Axe : les guerres

Le dossier La guerre d’Indochine reprend ces faits avec la carte du conflit, la suite des événements et la critique de la source.

Au fil du journal

  • 24 mai 1946 — La première fois que le mot entre dans le journal, à propos d’une amie de Nantes qui « milite actuellement pour le M.R.P. et ne songe plus guère qu’à cela, ainsi qu’à un départ problématique pour l’Indochine ». Six ans avant la mort de son fils.
  • 7 juin 1950 — Un cousin part le premier : « peut-être François reviendra-t-il encore une fois avant de partir en Indochine. » La même entrée raconte l’entrée de Jean dans le métier des armes.
  • 25 décembre 1950 — Noël 1950 : « Jacques est allé à la grand-messe, qui était dite pour les soldats d’Indochine. » La guerre est déjà dans la liturgie du bourg.
  • 6 mai 1951 — L’annonce, par lettre : « Dans sa dernière lettre, Jean nous faisait prévoir un départ en Indochine pour la fin de l’année sans doute. »
  • 27 mai 1951 — La date se rapproche de trois mois : « il a une permission de trente jours maintenant et doit se tenir prêt à embarquer pour l’Indochine à partir du 1er juillet. »
  • 1er juin 1951 — La mort du lieutenant Bernard de Lattre, apprise à la radio en présence de Jean : « qui m’a secouée plus que je ne saurais dire ». Andrée y reviendra trois ans plus tard, jour pour jour.
  • 26 juillet 1951 — « Jean embarque samedi pour l’Indochine, samedi, après-demain ! il me semble que c’est un cauchemar. »
  • 28 juillet 1951 — « Jean a dû s’embarquer aujourd’hui à Marseille, et, à l’heure qu’il est, s’en va à bord du Pasteur, en direction de l’Indochine. »
  • 26 août 1951 — L’affectation connue par une lettre de dix jours : « il est affecté au 3ème Bataillon du 28ème Régiment d’Infanterie coloniale, et cela au Tonkin. »
  • 12 septembre 1951 — Deux gestes dans la même entrée : le colis dû à Jean « comme tous les combattants d’Indochine », et « je lis un ouvrage sur l’Indochine ». Elle se documente sur la guerre où est son fils.
  • 14 octobre 1951 — La carte sortie sur la table : « nous sommes arrivés à le repérer sur la carte ; c’est à 30 ou 40 km à l’est, légèrement nord-est d’Hanoi, cela paraît pour le moment assez calme. »
  • 11 novembre 1951 — Et la carte qui ne suffit pas : « Hier soir, la Radio annonçait qu’il y avait eu des combats à 50 km d’Hanoï, mais on ne disait pas en quelle direction ; on a donné un nom que nous n’avons pu trouver sur la carte. »
  • 3 février 1952 — Le secteur de son fils entre dans le communiqué national : « pour la première fois, le nom de Luc-Nam a paru dans le communiqué d’Indochine et on a parlé de combats sanglants qui s’étaient déroulés de ce côté-là ; peut-être aurons-nous une lettre de Jean dans les premiers jours de la semaine, mais que de choses auront pu se passer depuis ! »
  • 2 mars 1952 — Le cousin blessé : « une lettre de Solange nous dit que François a été légèrement blessé, une balle lui ayant traversé le mollet… il n’est pas hospitalisé, mais va deux fois par semaine à Hanoï pour se faire soigner. »
  • 1er juin 1952 — Jean est tué le 14 mai 1952, à vingt-trois ans : « c’est en moi une telle secousse, un tel désarroi, que je prie très mal, toujours avec la même, l’unique pensée : Jean est mort, nous ne le reverrons plus, son corps repose au cimetière d’Hanoï… »
  • 5 juin 1952 — La citation arrive, avec le nom du village : « ayant reçu la délicate mission de reprendre le contact avec une compagnie rebelle retranchée dans le village de Thi-Thon (Tonkin), le 14 mai 1952, s’est trouvé, en cours de progression, sérieusement accroché par des éléments numériquement supérieurs. » Elle note aussi le numéro de secteur postal, « dont j’ai si souvent noté le numéro sur les lettres et les colis : 70.662 ».
  • 27 juin 1952 — Ce que disent les autres mères, et qu’elle rapporte sans le contredire : « pour ces jeunes officiers la vie est exaltante, ils font, en plus de leur métier de soldat, un beau métier humain et ils aiment, m’a-t-elle dit, cette terre d’Indochine. »
  • 9 juillet 1952 — Un adjudant rentré d’Indochine à la table familiale : « Il nous a raconté un peu les conditions de vie là-bas, la surprise quand Jean lui a dit qu’il était du Poiré, et bien des choses concernant la guerre du Tonkin. »
  • 12 octobre 1952 — Chercher son fils dans les pages maritimes : « j’essaie de voir sur le journal quels sont les bateaux qui quittent l’Indochine, mais cela n’apporte rien de précis… »
  • 14 novembre 1952 — La nouvelle apprise par hasard, dans une réunion : « tout à fait par hasard, appris que la Radio avait annoncé, vers midi, l’arrivée à Marseille d’un bateau amenant d’Indochine, vingt-deux cercueils. »
  • 20 janvier 1953 — La veillée funèbre au Poiré, huit mois après la mort : « le soir, les rapatriés d’Indochine ont apporté leur fanion que nous avons épinglé à la tête du cercueil, sur la tenture noire. » Elle nomme les quatre : « Martial Moreau, Jean Remaud, Michel Buton et Robert Gineau ».
  • 3 mai 1953 — La messe anniversaire, et son intitulé exact : « elle sera annoncée « pour les morts d’Indochine et les Indochinois morts pour la France ». » Andrée compte « les 6 Indochinois tombés le même jour que lui ».
  • 20 décembre 1953 — Noël 1953 : ils manquent la messe de minuit parce que « la grand-messe d’aujourd’hui étant pour les soldats d’Indochine vivants ou morts, nous avons tenu à y assister tous deux ».
  • 18 mars 1954 — « Tous ceux qui étaient en Indochine en même temps que Jean sont revenus, tous sauf lui. »
  • 4 avril 1954 — Un mois avant la chute, sur l’opinion française : « lui aussi souffre de l’indifférence des français à toutes ces questions tragiques ; il me semble qu’actuellement toutes les pensées, les prières devraient être tournées du côté de ces héroïques défenseurs de Dien-Bien-Phu, et tout le pays vit exactement comme si cette bataille en cours, cette guerre qui se prolonge et prend les meilleurs de nos jeunes, étaient des choses sans aucune importance. »
  • 2 mai 1954 — Une conférence au bourg, six jours avant la chute : « une causerie de l’Abbé Moreau sur l’Indochine et les raisons de la guerre qui se déroule là-bas, raisons que si peu comprennent. »
  • 9 mai 1954 — La chute : « Le camp retranché de Diên Biên Phu est tombé dans la nuit de vendredi à samedi. Je suis bouleversée et malade de tout cela ; c’est une chose affreuse… Que sont-ils devenus, morts, prisonniers ? La Radio ne peut le dire encore. »
  • 9 mai 1954 — Et, le même jour, ce qu’elle retient de la conférence de la veille : « exposés géographique et historique amenant à la question : pourquoi la France combat-elle en Indochine ? cela aura été très instructif pour beaucoup. »
  • 16 mai 1954 — Une semaine plus tard, la source de la nouvelle est l’adversaire : « la radio du Vietminh a annoncé que le général de Castries a été fait prisonnier, mais ne parle pas de Geneviève de Galard. »
  • 11 octobre 1954 — La fin : « Hanoï a été occupée hier par les troupes du Vietminh, les derniers soldats français se sont retirés par le pont Doumer. Tout cela est bien crucifiant. Tant de travail, de sacrifices, apparemment inutiles. »
  • 30 octobre 1954 — Ce que la guerre coûte dans les conversations du bourg : « des choses pénibles à propos de la Guerre d’Indochine ; certaines personnes ne peuvent se rendre compte du mal qu’elles font. »
  • 14 novembre 1954 — La seule mention de la guerre de Corée en trente-huit ans, par un homme du bourg : « ce garçon de la Durantière qui a fait la Corée et l’Indochine, a été prisonnier des Viets et a eu la chance de revenir. »