Trois échelles de lecture. Chaque renvoi pointe vers le texte intégral.
Résumé de l’année
L’année du froid. Le thermomètre de la salle de bains devient l’instrument de mesure du journal : 6°, 3°, 8°, 13° — et la famille se replie dans la seule pièce chauffée.
Janvier est terrible. « À l’exception de la salle à manger, la maison est glaciale… ces chambres froides où il faut tout de même maintenir un minimum d’ordre, ces draps froids quand on se couche, sont pour moi un supplice qui se renouvelle souvent » (11 janvier). Elle sort faire ses courses « bien encapuchonnée, chaussée de sabots » et le note sans ironie : « j’étais certainement mieux qu’à grelotter dans la maison glaciale ». Quand le dégel arrive, c’est une fête : « on piétinait dans la boue avec délices » (18 janvier).
L’occupation est devenue un métier. Le comité du Colis des prisonniers occupe une après-midi par semaine — soixante-deux colis en novembre, trois séances pour ceux de Noël. Les vêtements se font de récupération : « fait faire par Augustine une robe d’hiver pour Geneviève, avec deux anciennes robes à Jacquie et à elle ; avec un peu d’ingéniosité et quelques coutures supplémentaires, cela lui fait une robe chaude et confortable » (8 novembre). Le jardin devient une exploitation : doryphores ramassés chaque matin avant la chaleur, graines de scorsonères récoltées, betteraves sarclées, tomates, castilles (22 juin).
Deux mois donnent à l’année ses points fixes. En juin, elle revit jour pour jour l’exode de 1940 — « j’ai revécu, jour après jour, tous ces moments tragiques, l’arrivée des réfugiés le dimanche soir, le message de Pétain annonçant qu’il demandait un armistice, et la figure douloureuse de Jacques à ce moment-là » (21 juin). Et en novembre, la guerre et la famille se superposent : le 8, le débarquement allié en Afrique du Nord ; le 10, l’appendicite d’Yves, huit ans, opérée à Nantes ; le 11, l’occupation de la zone libre. Le 11 novembre rassemble les trois en une entrée : son fils qui « a suivi les Sœurs à la salle d’opération » très courageusement puis qu’on lui ramène « pauvre petite loque, pauvre petite chose abandonnée » ; la nouvelle que « toute la zone libre est occupée par les troupes allemandes » ; et, pour finir : « il y a vingt-quatre ans, c’était l’Armistice et nous étions si heureux ! »
Noël se passe sans messe de minuit : « contrairement à ce qui avait été annoncé, nous n’avons pas eu de Messe de Minuit, les autorités d’occupation s’étant refusées à retarder l’heure du couvre-feu » (25 décembre). Le même matin, la radio annonce l’assassinat de Darlan, et Andrée écrit une phrase qui vaut pour tout le journal : « il n’est jamais permis d’assassiner un homme, quel qu’il soit. »
Elle ne cache pas non plus ce que cette vie lui coûte. Le 1<sup>er</sup> novembre, au bout d’une soirée où une fille refuse d’apprendre ses leçons, où deux pensionnaires n’arrivent pas à la nuit tombée et où l’électricité s’éteint et se rallume pendant qu’elle fait le dîner : « en servant la soupe, les enfants faisaient un peu de tapage, cela m’a déclenché une bonne petite crise de nerfs… j’ai mal dormi et suis maintenant très lasse. »
Résumés de période
Le grand froid — janvier et février
Givre, verglas, neige, un car qui ne passe pas et pas de courrier. La domestique principale immobilisée par une plaie au pied, tout le travail retombe sur elle « dans des pièces froides » (18 janvier). Deux anniversaires se suivent : les cinq ans de Pierre, et ce qu’auraient été les deux ans de Bernard.
Le printemps du jardin — avril à juin
Le potager prend la place que tenaient autrefois les visites : une heure chaque matin avant la chaleur. Les consultations médicales de sa mère à Nantes occupent une journée entière ; on lui trouve « la colonne vertébrale tordue, certaines vertèbres soudées ». Fin juin, le certificat d’études, une mort de voisin après dix-sept mois de souffrances, et la mémoire de juin 1940 qui revient au jour près.
L’automne, l’opération, le débarquement — octobre à décembre
Chaussettes remontées, gants tricotés, chandails finis les uns après les autres — le tricot est le vrai calendrier de ces mois. Le 9 novembre, le débarquement en Afrique du Nord et la mort d’un cousin arrivent le même jour. Le 13 novembre, la chambre d’hôpital devient un salon : trois enfants amenés le matin, deux autres l’après-midi, une cousine ensuite — « peut-être avait-il trop eu de visites ». En décembre, les cars bondés obligent Jacques à rentrer de Nantes à bicyclette, trempé.
Entrées notables
- 3 janvier — Le givre, les sabots, et 6° dans la salle de bains.
- 11 janvier — « Ces draps froids quand on se couche. »
- 18 janvier — Le dégel accueilli comme une fête.
- 21 juin — Juin 1940 revécu au jour près.
- 22 juin — Une matinée de jardin, doryphores compris.
- 1<sup>er</sup> novembre — La crise de nerfs, dite sans détour ; et la tombe couverte de fleurs blanches.
- 8 novembre — Une robe d’hiver faite de deux robes usées.
- 9 novembre — Le débarquement allié en Afrique du Nord.
- 11 novembre — L’opération d’Yves, la zone libre occupée, et l’anniversaire de l’Armistice.
- 25 décembre — Un Noël sans messe de minuit, et l’assassinat de Darlan.
- 27 décembre — Des camélias blancs portés sur la tombe de Bernard « pour l’associer à notre fête de famille ».