait des cakes et moi un savarin. Me suis ensuite occupée du dîner qui a été vite fait. Jeudi, matinée à La Roche, fait des courses et vu les garçons. Le soir, nous avions à dîner les abbés Boucher et Sacré, mais, vers 6 heures, un coup de téléphone nous a avertis que l’abbé Sacré avait été retenu aux Sables et qu’il ne serait à La Roche que vers 8 heures ½ ; nous avons décidé de dîner sans lui et de lui préparer ensuite un petit dîner ; par bonheur, la chose était encore facilement à arranger. Nous avons donc dîné à peu près à l’heure habituelle, avec l’abbé Boucher, puis les filles ont remis un autre couvert et nous avons fait dîner ensuite l’abbé Sacré avec l’abbé Pouzet qui l’avait conduit ici. Passé ensuite un bon moment, conversation intéressante – parlé avec l’abbé Boucher de la mentalité des enfants d’aujourd’hui, qui ne savent guère jouer et sont volontiers blasés, parlé de la joie que nous – riverains de l’océan – avons à vivre dans le voisinage de l’eau, que ce soit la mer, un lac, une rivière grande ou petite, Jacques comprend si bien cela…. Parlé des films, de « l’Annonce faite à Marie », de différentes choses, et la soirée n’a pas paru longue. Vendredi, journée à Nantes ; courses toute la journée pour achat de chaussures ; tout est bien cher. Temps lourd à marcher ou plutôt orageux ; j’ai eu grand plaisir à rentrer ici le soir. Les filles sont restées à Nantes pour la fête des Mères. Hier, journée à peu près tranquille…. N’ai pas été bousculée, j’ai même eu un moment dans l’après-midi pour tricoter tranquillement en écoutant des disques, il en est quelques uns que j’aime à passer de temps en temps, de préférence quand je suis seule, écouté avec infiniment de plaisir la Pathétique et les disques de Solesmes. Une visite d’Armande Brachet hier soir. Nous venons de déjeuner ; la procession n’a pu avoir lieu, une grosse averse étant arrivée lorsque les enfants sortaient ; elle a dû se faire à l’intérieur de l’église. Avons souhaité la fête des Mères en tout petit comité, puisqu’il n’y avait guère d’enfants ici ; Anne nous a offert des fleurs, à Grand-mère et à moi et j’avais fait un petit gâteau. D’ici un petit moment nous allons partir à la Genétouze.

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 28 mai 1951, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Assisté hier, comme convenu, à la fêtes des Mères à la Genétouze, avec remise de décorations à 24 mères de famille ; il y avait bien du monde et c’était très simple, très famille et très gentil. Le président de l’Association des familles a dit un petit mot, puis le maire un mot très simple également ; Jacques a dû y aller d’un petit discours, comme il sait le faire ; nous avons eu ensuite M. Rochereau, sénateur, qui d’abord, en termes très simples, s’est adressé aux enfants, puis il nous a montré toute la grandeur, toute la beauté du rôle maternel ; j’ai beaucoup aimé son allocution, peut-être cependant était-elle un peu élevée pour la plupart des auditeurs. Rochereau est très cultivé, très érudit, et surtout dans ses écrits et dans ses discours, il place tout sur le plan spirituel, ce que j’admire profondément, il y a tant de gens qui ne voient dans la vie que le côté, je ne dirai pas matériel, mais simplement humain, qui n’est pas forcément médiocre et banal, et il y aussi et surtout un côté divin, puisque notre destinée est de parvenir au ciel, d’être des élus, et de commencer ici-bas le royaume de Dieu et l’éternité…. Repris ces jours-ci les lettres de Guy de Larigaudie, j’y reviens souvent, il y a un tel amour de toute la création -œuvre de Dieu – en même temps qu’une vie intérieure si profonde. Hier soir, à la Roche, au cinéma, un très beau film « Dieu a besoin des hommes », c’est une très belle œuvre, dure, âpre, mais combien forte. Il peut y avoir bien des critiques à faire, cela sa place sur le plan surnaturel, et c’est une grande chose.

…..

Vendredi 1er juin 1951

Un peu de dépression nerveuse aujourd’hui, il y a longtemps que cela ne m’était pas arrivé, je vais tâcher de remonter cela sans tarder. Peut-être ai-je été un peu « tendue » ces jours-ci ; et puis, il y a eu la mort du lieutenant de Lattre de Tassigny, en Indochine, qui m’a secouée plus que je ne saurais dire et en plus quelques petites contrariétés, quelques petits ennuis. Prier le plus possible pour demander le secours divin.

Les Sables, dimanche 3 juin

Je reprends, un peu plus en détail, ma semaine depuis dimanche dernier. Nous sommes venus ici à la fête de la Mer ; cela faisait plaisir à Jean, sans doute aussi aux filles ; nous sommes partis après déjeuner et arrivés ici à peu près pour le défilé des bateaux. Il fait aujourd’hui un temps délicieux, d’autant plus apprécié que cela a été si rare cette année ; les bateaux étaient admirablement décorés, et le coup d’œil était ravissant ; sommes allés un peu ensuite sur la plage, Jacques et moi, et me suis assise sur le sable ; il faisait très bon, et j’étais heureuse de voir les bateaux évoluant dans la baie ; sommes ensuite allés sur la petite jetée assister au défilé du retour, puis les enfants sont allés rejoindre au débarcadère Marie-Annick et Annie Groleau qui leur avaient fait des grands signaux au passage. Je viens d’ouvrir la maison, de mettre en place le peu que j’ai apporté, dans une demi-heure je me mettrai à faire le dîner. Jacques se repose en regardant les passants, et je suis contente d’être un peu au calme. Anne n’est pas là ; elle devait passer demain matin, à l’école, une inspection médicale, aussi elle est restée, non sans un peu de peine, pour compenser, elle couchera chez Grand-mère, aura à son dîner du jambon et des cerises, et nous lui apporterons des sucettes demain. Jacques et moi rentrons demain soir, mais, s’il fait beau, les enfants resteront peut-être jusqu’à mardi soir. Ce matin, la procession du Saint-Sacrement, qui tout de même a pu avoir lieu ; elle a été très belle, avec une assistance très nombreuse, et je pensais à la pauvre petite procession qui a dû avoir lieu à Brides, et à laquelle j’ai assisté l’année dernière.

Rien de très nouveau au début de la semaine, passé une partie de l’après-midi chez Maman pour voir Françoise que je n’avais pas vue depuis plusieurs mois. Mardi matin, Jean est arrivé de bonne heure ; son Papa était allé à La Roche, son train étant vers 7 heures ; il a apporté tous ses bagages, y compris sa bicyclette, nous avons eu le temps de le voir un peu et de causer en prenant le petit déjeuner, puis Jacques et Jean sont partis pour La Roche, afin d’assister à la réunion des Anciens de Richelieu ; je suis partie avec eux et revenue par le car de midi. L’après-midi, une visite à Marguerite. Mercredi, suis allée chez Mme Lucas. Jeudi, déjeuné chez Maman, et y suis restée une partie de l’après-midi. Vendredi, un moment chez Mme Dorion. Hier, ne suis sortie que pour aller chez Maman et à l’église… Je pense partir à Brides quand Jean nous quittera, fin juin ; il faut qu’il soit le 28 à Lyon, et prêt à embarquer et à partir le 1er juillet. Lu hier un livre sur la guerre en Cochinchine, je sais qu’il date de plusieurs années, mais peut-être les choses n’ont-elles guère changé, j’aurai préféré ne pas le lire, je ne pense qu’à cela depuis et combien j’y penserai encore davantage quand Jean sera parti ! les garçons viennent déjeuner jeudi.

Jeudi matin 7 juin

Il faudrait, chaque jour, recueillir dans sons cœur les petites joies, et aussi les grandes, que Dieu nous envoie, et les lui offrir, en hommage de reconnaissance, au lieu de gémir sur les ennuis qui peuvent nous arriver. Aujourd’hui sera sans doute un jour heureux pour nous, et, d’ici longtemps, ces jours heureux seront peut-être assez rares. Nous aurons, autour de nous, à table, les six enfants et leur Grand-mère. Je ne voudrais pas trop penser, pour l’instant, au départ de Jean, bien que souvent, la nuit, cette pensée me tienne éveillée de grands moments et en prière pour ce cher petit ; je ne veux pas trop y penser, parce que, de tout mon cœur, j’espère que Dieu nous aidera et nous soutiendra dans l’épreuve. Aujourd’hui, matinée très remplie ; je veux préparer un bon déjeuner pour tous mes chéris ; j’ai une réunion de la Ligue à mettre au point, et bien des choses à faire, c’est à « aujourd’hui » que je dois m’appliquer. Hier, quelques heureux moments, les premiers rayons de soleil, tout roses, quand je suis rentrée le matin dans la chambre des garçons, l’odeur du foin et du trèfle qui sèchent. Il a fait mauvais pendant si longtemps….. Hier soir, à la Radio des chansons de marins qui m’on fait un immense plaisir.

Vendredi soir 8 juin

Après quelques journées vraiment bonnes, voici que depuis hier soir, cela ne va pas du tout. J’étais bien heureuse d’avoir passé de bons moments avec les enfants au complet, cela ne pouvait durer sans doute. A la suite d’un incident survenu pendant le dîner, je ne veux pas m’étendre là-dessus, j’ai les nerfs très secoués et j’ai de la peine à m’en remettre aujourd’hui. Après la prière, suis allée un peu dans le jardin, cela m’a fait du bien d’être seule un moment. La nuit a été pénible, je pensais toujours à la même chose et cela me déchirait le cœur. La messe de ce matin m’a rendu un peu d’équilibre, mais, voilà que, cet après-midi, à la réunion de la Ligue, nous nous sommes trouvées…. trois. Nous n’avons d’ailleurs pas fait de réunion, mais cela m’a mise de nouveau complètement à plat, et j’ai eu un après-midi très dur ensuite ; cela va un petit mieux maintenant, mais je suis moralement très lasse et découragée… Ce soir il fait froid, sombre, je voudrais un peu de soleil.

Dimanche 10 juin

J’avais un peu espéré un dimanche très calme, avec simplement les offices habituels et voilà qu’hier soir, un coup de téléphone de Jacquie, à Montaigu depuis vendredi matin, nous a annoncé qu’elle ne viendrait pas hier soir comme prévu, mais que Nicole et son fiancé, ainsi que « toute une voiturée » la ramènerait aujourd’hui. Au fond, je m’y attendais un peu ! Seulement, cela signifie un goûter à préparer, et pas un moment à moi cet après-midi ; je viens de préparer un pichet et deux carafes de citronnade, j’ai des petites galettes de maïs dans une boite – heureusement – et j’ai, dans le bas du frigidaire, de la pâte destinée à confectionner cet après-midi des tartelettes aux fraises. J’ai, ce matin, une réunion de la Ligue… Il fait aujourd’hui un temps affreux. Jacques est parti ce matin à Pouzauges pour un congrès d’Anciens Combattants….

7 heures ¼ - La famille gaillard, père, mère, filles, fiancé et chien, viennent de partir ; nous avons débarrassé le salon, mis tout en ordre, et je me retrouve au calme, pour un petit moment, je voudrais d’ailleurs me coucher de bonne heure, je ne sais pas à quelle heure Jacques va nous revenir. La réunion s’est bien passée, elles étaient douze, ce n’est pas énorme, mais mieux que vendredi dernier où elles n’étaient que deux, en tous cas cela a été très vivant ; j’ai tâché que ce soit intéressant pour elles. Après déjeuner, Geneviève et moi nous sommes mises à la confection des tartelettes, c’est long à faire, mais elles étaient bien réussies, très jolies et très bonnes. Nous avions juste fini au coup de sonnette de Jacquie, nous amenant toute la famille Gaillard. Le fiancé est sympathique, le mariage sera vite venu maintenant, Jacquie a apporté l’étoffe de sa robe et toutes les indications pour la forme. Je regretterai de ne pas voir tout cela, puisque Geneviève et moi serons à Brides, du moins je le suppose. Nous avons eu très beau aux Sables au début de la semaine et cela m’a fait plaisir, parce que Jean a pu profiter de la plage et du canoë. Quand pourra-t-il en profiter de nouveau ? Lundi, matinée très remplie. Fait un peu de ménage, le marché et la cuisine – qui a été vite expédiée – vu aussi aux réparations qu’il va falloir faire, et que nous commençons en principe demain ; aussi Jacques et moi partons demain matin aux Sables et nous y passerons la journée ; je resterai peut-être quelques jours, selon la façon dont les choses marcheront. Lundi après-midi, aussitôt la vaisselle faite, suis allée un peu sur la plage ; les enfants et Jacques sont venus m’y rejoindre, mais il a fallu partir dès 5 heures, afin d’être ici pour dîner. Mardi, fait ma journée au repos et au lait, cela a été un peu dur, et j’ai l’impression d’avoir été tout de même un peu fatiguée, j’ai eu pourtant des livres intéressants, du travail et je ne me suis pas ennuyée. Terminé le vêtement de laine grise en chantier depuis quelque temps ; je me remets aux paletots de bébé et voudrais me faire un vêtement blanc à manches courtes, qui me serait bien utile pour l’été. Mercredi, repris mes occupations habituelles – Jean et Jacquie sont rentrés mardi soir – Mercredi, Jean est allé à Nantes, je me suis levée pour lui préparer son déjeuner, puis me suis couchée, me trouvant un peu lasse ; il faisait un temps revissant et c’était bien agréable. Bien des choses ce jour-là ; passé à l’anti-mite bon nombre de vêtements et de couvertures. Rangé pas mal de choses. Fait un gâteau destiné à être mangé le lendemain. Jean est rentré le soir. Jeudi, nous avons eu les garçons ; tous deux ont une mine superbe et ils ont bien apprécié le déjeuner – c’était la confirmation à Richelieu, aussi ils ont pu rester un peu plus longtemps et ne rentrer que pour dîner. Vendredi, journée très dure pour moi, tant au point de vue physique que moral ; il a fallu arriver au milieu de la matinée de samedi pour reprendre mon équilibre. Maintenant cela va. Matinée de vendredi à La Roche pour des courses, l’après-midi, réunion ratée de la Ligue. Hier, encore pas mal de choses à faire. La pluie s’est arrêtée, mais le ciel reste sombre, je voudrais bien du beau temps aux Sables, et aussi quelques jours de solitude qui me remettraient tout à fait d’aplomb. Jean est parti hier matin pour La Haye, Orléans et Thouars.

Jeudi soir 14 juin

Nous comptions un peu voir arriver Jean, ce soir, et personne, il aura peut-être prolongé son séjour à Orléans, ou peut-être sera-t-il allé à Paris, il rentrera certainement demain ou samedi soir. En attendant, je repars aux Sables demain matin pour rentrer aussi samedi soir. J’y ai passé les premiers jours de la semaine pour quelques petites réparations ; qui seraient encore vite faite si nous pouvions avoir facilement les ouvriers ; mais, les trois jours, je n’ai pas eu une minute sur la plage, parce que j’ai passé tout mon temps à attendre les ouvriers… qui ne venaient pas, aussi il fallait les relancer chez eux, soit aux heures des repas, soit le matin ou le soir. Je suis allée ainsi cinq fois chez le maçon, quatre chez le menuisier et trois chez le plombier, et c’est à reprendre à partir de demain ! Le menuisier doit venir demain ! Je n’y crois qu’à moitié ! Je suis sortie juste pour la messe et les courses du matin, et, ce qui m’a fait le plus plaisir, pour une grande promenade le soir sur le Remblai. Temps brumeux et désagréable lundi, mais, à partir de mardi, soleil splendide, il fait aujourd’hui un temps délicieux.

Dimanche 17 juin

Je n’aurai encore aujourd’hui le temps de rien faire de ce que je voudrais faire. Dans un quart d’heure, la grand-messe va sonner, et je m’assieds pour la première fois depuis ce matin. J’ai eu beaucoup à faire, le marché – nous recevons les Durand après-demain et j’avais pas mal de provisions à prévoir – Je suis allée voter, c’est ce matin les élections législatives, pendant que je faisais le marché, je voyais les sœurs de l’hôpital amenant leurs pensionnaires, et celles de l’école venaient voter en groupe. J’ai mis en train la glace pour le déjeuner ; Yves et Pierre viennent tout à l’heure, afin de voir leur frère. Nous n’aurons plus qu’un dimanche ici avec Jean avant son départ et après, ce sera bien long ! il peut se passer des choses d’ici deux ans et demi ! Passé une semaine sans intérêt, lundi, mardi et mercredi aux Sables, journée de jeudi ici, vendredi et samedi aux Sables. Suis rentrée hier soir. Je n’ai rien fait que tricoter, et relancer les ouvriers. Nous avons eu les maçons lundi et mercredi. Mardi, j’ai attendu toute la matinée le menuisier, qui est venu à 2 heures et tout l’après-midi le maçon, qui n’est pas venu ! Heureusement j’ai pu faire un tour de Remblai. Jeudi, une journée ici assez chargée, des rangements, bien des choses à voir et deux paires de chaussons à tricoter pour des petites jumelles qui sont arrivées chez le boulanger. Je suis repartie vendredi matin aux Sables, ai relancé le menuisier, qui a tout de même fait son travail l’après-midi, mais le maçon, malgré des promesses, n’est pas venu hier ; il m’a promis de se remettre à l’ouvrage demain ; Je dois aller là-bas mercredi et jeudi, et il faudra avoir le plombier et le serrurier. C’est énervant au possible. Vendredi après-midi, j’ai eu la surprise de voir arriver Geneviève, elle venait voir le docteur Thébaud, au sujet d’une demande faite à la Caisse de prévoyance notariale en vue d’un remboursement d’une partie de sa saison à Brides. Nous avons donc dîné vendredi soir, et avons fait un bon tour de Remblai ; il faisait très beau. Il y avait eu de l’orage dans la nuit et toute la matinée le temps était resté brumeux, mais, à part un peu de vent, l’après-midi avait été superbe ; je regrettais d’être bouclée à la maison et de ne pouvoir aller sur la plage. Hier matin, les maçons ne sont pas venus malgré toutes leurs promesses, il paraît qu’ils seront à l’ouvrage demain matin. Comme notre déjeuner n’était pas long à préparer, Geneviève et moi sommes allées une bonne heure et demi sur la plage….

5 heures, Yves est parti voilà une demi-heure heure peut-être, nous avons eu un déjeuner bien agréable avec tous les enfants réunis et les glaces étaient bien bonnes ; pour l’instant, les enfants jouent au ping-pong. Pierre ne partira que un peu plus tard. A 6 heures, Jean, Jacquie et moi irons à la mairie pour le dépouillement du scrutin ; je ne sais à quelle heure nous dînerons.

Dimanche matin 14 juin

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 14 juin 1951 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1951-06-17). Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1951-06-14-b pour la distinguer de 1951-06-14.

Aujourd’hui la kermesse, et par malheur il pleut depuis vendredi soir ; la journée d’hier a été franchement mauvaise ; ce matin, par moments, on dirait que le temps va s’éclaircir, et puis la pluie recommence. Il a été fait beaucoup de préparatifs pour cette journée qui devait être très réussie, et, si le soleil ne réussit pas à paraître, tout prêt d’être ratée. Les filles sont parties au terrain de sport, ayant été à la première messe ; elles doivent revenir pour déjeuner, car nous célébrons aujourd’hui la fête de Jean, ce qui ne nous est pas arrivé souvent depuis qu’il est entré à Richelieu ; il était cependant ici en 48, il me semble, mais ses soeurs n’y étaient pas et les garçons n’y seront pas non plus – ils ont une sortie scoute aujourd’hui - . Quand pourrons-nous fêter à nouveau notre grand garçon, pas avant plusieurs années sans doute, et c’est un peu dur de penser cela ! Semaine très remplie et très vite passée. Lundi, beaucoup de choses à faire : de la confiture de cerises, castilles et fraises, des croûtes de bouchées à la Reine, et, le soir, une crème pour la glace du lendemain. Mardi matin, je n’ai pas eu beaucoup de peine pour le déjeuner Durand ; nous n’étions que 9 à table, et je trouve que c’est peu, les filles m’ont d’ailleurs bien aidée ; Jacquie a assaisonné la salade de riz et l’a décorée ; Geneviève a mis le couvert ; elle avait déposé, la veille au soir, des fleurs un peu partout. Tout s’est bien passé, le plat de salade de riz était très joli, celui des soles et des bouchés à la Reine très décoratif et très bon, les glaces tout à fait à point. L’après-midi a été assez agréable, j’étais contente que cela soit fait. Mercredi matin, sommes partis aux Sables, Jean et moi ; je me suis arrêtée un peu à La Roche pour le dentiste et suis arrivée là-bas au milieu de la matinée ; il a fallu relancer les ouvriers, faire le marché, le déjeuner ; l’après-midi, j’ai eu serrurier et menuisier, si bien que je n’ai pas pu aller avec Jean sur la plage, et ne suis sortie qu’un peu avant dîner ; il faisait d’ailleurs très bon. Le soir, Jean et moi sommes allés jusqu’au Phare rouge. Jeudi, je me suis trouvée à peu près libre ; il n’y avait que le serrurier à la maison, il connaissait son ouvrage, et le déjeuner devait être vite fait, aussi j’ai passé plus de deux heures sur la plage ; rarement j’ai eu une matinée plus agréable et plus reposante… Suis rentrée un peu après midi, j’avais peu de choses à faire, ayant préparé à l’avance, et les pommes de terre, ainsi que le bifteck ont été vite cuits. Après la vaisselle, balayé un peu, mais laissé quand même la maison bien sale. Sommes partis vers 4 heures ½ ; le temps s’était assombri et l’orage menaçait ; à peine étions-nous dans le train, que la pluie commençait, et cela tombait très fort ; il pleuvait moins à La Roche, heureusement, car nous n’avions ni parapluie, ni imperméable. Jacques était au car, et nous a ramenés en auto ; je n’en étais pas fâchée, car nous avions les abbés Sacré et Boucher à dîner, et j’étais contente de voir si tout allait bien. Tous était prêt ; les filles et Thérèse s’étaient bien débrouillées ; Thérèse nous avait fait une très bonne dorade farcie au riz, et Jacquie une salade de fruits très réussie. Vendredi, sommes allés à Nantes ; passé ma matinée à La Visitation, je tenais à recommander Jean aux prières des religieuses, ainsi que je l’ai fait d’autres fois déjà ; j’ai causé longuement avec les supérieures… Joie de trouver auprès des mères supérieures l’appui spirituel, le réconfort, la compréhension que je trouvais autrefois auprès de Tante… Suis revenue à pied jusqu’à la place Royale, par ce chemin si souvent parcouru… Après-midi assez remplie, quelques courses et surtout la livraison de la machine à coudre « Bernina » achetée au moment de la foire de Nantes, et qui n’était pas encore arrivée. Avons pris, les filles et moi, une leçon pour la faire fonctionner ; il faudra peut-être bien tâtonner, mais cela sera sûrement commode. Le soir, un moment très douloureux et une épreuve sur laquelle j’aime mieux ne pas m’étendre, les enfants ne se doutent pas, parfois, de la peine qu’ils peuvent faire à leurs parents ! Hier, beaucoup de choses, rangements de lessive, mise en train de couture, visites presque tout l’après-midi. Il est maintenant à peu près 5 heures, j’arrive de la kermesse, et j’y retournerai sans doute ce soir. Temps pas trop mauvais, mais des averses parfois. Il y a eu un défilé très amusant, et l’inauguration de la gare par un préfet en gibus très réussie. J’ai quelques lettres à écrire maintenant. Dimanche dernier, la journée des élections s’est bien passée ; sommes allés, à 6 heures, au dépouillement du scrutin, tout a été calme et vite terminé ; les résultats du département n’ont été connus que le lendemain matin : 3 P. L. R, et 2 M. R. P.. Dans l’ensemble du pays il y a un recul communiste. Nous partons mercredi matin pour Lyon, où nous serons très probablement le soir ; arriverons à Brides vendredi soir, mais, à ce moment là, il aura fallu laisser Jean et ce sera dur. Avons souhaité la fête du grand chéri, il avait l’air content.

Dimanche 1er juillet

Je commence ce soir à écrire, je n’aurais certainement pas le temps de terminer, cependant je dispose d’une heure avant le dîner, et vais tâcher d’en faire le plus possible – seulement j’ai tant et tant de choses à raconter pour cette semaine que je suis bien sûre d’en oublier – Je reprends au commencement. Dimanche, après mon retour de la kermesse, j’ai réussi à écrire mes lettres les plus pressées, j’ai eu un après-midi paisible et cela m’a fait plaisir. Vers 7 heures ½, je suis retournée à la kermesse finir l’après-midi ; il y avait eu, malgré le temps menaçant, beaucoup de monde, beaucoup d’entrain et tout le monde était content. A la tombée de la nuit, il y a eu le feu de la Saint Jean, par les Routiers de la Roche ; certaines choses n’étaient pas mal, mais cela a été très apprécié du public. Sommes rentrés à 11 heures dans l’auto des Brachet ; Anne tombait de fatigue et de sommeil, cependant elle a dîné un peu avec Jean et son Papa. Lundi matin, commencé mes préparatifs de départ ; l’après-midi, avancé un tricot urgent que je voulais finir – je n’y suis pas arrivée tout à fait – Mardi matin à La Roche, suis arrivée à faire mes courses les plus pressées et à voir Yves – Pierre était à la promenade de Beaupuy et Yves partait un peu plus tard – je voulais embrasser mon grand garçon et lui dire que je prierai pour son bachot. L’après-midi, terminé des préparatifs et suis allée un peu chez Maman. Mercredi matin, sommes partis de bonne heure, par un temps douteux ; avions décidé, la veille au soir, de prendre, au lieu de la route ordinaire Montluçon – La Châtre, un itinéraire plus intéressant, mais aussi plus accidenté, par Niort, Limoges et Clermont-Ferrand. Si le soleil s’était mis de la partie, la journée aurait été charmante, car nous avons traversé de bien beaux pays…. Jean nous a fait prendre, en arrivant à Clermont, une route traversant la chaîne des Puys, et passant près du Camp de la Fontaine du Berger, où il est venu l’année dernière en manoeuvres. Il y a une très belle descente sur Clermont, et cela nous a bien intéressés…. Nous avons pris, pour arriver à Lyon, une route passant tout près de Vaugneray ; le pays est ravissant, mais la route plutôt difficile. Jacques et Jean se sont chargés du volant, mais je crois que c’est Jean qui a fait les passages les plus difficiles ; cela n’a pas été plus reposant pour son Papa pendant qu’il conduisait ! Avons fait un crochet par Vaugneray pour voir la maison dont Jean nous a tant parlé. Sommes arrivés vers 8 heures à Lyon ; dîné chez Menine et couché dans un hôtel tout près de Bellecour. Jeudi matin, assisté à la messe à Saint Bonaventure, et prié pour le cher petit qui affrontait sa première journée de bachot. Dans la matinée, sommes montés à Fourvière ; la vue sur Lyon était plutôt brumeuse, et nous n’avons pu que très peu voir la basilique, car il y avait une ordination. Déjeuné chez Tante Jeanne, Suzanne et Bernard sont venus ensuite, puis les Lamy nous ont emmenés au Parc que j’ai été heureuse de revoir. Dîné chez Henri, mais ans Henri et Suzanne, qui devaient dîner chez les Pont avec le cardinal archevêque. Les avons vu cependant un peu avant ; avons vu aussi les Milou Granger, sa femme, Jehannette et le dernier garçon. Vendredi matin, sommes allés à la messe, Jacques et moi, pour la Saint Pierre, puis sommes partis vers 10 heures. Fait un excellent voyage ; je connaissais tout le parcours, qui est vraiment intéressant. Déjeuné au bord du lac du Bourget, ce qui a fait grand plaisir à Jacques ; il faisait très beau et nous avions un coin agréable. Etions ici à 5 heures ¼ ; le temps de débarquer, et Geneviève et moi sommes montés chez Kermorgant. Il m’a trouvée très bien, je ne pèse plus maintenant que 69 kgs et quelque chose. Il y a une sérieuse différence avec mes 83 kgs 300 de l’année dernière ; il m’a donné un traitement, que je commencerai demain seulement. Geneviève sera examinée demain matin. Nous sommes promenés un peu avant et après dîner, et suis allée retenir mes heures de massage. Hier matin, suis allée, à 9 heures ½, chez Kermorgant pour me faire faire une prise de sang ; puis, vers 10 heures ½, sommes partis faire une grande randonnée par Annecy… Megève, Saint Gervais, ce qui nous a fait rentrer vers 8 heurs ½ seulement. Le lac d’Annecy est ravissant, plus coquet, moins sévère que celui du Bourget… Avant déjeuné, avons visité Annecy… pendant que Jacques achetait du vin pour le déjeuner, j’ai pu visiter l’église Saint François… Sommes allés ensuite à la recherche d’un coin agréable, et nous en avons trouvé un, tout à fait à notre goût, sur les bords du lac. Repartis ensuite en direction de Thomes ….malheureusement, le temps se mettait à l’orage, il a même plu un moment, et, quand nous sommes arrivés au col des Aravis, nous étions en plein dans le nuage et on n’y voyait rien… Sommes allés ensuite à Megève, qui est une délicieuse petite station, et à Saint Gervais, situé dans une très large vallée ; le temps s’étant enfin dégagé, nous avons eu enfin une vue merveilleuse sur toute la chine du Mont Blanc. Retour par les gorges de l’Arly, magnifiques et très sauvages. Ce matin, messe à 8 heures, puis départ vers 10 heures et demi, avons filé sur Bourg Saint Maurice que je ne connaissais pas… Avons suivi la vallée de l’Isère, passés à Tignes, où l’on fait de grands travaux pour le barrage, et déjeuné un peu après Val d’Isère, au bord de l’eau, dans une prairie fleurie de façon splendide… Sommes montés ensuite au col de l’Iseran… Nous circulions entre deux murs de neige plus hauts que la voiture, c’était un peu impressionnant…. Seulement il soufflait à travers le col, un courant d’air glacial, et, après avoir pris quelques photos, nous n’avons pas tardé à redescendre…. Nous étions ici de bonne heure. Jacques a pu tout de même se reposer, mais il était fatigué un peu, le soir.

Je continue à écrire le mardi 3 juillet. Dimanche soir, suis sortie un peu, avec les filles, après dîner. Hier matin, sommes allés à la messe, Jacques et moi, pour la fête de la Visitation, sommes allés ensuite à la Léchère ; nous sommes fait inscrire Geneviève et moi, et avons eu notre premier bain. Avant, j’étais allée chez le docteur, avec Geneviève ; il lui a examiné les jambes et fait une prise de sang. Au retour de la Léchère, un massage, si bien que la matinée a été bien employée. Après le massage, j’ai cette année une douche ; il paraît que c’est très efficace. Il faut aussi cette année que j’aille boire à la source ; j’y suis allée pour la première fois ce matin, avant d’aller à la Léchère ; avec toute cela, source et Léchère, il me sera impossible d’avoir chaque matin la messe qui est à 7 heures ½. Hier après-midi, sommes allés à Pralognan, puis à Courchevel, cela paraissait peu de chose à côté de l’Iseran, mais cela nous a fait une agréable promenade. A Pralognan, nous sommes promenés tout un moment au bord du torrent ; Jacques et les filles ont fait provision de quantités de petites plantes à rapporter, mais je ne sais si tout cela s’acclimatera chez nous. Sommes sortis un peu hier soir après dîner. Ce matin, Jacques et Jacquie sont partis pendant que nous étions à la Léchère, ils ont dû déjeuner à Lyon et filer coucher plus loin, vers Montluçon peut-être. Ils déjeuneront sans doute demain à La Haye. J’espère qu’ils auront pu voir Jean à Lyon. Nous avons reçu, samedi soir, une lettre de Jean nous annonçant une chose tellement surprenante et inattendue que je ne peux l’écrire encore – Que Dieu conduise notre grand garçon selon sa volonté ; peut-être va-t-il au devant d’une grande douleur – Je lui ai écrit dimanche matin, mais je regrette qu’il ne nous ait pas parlé de tout cela de vive voix, cela aurait mieux valu que par lettre. Pour nous, c’est un gros souci, et j’y pense sans cesse. Un autre souci, est le bachot d’Yves, passé jeudi et vendredi, et dont il aura le résultat vendredi prochain. D’après une lettre de Grand-mère, reçue hier matin, il n’est pas très content de ses compositions, mais il est allé se remettre de ses émotions chez les Bastard, emmené par Roger. Je voudrais bien avoir maintenant d’autres nouvelles.

Dimanche 8 juillet

Suis cette année très paresseuse pour écrire ; au fond, c’est le grand repos ; et puis, cette année, ce n’est pas pour moi la même chose que l’année dernière, j’étais entièrement seule, et je ne connaissais personne, surtout les premiers jours, et je restais beaucoup plus dans ma chambre ; cette année, j’ai Geneviève qui est pour moi une charmante compagne, toujours de bonne humeur, tranquille et pas exigeante, à cause d’elle, je reste beaucoup sur la terrasse, c’est d’ailleurs bien plus gai, et il fait si beau que ce serait dommage de se renfermer alors que nous aurons peut-être de vilaines journées à subir. Geneviève s’amuse des allées et venues, de la conversation des personnes de l’hôtel ; elle fait un napperon au point de croix ; c’est ravissant, quoi que bien long à faire ; j’avais apporté ce napperon pour le faire moi-même, mais, après des essais infructueux, j’ai dû y renoncer, il faut compter les fils, et mes yeux s’y refusent obstinément ; j’ai même constaté avec regret que l’œil droit n’y voit guère de près ; il faudra voir l’oculiste en rentrant. Je m’occupe en tricotant des chandails aux garçons et en faisant des enveloppes de serviettes, travail facile et peu absorbant ; Je lis assez peu, bien que j’ai quelques livres intéressants ; j’arrive quelquefois à m’isoler pour une méditation ou une brève lecture, je m’efforce surtout de rester en présence de Dieu… Après dîner, toutes deux faisons une petite promenade, et la prière du soir à l’église en rentrant. Rien de très nouveau depuis mardi après-midi, la vie est malgré tout assez uniforme. Vendredi après-midi sommes allées aux Allues, il faisait un temps ravissant et la promenade a été agréable… Hier après-midi sommes allées chez le docteur, Geneviève a perdu près d’un kilo depuis qu’elle suit son régime glandulaire, son régime ne la gêne guère ; elle mangeait si peu d’avance ; cependant il faudra s’arranger pour qu’elle ait des légumes verts chaque soir, il ne peut être question de café au lait comme moi. J’ai interrompu mon traitement pour deux jours, mais vais le reprendre demain ; cela m’a permis d’avoir la messe hier… Pas de nouvelles du bachot ; je crains que ce soit mauvais signe… Jacquie doit être aujourd’hui à Montaigu, le mariage de Nicole étant demain. Reçu hier matin un paquet de lettres – une de Jacques, une de Maman, un petit mot de Jacquie, une bonne lettre de Sœur Marie Saint Clément, deux de Thouars, aux quelles je répondrai tout à l’heure. Fait la connaissance de pas mal de personnes….

Dimanche 15 juillet

Dans quelques minutes la grand messe, suis installée sur la terrasse où il fait délicieusement bon ; je suis à ma place préférée, d’où l’on voit en face, la petite cascade, et, à gauche, tout au fond, la cime neigeuse de la montagne dont je ne sais pas le nom…. Jean nous est arrivé hier soir, pour repartir ce soir ; il n’était pas de corvée hier, et aurait dû nous arriver dans l’après-midi, mais, par suite d’une histoire idiote, due sans doute aux perturbations du 14 juillet, il n’est arrivé qu’hier soir, quand le dîner était presque fini ; nous sommes sortis un peu ensemble après dîner et nous sommes couchés pas trop tard ; ce matin, Geneviève a eu le courage, ce qui est très beau pour elle, de se lever pour aller à la messe de six heures, afin de s’arrêter à la piscine de Salins en revenant de la Léchère. Jean est descendu la rejoindre, ils vont passer la matinée là-bas, ce qui leur fera plaisir à tous deux, et remonteront pour déjeuner ; cet après-midi nous ne ferons rien, qu’une petite promenade, afin de profiter davantage de la présence de Jean, puis son train est à 8 heures 20 ; il sera à Lyon pour dormir, mais quand le verrons-nous maintenant ? il n’a pas encore son ordre de départ, et bien que cela ne doive pas beaucoup tarder, il part mardi en manœuvres avec les autres, du côté de Briançon ; cela sera plus agréable pour lui que Lyon où il fait trop chaud. Ce sera dur de le laisser partir et pour si longtemps ! Rien de très neuf cette semaine… Kermorgant est satisfait de Geneviève… Chaque matin, elle s’arrête à Salins, se repose en fond de la piscine en attendant sa leçon de natation et nage un peu après ; elle remonte un peu avant déjeuner, soit par l’électrobus, soit avec des clients de l’hôtel. Quant à moi, cela va aussi très bien… j’ai perdu pas mal de volume, mais ne suis pas fatiguée….

Yves a échoué à son examen, c’est regrettable, mais ce n’est absolument pas une catastrophe, surtout si il peut se rattraper en octobre, Jean-Pierre est admissible, mais Antoine a échoué ; il y a eu d’ailleurs beaucoup d’échecs. Jacquie ne nous a pas donné encore des nouvelles du mariage de Nicole. Tante Marguerite doit être chez Maman. Nous avons un orage chaque jour en moyenne, mais c’est surtout le soir, aussi ce n’est pas tellement gênant….

Le Poiré, dimanche 22 juillet

De retour ici depuis hier soir, après une semaine assez relativement passée et suis contente de retrouver ici Jacques, les filles, la maison et toutes choses, seulement j’ai beaucoup de choses à faire, je comptais avoir une après-midi tranquille et bien à moi, et il est 6 heures et ½, Maman et Tante Marguerite sont venues déjeuner, et depuis le déjeuner, nous n’avons pas bougé des fauteuils où nous nous étions installées ; c’est un peu long parfois ! J’étais atrocement lasse, hier soir, en arrivant ; la journée avait été plutôt dure ; levées à 3 heures, nous avions pris dans le hall de l’hôtel un petit déjeuner hâtif, que nous aurions fait aussi bien de ne pas prendre. Giraud est venu nous chercher à 4 heures, à 4 heures ¼, nous étions à Moutiers et un peu avant la demie dans l’autorail pour Lyon. Le jour se levait peu à peu…. Nous étions à Lyon à 8 heures, abruties de sommeil et l’estomac fatigué par le petit déjeuner matinal. Avons trouvé un porteur très agréable qui nous a eu des places confortables et installé nos bagages pour le mieux ; la journée a été longue ; nous avons dormi par moments ; j’ai lu, travaillé, mais sans entrain… Nous n’avions emporté que des fruits et un thermos de café qui m’a fait grand bien. A Tours, vu les Granger qui sont venus passer 20 minutes avec nous à la gare, cela nous a fait plaisir et nous avons pu bien bavarder. Après Tours, la chaleur est devenue plus lourde et cela commençait à être pénible. A Nantes, il a fallu nous occuper de faire transporter nos valises, les introduire et nous introduire dans un autorail bondé et surchauffé. Le trajet n’a pas été un plaisir. Par comble de bonheur, Jacques n’était pas à la gare, il est arrivé dix minutes après seulement, il était au Moulin-Guérin où l’on fêtait la naissance et le baptême du fils de Marie-Léonce. Il a fallu s’arrêter et prendre le dessert avec eux ; je n’ai pu avaler que quelques cuillérées de crème et Geneviève un morceau de gâteau. Arrivée ici, j’ai trouvé Tante Marguerite que je suis allée conduire chez Maman ; rangé quelques petites choses et je me suis couchée, j’étais tellement fatiguée que je craignais de m’évanouir. Passé une bonne nuit, suis restée au lit ce matin, maintenant cela va tout à fait bien. Reprendrai demain mon travail habituel. Dimanche dernier, nous avons eu la joie d’avoir Jean, mais cela a été bien court. Après une matinée splendide, le temps s’est assombri ; il y a eu de l’orage pendant le déjeuner, et il a plus violemment ; Jean aurait été content de sortir… le temps s’est ensuite un peu dégagé, sommes sortis et avons fait une bonne promenade… Seulement l’après-midi a été vite passé, à 7 heures et quart, le grand chéri prenait l’électrobus de Moutiers. Quand le reverrons-nous ? J’avais quelquefois imaginé ce départ ici, au portail, où tant de fois j’ai vu l’auto, et avant, la bicyclette disparaître dans la direction de La Roche, je n’avais pas prévu ce départ-là ; il a plu une partie de la nuit, et il pleuvait encore le lendemain matin quand nous sommes allées à La Léchère ; la journée a été lamentable, il y avait 13°, et, bien que la pluie se soit calmée, impossible de rester dehors. Mardi, il a fait un peu meilleur, et mercredi le temps était tout à fait revenu. Sommes allées à Moutiers jeudi, voir un peu la ville et prendre nos billets ; cela a été vite fait. Vendredi, j’ai réglé bien des choses, fait une visite à M. le Curé et sommes allées chez le docteur après dîner. La nuit a été courte ensuite. Demain je vais me mettre au courant de la maison.

Jeudi soir 26 juillet

Reprise intense du travail ; il y a beaucoup à faire, et notre départ pour Les Sables est tout proche ; huit jours à peine ; j’aurai bien à faire d’ici-là. Suis allée cet après-midi à la Roche, séance chez l’oculiste, vue un peu abîmée et menace de cataracte, que va-t-il sortir de tout cela, l’oculiste m’a mis des gouttes et j’y vois à peine ce soir. Je vais me coucher ne pouvant rien faire. Jean embarque samedi pour l’Indochine, samedi, après-demain ! il me semble que c’est un cauchemar.

Samedi soir 28 juillet

Jean a dû s’embarquer aujourd’hui à Marseille, et, à l’heure qu’il est, s’en va à bord du Pasteur, en direction de l’Indochine. Quel déchirement de penser à cela ! Mon petit garçon, notre aîné ! Que j’ai hâte d’avoir des nouvelles, nous avions sa dernière lettre de Lyon hier, et combien de temps faudra-t-il en attendre une autre ? C’est un immense sacrifice que nous faisons, Jacques et moi, et il faut nous efforcer de le faire généreusement, ce qui n’empêche pas la peine ! Semaine très remplie, très occupée… Lundi matin, nous avions une lettre de Jean, disant qu’il était arrivé à Lyon après notre passage, quel regret de ne pas avoir pu l’embrasser ! J’ai eu ce jour-là pas mal de correspondance à faire et ne suis pas sortie de l’après-midi. Mardi, matinée passée en conserves de haricots verts et après-midi à charpir de la laine pour le matelas de Geneviève – celui des Sables – qui devait se refaire le jeudi, suis allée un peu le soir chez Marguerite. Mercredi, journée aux Sables ; nous avions commencé la journée par aller à la messe, en l’honneur de Saint Jacques et avions mangé la veille au soir le gâteau du Papa – journée très remplie – suis allée le matin relancer le plombier qui n’avait rien fait, suis allée au marché, au collège Merveilleux du Vignaux prendre des renseignements pour les cours de vacances, puis à Sainte Marie du Port faire inscrire [Jacquie] = Anne. Après quoi fait le déjeuner, nous avions emmené Thérèse, mais elle avait assez à faire avec le ménage et ne pouvait s’occuper de la cuisine. Le déjeuner s’est bien passé, mais, quand je commençais la vaisselle, nous avons eu la visite d’Anne Clérault et de son mari, si bien qu’après l’eau était à peu près froide. Suis allée ensuite visiter toute une série d’hôtels pour Tante Marguerite qui aurait voulu passer quelques jours aux Sables ; impossible de trouver quoi que ce soit, surtout pour une personne seule. Avec tout cela, il était à peu près quatre heures ½ quand j’ai pu aller sur la plage avec Anne ; il faisait délicieusement bon et j’ai passé un moment vraiment agréable. Anne s’est baignée, a joué gentiment ; j’ai lu, tricoté, prié. Jacques est venu me chercher et nous sommes partis vers 7 heures. Mangé le soir, au dessert, la tarte de fête de Jacquie. Jeudi, matinée très remplie, après-midi à La Roche…. Vu Charlotte qui est venue me conduire au car…. Vendredi matin, passé une heure ½ à ranger la chambre de Jean, à passer à l’anti-mites tous ses vêtements, cela a été affreusement pénible. Après-midi très remplie, il a fallu recevoir deux petits parisiens placés à la Braconnerie pour les vacances, nous les avons fait déjeuner et les avons conduits dans leur maison d’accueil ; sommes allés ensuite, Jacques et moi, à Pont de Vie où M. Gendreau a été trouvé mort mercredi matin – ou jeudi plutôt – de là, visite aux Lucas, où le docteur est mieux. Suis allée ensuite chez Mme Dorion, puis chez Armande Brachet où je suis rester jusqu’au dîner ; je voulais lui parler longuement d’un sujet qui nous intéresse toutes deux, et tout s’est passé pour le mieux, dans une atmosphère de bonne entente et de compréhension parfaite. Hier samedi – car nous sommes aujourd’hui dimanche – le matin, fini un paletot au tricot destiné au bébé de Marie-Léonce, et commencé des chaussons pour le bébé de Thérèse Brochard. Après déjeuner, fini les chaussons, à 4 heures ½, suis allée me confesser, passé un moment avec Maman et Tante Marguerite, suis allée à la Faucherie où j’ai passé un moment dans les deux maisons, suis rentrée pour dîner, Jacques était aux Lucs et devait rentrer assez tard. Dîné en vitesse, suis allée au Moulin-Guérin porter mon petit vêtement. Au retour, fait une crème pour la glace destinée au déjeuner d’aujourd’hui et me suis couchée. Ce matin le marché, ai installé la glace dans le frigidaire ; nous partons aux Sables cet après-midi jusqu’à demain soir – je serais bien restée ici volontiers, car j’ai à faire et me serais reposée, alors que là-bas il faudra cuisiner et faire la vaisselle – seulement, nous emmenons Tante Marguerite qui sera contente de voir un peu toutes choses. Ce matin, il faudrait que je prépare en vitesse, avant la grand-messe, différentes choses à emporter – cela fera moins de bagages la prochaine fois – Les garçons vont rentrer de leur camp demain ou après-demain sans doute ; cela fera longtemps que je ne les ai vus. Je pense sans cesse à Jean.

Mardi soir 31 juillet

Les deux garçons sont arrivés ce matin pour déjeuner, un peu en retard, mais il y avait toujours quelque chose à manger pour eux, cela fait plaisir de les revoir ; il me semble qu’ils ont grandi, et qu’Yves a le visage amaigri. Nous voilà plus nombreux, mais ni cette année, ni celle qui viendra, ni l’autre encore, nous ne serons au complet ! Par contre, aux Sables, il y aura abondance ! Les Granger viennent, bien entendu, et arrivent jeudi soir ou vendredi, Christian Bastard arrive probablement au même moment, Jeannette et Thérèse Crochet arrivent dimanche sans doute, Maman aussi. Je me demande comment nous allons caser tout ce monde à la fois, et quel plats il va falloir faire ! J’aurais mieux aimé que ce soit réparti sur tout le mois ; enfin, je me reposerai peut-être dans la seconde quinzaine d’août et en septembre. Séjour aux Sables bien passé. Nous sommes partis vers le milieu de l’après-midi, et avons même été arrivés assez tôt pour que les filles puissent se baigner. Il faisait bon sur la plage, mais bien chaud partout ailleurs. Suis rentrée vers 7 heures pour faire le dîner, la vaisselle a été vite expédiée et nous sommes sortis ensuite. Tante Marguerite s’est assise pendant que nous allions plus loin. Hier matin, le plombier est donc venu, ce n’est pas trop tôt ! Fait le marché en revenant de la messe, préparé les légumes, puis suis allée à peu près une heure sur la plage ; cela m’a fait un bon moment de solitude qui m’a rappelé les belles heures de Brides, chaque matin, seulement suis rentrée un peu tard pour faire le déjeuner, il a fallu ensuite me presser. Pas moyen ensuite de faire la vaisselle, à cause des plombiers ; suis retournée sur la plage, mais il faisait moins bon que le matin. De 6 heures à 7 heures ½, fait la vaisselle, rangé un peu, puis nous sommes partis et étions ici pour dîner. Ce matin, voyage à La Roche, seulement j’ai attendu deux heures chez le dentiste et n’ai pu à peu près rien faire ensuite. J’essaie de m’habituer à mes lunettes. Nous ne savons toujours rien de Jean.

Vendredi soir 3 août

Le lendemain de son arrivée, Yves m’a demandé un comprimé d’aspirine et m’a avoué qu’il ne sentait pas très bien ; il avait été malade au camp, et, aujourd’hui, en calculant, je vois que cela remonte à un peu moins de quinze jours, ce qui fait tout de même beaucoup. Ce soir-là, qui était celui de notre départ, j’ai fait venir le docteur Caillaud, qui l’a examiné et ne lui a rien trouvé, il a conclu à une fièvre due à la fatigue. Quand nous sommes arrivés ici, Yves était las et fiévreux, cependant je n’ai pas pris sa température. Hier matin, 37°9, il s’est levé cependant et est venu sur la plage, mais il était sans entrain, il a tout de même fait du canoë l’après-midi. Ce matin 38°2. J’ai fait venir le docteur, lequel est arrivé un peu avant midi. Il n’exclut pas la possibilité d’une grande fatigue, mais, en cas d’une primo-infection, il lui a fait une cuti. Nous verrons le résultat demain. Yves se trouvant mieux ce matin, il s’est levé pour déjeuner, dans l’après-midi il a dormi et ensuite avait mal à la tête… il mange quand même, l’appétit n’est pas mauvais mais enfin, il faudrait trouver la cause de cette fièvre. Si la cuti est négative, le docteur doit faire une prise de sang lundi. Tout cela m’ennuie, et me tourmente bien. Il faisait aujourd’hui un temps délicieux et je regrettais que mon pauvre Von ne puisse profiter de la plage et du canoë, sans compter que cela compromettra peut-être son bachot en octobre ! En arrivant, mercredi soir, une lettre de Jean sous la porte, le « Pasteur » n’est parti que mardi, dimanche, le garçon a pu aller en promenade à Cannes. Il nous donne l’itinéraire : Oran, puis le 4 à Port-Saïd, le 5 à Suez, le 8 à Aden, le 15 à Singapour, enfin le 19, la baie d’Along. Ce soir, il y avait une lettre écrite en mer et postée à Oran, le bateau passait au large des Baléares. Téléphoné à Jacques ; il m’a appris une nouvelle bouleversante – Odette Roux s’est suicidée, pendue – depuis longtemps je savais que quelque chose n’allait pas pour elle ; elle s’était rapprochée de l’église, elle venait aux réunions de la Ligue, peut-être pour chercher un appui qui lui manquait, elle était à la journée diocésaine de Luçon. J’espère que Dieu aura eu pitié et lui aura fait miséricorde.

Dimanche matin 5 août

Je viens de me réveiller, les enfants dorment encore et je vais les laisse dormir jusqu’à 8 heures, ils iront à la messe de 9 heures, il avait été décidé hier soir qu’ils iraient à celle de 8 heures, mais nous avons eu une nuit plutôt agitée, Pierre a trouvé moyen de vomir sur les trois heures du matin, Yves m’a appelé et il a fallu tout nettoyer, ce qui nous a tenu debout un bon moment, cela ne leur fera pas de mal de dormir un peu plus longtemps, d’autant plus qu’il a plu, que le temps est assez gris, par conséquent il ne fera pas tellement beau sur la plage. Yves était plutôt mieux hier… il se sent mieux et prétend qu’il a eu le soir un accès de fièvre seulement. L’appétit se maintient, la cuti est négative ; nous irons donc chez le docteur demain après-midi et on verra. Avec Thébaud, il sera bien soigné. Rien de très neuf hier ; suis allée à la plage, il faisait beau, mais un peu frais, cependant, surtout hier matin, j’ai eu de bien agréables moments. Téléphoné hier soir à Geneviève, elle nous arrive pour déjeuner avec son Papa et sa grand-mère. La pauvre Odette a été enterrée hier ; j’y pense beaucoup et je suis bouleversée par cette mort. Ce matin, il y a au Poiré une messe pour le Maréchal Pétain. Hier soir, sur la plage, visite de Mme de La Bassetière et de sa fille, Louis est venu voir Yves. Aujourd’hui, la fête des fleurs, j’ai quelques lettres à écrire et voudrais rester un peu tranquille.

Mardi matin 7 août

Sommes allés hier chez le docteur ; la radio, comme la cuti, a été négative, rien par conséquent du côté pulmonaire, mais toujours cette petite fièvre… Cela baisse quand même un peu, sans disparaître tout à fait. Le docteur a fait une prise de sang, j’en aurai l’analyse ce soir peut-être, dit-il, est-ce une paratyphoïde atténuée. En attendant, Yves a meilleure figure, bien qu’il ait beaucoup maigri, il souffre moins de la tête et se trouve mieux. En allons-nous bientôt voir la fin. Tout cela me tourmente, et me fait de la peine pour Yves. En admettant qu’il soit remis – ce que j’espère bien cependant, il rentre à Richelieu le 20 pour ses cours de vacances, et le peu de jours qu’il peut avoir à passer ici est gâché pour lui ; il a passé deux jours au repos, depuis, il est très peu sorti, d’autant plus qu’il ne fait pas beau, pas moyen de jouer au volley, de nager, de faire du canoë ; hier soir, il aurait voulu aller au cinéma, j’ai dû l’en dissuader… Je suis parfois bien lasse – moralement – de tout cela. Il me faut veiller à tout dans la maison, assurer le confort de chacun, le régime de Geneviève – qui aurait tendance à exagérer – et penser à tout sans compter que je songe à chaque instant à Jean qui doit avoir dépassé Suez et arrivera à Aden demain. Peut-être aurons-nous l’un de ces jours une lettre de Port-Saïd, où il devait être samedi. Jacques, Maman et Geneviève sont arrivés dimanche pour déjeuner, comme je revenais de la grand-messe. Dimanche après-midi, il y a eu la fête des fleurs, sans pluie, mais par un temps douteux. Sommes sortis un peu après, et aussi un peu le soir. Hier matin, avec Jacques, à La Mothe, pour l’enterrement de la cousine Regnauld. Jacques est parti dans l’après-midi. J’ai pu assister chaque matin à la messe, c’est une provision de force.

Jeudi 9

Yves n’a plus de fièvre depuis hier soir… j’espère que cela continuera ainsi maintenant… Le pauvre petit est content de pouvoir faire comme les autres maintenant ; avant-hier soir, il est allé au cinéma, hier deux fois à la grande jetée, ce matin il s’est baigné ; l’analyse de sang a été négative, je suis allée hier matin la chercher à la pharmacie par une pluie diluvienne, suis allée ensuite parler au docteur, mais il pleuvait tellement fort, qu’en arrivant ici ma gabardine était transpercée, et que je sentais des petits ruisseaux froid me dégringoler le long des côtes, j’ai été obligée de me changer de tout. Hier après-midi, il a fait un peu meilleur, nous avons eu à goûter les Denis, Plessy et Draillard ; les jeunes étaient seize, et bien serrés dans la salle à manger, ils sont ensuite allés à la grande jetée, ou du moins au brise-lame, car la jetée était inabordable. La mer était démontée et splendide. Mardi après-midi, suis allée voir les Renou, que je n’ai pas trouvés chez eux ; suis allée ensuite voir Mlle Chalard, ce qui a dû bien lui faire plaisir, puis les Lesaffre, ce qui m’a fait plaisir à moi. Ce matin enfin, temps convenable et quelques bons moments sur la plage.

Le Poiré, dimanche matin 12 août

Sommes ici, Jacques et moi, depuis vendredi après-midi, cela fait plaisir à Jacques de ne plus se trouver seul à la maison, et pour moi, cela représente quelques moments de détente et de repos qui sont infiniment bienfaisants. Nous sommes arrivés vendredi vers 3 heures, repris contact avec toutes choses, et, vers 6 heures, suis allée au Moulin-Guérin où je voulais voir les pauvres Roux ; le père sanglotait comme un enfant, Georgette se possédait un peu mieux ; ils croient à une méningite brutale ! Suis allée ensuite un peu chez Gauvrit et revenue pour dîner. Mon chapelet ensuite dans le jardin et un court moment à écrire. Hier matin, suis allée à la messe de 7 heures, puis bien des choses à faire ; des fleurs à mettre un peu partout, pour que Jacques n’ait pas l’impression d’une maison abandonnée, une compote à faire, des fruits – bien rares – à vérifier, des tiroirs à ranger ; en fin de matinée, suis allée voir M. le Curé. Après-midi paisible, j’ai pas mal écrit, des lettres, des choses à recopier et quelques autres choses, une fois en passant c’est nécessaire e j’étais libre hier, ce qui arrive si rarement. Suis peu sortie, pour me confesser et pour une visite. Après dîner, je suis allée à la Neuvaine de la Colonne, ce qui ne m’était pas arrivé depuis 5 ans et m’a fait infiniment de plaisir. Il y avait de gros nuages sombres, et ce matin, le temps est douteux, les organisateurs de la kermesse de Saligny doivent être inquiets. Nous rentrons aux Sables ce soir et je vais reprendre le collier habituel avec un courage renouvelé. Yves était bien vendredi, pas de fièvre…. C’est sans doute liquidé, du moins je l’espère. Nous allons revoir le docteur sans doute demain. Sommes allés sur la plage jeudi ; la matinée a été convenable, mais l’après-midi, il faisait froid et je suis rentrée de bonne heure. Les enfants jouaient au volley et n’avaient pas froid. Vendredi matin, pluie, impossible de sortir. Reçu, avant de partir, une lettre de Jean de Port-Saïd ; il nous raconte brièvement sa traversée de la Méditerranée. Peut-être aurons-nous une autre lettre de Suez ou d’Aden. Pour l’instant, le grand chéri est quelque part dans l’Océan Indien, puisqu’il doit atteindre Singapour le 15 ; j’espère que là il trouvera ma lettre, mais je ne sais quand je pourrai lui écrire de nouveau ! Jacquie aura 22 ans demain !

Les Sables mercredi 15 août

Aujourd’hui l’Assomption, suis allée à la grand-messe, et, tout à l’heure retournerons aux Vêpres et à la procession, après quoi il faudra aller sur la plage, sui, comme chaque année à pareille époque-ci, sera bondée, d’autant plus que la grande marée approche, j’aurais préféré aller à La Chaume, et passer un après-midi paisible à lire sur les rochers, mais Yvette Mahot nous a presque annoncé sa visite pour cet après-midi, et il faudra renoncer à cette paix et ce calme dont j’aurais tant eu besoin. Depuis hier, suis très lasse moralement, il y a des tas de choses pénibles qu’il faut supporter, et qui sont encore bien plus pénibles qu’on ne peut se figurer… et, en plus, l’absence de Jean m’est très douloureuse ; lui seul manque, et l’année prochaine ce sera la même chose, et dans deux ans la même chose, en admettant que ce ne soit pas pire ! Aujourd’hui, le grand chéri doit passer à Singapour, et y trouver du courrier. Nous avons eu lundi, je crois, une lettre postée d’Aden ; il racontait la traversée du canal de Suez et aspirait à descendre à terre à Aden, et à se baigner sur une plage protégée par des filets à cause des requins. Je voudrais bien avoir une autre lettre, et une adresse. Sommes rentrés du Poiré dimanche soir vers 8 heures ½, après avoir passé l’après-midi à la kermesse de Saligny. Les garçons arrivaient, en même temps que nous, d’un meeting d’aviation qui les a bien intéressés. Depuis, rien de neuf ; Berthe Renou est venue lundi, et a passé une partie de l’après-midi sur la plage. Christian Bastard est arrivé lundi ; on a dressé un lit de camp ; ils sont un peu serrés, mais cela va. Jeannette et Thérèse Crochet arrivent demain. J’irai demain passer la journée au Poiré avec jacques, à cause de la foire ; cela me fera peut-être un peu de paix. Yves est très gêné par une éruption qui lui a envahi le dos, les épaules et une partie de la poitrine ; est-ce une intoxication qui se manifeste ainsi, ou l’effet des remèdes, ou de l’urticaire ? En tous cas, cela lui est très pénible. A part cela il est bien, les autres aussi ; Mais je suis lasse, si lasse moralement.

Dimanche matin 19 août

Tout va mieux, pour moi, du moins ; après trois jours vraiment pénibles, ai repris mon équilibre dont j’ai tellement besoin. La journée du 15 août a été un peu dure ; l’absence de Jean nous a été, à Jacques et à moi, vraiment pénible. Sommes allés aux Vêpres et à la procession, seul Yves n’y est pas venu, il s’était baigné et ses démangeaisons étaient tellement pénibles, qu’il a très mal déjeuné, et pourtant, nous avions la langouste traditionnelle de la fête de Grand-mère, et une glace faite avec les moyens du bord, c’est-à-dire avec une sorbetière dont nous nous étions déjà servies autrefois ; elle était d’ailleurs très bonne. Après les Vêpres, sommes allés à la plage, puis, avant dîner, fait une course, avec Jacques, à la gare. Jeudi matin, sommes partis de bonne heure, Jacques, Yves et moi, étions arrivés assez tôt pour que je puisse faire le marché, organiser le déjeuner, et faire pas mal de choses. Aussitôt le déjeuner, Jacques, ayant à faire à la Roche, nous y a déposés, Yves et moi, nous avions un train qui nous amenait ici à 3 heures 20, et je voulais conduire Yves chez le docteur, ses démangeaisons des épaules et du dos étant vraiment intolérables. Geneviève nous avait gardé notre place, si bien que nous avons pu passer pas trop tard. Le docteur suppose qu’Yves a dû faire une intoxication du foie, et que cela a déterminé une sorte de sensibilisation de la peu à l’eau de mer et au soleil ; par conséquent, pas de bains, du canoë seulement, avec une chemisette, un petit régime pour le foie et quelques comprimés à absorber. J’ai pu aller à la pharmacie et faire quelques courses avant de dîner. Vendredi, une journée bien agréable, Jacques allant à le pêche, j’avais décidé de l’accompagner ; le matin, temps brumeux, j’hésitais, puis le soleil ayant semblé paraître, me suis habillée en vitesse pour la messe de 7 heures. Nous sommes partis en auto, avec [Yves] = Pierre, Christian, Jacquie et Pierre Denis ; Geneviève assurait le marché ; passé une matinée délicieuse, il a fait ce matin-là un temps radieux, une mer splendide ; j’étais bien installée, et j’ai joui délicieusement de cette matinée de solitude et de paix. J’ai lu, prié, tricoté comme à l’ordinaire, regardé sans me lasser la mer si belle, et j’en suis revenue bien heureuse. L’après-midi, sommes allés à Brétignolle, sauf Anne, vu les Lancelot, les Dorion et passé d’agréables moments. Hier matin, de nouveau pêche, et de nouveau une matinée infiniment agréable ; j’en ai pleinement profité et ce sont des moments dont je garderai le souvenir dans mon cœur, comme je garde en mémoires quelques images de Brides : la petite cascade et la cime neigeuse que j’aimais voir de la terrasse…. Après le déjeuner, les Granger sont partis, nous sommes allés à la plage où Yvette et toute sa bande nous ont rejoints, mais un brusque envahissement de la mer nous a obligées à déménager de façon précipitée. Le soir, il faisait délicieusement beau, un de ces soirs où l’on regrette tellement de quitter la plage. Les garçons faisaient les fous avec le canoë, Yves doit regretter de partir demain ! Un tour de Remblai après dîner – les deux soirs précédents étions allés sur la petite jetée d’où le clair de lune sur la mer était vraiment magnifique – Les enfants et Jacques viennent de partir à la messe de 9 heures, me suis reposée et vais m’habiller pour la grand-messe.

Mardi 23 août

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 23 aout 1951 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Une journée tranquille dimanche, suis allée à la grand-messe, ainsi que j’en ai la chère habitude. Après déjeuner, le temps était un peu douteux, avons cependant décidé, Jacques et moi, d’aller passer l’après-midi sur les rochers de La Chaume et de nous y installer avec Anne. J’aime beaucoup ces après-midi passés à lire en regardant monter la mer. Seulement nous n’avons pu y rester longtemps, les vagues étaient splendides, mais il faisait froid, et nous sommes partis devant un grain menaçant. Trouvé ici les Pierre Bouliau, puis les Lesaffre et Marie-Bernadette sont venus. Causé un peu avec Mme Lesaffre, il y a des choses qu’elle comprend ! Après dîner, un tour de Remblai assez court. Dans la journée avions décidé un voyage à La Baule pour le lendemain et j’avais un peu de cuisine à faire – du riz à faire bouillir, ainsi que des oeufs à mettre en salade, les filles ont préparé les tomates et les oignons, si bien que, le lendemain, il n’y avait plus qu’à mélanger et à assaisonner. Hier matin, nous nous sommes donc préparés pour partir à La Baule, mais, tout en emballant les provisions et le matériel nous ne pensions plus qu’Yves devait prendre le train de 8 heures 22, si bien que, lorsque j’ai regardé l’heure, il était un peu tard, nous avons donc dû passer par La Roche, pour déposer le garçon, qui a retrouvé là Antoine Barbier et quelques autres camarades ; je suis sûre qu’il aurait aimé venir avec nous hier ! Nous avons eu très beau, malgré quelques nuages menaçants au départ. Vu, au passage, La Bernerie, Préfailles, Pornic, puis nous nous sommes arrêtés déjeuner sur la plage de Tharon dans une petite crique abritée où nous étions très bien ; les rochers offraient des sièges commodes et les enfants s’intéressaient aux différences entre ces plages inconnues et celles qu’ils connaissaient déjà. Après déjeuner, sommes allés voir Majo qui villégiature à Tharon avec sa sœur et son beau-frère Chatry, puis nous avons filé vers Mindin ; passé le bac vers 4 heures, puis nous sommes allés à La Baule où nous avons vu Bizette Landais, nous aurions voulu voir Armand et Suzanne, mais ils n’étaient pas chez eux ; sommes allés au Croisic, la mer était superbe et la promenade très agréable. Fait, au retour, tout ce magnifique remblai de La Baule mais pris une route plus directe pour regagner Saint-Nazaire, car il se faisait tard. Passé la Loire à 8 heures et quart, comme le soleil se couchait. Nous avons ensuite filé bon train, mais il était plus de 10 heures ½ quand nous sommes arrivés. Anne avait été mignonne toute la journée, mais elle commençait à être fatiguée. En arrivant une lettre de Jean nous attendait, elle a dû être expédiée de Singapour. Il nous parle de son voyage, après Aden, la chaleur a été terrible, et le lundi soir 6, ils n’ont pu se coucher dans les cabines, dans la nuit est arrivé un coup de vent frais qui a fait du bien et la chaleur était ensuite plus supportable. Il nous décrit Aden qui a l’air d’un pays enchanteur. Dans l’Océan Indien, cela secouait pas mal à cause de la mousson, le garçon a failli avoir le mal de mer, mai cela s’est calmé rapidement. Dimanche 12, ils sont passés au large de Ceylan qu’ils ont vaguement aperçu. Le jour où il écrivait – mardi 14, il y a 8 jours – ils étaient entre Sumatra et Malacca. Pas vu de requins, mais des petits poissons volants, quelques tortues et des petits serpents bruns. Croisé le Gérardmer revenant d’Indochine, mais qui fait le trajet en 35 jours. Quand le grand chéri fera-t-il le trajet en sens inverse ? Hier, partout, j’aurais voulu qu’il soit là, et aussi le cher petit Von qui a eu si peu de vacances jusqu’ici ! Je pense aller au Poiré jeudi soir pour passer la journée de vendredi à Nantes avec Jacques et Geneviève ; je reviendrai avec eux samedi soir. Nous sommes bien peu nombreux maintenant, et la table est trop grande, et encore Christian est toujours là. Hier, la fête de mon petit Bernard.

Dimanche matin 26 août

Ce mois s’écoule bien rapidement, nous allons entrer en septembre cette semaine, et après, le retour au Poiré sera vite venu, ainsi que la rentrée des garçons. Suis allée au Poiré deux jours, qui ont été vite remplis. Jacques était parti mardi matin, de bonne heure, avec Geneviève, et Marie, partant jeudi matin à Lourdes, je ne voulais pas les laisser seuls, d’ailleurs, il me fallait aller à Nantes pour l’essayage de mon manteau de fourrure et Jacques avait l’intention d’y aller vendredi. Mardi, rien de très nouveau, quelques bons moments à la plage. Mercredi matin, temps affreux, je me suis décidée à faire ce jour-là une journée au lait, mais c’est infiniment moins reposant qu’au Poiré ; le lit est plutôt dur et il faut beaucoup parler ; pour comble de bonheur, il y a eu des visites dans l’après-midi, Mme Denis, puis Mme Gallet et sa cousine, si bien que j’étais un peu lasse ; il faudrait de la solitude ces jours-là. Jeudi, Thérèse, devait passer la journée à la Roche et elle est partie de bonne heure, mais elle avait préparé beaucoup de choses, si bien que j’avais peu à faire, suis allée sur la plage, où il faisait délicieusement bon, suis revenue à 11 heures ½ pour faire cuire le poulet et préparer le déjeuner. Après la vaisselle, suis allée avec Pierre à la bibliothèque ; cela ne m’arrive pas souvent de causer avec lui, mais il commence à être grand garçon et intéressant. Suis partie par le train, un peu après 5 heures, à La Roche, suis allée à Richelieu, espérant avoir des nouvelles d’Yves, mais il était en promenade avec ses camarades. Geneviève avait préparé le dîner, elle a ensuite fait la vaisselle, si bien que j’ai pu lire les journaux et me reposer une bonne heure ; il n’est plus question de promenades dans le jardin après dîner, les jours ont trop diminué. Vendredi matin, avons fait le travail indispensable : la vaisselle du petit déjeuner, les lits, les bêtes à soigner, puis sommes partis pour Nantes, par un temps plutôt douteux. Quelques courses dans la matinée. Nous devions déjeuner avec Armand, Suzanne et Michel, mais après les avoir attendus jusqu’à 1 heure, nous nous sommes mis à table sans eux, et heureusement, car nous avions fini quand ils sont arrivés. Quelques courses encore dans l’après-midi ; il y avait très peu à faire ; sommes rentrés au Poiré à 8 heures ½, et notre petit dîner a été vite fait. Pas mal de travail hier, les courses, la vaisselle, et surtout le nettoyage de bien des choses que Marie avait laissé bien sales. Sommes allés en fin de matinée à la Braconnerie, voir les petits garçons qui y sont placés ; ils paraissent bien habitués et bien portants. Après déjeuner, pas mal à faire de tous côtés, avec les légumes à emporter et bien des choses à prévoir ; j’ai tout de même pu écrire à Jean et tricoter un peu. Sommes partis assez tard, Jacques avait un rendez-vous à 6 heures ½ à Saligny, nous avons dîné aussitôt son retour, Jacques et Geneviève ont chargé pendant que je faisais la vaisselle, mais il était très tard quand nous sommes arrivés ici, et, Maman s’inquiétait beaucoup. Cette nuit tempête, mais le temps s’éclaircit et le soleil paraît. Mercredi, est arrivée au Poiré, un télégramme de Jean donnant son adresse, c’est-à-dire le n° de son secteur postal. Je luis avais écrit mercredi après-midi une très longue lettre dans laquelle j’essayais de luis raconter tout ce qui s’était passé depuis sa lettre précédente, remontant à trois semaines à peu près ; je l’ai expédiée jeudi matin, et j’espère qu’il ne tardera pas à la recevoir. Jeudi, nous avions une lettre, écrite le 16 et expédiée sans doute du Cap Saint Jacques ; il nous parle de Singapour, dont les quartier chinois ont une odeur pénétrante, sinon délicieuse ; il est affecté au 3ème Bataillon du 28ème Régiment d’Infanterie coloniale, et cela au Tonkin, . Peut-être ne sera-t-il pas très loin de François qui est également au Tonkin ? Les Nida sont partis pour Hanoï hier. Vu vendredi matin l’aumônier Moreau qui part sans doute pour l’Indochine bientôt. Je pense rester ici toute cette semaine, après, on va commencer à penser au départ.

Jeudi matin 30 août

Deux jours à peu près convenables, bien que pas très chaud, cette nuit de l’orage, pendant assez longtemps, roulements de tonnerre et éclairs sans interruptions, pas très forts cependant ; quelques grosses averses et un peu de pluie ce matin. Pour le moment il ne pleut pas, mais le temps est nuageux, brouillé, pas très tentant ; ce serait si agréable d’être sur la plage avec un beau soleil, l’hiver sera bien vite venu maintenant ! Maisonnée bien réduite ces jours-ci, le marché est vite fait et les provisions durent longtemps, cela change de la première quinzaine d’août. Lundi matin, par une pluie diluvienne, nous avons embarqué Yves et Christian, Yves revient samedi soir. Jacques et Geneviève sont partis mardi matin, pour revenir samedi aussi sans doute. Maman part la semaine suivante avec Jacques, Tante Denise arrivant à ce moment-là. Nous avons eu une journée de dimanche à peu près convenable, avec quelques averses seulement, nous avons reçu les Louineau de l’Hermière - Eugénie, le jeune ménage et le petit Pierre - , je les ai emmenés à la grand-messe, et les ai promenés ensuite sur le Remblai, la plage et la petite jetée ; après déjeuner, Jacques nous a emmenés au Puy d’Enfer et à Cayola, mais Eugénie a été malade en auto et n’a guère profité de la promenade. Sommes allés ensuite un peu à La Chaume, du côté de la [petite] grande jetée et de la route du sémaphore. Au retour, avons trouvé ici une bande de gens du Poiré qu’il a fallu faire boire et avec qui j’ai causé un peu. Pendant ce temps sont arrivés les Gourraud qui sont restés un moment. Pendant ce temps, la maison était si bruyante avec toutes ces autos qui passaient en clacksonnant que le soir j’avais un peu de migraine, suis allée avec Jacques trouver un peu de paix sur la petite jetée, malheureusement, il ne faisait pas chaud et il était impossible de s’asseoir. Sommes sortis un peu après dîner, pour essuyer une averse. Lundi, le temps était pire, il pleuvait à torrents, si bien que Jacques a conduit Yves et Christian à la gare en auto. Passé la matinée à courir les magasins pour choisir un réchaud-four à gaz, Grand-mère ayant décidé de m’en offrir un pour remplacer le vieil appareil désuet et usagé. Ceci comptera pour mes étrennes. Nous avons trouvé un « Arthur Martin » qui nous a été posé le soir-même et marche parfaitement bien. Après déjeuner, vent violent et temps plutôt douteux, dans la matinée il y avait eu cependant un peu de soleil. Les enfants voulaient aller à la grande jetée où la mer devait être haute, et nous avons décidé, Jacques et moi, d’en profiter pour aller voir les Guyon. A la grande jetée, les vagues étaient splendides, nous nous étions installés en peu en contrebas du brise-lame, si bien que nous étions à l’abri du vent ; seulement est arrivée une averse tellement rapide et torrentielle que nous étions trempés avant d’avoir eu le temps de nous mettre à l’abri, ma gabardine était transpercée, et j’étais ruisselante pour me présenter chez les Guyon. Nous sommes changés en arrivant ici. Le soir, une conférence sur l’évolution de l’Afrique noire, cela aurait pu être intéressant, mais c’était trop long et endormant. Mardi matin, un bien appréciable moment sur la plage ; l’après-midi suis allée pour voir Mlle Chalard, mais elle n’était pas chez elle ; suis allée voir Mme Lesaffre, avec qui j’ai passé un bien agréable moment. Le temps était assez beau. Hier matin, il faisait aussi très bon et la mer était belle, mais, hier après-midi, il ne faisait pas bien chaud. Promenade sur le Remblai chaque soir. Denise Clérault est arrivée et reste jusqu’à la fin septembre. Une bonne lettre de Jean lundi matin… la nuit, le jour, je pense souvent à lui ; c’est dur de le savoir si loin et peut-être en danger. Hier, le journal annonçait qu’un train avait sauté entre Haïphong et Hanoï, il doit se trouver un peu au nord d’Hanoï, un peu dans la même région que François.

Dimanche matin 2 septembre

Jacques est arrivé hier après-midi vers 6 heures, il me semble ; il aurait été heureux d’aller aujourd’hui à la pêche, c’était la grande marée, et les matinées d’aujourd’hui et demain auraient été favorables, seulement, depuis hier, il pleut ; la tempête est peut-être moins violente qu’hier, mais en plus il ne fait pas chaud, et la pêche paraît tout à fait compromise. Enfin cela fera tout de même pour lui une journée de détente et de repos, plus qu’au Poiré où c’est le préveil, bien compromis cependant par le temps. Nous avons eu une semaine plutôt mauvaise. Jeudi matin, le temps était plus que douteux, j’en ai profité pour écrire longuement à Jean ; l’après-midi, suis allée voir la famille Gallet, puis, le temps s’étant arrangé, suis allée voir Mme Plessy à la plage, ensuite à l’église, confession qui m’a fait du bien, suis revenue ici pour prendre un pliant et retourner à la plage, Maman m’a dit qu’Yves venait d’arriver avec ses camarades de Richelieu et qu’il était parti se baigner. Suis retournée en ville, chercher du jambon, pour corser un peu le dîner, puis à la plage où je comptais trouver Yves, il était parti un peu plus loin retrouver des camarades, puis il est revenu avec Antoine Barbier et quelques autres pour prendre le canoë et faire un tour, la mer était très forte et j’étais ennuyée, ils n’ont pu franchir les premières vagues et ont chaviré tout près du bord. La chemise d’Yves était trempée, je suis allée lui en chercher une autre, et il était l’heure de rentrer dîner. J’avais invité Antoine, et le repas a été bien gai. Suis allée ensuite, avec Anne, conduire les garçons à la gare, et les ai remis au P. de Lespinay. Vendredi matin, toujours le vent violent, cependant j’ai passé une agréable matinée à la plage, non loin du Remblai pour être un peu à l’abri, le soleil était bon et il n’y a qu’une petite averse. L’après-midi suis retournée pas trop tard… et je suis repartie dès 6 heures ½, ayant des courses à faire. Le soir, une promenade solitaire sur le Remblai, il ne faisait pas bien beau et les enfants ne tenaient pas à sortir ; ils aiment mieux, d’ailleurs, se promener avec les camarades, et flâner un peu sur le Remblai, alors que j’aime mieux une marche rapide. La promenade solitaire ne m’a pas du tout ennuyée. Hier matin, pluie au réveil ; suis allée à la messe et fait au retour une grande partie du marché, prévoyant du mauvais temps. En effet, nous avons eu une journée entière de tempête, avec juste quelques éclaircies vers le soir. De la fenêtre, j’apercevais les vagues recouvrir la grande jetée, presque sans arrêt. Fait beaucoup de choses, lu, tricoté, repris mes cahiers des mois passés ; il y a des tas de choses, extraits de lectures, notes, méditations et réflexions, qu’il est bon et même nécessaire de reprendre de temps en temps. Jacques et Geneviève sont donc arrivés vers 6 heures ; avons déchargé de l’auto les fruits, légumes et provisions, puis sommes allés à la gare en auto pour chercher Yves, mais le train avait une demi-heure de retard, il a fallu attendre. Sommes revenus juste pour dîner. Ne sommes pas sortis ensuite, le temps étant trop mauvais, mais il est venu ici toute une bande de garçons : Paul Denis, Pierre Plessy, Joseph Bidault et je ne sais qui, et ils ont ri et chanté dans la cuisine assez tard. Je vais me lever pour la grand-messe.

Dimanche matin 9 septembre

Huit jours sans écrire, ce n’est pas que je n’en ai pas eu réellement le temps, mais il faisait à peu près beau, et je partais à la plage le plus tôt possible, afin de profiter de cette dernière semaine de vacances. C’étaient bien des vacances en effet, car nous n’étions pas bien nombreux, et je n’avais pas tellement à faire, alors qu’à peine rentrée je vais me trouver plongée de nouveau dans les occupations habituelles. Nous rentrons demain soir pour dîner. Mardi après-midi, arrivent Caty, Mladen et Danitza = Danica. Je vais avoir à réviser les trousseaux des garçons en vue de la rentrée, et ce sera un certain travail, en même temps, il faudra aller chez Maman, à La Roche chez le dentiste, voir pas mal de monde et j’aurai sans doute bien des choses imprévues pour me déranger sans compter l’Action catholique à laquelle il faut penser un peu à l’avance, afin de la mettre en branle dès les tous premiers jours. J’ai donc pris mes vacances ici, et cela m’a fait du bien. Aujourd’hui j’aurai pas mal à faire et demain il faudra faire les valises et boucler la maison. Dimanche dernier, une journée de tempête, il faisait très mauvais le matin pour aller à la messe et il a beaucoup plu toute la matinée. Nous avons décidé d’aller au cinéma en matinée, mais la pauvre Jacquie, qui s’est dévouée pour aller chercher les places, s’est fait tremper copieusement. Après déjeuner, lu un moment, puis Jacques a nous a emmenés Yves, Jacquie, Pierre et moi, au fort Saint-Nicolas afin de contempler la mer se brisant sur la grande jetée ; il ne pleuvait plus, et, malgré le vent fou, il ne faisait pas froid ; les vagues étaient splendides ; avons vu rentrer un petit yacht anglais qui tenait merveilleusement la mer. Un agréable moment au cinéma, si bien que ce dimanche s’est passé quand même. Après dîner, une promenade, avec Yves et Jacques. Lundi, temps assez douteux, à la plage quand même le matin. L’après-midi, suis allée en auto avec Jacques voir Pierre et Geneviève Bouliau, puis Mlle Chalard. Suis rentrée vers 6 heures. Jacques devant partir ce soir-là avec Maman et Geneviève. Mardi, la matinée à la plage ; il y avait du vent, mais il ne faisait pas mauvais quand même. L’après-midi, une visite de Mme Plessy, suis allée à la plage ensuite. Mercredi, une journée splendide, la plus belle que nous ayions eu de toute la saison… jeudi, le temps était un peu moins beau, c’est-à-dire que le matin est arrivé un coup de vent assez soudain, et tout s’est embrumé, l’après-midi a été calme et agréable. Vendredi, en rentrant de la plage, une lettre de Jacques annonçant qu’il venait l’après-midi amener Tante Denise et Geneviève ici ; ils ont d’ailleurs eu quelques aventures avant de partir, un pneu crevé à Pierre Levée, si bien qu’ils sont arrivés vers 3 heures ½ seulement ; j’étais déjà à la plage et Tante et Geneviève sont venues nous y rejoindre, avons passé un bon après-midi, et le temps était délicieux ; avons été rejoints par Mme Mignen de La Mothe, laquelle a chez elle une jeune espagnole de 19 ans qui soit séjourner plusieurs mois en France, elle nous l’a amenée à plusieurs reprises et la jeune file a pu parler espagnol, surtout avec Geneviève et Paul Denis. Avant dîner, sommes allés à la petite jetée, Jacques, Tante et moi ; il faisait un soir merveilleux, la mer semblait glacée de bleu et d’argent ; avons dîné tous ensemble, puis l’auto est partie aussitôt et nous avons fait un petit tour. Hier, temps très orageux toute la journée ; dans l’après-midi, aussitôt arrivée à la plage, j’ai cru qu’il allait falloir plier bagage et repartir, tellement le temps était noir et menaçant, puis il est arrivé un coup de vent qui a balayé l’orage, le temps s’est dégagé et il a fait beau jusqu’au soir. Ce matin, le temps est un peu brumeux, mais le soleil paraît, je serais contente qu’il fasse beau et qu’Yves puisse profiter jusqu’à demain soir de la plage et du canoë, le pauvre petit en a été tellement privé jusque là. Hier soir, aussitôt débarqué du train, il a couru à la plage et il a pu aller un peu en mer avant dîner. Deux lettres de Jean cette semaine, la première, arrivée au Poiré lundi matin, et l’autre hier, celle d’hier datait du dimanche. Il est dans un poste, un peu au nord d’Hanoi, pas trop mal installé, parce qu’il y a un groupe électrogène, frigidaire et radio, seulement le pays est inondé et on ne peut pas faire 500 mètres sans avoir de l’eau jusqu’à la ceinture. Il a adopté le short parce que le pantalon mouillé finit par irriter les jambes, mais alors il y a les sangsues. Au milieu de toute cette eau, pas d’eau potable, et le vin aigrit tout de suite, il faut boire de la bière et des eaux minérales, si bien que cela monte à près de 25000 francs par mois. Il demande des chaussettes de laine et aussi des revues et des livres – je lui ferai un colis dès mardi ou mercredi – Les enfants viennent de partir avec Jacques à la messe de 9 heures, je vais me lever et écrirai à Jean aujourd’hui.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 12 septembre 1951, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Une journée très remplie au cours de laquelle je n’ai pas eu le temps pour prier et me recueillir, et pourtant j’en aurais tellement besoin. J’ai eu ma messe ce matin, mais n’ai pas eu le temps ni d’aller à l’église un moment, ni de lire un peu. Je tâcherai se me coucher de bonne heure. Les vacances se sont achevées avec le retour des Sables, et c’est la reprise intense du travail. D’ici quelques jours les choses seront tassées. J’ai eu lundi un peu de repos, très relatif, le matin ; les bagages à commencer, des courses, et une demi-heure sur la plage. L’après-midi, une fois les bagages terminés, un grand moment sur la plage, seulement le temps était brumeux et il faisait un peu frais. Sommes partis un peu après six heures et demi et étions ici pour dîner. Pendant que les enfants déchargeaient l’auto, suis allée quelques minutes chez Maman, puis, après dîner, déblayé le plus gros des bagages, mais il me restait beaucoup de choses à remettre en place hier matin ; j’ai été, avec cela, très dérangée toute la matinée ; une fois par Marguerite-Marie Tenailleau, qui, très gentiment, tient à ce que Jean ait son colis, comme tous les combattants d’Indochine, une fois par Tante Denise qui venait me demander quelque chose de la part de Maman, et plusieurs autres fois encore. Paul Denis est venu déjeuner, en allant des Sables à Montaigu, mais je n’ai rien fait de plus pour lui. Après déjeuner, il me restait encore des livres et des papiers à ranger, de plus, je voulais préparer un colis pour Jean, mais j’ai eu la visite d’Auguste et de Ginette Baron, ainsi que de leur petite Catherine ; ils partaient lorsque Jacques est revenu de La Roche avec Caty, Mladen et Danitza, si bien qu’il était presque 5 heures quand le salon a été en ordre, et le colis à Jean expédié ; suis allée un peu chez Maman, puis à l’église, et il était l’heure de dîner. Ce matin, préparé de la pâte pour des galettes de maïs, puis rangé le fruitier, ce qui a été un bon petit travail ; fait ensuite un autre travail peu ordinaire, la revue du trousseau de Pierre, linge et vêtements ; beaucoup de choses sont trop petites et j’en suis navrée. Sommes tous allés déjeuner chez Maman, avec un plat de perdrix et un Savarin – très bon – confectionné par Jacquie. Suis allée ensuite à La Roche avec Jacques, dentiste et courses. Passé à la Maison des Œuvres, il y a quelques changements… Rencontré Mme Grangé, qui viendra ici, avec ses filles, en novembre ; son fils sera fiancé lundi avec Mlle Frésneau ; Etions ici vers 6 heures, je me suis mise aux petites galettes, le four chauffait merveilleusement. Demain, Maman et Tante Denise viennent déjeuner ici, je voudrais faire ce soir, avant de me coucher la crème de la glace de demain. Pas de lettre de Jean depuis samedi ; je lis un ouvrage sur l’Indochine.

Dimanche 16 septembre 1951

Une journée de repos aujourd’hui, ce qui est assez rare et ne sera pas désagréable. Jacques devant aller aujourd’hui à Saint Gilles, pour un congrès de la Mutualité, il a emmené l’auto pleine, c’est-à-dire, en plus de Félix Violeau qui va comme secrétaire, Caty, Mladen, Danitza et les trois filles, Yves et moi gardons la maison. J’aurai cependant bien à faire, je voudrais écrire, ce qui ne m’arrive pas souvent, une lettre urgente, et pas mal de notes et d’autres choses, et aussi couper les pages de quelques livres destinés à Jean et dont je voudrais prendre connaissance ; Il y aura aussi la grand-messe, bien entendu, les Vêpres, et une petite kermesse à laquelle il faudra paraître – kermesse au profit de la société de musique – Un peu de cuisine à faire pour ce soir et cela fera encore une journée assez chargée. J’ai été plutôt prise cette semaine… Jeudi, Maman et Tante Denise sont venues déjeuner ici ; il y avait des huîtres, des poulets et de bonnes glaces ; toutes deux sont restées passer l’après-midi ici, si bien que je n’ai pas été libre un instant. Vendredi temps un peu frais, mais très beau ; Tante Denise est partie par le car du matin… suis allée un peu chez Maman, à l’église, puis pour la première fois et la seule fois depuis notre retour, ai pu dire mon chapelet dans le jardin en contemplant un coucher de soleil très pur. Hier mati, le temps, d’abord très beau, s’est gâté, et, dans l’après-midi, il s’est mis à crachiner, il faisait u peu froid, et cela sentait tout à fait l’automne ; ce matin, le soleil est beau… Hier encore une journée assez remplie, d’abord Pierre partait à La Haye, je lui ai aidé à préparer son sac et donné un déjeuner à manger dans le train. Comme c’était notre anniversaire de mariage, j’avais soigné le menu et confectionné un entremets que tout le monde a déclaré délicieux, glace vanille recouverte d’une compote de pêches et d’un sirop parfumé à la gelée de groseille et framboise, c’était réellement savoureux. Passé une partie de l’après-midi à confectionner des palmiers, une lettre à Jean à écrire ; suis allée chez Maman assez tard ; Nous avions une lettre de Jean hier matin, une lettre bien intéressante écrite dimanche dernier. Ils ont eu la visite d’un jeune prêtre annamite qui leur a célébré la messe ; Pendant cette messe les Annamites récitent ou plutôt chantent perpétuellement le chapelet. Pour la communion, c’est une ruée, comme si c’était la soupe populaire. Le Père avait ensuite invité les officiers à déjeuner ; menu annamite, mangé avec des baguettes ; petits plats à base de cochon, de poulet, ensuite riz et dessert. Boisson, dans l’ordre chronologique : bière, Cinzano, grenadine ; Tout cela serait bien intéressant, si ce n’était la menace perpétuelle du danger et puis la longueur de l’absence ; cela ne fait pas encore un mois que le grand chéri est en Indochine. Quant à Yves, il travaille comme un ange, mais il est ennuyé, parce qu’il y a une grève d’examinateurs et que le bachot est repoussé ; on parle du 28 si un accord est intervenu ; tout cela retarde le moment où le pauvre petit sera débarrassé et retarde aussi la rentrée de la prochaine année scolaire. Anne rentrera en classe demain. Mercredi, sans doute irons-nous aux Sables. Pierre rentrera mercredi ou jeudi. J’ai révisé les deux trousseaux, comme vêtements, il y aura à peu près le nécessaire, mais c’est Yves qui manquera de chemises, parce que les siennes sont trop petites et qu’il les passera à Pierre ; Yves est aussi bien monté comme chaussettes, mais il faudrait plusieurs paires de chaussettes et socquettes pour Pierre. Fini leurs deux chandails de scouts, il n’y a plus qu’à les coudre mais je voudrais maintenant tricoter pour Geneviève, il est question qu’elle aille faire un tour à Paris aux environs du 15 octobre, elle a beaucoup à faire à l’étude et ne peut tout faire à la fois.

Dimanche 23

Pas écrit de toute cette semaine ; j’ai cependant eu moins à faire que la semaine dernière, tout en étant assez prise ; ce matin, je ne dispose que d’une demi-heure à peine ; suis convoquée, après la messe de 9 heures, à une réunion de l’Association des Familles, ceci en remplacement de Jacques pris avec le bureau de l’A. C., si bien que ma matinée sera toute prise. Cet après-midi, il y a à la salle paroissiale une exposition de presse à laquelle il faudra aller, et je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour écrire. Pierre n’est pas de retour, je lui avais dit de venir mercredi ou jeudi, aussi, jeudi soir, ne voyant rien venir, j’ai téléphoné à La Haye pour savoir ce qu’il devenait ; il n’avait même pas parlé à sa tante du jour du retour, et Jacqueline tenait à le garder quelques jours de plus, Jean étant à Paris, la maison lui semblait moins vide et un bon gâteau était commandé pour le dimanche. Il rentrera demain. Quant à Jacquie, elle a reçu jeudi un coup de téléphone de Montaigu, lui demandant d’y aller le lendemain ; elle y est partie vendredi soir, a dû aller à Pouzauges hier avec Jacqueline et Marie-Claude, ainsi qu’Hélène et rentrera ce soir. Caty et sa famille partent demain matin, et il va falloir sérieusement préparer le départ de Pierre. Yves ne sait ni quand il rentre, ni quand il passe son bachot, tout est retardé à cause d’une grève stupide des examinateurs. Dimanche, pour moi, une journée bien tranquille qui m’a infiniment reposée ; beaucoup écrit, fait un peu de cuisine et suis sortie pour aller à la petite kermesse des musiciens ; vu là-bas Armande Brachet et Odile. Les voyageurs sont arrivés un peu avant 7 heures et demie, et contents de leur journée. Lundi, me suis occupée d’organiser, avec Sœur Gertrude, la réparation d’un veston pour Pierre. Mardi, rien de neuf. Dans la nuit suivante, ai été un peu malade, dérangement d’estomac et sans doute un accès de fièvre. Le matin, je me sentais encore patraque, aussi j’ai dû renoncer à aller aux Sables, alors que nous avions fait le projet d’y aller tous ensemble. Passé une journée assez désagréable, j’étais fatiguée et mal en train ; je suis restée au lit le matin, me suis couchée de bonne heure et n’ai pris que du bouillon de légumes. Jeudi, cela allait, repris ma vie normale. Vendredi, l’Adoration ; suivi les offices habituels…. Maman a déjeuné et dîné ici, comme elle le fait chaque dimanche, mais j’ai tout de même eu un petit moment, comme la veille, pour aller dire mon chapelet dans le jardin en contemplant le coucher du soleil. Hier matin, comme depuis quelques jours, temps splendide, un peu froid mais très pur….Hier après-midi une visite de Tante Abel et des Mignen, ce qui n’était pas arrivé depuis cinq ans ! la visite, à vrai dire, était pour Caty. Suis allée ensuite quelques minutes chez Maman, puis rentrée ici où j’avais à préparer la crème pour aujourd’hui et des petits gâteaux pour accompagner la glace. Pas de lettre de Jean cette semaine ; cela me manque terriblement, peut-être y en aura-t-il une demain. Anne a repris la classe sans douleur.

Mardi 25 septembre

Pas de lettre de Jean ces jours-ci ; il n’y a évidemment pas de quoi s’affoler, mais le temps paraît bien long. C’est une pensée continuelle vers ce grand chéri qui est di loin et sera si longtemps avant de revenir… Yves attend toujours la date de son examen, Pierre est de retour depuis hier ; il m’a aidée à trier et à ranger les pommes ; le travail ne manque pas et la rentrée sera vite venue.

Jeudi soir 27

Une lettre de Jean ce matin, et avec quelle joie, une lettre bien intéressante, datée du 17 ; dix jours, c’est encore long ! elle n’est partie que le 23, ce qui s’explique par le fait que Jean a changé de résidence, il est maintenant, non plus dans la plaine inondée, mais sur un piton rocheux truffé de blockaus, et qu’on ne peut joindre le P.C. que par bateaux. Il nous raconte avoir assisté à un mariage indigène, comme invité d’honneur, à la place du capitaine. Repas annamite ; la mariée faisait le service et deux jeunes filles éventaient l’invité d’honneur. Tout le village contemplait le repas ; Jean se croyait un peu Louis XIV, mangeant devant son bon peuple. Tout cela serait intéressant, s’il n’y avait pas l’inquiétude continuelle. Hier, journée à Nantes, ce matin, vu M. le Curé ; il y a beaucoup à faire.

Samedi matin 29

Un temps radieux ce matin, pourvu que cela dure, nous avons eu quelques vilaines journées ; hier, de fortes averses ; la température se refroidit peu à peu. Avant-hier soir, récité mon chapelet dans le jardin ; un soir mouillé, triste… Hier, la rentrée de Pierre – quinzième rentrée à Richelieu – tout s’est passé comme à l’ordinaire. Pierre rentre en troisième, et semble décidé à travailler. Causé assez longuement avec l’Abbé Billaud et l’Abbé Godillon ; ai été heureuse de parler de Jean. Les journaux parlent d’une « Opération Citron » du côté d’Hanoi. Beaucoup de travail ces jours-ci.

Dimanche 30 septembre

Le beau temps continue, sans doute l’été de la Saint Michel, et c’est infiniment agréable ; il faisait un peu frais hier soir, mais le coucher de soleil était merveilleux. Ce matin, me suis reposée un peu et levée plus tard, ai rangé du linge, fait le marché et rangé des fruits ; il faut maintenant cueillir les poires, les mettre dans le fruitier et les surveiller ; j’en fait cuire de grand plats au four, et cela régale Jacques et Geneviève. Le travail ne manque jamais, j’ai des tricots en quantité à faire ; terminé hier un chandail pour Pierre, suis en train de confectionner un petit vêtement pour Geneviève, en laine mohair jaune, et il faut que je confectionne pour Pierre, qui est un peu démuni, plusieurs paires de socquettes de laine ; toutes ses chaussettes sont trop petites, et ces messieurs ne veulent plus que des socquettes – c’est d’ailleurs plus vite fait ! – Je voudrais aussi tricoter un gilet pour Jacques, celui que je lui ai fait l’année dernière étant trop chaud pour la demi-saison. Pour m’arranger avec tout cela, Pierre m’en rapporté de La Haye son fameux chandail bleu – chandail d’été – avec le dos tout déchiré, s’est-il accroché à des barbelés ou le chandail a-t-il été rongé par une souris ? toujours est-il que j’ai le dos à refaire… Aujourd’hui, je compte sur un dimanche à peu près tranquille, avec seulement quelques lettres à écrire et une visite à la kermesse des pompiers qui se tient à la gare. Cette semaine a été bien passée, je n’ai pas eu trop de peine avec la rentrée de Pierre ; il y a bien des choses qui ne sont pas prêtes, mais elles arriveront par la suite et je prépare peu à peu la rentrée d’Yves sans savoir quand elle sera. Le bachot qui devait avoir lieu les 5 et 6 octobre, a été repoussé à une date indéterminée, le syndicat de l’enseignement ayant décidé de poursuivre la grève – et ces messieurs ont l’aplomb de se dire des éducateurs alors qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour ennuyer les pauvres enfants à la veille de passer leurs examens ! Dimanche dernier, assisté à la réunion de l’Association des Familles ; cela a été un peu vague ; il faudrait un président qui soit vraiment un chef, et ce n’est pas tout à fait cela. L’exposition de presse a été assez intéressante, bien que cela ait été un peu « cohue » ; il y a eu une très grosse vente de livres, ce qui prouve que, de plus en plus, il y a un réel besoin de lectures et qu’il est nécessaire de fournir des lectures saines et intéressantes – les jeunes filles, surtout, ont acheté beaucoup, et des choses sérieuses – Lundi, Caty et les siens sont partis ; Pierre est arrivé dans l’après-midi, Jacquie est arrivée dimanche soir. Mardi, suis allée à La Roche ; j’avais peu à faire, mais il a fallu y passer l’après-midi ; suis allée voir Mme Allègre qui m’a gardée à goûter, et avec qui j’ai passé un moment vraiment agréable. Pluie battante en fin d’après-midi et au retour. Mercredi, journée à Nantes, une de ces journées que je n’aime pas bien, parce qu’il faut traîner de magasin en magasin avec les filles, et encore, elles ont eu l’idée de visiter sans moi les magasins de tissus et de chaussures pour faire leur choix. J’ai eu tout de même, en fin d’après-midi, un peu de temps à moi, et j’ai pu acheter quelques livres dont j’avais besoin. Il me faudra retourner à Nantes dans une quinzaine…. Jeudi, matinée assez remplie ; vu M. le Curé, écrit à Jean ; suis allée un peu chez Maman dans l’après-midi – après avoir commencé à rassembler toutes choses pour la valise de Pierre -. Vendredi, les préparatifs de départ m’ont pris toute ma matinée ; nous sommes partis un peu après déjeuner, avons fait quelques courses, quelques visites à Richelieu, comme d’habitude et sommes rentrés pour dîner. Hier, journée encore assez remplie, correspondance, rangements, tricots à finir et à organiser. Dans le bureau, la radio donne la Grand-messe du Congrès Eucharistique de Nîmes.

Jeudi 3 heures

N’ai pas arrêté encore depuis ce matin ; je vais prendre un peu de répit et cela me fera du bien avant de partir chez Grand-mère. La journée d’aujourd’hui a été plutôt chargée, le marché, un mot à dire à M. le Curé, des fruits à trier et ranger, le docteur à accompagner chez Maman, qui fait une petite histoire dans le dos, comme elle avait déjà fait. Je suis revenue pour me mettre à table ; Marie Barreteau était là, nous l’avons retenue à déjeuner, et elle a pris le café avec nous ; suis allée ensuite avec elle, voir les vêtements à pierre dont je voulais me débarrasser. Fait ensuite, pour Jean, un colis dans lequel j’ai mis deux paires de chaussures que je lui ai achetées hier à la Roche, et une revue pour le distraire. La semaine prochaine, je lui ferai un colis de livres et de revues. Nous avons eu une lettre lundi, il paraît être toujours au calme. Beaucoup à faire depuis lundi, je n’arrive pas à tricoter et pourtant j’aurais tant à faire. Le bachot d’Yves est encore repoussé.

Dimanche matin 7 octobre

Un petit quart d’heure avant de partir faire la réunion de la Ligue, première reprise de contact, depuis le mois de juin, avec les Ligueuses de la campagne, je pense cependant avoir une après-midi à peu près tranquille. Nous avons bien ici en ce moment Carolis, la jeune espagnole qui est pour quelques mois chez Mme Mignen de La Mothe, mais j’espère être à peu près tranquille. J’ai pas mal à écrire et des comptes à faire. Semaine assez calme quoique très remplie. Lundi matin, une lettre de Jean, je lui ai répondu très longuement et cela m’a pris une partie de ma matinée ; l’après-midi suis allée chez Mme Lucas. Mardi, j’ai fait pas mal de rangements. Mercredi, après-midi à La Roche, dentiste, courses, vu Pierre à Richelieu, et là, avons appris que le bachot était repoussé encore une fois ; hier matin le journal a annoncé que ce serait mercredi et jeudi, espérons que cette dois-ci ce sera vrai. Mercredi soir, sommes allés à la Roche pour une séance donnée par les « Compagnons de la Joie » au profit des scouts de Richelieu ; nous ne pouvions faire autrement que d’y aller, c’était d’ailleurs charmant. Jeudi, journée très remplie. Vendredi, j’ai eu toute la matinée pour décharger et ranger des pommes que Jacques nous avait apportées la veille. Jacques a organisé des nouvelles étagères pour ranger tout cela, ce qui nous donne beaucoup de place. Suis allée ensuite faire la réunion de la Ligue, qui a été intéressante ; cependant, dans l’impossibilité où nous sommes de réunir assez de monde le vendredi, il a été décidé de réunir tout le monde le dimanche matin, bourg et campagne, je le regrette, mais cela donnait vraiment trop de peine pour un piètre résultat. Suis allée chez Maman ensuite. Hier, visite à Marguerite, passé une heure chez Maman, puis ma confession qui m’a fait du bien. Les filles étaient à la Roche à goûter chez Marie-Bernadette Lesaffre, et elles sont revenues par le car, ramenant Carolis. L’été de la Saint Michel se prolonge encore jusqu’ici, nous avons eu des matinées de brouillard pas très agréables, mais les après-midi sont en général délicieusement ensoleillées ; les jours cependant diminuent très vite et la température s’abaisse ; il faut quitter les robes d’été, mettre des bas et se couvrir.

Dimanche 14 octobre

Une semaine très remplie, pendant laquelle je n’ai pas eu le temps d’écrire ; aujourd’hui, beaucoup de choses en perspective, si bien que je n’arriverai à rien ! Geneviève part demain à Paris et il faut que je lui termine un vêtement de laine mohair jaune ; je n’ai pas pu en finir hier soir et je le regrette car il me faudra tricoter aujourd’hui, ce que je n’aime pas ; de plus j’aurais toutes les coutures à lui faire, et, ce soir, il me faudra faire de la pâtisserie, des petits gâteaux de maïs pour qu’elle en mange demain dans le train et des pâtes à tartes pour recevoir les cousines Bouliau qui viennent déjeuner demain. Demain sera d’ailleurs une journée assez occupée ; Thérèse va vendanger avec la famille Baron, Geneviève part à 11 heures ½ ; il me faudra faire le déjeuner, car Marie sera occupée à plumer des poulets, l’un pour envoyer à Paris et un pour un dîner ecclésiastique mardi soir. Jacques emmène ensuite ses cousines à Palluau et Legé, si bien que cela me donnera mon après-midi de répit, mais je me demande vraiment quand ce sera. J’ai deux courses urgentes à faire pour Jacques à la sortie de la messe de 9 heures, puis il faudra que j’aille le représenter, tant bien que mal, à la réunion de l’Association des Familles, il est aujourd’hui à Chantonnay, à l’inauguration du barrage de l’Angle Guignard, il doit y avoir le ministre de l’Agriculture et pas mal de personnalités. Cet après-midi, je vais aux Vêpres à la Genétouze, il y aura la première réunion de la Ligue, je voudrais bien que cela marche et qu’il y ait quelques femmes. M. le Curé me ramènera. Après quoi il faudra que j’aille voir Maman un peu grippée, elle est surtout très prise du cerveau, cela va mieux, mais elle ne sort pas encore. J’ai à préparer une réunion pour vendredi à la Robière, une autre, pour dimanche, à Beaufou…Avec tout cela je n’arrive à rien ici ; j’en suis à la seconde paire de socquettes à Pierre, j’ai des tas des tas de choses à ranger, des livres à couper et à lire pour les envoyer à Jean. Nous avons eu notre lettre hebdomadaire jeudi seulement ; il ne raconte rien de très nouveau, si ce n’est qu’il arrive, en quelques phrases qui n’ont l’air de rien, à nous donner le nom de l’endroit où de trouve son P. C. ; nous sommes arrivés à le repérer sur la carte ; c’est à 30 ou 40 km à l’est, légèrement nord-est d’Hanoi, cela paraît pour le moment assez calme.

J’ai eu dimanche une journée comme je n’aime guère, car j’ai été obligée de tricoter tout l’après-midi, pour finir la bande de boutonnage du vêtement de Geneviève ; quand je l’ai eu terminée, comme, Jacquie tricotant la dernière manche, nous nous sommes aperçues qu’elle avait tricoté le poignet beaucoup trop serré, si bien qu’il a fallu le refaire, et cela représente soixante dix rangs de cinquante mailles, cela m’a menée presque jusqu’au dîner, je n’ai eu que le temps de faire, avant de me mettre à table, deux pâtes à tarte. Après dîner, je me suis mise à faire des petites galettes de maïs, et j’en ai eu jusqu’à 11 heures. Lundi matin, Dieu merci, je n’ai guère eu à m’occuper du départ de Geneviève, que pour lui choisir un livre ou lui emballer quelques petites choses qu’elle emportait, seulement, les trois cousines Bouliau venaient déjeuner, Thérèse était en vendange chez la famille Baron et Marie, un peu prise, parce qu’elle avait eu le matin deux poulets à tuer et à plumer. Le déjeuner a cependant été prêt à l’heure, Jacques a ensuite emmené ses cousines à Palluau et à Legé, et j’ai eu une après-midi à peu près tranquille. Mardi soir, nous avions un dîner ecclésiastique, mais cela ne m’a pas donné trop de peine, les cousines avaient dîné la veille au soir, mais très simplement, j’avais prévu pour mardi bien des choses à l’avance, fait dès la veille un Savoie pour le garnir de chocolat de caramel, et tout a bien marché. Yves a pu rester avec nous après dîner, sans pansement ; le furoncle, depuis le dimanche matin, suppurait beaucoup, et diminuait encore assez vite ; je lui au remis un pansement pour la nuit de mardi à mercredi ; il est resté mercredi sans pansement et a pu partir jeudi après déjeuner, j’espère que cela va, mais on ne sait pas encore quand seront donnés les résultats du bachot. Mercredi après-midi, suis allée à la Gillardière, course remise depuis longtemps ; il faisait très beau… Jeudi, matinée très remplie, le marché, une petite visite à M. le Curé, une autre chez Maman, les unes et les autres qu’on rencontre et à qui il faut parler, Marie Barreteau à prendre le café, puis Eugénie et Raymonde, des pommes à ranger ; il était très tard quand je me suis trouvée libre. Vendredi, journée à Nantes, il a fallu marcher pas mal, faire pas mal de magasins et laisser beaucoup d’argent ; enfin les filles et moi sommes à peu près équipées pour l’hiver, et je ne suis pas fâchée que ce soit fait. Hier, sommes partis vers 11 heures, Jacques et moi, pour aller déjeuner à La Mothe chez Marthe Régnauld. Jacques a parlé affaires ensuite avec elle, pendant ce temps, je suis allée voir Mme Mignen et aussi Carolis. Nous étions ici à 3 heures 20, car Jacques avait un rendez-vous urgent ; j’ai écrit deux lettres, suis allée voir Mme Dorion, me confesser, faire une petite visite à Maman, suis rentrée ici pour six heures. Chaque soir je vais au Mois du Rosaire.

Dimanche matin 28 octobre

Toute une semaine bien remplie, bien occupée, cependant je pense avoir une journée à peu près tranquille dans laquelle je pourrai faire beaucoup de choses, et cela me fera infiniment du bien. Dimanche dernier, tout s’est bien passé comme je l’avais prévu, suis allée représenter Jacques à la réunion de l’Association des Familles, mais les hommes sont encore pires que les femmes quand il faut les amener à une réunion, et cela a commencé très tard, heureusement j’étais allée à la première messe ; de là, je me suis rendue à la Genétouze pour trois heures, ai assisté aux Vêpres là-bas, il faisait très mauvais temps, cependant il y avait pas mal de femmes à la réunion… M. le Curé, qui était venu assister à la fin de la réunion, m’a ramenée en auto jusqu’ici, suis allée un peu chez Maman, où j’ai vu Françoise, puis revenue ici où j’avais des comptes à faire et un peu à écrire. Lundi, très beau temps, mais un peu froid ; sommes allés aux Sables où nous avons eu une journée très remplie ; en arrivant, préparé le déjeuner pendant que Jacques lavait le canoë. Après déjeuner, rangé pas mal de choses, puis passé à l’anti-mite toute la literie, matelas et couvertures. Suis allée ensuite faire une course, avec la plage nue qui paraît si grande on se sent tout à fait dans l’atmosphère de l’hiver, le matin, cela faisait un effet bizarre que de voir le marché désert. Vidé le service d’eau, et sommes arrivés ici vers 6 heures. Mardi matin, Jacquie est partie pour Nantes avec Jacques qui, allant aux Lucs, l’a conduite au car. Déjeuné seule avec Anne qui n’a pas été trop désagréable, puis suis allée à la Roche ; vu les garçons ; Yves est très bien ; il est entré en math-élem, sans savoir si il lui faudra rétrograder. Tous les deux arrivent demain en vacances de Toussaint ; J’aurais voulu voir Mme Coutansais et Mme Duchaîne, mais n’avait pas réfléchi qu’elles étaient à Paris. Suis allée un peu chez Mme Lesaffre et fini mon après-midi à tricoter dans la salle d’attente du car. Mercredi, nous avions Pierre et Geneviève Bouliau à déjeuner, j’avais fait la veille au soir un Savoie bien réussi et le déjeuner ne m’a pas donné trop de peine ; sommes restés à causer dans le salon, puis sommes allés chez les Lucas, où Mme Lucas, Pierre et Jacques ont rappelé leurs souvenirs de Palluau. Après leur départ, suis allée un peu dans le jardin cueillir des dahlias… Jeudi, matinée très remplie ; il y avait les 70 ans de mariage des époux Ballanger, aussi le vieux couple allant à la mairie pour entendre, après 70 ans, la lecture de leur acte de mariage, Jacques m’avait demandé de faire un bouquet, et de mettre quelques fleurs fraîches sur son bureau ; cela m’a fait deux courses le matin ; il a fallu faire le marché, préparer Anne, qui offrait le bouquet à la mariée (ma seconde mission municipale après le char les pompiers), enfin aller à la messe qui était à dix heures ; c’était touchant de voir ces deux vieux entrer dans l’église, elle, soutenue par ses deux fils et lui au bras de sa fille ; après la messe ils sont allés à la sacristie où nous avons pu les féliciter. Suis allée ensuite raconter la cérémonie à Maman, puis à la gare pour faire un dossier pour obtenir à la femme du fossoyeur la médaille de la famille française. On m’a mis cela sur les bras, une fois de plus, et cela m’a fait marcher plus que je n’aurais voulu ces derniers jours. L’après-midi suis allée dans les deux écoles chercher des certificats de scolarité, causé un moment avec Bonne Mère, fait quelques visites en passant et suis allée un peu chez Maman. Vendredi, une matinée à peu près tranquille, j’ai pu trier des fruits, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. L’après-midi, réunion à la Robière ; j’avais passé plusieurs soirs, après dîner, à préparer cette réunion, et elle était à peu près au point ; il n’y avait pas beaucoup de monde, mais des jeunes femmes vraiment intéressantes ; suis revenue jusqu’à la Bardinière avec Thérèse Brochard qui m’a raconté bien des choses ; elle attend sont huitième enfant, ses jambes sont couvertes de varices et elle ne peut prendre de repos pour les allonger ; elle a vraiment bien du mérite. Fait pas mal de visites au retour à la Bardinière, à la Faucherie, et suis passée chez Grand-mère quelques minutes seulement avant le Mois du Rosaire. Suis allée chaque soir à l’église, sauf mardi, où j’étais à La Roche, il fait maintenant nuit noire quand j’y pars, comme il fait nuit encore quand je vais à la messe de 7 heures ; l’hiver vient doucement ; nous avons fait mardi soir nos essais de chauffage, au cas où nous en aurions eu besoin mercredi, mais la journée ayant été belle et ensoleillée, il faisait bon l’après-midi dans le salon ; n’avons allumé que vers 6 heures, et, le temps s’étant radouci, un peu aussi hier soir. Jacques fait un peu de feu à l’étude et y reste parfois après dîner, et je ne suis guère assise à la maison dans la journée. La semaine prochaine, il n’en sera pas de même, au début, les enfants seront là et nous aurons ensuite les Douxami qui viennent du jeudi après-midi au dimanche avec les trois plus jeunes de leurs enfants ; ils logeront chez Maman, mais déjeuneront chaque jour ici. Je suis bien contente de les voir, mais cela fera pas mal de travail, et je ne sais comment j’arriverai à préparer le rapport de l’Ecole Missionnaire, d’autant plus que je ne sais aps encore sur quoi portera ce rapport ; la réunion prévue pour aujourd’hui à Beaufou a été remise, Dieu merci, car je ne sais comment je serais arrivée à la préparer cette semaine. Je n’ai eu cette semaine que ma journée d’hier, et encore il a fallu aller à l’Hermière hier matin, j’aurais pourtant besoin de me reposer un peu, suis un peu patraque, avec mal aux reins et au ventre, rien de grave sans doute, mais c’est gênant. Jacquie reviendra sans doute de Nantes aussitôt la Toussaint ; Geneviève a écrit cette semaine mais ne parle pas de retour ; elle se promène bien et voit beaucoup de choses. Une lettre de Jean lundi ; je lui ai même répondu des Sables ; il paraît trouver que son secteur est trop calme et aimerait mieux un peu plus de bagarre, nos points de vue sont quelquefois différents, il a envoyé jeudi un petit colis de pellicules que Jacques a emportées à La Roche pour les faire développer, je les attend avec impatience.

Dimanche matin 4 novembre

Quelques minutes seulement avant la réunion de la Ligue qui est, comme toujours, vers 8 heures, cependant, j’espère avoir un peu de temps à moi ensuite, car je suis allée à la première messe, cependant, j’aurai encore à faire, car les Douxami déjeunent ici, et je voudrais écrire à Geneviève pour lui dire que nous pensons bien à ses vingt ans, qu’elle atteindra ce soir. Je ne peux pas oublier cette journée d’attente et d’angoisse. J’ai donc eu beaucoup à faire cette semaine… Dimanche, la journée a été calme, pour moi du moins, j’ai pu faire pas mal de choses, mais pas tout ce que j’aurais voulu ! Il faisait très mauvais temps ; depuis le déjeuner nous étions sans électricité ; il y avait eu de la pluie, de la grêle, mais le temps était assez calme, aussi nous avons été surpris le soir d’apprendre qu’un cyclone venait de passer près de nous, faisant de gros ravages sur Beaufou, Les Lucs, la route de la commune qui touche à la Chapelle-Palluau et même à la Thibaudière et la Chauchetière qui sont bien près de nous – nous n’avions rien vu ni entendu – Naturellement, pas d’électricité le soir, nous sommes couchés de bonne heure. Lundi, Jacques étant absent, je commençais à déjeuner, toute seule avec Anne, quand est arrivé Yves m’amenant à déjeuner un camarade Jean-Louis Duboux, nous avons renforcé le menu insuffisant, et tout a bien marché. Pierre est arrivé dans l’après-midi. Mardi et mercredi, ne suis sortie que pour aller chez Grand-mère, à part la matinée de mardi où il m’a fallu aller à La Roche pour une histoire de dents, j’en ai profité pour faire pas mal de courses et voir Mme Coutansais. Me suis un peu reposée ce jour-là, mais assez peu, parce que j’ai tâché de préparer pas mal de choses pour les jours suivants. Le mardi soir, un coup de téléphone des Granger disant qu’ils arriveraient jeudi après-midi. Jeudi, nous avons eu les occupations habituelles d’un jour de Toussaint, les fleurs à mettre en bouquets et à porter au cimetière. Quand nous sommes revenus, les Douxami étaient là, nous avons goûté, et ils sont rentrés peu après chez Maman, ce qui nous a permis d’aller à l’église pour un Chemin de Croix bien rapide. Jacquie était arrivée jeudi après-midi par le même train que les Douxami. Après dîner, sommes allés un peu chez Maman pour voir les Granger. Jean a en vue la greffe du tribunal de Montargis ; il y aurait une maison presque neuve qui n’a pas besoin de réparations. Vendredi, reçu tout le monde à déjeuner ; j’avais un repas assez substantiel, car nous étions quatorze à table. Jean Granger et Pierre Douxami sont partis ensuite en auto avec Jacques et Maman a insisté pour que toute la troupe des enfants et Aline partent après le goûter, ce qui m’arrangeait bien, car j’avais le dessert d’hier à prévoir, et deux Savarins sont encore longs à faire. Jacquie m’a d’ailleurs bien aidée. Hier matin, Pierre a regagné Richelieu, il aurait dû rentrer vendredi soir, mais il faisait très mauvais temps et cela m’ennuyait de le laisser aller tout seul, dans le noir. Nous étions encore treize à table ( !) et j’avais fait un joli déjeuner pour que les Granger puissent en profiter. Jacques, allant aux Sables après déjeuner, a emmené les Douxami et Jacquie, les Granger et Maman sont restés ici un peu à parler, puis j’ai eu une après-midi tranquille, ce qui m’a fait beaucoup de bien ; j’étais un peu lasse vendredi soir, j’avais eu beaucoup à faire, et j’étais contente d’être un peu tranquille. Par contre l’après-midi n’a pas été très agréable pour Yves ; il attendait le résultat de son bachot, et cela le tracassait tellement qu’il n’avait pas le courage de lire ; le résultat est arrivé qu’à 8 heures ½, et le pauvre petit a échoué, c’est dur, mais il prend çà très courageusement, et fait des plans pour son année scolaire, qu’il va commencer demain. Je viens de faire la réunion de la Ligue, cela a bien marché, mais il y a eu des choses très pénibles à encaisser pour moi, et c’est assez dur à recevoir de la part d’une Ligueuse qui devrait être dans les dirigeantes. Je viens de préparer quelques petites choses pour le déjeuner et vais être tranquille maintenant. Demain après-midi, deux jours à La Roche pour l’Ecole missionnaire, je n’ai pas de rapport à faire et en suis bien contente, mais seulement un petit compte-rendu qui prendra la suite du rapport de Mme Coutansais et cela a été pour moi un grand soulagement. Lettre de Jean lundi matin, il a eu lui aussi un petit cyclone. Les premiers colis sont arrivés à bon port.

Dimanche matin 11 novembre 1951

Beaucoup de choses à écrire et peu de temps devant moi ; c’est en ce moment la messe des Anciens Combattants, en souvenir de cette journée si heureuse du 11 novembre 1918 – il y a déjà 33 ans ! – et je voudrais aller tout à l’heure assister à la cérémonie officielle au Monument aux Morts. Le temps n’a rien de très sûr, et il se pourrait bien que la pluie vienne interrompre les discours comme il y a deux ans. J’irai ensuite à la grand-messe, c’est la messe de la Dédicace, qui est si belle…. Jacquie est depuis hier soir à La Bruffière, et rentrera sans doute mardi soir. Nous aurons vite déjeuné Maman, Anne et moi, Jacques étant au banquet des Anciens Combattants, et j’aurai du temps pour écrire et ranger un tiroir bien encombré – ce que je remets sans cesse - . Le grand événement de la semaine est l’entrée d’Armande Baudry chez les Sœurs – du moins elle y est entrée hier et je voudrais espérer qu’elle y restera - Dimanche, Jacques et moi, sommes allés chez les Sœurs faire une démarche près de Bonne Mère, afin qu’elle consente à la recevoir dans une maison déjà si pleine. Elle a consenti à débarrassez une chambre de réserve et à l’installer de façon confortable, mais il a fallu aussi décider Armande, et ce n’était pas une petite affaire ! Il a fallu dire bien des paroles et faire bien des démarches ; hier matin, tout était changé ; elle ne voulait plus rentrer et préférait mourir chez elle, c’est-à-dire croupir dans sa saleté. Il a fallu brusquer les choses, et l’emmener un peu par surprise, bien avant le déjeuner ; le déménagement s’est fait l’après-midi, et hier soir, elle était à peu près installée ; cela se complétera peu à peu ; espérons qu’elle s’y habituera et y restera !

La journée de dimanche dernier s’est bien passée, en allant à la première messe, j’ai pu faire la réunion de la Ligue et voir au déjeuner, qui a bien marché, mais il y a eu des choses très dures à avaler au début de la réunion, de plus la Ligueuse en question, si je puis ainsi l’appeler, m’a annoncé que le mois prochain elle ne viendrait pas à la réunion parce qu’elle avait une personne à déjeuner, c’est à en pleurer, au fond, personnellement, je ne la regrette pas tellement, car elle arbore aux réunions un petit sourire sarcastique et m’est réellement d’aucun secours, alors que j’en aurais tant besoin ! Les Douxami sont partis un peu avant 5 heures. Le lendemain et le surlendemain, journées d’Ecole Missionnaire à La Roche, cela a été merveilleux et tellement réconfortant…. Suis allée en vitesse à Richelieu. Yves était rentré dans la matinée et très courageux…. J’ai eu la joie d’avoir un mot de Monseigneur et de baiser son anneau… Couché chez les cousines, confort très relatif, mais bien dormi quand même…Le lendemain… aussitôt le déjeuner, filé à Richelieu, où je voulais voir le Supérieur, Yves change un peu de travail ; il va faire C au lieu de A, physique au lieu du grec. Le Supérieur approuve cela, et il pourra, en même temps commencer les math-élém pour l’année suivante. La journée s’est terminée à 5 heures par un Salut. Fait quelques courses avant le car. Vendredi, c’était à La Roche la réunion des notaires, Jacquie avait invité Hélène, ainsi que Nicole, dont le mari est pour 6 semaines en Amérique, elle avait préparé un gâteau la veille, de sorte que, le déjeuner étant très simple, je n’ai pas eu de peine, et j’ai pu recopier les notes des exposés les plus importants que je tiens à conserver. Les trois autres jours ont été bien remplis, en partie par Armande, j’ai eu cependant une bonne journée vendredi. Jacques et Jacquie sont allés à Nantes ; pour moi, je n’avais rien à y faire mais beaucoup de choses, par contre, à faire ici… J’ai à peu près terminé les socquettes de Pierre, encore quelques paires de chaussettes à mettre à l’ordre, une paire de chaussettes blanches à tricoter pour Anne, quelques petits tricots de bébés… Geneviève va tout de même rentrer, elle quitte Paris demain pour s’arrêter au passage quelques jours au Fuilet ; Jacques sera satisfait de retrouver sa secrétaire. Il y a eu une lettre de Jean mardi ; il ne raconte rien de très nouveau, si ce n’est que la température est assez agréable – ceci date de la Toussaint, ou à peu près – mais les nuits sont fraîches, et il demande un sac de couchage. Sa lettre porte, comme mention d’expéditeur : lieutenant Dugast, il a donc un second galon, mais a jugé inutile de nous en informer autrement. Hier soir, la Radio annonçait qu’il y avait eu des combats à 50 km d’Hanoï, mais on ne disait pas en quelle direction ; on a donné un nom que nous n’avons pu trouver sur la carte. Temps assez doux, mais pluvieux, j’ai allumé le chauffage à cause de Maman, mais nous n’en avions pas besoin tous ces jours-ci ; le tilleul est tout en or, mais les jours désormais bien courts. Dans un mois nous penserons à Noël.

Samedi soir 17 novembre

Aujourd’hui quelques loisirs, ce qui est assez rare, mais demain je prévois une journée très remplie ; je suis tout de même arrivée à prendre une journée de repos et de lait déchloruré, ce que je n’avais pas pu faire durant le mois d’août, et comme je suis assez enrhumée – irritation de la gorge surtout – j’ai décidé de rester toute la journée au lit. C’est infiniment reposant et pas désagréable, à condition de ne pas être vraiment malade, et à condition aussi que cela ne se renouvelle pas trop souvent. Depuis ce matin, j’ai lu, tricoté tout un petit bas de bébé, commencé le dos du gilet de Jacques, écrit pas mal et me suis reposée. Les repas ne m’ont pas pris beaucoup de temps, vu assez peu Geneviève qui s’est décidée à rentrer à midi, par le car ; je le regrette, mais si j’avais repoussé encore une fois ma journée de repos, je ne sais vraiment pas quand j’aurais pu la faire ! Toute la semaine a été très remplie ; dimanche, j’ai pu écrire, mais pas fait les rangements que je me proposais de faire ; par contre, j’ai coupé et parcouru quelques livres, destinés à jean, tout en écoutant au concert Colonne, les « Préludes » de Liszt qui sont si beaux. Lundi, une journée assez calme, préparé un colis destiné à être envoyé à Jean, suis allée à la Gendronnière voir une famille que M. Le Curé m’avait recommandée ; pluie au retour. Me suis arrêtée voir Mme Lucas qui venait me faire une visite, mais qui est restée peu de temps, puis filé voir Maman. Mardi matin, une messe de mariage. Après-midi très remplie, expédié le colis de Jean, c’est son colis de Noël, suis passée un peu voir Maman, puis suis allée chez Mme Baron, passé un peu chez les Sœurs pour voir Armande qui gémit toujours « c’est un trop grand changement de vie », puis allée à la Jamonière où je voulais voir M. Le Directeur, suis allée voir Mlle Violeau et Tante Angèle ; ce sont deux saintes filles qui comprennent bien des choses ! Il faisait presque huit quand je suis rentré. Jacquie est arrivée le soir, mais seulement à l’autorail qui passe à Belleville vers 8 heures 20. Mercredi nous étions invités au mariage Grangé-Fresneau ; sommes allés le matin à la messe de mariage ; la mariée, pas très jolie, mais charmante, à son avantage dans une très jolie toilette. Cortège d’honneur très réussi – robes blanches, boléros et béguins de velours bleu – Thérèse Damour était très gentille, Anne Grangé égale à elle-même et Marie Grangé tout à fait en beauté. Sommes revenus déjeuner ici, malgré une invitation impromptue de Mme Durand, cela me sonnait tout de même quelques heures ici ; expédié un autre colis à Jean – son sac de couchage dans une enveloppe en nylon confectionnée la veille au soir par Jacquie. Sommes repartis à La Roche vers quatre heures, avons vu les garçons, fait quelques courses et assisté à la soirée du mariage ; vu quantité de personnes de connaissance et passé de bons moments ; sommes rentrés un peu avant 9 heures. Jeudi, journée très chargée, les matins de foire il en est toujours ainsi, de plus je voulais un peu revoir la causerie à faire aux femmes du Boucheau hier. L’après-midi, suis allée chez Maman, chez Renée Baron qui attend son bébé pour la première quinzaine de décembre, puis avais à voir Bonne Mère, pour les colis de Noël, en suis revenue quand il faisait tout à fait nuit. Hier, cela n’allait pas trop fort, le rhume que je traînais depuis une dizaine de jours s’est mi à faire des siennes ; j’avais tellement toussé qu’il avait été impossible de dormir. Heureusement, Jacques allant à La Roche, m’a déposée à la Croix de l’Hermière, si bien que je n’avais plus que le petit bout de chemin du Boucheau et le chemin du retour. Pas mal de femmes à la réunion et ambiance sympathique, il m’a semblé que « le courant passait », c’est peut-être une illusion ! Retour à pied, par la campagne d’automne embrumée, ce que j’aime infiniment, il a même plu un peu, mais ce n’était pas sans charme ; j’étais ici avant la nuit et me suis réconfortée avec une tasse de tilleul bien aromatisée de miel. Et voilà la semaine ! Ce matin, un coup de téléphone de Madeleine de Baynast nous a annoncé leur visite pour demain après-midi, aussi Jacquie est en train de confectionner un cake et nous ferons demain un savarin… Une lettre de Jean jeudi, il faisait là-bas un temps de mai ou juin en France, mais que sera cet hiver et l’été prochain ! il y a des photos, dont une où on le voit parler à des indigènes, qui paraissent tout petits à côté de lui, qu’il y a longtemps que nous ne l’avons pas vu !

Dimanche 25

Encore un dimanche qui promet d’être bien rempli… matinée à peu près tranquille, jusqu’à la Grand-messe, mais cet après-midi, il faut aller faire une réunion à Beaufou, je ne sais trop à quelle heure nous en reviendrons, et j’ai, comme toujours beaucoup de choses projetées. Dimanche dernier, les Baynast s’étaient donc annoncés, s’il faisait beau. Temps plutôt douteux, aussi nous ne savions pas si nous pouvions ou non compter sur eux. Jacquie avait fait un cake la veille, et a préparé un savarin à tout hasard. A l’heure annoncée, ils n’étaient pas là ; Jacques et moi sommes allés aux Vêpres avec Anne ; au retour, personne encore, nous nous demandions quoi faire, car il y avait une séance récréative, et auparavant, quelques chants et compliments pour remercier Mlle Violeau de son dévouement pendant tant d’années, et, moralement, nous étions tous obligés de nous associer à cet hommage. Ils sont arrivés à 3 heures et quart et la séance était annoncée pour 3 heures et demi. Nous y sommes donc allés quand même et restés le minimum de temps. Goûté au retour, mais tous sont partis vers cinq heures, parce qu’ils avaient à passer par Nantes, et déposer Michel au train de six heures et quelque chose. Lundi, temps toujours douteux et averses fréquentes ; suis quand même allée au Plessis et j’ai eu la chance de faire mon tour sans me mouiller. Fait quelques visites là-bas, dans compter celle faite à Marie Vrignon au passage, je crois que tout cela est utile, nous aurons notre réunion vendredi prochain. Mardi suis allée à La Roche avec Jacques et Geneviève, j’avais quelques courses à faire, et suis arrivée à les faire toutes dans assez peu de temps. Après-midi à peu près tranquille. Mercredi, Jacques avait ses inspecteurs à déjeuner, comme cette fois-ci j’étais prévenue, j’avais tenu à leur faire un joli repas. J’avais une terrine de lièvre en gelée, des bouchées garnies de pâtes aux champignons et aux olives, du poulet et un très bon savarin, tout a bien marché. Suis allée un peu chez Maman l’après-midi. Jeudi nous avions à déjeuner M. l’Aumônier Moreau, en partance pour l’Indochine, et que ni Jacques ni moi ne serions arrivés à voir en dehors d’un repas. J’avais téléphoné à Richelieu pour avoir les garçons, et Yves était content de revoir un peu son aumônier. Déjeuner réussi, bien qu’agrémenté de certains restes de la veille, et conversation intéressante ; Les garçons dont partis à 4 heures ½ et nous avons eu le temps de les voir. Yves a eu ses notes, il a échoué à trois points près, et, chose plutôt inattendue, c’est son français qui l’a fait échouer, alors qu’il s’en croyait tellement sûr. Maman est restée dîner. Sommes allés ensuite à la séance du patronage, pièce intéressante et bien jouée. Vendredi, je devais aller au Recredy, mais les choses sont arrangées autrement, passé une journée très reposante en allant seulement chez Maman, mais fait beaucoup d’autres choses en retard, ce qui m’a bien arrangée. J’ai eu aussi cette semaine une réunion à préparer pour Beaufou, mais, ayant été libre dimanche soir plus tôt que je ne l’avais pensé, j’ai pu mettre au point beaucoup de choses. Hier après-midi, suis allée à la Faucherie voir Odile qui est depuis jeudi matin maman d’une petite Marie-Claude, suis allée aussi à la Bardinière voir ce que devenait Thérèse Brochard qui attend pour le début de janvier son huitième enfant – elle me demande d’être la marraine – cela m’a beaucoup touchée, elle comprend le travail que j’ai entrepris, et tout ce que j’essaie de réaliser, beaucoup d’autres ne comprennent pas, ou pas pleinement. Fait une bonne promenade dans la campagne aux tons d’automne, un peu de pluie au retour, entre la Bardinière et la Faucherie. Suis allée ensuite me confesser. Mes tricots n’avancent guère ; il faut être trop souvent sortie ; j’ai une brassière à faire pour la petite fille d’Odile, le gilet de Jacques qui sera peut-être fini au printemps, des chaussettes à faire pour Anne, d’autres à réparer pour les garçons….

Dimanche 2 décembre

Ce n’est pas aujourd’hui encore que j’aurai le temps de faire beaucoup de choses, j’ai une réunion de la Ligue ce matin ici et une autre cet après-midi à la Genétouze. Cela me préoccupe – les deux – je voudrais tant arriver à leur donner quelque chose, et m’en sens tellement impuissante. Que Dieu m’aide, j’en ai grand besoin ! Je serai conduite en auto à la Genétouze et en reviendrai à pied si le temps n’est pas trop mauvais…. Beaucoup de choses aussi cette semaine, la réunion de Beaufou s’est bien passée, je l’avais préparée avec soin, et je crois que le public a compris – tout au moins en partie – Avons goûté chez Mme Parois et sommes rentrés ici un peu avant 6 heures, si bien que j’ai tout de même eu un moment à moi. Lundi, un peu de tranquillité, j’ai pu ranger certaines choses le matin. L’après-midi, suis allée voir le bébé de Marie-Léonce, lequel venait d’être malade ; suis allée ensuite chez Maman où j’ai passé un moment avec Françoise. Mardi après-midi à la Roche, fait beaucoup de choses, la Maison des Œuvres, la bibliothèque, suis allée à l’hôpital voir un des jumeaux de Charlotte Chevillon – quinze ans ce mois-ci, il a eu une chose grave au cœur… du streptocoque – on espère le sauver avec de la pénicilline, mais, même s’il guérit, il ne sera jamais qu’un malade, c’est quelque chose de navrant. Suis passée faire une visite à la maternité avant d’aller à Richelieu ; Visites ensuite à Mme Coutansais ainsi qu’à Mme et Mlles Gallet, il était l’heure du car. Mercredi, suis allée voir Armande Brachet, je n’y étais pas allée depuis la fin de juillet. Jeudi les garçons venaient déjeuner ; on m’a souhaité ma fête, comme on a pu, car Jacques, ayant des clients, a déjeuné en vitesse pour partir à une réunion à La Roche. Enfin cela m’a fait grand plaisir, malgré l’absence toujours douloureuse du grand chéri ; sera-t-il là dans 2 ans ? Jacquie nous avait fait un bon gâteau, et les garçons ont bien apprécié le menu. J’oubliais de raconter que mercredi soir, pendant le dîner, on est venu en vitesse chercher Jacques pour Armande Baudry qui était au plus mal ; seulement elle était dans le coma et on n’a rien pu faire ; elle est morte la nuit suivante. Après déjeuner, j’ai emmené les enfants prier près d’elle ; elle les avait tous vu naître et grandir ! Anne a voulu y aller elle aussi, seulement cela l’a beaucoup impressionnée et nous a valu des cris deux soirs de suite quand elle a été couchée – je crois que c’est tassé maintenant (pas pour moi, en fait on m’avait demandé de l’embrasser, j’en tremble encore ! depuis je ne peux pas voir les gens morts). Suis sortie un peu jeudi soir, et retournée près d’Armande pour le chapelet, il y a même eu une jolie petite séance avec son neveu, lequel venait représenter la famille, qui finalement hérite. Vendredi matin, c’était l’enterrement. Il y a quatre semaines d’aujourd’hui, Jacques et moi allions demander à Bonne Mère de prendre cette pauvre fille, nous ne la croyions pas si près de la fin – et une fin qui aurait peut-être si misérable si elle n’était pas rentrée à l’hôpital – Vendredi après-midi, suis allée au Plessis, la réunion s’est bien passée…. Suis rentrée à la nuit. Hier matin, préparé mes réunions d’hier et organisé différentes choses. Après-midi, visite à Mme Bonnaud, puis chez Maman. Mes tricots avancent peu à peu ; le dos du gilet de Jacques est fait, cela n’ira pas vite, mais mes yeux ne me permettent d’y tricoter que de jour, et les jours sont si courts maintenant. Fini la brassière pour Odile, commencé les chaussettes d’Anne, blanches pour le dimanche, afin qu’elles soient prêtes pour Noël. Trois jours de beau temps un peu froid, de nouveau le ciel est nuageux, mais il ne pleut pas. Nous chauffons une partie de la journée seulement, et la maison est confortable… Lettre de Jean mercredi ; il ne parle ni de sa santé ni du climat, il dit que tout est calme mais ajoute « On ne sait pas s’il en sera de même dans une heure…. » Ils sont toujours sur le qui-vive. Je pense constamment à lui.

Dimanche matin 9 décembre

Dans moins d’une heure nous partons pour Soullans, ce sera pour moi une journée de repos…. La semaine dernière s’est bien passée – mes deux réunions, mais il y avait assez peu de monde ici – et il faisait froid dans la salle, j’étais gelée et suis venue ici prendre un peu de chaleur avant la grand-messe. L’après-midi, suis allée à la Genétouze ; là, une bonne réunion, une trentaine de personnes, ont-elle été intéressées ? En tous cas, elles feront un colis de Noël. Suis revenue avec Mlle You et une autre femme qui ont absolument tenu à me conduire jusqu’au Recredy. Marché plus vite ensuite, il tombait un peu de pluie fine, mais je n’ai pas eu froid. Jacques, au retour de son banquet de pompiers, est venu au-devant de moi, mais j’avais déjà dépassé la Thibaudière. Lundi, ne suis sortie que pour aller un peu chez Maman, me sentais un peu prise des bronches. Mardi, voyage à Nantes, il y avait une lettre de Jean le matin, il ne racontait d’ailleurs rien de bien nouveau si ce n’est qu’il crachine « là-bas comme ici ». Ne suis pas sortie le matin et lui ai écrit. L’après-midi quelques courses avec Jacques et les enfants ; nous n’avions pas grand-chose à faire et je n’aime pas vraiment traîner dans les magasins sans un vrai but. Je me sentais d’ailleurs assez gênée du côté des bronches. Mercredi matin, brouillard épais, je suis cependant sortie deux fois, d’abord pour la messe, et ensuite pour aller chez Maman qui n’était pas très bien la veille, cela ne m’a pas fait de bien du tout. Déjeuné à 11 heures pour prendre l’autorail à midi à la Genétouze ; nous étions trois à nous rendre à Challans ; aussitôt le soleil s’est dégagé, et, dans l’autorail, en plein soleil, il faisait une chaleur de four. A Challans, trouvé quantité de personnes de connaissance : Jeanne Crochet et Jeannette, Mme Léveillé et Mimi….. Je ne sais comment à marché mon exposé ; il fallait être juchée sur une sorte d’estrade plutôt dangereuse, car elle était à claire-voie et il ne fallait pas remuer la chaise de peur de catastrophe. Il y a eu ensuite des choses très intéressantes. Dans l’ensemble, ambiance sympathique et assistance nombreuse. Sommes reparties vers 7 heures et quart pour être à la Genétouze un peu avant 8 heures. Jacques et Anne étaient au-devant de moi. Jacquie, qui était à La Roche pour une journée diocésaine de JIC était revenue malade et s’était couchée aussitôt, forte migraine ou petite crise de foie. Le lendemain matin, elle avait un cercle et voulait repartir, comme elle n’avait pas de fièvre et qu’elle se sentait mieux, elle a pu y aller quand même. Pour moi, je ne suis pas sortie de la journée ; il y a eu d’ailleurs du brouillard le matin et de la pluie l’après-midi et il ne faisait pas chaud. Pris à la Radio de la musique intéressante, ce qui m’a fait grand plaisir et avancé mon tricot – qui n’avait guère avancé les autres jours – Vendredi, par contre, un temps splendide qui m’a permis d’aller au Recredy ; là une bonne petite réunion, malgré une assistance restreinte. Hier après-midi, suis sortie pour aller chez Maman, mais je crois que j’aurais mieux fait de rester ici, je ne sais ou non si j’ai fais de la bronchite, car j’ai très peu toussé, mais me suis sentie prise et gênée, bien plus essoufflée que d’habitude. Cela a l’air d’aller mieux… Jean Granger a acheté le greffe de Montereau-Fontainebleau ; c’est déjà quelque chose de fait ; on parle d’un appartement possible, ils ont dû y aller ces jours-ci et nous aurons bientôt d’autres détails.

Dimanche matin 16 décembre

Une semaine encore très remplie et celle qui vient ne le sera certainement pas moins. J’ai eu des préoccupations de toutes sortes, et même un peu de fatigue nerveuse assez pénible, il faut penser à tant et tant de choses que j’en ai la tête un peu cassée, je voudrais un peu de détente et je n’y arrive pas ; je n’en n’aurais certainement pas avant l’arrivée des garçons en vacances, et je suppose que ces vacances seront elles-mêmes assez remplies. Jean nous manquera terriblement… Il y a eu une lettre mardi ; le grand chéri avait été content de sortir pour la première fois de son trou et d’aller jusqu’à la ville dont je n’ai pu déchiffrer le nom, là, il a pu retrouver des camarades pour le déjeuner du 2 décembre et a pu acheter des étrennes pour la famille ; il nous envoie une tenture et deux coussins tout en s’excusant de ce qu’ils arriveront en retard. Il demande un chandail, le sien donnant des signes de fatigue, je lui en ai expédié un dès vendredi, mais il ne l’aura pas avant fin janvier, espérons que le sien tiendra jusque là ; le vent du nord, venant de la Chine est bien froid, paraît-il. Si seulement ce pauvre grand pouvait être ici dans deux ans ou tout au moins en France ! Les Granger n’ont pas donné beaucoup de détails sur leur voyage à Montereau ; des amis de Jean s’occupent, paraît-il, de leur trouver un logement. Lundi après-midi, je suis donc allée à la foire de La Roche, je comptais déjeuner tout de suite avec Anne, les filles déjeunent chez Marie-Annick avec Annie Grolleau et sa future belle-sœur, mais Jacques est venu déjeuner ici, et je suis repartie avec lui à La Roche. Après-midi assez remplie, la bibliothèque paroissiale, des courses, une visite à Richelieu où j’ai trouvé les garçons en bonne santé, une visite à Mme Coutansais pour prendre des nouvelles de son petit garçon – qui a fait de la méningite – acheté de l’épicerie, des livres pour Noël, des mouchoirs pour garnir les colis de Noël des orphelins, attendu ensuite, dans l’auto, Jacques qui était en session du Conseil général, sommes revenus pour dîner, pas trop tard. Mardi, ai été prise toute la journée par la récollection des femmes, il y avait pas mal de monde, surtout des jeunes femmes, mais je ne sais si elles ont été très intéressées….Les applications de la foi rayonnante n’étaient pas très bien adaptées à la mentalité d’ici. Le Père connaissait les régions du Sud Est et pas du tout celles d’ici… Mercredi, j’ai été très tourmentée par toutes ces choses, et n’ai pu me reposer comme je l’aurais voulu. Suis sortie l’après-midi faire quelques visites et courses et passée chez Maman très peu de temps. Jeudi, un temps splendide… qui m’a fait grand bien. Vu un peu Marguerite, qui était chez Maman, puis emmené Anne à la Faucherie voir la petite fille d’Odile et porter une brassière que je lui avais faite. Vendredi, ne suis pas sortie, j’avais pas mal à faire ; le goûter Coutansais a été repoussé à cause du petit malade, mais nous avions les trois Gourraud à déjeuner ; j’avais différentes choses à préparer, et le colis de Jean à faire et à expédier, et puis cela me faisait un peu de bien de rester un après-midi sans parler. Jacquie est à Nantes depuis jeudi matin, elle comptait y partir que le 20, mais mercredi Mère a téléphoné que Madeleine faisait une crise de foie et demandait le secours de Jacquie, elle y est donc partie jeudi matin, je voudrais bien qu’elle revienne un peu cette semaine, car j’aurais besoin d’elle. La journée d’hier s’est bien passée, j’avais un repas assez simple qui ne m’a pas donné trop de peine le matin ; j’avais fait la veille une bonne croûte en pâte feuilletée garnie de ris de veau, champignons et pâtes, avec un peu de sauce et de tomate ; il y avait ensuite des soles, un filet de bœuf et un Savarin bien réussi. Aujourd’hui, je pense être tranquille et voudrais bien aller aux Vêpres cet après-midi, mais, après trois jours de temps ravissant et ensoleillé, nous avons depuis hier matin un épais brouillard, et c’est tout ce qu’il y a de pire pour les bronches….Mes tricots n’avancent pas, j’en suis à la seconde paire de chaussettes pour Anne, mais c’est un travail du soir, dans la journée, j’ai laissé le chandail de Jacques pour remonter une paire de chaussettes d’Yves. Je vais avoir aussi à faire un petit tricot pour un garçon né il y a bientôt huit jours chez Renée Baron. Je voudrais aussi faire un autre chandail pour quand Jean en aura besoin ; j’ai relevé le patron de celui que j’ai envoyé. Passé à Soullans, dimanche dernier, une journée très reposante, nous sommes partis par un très vilain temps, mais cela s’est arrangé ensuite ; Anne était restée ici avec Grand-mère, si bien que, pour moi, c’était tout à fait la paix ; nous avions un joli déjeuner et avons passé ensuite une agréable après-midi. Hier, Jacques a examiné avec Léon Gourraud différentes transformations que nous voudrions entreprendre dans la maison ; ce ne serait pas impossible, mais d’un prix assez élevé, cependant la maison serait beaucoup plus agréable. Je ne sais encore ce que nous allons décider.

Dimanche 23 décembre

Les garçons sont arrivés vendredi soir comme nous terminions le potage, la maison est un peu plus remplie quoique Jacquie ne soit pas là ; enfin elle arrivera demain soir, mais c’est bien dur de ce dire que Jean ne sera pas là cette année, ni pour cette fête de Noël qu’il est si bon de passer en famille, ni pour le Jour de l’An… Il y a eu une lettre mercredi, ce qui fait toujours grand plaisir, mais rien de nouveau, cela paraît toujours calme là-bas. Je reprends la semaine ; dimanche, brouillard épais une partie de la journée, mais, après déjeuner, le temps a eu l’air de s’éclaircir et j’ai pu aller aux Vêpres, j’en étais bien contente, car je n’avais pas entendu chanter encore le Rorate ; pendant les Vêpres, le ciel s’est dégagé, et il a fait pendant quelques heures un temps délicieux ; Jacques, Anne et moi, sommes sorties nous promener, nous sommes allées jusqu’au Pré-Curé, où je suis allée si souvent avec Pierre, et revenus par le chemin qui débouche au Plessis ; c’était un peu boueux, mais on pouvait bien s’en tirer quand même, et ces belles journées d’hiver ont un charme rare dont il serait bien dommage de ne pas profiter. Dès le soir le brouillard revenait et nous avons eu quelques jours de brume épaisse et pénible ; lundi, cependant il ne faisait pas trop mauvais, j’avais donc décidé de faire une journée au repos et au lait, mais quand j’ai voulu me lever pour appeler Geneviève et lui dire d’habiller Anne, j’avais de tels tournements de tête que j’ai dû me recoucher ; de toute façon j’avais décidé de rester au lit et cela n’a rien changé. A midi, cela allait mieux et je suis descendue pour déjeuner. Passé ma journée comme d’habitude, lu, tricoté, écrit, écouté l’après-midi de la musique intéressante, cela a passé très vite. Je me suis recouchée vers 6 heures, cela n’allait pas mal. Mardi matin, j’étais bien, pas très solide seulement, l’après-midi suis allée en auto à l’Aumère avec Jacques qui allait à La Roche, il y a eu une réunion nombreuse et très sympathique, nous avons été amicalement reçues, il y a eu ensuite une tasse de café et des petits gâteaux ; je me suis mise en route vers 4 heures ½ ; il y avait un brouillard si épais qu’on y voyait à peine, cependant le trajet ne m’a pas paru long et j’étais ici à 5 heures ¼, mais il a fallu me mettre à l’ouvrage, j’avais bien des choses à préparer pour le lendemain : deux pâtes à tarte et des croûtes de bouchées ; j’ai eu tout fini le soir à 11 heures ½. Jacquie est arrivée vers 8 heures, nous ne comptions plus sur elle, croyant le car arrivé depuis longtemps, il y avait du retard à cause du brouillard, Jacques lui-même avait mis 3/4 d’heure à revenir de La Roche. Mercredi, le temps s’est éclairci dans la matinée et il a fait beau ensuite. Mon déjeuner des notaires s’est bien passé, j’avais une salade de riz, un très beau plat de filets de soles garni de bouchées aux champignons et des poulets. Une fois les invités partis, suis allée un peu chez Maman, puis voir Renée Baron et son bébé. Jeudi, une matinée très remplie, après-midi à La Roche, j’ai pu faire mes courses les plus pressées, mais j’ai attendu longtemps après chez l’oculiste… Boisdé a trouvé mon œil gauche un peu mieux, il n’y a plus qu’à persévérer dans la médication, seulement les ampoules qu’il me faut prendre risquent de fatiguer le cœur, j’ai décidé, pour supprimer tout risque de fatigue supplémentaire, de supprime le petit Nescafé que j’aime bien, je ne prendrai plus du café que le dimanche et les jours de fête ; cela vaudra mieux de toute façon. Vendredi matin, bien du travail encore, cela ne manque jamais, l’après-midi, suis allée à la Petite-Durantière. Jacques, qui allait à Logerie, m’y a déposée en partant, et je suis rentrée à pied ; il faisait d’ailleurs très beau, alors que la veille il avait plu. Réunion pas mal, du moins je l’espère, mais je connais moins le terrain… Une visite d’Armande Brachet avant dîner, puis les garçons sont arrivés. Hier, je n’avais rien de spécial à faire, mais ma journée a été bien remplie tellement il y avait de choses accumulées que je n’avais pu faire les jours précédents. Je suis terriblement en retard pour tout ce que je voulais faire ; les chaussettes d’Yves ne sont pas finies, celles d’Anne non plus, je n’ai pas commencé le tricot de Jacques Baron ; Cette semaine a été un peu dure et m’a fatiguée ; il y a une certaine tension d’esprit un peu pénible à la longue… Je commence à penser à un voyage à Paris vers le 15 janvier, cela me ferait du bien et me changerait un peu les idées…

Mardi, jour de Noël

Que fait Jean aujourd’hui ? Comment se passe son jour de Noël, sans doute même il ne nous le dira pas, et c’est si dur, si dur de le sentir ainsi bien loin, de ne pouvoir s’imaginer même ce qu’est la vie là-bas !… pas de lettre hier…. Dimanche, je pensais avoir une journée tranquille et je n’ai guère eu du temps à moi, Jacques et moi sommes allés aux Vêpres avec Anne, au retour, Pierre et Geneviève Bouliau étaient ici ; j’avais fait des petites galettes de maïs la veille, de plus, il restait du déjeuner un peu de pâte à tarte avec laquelle j’ai fait en vitesse des petits chaussons à la confiture, de sorte que j’avais un goûter convenable. Ils sont partis après 6 heures, j’avais beaucoup à écrire et suis arrivée à faire, à grand peine, le plus pressé. Hier, journée encore très remplie, fait pas mal de pâtisserie, des gâteaux pour l’hôpital, ainsi que j’en ai pris l’habitude, un autre gâteau destiné au réveillon de cette nuit, et une bûche pour ce matin, ceci après dîner ; Suis allée un peu chez Maman voir un arbre de Noël que les garçons avaient organisé pour Annick, Dédé et Mimi Lambert. Réparé un chandail que Pierre avait apporté en triste état ! et il était temps de partir à la Messe de minuit. Le temps, brumeux depuis le matin, est devenu l’après-midi franchement mauvais, avec de la pluie et du vent ; les enfants, Yves, Pierre et Anne sont pourtant sortis traditionnellement, chercher de la mousse et du houx (et de la fragonnette) pour la crèche, mais pour se rendre à la Messe de minuit il ne faisait pas beau. Pas foules à l’église, ce qui n’avait rien d’étonnant avec le temps qui faisait, messe plutôt terne, manque de musique et de solennité, chants peu ou mal réglés… Confié à Jésus enfant tout mes enfants chéris, en demandant, pour chacun, ce que Dieu juge le plus nécessaire ; Rentrés ici, nous avons réveillonné, il y avait de la charcuterie et un gâteau de Savoie fourré à l’orange, il était meilleur que joli car la présentation n’était pas impeccable, enfin c’est un essai que je perfectionnerai une autre fois. Le petit Jésus était passé pendant que nous nous mettions à table, et il a fallu nous rendre au salon avant de monter, Anne, qui ne croit plus à la venue du Petit Jésus, avait tenu à ce que Jacques et moi mettions nos souliers dans la cheminée et y avait mis une surprise ; à chacun un petit arbre de Noël enrubanné et garni de bonbons, ainsi qu’un petit poème qu’elle avait écrit dimanche, quelque chose de son cru, où elle parle de la joie de Noël et des malheureux qui n’en n’ont pas, c’était gentil au possible. Pour les enfants, il n’y avait que cinq paires de souliers au lieu de six… Même quand Jean n’était pas là, nous mettions ses souliers, mais qu’y mettre cette année qui puisse lui parvenir et puis son colis de Noël est parti depuis mi-novembre. Avons dormi ensuite, me suis levée à peu près pour neuf heures, les enfants, plus ou moins tard dans la matinée, rien ne pressait. Au déjeuner, avons mangé la bûche de Noël qui n’était pas mal réussie, sommes ensuite allés aux Vêpres…il y a eu une procession du Saint Sacrement mais les chants étaient plus que médiocres et cela aurait besoin d’être renouvelé. Passé maintenant u après-midi tranquille, il commence à faire nuit et les enfants ont leurs livres de Noël, Jacques fait des sous-verre, ce qu’il remettait depuis fort longtemps…

Dimanche 30 décembre

Un dimanche qui ne sera guère le jour du Seigneur, du moins tant qu’à la prière. Suis allée ce matin, avec Jacques, à la première messe et c’est tout ce que j’aurais comme offices religieux. Armand, Suzanne et Michel viennent déjeuner, ce qui me donne tout de même quelques préparatifs à faire ; Les Granger sont arrivés ici hier, vont venir cet après-midi, ainsi que Maman, et resteront dîner, après quoi nous irons au cinéma. Demain, nous déjeunons chez Maman, et j’ai à peine commencé mes lettres du jour de l’an ; je vais avoir de la peine à m’en tirer cette année. Les vacances des garçons seront aussi bien vite passées. Semaine très remplie. Mercredi, le lendemain de Noël, sommes allés à Nantes, arrivés pour déjeuner ou à peu près. L’après-midi avons voulu montrer à Anne les étalages de Noël, mais, à part une vitrine animée chez Decré, assez réussie, tout le reste était déjà défait et la pauvre chérie a été déçue. Fait quelques courses, acheté trois disques pour les enfants, et la « Symphonie inachevée » pour moi. Jeudi, pas mal de choses dans la matinée, fait dans l’après-midi des petits gâteaux pour offrir aux visiteurs du jour de l’an, et suis allée un peu chez Maman. Vendredi, écrit plusieurs lettres pressées, mais assez peu ; l’après-midi, fait des bouchées pour aujourd’hui et reçu la visite des Sœurs de l’hôpital. Ne suis pas sortie ce jour-là, j’étais un peu enrhumée – cela a l’air de s’arranger – et il faisait un temps affreux, pluie, vent, le soir, tempête et orage, coupure de courant de huit heures et demie à minuit ou 1 heure. Hier, journée au Boupère ; hier matin, grand vent froid et désagréable, temps très nuageux, dans la journée cela s’est calmé et nous sommes revenus le soir par un beau temps calme et étoilé. Passé une journée agréable, Mme Michaud reçoit d’une façon très simple, mais charmante, en faisant tout par elle-même ; elle a fait aménager sa cuisine de façon tout à fait pratique et nous a offert un très bon repas. Avons beaucoup causé ensuite pendant que les jeunes se promenaient. Hier soir, après dîner, les Granger sont venus, nous les avons reçus à la cuisine, Jacquie et Geneviève confectionnaient une salade de fruits et moi un Savoie pour aujourd’hui. J’espère avoir quelques jours assez calmes en fin de semaine, mais la semaine prochaine sera de nouveau très, très remplie.