Texte intégral de la retranscription d’Anne Dugast. Aucune correction n’a été apportée à l’orthographe, à la ponctuation ni aux dates. Les … sont les coupures de la transcriptrice.
Lundi 1er janvier 1923
Une année finie, une autre entamée déjà…
Vendredi 5 janvier
Les jours passent bien rapidement. Mercredi assisté à la messe de mariage d’Yvonne Gaffé ? ? ? ?, il faisait très beau et le voyage en auto était un plaisir. Yvonne était gentille en mariée, sa robe était simple et lui allait bien ; il y avait de jolies toilettes au cortège ; avons déjeuné chez M. Gardiveau. Hier déjeuné chez Mme Lucas avec les Abel et Mlle Louise, passé une bonne journée…
Mardi 9 janvier
Toujours le même temps gris et pluvieux… le matin, je travaille dans ma chambre, près d’un bon feu, pendant que Jacqueline joue du piano ; ce matin, en traduisant « The lady of the lake », j’entendais la « Sonate Pathétique ». L’après-midi, nous allons voir Berthe, nous sortons quand il fait beau ou bien c’est l’ouvrage manuel au coin du feu. Dimanche… beaucoup de monde à la bibliothèque ; le soir, bridge très gai avec les Lucas et les Brachet.
Samedi 13 janvier
Les jours allongent un peu… Depuis deux jours froid sec et gelée blanche… Jeudi, visites l’après-midi et une bonne soirée de bridge chez les Lucas… Relu ces derniers jours « Les Arrivants » de Jean Yole, c’est un livre que j’aime non tant à cause de l’histoire que de mille petits détails qu’on y trouve et qui sont vraiment vendéens, qui sont typiquement le caractère, l’esprit, l’âme de chez nous.
Mardi 16 janvier
… Toujours un temps plutôt morne… avons fait cependant, Jacqueline et moi, une bonne promenade, hier, du côté de la Thibaudière… Reçu dimanche une bonne lettre d’Andrée qui doit rentrer en France en février.
Lundi 22 janvier
Beaucoup de choses ces jours-ci… Vendredi, voyage à Nantes… bien des courses à faire, mais j’ai pu cependant passer un moment à Chavagnes…
Hier, avons assisté à la salle paroissiale à la représentation de « La fille de Roland » ; comme c’était une pièce d’hommes, Berthe était supposée être dans la coulisse et elle était représentée par un écuyer qui parlait et agissait en son nom ; ce n’était pas mal et la pièce se tenait à peu près, les acteurs s’en sont bien tirés, quelques premiers rôles étaient vraiment très bons et nous avons passé une agréable après-midi…
Dimanche 28 janvier
La fin des Vêpres sonne, dans quelques minutes, Maman et Jacqueline vont rentrer. Pour moi, suis encore immobilisée depuis lundi par mon pied, comme les hivers passés ; cela va mieux, je n’en ai plus que pour deux ou trois jours…
Jeudi 1er février
Mon pied est guéri ; j’ai fait hier une première sortie et suis allée à la Faucherie, mais j’ai perdu l’habitude de marcher et j’étais lasse en rentrant…
Lundi soir bridge très gai , nous recommençons ce soir chez les Lucas. J’ai toujours mon ouvrage, mes livres, mon dessin ; je me rappelle nos souvenirs bien gais de l’an dernier, du mariage de Marguerite.
Mercredi 7 février
…Jeudi soir bridge très gai chez les Lucas, hier, passé un bon moment avec Berthe. Lu pas mal ces derniers temps, j’en avais tout le loisir ; lu « Le roman d’un enfant » de Loti où il y a des pages délicieuses, « Une honnête femme » de Bordeaux, très bien, « La fosse aux lions » de Baumann, remarquable et en plus, intérêt local : l’histoire se passe au Bourg sous la Roche et l’on y retrouve, à peine changés, des gens connus…
Jeudi 8 février
Tante Denise est arrivée mardi soir et doit rester ici plusieurs mois ; à part cela rien de neuf…
Mardi 13 février
Je vais partir à l’église, c’est les Quarante heures… Dimanche… une visite de Tante Aline. Hier vu Marguerite, passé un moment près de Berthe…
Jeudi 15 février
Passé à Nantes la journée d’hier ; bon voyage et temps pas trop mauvais…
Dimanche 18 février
Hier une bonne promenade avec Jacqueline jusqu’à Saint Pierre par un temps très agréablement doux ; on sentait le printemps… Rien de nouveau que l’arrivée d’un petit Claude chez les Edmond Gendreau, et Gisèle n’a pas un an.
Jeudi 22 février
De la pluie aujourd’hui, un grand vent, des averses… Je travaille beaucoup le matin au coin du feu, alors que Jacqueline joue du piano, j’aime entendre la « Pathétique » de Beethoven, un Nocturne de Chopin, l’ « Arabesque » de Schumann, les « Jardins sous la pluie » de Debussy
Jeudi 26 février
Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 26 fevrier 1923 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Toujours la tempête, le vent, la pluie … Jeudi soir, quand nous allions chez les Lucas, de l’orage et des éclairs. Hier, suis allée à l’enterrement d’un bébé du Moulin-Guérin, mort à quinze jours, c’était navrant ce petit cercueil…
Dimanche 4 mars
Rien de neuf cette semaine ; tempêtes continuelles… Jeudi, bridge à la maison, et, en plus des habitués, une amie d’Armande, Mme Le Corre, qui est tout à fait charmante…
Beaucoup pensé à Simone le 2 mars, elle aurait ce jour-là vingt et un ans…
Lundi 5 mars
… Hier, bridge chez les Lucas… les Brachet y étaient avec Mme Le Corre, passé une agréable soirée…
Samedi 10 mars.
Arrivés aux Sables depuis jeudi ; l’auto étant en réparation, sommes venus par le train. Tante Denise, François et Caty nous attendaient à la gare, sommes sorties dans l’après-midi… Hier, deux bons moments, le matin sur la plage, l’après-midi dans les dunes…
Lundi matin 12
La Mission est commencée depuis hier… il y avait foule, et il était émouvant de sentir l’assistance vibrer aux paroles du prédicateur.
Temps superbe ces jours-ci, soleil déjà chaud… c’est une joie que de se promener sur le Remblai…
Jeudi 16 mars
Note éditoriale. Le journal écrit « jeudi » ; le 16 mars 1923 était un vendredi. Texte conservé tel quel.
Très occupée ces jours-ci, n’ai guère eu du temps à moi. Le matin, mon étude de violon, puis nous sortons jusqu’au déjeuner ; après déjeuner promenade jusque vers quatre heures ou un essayage et l’ouvrage manuel jusqu’au dîner ; ensuite le sermon de Mission… nous avons d’excellents prédicateurs et les sermons sont très beaux…
Lundi un moment délicieux à la Chaume, depuis le temps est moins beau, mais il fait bon se promener quand même. Madeleine est là depuis mardi. Oncle Raymond part ce soir.
Dimanche 18 mars
Bien des choses encore ces jours-ci. Vendredi, passé l’après-midi et goûté chez les Bourmaud ; il y avait Mme Moreau, Mme Godet, Mme Renaud et Louisette ; enfin la sous-préfète. : Me Gole. Avons fait de la musique. Jacqueline et moi avons joué, Mme Gole a chanté, elle a une très belle voix mais fait de telles « grâces » en chantant que Jacqueline et Louisette ont été prises de fou rire dans son dos et que j’ai eu un mal terrible à n’en pas faire autant. Hier visite à Mme Moreau … pluie fine toute la journée… Aux Vêpres, une jolie cérémonie pour la clôture de la Mission des enfants avec offrande des couronnes à la Sainte Vierge. Fait ensuite un tour de jetée…
Mardi 20 mars
Belle journée hier et temps merveilleux… dans la matinée, une bonne promenade sur le Remblai, Madeleine, Aline et moi ; l’après-midi, comme c’était la fête de Saint Joseph, sommes allées servir les vieillards chez les Petites Sœurs des Pauvres. Cela a été très gai, il y avait les Léveillé, Louisette Renaud, pas mal d’autres jeunes filles. Ensuite promenade dans les pins…
Jeudi 22 mars
Toujours la même vie bien calme… le matin, mon étude de violon, une promenade… l’après-midi, bien des choses : promenades, essayages, visites ; de 5 h à 7 h, ouvrage manuel, le soir, sermon de la Mission… Mardi soir, cérémonie de l’Amende honorable avec illuminations ; au-dessus du transept, une immense croix de fer, soulignée du mot Pardon…
Cadette est mariée depuis Lundi, nous avons eu les détails par différentes lettres.
Vendredi 23
Il y a des mots qui font bien mal, et on doit continuer à vivre, parler, sourire comme si rien n’était.
Samedi 24 mars
… Tous ces soirs ci sermons. Les prédicateurs sont vraiment intéressants… Jeudi, passé l’après-midi chez Louisette Renaud ; il y avait toute une bande de jeunes filles et nous sommes bien amusées…
Lundi 26
… (Hier), après les Vêpres, un tour de Remblai, il faisait un temps délicieux. Visite à Mme Godet chez qui nous avons rencontré Mme Damour et Marie-Isabelle. Fini par une visite à Mme Renaud.
Mardi 27
Une journée très remplie. Après mon étude violon, promenade avec Aline… dans l’après-midi, visite à Mme Léveillé, assisté au Sermon de 3 heures puis fait un essayage. Après dîner un très beau sermon, malheureusement, en rentrant à la maison, un moment plutôt dur, attaques violentes contre la Religion, ce sont là des choses particulièrement pénibles…
Jeudi Saint 27 mars
Hier, avec les Raymond et Madeleine, une très bonne promenade dans les dunes de la Chaume ; longé la plage quelque temps… Sommes revenus par les pins où il faisait très bon. Hier soir, très beau sermon… puis distribution des souvenirs de Mission à chaque famille. Ce matin l’office très imposant et beau, communions nombreuses…
Nous regagnons Le Poiré demain.
Le Poiré, samedi 31 mars
De retour ici après un très bon voyage ; dernier jour aux Sables très rempli. Jeudi après-midi, sommes allés au Puy d’Enfer… Hier matin, assisté à l’office du Vendredi Saint, toujours si beau ; la lecture de la Passion selon Saint Jean… avons quitté les Sables vers 3 heures et demie.
Ici, on sent délicieusement le printemps, les lilas vont fleurir… Hier soir, avons assisté ici à la vénération du Christ de mission ; l’illumination n’avait rien de remarquable, le sermon était quelconque, surtout après ceux que nous avons eu aux Sables, mais ce qui était touchant, c’était cette affluence, cette union des voix chantant à plein cœur les cantiques traditionnels, cet élan de foi profond…
Dimanche 1er avril
Belle journée aujourd’hui, d’abord, c’était la fête de Pâques et ensuite la clôture de Mission… Nous avons eu la grand’messe de la Résurrection… un Credo magnifique chanté en chœur. Tantôt, pas de Vêpres, mais la procession au Calvaire ; le bourg était très bien orné, toutes les maisons pavoisées, et, de chaque côté de la route, des houx reliés avec des guirlandes ; procession très longue, beaucoup d’hommes, partagés en escouades, qui portaient le Christ tout à tour, au Calvaire, il y a eu la bénédiction du monument, un sermon puis l’installation du Christ ; sommes ensuite retournés à l’église pour les adieux des missionnaires et le Salut du Saint Sacrement ; pendant tout ce temps des cantiques populaires, chantés à plein cœur, avec une foi vive et sincère… après la Bénédiction, … entonné le cantique « Au ciel, au ciel »…
Mercredi 4
Bonne journée encore hier ; mis enfin à exécution notre projet de voyage à Passay, près du lac de Grand-Lieu ; il faisait un temps délicieux. Vers 9 heures et demie, rassemblement chez les Yvernogeau, quatre autos à la file : 1° les Yvernogeau, emmenant Charlotte, 2° les Lucas, avec Lucien sur le marchepied et des paniers dans le coffre, 3° nous, 4° les Brachet avec Benjamin ; en tout dix neuf personnes. Les quatre autos sont parties à bonne allure. Nous devions à l’aller nous arrêter à Tréligné, mais les Yvernogeau s’étant trompés de route, nous les avons suivis et avons fait un détour. Nous sommes retrouvés vers Touvois. Il y a eu un second rassemblement à Saint Philbert de Grandlieu, où nous avons visité une très ancienne église désaffectée, qui contient quelques statues assez curieuses et le sarcophage de Saint Philbert. Vers onze heures, nous étions à Passay à contempler le lac… Avons déjeuné dans une salle d’auberge « pour noces et banquets », le menu était copieux :pâté de sanglier, pâté de foie (Mme Lucas), omelettes (Mme Yvernogeau), poisson du lac au beurre blanc, gigot (Mme Lucas), poulets (Maman), comme dessert, les fameux flons de Pâques, apportés par Armande, des pommes et du café. Comme digestif, sommes allés, tous les jeunes, faire une promenade en barque sur le lac et cela a été très gai et très agréable. Départ vers cinq heures et très bon retour, nous sommes arrêtés, cette fois à Notre-Dame de Tréligné… arrivés ici vers 6 heures et demie.
Aujourd’hui, le temps a beaucoup changé, ce matin, brouillard épais, qui s’est levé maintenant, mais le ciel demeure très gris. Lundi, fait avec Madeleine une jolie promenade du côté du Puychabot…
Lundi 5 avril
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 5 avril 1923 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Fait hier avec Madeleine une bonne promenade, sommes parties par la route de la Roche, avec l’intention de rejoindre la route de la Genétouze par la Gillardière et la Laitelière ; nous avons trouvé sur la gauche un petit chemin qui nous a tentées ; nous avons descendu des pentes assez raides, remonté des coteaux très pittoresques couverts d’ajoncs en fleurs, suivi un chemin tellement boueux qu’il a fallu faire de l’acrobatie dans les buissons, et, alors que nous ne savions plus où nous étions, nous sommes trouvées à la Crépelière. Par des chemins plus ou moins boueux, rejoint la Monerie et la route de la Genétouze. Hier soir la visite des Gendreau ; c’est la première fois que Berthe vient ici depuis sa pleurésie… Peut-être irons-nous à Lyon dans les derniers jours du mois.
Dimanche 8
Il s’est passé en Russie un fait abominable malgré les protestations de tous les gouvernements, même les moins religieux, les Soviets ont exécuté, en somme assassiné un prélat catholique… qui avait commis le seul crime d’être fidèle à sa religion, et cela le Samedi Saint…
Rien de neuf ces jours-ci, toujours un beau temps qui nous permet de sortir souvent. Madeleine est partie hier matin. Passé une partie de l’après-midi chez les Gendreau et nous sommes bien amusés.
Mercredi 10
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 10 avril 1923 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Assisté hier matin à la messe de mariage Bélaubre-Robert, et cela ravive en moi le souvenir de Simone. Sommes allés en auto avec Samuel, Marguerite et Charlotte. Cortège très brillant et jolies toilettes. Anne-Marie légèrement excentrique, mais à son avantage, un peu trop sûre et contente d’elle cependant. Berthe avait une très jolie robe 1830 en taffetas abricot, Armande une robe drapée, en marocain gris. Aperçu Yvonne Coadou, très mignonne dans une robe rose garnie de gris, j’aurais voulu lui parler, mais impossible d’entrer dans la sacristie , nous avons pu seulement embrasser Anne-Marie. Marie n’est pas venue, il paraît qu’elle attend un bébé ; sa dernière lettre le laissait d’ailleurs deviner…
Dimanche 15 avril
Fait hier avec Papa toute la tournée des métairies : les deux Buzenières, l’Atrie, la Blédière, la Clopière, par un temps assez désagréable, fortes averses et vent glacial… Depuis mardi rien de neuf ; fait quelques promenades, Jacqueline et moi ; passé vendredi chez Armande une agréable après-midi…
Samedi 16
Note éditoriale. Le journal écrit « samedi » ; le 16 avril 1923 était un lundi. Texte conservé tel quel.
Hier dimanche habituel… à une heure, la bibliothèque, où nous avons eu une histoire assez drôle ; la clé avait disparu, et nous avons eu beaucoup de peine à nous faire ouvrir. Aux Vêpres, procession du Saint Sacrement ; sommes allées ensuite chez Mme Lucas et les Gendreau. Toujours le même temps, de fréquentes averses et un vent glacial…
Nous partons demain après-midi aux Sables pour l’audition de Mlle Smolska, pour revenir vendredi matin. Irons à Nantes le lundi 23 pour nos leçons de musique, et nous partons pour Lyon le 25 au soir.
Samedi 21 avril
Fait bon voyage aux Sables ; il n’y avait guère de préparatifs pour quelques jours ; le trajet a été vite effectué, et, après avoir mis toutes choses en places, sommes sorties Jacqueline et moi… il faisait bon marcher.
Mercredi… dans l’après midi il a plus, mais cela ne nous a pas empêchées d’aller voir le Calvaire de la Chaume, maintenant terminé… Jacqueline a étudié son piano pour le lendemain une partie de la journée.
Jeudi matin… fait quelques courses… A 2 heures et quart, nous sommes rendues avec les Bourmaud à l’audition de Mlle Smolska à l’hôtel du Casino. Il y avait beaucoup de monde et le programme était parfaitement composé, tout y était intéressant, depuis les morceaux des débutants. Nous y avons retrouvé les Chauvière de Saint Gilles, Irène et Marie-Antoinette, qui comptaient parmi les meilleures élèves ; l’aînée jouait du Debussy, l’autre du Beethoven. Mimi Léveillé jouait un Prélude de Bastard ? ? ?, très joli. Jacqueline a très bien exécuté « Essor » de Schumann, quant à Mme Smolska, elle a merveilleusement joué une Ballade de Chopin qui est ravissante. En sortant, rencontré quelques personnes de connaissance : les Léveillé, Louisette Renaud, Mme Lecomte, Mlles Roux. Avons fait un tour de Remblai pour calmer l’énervement de Jacqueline.
Hier matin, pluie, sommes partis un peu après 9 heures et demie ; plusieurs histoires en route, au début, une bougie ne donnait pas et il a fallu s’arrêter pour la changer ; ensuite c’était la courroie du ventilateur qui était sautée ; après Grosbreuil, nouvel arrêt, la courroie était de nouveau sautée et, chose plus grave, le ventilateur se dévissait; il a fallu le faire revisser à Nieul par un charron, ce qui nous a permis d’aller jusqu’à la Roche. Pendant la réparation nous avons fait des essayages, déjeuné et avons pu repartir vers trois heures. Tante Octavie est toujours très mal et ne peut s’en remettre ; ce sera bien dur pour sa pauvre mère.
Mardi 24 avril
Tante Octavie est morte samedi après-midi ; le matin, au retour de la messe, j’étais passée prendre de ses nouvelles et l’avais même vue, elle était bien mal. Dimanche après-midi, suis allée la voir sur son lit de mort, si apaisée… sa pauvre mère était assise au pied du lit, priant et pleurant.
Hier, bon voyage à Nantes, pris nos leçons de musique et vu Tante Marie-Angèle, qui vient d’avoir une broncho-pneumonie avec une très forte fièvre, elle n’est pas tellement remise. Dimanche, les offices habituels, la bibliothèque, quelques visites à faire en prévision de notre départ de demain. Ce matin, assisté à l’enterrement du père Fillâtre, de Montorgueil, mort subitement…
Mercredi 25
Nous faisons nos derniers préparatifs ; dans quelques heures, serons en route pour Lyon…
Lyon – vendredi 27 avril
Nous voilà donc à Lion, ce qui avait été projeté tant de fois et remis si souvent. Voyage bien effectué, mais un peu d’émotion au départ, il en est souvent ainsi. Avons déjeuné au buffet puis nous sommes rendues, par la Navette, à la gare d’Orléans. Il a fallu nous occuper des billets, des bagages, nous installer, et, à 20 heures 8, le train partait. Lu un moment… en me suis endormie pour me réveiller à Bourges… à 11 heures 10, nous arrivions à Perrache. Françoise et l’ordonnance étaient sur le quai, Tante Jeanne et Menine à la sortie. Avons déjeuné, nous sommes installées, puis sommes sorties prendre contact avec Lyon. Vu la rue de la République, les quais de la Saône, l’Hôtel de Ville. Lyon est une belle ville animée, bien bâtie, peut-être un peu trop triste à cause de la teinte sombre des monuments. J’aime beaucoup Fourvière, d’où la Vierge étend sa protection. Une bonne nuit nous a remises d’aplomb. Françoise fait des projets pour nous distraire. Nous nous plairons ici.
Mardi 1er mai
Quelques jours passés bien vite, et les occupations ne manquent pas. Avons beaucoup vu Lyon qui est une ville intéressante. Visité le Musée des Tissus, très intéressant. Il va des fragments trouvés dans des tombeaux, jusqu’aux merveilleuses soieries modernes en passant par les broderies du Moyen âge et les somptueux brochés des XVI et XVIIe siècles . Il y a une chape merveilleuse, offerte à je ne sais quelle église espagnole par Isabelle la Catholique. Une collection de dentelles splendides, dont un Point d’Argenton de toute beauté. Une vitrine de costumes fort intéressants ; on resterait à rêver, évoquant ceux qui les portèrent. Hier, visité avec Françoise une exposition de tapis d’Orient. Quelques jolies promenades sur les quais. Parfois en rentrant, nous arrêtons dans une église : Saint Bonaventure ou Saint Nizier…
Vendredi 4 mai
Je reprends un peu les journées passées. Mardi, Jacqueline est allée aux Assises avec les Rouillault ; Françoise était un peu fatiguée. Suis sortie assez tard avec Tante Jeanne. Avons fait une bonne promenade, d’abord vers Bellecour, puis sur les quais de la Saône qui sont pittoresques et jolis, dominés par la Croix Rousse et Fourvière. Mercredi, sommes allés, Jacqueline et moi, voir Mme Tresel ? ? ? ? de passage à Lyon chez ses enfants. Cela nous a fait une promenade charmante le long des quais du Rhône. Hier matin, sommes sorties un moment, il faisait très chaud, seulement le long du Rhône on avait quelque fraîcheur…
Hier après midi, Françoise et moi sommes allées aux Assises toujours avec les Rouillault. Il est intéressant de voir comment cela se passe ; c’était pourtant une triste affaire…
Samedi 5 mai
Hier soir, le bal de l’X, auquel nous avons assisté, nous sommes bien amusées. En début de soirée « La poudre aux yeux » de Labiche, très amusant et gentiment joué par des amateurs. Avons dansé ensuite jusqu’à une heure. Henri n’y était pas, mais il y avait plusieurs des lieutenants d’Oncle Alfred, gentils et pleins d’entrain, si bien que nous ne nous sommes pas arrêtées.
Mercredi 9 mai
Bien des choses depuis samedi ; l’après-midi, sommes montées à Fourvière. Joie d’accomplir ce pèlerinage… il y avait un peu de brume mais une vue merveilleuse cependant. La basilique est d’une richesse inouïe, un peu lourde de proportions, grandiose cependant. En descendant, nous sommes assises pour contempler un splendide coucher de soleil…
Dimanche après-midi, avons voulu assister aux Vêpres de la Primatiale Saint Jean ; selon l’habitude, sommes arrivées en retard et tout était plein, avons pu cependant monter dans une tribune où nous étions très bien. la musique était très belle.
Lundi avons aidé Tante Jeanne à recevoir ; hier c’étaient les courses de Grand-Camp où nous avons retrouvé Antoinette Meillou ; j’avais une bonne migraine et cela m’a en partie gâché mon après-midi.
Dimanche 13
Mercredi, Oncle Gaston, revenant de Grenoble, a déjeuné ici. L’après-midi, il pleuvait, sommes sorties goûter en ville et faire une courte promenade sur les quais de Saône.
Jeudi Ascension… l’après-midi, une jolie promenade à la Croix-Rousse ; sommes descendues par le jardin des Chartreux, d’où l’on a une jolie vue sur la Saône et Fourvière. Le soir vu « Louise » au Grand Théâtre. Nous étions dans la loge du Gouverneur. Musique intéressante, un peu savante peut-être, mais fort belle ; décors ravissants, surtout celui du 3ème acte : du haut de Montmartre, peu à peu Paris s’illumine : l’illusion est parfaite.
Vendredi et hier, promenades en ville… Aujourd’hui, fête de Jeanne d’Arc, personne ne sera au Poiré pour pavoiser.
Vendredi 17 mai
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 17 mai 1923 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
Bien des petits faits et rien d’important depuis dimanche ; l’après-midi, sommes allés aux courses avec les Meillou ; Jacqueline et Françoise ont joué et perdu. Réunion moins brillante que celle du Grand Prix. Lundi, Jean Weltz est venu passer la journée, il pleuvait à torrents. Pendant le déjeuner, un bruit formidable, suivi d’un écroulement, tout le monde bondit à la fenêtre, nous voyons des gens qui courent : la foudre venait de tomber sur une cheminée à deux cents mètres peut-être ; sommes sortis après déjeuner pour voir les dégâts. Le soir, il ne pleuvait plus, sommes allés passer la soirée chez Colette Valentini, et en sommes revenus vers 11 heures.
Mardi visite à Henriette Meillou. Hier une très jolie promenade jusqu’au confluent ; sommes revenues par les quais de Saône, c’était infiniment reposant, du côté de Sainte Foy, que de voir de la verdure, de respirer un air vif et pur. Hier soir, au cinéma avec Henri, film intéressant. Hier, une lettre de Maman, elle nous annonce la mort de Mme Robert ; il y a un mois, elle assistait au mariage de son fils puis une typhoïde s’est déclarée… comme Simone.
Lundi 21 mai
Je remets de jour en jour de venir écrire. Le temps s’écoule bien vite et nous sommes très occupées. Vendredi soir sommes allés au Palais d’hiver avec les Meillou ; n’avons pas dansé, pour cela il faut être en bande, mais le coup d’oeil est vraiment joli. Samedi une bonne promenade à travers les Brotteaux.
Dimanche matin, la Pentecôte… sommes allés à la Messe Pontificale à la Primatiale Saint Jean. C’était splendide, cérémonie merveilleuse, chants et musique de toute beauté. L’après-midi vu quelques dalles du Palais Saint Pierre. Ce matin sommes allées à Fourvière… Quelques lettres ces jours-ci, une de Berthe, une de Mlle Lucas.
Vendredi 23
Note éditoriale. Le journal écrit « vendredi » ; le 23 mai 1923 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Sommes allées hier soir au cinéma voir « Jocelyn » - le film n’est pas mis à l’index- soirée charmante, film merveilleux, vivant, pathétique. Très belles vues de montagne ; le personnage de Jocelyn très bien représenté et Lamartine parfaitement romantique. deux choses m’ont fait comprendre que le livre avait été mis à l’index : Jocelyn entre au Séminaire sans vocation, par dévouement pour sa sœur, situation fausse ; il aurait dû chercher autre chose. 2/ l’évêque de Grenoble pousse Jocelyn au sacerdoce alors qu’il ne le veut plus. C’est dommage ; le reste est si beau.
Jeudi 24 mai
Hier, Tante Jeanne avait à déjeuner les Weltz. ? ? et, nous avons passé un moment très agréable, tellement tous deux sont charmants et sympathiques. M. Weltz a le don très rare de savoir écouter, si bien qu’en sa présence on se sent devenir intelligent. Après leur départ, sommes allées au Parc de la Tête d’Or ; y sommes restées assez longuement… Ce matin, sommes allées nous asseoir à Bellecour, mais un orage nous a obligées à rentrer. Tantôt, passé un moment, Jacqueline et moi, au Musée Saint Pierre.
Mardi 29 mai – Les Ballets russes
Rien de neuf jeudi et vendredi, mais attrapé un bon mal de gorge qui, joint au mauvais temps, m’a empêchée d’aller à un concert très intéressant auquel ont assisté Jacqueline et Françoise. Samedi pluie toute la journée, visite de Jean Weltz ; joué aux cartes. Le soir suis allée avec Tante au Grand Théâtre, à une représentation de Ballets russes. C’était ravissant : le mariage de la Belle au Bois dormant, suivi des « Contes de fées », puis « l’Après-midi d’un faune » de Debussy et ensuite « Shéhérazade » de Rimsky-Korsakof, c’était un enchantement. Dimanche pluie, ne sommes pas sorties. Lundi, Mme Meillou a passé l’après-midi ici ainsi que les Condamin. Avons formé le projet d’une surprise partie Meillou le dimanche 20 juin. Henriette Meillou est même revenue ce matin pour organiser toutes choses. Hier soir une lettre d’Armande.
Vendredi 1er juin
Mercredi sommes allés toutes trois visiter le Musée de la Propagation de la Foi, nombreuses reliques de martyrs et objets très intéressants, envoyés par les missionnaires. Sommes allées ensuite au Parc, Françoise et moi, et avons fait le tour du Muséum et une partie du Musée Guimet ; quantité de choses intéressantes, surtout d’Extrême-Orient : Chine, Japon. Sommes retournées ensuite au parc.
Mercredi 7 juin
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 7 juin 1923 était un jeudi. Texte conservé tel quel.
La surprise partie Meillou marche pour le mieux, sommes pour l’instant une quinzaine, nous trois et Henri, les Meillou, Valentine Bouvier, Madeleine Vernet, Jean Weltz, le docteur Tete ? ? ?, Charbonnier. Tout s’organise à souhait, et, je crois que nous passerons une bonne soirée. Samedi Henri est venu dîner, avec on camarade Matthieu et de Dr Tete ? ? ? ; avons joué aux cartes jusqu’à deux heures. Le matin c’était dur de se lever ; suis arrivée cependant à être prête à 10 heures pour la grand’messe. J’en étais heureuse, car je ne peux ici avoir la procession de la Fête Dieu ; voilà longtemps que je suis privée de liturgie. Lundi, Tante recevait mais il pleuvait, et il n’est venu que très peu de monde.
Samedi 9 juin
Dans huit jours nous serons au Poiré ; je ne peux que très difficilement me le figurer tant nous nous trouvons bien ici, où nous avons une vie gaie et pleine d’imprévu… Demain la surprise partie, tout est prêt ; je crois que nous nous amuserons. Jeudi, une jolie promenade à l’île Barbe, les bords de la Saône sont ravissants, avons passé un bon moment à nous griller au soleil. Hier fête du Sacré-Coeur, sommes montés à Fourvière pour la procession, qui était très belle. Sommes descendues par le passage Gay. Cet après-midi seconde visite au Musée Guimet ; vu les salles japonaises et égyptiennes ; là sont exposées plusieurs momies ; on a peine à croire que ces corps desséchés ont vécu. Où sont les âmes ?.
Mardi 12 juin – la surprise partie
La journée de dimanche est passée, cette journée dont nous nous promettions tant de plaisir, mais passée le plus agréablement du monde en nous laissant des souvenirs charmants. Dimanche matin Henri et Jean Weltz sont venus déjeuner ; Jean Weltz devait monter à Chanvert l’après midi ; aussi il n’a pu nous accompagner. Avons commencé à nous préparer vers trois heures, mais, selon l’excellente habitude de la maison, nous avions vingt bonnes minutes de retard et il nous a fallu courir tout le long de la rue de la République pour attraper un tram. Au lieu de la réunion nous étions tout de même les premières ; les Bouvier sont arrivés par le tram suivant ; cinq minutes après, Charbonnier, Mlles Ferry et Mlle Blanchard. Quelques pas plus loin avons trouvé Madeleine Vernet et son cousin et sommes arrivés en bande. Henri était là. M. Dufour est arrivé un peu après, le docteur Tête vers 6 heures et les Valentin vers 7 heures. Nous nous sommes vraiment amusés, avons beaucoup dansé, puis, quand il faisait trop chaud, nous allions nous asseoir dans la cour pour jouer à des petits jeux. Vers 7 heures avons fait une partie de colin-maillard, un peu plus tard une partie de cache-cache. Il faisait nuit, mais la cour était bien éclairée, certains incidents ont été tout à fait comiques. Vers minuit et demie il a fallu nous décider à partir ; le dernier tram passant à 11 heures, il a fallu faire 7 km à pied. A la gare des Brotteaux nous avons laissé les Bouvier, puis les Ferry et le docteur Tête rue Lafayette, et nous sommes rentrées rue Ferrandière escortées par Henri et Charbonnier. Le retour a été très gai. Avons causé jusqu’à 3 heures, hier matin avons recommencé. Malgré un peu de fatigue, gardons un bon souvenir de ce jour là.
Le Poire dimanche 17 - fin du séjour à Lyon
Je reprends un peu ces derniers jours. Lundi et mardi, j’étais un peu fatiguée, la tête plutôt vide, et, sans cesse me revenaient des airs de danse, mêlés à quelques souvenirs : les jeux, parties de colin-maillard, le dernier tango, le retour nocturne de Villeurbanne. Lundi nous avons passé un moment à Bellecour. Mardi fait quelques courses. Mercredi avons commencé nos préparatifs de départ. Françoise de son côté faisait sa malle. Henri est venu dîner. Jeudi matin, Françoise est partie à sept heures pour Paris. Jacqueline et moi … avons pris à 3 heures 40 le train à Perrache. Voyage très bien effectué. Jusqu’à Saint Germain des Fossés, le trajet est joli et accidenté. A Saint Germain avons dîné, puis j’ai dormi un moment ; de Bourges à Tours, avons causé avec un voyageur du compartiment, très intéressant, avons abordé quantité de sujets. Changé de train à 1 heure à Saint Pierre des Corps ; nous étions à la Roche à 5 heures 56 et au Poiré à 7 heures et quart. La maison n’a pas changé ; le jardin est fleuri de roses et parfumé de fraises. Hier, déjeuné chez Tante Abel avec les Lucas ; sommes allées chez les Gendreau un moment. Berthe part à Saint Jean de Monts avec Charlotte.
Jeudi 21 juin
Avons repris maintenant toutes nos anciennes habitudes ; le séjour à Lyon paraît loin ; il en restera cependant de bien charmants souvenirs. Dimanche… tenu seule la bibliothèque, Charlotte n’étant pas là. Lundi voyage à Nantes, journée bien remplie par les leçons de musique, la Visitation et les courses. Mardi après-midi à la bibliothèque pour des rangements. Hier matin une bonne lettre de Marie Morvezen qui attend un bébé le mois prochain…
Samedi 23 juin – la mort de Loti
Tous les journaux parlent actuellement de la mort de Loti, en y ajoutant des commentaires variés. Quoiqu’on puisse dire, c’est un des écrivains marquants de notre époque qui disparaît ; ses oeuvres resteront dans la littérature. Après les avoir beaucoup appréciées, je les aime maintenant pas tellement, à cause de cet étalage du moi, de cette terreur du néant qu’on y rencontre. Son éducation protestante y est pour quelque chose, ou sa vénération pour l’Islam. Il avait des dons remarquables, une langue merveilleusement prenante, des descriptions exquises. Que restera-t-il de tout cela ?…
Mardi 26 juin
Rien de bien neuf ; dimanche matin tenu la bibliothèque… Tante Denise est partie pour Royat ; Marguerite passe quelques jours à Saint Jean de Monts…
Samedi 30 juin
Toujours un temps splendide, et cependant pas trop chaud…le jardin est délicieux ; les rosiers sont d’immenses bouquets ; à côté fleurissent des lis. Les fraises commencent à s’avancer, mais les framboises sont en abondance ainsi que les groseilles…
Lundi 2 juillet
Hier, une bonne après-midi aux courses à la Roche ; temps superbe ; courses sans rien de bien remarquable, mais nous étions en bande et avons rencontré quantité de personnes de connaissance. Vu ensuite Mme Lucas un bon moment.
Samedi 7 juillet
Ce matin un très violent orage ; la foudre est tombée chez les Eugène Tenailleau, et nous avons eu une certaine émotion ? Cela a rafraîchi le temps et il fait meilleur ? Mardi, une visite de l’abbé Henri Tenailleau, nous apportant des images souvenirs de son ordination. Mercredi après-midi chez Tante Abel. Jeudi, avons vu ; le matin Mme Lucas, l’après-midi Mlle Lucas nous apportant des souvenirs de leur voyage à Lourdes. Un voyage à Noirmoutier est organisé avec les Lucas et les Brachet ; ce sera pour mardi sans doute. Repris cette semaine mon travail du matin : anglais et littérature… Je lis le dernier livre d’Elisabeth Lesueur « Lettre à des Incroyants » ainsi que différents ouvrages d’Edouard Rod et de Bourget.
Jeudi 12 juillet – Journée à Noirmoutier -
Passé mardi une excellente journée à Noirmoutier. Lever dès trois heures, il ne faisait pas encore jour. A quatre heures et demie étions rassemblés devant la maison Brachet ; il y avait quatre voitures ? La campagne était délicieuse de fraîcheur ; il avait fait de l’orage pendant la nuit… C’était la foire de Challans, aussi la route était-elle encombrée de bétail et de véhicules de toute sorte . Rendez-vous à Beauvoir ; nous étions en avance, bientôt sont arrivés Samuel, les Brachet et les Lucas qui avaient cueilli Lucien sur le champ de foire de Challans. Avons pris un car pour traverser le Gois ; ce n’est pas précisément joli, mais très curieux ; cette mer qui se retire si loin qu’on ne la voit plus ; cette plaine de boue semée de flaques d’eau ; cette chaussée qui s’allonge, bordée part les balises. Du Gois à Noirmoutier, il y a quinze kilomètres, l’intérieur de l’île est quelconque, des cultures, des marais salants. On traverse des petits bourgs : Barbâtre, la Guérinière. A Noirmoutier, visité le château ; il y a un chemin de ronde bien conservé, de vastes salles et une vue très étendue sur l’île et la mer. Visité l’église ; au-dessous du chœur se trouve une crypte formée par la partie supérieure d’une ancienne église envahie par les sables ; là se trouve le tombeau où le corps de Saint Philibert reposa pendant plus de 150 ans, jusqu’aux invasions normandes. Sommes allés ensuite au bois de la Chaise qui est une merveille : des chênes-verts, des mimosas, des pins… des éboulis de rochers et la mer est en bas…
Déjeuné à l’hôtel Saint Paul ; menu parfait et abondant : crevettes, palourdes, homards et soles, rôti de veau, salade, pommes de terre et fruits. Avons ensuite visité la chapelle du bois et fait une courte promenade. De là, en car, sommes allés à l’Herbaudière, port de l’île, où certains ont acheté sardines et homards. Un nouvel arrêt à Noirmoutier puis pris le chemin du retour. A la Guérinière, panne ; tuyau d’essence coupé, on répare et on repart. A Barbâtre nouvelle panne et nouvelle réparation. Troisième panne dans le Gois à la première balise et deux autres en plein milieu. Aucun danger, la mer baissait encore, mais certaines dames étaient affolées et tiraient leurs chapelets. D’autres avaient un fou rire assez naturel. Enfin cela a marché jusqu’à Beauvoir où nous avons retrouvé nos autos respectives. Etions ici à 8 heures et demie.
Hier passé une partie de l’après-midi avec Berthe et Charlotte. Avons joué des airs de danse de Lyon. Charles Yvernogeau est admissible à Navale ; Marcel et Lucien échouent à leur bachot.
Dimanche 15 juillet
Depuis quelques temps une série d’orages. Le plus violent a été le samedi 7, où la foudre est tombée sur un hangar chez les Eugène Tenailleau ; détail comique : Mme Tenailleau prenait un bain de pieds sous le dit hangar ; elle en a été quitte pour la peur. Deux autres gros orages jeudi et vendredi, il a plu abondamment. Hier une courte promenade avec Jacqueline… Journées toutes semblables, le matin j’étudie mon violon, je fais un peu d’anglais ; l’après-midi, ouvrage manuel, vers six heures, la cueillette des framboises ou des roses…
Mme Bonnaud est morte hier matin. Il paraît que Madeleine Lauprêtre est maman d’un petit Claude.
Lundi 16 juillet
Dimanche habituel ; les offices, la bibliothèque comme de coutume. Deux visites ensuite, chez Armande et Chez Mme Lucas. Une heure et demie dans chaque maison ; un rien ! Il y a quatre ans aujourd’hui que je quittais Chavagnes…
Mercredi 18
Un grand pas vers le progrès ; il y a la T.S.F. à la mairie, avec le clocher comme antenne… y sommes allés pour la première audition. Nous avons eu un solo de flûte ; c’est fantastique, et on de meure rêveur en songeant à cet instrument qui joue si loin. Il y a eu une suite de chansons, moins bien rendues puis il y a eu l’orage et tout s’est brouillé. Lundi, après l’enterrement de Mme Bonnaud, fini l’après-midi chez Berthe. Hier après-midi chez Tante Abel avec Mme Yvernogeau et Mme Lucas…
Les Sables dimanche 22
Assisté hier soir, au Casino, à la représentation du « Pêcheur d’Ombres » de Jean Sarment, avec l’auteur et les créateurs de la pièce. Oeuvre bien construite intéressante et poignante par moments. Interprétation parfaite. Hier un moment sur la plage ; de notre place un peu trop de musique, car l’orchestre du Casino et celui du Royal jouent quelquefois ensemble ! Fait vendredi matin un excellent voyage. Françoise arrive ce soir, ses parents et Menine jeudi matin.
Mercredi 24
Note éditoriale. Le journal écrit « mercredi » ; le 24 juillet 1923 était un mardi. Texte conservé tel quel.
Rien de neuf ces jours-ci ; de bons moments sur la plage, et, le soir, l’habituel tour de Remblai. Le temps si beau jusqu’ici s’est un peu gâté… Bavardons beaucoup avec Françoise.
Dimanche 29
Passé vendredi une excellente journée à Brétignolles avec la bande habituelle : les Lucas, Brachet, Yvernogeau, Tante Abel et les Mignen. Nous étions 26 à table et c’était très gai. Les messieurs ont été censés pêcher le matin ; pour nous passé toute la journée sur la plage. Mercredi, avons vu Tante Abel et sa famille qui ont loué rue Napoléon pour le mois d’août.
Vendredi 3 août
Maintenant que la date du 1er août est passée, nous sommes nombreux ici ; les Gendreau et Brachet sont arrivés ; nous rencontrons souvent les Grolleau. Dimanche passé l’après-midi sur la plage, regardant la mer, puis avons fait un bon tour de Remblai, et, après dîner, fini la soirée au pierrot. Lundi, rien de neuf. Mardi tempête et nous n’avons pu sortir, sauf le soir où, profitant d’une éclaircie, nous avons fait le tour de Remblai rituel. Mercredi soir, un tour de Remblai très gai en compagnie des Gendreau. Hier matin, partie de croquet sur la plage. Le soir sommes allés en bande au Casino voir « Le Vertige », pièce un peu bizarre, mais captivante et parfaitement jouée.
Lundi 6
Bien des moments très gais, surtout après dîner, où nous nous promenons avec les Gendreau. Samedi, sommes restés longtemps au bout de la petite jetée ; la fraîcheur y était délicieuse. Hier soir, les autres membres de la famille Gendreau étant au Casino, avons marché sur la plage avec Benjamin et Bernard Grolleau. La plus grande partie de nos journées se passe sur la plage, de façon très gaie…
Vendredi 10 août
…Hier sommes allés au Casino voir Robinne ? ? et Alexandre dans « Amoureuse » pièce intéressante, supérieurement jouée, et soirée agréable. Nous passons parfois la matinée au Jardin du Tribunal où il fait plus frais, l’après-midi, nous travaillons sur la plage, quelquefois on goûte au Pierrot et on joue au croquet. Après dîner, le tour de Remblai traditionnel. Lundi soir cela a été très gai ; il y avait les Gendreau, Grolleau, Léveillé. Nous avons fini par descendre sur la plage et nous y asseoir jusqu’à 11 heures. Hier soir il brumassait un peu mais il faut bien autre chose pour arrêter notre entrain.
Dimanche 12
Appris la naissance d’une petite Denise sur les Morvézen ; j’écrirai à Marie pour lui souhaiter sa fête et la féliciter. passé une bonne matinée au Jardin du Tribunal. A 2 heures, promenade en mer avec Benjamin et Bernard Grolleau, la mer était d’huile et nous n’avons même pas eu l’émotion de quelques vagues. Après dîner, après un petit tour de Remblai, avons retrouvé toute la bande sur la jetée ; avons fait des rondes, puis sommes descendus sur la plage où nous sommes restés jusqu’à 10 heures et demie…
Mardi 14 août
Depuis quelques jours, forte chaleur, particulièrement pénible aujourd’hui. Dimanche, Papa nous a menés en auto à la Forêt d’Olonne ; nous sommes assis un peu dans les pins ; il faisait délicieusement bon, puis sommes revenus en longeant la côte…
Hier, rien de neuf ; le soir, sommes allées, avec Charlotte à une audition donnée à Notre-Dame par la Maîtrise ; des Motets des XVIe et XVIIe siècles, tout cela très beau. Quel plaisir intense d’entendre cette musique pleine de sérénité…
Jeudi 16 août
…Hier…à la grand’messe, déception : Mgr Mignen, qui devait officier pontificalement a été retenu à Luçon par une maladie de Mgr Garnier. Malgré cela, la grand’messe a été très belle…
Jeudi 23
Encore huit jours de passés et je ne peux croire que dans une dizaine de jours nous serons rentrés… Samedi soir au Casino avec les Gendreau et Mme Grolleau, pour voir « Aimer ». La pièce serait jolie, mais la principale actrice jouait mal, et ses partenaires n’étaient pas merveilleux. Dimanche matin, messe de la Croix-Rouge ; très belle musique, au violon, quelque chose de Haendel, plusieurs chant dont un « Pie Jesu » de Fauré [Requiem], donné par André Gaudin un des jeunes gens qu’on nous a présenté l’autre soir sur la plage. Dimanche après-midi, fête d’aviation, avec un saut en parachute de 400 mm…
Lundi 27 août
Temps moins beau. En avons profité pour faire quelques promenades remises à cause de la chaleur. Vendredi, vent si violent que nous ne pouvions rester sur la plage ; sommes allés l’après-midi à la Forêt d’Olonne, voir la mer sauvage ; étions toute une bande, les Abel, Mignen, Yvernogeau, M. Boisseau, Louisette Renaud et sa cousine ; avons pris le bateau jusqu’à Mincille ? ? ? puis coupé par la forêt jusqu’à la mer. les vagues étaient splendides, l’embrun nous arrosait… avons goûté dans le creux d’une dune, puis repris le bateau de 6 heures. Le lendemain autre expédition aux rochers de la Chaume ; le vent était clamé mais la mer restait très forte et les vagues énormes… Hier les Boisseau sont venus déjeuner ; sommes sorties avec Pierre une partie de l’après-midi ; avons même passé entre les jetées pour aller à la Chaume ; dans le chenal, la barque dansait fortement. Jeudi avons goûté au Pierrot avec les Gendreau ; samedi soir, au cinéma, avons vu « Cent millions qui tombent », c’est idiot, mais nous avons bien ri.
Le Poiré 31 août
De retour ici après un bon voyage…
Lundi après-midi, rien de nouveau ; le soir, sur le Remblai, rencontré Hervé arrivé la veille puis les Gendreau, Grolleau, Léveillé et avons fait ensemble un tour de Remblai très gai. Vers 10 heures et demie, dispersion générale, mais comme c’était le dernier soir avec Françoise, avons pu prolonger un peu, et fait, avec Benjamin, un dernier tour de jetée…
Mardi matin, un peu de musique, puis un moment sur la plage ; avons déjeuné en vitesse et un peu après une heure, étions au tennis Florelle ? ? ?où Jacqueline et Françoise jouaient avec Pierre Boisseau ; sommes restés un moment regarder jouer les Léveillé, avons eu ensemble un essayage et un goûter au Pierrot avec Berthe et Armande. Le soir au Casino pour « Le Grillon du Foyer » ; c’était ravissant et la partition de Massenet est délicieuse.
Mercredi matin, malgré un vent formidable, dernière partie de croquet ; avons passé une parie de l’après-midi au tennis, puis fait un tour de jetée avec Pierre Boisseau. La pluie nous a pris, il a fallu rentrer. A 7 heures conduit à la gare Tante Jeanne, Françoise et Menine ; avons promis d’aller à Lyon en Février. Après dîner avons essayé de sortir mais c’était la tempête et il a fallu rentrer presque aussitôt.
Mercredi matin des courses, l’après-midi quelques visites, ne suis descendue que très peu à la plage ; avons eu les adieux de Mme Boisseau et de Pierre, et une visite des Gendreau. Après dîner dernier tour de Remblai. Ce matin préparatifs de départ ; avons quitté les Sables vers 3 heures et demie et refait une fois de plus ce trajet si connu.
Samedi 1er septembre
Une certaine tristesse dans le fait de rentrer ici prendre nos quartiers d’hiver. Il fait aujourd’hui presque froid… Après la gaieté d’août c’est le calme complet, et malgré les belles journées que septembre peut nous donner, il y a un peu de mélancolie sur toutes choses… Je vais reprendre mes occupations habituelles, et, si je garde un excellent souvenir du mois d’août, je ne trouverai ici ni vide ni ennui…
Mardi 4 septembre
Dimanche, une journée aussi gaie que celles d’août puis de nouveau le calme. C’était le préveil, favorisé par un temps splendide. Rien de neuf le matin. A une heure, les courses, beaucoup de monde … ; il y avait les Gendreau, Grolleau, Jousset, Ernest Gendreau. Après dîner, feu d’artifice, qui d’ailleurs n’était pas mal. Avons retrouvé les Gendreau et Yvernogeau et avons fait plusieurs tours de chevaux de bois ; il y avait d’ailleurs un petit tourniquet qui a fait notre joie. La nuit était superbe… et les feux de Bengale faisaient surgir de curieuses apparitions de l’église. … Assisté à la messe ce matin, prié pour Gabrielle dont nous venons d’apprendre la mort.
Mardi 11 septembre
Rien écrit depuis huit jours ; bien des choses cependant. Mardi après-midi chez les Gendreau ; mercredi, courte, mais bonne promenade du côté du Moulin-Guérin. Jeudi, sommes allées avec Maman à la Morinière, revenues par la Proutière et les chemins de traverse… Samedi, quelques petits préparatifs pour aller aux Sables passer quelques jours. Le matin, temps sombre et brouillard. Après-midi superbe, passée comme en août sous la tente Yvernogeau… A 6 heures un tour de Remblai. Après dîner, concert, par la musique de La Garde Républicaine, programme très bien composé : Berlioz, Charpentier, Bizet, Schumann, Weber. Comme final, une Marseillaise particulièrement vivante. Dimanche, les offices habituels, après-midi sur la plage avec les Yvernogeau et Logeais. A 6 heures, dernier tour de Remblai. Soirée au Casino pour « L’Abbé Constantin » tout à fait amusant et bien joué. Hier départ vers 2 heures, sommes passés à Saint Gilles chez Tante Aline et arrivés ici vers 5 heures et demie. Eu 21 ans hier soir, me voilà majeure…
Dimanche 16 septembre
Ces jours-ci, installé à la tête de mon lit, quelques images que j’aime particulièrement, et que je suis heureuse de voir souvent : le ravissant profil de la Vierge de la Visitation, de Reims ; un peu plus haut le tableau bien connu : Saint Auguste et Sainte Monique à Ostie ; il y a aussi Sainte Odile, sur sa terrasse, regardant au loin, et puis aussi quelques visages que j’aime…
Mercredi, visite à Armande ; jeudi, déjeuner chez les Lucas en compagnie des Logeais et des Abel. Vendredi, après-midi avec Berthe chez Tante Abel. Je reprends mon travail sérieux…
Vendredi 21 septembre
Aujourd’hui l’Adoration ; ce matin tempête… Dimanche… après midi chez Tante Abel ; mardi Marguerite et Charlotte sont venues. Somme sorties un peu chaque jour malgré le vent froid et les averses fréquentes… Lu dernièrement « Fabiola », je lis actuellement « La douloureuse passion de Notre Seigneur » par Anne-Catherine Emmerich ? ? ?. C’est un livre qui fait réfléchir.
Jeudi 27
Les jours passent vite sans événements marquants. Vendredi, l’Adoration a été bien fêtée ; beaucoup de communions et de très beaux offices, aux vêpres, la procession du Saint-Sacrement et l’Amende honorable. Samedi déjeuner à Beaulieu chez les Moreau, en compagnie des Bourmaud. Dimanche après les vêpres, visite de Tante Aline puis de Mme Yvernogeau. Lundi après-midi chez Berthe, rien de neuf, ni dans les événements ni dans la conversation… Mardi une visite d’Armande ; nous allons reprendre bientôt nos soirées de bridge. Hier, une bonne promenade à la Clopière, par un temps superbe qui continue aujourd’hui…
Dimanche 30
Ces jours-ci un temps délicieux… je reste le plus possible sur le banc de la cour… ce sont les derniers beaux jours et ensuite nous aurons l’hiver, le froid, la pluie. Une bonne promenade jeudi sur la route de Belleville. Vendredi après-midi avec Berthe, Marguerite et Charlotte, puis notre première soirée de bridge avec les Lucas et Brachet. Hier matin des rangements à la bibliothèque.
Jeudi 4 octobre
Nous abordons le dernier trimestre, le plus triste de l’année ; trois mois noirs, le froid, la pluie, mais aussi de bonnes veillées sous la lampe, au coin du feu. Dimanche, un temps merveilleux, après la grand’messe, la belle cérémonie de la bénédiction des semences. Au moment des vêpres le clairon des pompiers a retenti : deux meules de paille flambaient à la Gillardière ; il a été possible de sauver les bâtiments, mais les vêpres se sont passées sans chantre, ni sacristain, et, détail comique, M. le Curé était parti avec deux seaux se balançant au guidon de sa bicyclette. Après les vêpres, des visites tout l’après-midi… Lundi matin, le beau temps était disparu… passé une partie de l’après-midi chez Mme Yvernogeau avec Tante Abel et ses filles ; la pluie nous a pris au retour. Mardi, un tour à La Roche, puis fini l’après-midi chez Tante Abel ; le soir, bridge chez les Lucas ; sommes revenus à minuit…
Hier, tempête… en fin d’après-midi, avons pu faire avec Charlotte une courte promenade… Nous allons au Mois du Rosaire… Avons eu aujourd’hui les Logeais à déjeuner.
Samedi 6 octobre
… Fait hier une bonne promenade avec Papa dans le chemin de Montorgueil… Temps très sombre aujourd’hui…
Jeudi 11 octobre
Depuis lundi, temps très triste et ciel sombre, pluie fine par moments, humidité persistante… Dimanche… bridge chez les Brachet. Tous ces soirs-ci, quand il ne pleut pas, nous sortons vers 4 heures et demie, souvent avec Charlotte, pour une courte promenade…
Lundi soir, assisté à la mairie à une partie du concert par Radio ; on donnait de jolies choses : Saint-Saëns, Debussy. C’est tout de même merveilleux. Hier passé l’après-midi chez Armande avec Marguerite, Charlotte et Berthe ; conversation sans intérêt, toilettes et autres futilités ; rien pour l’esprit, rien pour l’âme ; je me suis absorbée dans mon ouvrage. Lu ces jours-ci un roman charmant « En suivant l’étoile » de Florence Barclay. Lu également « Le réveil des Morts » de Dorgelès ; c’est moins bien que « Les Croix de Bois ». Je travaille activement. Mes journées sont bien remplies.
Vendredi 12 octobre
Après lecture du livre de Dorgelès, prié tout spécialement pour les morts de la guerre…
Armande, Berthe et les Abel ont passé l’après-midi ici. Nous allons lundi à Nantes. Henri arrive mardi ou mercredi.
Lundi 17
Note éditoriale. Le journal écrit « lundi » ; le 17 octobre 1923 était un mercredi. Texte conservé tel quel.
Beau temps un peu froid, mais ensoleillé. Avons fait une bonne promenade samedi, Jacqueline et moi, sur la route de Palluau ; l’air était vif… Dimanche à déjeuner M. Boisseau et Eugène Porteau, après les vêpres, une visite aux Chailloux et une visite de Mme Boisseau. Lundi, départ à Nantes par le premier train ; gelée blanche comme de la neige et froid très vif ; le matin leçons de musique ; l’après-midi visite à Tante Marie-Angèle et quelques dernières courses. Mme Houdbine attend un bébé pour février ? Miss Reynolds a quitté Chavagnes pour être supérieure d’un couvent en Irlande. Mle Amélie Gruais est rentrée aux Petites Sœurs de l’Assomption. Papa et Maman, pour mes vingt et un ans, m’ont offert une jolie trousse de toilette. Hier quelques courses à La Roche, puis fini l’après-midi chez Berthe…
Henri est arrivé. Nous partons vendredi à Angers pour la prise d’habit de Radegonde Guibert ; nous rentrerons dimanche soir. Lu ces jours-ci quelques petits romans, gentils, mais insignifiants. Comme lecture sérieuse, j’ai l’Evangile…
Lundi 22 octobre
Sommes revenues hier soir d’Angers, après un excellent voyage… Sommes parties vendredi à 11 heures avec les Mignen et Ferdinand. A Nantes, après un petit tour en ville, avons repris le train et débarqué à Angers vers 4 heures. Sommes descendues à l’hôtel Saint Julien, place du Ralliement, où nous étions bien. Le soir, fait un tour en ville, dont l’animation nous a plu. Nous sommes couchées de bonne heure ; il fallait être dès huit heures au Bon Pasteur. Cérémonie très intéressante ; nous étions parfaitement placées, dans une tribune au-dessus du chœur des religieuses. Avons eu la surprise de retrouver Anne Fauvel, venue pour les vœux d’une cousine. L’ensemble du chœur était très beau, les sœurs du chœur en robes blanches et voiles noirs, les converses et les novices tout en blanc, les postulantes en noir, avec des petits bonnets et des voiles de tulle ; toutes avec des grands manteaux blancs. L’office du matin s’est achevé puis sont arrivées en procession les religieuses qui allaient prononcer leurs vœux ; il y a eu le Veni Creator, puis in très beau sermon, enfin la Messe a commencé, chantée par les religieuses, à qui répondaient les Madeleines placées dans un chœur différent. Au moment où les nouvelles professes s’avançaient vers la grille pour communier, on a chanté un « Veni, Domine Jesu » vraiment émouvant. Puis il y a eu la cérémonie des vœux prononcés à son tour par chacune, et enfin le « Libera » pendant qu’elles étaient étendues sous le drap mortuaire. Une fois relevées, elles ont été couronnées de roses et elles sont sorties de la chapelle un cierge à la main, embrassant toutes leurs sœurs, tandis qu’on chantait le « Te Deum ». Nous sommes pressées à déjeuner, pour revenir à 1 heure et demie à la visite de la Communauté, mais il s’est mis à pleuvoir, et nous n’avons pu visiter que les jardins. Sommes allées au parloir où nous avons vu longuement Radegonde et sa sœur. Radegonde est toujours la même, naïve, enfant, elle doit être certainement une bonne petite religieuse. La pluie avait cessé, nous avons fait une promenade vers le Mail. Hier matin, grand’messe à la cathédrale. Pris le train a 1 heure et demie pour arriver à Belleville à 6 heures et demie. Après dîner, bridge chez les Lucas.
Mercredi 24 octobre
Nous revenons de la prière, par une tempête qui dure depuis hier… à l’église, le vent faisait vibrer la toiture et claquer les vitraux. La maison est calme, j’écris à la lueur de ma petite lampe, Jacqueline joue du piano. Allons demain au Bernard chez les Bourmaud. Reçu une invitation de Tante Marguerite à passer quinze jours chez elle, peut-être irais-je en décembre ou janvier ; je ne serai pas fâchée de revoir la capitale, bien que chaque fois j’ai de la peine à partir.
Mardi 30 octobre
La tempête de l’autre jour s’est calmée vers 9 heures… C’est sous la pluie que nous avons fait des courses à La Roche, et fait le trajet du Bernard. Passé là-bas une bonne journée ; il y avait les Moreau, Mme Godet, Mlles Barade. Après déjeuner, temps un peu dégagé ; avons pu sortir et ramer sur un petit étang. Sommes revenus de bonne heure, après avoir déposé Henri à La Roche. Vendredi, après-midi avec Berthe, Marguerite et Charlotte ; bridge chez les Brachet… Dimanche, les offices, bridge à la maison ; hier, raccommodage de la lessive et après-midi chez Berthe…Le soir nous faisons de bonnes flambées ; il est agréable de lire à côté. Je n’ai pas encore rallumé mon poële, mais cela ne tardera pas. Je lis du Bossuet, et cela m’intéresse…
Jeudi soir de la Toussaint
Je reviens de l’église ; nous allons dîner. Les dernières notes du glas de sont éteintes dans la nuit. Pour cette fête de la Toussaint, un temps doux, un temps doux, voilé.. avec quelques rayons de soleil… Grand’messe très belle, dans laquelle on a chanté la gloire des Saints. Aux vêpres, après le sermon, a été chanté l’office des Morts, et la traditionnelle offrande, très longue. Ensuite procession au cimetière ; toutes les tombes étaient fleuries ; puis ce soir, le chemin de Croix tandis que tintait le glas. Beaucoup de monde à l’église…
Mardi 6
Note éditoriale. Mois établi par l’éditeur : novembre 1923. L’en-tête ne porte que le quantième « 6 », et celui-ci recule par rapport à l’entrée précédente — signe qu’Andrée a changé de mois sans le réécrire.
Mme Eugène Gendreau est morte subitement hier matin… Trois glas ont sonné aujourd’hui à la suite. Hier après-midi chez Mme Lucas. Vendredi matin, l’office des Morts, la procession au cimetière. Après-midi chez Josée et courte promenade avec elle sur la route de Belleville. Samedi, allumé le premier feu dans ma chambre… L’après-midi chez Tante Abel avec Berthe. Dimanche matin très belle messe de Requiem, l’après-midi, réunion des Enfants de Marie, la bibliothèque, une visite à Armande ; bridge chez les Brachet. Je relis ces jours-ci les sermons de Bossuet…
Dimanche 11 novembre
Il y a cinq ans c’était l’Armistice ; toutes les cloches sonnaient… c’était enfin la paix, de la mer aux Vosges on avait fini de se battre. Quel beau jour que celui-ci, et combien il est resté parfaitement gravé dans mon souvenir. Nous aurons tout à l’heure une messe solennelle d’actions de grâces et aussi un « De Profundis » pour les Morts qu’il ne faut pas oublier.
Depuis hier vent glacial… toute la nuit le vent a gémi autour de la maison, je ne suis pas mal auprès du feu…
Mardi, une visite de M. Yvernogeau… Jeudi matin, l’enterrement de Mme Eugène Gendreau, beaucoup de monde ; des fleurs superbes. L’après-midi, fait avec Jacqueline une bonne promenade sur la route de la Genétouze… Vendredi, eu Berthe, Marguerite et Charlotte à passer l’après-midi. Souffert de rhumatismes… Reçu mercredi matin une lettre de Jeanne, elle ne vient pas à la retraite et je le regrette…
Lundi 12
Je viens de relire les pages écrites il y a cinq ans et j’y ai retrouvé la joie qui nous emplissait le cœur. Hier, anniversaire de l’Armistice ; le matin, communié pour la France ; l’église était décorée d’un faisceau de drapeaux à chaque pilier ; deux drapeaux étaient placés sur l’autel. Il y avait une délégation des Anciens Combattants avec leur fanion…Après les vêpres, une longue visite chez Mme Gendreau et une plus courte, à Mme Flavet, de celle-ci je ne garde pas un souvenir bien sympathique de la visite, il y a des choses que j’aurais voulu réfuter et cela a été pénible…
Mercredi 14 novembre
Il pleut, l’eau frappe les vitres par rafales. Ce matin, nous avons eu de la tempête, puis des averses…
Lundi, Jacqueline et moi avons fait une bonne promenade, il faisait presque chaud à marcher… Sommes allées à la Croix de la Rételière, posée au carrefour de deux chemins, deux plaques y sont posées avec les noms des soldats du village morts pour la France… Hier… après-midi chez Berthe ; avons travaillé et causé.
Dimanche 18 novembre
Trois ans déjà c’était la clôture de la retraite de Chavagnes… Nous partons demain, de nouveau en retraite là-bas…
Relu « l’Atlantide », c’est un livre bien fait. Antinéa a fait plier devant elle tous ces hommes, seul Morhange a résisté, ce qui peut démontrer que, seul, un coeur empli de Dieu peut tout vaincre. Pierre Benoît a-t-il voulu prouver cela ? c’est autre chose. Toujours la tempête ; le vent hurle, la pluie fouette les vitres.
Samedi 24 novembre
De retour hie soir de Chavagnes ; suis contente de ma retraite, et de ces quelques jours qui compteront parmi les meilleurs. Heureuse de me retrouver une fois encore dans cette maison que j’ai aimée, dans ces lieux pleins de souvenirs. J’ai parcouru les cloîtres, les jardins qui m’ont rappelé bien des choses. J’ai prié à la chapelle, là où j’avais pleuré affreusement la mort de Simone…
Nous logions, comme toujours, dans la grande infirmerie, ainsi que Marie Le Pecq et Françoise Forgeau. … Nous formions un bon petit groupe très sympathique. Dans la journée, je retrouvais Jeanne qui habitait en ville ; j’ai pu causer longuement avec elle.
Sommes parties de Belleville le lundi 19 à 11 heures, sommes allées à Chavagnes déposer les valises, ouis fait un tour en ville et sommes rentrées avec Marie Le Pecq pour l’ouverture de la retraite… Après la bénédiction, j’ai pu retrouver Jeanne ; le dîner a été très gai, la veillée aussi, les lits de Marie et de Françoise étaient en portefeuille. Simone est venue, nous avons ri et causé jusque vers 10 heures et demie. Mardi matin, lever à 6 heures et demie, petit déjeuner et messe ; avons fait quelques courses en ville. Après déjeuner, promenade en bande dans le jardin ; sommes montées à la tour comme bien des fois jadis… Après le sermon de 2 heures, nouvelle promenade avec Jeanne, Anne-Marie et Suzanne jusqu’à 4 heures ; visite à Mlle Otto jusqu’au dîner. Sommes montées de bonne heure à l’infirmerie pour nous coucher, mais Simone est venue, et nous a raconté des histoires impossibles jusqu’à 11 heures. Mercredi matin, un tour en ville avec Jeanne et ma leçon de violon, après déjeuner, promenade dans le jardin et le potager. Le soir, Jeanne n’étant pas là, je suis allée avec les autres à la salle de réception où nous avons fait de la musique jusqu’au dîner. Simone est encore venue pérorer. Jeudi matin… fait visite à Madame et à Mlle Clergeaud. Brouillard très épais, ne sommes pas sorties, avons passé l’après-midi chez Mlle Otto. Après dîner, galopade dans la salle de réception pour nous réchauffer. Le lit d’Anne-Marie était en portefeuille. Vendredi matin, messe de clôture… Jacqueline a accompagné au violon le « Panis angelicus » de Franck. Avons fait des courses puis le train à 4 heures et demie. Nantes était ensevelie sous le Brouillard. Avons voyagé jusqu’à Montaigu avec Françoise. Aujourd’hui, il fait très froid, un froid brumeux et vraiment dur.
Dimanche 25
Très froid encore hier ; il est aujourd’hui pénible de sortir… Hier, après-midi chez Tante Abel ; conversation vide de pensées et d’intérêt…
Jeudi 29
Froid ces jours-ci… vent du Nord cinglant. Mardi matin un peu de neige… Lundi, fait de la pâtisserie presque toute la journée ; il y avait à déjeuner le lendemain les Abel, Lucas et Yvernogeau. Le repas a été très gai. Le soir bridge chez les Brachet. Hier, après-midi passée avec tante Abel, Armande et Berthe.
Vendredi 30 – Saint André
Aujourd’hui ma fête, une lettre de Jeanne hier et une d’Andrée aujourd’hui… Je pars à Paris la semaine prochaine, sans doute pour une quinzaine. Papa, Maman et Jacqueline vont aux Sables.
Lundi 3 décembre
Depuis hier dans le temps de l’Avent… Hier les offices ; quelques visites à recevoir ; le bridge chez les Lucas. Aujourd’hui des visites à faire ; demain les préparatifs et après-demain le départ…
Paris, samedi 8 décembre
Bien des jours sans écrire, et jamais le temps…
Mercredi, lever à 4 heures et demie ; voyage bien effectué. Retrouvé à Nantes Mme Gendreau et Berthe. Avons causé, j’ai lu et regardé le paysage se dérouler. Du côté d’Etampes il y a des forêts qui sont une merveille… Arrivée à 4 heures, il faisait nuit. A travers les vitres du train, aperçu le Louvre, la Seine, un coin des quais dans la nuit. Suis sortie un peu ; vu Andrée Jaffré une minute ; suis allée voir les Raymond et les Gaston ; Jeudi, suis allée conduire Solange à son bureau ; revenue en suivant l’avenue de l’Opéra, le Louvre, les quais. Joie intense à me retrouver dans ce cadre de beauté. Paris est ravissant ; les étalages rivalisent de goût et d’éclat, mais il pleut…
Lundi 10
Hier, sommes allées voir le tombeau de Napoléon ; temps très sombre, c’est tout juste si on y voyait ; cette pénombre ajoutait un certain mystère au sommeil de l’Empereur qui dort, entouré de ses généraux. Aperçu la chapelle, avec ses drapeaux, c’est tout un passé de gloire et de victoires. Vu Andrée hier matin, avons pu causer longuement.
Mardi 11
Hier, suis entrée une minute avec Andrée dans le bâtiment qui fut autrefois le Séminaire de Saint Sulpice, maintenant transformé en bâtiment public quelconque… le cadre demeure, plein de recueillement et au fronton ,demeure toujours la Croix. l’après-midi, suis allée avec Madeleine, voir les étalages du Louvre. Soirée au Français ; on donnait du Musset « Il faut qu’une porte sois ouverte ou fermée », « La nuit d’Octobre » et « On ne badine pas avec l’amour ». Soirée charmante.
Mardi 18
Huit jours sans écrire et tant de choses à raconter !Mercredi, visite à Mme Lacroix, puis passé un moment avec Andrée, elle m’a appris le mariage de Rosette David ; elle est fiancée depuis trois ans mais ne se mariera que dans deux ans. Il est vrai que c’est une enfant encore. Jeudi, déjeuner chez les Raymond, puis suis allée avec tante et les deux plus jeunes à une vente de charité protestante. Soirée au théâtre Albert 1er ; vu une troupe russe dirigée par la fille du chanteur Chaliapine ; tableaux, chants et danses russes ; il y avait des choses un peu comiques, d’autres intéressantes et d’autres ravissantes ; des chants russes merveilleux. Vendredi fait des visites et des courses ; samedi suis allée revoir Notre-Dame… A 11 heures, suis allée prendre Andrée à la sortie de son bureau et avons fait un tour ensemble. L’après-midi, suis allée avec Solange au Palais-Royal, puis sommes allées à l’Etoile voir la flamme du Soldat inconnu. De là suis allée chez Mme Souiller. Le soir ; concert de bienfaisance ; il y avait plusieurs morceaux de violoncelle, par Yves Chandon et une conférence d’Henry Bordeaux…
Dimanche matin, suis allée aux Tuileries avec Suzanne et Fontan ? ? ? qui voulaient faire du tennis ; cela m’a donné l’occasion d’une jolie promenade… Déjeuné chez les Raymond. Tante Denise m’a emmenée aux Variétés voir « Ciboulette ». En passant boulevard des Capucines, je me sens saisie par le bras, et, je vois.. Jeanne Aubin accompagnée d’Andrée ; n’avons pu causer que quelques instants ; j’étais pressée. « Ciboulette » est une opérette charmante, gaie, amusante, avec des airs délicieux et des toilettes Second Empire ravissantes. Hier suis allée avec tante à « l’Artisan pratique » ; il y a des ouvrages merveilleux en cuivre, en étain. J’ai régulièrement des nouvelles des Sables ; tout va bien. Je passerai Noël ici et rentrerai directement au Poiré. Toutes les vitrines du quartier présentent des crèches de Noël, dont quelques unes très jolies…
Mardi 25 – Noël
Encore plus de huit jours sans écrire. On se laisse emporter par le fil des évènements et le temps passe… Mardi dernier, fait des courses le matin, l’après-midi un tour avec Suzanne et une courte visite aux Raymond. Soirée à l’Odéon pour « La Mégère apprivoisée », très intéressant et amusant. Mercredi matin, suis sortie un peu avec Andrée ; l’après-midi, il pleuvait, j’étais très enrhumée, suis restée à la maison et passé un grand moment à écrire. Dîner chez les Gaston Madeleine et moi, sommes rentrées de bonne heure.
Jeudi, déjeuné chez Tante Aline et passé avec elle une partie de l’après-midi ; suis rentrée vers 5 heures ; à 6 heures, suis allée chercher Andrée pour la présenter à tante. Vendredi matin, temps superbe ; suis sortie de bonne heure, traversé le Luxembourg et suis allée au Panthéon, où j’ai passé un grand moment à contempler les fresques de Puvis de Chavannes. Saint Denis, Sainte Geneviève, Saint Louis, Jeanne d’Arc. Prié un peu devant la plaque à la mémoire de Guynemer. Suis allée à Saint Etienne du Mont où reposent Racine et Pascal ; j’ai contemplé le jubé, merveilleux et prié devant la châsse de Sainte Geneviève. L’après-midi fait quelques courses et une visite aux Raymond ; en sortant, il neigeait à gros flocons.
Samedi matin, suis retournée chez les Raymond et fait quelques coures ; l’après-midi j’ai écrit ; Mme Fontan ? ? ? est venue voir Tante Marguerite. Dimanche, sommes allées à Enghien et fait un tour au bord du lac, qui doit être délicieux l’été ; il faisait un peu de vent, l’air était vif. Hier, déjeuner chez les Raymond et passé l’après-midi avec Aline qui était enrhumée, suis rentrée vers 7 heures, avons passé la veillée ensemble, puis un peu avant 11 heures, suis partie à Saint Germain des Prés. J’étais très bien placée e les chants étaient vraiment beaux. « l’Adeste » surtout a été merveilleusement chanté…
Le Poiré – 30 décembre 1923
De retour au pays depuis avant hier ; je veux rappeler avant tout autre chose mes derniers jours à Paris.
Jour de Noël très calme, n’ai pas assisté aux Vêpres ; cela m’a privée. Passé l’après-midi à Saint Cloud, ce qui nous a fait une charmante promenade ; il faisait un peu froid, mais très beau. Avons marché dans les belles avenues de Saint Cloud, dans le jardin à la française qui descend vers la Seine ; au couchant, l’horizon était splendide… Le soir, sommes allées au « Vieux Colombier » pour « La Maison natale », peu d’intérêt. Mercredi matin, quelques courses ; l’après-midi, mes visites d’adieu. Jeudi matin.. après déjeuner, fait ma malle et suis sortie un peu avec Suzanne. le soir, expédié ma malle, pris mon billet, suis allée chercher Andrée à son bureau, et passé un moment ensemble. Vendredi matin, quitté Paris à 8 heures 40. Voyage bien effectué ; il pleuvait ; la Loire était haute, et, par moments la voie courait entre deux étendues d’eau. Trouvé tout le monde en bonne santé ; avons beaucoup causé. Hier matin, me suis reposée, puis rangé toues choses. Déjeuné chez les Yvernogeau, avec Les Abel et les Logeais ; passé une bonne journée. Charles avait son uniforme et faisait bel effet. Sommes rentrés vers 5 heures… Visite ensuite à Mme Gendreau. On parle actuellement dans les journaux du « Dismudi » ? ? ?, disparu en Méditerranée depuis le 20 ; on a retrouvé seulement le corps du lieutenant du Plessis de Grénéden ? ? ? ; on peut tout supposer, mais il est à croire que tout l’équipage a péri ; ils étaient cinquante, l’élite de la marine française. Demain se termine 1923… que sera 1924 ?… Jacqueline m’a chanté ce matin un « Hymne aux Morts » de Péguy, j’en ai beaucoup aimé le dernier vers : « Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.