Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

Quatre enfants à la fin de l’année, et un journal qui, pour la première fois depuis la guerre, consacre presque autant de lignes au monde qu’à la maison. 1934 est l’année des émeutes du 6 février, de Dollfuss assassiné à Vienne, du roi Albert tombé d’une falaise et du roi Alexandre abattu à Marseille — le tout entendu à la TSF, entre deux tétées.

L’année s’ouvre pourtant sur une fête de paroisse. Trois semaines de mission au Poiré en janvier : sermons, communions générales, et la confection, dans chaque cour, d’un arc de triomphe pour la clôture. Andrée passe une semaine à fabriquer des roses en papier et à coudre une bannière — « je ne le regrette pas, c’est pour le bon Dieu » — et le 28 janvier la procession passe sous quarante-six arcs, sous un ciel que le vent a fini par nettoyer. Deux jours plus tard, la plus courte entrée de l’année, et l’une des plus belles : 30 janvier, « tristesse des lendemains de fête… ces rues que j’ai vues samedi si grouillantes, si animées, si pleines d’une foule joyeuse et affairée sont maintenant mornes et désertes sous la gelée blanche ; on voit encore à terre des roses en papier toutes souillées ; les trous mal comblés marquent encore la place des arcs… la Mission est finie ».

Puis Paris. Le 8 février, Andrée écrit une page entière d’histoire immédiate, de l’affaire Stavisky à la chute de Daladier : « nous vivons en ce moment des journées tragiques, des journées historiques ; Paris est en pleine émeute, et, depuis la Commune, on n’avait vu ainsi couler du sang ». Elle résume les faits qu’elle lit dans les journaux et suit heure par heure à la radio, compte les morts officiels — « une vingtaine… peut-être loin d’être exacts » — et conclut comme elle pense : « il faudrait que Dieu suscite un chef, lequel prenne en main ferme les destinées du pays, balaie toute cette clique gouvernementale qui ne songe qu’à “l’assiette au beurre” ». Deux entrées suivent, le 9 et le 11 février, jusqu’à la formation du cabinet Doumergue.

Le 15 avril — raconté une semaine plus tard, dans l’entrée du 22 avril —, premier enfant à la table de communion : Jean, sept ans, en tête d’un cortège de trente communiants ; ses parents se glissent dans la file pour communier de chaque côté de lui. Andrée pleure — et pas seulement de joie : « je pensais au pauvre grand-père dont la place est si cruellement vide parmi nous ! j’avais tant compté sur cette première Communion de Jean pour le ramener aux pratiques religieuses abandonnées depuis longtemps. »

L’été appartient à l’attente. Partie pour Nantes le 21 juin, elle y restera cinq semaines. Le journal, jour après jour, tient le registre d’un ennui qu’aucune autre année ne donne à ce point : « je vis ici une vie inutile et désœuvrée » ; « nous sommes huit ici à attendre des naissances, quand allons-nous nous décider ? » ; « Seigneur je suis en exil, vraiment en exil, veuillez abréger mon temps d’épreuve ! » Yves naît enfin le samedi 7 juillet, à cinq heures et demie, « avec le soleil levant », et le récit n’arrive que le 20 juillet. Jacques accourt de Vendée avec l’aîné : « je vois encore la figure illuminée de Jean devant son petit frère ! »

Deux fils traversent le second semestre. L’un est politique : Dollfuss assassiné par des nazis à Vienne — « c’est un assassinat monstrueux, commis certainement à l’instigation d’Hitler » —, puis, le 10 octobre, le roi de Yougoslavie et Barthou abattus à Marseille ; les obsèques de l’un sont retransmises de Belgrade en trois langues, celles de Poincaré écoutées « tout en faisant la cuisine, et pressant du jus de pommes et de coings pour faire de la gelée ». L’autre est plus intime : le sentiment de décalage, qui devient explicite le 19 août — « j’éprouve, ainsi que jamais, le sentiment que nous n’avons maintenant plus rien de commun, ni pensées, ni préoccupations, ni façon de vivre… je suis en dehors du monde, je ne suis maintenant qu’une maman ! »

Résumés de période

La mission — janvier

Trois semaines d’exercices auxquels Andrée n’assiste qu’à moitié, faute de temps et de forces : l’instruction aux femmes le matin, l’illumination reproduisant la basilique de Lourdes, la vénération de la statue où le défilé dure « plus de deux heures » (28 janvier). Et, dans le même temps, une grossesse qui la fatigue : le médecin lui trouve trop peu de tension et lui prescrit du repos.

Février, ou l’histoire à la radio — février et mars

Les émeutes, puis la mort du roi Albert de Belgique, « tombé du haut d’une falaise à pic » (19 février). Le 25 février, elle raconte ses obsèques suivies en direct — le glas, le cortège détaillé par le speaker, et « une Brabançonne toute différente, sur un rythme si lent, si triste qu’elle était vraiment le dernier salut de tout un peuple » — sans cacher qu’elle n’a pas tout entendu : « il y avait un certain poulet en sauce qui me réclamait à un moment opportun, si bien que la sauce faite en vitesse n’avait rien de particulièrement réussi ». En mars, Geneviève fait une congestion pulmonaire qui cède en une nuit.

La première communion — avril

Une semaine harassante avant la fête — un dessus de cheminée au filet terminé le samedi à trois heures, le menu commandé, la maison nettoyée — puis la cérémonie, la table décorée « tout en primevères », et le cimetière avec Jean à la fin du jour. C’est dans cette entrée qu’on trouve l’accident le mieux raconté du corpus : partie surveiller un gâteau, Andrée revient et « Geneviève s’est emparée de mon stylo et a voulu écrire, à sa façon ! il y avait de l’encre partout, sur le cahier, le bureau, le plancher, sur les mains et jusque sur le nez de la jeune personne ». Elle ne recopie pas la page : « ce sera un souvenir ! »

Cinq semaines d’exil — juin et juillet

Neuf entrées en douze jours, du 23 juin au 6 juillet : la chaleur, les naissances des autres qu’elle entend dans les chambres voisines, les lettres de son mari et de son fils, les photos envoyées, les visites d’Andrée Jaffré, la consigne du médecin qui l’empêche même d’aller dîner chez sa belle-mère. Puis la naissance, le baptême le lundi à Saint-Louis, et le retour au Poiré le 23 juillet après plus d’un mois d’absence : « j’ai été heureuse, profondément heureuse de me retrouver chez nous… de retrouver les objets familiers et le cadre aimé de notre existence ».

Les Sables à cinq — août et septembre

Un été aménagé pour un nourrisson : une chambre à l’écart pour Yves, un séchoir sur le balcon, des allers et retours minutés entre la plage et les tétées (26 août). Jean apprend à nager avec Menine, Geneviève « court, s’éclabousse, s’assied dans l’eau et rie de tout son cœur ». Et, sur le sable, la certitude d’être ailleurs que les autres — « encore encaisser les paroles aigres-douces de certaines personnes – souvent sans enfants – qui s’étonnent que les miens ne soient pas parfaits ! »

L’automne des attentats — octobre à décembre

Marseille, Belgrade, les Invalides ; entre deux, le congrès eucharistique de Buenos Aires capté au Poiré, qui lui arrache la seule phrase d’émerveillement technique de l’année : « quelle chose merveilleuse et incompréhensible d’assister de façon si parfaite à des cérémonies célébrées à une telle distance ! » (14 octobre). Le baptême d’Yves est fêté au Poiré début novembre, un jour où Geneviève vomit au moment de passer à table. Décembre est un défilé de fièvres et de varicelles : « je suis abrutie de tout cela et vais sûrement rêver thermomètre ! » (3 décembre). Pour sa fête, les enfants entrent en procession dans la salle de bains avec des fleurs, des dessins et des poésies apprises.

Entrées notables

  • 28 janvier — Les quarante-six arcs de triomphe de la clôture de mission.
  • 30 janvier — « La Mission est finie. »
  • 8 février — Le 6 février raconté depuis la Vendée : « depuis la Commune, on n’avait vu ainsi couler du sang ».
  • 25 février — Les obsèques du roi Albert à la TSF, et la sauce ratée.
  • 22 avril — La communion de Jean, la place vide du grand-père, et l’encrier renversé sur le cahier.
  • 23 juin — Le premier jour d’attente à la clinique.
  • 3 juillet — « Seigneur, je suis en exil. »
  • 20 juillet — La naissance d’Yves, au soleil levant.
  • 27 juillet — L’assassinat de Dollfuss : « il y aura bientôt vingt ans qu’éclatait la guerre ! »
  • 19 août — « Je suis en dehors du monde, je ne suis maintenant qu’une maman. »
  • 26 septembre — La main de Geneviève écrasée par le banc de l’étude.
  • 10 octobre — Marseille : le roi Alexandre et Barthou.
  • 14 octobre — Buenos Aires capté au Poiré, et les obsèques de Poincaré entre deux casseroles.
  • 3 décembre — « Je vais sûrement rêver thermomètre. »
  • 16 décembre — Le dégoût « devant l’esprit de malveillance trop commun hélas dans des milieux chrétiens ».