Dossier — 1946-1954
C’est la guerre la mieux documentée du journal, parce que c’est celle qui lui prend son fils. Jean Dugast embarque à Marseille le 28 juillet 1951 et il est tué le 14 mai 1952 à Thi-Thon, au Tonkin ; son corps met huit mois à revenir.
Ce qu’on y suit, semaine après semaine, est rare : une famille de province qui cherche la guerre sur une carte, qui guette le nom d’un secteur dans le communiqué, qui lit les mouvements de bateaux dans le journal pour deviner où est un cercueil. Et, à partir de 1954, ce qu’Andrée observe de l’indifférence française à une guerre qui dure, un thème que l’historiographie a longtemps eu du mal à documenter au ras du sol.
Les épisodes
Reconstitués entrée par entrée dans les fiches d’événements.
- L’Indochine — 28 juillet 1951 – 25 décembre 1951 (guerre)
- La mort de Jean — 23 mai 1952 – 28 décembre 1952 (deuil)
- Les premières fois sans lui — 24 juin 1952 – 21 décembre 1952 (deuil)
- Le retour du corps de Jean — 11 janvier 1953 – 25 janvier 1953 (deuil)
- Diên Biên Phu — 2 mai 1954 – 1er novembre 1954 (guerre)
La géographie
Les lieux que le journal nomme sans qu’Andrée s’y rende. La distance est celle qui les sépare du Poiré-sur-Vie.
- Coëtquidan — 140 km — L’école d’officiers, première étape du chemin de Jean : « Tant qu’il était à Coëtquidan, nous pouvions compter sur les vacances scolaires et un dimanche de temps en temps à Nantes, maintenant il est loin. » — 7 juin 1950
- Lyon — 500 km — La garnison d’avant le départ. Le journal date les années 1950 par les trains de Lyon : « un jour viendra sans doute où je regretterai de ne pouvoir le conduire au train de Lyon, comme hier soir ». — 9 janvier 1951
- Marseille — 660 km — « Jean a dû s’embarquer aujourd’hui à Marseille, et, à l’heure qu’il est, s’en va à bord du Pasteur, en direction de l’Indochine. » Marseille sera aussi le port du retour, quinze mois plus tard, et Andrée l’apprendra par la radio. — 28 juillet 1951
- Singapour — 11 060 km — Une escale du Pasteur, connue par une lettre mise dix jours à venir : « il nous parle de Singapour, dont les quartiers chinois ont une odeur pénétrante, sinon délicieuse ». — 26 août 1951
- Haïphong — 9 630 km — Le port de débarquement. « Deux ans que Jean débarquait à Haïphong, plein de vie et d’espoir » (1953), puis le port par lequel son cercueil repart en septembre 1952. — 30 août 1951
- Hanoï — 9 560 km — Le point fixe de la carte que la famille consulte pendant quinze mois : « Il est dans un poste, un peu au nord d’Hanoi. » Puis, à partir de mai 1952, le cimetière : « son corps repose au cimetière d’Hanoï ». Puis, le 11 octobre 1954, la ville perdue. — 9 septembre 1951
- Luc Nam — 9 570 km — « Vendredi, pour la première fois, le nom de Luc-Nam a paru dans le communiqué d’Indochine et on a parlé de combats sanglants qui s’étaient déroulés de ce côté-là. » Voir son secteur entrer dans le communiqué national : la lecture de presse d’une mère de soldat. — 3 février 1952
- Thi-Thon (situation approchée) — 9 570 km — Le village où Jean est tué le 14 mai 1952, nommé dans la citation reçue trois semaines plus tard : « ayant reçu la délicate mission de reprendre le contact avec une compagnie rebelle retranchée dans le village de Thi-Thon (Tonkin) ». Le journal ne permet pas de le situer plus précisément que le secteur de Luc Nam. — 5 juin 1952
- Diên Biên Phu — 9 330 km — « Le camp retranché de Diên Biên Phu est tombé dans la nuit de vendredi à samedi. Je suis bouleversée et malade de tout cela… Les défenseurs ont été submergés par des vagues toujours plus nombreuses d’assaillants. Que sont-ils devenus, morts, prisonniers ? La Radio ne peut le dire encore. » — 9 mai 1954
- Genève — 590 km — La conférence suivie en même temps que la bataille : « À Genève, la Conférence se poursuit ; les Russes, les Chinois sont très agressifs, que sortira-t-il de tout cela ? » — 16 mai 1954
- La Corée (situation approchée) — 9 280 km — La seule mention de la guerre de Corée dans les trente-huit années, et elle passe par un homme du bourg : « ce garçon de la Durantière qui a fait la Corée et l’Indochine, a été prisonnier des Viets et a eu la chance de revenir ». — 14 novembre 1954
Au fil du journal
La guerre d’Indochine porte les 32 faits datés retenus pour ce conflit, dans l’ordre du temps, chacun renvoyant à l’entrée qui l’atteste.
La carte des guerres réunit ces lieux avec ceux des trois autres conflits, sur une seule carte parcourable de 1917 à 1954.