Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.

Résumé de l’année

L’année de la naissance de Jean — et l’année où le journal change de sujet.

Le premier trimestre est celui d’une grossesse qui tourne mal. Le 5 mars, le docteur Lucas fait venir un spécialiste de Nantes, le docteur Grosse, qui conclut à un accouchement « très long et difficile » et impose la clinique : « j’aurai préféré que mon enfant vienne au monde ici, soit baptisé dans l’église où j’ai été baptisée, cela ne sera pas… » Le 11 mars, l’analyse donne « deux fois plus d’urée qu’il ne faudrait » ; elle supprime le pain et le sel, les jambes restent enflées. Le 12 mars, un troisième médecin confirme, et elle rapporte ce que Grosse a dit à sa belle-mère : « en général, on parvient à sauver la mère ». C’est de l’éclampsie que tout le monde a peur, sans le lui dire en face.

L’enfant naît trois jours plus tard, et le récit n’arrive qu’un mois après, dans un long bloc daté « Samedi Saint 16 avril » que la transcription laisse sans découpage propre : le travail commence à quatre heures du matin, on part au petit jour, la clinique à sept heures et demie, « vers 10 heures… le docteur Grosse a décidé d’intervenir et quelques minutes après notre petit Jean faisait son entrée dans le monde ! » Baptisé le jour même à Saint-Louis, pendant que sa mère fait une hémorragie dans sa chambre.

Sur la date. Le journal ne la donne jamais en clair. La chaîne interne la donne : la dernière entrée écrite est celle du 12 mars, le récit reprend « au dimanche 13 mars », suit trois jours de lit, puis la naissance dans la nuit. Le 17 septembre, Andrée écrit « Jean a aujourd’hui six mois ». Les deux convergent sur le 17 mars 1927. La mention « [13 avril] » qu’on lit entre crochets est une glose d’Anne Dugast, non le texte d’Andrée.

À partir d’avril, le journal se règle sur les tétées. Le 15 mai, elle écrit sa journée heure par heure — six heures, six heures et demie, neuf heures le bain, onze heures et demie le déjeuner « exactement » — et elle pèse Jean chaque semaine, en livres et en grammes, comme d’autres tiennent des comptes. L’entérite du petit occupe tout l’été ; le sevrage, imposé fin septembre, lui coûte : « j’ai dû le sevrer tout à fait et cela m’a beaucoup coûté ».

Ce que ce journal-là ne dit plus, il le dit une fois, le 5 août, aux Sables : « il me vient une nostalgie profonde de tout ce que j’ai tant aimé autrefois, la lecture, le travail intellectuel, les choses d’art, mais je crois qu’au fond je n’y trouverais plus la satisfaction intime que j’y goûtais, car là n’est plus mon devoir ». Le violon revient trois ou quatre fois dans l’année, chaque fois comme une reprise après rouille. Et les peines secrètes reviennent, elles aussi, sans jamais être nommées : « des choses douloureuses qui me font très mal, et celle qui les cause ne se doute certainement pas du chagrin qu’elle me fait ! »

Résumés de période

L’hiver du berceau — janvier à février

Elle coud. La couverture de berceau au filet, commencée en novembre 1926, occupe janvier entier ; en février, c’est la garniture, la dentelle, les jours des draps et des taies. Le 13 février : « souvent, je vais ouvrir les tiroirs de la commode, et je contemple les petits objets préparés, je touche les brassières, les petits vêtements de laine… » Elle avoue en même temps son inexpérience de maîtresse de maison, le 16 janvier : « là, j’avoue en toute sincérité que le résultat n’est pas merveilleux, tout cela est dur pour moi qui n’y ai pas été habituée… je me décourage facilement et j’ai parfois le coeur bien gros ». Dans le monde, une nouvelle qu’elle juge sensationnelle le 11 janvier : l’Action française et les œuvres de Maurras et Daudet sont mises à l’Index.

La peur, la clinique, l’enfant — mars et avril

Trois entrées suffisent à installer l’angoisse : le 5 mars le verdict et la clinique, le 11 mars l’urée, le 12 mars la journée où, épuisée, elle refuse d’abord d’être examinée une fois de plus — « j’ai fait toute une comédie… j’étais à bout de courage » — avant de céder. Le même jour, l’oncle Romain meurt subitement à Palluau. Puis la naissance, le récit d’un mois plus tard, et les semaines de clinique : le lait qui ne vient pas, les nuits de transpirations et de battements de cœur, la première levée quinze jours après. Le 22 avril, la vie a repris sa forme neuve : lever avant six heures, bain à neuf heures, et le moïse descendu dans la cour « où il passe toutes ses journées… pendant que nous travaillons près de lui ».

L’année réglée sur un nourrisson — mai à juillet

Le 2 mai : premier sourire, et un voyage à La Roche avec Jean dans son moïse, déposé chez Charlotte « où il a rivalisé de musique avec son cousin Pierre ». Le 29 mai, aux Sables, elle entend Jacqueline jouer Albéniz à l’audition Smolska et joue elle-même une sonate — l’une des rares fois de l’année. Le 25 juin, Irma s’en va et une nouvelle bonne arrive, qu’il faut former entièrement ; le repas de baptême a eu lieu la veille, table « décorée de capucines ». Le 23 juillet, quinze jours de courses à Nantes, une visite à Chavagnes — « j’ai fait un tour dans le jardin plein pour moi de souvenirs » — et des nouvelles de son amie Andrée, revenue du Canada, « si vaillante et courageuse ».

Les Sables avec un berceau — août

Un mois entier aux Sables, dans sa chambre de jeune fille : « seulement nous sommes trois maintenant, le berceau de Jean étant placé près de mon lit ». La saison est mauvaise — tempête, pluie, « la bouée de La Chaume fait entendre des hurlements lugubres ». Jean fait une entérite qu’on soigne à la diète, et elle reste avec un lait dont elle ne sait que faire. Le 26 août, Françoise débarque rue Napoléon avec Menine ; les promenades avec Benjamin reprennent chaque matin, personne ne questionne : « il y a entre nous quelque chose d’irrémédiablement brisé et la confiance que j’avais n’existe plus ». Le 29 août, une conversation surprise sur la plage — une jeune mère soulagée de n’avoir pas eu assez de lait — lui arrache le jugement le plus net de l’année : « j’aurai eu honte de me dérober volontairement à un devoir sacré pour toute mère ».

Nantes, le chauffage et le deuil — septembre à décembre

Sevrage définitif le 23 septembre. En octobre, quinze jours à Nantes pendant qu’on installe le chauffage central et qu’on crépit la façade : quatre soirées de théâtre — Faust, La Veuve joyeuse, Manon, Hérodiade — et une remontée de Loire jusqu’à Indret, où elle regarde les vieux voiliers du nitrate du Chili, « tout blanchis par les saisons, abandonnés… on dirait des squelettes fantômes d’un temps disparu » (23 octobre). Le 20 novembre, les trois amies de Chavagnes sont réunies au Poiré : Jeanne Lego et son mari, puis Andrée, veuve, institutrice depuis peu. Décembre s’ouvre sur une semaine folle — la tante Mathilde meurt le jour où Jacques passe lui dire bonjour, la bonne s’ébouillante les pieds, il faut du deuil, une remplaçante, un enterrement (4 décembre). L’année finit sur une phrase courte : Jean « commence à dire papa ».

Entrées notables

  • 11 janvier — L’Action française mise à l’Index.
  • 16 janvier — L’aveu d’une jeune maîtresse de maison qui ne s’en sort pas.
  • 13 février — Les tiroirs de la commode, et les brassières qu’on touche.
  • 5 mars — Le verdict du spécialiste et la clinique imposée.
  • 11 mars — « Deux fois plus d’urée qu’il ne faudrait. »
  • 12 mars — « En général, on parvient à sauver la mère. » Dernière entrée avant la naissance.
  • 22 avril — La première journée entièrement réglée sur l’enfant.
  • 15 mai — L’emploi du temps d’une mère qui allaite, heure par heure : « jamais printemps ne m’a semblé plus beau que celui-ci… que j’ai failli ne pas voir ! »
  • 30 juillet — Les peines secrètes, et la nostalgie de la vie intellectuelle abandonnée.
  • 26 août — Françoise aux Sables, et ce qui ne se recolle pas.
  • 29 août — La conversation de plage sur l’allaitement.
  • 17 septembre — Jean a six mois : le repère qui date sa naissance.
  • 23 octobre — Les voiliers abandonnés d’Indret.
  • 20 novembre — Les trois amies de Chavagnes réunies au Poiré.
  • 4 décembre — La semaine où tout arrive à la fois.