Axe : l’information et l’opinion

Au fil du journal

  • 2 août 1917 — 1914, l’affiche et les cloches : « le soir toutes les cloches sonnèrent, on placarda devant la poste une grande affiche, c’était fini, il n’y avait plus d’espoir ! » Au commencement, la nouvelle est un objet qu’on va lire dans la rue.
  • 14 septembre 1917 — La rumeur, au conditionnel : « On dit que notre grand aviateur Guynemer a disparu… » La confirmation viendra le 30 : seize jours.
  • 18 septembre 1917 — La dépêche, seul média rapide et privé de l’époque : « en rentrant nous avons trouvé à la maison une dépêche de Tante Denise disant que Lucie était très fatiguée. »
  • 30 juillet 1918 — Le communiqué devient un rendez-vous quotidien : « tous les matins les journaux nous apportent de très bons communiqués, nous avançons beaucoup. »
  • 5 août 1918 — Un seul communiqué porte le village et le monde : « nous avons repassé la Vesle et pris Fismes, les Japonais arrivent à Vladivostotock et Clémenceau se déclare content. »
  • 29 octobre 1918 — La capitulation autrichienne arrive par une voie privée : un télégramme adressé à son père, « comme il en arrive si souvent », dans lequel une amie a glissé un billet : « Bonne nouvelle, l’Autriche capitule et accepte nos conditions ».
  • 30 juillet 1919 — La rumeur pure, sans support : « Une nouvelle légende, une histoire mystérieuse terrifie le pays, tout le monde en parle, tout le monde est épouvanté. »
  • 13 novembre 1919 — Le silence de la presse par la grève : « Les journaux de Paris ne s’impriment plus. »
  • 27 juillet 1934 — Le renversement des vitesses, noté par Andrée elle-même : « Quelques événements très graves appris par radio hier matin, et confirmés par les journaux de ce matin. » La radio devance désormais le journal d’une journée.
  • 16 mai 1937 — La radio comme spectacle : le couronnement de George VI suivi en direct, « un reportage extrêmement intéressant, très vivant… en fermant les yeux, on pouvait imaginer ce merveilleux défilé ». Elle regrette que « toutes les explications n’étaient données qu’en anglais ».
  • 3 mars 1939 — La bénédiction Urbi et Orbi retransmise : « Jacques et moi, d’un même mouvement, sommes tombés à genoux, sous cette bénédiction qui, un peu plus tôt, à travers l’espace, avait atteint toute la catholicité. » Le poste de TSF devient un lieu de culte.
  • 6 septembre 1939 — Le geste de la guerre : « À chaque instant, nous tournons le bouton de la TSF à l’affût de nouvelles, et, si le communiqué polonais parle de combats, surtout de combats aériens, le communiqué français n’annonce rien du tout. »
  • 8 septembre 1939 — Recouper les sources devient une pratique quotidienne : « si les communiqués ne disent rien, la radio italienne nous apprend que les premiers blessés français arrivent dans les hôpitaux. »
  • 14 septembre 1939 — Le premier démenti du journal : « La prise de Varsovie, annoncée par les communiqués allemands, a été démentie ; ce matin, la radio annonce que les troupes polonaises auraient repris Lods. »
  • 14 mai 1941 — Deux radios, deux versions, aucune tranchée. Vichy relaie Berlin, pour qui Hess « avait disparu au cours d’un voyage aérien », puis « la radio anglaise annonce que Hess n’est pas disparu, qu’il a atterri en écosse, qu’il est parfaitement sain de corps et d’esprit… et non pas fou ou malade comme tenterait de faire croire la radio allemande ».
  • 6 juillet 1941 — Le décrochage : « Je ne prends plus aucun communiqué par radio, mais je parcours tout de même les journaux. »
  • 29 mars 1942 — L’inventaire exact des stations captées sous l’occupation : « la radio ne dit pas grand-chose, nous ne prenons guère que la Suisse et Vichy, il est impossible d’avoir Londres à cause du brouillage. »
  • 2 juillet 1944 — L’électricité coupée coupe l’information : « nous n’avons jamais d’électricité ou presque, si bien que nous ne savons guère de nouvelles. »
  • 8 août 1944 — Les communiqués se contredisent sur une ville à cinquante kilomètres : « certains communiqués disaient que ces deux villes étaient prises, d’autres le démentaient ; ce qui est certain, c’est que les combats ne doivent pas être très acharnés, car nous n’entendons rien d’ici. » Elle arbitre par l’oreille.
  • 12 septembre 1950 — Le poste devient un cadeau, et la radio un loisir : les six enfants s’entendent pour offrir aux parents « un bon poste de radio avec pick-up et disques », installé en secret pendant une messe de mariage.
  • 14 novembre 1952 — La nouvelle la plus attendue de sa vie lui parvient par accident, à la fin d’une réunion : « tout à fait par hasard, appris que la Radio avait annoncé, vers midi, l’arrivée à Marseille d’un bateau amenant d’Indochine, vingt-deux cercueils. »