Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
L’année où Andrée passe son permis de conduire — et l’année où, à trente-trois ans, elle constate qu’elle n’est plus de la même génération que ses amies.
Les leçons commencent en octobre, avec un moniteur qui vient la chercher au Poiré après le déjeuner : « les départs en côte et les demi-tours sur route vont à peu près, mais les virages en marche arrière ne sont pas merveilleux » (27 octobre). L’examen a lieu le 25 novembre à La Roche et le récit qu’elle en donne le 1<sup>er</sup> décembre est un petit chef-d’œuvre de franchise : « j’ai eu mon permis, mais de justesse, car j’ai fait ce jour-là plus de sottises que je n’en faisais d’habitude… Bretaudeau se tenait coi, dans le fond de la voiture, et moi, je n’en menais pas large ! » Deux jours plus tard, elle part seule à La Roche — « Jacques n’était pas trop fier ! » — et rentre « tranquillement, sans excès de vitesse ».
L’autre fil est plus sombre. Le 11 août, sur la plage des Sables, elle écrit ce que les étés précédents laissaient deviner : « j’ai connu cette année la même épreuve que tous les ans ! je devrais pourtant m’y habituer, depuis bientôt dix ans que je suis mariée, depuis huit ans que je suis maman, mais la peine est toujours vive à me voir rejetée hors du cercle des jeunes — ou qui le paraissent encore — de celles qui furent mes compagnes autrefois ! je me sens maintenant plus mûre qu’elles !… et pourtant… moi aussi, j’aimerais aller de longues heures sur la plage, contemplant sans me lasser la mer… et il faut me contenter d’une demi-heure le matin. » Trois semaines plus tard, la formule est plus dure encore : « le sentiment douloureux d’être partout “de trop” » (1<sup>er</sup> septembre).
La politique entre dans la maison par les élections municipales de mai. Jacques figure sur la liste du maire ; il est élu, mais la liste est battue à plate couture, et Andrée relaie son analyse au retour du dépouillement, à une heure et demie du matin : « ce qui est le plus triste, c’est que ce scrutin est l’indice d’un état d’esprit désastreux, la campagne n’est plus ce qu’elle était autrefois, et la mentalité, jusque-là saine, vire au communisme » (12 mai). L’été, dans un compartiment de train, elle écoute un cheminot communiste « ardent, convaincu, certainement un entraîneur » exposer « les théories sur le collectivisme, sur la beauté de la vie en Russie » — et le note sans le caricaturer.
Deux nouvelles internationales la marquent. Le 17 mars, en trois lignes : « l’Allemagne dénonce le Traité de Versailles et institue le service militaire obligatoire, encore cette menace de guerre qui nous fait toujours trembler. » Et fin août, la mort de la reine Astrid de Belgique dans un accident de voiture au bord du lac de Lucerne, à laquelle elle consacre deux entrées entières (1<sup>er</sup> et 4 septembre) — l’accident reconstitué geste par geste, les enfants à qui le roi n’a pas eu le courage d’annoncer la nouvelle, la petite princesse qui s’évanouit, et le cadet « qui n’a pas quinze mois et ne connaîtra jamais les baisers ni le sourire de sa maman ». Andrée fait le calcul : « je me souviens de cette naissance, un mois avant celle d’Yves ! »
La TSF, décidément, structure son année. Le 28 avril donne la plus singulière entrée du corpus : Andrée écrit pendant la retransmission de la clôture du jubilé à Lourdes, et le récit de ses vacances est interrompu six fois par la cérémonie en cours — « je m’interromps, le Credo commence, le Credo de Lourdes… et les journaux prétendent qu’il y a aujourd’hui deux cent quatre-vingt mille personnes ! »
Résumés de période
L’hiver des grippes — janvier à mars
Une saison de compresses de moutarde et d’enveloppements sinapisés, ponctuée de morts : l’oncle Alexis à Nantes, tante Guesdon au Poiré, et un service pour Mgr Gendreau, évêque d’Hanoï, « né et baptisé au Poiré, décédé au Tonkin » (24 février). La même entrée raconte deux accidents en un déjeuner : Geneviève brûlée au poêle le matin, la paume entaillée par un couteau au dessert. Dans la nuit du 23 février, une tempête qu’Andrée dort entièrement — « je dormais comme une souche et n’ai rien entendu » — découvre la moitié du bourg.
La Touraine et Lourdes à la radio — avril
Cinq jours chez les Granger à La Haye-Descartes, avec Chenonceaux — « le château appartient maintenant au chocolat Menier ! les choses changent ! » — et Amboise. Au retour, une vipère endormie à l’entrée d’un souterrain où son mari et son fils venaient de passer, et, plus loin, un accident de la route dont ils sont témoins. Puis la journée du 28 avril, écrite au fil de l’émission de Lourdes.
Les élections, Chavagnes, Solesmes — mai et juin
Le scrutin municipal, puis une journée entière à Chavagnes pour une fête d’anciennes élèves : la messe à la chapelle, deux cent cinquante convives, et la découverte, sur l’appui d’une fenêtre du cloître, des marques laissées par une camarade seize ans plus tôt — « alors que Simone s’appliquait à sa peinture et moi à mon fusain ! Seize ans passés, Simone disparue depuis longtemps déjà, Marie et moi, mères de famille ! » (19 mai). En juin, une expédition de quatre cents kilomètres dans la journée pour entendre une grand-messe bénédictine à Solesmes, départ à six heures et demie, déjeuner de sandwiches au bord de la route (16 juin).
Les Sables, huit semaines — juillet et août
Un été de plage réglé sur un enfant d’un an : une demi-heure le matin, deux heures le soir, et le reste passé aux repas et aux toilettes. Une promenade en mer jusqu’au phare des Barges où deux des quatre enfants ont le mal de mer (18 août) ; une matinée de pêche dans les rochers de La Chaume qu’elle décrit comme « parfaitement heureuse » ; et la rencontre, un matin de messe, de sœur Agathe, croisée par hasard sur le Remblai. C’est aussi l’été de l’aveu du 11 août.
Le permis, et la fin d’année — septembre à décembre
Dix ans de mariage le 15 septembre : « dix ans déjà, dix ans de bonheur ». Yves fait ses premiers pas, Geneviève entre à l’école, Jean sert la messe et se lève à six heures dix. Les leçons de conduite occupent tous les après-midi d’octobre et de novembre, jusqu’à l’examen. Pour sa fête, les enfants la font asseoir dans un fauteuil du salon et lui débitent des compliments appris — Jean choisit Les Animaux malades de la peste « parce qu’elle est la plus longue du livre ». L’année finit en infirmerie : trois enfants au lit, trois températures et trois enveloppements matin et soir (29 décembre) — et, en perspective, « notre beau voyage ».
Entrées notables
- 24 février — Deux accidents autour d’un déjeuner, et une tempête dormie d’un trait.
- 17 mars — L’Allemagne dénonce le traité de Versailles.
- 28 avril — Une entrée écrite pendant la retransmission de Lourdes, interrompue six fois par la cérémonie.
- 12 mai — Les municipales : Jacques élu, la liste battue, et l’état d’esprit du bourg.
- 19 mai — Retour à Chavagnes, et les marques de 1919 sur l’appui de fenêtre.
- 16 juin — Solesmes dans la journée, sandwiches au bord de la route.
- 4 août — Le communiste du compartiment de train.
- 11 août — « Rejetée hors du cercle des jeunes. »
- 18 août — La promenade en mer, et la matinée « parfaitement heureuse » de La Chaume.
- 1<sup>er</sup> septembre — La mort de la reine Astrid, et « le sentiment d’être partout de trop ».
- 15 septembre — Dix ans de mariage.
- 27 octobre — Une journée entière minutée, des demi-tours ratés compris.
- 1<sup>er</sup> décembre — Le permis obtenu de justesse, et le compliment des enfants.
- 29 décembre — La maison « transformée en une véritable infirmerie ».