Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
L’année où l’aîné part pour l’Indochine.
Le 28 juillet, une entrée s’ouvre par une phrase que rien n’annonce dans la routine du dimanche : « Jean a dû s’embarquer aujourd’hui à Marseille, et, à l’heure qu’il est, s’en va à bord du Pasteur, en direction de l’Indochine. Quel déchirement de penser à cela ! Mon petit garçon, notre aîné ! Que j’ai hâte d’avoir des nouvelles… C’est un immense sacrifice que nous faisons, Jacques et moi, et il faut nous efforcer de le faire généreusement, ce qui n’empêche pas la peine ! » Une lettre manquée, un arrêt à Lyon où ils sont passés la veille — « quel regret de ne pas avoir pu l’embrasser ! »
Tout le premier semestre se relit à partir de là. Le 1<sup>er</sup> juin, la mort en Indochine du lieutenant de Lattre de Tassigny, fils du maréchal, la « secoue plus que je ne saurais dire » et déclenche « un peu de dépression nerveuse ». Le 7 juin, veille du dernier déjeuner à sept, elle écrit : « aujourd’hui sera sans doute un jour heureux pour nous, et, d’ici longtemps, ces jours heureux seront peut-être assez rares. Nous aurons, autour de nous, à table, les six enfants et leur grand-mère. Je ne voudrais pas trop penser, pour l’instant, au départ de Jean, bien que souvent, la nuit, cette pensée me tienne éveillée de grands moments et en prière pour ce cher petit. »
Le lendemain, deux échecs coup sur coup : un incident au dîner qui lui laisse « les nerfs très secoués », et une réunion de la Ligue où elles se retrouvent trois — « nous n’avons d’ailleurs pas fait de réunion, mais cela m’a mise de nouveau complètement à plat » (8 juin). C’est le double visage de l’année : une femme très occupée d’œuvres et souvent découragée par elles.
Juillet la ramène en cure à La Léchère, mais cette fois avec sa fille Geneviève, et la différence lui saute aux yeux : « cette année, ce n’est pas pour moi la même chose que l’année dernière, j’étais entièrement seule, et je ne connaissais personne… cette année, j’ai Geneviève qui est pour moi une charmante compagne » (8 juillet). Jean, en permission, les rejoint pour vingt-quatre heures — ce sont les dernières avant le départ.
Le reste de l’année tient dans l’attente des lettres, les colis expédiés (des chaussures, des revues « pour le distraire »), l’échec d’un fils à son examen, une fièvre traînante d’Yves au retour du camp, et le départ de Geneviève pour Paris. En août, le 15 est plus dur que les autres jours : « l’absence de Jean nous a été, à Jacques et à moi, vraiment pénible » (19 août).
Résumés de période
Le jubilé et l’hiver — janvier à avril
Un retour de mission de quinze jours ouvre l’année, avec une messe de clôture qu’elle décrit avec un œil de liturgiste : « un autel provisoire, face au peuple, ce qui associe tout de même bien davantage le peuple à l’action du prêtre… c’était simple, recueilli, vraiment très beau » (18 février). Le 15 avril, onzième anniversaire de la mort de Bernard : « depuis quinze jours j’ai suivi par la pensée les phases de sa maladie ».
Le printemps public — mai et juin
Fête de Jeanne d’Arc et rassemblement au monument aux morts ; fête des mères à la Genétouze avec remise de décorations à vingt-quatre mères de famille, où Jacques « doit y aller d’un petit discours, comme il sait le faire » (28 mai). Andrée y écoute un sénateur qu’elle admire — et juge : « peut-être cependant était-elle un peu élevée pour la plupart des auditeurs ».
La cure, le départ — juillet et août
Bains, massages, douche, eau de source ; une terrasse avec vue sur une cascade et une cime enneigée « dont je ne sais pas le nom ». Puis le retour au Poiré, et l’embarquement du 28 juillet. L’été des Sables se passe sans lui, entre les rochers de La Chaume — « j’aime beaucoup ces après-midi passés à lire en regardant monter la mer » (23 août) — et des journées au lait qui ne reposent pas.
L’automne des colis — octobre à décembre
Réunions de la Ligue reprises « après le mois de juin », un vêtement de mohair tricoté à contrecœur pour le départ d’une fille à Paris — soixante-dix rangs de cinquante mailles refaits un dimanche entier (14 octobre) —, et des colis pour l’Indochine. L’année finit dans les visites et la pâtisserie, et sur un constat : « je vais avoir de la peine à m’en tirer cette année » (30 décembre).
Entrées notables
- 18 février — Une messe face au peuple, jugée en connaisseuse.
- 15 avril — Onze ans après la mort de Bernard.
- 28 mai — La fête des mères, les décorations, et un discours qu’elle trouve trop haut.
- 1<sup>er</sup> juin — La mort du lieutenant de Lattre, et ce qu’elle réveille.
- 7 juin — Le dernier déjeuner à sept, écrit d’avance.
- 8 juin — Une réunion à trois, et des nerfs qui lâchent.
- 8 juillet — La cure à deux, comparée à la cure seule.
- 28 juillet — L’embarquement à Marseille sur le Pasteur.
- 19 août — Un 15 août sans lui.
- 14 octobre — Un tricot recommencé un dimanche entier.