Axe : la vie intérieure

Au fil du journal

  • 12 avril 1918 — « Mon petit Trott » de Lichtenberger, lu dans l’après-midi ; le soir, une partie de Nain Jaune avec Papa.
  • 18 mai 1918 — À l’ouvrage, on lit la vie de Guynemer par Henry Bordeaux — « un livre que je désirerais acheter ».
  • 2 septembre 1918 — « La Grande Amie » et « L’Emprise » de Pierre l’Ermite, puis les Mémoires d’un aide de camp de Napoléon par le comte Philippe de Ségur.
  • 10 septembre 1918 — Pour ses seize ans, elle choisit « La Terre qui meurt » de René Bazin — « une écriture bien fidèle de notre marais, j’ai plaisir à y retrouver des pays connus ».
  • 20 juillet 1919 — Le Journal d’Élisabeth Leseur, prêté par sa cousine Marguerite : « c’est très beau et très profond ».
  • 17 novembre 1919 — Cyrano de Bergerac, « qui m’a si vivement intéressée ».
  • 22 novembre 1919 — Part marcher vers la Croix-Bouet « mon bâton sous mon bras, un livre — La Douce France de René Bazin — dans ma poche », et lit en marchant : « marchant, lisant, regardant, écoutant ».
  • 19 janvier 1920 — « La Maison » d’Henry Bordeaux, lue au coin du feu, « qui m’intéresse vivement ».
  • 25 janvier 1920 — Elle défend ses goûts contre sa tante : Bordeaux et Bazin plutôt que Daudet, dont elle déteste « cette ironie perpétuelle et ce scepticisme léger ».
  • 28 janvier 1920 — Emporte en promenade les Mémoires de la duchesse d’Abrantès.
  • 12 septembre 1920 — Jacqueline lui offre Cyrano de Bergerac pour ses dix-huit ans : « depuis, ce livre ne me quitte plus, je l’emporte à la plage, et trouve un grand plaisir à lire et relire ces vers ».
  • 24 janvier 1921 — Immobilisée par son pied, elle passe les matinées au lit avec les Lettres de Mme de Sévigné : « je me lève vers 11 heures et c’est pour m’installer au coin du feu… je lis, je travaille, je dessine un peu ; c’est bien monotone ».
  • 18 avril 1921 — « Mère » de Pérochon, prix Goncourt 1920, la rebute : « un roman très bien écrit, intéressant, mais aucune morale surtout chrétienne. L’héroïne finit par se suicider. »
  • 22 avril 1921 — « Depuis quelques jours après déjeuner je marche en lisant, dans une allée du jardin, bien abritée par le mur. »
  • 8 janvier 1922 — « En cours de lecture, la Divine Comédie, c’est un livre merveilleux. »
  • 29 janvier 1922 — « Christianisme et culture féminine » de Mme Goyau, « tellement intéressant ; les études sur sainte Radegonde sont passionnantes ».
  • 26 juin 1922 — Au retour d’Alsace, elle relit « Les Oberlé » : « cela me fait plaisir de rencontrer au passage des noms connus et des sites admirés ».
  • 13 janvier 1923 — « Les Arrivants » de Jean Yole, « un livre que j’aime non tant à cause de l’histoire que de mille petits détails qu’on y trouve et qui sont vraiment vendéens, qui sont typiquement le caractère, l’esprit, l’âme de chez nous ».
  • 23 juin 1923 — À la mort de Pierre Loti, elle mesure son changement de goût : « Après les avoir beaucoup appréciées, je les aime maintenant pas tellement, à cause de cet étalage du moi, de cette terreur du néant qu’on y rencontre… Il avait des dons remarquables, une langue merveilleusement prenante. Que restera-t-il de tout cela ? »
  • 27 mai 1924 — « L’Équipage » de Kessel : « il y a là une merveilleuse figure de chef qui joint aux vertus de chef la valeur morale de chrétien ».
  • 14 juillet 1924 — Elle découvre que le capitaine Thélis de « L’Équipage » a existé : « la ressemblance est telle que le héros de Kessel est sûrement un portrait ». Le vrai capitaine, Thélis Vachon, est mort pour la France à vingt-quatre ans.
  • 13 août 1924 — Sur la plage, « Arènes sanglantes » de Blasco Ibáñez : « toute l’Espagne m’entourait et les airs de Carmen chantaient dans ma tête ».
  • 10 juillet 1925 — Le régime de lecture d’une fiancée très occupée : « quelques instants pour faire mes lectures de chaque jour : des Psaumes, des Épîtres de saint Paul, les Pensées de Pascal, quelques pages d’un livre de Mme Faure-Goyau ».
  • 12 juillet 1925 — La vie de Geneviève Hennet de Goutel, infirmière morte du typhus en Roumanie : « Comme Louise de Bettignies, comme Maggie Lekeux… »
  • 22 juillet 1925 — « La Vieille Fille » de Pierre l’Ermite : « lire les premiers chapitres, étant fiancée, est une douceur inexprimable, tant l’auteur fait l’éloge du mariage chrétien ».
  • 3 novembre 1925 — Relecture de « Pêcheur d’Islande » : « jamais ce livre ne m’avait produit une telle émotion poignante et douloureuse, j’ai mieux ensuite apprécié mon bonheur de garder près de moi mon Jacques chéri ».
  • 24 janvier 1926 — « Le Démon de midi » de Paul Bourget, lu au long des semaines de janvier : « un très beau livre, plein de sens profond et d’une haute portée chrétienne ».
  • 11 juillet 1926 — Deux livres rapportés de Nantes : le Journal de Marie Bashkirtseff, « très curieux, révélant une âme ardente, des sentiments nobles et élevés, mais un orgueil extrême », et « L’Épouse, attrait du foyer » de l’abbé Grimaud.
  • 31 août 1926 — Les mois d’immobilité sont des mois de lecture : « le fait est que je ne peux rien faire dans la maison et que je passe mon temps à lire et à broder ».
  • 13 septembre 1926 — Contre « L’Empreinte » d’Estaunié : « c’est un livre que je n’aime pas et qui, sous une forme respectueuse, peut faire beaucoup de mal, parce qu’il dépeint la religion comme une suite de calculs, d’ambitions, de fourberie ».
  • 17 mars 1929 — Shakespeare, en une après-midi de dimanche : « La Tempête, qui m’a enchantée, ainsi que Les Joyeuses Commères de Windsor ».
  • 24 mars 1929 — Relecture du Journal de Marie Bashkirtseff : « quelle âme ardente, et que d’élans perdus qui auraient pu être autres avec une éducation mieux dirigée ».
  • 15 décembre 1929 — Sur les poèmes en prose de Tourgueniev : « très beaux mais dangereux à lire tellement poignants, parce qu’ils évoquent un regret désespéré, de la jeunesse, du passé, toutes choses qui ne peuvent plus être, et cela sans l’espérance chrétienne de la vie éternelle ».
  • 16 février 1930 — Relecture de « L’Ami » de Martial Lekeux : « à quelques détails près, cette histoire est la mienne, seulement je ne me suis pas tournée vers l’Ami qui seul ne déçoit jamais, j’ai prié, souffert, offert ma souffrance, mais hélas elle ne m’a pas détachée de la terre ».
  • 7 janvier 1934 — « Claude » de Geneviève Fauconnier, prix Femina : « c’est une sorte de journal intime qui renferme des choses vraiment prenantes… il y a des passages entiers, des paragraphes que je ne voudrais pouvoir commenter, tant ils répondent à mes propres souvenirs, à mes propres sentiments ».
  • 18 février 1934 — Le régime du soir : « j’ai toujours ma bonne heure du soir, quand les enfants sont couchés, avec mon tricot et mes livres : Elisabeth Leseur, Lucie Félix-Faure, ainsi que quelques ouvrages historiques, des mémoires, des vies intéressantes, ceci précédé chaque soir d’un chapitre de l’Évangile ou de l’Imitation. »
  • 20 janvier 1935 — Relecture de Zénaïde Fleuriot : « au moins c’est moral, et on y trouve des personnages sympathiques, alors que dans la plupart des romans actuels on ne rencontre qu’une triste humanité et un étalage d’amoralité quand ce n’est pas d’immoralité ».
  • 25 août 1935 — Ce qu’elle voudrait faire de ses lectures : « je n’ai pas toujours le temps nécessaire pour cette méditation écrite qui me serait si profitable… je voudrais mettre au net certaines impressions de lecture et copier plusieurs passages m’ayant frappée ».
  • 2 janvier 1941 — Les Mémoires de la reine Marie de Roumanie relus sous l’occupation : « l’analogie est frappante entre la situation de la Roumanie vaincue et notre situation actuelle ».
  • 2 janvier 1941 — Elle relit la vie de Geneviève Hennet de Goutel, découverte sur la plage en 1925 : « je me souviens de ce jour de juillet où j’ai découvert ce livre et du moment exquis passé sur la plage en sa compagnie ».