Axe : la vie intérieure
Au fil du journal
- 5 avril 1918 — Andrée au violon, Jacqueline au piano : « c’est un plaisir de faire de la musique d’ensemble ». Andrée voudrait « faire passer son âme dans son archet ».
- 8 avril 1918 — Soirée musicale improvisée : « l’Invocation » de Beloir au violon, « Causette printanière », « Sarments » de Gabriel Marie au piano. Les cousines Abel demandent à Andrée de jouer du violon « pour la première fois depuis cinq ans ».
- 13 avril 1918 — On chante à plusieurs après le goûter : « on commence par des chansons sentimentales, on passe à des chansonnettes amusantes sans oublier la Madelon et tout se termine par des cantiques ».
- 30 juillet 1918 — « Le rêve passe », « si célèbre depuis le début de la guerre », joué à quatre mains.
- 28 octobre 1918 — La musique reprend pour la première fois depuis la mort d’Oncle Abel.
- 24 juillet 1919 — « Le soir, lorsque j’ai fini de lire, je vais rejoindre Jacqueline au salon et, dans la demi-obscurité, nous jouons par cœur quelques-uns de nos morceaux favoris. »
- 24 août 1919 — Messe en musique aux Sables pour les morts de la guerre, dite par un mutilé, le sermon donné par l’abbé Lesaffre, aveugle de guerre : un aria de Bach au violon, un baryton après l’Élévation.
- 20 novembre 1919 — Au mariage Gendreau, « la messe superbe avec un très bon violon ; j’ai eu beaucoup de plaisir à entendre de nouveau la Méditation de Thaïs ».
- 1er février 1920 — Premier grand concert : « je suis folle de joie, c’était merveilleux ». Un quatuor de Schumann, le Prélude, choral et fugue de Franck, une sonate de Veracini, le quatrième quatuor de Fauré. « C’était trop beau, il faudrait que ça dure toujours. »
- 8 février 1920 — Première fois au théâtre, pour « Marouf » : « je suis encore sous l’impression de cette musique ravissante ».
- 19 mai 1920 — Le départ des Sables est repoussé d’un jour pour ne pas manquer Hernani au Casino.
- 13 juillet 1920 — L’orchestre du remblai joue une Fantaisie sur Faust : « cela me faisait plaisir d’entendre des airs connus, entre autres la Ballade du roi de Thulé que j’aime tant ».
- 7 mars 1922 — Un concert entièrement moderne : « une sonate de Debussy, un peu incohérente, et de ravissantes choses de Chausson ».
- 10 mars 1922 — Un orchestre de balalaïkas, « l’ensemble avait un charme étrange et prenant », puis les danses des sœurs Duncan sur Chopin et Schumann.
- 20 juin 1922 — De retour au Poiré, Jacqueline et Berthe déchiffrent à quatre mains une Sérénade de Beethoven qu’Andrée avait entendue au concert Vincent d’Indy.
- 22 février 1923 — Le rythme des matinées : « Je travaille beaucoup le matin au coin du feu, alors que Jacqueline joue du piano ; j’aime entendre la Pathétique de Beethoven, un Nocturne de Chopin, l’Arabesque de Schumann, les Jardins sous la pluie de Debussy. »
- 21 avril 1923 — Jacqueline joue « Essor » de Schumann à l’audition de Mlle Smolska, aux Sables. « Avons fait un tour de Remblai pour calmer l’énervement de Jacqueline. »
- 14 août 1923 — Une audition de motets des XVIe et XVIIe siècles à Notre-Dame : « Quel plaisir intense d’entendre cette musique pleine de sérénité. »
- 21 juillet 1924 — Nouveau professeur aux Sables : « Vu M. Hardy, avec qui nous allons prendre des leçons de violon. »
- 5 août 1924 — « M. Hardy doit être un très bon professeur ; il nous fait travailler ferme ; cela prend beaucoup de temps. »
- 11 mai 1925 — Elle tient une partie de violon à l’audition de Mlle Smolska, aux Sables, et rentre à trois bouquets — dont deux de son fiancé : « maintenant le salon est superbe, rempli de fleurs ».
- 5 août 1925 — « Passé ce matin une heure charmante à jouer du violon, pour moi seule, le son était bon, et j’arrivais à rendre, à exprimer ce que je voulais, j’ai joué l’Adagio de la 7e Sonate de Beethoven, je l’ai joué mieux que jamais, et jamais je ne l’avais tant apprécié. »
- 18 août 1925 — M. Hardy joue à l’église « le morceau que Jacqueline étudie pour ma messe de mariage ».
- 6 octobre 1925 — À la messe de mariage : « M. Hardy a parfaitement joué son Grave de Friedmann-Bach. »
- 20 mars 1926 — À Nantes, la Schola donne la Passion selon saint Matthieu au théâtre Graslin : « c’était merveilleux, et j’ai passé là des moments inoubliables ».
- 25 juillet 1926 — Elle essaie le violon de Jacqueline, « un Salomon de 1756 ».
- 16 décembre 1926 — Le violon repris malgré tout : « je joue peu : des sonates de Beethoven, des chœurs d’Athalie, mais ce peu me fait grand plaisir ! »
- 19 août 1930 — Au Casino des Sables, une conférence sur Chopin suivie d’une audition : « c’était un ravissement que d’entendre exécuter cette musique si humaine et si belle ».
- 24 août 1930 — Un soir de danses : « une suite de danses sur du Chopin, avec des ballerines en costumes romantiques : mousseline blanche et ceinture de velours noir, c’était une évocation parfaite ».
- 7 février 1932 — Une Sonatine de Ravel entendue à la TSF rouvre 1925 : « Jacqueline la jouait au début de 1925 dans les mois douloureux où je ne savais pas si j’étais aimée ; toutes les impressions de cette époque me sont remontées en foule, j’ai vécu de nouveau par la pensée ces jours de douleur et béni Dieu d’avoir daigné exaucer ma chère espérance. »
- 7 février 1932 — « Entendu cette semaine par TSF une valse de Brahms qui me rappelle les années d’autrefois et les heures délicieuses que nous passions Jacques et moi à faire de la musique ; que c’est loin ! quand pourrai-je reprendre mon violon ? »
- 2 avril 1933 — Une bénédiction aux chants arméniens à l’église du Poiré : « les vêtements liturgiques aux couleurs et aux formes inusitées chez nous, les chants graves d’une beauté mélodieuse et profonde, tout cela donnait un aperçu de ces pays inconnus que probablement nous ne verrons jamais ».
- 30 juillet 1933 — Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois au Casino des Sables : « ces chœurs d’enfants sont une merveille, merveille d’expression, de finesse ».
- 28 août 1933 — La Chapelle ukrainienne, devant peu de monde : « il y avait un ensemble, une ampleur vraiment extraordinaire, et aussi un chef d’orchestre très bizarre, qui dirigeait sans baguette, avec des mouvements de mains qui ressemblaient à des incantations ».
- 22 avril 1945 — « Ce matin à la grand-messe, le Largo de Haendel, quelle joie ! Il y a quelque temps, à la radio, La Symphonie inachevée, qui m’a fait un plaisir inouï. Je suis tellement sevrée de musique, car je ne compte pas pour de la musique celle que je fais en tapotant sur le piano. »