Axe : l’information et l’opinion
Au fil du journal
- 8 septembre 1918 — La salle de cinéma comme baromètre : devant « Civilisation », film allégorique « terminé par une apothéose, évocation de la Victoire future », « la salle frémissait d’enthousiasme et d’espérance ».
- 17 janvier 1932 — Ce dont on parle en tricotant : « la conversation n’a pas été des plus gaies, Armande avait l’esprit un peu pessimiste, et d’ailleurs les événements actuels ne sont pas des plus gais, on ne parle que de maladie et de mort ! »
- 8 février 1934 — La rue qui fait tomber un gouvernement, racontée depuis la Vendée : « aux coins des rues, des orateurs improvisés haranguaient la foule… et devant la poussée de l’opinion publique, le cabinet Daladier a dû démissionner. »
- 12 mai 1935 — Le meilleur relevé d’opinion du journal, au lendemain d’une défaite électorale : « ce qui est le plus triste, c’est que ce scrutin est l’indice d’un état d’esprit désastreux, la campagne n’est plus ce qu’elle était autrefois, et la mentalité, jusque là saine, vire au communisme ; ce sont surtout les jeunes générations, vingt à trente disons, qui se sont fait remarquer par la violence de leurs propos, ainsi que la classe ouvrière, laquelle cependant ici ne connaît ni le chômage, ni la misère. »
- 1er octobre 1938 — Après Munich, un soulagement qu’elle observe plus qu’elle ne le partage : « enthousiasme chez tous les peuples, chacun s’imagine que la paix est due à son « Premier », cela n’a pas d’importance, pourvu que nous la tenions. »
- 28 août 1939 — L’usure de l’attente : « nous vivons dans l’attente et dans les alternatives d’espoir et de découragement qui sont épuisantes. »
- 7 janvier 1940 — Dans une réunion d’œuvres de guerre, ce qu’elle voit chez les autres : « chez la plupart des dames qui étaient là, aucun élan, aucun enthousiasme, la crainte de l’effort et de la responsabilité !… »
- 1er juillet 1940 — Trois semaines après l’armistice : « Ici, nous avons - jusqu’ici – la chance d’être encore libres, on écoute la radio anglaise et suisse, on essaie de remonter le moral, Marie-Thérèse nous raconte des histoires désopilantes… et on finit par rire ! »
- 9 février 1941 — Un jugement sur l’état de l’opinion française sous l’occupation : « Laval a refusé, que vont faire les allemands, c’est une défaite pour eux, mais ils doivent se rendre compte que l’opinion française ne leur est pas favorable. »
- 11 juin 1941 — Après l’évasion de prisonniers nord-africains et la mort de l’un d’eux : « Tout le monde est en rumeur ce soir ! »
- 30 mai 1943 — Ce dont on parle vraiment dans un bourg occupé : « conversation toujours sur les mêmes sujets, sur l’occupation, particulièrement sur la toilette des jeunes filles, et beaucoup de petits potins ; il y a pourtant des choses plus intéressantes et plus élevées dans la vie. »
- 14 novembre 1945 — Le climat de l’automne 1945 : « impression pénible partout ; on ne parle que des événements actuels, lesquels n’ont rien de rassurant, mais sans un mot d’espoir ou de foi envers la Divine Providence. »
- 6 avril 1946 — Une analyse politique de la pénurie, écrite au printemps 1946 : « ceux qui ont faim sont bien excusables d’avoir l’esprit critique, mais il ne faut pas rejeter tout le tort sur les paysans ; les intermédiaires et les trafiquants de marché noir sont bien plus à blâmer… On fausse ainsi l’esprit des villes, et cela amènera des troubles un jour. »
- 1er mai 1946 — Avant le référendum de mai : « Il a décidé de faire ce soir une réunion préparatoire à une conférence en fin de semaine en vue du référendum de dimanche, il y a grand besoin de faire l’opinion. » L’expression est d’elle.
- 5 septembre 1946 — L’après-guerre retombé : « plus rien de l’enthousiasme d’il y a deux ans ! »
- 4 avril 1954 — L’indifférence à la guerre d’Indochine, dite en une phrase : « tout le pays vit exactement comme si cette bataille en cours, cette guerre qui se prolonge et prend les meilleurs de nos jeunes, étaient des choses sans aucune importance. »
- 30 octobre 1954 — Ce que l’opinion coûte à une mère endeuillée : « des choses pénibles à propos de la Guerre d’Indochine ; certaines personnes ne peuvent se rendre compte du mal qu’elles font, et ignorent totalement le sens de la souffrance acceptée et du sacrifice. »