Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
Une septième grossesse perdue en janvier, le premier anniversaire de la mort de Bernard en avril, et une année entière passée à calculer : des tickets, des menus, des cuissons, du charbon.
L’année s’ouvre sur une espérance glissée dans une prière au petit mort : 1<sup>er</sup> janvier, « prie pour nous tous, pour le petit frère ou la petite sœur que Dieu doit nous envoyer ». Le 3 janvier, elle est au lit avec « une menace de fausse couche » ; le mercredi suivant, la fièvre et l’infection obligent à la transporter d’urgence à la clinique de La Roche pour l’opérer le soir même (entrée du 6 janvier). Elle rentre au Poiré dix jours plus tard : « me voilà bientôt remise grâce à Dieu, mais je garde au cœur le regret du petit enfant que j’aurais été si heureuse d’avoir. »
Le 2 janvier, entre deux somnolences de fièvre, elle relit une biographie qui l’avait marquée jeune fille, et laisse la phrase la plus explicite du corpus sur le choix de sa vie : « c’est grâce à cette influence et à celle de quelques autres livres que je n’ai pas voulu de la “bonne petite vie” que j’aurais pu me faire, une petite vie tranquille avec deux ou trois enfants seulement, et des loisirs… »
Avril ramène le deuil. Elle relit son année passée jour après jour — « je suis pas à pas tous mes souvenirs de l’an dernier » (13 avril) — et l’anniversaire tombe au milieu des vacances scolaires, ce dont elle se console à demi : « le triste anniversaire… s’est écoulé sans que j’aie le temps de trop réfléchir et de trop revivre mes souvenirs, cela vaut peut-être mieux ainsi » (17 avril).
Le reste de l’année est l’apprentissage d’une économie de guerre. Le 6 juillet donne le tableau complet : plus de viande le soir, les poulets et les lapins de la basse-cour comme seule ressource sûre, « il faut chaque jour combiner des menus nourrissants et rapidement cuits, faire le dîner en même temps que le déjeuner pour n’avoir le soir qu’à faire réchauffer… pour ne pas dépenser d’électricité ». En avril, le charbon manque et il faut compter avec « un réchaud électrique à un seul feu ». Les cartes textiles se dépensent comme un casse-tête : une journée entière à Nantes pour « un peu de tissu, de quoi faire des chemises et des caleçons pour Jean, des robes d’été aux petites filles » (4 juillet) ; une autre, en décembre, pour rapporter « des chaussons pour Jean et trois gants de toilette ».
La guerre, elle, se suit de loin et avec méfiance. Le 22 juin, l’invasion de la Russie arrive au Poiré sous forme de rumeur : « on raconte ce matin que Russes et Allemands se battraient, mais il a été raconté jusqu’ici tant de “bobards” qu’on ne sait plus très bien ce qu’on doit croire ou non ». Deux semaines plus tard, la position d’Andrée, qui ne se résout pas : « il est nécessaire que la Russie communiste subisse la défaite, mais il ne faudrait pas que les Allemands soient vainqueurs. Je ne sais plus ce qu’il faut désirer » (6 juillet). En décembre, la guerre devient mondiale en deux lignes glissées entre les poulets et le rangement du bureau : « les avions nippons ont survolé cette nuit la côte américaine » (10 décembre), puis les deux cuirassés anglais coulés — « la guerre fait rage à travers le monde, avec cette extension du conflit on peut se demander si les choses finiront un jour ».
Contre tout cela, un remède, nommé deux fois : « lu cette semaine un livre ravissant de Selma Lagerlöf, c’est plein d’imagination, de poésie et cela vous transporte loin des tickets de ravitaillement et des choses assommantes de la vie. »
Résumés de période
La fausse couche — janvier
Repos, opération, retour, convalescence, et le premier anniversaire de la naissance de Bernard le 23 janvier, en une ligne : « un an petit Bernard, il y a un an tu étais tout près de nous arriver… » Les journées de clinique sont longues, coupées de visites — dont celles d’une amie qui « fait beaucoup de bien » (13 janvier).
Le printemps sous les avions — avril et mai
Le terrain d’aviation de La Roche est bombardé de nuit ; les moteurs passent au-dessus du bourg : « c’est une chose lugubre que le bruit de ces moteurs ennemis survolant notre pays ! » Pâques 1941 se termine par une cérémonie très nouvelle : la bénédiction d’un Christ « qui devait être placé à la mairie », escorté en procession à travers la place, avec le chant de la Vendéenne (14 avril). Les nouvelles des Balkans et d’Afrique tiennent en quelques lignes par entrée.
L’été des conserves — juin à août
Petits pois, fraises, castilles, cerises : la chaîne des confitures est aussi une stratégie de survie, menée « en quantité modérée à cause du manque de sucre » (28 septembre). La varicelle passe d’un enfant à l’autre ; le certificat d’études de Jacqueline est fêté d’une tarte. Le 29 juin, un aveu de fatigue rare chez elle : « je suis harcelée par mille préoccupations… » — au point d’oublier purement et simplement une réunion et de devoir aller s’en excuser le lendemain.
La rentrée, et la guerre qui s’étend — septembre à décembre
Une tante parisienne perd tout dans un incendie de bombe incendiaire, sauvée « en chemise de nuit, robe de chambre et manteau » (22 septembre). Jean repart au collège pour « sa dernière année tranquille » avant le baccalauréat. L’automne apporte les tricots d’hiver, le tri des fruits, l’élevage de poussins — et, en décembre, la coqueluche de Pierre, quatre ans, qu’il faut amuser, nourrir de force et à qui il faut chanter des chansons toute la journée. Il en profite : privé de pruneaux, il en réclame deux à sa grand-mère « en disant qu’il fallait bien lui faire plaisir puisqu’il était malade ; il est aussi un peu ficelle ! » (16 décembre).
Entrées notables
- 1<sup>er</sup> janvier — Les vœux adressés à un mort, et l’enfant attendu.
- 2 janvier — « Je n’ai pas voulu de la bonne petite vie que j’aurais pu me faire. »
- 6 janvier — La fausse couche, l’infection, l’opération d’urgence.
- 23 janvier — « Un an, petit Bernard. »
- 13 avril — Pâques, les Balkans, et les avions au-dessus du Poiré.
- 14 avril — Le Christ porté en procession jusqu’à la mairie.
- 17 avril — Le premier anniversaire, traversé sans avoir le temps d’y penser.
- 20 avril — Tout calculer : trousseaux, menus, cuissons, un seul réchaud.
- 22 juin — L’invasion de la Russie, apprise comme un bruit qui court.
- 6 juillet — « Je ne sais plus ce qu’il faut désirer » ; et Selma Lagerlöf comme antidote.
- 22 septembre — Une tante brûlée à Paris ; un far breton réussi le même soir.
- 10 décembre — Pearl Harbor entre les poulets et le rangement du bureau.
- 16 décembre — Un enfant de quatre ans qui négocie ses pruneaux.