Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

Une grossesse menée jusqu’au bout, enfin — et la naissance de Jacqueline, en août, à la clinique du Bocage.

Après deux fausses couches, Andrée passe l’hiver à compter les semaines : « je voudrais être arrivée au moment où je n’aurai plus d’inquiétude au sujet du petit être que je porte » (12 janvier). Le 8 mars, l’enfant remue. En juillet, le docteur Lucas constate qu’il se présente par le siège et fait écrire à Nantes ; le docteur Grosse le retourne séance tenante et le tient en place. Le 31 juillet, elle part s’installer à Nantes pour attendre, laissant Jean aux Sables chez ses grands-parents — cinq semaines de séparation, la première : « c’est fait, le sacrifice est accompli ».

Sur la date de naissance. Le récit du 21 août ne donne pas de quantième, mais la chaîne des jours le donne : retour à la clinique le dimanche soir, eaux rompues à trois heures du matin, journée d’attente, douleurs à neuf heures du soir, salle d’accouchement à minuit, « à trois heures moins vingt, notre petite Jacqueline faisait son entrée dans le monde ». Le jeudi suivant est l’Assomption, et le 15 décembre Andrée écrit que sa fille « a 4 mois d’avant-hier ». Tout converge sur le 13 août 1929, vers deux heures quarante du matin.

L’autre fil de l’année est une maison en chantier. Le 12 avril, les maçons donnent le premier coup de pioche ; la cuisine est déménagée dans un réduit, la démolition puis la construction traînent d’avril à décembre, interrompues par la pluie et par des ouvriers qui ne viennent pas. « Est-ce que tout sera fini quand notre petit chéri arrivera ? » Non : en décembre, on attend toujours le service d’eau.

1929 est aussi l’année où la TSF devient une compagnie. Andrée suit les sermons de Carême de Notre-Dame, écoute Le Cid, Le Songe d’une nuit d’été, les concerts Pasdeloup — et surtout, le mercredi saint, les obsèques du maréchal Foch, qu’elle raconte sur deux pages en allant et venant entre son poste et ses casseroles : « entre deux coups de cuiller ou entre une bouillie et un roux, je venais prendre quelques bribes ». Elle entend la rumeur de la foule, le pas des chevaux, la Marche funèbre de Chopin, « même un hennissement de cheval, peut-être celui du Maréchal ».

Et 1929 est l’année où le journal dit le plus nettement ce que la vie du Poiré lui coûte. Les après-midi entre dames reviennent comme un refrain : 20 janvier, « conversation parfaitement vide et creuse » ; 4 mai, « les propos échangés étaient d’une banalité écœurante, j’en aurais pleuré ! » Le même 4 mai, sa sœur lui dit des choses dures, et Andrée note la phrase qui résume l’année : « elle n’a pas l’air de se douter que je suis souvent lasse, découragée, aigrie par ma réclusion prolongée, que moi aussi j’aimerais circuler, voir des horizons nouveaux, sortir un peu de moi-même ». Voir la solitude d’Andrée.

Résumés de période

L’hiver de l’attente — janvier à mars

Neige, chauffage central, travail sous la lampe. Le mariage de Françoise a lieu en janvier à Lyon, sans elle. Elle lit Shakespeare — La Tempête, Les Joyeuses Commères de Windsor —, relit le Journal de Marie Bashkirtseff et Pascal, et reprend pour le Carême une habitude abandonnée depuis son mariage, lire chaque jour quelques pages d’Évangile, « mais ce n’est pas toujours facile d’y arriver » : Jean réclame Le loup et l’agneau dès qu’elle ouvre un livre (24 février). Le 17 mars, Jean a deux ans. Le 24 mars, la TSF annonce la mort de Foch ; les obsèques suivies en direct sont racontées dans le même bloc, à la date du mercredi saint.

Le chantier et la mort de Jacqueline Hervé — avril et mai

Le 12 avril, deux nouvelles dans la même entrée : les réparations commencent, et Jacqueline Hervé meurt à la suite de ses couches, onze jours après la naissance de sa fille — grippe devenue infectieuse, puis tuberculose. « Ce pauvre Hervé, qui aurait dit, alors qu’aux Sables, il y a sept ans, il faisait partie de notre bande joyeuse, qu’un malheur pareil lui était réservé ! » Pour une femme enceinte de six mois, la nouvelle pèse lourd. En mai, Anne, employée de la maison, annonce son entrée chez les Petites Sœurs de l’Assomption : « elle sanglotait l’autre jour en partant ; quelle chose mystérieuse et incompréhensible au point de vue humain, qu’une vocation ».

Les bocaux — juin et juillet

Un été de conserves, décrit le 6 juillet avec une précision de peintre : « j’ai du plaisir à contempler mon régiment de bocaux bien alignés, le vert jade des petits pois, la blancheur neigeuse des choux-fleurs, la pourpre des framboises, le rouge sombre et poli comme du marbre de la marmelade d’abricots ». Entre deux stérilisations, la chaleur, les névralgies dentaires, et le 14 juillet le diagnostic du siège.

Nantes, l’attente et la naissance — août

Cinq semaines loin de chez elle. Elle marche, va d’un pas lent par un raccourci que la directrice de la clinique lui a ouvert, contourne le jardin de Chavagnes et « revit tous ses vieux souvenirs » (10 août). L’accouchement se passe bien ; Jean, amené au chevet, « ne s’est guère occupé de sa maman, il s’intéressait beaucoup plus à sa petite sœur ». Baptême le dimanche suivant, Armand parrain, Jacqueline marraine. Dans la même entrée, une nouvelle terrible glissée en passant : l’état de Berthe Guillaumé s’est aggravé, « il avait fallu la faire avorter, quelle peine pour tous… j’en aurais pleuré ! »

Deux enfants — septembre à décembre

Retour au Poiré début septembre, Jean récupéré aux Sables le 18 : « il a étonnamment grandi… il est enchanté de voir sa petite sœur, mais n’aime pas l’entendre pleurer ». Le 22 septembre, elle réécrit son emploi du temps, cette fois pour deux : lever à six heures et quart, tétées, bouillies, kéfir, coucher à dix heures. Le 15 septembre, quatre ans de mariage — et un compte que le journal fait rarement : « bien des angoisses, notamment à la naissance de Jean, et puis aussi les deux petits que nous aurions dû avoir et ne connaîtrons jamais ! » L’automne enterre les figures anciennes : Lisa le 19 octobre, puis le père Guilbaud le 6 décembre, « ce vieux serviteur de la famille… il a servi chez nous quatre générations, depuis mon grand-père jusqu’à Jean ». L’année se termine sur une auto neuve, une Donnet achetée le 22 décembre à un représentant venu le soir même.

Entrées notables

  • 20 janvier — L’après-midi entre dames : « comme s’il n’y avait pas autre chose dans la vie ! »
  • 8 mars — L’enfant remue.
  • 17 mars — Jean a deux ans.
  • 24 mars — La mort de Foch, puis, dans le même bloc, ses obsèques suivies à la TSF entre deux casseroles.
  • 12 avril — Mort de Jacqueline Hervé, onze jours après ses couches ; et le premier coup de pioche des maçons.
  • 4 mai — « Aigrie par ma réclusion prolongée. »
  • 23 juin — Anne fait ses adieux avant le couvent.
  • 6 juillet — Le régiment de bocaux.
  • 28 juillet — Le dernier dimanche avant le départ pour Nantes.
  • 10 août — Le raccourci qui longe le jardin de Chavagnes.
  • 21 août — La naissance de Jacqueline, racontée du lit ; et l’avortement thérapeutique de Berthe Guillaumé.
  • 15 septembre — Quatre ans de mariage, et le compte des enfants qui n’ont pas vécu.
  • 22 septembre — La journée d’une mère de deux enfants, heure par heure.
  • 6 décembre — Le père Guilbaud, quatre générations de service.
  • 22 décembre — L’auto achetée un vendredi soir.