Dans le journal : Bernard · petit Bernard · mon tout petit · petit bien aimé

Au fil du journal

  • 25 janvier 1940 — Né le mardi 23 janvier 1940 à Nantes, un mois avant terme : « il a fallu encore une fois faire les bagages en pleine nuit, avec ceci de plus ennuyeux, c’est que rien n’était prêt… À midi et demie Bernard venait au monde. Il a été en danger quelques instants, le docteur a dû le baptiser sur un pied. »
  • 30 janvier 1940 — « Je ne me lasse pas de contempler sa tête ronde au duvet blond de petit poussin, ses mains mignonnes dans les manches de brassière. »
  • 8 février 1940 — Baptisé à Nantes le 8 février. Sa mère n’y assiste pas — elle est encore alitée : « chose qui ne m’est jamais arrivée ».
  • 16 février 1940 — « Pour la première fois, nous avons eu cette nuit nos six enfants chéris sous notre toit. »
  • 5 avril 1940 — Le 5 avril, 40° : « il est si petit, tout est à redouter ! » Les médecins ne trouvent d’abord rien, puis une pneumonie au sommet gauche, puis un second foyer à droite.
  • 9 avril 1940 — « Vers onze heures il a eu une faiblesse comme il en a déjà eu, mais plus prolongée, j’ai cru qu’il allait nous quitter, j’ai pris de l’eau de Lourdes et lui en ai passé sur le front. »
  • 17 avril 1940 — L’entrée la plus courte du journal, seule sur sa ligne : « Bernard est mort lundi soir à minuit moins dix. »
  • 21 avril 1940 — Quatre jours plus tard, le journal change de destinataire : « Petit Bernard chéri, c’est à toi désormais que je vais m’adresser. » Andrée écrira à son fils mort pendant tout le reste de l’année.
  • 21 avril 1940 — « À trois heures je t’ai pris pour un enveloppement, le dernier… j’ai senti tes petits pieds tous froids. »
  • 23 avril 1940 — « Je pensais que nous t’aurions fait faire dans le jardin ta première sortie… elle a été pour l’église et le cimetière. »
  • 13 mai 1940 — Contre ce qu’on lui dit pour la consoler : « tous disent qu’il aurait mieux valu que tu ne sois pas né, ou que tu meures à ta naissance ! Comment penser une chose pareille ! Malgré ma douleur si vive, j’aime mieux t’avoir eu pendant ces quelques semaines, parce que je t’ai connu davantage. »
  • 19 juin 1940 — Trois jours avant l’arrivée des Allemands : « je remercie Dieu que tu sois parti avant d’avoir l’âge de souffrir ».
  • 30 juin 1940 — Une réfugiée enceinte à qui elle ne peut pas tout donner : « je ne peux me décider à donner les brassières, les couches, les langes que Bernard a portés ; si tout cela quittait la maison, il me semble que je perdrais une seconde fois mon petit — et pourtant il vaudrait mieux que j’en fasse profiter d’autres bébés ! »
  • 26 mars 1941 — Sa tombe reçoit une croix : « avant-hier a été dressée une grande croix de granit, une grande croix toute simple, qui veille sur ton dernier sommeil et marque la place où ton Papa et moi viendrons reposer près de toi ».
  • 30 mars 1941 — « J’ai une frayeur intense de la revivre, cette quinzaine, de gravir de nouveau, pas à pas, ce calvaire que Jacques et moi avons gravi ensemble. »
  • 6 avril 1941 — Un an après : « pauvre petit bébé, nous l’avons martyrisé avec tous ces enveloppements et ces piqûres… Tant de souffrances pour aboutir à la mort ! »
  • 20 août 1941 — Sa fête, célébrée comme celle des vivants : « nous sommes allés ce matin à la messe, les trois aînés, le Papa et moi… cet après-midi sommes allés au cimetière lui porter le bouquet de fête ».