Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Samedi 1er janvier 1921
L’année nouvelle est commencée, cette année à laquelle je songeais tant hier soir, une de plus à vivre pour l’éternité ? Nul ne sait s’il en verra d’autres ? Depuis la mort de Simone, je pense beaucoup plus à cette éternité…
Dimanche 9
Comme c’est le temps de Noël, j’ai installé dans ma chambre une petite crèche… J’ai mis quelques violettes, les seules fleurs, ou presque, que nous ayons actuellement ; il reste encore deux boutons de roses sur mon bureau, et, dans un coin, un grand bouquet de branches de houx.
Mardi 11 janvier
Journée fatigante ; matinée surtout très bousculée pour arriver à tout caser, soins du ménage et études de violon. Cet après-midi, chez Tante Abel, un incident assez désagréable, dû en grande partie à l’état de fatigue de Charlotte, confinée toujours sur sa chaise-longue : suis sortie le cœur un peu lourd, bien que je ne crois pas avoir quelque chose à me reprocher, et j’ai eu de la peine à m’en remettre. J’ai maintenant le « Journal » d’Elisabeth Lesueur, et vais me plonger avec joie dans ces pages si attachantes et si belles… j’ai beaucoup aimé les « Lettrres sur la souffrance ».
Mardi 18 janvier
Il pleut encore, mais aujourd’hui c’est le dégel. Temps très doux…
Dimanche… Marguerite m’a demandé de l’aider à la bibliothèque ; cela m’a fait plaisir, c’est une occasion de faire quelque chose. Ensuite les Vêpres et la procession du Saint Sacrement. Dans l’après-midi, promenade avec Jacqueline jusqu’à la Braconnerie…, la veille étions allées jusqu’à la Bardinière…Beaucoup parlé avec Jacqueline de certains de mes souvenirs ; cela me faisait du bien ; si souvent je suis obligée de garder pour moi toutes ces choses…
… Au dehors, tout est morne !… j’entends Jacqueline chanter les chœurs d’Athalie.
Mercredi 19 janvier
Une nouvelle épreuve pour moi ; mon mal au pied a tout l’air de revenir, et si cela suit le même cours que l’autre fois, j’ai en perspective de longues journées à passer solitaire, au coin du feu… Je lis Elisabeth Lesueur, cela me fait du bien. Comme lecture moins sérieuse, j’ai « Madame Corentine » de Bazin, qui me fait passer de bons moments. Terminé « Les Roquevillard », c’est très beau, cependant je ne trouve pas là ce que j’aimais tant dans « Les yeux qui s’ouvrent »…
Vendredi 21
Voici de nouveau mon pied très enflé, aussi, pour moi, immobilité presque complète… Le docteur est venu hier matin, il a trouvé mon pied assez bizarre et parle d’un traitement par rayons ; cela ferait des voyages insipides à la Roche. On verra cela ! Ce matin suis allée en auto avec Papa et Maman jusqu’à l’entrée du chemin de la Clopière, mais sans mettre le pied par terre. Cela me faisait du bien de prendre l’air… il fait si doux que l’on se croirait à la venue du printemps.
Lundi 24 janvier
Vie uniforme et bien contraire à ce que je voudrais, je donne de la peine à Maman qui a tant de travail, et, alors que la semaine dernière encore j’étais si occupée, je suis presque réduite à « tuer le temps », je passe la matinée au lit, lisant quelque livre sérieux ; j’ai en ce moment les Lettres de Mme de Sévigné et cela m’intéresse. Je me lève vers 11 heures et c’est pour m’installer au coin du feu, pour y rester presque jusqu’au soir, je lis, je travaille, je dessine un peu ; c’est bien monotone.
Samedi 29
Pas écrit ces jours-ci… journées très monotones…
Maman et Jacqueline sont à Nantes aujourd’hui avec Tante Abel et Marguerite, suis seule pour la journée avec Papa… j’aurais été contente d’aller à Nantes moi aussi, de prendre ma leçon de violon et de voir Andrée…
Me voici seule, sous la lampe, Papa est parti à Belleville et il y aura un grand moment avant son retour. Après-midi meilleur que je ne pensais, lu les premiers chapitres du bon et beau livre de Pierre Lhermite « Les deux mains », et au pour de quelques minutes, me suis sentie remontée et revivifiée, c’était bon, pour la première fois depuis tant de jours, de ne plus sentir cette lassitude accablante, ce dégoût de toutes choses…
Dimanche 30 janvier
Second dimanche sans sortir…
Maman et Jacqueline sont allées jusqu’à Chavagnes et m’en ont rapporté des nouvelles. Ce matin une lettre d’Andrée. Je relis « Les deux mains »… je commencerai après « La bonne souffrance » de Coppée. J’ai tant de loisirs dans ma réclusion forcée.
Lundi 31
Après-midi très dure et pour une chose insignifiante, j’ai été pendant quelques instants d’une impatience extrême, ne pouvant plus ni lire, ni travailler, ni faire de la musique… il est vrai que j’avais mal dormi…
Vendredi 4 février encore quelques journées pénibles depuis lundi… j’ai connu de nouveau la tristesse, l’ennui… Temps gris et sombre pendant plusieurs jours, depuis hier le ciel s’est découvert et, avec le soleil, il faisait presque doux. Sommes allés tout à l’heure à La Roche, cela m’a fait plaisir de voir la campagne aujourd’hui…
Terminé la « Bonne Souffrance », il y a de bien beaux passages que je me propose de relire. Lu « La sarcelle bleue » de Bazin, c’est gentil, lu aussi l’histoire d’un miracle de Lourdes…
Dimanche 6 février
Hier, après déjeuner, première sortie pour aller voir Charlotte… Aujourd’hui commencent les Quarante heures.
Vendredi 11 février
Un an aujourd’hui que Simone est morte… j’ai dû fuir le salon et la salle à manger trop bruyants, et venir ici, où, dans le calme et le silence, je peux mieux évoquer notre chère petite morte… la peine est toujours là, et, depuis je ne suis plus la même, j’ai perdu une partie de mon insouciance d’enfant, et je songe à des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé autrefois…
Dimanche matin 13
…Mardi soir, clôture des Quarante Heures, avec une belle cérémonie ; mercredi, les Cendres nous ont rappelé la pensée de l’Eternité, et de notre misère. Nous voici maintenant en Carême. Vendredi, Chemin de Croix…
Dimanche 20 février
Voyage agréable, passé à Chavagnes quelques bonnes journées… Mardi soir, dernière répétition chez Mme Houdbine ; à 8 heures, mercredi matin, une autre à Chavagnes et une autre encore dans l’après-midi… Jeudi matin à 9 heures, Mme ? ? ? est venue nous chercher pour une répétition dans la salle de concert. Tout a bien marché, mais Mme Houdbine était plutôt énervée. A 1 h. et demie, sommes parties avec Miss Stafford, pour « affronter le public ». Tout a marché à merveille, en première partie, tous les petits étaient si mignons, et s’en sont très bien tirés, la seconde partie n’était pas moins bien, l’ensemble était bien ; notre duo et la « Romance » de Jacqueline ont été très applaudis. Nous sommes revenues bien contentes. Aujourd’hui pour Jacqueline c’est bien mieux, elle va au concert … et doit délirer de joie… .
Samedi, des adieux à toutes, puis me suis mise en route ; suis contente de ma retrouver ici, mais ce ne sera pas long, nous partons aux Sables, et cela m’ennuie toujours un peu.
Lundi 21
Hier, cérémonie émouvante, l’inhumation d’un soldat ramené du front ; il y avait beaucoup de monde…
Les Sables, mercredi 23
Ici depuis Lundi soir et retrouvé toutes mes habitudes. Dès la malle défaite et toutes les choses en place suis allée voir la mer…
Samedi 26 février
Hier à Légé, à l’enterrement de M. Yvernogeau, et déjeuné au Poiré…
Mardi 1er mars
Hier une promenade délicieuse… suis sortie vers quatre heures et suis allée sur le port, beaucoup d’animation sur les quais… suis allée ensuite sur le Remblai… suis descendue sur la plage et marché doucement près de l’eau…
Mercredi 2 mars
Aujourd’hui, Simone aurait dix-neuf ans…
Jeudi 3 mars
Sortie hier soir de quatre à six heures, comme j’en ai pris l’habitude, me suis promenée sur la plage et le Remblai, puis à l’église. Après dîner, soirée à l’Hôtel du Casino où il y avait une soirée donnée par le Cercle, avons assisté au Concert, mais pas au bal, je craignais un peu pour mon pied, et puis c’était le Carême, et l’anniversaire de Simone.
4 mars
Rien de nouveau ; tout est assez uniforme sans être forcément monotone. Hier un habituel tour de remblai, par un temps splendide… mes messes matinales, les stations à l’église et la contemplation des merveilles de Dieu sont mes plus grandes joies.
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 6 mars 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une lettre de Marie ce matin… Suis allée chercher Tante pour une petite promenade, nous sommes parties par le Casino pour aller sur la petite jetée, et revenues par les piles, le temps était superbe, très doux, et nous avons assisté à un coucher de soleil merveilleux.
Mardi 9 mars
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 9 mars 1921 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Suis assez prise aujourd’hui et le serai certainement davantage les jours prochains. Rien de nouveau depuis Dimanche. Avons fait, Maman, Tante et moi une bonne promenade le long du port…
Dimanche 13
Beaucoup de choses ces jours-ci et ce n’est pas fini. J’ai eu à découper la nappe d’autel de Jacqueline, ce qui a été un long travail. Il y a eu le courant ordinaire, suis peu sortie, et cela m’a beaucoup manqué…
Vendredi après-midi au Marais avec les Luttmann, il soufflait un vent tiède et le soleil était bon ; la pêche a été belle et l’après-ùidi agréable. Hier, sommes allées au Poiré pour l’enterrement de René Dorion, mort à ? ? ? ? ? il y a une huitaine, c’est affreux pour les pauvres parents, perdre deux enfants en moins d’un an ! Le plus pénible, c’est qu’à l’heure de la cérémonie, le corps n’était pas arrivé, et on ne savait au juste quand il arriverait ; il y a eu un service à l’église, mais ce devait être encore plus douloureux pour la famille. Il y a peu de jours, une petite chanson m’a remis en mémoire des souvenirs joyeux d’autrefois, souvenirs maintenant douloureux parce qu’ils ne sont plus.
Lundi 14 mars
Nous regagnons le Poiré demain, il faut se mettre aux préparatifs de départ. Mercredi, je vais à Nantes assister jeudi à la fête de Madame, pour revenir Samedi. Le même soir, Madeleine, Solange et Suzanne arrivent pour les vacances de Pâques.
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 15 mars 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une agréable après-midi chez les Luttmann ; Jeanne et Simone sont bien gentilles, mais j’ai l’impression que nous n’avons pas tellement de points communs
Samedi 19 mars
Suis revenue de Chavagnes mais n’ai que peu de temps à moi, d’autant plus que les Eugène arrivent ce soir et que je serai plus prise ensuite. J’ai été bien heureuse de retrouver le pensionnat, les cloîtres, le jardin, les visages familiers et de passer quelques jours dans cette ambiance qui m’est chère, cela m’a fait du bien de me retrouver avec mes compagnes, si simples, si gaies au lieu de parler comme ici de futilités et de toilettes, ce qui m’intéresse nullement… Fait bon voyage à l’aller…Mercredi soir, quelques courses puis suis allée à la Visitation. Retrouvé ensuite Jacqueline, Françoise Forgeau et Juliette Rouault. Jeudi, une leçon de violon puis passé un moment avec Françoise dans la classe. Les actrices d’Athalie s’habillaient, toute la maison étant sans dessus dessous, Monseigneur Garnier devant arriver le soir. Fait après déjeuner une bonne promenade avec Françoise et Renée. La représentation était un peu après deux heures, tout a marché d’une façon parfaite, la mise en scène, les costumes, le jeu des actrices, tout avait été remarquablement mis au point, et les premiers rôles étaient très bien tenus. Les choeurs étaient bien ainsi que les attitudes, les mouvements d’ensemble. Il n’y avait ni trouble ni confusion, et les vers de Racine étaient une joie à entendre. Nous sommes allées ensuite en bande nous promener dans le jardin et avons rencontré Monseigneur qui nous a donné sa bénédiction. Aujourd’hui… voyagé avec Françoise jusqu’à Montaigu.
Dimanche 20
Aujourd’hui les Rameaux ; l’odeur âpre du buis emplissait l’église… Mes cousines sont arrivées hier ; toutes trois sont bien gentilles, mais il y a entre nous des différences profondes, différences de vie, d’éducation religieuse…
Mardi 22
Sur mon bureau, un bouquet de primevères et c’est la joie du printemps dans ma chambre… Hier, nous avons fait une longue promenade de Pont de Vie à la Braconnerie en suivant le ruisseau ; les buissons sont pleins de pervenches, de primevères et de violettes.
23 mars
Quelques épreuves bien pénibles, hier, des paroles aigres douces perçantes comme des aiguilles et faisant bien mal. Critiques sur toutes choses, sur la Religion, sur la Vendée qui m’est si chère, moqueries à chaque instant. J’en verrai peut-être bien d’autres le long de la vie, mais, en attendant, tout cela est bien douloureux. J’ai bien pleuré hier soir…
Jeudi Saint – 24 mars
…Hier un bon voyage à la Guilminière ; nous sommes promenées le long du ruisseau et cueilli des tulipes sauvages dont la maison est toute fleurie. Il fait un temps splendide, un peu trop chaud pour la saison…
Vendredi Saint
… Avons assisté hier soir, à la prédication de la Passion, il y avait foule… avons prévu pour cet après-midi une promenade à Sainte Radegonde
Jour de Pâques – 27 mars
Le Christ est ressuscité. Alléluia. La Semaine Sainte avec toutes ces cérémonies si prenante est close dans l’allégresse de la Résurrection…
Vendredi, sommes donc allées à Sainte Radegonde par un temps superbe, fait une bonne promenade… la chaleur était presque excessive. Nous étions vers deux heures et demie à la chapelle… fait brûler les petits cierges traditionnels… Nous ne sommes pas allées à la Genétouze, mais reparties vers 6 heures…
Vendredi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 1 avril 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
…Mercredi après-midi, sommes allés à la Clopière, emmenant Marguerite, mais nous avons eu de la pluie. Jeudi, rien de neuf, Marguerite est venue passer l’après-midi et nous avions un temps superbe…
Hier matin une bonne lettre d’Andrée…
Dimanche 3 avril
Hier, une bonne promenade toutes cinq, plus Marguerite, du côté de Montorgueil ; c’est un chemin que je connais par coeur, peut-être celui que j’ai le plus parcouru soit seule, soit avec d’autres, et à toutes les saisons. Je connais les moindres détails, les mauvais passages, les croisées où l’on voit filer les autres chemins ; je sais un endroit où le passage se resserre et s’enfonce entre les buissons plus hauts. J’ai passé souvent la planche, et me suis assise comme hier au bord du ruisseau qui va vers la Turquoisière. J’aime le chemin qui monte en longeant la vallée, le bois de pins dévlant sur la bruyère, le moulin abandonné enfoui sous les arbres, le village de Montorgueil d’où l’on découvre une vue étendue, les vieilles maisons patinées par le temps, j’aime le sentier qui descend vers la Bardinière et la route si familière qui ramène à la maison… Sommes rentrées un peu chez Tante Abel, puis nous sommes assises un moment sur un banc du jardin ; il faisait très doux…
4 avril
Bonne journée ; ai eu une lettre de Jeanne, attendue depuis longtemps. Elle me dit avoir été très fatiguée…
A part cela, les offices habituels, la réunion des Enfants de Marie, la bibliothèque avec Andrée Chailloux, ce qui m’intéresse beaucoup. Sommes allées voir Mme Lucas, qui est au lit depuis quinze jours avec une grosse bronchite, puis avons fait une bonne promenade du côté du Puychabot…
Jeudi 7 avril
… Les trois cousines sont parties hier ; repris notre vie habituelle…
Samedi 9 avril
Hier matin, une éclipse partielle seulement, mais la chose et encore rare mais vaut la peine d’être observé. Nous avons fait fumer des verres et tour à tour venions lorgner le soleil. Peu à peu, on voyait se former l’échancrure qui augmente assez vite ; vers 9 heures et demie, le soleil se montrait sous la forme d’un croissant dont les cornes étaient tournées en haut. La lumière était comme plombée ; les fleurs se refermaient, les poules regagnaient leur perchoir ; le chat semblait inquiet. Puis le croissant s’est agrandi, la vraie lumière est revenue et j’ai vu s’effacer l’échancrure sombre. Autre histoire Jeudi, passions l’après-midi chez Tante Abel, et avons vu descendre du train un grand jeune homme brun et une dame, accompagnés de l’Oncle Chailloux. Quel était cet inconnu ? serait-ce un fiancé pour Andrée ?
11 avril
Nous ne nous étions pas trompées, Andrée se marie ! elle est venue hier avant la grand’messe nous faire part de ses fiançailles ; elle épouse M. André Boyer, qui s’occupe d’assurances et habite Saint André d’Ornay. Le mariage aura lieu sans doute dans le courant de l’été. Tante Chailloux est rayonnante…
Mercredi 13
Sommes allées hier à Nantes, Marguerite, Jacqueline et moi, journée plutôt fatigante. Lever à 3 heures et demie et départ à l’aube… Passé la matinée à Chavagnes ; ai eu l’heureuse surprise d’y rencontrer Jeanne, que j’ai pu voir longuement ainsi qu’Andrée.
Samedi 16 avril
Sommes débordées d’ouvrage ; je dois sacrifier ma musique, ce qui me coûte beaucoup, et n’arrive pas à voir plus d’un quart d’heure à moi. Mercredi après-midi avec Berthe chez Marguerite et Charlotte, étions un peu lasses du voyage à Nantes, aussi conversation pas très animée. Hier, suis allée à l’enterrement d’une petite Ange de Marie, morte tuberculeuse à 14 ans…
Le temps a changé… on sent que le printemps est là. J’ai garni toute la maison de lilas, ma chambre en a deux gros bouquets, j’ai des pervenches sur mon bureau…
Dimanche matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 17 avril 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Tempête, pluie diluvienne et ciel bouché… Travaillé une bonne partie de l’après-midi d’hier soit dans ma chambre, soit dans celle de Tante ; sommes allées voir Mlle Lucas qui est maintenant bien mieux.
Lundi 18 avril
Hier soir lu « Mère » de Pérochon, prix Goncourt1920 ; j’avais eu des velléités d’acheter ce livre, car c’est un roman paysan, mais après lecture, je ne l’achèterai certainement pas ! C’est un roman très bien écrit, intéressant, mais aucune morale surtout chrétienne. L’héroïne fint par se suicider. L’action se passe dans les Deux-Sèvres pays partagé entre dissidents, protestants et catholiques, et ces derniers n’ont pas le beau rôle. pas mal de parti pris ; impression générale plutôt bizarre…
Hier suis allée à la bibliothèque avec Jacqueline remplacer Marguerite un peu souffrante…
Mardi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 19 avril 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Une très grosse contrariété hier et ce matin, j’ai beaucoup de peine. Il y a longtemps que nous avions fait le projet d’aller conduire Tante à Giromagny et en même temps de voir un peu l’Alsace, mais les événements ne sont pas rassurants, et il vaut mieux ne pas se diriger actuellement vers l’est, aussi il a été décidé de remplacer le voyage en Alsace par un voyage en Bretagne, et j’en étais bien heureuse, mais hier soir au dîner, j’ai appris que nous de ferions que le Mont Saint Michel et les Côtes du Nord alors que j’avais tant espéré voir le Finistère, m’agenouiller sur la tombe de Simone, peut-être apercevoir Marie au passage…
Jeudi 21
Suis un peu plus résignée, d’ailleurs rien n’est encore tout à fait décidé, il faut attendre le 1er mai pour voir la tournure que prendront les choses…
Vendredi 22 avril
Cueilli hier matin quelques brins de muguet pour les mettre sur mon bureau…
Depuis quelques jours après déjeuner je marche en lisant, dans une allée du jardin, bien abritée par le mur ; hier je lisais « Les autels morts » de Reynès-Monlaur, et j’étais ravie…
Samedi 23
Hier après-midi, promenade au Moulin-Guérin ; la campagne était lumineuse…Ce matin, changement de temps, le ciel est gris et la nature mélancolique…
Lundi 25
Oncle Alfred est arrivé samedi soir et reste jusqu’à demain matin, sommes allés le chercher en auto à Belleville…
Mardi 26
Quelques moments très pénibles ces jours-ci… je me sens souvent bien seule, et je n’ai personne avec qui je puisse parler de choses qui me sont chères…
Jeudi 28 avril
Temps très doux, c’est bien la plus jolie saison de l’année… les lilas sont en pleine floraison, le tamaris forme un immense bouquet rose, les marronniers sont en fleurs et le jardin est tout parfumé par les oeillets blancs. Hier une petite promenade avec Marguerite mais elle n’aime pas bien marcher et il fallait souvent s’asseoir…
Vendredi 29
… Le soir, j’ai repris mes promenades que Jacqueline qualifiait il y a deux ans, de sentimentales…
Samedi 30
Hier soir, une scène très pénible à propos d’une parole insignifiante prononcée au dîner, Tante m’a fait des reproches très durs et dit des paroles vraiment blessantes. Je suis monté me réfugier dans ma chambre où j’ai beaucoup pleuré…
Dimanche 1er mai
Le plus beau mois de l’année, le mois des fleurs et aussi celui de Marie, notre Mère… Hier, vers cinq heures, avons recommencé la promenade faite à Pâques, mais quelle différence en quelques semaines puisque tous les arbres ont leurs feuilles…
Dîné de bonne heure pour assister au Mois de Marie…
Mardi 3 mai
Ce matin, la procession des Rogations, la seconde, celle qui va jusqu’au Plessis…
Lundi 9
Deux journées très remplies et nous partons aux Sables mercredi. Samedi, voyage à Nantes, par un temps très incertain ; suis allée à Chavagnes où j’ai vu Andrée. Hier fête de Jeanne d’Arc ; avons décoré la grille de drapeaux ; il y a eu Grand’Messe solennelle. Après les Vêpres, bénédiction du Mois de Marie du Beignon et de la Tuquoisière, ce qui nous a fait une bien agréable promenade. Les genêts sont tout en fleurs. Le soir avons illuminé la grille de lanternes vénitiennes ; toutes les rues étaient illuminées et certaines maisons bien décorées.
Mardi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 10 mai 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Armande Brachet vient d’être très éprouvée ; elle a eu hier un petit garçon qui est mort oresque aussitôt, cela va être pour elle une grande peine et une déception très dure, elle se réjouissait tant de la venue de ce bébé. Nous partons demain.
Les Sables jeudi soir 12 mai
Beaucoup de choses à faire hier matin, tous les préparatifs du départ, de plus il pleuvait et je n’ai guère pu sortir…
Samedi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 14 mai 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
La mer est tout ces jours-ci bien belle… Jacqueline et moi sortons pour un tour de Remblai… après dîner, notre but est la petite jetée…
Mardi 17
Avons assisté hier soir à la soirée annuelle donnée par la Maîtrise de Notre-Dame, c’était intéressant, il y a eu des choeurs, des vieilles chansons… une danse de Grieg que j’ai beaucoup aimée…
Vendredi 20 mai
Passé au Marais la journée d’hier, quelques bons moments ; temps à souhait, un soleil joyeux tempéré par une brise un peu fraîche… C’était partout un calme, une paix indicible et c’est si bon parfois de se laisser vivre.
27 mai
…Nous regagnons demain le Poiré…
Lundi 30
Nous sommes réinstallés ici depuis samedi…
Hier matin, procession de la Fête-Dieu par un temps bien incertain, il y avait cependant foule et la cérémonie était belle et recueillie, nous avons eu les reposoirs habituels, celui de Mme Dorion et celui de la Jamonière et la bénédiction à chaque reposoir. Dans l’après-midi, bibliothèque et Vêpres.
Jeudi 2 juin
…Très occupée ces jours-ci, ne suis sortie qu’un peu lundi, ai rapporté » toute une brassée de genêts, la maison en est toute fleurie ; j’en ai une gerbe dans ma chambre, j’ai aussi des oeillets, des roses et quelques églantines.
Dimanche 5 juin
Quelques journées bien remplies, ai été très prise par la confection du buvard destiné à Andrée Chailloux, et qui me donne beaucoup de travail, par la musique, le ménage et mile et une petites choses qui surgissent à chaque instant. Vendredi la procession du Sacré-Coeur…
Hier, déjeuner chez les Lucas, avons passé sur la terrasse une très agréable après-midi. Tout à l’heure la seconde procession de la Fête-Dieu.
Mercredi 8 juin
Hier tout un grand tour en auto pour aller voir Charlotte à Saint Jean de Monts, passant par Saint Gilles à l’aller et Challans au retour… J’ai eu du plaisir à revoir ce paysage de marais, avec ses canaux et ses peupliers près des « bourrines ». Passé une très bonne journée ; déjeuné sous les pins, puis sommes allées à la plage ; visité l’église ancienne et si curieuse. Dîné chez Tante Abel pour finir la journée. Rien de bien nouveau à part cela, avons porté la bannière à la procession de la Fête-Dieu.
Jeudi 9 juin
Hier, Berthe a passé l’après-midi ici, et, après le goûter, avons fait une tès bonne promenade, sommes parties avec l’intention d’aller par le chemin de l’Idonnière à Pont de Vie ; tout ce côté-là est d’ailleurs pittoresque et charmant ; le chemin encaissé est bordé de haies à présent fleuries ; passé le ruisseau sur la planche, mais n’avons pu continuer par les prés à cause de l’herbe haute, aussi sommes montées par les champs, près de la Prévisière, et nous sommes mal orientées si bien qu’au lieu d’aller vers Pont de Vie, nous avons trouvé un chemin qui nous a menées entre l’Ecorcerie et la Maumernière, il a fallu nous hâter pour rentrer car il se faisait tard. Après dîner, sommes allées Jacqueline et moi au Moulin-Guérin…
Dimanche matin 12
Passé hier une bonne journée à Nantes…, sommes allés en auto…, remisé l’auto à la Visitation, puis passé la matinée en leçons de musique et courses. Suis allée à Chavagnes après déjeuner et trouvé un grand branle-bas, le pensionnat étant licencié pour quinze jours à cause d’une petite épidémie de rougeole…, fait visiter le jardin à Tante…, fait ensuite quelques courses puis vu Tante Marie-Angèle… Puis pris le chemin du retour, passant cette fois-ci par Saint Etienne de Corcoué et Légé. Etions ici vers 7 heures.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 13 juin 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier soir une délicieuse promenade après dîner par la Montparrière et les coteaux, d’où la vue est si jolie sur l’église et le bourg…
Mercredi 15
… Suis légèrement patraque, avec des douleurs d’estomac…
Dimanche 16
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 16 juin 1921 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
… J’ai lu des livres de la Bibliothèque mais ce sont des choses assez banales qui peuvent distraire et c’est tout. Lu l’ « Histoire de Sibylle » d’Octave Feuillet, il y a des choses très surannées mais de jolies pages. Lu aussi « Ils regardent vers Lui » de Reynès-Monlaur, que j’ai beaucoup aimé.
Lundi matin 20
… C’est autour de moi depuis quelques jours un flot de critiques plutôt acérées ; j’écoute tristement et me tais… et, malgré tout mon respect pour les personnes de qui partent les critiques, je n’en sens pas moins la part de parti-pris et même d’injustice ; ce sont des moments bien pénibles, aussi je m’isole dans la chambre avec un livre, je n’entends plus rien et c’est le calme et la paix…
Lundi 21 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 21 juin 1921 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Ce matin, première répétition à l’église du morceau que Jacqueline doit jouer au mariage Boyer, c’était bien, surtout pour une première fois… Jacqueline a ensuite essayé l’harmonium…
Mardi 28
Je viens de lire « La fin de Claude » de Reynès-Monlaur, et j’en suis toute secouée… il est un peu dur …de rentrer dans la vie quotidienne, avec ses froissements et ses heurts… je suis bien tranquille dans ma chambre, les volets clos, et heureuse d’être dans le cadre familial, si simple, mais charmant, avec mes livres, mes photos, mes fleurs…
Jeudi 30 juin
… Le mariage Chailloux approche, on ne parle plus que de cela au Poiré et Jacqueline a de fréquentes répétitions à l’église ; j’y vais souvent… Temps chaud, orageux, nous ne sortons guère que le soir en revenant du Mois du Sacré-Coeur, c’est l’heure la plus fraîche…
Dimanche 3 juillet
Hier à Nantes, et fait bon voyage ; lever matinal et trajet en auto à Belleville… Le matin, leçons de violon et courses ; suis allée à Chavagnes où j’ai vu Andrée Jaffré, mais peu de temps. Appris là-bas bien des mariages, celui de Jeanne Brossier, qui à vrai dire ne m’intéresse pas tellement, celui d’Elisabeth Schfflynck, à Lille, le 6 juillet, celui de Marie Vauban le 11, avec M. Camille Boucheau de Nantes ; chacune suit son chemin, va où Dieu l’appelle…
Fait un voyage de retour très gai avec Marie-Angèle.
Vendredi 8
Suis très lasse, la tête vide et sans courage. Lundi et mardi, deux journées très gaies, fréquentes allées et venues de la maison Chailloux ici, pour voir les toilettes, le couvert, etc… Mercredi matin, temps splendide ; suis partie vers 9 heures et demie avec Gabrielle et Marie Guesdon. Andrée était très bien en mariée ; Marie-Angèle, qui s’appelle maintenant Josée, avait une très jolie robe ; nous avons fait la connaissance de la famille Boyer, il y a deux jeunes filles tout à fait charmantes. J’avais comme cavalier M. Pierre Boyer, notaire à Pouzauges, très gentil et intéressant. Il y avait bien des curieux à voir le cortège. La messe était très belle, rehaussée par tous les morceaux de musique de Jacqueline ; son morceau de violon était très bien rendu. Le déjeuner a été gai, tous les jeunes étant à la même table ; nous avons pris le café sur la terrasse, puis sommes allés dans le parc et pris des photos. Pour finir la journée, sommes allés conduire un groupe de partants à la gare.
11 juillet
C’est aujourd’hui qu’Andrée Jaffré passe son B.S., elle doit être quelque peu émue. C’est aussi aujourd’hui le mariage de Marie Vauban[1]…
Jeudi 14
Y aurait-il encore quelque mariage sous roche ? M. et Mme Mignen de Légé, ainsi que leur fils sont allés hier faire visite à Tante Abel ; est-ce le préambule de la demande ? Depuis le temps qu’il était question de ce mariage ! Tante Abel et Marguerite sont rayonnantes ! Vu hier assez longuement Mme et Mlle Lucas, elles se trouvaient justement chez Tante Abel quand cette belle visite est venue ! elles sont arrivées riant sans pouvoir s’arrêter, avons passé une après-midi très gaie.
Vendredi 15
Tante Denise nous arrive ce soir avec Aline, François et Caty, cela va amener de la gaieté dans la maison, mais aussi quelques changements forcés. Il a presque été question pour moi de quitter ma chambre, mais en y installant un lit pour Aline tout s’est arrangé…
Lundi 16 juillet
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 16 juillet 1921 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Les voyageurs sont arrivés hier et tout s’est installé, les deux petits sont très gentils et Aline une excellente fille, mais outre la différence d’âge, il y a entre nous des différences d’éducation et de religion qui sont gênantes. En nous quittant, tous s’en vont au Pouldu ; j’en ai tant entendu parler, je voudrais bien y aller avec eux.
Dimanche matin 17
… Rien de neuf hier, une lettre d’Andrée, malheureusement refusée à son examen, lui ai écrit un petit mot d’amitié…
Mardi 19
Aujourd’hui les batteries chez Bouffard…
Jeudi soir 21 juillet
Quelques jours très remplis ; les occupations pleuvent… Aujourd’hui, toute la famille est pour la journée aux Sables. Jacqueline et moi sommes restées faute de place ; avons déjeuné chez Tante Abel, puis rangé des livres à la bibliothèque, puis une bonne promenade à Pont de Vie avec retour par le bord de la rivière…
Mercredi 27
Suis allée Lundi soir conduire Tante Denise à Nantes, passé la journée d’hier pour rentrer hier soir. Sommes arrivées à Nantes lundi soir pour dîner et descendues à la Duchesse Anne ; sorties ensuite nous promener du côté de Saint Pierre… Lever à quatre heures, accompagné Tante Denise à son train et suis restée avec elle jusqu’à l’heure du départ. J’avais ensuite toute la journée à moi. Suis allée à la messe à la Cathédrale, passé ma matinée au Jardin des Plantes, suis allée à la Visitation, chez Mme Houdbine et fait quelques courses…
Lundi 1er août
Seuls à la maison ; Oncle Raymond est parti hier soir. Tante et ses enfants tout à l’heure. Nous n’aurons guère le temps de trouver la maison très grande car nous partons aux Sables mercredi matin et d’ici là il y a bien à faire…
Mardi 2
Nous partons aux Sables demain matin… Je viens de relire « La brisure » de Pierre l’Ermite, j’en suis encore toute secouée, cela est si vivant, si beau !…
Les Sables mercredi soir
Avons fait quelques tours de Remblai pour reprendre contact avec les Sables ; tout est comme les autres années… beaucoup de toilettes et aussi beaucoup de déshabillages. Demain… journée liturgique à Notre-Dame.
Samedi 6 août
La vie continue, toujours la même mais non sans charme, nous passons de bien bons moments sur la plage à lire ou travailler en regardant la mer, parfois les accents du jazz du Casino viennent jusqu’à nous, mais cela paraît bien médiocre auprès du chant murmuré de la mer…
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 7 aout 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Il fait très chaud et le Remblai ensoleillé est noir de monde ; dans quelques minutes la Fête des Fleurs va passer sous nos fenêtres…
Mercredi 9 août
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 9 aout 1921 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Hier soir, en fin d’après-midi, nous étions à la plage, et avons remarqué une foule courant vers la jetée ; nous courons aussi sans savoir pourquoi ; c’était un contre-torpilleur qui entrait en rade, amenant le Maréchal Pétain, les généraux Buat et Guillaumat et l’amiral Lacaze. Nous avons pu arriver jusqu’au bout de la petite jetée, et avons vu passer la vedette automobile qui entrait dans le port. Nous avons salué le Maréchal et il nous a répondu de la main. Toujours courant nous sommes arrivées à l’éperon, où les personnalités de la ville attendaient.
Le soir, avons fait un tour de Remblai avec les Gendreau et Brachet ; le Maréchal était descendu à l’hôtel de la Plage, et toute une foule était rassemblée pour le voir dîner ; quand il est sorti pour aller au Casino, on lui a fait une ovation. …
Vendredi 12
Sommes allés hier soir au Casino pour la première fois de la saison, on y jouait « Claudine », une opérette de M. Berger, c’était gentil et avons passé une bonne soirée, la musique était très jolie. En revanche, les danses sont plus laides que jamais.
Dimanche 14
Passé hier une bonne après-midi ; sommes allés au Marais-Girard voir les Chailloux ; il faisait un temps incertain, nuageux avec un grand vent de mer qui nous arrivait de côté. Parcouru cette route de la forêt qui est si jolie… avec ses échappées sur le marais… aperçu au passage la vieille et curieuse église de Saint Martin de Brem.
Au Marais-Girard, avons visité la maison, agréable et claire avec ses fraîches cretonnes aux tons très vifs ; sommes allés à la plage où nous avons fait une bonne partie de Colin-Maillard ; avons goûté, bien bavardé et sommes partis vers sept heures, passant par l’Ile d’Olonne. Aujourd’hui temps idéal, passé ma matinée à la plage.
Samedi 20 août
Sommes allés deux fois au Casino cette semaine, lundi pour voir « Mam’zelle Nitouche », opérette très gaie, pleine de verve et d’esprit, et qui nous a fait passer un très bon moment. Sommes retournés hier soir pour un concert classique assez intéressant, l’orchestre était bon. J’ai écouté avec grand plaisir le « 13e Nocturne » de Chopin, « Titanic » de Georges ? ? ? ? et « La Mort de Siegfried » ; pendant ce temps, le jazz menait bon train…
Dimanche 21
Ce matin, à 9 heures, messe de la Croix –Rouge, avec toutes les autorités civiles et militaires, dont le général Guillaumat, il y avait de la belle musique et de très beaux chants… Tout à l’heure, une lettre d’Andrée, qui m’a fat beaucoup de peine, elle est dans un état moral plutôt pénible, c’est la première fois qu’elle s’épanche ainsi…
Mardi 23 août
Deux jours de pluie, c’est trop au bord de la mer, il nous faut rester à la maison. Hier matin il a fallu quitter en toute hâte la plage à cause d’un orage, nous sommes arrivées trempées. L’après-midi a été assez belle, nous avons pu rester sur la plage jusqu’à 6 heurs…
Dimanche, au Casino pour « La Mascotte », très bonne soirée.
Dimanche 28 août
… Sommes allés hier soir au Casino pour « Le Retour », il devait y avoir Blanche Toutain, mais elle a dû se faire remplacer, c’était très bien quand même. Allons ce soir voir « Barbe-bleue ».
Mercredi 30 août
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 30 aout 1921 était un mardi. Texte conservé tel quel.
L’escadre de la Méditerranée est ici actuellement, le cuirassé « Bretagne » avec l’amiral Selaün ? ? ?, le cuirassé « Provence » et les torpilleurs « Protet » ? ? ?, « Francis Garnier » et « Bouclier ». Sommes allés sur la petite jetée pour les voir arriver de Lorient, d’abord les deux cuirassés, gigantesques puis les torpilleurs effilés et rapides qui ont enfilé à toute vitesse l’entrée du port. Dans l’après-midi, avec Armande et Berthe, avons pris le petit bateau de promenade pour aller visiter le « Provence » ; la promenade a été délicieuse, l’abordage très facile et nous avons pu visiter tout ce qui était possible de voir et c’était très intéressant. Du pont, la vue était splendide, d’un côté sur le large, de l’autre sur la baie et toute la côte depuis les Barges et la Chaume jusqu’au Puits d’Enfer et bien au-delà. Le voyage de retour a été trop court.
Mercredi 31
Une bonne journée encore hier, passée toute entière sur la plage, lisant et travaillant au soleil…
Le soir, sommes allés au Casino voir « Flup », comme clôture de la saison, c’était charmant, une opérette pleine de gaieté, avec des passages délicieux. Pendant les entr’actes sommes restés sur la terrasse et dansé un peu… les deux cuirassés en rade faisaient des jeux de lumière avec leurs projecteurs…
1er septembre
L’escadre est partie hier matin, sauf le « Provence » qui est toujours en rade on ne sait pourquoi. Sommes allés au bout de la rue Marcel Garnier pour assister au départ… Henri est parti hier à 3 heures, il n’est resté que quinze jours cette année. Sommes allés le conduire en auto à la gare, puis avons passé le reste de l’après-midi sur la plage…
2 septembre
Nous regagnons ce soir Le Poiré…
3 septembre – Le Poiré.
Sommes arrivés ici à bon port et c’est avec joie que j’ai aperçu l’église, le bourg groupé tout autour…
Nous avons retrouvé Marguerite rayonnante ; sa réponse à M. Mignen est rendue favorable naturellement, le mariage sera vers le mois de mai.
4 septembre
… Un dimanche passé, bien rapidement et de façon très ordinaire ; la grand’messe, la réunion des Enfants de Marie, la bibliothèque, les Vêpres, quelques visites. C’est la fête du pays, les attractions de toutes sortes se succèdent. Nous partons jeudi pour Poitiers, puis Le Blanc et Châteauroux.
Poitiers vendredi 9 septembre
Fait hier un excellent voyage ; départ vers 7 heures et demie… A Saint Hermine remarqué le monument de Clémenceau, il est debout au bord d’une tranchée, entouré de quelques soldats casqués et tout à fait ressemblants. Traversé Fontenay puis Niort ; nous sommes arrêtés pour déjeuner près d’un pont sur la Sèvre et sommes arrivés ici vers 2 heures. Nous sommes reposés sur la terrasse dominant Blossac. Hier soir avec Françoise assisté à un concert à Blossac ; il y avait quelques jolis morceaux, entre autres une sonate en fa de Beethoven pour violon solo. Ce matin, un tour en ville, sommes entrées à Saint Porchaire, c’est une église très ancienne, mais sans beaucoup de caractère, infiniment moins belle que Notre-Dame La Grande dont l’extérieur est vraiment beau. A l’intérieur une Mise au tombeau vraiment expressive et émouvante.
Dimanche 11
Bien des choses ces jours-ci. Avons repris avec Françoise la visite de la ville, débuté par la cellule de Sainte Radegonde et la Chapelle du Pas de Dieu, où Notre Seigneur, prétend-on, laissa l’empreinte de son pied ; les assises seules sont authentiques. On voit également la meule de la Sainte, le cimetière des moniales avec quelques pierres tombales et un soubassement d’autel du VIe, et ce qui reste des anciennes fortifications de Poitiers (IVe siècle). Visité ensuite l’église Sainte Radegonde, romane, très ancienne et curieuse, prié près du tombeau. Visité la cathédrale Saint Pierre ; on voit dans le mur du fond la trace des boulets anglais. Les styles sont assez mélangés, mais il y a des vitraux splendides.
A dîner, on m’a souhaité mes dix-neuf ans…
Hier… après déjeuner, joué au croquet avec une amie de Françoise, Marie Gilbert, qui est très sympathique. Ce matin grand’messe à Saint Hilaire, l’assistance n’était pas nombreuse et les chants un peu maigres… L’église est de style roman-auvergnat, très belle, ancienne et intéressante, sept nefs, l’autel est situé au-dessus du tombeau de Saint Hilaire, le prêtre qui célèbre est ainsi un peu trop loin des fidèles.
Lundi matin 12
Fait hier avec Françoise et Marie Gilbert une bonne promenade du côté de Saint Benoît, parcouru des endroits charmants en parlant de choses intéressantes.
Le Blanc, mercredi 14
Je reprends la suite de notre voyage. Lundi après-midi, fait avec Françoise une très belle promenade, visité le Palais de Justice, la salle des gardes d’Eléonore d’Aquitaine, style ogival très intéressant et une autre salle, également très belle, ou Charles VI fut proclamé roi par ses conseillers et où Jeanne d’Arc fut examinée par des juges et des docteurs. Fait un tour sur les boulevards… et en rentrant, vu la cathédrale qui m’a fait cette fois-ci bien meilleure impression…
Hier matin, sommes partis d’assez bonne heure… et sommes arrivés ici vers midi. Maintenant je recueille bien des souvenirs, mille riens qui font lever en moi des souvenirs d’enfance, tout est bien changé et grand’mère n’est plus là. Sommes allés au cimetière ce matin.
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 16 septembre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier, après une bonne après-midi dans le jardin, visite de l’abbaye de Fontevrault… L’abbaye se compose d’une église romane (VIe) dont le portail et le choeur sont très intéressants et d’un bâtiment gothique. Avons visité les cloîtres, la salle du chapître, le réfectoire, le jardin et le cimetière des religieux…
Sommes allés ensuite jusqu’au moulin construit dans un paysage charmant et rentrés à la nuit.
Céron ? ? ? ? dimanche matin
Du nouveau au programme. Hier, vers quatre heures, sommes partis du Blanc pour Châteauroux, après un violent orage. Nous roulions à merveille quand, brusquement, la voiture s’est arrêtée. Impossible de remettre en marche ; deux automobilistes nous sont venus en aide, mais rien à faire. Il a fallu remorquer la voiture jusqu’à C ? ? ? ? où nous avons fait une entrée triomphale, traînés par un cheval, nous sommes descendus dans une auberge pas trop mal, où nous avons dîné et passé la nuit.
Châteauroux, lundi
Nous voilà enfin arrivés. Hier, assisté à la Grand messe à C ? ? ? ? ; pendant ce temps, un mécanicien envoyé par Oncle Gaston, a essayé de réparer, mais en vain. Il a fallu remorquer l’auto au Blanc. Maman, Jacqueline et moi avons pris le train pour Châteauroux où Papa doit nous rejoindre ce soir.
Le Poiré, dimanche 2
Ce n’est que d’ici que je peux achever mes souvenirs de voyage… Lundi, Papa est arrivé, annonçant que l’auto était très réparable, mais il fallait quelques jours et nous le rejoindrions au Blanc. Dans l’après-midi sommes allés à Déols, faubourg de Châteauroux où il y a un clocher roman remarquable, reste d’une abbaye, et dans l’église une Vierge miraculeuse…
Le lendemain, sommes allés en voiture à cheval aux Carbonnières…, mercredi matin un tour en ville et vers 2 heures pris le train pour Le Blanc. Y avons passé le reste de la journée, la matinée de jeudi, puis, après déjeuner, sommes partis pour Poitiers…
Vendredi matin, sommes allées avec Françoise au marché Notre-Dame, au retour, devant le Palais de Justice nous voyons un groupe autour duquel un monsieur pérorait avec éloquence, racontant toutes sortes de détails intéressants toujours sur le Palais de Justice. A la fin de la conférence, le groupe se disloque, après avoir annoncé une visite de Saint Hilaire pour l’après-midi. Payant d’audace, nous nous sommes rendues et avons eu une nouvelle conférence très intéressante, visite de l’église, d’un tombeau ancien encastré dans le mur de la Pension d’Aunay, du cuvier ? ? ? du chapitre et enfin du doyenné, jolie construction de la fin du Xve. Henri III, de passage à Poitiers, y logea une partie de sa suite et il y eut, paraît-t-il, une scène de ménage, au cours de laquelle, une épouse fut précipitée par la fenêtre par un époux mécontent.
La veille au soir, étions allées avec Françoise à une très belle cérémonie à la cathédrale… Un sermon du Cardinal Andrieux et une procession du Saint Sacrement où officiait …l’archevêque de Sens. la cérémonie était présidée par le Cardinal de Cabrières. On y voyait également, outre Monseigneur de Durfort, évêque de Poitiers, l’évêque de Limoges..
Quitté Poitiers samedi matin… fait bon voyage…
Mercredi 28 septembre
L’automne se fait sentir…
Hier, on nous a présenté M. Mignen. Marguerite a l’air ravi, tout est pour le mieux.
Jeudi 29
Hier, vers 4 heures, avons fait, Jacqueline et moi, une bonne promenade vers la Bardinière, par un temps splendide…
Samedi 2 octobre
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 2 octobre 1921 était un dimanche. Texte conservé tel quel.
Quelques jours très remplis ; mes vacances sont virtuellement finies et je me suis organisé un programme de travail pour l’hiver qui vient, études de musique une partie de la matinée, puis le travail intellectuel, mon cours d’art à compléter, étude d’anglais, d’histoire ou de littérature.
Jeudi après-midi avec Berthe chez Marguerite et Charlotte. Berthe nous raconté le mariage Dodin, c’était très brillant, mais pas d’entrain. Hier après-midi à la Roche pour des courses…
Mardi 4 octobre
Hier, une bonne, mais courte promenade sur la route de Pont de Vie…
Tous les soirs, mois du Rosaire à l’église et bénédiction. Nous y allons régulièrement et en revenons à travers la nuit qui tombe.
Samedi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 8 octobre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Rien de bien nouveau, la vie continue dans sa monotonie, pour moi pleine de charme. Hier passé chez Berthe une bonne après-midi, très gaie…
Mercredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 12 octobre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier, après la pluie, sommes allés en auto à Logerie… rapporté quelques branches d’alisier aux teintes chaudes et quelques baies d’églantier rouge vif, les ai disposés dans un vase de cuivre, dans le coin de ma chambre où je m’assieds pour lire…
Mercredi 19
Quelques jours sans pouvoir écrire… Lundi, voyage à Nantes… Le matin, leçon de musique, après déjeuner, suis allée voir Andrée avec qui j’ai eu une bonne et longue conversation. Passé un grand moment à Chavagnes et causé longuement avec Madame, vu un bon nombre de maîtresses et quelques élèves. Suis allée ensuite à la Visitation et vu Tante longuement… il était ensuite l’heure du train.
Hier, sommes allés au Bernard, déjeuner chez les Bourmaud, temps superbe et très bonne journée. Il y avait les Moreau et deux jeunes filles très sympathiques : Louise et Hélène Barada, après déjeuner, sommes allés à Longeville ; la mer était d’un bleu merveilleux, nous sommes promenés un moment sur la plage… de l’autre côté de la baie, on apercevait Bel-esbat, la maison de Clémenceau…
Mercredi 26
Froid très vif et vent glacial très pénible… Je lis toujours peu mais de belles choses qui me font du bien. Terminé hier le « Journal » d’Elisabeth Lesueur en cours de lecture depuis quelques mois et commencé les « Lettres sur la souffrance »… je lis aussi « Choses d’âme » de Mme Faure-Goyau… et l’admirable trilogie de Maynès-Montlaur « Pages de deuil et d’héroïsme »…
Jeudi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 27 octobre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Les jours s’écoulent, presque semblables… le matin, messe… dans la matinée, la musique, le travail intellectuel. Après déjeuner, un peu de lecture, puis le travail manuel ; vers 4 heures, une promenade, à 6 heures, le mois du Rosaire, puis nos bonnes veillées sous la lampe ; c’est une vie qui m’est bien douce, et que je ne changerais pas volontiers.
Dans l’histoire de l’art ce matin, j’étudiais les hébreux, tout cela est d’un intérêt très grand…
Vendredi 28
Hier soir, une bonne promenade, parties par la route d’Aizenay, nous sommes passées par la Colonne pour tomber sur la route de la Genétouze…
Dimanche matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 30 octobre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Le temps s’est beaucoup radouci et c’est bien agréable, nous avons fait ces jours derniers quelques bonnes promenades…
Jour de la Toussaint
… Dimanche sommes allés à la Chapelle-Palluau à l’enterrement d’une petite Biret, morte à douze ans d’une typhoïde compliquée de méningite, comme Simone…
2 novembre
L’office d’hier a été très beau dans sa grandeur liturgique, d’abord des vêpres de la Toussaint puis les vêpres des Morts et ensuite la procession au cimetière…
Jeudi 3
Maman est depuis hier un peu souffrante ; ce sera l’affaire de quelques jours
Vendredi 4
Maman aujourd’hui un peu mieux…
Samedi 5
Ce matin, une lettre de Marie qui m’a fait grand plaisir, depuis huit mois que je n’avais rien d’elle.
Dimanche matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 6 novembre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
… Mardi la retraite de Chavagnes. Andrée et Jeanne y seront, je ne sais pas si Marie viendra…
Dimanche 13
Nous voici revenues à Chavagnes… Marie n’y était pas et c’était un grand vide. J’ai vu longuement Andrée Jaffré et Jeanne Aubin et nous avons ensemble de bonnes conversations soit sous les cloîtres de Chavagnes soit dans le jardin si plein de souvenirs…
Nous étions installées Jacqueline, Charlotte et moi dans la grande infirmerie, Marie Le Pecq et Gabrielle Dodin à côté et nous nous réunissions chaque soir…
Mercredi 16 novembre
La vie continue toujours calme. Papa et Jacqueline sont partis hier à Paris et la maison semble plus grande. Le travail est toujours là pour m’occuper, j’ai des quantités de choses à faire pour Noël. Fait hier avec Marguerite et Charlotte une promenade d’où j’ai rapporté de superbes branches de houx ; la maison en est toute parée.
Je relis mes livres favoris…
Dimanche 20
Rien de nouveau ces jours-ci, commencé les petits travaux projetés pour Noël et j’y travaille activement. Le temps s’est radouci et me permet de faire quelques bonnes promenades avec Maman…
Mardi 22
Papa est revenu hier soir de Paris, nous rapportant de bonnes nouvelles de tous. Jacqueline est enchantée de son séjour là-bas ; elle se promène, voit des belles choses, assiste à des concerts ; elle ira au théâtre et dans des réunions. Pour ma part, sans toutes ces distractions, je ne m’ennuie pas ici, dans cette atmosphère calme que j’aime… j’ai la joie de contempler les spectacles changeants de la nature, je travaille, je lis beaucoup, j’écris…
Dimanche 27
…Vendredi, voyage à Nantes pour ma leçon de violon ; tout a bien marché. Fait de nombreuses courses, suis allée à la Visitation et passé quelques instants à Chavagnes dans le cher grand jardin…
Hier avons eu l’honneur de voir M. Mignen qui a passé deux jours ici ; il est à croire que le mariage sera en février.
Aujourd’hui, début de l’Avent, temps de prière, de pénitence d’attente…
Samedi 2 décembre
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 2 decembre 1921 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Hier, journée splendide, un soleil rayonnant, une température printanière. Maman, Marguerite et moi sommes montées à la Croix Bouet…
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 4 decembre 1921, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
… Je suis de nouveau recluse comme l’année dernière, avec un pied très enflé. Je sentais cela venir dè hier matin et j’ai peut-être eu tort de sortir jusque chez les Gendreau où nous avons d’ailleurs passé une bonne après-midi…
Vendredi 9
Les jours s’écoulent monotones et souvent bien longs, toujours au coin du feu. Je lis, je travaille, je fais du cuir repoussé, de l’étain…
Demain repas de fiançailles de Marguerite.
Dimanche 11
La cérémonie des fiançailles de Marguerite s’est bien passée, et nous avons eu une bonne journée.
Aujourd’hui dimanche… mon pied est presque guéri… Temps triste.. vent… averses…
Mardi 13
… Cet après-midi, une petite visite de Berthe qui m’a fait plaisir, mais ce n’est guère qu’une éclaircie dans la grisaille.
Mardi 20 décembre
Une nouvelle sensationnelle qui, d’ici peu de jours, va faire grand bruit dans le pays, le mariage de Marguerite est rompu, pour raisons très sérieuses paraît-il ! Marguerite aura sans doute de la peine…
Mercredi 21
Nouveau coup de théâtre, les fiancés sont réconciliés, et tout est pour le mieux ; cette histoire plutôt comique nous aura fait passer quelques bons moments. Après-midi d’hier avec Berthe, avons travaille, causé, fait un peu de musique, en somme de bons moments…
Lu dernièrement « Une âme d’artiste », histoire d’un élève des Beaux Arts qui s’est fait trappiste… je relis maintenant la vie d’Ozanam…
24 décembre
Nous faisons sous la lampe notre veillée de Noël ; Papa lit, Maman travaille, Jacqueline joue du piano, tout est calme et paisible. Tout à l’heure, nous quitterons le coin du feu pour la Messe de Minuit…
26 décembre
Hier, notre belle fête de Noël, avons assisté à la Messe de Minuit… L’église était pleine et c’était émouvant. Première messe très solennelle, toute emplie de la beauté grave de ses chants liturgiques…, communion interminable… Pendant les deux messes basses, des cantiques et des Noëls. La grand’messe également très solennelle. Assisté aux Vêpres, où a été chanté l’« Adeste »
[1] Vauban ? ? ? ?