Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


1er janvier 1919

L’année 1918 vient de finir ! je ne peux me défendre d’un certain sentiment d’appréhension devant cette nouvelle période qui commence. 1918 a été fécond en évènements les uns bien cruels :la mort de Grand’Mère, de Lucie, d’Oncle Abel, mais aussi cette victoire qui nous a donné tant de joie. Que nous réserve 1919…

Nous rentrons demain.

Dimanche 2 mars 1919 – Carnaval

Nous voici arrivées depuis hier soir à 7 heures et nous rentrons après-demain soir, c’est bien court, mais ces quelques jours coupent le second trimestre qui serait un peu long.

Notre classe va toujours très bien, nous sommes plus nombreuses maintenant, car Simone Robert et Marie-Paule sont rentrées. Marie Coaden s’est mise en tête d’apprendre le violon avec madame Houdbine, ce qui nous a procuré quelques bons moments très amusants ! …

Mardi 4

Sommes allées hier à la Croix-Bouet avec Marguerite et Charlotte. J’aime cette route pleine de souvenirs, cette croisée solitaire dominant un vaste paysage. Je me suis assise tant de fois sur l’echalier qui se trouve à gauche…les yeux fixés sur le lointain où se dessine le clocher…

Dimanche 20 avril – Jour de Pâques

Quinze jours de vacances, voilà du temps devant moi !

Que dire des semaines écoulées depuis les dernières vacances ?…

L’hôpital de Chavagnes est fermé et nous allons bientôt nous réinstaller dans la grande maison, toutes les pensionnaires regretteront leurs petites courses au Passage.

A la récréation, quand il fait beau, nous faisons de bonnes parties de croquet, quand il pleut, nous jouons aux osselets sous la véranda ; nous faisons un bon petit groupe bien agréable, Simone Corbierre, Simone Cauvet, Henriette David, Simone Robert, Marie Coaden et moi. Notre classe marche toujours bien, nous avons fait dernièrement pour étudier les styles romans et gothiques, déjà étudiés au cours d’art, une visite très intéressante à Saint Donatien et à la cathédrale. …

Mardi 22 avril

Excellente journée hier, nous sommes allés déjeuner aux Brouzils, chez M. Libaud. La promenade en auto était délicieuse, le vent un peu froid, mais le soleil très doux. Nous avons déjeuné là bas avec M. et Mme Guigou, beau-frère et sœur de M. Libaud et leur fille aînée Adienne. Ils nous ont fait promettre d’aller les voir à Cholet le 1er mai. Nous avons d’ailleurs quantité de projets pour ces vacances… tantôt nous allons à Logerie. …

Mercredi 23

… ce matin, le jardin était tout doré par le soleil, les arbres fruitiers sont en fleurs et les bourgeons se montrent aux branches des chênes. Au-dessous de ma fenêtre, des giroflées sauvages rouge et or, me rappellent celles qui au Blanc fleurissaient à cette même heure les vieux murs de la tour.

Tantôt, nous devions faire notre pèlerinage à Sainte Radegonde, mais il y a contre-ordre. …

Dimanche 27 avril

Mercredi, sommes allés faire visite à M. Burdan, qui nous a reçues très aimablement et nous a montré de très belles choses :Meubles chinois incrustés d’ivoire, vases d’un travail merveilleux, porcelaine de Chine d’une finesse extrême, broderies exotiques sur satin ? Il nous a montré ses peintures et aussi un livre, tout illustré par lui de dessins à la plume avec beaucoup de fantaisie et d’inspiration ?

Autre chose, Mariette, sur une observation de Maman , nous a lâchés. Maman lui a dit tout ce qu’elle avait sur le cœur, et elle en avait ! Mariette est partie le soir-même. Nous voilà sans bonne, il faudra faire l’ouvrage nous-mêmes, mais nous n’en serons que plus tranquilles.

Mardi 29

Rien de nouveau, sommes sans bonne et faisons l’ouvrage très gaiement à nous quatre.

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 30 avril 1919, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Passé hier une bonne après-midi. Sommes allés en auto avec Mlle Ordonneau et sa filleule Charlotte dans la propriété d’Aizenay qui porte un nom ravissant : « Le Plessis aux Moines ». C’est une vieille maison, d’un extérieur modeste, mais accueillante avec son entrée encadrée de deux tilleuls et un banc de pierre ombragé par un figuier. Devant la maison, une pelouse formant terrasse, partout des arbres et des lilas, actuellement fleuris. A côté des dépendances. Après nous être promenés, avons goûté avec un gâteau arrosé de vin blanc de 95. Mllle Ordonneau nous a bien amusés avec des histoires de son enfance, des fiançailles de grand-père et de grand’mère. Sommes rentrés avec une auto toute fleurie : lilas, giroflées sauvages et boutons de roses.

Cet après-midi, allons à la Guilminière et demain à Cholet.

Vendredi 2 mai

Quelques promenades en auto bien agréables. Mercredi à la Guilminière … au retour sommes passés par Apremont.

Hier, sommes allés à Cholet… il pleuvait dès le matin ? Sommes passés par les Brouzils pour Chercher M. et Mme Libaud. Plus nous allions, plus la pluie forçait, nous avons pris des capuchons de secours. … M. et Mme Guigou nous ont reçus de façon charmante et leurs filles : Adrienne et Marthe sont très gentilles, nous avons passé une bonne journée, fait un peu de musique, une petite promena de malgré la pluie. Au retour, passés aux Herbiers et nous nous sommes arrêtés au Mont des Alouettes. par temps clair, il paraît qu’on aperçoit la mer, il ne pleuvait plus, mais le paysage était noyé dans le brouillard. Il reste sur le sommet des moulins datant, paraît-il des guerres de Vendée et la chapelle inachevée commémorant le passage de la Duchesse de Berry. Cueilli sur le Mont des Alouettes une branche de genêt. Sommes arrivés à la nuit.

Dimanche 8 mai – Pentecôte

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 8 mai 1919 était un jeudi. Texte conservé tel quel.

Arrivées en vacances depuis vendredi, mais très occupées depuis. Ce trimestre se passe très rapidement, …La pensée de quitter bientôt Chavagnes m’attriste, cependant j’ai obtenu la permission d’y retourner un mois par trimestre pour cultiver les arts d’agrément. Sans doute y retrouverais-je ici certaines de mes compagnes.

L’hôpital est maintenant complètement évacué aussi nous sommes beaucoup libres, les cours de littérature se font dans le jardin, aux récréations nous jouons à ce qui nous plaît, le soir c’est la table ou les tableaux vivants, à midi, le croquet, un petit croquet à quatre, très amusant…

Vendredi, sommes parties, comme d’habitude pendant la messe d’actions de grâces. Retrouvé à la gare la famille Gendreau ; Armande revient d’un mariage d’une de ses amies à Guilvinec, Finistère.

Tante Denise est bien fatiguée, le cœur, les reins, rien ne va, et Maman se fatigue à la soigner

Vendredi, sommes allés chez Tante Abel, raconté les derniers faits de Chavagnes et fait une petite promenade du côté de la Braconnerie.

Hier matin, aidé Maman au ménage et à la cuisine, cueilli quelques roses pour fleurir la salle à manger…

Le meilleur moment de mes journées est le soir, après le dîner, la promenade que je fais avant la nuit. …

Dimanche 4 mai

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1919-05-08). Texte conservé tel quel.

Nous rentrons demain ; cette rentrée me coûte beaucoup mais, puisqu’il le faut ! Plus que deux mois et demi à Chavagnes. Je regretterai cette grande maison où j’ai passé trois ans, où j’ai été parfois bien heureuse.

Vendredi 18 juillet

C’est fini, j’ai quitté Chavagnes, ma vie de pensionnaire est terminée…

Depuis la Pentecôte, rien de sensationnel, si ce n’est le 28 juin la signature de la Paix, impression toute différente de celle de l’Armistice, j’avais plutôt envie de pleurer en entendant les coches sur Nantes. La cloche de la chapelle a eu aussi sa part de carillon

Le mercredi 9 juillet, la promenade des fleurs des pleurs ? ? ?, pour toutes celles qui n’avaient pas eu leur mention d’honneur ni en Mai, ni en Juin. passé une bonne après-midi au Petit-Port.

Le vendredi suivant, la promenade au musée de peinture, promise depuis si longtemps par Mlle Clergeaud à ses « Chères filles », après-midi, très intéressant !

Le 14 juillet, nous n’avions pas sortie les prix étant si proches, mais chaque classe est allée se promener à part pour voir des décorations de la Ville et soi-disant visiter les sous-marins, mais cette visite ayant été impossible, nous avons demandé à monter au transbordeur. Mlle Clergeaud s’y opposant, Mlle Pouzet a consenti à se charger de nous, il y avait aussi Mlle Mahé-Desportes et Miss Reynolds. Pendant l’ascension, Mlle Clergeaud, restée à terre avec Jeanne Aubin et Jane Blandin récitait son Souvenez-Vous. Nous avons grimpé les 268 marches, sauf Simone qui avait le vertige, et ne voulant pas le dire traînait par derrière. En haut, il y avait de l’air et une vue ravissante ! .Nous y serions restées plus longtemps !

La veille des prix, journée des adieux. Nous avons commencé le matin pour ne finir que le soir, avons couru, Marie, Simone D. et moi de la lingerie à la porterie, en passant par les greniers, causé un peu avec toutes les maîtresses qui ont été charmantes, …Pour finir, Madame nous fait visiter tout le côté de l’hôpital, que nous ne connaissions pas.

Mercredi matin, les prix. Fait ce jour-là mes adieux à Mlle Clergeaud ! Bien que je ne la regrette pas, elle m’a étonnée par la façon dont elle a deviné certaines choses. La cérémonie a été longue, comme toujours, sommes ensuite allées à la chapelle pour la Bénédiction. Un moment d’émotion à la pensée de quitter cette chère maison où j’ai eu tant de joies et de peines. Après la chapelle, une bonne bousculade sous le cloître, le temps de dire au revoir aux unes et aux autres et il a fallu partir, puis prendre le train avec les colis et les prix.

Dimanche matin 20 juillet

Avons repris maintenant notre vie ici avec ses habitudes et cela fait un tel changement avec la vie du pensionnat. J’aide un peu Maman, d’autant plus que Tante Denise est très fatiguée. En dehors de cela, je fais de la musique avec Jacqueline, je travaille soit une robe commencée à Chavagnes, soit à ma broderie, je lis aussi. Marguerite m’a prêté le Journal d’Elisabeth Lesueur, c’est très beau et très profond…

Mardi 22

Hier après-midi chez Tante Abel où étaient Armande et Berthe. Yolande y est venue un moment. Nous partons aux Sables au début d’août.

Fait un peu d’anglais ce matin, je continuerai pendant les vacances.

Mercredi 23 juillet

Avons vu ce matin les noms de celles qui sont admissibles au brevet : cinq sur six…

Passé l’après-midi à travailler avec Marguerite et Charlotte ; après le goûter, promenade à Montorgueil…j’aime beaucoup ce vieux chemin de Belleville, si étroit, si sauvage par endroits, tellement semblable à ce qu’il devait être au temps des guerres de Vendée.

Henri nous arrive demain en permission.

Jeudi 24 juillet

Le soir, lorsque j’ai fini de lire, je vais rejoindre Jacqueline au salon et, dans la demi-obscurité nous jouons par cœur quelques uns de nos morceaux favoris…

vendredi 25 juillet

Les batteries s’achèvent chez Boufard. J’aime ces journées, toujours un peu mouvementées mais si amusantes. Henri est arrivé hier vers 4 heures.

Mercredi 30

Une nouvelle légende, une histoire mystérieuse terrifie le pays, tout le monde en parle, tout le monde est épouvanté. Une bête inconnue a établi sa demeure aux environs de la Gendronnière et de la Tailleferrière, elle sort de sa retraite à minuit et dévale le chemin de la Tailleferrière en poussant des hurlements formidables, nous sommes passées hier dans ce chemin ! Il y a deux jours, elle est même venue jusqu’à l’entrée du bourg. Tout le quartier était sur pied. La légende croît en passant de bouche en bouche, et, chacun raconte les mystérieux faits et gestes de « la bête ». Elle a gratté la porte des Guibert ; elle est passée comme l’éclair entre deux hommes prêts à la saisir. Bouffard a voulu lui donner un coup de bâton et c’est lui qui a été renversé… Naturellement, pour trouver l’origine de cette bête inconnu, il a fallu faire des déductions savantes, et chacun est arrivé à dire que ce devait être un sorcier, on a même désigné un voisin, qui n’a sans doute rien fait. Et nous qui étions aux batteries de la Tailleferrière, serions-nous ensorcelées ?

Jeudi 31 juillet

Tante nous quitte demain pour aller faire un séjour à l’hôpital de la Roche ; elle dit qu’un changement de milieu est nécessaire, mais c’est ennuyeux de la voir partir.

Vendredi 1er août

La mère Robin, qu’on appelait Marie-Grenelle, est morte cette nuit, c’est une vieille figure du pays qui disparaît, une de ces silhouettes comme on en trouve encore quelques unes en campagne. Elle avait dû être spirituelle et peut-être jolie en son jeune temps, mais à soixante-seize ans, après une vie plutôt sûre, elle était cassée, usée, courbée sur un bâton aussi haut qu’elle, mais vaillante quand même, avec son petit bonnet et un sac sur son dos, avec un air de vieille fée ou de sorcière. Il y en aura plus guère de semblables désormais.

Mercredi 2 août

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 2 aout 1919 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Nous voilà aux Sables pour tout le mois d’août…

Samedi et dimanche les derniers préparatifs, et nous sommes mis en route dans l’après-midi vers 3 heures, l’auto étant comme d’habitude chargée et surchargée de paquets. Arrivés ici vers 6 heures ; après avoir déchargé, sommes allées Jacqueline et moi faire un tour à la petite jetée…Avons vu hier des personnes connues, entre autres, M. Cousin et Odette. Mardi, nous sommes allés après dîner sur le Remblai, il y avait en rade des torpilleurs et des dragueurs de mines… Hier après-midi, fait de bonnes parties de croquet avec Odette Cousin, ainsi que deux Nantaises… qui habitent au coin de la rue du 14 juillet. Que de fois nous sommes passées sous leur balcon !

Maman est à la Roche aujourd’hui.

Dimanche 10 août

Le temps passe vraiment vite, je ne sais comment !

Le matin, nous allons avec Maman au marché, puis ensemble sur la plage jusqu’au déjeuner, l’après-midi, retournons à la plage vers trois ou quatre heures, jusqu’au dîner. En fin d’après-midi parfois, nous faisons une petite promenade tantôt du côté des rochers, tantôt sur la petite jetée. Après dîner, l’habituel tour de Remblai.

Hier après-midi, un bain délicieux, l’eau était tiède, avons passé sur la plage le reste de l’après-midi et ne sommes rentrés qu’à 7 heures…La nuit est tombée, une étoile s’est allumée au-dessus du fort Saint Nicolas. L’un après l’autre les phares des jetées se sont allumés, puis le phare de l’île de Ré…

Jeudi 14 août

…Jeudi, nous recevons la famille Libaud, sommes allées en auto avec Papa à Tanchette et à la Rudelière. Hier à la Chaume, à la grande jetée et au fort Saint Nicolas…

Vendredi 15 août

Hier ma première soirée au Casino, la troupe jouait une opérette nouvelle « La cocarde Mimi Pinson », c’était très gentil et l’orchestre était bon…

Mercredi 23 août

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 23 aout 1919 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Mercredi après-midi avons reçu la visite de cousins de Papa, M. et Mme Laforge ? ? ? qui sont restés assez longtemps. Vers quatre heures, Armande et Berthe sont venues et nous ont emmenées au Pierrot…

Jeudi matin nous est arrivées Gabrielle ? Papa et Jacqueline sont allés en auto au-devant d’elle à la gare. Dans l’après-midi, Papa nous a emmenées au cinéma –film assez quelconque.

…Reçu la visite d’Andrée et Marie-Angèle Chailloux, ainsi que leur tante Caillé, qui sont restées fort peu de temps.

Demain après-midi, retournons au Casino pour voir le défilé de la Victoire à Paris et à Londres. Le matin, une messe en musique pour les Morts de la guerre. La messe sera dite par un mutilé et le sermon donné par M. l’Abbé Lesaffre, aveugle de Guerre. Il y aura de très bonne musique…

Dimanche 24 août

Ce matin, sommes allés à l’église pour la fameuse messe en musique… M. l’Abbé Lesaffre a parlé simplement, mais avec une grande émotion. La musique était belle, il y avait au violon, un aria de Bach, puis après l’Elévation, un baryton s’est fait entendre.

L’après-midi au cinéma ; nous avons eu, après une première partie assez quelconque, le défilé de la Victoire. C’était vraiment émouvant et beau ce défilé unique, dans ce cadre grandiose de Paris, les maréchaux Joffre et Foch, les chefs des grandes nations, puis les drapeaux et les régiments. Successivement ont paru sur l’écran le roi Albert, le général Pershing, sir Douglas Haig, le prince Alexandre de Serbie, mais celui qui fut accueilli avec le plus d’enthousiasme fut Clémenceau, le défilé s’est terminé par la présentation du drapeau tricolore, salué chaleureusement.

Après le cinéma, sommes allées à la maison chercher des livres pour venir ensuite sous la tente…

Ce matin, visite à la tour d’Arundel. Avons passé le chenal en barque et gravi les 137 marches de pierre. Vue magnifique, la ville avec la rade, les deux bassins à flot, au-delà la campagne, les marais salants ; de l’autre côté, la Chaume avec ses toits rouges puis les dunes désertes, et enfin la mer, sur laquelle se détache le phare des Barges . Au Sud, avec une longue vue, on distingue l’île de Ré…

Jeudi 28 août

Depuis trois jours, mer assez forte ; comme le vent la pousse, elle vient battre le remblai, une tempête miniature. Comme les tentes ne sont pas montées, nous ne pouvons que nous promener, Maman, Jacqueline et moi, aussi avons-nous fait force tours de Remblai…

Gabrielle est partie cet après-midi. Tante Denise est plus souffrante et ne pourra nous accompagner dans les Pyrénées. Dans huit jours, nous ferons nos préparatifs de départ.

Dimanche 30 août

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 30 aout 1919 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Temps toujours variable…Partons demain aussitôt déjeuner, passerons à la Roche voir Tante Denise et nous occuper du billet de famille pour Lourdes.

Mercredi 3 septembre

Grosse déception. Papa a un fort mal à la gorge qui l’oblige à garder le lit ; notre voyage est repoussé…

4 septembre

Le mal de gorge de Papa continue toujours sans aucune complication ; nous attendons la guérison avec impatience pour filer à Lourdes…

Vendredi 5

Papa va mieux, il ne souffre plus de la tête et moins de la gorge, il n’a plus de fièvre et s’est levé pour déjeuner, peut-être pourrons-nous partir mardi…

Lundi 8 septembre

Demain, à cette heure-ci, nous roulerons allègrement vers Bordeaux. Quelle joie à l’approche de ce voyage. Sommes aujourd’hui en préparatifs…

Jeudi 15 septembre

Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 15 septembre 1919 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Revenus hier soir de notre beau voyage dans les Pyrénées, un peu las, mais ravis d’avoir vu de si belles choses.

Partis du Poiré mardi 9 septembre vers 9 h et demi. Avons fait quelques courses à la Roche, vu Tante Denise souffrante d’une angine, elle avait de la fièvre, très mal à la gorge, se sentait fatiguée, aussi Maman était ennuyée.

Le train n’avait pas de retard, nous avons trouvé un compartiment libre où nous nous sommes installés avec nos nombreux colis ; départ joyeux. Avons déjeuné aussitôt le départ de la Roche ; nous étions bien, il ne faisait pas trop chaud, les provisions étaient bonnes, tout était pour le mieux ! Il n’y a eu qu’un malheur c’est qu’entre Champ Saint Père et la Bretonnière le train a tout simplement déraillé ! pas d’accident, mais la locomotive et le tender étaient sortis des rails, et tout le convoi a failli en faire autant, en plein champs, puis nous avons dû stationner en gare de la Bretonnière où l’express venant de Bordeaux attendait et s’impatientait, faire une nouvelle pose à Luçon, changer de machine et de tender à Velluire, de sorte que nous avons perdu un temps considérable. Avons traversé la Charente avec la Rochelle et Rochefort, puis la Saintonge et le Bordelais, et, après avoir contemplé un coucher de soleil sur la mer et un lever de lune sur la Dordogne, nous sommes arrivés à Bordeaux avec quatre heures de retard. Henri nous attendait, mais nous n’avons pu dîner ensemble comme convenu, il nous a fallu aussitôt nous caser dans le train pour Tarbes., et nous avons pu en deux compartiments, nous installer convenablement pour la nuit. Partis de Bordeaux à 11 heures et demi, nous avons roulé ensuite à travers les Landes. Ai bien dormi. A de brefs réveils, j’apercevais les étendues couvertes de pins…Après une halte à Mont-de-Marsan, nous sommes arrivés à 5 heures à Tarbes et avons attendu le train pour Lourdes jusqu’à 7 heures.. De Tarbes à Lourdes, découvert les premières montagnes ! A notre arrivée, sommes allés dans un certain hôtel du Sacré-Cœur qui nous avait été recommandé ; nous sommes rafraîchis et restaurés, puis sommes allés voir la grotte …l’esplanade, l’église du Rosaire, la crypte et la Basilique…

Sommes rentrés pour déjeuner, puis une bonne petite sieste nous a fait du bien. Ecrit ensuite quelques cartes, puis passé le reste de l’après-midi à la grotte, priant et chantant avec le pèlerinage de Lille, celui de Lyon allant partir. Après dîner, assisté à la procession aux flambeaux, c’était splendide…

Le lendemain, lundi 17, premier jour de mes dix-sept ans, avons décidé de visiter les grottes de Bétharam…départ dans un train bondé, si bien que nous n’avons pu nous loger ensemble et que Jacqueline et Marguerite qui avaient trouvé moyen de s’installer en première, sont descendues à contre-voie, ce qui a donné quelques émotions à Maman qui ne les voyait pas arriver. En sortant de la gare, nous sommes dirigés sur le village de Bétharam et installés à déjeuner en pique-nique, sur un tertre gazonné, à l’ombre d’une maison, en face des montagnes. Au milieu du repas, nous voyons apparaître un visiteur, M. Le Curé de Bétharam, dans un costume des plus pittoresques, avec sous son chapeau en auréole, un large mouchoir blanc qui couvrant sa tête et lui retombant sur la nuque. Le fou-rire commence à nous prendre mais lui, fort aimable, nous demande avec un terrible accent du Midi

« Vous êtes des pèlerins et des pèlerines ? de quel pays ?

De Vendée, Monsieur le Curé

Ah ! fameux, les Vendéens ! »

Après cette appréciation, qui a eu le don de nous mettre en joie, il nous a raconté qu’il venait de faucher – cela se voyait à sa figure cramoisie-, qu’il donnait ainsi à ses paroissiens l’exemple du travail. Enfin, il a mis à notre disposition… l’eau de sa pompe.

Après ce petit intermède, terminé notre déjeuner puis sommes allés visiter l’église de Bétharam et le chemin de croix que le Curé nous avait vantés. L’église est décorée richement, mais dans le goût espagnol et le chemin de Croix nous a paru quelconque. Avons fait ensuite les 4 km et demi qui menaient aux grottes, mais la chaleur était très forte, ce qui rendait le trajet pénible. En arrivant, nous sommes rafraîchis, reposés, puis il y a eu la visite des grottes et cela était tellement intéressant ; toutes ces galeries souterraines, toutes ces merveilles de la nature en une floraison de rêve ; avons vu la grotte supérieure, puis après une descente un peu raide, avons visité la grotte inférieure en bateau. En sommes revenus enchantés. Le soir, dîner à Lourdes, dans un petit hôtel de l’avenue Pyramide. Le lendemain matin, départ pour Pierrefitte et Cauterets. Pris à Pierrefitte le train qui, longeant le Gave, monte dans la vallée où se trouve Cauterets. Le trajet est splendide, les montagnes verdoyantes et magnifiques. En arrivant, visite rapide de la ville, puis déjeuner et ensuite en deux voitures sommes montés au Pont d’Espagne, par la route en lacets … promenade charmante, avec de nombreuses cascades échelonnées le long de la route… Nous admirions en croquant force berlingots, sucres d’orge et nougats, spécialités de Cauterets. Sommes descendus voir de plus près la cascade de Cenzay…Deux kilomètres plus loin, sommes arrivés au Pont d’Espagne ; une arche de pierre jetée sur la crevasse …rencontre des deux gaves de Gaule et de Marcadour. il y a plusieurs très belles cascades. Y sommes restés un bon moment, puis il a fallu redescendre sur Cauterets…Le soir, après délibérations, il a été décidé d’aller le lendemain à Gavarnie, aussi nous avons dîné et couché à Cauterets.

Le lendemain, de bonne heure, l’auto nous a redescendus sur Pierrefitte, où nous avons pris la route de Gavarnie…par une vallée profonde, d’un côté la montagne, de l’autre le Gave à une cinquantaine de mètres en contrebas. …puis nous avons passé le pont Napoléon, auprès duquel se trouve une colonne élevée en l’honneur de la Reine Hortense, de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie…Puis nous avons traversé un endroit appelé le chaos, encombré d’énormes blocs de rocher qui gisent partout, dans le torrent et le long de la montagne. Sont-ce ceux que les Sarrazins jetèrent sur Roland ? A onze heures, étions à Gavarnie, déjeuné en admirant le cirque si caractéristique avec ses gradins, ses neiges et sa fameuse cascade. Sommes allés jusqu’au Pont de neige puis descendue vers Pierrette où nous avons pris le train pour Lourdes…

Le lendemain dimanche, sommes allées communier avec Tante Abel et Marguerite, puis, à dix heures, grand’messe avec le pèlerinage de Lille…L’après-midi…procession du Saint Sacrement si émouvante avec ses longues files de malades, qui crient comme jadis « Fils de David, ayez pitié de nous ».

Fait ensuite le chemin de Croix et monté à genoux les degrés de la Scala Sancte. les stations sont très belles avec leurs personnages de grandeur naturelle. Le calvaire est magnifique, avec ses personnages dont la douleur est parlante !J’aime aussi la mise au tombeau avec l’ouverture du Saint Sépulcre qui se creuse dans le roc…

Lundi… messe en musique au Rosaire et de beaux chants à la grotte…

Le lendemain matin, quitté Lourdes de bonne heure pour Pau…Visité le château, très intéressant et vu le magnifique boulevard des Pyrénées… Repris après déjeuner le train pour Bordeaux, chaleur accablante et retard d’une heure causé d’abord par une panne de machine et ensuite par une rupture d’attelage. Avons tout de même trouvé des chambres et le dîner nous a fait du bien. Avons bien dormi mais il a fallu partir le lendemain matin de bonne heure. Cette fois-ci, le voyage s’est bien effectué, une demie-heure seulement de retard. Après une petite visite à Tante, qui est mieux, étions ici vers 3 heures.

Cela nous a fait du bien que de nous retrouver chez nous, nous étions tous assez fatigués. Suis heureuse de ce voyage…

Mercredi 24

L’oncle Logerie est là, il vient souvent nous voir, et ses visites, toujours intéressantes, nous font plaisir.

Jeudi 25 septembre

…Reçu ce matin une lettre de Tante Jeanne actuellement au Blanc. Oncle Alfred a son changement pour Lyon et tous vont aller bientôt le rejoindre.

Samedi 4 octobre

Le Vendredi 24, reçu notre famille de Vieillevigne. Le mardi, voyage à la Roche, dimanche fait des visites. Lundi, nouveau voyage à la Roche. Mardi et mercredi, préparatifs. Jeudi, voyage à Nantes pour rentrer Jacqueline et hier, troisième voyage à Nantes pour rentrer Tante.

Samedi 11 octobre

Mes vacances sont finies et je suis bien occupée, j’étudie mon anglais, mon violon et un peu d’ouvrage manuel. Mercredi matin, me suis promenée avec Papa et avons rapporté quantité de champignons roses. Je suis retournée ce matin en chercher d’autres, et passée par le Moulin-Guérin où c’était le jour du pressage, le jus coulait des grappes écrasées ; la vendange à côté s’entassait dans une charrette…je suis allée ramasser les champignons du côté du vieux chemin de Belleville et fait une belle cueillette… Ce matin une longue lettre de Jacqueline donnant des nouvelles de Chavagnes.

Mercredi 28 octobre

Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 28 octobre 1919 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Arrivée de Paris depuis Dimanche, je voudrais un peu raconter mon voyage. Quitté le Poiré le dimanche matin 12, j’étais allée avec Radégonde à la première messe… Il faisait bon dans le compartiment, mais le voyage est bien long et fatigant ; il y en a pour douze heures. Traversé bien des paysages divers – bocage vendéen, Anjou, rives de la Loire, Beauce, puis la nuit est arrivée et elle était complète depuis longtemps quand nous sommes arrivés. Personne au-devant de nous. Nous sommes rendus rue Duroc, où toute la famille Gaston nous attendait, avons dîné et nous sommes couchés presque aussitôt. Le lendemain, suis allée avec Papa et Oncle Gaston au Salon de l’Auto. Il y avait foule ; visité divers stands, et sommes revenus par le Pont Alexandre et les Invalides. Dans l’après-midi, suis allée avec Papa voir Oncle Eugène. Tante Marguerite était seule chez elle. Ils occupent un tout petit appartement de quatre pièces où ils étouffent, mais vont déménager cette semaine. Sommes sortis avec Tante Marguerite, avons traversé le Luxembourg, sommes rentrés à Saint Sulpice. Sommes revenus, Papa et moi, par le Bon Marché et la rue de Rennes. Mardi matin, sommes allés voir l’Oncle Logerie, sommes revenus à pied jusqu’à l’Etoile ; j’ai été heureuse de voir l’Arc de Triomphe. Dans l’après-midi, suis allée avec Louise-Marie, Cadette et Jeanne Vivier au Bois de Boulogne, mais nous avons été prises par la pluie.

Le mercredi 15, Solange est venue me chercher vers 10 heures pour passer la journée avec elle. Sommes allées voir l’Opéra et revenues rue du Val de Grâce passant par le Louvre et les quais. Après déjeuner, suis allée avec Suzanne voir le Panthéon, où j’ai revu avec joie les fresques de Puvis de Chavannes, représentant la vie de Sainte Geneviève, nous avons fait la visite des cryptes et des tombeaux, puis nous sommes revenues au Luxembourg attendre Madeleine, laquelle est arrivée vers 3 heures et demi. Avec elle, nous avons fait toute une grande promenade : l’église de la Sorbonne, tombeau de Richelieu et son chapeau. L’église Saint Séverin, très ancienne et intéressante, contourné le musée et le square de Cluny, c’était fermé, passé la fontaine Saint Michel et sommes allées dans la Cité, vu le Palais de Justice, la salle des Pas Perdus, la merveilleuse Sainte Chapelle, aperçu la Tour Saint Jacques. Vu l’Hôtel de Ville, l’église Saint Gervais, Notre-Dame. Sommes rentrées à la nuit.

Le Jeudi 16, il devait y avoir à Montmartre une cérémonie splendide, la consécration de la Basilique. Nous avons voulu nous y rendre, Louise-Marie, Cadette, Francette et moi, mais il y avait une telle foule qu’il était impossible de pénétrer. Vu dans la matinée la Madeleine, la rue Royale et la place de la Concorde. L’après-midi, Madeleine et Solange sont venues, puis Papa et moi avons dîné chez Oncle Raymond.

Vendredi 17, suis allée avec Tante Juliette au Bon Marché , me suis acheté une jolie fourrure et des lampes de piano pour Jacqueline. il y avait de bien jolies choses. Samedi mati, 18, suis allée avec Louise-Marie au Louvre, la plupart des grands tableaux n’étaient pas encore exposés depuis la guerre, mais j’ai vu tout de même des chefs d’œuvres. Sommes revenues par Saint Germain l’Auxerrois. L’après-midi, un tour sur les grands boulevards.

Quitté Paris le dimanche 19… en compagnie d’Oncle Raymond, avons débarqué à 7 heures et demie en gare de la Roche où le docteur Lucas nous attendait avec l’auto.

Samedi 28 octobre

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 28 octobre 1919 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1919-10-28-b pour la distinguer de 1919-10-28.

Rien de bien nouveau depuis mon retour de Paris. Lundi, passé la matinée avec mes cousines. Après dîner, Papa et Oncle Raymond sont allés faire un bridge chez les Lucas, Maman et moi, y sommes allées aussi et mardi soir, le docteur et Mme Lucas sont venus à la maison. Hier, profité du séjour d’Oncle Raymond pour aller faire un tour aux Sables. A huit heures et demie, étions tous prêts, mais l’auto a mis beaucoup de temps à se décider à partir .Ce n’était pas fini, en voulant ranger la clé de la maison, Radégonde l’a fait tomber dans la petite cave, nous mettant à la porte de chez nous, il a fallu aller chercher le serrurier ; tout cela a pris bien du temps. Enfin nous partons et montons normalement la côte de Sainte Marie, mais à Saint Louis impossible d’avancer, il a fallu demander par téléphone un mécanicien à Aizenay et nous sommes restés une heure et demie sur la route. Il pleuvait, nous avions des gouttières dans l’auto ! Bonne après-midi aux Sables malgré la pluie…

Dimanche

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 2 novembre 1919, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

J’aime beaucoup ce « Mois du Rosaire » auquel nous nous rendons chaque soir…

Mardi 28

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 28 novembre 1919 était un vendredi. Texte conservé tel quel.

…Hier temps sombre avec vent du Nord et de brusques averses… passé la matinée à travailler et à écrire quelques lettres. Une visite d’Angèle Vidal qui nous a parlé de Tante Marie-Angèle à qui, dit-elle, je ressemble tant. Maman et Tante ensuite sont sorties, suis restée seule jusque vers cinq heures. J’ai travaillé, dessiné, feuilleté d’anciens numéros du Noël, puis suis allée porter à Angèle un panier de prunes que Maman lui avait offertes. Elle m’a parlé encore de ma ressemblance avec Tante et, tout en causant, cassait quelques brins de genêt pour le faire du feu car je devais être gelée, puis elle est allée dans son jardin chercher du réséda et quelques boutons de roses.

Samedi 1er

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1919-11-28). Texte conservé tel quel.

Jeudi, pour la grande sortie, sommes allés à Nantes chercher Jacqueline…, aperçu Madame qui a été charmante. Passé la matinée à faire des courses. Après déjeuner, ma leçon de violon chez M. Houdbine. Beaucoup étudié et bien travaillé aussi, rapporté du travail pour un mois. Suis allée retrouver Maman et Jacqueline à la Visitation, puis sommes allées voir longuement sœur Agathe, puis il était l’heure de la rentrée, suis allée reconduire Jacqueline. Suis montée jusqu’à la salle d’études… n’ai pu m’attarder car il fallait faire vite ; avons pris Maman et moi le dernier train, couché à Clissson et étions hier matin vers huit heures à Belleville ;

Dans l’après-midi, cueilli les fleurs du jardin pour les porter au cimetière…

Aujourd’hui la Toussaint, il fait un temps magnifique, un peu froid…

Samedi 3

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 3 novembre 1919 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Le jour des Morts tombant cette année un dimanche se trouve repoussé le Lundi. Le soir de la Toussaint sommes allés faire une petite promenade, Marguerite, Charlotte et moi, ainsi que les Chailloux et Marie Antoinette Bonnaud. Il faisait bon marcher et sommes rentrées vers cinq heures. J’étais seule à la maison, Papa, Maman et Tante étant sortis ; me suis assise près de la cheminée de la salle à manger près d’un bon feu de bois, et passé un bien agréable moment.

Hier matin, ciel gris et temps froid… grand messe de Requiem… l’après-midi, vêpres du Dimanche et vêpres des morts et procession au cimetière. Beaucoup de monde et un beau sermon dans lequel M. Le Curé a beaucoup parlé des morts de la guerre. Le soir, chemin de croix, puis fini l’après-midi au coin du feu, tandis qu’au dehors sonnait le glas. Ce matin, assisté avec Marguerite à une des messes basses qui se succèdent depuis 5 heures et demi, puis l’office et suivi la procession.

Vendredi 7

Je comptais bien après déjeuner aller faire avec mes cousines une petite promenade mais les projets sont tombés à l’eau, Tante Abel ayant reçu de très mauvaises nouvelles de son frère Arthur, tous sont partis pour Legé, et je suis restée travailler à la maison…

Dimanche 9

Beaucoup plu cette nuit, ce matin le temps est dégagé et demeure clair…Passé l’après-midi de vendredi avec mes cousines. Hier matin, sommes allées à la Tailleferrière… Passé une très bonne après-midi avec Andrée et Marie-Angèle.

Lundi 10 novembre

Hier journée très ordinaire…, visite chez Mme Gendreau, visite de Mme Dorion. Parlé du mariage de Radégonde Gendreau, Berthe et Armande étaient ravies d’y aller…

Je brode du filet actuellement, c’est un ouvrage que j’aime beaucoup, et qui me rappelle bien des souvenirs. La retraite des anciennes approche et avec elle mon départ, puisque je dois passer décembre à Chavagnes.

Mercredi 12

Sommes allés hier, Papa, Maman et moi à la Proutière d’Aizenay pour la noce d’Henri Chevillon. Sommes partis à 10 h. et demie après avoir hésité car le temps était douteux, avons été vite rendus à la Clopière, mais ce qui a été moins rapide c’est le trajet de la Clopière au village où de faisait la noce ; un bon kilomètre dans un chemin plutôt boueux, qui doit être impossible en hiver. Sommes arrivés en avance, ce qui nous a permis de faire connaissance de la maisonnée, et de voir les préparatifs de la noce : d’immenses chaudrons de soupe, de grandes marmites de ragoût et un plein four de rôtis, où il y avait détaillé plusieurs veaux et une vingtaine de poulets ! Il était environ midi lorsque la noce est arrivée ! La mère Richard a pris son fille et sa belle-fille par la main pour les faire entrer dans la maison, tandis que le père Richard en faisait autant pour sa fille et Henri. Assisté ensuite au défilé des cadeaux, qui a été fort long. Le repas a commencé vers une heure. Nous étions placés à la table d’honneur à côté d’Henri et de sa femme ! Repas interminable, défilé de ragoûts et de rôtis avec des chants. Les jeunes filles chantent « la chanson de la mariée » ou bien les jeunes gens chantent de longues complaintes sur un ton plutôt triste et l’assistance reprend en chœur le refrain, ou bien un jeune homme et une jeune fille montés sur un banc se répondent d’un bout de la salle à l’autre. Le repas s’est terminé par la distribution d ‘énormes tranches de gâteau. Ensuite commence la danse ; les tables sont débarrassées, poussées le long du mur et le « sonneur » s’installe sur l’une d’elle. On a été chercher le « gars d’honneur » pour me faire danser, et j’ai dû m’exécuter pour une polka et une mazurka. Après quoi on nous a reconduits en voiture à cheval jusqu’à la Clopière.

Jeudi 13

Situation politique inquiétante. Un an depuis l’Armistice, et la vie normale du pays ne reprend guère. La vie est affreusement chère. Les journaux de Paris ne s’impriment plus. Les grèves se multiplient. Il est à souhaiter que les élections qui arrivent dimanche, soient assez bonnes pour tout remettre en ordre.

…Rien de nouveau hier. Le matin, anglais et violon. Après déjeuner, Charlotte est venue me trouver, travaillé ensemble jusqu’à l’heure du chemin de Croix.

Vendredi 14

La neige a fait son apparition… cet après-midi, allons chez les Gendreau…

Passé l’après-midi d’hier au coin du feu, travaillant à mon filet et causant avec Tante…

Dimanche 16

Les nuages se sont déchirés hier soir et il a gelé dur cette nuit. La neige craque sous les pas…

Passé l’après-midi d’hier chez Mme Gendreau. Parlé du mariage de Radegonde, maintenant tout proche, ainsi causé de toilettes, coiffures, tous sujets qui ne m’intéressent guère.

Lundi 17

Seule à la maison. Papa, Maman et Tante sont partis à la Guilminière. Suis descendue dans la salle à manger, avec tous mes cahiers et je me suis installée près d’un bon feu. La neige est maintenant fondue et on patauge dans la cour

Hier, dimanche… après quelques visites, suis rentrée à la maison, les Chailloux sont venues, puis j’ai terminé la journée en lisant Cyrano de Bergerac, qui m’a si vivement intéressé.

Jeudi 20

Beaucoup de choses depuis Lundi. D’abord mardi le mariage Edmond-Radegonde Gendreau, nous étions invités, mais avions déchiré l’invitation et nous sommes contentés de la messe qui en valait la peine. L’église était décorée de plantes vertes magnifiques, de chrysanthèmes blancs ; devant la mariée, il y avait une corbeille de fleurs de toute beauté.

Avec tout cela, il faisait un temps affreux, vent, pluie, tout y était. Les invités dont cependant venus à pied, le marié seul était en auto. Il y avait de ravissantes toilettes : Armande, première demoiselle d’honneur, était en rose, Berthe et Suzanne en rose également. M. Gabriel Gendreau avait une cape de satin magnifique. L’allocution de M. le Curé était tout à fait délicate. La messe superbe avec un très bon violon ; j’ai eu beaucoup de plaisir à entendre de nouveau la Méditation de Thaïs. Sommes allés à la Sacristie, puis retournés à l’église pour voir le défilé . Radegonde était tout à fait bien et très gracieuse . Tout était superbe, seul manquait le soleil.

Hier matin travaillé, hier après-midi, réunion avec Marguerite, Charlotte et les Chailloux.

Vendredi 21

…Cet après-midi, une petite promenade au Moulin-Guérin…rapporté une brassée de feuilles de chêne, vertes et or, et les ai disposées dans des vases de cuivre, au-dessus de ma petite bibliothèque. Trois boutons de roses -les derniers- dans un petit vase, sur mon bureau, et voilà ma chambre parée.

Samedi 22

Bonne journée aujourd’hui…Aussitôt l’arrivée du courrier – lettres de Jacqueline et d’Oncle Alfred-, j’ai pris mon béret, mon manteau, mon bâton sous mon bras, un livre « La Douce France » de René Bazin dans ma poche, et me voilà partie ? Tout naturellement, je me suis dirigée vers la Croix-Bouet. Une fois sortie du bourg, tiré mon livre et me suis mise à lire en marchant… J’ai fait ainsi une excellente promenade, marchant, lisant, regardant, écoutant. …

Après déjeuner, sommes allées chez Tante Chailloux, Maman, Tante et moi ; avons passé là deux heures qui ne m’ont pas semblé longues tant la conversation a été agréable et variée et suis rentrée ravie.

Lundi 24

Partons demain à la retraite de Chavagnes ; demain, nous regagnons cette grande maison où j’ai passé trois ans et j’y resterai jusqu’au jour de l’An. Suis heureuse d’aller là-bas. J’y retrouverais d’ailleurs plusieurs de mes amies, j’aurais un règlement charmant, idéal : peinture, cuir repoussé, ouvrage manuel, musique.

Mercredi 31 décembre

Me voici revenue de Chavagnes où s’est écoulé trop vite un mois délicieux . Parties le mardi 25, Marguerite, Armande, Berthe et moi, après un bon voyage, nous avons déjeuné à Chavagnes où nous avons été accueillies affectueusement par Madame. Retrouvé pas mal d’anciennes : Anne-Marie, Marie-Paule, Simone, ainsi que Marie qui devaient elles aussi rester quelques temps. Les trois jours de la retraite ont passé très rapidement. Nous avons eu des sermons très intéressants et une belle messe de clôture, avec chant et violon. Dans la journée, nous allions un peu en ville, nous promener dans le jardin et, après dîner, il y avait un petit moment de danse. Réunion d’anciennes plutôt que retraite. Ensuite, une fois les autres parties, nous avons commencé notre nouvelle vie, vie très agréable et très gaie, sans règlement ni aucune gène. Je travaillais le dessin, l’anglais, le violon. Deux fois par semaine, nous allions, Marie et moi, prendre nos leçons chez Mme Houdbine et en profitions pour faire quelques bonnes escapades. Vers le 20, Anne-Marie et Marie-Paule sont parties et nous sommes restées toutes trois.

Je voudrais tout retenir de ce mois trop vite écoulé et en conserver tous les souvenirs… un air de valse ou de mazurka qui me revient en mémoire, tantôt une chanson que nous chantions ensemble. Je me souviens de quelques moments   un après-midi sous le cloître, alors que Simone travaillait à sa peinture, que Marie tapait sur son cuir et que je gribouillais mon fusain… je voudrais tout fixer, tout conserver…

J’ai vu Jeanne une fois, durant mon séjour, cela m’a fait plaisir, mais mon meilleur souvenir est celui d’un concert où Mme Houdbine nous avait emmenées Marie et moi. C’était merveilleux. …

Marie et Simone sont parties le 23. Cela m’a fait beaucoup de peine. Qui sait si nous nous reverrons ici-bas ? Je me suis ensuite trouvée seule, mais les élèves du B.S. ont été charmantes et nous avons passé de bons moments.. Nous avons eu une bonne fête de Noël, une veillée agréable, une messe de minuit bien belle et pieuse. Le lendemain, au B.S., il y a eu une petite fête pour les 18 ans de Madeleine Destouches, et nous avons passé une agréable après-midi.

Maintenant, me voici de retour ici pour le mois de janvier, je retourne à Chavagnes en février…