Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.


Jeudi 1er janvier 1920

La voilà finie cette année 1919, commencée avec une certaine appréhension… J’ai repassé dans ma mémoire ces douze derniers mois… cette fois-ci à l’aurore de 1920, j’ai grande confiance en la Providence, que Dieu envoie ce qu’il voudra, je luis suis et lui demeurerai soumise.

…Ce matin, une carte de Marie qui m’aurait fait grand plaisir qui elle ne m’apportait pas une bien pénible nouvelle : Simone est au lit avec une typhoïde.

Lundi 5 janvier

… Les vacances de Jacqueline passent rapidement. Samedi, déjeuner chez les Lucas et passé une excellente journée.

Mardi 6 janvier

Temps glacial… Il faut faire des grands feux dans la salle à manger. Dans ma chambre, il fait très froid, ce qui ne m’empêche pas de m’y installer chaque matin, malgré les protestations de Maman, mais, en bas, au milieu des allées et venues, du bruit des conversations, il est impossible de travailler ou d’écrire. Aujourd’hui les Rois, Jacqueline va confectionner un gâteau que nous mangerons à midi, mais Tante est bien fatiguée et cela est inquiétant et pas bien gai. Je me souviens des déjeuners du jour des Rois, du temps de Grand’mère, avec la tête de veau, la dinde aux marrons et le Saint Honoré traditionnels. Que cela est loin, et que de disparus ! Rien de très nouveau ces jours-ci, une photo de Menine arrivée hier…

9 janvier

Jacqueline est rentrée hier, et je suis seule pour près d’un mois ; ma vie est moins gaie et plus monotone, mais j’ai toujours la joie de contempler la nature si variée et si belle…

Samedi 10 janvier

Temps doux et humide… Hier, passé l’après-midi à travailler avec Marguerite et Charlotte ; suis rentrée à la nuit et me suis installée dans la salle à manger avec Papa tandis que Maman travaillait près de Tante, Il faisait bon près du feu, on entendait une chouette. Jacqueline a fait bon voyage.

13 janvier

Passé l’après-midi d’hier avec mes cousines, je travaille avec ardeur, et mène de front la broderie et le cuir repoussé, jamais je n’ai le temps de m’ennuyer

15 janvier

Depuis deux jours un temps magnifique, un vent léger, un ciel très pur, un soleil très doux… j’en profite avec joie et tâche d’être dehors le plus possible…

Tante est malade, malheureuse et peu commode à vivre ; elle ne supporte ni une étourderie ni un oubli, il y a des moments pénibles…

vendredi 16

Une longue promenade hier soir avec Marguerite ; parties vers quatre heures, par la route d’Aizenay ; passées par la colonne. De là-haut, la vue est magnifique, le bourg tout entier, groupé autour de son église, de l’autre côté la campagne, voilée de brume ; j’aime tant contempler tout cela . Après une prière, avons traversé plusieurs champs et filé vers la route de la Genétouze en passant par la Jamonnière. De la Thibaudière, contemplé le coucher du soleil… En revenant, comme c’était bientôt l’heure de la prière, sommes allées en attendant à la crèche. J’aime bien cette crèche, toujours la même du plus loin qu’il m’en souvienne, avec ses personnages traditionnels. Sommes rentrées à la nuit…

Samedi 17 janvier

Hier matin, vu Marguerite puis Andrée Chailloux, avons ensuite déjeuné de bonne heure pour aller à La Roche. Il faisait très beau. J’ai acheté de la musique et quelques livres…

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 19 janvier 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Passé mon après-midi de samedi avec Andrée et Marie-Angèle ; je m’étais installée, après déjeuner, à me rôtir les pieds et à lire « La Maison » de Bordeaux, qui m’intéresse vivement. Vers 4 h. et demie, elles sont venues me chercher ; nous avons fait une bonne petite promenade et passé un excellent après-midi ensemble…

Mardi 20 janvier

Passé l’après-midi d’hier chez mes cousines avec Armande et Berthe. Charlotte était fatiguée, mal de tête et lassitude. Après-midi quelconque, parlé mariage et toilettes, cela ne me passionne pas. J’y retourne encore aujourd’hui, mais cette fois avec Marie-Antoinette Bonnaud. Il pleut une pluie très fine qui trouble le paysage. Rien au courrier.

Mercredi 21

J’ai été atterrée ce matin, appris par une lettre de Jacqueline la mort de Jane Blandin. Comme elle a été vite partie ! depuis le milieu de décembre elle n’était pas bien, se plaignait de fatigue, de maux de tête, mais quand elle est partie, la veille des vacances, nous étions loin de supposer que nous ne la reverrions plus, et surtout qu’elle serait si vite morte ? Après les vacances, une lettre de Jacqueline parlait de rhumatismes articulaires ; d’après la dernière lettre, ces rhumatismes se seraient portés au cerveau et elle serait morte d’une méningite ; elle a dû être enterrée lundi. C’est terrible, cette pensée de la mort, de l’éternité…pas de nouvelles de Simone depuis quelque temps. Pourvu qu’elle ne suive pas Jane…

Vendredi 23 janvier

Depuis ces deux jours je pense sans cesse à Jane ; je suis tellement bouleversée par cette nouvelle ; ne l’ai pas encore annoncé à Charlotte, car elle a beaucoup de fièvre et elle est très faible ; nous lui, avons seulement dit que Jane était très souffrante et qu’on craignait une méningite. Charlotte a beaucoup pleuré.. Hier, après déjeuner, suis montée à la Croix-Bouet, il faisait un temps doux et ensoleillé ; j’avais avec moi un livre de René Bazin acheté tout dernièrement « De toute mon âme », et j’avais grand plaisir à le lire…

Hier, devais aller avec Marguerite, voir Armande et Berthe, mais Marguerite a été retenue par l’arrivée de sa grand’mère et j’y suis allée seule. Passé une bonne après-midi. Avons écouté le phono ; il y a quelques bons disques, parmi lesquels le « Clair de lune de Werther » et « Le Cygne », de Saint-Saëns, violoncelle et piano.

Lundi 25 janvier

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 25 janvier 1920 était un dimanche. Texte conservé tel quel.

Journée d’hier bien remplie. Ecrit à Suzette, dont j’avais reçu une bonne lettre ; suis allée voir Charlotte qui ne va pas bien fort. Sommes ensuite allées voir Mme Lucas, Mme Dorion puis Tante Guesdon est venue jusqu’au dîner… Samedi… après déjeuner, suis allée prendre Marguerite pour une promenade, sommes passées par la Croix-Bouet et la Maumernière ; il faisait très bon à marcher… quand je suis rentrée, trouvé Mme Fort, l’institutrice publique, qui était avec Maman et Tante depuis un moment déjà. C’est une personne qui paraît intelligente et de caractère assez vif ; peut-être est-elle bonne et sans doute sympathique quand on la connaît. Elle arrive du Sénégal où elle a passé plusieurs années et raconte des choses intéressantes, seulement elle juge les choses de façon assez entière et péremptoire et ne se gène pas pour dire ce qu’elle pense. Elle n’est ni pratiquante, ni croyante, et c’est dommage qu’une belle intelligence ne puisse se tourner du côté de la lumière et de la vérité ? Elle n’aime pas les Vendéens, chacun son goût ! leur reproche d’être froids, sans élan –c’est leur nature faite de réserve et de pudeur ; je les préfère à certains méridionaux qui se jettent à la tête des gens – elle leur reproche enfin de manquer d’intelligence. Je ne sais pas ! il est vrai qu’elle ne connaît guère de Vendéens, et que les enfants qui fréquentent son école ne sont pas les plus remarquables ou les plus intelligents ? « Enfin, dit-elle, ce n’est pas la peine de se fatiguer ; quand ils seront tous ignorants, ce sera le règne des curés »…

Hier dimanche… après déjeuner, discuté avec Tante au sujet de livres ; elle apprécie beaucoup Daudet, tandis que je préfère de beaucoup Bordeaux et Bazin . J’aime peu Daudet, à part certaines « Lettres de mon moulin » ; le style est charmant, mais il a l’air de croire que personne au monde n’est sincère, de se moquer de tout, et il n’y a rien au monde que je déteste comme cette ironie perpétuelle et ce scepticisme léger. Tante ne peut comprendre mon point de vue.

Mardi 27 janvier

Hier matin déjeuner à onze heures, pour aller ensuite à La Roche, faire des essayages, ce qui était bien fastidieux… acheté deux des mes romances favorites ; l’Anneau d’Argent et la Ballade du Roi de Thulé. Je reparts à Chavagnes jeudi, c’est ce jour là la grande sortie et nous verrons Jacqueline. Je reste à Chavagnes tout le mois de janvier. S’il n’y a personne d’autre, j’aurais toujours les B.S. et suis sûre de passer quelques bonnes journées quand même.

Mercredi 28

Je rentre demain, je quitte la campagne grise et verte, si douce sous son ciel pâle et cela me fait un peu de peine. Hier, une bien bonne promenade… par la Maumernière et la Croix Bouet. Emporté avec moi les Mémoires de la Duchesse d’Abrantès. Il me faut maintenant préparer ma malle, nous partons demain à 7 heures.

Vendredi 30 janvier

Me voilà pensionnaire depuis hier soir, et tout à fait habituée. Hier, sommes partis de bonne heure, passé la journée ensemble et sommes rentrées vers cinq heures. J’occupe comme toujours une cellule au grand dortoir ; je suis toujours heureuse de revenir dans cette maison hospitalière, de passer sous les cloîtres, de retrouver des amies. Toutes sont très occupées par les préparatifs du Carnaval, j’ai le privilège d’assister aux répétitions, nous avons follement ri hier soir. Dimanche, Mme Houdbine m’emmène au concert ; j’en suis ravie.

Samedi 31 janvier

Passé hier une bien bonne journée, je suis sûre que je ne m’ennuierai plus ; les élèves du B.B. sont toutes si gentilles, et j’ai encore bien des amies ici. mes ouvrages ne sont pas encore commencés, mais j’ai bien de quoi m’occuper en attendant. Hier, me suis installée et écrit un peu. Il paraît que l’état de Simone est inquiétant… elle faisait une rechute de typhoïde. Ecrit hier soir un mot à Marie pour avoir des nouvelles. Repris possession de notre classe du B.S. et de la chambre de Mme Lafarge, où je m’installe pour mes études de violon. Au B.S., j’ai cette fois-ci deux tiroirs à la table du fond…

1er février

Mme Houdbine m’emmène ce soir au concert… c’est le second d’une série sont j’avais entendu le premier avec Marie et qui nous avait tellement intéressé toutes deux…

7 heures – Je reviens du concert et suis folle de joie, c’était merveilleux… c’était une séance de musique classique : un quatuor de Schumann de toute beauté, Prélude, choral et fugue de Franck pour piano, splendide, Sonate de Veracini pour violoncelle et piano ; la troisième partie surtout était ravissante, enfin pour clôturer, le 4ème quatuor en mi mineur de Fauré. C’était trop beau, il faudrait que ça dure toujours…

Lundi 2 février

Nous sommes bien amusées ce matin… somme descendues en classe pour faire des expériences de chimie. Avons commencé par le gaz carbonique, mais la craie était mauvaise et cela n’a pas réussi. Pour continuer, Mlle Otto a fait brûler de l’essence de térébenthine, l’expérience était jolie et amusante, mais cela a mis partout du noir de fumée si bien que nous avons craint d’être transformées en négresses. Ensuite une chose plus compliquée, la combustion du phosphore de calcium sous l’eau, pour reproduire des feux follets ; avons obtenu des petites flammes dansant à la surface de l’eau, tandis que des couronnes blanchâtres s’échappaient, mais il se dégageait aussi une odeur épouvantable si bien que nous avons dû aller continuer au dehors.. Mlle Clergeaud s’en est sauvée, mais Mlle Lambert est venue au contraire, avec toutes ses élèves bien qu’elles aient été obligées de se boucher le nez ; c’était trop drôle. A l’heure qu’il est j’entends encore sous la fenêtre de grésillement du phosphore que nous avons jeté. L’expérience la plus drôle était celle du gaz hilarant – protoxyde d’azote – en gaz d’après les manuels, nous met dans un état d’ivresse ; nous avons beaucoup ri en le préparant, mais aucune ivresse ni aucune anesthésie, nous étions seulement très énervées ?

Mardi 3 février

Bien que je sois seule, j’ai de très agréables moments avec les élèves du B.S. et quelques amies. Hier soir, Mlle Otto m’a emmenée à la répétition de la pièce de Carnaval et nous nous sommes beaucoup amusées…

Samedi 7

Fort peu de temps à moi à cause de tous mes ouvrages en chantier et aussi des préparatifs du Carnaval.

Le père de Jane Blandin est venu hier voir Madame, il lui a parlé de la mort de sa fille, si résignée à la volonté de Dieu, de son carnet de retraite qu’elle avait continué en y notant, chaque jour ses pensées. A la dernière page écrite étaient ces mots «  Et après tout, à quoi cela me servira-t-il dans l’éternité » ? Combien nous devrions réfléchir à cela !

Dimanche 8

Je reviens du théâtre où j’ai vu jouer « Marouf », c’est la première fois que je vais au théâtre et je suis encore sous l’impression de cette musique ravissante. A 1 heure et demie, je me suis rendue chez Mme Houdbine et là sommes parties au théâtre avec Mlle Louise…et d’autres personnes. Mlle Louise faisait partie de l’orchestre, les décors étaient ravissants et la musique très colorée … C’est un conte des Mille et Une Nuits admirablement adaptée à la scène, avec un ballet au troisième acte, une mise en scène ravissante, des apparitions de génies. Naturellement, tout se termine pour le mieux et je suis rentrée enchantée.

Mardi 20 février – maladie de Charlotte

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 20 fevrier 1920 était un vendredi. Texte conservé tel quel.

Suis un peu patraque, mal au cœur, à l’estomac, des vertiges hier ; aujourd’hui mal à la tête et aux yeux… Ce qui est plus inquiétant c’est l’état de Charlotte ; la fièvre l’a reprise –toujours 38°-. Tous sont très inquiets ? On a fait venir une religieuse. M. Lucas la voit chaque jour, le docteur Meynard plusieurs fois par semaine…

…Simone C. m’a écrit qu’il y avait de très mauvaises nouvelles de Simone Robert ; elle a eu une rechute et des complications ; ses parents sont extrêmes inquiets. Je suis angoissée aussi.

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 25 fevrier 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Madame vient de me prévenir qu’elle a une lettre de Madame Robert ; la chose est malheureusement vraie, Simone a fait une rechute et de graves complications. On demande des prières pour elle. Que Dieu la sauve, ce serait trop affreux ?

Jeudi matin 12 – mort de Simone Robert

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1920-02-25). Texte conservé tel quel.

Reçu une lettre de Marie, hier soir, l’état de Simone a l’air tout à fait désespéré ; peut-être est-elle morte à l’heure qu’il est, c’est affreux ! Marie me dit que seul un miracle peut la sauver… Je ne pouvais pas dormir cette nuit ! je pensais à Simone et aussi à Charlotte. Que Dieu les sauve toutes deux.

7 heures – Simone est morte ! c’est fini ! je n’ai plus le courage d’écrire… Madame est venue m’annoncer la terrible nouvelle et m’a emmenée pleurer à la chapelle. Que Dieu m’aide, j’ai tant de chagrin !

Samedi 14

Je suis encore sous le coup de la terrible nouvelle et j’y pense sans cesse… Aucune nouvelle de Charlotte ; Tante Marie-Angèle me disait que l’on craignait beaucoup des complications pulmonaires ? Marguerite aussi est malade, on parle d’appendicite. Que de misères de tous côtés.

15 février

Suis bien triste ce soir. Aujourd’hui commencent les fêtes de Carnaval , mais je n’ai guère le cœur à la joie. Simone est trop présente à mon esprit pour que je puisse me réjouir et rire comme les autres… Ce qui est dur, c’est de retrouver tant de souvenirs des années précédentes surtout de l’année dernière et du mois de décembre.

18 février

Les trois jours de Carnaval se sont écoulés, je me suis étourdie pour moins penser, et pourtant je suis toujours aussi triste. Dimanche soir a eu lieu la pièce du 3ème Cours : Cendrillon ; c’était gentiment joué et nous avons passé un bon moment. Lundi, la pièce du 2ème Cours : « La fille du sonneur de cloches », c’était très bien aussi, il y avait des jolis costumes et tout aurait été agréable si je n’avais été prise au beau milieu d’un malencontreux saignement de nez. Hier matin a eu lieu un « grand bal » ; j’ai dansé et retrouvé mes souvenirs du cours de danse, valses… troïkas, pas de quatre, pas des patineurs. Hier soir enfin , la représentation de la pièce du 1er Cours, c’éait très réussi et les actrices ont bien joué, je suis restée dans les coulisses et c’était intéressant, il y a eu une yrès belle apothéose…

Jeudi 19

Je reviens de la cathédrale, dont nous avons visité les tours, les élèves du B.S. et moi. Il faisait un temps magnifique… grimpé des escaliers interminables, vu les cloches, passé sous les voûtes et au bord des toits ; c’était très intéressant, j’aimerais beaucoup connaître un peu les secrets de ces vieux bâtiments, les passages dans l’épaisseur des murs, et j’aurais été bien heureuse dans cette cathédrale, si je n’avais retrouvé tant de souvenirs de l’année dernière ; nous étions six, nous voilà déjà dispersées, et l’une de nous n’est déjà plus !

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 21 fevrier 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Dans huit jours, je serai à la maison ; je repars Jeudi matin. Ce mois de février a été vite passé. Je ne me suis pas ennuyée, au milieu de mes amies, mais quelle différence avec le mois de décembre. Si j’ai eu cette fois plus de distractions : concert, théâtre, répétitions et comédies, combien de peine et de tristesse en plus. Marie et Simone étaient là, maintenant Simone est morte et Marie bien loin !

Hier.. midi, une lettre de Solange et une de la maison. Les nouvelles que donne Maman sont loin d’être bonnes. Le Docteur Labeyrie est venu voir Charlotte, qui a toujours de la fièvre, il croit à une maladie du sang et veut faire venir in spécialiste ; peut-être faudra-t-il que Charlotte aille à la clinique de la rue Félibien suivre un traitement. Tout cela est très inquiétant et ressemble bien à la maladie qui a emporté Lucie, si Charlotte s’en tire, il lui faudra du temps pour se remettre.

Les cours de danse recommencent Lundi, que de souvenirs encore! Jacqueline en est ravie pour son compte . Papa, Maman et Tante doivent être à Paris, Tante repart Mardi pour Giromagny.

27 février

De retour à la maison ; je suis heureuse de retrouver des choses si chères, mais j’ai eu de la peine à quitter Chavagnes. Les derniers jours ont été surchargés, j’avais tous mes montages à faire, ce qui a donné bien du travail. Mercredi, j’ai fait ma malle, puis mes visites d’adieux. La journée d’hier a été vite passée ; nous avons rentré Jacqueline de bonne heure pour être ici avant la nuit…

Charlotte est un peu mieux, l’analyse de sang n’a pas donné ce que l’on craignait et la fièvre est moins forte.

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 28 fevrier 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

…Je viens d »écrire à Marie, mardi prochain, Simone aurait eu dix-huit ans ; tout cela fait de la peine ?

Lundi 1er mars

…Hier après les Vêpres sommes allées un peu sur la route du Boucheau, avec Andrée, Marie-Angèle et Marie-Josephe Dorion. Rien au courrier ce matin, avec la grève des chemins de fer ce n’est pas étonnant…

Mardi 2 mars

…Temps superbe encore aujourd’hui ; suis allée hier jusqu’à la Braconnerie avec Marguerite et Marie-Antoinette Bonnaud. Il y avait beaucoup de vent…

Hier une dépêche de Tante Denise disant qu’elle était en bonne santé, elle nous a écrit mais la lettre n’est pas parvenue. Charlotte est toujours dans le même état, elle s’alimente, la fièvre baisse mais les forces ne reviennent guère.

Jeudi 4 mars

Papa est grippé, nous n’avons pu aller à la Roche comme nous comptions le faire, peut-être devrons-nous repousser notre départ aux Sables.. Rien de neuf mercredi, nous sommes allées, Maman et moi chez Tante Victor et chez Mme Lucas, où nous sommes restées longuement comme d’habitude et avons passé en revue tous les petits potins du pays. On parle de mariages et même de remariages : celui de M. Delaroze qui a bien 60 ans et celui de Mme Béjuau ? ? ?, la mère de Mme Gouin, divorcée depuis deux ans. On parle aussi du mariage de M. Charles Ordonneau et enfin de celui d’Armande. Il y a aussi l’Abbé Pierre Tenailleau qui fait toujours des siennes. Hier, temps magnifique, nous sommes promenées de nouveau avec Marguerite et Marie-Antoinette Bonnaud, fait le tour par la Croix Bouet et la Maumernière, il faisait même chaud à marcher…

Samedi 6 mars

Hier, une bien bonne après-midi. Dès une heure suis allée chercher Marie-Angèle et, parties par la route de la Roche, sommes passées à la Gilardière, la Laitelière et arrivées à la route de la Genétouze, il faisait un temps délicieux. Andrée avait un peu de migraine. Au retour trouvé Armande et Berthe qui sont restées un moment, puis Marie-Antoinette Bonnaud est venue ; avons goûté et passé un agréable moment à causer de bien des choses intéressantes qu’il est difficile d’aborder dans d’autres groupes.

Lundi 9 mars

Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 9 mars 1920 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Dimanche habituel avec grand’messe et Vêpres. Suis allée jusqu’à la Faucherie avec Marguerite et Marie-Antoinette Bonnaud. Puis visites de Mlle Ordonneau, de Mme Yvernogeau et de Mme Lucas…

Les Sables, mercredi matin

Réintégré depuis hier soir le boulevard de l’Ouest et sommes réinstallés, sans autre incident qu’un combat acharné de Maman, contre une nichée de souris qui s’étaient emparées de la baignoire. Aussitôt l’installation faîte, suis allée faire visite à la petite jetée et à la plage, le vent était très froid… Ce matin, suis allée avec Papa à la Poissonnerie… fait quelques courses et suis rentrée par le remblai…L’activité se concentre sur le port et autour du marché, c’est une ville nouvelle, très différente de la ville d’été.

12 mars

Il pleut… . Nous sommes bien installés maintenant ; les premiers jours la maison était bien froide et humide, à présent que tout à été ouvert cela va ; je me promène beaucoup… je travaille, j’écris, je dessine, je joue du violon, emploi du temps très agréable.

Dimanche 14 mars.

Pas mal à faire ces jours-ci, des courses, un peu de correspondance… Hier matin, tempête

Mardi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 16 mars 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Temps froid et ensoleillé aujourd’hui, toujours un grand vent. Hier, après quatre heures, nous avons fait le tour de Tanchette, Maman, Berthe et moi, avons coupé par les pins et fait une bonne promenade. Je pars ce soir pour Nantes, bien qu’il y ait beaucoup de tains supprimés, le voyage est cependant possible. Suis contente de me retrouver pour quelques jours à Chavagnes.

Mercredi 17

Journée d’hier fertile en évènements. Le matin, avons fait mes préparatifs, pour Nantes. Après déjeuner, avons vu arriver l’Oncle Chailloux et Marie-Angèle, ils devaient venir Lundi, mais avaient reculé devant le mauvais temps. Un peu après deux heures sommes allés tout tranquillement à la gare, et là, une fois le billet pris, alors que nous avions eu précédemment tous les renseignements voulus, avons eu la surprise d’apprendre que le train par lequel je voulais revenir ne prenait pas de voyageurs, il aurait fallu coucher à La Roche. J’ai donc dû renoncer, mais cela a été une grosse déception ; je regrette de manquer la petite fête dont je me promettais tant de plaisir, de manquer ma leçon de violon, de ne pas revoir Jacqueline et mes amies, enfin tant pis, c’est un sacrifice à accepter.

Jeudi –l’Anneau d’Argent

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 18 mars 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Encore hier une bonne promenade, toujours jusqu’à Tanchette, coupant comme l’autre jour à travers les pins…

Beaucoup pensé à Simone … quand je suis seule, je me remémore les chansons que nous chantions ensemble surtout l’Anneau d’Argent. Nous étions si loin de penser que bientôt elle dormirait dans un « cercueil de blanc satin capitonné »…

Samedi 20 mars

Temps magnifique, une vraie journée de printemps. Je reviens de l’église et prolongé la promenade par la petite jetée et les piles… tous les bateaux sont dans la rade… Nous devons aller tantôt au Puy d’Enfer…

Dimanche 21 mars

Sommes parties vers 1 heure et coupé par la plage, il faisait bon marcher sur le sable, tout près de la mer… arrivées vers 3 heures au Puy d’Enfer, nous sommes installées sur un rocher bien exposé… Dessiné un peu sur un petit album que j’emporte volontiers en promenade…

7 heures. -… Journée assez chaude. Ne suis pas sortie, si ce n’est pour aller un moment au soleil sur un banc du Remblai. Jamais je ne me lasse de contempler la mer…

…Sur le boulevard, j’entends la conversation des voisines qui prennent le frais, nous allons dîner.

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 22 mars 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Papa était hier à la pêche avec deux de ses amis du Cercle, M. Magnan et M. Luttmann ; ils ont été rejoints par Mme et Mlles Luttmann qui ont exprimé le désir de faire notre connaissance, sans doute irons-nous les voir.

Mardi 23 mars

Encore hier une bien bonne après-midi. Sommes allées à la Chaume, passant le port en bateau ; il faisait un temps splendide, la mer était bien belle et j’ai toujours tant de joie à la contempler, à regarder toute la baie. Sommes passées devant le calvaire et nous sommes assises à la pointe des rochers d’où la vue est si belle. A droite, on aperçoit le phare des Barges. …

Jeudi 25 mars

…Mardi, Papa et Maman sont allés au Poiré pur l’enterrement de la mère du Docteur Lucas. Maman portait un cordon, elle a vu Charlotte qui n’est pas brillante. Hier, sommes allés chez les Luttmann, il n’y avait personne, nous y retournerons. …

Vendredi 26

Sommes allés hier au Marais, il faisait un peu plus de vent, passé cependant une bonne après-midi et avons pris une quinzaine de meuils. Rapporté de grandes branches d’aubépine que j’ai mises dans le salon. Dans la salle à manger et ma chambre, mis des boutons d’or et des marguerites.

Samedi 29

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 29 mars 1920 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Bien des choses hier. Une visite à la famille Luttmann ; tous ont été charmants, les deux filles, Jeanne et Simone, ont 19 et 14 ans, elles ont l’air bien gentilles, quoiqu’un peu timides. Sommes rentrés à la maison, puis sorties de nouveau, Maman et moi, pour aller voir les Petites Sœurs des Pauvres. Sommes arrivées pendant la Bénédiction et allées à la chapelle ; cela m’a amusée de voir ces bons vieux chanter de tout leur cœur ; l’un remplit l’office de sacristain. Avons vu ensuite la Supérieure, et aussi sœur Antoinette, qui depuis longtemps vient quêter au Poiré. …

Hier soir après dîner, un orage assez violent ; Maman, qui dormait s’en est levée toute droite, les coups de tonnerre et les éclairs arrivaient ensemble et c’était un peu impressionnant.

Nous voici en Semaine Sainte…

Mercredi 31 mars

Nous quittons les Sables demain, suis heureuse de retrouver le Poiré et la maison… Fais pas mal d’ouvrage ces temps-ci et vais commencer un dessus de lit brodé pour ma chambre ; c’est un grand travail.

Hier vers 5 heures, visite des Luttmann, avec leur fille aînée, Jeanne, la plus jeune étant en classe, elle prépare son brevet. Nous avons projeté de jouer au tennis ensemble. Tantôt, une bonne lettre de Marie-Angèle.

Vendredi Saint

Nous voici réinstallés au Poiré depuis hier soir, tout est dans le même état et je suis toujours vite réhabituée. Oncle Gaston, Tante Jeanne, Françoise et Menine arrivent demain, Jacqueline aussi. La maison sera remplie. Le jardin est « vert printemps »…

… Nous voici au cœur de la Semaine Sainte… Hier assisté à l’Office avec Maman… dans la journée suis allée au Reposoir, mais peu de temps, le départ étant vers quatre heures. Hier soir, suis allée avec Marguerite à l’Heure-Sainte et entendu le récit de la Passion. .. après l’Office, certains restent passer la nuit devant le Saint-Sacrement. Assisté à l’Office ce matin, et suivi dans mon paroissien cette admirable liturgie.

Mardi de Pâques

…Vendredi soir, suis allée au chemin de Croix avec Marguerite, j’ai même été fatiguée pendant un moment…

Suis allée cependant à la gare chercher Tante Jeanne, Françoise et Menine, et nous sommes bien contents de les voir ainsi qu’Oncle Gaston. Menine est bien mignonne et amusante, elle a des petites réflexions tour à fait drôles. Jacqueline est arrivée samedi à midi par Belleville…

Dimanche, temps assez médiocre et fréquentes averses. Hier cela était un peu mieux, sommes allés à Pont de Vie et ce matin à la Bardinière. En somme, cela fait de bonnes journées ; nous travaillons, nous faisons de bonnes promenades, de la musique, nous dansons un peu…

Jeudi matin 8 avril

Passé la journée d’hier aux Sables, il faisait très beau et cela nous a fait plaisir. Avons fait un bon tour de Remblai, Jacqueline, Françoise et moi, et sommes allées nous asseoir sur une dune d’où on avait une vue que j’aime bien…

Tante Jeanne voudrait m’emmener un mois à Poitiers, cela me plairait bien mais il faudrait renoncer à mon séjour à Chavagnes. Je ne sais quoi faire, espérons que tout s’arrangera pour le mieux.

Vendredi matin – transformations dans la maison

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 9 avril 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Grand déménagement ces jours-ci, nous faisons des transformations dans la maison ; le salon est rendu à la place de la salle à manger, laquelle a été transportée dans l’ancienne chambre de grand’mère ; tout y gagne ; le salon est beaucoup plus joli, et les meubles de la salle à manger mis en valeur…

Samedi 20 avril

Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 20 avril 1920 était un mardi. Texte conservé tel quel.

Charlotte a dix-huit ans aujourd’hui, nous sommes allées hier soir lui souhaiter à la fois son anniversaire et son retour à la santé, car la convalescence fait des progrès rapides…

Oncle Gaston part ce soir.

Jeudi 15 avril

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1920-04-20). Texte conservé tel quel.

Pas de temps à moi ces jours-ci. Nous avons continué nos déménagements, et ce n’était pas une petite affaire, il s’agissait de descendre les meubles de Tante Marie-Angêle pour les installe dans l’ancien salon et organiser nos chambres à Jacqueline et à moi ; cela a donné pas mal de peine ; il a fallu quatre hommes pour descendre l’armoire mais, dès le soir, je pouvais coucher dans ma chambre. Depuis si longtemps que je désirais avoir une chambre à moi où je soie libre et tranquille. Je suis à peu près installée, mais il y aura bien à faire, d’abord retapisser, mais telle que, j’aime ma chambre et m’y plais déjà. Le lit est en face de la porte et surmonté de mon Christ ; l’armoire est à droite en entrant ; la cheminée est gentiment arrangée, puis il y a une table où sont quelques objets et des fleurs. A gauche de la porte est une table de toilette ;à côté de la fenêtre est mon bureau, j’ai une jolie vue sur la cour, un peu du bourg et de la campagne. Par la fenêtre pénètre le parfum des lilas ; l’arbre de Judée, les tamaris forment des bouquets roses…

Vendredi 16 avril

Le temps passe vite ; les vacances de Pâques touchent à leur fin…L’autre soir, avons inauguré le salon entièrement terminé ; Maman avait allumé la grande lampe, ce qui faisait une lumière douce, tamisée par l’abat-jour rose. Jacqueline était au piano et nous travaillions en l’écoutant.

Hier, Armande et Berthe sont venues passer l’après-midi, avons visité la maison, puis après le goûter, avec de bons petits gâteaux faits par Françoise, avons dansé un bon moment. Tante Jeanne et Maman s’en sont même mêlées pour les Lanciers, ce n’en était que plus amusant ; Après le départ d’Armande et de Berthe, Jacqueline et Françoise sont allées conduire Marguerite. Je suis montée dans ma chambre où j’ai pu assister à un magnifique coucher de soleil…

Après dîner, une partie très animée de tonkinois ? ? ? ?, et Papa, pour fêter un coup heureux, nous a offert des cigarettes. Toutes avons accepté, c’est à dire Tante Jeanne, Jacqueline, Françoise et moi. Nous avons commencé par bien rire de Jacqueline qui fumait pour la première fois et n’arrivait pas à tirer des bouffées… bientôt, Tante Jeanne s’est aperçue que Françoise montrait moins d’entrain, qu’elle changeait de couleur et était sortie deux fois dans le couloir sous divers prétextes. Nous l’avons taquinée sur l’effet de sa cigarette, malgré ses protestations, puis vers onze heures, sommes montés. A peine dans ma chambre, j’entends, à travers la porte Françoise qui restituait son dîner. Maman et Jacqueline sont arrivées à leur tour, et nous avons bien ri. Ce matin seulement, Françoise a consenti à reconnaître son malaise , nous nous sommes bien amusées.

Dimanche 18 avril

Nous allons partir à la grand’messe. Le temps passe bien vite, je n’arrive pas à faire la moitié de ce que je veux . Passé hier une bonne après-midi, sommes allées chez Mme Gendreau, Armande nous a fait part de son mariage, les fiançailles sont samedi. Avons dansé une partie de l’après-midi… avons aussi chanté des air que nous aimions, entre autres les « Noces de Jeannette » que nous chantions au dessin, notre année de brevet…

Lundi 19 avril

Je pars ce soir pour Chavagnes avec Jacqueline, suis heureuse de ces deux jours passés là-bas et de revoir maîtresses et amies. Hier matin, communion à 7 heures avec Marguerite, puis les offices habituels, et, comme c’était le 3ème dimanche du mois, la procession du Saint Sacrement. Sommes allées ensuite chez Mme Yvernogeau, pour en rentrer vers 7 heures…

Jeudi 22

Séjour à Chavagnes bien vite passé, et voyage fait sans anicroche. Sommes arrivées là-bas pendant le dîner et n’ai pu voir grand monde le soir à part Andrée et Simone C.. Vu le lendemain à peu près toutes mes maîtresses et amies, passé au B.S. toute la matinée, puis, après le déjeuner, avons fait une bonne partie de croquet avec les mêmes que l’année dernière ou à peu près… L’après-midi, suis allée à la Visitation et fait mes courses par un bien vilain temps…

Matinée d’hier vite passée, eu ma leçon de violon. Après déjeuner, allée au cours de danse pour dire au revoir… et quitté Chavagnes à 3 heures. Voyagé avec Jeanne David et causé tout le temps.

Samedi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 24 avril 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Beau temps aujourd’hui, cela change de la pluie des jours derniers… Hier, sommes allées, Marguerite, Françoise et moi faire le tour habituel par la Croix Bouet et la Maumernière.

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 25 avril 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Toujours un temps délicieux, et, pour la première fois depuis quatre mois, Charlotte a pu venir à la maison, elle a trouvé tout bien changé…

Hier soir, Marguerite, Françoise et moi sommes allées au cimetière, puis Marguerite nous a quitté à la route et nous avons continué toutes deux jusqu’à Pont de Vie. Comme il restait 1 heure avant dîner, avons prolongé la promenade en longeant la rivière, jusqu’au bout d’un grand pré. Le coin est très pittoresque, et les bords de la Vie, bien ombragés et charmants ; il faisait très doux et le ciel était d’un bleu merveilleux. Au-dessus de nous, nous voyions le château avec les tours de son porche et les deux terrasses superposées. Avons dîné sans lampe, au grand étonnement de Menine. Après le dîner, il y avait un reste de jour… sommes sorties Françoise et moi, et, tout en causant, allées jusqu’au-dessus de la Faucherie… nous ne pouvions nous décider à rentrer tant il faisait bon… Avons fait, avant de rentrer, un tour dans le bourg endormi…

Ce matin, procession de Saint Marc … avons processionné, comme de coutume, par le chemin du Moulin ; les genêts fleurissent. Au loin, j’entends un coucou.

Mercredi 28

Françoise est parie avec Andrée et Marie-Angèle à la noce de Londerie, elle en a bien pour tout l’après-midi et suis seule pour un bon moment. Très occupée tous ces jours-ci, le matin des lettres à écrire, l’après-midi de bonnes promenades avec Françoise. Lundi matin, temps couvert mais très doux, sommes allées nous asseoir sur un coteau, du côté du chemin de la Crépelière. L’après-midi, allons souvent voir Marguerite et Charlotte. Dimanche des visites qui ont pris presque tout l’après-midi…

Vendredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 30 avril 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Un temps magnifique, pas ou peu de vent… Hier, voyage à la Guilminière, et bonne après-midi, sommes passés au retour par Apremont…

Dimanche 2 mai - pèlerinage à Sainte Radegonde

Hier, pèlerinage à Sainte Radegonde, Maman, Tante Jeanne, Tante Abel, Marguerite, Françoise et moi, ainsi que Menine dans sa voiture. Promenade excellente, il faisait bon à marcher. Avons laissé la voiture à Saint Georges et coupé par les champs… Après le goûter, sommes parties à la Genétouze, Françoise, marguerite et moi ; sommes rentrées à l’église et avons trouvé l’abbé Chataigner qui nous a fait les honneurs de la sacristie et montré ses ornements. Sommes revenues de la Genétouze d’une seule traite, et avons dîné en vitesse Françoise et moi pour aller au Mois de Marie. En rentrant, la partie habituelle de trente et un avant de nous coucher.

Lundi - éclipse de lune

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 3 mai 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Sommes allées hier soir toutes trois, voir bénir le Mois de Marie de la Millière ; à l’aller, un temps affreux, vent et pluie. Marguerite a fait tourner son parapluie ; je lui ai passé le mien, mon manteau et mon chapeau ne craignant rien ; nous étions d’ailleurs presque arrivées. Il faisait beau à revenir ; après-dîner, comme chaque soir, nous sommes promenées au clair de lune, Françoise et moi. Cette nuit une éclipse de lune, Maman, sur ma demande, m’a réveillée vers minuit, et je suis allée quelques instants contempler la chose que je n’avais jamais vue ; me suis vite rendormie ensuite.

Les Sables - Vendredi 8 mai

Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 8 mai 1920 était un samedi. Texte conservé tel quel.

De nouveau réinstallés aux Sables depuis hier soir, avec toute la famille, Tante Jeanne, Françoise et Menine s’étant décidées à nous y accompagner. Aussitôt notre arrivée, une fois toutes choses en place, sommes sorties voir la mer… Hier, un peu de tennis dans la matinée et en fin d’après-midi, sommes allées à la Chaume, la mer était assez forte…

Dimanche 9 mai

Hier très bonne journée. Après le goûter, sommes allées au Puy d’Enfer, Françoise et moi… Après dîner, il faisait très doux, avons fait un tour de Remblai, puis sommes allées nous étendre sur le sable…

Samedi 15 mai

Tante Jeanne, Françoise et Menine sont parties hier à trois heures, la maison semble maintenant un peu vide. Avons fait de bonnes promenades, Françoise et moi, presque jusqu’au denier moment ! Je vais maintenant reprendre ma vie habituelle : prière, étude, travail manuel…

Lundi 17 mai

Passé hier une bien bonne journée. Assisté à la Grand’messe pour m’unir, de loin, à la Canonisation de Jeanne d’Arc, proclamée par le Saint-Père au monde entier… Toute la maîtrise chantait et la cérémonie a été magnifique. Les Vêpres aussi ont été fort beaux. Ensuite sommes allées, Maman et moi, à une matinée musicale donnée par la maîtrise, avec le concours de plusieurs artistes ; il y a eu de beaux chants et morceaux de musique, entre autres un quatuor de Schumann que j’avais entendu salle Gigant, il était peut-être moins bien joué, mais très intéressant cependant, et, de toute cette journée, j’ai été bien heureuse.

Mercredi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 19 mai 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Nous devions partir demain, mais avons repoussé le voyage à Vendredi, car une tournée donne demain soir Hernani au Casino, et c’est dommage de manquer cette représentation qui doit être bien. Je me promets beaucoup de plaisir.

Samedi 22

Nous sommes rentrés ici hier matin et Jacqueline est arrivée à Belleville au train de midi ; depuis avons surtout fait de la musique et dansé. Ce sont les vacances de Jacqueline et nous partons toutes deux mardi. Jeudi soir, la fameuse représentation d’Hernani ; elle a eu lieu avec une heure de retard, la troupe ayant une heure de retard ; de plus, nous étions mal placés, mais c’était bien beau et j’ai été très intéressée.

Lundi 24

J’arrive de la grand’messe, puisque c’est encore aujourd’hui fête. La grand’messe a été suivie d’une réception d’Enfants de Marie, j’y suis restée, bien que je ne sois pas Enfant de Marie ici, mais à Chavagnes, ce qui au fond revient au même…

Aline Dorion est au plus mal ; elle a eu une très forte hémorragie et s’est pleinement rendu compte de son état. Quels durs moments pour ses parents. Je ne connaissais guère Aline, l’ayant cependant toujours trouvée très gentille et sympathique, mais sa mort imminente nous bouleverse toutes…

Mercredi soir

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 26 mai 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Nous partons demain matin. Aline Dorion est toujours mourante, elle s’affaiblit de jour en jour m’a dit hier sa soeur…

Je quitte donc demain matin tant de choses qui me sont chères, j’ai de la peine à partir, et dans un mois, j’aurai de la peine à quitter Chavagnes…

Demain départ matinal et journée chargée, il va falloir choisir nos toilettes pour le mariage d’Armande.

Chavagnes, jeudi soir – mort d’Aline Dorion

Me voici encore une fois rentrée, à l’ombre de ces cloîtres bien connus et aimés… Hier, une journée pénible, avec un départ très matériel… voyage égayé par Marie-Angèle, toujours aussi amusante. Matinée en courses, les robes du mariage d’Armande sont commandées chez Bellocq ; elles sont en crêpe de chine bleu, et nous aurons de grands chapeaux de tulle nègre. Après-midi vite passé, nous avons quitté Maman à la Bourse de bonne heure pour rentrer toutes deux. Maintenant ma malle est défaite et toutes choses en place.

Aline Dorion est morte hier soir à 5 heures et demie. Si nous l’avions su, sans doute aurions-nous retardé notre départ ; l’enterrement est samedi, mais nous n’avons appris la nouvelle qu’une fois à Nantes . Pauvre Aline, mourir à vingt trois ans… je viens de passer un moment avec ses cousines qui sont bien peinées.

Vu ou plutôt aperçu beaucoup de monde . Andrée Jaffré n’est pas encore rentrée. Vu Jeanne Aubin qui m’a annoncé qu’elle irait cette année aux Sables, j’en serais ravie.

Lundi 31 mai

N’ai pas encore commencé mon travail, Mlle Otto étant très occupée par les préparatifs de la confirmation qui est demain ; ne suis cependant pas restée inactive. Samedi soir, ma leçon de violon chez Mme Houdbine, refait ce chemin si souvent parcouru, puis quelques courses. Hier, passé dans le jardin, avec un livre, une partie de mon après-midi…

Samedi 5 juin

Suis lancée dans mes ouvrages aussi n’ai plus beaucoup de temps à moi

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 7 juin 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

La vie calme du pensionnat continue, un peu uniforme peut-être, mais trop rapide, puisque ce seront bientôt mes derniers jours ici. Hier jour de la Fête-Dieu, nous avons eu de beaux chants, en particulier les Vêpres du Saint Sacrement, puis Mlle Clergeaud a emmené ses « filles », et j’en suis toujours à la procession de « Toutes Joies ». La foule chantait toute entière, le cantique « Nous voulons Dieu » a été enlevé. Nous aurons Vendredi une belle procession..

Vendredi 11 juin

…Mercredi, rien de nouveau, mon travail habituel ; le soir travaillé aux reposoirs avec Mlle Otto et Mlle Fonteneau. Hier, devions sortir avec Papa et Maman, mais Maman est venue seule, Papa ayant de fortes névralgies avec fièvre. Tante Abel ; Marguerite et Charlotte sont venues aussi. Passé presque toute la matinée en essayages, nos robes seront jolies. Déjeuné chez Mme Logeais et Maman est repartie des 3 heures et demie. Avons fait ensuite des courses avec Tante Abel, puis sommes allées à la Visitation où nous avons eu un Salut du Saint Sacrement. Sommes ensuite retournées chez Mme Logeais qui nous a gardées à dîner, si bien que nous sommes rentrées juste pour monter au dortoir.

Ce matin, messe… me suis mise avec les externes, les chants étaient très bien, surtout les cantiques de Mlle Guérin à la Communion. Les reposoirs étaient très bien, malheureusement, il pleuvait une de ces petites pluies fines spécifiquement nantaises… La procession a été longue à sortir, le temps menaçait beaucoup, enfin survient un rayon de soleil, nous nous hasardons dehors, mais à peine dehors la pluie recommence, les pensionnaires ont essayé de continuer un peu, puis ont pris le pas de course … nous étions trempées mais nous avons tout de même chanté avec beaucoup de cœur pendant que la procession se déroulait autour de la chapelle.

Sommes ensuite sorties avec Marguerite et Sœur Agathe que nous avons retrouvée, et avons encore déjeune chez Mme Logeais, mais parties dès 2 heures et demie car Tante Abel avait un train à prendre. Sommes rentrées Jacqueline et moi…

Dimanche 13 juin

La récréation vient de finir ; avons fait deux parties enragées de tennis… nous sommes bien amusées et recommenceront à 4 heures…

Plus que quinze jours, deux dimanches à passer ici, que le temps passe vite !

Jeudi 17 juin

Nous rentrons de Saint Donatien, où nous avons assisté à une séance récréative très réussie… On a donné entre autres choses le « Luthier de Crémone » de François Coppée et c’était vraiment bien joué. Nous étions toutes enthousiasmées ; Jeanne pleurait comme une fontaine ; les sentiments exprimés sont très beaux et les vers harmonieux…

…

Dimanche 27 juin

Me voici définitivement revenue ici, à la fois contente et triste. Je voudrais reprendre un peu ces derniers jours , afin de garder le plus possible de souvenirs de ce mois. mercredi, rien de neuf qu’une bonne partie de tennis, toujours avec les mêmes. Jeudi matin, cours de dessin très agréable… dans l’après-midi, sommes allées à la Visitation, il faisait une chaleur vraiment pénible . En rentrant, trouvé Andrée en larmes, elle venait de recevoir de bien mauvaises nouvelles. Son oncle Robert, qui devait se marier le 17 juillet, ayant fait de grosses pertes d’argent, est parti sans laisser d’explications ; la fiancée et la famille sont affolées, personne ne sait où il peut être et André a beaucoup de peine.. Vendredi, … fait ma malle, le cœur un peu gros. Vu Madame et Madame Gaillard, Madame a été très bonne et très gentille, elle m’a parlé de Marie-Paul et d’Anne-Marie qui ont été assez stupides pour se couper les cheveux, elle venait de recevoir une lettre de Mme Robert, lettre contenant des souvenirs mortuaires de Simone… la photo est très ressemblante. Samedi matin, les derniers préparatifs et les adieux aux maîtresses… . Quand le train a quitté la gare, j’ai regardé la ville le plus longtemps possible. Il a fait très chaud dans le train.

Aujourd’hui, journée assez fatigante, les offices habituels et plusieurs visites ; suis allé porter mon cadeau à Armande ; vu les jolies choses qu’elle a reçues et les préparatifs de son mariage. Nous nous amuserons bien, je crois.

Mardi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mardi 29 juin 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Je suis vannée et énervée, mon chignon me pèse affreusement, et mes épingles à cheveux me rentrent dans la tête ; enfin, tout le monde a été d’accord pour me dire qu’il fallait absolument me relever les cheveux et j’ai dû obéir.

Hier, journée très amusante mais fatigante, le matin, séance de coiffure ; vers trois heures, décoration de la salle de bal pour demain ? Avons fait la connaissance de Ferdinand qui a l’air d’un très gentil garçon, très simple. Nous avons dîné et nous sommes bien amusées.

Vendredi soir – Mariage d’Armande

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 2 juillet 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Le fameux mariage est passé ; depuis, je n’ai guère eu de temps à moi, mais maintenant Jacqueline est partie et nous nous retrouvons au calme. Tout s’est passé pour le mieux et nous nous sommes vraiment beaucoup amusées.

Lever assez matériel, pour s’habiller, se faire friser et arranger pour le mieux. Nos robes étaient bien jolies ; celles de Marguerite et de Charlotte aussi. Armande était tout à fait bien en mariée et Ferdinand rayonnant. Nous avons attendu un moment dans le salon, puis le cortège s’est formé. Berthe, première demoiselle d’honneur avec Ernest Gendreau, avait une très jolie robe de taffetas rose. Ensuite, venaient Benjamin et Anne-Marie qui avait une robe de taffetas parme toute en petits volants, qui ne lui seyait pas très bien. Ses cheveux coupés lui donnaient un drôle de genre. Yolande avait du tulle rose, Suzanne Jousset du tulle blanc sur fond rose, Gabrielle Retailleau du crêpe de chine rose et Marie-Antoinette Tenailleau du foulard corail. La messe était très belle, l’église bien décorée ; Yolande a très bien chanté et Mlle Chaplais a joué la Berceuse de Jocelyn et la Méditation de Thaïs. Le discours de M. le Curé était très bien ? Nous sommes ensuite rendues au Parc, il y avait un vestiaire dans une des pièces d’en-haut, et le couvert mis dans les quatre grandes pièces du rez-de-chaussée ; le repas a été très gai, certains des jeunes gens mettant beaucoup d’entrain. Le repas était superbe. Avons pris le café dehors, puis des photos en groupe dans le parc. Ensuite nous avons dansé et nous sommes beaucoup amusées, tellement il y avait d’entrain et de gaieté. Le dîner a été encore plus gai que le déjeuner, puis nous avons recommencé à danser jusqu’à trois heures et demie. J’aurais volontiers continué. Hier j’étais un peu lasse mais maintenant bien reposée. La petite vie régulière va reprendre.

Les Sables, samedi soir

Avons de nouveau regagné, pour une quinzaine, notre boulevard de l’Ouest…

Mardi 13

Avons passé la matinée au Marais où Papa voulait prendre quelques meuils…

Hier soir, en revenant de la jetée, sommes restées un moment à écouter de la musique. L’orchestre jouait une Fantaisie sur Faust, et cela me faisait plaisir d’entendre des airs connus, entre autres la Ballade du roi de Thulé que j’aime tant.

Samedi 17 juillet

Papa et moi sommes allés mercredi à la revue du 14 Juillet, place de la Liberté ; cette revue était annoncée pompeusement alors qu’il n’y avait qu’un maigre effectif. Le 14 Juillet à Paris, l’année dernière, devait être autrement beau. Hier, suis allée à Nantes voir Jacqueline et lui porter nos encouragements avant l’examen…

Dimanche matin (25 juillet) – brevet de Jacqueline

Un temps superbe, un peu frais ; les battages vont commencer, le blé est coupé presque partout ; chez Bouffard, les gerbes amoncelées font un gros tas dont j’aperçois de sommet de ma fenêtre.

Hier, c’était l’écrit du Brevet de Jacqueline, nous aurons le résultat demain, la pauvre doit être bien émue. Je travaille beaucoup actuellement, et mon ouvrage manuel et mon violon, acheté pas mal de musique aux Sables ; ai déchiffré un peu ces jours-ci, entre autres un Nocturne de Chopin que j’aime beaucoup. La Marche Funèbre est de toute beauté.

Lundi 26

Un télégramme : Jacqueline est admissible. Nous nous y attendions d’ailleurs…

vendredi 30 juillet

Au début de la semaine, les batteries chez Bouffard et chez Jean-Marie ; bien entendu, j’y suis allée et restée à chaque fois un bon moment, c’est un spectacle si intéressant…

Mercredi sommes allées à Nantes chercher Jacqueline définitivement reçue…

Samedi 31 juillet

Hier les batteries à la Gendronnière, on avait battu l’avoine et on commençait à peine à passer le blé quand une étincelle a mis le feu à une gerbe, le feu s’est étendu avec une rapidité effrayante ; les hommes ont sauvé la machine, emporté ce qu’ils ont pu, la plus grande partie de la récolte a été perdue. Le tas de gerbes brûle à l’étouffée, heureusement , sans cela les bâtiments auraient flambé. Nous y sommes allées après déjeuner, Jacqueline, Marguerite et moi, le feu couve toujours dans le tas de gerbe qu’on arrose sans cesse…

Berthe est venue passer l’après-midi à la maison, avons fait de la musique. Jacqueline et elles ont joué à quatre mains. Reçu il y a quelques jours une lettre d’Andrée, elle a reçu des nouvelles de son oncle qui est au Canada, sa lettre est encore bien désolée.

Lundi (2 août)

Chaque soir, Jacqueline et moi allons dans le salon, à l’heure où la nui tombe, nous dansons un peu, mais le plus souvent, Jacqueline se met au piano et joue par cœur, et c’est infiniment agréable d’écouter dans la pénombre…

Les Sables, Lundi matin 10 août -perte du parasol à Aubigny

Huit jours ou presque sans écrire, je suis moins libre ici qu’au Poiré, et nous sortons forcément davantage. Avons quitté la maison jeudi… sommes partis à deux heures et demie cette fois-ci par La Roche, Aubigny, Grosbreuil…Il nous est arrivé une histoire, Papa et Guilbaud avaient ficelé sur le marchepied un sac de légumes et un grand parasol de plage. Les cahots sont fait glisser le sac qui a semé sur la route… son contenu, le parasol, n’étant plus soutenu a pris le même chemin. Papa a écrit aux maires des communes traversées et, hier soir, une lettre du maire d’Aubigny nous annonçait la trouvaille du parasol, que nous avons donc récupéré.

Nous voyons ici pas mal de personnes de connaissance, surtout Mme Yvernogeau et les Gendreau. Rencontré vendredi Jeanne Aubin, et nous sommes vues assez longuement hier matin. Dimanche, une longue visite chez les Gendreau, il y avait, en plus des jeunes mariés, Les Yvernogeau, Deluneau ? ? ?, Ernest Gendreau, René Grolleau…

14 août

Très occupée ces jours-ci… Beaucoup écrit des vœux de fête pour l’Assomption…

Vu Jeanne plusieurs fois cette semaine, ce qui a été bien agréable. Suis allée une fois la surprendre sur la plage en sortant de chez le dentiste ; le lendemain, je devais aller la retrouver, mais j’étais toute patraque, Jacqueline est allée la chercher, et nous avons passé une bonne après-midi ensemble. Cela fait tant de bien de parler à cœur ouvert, de choses intéressantes et aussi d’évoquer des souvenirs. Pas mal de promenades ces jours-ci, je travaille un peu et lis un peu. Quelques parties de tennis avec Jeanne et Simone Luttmann.

Dimanche matin – Assomption

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 15 aout 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… En cours de lecture, un des prix de Jacqueline « Frédéric Ozanam », quelle belle vie remplie d’œuvres nobles et utiles…

Mercredi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : mercredi 18 aout 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Passé dimanche, une bonne soirée au Casino pour « Géllitte de Narbonne » ? ? ? opérette tout à fait gentille. Les Gendreau y étaient, ainsi que Suzanne Jousset. Il y avait foule et on s’écrasait, aussi impossible de danser aux entre’actes.

Lundi matin, sommes allées avec Berthe choisir de la musique. Berthe et Jacqueline voudraient faire beaucoup de quatre mains cet hiver.

Ce matin au Marais où nous avons eu très chaud…

Samedi 21

…Jeudi temps incertain, aussi sommes-nous sorties assez tard et allées toutes trois à Tanchette. retour par le Casino des Pins où l’on dansait comme partout. Hier… en revenant de chez le dentiste suis passée par l’église, quelqu’un jouait de l’orgue, et c’était si beau que je serais restée longtemps à écouter. Soirée au Café de la plage pour un concert de musique classique, il y avait quelques bons musiciens, un programme intéressant, et je suis revenue ravie…

Dimanche 22 août

…Hier et aujourd’hui, ce sont les courses. Sommes allées au balcon du Cercle, d’où l’on a une vue superbe… les courses n’avaient rien de formidable. Ce matin, messe de Croix-Rouge à 9 heures, le sermon très beau et émouvant, musique intéressante, entre autres le Prélude du Déluge et un Largo de Haendel pour violon et orgue.

Dimanche 29 – fiancailles de Marie-Josephe Dorion

Bien longtemps que je n’ai pas eu une minute à moi… nous passons à la plage une bonne partie de nos journées. Gabrielle Libaud est arrivée dimanche soir. Lundi nous sommes allées de 5 à 7 au Casino ; Mardi, sommes allées à la plage. Gabrielle est partie jeudi matin et Henri est arrivé vingt minutes après ; il doit rester quinze jours ou trois semaines avec nous. Jeudi soir au Casino pour voir « Rip » ? ? ? ; il y avait foule, l’opérette est charmante, la musique gaie et jolie, passé une excellente soirée ? … Hier, avons eu le Docteur et Mme Lucas à déjeuner et aujourd’hui eu les Goulard ainsi que Marie ? Aujourd’hui est arrivée une lettre de Mme Dorion, annonçant les fiançailles de Marie-Josephe avec un notaire de Parthenay, M. Michel Gaillard. Mme Dorion nous a envoyé deux images souvenirs d’Aline.

Lundi matin 6

Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : septembre 1920. L’en-tête ne porte que le quantième « 6 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.

Papa m’a rapporté hier des fleurs du Poiré… il y a deux beaux dahlias… des boutons de roses, puis trois roses Bergame épanouies et bien belles encore. …

Nous allons dîner dès que Papa et Henri seront rentrés du Cercle, puis devons aller voir, après dîner, « La fille du Tambour-Major »…

Aujourd’hui, M. et Mme Logeais ainsi que Lucien ont déjeuné ici…

Dimanche 12

Depuis avant-hier mes dix huit ans !…

Mon anniversaire a été très gai ; nous sommes allés au Casino pour « Les Mousquetaires au couvent », et nous sommes bien amusés. Henri m’a offert un bouquet d’œillets roses et Jacqueline « Cyrano de Bergerac » ; depuis ce livre ne me quitte plus, je l’emporte à la plage, et trouve un grand plaisir à lire et relire ces vers.

Jeudi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : jeudi 16 septembre 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

… Nous partons ce soir au Poiré et ne reviendrons maintenant ici qu’en décembre.

Vendredi 24

…Depuis notre retour des Sables… il fait plus froid, je ne peux plus le soir m’attarder à la fenêtre. Aujourd’hui il pleut…

Hier nous avons vu notre famille de Vieillevigne. Henri nous quitte aujourd’hui et M. Boisseau vient demain. Mercredi, un bon après-midi, pèlerinage traditionnel à Sainte Radegonde ; toutes les quatre, escortées d’Henri, sommes même allées jusqu’à la Genétouze, mais au retour avons été pris par la pluie vers la Thibaudière ; Papa est venu en auto au devant de nous si bien que nous ne nous sommes guère mouillés.

Dimanche 26

Très occupée tous ces temps-ci, nous avons toujours quelqu’un ici. Henri n’est pas parti vendredi comme prévu, il pleuvait des torrents, et cela ne disait rien à Papa d’aller le conduire à La Roche ; il s’est donc décidé à rester jusqu’à demain, pas fâché au fond. Hier M. Boisseau et Pierre sont venus déjeuner ; après dîner, le Docteur Lucas et Eugène Prouteau sont venus faire un bridge. Avant le dîner, nous dansons un peu chaque soir, le temps passe très vite. L’automne se fait sentir de plus en plus, il fait frais…

Mardi 27

Note éditoriale. Le journal écrit « mardi » ; le 27 septembre 1920 était un lundi. Texte conservé tel quel.

Aujourd’hui, temps gris… les marronniers jaunissent, les fleurs deviennent rares. Henri nous a quittés hier ; la maison sera maintenant plus calme ; nous allons reprendre notre vie ordinaire, lectures, promenades, travail…

Vendredi 18

Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : octobre 1920. L’en-tête ne porte que le quantième « 18 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.

Suis prise depuis deux jours d’un gros mal de gorge, et obligée de garder la maison ; j’en profite pour travailler musique et ouvrage manuel. Mardi sommes allées chez Berthe ; avons dansé un peu, travaillé, fait de la musique. Au retour, une grosse émotion : devant la poste, deux hommes maintenaient un taureau difficile ; comme nous arrivions, la bête s’est dégagée et a foncé sur nous, prises de panique, nous nous sommes engouffrées chez Mme Cornilleau, d’où nous sommes sorties qu’un moment après un peu tremblantes encore. Mardi après-midi, avec Marguerite et Charlotte… sommes allées nous promener jusqu’au Plessis, sommes revenues par la Jamonière en passant par la Colonne…

Samedi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 23 octobre 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Acheté aux Sables pas mal de musique. Jacqueline a pris des Valses de Chopin et en travaille deux maintenant, j’aime infiniment les entendre.

samedi 9

Note éditoriale. Cette date précède l’entrée précédente (1920-10-23). Texte conservé tel quel.

Beaucoup à faire ces jours-ci d’autant plus que nous sommes sans bonne et qu’il faut aider Maman. L’après-midi cependant nous sommes libres et nous travaillons avec Marguerite et Charlotte, soit ici, soit chez elles, après le goûter, promenade puis le mois du Rosaire, prière, chapelet et Bénédiction…

Mardi, Berthe, Marguerite et Charlotte ont passé l’après-midi ici, dansé un peu. Mercredi sommes allées chez Tante Abel. Jeudi matin à La Roche. Hier enfin, avons passé presque toute la journée chez les Gendreau, le matin, Jacqueline a fait du quatre mains avec Berthe, et nous y sommes retournées l’après-midi. Aujourd’hui, temps gris, temps d’automne… tout est triste.

Mercredi 13

Deuxième anniversaire de la mort d’Oncle Abel, sommes allées à la Messe Jacqueline et moi ainsi que Papa…

Vendredi matin – visite à la Métairie

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : vendredi 15 octobre 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Fait hier une promenade inattendue dont j’ai été ravie. Depuis près d’un an, Tante Abel devait une visite à la Métairie, chez Mlle Morin et Mme de La Thébaudière… hier après déjeuner, l’expédition étant décidée, j’ai été invitée à m’y joindre ; Papa nous a conduites en auto, pour ne nous faire qu’un trajet à pied. L’arrivée est fort jolie, par une petite route ombragée qui serpente entre les prés, puis on traverse le village et l’on entre dans la cour par trois arcades de pierre formant entrée. La façade est habillée de lierre et percée de fenêtres irrégulières. Nous sommes entrées dans le salon, qui est une pièce immense avec de beaux meubles anciens. Mlle Morin et sa nièce ont été charmantes, elles nous ont offert à goûter, et nous avons passé un moment agréable. Mlle Morin est tout à fait grande dame malgré ses bizarreries nombreuses ; Mme de La Thébaudière est étonnamment jeune et elle a du être fort jolie. Nous avons visité le château, ce qui m’a ravie, c’est une très ancienne construction à laquelle se rattachent des souvenirs de la Révolution. L’ensemble des bâtiments forme un angle, flanqué de trois tours dont l’une renferme l’escalier. Au rez-de-chaussée en plus du salon, nous avons vu la salle à manger, très belle pièce avec une cheminée monumentale. Du premier, la vue est ravissante sur les prés et les bois qui entourent le château ; la chambre de Mme de La Thébaudière est splendide, avec une très belle cheminée, un très haut plafond à caissons et de beaux vieux meubles. C’est une demeure vraiment pleine de charme et très sympathique où l’on aimerait vivre en pleine nature. Mme de La Thébaudière est venue nous reconduire jusqu’à la route. Le retour a été vite fait.

Samedi 16

M. boisseau est arrivé hier soir, pour deux jours ; cela donne un peu de travail, avec le manque de personnel. Le Docteur Lucas vient chaque soir jouer au bridge. Hier après-midi, chez Tante Abel avec Berthe, rien de très intéressant ; j’aimerais des conversations plus passionnantes.

Lundi 18

Note éditoriale. Deuxième entrée portant cette date ; ancre 1920-10-18-b pour la distinguer de 1920-10-18.

Une lettre de Marie ce matin ; cela m’a fait grand plaisir ; depuis deux mois que je luis avais écrit pour sa fête, je n’espérais plus une réponse… Marie me parle de son frère, voilà deux ans qu’il est mort, et ses parents n’ont pas encore eu le courage d’aller voir sa tombe ; elle me parle de Simone qui lui manque tant et m’envoie des vers qui ont été adressés à Mme Robert après la mort de Simone…

Vendredi 22

Mercredi, …l’après-midi, visites à Tante Victor et à Mlle Lucas. Hier, journée aux Brouzils chez M. Libaud, où nous étions invités à manger des cèpes. Promenade très agréable…

Le retour a été plus triste, il pleuvait. J’aime bien cette route, avec les larges courbes qu’elle fait au passage de la Boulogne et la vue sur les prés ; non loin, c’est le château de la Chabotterie où fut pris Charette…

Dimanche 24

Hier une journée très chargée, beaucoup de choses à faire, de plus j’étais fatiguée, me suis couchée de bonne heure, aussi mon ouvrage n’a guère avancé. Fait cependant hier soir une bonne promenade jusqu’à la Thibaudière, il faisait un temps splendide…, il faisait bon marcher…

Lundi [Samedi] 25

Le temps se rafraîchit de plus en plus, c’est l’automne avec ses brumes, ses vents, ses pluies, mais aussi ses dernières journées radieuses, comme celles d’hier…

On dit qu’Anne Fauvel entre au couvent. Berthe l’a appris jeudi à Nantes… appris par le journal le mariage de Marguerite Desbois. Chacune va de son côté et suit sa vocation.

Mardi 26

Le lord-maire de Cork : Terence Mac Swinay, est mort hier matin, après avoir fait la grève de la faim pendant 74 jours ; c’est un martyr de la cause irlandaise, il appartient à l’histoire…

Dimanche 30

Note éditoriale. Le journal écrit « dimanche » ; le 30 octobre 1920 était un samedi. Texte conservé tel quel.

Hier sommes allées à Nantes, Jacqueline et moi pour nos leçons de musique ; journée un peu fatigante. Départ au train de 6 heures, assisté au lever du soleil. Dans la matinée, après ma leçon de violon, suis allée à Chavagnes, où j’ai vu Andrée un bon moment…et pas mal de maîtresses. Après-midi très remplie ; visite à Tante Marie-Angèle et pas mal de courses à faire ; train bondé au retour…

Lundi 1er novembre

Le jour de la Toussaint ramène des idées tristes…Nous allons partir aux Vêpres… puis au cimetière prier sur nos tombes ; je pense à celle de mes grands parents au Blanc, à celles de Lucie, de Denise et de Simone ! …

Mercredi 3

Les jours de la Toussaint sont passés, mais la nature reste mélancolique sous le ciel gris…

Jeudi 4

Journée d’hier morne et triste ; un froid sombre, aucun rayon de soleil ; passé une grande partie de l’après-midi au coin du feu avec mon ouvrage. Marguerite et Charlotte sont venues vers quatre heures ; avons dansé un peu puis sommes allées à la prière. Cet après-midi, Berthe vient ici. A part ces petites réunions, nos journées se suivent et se ressemblent.

Samedi 6 novembre

Avons fait hier une bonne promenade avec Mlle Lucas et Marguerite, sommes allées porter des provisions à une pauvre fille de Montorgueil, malade et toute seule. L’air était vif, mais il faisait bon à marcher… Les chrysanthèmes sont en pleine floraison, j’en ai cueilli de grosses gerbes que j’ai mises partout ; il y a encore quelques boutons de roses, les derniers.

Mercredi 10

Rien de nouveau ces jours-ci… Hier chez Mme Lucas, où nous avons fait connaissance de Mme Lusson, de Saint Florent le Vieil, et de sa petite fille Madeleine Morinière, toutes deux sont charmantes et nous avons passé un excellent après-midi. Reçu ce matin une bonne lettre d’Andrée. Jeanne et Marie viennent toutes deux à la retraite.

Jeudi 11 novembre 1920

Il y a deux à cette heure-ci, les cloches nous annonçaient la Victoire et l’Armistice… Sommes allées à la grand’messe à 9 heures, toutes les autorités y étaient…

Hier après-midi, chez les Gendreau ; nous sommes bien amusées car Armande et Berthe ont taquiné Marguerite sur ses demandes en mariage…

Samedi 13 novembre

Nous partons demain matin à Nantes pour la retraite…

Vendredi 19

Voilà passée cette retraite attendue avec tant d’impatience… Dimanche matin, départ mouvementé, l’auto ne voulait pas de mettre en marche, enfin, après une demi-heure d’impatience Mme Gendreau est allé chercher Ferdinand qui heureusement était chez lui si bien que nous sommes arrivées assez tôt à Belleville. A l’arrivée, nous sommes rendues directement à Chavagnes pour nos bagages, puis sommes sorties faire des courses, l’ouverture n’étant qu’à 4 heures et demi…

En sortant de la chapelle, rencontré Marie, qui est toujours la même, et causé jusqu’au dîner. A table, j’étais à côté de Jeanne, premier repas un peu froid, coupé de silences prolongés, Madame ne sachant peut-être pas quoi nous dire, et nous n’osant guère parler. Après dîner, j’ai pu voir Andrée en peu, puis sommes allées retrouver Jacqueline qui jouait comme une enragée des airs de danse… nous sommes couchées à 9 heures et demie…

Lundi matin, lever à 7 heures et quart pour la messe de 8 heures, mais les visites matinales de chambre en chambre ont pris beaucoup de temps et nous avons failli être en retard…après la messe… sommes allées faire une petite visite à Sœur Agathe… Après le déjeuner, promenade avec Marie dans le jardin, Marie m’a beaucoup parlé de Simone, de sa maladie, de ses derniers moments… Dîner à 6 heures, veillée habituelle, avons causé et nous sommes couchées vers 10 heures et demie.

Mardi nous sommes levées un peu plus tôt pour ne pas risquer d’être en retard… Visite à Mme Logeais puis avons déjeuné de bonne heure pour aller ensuite à la Visitation et faire quelques courses… A quatre heures un sermon sur l’Apostolat, sommes ensuite remontées dans notre chambre où, avec Marie, Gabrielle ; Jeanne et Marie, avons causé, de lectures jusqu’au dîner. Un peu de musique ensuite, la prière et causé jusque vers onze heures.

Mercredi, dernier jour de la retraite…après la messe, Marguerite, Charlotte et Jacqueline sont sorties… suis restée avec Marie et avons causé jusqu’à midi de lectures et de musique. Après déjeuner, nouvelle promenade dans le jardin. Charlotte a entrepris de monter à la tour, et nous l’y avons toutes suivies. Marie et moi nous sommes un peu attardées la haut, rappelant bien des souvenirs de l’année dernière… Après le sermon de 2 heures, suis allée à ma leçon de violon. Marie y est venue aussi pour voir Mme Houdbine… Après le Salut, il y avait un reste de jour et Marie m’a proposé de faire un dernier tour de jardin. Cette promenade est peut-être le meilleur souvenir de ma retraite… nous sommes rentrées un peu avant six heures. Le dîner a été très gai, Charlotte racontait d’une façon très amusante les histoires de Mlle Carlin… Sommes allées ensuite dans … ? ? ? ? des pianos pour que Jacqueline nous joue sa « Romance » de Georges Hüe. Nous avons tellement prolongé la séance de musique que, lorsque nous nous sommes décidées à monter, la prière était finie, sommes allées la faire à la tribune, dans une obscurité presque complète… la veillée s’est prolongée jusqu’à minuit… Lundi matin, messe de clôture, un très beau sermon et des chants magnifiques ; il y a eu un Ave Maria ravissant, chanté par Jeanne de L. et un Te Deum en deux parties ; matinée vite passée. Avons quitté Chavagnes un peu avant midi, et cela m’a fait beaucoup de peine. Déjeuné chez Mme Logeais, puis laissé Jacqueline à la Bourse pour aller à la gare… Il faisait nuit quand nous sommes arrivées à Belleville où Ferdinand et Armande étaient au-devant de nous…

Samedi

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : samedi 20 novembre 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Pas une minute à moi depuis le commencement de la semaine ; en plus de mon travail habituel, j’ai à finir une nappe d’autel, ce qui n’est pas un petit travail ; négligé ma correspondance sauf pour Jacqueline…

Lundi 29

Hier, premier dimanche de l’Avent, la liturgie en est magnifique, avec l’Alma Redemptoris et surtout le Rorate, si émouvant, si grandiose avec ses cris de supplication…

Mercredi 1er décembre

Quatre lettres pour moi ce matin, quatre bonnes lettres qui m’on fait grand plaisir, de Marie, de Jacqueline, d’Andrée et de Jeanne ; toutes sont bien gentilles et affectueuses…

Hier… travaillé à ma nappe d’autel que j’ai tout de même terminé, aujourd’hui me voilà tranquille.

Jeudi 2 décembre

Après le coup de collier donné pour finir ma nappe, je me repose maintenant un peu. Hier, suis allée avec Marguerite faire un tour du côté de la Jamonière, le temps était doux, le ciel gris et il faisait bon marcher…

Lundi matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : lundi 6 decembre 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Avons tous été très émus par une mort apprise à l’instant. Hier, après la messe de 8 heures, un jeune homme de 19ans de la Turquoisière, courant, les mains dans les poches, pour aller acheter du tabac, s’est tapé au creux de l’estomac dans une des rampes qui entourent la place et que peut-être il n’avait pas vue à cause du brouillard, il est tombé sur le coup évanoui, et il est mort ce matin, on suppose qu’il s’agit d’un éclatement de la rate…

Suis allée hier à la réunion des Enfants de Marie et fait la procession aux Vêpres. Tout s’est bien passé.

Vendredi 10

Passé hier une excellente après-midi avec Andrée [Boyer] Chailloux. Mercredi, Berthe était venue ici, et ce soir, nous allons chez elle ; à part ces quelques petites réunions, vie un peu uniforme ; je vais de temps à autre dire bonjour à Charlotte, de nouveau au lit, c’est bien triste !…

Les Sables jeudi 16

Suis condamnée à garder la chambre, pendant de longues journées, je ne sais jusqu’à quand ! Mon pied droit où j’ai eu un furoncle il y a quatre ans est de nouveau enflé, et je ne sais pas ce qui va en sortir   le docteur m’a ordonné le repos et cela me fait enrager, car nous sommes aux Sables depuis hier soir, j’aimerais sortir et voir la mer ; il vaut mieux obéir et tâcher de prendre mon mal en patience. J’ai cependant pu partir dimanche soir, pour Nantes, et revenir avec Jacqueline mardi, j’ai été heureuse de ces quelques moments – bien courts- passés à Chavagnes…

Dimanche matin

Note éditoriale. Date établie par l’éditeur : dimanche 12 decembre 1920, première occurrence de ce jour après l’entrée précédente.

Suis toujours enfermée… mon pied va mieux, j’espère sortir d’ici quelques jours… je passe presque douze heures au lit et, une fois levée, je ne peux que travailler ou lire au coin du feu, sans pouvoir aider Maman si occupée… Cette nuit il a neigé, la couche paraît épaisse… Maintenant quelques flocons tombent de nouveau, je voudrais tant sortir et regarder.

Lundi 20 décembre

Dans cinq jours Noël, pourvu que je puisse aller à la Messe de Minuit !… mon pied va mieux, mais la cicatrice est encore un peu douloureuse…

Mercredi 22

Aujourd’hui ma première sortie ; suis allée avec Papa voir la mer ; partis par les piles, nous sommes revenus par le Casino ; j’étais heureuse de marcher, bien que je ne sois pas solide, de voir la mer… de respirer l’air salin…

Jour de Noël

… Sommes tous allés, hier soir, à la Messe de Minuit, après avoir passé une bonne veillée sous la lampe, au coin du feu… Sommes partis vers onze heures, par un clair de lune merveilleux, c’était une splendide nuit de Noël… L’église était toute illuminée, assistance plus nombreuse, mais moins recueillie, moins intime qu’au Poiré. Nous avons eu le Gloria, le chant de Noël…

Lundi 27

Seule ici pour un moment. Maman et Jacqueline sont en courses et Papa du côté de la jetée.

Hier le vent était encore plus violent et la tempête avait augmenté… Jacqueline et moi sommes allées au bout de la rue Marcel Garnier, voir les vagues sur la jetée ; impossible d’accéder d’ailleurs à la petite jetée, la mer balayait le passage qui y conduit, c’était un spectacle splendide.

Vendredi 31

… Bientôt six heures, six heures encore à vivre en 1920…