Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

L’Année sainte, sept enfants devenus grands — et trois semaines où Andrée, pour la première fois de sa vie, est seule.

En juin, le médecin l’envoie en cure à Brides-les-Bains. Elle en tient le journal jour par jour, et c’est l’un des documents les plus étranges du corpus : une femme de quarante-huit ans qui a réclamé la solitude pendant vingt ans et qui, l’ayant, n’en veut plus. Le premier jour, elle est au lit à jeun : « il y a des moments où je réclamais une cure de solitude et de repos, je serai servie aujourd’hui au-delà de mes désirs » (12 juin). Deux jours de diète lui font perdre quatre kilos ; la prise de sang donne « trop de glucose et surtout trop de cholestérol — qu’est-ce que… ». Le dimanche, elle craque : « ce qui m’est le plus dur ici, aujourd’hui, c’est la solitude, alors que parfois je réclame la solitude à grands cris, mais pas pour si longtemps, il est vrai. Aujourd’hui, il y a des femmes que leurs maris sont venus rejoindre… et je voudrais bien être au milieu de tous les miens ! » (18 juin). Ses meilleurs moments sont les promenades du soir et une messe attrapée à sept heures avant le taxi du traitement.

Le médecin, lui, a dit la chose simplement : « il m’a trouvée vraiment fatiguée, je le sais bien moi-même quoique, depuis plus de dix ans, je sois quelque peu accoutumée à ma fatigue ».

Le reste de l’année montre une maison devenue un port d’attache plutôt qu’un foyer. Les filles voyagent en Italie et envoient des cartes d’Avignon, de Cannes, de Florence — « elles parlent italien à qui mieux mieux et s’interpellent dans toutes les langues, ont-elles rencontré des jeunes filles d’autres pays ou ont-elles reçu le “don des langues” comme les apôtres ? » (24 juin). Yves part un mois en Allemagne. Jean, militaire, file en camp près de Modane. Les deux garçons sont scouts, et la messe de camp, dite au sommet d’un coteau sur « un autel de quelques morceaux de bois, mais comme toile de fond, la vallée de la Sèvre », donne la plus belle description d’office de tout le journal.

L’Année sainte encadre l’année de deux messes de minuit du 1er janvier. Celle du 31 décembre 1950 sera la première pour Anne, sept ans, et Andrée mesure ce qui change : « nous serons tous réunis ce soir, chose qui, désormais, ne nous arrivera pas très souvent — l’an prochain, où Jean sera-t-il ?… Tous désormais sont grands, et c’est une chose qu’il faut accepter » (31 décembre).

Le confort, enfin, revient : la maison est chauffée, il y a une cuisinière Aga, un four électrique de secours, des radiateurs qui « chauffaient à bloc » sans venir à bout du froid de décembre. Vingt ans plus tôt, on grelottait à 3° dans la salle de bains.

Résumés de période

L’hiver — janvier à mai

Le 1<sup>er</sup> janvier s’ouvre par une veillée de prière, une messe à une heure du matin et les enfants groupés à la cuisine pour offrir leurs vœux dès l’annonce de la nouvelle année à la radio. En avril, le dixième anniversaire de l’enterrement de Bernard et le souvenir, vingt-quatre ans après, de sa première fausse couche : « Dieu est bon d’avoir comblé notre grand désir, et de nous avoir donné nos enfants » (20 avril).

La cure — juin

Trois semaines à Brides : diète, massages, analyses, promenades, et un cafard qu’elle nomme. Elle en profite pour tenter « une cure de silence, de solitude et de prière », et lit lentement « des choses sérieuses » (16 juin). Juste avant son départ, un triple mariage au Moulin-Guérin où elle sert de témoin, danse, dîne et rentre à trois heures du matin — et où la transcriptrice a inséré, entre parenthèses, son propre souvenir d’enfant d’honneur tirant si fort sur le voile de la mariée que le cortège a fini « sous le voile » (7 juin).

L’été des grands — juillet et août

Camps scouts visités, feu de camp suivi jusqu’à la prière du soir, un fils reconduit la veille de son départ pour l’Allemagne — « je suis sûre qu’il avait le cœur un peu gros de laisser ainsi sa patrouille avant la fin du camp » (27 juillet) —, et une mère qui conduit désormais seule la Simca quand la Chenard refuse de démarrer (21 juillet).

La fin d’année — novembre et décembre

Réceptions, gâteaux, une bûche refaite deux fois, un fils qui rentre de l’armée à sept heures du matin et qu’on accueille avec une exposition de photos et un écriteau : « Nous pensons à lui, le jour et la nuit ». Et, pour finir, un bilan sans emphase : « j’y ai reçu beaucoup de grâces, mais, devant Dieu, j’aurais besoin de faire le point. Et que nous réserve l’avenir ? »

Entrées notables

  • 1<sup>er</sup> janvier — La messe d’une heure du matin, et les vœux donnés à la cuisine.
  • 20 avril — Dix ans après l’enterrement de Bernard.
  • 7 juin — Le triple mariage du Moulin-Guérin, et le souvenir ajouté par la transcriptrice.
  • 12 juin — « Je serai servie au-delà de mes désirs. »
  • 16 juin — Quatre kilos perdus, et le mot « cholestérol » découvert.
  • 18 juin — La solitude enfin obtenue, et insupportable.
  • 24 juin — La messe de camp sur le coteau, et les filles en Italie.
  • 27 juillet — Le feu de camp, et un départ pour l’Allemagne.
  • 31 décembre — « Tous désormais sont grands, et c’est une chose qu’il faut accepter. »