Dossier — 1939-1945

Cette fois, la guerre vient jusqu’à la maison : les réfugiés en mai 1940, les cantonnements allemands à partir de 1942, les chambres réquisitionnées, les écoles prises, le couvre-feu qui supprime la messe de minuit. Le Poiré n’est jamais bombardé, mais Saint-Nazaire, Lorient et Nantes le sont, et le journal les entend. C’est l’un des rares témoignages où l’on peut mesurer un bombardement à quatre-vingts kilomètres à l’oreille et à la vibration des fenêtres.

Le journal de 1940 est adressé à un mort. Bernard, sixième enfant, meurt le 15 avril 1940 ; à partir du 21, Andrée écrit à son fils. L’occupation est donc racontée à un enfant de trois mois qui n’y sera pas.

Le Poiré-sur-VieSedanParisNantesSaint-NazaireCaenVarsovieDunkerque et les FlandresL'ÉcosseRichelieuToulonLorientLa PalliceCologneL'ElbeTobrouk · 2 710 kmSébastopol · 2 710 km
Les 17 lieux de ce conflit que le journal nomme. Chaque trait part du Poiré-sur-Vie, où Andrée écrit : c'est la distance à laquelle la nouvelle lui parvient. Tobrouk, Sébastopol : trop loin pour tenir dans le cadre, ils sont portés en flèche sur le bord, avec la distance.

Les épisodes

Reconstitués entrée par entrée dans les fiches d’événements.

La géographie

Les lieux que le journal nomme sans qu’Andrée s’y rende. La distance est celle qui les sépare du Poiré-sur-Vie.

  • Varsovie — 1 730 km — « La prise de Varsovie, annoncée par les communiqués allemands, a été démentie ; ce matin, la radio annonce que les troupes polonaises auraient repris Lods. » Trois sources, trois versions : le premier démenti du journal. — 14 septembre 1939
  • Sedan — 580 km — « Les Allemands donnent un énorme effort du côté de Sedan… » Le même nom qu’en 1917, quand la famille pensait à Edmond Chailloux disparu là en 1914. La percée de 1940 s’y fait. — 15 mai 1940
  • Dunkerque et les Flandres (situation approchée) — 550 km — « Les troupes franco-britanniques continuent de résister dans les Flandres, malgré la trahison du roi des Belges. » Les Flandres de 1940 sont celles de la liste de 1917 : le journal repasse par les mêmes noms à vingt-trois ans d’écart. — 30 mai 1940
  • Paris — 370 km — Cinq mots, seuls sur leur ligne : « Les Allemands sont à Paris ! » — 16 juin 1940
  • Tobrouk — 2 710 km — « J’ai eu le plaisir d’entendre la radio que je n’avais pas entendu depuis longtemps : les Anglais ont pris Tobrouk. » Sous l’occupation, écouter la radio redevient un plaisir rare et la Libye entre dans le journal. — 24 janvier 1941
  • L’Écosse (situation approchée) — 1 020 km — L’affaire Hess, prise entre deux radios. Vichy relaie Berlin, pour qui Hess « avait disparu au cours d’un voyage aérien », puis « hier matin la radio anglaise annonce que Hess n’est pas disparu, qu’il a atterri en écosse, qu’il est parfaitement sain de corps et d’esprit ». Andrée note les deux versions sans trancher. — 14 mai 1941
  • Nantes — 50 km — « Le Feldkommandant de Nantes a été assassiné ; depuis, la ville de Nantes subit des sanctions sévères, et cinquante otages ont été fusillés, parmi eux des communistes, mais peut-être aussi des gens innocents. » Nantes est à cinquante kilomètres : c’est la ville où elle fait ses courses. — 23 octobre 1941
  • Sébastopol — 2 710 km — « Sur le front russe, les Allemands ont pris Sébastopol et enfoncé le front russe, paraît-il, sur trois cents kilomètres. » Le « paraît-il » est d’Andrée : elle sait d’où vient le communiqué. — 5 juillet 1942
  • Richelieu — 140 km — Le collège des garçons, réquisitionné : « Richelieu est entièrement occupé, les Allemands ont donné trois jours pour tout déménager ! » L’occupation atteint le journal par la scolarité des enfants avant de l’atteindre par la maison. — 25 août 1942
  • Toulon — 710 km — « Avions pris la radio suisse et appris avec stupeur que les troupes germano-italiennes avaient occupé Toulon, dernier refuge de l’armée française, et seul lambeau de notre pays qui soit jusqu’ici resté libre. » — 29 novembre 1942
  • Lorient — 180 km — « Hier soir, au loin, un bombardement très violent comme jamais encore je n’avais entendu… il faut que la chose ait été formidable puisqu’on entendait si bien d’ici. » Cent quatre-vingts kilomètres. — 14 février 1943
  • Saint-Nazaire — 80 km — Le bombardement vu du Poiré, à quatre-vingts kilomètres, pendant un biberon : « le ciel était en feu ; c’était une immense lueur blanche, avec, à chaque instant, de brusques déflagrations, aucune explosion, ou presque, mais les portes et les fenêtres vibraient. » — 29 mars 1943
  • La Pallice — 70 km — Deux bombardements le même jour, l’un entendu, l’autre appris : « le bombardement entendu était bien sur La Pallice, mais il y en avait eu un autre, à quatre heures, sur Nantes, et il avait été terrible ». — 19 septembre 1943
  • Caen — 280 km — Cinq jours après le débarquement : « La Radio suisse annonçait hier soir que Bayeux était en ruines et Caen en flammes ; que le bombardement de Vire avait causé deux mille morts. » — 11 juin 1944
  • Ancenis — 70 km — La Libération suivie de loin, contradiction comprise : « la radio annonçait hier que les Américains occupaient Ancenis et Saint-Nazaire ; de Nantes, il n’est pas encore question… tout cela sans grande résistance, semblerait-t-il ». — 6 août 1944
  • Cologne — 770 km — « Les troupes américaines sont entrées à Cologne cette semaine, et hier soir la radio a annoncé officiellement qu’une tête de pont a été établie sur la rive droite, entre Bonn – qui a été occupé – et Coblence. » — 9 mars 1945
  • L’Elbe (situation approchée) — 1 120 km — « Les communiqués sont bons ; les troupes américaines ont franchi l’Elbe et on s’attend à une attaque sur Berlin. » — 15 avril 1945

Au fil du journal

La guerre de 1939-1945 porte les 29 faits datés retenus pour ce conflit, dans l’ordre du temps, chacun renvoyant à l’entrée qui l’atteste.


La carte des guerres réunit ces lieux avec ceux des trois autres conflits, sur une seule carte parcourable de 1917 à 1954.