Dossier — 1939-1945
Cette fois, la guerre vient jusqu’à la maison : les réfugiés en mai 1940, les cantonnements allemands à partir de 1942, les chambres réquisitionnées, les écoles prises, le couvre-feu qui supprime la messe de minuit. Le Poiré n’est jamais bombardé, mais Saint-Nazaire, Lorient et Nantes le sont, et le journal les entend. C’est l’un des rares témoignages où l’on peut mesurer un bombardement à quatre-vingts kilomètres à l’oreille et à la vibration des fenêtres.
Le journal de 1940 est adressé à un mort. Bernard, sixième enfant, meurt le 15 avril 1940 ; à partir du 21, Andrée écrit à son fils. L’occupation est donc racontée à un enfant de trois mois qui n’y sera pas.
Les épisodes
Reconstitués entrée par entrée dans les fiches d’événements.
- L’entrée en guerre — 16 mars 1939 – 5 décembre 1939 (guerre)
- La débâcle et l’occupation — 10 mai 1940 – 31 décembre 1940 (guerre)
- Les restrictions — 3 août 1940 – 30 décembre 1940 (guerre)
- Les prisonniers nord-africains — 16 mars 1941 – 15 juin 1941 (guerre)
- Le second hiver d’occupation — 5 octobre 1941 – 30 décembre 1941 (guerre)
- Les otages de Nantes — 20 octobre 1941 – 23 octobre 1941 (guerre)
- Les colis des prisonniers — 21 janvier 1942 – 18 octobre 1942 (guerre)
- La troisième année d’occupation — 8 mars 1942 – 27 décembre 1942 (guerre)
- La quatrième année d’occupation — 24 janvier 1943 – 26 décembre 1943 (guerre)
- La Libération — 6 juin 1944 – 24 septembre 1944 (guerre)
- La fin de la guerre — 9 mars 1945 – 15 août 1945 (guerre)
La géographie
Les lieux que le journal nomme sans qu’Andrée s’y rende. La distance est celle qui les sépare du Poiré-sur-Vie.
- Varsovie — 1 730 km — « La prise de Varsovie, annoncée par les communiqués allemands, a été démentie ; ce matin, la radio annonce que les troupes polonaises auraient repris Lods. » Trois sources, trois versions : le premier démenti du journal. — 14 septembre 1939
- Sedan — 580 km — « Les Allemands donnent un énorme effort du côté de Sedan… » Le même nom qu’en 1917, quand la famille pensait à Edmond Chailloux disparu là en 1914. La percée de 1940 s’y fait. — 15 mai 1940
- Dunkerque et les Flandres (situation approchée) — 550 km — « Les troupes franco-britanniques continuent de résister dans les Flandres, malgré la trahison du roi des Belges. » Les Flandres de 1940 sont celles de la liste de 1917 : le journal repasse par les mêmes noms à vingt-trois ans d’écart. — 30 mai 1940
- Paris — 370 km — Cinq mots, seuls sur leur ligne : « Les Allemands sont à Paris ! » — 16 juin 1940
- Tobrouk — 2 710 km — « J’ai eu le plaisir d’entendre la radio que je n’avais pas entendu depuis longtemps : les Anglais ont pris Tobrouk. » Sous l’occupation, écouter la radio redevient un plaisir rare et la Libye entre dans le journal. — 24 janvier 1941
- L’Écosse (situation approchée) — 1 020 km — L’affaire Hess, prise entre deux radios. Vichy relaie Berlin, pour qui Hess « avait disparu au cours d’un voyage aérien », puis « hier matin la radio anglaise annonce que Hess n’est pas disparu, qu’il a atterri en écosse, qu’il est parfaitement sain de corps et d’esprit ». Andrée note les deux versions sans trancher. — 14 mai 1941
- Nantes — 50 km — « Le Feldkommandant de Nantes a été assassiné ; depuis, la ville de Nantes subit des sanctions sévères, et cinquante otages ont été fusillés, parmi eux des communistes, mais peut-être aussi des gens innocents. » Nantes est à cinquante kilomètres : c’est la ville où elle fait ses courses. — 23 octobre 1941
- Sébastopol — 2 710 km — « Sur le front russe, les Allemands ont pris Sébastopol et enfoncé le front russe, paraît-il, sur trois cents kilomètres. » Le « paraît-il » est d’Andrée : elle sait d’où vient le communiqué. — 5 juillet 1942
- Richelieu — 140 km — Le collège des garçons, réquisitionné : « Richelieu est entièrement occupé, les Allemands ont donné trois jours pour tout déménager ! » L’occupation atteint le journal par la scolarité des enfants avant de l’atteindre par la maison. — 25 août 1942
- Toulon — 710 km — « Avions pris la radio suisse et appris avec stupeur que les troupes germano-italiennes avaient occupé Toulon, dernier refuge de l’armée française, et seul lambeau de notre pays qui soit jusqu’ici resté libre. » — 29 novembre 1942
- Lorient — 180 km — « Hier soir, au loin, un bombardement très violent comme jamais encore je n’avais entendu… il faut que la chose ait été formidable puisqu’on entendait si bien d’ici. » Cent quatre-vingts kilomètres. — 14 février 1943
- Saint-Nazaire — 80 km — Le bombardement vu du Poiré, à quatre-vingts kilomètres, pendant un biberon : « le ciel était en feu ; c’était une immense lueur blanche, avec, à chaque instant, de brusques déflagrations, aucune explosion, ou presque, mais les portes et les fenêtres vibraient. » — 29 mars 1943
- La Pallice — 70 km — Deux bombardements le même jour, l’un entendu, l’autre appris : « le bombardement entendu était bien sur La Pallice, mais il y en avait eu un autre, à quatre heures, sur Nantes, et il avait été terrible ». — 19 septembre 1943
- Caen — 280 km — Cinq jours après le débarquement : « La Radio suisse annonçait hier soir que Bayeux était en ruines et Caen en flammes ; que le bombardement de Vire avait causé deux mille morts. » — 11 juin 1944
- Ancenis — 70 km — La Libération suivie de loin, contradiction comprise : « la radio annonçait hier que les Américains occupaient Ancenis et Saint-Nazaire ; de Nantes, il n’est pas encore question… tout cela sans grande résistance, semblerait-t-il ». — 6 août 1944
- Cologne — 770 km — « Les troupes américaines sont entrées à Cologne cette semaine, et hier soir la radio a annoncé officiellement qu’une tête de pont a été établie sur la rive droite, entre Bonn – qui a été occupé – et Coblence. » — 9 mars 1945
- L’Elbe (situation approchée) — 1 120 km — « Les communiqués sont bons ; les troupes américaines ont franchi l’Elbe et on s’attend à une attaque sur Berlin. » — 15 avril 1945
Au fil du journal
La guerre de 1939-1945 porte les 29 faits datés retenus pour ce conflit, dans l’ordre du temps, chacun renvoyant à l’entrée qui l’atteste.
La carte des guerres réunit ces lieux avec ceux des trois autres conflits, sur une seule carte parcourable de 1917 à 1954.