Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
L’année où Andrée fait le plus de choses — et où elle écrit le plus clairement qu’elle n’en peut plus.
Le 19 avril, après une colère d’enfant de trop : « j’ai fait une crise de nerfs ce matin — cela ne m’était pas arrivé depuis 43, exactement depuis le surlendemain du premier bombardement de Nantes… personne ne peut se rendre compte à quel point je suis fatiguée et à quel point aussi j’ai les nerfs épuisés par les exigences, les caprices, les colères, le désordre des enfants ». Cinq jours plus tard, elle écrit de son lit, « tellement fatiguée que j’ai peine à former mes lettres… je me sens humiliée et malheureuse, et si seule, si seule ! » — puis, aussi sec : « assez à ce sujet » (24 avril).
Ce qui l’occupe, pourtant, elle l’a choisi. Le 18 mai raconte, heure par heure, la journée cantonale de la Ligue qu’elle a montée : une messe à la grotte annulée par la pluie et rapatriée à la salle, un prédicateur qu’elle admire, son propre rapport — « il a été encore plus mal que ce que j’avais fait jusqu’ici… j’ai été soulagée quand cela a été fini ! » —, deux causeries simultanées, un chapelet médité, un déjeuner cordial. Conclusion : « il faudra faire mieux l’année prochaine ! » Le reste de l’année tient dans les mêmes registres : préparer des causeries sur l’éducation, sur les équipes apostoliques, faire bénir et distribuer des brioches à Pâques — une idée à elle, qui l’a « au fond beaucoup préoccupée et fatiguée » mais qui « a apporté beaucoup de joie » (19 avril).
L’été des Sables est le plus joyeux depuis longtemps, parce que les enfants sont grands et qu’il y a un canoë. Andrée passe des après-midi entières à les regarder franchir les vagues : « au départ, quand les vagues sont brisées, il les franchit comme un cheval qui saute l’obstacle, et c’est même très joli à voir. Au retour, c’est une autre affaire… et là, c’est la culbute » (4 septembre). Une nuit d’orage, en rentrant du cinéma, un petit cyclone les surprend sur le Remblai : cabines réduites en miettes, panne de courant, tout le monde trempé — « ma robe est d’ailleurs déteinte et n’en reviendra jamais » (8 septembre).
Mais la page qui restera est celle de septembre au Blanc, où elle emmène sa mère sur les lieux de sa propre enfance (13 septembre). Chez une cousine de quatre-vingt-dix ans d’abord, dont la mémoire déroule quatre générations : « on aurait passé la matinée à l’entendre évoquer le souvenir de la grand-mère Fanchette… du mariage de Marie, qui, dans sa robe de cérémonie, avait l’air d’une dinde qui fait la roue ». Puis à Montgivray, où sa mère « n’a presque rien reconnu, que la “pierre des morts”, sur laquelle elle jouait aux osselets — encore cette pierre a-t-elle été déplacée » ; puis à Sassierges, où les souvenirs reviennent nets, où elle retrouve une ancienne camarade, revoit l’école, la salle de classe, le jardin, l’église. Ils passent au retour devant Nohant, et la transcriptrice a ajouté là l’une de ses rares notes : la dame en noir que les gens du village appelaient « la Clésinger » était la fille de George Sand.
Résumés de période
L’hiver rangé — janvier et février
Pour la première fois depuis des années, la maison est chauffée : « je peux ranger bien des choses, ce qui n’était pas facile de faire avant » (9 janvier). Le bureau, la travailleuse, le placard aux couvertures, l’armoire de Jean y passent. Le gâteau d’anniversaire de Bernard est fait avec huit jours de retard et vendu au profit de la crèche. Et le bourg s’amuse à marier les enfants entre eux : un cousin a annoncé « les prochaines fiançailles de Jacquie avec Paul Durand, qui prendrait l’étude du beau-père. C’est très bien combiné, mais je ne sais pas si cela dit quelque chose aux intéressés. »
Le printemps chargé — mars à juin
Un bateau béni aux Sables et une sortie en mer « qui nous ont bien fait danser » (17 avril) ; un fils ramené de pension pour cause de fatigue et de longues promenades faites avec lui — « nous avons bien causé tout le long de la route de toutes sortes de choses » ; une foire à Nantes où l’on regarde sans acheter cuisinière à mazout et chauffe-eau mixte, « très tentantes, mais aussi très chères ! » ; les mariages, les réunions, les kermesses.
L’été et le voyage — août et septembre
Un mois de mer, du canoë, du volley, une saison qu’elle regarde plus qu’elle n’y participe, et deux journées entières passées à inventorier les trousseaux des pensionnaires avant la rentrée : « tout est inscrit maintenant, et c’est un grand point » (8 septembre). Puis quelques jours au Blanc, « de vrai et bon repos », avant « quinze jours de surmenage intensif ».
Entrées notables
- 9 janvier — Une maison enfin chauffée, et des fiançailles inventées par le bourg.
- 17 avril — Un baptême de bateau et un tour en mer.
- 19 avril — La crise de nerfs, datée par référence au premier bombardement de Nantes.
- 24 avril — « Si seule, si seule ! » — puis : « assez à ce sujet ».
- 18 mai — La journée de la Ligue, montée par elle et jugée par elle.
- 4 septembre — Le canoë dans les vagues, regardé une journée entière.
- 8 septembre — Le cyclone sur le Remblai, et les trousseaux inventoriés.
- 13 septembre — Sa mère ramenée sur les lieux de son enfance, et la pierre des morts déplacée.