Dans le journal : Jacqueline · la poupée · la pouponne · ma petite fille

Au fil du journal

  • 21 août 1929 — Née à la clinique du Bocage, à Nantes. Les eaux se rompent à trois heures du matin, l’attente dure toute la journée, les douleurs commencent à neuf heures du soir : « à minuit, je suis montée en salle d’accouchement, à 2 heures, le docteur… » — la phrase s’arrête là dans la retranscription.
  • 23 août 1929 — « La petite chérie est sage, elle prend de bonnes tétées et dort jour et nuit sans pousser un cri. »
  • 7 septembre 1929 — Premier portrait : « elle a une petite figure comique, des cheveux noirs, des yeux gris, un nez tout aplati, un joli petit corps tout rose et potelé ; je l’ai mise en culotte ce matin, et elle est heureuse de remuer ses petites patoches ».
  • 7 septembre 1929 — « Elle ne pleure jamais le jour mais la nuit, elle nous donne quelques petites sérénades sans aucun charme. »
  • 15 décembre 1929 — Quatre mois : « elle commence à rire aux éclats, c’est une belle pouponne, vigoureuse et bien portante, bien sage et facile ».
  • 16 mars 1930 — Sept mois : première bouillie, « avec une satisfaction très évidente », et première séance dans la petite chaise à table.
  • 13 avril 1930 — Bronchite avec fièvre : « elle est toujours très sage et très gaie et remarquablement facile à soigner, le thermomètre, les gouttes, la purge, elle accueille tout avec le sourire, il n’y a que les enveloppements sinapisés qui la font un peu pleurer ».
  • 25 mai 1930 — Ses premiers mots : « Maman » et « Baba ».
  • 28 septembre 1930 — Ses premières dents percent enfin « à treize mois et demi, ce n’est pas trop tôt ! »
  • 16 novembre 1930 — « Elle marche toute seule depuis huit jours ; c’est amusant de voir trotter ce petit bout de fille. »
  • 9 août 1931 — Ses boucles coupées : « je me suis décidée à un grand sacrifice, j’ai fait couper ses boucles que pourtant j’aimais tant, elle a maintenant une drôle de frimousse de petit garçon ».
  • 12 septembre 1931 — Le jardin, un après-midi de septembre : « j’ai aperçu une petite bonne femme en tablier rose tout au fond au bout de l’allée fleurie de dahlias… elle m’a aperçue à son tour et s’est mise à courir vers moi en me tendant les bras ! ma petite fille chérie ! »
  • 20 novembre 1931 — Le jour de la naissance de Geneviève, elle avait 40° de fièvre au Poiré — sa mère ne l’apprend que deux semaines plus tard.
  • 19 février 1933 — Une otite qui ne cède pas : « jeudi soir seulement elle a commencé à se plaindre, la nuit suivante a été mauvaise… vers 8 heures et demie elle a recommencé à souffrir et la nuit a encore été très mauvaise ».
  • 26 février 1933 — 40° et les deux oreilles prises : elle est transportée à la clinique de La Roche « emmaillotée dans des couvertures ».
  • 30 juillet 1933 — Opérée des végétations le 4 juillet. « Tout a été vite passé, mais la pauvre poupée a fait ensuite une bonne colère. »
  • 13 août 1933 — Quatre ans : « elle en est toute heureuse et très fière, elle a promis de ne plus faire de colères, mais je n’ose croire qu’elle tienne sa résolution ».
  • 24 septembre 1933 — Entrée à l’asile en septembre : « Jacquie qui était enchantée… elle n’est paraît-il pas trop sage en classe, mais Mlle Violeau est indulgente vu son jeune âge ».
  • 9 février 1936 — La coqueluche, contenue par des piqûres.
  • 19 avril 1936 — Première communion le 26 avril, préparée dans une maison où tout le monde tousse.
  • 27 septembre 1936 — L’école ne prend pas : « je ne sais pas si c’est de la paresse, mais on sent nettement que cela ne l’intéresse pas ! Apprendre ses leçons demande près de deux heures chaque soir, il y a des moments où c’est infernal ! »
  • 6 décembre 1936 — Une leçon d’histoire sainte qui déraille : « il était question de présents que les fils de Jacob devaient offrir à Joseph… des fruits, de la résine, des parfums ! pas moyen d’empêcher Jacquie de parler de raisiné ! »
  • 28 février 1937 — Et son revers, la même année : « Jacquie nous a rapporté hier une place de première et la croix ».
  • 12 décembre 1937 — La phrase la plus dure du journal sur l’un de ses enfants : « si chaque repas, chaque moment n’était gâté par les caprices stupides de Jacquie, qui semble se prendre à cœur de se rendre désagréable et saisit tous les prétextes pour faire une colère ou une bouderie ! il y a des moments où c’est infernal ! »
  • 10 octobre 1939 — Un matin où sa mère ne peut se lever : « Jacquie, pleine de bonne volonté, a même habillé Pierre ».
  • 17 novembre 1939 — À dix ans, la première vraie conversation entre elles : « étant seule ici, elle est restée étudier sa géographie dans le bureau près de moi, et nous avons longuement causé toutes les deux ».
  • 12 mai 1940 — Première communion le 12 mai, un mois après la mort de son filleul : « ta petite marraine était mignonne en communiante… nous n’avons pas eu de fête comme pour Jean, seules tes grands-mères et tes tantes déjeunaient avec nous ; en temps de guerre… »
  • 8 septembre 1940 — Départ en pension à onze ans, à l’institution Jeanne-d’Arc de La Roche : « c’est une drôle de petite nature, si concentrée, si peu expansive ! elle a toujours été choyée ici, elle va maintenant rentrer dans une vie plus dure et aussi dans l’inconnu ».
  • 10 septembre 1940 — « Jacquie est rentrée bien bravement ! … elle me manque plus que je ne saurais dire ! »
  • 6 juillet 1947 — Échec au baccalauréat : « ce qui était prévu ; elle n’en est pas particulièrement attristée, mais elle ne croyait tout de même… »
  • 28 août 1947 — Une piqûre infectée qui l’immobilise la fin des vacances : « c’en est fait des bains et des parties de volley ».
  • 9 juin 1949 — Une opération de la cloison nasale à décider : « cela n’a rien de très amusant pour la pauvre… »
  • 19 juin 1949 — « L’opération de Jacquie est passée, à mon grand soulagement, et cela commence même à aller mieux. »
  • 19 juillet 1949 — À vingt ans, elle tient la maison des Sables avec son frère : « avons expédié ce matin Jacquie et Yves aux Sables ; je me demande comment ils s’en tirent tous deux ».