Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
2 janvier 1922
Une nouvelle année est commencée…
Jeudi, l’arrivée d’Henri… Vendredi, beaucoup à faire ; samedi, nous avions à déjeuner les Gendreau, les Brachet, les Abel, ainsi que M. Mignen ; le repas a été réussi et tout s’est bien passé ; il y a eu beaucoup de gaieté. Après déjeuner, pris des photos puis dansé jusqu’à 7 heures, et nous sommes follement amusés…
Jeudi 5
Toujours très occupés ces jours-ci… mardi, il a fallu se lever à 4 heures et demie pour aller à Nantes, couru les magasins toute la journée pour commander nos toilettes, enfin le plus fort est fait. Hier, Henri est reparti pour Poitiers, mais il reviendra pour le mariage de Marguerite…
Dimanche 8
Moins de bousculade en cette fin de semaine mais guère le temps de faire ce que je voudrais…
En cours de lecture, la « Divine Comédie », c’est un livre merveilleux…
Lundi 9 janvier
Assisté hier à ma représentation donnée par les jeunes gens, c’était très réussi et nous avons passé un bon moment…
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 13 janvier 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Les préparatifs du mariage de Marguerite absorbent de plus en plus ; mercredi nous étions à la Roche pour la question chapeaux, hier passé la journée à Nantes pour essayages.
Samedi 14
Voyage à Nantes, jeudi, très bien passé, bien que la journée ait été éreintante, le retour s’est passé en silence, chacune ne songeant qu’à se reposer…
Hier, une bonne promenade avec Jacqueline sur la route du Printemps, puis vu Mme Lucas une partie de l’après-midi…
Mardi 17 janvier
Arrêtée de nouveau avec mon pied enflé ; j’espère que ce ne sera pas long, en attendant, suis privée de beaucoup de choses. Dimanche, reçu la famille de Vieillevigne par un bien vilain temps, du vent, de la neige… Hier, une bonne après-midi avec Armande et Berthe. Je lis toujours « La Divine Comédie » et y trouve un intérêt très grand
Jeudi 19 janvier
Les préparatifs du mariage continuent ; hier, étions à la Roche pour la question chapeaux, et tous les soirs nous réunissons pour danser. Je fais un peu attention à mon pied…
Vendredi 20
Hier, première répétition des morceaux de violon et d’harmonium que Jacqueline jouera à la messe de mariage, aussi passé un bon moment à l’église pour écouter. Temps plusieurs, éclaircies et averses…
Dimanche 22 janvier
Rien de neuf ces jours-ci. Le mariage de Marguerite demeure le sujet d’actualité. Vendredi, avons passé chez Armande une très bonne après-midi ; hier, sommes restées au coin du feu, Charlotte est venue nous retrouver vers 4 heures et avons dansé pour finir l’après-midi. Aujourd’hui, cérémonies habituelles, bibliothèque, où il y a beaucoup à faire. Ce matin, temps superbe, un peu brumeux cependant…
Lundi 23 janvier
Le Saint-Père Benoît XV est mort hier matin, après quelques jours de maladie…
Mercredi 25 janvier
Trois jours encore vite passés ; le mariage de Marguerite approche et il fait un temps affreux, de vraies trombes d’eau ; que ferons-nous si nous avons une journée semblable ? Lundi après-midi très tranquille au coin du feu… Hier, une répétition à l’église…
Vendredi 27
Temps gris brumeux ; fortes averses…
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 29 janvier 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Après-demain, le mariage de Marguerite ; les préparatifs se succèdent. Henri est arrivé ce matin ; Françoise vient ce soir, et nous commençons cet après-midi par une petite réunion chez les Gendreau. Entre temps, quand je le peux, je lis « Christianisme et culture féminine » de Mme Goyau, qui est tellement intéressant ; les études sur Sainte Radegonde sont passionnantes. Hier soir, à l’église…longuement regardé une statue de la sainte, avec ses vêtements royaux, la couronne et le sceptre, elle a son voile de religieuse et son livre de prières ; reine et moniale à la fois.
Samedi 4
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : fevrier 1922. L’en-tête ne porte que le quantième « 4 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Voilé passés ces jours de fête tant attendus et si joyeux, si vite passés que nous en sommes un peu désemparés. Je me presse de tout raconter car je n’ai guère de temps à moi.
Dimanche à 3 heures avons donc commencé les réjouissances en dansant chez les Gendreau, beaucoup d’entrain, nous sommes très bien amusées. Henri était arrivé le matin et Benjamin à midi.
Lundi, à 2 heures, le mariage civil ; avons ensuite pris le champagne chez Tante Abel, puis sommes allées avec Françoise chercher les Gendreau ; avons dansé jusqu’au soir. Alexis arrivant vers 7 heures, nous l’avons aussitôt réquisitionné.
Mardi matin,, temps affreux, désolation générale, puis le temps s’est éclairci et nous avons eu un temps convenable. Marguerite était bien en mariée, et il y avait au cortège de très jolies toilettes ; les nôtres étaient dans les mieux. La messe était vraiment belle, avec la musique de Jacqueline ; Charlotte et moi avons quêté.
Déjeuner très gai, avons ensuite pris quelques photos puis filé à la maison pour danser. Maman avait organisé un petit buffet, de sorte que nous avons pu, sans nous séparer, danser jusqu’à deux heures du matin, et nous sommes beaucoup amusés. Les lits d’Henri et d’Alexis avaient été mis en portefeuille, si bien qu’il y a eu quelques bons fous rires et que nous nous sommes couchées seulement vers trois heures.
Mercredi matin, vers 11 heures, Benjamin est venu réveiller Henri et Alexis et il a fait un tel tapage que nous nous sommes levées au bruit. Dansé l’après-midi de mercredi si bien que jeudi, le « cafard » était général et, après le départ d’Alexis et de Benjamin nous étions tous plus ou moins lamentables. Enfin aujourd’hui le moral est meilleur ; n’ai d’ailleurs pas le temps de m’attarder, car je pars lundi matin pour Paris, et il y a bien à faire d’ici-là.
Paris, mardi matin
Suis donc arrivée à Paris, je ne réalise pas très bien encore la chose. Avons été bousculés au dernier moment, les offices du dimanche, ma malle à faire et une séance récréative à l’U.N.C. à laquelle il fallait assister.
Avons quitté le Poiré lundi matin vers 6 heures… voyage bien effectué avec Jacqueline jusqu’à Nantes, puis seule ensuite. J’ai lu de belles pages de Reynès-Monlaur ; j’ai rêvé, prié, repassé en esprit les souvenirs des jours précédents, contemplé… la Loire… Angers, Saumur, Blois, Orléans. Suis arrivée à Orsay à 4 heures et quart et ai été vite installée.
Mercredi 8
Assisté ce matin à la messe à Sainte Clotilde… Hier, suis allée avec Tante Denise voir les Gaston.
Vendredi 10
Suis tout à fait habituée ici, dans cette vie si différente de celle du Poiré. Mercredi déjeuné et passé l’après-midi chez les Gaston ; le soir, sommes allés au cinéma. Hier matin, accompagné aux Halles Tante et Aline ; il faisait assez froid ; le coup d’œil est curieux et cela vaut la peine d’être vu. L’après-midi, avec Aline à un concert salle Gaveau ; il y avait un violoncelliste merveilleux. Sommes revenues par les Champs Elysées et les Invalides. Du pont Alexandre, le coup d’œil était merveilleux, toutes ses lumières se reflétant dans la Seine. Vendredi, déjeuné chez les Eugène, puis fait avec Madeleine une bonne promenade, visité la Sainte Chapelle, une véritable merveille, Notre-Dame, si belle aussi et si pleine de souvenirs ; des quais, la vue était ravissante. Suis contente de ma journée.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 13 fevrier 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Rien de neuf samedi, qu’un tour sur les quais avec Aline. Hier, une matinée chez Tante Marguerite, beaucoup d’entrain, nous sommes bien amusées…
Mercredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 15 fevrier 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Fait hier la connaissance de Suzette ; de Giromagny et du Poiré, venir se retrouver à Paris ! Avons passé l’après-midi ensemble et bien causé, tout en faisant des courses. Hier soir, au cinéma, « Madame Butterfly », ce n’était pas mal.
Jeudi 17
Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 17 fevrier 1922 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Hier après-midi, un tour au Bois avec Tante et Caty ; ce n’est pas la campagne, mais ce sont tout de même des arbres, de l’eau, un air plus pur… il faisait un temps doux… Cet après-midi, un tour avec Tante au Musée du Louvre. Le tableau que j’ai le plus aimé peut-être est le fameux Angelus de Millet, si banalisé cependant par la gravure ; il s’en dégage une telle poésie. J’aime aussi les toiles de Corot, aux tonalités douces, mais trop pareilles.
Samedi 18
…Hier, déjeuner chez Oncle Eugène ; repas très gai ; l’après-midi, suis allée avec Suzanne faire un tour aux Tuileries, puis avons pris les Champs-Elysées et sommes revenues par la rue de Rivoli et le Louvre. Il faisait un temps superbe, clair et doux. Fini l’après-midi toujours chez Oncle Eugène, et suis rentrée pour dîner. Ce matin, la messe ; j’y arrive en prenant un peu sur mon sommeil et j’aime beaucoup ces messes matinales de Sainte Clotilde, si recueillies, si pieuses ; il fait bon se retremper un peu dans une atmosphère pleinement catholique. Ce n’est pas que je souffre de la différence de religion, bien des choses me manquent…
Lundi 20, matin
Beaucoup de choses à raconter, mais le temps me manque. Samedi soir à la Gaieté pour « Les Brigands »d’Offenbach, musique très gaie et opérette amusante. Hier, le fameux bal chez Oncle Gaston, c’était très bien, beaucoup d’entrain et nous sommes bien amusées.
Lundi soir 8 heures et demie
Fait cet après-midi une très jolie promenade, suis allée avec Tante jusqu’au Trocadéro, en passant par les Invalides et le Champ de Mars, suis revenue en longeant la Seine ; il faisait un temps superbe, et c’était un grand plaisir que de marcher…
Mercredi matin 22
Fait une bonne promenade sur l’Esplanade des Invalides, après avoir conduit Caty au lycée, et j’ai été heureuse de ce clair soleil de février. Hier, passé la journée chez les Eugène ; suis sortie avec Suzanne, avons suivi le boulevard Saint Michel, traversé le Luxembourg, sommes entrées à Saint Etienne du Mont, voir le tombeau de Sainte Geneviève et le jubé qui est splendide. A 5 heures, sommes allées à la Sorbonne pour un cours très intéressant sur Musset. Cet après-midi, visite au musée du Louvre, il faisait un temps superbe, et la promenade seule était un vrai plaisir. Il a fallu voir trop rapidement toutes les belles choses contenues dans la galerie d’Apollon. Vu les salles de sculpture avec la Vénus de Milo, toute blanche sur un fond pourpre, merveilleuse de formes, d’une beauté pure en marbre patiné par le temps. Vu aussi les salles de peinture ; en passant, une Vierge de je ne sais plus quel primitif, au regard naïf et pur. Les « glaneuses » de Millet, l’Entrée de la forêt de Fontainebleau, les tableaux de Courbet, aux ravissants jeux de lumière au travers des arbres, les animaux de Troyon. Il y aurait tant à citer.
Jeudi soir 23 février
Quelques minutes, il est tard et je vais me coucher. Hier soir, assisté à un concert où Vincent d’Indy donnait lui-même ses œuvres, un trio en si bémol et un quatuor en la majeur ; c’était très intéressant ; il y avait ensuite un trio à cordes de Beethoven, vraiment merveilleux. Aujourd’hui, avons visité, avec les Eugène, Mlle Archambaud et une de ses amies la Conciergerie. Souvenirs historiques, la salle des gardes, la salle des officiers très belles, restes du Palais de Saint Louis, mais surtout les souvenirs révolutionnaires : le cachot de Marie-Antoinette, celui de Robespierre, la salle des Girondins. Goûté ensuite chez Mme Archambaud.
Samedi soir 25
Hier, déjeuner chez les Eugène, mais ne sommes pas sorties ; après-midi assez monotone. Aujourd’hui, déjeuné chez les Gaston et sommes allées, Louise-Marie, Françoise et moi visiter le musée Carnavalet, extrêmement intéressant. Souvenirs historiques en foule, surtout de la période révolutionnaire. Intérêt aussi de connaître le cadre où vécut, où écrivit la spirituelle marquise de Sévigné.
1er mars – mercredi des Cendres
Début du Carême ce matin à Sainte Clotilde…
Dimanche après-midi chez les Gaston ; lundi, des courses au Bon Marché et visite à Madame Adam ; hier au Français, Aline et moi, on donnait « Le dépit amoureux », « Le Sicilien » et « Monsieur de Pourceaugnac ». Avons passé un bien bon moment.
3 mars
C’est hier que Simone aurait eu 20 ans…
Passé l’après midi d’hier au Musée du Louvre, il y a tant à voir, vu les antiquités assyriennes et égyptiennes, différents objets de la Renaissance et du Moyen-Age et le musée de la Marine qui a fait le bonheur de François. A 5 heures, suis allée à Sainte Clotilde pour l’Heure Sainte…
Dimanche matin 5
Bien des choses intéressantes ces jours-ci, vendredi avec Madeleine, le musée de Cluny, il y a des choses remarquables, le malheur est qu’il faut tout voir en courant, alors qu’on voudrait s’attarder. Hier, suis allée à Montmartre, mais j’étais avec Tante Juliette et Louise-Marie, si bien que je n’ai pu prier autant que j’aurais voulu, dans cette chère basilique, d’où montent jour et nuit tant de prières. Contemplé Paris de là-haut… Hier soir, concert de Mlle Deminjian ? ? ?, un enchantement.
Mardi soir 7 mars
Rien de neuf si ce n’est hier soir, le concert Carambat ? ? ? ; il y avait un violoniste merveilleux ; on a joué exclusivement des choses modernes : une sonate de Debussy, un peu incohérente, et de ravissantes choses de Chausson…
Vendredi matin 10
Mercredi, avec Aline, au Théâtre des Champs Elysées, pour une représentation assez intéressante ; d’abord un orchestre de balalaïkas, instrument national russe, semblable à une mandoline aux formes bizarres ; l’ensemble avait un charme étrange et prenant. Il y a eu des chœurs d’hommes et de femmes merveilleusement nuancés ; tous avaient des blouses claires aux couleurs chatoyantes, et l’effet était ravissant. En seconde partie, les danses des Duncan : Anne, Lise et Erica ? ? ?, sur de la musique de Chopin, de Schumann, le tout ravissant.
Samedi soir
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 11 mars 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Cet après-midi, concert Colonne, où nous avons entendu Enesco dans un concerto de Beethoven et je suis encore sous l’impression de la joie que j’en ai eue ; jamais je n’avais rien entendu de si beau, et comme tant d’autres fois, j’ai eu cette sensation de la fuite éperdue des heures ; on voudrait que cela dure toujours, et c’est déjà passé..
Lundi 13
Passé l’après-midi d’hier chez Tante Marguerite ; en passant, suis entrée à Saint Germain des Prés… visiter l’église que j’ai tout de suite aimée, avec ses fresques de Flandrin aux tons adoucis, ses tombeaux échelonnés dans les chapelles latérales ; dans l’après-midi, avons visité la Madeleine ; c’est une belle église, mais elle ne me plait pas, elle a quelque chose d’un temple païen.
Mercredi soir 15
Passé l’après-midi d’hier à faire des courses ; le meilleur moment de la journée a été celui passé à Saint Germain l’Auxerrois, dans le recueillement de cette église si belle. Hier, passé un agréable moment au musée du Luxembourg, il y a des salles de peinture (XIXe), très intéressant…
Samedi matin 18
Demain, la matinée de Tante Denise, je pense que nous nous y amuserons bien, et mardi, je quitte la capitale. Hier, passé la journée chez Tante Marguerite, visité avec Madeleine la prison des Carmes, où eurent lieu les massacres de Septembre, on y voit les ossements des prêtres martyrisés, les murs témoins de leur supplice, et tellement de souvenirs émouvants. Dans la crypte, le tombeau d’Ozanam. Visité ensuite le Musée de Crillon où l’on voit des miniatures délicieuses, mais aussi des œuvres un peu trop modernes. Lu ces jours derniers des livres protestants contenant de violentes attaques contre la religion catholique…
Le Poiré, vendredi 24
Rentrée ici depuis quelques jours, je n’ai pas eu le courage d’écrire tant j’étais paralysée par le froid très vif. Mes derniers jours ont été remplis et agréables, samedi, avons été très occupées par les préparatifs du bal ; dimanche, me suis beaucoup amusée, il y avait beaucoup de gaieté et d’entrain.
Lundi, fait mes adieux à toute la famille et à Paris et mardi matin, me suis embarquée, il y avait du brouillard, et, de Solférino, on distinguait à peine Montmartre. Roulé toute la journée. A Nantes, retrouvé Jacqueline, Charlotte et la famille Gendreau, si bien que la fin du trajet s’est passé gaiement. Maintenant c’est pour moi la joie du retour, je retrouve les paysages familiers où l’on commence à deviner la verdure nouvelle ; j’écoute le son des cloches. Ce matin une carte de Marie.
Lundi 27 mars
Tante Jeanne, Françoise et Menine ici depuis quelques jours sont parties ce matin…
Mercredi 29 mars
C’est avec grand plaisir que j’ai repris ma messe de chaque matin et la prière du soir en commun à l’église ; passé un excellent séjour à Paris et ces six semaines sont pour moi un très agréable souvenir, mais ce n’est bon que pour un temps, et je préfère la campagne et la vie plus calme que je vis ici.
Jeudi 30 mars
Passé hier une bonne après-midi avec Berthe et Armande, beaucoup causé…
Lundi 3 avril
Hier, Dimanche de la Passion… Tempête depuis quelques jours, vent soufflant en ouragan, et hier de la pluie. Samedi, fait Jacqueline et moi, une bonne promenade par la Croix-Bouet et la Maumernière. Il faisait un vent fou.
Mardi 4 avril
De nouveau prise par le pied, c’est une chose pénible…
Mercredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 5 avril 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Temps gris, sombre, pluvieux, infiniment mélancolique, j’ai moins de regrets d’être confinée par force qu coin du feu… Je lis, j’écris, je travaille ; lu ces jours-ci quelques livres très intéressants « Le sens de la mort » de Bourget, très beau et profond, « L’émigré » de Bourget aussi, quelques beaux caractères, enfin « La chaussée des géants » de Pierre Benoît, genre très à part, sur la question irlandaise. Comme lecture plus sérieuse, j’ai le beau livre de Mgr Bougaud ? ? ? « Le Christianisme et les temps présents », c’est très intéressant et cela me fait du bien.
Dimanche 9 avril
Toujours cette même réclusion, ces mêmes après-midi mornes au coin du feu, avec un ouvrage ou un livre. Aujourd’hui un temps superbe, on sent le printemps…
Aujourd’hui les Rameaux… Jacqueline m’a apporté une branche de buis béni pour ma chambre… demain, commence la Semaine Sainte…
Mercredi 12 avril
Hier, ma première sortie, pour aller en auto à La Roche, et même marché un peu…
14 avril
Vendredi Saint … ce matin magnifique office…
Samedi Saint
J’aurais aimé passer cette journée d’hier dans le calme et la prière, mais ce n’est pas toujours possible. Sommes allées passer l’après-midi chez Tante Abel avec les Brachet et les Gendreau ; c’est d’ailleurs très gai, et nous sommes bien amusés. Hier soir le Chemin de Croix…
Dimanche – Pâques
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 16 avril 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Un soleil radieux pour ce beau jour de fête… occupations habituelles, grand’messe, bibliothèque, …aux vêpres, la procession aux fonds baptismaux. Partons demain aux Sables pour revenir mercredi matin
Passé aux Sables deux jours qui auraient dû être agréables si le temps avait été meilleur, mais il y avait des averses et du vent froid…
Dimanche de Quasimodo
Un beau soleil qui fait du bien. Hier, avons eu à déjeuner les Bourmaud et Moreau ; passé une très bonne journée. Aujourd’hui nos offices habituels, me suis occupée seule de la bibliothèque, Charlotte et Jacqueline étant à moitié grippées…
Mardi 25 avril
Hier, une excellente promenade, un grand vent par rafales, mais presque tiède et malgré cela un ciel très pur. Suis parie seule, et allée jusqu’à la Thibaudière… suis revenue par la Jamonière et monté jusqu’à une barrière que je connais bien, pour contempler le paysage… Suis descendue vers le bourg…
Jeudi 27 avril
Hier, tempête très violente une partie de la journée, rien n’y manquait, ni le vent, ni la pluie à torrents. Passé mon après-midi près du feu…
Aujourd’hui, temps encore douteux ; il aurait été agréable d’avoir quelques jours de beau temps avant notre départ pour Géromagny…
Samedi 29 avril
Une grande nouvelle dont je suis encore toute secouée. Reçu une lettre de Marie qui m’annonce son mariage avec un jeune médecin ; j’en suis restée toute saisie, mais bien contente. Marie a l’air de nager en plein bonheur ; elle me fait de son fiancé un portrait enthousiaste, c’est le grand emballement. Elle se sent si heureuse, dit-elle, qu’elle ne sait pas comment remercier Dieu de son bonheur. Je suis bien heureuse aussi pour elle…
1er Mai
Joli mois de Mai ! hier, de la grêle, de l’orage et du vent froid, aujourd’hui, il fait un peu moins mauvais. Hier, sommes allées quand même, Maman et moi, à la bénédiction du Mois de Marie du Plessis et de la Providence ; c’est une vieille tradition que j’aime beaucoup ; le trône de la Sainte Vierge agrémenté de fleurs artificielles et de bougies n’est pas toujours bien joli, mais il y a une telle bonne volonté qu’on y prie quand même de tout cœur…
Vendredi 5 mai
Me voilà arrêtée de nouveau par mon pied ; cela devient bien ennuyeux… Mardi, sommes allés à la Roche, mercredi des visites par un bien vilain temps ; le soir, nous allons au Mois de Marie. Aujourd’hui, temps un peu meilleur…
Dimanche 21
Passé hier une très bonne après-midi au Fief. Partis vers 2 heures, par un temps vraiment magnifique ; la pêche n’a été comme prévu qu’un prétexte à réunion, les pêcheurs n’ont d’ailleurs presque rien pris, mais il faisait très bon dans l’herbe, à l’ombre, près de la rivière ; j’ai contemplé à loisir ce site charmant du Fief, cette vieille maison… Vers 5 heures, un copieux goûter, puis sommes restés jusqu’au soir sur la terrasse fleurie de roses et d’œillets. Départ vers sept heures…
Giromagny , mercredi matin 24
Arrivés ici hier matin, suis encore très lasse. Sommes partis de Belleville lundi matin à 6 heures et demie, en compagnie de Benjamin qui regagnait Nantes… A partir de Nantes, chaleur un peu plus pénible… A Tours, la chaleur est devenue accablante, par-dessus le marché sommes arrivés à Paris avec deux heures de retard, un train ayant déraillé devant nous à Juvisy. En débarquant, sommes allés chez les Gaston où nous avons vu Oncle Eugène et sa famille, mais n’avons pas tardé à filer à la Gare de l’Est nous occuper de notre nouveau départ. Oncle Raymond et Tante Denise sont venus nous voir vers 9 heures. Le train partait vers 9 heures et demie, roulé toute la nuit et sommes arrivés à Belfort vers cinq heures. profité de notre arrêt pour donner un coup d’œil à la ville – le lion- les monuments, l’église. Avons repris le train vers 8 heures et demie et sommes arrivés ici bien las et bien poussiéreux, contents d’être parvenus à bon port. Fait quelques visites hier après-midi.
Vendredi 26
Ce qui est si joli, ce sont ces montagnes qui entourent Giromagny, non des formes abruptes, mais des courbes douces et allongées…
Hier, jour de l’Ascension… Grand’messe très belle, de beaux chants et des morceaux d’orgue dont un Offertoire de Dubois joué par Jacqueline au mariage de Marguerite.
Dimanche 28
Fait une bonne promenade hier soir, la chaleur n’était pas trop forte et il faisait bon rouler, sommes passés par Auxelles-Haut, Auxelles-Bas pour arriver à Plancher les Mines. Trajet très joli et pittoresque, montagnes assez petites mais aux formes gracieuses… tout est verdoyant, sommes descendus sur Gy et allés jusqu’au Rosemont, c’est un coin délicieux ; les montagnes plus élevées sont toutes couvertes de sapins… sur le flanc du Rosemont, un vieux château en ruines. Aujourd’hui Jacqueline a joué du violon à la Grand’messe et s’en est bien tiré ; cet après-midi, nous verrons pas mal de monde, et ferons de la musique ce soir.
Vendredi 2 juin
Que de choses à raconter aujourd’hui ! Lundi après-midi fait avec Cécile Bruot la promenade du Mont Jean… Sommes montées jusqu’au sommet, puis arrêtées pour goûter à la lisière d’un bois, près d’une ravissante petite source, de là la vue s’étend jusqu’à Belfort… Au retour, sommes allés canoter avec Jean et Cécile Bruot sur un espèce de bateau qui est d’un comique achevé.
Mardi matin sommes partis dès 5 heures et demie pour Belfort. Nous étions à 8 heures à Mulhouse après avoir passé à Petite Croix et Montreux-Vieux l’ancienne frontière. De la guerre, il ne reste guère de traces, que quelques barbelés, des entrées de tranchées et surtout des cimetières avec d’innombrables petites croix blanches. Arrêt d’une heure à Mulhouse, visité la ville, assez quelconque, mais jolie. Jusqu’à Colmar, avons eu un aperçu de l’Alsace, avec les Vosges bleues et les villages blottis au pied des montagnes. Visité Colmar, les jardins publics, le musée des Unterlinden, l’église Saint Martin, splendide, avec des vitraux merveilleux ; vu la célèbre « Vierge au buisson de roses » de Schongauer. Après déjeuner, pris le train pour Turkheim, jolie petite ville très ancienne, une vieille porte très curieuse porte un nid de cigognes. De là, un funiculaire nous a conduits au Trois-Epis ? ? ?, pèlerinage très visité, où l’on vénère une Vierge miraculeuse… Vers 4 heures, le funiculaire, à travers les forêts d’acacias en fleurs, nous a redescendus à Turkheim d’où nous sommes allés dîner et coucher à Colmar.
Mercredi matin, pris le train vers 8 heures pour Séléstat et Obernai, là, en trois quarts d’heure, un car nous a monté à Sainte Odile, trajet ravissant au milieu de forêts de sapins, de temps à autre une échappée sur la vallée ; c’était un enchantement. Là-haut, avons visité le couvent, les chapelles, les cloîtres… la châsse de Sainte Odile ; déjeuné dans un réfectoire voûté, tout à fait monacal, servis par des religieuses, et avons mangé d’excellente choucroute. Sommes restés longtemps sur la terrasse d’où l’on a une vue splendide… Sommes descendus à la source miraculeuse, par des sentiers en lacets au milieu des sapins… Avons quitté le couvent vers 4 heures, la descente a été splendide ; visité un peu Obernai, qui est une ravissante petite ville… pris le train pour Strasbourg où nous étions pour dîner.
Jeudi matin, visité le vieux Strasbourg, ravissant avec ses maisons alsaciennes si curieuses ; vu l’église Saint Thomas qui est maintenant un temple protestant et contient le tombeau du Maréchal de Saxe par Pigalle – un peu trop théâtral - . Vu en passant la place Kléber et visité la cathédrale, l’extérieur est merveilleux, une dentelle de pierre rose ; la façade est splendide, si élancée avec ses flèches aux lignes si pures ; l’intérieur, à part quelques détails intéressants, est moins beau. Sommes montées, Jacqueline et moi, jusqu’à la plate-forme de la tour : 322 ? ? marches d’où la vue est merveilleuse sur Strasbourg et la plaine jusqu’à la Forêt-Noire au-delà du Rhin. Avons vu l’horloge et le défilé des Apôtres à midi. Après déjeuner, fait en voiture le tour des quartiers neufs, puis sommes allés au pont de Kehl, voir le Rhin très beau à cet endroit et mettre le pied en Allemagne. Ce matin, avons repris à 9 heures notre train et fait le trajet en sens inverse.
Mercredi matin 7
Avons fait lundi une promenade ravissante avec Mlle Fournier et son patronage, en camion. Avons quitté Gy à 7 heures et demie et monté au Ballon, il faisait un beau matin frais, un peu brumeux… montée ravissante avec des points de vue de toute beauté… Restés un bon moment au Ballon, avons vu au sommet, la Vierge noire et la statue de Jeanne d’Arc qui domine Saint-Maurice. Descendus ensuite sur Servan ? ? ?, par une route en lacets d’où la vue plonge sur la vallée et les lacs. Déjeuné à Servan ? ? ? qui est un joli petit pays. Départ ensuite pour Massivaux avec arrêt pour entendre les orgues qui sont superbes ? Rentrés à Gy, par Belfort.
Hier après-midi, fait de la musique chez les Shomme ? ? ?, a 5 heures et demie, avons pris le train pour aller canoter à Bas-Evette ? ? ? avec les Bruot ; il y a eu pas mal de péripéties, mais nous sommes bien amusées. Il y a eu de l’orage à Giromagny mais nous n’avons rien eu.
Lundi matin 12
Bonne journée hier, avions projeté de faire avec les Bruot et le Ski-Club la promenade de la Planche des Belles Filles. Le matin, temps affreux, ciel bouché et pluie torrentielle… vers 9 heures, Cécile est venue nous chercher, le départ étant décidé quand même. Nous sommes donc parties et avons bien fait; il a plu une partie de la matinée mais cela ne sous a pas tellement gênés. Sommes montés par le Quenti, le trou de Lapp et la Goutte Saint Guillaume ? ? ? et avons traversé des sites superbes. Sur les hauteurs, le brouillard était très épais. Au refuge, nous nous sommes séchés, avons déjeuné et joué à divers jeux jusqu’à 4 heures et demie. Descendus ensuite sur Le ? ? ? en passant par l’étang des Belles Filles, dans un cadre ravissant ? Nous sommes reposés un moment à Le ? ? ? et rentrés ici vers 8 heures et demie. Nous partons demain matin, gardant un bien bon souvenir de ce pays charmant.
Mercredi 14 juin
De retour ici, après trois semaines d’absence. Le voyage s’est bien passé ; de tout notre séjour en Alsace, je ne garde que de très bons souvenirs…
Sommes partis de Gy hier matin vers 7 heures, Tante Denise nous a conduits à la Gare, ainsi que Mme Tresch, Berthe et Marguerite Zeller et Suzette. Voyage jusqu’à Paris bien effectué ; sommes passés par Lure, Vesoul, Chaumont, Langres et Troyes. A Paris, goûté chez Oncle Eugène et dîné chez Oncle Raymond. Aperçu bien des choses de Paris au passage. Nous sommes embarqués hier soir à 8 heures et demie ; ma dernière vision de Paris a été une grande étendue grise dominée par la toue Eiffel, les minarets du Trocadéro, le dôme du Panthéon, les flèches de Sainte Clotilde et, à l’horizon, en grisaille sur le ciel clair, les dômes du Sacré Cœur. Avons roulé toute la nuit, j’ai dormi et me suis réveillée vers Chantonnay, en pleine campagne vendéenne, il ne faut plus qu’un peu de repos maintenant.
Vendredi 16 juin
La vie habituelle reprend. je garde un bon souvenir de Giromagny, j’évoque avec plaisir les pentes bleues des Vosges, mais ici, c’est le pays que je retrouve…
Lundi 19 juin
Temps bas e nuageux… Samedi, déjeuné chez les Lucas, bon repas et bonne journée, Jacqueline a fait un peu de musique. Hier la Fête-Dieu, avons fait la procession avec les Enfants de Marie ; malgré l’absence de soleil, la cérémonie a été imposante et belle… hier une lettre d’Andrée, ce matin une de Jeanne.
Mardi 20 juin
Passé hier une bonne après-midi avec Berthe ; fait de la musique ; joué un peu de violon, Jacqueline et Berthe ont déchiffré à quatre mains une Sérénade de Beethoven que j’avais entendue au concert Vincent d’Indy…
Lis des livres sur l’Alsace, cela me rappelle des souvenirs.
Dimanche 25 juin
Pas mal d’occupations ces jours-ci. Vendredi, fête du Sacré-Cœur… le soir, comme d’habitude, procession à la Statue du Sacré-Cœur… en rentrant, l’église était obscure, seul, l’autel était tout illuminé ; avons eu l’acte de consécration et l’amende honorable, puis la bénédiction.
Hier matin, une carte de Marie, me donnant rendez-vous à Nantes vendredi, je l’ai eu trop tard, j’ai téléphoné à Chavagnes ; elle était partie, c’est une grande déception.
Lundi 26 juin
Hier matin, seconde procession de la Fête-Dieu, bien longue, un peu fatigante mais au fond très belle ; les offices habituels ont largement rempli notre journée. Lu « Les nouveaux Oberlé » et d’autres livres sur l’Alsace, cela me fait plaisir de rencontrer au passage des noms connus et des sites admirés. J’ai repris « les Oberlé » et refait le pèlerinage de Sainte-Odile… Nous devions aller aujourd’hui à Sainte Radegonde, mais il pleut depuis ce matin.
Mercredi matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 28 juin 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Avons fait, Maman, Jacqueline et moi notre pèlerinage à Sainte Radegonde, par un temps doux et souvent très agréable… Nous étions si bien en train que nous sonnes allées jusqu’à la Genétouze.
Andrée Boyer a eu Lundi une petite fille très forte et mignonne paraît-il ; le papa est venu nous annoncer cette nouvelle peu après ; tout allait bien.
Samedi 1er juillet
Deux journées bien remplies. Jeudi, sommes allés à Saint Jean de Monts pour voir Charlotte et Mlle Lucas, là depuis une dizaine de jours. Fait bon voyage, beau temps mais un très grand vent, surtout dans le Marais… A partir de Challans, le paysage change, c’est le marais avec ses prés coupés de canaux, ses bourrines aux murs de terre et aux toits de chaume, protégées par un rideau de peupliers, ses petits ponts en dos d’âne. Passé une bonne journée ; le déjeuner dans les pins a été gai, l’après-midi également. Hier à Nantes, Jacqueline et moi, leçons de violon le matin ; après déjeuner sommes allées à Chavagnes où j’ai entendu parler de Marie, puis à la Visitation.
Mardi 4 juillet
Encore bien des choses ces jours-ci. Dimanche aux courses avec les Gendreau ; les courses étaient assez intéressantes, beaucoup de monde et de jolies toilettes. Hier après-midi chez Armande. Sommes allées voir Andrée Boyer et sa petite fille. Ce matin une messe de mariage…
Je travaille à une boite en étain destinée à Marie pour son mariage ; mes journées sont très remplies, et je n’ai ni le temps ni l’envie de m’ennuyer.
Jeudi 6 juillet
La pauvre Tante Porteau s’est éteinte dans la nuit de mardi à mercredi ; depuis son attaque du mois de mars, elle allait s’affaiblissant. Son état s’est aggravé dimanche. Sommes allés hier matin à la Roche pour du deuil, l’enterrement étant demain après-midi.
Hier, réunion à la maison ; Papa et M. Lucas ayant entrepris d’apprendre le bridge à Ferdinand Brachet. La première séance était donc hier ; le néophyte s’est bien comporté. Les dames étaient venues aussi, ainsi que Samuel et Marguerite, et nous avons passé une bonne après-midi.
Vendredi 7 juillet
Cet après-midi, la sépulture de Tante Porteau ; grand va et vient à la maison ; il a fallu recevoir à déjeuner les Artarit, les Libaud, M. Boisseau, M. Guyon. Suis un peu patraque avec mal à la tête.
Mardi 11 juillet
Très occupée ces jours-ci par ma boite en étain, je veux qu’elle soit expédiée avant notre départ pour les Sables. Marguerite a eu samedi matin un accident ; toute espérance est détruite pour le moment ; c’est une grosse déception…
Jeudi 13 juillet
Hier, une très jolie promenade en auto, sommes allés à Treize-Septiers avec Eugène Porteau et Aline, voir Gabrielle qui est bien malade. Sommes rentrés par Les Brouzils. Journée radieuse et ensoleillée et c’était une joie de rouler en auto. Sommes restés très peu de temps à Treize-Septiers, avons vu l’église, bien modeste… passé au retour par le petit bourg de Saint Georges de Montaigu, pittoresquement situé au bord de la Sèvre… avons coupé par la forêt et rejoint Saint-Denis
Les Sables, 16 juillet
Sommes installés ici pour six semaines, la plage est couverte de tentes, et les Sables n’ont pas du tout changé.
Vendredi, préparatifs de départ, quelques visites et un bridge dans l’après-midi. Hier matin, départ vers dix heures, et une heure après du haut de Pierre Levée nous apercevions le panorama des Sables. J’ai revu tout cela avec joie…
Mardi 18 juillet
Très occupée ces jours-ci ; on a retapissé ma chambre et il y a eu bien à faire pour tout réinstaller ; la nouvelle tapisserie est à raies grises et bleues avec une large frise semée de roses. Il y a au dessus de mon lit un crucifix ancien en ivoire qui a appartenu à Grand’mère Pigeaud, au-dessus de la cheminée quelques gravures et mon souvenir d’Enfant de Marie. Passé quelques heures sur la plage…
Vendredi 21 juillet
.. Reçu ce matin une lettre de Marie ; elle sera mariée le 2 août, son fiancé s’installe non loin de Quimperlé, elle est heureuse…
Je passe sur la plage de bonnes heures, lisant, travaillant, contemplant…
Samedi 22 juillet
Une journée merveilleuse… l’ai passée presque toute entière sur la plage..
Changement de temps aujourd’hui ; ciel nuageux. Il y a aujourd’hui quatre ans que j’ai passé mon brevet !
Dimanche 23
Triste journée ; un ciel morne et nuageux avec de brusques averses mettant les promeneurs en déroute… Assisté aux Vêpres… le Magnificat à plusieurs voix était très beau : un verset dans le mode ordinaire, chanté par les jeunes filles, l’autre à deux voix, hommes et enfants ; les voix d’enfants avaient une pureté de cristal. Un tour de remblai vers 5 heures ; le vent était aigre, la mer grise, houleuse et agitée…
Mercredi 26 juillet
Le beau temps est revenu… Lundi, beaucoup de vent, n’avons pu aller à la plage ; la mer était très forte, c’était grandiose… Hier, tout état apaisé, repris avec joie le chemin de la plage…
Vendredi 28 juillet
… Reçu hier une bonne lettre de Jeanne, mais une lettre un peu triste ; elle a dû avoir une déception et elle souffre…
Lundi 31
Le temps passe bien vite. Notre vie se poursuit toujours à peu près semblable, longues stations sur la plage ensoleillée, messe le matin, promenade le soir. Je lis sur la plage des livres connus et aimés, c’est en ce moment l’ »Histoire de Sibille » d’Octave Feuillet ; je lis aussi un ouvrage de M. Faure-Goyau « l’Âme des enfants, des pays et des saints ». Il y a des pages délicieuses ; un livre que j’ai aimé aussi, c’est « Les derniers jours de Pékin » de Loti, on y sent une sincérité, une absence de parti pris, le style est merveilleux, le sujet intéressant.
Mercredi 2 août
Aujourd’hui, le mariage de Marie, à cette heure-ci, elle est devenue Madame Yves Morvézen ; cela me fait un très drôle d’effet…
Jeudi 3
Marie mariée d’hier, je ne peux pas encore me faire à cette idée…
Hier soir sommes allés au cinéma, avec les Gendreau et Yvernogeau, voir la première partie de « l’Atlantide », c’est un très beau film, la musique n’est pas mauvaise et donnait à l’ensemble un charme triste…
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 4 aout 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier, soirée au Casino pour une tournée Barret ; il y avait la Troubanoska ? ? ? ainsi que le violoniste Viardot et le pianiste Alexandresco. C’était un spectacle qui en valait la peine. Avons entendu, entre autres choses, l’ « Arabesque » de Schumann, légère, aérienne, la « Légende » de Wienowski ? ? ?, ardente et passionnée, d’autres choses d’Albeniz, de Schumann. La Troubanoska a dansé d’une façon exquise sur des airs de Chopin, de Grieg. La Danse norvégienne de Grieg a été une merveille de grâce et de finesse.
Dimanche 6 août
Pas mal d’occupations et aussi de sorties et de distractions…
Hier matin, Solange est arrivée à 7 heures ; nous avions les Lucas à déjeuner ; sommes sortis dans l’après-midi et rencontré les Gouraud ; après dîner, promenade sur le Remblai et la plage… Cet après-midi nous avons la Fête des Fleurs, ce soir le théâtre.
Mardi 8 août
Bien des choses depuis dimanche ; ce jour-là s’est passé de façon agréable ; nous avons eu les Gouraud à déjeuner, mais ils sont partis de bonne heure. La Fête des Fleurs devant passer sous nos fenêtres, tous les habitants du Poiré sont venus à la maison, avons ensuite goûté au Pierrot et fini l’après-midi sous la tente des Gendreau. Le soir au théâtre pour « Si j’étais roi ». Hier, une partie de la matinée sous la tente des Gendreau avec les Grolleau ; l’après-midi une heure de mer avec toute la bande habituelle ; Henri et Armande ont été assez malades ; nous qui étions bien portants nous sommes bien amusés. Goûter ensuite au Pierrot, il fallait bien remettre tout le monde. Passé ensuite un moment au tennis de la Rudelière, puis la journée s’est achevée gaiement par une promenade collective sur la plage. Aujourd’hui, bien des projets, mais ils sont tous à l’eau. Solange a reçu une dépêche de Madeleine disant qu’Oncle Eugène est souffrant ; elle va partir tout à l’heure.
Mercredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 9 aout 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Oncle Eugène est mort, nous avons su après déjeuner la triste nouvelle ; le désespoir de Solange a été navrant, son père mort alors qu’elle était en vacances, joyeuse. Nous aussi avons beaucoup de peine. Oncle Eugène était si bon ; c’est l’aîné de la famille qui disparaît. Que de vides.
Dimanche soir13 août
Maman est revenue hier soir de son pénible voyage à Châteauroux. L’enterrement d’Oncle Eugène a eu lieu jeudi.
Mercredi, promenade au Puy d’Enfer avec Henri, les Gendreau et Grolleau… vendredi matin, sommes montées à la Tour d’Arundel avec Berthe, Charlotte et Odette, puis avons fait un tour en canot le long de la baie, la mer était d’un calme parfait. Hier, les Lucas et les Logeais déjeunaient chez Tante Abel ; avons passé ensemble sur la plage la plus grande partie de l’après-midi. Chaque soir, promenade en bande sur le Remblai. Bien entendu, plus de théâtre ni de casino cette saison ; c’est une certaine privation…
Mercredi 15 août
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 15 aout 1922 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Aujourd’hui l’Assomption… aujourd’hui aussi le tricentenaire de la fondation de Notre-Dame de Non Port, aussi les cérémonies sont particulièrement belles. Avant la Grand’messe il y a eu la bénédiction de la mer par Mgr Le Roy, archevêque de Carie ? ? ? et Supérieur général des Pères du Saint Esprit ; c’était très beau ; il y avait en rade des nombreuses barques pavoisées. Les chants de la Grand’messe ont été remarquables. Tous les soirs, promenades habituelles en bande
Samedi 19 août
Bien des choses ces jours-ci. mardi… passé un moment sous la tente Gendreau. Mercredi, rien de très neuf, une bonne promenade le soir. Jeudi après-midi à Brétignolles, la promenade à travers la forêt d’Olonne est très jolie ; passé une bonne après-midi avec Josée toujours amusante et gaie. Hier le clou de la saison ; voyage à l’île d’Yeu ; nous étions six : Bernard Grolleau, Benjamin, Hervé, Berthe, Charlotte et moi. Départ délicieux par un matin splendide ; un peu de tangage, quelques paquets de mer. La traversée dure trois heures, au bout d’une heure, Benjamin était vert pomme, avec un malaise assez léger, mais continu. Au bout d’une heure trois quarts, nous commençions à voir l’île, c’était mon tour ; j’ai été malade, pas énormément, mais assez pour donner à manger aux poissons une fois. Charlotte était livide, Berthe, après s’être contenue longtemps, a rendu grâce au moment d’arriver au port. Bernard Grolleau et Hervé ont été superbes. Ayant débarqué à Port-Joinville, nous avons déjeuné gaiement, puis avons pris une voiture qui nous a conduits d’abord au château dont les ruines sont vraiment pittoresques, le site est merveilleux, la côte est très belle, sauvage, escarpée. Vu la Pierre-branlante, le trou de Risquivie, le port de la Meule. Le retour a été superbe, pas un malade aussi nous sommes beaucoup amusés, et fait au port une entrée triomphale.
Jeudi 24 août
Toujours la même vie, relativement calme et pourtant très gaie ; promenades en bande, réunions sous les tentes. Lundi soir a été particulièrement réussi ; nous étions nombreux : les Gendreau, Grolleau, Léveillé ; nous avons chanté et ri sur la jetée pendant plus d’une heure…
Samedi 26
Toujours la même chose, de bonnes promenades et des stations sur la plage ; jeudi après-midi chez les Gendreau, dans leur propriété de la Mérinière ; il y avait aussi les Bourmaud, les Abel ; M. Godet et M. Hardouin. Hier nous avions les Libaud à déjeuner et dîner. Notre séjour touche à sa fin, nous rentrons Mercredi au Poiré…
Dimanche 27
La dislocation générale va se faire. Hervé est parti ce matin ; cela nous fait un camarade en moins, toujours gai et amusant. Tout le reste du groupe part mercredi ou jeudi comme nous. Hier journée splendide… avons fait après dîner une bonne promenade…
Le Poiré 31 août
Ici depuis hier après-midi. Après ces six semaines passées aux Sables, me sens un peu désorientée…Je garde un bon souvenir de notre séjour là-bas, particulièrement de ce dernier mois si gai, mais cette vie ne peut avoir qu’un temps…
Les derniers jours ont été gâtés par le mauvais temps, une pluie torrentielle qui empêchait toute sortie surtout celles du soir. Hier matin tempête… voyage de retour sans encombre… le jardin est tout fleuri de roses, la cour de balsamines et de dahlias. Les Raymond arrivent tous demain.
Samedi matin 2
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : septembre 1922. L’en-tête ne porte que le quantième « 2 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Toujours le mauvais temps, vent froid et désagréable… Avons fait en fin d’après-midi, avec Charlotte une bonne promenade du côté de Pont de Vie, rappelant nos souvenirs des Sables.
Commencé hier une nappe d’autel pour la chapelle des Petites Soeurs des Pauvres, c’est un ouvrage de longue haleine, mais j’aurai de la patience…
Lundi 4 septembre
Repris nos habitudes, les offices du dimanche, la réunion des Enfants de Marie, la bibliothèque. Vie peut-être plus monotone, mais aussi plus vraie. Je relis le livre de Mme Faure-Goyau « l’âme des enfants, des pays et des saints »…
Mardi 5
Renouvelé hier la décoration de la salle à manger dans le vase normand sur le buffet, quelques branches de houx, encore tout fleuri de baies rouges, quelques roses fleurissent la cheminée…
Jeudi 7 septembre
Actuellement une bonne vie de famille, calme et douce ; comme le temps est très beau, les jours se passent presque entièrement au dehors, soit sous les arbres de la cour, soit en de bonne promenades; chacun est libre de son temps, et c’est avec plaisir que nous nous retrouvons le soir autour de la table éclairée.
Mardi, fait avec Aline et Jacqueline une bonne promenade dans les prés qui avoisinent la Pallulière… Hier matin, cueillette des pommes de la vigne de la Montparrière par un brouillard épais… Hier après-midi, cueillette des champignons du côté du Moulin-Guérin. Cet après-midi, fait à Logerie une très jolie promenade en auto…
Vendredi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 8 septembre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
On mène grand bruit dans les journaux autour du suicide de Mme Marcel Sembat, veuve de l’ancien député. Marcel Sembat étant mort subitement, sa femme a déclaré ne pouvoir lui survivre et l’a suivi dans la mort. Les journaux ne manquent pas de glorifier cet acte, mais tout chrétien doit penser que Mme Sembat a commis un crime et une lâcheté. Un crime, parce qu’une créature n’a pas le droit de se détruire, de priver la société de son intelligence, de son énergie, de ses talents ; une lâcheté, parce qu’au fond elle a eu peur, peur de la vie, de la solitude, de la douleur, et il aurait été infiniment plus noble et plus beau d’accepter cette longue suite de jours douloureux, en conservant pieusement le souvenir de son mari. Mme Marcel Sembat n’était pas croyante, et c’est sa seule excuse.
Dimanche 10 septembre
Aujourd’hui mes vingt ans – le plus bel âge de la vie, je me sens très émue… je ne m’inquiète pas au sujet de mon avenir, tout ce que m’enverra Dieu sera bien…
Vendredi soir une bonne promenade du côté du Puychabot, la Braconnerie, la Pallulière. Les bords de la Vie sont pleins de verdure et de fraîcheur, et, du pont de bois de la Pallulière, la vue sur les prés est ravissante…
Lundi 11
Pour mes vingt ans, Maman m’a offert la statuette de la Vierge que j’ai toujours connue dans sa chambre…
Jeudi 14
Mercredi après-midi chez Tante Abel ; un temps lugubre, de la pluie à torrents… ce temps devait déteindre sur nous, l’après-midi a été mortellement longue, conversation assez banale et sans intérêt réel, et ce sera cela bien souvent cet hiver…
Hier, averses, ne sommes pas sorties, mais un bon moment avec Josée en fin de matinée…
17 septembre
Aujourd’hui, pour les courses, temps affreux, pluie fine qui dure depuis midi ; les courses se sont passées sous les parapluies, et c’était dommage, car la fête était bien organisée…
Je lis ces jours-ci « Les désenchantées » de Loti ; le style est ravissant, le roman très prenant, mais on y trouve les défauts de tous les romans de Loti. Au point de vue religieux, rien, et une tristesse noire, une ambiance amollissante et désespérante.
jeudi 21
Le beau temps est revenu, nous avons de belles journées lumineuses et douces… Mardi, déjeuner à Légé chez les Logeais, avec les Abel, Yvernogeau et Lucas. Journée très gaie et pleine d’entrain…
Vendredi 22
Hier…une bonne promenade avec Josée ; au retour un merveilleux coucher de soleil. Ce matin, passé deux heures à la bibliothèque à ranger et à couvrir des livres.
Samedi 28
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 28 septembre 1922 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Messe ce matin, pour les Quatre-Temps de septembre et c’est avec un grand intérêt que j’ai suivi les prières du jour, les leçons tirées du Lévitique et des prophètes Michée, Zacharie et Daniel…
Relu ces jours-ci « Un drame dans le monde » de Bourget, beau livre, conçu dans un esprit juste et chrétien, mais trop creusé, fouillé et par là même fatigant à lire.
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 1 octobre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Depuis hier en automne, saison mélancolique par excellence… Avant-hier, une jolie promenade du côté de Montorgueil ; le temps était splendide … Hier après-midi chez les Gendreau ; dansé après le goûter ; une troïka m’a rappelé bien des souvenirs.
Mardi 26
Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 26 octobre 1922 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Hier une bonne promenade avec Josée, dans le chemin si pittoresque de la Minoterie, par la Tirière et le gué de la Blelière…
Vendredi 29
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 29 octobre 1922 était un dimanche. Texte conservé tel quel.
Mardi, réunion chez les Abel, temps pluvieux dont la mélancolie déteignait sur nous. Mercredi, averses ; avons fait cependant le soir, une toute petite promenade…
Samedi 30
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 30 octobre 1922 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Hier, une souffrance très vive, venue d’une parole indifférente pour d’autres. Et il a fallu paraître gaie devant les autres jusqu’au soir… Après le goûter, Jacqueline a joué du piano, je me souviens de la « Marche funèbre » de Chopin ; j’avais allumé une cigarette, pour faire comme les autres, c’était d’ailleurs un moment de silence et de répit, et j’écoutais les phrases musicales, déchirantes…
Dimanche
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 5 novembre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier après-midi, une charmante promenade, parties par la route de La Genétouze, nous avons pris, avant d’arriver au Recredy, un chemin à gauche et, par des coins ravissants, sommes arrivées à la Laitelière, à la Gillardière, puis à la route de La Roche. Nous étions sur un coteau de la Gillardière comme le soleil se couchait…
Passé hier un bon moment, assise dans la cour avec un ouvrage ; journée splendide…
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 6 novembre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Appris hier soir un nouveau mariage : celui d’Anne-Marie Bélaubre avec Maurice Robert, le frère de Simone, Anne-Marie avait toujours correspondu avec Mme Robert, elle était même allée plusieurs fois à Quimperlé. Le mariage sera pour janvier ou peut-être pour avril…
Jeudi 5 octobre
Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1922-11-06). Texte conservé tel quel.
Hier, un voyage à Nantes ; lever matinal pour le premier train ; il y avait un brouillard si épais que, d’ici Belleville, Papa avait peine à retrouver son chemin… Le matin, leçon de violon ; après déjeuner, suis allée à Chavagnes où j’ai vu Madame et quelques maîtresses… suis allée à la Visitation, puis il était l’heure du départ…
Vendredi 7
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 7 octobre 1922 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Nous étions hier après-midi chez les Gendreau lorsqu’Anne-Marie est venue présenter son fiancé ; pendant que toute la famille se précipitait au salon pour les recevoir, nous sommes restées avec Suzanne et, au moment du départ, avons aperçu le jeune homme par la fenêtre ; il paraît qu’il rappelle un peu Simone…
Dimanche 8
Le froid a fait son apparition, un beau froid sec avec un soleil brillant, mais c’est l’annonce de l’hiver et ce n’est pas bien gai ; plus je vais et plus je déteste le froid. Les vendanges sont finies ; nous y sommes allées jeudi à La Montparrière, et avons passé un bon moment…
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 9 octobre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Hier, un beau dimanche ensoleillé, mais un peu froid…avons fait cependant une bonne promenade à Pont de Vie le soir, pour nous réchauffer…
Mardi 10
…Dimanche, après la grand’messe, la bénédiction des semences, cérémonie que je trouve belle et si pleine de sens chrétien. Hier temps couvert et plutôt froid, M. Lucas est venu faire une petite opération à Jacqueline, lui extraire un (je lis ergot, impôt…) qu’elle avait au front. Le soir, fait une bonne petite promenade du côté de la Thibaudière et de l’Espérance… Repris le mois du Rosaire chaque soir à l’église.
Vendredi 13
Le temps s’est radouci… Je sors seule ces jours-ci, Jacqueline ne pouvant sortir à cause de son bandage ; je marche généralement de cinq à six heures…
Hier, journée aux Brouzils ; le voyage était délicieux, par un temps aussi beau… Au retour, sommes passés chercher M. Boisseau qui chassait à la Cordinière ? ? ?…
Aujourd’hui, quatrième anniversaire de la mort d’Oncle Abel ; il y aura une messe pour lui demain. Henri est reçu à l’internat 4e sur 129, nous écrit Françoise.
Dimanche matin
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 15 octobre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Toujours ces belles journées d’automne… Je profite de ces beaux jours autant que possible, je me promène en lisant dans le jardin. Le soir, nous sortons en attendant la prière à l’heure du coucher du soleil.
Réorganisé ces jours-ci l’emploi de mes matinées ; tout y est calculé et si je veux arriver à tout, je n’ai pas de temps à perdre. Etudes de musique : piano et violon, qui me prennent tout près de deux heures, une heure ensuite pour le travail intellectuel : cours d’art, littérature, histoire de France et anglais ; il ne faut pas trop se rouiller, au contraire…
Mercredi 18
Bien des choses ces jours-ci, sans grande importance toutefois. Dimanche, séance au Patronage, c’était gentil, bien joué et nous avons passé un bon moment. Lundi, une bonne promenade avec Charlotte et Jacqueline, par un temps ravissant, sommes parties à 4 heures et demie et rentrées pour le Mois du Rosaire ; avons pris un chemin qui du Plessis mène à la route du Puy-Chabot… Hier après-midi chez Mme Lucas ; vers cinq heures sommes allés au jardin…
Vendredi 20 octobre
Enrhumée depuis trois jours, il faut garder la maison et ce n’est pas toujours drôle, me suis échappée cet après-midi pour aller chez les Gendreau mais j’ai peut-être eu tort, car il fait froid et ce soir j’ai très mal à la tête… Suis restée au lit le matin et travaillé dans mon lit ; je me lève pour déjeuner, reste dans la salle à manger et je me couche vers 9 heures. Suis seule pour l’instant ; Papa est sorti, Maman et Jacqueline à la Bénédiction ; il fait bon dans la pièce chaude et bien close.
Samedi 21
Encore enrhumée aujourd’hui ; il fait froid, et un grand vent souffle par rafales…
Dimanche 21
Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 21 octobre 1922 était un samedi. Texte conservé tel quel.
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1922-10-21-bpour la distinguer de1922-10-21.
Maman et Jacqueline sont parties aux Vêpres, je n’ai pu les accompagner… il souffle un grand vent glacial.
Lundi
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 23 octobre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Suis restée hier et aujourd’hui solitaire au coin du feu ; toujours la tempête, un vent froid et cinglant, une pluie glaciale… passé l’après-midi près du feu… J’ai lu, fait un peu de correspondance. Après dîner un bon moment de lecture, bien tranquille en me grillant les pieds. Aujourd’hui temps moins froid mais ne sortirai pas encore. Maman et Jacqueline ont encore passé l’après-midi en visites. Lu et travaillé au coin du feu. Berthe est venue un moment, parlé d’Anne-Marie qui paraît très heureuse…
Mercredi 25
Rhume terminé, je peux sortir en faisant attention. Hier promenade avec Charlotte et Jacqueline vers la Thibaudière ; temps assez beau mais froid… Hier matin, une longue lettre d’Andrée, aujourd’hui une convocation à la retraite de Chavagnes le 8 novembre, que de souvenirs je vais retrouver !
Jeudi 26.
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1922-10-26-bpour la distinguer de1922-10-26.
… Au courrier, reçu une photo, en mariée de Marie. Marie Morvézen devrais-je dire mais je ne suis pas encore habituée. La photo est très bonne, Marie est assise, son mari debout à côté d’elle, si naturelle, si bien elle-même, telle que je l’ai connue… Déjeuné aujourd’hui chez les Abel, conversation quelconque…
Lundi 30
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1922-10-30-bpour la distinguer de1922-10-30.
Triste journée d’automne, pluie depuis ce matin…
Mercredi 1er novembre – Toussaint
Encore une triste journée, de la pluie, du vent, des rafales d’eau glacée… Grand’messe très belle, avec toutes les splendeurs de ses chants liturgiques…
Jeudi – jour des Morts
Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 2 novembre 1922, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.
Je reviens de l’office qui s’est déroulé avec toute sa pompe habituelle, assistance nombreuse, pieuse et recueillie. Après l’office, la messe des Morts avec son admirable Dies Irae ; procession au cimetière où nous avons prié sur nos tombes… Hier, chemin de Croix vers cinq heures, beaucoup de monde…
Lundi 6
Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre
1922-11-06-bpour la distinguer de1922-11-06.
Sur mon bureau, une rose d’automne, peut-être la dernière ; elle est presque blanche à peine teintée… Hier , dimanche habituel, des visites tout l’après-midi. Ce matin une lettre d’Andrée, elle va partir pour Paris ou l’Angleterre. Que signifie ?
Mardi 7
Ces jours-ci un vent violent qui secoue les branches… Nous partons demain pour la retraite de Chavagnes…
Mercredi 14
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 14 novembre 1922 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Encore une retraite passée… Sommes parties mercredi matin par une pluie battante ; déjeuné en arrivant à Nantes puis nous sommes rendues à Chavagnes nous mettre à l’abri. L’ouverture de la retraite était à quatre heures… Nous logions comme les autres années dans la grande infirmerie, Charlotte, Jacqueline et moi… Andrée n’était pas là et c’était un nouveau vide. Sommes sorties plusieurs fois ; jeudi fait des courses ; vendredi sommes allées Jeanne et moi, à la poste, dire bonjour à Anne Le Tilly qui y est employée. L’après-midi, nous ne sortions pas et c’étaient des promenades sous les cloîtres ou dans le jardin ; le soir de bonnes conversations sous ce cloître si plein pour moi de souvenirs, puis, après la prière, les réunions traditionnelles dans notre chambre, le plus tard possible. Une triste nouvelle au milieu de ces jours, la mort de Camille Dautais le 9 novembre après de terribles souffrances… Nous devions quitter Nantes Dimanche, mais Mme Houdbine nous a engagées à rester pour un concert qui s’annonçait très beau. Sommes allées déjeuner chez Mme Logeais, puis pris à Chavagnes Jeanne, qui venait avec nous. Le concert était salle Gigant, et valait la peine de rester. ? ? ? ? a joué de façon merveilleuse une sonate de Gaubert, une pianiste : Mlle Lacroix a joué de très jolies choses de Dupont et de Debussy ; … un flûtiste merveilleux dans une très belle « Fantaisie » de Fauré. Nous sommes revenues ravies, avons passé avec Jeanne une bonne veillée ; le lendemain… les adieux et de départ vers 9 heures. Bon voyage… Hier passé l’après-midi chez Mme Lucas.
Samedi 18 novembre
… Jeudi, sommes allées chez Armande, en attendant Samuel et Ferdinand qui chassaient, nous avons goûté et causé jusqu’au dîner. Le soir bridge, chez les Lucas y avons retrouvé les Brachet et Berthe ; sommes rentrés vers onze heures et demie par une nuit très froide mais splendide… Hier avons eu Josée, Berthe et Charlotte à passer l’après-midi et nous sommes bien amusées…
Lundi 20
Journée très remplie hier, la grand’messe, la bibliothèque, les vêpres si touchantes avec la procession du Saint Sacrement… Ensuite une représentation donnée par la section de L’U ?C ? ? ? ; il y avait un drame de la guerre et une comédie militaire ; le drame surtout était bien rendu, il y avait des belles choses et des passages émouvants, à la fin, une mort particulièrement poignante… Après dîner, un bridge chez Armande ; soirée très gaie. Nous partons pour Luçon où nous allons assister au sacre de Mgr Mignen, évêque de Montpellier.
Jeudi 23
Ai été très prise ces jours-ci… cet après midi nous allons chez Berthe, samedi, nous avons les Abel, les Lucas et Yvernogeau à déjeuner, aussi, demain, quelques préparatifs à faire. Je voudrais cependant raconte le sacre qui a été splendide.
Dimanche 26
…Lundi , sommes parties pour Luçon, Jacqueline et moi… arrivées vers 2 heures et demie. M. et Mme Boisseau nous attendaient à la gare, ainsi que M. Artarit ; goûté en arrivant, puis, avec Mme Boisseau et les Abel, visité un peu Luçon et vu le jardin Dumaine qui est superbe…
Mardi matin étions devant la cathédrale dès huit heures … et c’était une effervescence inénarrable, une affluence considérable ; de toutes parts arrivaient des véhicules bondés, beaucoup de prêtres. On causait, on s’abordait, on riait ; c’était partout la joie la plus vive ; partout des figures de connaissance ; c’était amusant au plus haut point. Nous étions très bien placées, dans la chapelle de la paroisse. Mgr Garnier officiait, assisté de Mgr Gouraud, évêque de Vannes et de Mgr de Llobet ? ? ? évêque de Gap… L’abbé Chiron, nouveau supérieur du grand Séminaire et ancien vicaire du Poiré officiait comme sous-diacre. Assistaient à la cérémonie, Mgr de Durfort, évêque de Poitiers, Mgr de La Villerebel ? ? ?, d’Annecy, Mgr Rémond, grand aumônier de l’armée du Rhin ; Mgr Le Fer de la Lotte, de Nantes, Mgr Bruneau, d’Angers … La cérémonie a duré près de quatre heures… tout était imposant, cette nef bondée, ces deux autels, Mgr Garnier sur son trône épiscopal, Mgr Mignen, encadré des évêques assistants, puis tous les autres évêques en hémicycle. Les chants, par les grands séminaristes étaient merveilleux. A la fin, au chant du Te Deum, Mgr Mignen est descendu dans la nef, il a béni ses parents qui pleuraient et c’était tellement émouvant, puis il a parcouru la cathédrale, bénissant la foule. Sommes sorties un peu avant la fin, pour voir la procession ; les cloches sonnaient à toute volée… Sommes parties le soir avec les Gendreau et arrivées ici vers 5 heures et demie. Mercredi matin, assisté à la messe de Mgr Gouraud, venu ici bénir le mariage de son neveu avec Lucienne Gautier. L’après-midi, une petite visite de Mgr Gouraud, escorté de son secrétaire et de M. le Curé ; il a été tout à fait simple et bon. Samedi, reçu à déjeuner les Abel, les Lucas et Yvernogeau, passé une bonne journée.
Lundi 27
Hier un temps superbe… fait, Charlotte, Jacqueline et moi, une bonne promenade jusqu’à la Braconnerie, passé ensuite une heure avec Josée. Bridge le soir.
Jeudi 30
Fête de Saint André et ma fête… reçu une bonne lettre de Jeanne et c’est tout.
Mercredi 6 décembre
Sommes allées à Nantes lundi, Jacqueline et moi, suis allée à la Visitation mais n’ai pas eu le temps de me rendre à Chavagnes…
Les Sables, samedi 9
Installés ici depuis jeudi ; comme l’auto est en panne, il a fallu venir par le train, mais tout s’est arrangé quand même. Avons déjà fait, Jacqueline et moi, de nombreux tours de Remblai…
Lundi 11 décembre
Bien des souvenirs encore hier. L’anniversaire de notre chère petite Denise ; elle aurait aujourd’hui dix neuf ans, alors qu’elle n’a pas dépassé sa douzième année…
Ce matin, sommes allées conduire à la gare Papa qui va à Luçon, il revient demain avec la voiture…
Dimanche 17
Beaucoup d’occupations cette semaine ; un ouvrage pressé qui, avec quelques lectures, absorbe tout mes moments, en plus de cela, des séances de dentiste et des essayages, nous n’avons guère le temps de nous promener…
Jeudi 21 décembre
Dimanche, il a plu toute la journée ; le soir, un vent violent s’est levé, et, lundi, c’était la tempête, malgré le vent cinglant et la pluie, nous sommes sorties, Jacqueline et moi, une partie de l’après-midi. Du Remblai, le spectacle était grandiose… je suis restée un moment regarder un bateau rentrant au port ; le vent le prenait de côté et il ne pouvait arriver à enfiler le chenal ; il était terriblement ballotté, presque couché sur le côté, parfois, c’était impressionnant…
Aujourd’hui une journée splendide…
Vendredi 22
… Jacqueline prend des leçons de piano avec une jeune polonaise : Mlle Smolska.
Dimanche 24
Demain Noël… Rien de neuf, toujours le même temps, mer agitée et averses, la tempête de lundi a déposé sur la plage quantité de goémon que des charrettes viennent emporter. Ce matin avec Jacqueline, évoqué des Noëls passés, 18 et 19 particulièrement, que de souvenirs !
Lundi 25 – jour de Noël
…Aujourd’hui la belle fête de Noël… La messe a été très belle, les chants superbes, l’assistance nombreuse… nous sommes couchés à 2 heures et demie après un petit réveillon. Ce matin, assisté avec Jacqueline à la grand’messe, tout y était vraiment beau ; des chants grégoriens d’une grande pureté, un très beau cérémonial…
Mercredi 27
Notre séjour ici touche à sa fin, nous partons demain. Les Vêpres de Noël ont été splendides ; cérémonial grandiose, chants grégoriens remarquablement exécutés. Fait ensuite un tour de Remblai, mais la pluie nous a forcés à rentrer…
Ce matin, une lettre de Tante Juliette nous apprenait les fiançailles de Cadette avec M. Stahl.
Le Poiré – Vendredi 29 décembre
Réintégré la maison depuis hier…
Ce matin une lettre de Solange nous donne des détails sur le futur cousin ; il s’appelle Léon Stahl, il est brun, il a fait la guerre ; Cadette est rayonnante, le mariage se fera sans doute à Pâques, dans l’intimité.
Dimanche 31
Plus que six heures à vivre en l’année 1922…