Trente-huit années d’un même foyer donnent une chose rare : la suite complète des moyens par lesquels une nouvelle nationale atteint un bourg de l’Ouest, et le temps qu’elle met. En 1917, c’est une affiche placardée devant la poste et une rumeur qui met seize jours à se confirmer. En 1954, c’est la radio du Vietminh, entendue le jour même, et qu’Andrée sait lire pour ce qu’elle est.

L’imprimé, puis le fil

Jusqu’en 1918, trois canaux et trois vitesses : l’affiche pour l’acte officiel (la mobilisation d’août 1914, celle d’août 1939), le journal du matin qui apporte le communiqué, et la dépêche ou le télégramme pour ce qui presse. La capitulation autrichienne arrive au Poiré le 29 octobre 1918 par un télégramme privé glissé dans le courrier du père : une amie l’a apprise et l’a fait suivre. Le réseau personnel devance l’imprimé.

La lenteur se mesure : Guynemer disparaît le 11 septembre 1917, Andrée en entend la rumeur le 14 et la confirmation le 30.

Le poste, et la concurrence des voix

La T.S.F. renverse l’ordre. Andrée le note elle-même, le 27 juillet 1934 : les événements de Vienne sont « appris par radio hier matin, et confirmés par les journaux de ce matin ». Le journal devient l’organe de confirmation.

Sous l’occupation, écouter devient un travail de recoupement, et le journal en tient le relevé : Vichy, la Suisse, l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne, et Londres qu’on ne peut plus capter : « il est impossible d’avoir Londres à cause du brouillage » (29 mars 1942). Andrée met les versions côte à côte sans trancher, et retient aussi ce que chaque source tait.

Lire aussi ce qui n’est pas dit

Le 28 août 1939, quatre jours avant la guerre, Andrée écrit une règle de lecture : « les choses les plus affolantes sont précisément celles qui ne sont pas annoncées, car la censure joue déjà pour les journaux et les émissions de T.S.F. ». Elle l’appliquera pendant quinze ans, jusqu’au 16 mai 1954, quand la radio du Vietminh annonce la capture du général de Castries « mais ne parle pas de Geneviève de Galard ».


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